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6ème extinction massive : l’agonie sera brève…

11 juillet 2017

Nous avons tous en tête cette question lancinante qui nous obsède : comment les dinosaures, maîtres du monde et omniprésent à la surface de la Terre durant des millions d’années ont-ils pu bien pu disparaître du jour au lendemain ou presque et céder ainsi la place à d’autres espèces aussi fragiles que ridicules, qui ne faisaient pas le poids à côté de ces monstres, et qui pourtant ont su occuper toute la place laissée libre par leurs redoutables prédécesseurs ?

Astéroïde géant, supernova tueuse, crise climatique brutale ou éruption volcanique cataclysmique, les hypothèses ne manquent pas pour expliquer ces extinctions massives d’espèces qui se sont produites à de multiples reprises depuis que la Terre existe. Celle qui a eu lieu à la fin du Crétacé, il y a maintenant 65 millions d’années ne serait que la cinquième de ces grandes extinctions massives connues, et encore certains en répertorient même plusieurs dizaines.

Pour ce qui est de la disparition des dinosaures, on soupçonne que la chute d’une météorite de 10 à 20 km de diamètre, tombée malencontreusement dans le Golfe du Mexique, aurait pu provoquer un cataclysme suffisant pour expliquer la disparition de ces reptiles qui avaient pourtant su coloniser la quasi-totalité de la planète. D’autres évoquent l’émission de millions de m3 de laves qui s’épanchaient alors sur le vaste plateau du Deccan en Inde durant une vague d’éruptions qui dura pendant près de 1 million d’années, induisant des changements climatiques majeurs à l’origine de la disparition de 47 % des espèces marines et 18 % des vertébrés terrestres, dont la totalité des dinosaures et des reptiles volants.

Empilement de coulées basaltiques au Deccan (Inde)

Une véritable hécatombe donc, mais qui, bien que reliée sans doute à un (ou plusieurs) événement déclencheur brutal, ne s’est probablement pas faite du jour au lendemain comme on a trop tendance à se le représenter. Cela a sans doute pris plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’années ! Les hypothèses les plus récentes (mais toujours controversées) estiment que c’est l’impact de la météorite de Chicxulub qui serait à l’origine d’une disparition rapide de la végétation du fait des perturbations climatiques associées à un tel impact, mais que son effet aurait été aggravé par les émissions volcaniques massives du Deccan, elles-mêmes déclenchées par l’impact, tout en reconnaissant qu’il s’est probablement passé environ 50 000 ans entre les deux événements, une paille !

Ammonites pourchassées par un mosasaure

Le plus probable en tout cas est que c’est la photosynthèse qui a été affectée en priorité par ces événements cataclysmiques, provoquant par contrecoup la disparition des espèces végétariennes qu’elles soient marines (ammonites et autres belemnites notamment, mais aussi les mosasaurus qui s’en nourrissaient) ou terrestres, dont les fameux dinosaures, qui ont néanmoins survécu via leurs descendants que sont les oiseaux. Les mammifères, eux, ont profité de l’occasion pour se diversifier et proliférer.

Car c’est une constante du genre : la durée de vie moyenne d’une espèce animale ou végétale est de l’ordre de 5 à 6 millions d’années. Ensuite, elle disparaît ou elle donne naissance, par mutation, à de nouvelles espèces. La vie sur Terre étant riche de millions d’espèces différentes, cela revient à dire que plusieurs espèces disparaissent chaque année, tandis que de nouvelles surgissent régulièrement. Sauf lors de ces crises exceptionnelles qui voient disparaître au même moment des millions d’espèces. La Nature a besoin ensuite de plusieurs millions d’années pour retrouver un nouvel équilibre.

