Archive for mai 2017

La piste cyclable enfin prolongée à Carnoux

29 mai 2017

Attention, piste cyclable (source : Humour-blague)

Début 2009, un des premiers articles de ce blog plaidait déjà en faveur de la réalisation d’une piste cyclable dans la traversée de Carnoux, le long de la RD 41 E, un axe de passage très emprunté par les nombreux cyclistes qui se dirigent vers Cassis ou vers Marseille par le Col de la Gineste et qui, sur ce tronçon où la circulation est particulièrement dense, sont frôlés par les véhicules du fait de la configuration particulièrement accidentogène de la chaussée.

A cette date, une telle demande qui suscitait des ricanements polis de la part des élus municipaux, était pourtant largement légitimée par la loi LAURE sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie que Corine Lepage avait fait adoptée dès 1996 et dont l’un des articles inscrit dans le Code de l’Environnement l’obligation, à compter du 1er janvier 1998, pour les communes « à l’occasion des réalisations ou des rénovations des voies urbaines » de mettre en place « des itinéraires cyclables pourvus d’aménagements sous forme de pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants, en fonction des besoins et contraintes de la circulation ».

Mais il est bien connu, comme les élus locaux se plaisent souvent à le rappeler, Jean-Claude Gaudin en tête, que les lois votés par ces fadas de Parisiens ne sont pas censées s’appliquer dans notre beau pays provençal. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que les députés locaux s’intéressent davantage aux fêtes de villages et aux tournois de pétanque qu’au vote de nos lois nationales.

Et ce n’est pourtant pas faute de vigilance des associations locales qui s’efforcent de rappeler régulièrement nos édiles à leurs devoirs. Le 25 avril 2017, le Tribunal administratif de Marseille a ainsi donné raison pour la septième fois consécutive au collectif Vélos en ville qui demandait à la Communauté urbaine MPM devenue depuis Métropole AMP de simplement appliquer la loi et d’aménager des espaces cyclables à l’occasion de travaux de voirie. En l’occurrence, il s’agissait cette fois du boulevard Desautel situé près de Mazargues dans le 9ème arrondissement, mais ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres…

En 2008, campagne électorale oblige, l’inénarrable Jean-Claude Gaudin promettait de construire pas moins de 300 km de pistes cyclables dans la bonne ville de Marseille, une galéjade bien évidemment ! Vingt ans plus tard, selon le même collectif Vélos en ville, il n’existerait en tout et pour tout, sur l’ensemble de l’espace urbain marseillais que 70 km de voies aménagées pour les cyclistes contre près de 700 km à Paris et plus de 300 km à Nantes dont la population est pourtant 3 fois moins importante que celle de Marseille !

Premier tronçon de piste cyclable réalisé en 2013 à Carnoux

En 2014 (nouvelle échéance électorale oblige), le Schéma directeur des modes doux, adopté par la Communauté urbaine MPM, prévoyait d’aménager 10 km de pistes cyclables supplémentaires chaque année. De fait, on commence à voir les effets de cet infléchissement politique à l’occasion des travaux de voirie. A Carnoux, c’est bien sous l’impulsion de la Communauté urbaine qu’a été réalisé le premier tronçon de piste cyclable inauguré en novembre 2013 entre le Panorama et la mairie. Mais en 2014, lorsqu’ont été lancés les travaux de réfection de la voirie entre le Pont des Barles et le rond-point des Barles, le maître d’ouvrage a manifestement oublié d’appliquer la loi et rien n’a été prévu pour rendre moins périlleuse la circulation des cyclistes à cet endroit, pourtant l’un des plus faciles à aménager du fait de la configuration des lieux…

En 2017 enfin, le mouvement se poursuit à l’occasion des travaux récents de réfection de la chaussée entrepris entre le rond-point de Lou Caïre et l’église : on ne peut que se réjouir de voir que les terre-plein centraux qui rendaient la circulation si dangereuse pour les vélos ont été enfin supprimés et que deux bandes cyclables ont été matérialisées sur la chaussée. Un réel progrès pour les cyclistes qui traversent notre commune !

Bandes cyclables réalisées en mai 2017 le long du mail entre Lou Caïre et l’église

Dans le brouillard ambiant qui règne depuis la création de la métropole Aix-Marseille-Provence, et faute de signalisation placée à l’occasion de ce chantier, il est bien délicat de savoir à quel maître d’ouvrage public on doit cette avancée. La commune elle-même est restée très discrète sur le sujet et il ne sert à rien d’aller chercher sur son site internet des informations, sinon pour constater que même les comptes-rendus des conseils municipaux ne sont plus accessibles depuis septembre 2016.

Logiquement, c’est la Métropole qui était supposée, de par la loi, récupérer à compter du 1er janvier 2016 la gestion de la voirie sur son périmètre et on peut donc supposer que ce sont ses services qui ont eu à gérer ce chantier, à moins que le Conseil départemental ne soit encore aux manettes sur son ex voirie départementale ? Bien malin qui pourra démêler un tel écheveau de compétences encore bien enchevêtrées, mais peu importe au fond puisque ce sont quasiment les mêmes élus qui gèrent l’une et l’autre de ces collectivités…

Un député cycliste qui n’a pas besoin de piste cyclable (source : site internet Bernard Deflesselles)

Le plus étrange dans cette affaire est que la réalisation de cette piste cyclable n’ait pas été revendiquée par notre député actuellement en campagne pour son 5ème mandat. Son dernier tract de 8 pages sur papier glacé précise pourtant qu’il est sur tous les fronts, puisqu’on lui doit l’extension de la zone d’activité comme la création du casino (et du commissariat de police) de La Ciotat, mais aussi la réhabilitation du lycée Joliot-Curie à Aubagne, l’extension de la halte-garderie de Roquefort-La Bédoule, la construction de deux nouvelles écoles primaires à Cuges-les-Pins et à Ceyreste, sans compter bien sûr la rénovation du centre-ville de Carnoux et on en passe. A se demander même pourquoi nous avons encore besoin de choisir un maire dans nos communes avec un député aussi efficace et omnipotent qui se targue même, grâce à une utilisation judicieuse de sa réserve parlementaire de pallier les défaillances de l’Education nationale et de se charger lui-même « de l’éducation des enfants de la circonscription ». Un tel engagement force le respect et il serait vraiment étonnant qu’il ne soit pour rien dans la réalisation de ce nouveau tronçon de piste cyclable à Carnoux…

L .V.  

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Le Cercle progressiste carnussien est aussi sur Facebook !

27 mai 2017

On peut se moquer (gentiment) de l’addiction aux réseaux sociaux, dont Facebook, et en même temps reconnaître que ce sont d’excellents outils de communication qui facilitent le débat d’idées et contribuent à l’émergence d’une vie démocratique active où chacun se sent réellement acteur de sa vie sociale au sein de son réseau d’amis et dans son lieu de vie. Il n’est qu’à voir d’ailleurs à quel point les réseaux sociaux ont chauffé durant la récente campagne présidentielle pour se convaincre de leur intérêt dans la revitalisation de notre vie démocratique.

Ils sont bien sûr le lieu de tous les excès en donnant à chacun la possibilité de s’exprimer sur tout et n’importe quoi, parlant parfois à tort de sujets qui le dépassent et courant le risque de colporter des rumeurs malveillantes infondées. Mais c’est aussi grâce à cette vitalité des échanges entre citoyens lambda que notre démocratie représentative à bout de souffle pourra peut-être retrouver un nouvel élan, à condition que nos élus acceptent qu’ils doivent effectivement rendre des compte à leurs concitoyens dans la durée et ne pas seulement se contenter, à l’approche des échéances électorales, de promesses lénifiantes totalement irréalistes et jamais tenues.

