Archive for février 2016

Le Brésil aussi a ses boues rouges…

29 février 2016
Dessin de Laserpe, publié dans Technicité (janvier 2016)

Dessin de Laserpe, publié dans Technicité (janvier 2016)

Il n’y a pas qu’à Cassis que les boues rouges se déversent en mer, alimentées généreusement par la canalisation qui évacue les résidus de fabrication de l’alumine à partir de l’usine de Gardanne, et même si les résidus liquides qui sont désormais rejetés dans le Parc national des Calanques ne sont plus aussi riches en matière solide depuis le 1er janvier 2016. Au Brésil, c’est la rupture d’un barrage en remblai qui a provoqué une gigantesque coulée de boue fortement chargée en oxyde de fer et qui est venue colorer de la plus belle manière qui soit les rivages de l’Océan Atlantique à l’embouchure du Rio Doce, dans l’état du Minas Gerais.

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L’accident s’est produit le 5 novembre dernier sans que l’on sache encore très bien quelle est la cause de la rupture de ces barrages qui retenaient des millions de tonnes de déchets d’exploitation minière sur le site d’une mine de fer exploité par la société brésilienne Samarco, une filiale de BHP Billiton et de Vale. BHP Biliton, qui résulte de la fusion en 2010 de la société australienne BHP et d’une compagnie néerlandaise, est considéré comme l’un des plus gros exploitants miniers actuels de la planète.

Le barrage avant rupture

Le barrage avant rupture

Quant à la compagnie Vale, de son vrai nom Companhia Vale do Rio Doce, il s’agit également d’un très gros opérateur minier, fondé au Brésil en 1942 et devenu une multinationale, leader de l’exploitation et l’exportation du minerai de fer et de nombreux autres métaux. Cette société, très critiquée pour sa participation au barrage de Belo Monte dont la planification autoritaire avait impliqué le déplacement de 40 000 personnes et la dévastation de larges territoires en Amazonie, avait reçu en 2012 le Public Eye Awards à Porto Alegre, le fameux « prix Nobel de la honte » décerné à la « pire entreprise privée de la planète », une récompense gagnée haut la main devant d’autres pointures telles que Barclays, Tepco Samsung ou Syngenta

La coulée de boue issue de la rupture du barrage

La coulée de boue issue de la rupture du barrage

Toujours est-il que ce jeudi 5 novembre 2015, à la suite de fortes pluies, le barrage de Fundão qui était alors en travaux en vue de le rehausser, s’est subitement rompu, libérant plus de 40 millions de m³ de boue liquide ocre, constituée d’un mélange de sable siliceux et de déchets d’exploitation riches en oxydes de fer, aluminium, arsenic et différents métaux lourds. De petites secousses sismiques auraient été enregistrées ce jour-là mais il semble bien que la catastrophe soit due principalement à des défaillances techniques dans la conduite des travaux comme l’indique l’enquête en cours.

Un hélicoptère survole la région de Mariana (photo © Gustavo Basso)

Un hélicoptère survole la région de Mariana (photo © Gustavo Basso)

La vague de 2,50 m formée par la rupture du barrage a endommagé un autre ouvrage (Santarém) situé en aval, lequel menace à son tour de se rompre, de même qu’un troisième barrage (Germano) également situé à proximité de ce site d’extraction minière de Samarco Mineração. Une immense coulée boueuse s’est alors déversée à grande vitesse dans la vallée et a ravagé la ville de Bento Rodrigues où plus de 600 personnes ont perdu leur maison, ensevelie sous des tonnes de boues rouge plus ou moins toxique. Le bilan est très lourd avec selon les dernières estimations disponibles 15 morts et 4 disparus, pour le plupart des ouvriers présents sur le site lors de la rupture du barrage.

Ruines du village de Bento Rodrigues le 6 novembre 2015 (photo C. Simon / AFP)

Ruines du village de Bento Rodrigues le 6 novembre 2015 (photo C. Simon / AFP)

Mais la catastrophe est aussi écologique, sans doute la pire de l’histoire du Brésil. Car la coulée de boue rouge a continué à se propager à travers toute la vallée du Rio Doce sur plus de 670 km jusqu’à l’Océan Atlantique dans lequel elle s’est déversée à partir du 22 novembre après avoir traversé plusieurs villes importantes. De nombreux captages d’eau potable ont dû être interrompu, privant d’approvisionnement de l’ordre de 300 000 habitants de la région tandis qu’il a fallu retirer des millions de poissons morts des eaux du Rio Doce que les pêcheurs locaux surnomment désormais le Rio Morte. Sur le rivage, lieu traditionnel de ponte de tortues, des opérations de sauvegarde ont été tentées mais les dégâts semblent immenses.

Tortue (photo © Comité national des territoires touchés par les activités minières)

Tortue (photo © Comité national des territoires touchés par les activités minières)

Le gouvernement brésilien a déjà réclamé 5,2 milliards de dollars aux deux compagnies minières responsables de ce désastre écologique et humain mais nul doute que les procédures seront longues et se clôtureront vraisemblablement par des transactions comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances. Selon de nombreux scientifiques et associations de défense de l’environnement, les écosystèmes ravagés par ces millions de tonnes de dépôts boueux toxiques et stériles mettront des décennies avant d’arriver à se reconstituer et les pertes en matière de biodiversité seront colossales.

Vue aérienne de l'embouchure du Rio Doce le 23 novembre 2015 (photo R. Moraes / Reuters)

Vue aérienne de l’embouchure du Rio Doce le 23 novembre 2015 (photo R. Moraes / Reuters)

Mais les compagnies minières accusées tentent déjà de minimiser la situation en faisant valoir que les déchets ne sont pas si toxiques qu’on pourrait le croire et que certains poissons auraient survécu au passage de la coulée boueuse : nous voila rassurés…

L.V.  LutinVertPetit

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Le député Deflesselles, organisateur de jeux de hasard ?

25 février 2016

Mais à quoi joue donc notre député Bernard Deflesselles ? La réponse réside dans une invitation qu’il a diffusée très largement par messagerie électronique : au loto ! Une invitation qui laisse même penser qu’il serait l’organisateur de ce super loto qui se tiendra demain soir, 26 février 2016, à Aubagne.

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L’événement est d’ailleurs repris en première page du site internet qu’alimente le député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône pour rendre compte de ses moindres faits et gestes, avec toutefois une date manifestement erronée qui renvoie au 14 février. Comme notre député, par ailleurs désormais vice-président de la région PACA, accompagnait à cette date Christian Estrosi en Israël pour y étudier les meilleurs moyens de lutter contre le terrorisme, il est probable que le Grand loto du député ait dû être décalé…

Blog280_PhBandeauSiteBlog280_PhExtraitSiteUn député organisateur de jeux de hasard ? Certes, quand on voit que même la paroisse de Carnoux se lance dans l’organisation de son super loto, pourquoi un député n’en ferait-il pas autant ? D’autant que ce n’est manifestement pas la première fois puisque le quotidien La Provence relatait déjà l’édition précédente qui s’était tenue au même endroit le 18 février 2015 et qui avait rassemblée plus de 500 personnes. A 15 € le carton, voila qui relève déjà d’un beau business…Blog280_PhProvence

Une manifestation présentée comme traditionnelle par notre député et qui semble en effet se renouveler d’année en année puisqu’on retrouve sur le net des invitations pour des éditions précédentes en 2009 ou 2011, organisées cette fois à La Ciotat. C’est donc manifestement une affaire qui marche et qui assure à notre politicien local un beau succès auprès de la population.

Certains esprits chagrins pourraient certes s’interroger sur le sens moral d’une telle opération promotionnelle, même si elle relève ici manifestement d’une activité ludique traditionnelle qui renforce le lien social et permet à Monsieur le député de renforcer sa popularité à bon compte. Il est vrai qu’il existe bien un texte de loi, daté du 21 mai 1836 et modifié par une loi plus récente du 9 mars 2004, qui interdit purement et simplement les lotos et les loteries en dehors d’un cadre soigneusement délimité, à savoir lorsqu’ils sont organisés par une association « dans un cercle restreint et uniquement dans un but social, culturel, scientifique, éducatif, sportif ou d’animation sociale » et se caractérisent par des mises de faible valeur, inférieures à 20 euros.

Un autre député UMP, Philippe Gosselin, avait d’ailleurs interrogé en 2009 le ministre du budget pour se faire préciser les limites fixées par ces lois qui visent à lutter contre la criminalité et les risques de dérives commerciales de ces pratiques traditionnelles que sont les lotos. Dans sa réponse, il est bien précisé que les lotos, pour rentrer dans le cadre légal, doivent se limiter à un cercle restreint et ne peuvent en aucun cas attrirer plusieurs centaines de personnes ni drainer les habitants de plusieurs communes, de même qu’il ne peut s’agir d’une activité pratiquée de manière répétée.