Présenté ainsi, on pourrait considérer que la perte de biodiversité que nous vivons actuellement et que beaucoup présentent comme La Sixième Extinction (c’est le titre d’un livre de la journaliste Elisabeth Kolbert, publié en 2015 et qui a été couronné par le Prix Pulitzer), n’est donc qu’une péripétie de plus comme la Terre en a connue plusieurs au fil des temps géologiques. Sauf que jamais la disparition des espèces n’a connu un rythme aussi rapide et ceci sans même faire appel à une bonne vieille catastrophe naturelle ou un bombardement cosmique de derrière les fagots.

Le dodo, une espèce décimée par l’homme (crédit photo : Ballista)

Selon une étude publiée en juin 2015 dans Science Advances, le taux actuel de disparition des espèces animales serait d’au moins 100 fois supérieur à ce qu’il n’était avant 1900, soit un rythme d’extinction sans précédent depuis la fin des dinosaures. L’Union internationale pour la conservation de la nature considère ainsi qu’environ 41 % des espèces d’amphibiens et 26 % des espèces de mammifères sont désormais menacées d’extinction. Il suffit de se promener dans la galerie du Museum d’Histoire naturelle à Paris pour retracer l’histoire de ces centaines d’espèces qui ont déjà disparu de la surface du globe, exterminées volontairement ou non par des générations de chasseurs.

Et la situation s’aggrave comme vient encore de le montrer une étude publiée cette semaine dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs américains et mexicains. Sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres étudiés, les chercheurs ont constaté que 32 % avaient vu leurs populations décliner dangereusement, ce qui est un prélude à leur disparition annoncée. La plupart de ces espèces voit son aire de répartition se réduire drastiquement, ce qui est à l’origine de son déclin. Ainsi, le nombre de lions a chuté de 43 % au cours des 20 dernières années et ils ne sont plus présents en Afrique que sur de minuscules territoires résiduels.

Le chardonneret élégant (source : Nature Alsace)

Les orang outangs à Bornéo ont vu leurs effectifs fondre de 25 % ces 10 dernières années tandis qu’en France le nombre de chardonnerets a diminué de 40 % dans le même temps. Au total, ces chercheurs estiment que le nombre total de vertébrés terrestres aurait ainsi été divisé par deux en 40 ans, ce qui vient confirmer les chiffres alarmistes annoncés en 2016 par le WWF qui estimait que 58 % des population de vertébrés avait disparu entre 1970 et 2012.

Les causes de cette nouvelle extinction massive qui se produit sous nos yeux à un rythme jamais connu sont parfaitement connues et analysées. Elles sont toutes liées directement à l’activité humaine : déforestation, urbanisation, exploitation minière, agriculture intensive, pollution des eaux, réchauffement climatique, transfert d’espèces invasives. La perte de biodiversité qui en résulte est maximale dans les milieux les plus vulnérables que sont notamment les îles, là où l’isolement avait permis le développement d’espèces endémiques qui disparaissent très rapidement lorsque l’activité humaine les met en contact de prédateurs nouveaux. La littérature scientifique regorge de tels exemples, mais l’enjeu est aussi la biodiversité ordinaire, celle des papillons et des abeilles dont les populations sont en train de s’effondrer alors même qu’elles sont vitales pour assurer la pollinisation nécessaire à l’activité agricole et donc à la survie de l’humanité.

Un dessin signé Ahmet Aykanat

C’est finalement la seule bonne nouvelle que l’on pourrait retenir : il ne reste plus beaucoup de temps pour inverser la tendance d’un cycle aussi mortifère et au vu des décisions de certains responsables politiques actuels, tout laisse penser que les choses ne vont aller qu’en s’accélérant. La sixième extinction massive est bien engagée, sera très vraisemblablement fatale à l’espèce humaine et elle devrait être courte : au train où vont les choses, la Planète ne devrait plus avoir à nous supporter pendant très longtemps…

L.V. 