C’est en tout cas le pari que fait depuis des années le Cercle progressiste carnussien (CPC) que d’ouvrir le débat à tous ceux qui le souhaitent pour inciter chacun d’entre nous à réfléchir aux enjeux de société et aux dossiers d’actualité, locale ou planétaire. Parce que nous sommes convaincus que des citoyens curieux et informés, quelles que soient leurs opinions politiques propres, sont nécessaires au bon fonctionnement d’un régime démocratique républicain et tout simplement à une vie en société apaisée et bienveillante…

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’a été créé en 2001 le CPC pour justement faciliter la démocratie participative et le débat citoyen dans une ville marquée, du fait de son histoire et de son évolution, par de forts clivages identitaires et un certain repli sur soi. En 2009, l’ouverture d’un blog collectif a permis d’amplifier ces débats d’idées au-delà des outils plus classiques et d’impact très local que sont l’organisation régulières de réunions et de conférences ouvertes à tous, ainsi que l’édition d’un journal diffusé périodiquement dans toutes les boîtes aux lettres de Carnoux.

Statistiques de fréquentation du blog à ce jour

L’impact de ce blog est incontestable puisque, 8 ans plus tard, ce sont déjà 1145 articles qui y ont été publiés, rédigés par 23 auteurs différents sur des sujets les plus divers que nous laissons à chacun le soin de découvrir par lui-même. Et l’audience est au rendez-vous puisque le site enregistre près de 200 000 visites sur cette période, avec désormais en moyenne de l’ordre de 150 visites chaque jour.

Le nouveau site Facebook du CPC

Et voila que l’aventure continue puisque le CPC vient en parallèle d’ouvrir au public son site Facebook, histoire de toucher davantage de personnes via un outil plus accessible, avec des annonces plus courtes et plus percutantes. Informations sur nos conférences, brèves incisives, réflexions, informations d’actualité et liens vers certains articles du blog, voila notamment ce que vous trouverez sur le site Facebook du CPC : à consulter sans aucune modération et à diffuser dans votre réseau d’amis selon le principe bien connu qui veut que les petits ruisseaux font les grandes rivières !

L.V.  

Législatives : le maire de Carnoux s’engage !

24 mai 2017

Cette fois au moins les choses sont claires : Jean-Pierre Giorgi s’engage clairement dans la prochaine campagne électorale pour soutenir le député sortant, ex-UMP et désormais étiqueté Les Républicains, l’inoxydable Bernard Deflesselles. Chaque habitant de Carnoux a en effet reçu dans sa boîte aux lettres un courrier envoyé le 20 mai dernier, avant même le lancement officiel de la campagne des législatives 2017. Dans cette enveloppe, un carton d’invitation signé de Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux-en-Provence et vice-président de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui invite chacun de ses concitoyens à une réunion publique de soutien au député sortant, candidat une nouvelle fois à sa réélection.

Le procédé est pour le moins inédit et montre à quel point le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône compte principalement sur le réseau des élus locaux pour assurer sa n-ième réélection. Curieusement, le carton d’invitation ne comporte aucun logo du parti politique au nom duquel se présente Bernard Deflesselles, pas plus que le moindre indice quant aux idées qu’il compte défendre. Les seuls éléments dont lui, son suppléant et son soutien se gargarisent, sont les autres mandats électoraux qu’ils détiennent, histoire de bien se positionner avant tout comme des notables locaux ancrés dans le paysage politique et solidement reliés par les services qu’ils se rendent mutuellement.

Il est d’ailleurs curieux de constater que le député sortant se gargarise de son mandat électoral de vice-président de la Région PACA, alors même que la loi actuelle sur le cumul des mandats lui interdit désormais de jumeler ces deux postes. Va t-il lui aussi, à l’instar de son chef de file Christian Estrosi, quitter son mandat d’élu régional sitôt réélu député, alors même que les élections régionales ne datent que de 18 mois ? Ou bien ne se présente t-il à la députation que pour placer son second, le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, qui devrait alors abandonner non seulement son mandat de maire mais aussi celui de vice-président du Conseil départemental ? Décidément, nos élus locaux ont bien du mal à admettre que cette vieille habitude qui consiste à manger dans tous les râteliers à la fois commence à peser sur la démocratie française…

Réunion LR à Carnoux le 28 octobre 2016 animée par Bernard Deflesselles et Jean-Pierre Giorgi (source : compte Facebook de Bernard Deflesselles)

En tout cas, on ne peut que se réjouir de voir que le maire de Carnoux, qui autrefois pensait bon de se présenter comme apolitique, n’a désormais plus de scrupule à annoncer clairement la couleur de ses choix politiques, même si on a encore un peu de mal à les situer tout à fait clairement. Après avoir parrainé Nicolas Dupont-Aignan lors des récentes présidentielles, voila qu’il revient semble t-il à sa famille politique d’origine, lui qui était l’un des premiers élus locaux à se prononcer en faveur de la candidature de François Fillon, en octobre dernier, alors que son ami Bernard Deflesselles était à l’époque un fervent supporter de Jean-François Copé, « Monsieur 0,3 % ».

On notera d’ailleurs au passage que c’est une des conseillères municipales de Carnoux, Colette Géreux, élue en 2014 sur la liste de Jean-Pierre Giorgi, qui conduira la liste Debout la France, à l’occasion de ces législatives. Peut-être les Carnussiens recevront-ils bientôt un autre carton d’invitation aimablement envoyé par notre maire, en vue de venir soutenir également cette candidature ?

15 candidats déclarés mais pour l’instant, seul Deflesselles est visible à Carnoux

Une chose est sûre en tout cas, avec pas moins de 15 candidatures déclarées dans cette circonscription, on ne peut pas dire que les électeurs n’auront pas le choix. Il y en a pour tous les goûts ! Outre ces deux candidats de Droite, rappelons, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, que la France insoumise sera représentée par Sylvie Pillé-Lesou, par ailleurs président d’Attac Pays d’Aubagne et la République en marche, le mouvement politique fraîchement créé par notre nouveau Président, par Sylvie Brunet, ex conseillère municipale de Cassis et également investie par le MODEM.

Pour une fois, ce n’est pas Joëlle Mélin qui représentera le Front National. Il faut dire qu’elle cumule un nombre impressionnant de mandats électoraux : élue depuis 1998 à la Région PACA (dont elle a, elle aussi, démissionné récemment, la Région n’étant jamais qu’une simple antichambre où les élus entrent et sortent avec une grande aisance, malgré les indemnités plutôt confortables dont ils y bénéficient), conseillère municipale d’Aubagne et bien sûr élue au Conseil de territoire du Pays d’Aubagne, mais aussi députée européenne depuis mai 2014, n’en jetez plus ! Cela ne l’empêchera pas de se présenter quand même à la députation, comme suppléante de l’avocat Hervé Itrac, conseiller municipal d’opposition à La Ciotat.

Les premiers tracts du FN commencent à arriver dans les boîtes…

Voilà en tout cas le quatuor de ceux qui ont a priori une chance de se retrouver au second tour. Logiquement, Bernard Deflesselles, au vu de sa solide et ancienne implantation dans le réseau de notables locaux où tout le monde se serre les coudes, a de fortes chances de se qualifier malgré son bilan totalement insignifiant et ses manières d’ancien régime, lui qui en est encore à employer son épouse comme attachée parlementaire malgré l’affaire Fillon, ainsi que le révélait récemment le média indépendant Mefi.