L’objet d’un loto étant de financer une structure associative, les buts que poursuit son organisation sont eux-mêmes définis de manière très restrictive par la loi et ne peuvent sortir de la liste limitative qui figure dans les textes. Le ministère précise même que la notion d’animation sociale, qui pourrait être interprétée assez largement, se limite en réalité à « une cause moralement légitime (but social d’intérêt général tel que des oeuvres caritatives), soit l’organisation d’un loto dans une maison de retraite ou une salle des fêtes ».

Notre député Bernard Deflesselles qui siège pourtant à l’Assemblée nationale depuis 1999 après avoir été élu à la Région (déjà !) en 1992, il y a plus de 20 ans, ne peut évidemment ignorer la loi. On supposera donc que le fait qu’il se présente comme organisateur régulier et depuis au moins 2009 de super lotos qui attirent plus de 500 personnes pour une cause dont le but n’est pas clairement défini traduit une défaut manifeste de communication de la part de son équipe parlementaire qui alimente son site internet, et des médias locaux qui exagèrenent sans doute l’affluence à de telles manifestations tout en oubliant d’en préciser le contexte. Mais attendons le prochain compte-rendu que La Provence ne manquera sans doute pas de publier à l’issue de l’édition 2016…

L.V.  LutinVertPetit

Alzheimer : des avancées incompatibles avec la logique marchande

24 février 2016

C’est le message que développe Philippe Baqué dans un article intitulé : Alzheimer, maladie politique, paru dans Le Monde Diplomatique de février 2016 à la suite d’une enquête basé sur des témoignages mais surtout sur des rapports parus récemment

Le docteur Bonnevay (photo parue dans La Dépêche du Midi)

Le docteur Bonnevay (photo parue dans La Dépêche du Midi)

Alors qu’aucun médicament n’a jusque là permis une amélioration de la maladie, les meilleurs résultats ont été obtenus dans les services spécialisés où l’approche bienveillante était mise en pratique avec du personnel formé et en nombre suffisant. Ainsi dans le service du Dr Bonnevay au centre Hospitalier de Marmande-Tonneins (Lot-et-Garonne), cette pratique, avec un minimum de médicaments mais beaucoup de soins, s’est traduite de 2002 à 2011 par une quasi-disparition des patients grabataires, une diminution des pertes de poids, le ralentissement des processus infectieux et l’absence de transfert en service d’hospitalisation de longue durée. « Il faut que les soignants soient formés à des stratégies de communication qui leur permettent d’être en phase avec les pensionnaires. Ceux-ci doivent être considérés comme des êtres humains, avec des désirs et des émotions. » dit le Dr Bonnevay,

Ces résultats n’ont été possibles que grâce à la présence d’un personnel en nombre suffisant. Le taux d’encadrement était de huit soignants pour dix personnes accueillies, un ratio de 0,8 qui demeure aujourd’hui exceptionnel: «La plupart des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont aujourd’hui un ratio situé entre 0,3 et 0,6 alors qu’ils accueillent de plus en plus de personnes, constate le Dr Philippe Masquelier, médecin coordinateur dans trois EHPAD de l’agglomération lilloise.

Entrée de l'EHPAD de Carnoux

Entrée de l’EHPAD de Carnoux

Le plan Alzheimer, mis en place sous Nicolas Sarkozy, succédait à deux autres plans gouvernementaux, mais tranchait par son ambition et ses moyens, avec un budget de 1,6 milliard d’euros. Ancienne présidente de l’association de familles France Alzheimer, Mme Marie-Odile Desana reconnaît des avancées concrètes grâce à l’amélioration du soutien aux per­sonnes malades et à leurs familles, à l’augmentation des accueils de jour et des plates-formes d’accompagnement et de répit, ainsi qu’à la création de maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades.Blog279_PhSarko

Mais elle déplore aussi l’insuffisance de moyens humains : « II y a eu une sous-exécution du volet médico-social du plan. Seuls 41 % du budget de 1,2 milliard qui lui était attribué ont été dépensés. Je suis incapable de dire où sont passés les 700 millions qui manquent ! ». Le bilan de l’accompagnement médical et social est très en deçà des objectifs annoncés. Quant au plan maladies neurodégénératives 2014-2019, qui lui a succédé avec un budget très réduit, il comprend également la lutte contre la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques ou encore la maladie d’Huntington.

Plutôt que d’encourager le développement d’un accompagnement humaniste et bienveillant des malades, les politiques publiques ont préféré privilégier le soutien à l’industrie pharmaceutique dans sa recherche d’un traitement médical, sans résultat jusqu’à aujourd’hui. Entre 2000 et 2012, 1031 essais ont été menés dans le monde, et 244 molécules ont été testées, avec un taux d’échec de 99,6 % ! Les vaccins et molécules testés parfois positivement sur des souris transgéniques se sont les uns après les autres révélés inopérants sur les humains, voire dangereux.

Aujourd’hui on se tourne vers un diagnostic précoce, avec la recherche de bio-marqueurs qui pourraient être présents chez le futur patient, dans le sang, dans le liquide céphalorachidien etc…mais quand faire ce diagnostic ? Au hasard ? Sur des personnes déjà diagnostiquées ? Une fondation de coopération scientifique pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées (Fondation plan Alzheimer) a ainsi été créée en 2008. Elle associe l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à cinq laboratoires pharmaceutiques (Sanofi, Servier, MSD, Ipsen et AstraZeneca) qui la financent et siègent à son conseil d’administration, présidé par M. Philippe Lagayette, consultant financier et ancien banquier. Ce type de partenariat s’est ensuite généralisé au niveau européen.

Directeur général de la Fondation plan Alzheimer, le Pr Philippe Amouyel, spécialiste de la génétique, défend les partenariats public-privé : « Le secteur public n’est pas équipé pour faire du développement. C’est pour cela que le programme européen Innovative Medi-cines Initiative a lancé des consortiums gigantesques, avec des dizaines de laboratoires publics et privés, pour encourager des interactions entre ceux qui génèrent des hypothèses et ceux qui peuvent créer des médicaments à partir de ces hypothèses. On parle aujourd’hui d’une recherche précompétitive ».

Blog279_PhAccompagnement

Se posent évidemment des questions sur les conflits d’intérêt pour les scientifiques qui siègent dans les conseils d’administration des entreprises pharmaceutiques comme pour les dirigeants des entreprises qui siègent dans ces fondations public-privé, surtout quand il s’agit d’une maladie très complexe dont l’origine n’est ni un virus ni une bactérie.

Nouvelle incertitude, en effet : le diagnostic le plus fiable aujourd’hui, celui de la découverte des plaques de protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau, vient d’être remis en cause… Une étude réalisée durant quinze ans sur les religieuses d’un couvent aux États-Unis a montré que, malgré l’impor­tance des plaques amyloïdes qui recouvraient le cerveau autopsié de certaines d’entre elles, elles avaient conservé leurs capacités cérébrales intactes jusqu’à la fin de leur vie. La stabilité de leur existence et leur activité intellectuelle soutenue pourraient expliquer leur résistance à la maladie.

Martial et Anne-Claude Van der Linden, neuropsychologues genevois (photo Eddy Mottaz)

Martial et Anne-Claude Van der Linden, neuropsychologues genevois (photo Eddy Mottaz)

Pour un certain nombre de spécialistes, il ne s’agit que d’une maladie du vieillissement sans profil biologique unique. « Une grande partie des difficultés cognitives des personnes âgées sont dues à des problèmes vasculaires, à du diabète ou à de l’hypertension et, surtout, à l’âge ! » estime ainsi Martial Van der Linden, professeur de psychopathologie et de neuropsychologie aux universités de Genève et de Liège, dans une étude critique du modèle biomédical dominant.

Avec la neuropsychologue Anne-Claude Juillerat Van der Lînden, il a créé l’association Valoriser et intégrer pour vieillir autrement (VIVA), afin de promouvoir des mesures préventives du vieillissement cérébral basées sur l’intégration sociale et culturelle des personnes âgées. Des expériences originales dans la prise en charge humaine des patients et leur participation à la vie de l’établissement, qui ont montré leur intérêt, notamment au Québec avec le projet Carpe Diem. En voyant ses pensionnaires retrouver le sourire, voire sortir de leur mutisme, un groupe de praticiens, de personnes diagnostiquées et de membres de leurs familles ont conçu sur ce principe, en France, le nouvel établissement Ama Diem, qui vient d’ouvrir à Crolles, près de Grenoble.