Les aventures d’un écologiste qui rachète le littoral provençal…

25 octobre 2015
Christian Desplats

Christian Desplats

C’est une saga peu commune que raconte le livre intitulé « Batailles en bord de mer », sous-titré « Les défis de la protection du littoral ». Son auteur : Christian Desplats, actuel co-président du groupe Europe écologie – les Verts au Conseil Régional PACA où il ne se représentera pas pour les prochaines élections. Entré en politique comme adjoint au maire de Rougiers, petite commune de la Sainte-Baume, il a été entre 1989 et 2010 délégué du Conservatoire du Littoral, d’abord pour le Var puis pour toute la région Provence-Alpes Côte d’Azur, avant d’être élu président de l’ARPE, l’agence régionale pour l’environnement, de 2010 à 2013.

Blog240_PhLivreCe livre de souvenirs, accessible sur demande pour 15 € (contact@batailles-en-bord-de-mer.com), se lit comme un roman. Il relate 12 négociations menées par l’auteur pour le compte du Conservatoire du Littoral, afin d’arracher des griffes de la spéculation immobilière, des espaces littoraux remarquables, souvent menacés d’urbanisation ou par des projets d’aménagement touristiques. Pendant 20 ans, Christian Desplats a sillonné le littoral de la Provence et de la Côte d’Azur, avec son air souriant et débonnaire qui cache une ténacité redoutable et un talent remarquable de négociateur. Son objectif : racheter des terrains en bord de mer pour les soustraire à l’urbanisation, permettre leur protection définitive et les ouvrir au public.

Le Salin des Pesquiers sur la presqu'île de Gien à Hyères, 564 ha acquis et protégés depuis 2006 par le Conservatoire du Littoral

Le Salin des Pesquiers sur la presqu’île de Gien à Hyères, 564 ha acquis et protégés depuis 2006 par le Conservatoire du Littoral

Pendant toutes ces années, il s’est acharné à convaincre propriétaires, aménageurs, promoteurs et investisseurs que leur seule issue était de vendre au Conservatoire du Littoral des terrains, souvent d’une grande beauté paysagère et toujours d’une richesse écologique remarquable, destinés initialement à la spéculation immobilière mais devenus inconstructibles du fait de la loi Littoral.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la tâche n’était pas de tout repos comme le raconte Christian Desplats dans son libre-témoignage où il tient son lecteur en haleine. Certains propriétaires aux abois ne demandent pas mieux que de négocier avec le Conservatoire du Littoral qui, au terme de ses 40 ans d’existence, détient désormais près de 160 000 hectares de littoral soustrait à la folie spéculatrice. Mais ce n’est pas le cas de tous les interlocuteurs avec qui Christian Desplats a eu affaire. On y croise ainsi de redoutables affairistes dont l’homme d’affaire Vincent Bolloré, à la hauteur de sa réputation et dont on constate qu’il vaut mieux ne pas trop se fier à sa parole…

Plage des Brouis près du Cap Lardier, à La Croix-Valmer

Plage des Brouis près du Cap Lardier, à La Croix-Valmer

On y retrouve de nombreuses affaires qui ont défrayé la chronique dont celle du domaine de la Bastide blanche et ses 55 hectares au dessus du Cap Lardier à deux pas de Saint-Tropez. Le Conservatoire du Littoral a échoué à racheter cette propriété qui suscitait bien des convoitises, mais s’est rattrapé en négociant discrètement avec un vieil architecte allemand le rachat de la propriété voisine de la Vieille Bastide avec sa villa atypique semi-enterrée surnommée Octopus et construite sans la moindre autorisation ! On y découvre aussi les démêlés qui ont opposé pendant des années le Conservatoire du Littoral aux Salins du Midi dans une perpétuelle partie de poker menteur agrémentée de multiples recours en justice. Au point qu’il a été question à un moment de se porter directement acquéreur de l’entreprise et de ses 30 000 hectares de marais salants littoraux, quitte à laisser à un industriel la partie encore exploitée…