Photomontage paru dans Mefi

Le candidat FN devrait également passer sans encombre le 1er tour au vu du résultat de Marine Le Pen arrivée en tête dans la circonscription lors des toutes récentes présidentielles. Reste à savoir si le match se résumera à un duel entre ces deux favoris ou s’il se terminera en triangulaire avec l’un des deux outsiders, soit la candidate de la France insoumise qui compte sur le joli score de Jean-Luc Mélenchon pour espérer se qualifier, soit Sylvie Brunet qui espère surfer sur la dynamique Macron malgré sa faible notoriété…

Dessin de Piet paru dans Rue89 Strasbourg

Mais qu’espèrent donc les 11 autres candidats qui vont venir troubler le jeu et dont aucun n’a bien évidemment la prétention de rassembler sur son nom plus de 12,5 % des inscrits (ce qui suppose plus de 20 % des suffrages exprimés au vu des taux de participation habituels pour ce type d’élection), seuil nécessaire pour se maintenir au second tour, sauf à être parmi les deux premiers ? Manifestement, certains d’entre eux sont là principalement pour grappiller des voix et empêcher qu’un autre candidat ne soit élu. On se souvient du trublion Christian Musumeci qui déjà en 2012 se présentait sous l’étiquette improbable de « gauche socialiste » et recueillait près de 4 % des voix, juste assez pour éliminer Gilles Grandjean du 2ème tour et ouvrir grand la voie à Bernard Deflesselles. Le poisson pilote est de retour et tentera cette année encore la même stratégie, sans doute sous une autre étiquette car il a les idées larges, mais peu importe, c’est le résultat qui compte.

A gauche, d’autres candidats viendront évidemment compliquer le jeu, avec notamment Stéphanie Harkane qui se présentera avec l’étiquette PS, Boualam Aksil (écologiste), Raymond Lloret (du collectif citoyen « C’est à nous », en pointe dans le combat contre les boues rouges) ou encore Patricia Pawiak (Parti Radical de Gauche/Génération Ecologie), tous bien entendu armés de bonnes intentions et de fortes convictions, mais dont la présence ne servira qu’à affaiblir les candidatures de gauche les plus solides pour faciliter la réélection de Bernard Deflesselles.

Dessin d’Hector publié dans Agoravox

N’oublions-pas non plus l’inévitable représentant de Lutte Ouvrière, François Otchakovsky-Laurens, un parti qui annonce ouvertement son mépris de la démocratie parlementaire mais qui n’oublie jamais de se présenter aux élections, histoire d’alimenter la caisse du parti. Rappelons en effet que chaque parti qui remporte plus de 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions touche ensuite pendant 5 ans un joli pactole correspondant chaque année à 1,42 € pour chaque suffrage reçu, ce qui représente de l’ordre de 35 millions d’euros versés ainsi chaque année aux différents partis, sans compter bien sûr les 40 millions qu’ils touchent en fonction du nombre de leurs représentants effectivement élus !).

On conçoit qu’une telle manne aiguise les appétits et suscite autant de vocations à l’approche des élections législatives. Ajoutons donc pour faire bonne mesure à notre liste de candidats dans la 9ème circonscription une représentante du FN tendance Le Pen père (Parti de la France), une certaine Elisabeth Lalesart, mais aussi une adepte de l’UPR, le parti de François Asselineau dont les couleurs seront portées localement par Elodie Sery, et encore deux soi-disant écologistes, Christophe Amouroux (Parti Animaliste) et Nicolas Lapeyre (Confédération pour l’Homme, l’Animal et la Planète).

Avec un tel choix, espérons du moins que le taux de participation sera supérieur à celui de 2012 où à peine plus d’un électeur sur deux avait jugé bon de se déplacer au second tour…

L.V.  

Vote FN : des élus locaux qui n’en peuvent plus…

22 mai 2017

Daniel Delomez, maire d’Annezin (crédit photo © La Voix du Nord)

L’histoire avait fait le buzz sur internet au soir du premier tour des élections présidentielles, rapportée par de nombreux médias. Daniel Delomez, maire Divers Gauche de la petite ville d’Annezin (5500 habitants) située à proximité de Béthune dans le Pas-de-Calais avait piqué une colère noire en constatant que 38 % de ses concitoyens avaient voté pour Marine Le Pen (et près de 20 % pour Jean-Luc Mélenchon). C’est un journaliste du quotidien local, l’Avenir de l’Artois, qui avait recueilli son cri du coeur dimanche 23 avril à l’issue du dépouillement : « C’est catastrophique ! Il est possible que je démissionne car je ne veux pas consacrer ma vie à des connards ».

Relayée par le journaliste sur Twitter, la petite phrase a eu beaucoup de succès. Trop manifestement au goût de l’élu qui depuis a affirmé regretter cette analyse à chaud, manifestement trop impulsive. Assailli de coups de téléphone et de nombreuses injures, le maire d’Annezin est revenu à un comportement plus mesuré et dit regretter désormais ses paroles un peu excessives. En tout cas il ne démissionnera pas, ainsi que Libération l’a confirmé, et ses « connards » d’électeurs devront donc supporter encore quelques années sa mauvaise humeur passagère.

Toujours est-il que l’édile a fait des émules et que d’autres que lui se sont lâchés au vue de ce score fleuve du FN. C’est notamment le maire de la petite commune de Haute-Corse, Castello-di-Rostino (414 habitants) qui a durement apostrophé ses concitoyens, lesquels avaient voté à plus de 61 % pour Marine Le Pen au second tour des présidentielles.

Le village de Castello-di-Rostino

Son texte, publié notamment sur Facebook, est pourtant nettement plus mesuré que celui de son collègue des Hauts-de-France. Évoquant la cérémonie du 8 mai 1945, prévue au lendemain de l’échéance électorale, il écrit ainsi : « Au lendemain d’une consultation électorale où la commune a donné une large majorité à la candidate représentant le parti de l’idéologie fasciste et tournant le dos aux valeurs universelles de la liberté et de la dignité humaine, ma conscience politique et le respect dû à ces hommes dont les noms sont inscrits, pas par hasard, mais au terme du sacrifice ultime, sur le monument aux morts, ne m’autorisent pas à lire le message commémoratif. La honte me submerge. Ce sont les excuses de la commune que je présenterai devant le monument aux morts, à l’égard de ceux qui ont sacrifié leur propre vie pour nous libérer d’une idéologie obscure dont est issue la candidate à la présidence de la République ».

Un message murement réfléchi donc et fortement moralisateur, que tous ceux qui avaient voté Front National, n’ont guère dû apprécié…

Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefant (crédit photo © GAZETTE )

C’est sur un tout autre ton que s‘est exprimé entre les deux tours Eric Gold, maire adjoint Divers Gauche de la petite commune du Puy-de-Dôme, Saint-Priest-Bramefant, près de Vichy. Constatant que 155 de ses concitoyens avaient glissé dans l’urne un bulletin au nom de Marine Le Pen, il s’était laissé aller sur son compte Facebook à une apostrophe bien sentie et personnalisée de ceux qui avaient ainsi franchi le pas. Quelques extraits de sa diatribe rapportée notamment par Libération et Le Canard enchaîné :

« A toi, Pierrick, qui pense que l’on ne peut plus sortir tranquille, je veux simplement te rappeler que la dernière fois que quelqu’un s’est fait molester à Saint-Priest tu n’étais pas né… A toi Emile, qui pestes contre toutes ces aides sociales, je te rappelle que tu es celui qui a bénéficié des plus gros montants au titre de l’aide de la collectivité pour l’habitat et que ta mère perçoit l’APA […] A toi Daniel, qui veut faire payer les fraudeurs, je te rappelle que bosser au black, ce n’est pas la règle […] A toi, Marcel qui honoreras de ta présence la cérémonie du 8 Mai, pense à ceux qui dans les années sombres, ont fui la guerre comme d’autres le font aujourd’hui…» Une liste adressée à huit électeurs de Marine Le Pen qui se termine ainsi : «aux 143 autres, qui souhaitent une petite phrase avec leur prénom, je me tiens à leur disposition.»