Le centre Ama Diem à Crolles (photo © Agence d'architecture Pascal Mollard)

Le centre Ama Diem à Crolles (photo © Agence d’architecture Pascal Mollard)

Bien sûr, il ne s’agit pas d’arrêter la recherche, mais de faire avancer l’idée qu’une partie des fonds publics doit aller aussi et de façon significative, vers le recrutement et la formation spécifique d’un personnel spécialisé. Celui-ci pourra intervenir soit dans les établissements adaptés où la rentabilité financière ne doit pas le seul critère, mais aussi à domicile pour soulager et former les aidants aux soins à la personne. Dans la période de chômage que nous vivons, n’y a-t-il pas là une petite ouverture qui mérite d’être approfondie ?

C G

La métropole Aix-Marseille-Provence enfin sur les rails !

22 février 2016

On commençait à se demander si la fameuse métropole Aix-Marseille-Provence arriverait un jour à se mettre réellement en place. Bien que créée officiellement par la loi au 1er janvier 2016, une véritable épée de Damoclès pesait sur son devenir du fait des multiples recours déposés par une poignée de maires procéduriers qui cherchent depuis des années à s’opposer de toutes leurs forces à ce développement de l’intercommunalité à l’échelle de l’aire métropolitaine.

Périmètre de la métropole AMP et anciennes intercommunalités (carte AGAM)

Périmètre de la métropole AMP et anciennes intercommunalités (carte AGAM)

Mais le 19 février 2016, le Conseil constitutionnel vient de se prononcer sur une question prioritaire de constitutionalité qui remettait en cause le mode de représentation des communes au sein de la métropole et bloquait son fonctionnement, faisant planer un doute quant à la légitimité du président Jean-Claude Gaudin pourtant largement élu le 9 novembre 2015 à la tête de la nouvelle institution mais dont l’élection avait été annulée par le Tribunal administratif le 7 janvier dernier.

Roger Pellenc, maire de Pertuis

Roger Pellenc, maire de Pertuis

Cette décision des Sages en réponse aux interrogations soulevées par les communes de Pertuis et d’Éguilles et transmises par le Conseil d’État, devrait enfin permettre de clôturer ces combats d’arrière-garde destinés à bloquer par tous les moyens la mise en place de cette métropole, pourtant tant attendue par de nombreux acteurs locaux. Encore que le maire de Pertuis, Roger Pellenc, ne s’avoue toujours pas vaincu et anonce vouloir saisir rien moins que la Cour européenne des Droits de l’Homme. Il estime en effet que le mode de représentation des communes au sein de la nouvelle intercommunalité bafoue les principes de l’égalité des citoyens ! Au pays de Pagnol, on a le sens de la formule et on n’a pas peur du ridicule, quitte à grossir un peu le trait…

Sur quoi portait donc le différend qui bloquait ainsi le fonctionnement de la métropole et faisait peser un sérieux doute sur la légitimité de son président ? Sur la question de la répartition des sièges entre représentants des 92 communes membres, répartition qui, selon les deux maires accusateurs, n’était pas équitable. Les modalités de répartitition des sièges entre les communes membres d’une intercommunalité sont détaillées dans l’article L5211-6-1 du Code général des collectivités territoriales selon des règles très précises qui ont été ajustées lors de l’adoption de la loi NOTR sur la nouvelle organisation territoriale de la République, adoptée en août 2015.

Dessin de Yakana pari dans le Ravi n°135 (novembre 2015)

Dessin de Yakana pari dans le Ravi n°135 (novembre 2015)

Or un alinéa de cet article porte explicitement sur la répartition des sièges au sein de la future métropole Aix-Marseille-Provence qui, bien entendu, ne pouvait décemment pas se conformer au droit commun de la République. Cet ajout, qui porte le n°4 bis, résulte d’un amendement porté notamment par Jean-Claude Gaudin lors des débats parlementaires et est rédigé comme suit : « Dans la métropole d’Aix-Marseille-Provence, sont attribués en supplément, à la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne, aux communes ayant bénéficié de la répartition des sièges prévue au 1° du présent IV, 20 % de la totalité des sièges, répartis en application des 1° et 2° du même IV ».

Comprenne qui pourra… Ce n’est pas de la cuisine électorale comme on pourrait l’imaginer de prime abord, mais on imagine bien qu’une formule aussi absconse en apparrence doit correspondre à une réalité plus prosaïque. En l’occurrence, l’objectif visé était de favoriser les communes les plus peuplées, au premier rang desquelles Marseille mais aussi Aix afin de leur assurer une représentation plus en rapport avec leur poids démographique. Sur la base de cette disposition, l’arrêté préfectoral pris le 1er septembre 2015 avait précisé cette répartitition après avoir fait tourner sa calculette : sur les 240 délégués du futur conseil métropolitain, 108 représenteront donc la ville de Marseille et 17 celle d’Aix-en-Provence. Les villes d’Aubagne, Martigues et Salon-de-Provence sont représentés chacune par 5 délégués, celles de La Ciotat, Istres, Marignane et Vitrolles par 4 délégués, celle de Miramas par 2 et toutes les autres par 1 seul délégué. Cette répartition peut paraître déséquilibrée mais elle reflète assez bien le poids démographique de Marseille dont la population regroupe 46 % des 1,83 millions d’habitants de la nouvelle métropole.

Jean-Claude Gaudin (photo ©SIPA)

Jean-Claude Gaudin (photo ©SIPA)

Avec ce mode de correction introduit par l’amendement Gaudin, on a en moyenne un représentant pour 7 600 habitants sur l’ensemble de la métropole et on retrouve peu ou prou cette même proportion pour l’ensemble des communes de plus de 20 000 habitants, ce qui garantit donc une représentation la plus juste possible pour les communes les plus peuplées. Pour les autres communes, les écarts sont nécessairement plus importants, comme cela serait d’ailleurs le cas si l’on appliquait la loi commune en vigueur pour toutes les autres intercommunalités. Dans cette hypothèse, le nombre de membres du conseil métropolitain serait réduit à 200 membres mais cela ne changerait rien au nombre de représentants de la plupart des communes du périmètre, sauf pour les 9 plus grosses d’entre elles qui auraient eu moins de délégués et seraient donc très largement sous-représentées au vu de leur poids démographique réel…

Une commune comme Carnoux avec ces 6 754 habitants tire bien son épingle du jeu et les plus petites comme Saint-Antonin-sur-Bayon sont particulièrement bien représentées avec un délégué pour 165 habitants seulement ! Celle d’Éguilles avec 7 500 habitants est également dans la moyenne et on se demande bien pourquoi son maire s’agite autant sur le sujet… Les moins bien loties sont en réalité les communes comptant entre 8 000 et 20 000 habitants qui se retrouvent avec un seul délégué alors que certaines d’entre elles possèdent plus de 19 000 habitants comme à Gardanne ou à Pertuis (située dans le département de Vaucluse mais rattachée à la métropole, tout comme l’est la commune varoise de Saint-Zacharie).

Blog278_DessinAMPPas de quoi en tout cas fouetter un chat comme l’a estimé le Conseil constitutionnel qui confirme ainsi que l’amendement Gaudin ne « méconnaît pas le principe d’égalité des populations devant le suffrage » et estime même que cette disposition « réduit les écarts de représentation entre les communes les plus peuplées et les autres », reprenant à son compte l’argumentaire développé par le représentant du gouvernement lors de son audience devant les Sages.

On ne saurait être plus clair et Jean-Claude Gaudin peut donc se dire soulagé : la métropole Aix-Marseille-Provence voit enfin le ciel s’éclaircir au dessus de sa tête et il devrait pouvoir convoquer très rapidement un conseil métropolitain en espérant arriver à faire voter le premier budget avant l’échéance du 30 avril.

Maryse Joissains (photo M. Penverne ©20 minutes)

Maryse Joissains (photo M. Penverne ©20 minutes)

Souhaitons-lui bonne chance au vu des réactions de certains de ses adversaires les plus acharnés dont la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, opposante viscérale à ce qu’elle considère être, avec le délicieux sens de la formule tout en retenue qui la caractérise : « un pillage par Marseille des villes environnantes ». Celle que certaines âmes désobligeantes appellent « la poissonnière du cours Mirabeau » a aussitôt tenu une conférence de presse échevelée, exhortant son conseil municipal à « refuser d’entrer dans la métropole » et en appelant au gouvernement pour organiser rien de moins qu’un référendum. Avec de tels amis au sein de sa famille politique, le nouveau président de la métropole peut aisément se passer d’adversaire politique, ce qui tombe plutôt bien, vu l’état actuel de la Gauche en région PACA…

L.V.  LutinVertPetit

Conférence du CPC : sommes-nous manipulés par nos émotions ?

19 février 2016

La prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se déroulera jeudi 17 mars 2016 à 18h30 et sera animée par Pierre Le Coz, professeur de philosophie et responsable de la spécialité Ethique, science, santé et société à la Faculté de médecine d’Aix-Marseille Université.