La Plaine des Maures

La Plaine des Maures

On y apprend aussi comment, en 1993, pour contrer l’implantation par le groupe Michelin d’un centre d’essai de pneumatiques en plein cœur de la Plaine des Maures, un vaste espace naturel préservé, aux allures de savane africaine, situé en centre Var et qui abrite la fameuse tortue d’Hermann, Christian Desplats a suggéré au ministère de l’environnement d’y étendre le champ d’action du Conservatoire du Littoral à plus de 25 km de la mer. Même Théodore Monod se met de la partie et vient plaider la cause de la sauvegarde de ce fabuleux paysage menacé, tandis que les élus varois se déchainent contre ces velléités écologistes. Il a fallu, pour calmer les protestations de Michelin, lui racheter les presque 900 ha déjà acquis et surtout lui trouver un autre site de substitution, finalement déniché à proximité de Vins-sur-Caramy. Beaucoup d’argent public dépensé, pour un projet que Michelin n’a en réalité jamais mené à terme, mais qui a été un des éléments déclencheurs pour parachever la protection de la Plaine des Maures devenue depuis Réserve naturelle.

Blog240_PhLogoPeu à peu, au gré de ces négociations au long cours et malgré les tentatives d’intimidations voire les assassinats qui émaillent le parcours de ces marchandages en terrain miné, le Conservatoire du Littoral grignote, hectare après hectare, des espaces naturels désormais signés de son fameux chardon bleu, une plante robuste et particulièrement bien adaptée aux terrains difficiles.

L’objectif affiché d’acquérir progressivement un tiers du littoral français afin de le mettre définitivement à l’abri de la spéculation immobilière n’est pas encore en vue et le mitage des espaces naturels côtiers se poursuit, mais on doit à la ténacité de Christian Desplats et de ses collègues du Conservatoire du Littoral quelques belles victoires comme les milliers d’hectares du massif des Agriates dans le nord de la Corse.

Embouchure de l'Ostriconi, dans le massif des Agriates en Haute-Corse

Embouchure de l’Ostriconi, dans le massif des Agriates en Haute-Corse

On ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage, qui se lit comme un roman policier, à toux ceux qui se préoccupent de l’avenir de nos rivages menacés par la perte de biodiversité et par le bétonnage à outrance…

L.V.  LutinVertPetit

En Europe, la crise touche aussi les oiseaux !

16 février 2015

C’est une étude scientifique, publiée le 2 novembre 2014 par la revue Ecology letters, qui a tiré la sonnette d’alarme : quelques 421 millions d’oiseaux communs auraient disparu d’Europe au cours des trente dernières années ! Le chiffre a fait le buzz et a été largement repris par les médias, de Libération à Sciences & Avenir, ainsi bien sûr que sur de nombreux sites spécialisés en protection de l’environnement.

Richard Inger, coordinateur de l'étude

Richard Inger, coordinateur de l’étude

L’étude, coordonnée par Richard Inger, de l’université britannique d’Exeter, a porté sur 144 espèces d’oiseaux dont les populations ont été suivies depuis 1980 dans 25 pays européens par des observateurs bénévoles dans le cadre du programme Pan-European Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS), complété par des investigations de Bird Life International sur un échantillon plus large (520 espèces) pour les années 1997 à 2004. Dans les années 1980, le nombre d’individus des 144 espèces examinées était évalué à plus de 2 milliards et ce chiffre a donc diminué de plus de 20 % en trente ans. Les observations ont bien entendu été extrapolées et ce chiffre de 421 millions d’oiseaux qui auraient disparu d’Europe au cours des trente dernières années n’est qu’une estimation, sans doute très en deçà de la réalité puisqu’elle ne porte que sur un nombre très limité d’espèces. On estime en effet à plus de 950 le nombre total d’espèces d’oiseaux vivant en Europe.