Un dessin du regretté Charb

Bien évidemment, l’élu a pris le soin de changer les prénoms, mais il semblerait que chacun se soit largement reconnu. L’un d’entre eux le lui a dit d’ailleurs clairement depuis : « Tu as été dur avec moi, mais tu as été bon, je pense que je ne voterai plus FN ». Tous bien entendu n’ont pas été aussi sensibles à cette remontrance de leur maire adjoint (qui vient en fait tout juste de laisser son poste de maire pour prendre la tête de la communauté de communes), ancien professeur des écoles de son état. Ce dernier souhaitait d’ailleurs initialement que son texte soit l’émanation collective de l’ensemble des maires du secteur, mais aucun d’entre eux n’a eu le courage de le suivre dans son entreprise pédagogique, de peur de se mettre à dos un électorat qui vote FN par frustration et par crainte du déclassement mais qui reste souvent proche de ses élus locaux. Ceci dit, l’élu qui a ainsi mis les pieds dans le plat, a depuis retiré son texte de son compte Facebook et reconnaît lui-même que son initiative a suscité « une certaine gêne » dans sa commune, on veut bien le croire…

Voilà en tout cas une démarche que ne risque pas d’adopter le maire de Carnoux où le Front National est pourtant arrivé une fois de plus en tête, au premier comme au second tour de ces même élections présidentielles. A la surprise générale, celui qui jusque là se disait apolitique et aurait pu justement s’appuyer sur une telle posture pour fustiger les valeurs que soutient le parti d’extrême droite, après avoir clairement dit qu’il voterait pour François Fillon, avait en effet apporté son parrainage à Nicolas Dupont-Aignan, celui-là même qui avait signé un accord de gouvernement avec le Front National en vue de se placer comme premier ministre de Marine Le Pen en cas de succès de cette dernière. Voilà au moins un positionnement de notre maire qui a dû être apprécié par la majorité d’électeurs frontistes présents sur la commune !

L.V.  

Alors, peut-on vraiment les laisser se noyer ? L’appel de SOS Méditerranée

20 mai 2017

Le public habitué de nos conférences était au rendez-vous, ce jeudi 11 mai au clos Blancheton pour s’informer sur un sujet d’actualité qui vient en complément d’un thème déjà abordé, à savoir le sauvetage des naufragés en Méditerranée, majoritairement des personnes fuyant les conflits armés et la misère économique.

C’est Michel Motré, président du Cercle, qui présenta les conférenciers, Pierre Calfas, Christine et Benoît Fannière, membres bénévoles locaux de l’association SOS Méditerranée, avant l’exposition des actions de cette association illustrées par des films réalisés lors de sauvetages en pleine mer.

Il faut savoir que cette association créée en 2015 est entièrement financée par des dons privés (de France, d’Italie et d’Allemagne), qui ont permis d’affréter le navire « Aquarius », qui sillonne la Méditerranée entre la Libye et les côtes italiennes. Son objectif : venir en aide aux réfugiés qui emprunte cette route maritime sur des embarcations de fortune, inadaptées à la haute mer et sur lesquelles s’entassent des centaines de personnes.

Pierre Calfas rappelle que les routes migratoires empruntées depuis ces dernières années passaient principalement par le Maroc et la Libye, depuis le Sud, mais aussi par la Turquie, depuis l’Est. Mais de récents accords passés avec l’Europe ont eu pour effet de bloquer deux de ces itinéraires, laissant une seule voie d’exil, celle qui passe par la Libye. Un pays en proie à une anarchie totale où les passeurs ont toute latitude pour soumettre les migrants en errance à un véritable esclavage.

Les trois conférenciers de SOS Méditerranée à Carnoux le 11 mai 2017

Il rappelle aussi que ces populations cherchent à fuir la zone subsaharienne et la corne de l’Afrique touchées par des conflits ethniques et religieux, mais aussi par la dictature et la misère. Parmi ces pays se trouvent notamment l’Erythrée, la Gambie,le Nigeria, le Mali et bien d’autres encore. On observe même des migrants en provenance d’Afghanistan et de Syrie qui cherchent à contourner les frontières fermées et se dirigent vers la Libye, contraints par des passeurs qui les rabattent de force vers cette destination vantée comme un Eldorado où ils pourraient trouver du travail pour payer leur passage en Europe. Or c’est un piège où il se trouvent soumis au racket et au chantage voire à la torture. Les pires traitements leur sont infligés pour leur faire acquitter le prix de la traversée par la voie maritime.

Ceux qui ont eu la velléité de rebrousser chemin pour retrouver leur pays d’origine sont menacés des mêmes risques car ces chemins sont sous la coupe réglée de bandes organisées leur laissant peu de chance de leur échapper. Le Sahara est devenu un cimetière pour nombre de ces migrants. On comprend mieux dans ces conditions que ces hommes et femmes soient contraints à la seule issue possible, celle de devenir des boat-people, malgré le danger extr^me auquel ils s’exposent ainsi.

Car les chiffres parlent d’eux-même : depuis l’année 2000 ce sont plus de 30 000 personnes qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. La traversée entre la Libye et l’Italie en fait l’axe migratoire le plus mortel au monde. Ce chiffre ne tient pas compte de toutes les personnes disparues, dont les corps et embarcations n’ont pas été retrouvés. Depuis 2014, le nombre des victimes est en hausse pour atteindre presque 5 000 par an.

Comment les autorités européennes ont-elles réagi face à cette situation ? Comment la solidarité des gens de mer s’est-elle organisée ? Cette mission de sauvetage a été essentiellement assurée par l’Italie qui a mis à disposition gratuitement des ferries pour acheminer les convois humanitaires, malgré les difficultés économiques dans lesquelles se trouve ce pays. La France a participé à cette aide mais le problème du coût de ces opérations a remis en cause la suite de cette action.

L’Europe, prodiguant une aide financière minime, a mis sur pieds l’opération « Mare Nostrum », opération navale et aéronavale pour organiser les secours, ce qui a permis de sauver 150 000 personnes. Outre son coût, cette opération est aussi critiquée car elle aurait, selon ses détracteurs, l’effet inverse de celui recherché en facilitant le passage de clandestins. Alliées à une conscience collective éphémère, cette opération a donc été abandonnée en 2014, les moyens financiers institutionnels lourds faisant défaut.

Klaus Vogel, capitaine de l’Aquarius (photo B. Langlois / AFP)

Face à l’inacceptable, c’est un capitaine de marine marchande, un Allemand, Klaus Vogel, scandalisé par l’interdiction de son armateur de se dévier de sa route pour sauver des naufragés, qui avec d’autres membres de la société civile s’est mobilisé pour créer en 2015, SOS Méditerranée, une association de sauvetage en mer comparable à celle connue sur nos côtes : la Société Nationale de Secours en Mer (SNSM).

La collecte de fonds après une mobilisation citoyenne a permis l’achat d’un bateau de haute mer possédant des spécifications techniques appropriées pour aborder et transférer des naufragés à bord. La taille de ce bateau permet l’accueil de plusieurs centaines de personnes (jusqu’à 900). L’équipage est formé d’anciens marins professionnels bénévoles recrutés sur un profil en adéquation avec les difficultés des missions à accomplir lors des sauvetages.

Un film documentaire illustre l’intervention du navire « Aquarius » et de son équipage, permettant au public de se familiariser avec les procédures de sauvetage :

– L’Aquarius est positionné en haute mer au Sud de l’Italie et peut intervenir rapidement dans les eaux internationales, au plus proche des zones de détresse se situant au large des côtes lybiennes, où se produisent la plupart des naufrages.

– A bord, un équipage expert du sauvetage et une équipe médicale (assurée par Médecin Sans Frontières) accueillent les naufragés, prodiguent les premiers soins, mettent à l’abri les plus vulnérables et coordonnent les évacuations sanitaires pour les cas les plus graves.

– Les opérations de sauvetage se font suivant les règles internationales, en totale coordination avec le « Maritime Rescue Coordination Center » (MRCC) basé à Rome.