PhotoLeCozAncien vice-président du Comité consultatif national d’éthique jusqu’en 2012 et président depuis 2011 du comité de déontologie de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), il enseigne la bioéthique et l’éthique médicale à La Timone. Son dernier ouvrage, publié en 2014 chez Albin Michel s’intitule « Le gouvernement des émotions… et l’art de déjouer les manipulations ». Un vaste sujet, abordé récemment dans le Monde diplomatique et au centre de bien des débats dans notre société où les médias ont pris l’habitude de jouer avec nos émotions et notre sensibilité plutôt que de faire appel à notre rationalité y compris dans les domaines de la vie politique…

En dix ans, les faits divers ont augmenté de plus de 70 % dans les journaux télévisés. Les cordes de la sensibilité de nos concitoyens vibrent au rythme de la peur, de l’apitoiement et de la consternation. Nous sommes abreuvés de témoignages pathétiques et d’histoires angoissantes qui jouent sur le registre de la délectation morose et du voyeurisme. Des événements collectifs qui ont marqué l’actualité récente surgit un fil rouge : celui de l’émotion. On nous tient en haleine au moyen d’une fibre émotionnelle savamment entretenue.

En l’absence de projets politiques, on n’est plus gouverné que par des gestionnaires qui tentent de maîtriser nos réactions sans chercher à construire démocratiquement une vision claire de l’avenir. L’émotion pose un redoutable défi à la démocratie, car il s’agit, par nature, d’un phénomène qui place le citoyen en position passive. Il réagit au lieu d’agir. Il s’en remet à son ressenti plus qu’à sa raison. Ce sont les événements qui le motivent, pas sa pensée… jusqu’à le conduire à l’indifférence et au sentiment d’impuissance.

Des émissions de divertissement à l’actualité médiatique en passant par les discours politiques, le recours à l’émotion est devenu l’une des figures imposées de la vie publique. Si les émotions, positives ou négatives, enrichissent l’existence, cette forme d’expression peut poser de redoutables défis à la démocratie lorsqu’elle se fait envahissante et tend à remplacer l’analyse. Au-delà de la simple sortie de route politico-médiatique, l’émotion devient l’un des ressorts majeurs de l’expression sociale et du décryptage des événements.

AfficheConfLeCoz

Dès lors, quel rôle laisser aux émotions individuelles et collectives dans l’appréhension et la compréhension du monde ? Dans quelle mesure la raison gouverne-t-elle les hommes ? Y a-t-il une bonne place pour l’émotion ? Autant de questions que ne manquera pas d’aborder Pierre Le Coz dans sa prochaine intervention à Carnoux, le 17 mars prochain dans la salle du Clos Blancheton. Une belle occasion d’échanger sur ces questions d’actualité au coeur de notre société de l’information et un débat passionnant en perspective…

J. Tonnelle

Jeux financiers : la transparence fiscale à la trappe !

18 février 2016
Jérôme Kerviel en marche entre Rome et Paris en mars 2014 (photo G. Bouys /AFP)

Jérôme Kerviel en marche entre Rome et Paris en mars 2014 (photo G. Bouys /AFP)

Une information judiciaire pour «faux, usage de faux, et escroquerie au jugement» a été ouverte à la suite de plaintes de l’ex-trader Jérôme Kerviel contre son ancien employeur, la Société générale. Depuis que Jérôme Kerviel a arpenté la France afin de «dénoncer la tyrannie des marchés financiers» avec l’espoir que marcher peut faire changer les consciences, le feuilleton à rebondissements montre encore et toujours le bout de son nez dans l’actualité médiatique. Pendant ce temps, les mêmes médias ignorent assez largement une autre question étroitement liée : la transparence fiscale.

On commence à bien connaître le rôle des paradis fiscaux aujourd’hui. L’or des dictateurs, l’argent du crime, l’évasion fiscale y trouvent refuge. Ils menacent la stabilité financière, la redistribution et la démocratie. Que font nos gouvernants face à cette situation où l’opacité est reine et qui est une source d’inégalité face à l’impôt et de pauvreté dans les pays en difficulté ? L’évasion fiscale peut-elle se régler au niveau national ?

L’enfer des paradis fiscaux

En offrant l’opacité juridique et financière aux acteurs financiers peu scrupuleux, les paradis fiscaux ont un rôle particulièrement nocif sur les sociétés et leur développement. Leur existence développe évidemment les velléités de contournement de l’impôt par la fraude et l’évasion fiscale. Elle sape ainsi la discipline fondamentale de sociétés civilisés où chacun contribue au financement des politiques publiques et d’intérêt général. Les capacités de régulation et de redistribution des États sont ainsi fragilisées, alors que le pauvre doit supporter une part supplémentaire du poids de l’impôt.

Et lorsque l’on se penche sur ces conséquences dans les États les plus vulnérables, alors on observe une véritable hémorragie fiscale qui constitue un obstacle majeur au développement des pays pauvres. L’impact de l’opacité financière a des répercussions plus globales au niveau économique puisqu’elle contribue au développement de comportements irresponsables dans le secteur financier et favorise l’instabilité financière. Son rôle catalyseur dans l’explosion de la crise financière de 2008 en offre une malheureuse illustration.

Sans oublier que les territoires opaques, parfaitement taillés pour les besoins des entreprises multinationales qui veulent échapper à l’impôt, constituent également un trésor pour la criminalité internationale qui vient y blanchir son argent sale. De même que les individus corrompus du monde peuvent y dissimuler tranquillement leurs pots de vin…

Blog277_PhLivreFraudeurs, repentis… Régularisez-vous !

Le livre « Les Paradis fiscaux » de Christian Chavagneux publié en 2006, puis réédité en 2007 et en poche en 2012 a encore et toujours de beaux jours devant lui. A cet égard, l’auteur ironise : « écrire un livre sur les paradis fiscaux présente un avantage : on est toujours dans l’actualité !»

Pourtant, l’administration fiscale attend que les fraudeurs se signalent spontanément. Début décembre 2013, Bercy affirmait avoir reçu plus de 8.500 demandes de régularisation en 3 mois. Une goutte d’eau là où les estimations avançaient un chiffre de 80 000 comptes de Français non déclarés, rien que pour la Suisse ! Des comptes bien protégés par de savants montages financiers ou des sociétés écrans.

Blog277_Dessin1Mais après l’affaire Cahuzac, après la publication de la circulaire Cazeneuve sur la régulation fiscale et après le vote d’une loi sur le sujet, l’atmosphère de lutte contre la fraude fiscale aura au moins permis cela : une volonté affichée de transparence. La France est-elle à l’offensive contre les paradis fiscaux et l’argent caché ? Oui, concède Eurodad, un groupe européen d’ONG : « la France donne de la voix ». Mais pour de maigres résultats, car « la mise en œuvre des mesures annoncées reste un problème de taille ». Manque de moyens, manque de soutien… La France semble bien à la peine de révolutionner le système. Pourquoi ?

Promesses et engagements ne font pas bon ménage

« Les banques françaises devront rendre publique, chaque année, la liste de toutes leurs filiales (…) pays par pays. Elles devront indiquer la nature de leurs activités. » En avril 2013, c’est par ces mots que François Hollande saluait la mise en place d’une nouvelle obligation de transparence pour les banques françaises. Le même cadre a été adopté au niveau européen, peu après. À l’époque, le président de la République faisait connaître sa volonté de voir cette disposition, « demain, étendue aux grandes entreprises ». Comme dans le cas des banques, « ces informations seront publiques et à la disposition de tous », et pas seulement à la seule discrétion de l’administration fiscale.

Blog277_PhManifCes déclarations avaient soulevé un grand espoir parmi les ONG réunies au sein de la plate-forme Paradis fiscaux et judiciaires. Elles demandent, en effet, depuis plus de dix ans la mise en place de ce type d’obligation, appelée « reporting pays par pays », afin de vérifier si les impôts payés par les entreprises correspondent à leur activité réelle.

« C’est un outil indispensable pour déterminer, au cas par cas, si l’implantation des entreprises tricolores dans les paradis fiscaux et judiciaires est une manière de servir leurs clients locaux ou de soustraire des ressources financières au Trésor public français », relève Grégoire Niaudet, chargé du plaidoyer international au Secours catholique – Caritas France. Dans ce cadre, les entreprises auraient dû divulguer leur chiffre d’affaires, leurs profits, le nombre de salariés et les impôts payés par chaque filiale. Grâce à ces données, les fonctionnaires de Bercy auraient pu réclamer des comptes aux firmes indélicates.