Dessin publié par Urtikan.net

Dessin publié par Urtikan.net

Certains comme l’ornithologue Frédéric Jiguet, professeur en biologiste de la conservation au Museum national d’histoire naturelle et coordinateur du programme STOC (Suivi temporel des oiseaux communs), soulignent d’ailleurs que ce chiffre est à relativiser au vu d’autres encore plus effrayants ! Ainsi, il estime que sur ces mêmes trente dernières années, ce sont au total quelques 3 milliards d’oiseaux qui ont été tués par des chasseurs (dont un quart sur le seul territoire français, triste record national…) et sans doute autant qui ont été victimes d’accidents de la circulation, percutés par un véhicule et laissés agonisants au bord de la route. Certaines sources indiquent qu’aux États-Unis, le nombre d’oiseaux tués chaque année par les chats domestiques est aussi de cet ordre de grandeur de 3 milliards ! Mais toutes ces victimes sont souvent des jeunes oisillons inexpérimentés qui ne jouent pas encore de rôle actif dans la reproduction de leur espèce.

Étourneau sansonnet photo © Alain Fossé

Étourneau sansonnet photo © Alain Fossé

Ceci dit, les résultats publiés par Richard Inger et ses collègues restent très inquiétants, même s’ils ne font que confirmer et surtout aident à quantifier un phénomène bien connu depuis des années. Pour certaines espèces, les populations auraient ainsi diminué de près de 90 % en trente ans, 77 % par exemple pour la tourterelle, 61 % pour le moineau domestique, 58 % pour l’étourneau ou 46 % pour l’alouette des champs…

Les raisons de cette extinction massive qui se fait sous nos yeux, sans même qu’on ne s’en rende compte, sont bien identifiées également. L’agriculture intensive avec ses apports de pesticides qui décime les populations d’insectes (pour lesquels la perte de biomasse est sans doute incomparablement plus importante, mais personne ne l’a encore quantifiée…) : telle est la principale accusée une fois de plus.

Famille de moineaux prenant son bain photo © France Dumas

Famille de moineaux prenant son bain photo © France Dumas

Mais de manière plus générale, c’est toute la manière dont nous gérons notre environnement de proximité avec la disparition des haies, l’urbanisation et le bétonnage à outrance, qui sont en cause. « C’est un avertissement qui vaut pour toute la faune européenne. La manière dont nous gérons l’environnement est insoutenable pour nos espèces les plus communes »,  explique d’ailleurs Richard Gregory, de la Société royale britannique pour la protection des oiseaux, qui a co-dirigé l’étude.

Tourterelles des bois

Tourterelles des bois

Curieusement, l’étude montre que ce sont les petits oiseaux les plus communs jadis qui ont subi les plus lourdes pertes, illustrant à quel point il est nécessaire de se préoccuper de préserver la biodiversité la plus ordinaire et pas seulement les derniers éléphants d’Afrique ou les baleines à bosse. Les espèces d’oiseaux plus emblématiques font en effet l’objet depuis plusieurs années de mesures de protection et certaines populations sont de ce fait plutôt en croissance, ce qui au passage est rassurant quant au caractère encore réversible de cette menace. On assisterait même depuis les années 2000 à une certaine stabilité des populations observées, ce qui tend à montrer que les mesures de préservation des habitats naturels pourraient commencer à porter leurs fruits.

Blog160_DessinSignalons au passage qu’une autre étude, réalisée par l’organisation environnementale américaine National Aubudon Society, indique que ce ne sont pas moins de 314 espèces d’oiseaux qui sont menacées par le réchauffement climatique, soit plus de la moitié de celles présentes aux États-Unis et au canada, dont le pygargue mais aussi de nombreuses espèces qui jusqu’alors n’étaient pas considérées comme en danger. Les ornithologues ont ainsi identifié 126 espèces qui risquent de perdre plus de 50 % (voire même jusqu’à 100 % dans certains cas) de leur habitat d’ici à 2050, sans possibilité d’émigrer ailleurs si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Voilà peut-être des arguments qui devraient nourrir la réflexion de nos décideurs politiques pour le prochain sommet planétaire sur le changement climatique organisé à Paris à la fin de cette année…