Naufrage de migrants au large de la Libye, le 25 mai 2016 (Photo prise par la marine italienne / STR / AFP MARINA MILITARE / AFP)

C’est le MRCC qui reçoit un signal de détresse d’un canot en perdition en mer (ou signalé par un observateur), le MRCC appelle à l’action l’Aquarius qui envoie des canots de sauvetage et prend en charge les rescapés. L’Aquarius rentre au port italien indiqué par le MRCC. Les rescapés sont ensuite remis aux autorités pour un traitement administratif de leur situation.

Ce sont plus de 11 000 personnes qui ont ainsi pu être secourues depuis l’entrée en service de l’Aquarius. La technique de sauvetage s’est même améliorée, l’approche des esquifs des naufragés ayant été modifiée par rapport à l’origine car un phénomène de panique, parfois, s’emparait les naufragés à l’arrivée des canots, précipitant certains à la mer où ils se noyaient d’épuisement, ne sachant pas nager, à l’instant même d’être sauvés !

Les images de ce reportage témoignent de la reconnaissance des rescapés envers leurs sauveteurs : ils savent qu’ils ont échappé à la mort.

Ce sont cent opérations de sauvetage qui ont été effectuées par l’Aquarius depuis 2016. Le flux migratoire augmente avec la saison estivale et il difficile de sauver la totalité des embarcations à la dérive car durant le voyage de rapatriement des rescapés par l’Aquarius, rares sont les bateaux pouvant secourir ceux qui ont tenté la traversée au même moment.

Il faut savoir que les passeurs n’ont aucun remords à faire partir les migrants entassés sur des canots ne pouvant tenir la mer plus de huit heures sans moyen de se diriger, sans vivres, ni carburant suffisant, où le chavirage est certain dès que la houle est forte, le moteur étant sous dimensionné.

Le sauvetage d’un bateau de migrants par SOS Mediterranee (photo A. Psaroudakis /SOS Mediterranée)

A l’issue de cette projection, le débat s’est engagé entre le public et les conférenciers membres de SOS Méditerranée. Des précisions ont ainsi été apportées concernant les chemins migratoires et leurs rapports avec la situation politique des pays d’où proviennent les migrants. A ce jour c’est la Libye qui concentre ce flux de réfugiés dans l’attente hypothétique d’un départ vers l’Europe, séjour durant lequel ils sont traités comme des « animaux ».

Que font les Etats européens pour traiter le problème ? Depuis l’arrêt de l’opération « Mare Nostrum », c’est l’opération militaire « Sophia », avec 88 bateaux qui lutte principalement contre les passeurs au large de la Libye, sans mission officielle de sauvetage, de même que l’organisation de contrôle « Frontex », même si leurs actions permettent un certain nombre de sauvetages.

Quelles solutions pour endiguer ce flot migratoire ? C’est reposer le problème du développement économique de l’Afrique que seules les autorités politiques pourraient traiter, de même que les conflits armés, mais les intérêts divergents des grandes puissances et des gouvernements locaux sont tels qu’il est illusoire de croire à une résolution à court terme de ce problème.

Ce sont donc des initiatives citoyennes qui aujourd’hui sont à l’initiative d’action de sauvetages comme SOS Méditerranée ? Il faut citer l’Alliance de Médecins Sans Frontières et d’une ONG maltaise agissant dans le même but, alors même que le gouvernement maltais refuse l’accueil des réfugiés.

L’intervention de rescapés retournant dans leurs pays d’origine, en témoignant de leur expérience auprès des populations locales peut aider à faire prendre conscience que l’exil est un rêve illusoire et dissuader d’éventuels candidats à s’engager dans ce projet mortifère.

SOS Méditerranée a publié une lettre ouverte à l’Europe, au siège de Bruxelles, pour faire prendre conscience de la situation auprès des responsables politiques de l’institution, à l’occasion du second anniversaire de la création de l’association, sans écho particulier à ce jour. Paradoxalement la France a proclamé « cause nationale » le sauvetage en mer et à ce titre SOS Méditerranée et la SNSM sont honorées pour leurs actions. Cependant l’émotion ne semble pas suffisante pour faire passer à l’action les dirigeants politiques. Pourtant des conventions internationales régissent l’obligation de secourir les personnes et navires en détresse.

Un public particulièrement attentif lors de cette conférence à Carnoux

Ce sont les réunions d’information dans des associations comme la nôtre ou dans des établissements scolaires (collèges) qui peuvent alerter les citoyens sur les besoins de soutien à ces actions de sauvetage. Il faut noter aussi que l’Aquarius embarque occasionnellement des journalistes des grands média internationaux qui témoignent du travail réalisé par SOS Méditerranée.

Cette action a un coût, évalué à 11 000 € pour chaque jour de mission, pour l’affrètement du bateau, l’achat des canots de sauvetage, des gilets de sauvetage, et de la prise en charge médicale. Cette somme est financée, par des dons du grand public, des mécènes, des fondations, des entreprises et des associations citoyennes, mais aussi de nombreuses personnalités du monde maritime, scientifique et de la société civile qui soutiennent cette action.

A la fin de ce débat c’est le Président, Michel Motré, qui au nom du Cercle et du public félicita les conférenciers membres de SOS Méditerranée pour leur engagement humanitaire et leur force de conviction à poursuivre une tâche aussi difficile mais indispensable, avant de les inviter, tradition oblige, à partager un verre de l’amitié à l’apéritif offert à tous pour clore cette conférence riche en émotion.

C.M.

PS : L’APPEL DU 8 JUIN

Le Jeudi 8 Juin à 20 h, une soirée exceptionnelle est organisée par La Criée Théâtre National de Marseille pour soutenir l’action de SOS MEDITERRANEE.

Cet événement unique, porté haut et fort par les membres du comité de soutien de l’association composé de navigateurs, d’écrivains, de musiciens, de chercheurs, d’artistes, de journalistes sera placé sous le signe de la solidarité et de l’engagement. Il sera l’occasion d’un vaste appel à soutien et à mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société civile, autour de la mission de sauvetage en mer et des valeurs de SOS MEDITERRANEE.

La soirée sera ponctuée de lectures, d’un débat, de témoignages, de projections et d’intermèdes musicaux, avec la participation de nombreuses personnalités : Daniel Pennac, écrivain – François Morel, acteur, chanteur – Titouan Lamazou, peintre et navigateur – Macha Makeïeff, auteure et metteur en scène – Catherine Wihtol de Wenden, politologue, directrice de recherche au CNRS – Bernard Foccroulle, musicien, directeur du Festival d’Aix-en-Provence – Alain Damasio, écrivain – Tarek Abdallah, oudiste, compositeur – Blick Bassy, musicien – Antoine De Caunes, acteur, cinéaste – Edouard Baer, animateur et comédien – Laure Adler, journaliste – Thierry Fabre, essayiste et chercheur – Marie Rajablat, auteure – Maryline Baumard, reporter au Monde. Et celle des équipes de SOS MEDITERRANEE, Francis Vallat, président – Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale, les marins-sauveteurs et bénévoles ainsi que bien d’autres invités …

Pour y participer la réservation est indispensable par mail ou par téléphone (06.14.16.85.96). La participation est libre sous forme de don.