Le reporting pays par pays : une bataille à forts enjeux 

La revue Alternatives Economiques n° 312 définissait le reporting en avril 2012 : « Combien le groupe Total réalise-t-il de profits et paye-t-il d’impôts en Angola ? Cette information, aujourd’hui confidentielle, sera peut-être demain disponible. La Commission européenne propose en effet d’avancer sur le sujet du reporting pays par pays, c’est-à-dire sur l’obligation de rendre transparents les profits et les impôts payés par les multinationales européennes dans chacun des pays où elles sont implantées. Un moyen de lutter en particulier contre la corruption et l’évasion fiscale généralisée »

Pascal Canfin

Pascal Canfin

Pascal Canfin, alors député européen Europe Écologie Les Verts, y expliquait (en 2012) que « le texte de la directive correspondante, une loi européenne, est actuellement en discussion au Parlement européen. Une étape importante car ce dernier pourrait donner encore plus d’ambition à la proposition de la Commission européenne. En effet, celle-ci limite pour l’instant l’obligation de reporting pays par pays aux seuls secteurs de l’énergie, des mines et des activités forestières. Ces secteurs sont certes les plus exposés aux pratiques de corruption et de détournement. Mais, ne serait-ce qu’au nom de l’égalité de traitement, toutes les multinationales qui travaillent dans les pays en développement devraient être soumises à cette même transparence, quelle que soit leur activité. Ne serait-il pas ainsi intéressant de connaître de manière détaillée la rentabilité des activités portuaires du groupe Bolloré en Afrique ? »

Pascal Canfin poursuivait : « Par ailleurs, l’évasion fiscale, deuxième cible après la corruption du reporting pays par pays, est loin d’être réservée aux seuls secteurs liés à l’exploitation des ressources naturelles. La libéralisation des flux financiers permet des stratégies d’évitement qui sapent les recettes fiscales des pays développés, mais aussi et surtout des pays en développement. Le montant qui échappe à l’impôt dans ces pays en raison de l’évasion fiscale est évalué à dix fois le montant de l’aide publique au développement versée par tous les pays riches. Le combat qui se mène actuellement en Europe pourBlog277_PhUE imposer la transparence fiscale est donc capital. Je m’emploie à réunir au Parlement européen une majorité pour généraliser le reporting pays par pays à toutes les sociétés multinationales ayant leur siège en Europe. Le vote au Parlement est prévu en juillet 2012. La législation sera ensuite négociée avec les représentants des États membres au Conseil de l’Union pour une entrée en vigueur en 2014. Pour ne pas laisser passer cette opportunité de gagner un combat mené par les ONG depuis plus d’une décennie, il est indispensable cependant que la société civile se mobilise pleinement. C’est maintenant que l’affaire se joue. Et les multinationales, qui accroissent les pressions sur les États et les parlementaires, l’ont bien compris ».

Douche froide

Depuis, l’enthousiasme est retombé chez les ONG alors qu’un sérieux coup de canif a été porté à la promesse présidentielle, fin 2015. Les députés débattent alors du projet de loi de finances rectificatif. Celui-ci comporte bien une disposition qui instaure le « reporting pays par pays », mais seulement pour les entreprises au chiffre d’affaires supérieur à 40 millions d’euros ou employant plus de 250 salariés. Surtout – véritable chiffon rouge pour les ONG -, l’obligation n’est valable qu’auprès de l’administration fiscale, pas du grand public.

Devant tant de timidité, une poignée de députés socialistes et écologistes réagissent, avec le soutien du Front de gauche. Ainsi Pascal Cherki, Éric Alauzet, Dominique Potier ou Yann Galut font adopter, le 4 décembre, un amendement sur l’obligation de rendre publiques les données pays par pays.

Photo L. Bonaventure / AFP

Photo L. Bonaventure / AFP

Le texte part ensuite au Sénat, qui le rejette. De retour à l’Assemblée pour une seconde lecture, le 15 décembre, il est de nouveau adopté par 28 députés qui l’emportent dans l’hémicycle face à 24 opposants. Mais, c’est sans compter avec Christian Eckert, le secrétaire d’État au Budget. Ce dernier réclame tout de suite une suspension de séance, le temps de rappeler quelques députés absents et de prendre langue avec d’autres. À sa demande, l’Assemblée examine donc un nouvel amendement annulant l’obligation de rendre public les résultats du « reporting pays par pays ». À 1h30 du matin, 25 députés suivent alors la volonté du gouvernement, avec quatre voix de majorité.

Opacité maintenue

Pour le secrétaire d’État au Budget, les entreprises françaises ne doivent pas être les seules à lever le voile sur leur activité. « Le gouvernement n’a pas souhaité s’engager dans cette voie, car cela aurait créé des inégalités entre nos entreprises et leurs concurrentes européennes et des contraintes supplémentaires, qui jouent négativement sur l’attractivité de la France au moment où l’emploi est une préoccupation majeure », s’est-il justifié (Les Échos, du 17 décembre 2015).

L’argument de la compétitivité hexagonale laisse cependant de marbre Lucie Watrinet, chargée de plaidoyer au CCFD – Terre solidaire : « Ce coup de force de l’exécutif ralentit dangereusement la lutte contre l’évasion fiscale. C’est d’autant plus triste qu’en 2013, la France a été à la pointe dans ce domaine. » Le combat continue. La prochaine échéance est prévue pour l’été 2016. Un amendement favorable à la publication citoyenne des résultats des « reporting pays par pays » sera introduit lors de l’examen de la loi sur la transparence de la vie économique, préparée par Michel Sapin, le ministre des Finances. « Le match risque d’être serré mais, grâce à l’appui du public, nous avons constamment gagné du terrain ces dernières années », relève Lucie Watrinet.

Transparence...

Transparence…

Délibération à Bruxelles

Les ONG s’activent aussi à Bruxelles et à Strasbourg. Les eurodéputés ont voté à quatre reprises en faveur d’un « reporting pays par pays ». Les institutions européennes fonctionnant au consensus, la mesure doit encore obtenir l’aval de la Commission européenne et des États avant d’entrer en vigueur. « Pour le moment, il y a clairement un blocage de leur part. Nous avons reçu des soutiens supplémentaires de Belgique et d’Italie dans notre lutte contre une transparence réduite à un dialogue entre entreprises et administration fiscale », s’enthousiasme Manon Aubry, responsable de plaidoyer chez Oxfam France.

L’ONG vient de montrer dans un rapport récent que l’évasion fiscale était l’un des principaux moteurs de l’accroissement des inégalités. Selon ce rapport, les 62 personnes les plus riches de la planète possèdent désormais autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. L’urgence est là.

Le gouvernement veut éviter aux entreprises françaises d’avoir à divulguer les détails de l’activité de leurs filiales. Les ONG maintiennent la pression, mais le fait est là : la transparence fiscale n’est pas encore devenue réalité. Cette transparence devrait pourtant permettre au citoyen de mesurer les dysfonctionnements qui altèrent les budgets publics et d’y porter remède en éclairant ses choix politiques, mais la démocratie a encore du chemin à faire…

Squoten

Environnement : une multinationale suisse se joue de la Justice française…

16 février 2016

Les multinationales n’ont pas l’habitude de se laisser dicter leur conduite par les réglements nationaux, surtout en matière environnementale. Autant un simple citoyen pris dans les mailles de la Justice a parfois bien du mal à se défendre, autant une multinationale ne manque pas de ressources et d’imagination pour ne pas laisser un juge lui dicter sa conduite. L’exemple que plusieurs médias dont le quotidien Sud-Ouest ou La Voix du Nord et même La Provence se sont fait récemment l’écho en est une bonne illustration…

Blog275_PhEpandage

L’affaire débute en 2002 dans le bourg rural de Verteuil d’Agenais, dans le département de Lot-et-Garonne où un apiculteur, Maurice Coudoin, porte plainte contre un agriculteur voisin qui épand depuis 1999 des tonnes de semences déclassées livrées par la firme suisse Syngenta Seeds, un des leaders mondiaux de l’agrochimie. Ces semences qui sont enfouies pour servir d’engrais vert et, accesoirement, de revenu de complément à l’agriculteur, sont enrobées de produits phytosanitaires destinés à assurer leur conservation, dont le fameux Gaucho, un puissant insecticide dont les effets sur les abeilles sont particulièrement redoutés. Dès qu’il s’aperçoit du manège de son voisin, notre apiculteur s’empresse d’ailleurs de déménager ses ruches afin de les préserver de cet environnement indésirable.

A l’époque, le groupe suisse Syngenta tente de minimiser l’affaire même s’il reconnaît avoir fait épandre par cet agriculteur pas moins de 376 tonnes de semences dont 10 % effectivement traitées au Gaucho. Pourtant, l’enquête révelera en 2004 à partir de l’examen des registres que la quantité ainsi épandue était en réalité de 922 tonnes : un petit écart qui avait sans doute échappé à la multinationale.