L. V. LutinVert

Grande distribution : Intermarché pêche par excès…

29 août 2013

C’est un véritable pavé dans la mare que vient de lancer l’association Bloom en publiant en juin 2013 son palmarès des principales enseignes françaises de la grande distribution en matière de commercialisation de produits de la mer. Spécialisée depuis 2004 dans la conservation des écosystèmes marins, cette ONG s’inquiète notamment de la surexploitation actuelle des grands fonds marins à laquelle se livrent désormais les flottes de pêche industrielle après avoir largement surexploité les stocks de poissons de surface.

Blog37_Photo1Pourtant, ces grands fonds marins, qui constituent un réservoir important de biodiversité de la planète, sont aussi un milieu particulièrement vulnérable. La faune des grandes profondeurs océaniques se caractérise par sa croissance lente et son faible taux de renouvellement. La pêche y est pratiquée par une flotte industrielle très spécialisée, équipée de chaluts qui raclent les fonds jusqu’à près de 2 000 m de profondeur, provoquant des ravages irrémédiables puisque seules quelques espèces sont ciblées pour la consommation, tout le reste étant rejeté mort à la mer. La communauté scientifique internationale est unanime pour considérer cette exploitation comme une aberration écologique et la Commission européenne réfléchit actuellement à son interdiction.

Cette préoccupation liée à la commercialisation en grande surface de poissons issus de ce type de pêche est un des critères mis en avant par Bloom dans son enquête sur les pratiques de la grande distribution française. L’enjeu est de taille car les Français consomment en moyenne 33 kg de poisson par an, nettement plus que la moyenne mondiale et même européenne, et en achètent les trois quarts en grande surface. L’enquête de Bloom a porté sur les six principaux groupes français de distribution alimentaire (Auchan, Carrefour, Casino, E. Leclerc, Intermarché et Système U). Elle a duré cinq mois et s’est appuyée sur des questionnaires, des entretiens et des relevés de terrain.

OLYMPUS DIGITAL CAMERASes conclusions sont accessibles en toute transparence sur le site de Bloom et montrent qu’aucune des six enseignes ne satisfait pleinement aux critères d’évaluation retenus. Néanmoins, certaines telles que Casino et, dans une moindre mesure, Carrefour sont manifestement plus réceptives que d’autres au devenir des grands fonds marins et ont pris un certain nombre de mesures pour limiter la commercialisation et la promotion des espèces issues de ce milieu vulnérable, telles que la lingue bleue, l’empereur ou le grenadier de roche. Le mauvais élève de la classe, pointé par l’enquête, est le groupe Intermarché qui ne respecte qu’un seul des 23 critères d’évaluation et se classe donc bon dernier du palmarès, épinglé au passage pour publicité mensongère et faux label ! Pourtant, le classement ne prend pas en compte un fait aggravant puisqu’on apprend que le groupe Intermarché possède sa propre flotte de pêche, la Scapêche, qui bénéficie de très larges subventions publiques et qui est responsable d’environ 85 % des captures françaises en eau profonde, ce qui en fait d’ailleurs le principal fournisseur des autres enseignes françaises de la grande distribution. Aucune remise en cause n’est donc à attendre de la part de ce groupe qui se livrerait, d’après Bloom à un lobbying actif contre toute mesure d’interdiction du chalutage profond.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe pari de Bloom est qu’un consommateur averti et responsable peut agir directement à son niveau en orientant ses achats et en pesant ainsi que la politique commerciales des grands distributeurs. A chacun de mettre en pratique cet exercice et d’ouvrir l’œil au moment de choisir son poisson !

Lien internet : http://www.bloomassociation.org/fr/cp-classement-bloom-des-supermarches

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