La douche écolo qui vous en fait voir de toutes les couleurs

17 mai 2017

Ségolène Royal et Gabriel Della-Monica, le fondateur de Smart & Blue

« L’écologie ne doit pas être punitive » disait Ségolène Royale pour justifier l’abandon totalement injustifiable de l’écotaxe poids lourds. Encore ministre de l’écologie la semaine dernière, comme elle l’était déjà en 1992, l’auteur de cette sentence mémorable serait, aux dernières nouvelles, toujours à la recherche d’un point de chute pour se recaser après que sa candidature à la tête du Programme des Nations Unies pour l’Environnement a été écartée… Pour autant, affirmer que les changements de comportements individuels en faveur d’une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux ne passent pas par la contrainte mais par l’adhésion et la conviction, voila assurément une idée qui ne manque pas de bon sens…

Pommeau de douche connecté Hydrao First (photo © Erwan Lecomte / Sciences et Avenir)

C’est ce côté ludique qu’a voulu explorer la jeune entreprise grenobloise Smart & Blue, un nom qui fleure bon le terroir alpin, en développant son dernier produit, elle qui se présente comme le « leader des technologies innovantes et connectées pour une gestion intelligente de l’eau potable », rien que ça ! L’idée, il est vrai ne manque pas d’originalité puisqu’elle consiste ni plus ni moins qu’à prendre sa douche en couleur, grâce à un pommeau intelligent dont les buses sont équipées de LED polychromes qui éclairent l’eau du bain de toutes les couleurs.

L’objectif n’est bien évidemment pas de transformer sa salle de bain en boîte de nuit, mais tout simplement d’inciter à économiser l’eau de la douche. Quand on ouvre le robinet, les LED éclairent l’eau du jet en vert. Jusque là, tout va bien, à condition de ne pas faire couler plus de 10 litres d’eau, un volume normalement largement suffisant pour se laver correctement, comme le savent tout ceux qui ont un jour testé les douches à l’ancienne, constituées d’un simple seau d’eau et d’un récipient adapté, bol en plastique ou calebasse selon les usages locaux.

A partir de ce volume fatidique de 10 l, le jet d’eau passe au bleu. Rien de bien inquiétant encore, mais à partir de 20 l, l’eau de la douche passe au rose, puis au rouge et au-delà de 40 l, le rouge se met à clignoter. Rassurez-vous, il n’arrivera rien de plus grave au-delà, mais après un tel festival de couleur, même le consommateur le plus endurci et le plus rétif aux économies d’eau sera incité à tourner le robinet et à attraper sa serviette pour se sécher. Selon le concepteur du système, le Français moyen n’utilise pas moins de 80 l pour sa douche quotidienne, au point que pour une famille de 4 personnes l’eau de la douche représente près de 40 % de la consommation quotidienne d’eau : l’enjeu n’est donc pas mince !

Répartition de la consommation de l’eau domestique par type d’usage en France (source © Centre d’information sur l’eau)

Bien évidemment, un concept aussi novateur, commercialisé sous le nom d’Hydrao First et déjà récompensé par plusieurs prix  n’a pas besoin d’électricité pour fonctionner car cela rendrait l’empreinte environnementale du dispositif nettement moins séduisante, sans compter le risque d’hydrocution : le système utilise simplement une turbine intégrée qui tourne sous l’effet du jet d’eau et qui fournit l’énergie nécessaire à l’éclairage des lampes. Un dispositif astucieux et par ailleurs totalement branché.

L’appli smart shower

Car bien entendu, un tel bijou de technologie est forcément connecté. Une appli adaptée permet de paramétrer sur son smartphone ses propres seuils de réglage des changements de couleurs mais aussi de suivre l’historique de consommation de ses 200 dernières douches et de comparer sa consommation par rapport à sa douche de référence. De quoi occuper les amateurs de statistiques, et de quoi attiser les conversations familiales car bien entendu l’appli n’est pas en mesure de faire la distinction en fonction de l’utilisateur. Impossible désormais, avec un tel mouchard à la maison, de se prélasser tranquillement sous la ouche sans se faire ensuite vertement remarquer qu’on a sérieusement fait baisser la moyenne familiale et fortement augmenter la facture d’eau et d’électricité.

Suivi de consommation (photo Sciences & Avenir)

Tout se paye en effet et on sait illico en sortant de la salle de bain combien nous ont coûté ces quelques minutes passées sous la douche. Pas autant certes que le pommeau lui-même car ce gadget futuriste est quand même vendu pour près de 90 € et on a intérêt à se doucher souvent pour espérer amortir un jour un tel investissement…

C’est en tout cas une excellente affaire pour son concepteur dont la société vient de recevoir une nouvelle récompense lors d’un salon professionnel qui s’est tenu à Las Vegas en janvier dernier pour ses deux dernières nouveautés Hydrao Drop et Hydrao Loop. Toujours connectée à la même application Smart Shower, cette dernière est un pommeau de douche dont le design très élaboré rappelle vaguement le signe mathématique de l’infini, mais dont les fonctionnalités sont tout à fait comparables à celle du pommeau d’entrée de gamme Hydrao First, avec néanmoins une efficacité accrue en matière d’économie d’eau, pour la modique somme de 169 €.

Hydrao Loop, dernier né de la gamme au look futuriste

On peut bien sûr ironiser sur l’aspect gadget de ces innovations mais on est bien obligé de reconnaitre que son inventeur, l’ingénieur en télécom Gabriel Della-Monica, a su faire d’une idée originale un beau succès commercial. Installée au sein du pôle de haute technologie nano et microélectronique de Grenoble, la société Smart & Blue a mis 2 ans pour développer le produit, disponible à la vente depuis 2015. Deux ans plus tard, la société a déjà embauché plus de 10 salariés et est en plein développement. Quant à la fabrication, elle est sous-traitée à une entreprise industrielle qui favorise l’intégration des travailleurs handicapés : un bel exemple de la French Tech qui réussit en mettant en avant ses valeurs de responsabilité sociale et environnementale. Le cas n’est pas si fréquent et mérite d’être salué !

L.V.

Qui face au député sortant Bernard Deflesselles ?

14 mai 2017

Alors que les élections présidentielles viennent tout juste de se terminer, voila déjà les législatives qui se profilent à l’horizon, avec un premier tour prévu dès le 11 juin, dans tout juste 4 semaines, et le second tour dès la semaine suivante. Les candidats ont jusqu’au 19 mai, soit vendredi prochain, pour se déclarer officiellement et assurément il subsiste encore beaucoup d’inconnues à ce stade !

Dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, au-delà de la commune de Carnoux, les trois cantons de La Ciotat et d’Aubagne Est et Ouest, la liste des candidats qui s’affronteront lors de cette élection n’est pas encore divulguée. Longtemps détenue par le communiste Jean Tardito, la circonscription a basculé à droite en 1999 après une sombre histoire de fraude électorale et est, depuis cette date, entre les mains de l’ex ingénieur de chez IBM, l’inamovible Bernard Deflesselles.

Le député sortant déjà en campagne (photo issue de son compte Twitter @Bdeflesselles)

Réélu sans discontinuer en 2002, 2007 et 2012, notre député à vie se verrait bien repartir pour 5 ans et a depuis déjà de longs mois fait savoir qu’il était candidat à sa succession malgré un bilan législatif bien peu flatteur. Tout indique qu’il a d’ailleurs de fortes chances d’être réélu. En 2012, il était sorti largement vainqueur de ces élections avec plus de 62 % des suffrages exprimés face à la représentante du Front national, l’omniprésente Joëlle Mélin. La gauche, qui s’était présenté en ordre dispersée, avait été fort logiquement balayée dès le premier tour.

Cette année, il est encore trop tôt pour connaître quels seront les adversaires du député sortant. Le Front national n’a pas encore communiqué sur les candidats qui le représenteront dans cette circonscription où Marine Le Pen était arrivée en tête du premier tour avec un peu plus de 28 % des voix mais s’était inclinée au second tour, avec quand même 45,5 % des suffrages exprimés face à Emmanuel Macron. En cas de triangulaire, le candidat du front national aurait donc toutes ses chances dans cette circonscription comme dans plusieurs autres des Bouches-du-Rhône d’ailleurs.