 Mayer l'abeille (©Sten)

Mayer l’abeille (©Sten)

Une expertise conclut alors que les risques environnementaux semblaient relativement limités, à l’exception des insectes pollinisateurs, qui pouvaient être affectés par les taux résiduels élevés dans les fleurs. L’expert estimait que les semences litigieuses présentaient des risques de toxicité pour l’environnement, voire pour l’homme, en raison d’un « apport important de matières toxiques actives ». Il faut dire que le Gaucho commercialisé depuis 1993 par Bayer est un insecticide systémique qui sert à traiter les graines et qui ensuite diffuse dans toute la plante au fur et à mesure de sa croissance et se retrouve donc dans le pollen que butinent les abeilles. Or cet insecticide à base de néonicotinoïdes influe sur le système nerveux des abeilles qui perdent une partie de leurs facultés d’orientation.

Photo ©hikrcn Fotolia.com

Photo ©hikrcn Fotolia.com

L’introduction de cet insecticide ayant coïncidé avec la disparition de plus de 500 000 ruches françaises en l’espace de 15 ans et même si bien d’autres facteurs semblent en cause dans cette hécatombe, le Gaucho est finalement interdit en France en 1999, mais uniquement pour la culture du tournesol… S’ensuit alors une course à l’échalote entre les géants de l’agrochimie qui sortent sans cesse de nouveaux produits et les défenseurs des abeilles qui tentent de les faire interdire, comme le relate un excellent article du Canard enchaîné de novembre 2012 et comme l’évoque José Bové dans son livre co-écrit avec Gilles Luneau et intitulé Hold-up à Buxelles. En 2002, BASF lance sur le marché le Régent qui sera interdit deux ans plus tard et en 2008 c’est le Cruiser, issu justement des laboratoires de Syngenta, qui débarque à son tour. Il faudra attendre juin 2012 pour que ce dernier soit à son tour déclaré indésirable, mais uniquement sur le colza, après qu’une étude de l’INRA ait prouvé la toxicité de son principe actif qui désoriente les abeilles, même à très faible dose.

Manifestation contre le Gaucho devant le siège bruxellois de Bayer le 21 avril 2007

Manifestation contre le Gaucho devant le siège bruxellois de Bayer le 21 avril 2007

A Verteuil d’Agenais en tout cas, les épandages se poursuivent ainsi jusqu’en avril 2003, l’affaire étant juteuse pour l’agriculteur rémunéré pour ce petit service et pour la firme suisse qui, sinon, devrait payer bien davantage pour incinérer ces produits nocifes ou les mettre en décharge. Les services de l’État finissent par réagir et la préfecture oblige enfin l’agriculteur à cesser cette pratique qui, bien que tolérée jusqu’en 2002, est désormais parfaitement illégale au vu du Code de l’environnement.

Blog275_PhButineuseDeux associations se constituent alors partie civile : l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf) et le syndicat départemental local des apiculteurs, l‘Abeille Gasconne. L’affaire est donc portée en justice devant le tribunal correctionnel ? En juin 2007, la société Syngenta est mise en examen puis renvoyée devant le tribunal le 16 novembre 2011, ainsi que l’agriculteur qui pratiquait les épandages pour son compte. Or, cinq jours plus tard, la société ainsi poursuivie en justice, Syngenta Seeds Holding, est purement et simplement dissoute pour se fondre dans Syngenta Holding France. Un tour de passe passe imparable qui met la multinationale suisse à l’abri des poursuites : il suffisait d’y penser !

Croyant néanmoins déceler dans cette manœuvre dilatoire ni plus ni moins qu’une pratique frauduleuse destinée à échapper aux foudres de la Justice, le parquet a saisi le tribunal de commerce de Versailles. Lequel a annulé la dissolution, estimant notamment que si la société « était certaine de son argumentaire de n’avoir commis aucune infraction, elle aurait aussi bien pu retarder sa dissolution anticipée et faire ainsi face à ses obligations ».

Mais le groupe suisse Syngenta a fait appel, et, contre toute attente mais grâce à ses excellents avocats, il vient d’obtenir gain de cause. Le 26 janvier 2016 en effet, la cour d’appel de Versailles a bien voulu admettre que la réorganisation était envisagée depuis 2010 et qu’il ne s’agit donc que d’une regrettable coïncidence. Le parquet renonçant à se pourvoir en cassation (on se demande bien pourquoi…), le tribunal correctionnel de Paris devrait ainsi être amené à constater l’extinction des poursuites contre cette entité de Syngenta qui n’existe plus. Lors du procès, l’agriculteur qui a procédé aux épandages illicites se retrouvera donc seul dans le box des accusés et jouera donc le rôle du lampiste en lieu et place du géant de l’agrochimie.

Blog275_PhSyngentaIl faut dire à la décharge de ce dernier que ses dirigeants ont en ce moment la tête à tout autre chose. Comme l’a annoncé la presse spécialisée et même La Provence,  les dirigeants de la firme bâloise négocient en effet la revente de leur société au groupe chimique chinois ChemChina pour la modique somme de 43 milliards de dollars, et ceci après avoir à plusieurs reprises refusé d’alléchantes offres de rachat de la part de Monsanto et de Dupont de Nemours. Un montant assez fabuleux pour cette quatrième plus grosse transaction en cash de l’histoire, selon les calculs de la banque HSBC qui s’y connaît en la matière. La plus grosse acquisition en tout cas pour les Chinois qui cherchent tout simplement à s’approprier la technologie occidentale en matière d’agrochimie afin de booster leur propre agriculture et nourrir leur population.

On savoit déjà les abeilles européennes menacées par le redoutable frelon asiatique, mais là ce sont les abeilles chinoises qui ont du souci à se faire… Albert Einstein aurait en son temps déclaré : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre : plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes ». Le faits viennent, semble t-il, de lui donner raison quant à sa géniale intuition sur l’existence des fameuses ondes gravitationnelles. Espérons qu’il n’en sera pas de même pour sa prophétie sur la disparition des abeilles !..

L.V.  LutinVertPetit

Les libraires se vengent de Sarkozy…

14 février 2016

Lors de la publication du dernier livre de Nicolas Sarkozy, le parti qu’il préside avait envoyé à tous ses adhérents un courrier personnalisé les invitant à commander sans tarder cet ouvrage dans lequel il a mis « toute son expérience de la vie et de la politique » rien de moins, « pour montrer tout l’amour qu’il porte à la France qu’il a chevillé au corps depuis toujours et pour la vie », et pour les siècles des siècles, amen.

Blog276_PhLettre

Certains esprits mesquins dont le bras droit d’Alain Juppé, Gilles Boyer, s’étaient émus publiquement de cette publicité gratuite aux frais du parti alors que rien de tel n’avait été prévu pour évoquer la publication toute récente des livres de François Fillon et d’Alain Juppé. Mais d’autres, dont de nombreux petits libraires ont surtout été intrigués, dans ce courrier officiel du principal parti de droite, par cette invitation sans détour à commander le précieux ouvrage sur les sites de commerce en ligne, Amazon en tête.

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 27 janvier 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 27 janvier 2016

Comme si Les Républicains considéraient comme un fait acquis que les librairies de quartier avaient depuis belle lurette disparu du paysage de l’édition. Nombre d’entre eux avaient déjà moyennement apprécié de se voir démarcher depuis quelque temps déjà pour commander de grosses quantités d’un livre politique écrit par une personnalité de tout premier plan dont on refusait de leur indiquer le nom : on n’achète pas un âne dans un sac quand on est petit commerçant acculé à la survie du fait de la concurrence féroce du commerce par internet…

Du coup, certains de ces libraires à l’esprit un peu taquin, se sont amusés à disposer dans leurs rayons La France pour la vie (Plon) aux côtés de l’ouvrage du blogueur L’Odieux Connard – Qu’il est bon d’être mauvais (Points), du recueil de dessins humoristiques de Cabu Toujours aussi cons ! (Cherche-midi) ou du Prix de la BD Fnac Le Grand Méchant Renard (Delcourt), ainsi que l’on relevé plusieurs internautes, largement relayés par certains médias dont Le Monde.

Blog276_PhLivreSarko

Blog276_PhDinausaure

Blog276_PhCabu

Dessin paru dans le Canard enchaîné du 27 janvier 2016

Dessin paru dans le Canard enchaîné du 27 janvier 2016

Un voisinage qui ne met pas forcément en valeur une oeuvre à la portée inestimable puisqu’elle constitue de la part de l’ex président de la république à l’égo surdimensionné un exercice de mea culpa assez surréaliste, qui a largement inspiré de nombreux caricaturistes et contribue à faire beaucoup parler du livre, à défaut de donner envie de le lire…

L.V. LutinVertPetit

Blog279_DessinSarko

 

Le soleil comme on n’a pas l’habitude de le voir…

12 février 2016

Blog274_PhSoleilC’est une vidéo tout à fait exceptionnelle qui avait été diffusée en novembre dernier par la NASA et qui a été déjà largement relayée par les médias du monde entier mais dont on ne se lasse pas, tant les images en sont spectaculaires !