Sylvie Pille-Lesou, candidate de la France insoumise contre Bernard Deflesselles

Reste à savoir comment la gauche compte se positionner lors de cette prochaine élection. Unie, elle aurait une chance non négligeable de l’emporter à en juger par le score cumulé de 37,8 % que ses trois principaux candidats avaient recueilli en 2012, soit davantage que les 35,3 % de M. Deflesselles au premier tour. Il serait cependant bien étonnant que ce soit le cas cette année. Le France insoumise de Jean-Luc Mélenchon vient déjà d’investir son propre candidat, une certaine Sylvie Pille-Lesou, agrégée d’histoire-géographie à la retraite. Mais il serait bien étonnant que le Parti socialiste ne désigne pas un candidat également, ainsi peut-être que les écologistes, s’il en reste…

D’autant que le paysage politique est cette année quelque peu bouleversé par l’arrivée tonitruante du nouveau Président de la République en marche. Comme il se doit, Emmanuel Macron compte bien se tailler sa propre majorité et il a donc logiquement investi son propre candidat dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, comme dans la plupart des 576 autres qui sont en jeu (ou presque, car il reste plus d’une centaine de circonscriptions encore en instance, où le mouvement risque de ne pas désigner de candidat pour ne pas gêner certains de ses alliés potentiels).

Sylvie Brunet, candidate pour la République en marche contre Bernard Deflesselles

Face au vieux renard de la politique qu’est Bernard Deflesselles, qui cultive depuis bientôt 20 ans ses réseaux auprès des élus locaux et de tout ce que la circonscription compte de notables et de relais d’opinion, c’est une novice qui portera les couleurs de la République en marche. Il s’agit de Sylvie Brunet, juriste de formation, qui a occupé le poste de directrice des ressources humaines dans plusieurs entreprises dont Bull, Gemplus et Onet, et qui enseigne désormais le management et la responsabilité sociale et environnementale des entreprises à l’école de commerce de Marseille, l’ancienne Euromed qui a fusionné en 2013 avec l’école de management de Bordeaux et répond depuis au nom typiquement provençal de Kedge Business School. Membre depuis 2010 du Conseil économique, social et environnemental, elle a notamment été rapporteuse d’un étude-bilan sur les questions d’égalité professionnelle hommes-femmes.

Une bonne connaisseuse du monde de l’entreprise donc, mais qui risque de se trouver quelque peu en porte-à-faux dans ces élections législatives : beaucoup trop libérale sans doute au yeux de la gauche traditionnelle aubagnaise et pas assez ancrée localement, au regard des conservateurs de droite qui fournissent le gros des bataillons d’électeurs de Bernard Deflesselles. Il y a donc de fortes chances que ce dernier rempile une nouvelle fois pour ce job qui semble lui convenir à merveille, même si on serait bien en peine de dresser le moindre bilan de son activité à cette fonction depuis près de 20 ans qu’il l’exerce, en dehors peut-être de sa présence régulière aux réunions d’anciens combattants et du Rotary Club, ainsi que de l’organisation de son fameux loto. A chacun ses ambitions…

L.V.   

La région PACA orpheline de ses élus…

11 mai 2017

Les responsables politique n’arrêtent pas de déplorer l’inconstance des électeurs qui changent d’avis à chaque échéance et s’acharnent à dégager ceux-là même qu’ils viennent tout juste d’élire pour les représenter. Effet pervers d’une société de consommation qui transforme les citoyens en acheteurs impulsifs et sensibles aux effets de mode, vite lassés par la triste réalité et sans cesse à la recherche du changement ? Ou simple habitude de téléspectateur toujours prompt à zapper pour changer de discours ?

Christian Estrosi et Marion Maréchal Le Pen en décembre 2015 (photo © A. Lorente / Capa Pictures / Europe 1)

Toujours est-il que les électeurs de la région PACA sont actuellement plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, la jeune Marion Maréchal Le Pen, devenue du coup la chef de son opposition régionale, voila que ces deux ténors de la vie politique locale annoncent quasi simultanément leur retrait des fonctions que leur a confiées le peuple, laissant entendre que le job ne les intéresse déjà plus et qu’ils ont envie de passer à autre chose !

Marion Maréchal Le Pen avec sa tante lors de son élection à la région PACA en 2015 (photo © D. Jacovides / Bestimage)

Pour ce qui est de la chef de file de l’opposition régionale frontiste, c’est par un courrier adressé le 9 mai au journal Vaucluse-Matin qu’elle a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux législatives et d’abandonner son fauteuil à la Région PACA ainsi que son poste au bureau national du FN. Un véritable séisme au lendemain de la lourde défaite de sa tante Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui traduit sans doute un certain malaise au sein de ce parti politique où des divergences de vue commencent à apparaître.

Il est vrai que la présidente du FN n’avait pas caché son agacement face à la popularité croissante de sa nièce et face à son positionnement politique ultraconservateur, allant même jusqu’à affirmer, en pleine campagne électorale, qu’elle n’envisageait certainement pas de lui confier un ministère en cas de victoire électorale : difficile d’imaginer pire signe de défiance !

Marion Maréchal Le Pen met néanmoins plutôt en avant des raisons beaucoup plus personnelles pour expliquer ce brusque (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à 22 ans la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française. Cinq ans plus tard, alors qu’elle vient de divorcer, elle affirme aspirer à passer plus de temps auprès de sa fille de 3 ans et vouloir s’orienter vers une carrière professionnelle plus classique. On serait bien en peine de lui reprocher de telles motivations, même si celles-ci sont manifestement renforcées par une certaine déception devant la médiocrité des jeux politiciens auxquels elle s’est trouvée confrontée.

Marion Maréchal Le Pen, une mère célibataire épuisée qui démissionne (photo © J. Demarthon / AFP)

Pourtant, sa décision n’a pas manqué de faire réagir fortement son grand-père et ex-président du Front national qui a aussitôt condamné son geste par une diatribe sans appel : « Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles. J’espère qu’elle les a mesurées. En pleine bataille politique, je trouve cette décision désolante ». On comprend en effet qu’avec de tels mentors, on ait parfois envie de jeter l’éponge…

Quant au président de la Région PACA, le niçois Christian Estrosi, que son mentor Nicolas Sarkozy avait récemment qualifié de « branleur« , sa décision de quitter la présidence de l’exécutif régional moins de 18 mois après y avoir été élu, paraît pour le moins incompréhensible. Voilà en effet qu’après avoir démissionné il y a moins d’un an de son poste de maire de Nice, qu’il avait troqué contre celui de 1er adjoint avec son affidé Philippe Pradal, il annonce, le soir même du second tour des élections présidentielles, que ce même Philippe Pradal vient lui-même de démissionner et que, heureux hasard, ses amis du conseil municipal lui ont fait savoir qu’ils étaient tout disposés à réélire Christian Estrosi maire de Nice.

Christian Estrosi annonçant publiquement sa démission devant sa permanence à Nice le 8 mai 2017 (photo © P.O. Casabianca / France 3)

Là aussi, on apprend par la même occasion que l’heureux élu, remarié depuis peu à une chroniqueuse de 20 ans sa cadette, va être prochainement papa et qu’il commence à se lasser de ses allers retours fréquents entre sa bonne ville de Nice et celle de Marseille qu’il n’apprécie guère.

Bien entendu, cette démission fracassante n’est officiellement pas justifiée uniquement par simple convenance personnelle. Christian Estrosi, en habile politicien qu’il est, met d’abord en avant la victoire d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu au deuxième tour et dont il se serait bien vu devenir ministre : dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête en région PACA comme cela avait été le cas au 1er tour, il considère avoir rempli sa mission et pouvoir désormais passer à autre chose. Chacun reconnaîtra en effet que c’est grâce à lui et à lui seul que les 2 350 000 électeurs de la région PACA se sont exprimés à plus de 55 % en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 : bravo l’artiste !