Les photos ont été prises par la sonde SDO (Solar Dynamic Observatory) lancée en 2010 dans le cadre du programme joliment nommé « living with a star », et qui envoie des images toutes les 12 secondes, prises selon 10 logueurs d’ondes différentes. Mais ces images ont ensuite été assemblées par milions afin de reconstituer cette vidéo ultra haute définition qui, outre son grand intérêt scientifique, présente une qualité esthétique tout à fait remarquable. Le résultat est d’autant plus bluffant que ce qui se présente comme une simple vidéo banale, résulte en fait d’un travail de titan puisqu’il a fallu pas moins de 300 heures pour en réaliser le montage à raison d’une dizaine d’heures pour chaque minute ! A déguster en plein écran bien entendu…

Blog274_PhEruption

On y voit notamment les impressionnantes éruptions solaires avec d’immenses fontaines de feu qui s’élèvent très haut dans l’espace sous forme de jets de gaz incandescent dont la température atteindrait 20 millions de dégrés : chaud devant…

Blog274_PhCouleur

Pour mettre en évidence ces geysers jaillissant à la surface de l’astre solaire, ce sont des capteurs à longueur d’onde unique qui ont été utilisés alors que d’autres images plus colorées ont été prises dans un domaine de longueur d’ondes très large, qui révèle un rayonnement intense de la matière dans une gamme de couleurs somptueuses mais qui ne permet plus de voir les éruptions solaires car ces dernières sont moins lumineuses que le fond d’image.

Blog272_PhRXCertaines séquences qui montrent la surface crevassée du soleil résultent de l’assemblage d’images prises à l’aide d’un capteur utilisant des rayons X. Cette partie superficielle du soleil constitue une sorte de peau froide (à 6 000 °C quand même) alors que le gros du soleil est une boule gazeuse.

Quant à la petite balle noire qui traverse subrepticement la vidéo à plusieurs reprises, il s’agit tout simplement de Vénus qui se balladait justement entre le soleil et la Terre, comme chacun bien sûr l’avait deviné…

C.T.  

En Bretagne, le réseau Biocoop croit au solaire !

10 février 2016

Même le magazine des financiers et des investisseurs La Tribune, pourtant peu au fait de l’actualité militante écologiste, s’en est fait l’écho : Biocoop, premier réseau bio et équitable en France, adepte du 100 % bio et sans OGM, chantre du consommer local et du commerce équitable, vient de doter sa plateforme logistique de la plus grande centrale photovoltaïque de Bretagne, fonctionnant en autoconsommation et financée par l’épargne citoyenne dans le cadre d’un partenariat avec Energcoop et Energie Partagée. Voilà qui mérite d’être salué !

Blog273_PhBiocoop

Située dans la zone artisanale de Mélesse, près de Rennes, en Ile-et-Vilaine, cette plateforme logistique du réseau Biocoop sert à stocker chaque jour plus de 250 références de fruits et légumes et 1250 en produits ultra-frais. Une véritable plaque tournante pour le réseau Biocoop qui compte désormais plus de 350 magasins de proximité en France, dont celui situé à l’entrée de Carnoux dans la zone industrielle et qui connaît depuis plusieurs années déjà un joli succès.Blog273_LogoBiocoop

En 2013, Biocoop a décidé une extension de cette plateforme logistique qui date de 1989 et qui emploie 300 personnes. Afin d’optimiser l’approvisionnement de ses magasins du grand Ouest, Biocoop a souhaité adjoindre 4000 m² supplémentaires d’entrepôts, ce qui fait plus que doubler la superficie du site. Du coup, les réseau coopératif a profité de ce projet pour mettre un pied dans la production locale d’énergie renouvelable en installant près de 2000 m² de panneaux photovoltaïque en toiture. Un beau pari pour cette région bretonne plus connu pour la persistance de son crachin que pour ses durées d’ensolleillement…

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Melesse

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Mélesse

Mais chez Biocoop, on y croit. Et ce beau projet baptisé « Soleil du Grand-Ouest » ne manque pas d’originalité car il résulte d’une association avec deux acteurs engagés dans le développement des énergies renouvelables. Contrairement à la plupart des centrales photovoltaïques que l’on voit fleurir un peu partout sur le toit des maisons et des hangars agricoles, il ne s’agit pas ici en effet de revendre l’électricité à EDF pour la réinjecter dans le réseau selon une pure logique spéculative. Il s’agit vraiment d’un projet d’autocosommation. Et c’est là qu’intervient le premier partenaire, Énercoop, seul fournisseur d’électricité en France à proposer une offre 100 % renouvelable, basée sur un approvisionnement direct auprès de producteurs d’énergies renouvelables.

Blog273_LogoEnercoopL’objectif d’Énercoop est de construire un nouveau modèle, basé sur la participation des citoyens au paysage énergétique de leur territoire, le développement local de moyens de production renouvelables, et la proposition de solutions d’économies d’énergie. Énercoop propose son offre via un réseau de 10 coopératives locales et compte aujourd’hui 25 000 consommateurs et 15 000 sociétaires. En l’occurrence, Énercoop s’engage à fournir à la plateforme de Biocoop une énergie 100 % renouvelable issue en partie de son réseau et en partie (pour 15 % environ) de la centrale photovoltaïque installée sur le toit du bâtiment et dont la puissance est de 300 MWh.

Un nouveau modèle qui pourrait faire école car permettant de réduire considérablement les coûts liés à la revente sur le réseau. Grâce à ce système, Biocoop s’assure un approvisionnement en électricité verte dont les prix sont garantis pour une durée de 30 ans, ce qui n’est pas forcément un mauvais calcul à l’heure où EDF annonce une augmentation de 30 % du coût de l’electricité dans les années à venir.

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Le coût d’installation de cette centrale, dont les panneaux ont été assemblés en Côtes d’Armor par Silia et posés par l’entreprise bretonne Armorgreen, s’élève à 550 000 €. Mais le montage financier ne manque pas d’originalité non plus, avec l’entrée en scène d’un autre partenaire, Énergie Partagée Investissement, qui apporte pas moins de 200 000 €. Énergie Partagée est un mouvement qui collecte l’épargne des citoyens investisseurs désireux de donner du sens à leur argent en investissant à long terme dans des projets de production d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique, contrôlés majoritairement par des citoyens et des collectivités locales. Son rôle est d’accompagner et de sécuriser les projets en leur apportant une validation, technique, juridique et financière grâce à son réseau d’adhérents, d’animateurs régionaux et de relais locaux.Blog273_LogoEnergiePartage

Et c’est ainsi que ce projet de Mélesse a pu voir le jour sans aucune subvention publique. Une société de type SAS a été créée, pilotée par Biocoop, Énercoop, Énergie Partagée et par un club d’investisseurs solidaires Cigales. Outre les 200 000 € apportés par Énergie Partagée, 100 000 € ont été investis par Énercoop Bretagne, 2 magasins Biocoop et le club Cigales. Quant au solde de 250 000 €, il provient d’un prêt consenti par la banque éthique La NEF. Un véritable modèle de financement alternatif !

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

La centrale solaire a été inaugurée le 6 octobre 2015 en présence du président et du directeur général du réseau Biocoop, du président d’Énercoop et du directeur d’Énercoop Bretagne, ainsi que du délégué général d’Énergie Partagée Investissement. Il pleuvait un peu ce jour-là mais il en aurait fallu bien davantage pour refroidir l’enthousiasme de cette brochette de passionnés…

L.V.  LutinVertPetit

Alain Gachet : sourcier ou sorcier ?

7 février 2016

Blog272_PhLivreAlain Gachet fait partie de ces baroudeurs qui contribuent à faire changer le monde. Peu connu du grand public, il a pourtant été invité récemment par tous les médias, de LCI à Arte en passant par RFI, La Croix ou Le Figaro, à l’occasion de la parution de son livre intitulé « L’homme qui fait jaillir l’eau du désert ». Né en 1951 à Madagascar d’un père employé des Eaux et Forêts de la France coloniale, il débarque en métropole à l’âge de 18 ans et suit une formation d’ingénieur à l’Ecole des Mines de Nancy. Il passe alors 20 ans à partir de 1977 dans l’exploration pétrolière chez Elf Aquitaine où il se forme aux techniques de forages profonds et aux méthodes de prospection géophysique.

En 1997, révolté par le manque de lucidité des dirigeants de l’industrie pétrolière et le comportement post-colonial des majors du secteur, il claque la porte et fonde sa propre société, Radar Technologie International, basée à Tarascon, avec laquelle il poursuit son activité de géologue et se lance notamment dans la recherche d’or en pleine forêt tropicale au Cameroun, croisant observations de terrain avec les pygmées et analyses par photographies satellites. Il développe ainsi son propre système expert dénommé Watex (« water exploration ») qui exploite les imageries radars issus des satellites espions de l’armée américaine dont les données ont été enfin déclassifiées après la chute du mur de Berlin.

Blog272_PhGachetDesert

En 2002, alors qu’il travaille pour la compagnie Shell en Lybie, il découvre avec ses outils d’investigation géophysique une énorme fuite d’eau sur l’aqueduc enterré de 4 m de diamètre qui traverse le désert de Syrte. Sa découverte fait du bruit et ses méthodes connaissent alors une véritable reconnaissance de la part de la communauté scientifique internationale, tout en déclenchant les foudres du colonel Khadafi encore à la tête du pays et dont la colère s’abat sur ses propres services hydrauliques.

Alain Gachet célébrant la découverte d'eau dans un forage du bassin de Lotikipi au Kenya

Alain Gachet célébrant la découverte d’eau dans un forage du bassin de Lotikipi au Kenya

Cette notoriété l’amène alors à travailler pour l’UNHCR, l’agence des Nations-Unies pasée à Genève qui vient en aide aux réfugiés et qui, lors de la crise humanitaire du Darfour en 2004 fait appel à ses services pour implanter les forages destinés à fournir de l’eau aux nombreux camps de réfugiés. En quatre mois et sur une surface de la taille du Portugal, Alain Gachet et ses équipes réalisent de nombreux forages avace un taux de succès remarquable de 89 % à la frontière du Tchad et du Soudan alors que ce taux ne dépasse guère 30 % pour les autres opérateurs dans ce secteur. De 2006 à 2007, 17 000 puits vont ainsi être forés au Soudan par l’UNICEF grâce aux indications des cartes établies selon les indications du système Watex, et le taux de succès y atteint 98 %, ce qui est inespéré.

Pourtant, à partir de 2007, Alain Gachet se heurte à une fin de non recevoir de la part de la Communauté européenne à qui il propose ses services pour rechercher de nouvelles ressources en eau en Afrique de l’Est, de crainte que l’exploitation de ces nouveau points d’eau ne créent des zones de conflit en amenant les populations déplacées à s’y fixer définitivement et n’attisent la convoitisede milices armées prédatrices et même de pays riches en recherche de terres cultivables : Alain Gachet découvre alors toutes la complexité des contrdictions entre secours d’urgence et aide au développement !

Avec des femmes Turkana au Kenya

Avec des femmes Turkana au Kenya

Mais notre géologue mi sourcier, mi sorcier ne se décourage pas pour autant. Il est alors approché par d’autres acteurs dont l’US Navy et de l’USAID qui se préoccupent de rechercher de nouvelles ressources en eau en Afrique de l’Est afin d’y développer des programme d’agriculture irriguée pour aider au développement des populations locales et y prévenir la propagation des organisations terroristes à tendance islamiste qui tentent de s’y implanter. En 2011, Alain Gachet découvre ainsi un immense aquifère qui s’étend sur plus de 4 000 km² sur une profondeur de 300 à 700 m, à la frontière de l’Ethiope et de la Somalie : des réserves gigantesques de nature à changer complètement l’économie rurale du secteur ! Les découvertes s’accélèrent alors, au Kenya, au Togo et même en Irak où il réalise une cartographie complète des ressources en eau souterraine.

Alain Gachet au micro d'Europe 1

Alain Gachet au micro d’Europe 1

A 64 ans, Alain Gachet ne se contente plus de prospecter et de forer. Il veut aussi alerter. Convaincre d’abord que pour freiner les vagues migratoires de réfugiés, la seule solution durable consiste à favoriser le développement dans les pays d’origine de ces candidats à l’émigrations : favoriser l’accès à l’eau est souvent une condition nécessaire pour favoriser le développement économique local et prévenir bien des conflits. Comme tout bon hydrogéologue qui se respecte, il insiste pour que l’exploitation des nappes souterraines se limite aux ressources réellement renouvelables : « L’eau fossile, gardons là pour le futur ».

Quant au pétrole, auquel il a consacré une partie de sa vie, il considère désormais avec sagesse que « l’extraire pour l’utiliser comme carburant est une hérésie. J’espère qu’à l’avenir son usage sera réservé à la chimie ». Pas besoin d’être sorcier en effet pour le comprendre…

L.V.  LutinVertPetit

A Cassis, on rejoue Arsenic et vieilles querelles…

2 février 2016

Voilà 50 ans que cela dure ! Cinquante ans que l’usine d’alumine de Gardanne déverse tranquillement dans la baie de Cassis, en plein coeur du massif des Calanques, ses déchets industriels riches en arsenic, mercure, titane, chrome, vanadium et autres métaux lourds mélangés dans une soupe toxique fortement concentrée en soude…

Tout devait s’arrêter au 31 décembre 2015, Convention de Barcelone oblige, qui interdit désormais les rejets industriels dans la Mer Méditerranée. Mais c’était sans compter sur le laxisme des pouvoirs publics et l’imagination du Fonds d’investissement qui détient désormais l’usine d’alumine Alteo de Gardanne, créée en 1894 et longtemps aux mains de Péchiney. Grâce à la mise en place de filtres-presses largement financés par de généreuses subventions de l’Agence de l’Eau, les boues rouges, résidus de la fabrication de l’alumine, se sont transformées en un liquide presque aussi toxique mais nettement plus présentable.

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Du coup, le 30 décembre 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône signait un arrêté autorisant de manière dérogatoire et pour une durée de 6 ans la poursuite des déversements en mer de ces eaux industrielles fortement toxiques à raison d’un débit colossal de 270 m³/h, et ceci malgré les nombreuses alertes des scientifiques, des pêcheurs et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui s’inquiètent des dégâts de cette soupe caustique sur le milieu marin et la biodiversité du Parc national des Calanques.

La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, s’était pourtant clairement prononcée contre cette poursuite des rejets toxiques en mer, mais c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui a donné l’ordre au préfet de passer outre et d’accorder le précieux sésame à l’industriel, sur fond de chantage à l’emploi comme en 1966 lors de l’installation de la conduite de rejet. Mais les associations de défense de l’environnement, regroupées au sein du collectif Union Calanques Littoral, ne désarment pas et estiment que « la démocratie a été bafouée », rien de moins.

Henry Augier

Henry Augier

Son président, le professeur honoraire Henry Augier, ancien directeur du Laboratoire de biologie marine à l’université de Luminy et spécialiste des pollutions marines, dénonce dans un communiqué de l’UCL (TexteUCL) le fort pouvoir toxique des nombreux composants dangereux que contiennent ces rejets liquides dont curieusement l’effet n’a même pas fait l’objet d’études spécifiques puisque leur composition n’était pas connue précisément jusque là… Ses arguments le laissent pas d’inquiéter les nombreuses associations qui adhèrent à ce collectif et qui sont à l’origine d’une forte mobilisation autour de ce dossier. Plus de 100 000 personnes ont signé la pétition destinée à demander l’arrêt immédiat de ces rejets, même si cette opposition est bizarrement passée inaperçue des commissaires enquêteurs en charge de l’enquête publique qui s’est déroulée l’été dernier dans une grande discrétion.

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d'Alteo

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d’Alteo

Du coup, les opposants à ces rejets ont décidé de se manifester ouvertement en se rassemblant, samedi 30 janvier 2016, devant la Préfecture à Marseille. Ils étaient plus d’un millier ce jour-là à essayer de se faire entendre, accompagnés de quelques ténors dont José Bové qui ne décolère pas et juge inadmissible de laisser Alteo poursuivre pendant au moins 6 ans encore ces rejets en mer, en dérogation des engagements internationaux de la France et alors qu’un délai de 2 ans serait largement suffisant pour permettre à l’industriel de construire l’usine de traitement nécessaire pour épurer ces eaux et les réutiliser sur place.

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Il estime d’ailleurs que le fait que cette décision ait été imposée par le Premier Ministre malgré l’avis contraire de sa ministre de l’écologie pourtant en charge du dossier constitue une irrégularité majeure qui peut ouvrir la voie à un recours contentieux. Selon José Bové, « Valls est hors-la-loi » ! Un courrier a d’ores et déjà été adressée à Ségolène Royal pour dénoncer cette situation et les esprits s’échauffent en attendant. Avec Michèle Rivasi, le député européen écologiste envisage même de porter l’affaire devant la commission des pétitions du Parlement européen car la France pourrait être condamnée dans cette affaire pour violation d’une convention internationale.

Un dossier à tiroirs donc, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’agiter de vieilles querelles entre défenseurs de l’environnement et tenants du productivisme à tout crin…

L.V.  LutinVertPetit