Dans ces conditions, il ne voit plus bien à quoi il lui servirait de rester encore à la tête de la Région PACA jusqu’à la fin de son mandat puisque, comme il l’affirme lui-même « Plus de 80 % des 250 engagements que nous avions pris ont été tenus ou sont en cours de réalisation ». A se demander même s’il y aura besoin de lui trouver un successeur : maintenant que tout a déjà été fait, autant attendre les prochaines élections régionales en 2021…

Renaud Muselier devrait succéder à Christian Estrosi à la présidence de la Région PACA (photo © B. Horvat / AFP archives)

On se demande bien d’ailleurs à quoi va pouvoir s’occuper d’ici là le pauvre Renaud Muselier qui devrait lui succéder à ce poste ? C’est le problème avec les coureurs motocyclistes : toujours trop pressés d’arriver !

En moins de 18 mois, le bilan est impressionnant, surtout dressé par Christian Estrosi en personne et complaisamment relayé par La Provence. Le grand homme a ainsi réussi, comme chacun a pu le constater « une politique culturelle audacieuse et une liberté artistique préservée », « la lutte contre les déserts médicaux pour préserver nos territoires ruraux », « une nouvelle politique de l’emploi tournée vers le monde de l’entreprise » et même « la captation des fonds européens ». On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne a choisi de quitter l’Europe : c’est parce que Christian Estrosi a siphoné en quelques mois tous les crédits européens au profit de la région PACA !

Christian Estrosi testant un portique expérimental installé en gare des Arcs (photo © MAXPPP)

Et ce n’est pas tout : notre surhomme a aussi  réussi la « mise sous pression de la SNCF qui nous a permis de faire des économies substantielles ». Il ne fait évidemment pas allusion aux portiques de sécurité qui vont être installés dans 47 gares de la région pour la modique somme de 5,1 millions d’euros par an en coût de fonctionnement (sans même compter le montant des investissements nécessaires), mais simplement à ses relations orageuses avec la SNCF dont il fait trembler les dirigeants, sans que les usagers des TER aient bien entendu constaté la moindre amélioration quant à la régularité du trafic. L’important est d’instaurer le rapport de force…

Et n’oublions pas le point d’orgue du bilan de notre motodidacte : « le retour de la formule 1 dans notre pays et dans notre région ». Voila en effet une victoire qui mérite d’être saluée comme il se doit tant elle a changé la vie quotidienne des habitants de la région. Comment pourra t-on survivre au triste départ d’un tel héros régional ?

L.V. 

Conférence SOS Méditerranée : c’est bientôt !

10 mai 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra cette semaine, jeudi 11 mai 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située à Carnoux-en-Provence, au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Cette conférence, animée par Pierre Calfas, bénévole de l’association SOS Méditerranée, s’appuiera sur des extraits du film « Les migrants ne savent pas nager » et sur des vidéos réalisées par l’association. Celle-ci a été créée pour venir en aide aux milliers de réfugiés qui, fuyant la guerre civile en Syrie, en Lybie et ailleurs, tentent de traverser la Méditerranée sur de frêles embarcations, souvent causes de drames humains atroces.

Si vous aussi, vous vous sentez concernés par le sort de ces familles qui essaient de fuir des conditions de vie effroyables et se retrouvent bien souvent confrontés à des situations encore plus inhumaines dans des embarcations de fortune dérivant en pleine mer, alors n’hésitez-pas à venir dialoguer avec le représentant de SOS Méditerranée à l’occasion de cette rencontre inédite à Carnoux. L’entrée y est libre et gratuite.

La France dit non au Front National

8 mai 2017

Comme il y a 15 ans, en 2002, les Français ont clairement rejeté l’aventure que leur proposait le Front National qualifié pour le deuxième tour de ces élections présidentielles. Moins massivement cependant qu’en 2002, il faut bien le reconnaître ! A l’époque, plus de 25 millions d’électeurs français s’étaient exprimés en faveur du président sortant, Jacques Chirac, malgré les nombreuses affaires judiciaires pendantes qui lui collaient aux basques et qui lui valurent, quelques années plus tard, une condamnation infamante à 2 ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics et abus de confiance. Son adversaire de l’époque, Jean-Marie Le Pen, n’avait alors recueilli qu’un peu plus de 5 millions de voix, soit moins de 18 % des suffrages exprimés : un rejet net et sans bavure, traduisant une véritable mobilisation du front républicain !

Dessin de presse de Large

Hier, le rejet du Front National a été sans ambiguïté non plus puisque les chiffres, encore provisoires, montrent qu’Emmanuel Macron a gagné ces élections avec un peu plus de 66 % des suffrages exprimés, ce qui le rapproche du rêve giscardien de représenter « deux Français sur trois »…

Certes, ce rejet massif des idées du Front National est loin de concerner toute la France. La commune de Carnoux-en-Provence s’est distinguée une nouvelle fois hier en plaçant en tête Marine Le Pen avec 51,8 % des suffrages exprimés. Un score qui montre d’ailleurs que le Front National est en nette progression puisque la présidente du Front National a recueilli hier dans notre ville pas moins de 1891 voix, soit 340 de plus que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, finaliste des élections régionales en décembre 2015, il y a moins de 18 mois.

Carte de France du résultat des élections présidentielles (infographie publiée par Le Monde)

La carte de France des résultats du 2ème tour de ces élections présidentielles ne manque d’ailleurs pas d’intérêt. Deux départements seulement ont placé Marine Le Pen en tête (l’Aisne et le Pas de Calais), mais on y voit nettement le très fort ancrage du Front National dans le tiers nord et nord-est de la France ainsi que dans le sud-est. Au premier tour, Marine Le Pen était arrivée en tête dans les Bouches-du-Rhône comme sur l’ensemble de la Région PACA, ce qui n’a pas été le cas au second tour. On observe néanmoins localement des scores très élevés du Front National qui a frôlé la première place dans le département du Var où il est arrivé largement en tête au deuxième tour dans des villes comme Fréjus, Brignoles ou Draguignan, ce qui confirme un ancrage territorial très fort dans ce secteur.

Marine Le Pen aura donc échoué comme son père à concrétiser cette victoire du 1er tour qui lui avait permis d’éliminer de la course ses deux challengers de droite (François Fillon) comme de gauche (Jean-Luc Mélenchon). Son score pourtant a presque doublé par rapport à celui de Jean-Marie Le Pen en 2002 puisque plus de 10 millions de Français ont glissé dimanche un bulletin à son nom dans la petite enveloppe marron. Rapporté au nombre d’inscrits sur les listes électorales (un peu plus de 47,5 millions de Français en 2017), cet engouement reste très minoritaire et on voit mal comment ce parti, qui suscite une telle force de rejet auprès de la majorité de la population, pourrait arriver à gouverner un jour le pays, sauf à imaginer que le taux d’abstention, qui atteint déjà des records, ne progresse encore…

Mais le constat vaut aussi pour le gagnant de ces élections qui n’a finalement recueilli sur son nom qu’un peu plus de 20 millions de voix, soit moins d’un Français sur deux inscrit sur les listes électorales : 43,6 % exactement. C’est un peu mieux que François Hollande en 2012 qui avait rassemblé sur son nom 39,1 % des suffrages rapportées au nombre d’inscrits, mais très comparable au score obtenu par Nicolas Sarkozy en 2007 (42,7%). Sauf que François Hollande comme Nicolas Sakozy avant lui savaient pouvoir compter sur une majorité solide grâce à l’ancrage du parti qui les soutenaient.

Emmanuel Macron prononçant son discours de rassemblement au soir de son élection, le 7 mai 2017 (photo © L. Bonaventure / POOL / AFP)

Pour le nouveau Président de la République élu hier, les choses risquent d’être plus compliquées et les élections législatives des 9 et 16 juin prochains ne s’annoncent pas de tout repos. On a bien vu, dès hier soir, à quel point les ténors de la vie politique, droite et gauche confondues, bien que tous balayés à l’issue du premier tour de ces élections, avaient repris du poil de la bête et se présentaient déjà en opposants convaincus et fermement décidés à rendre la vie impossible au futur pouvoir exécutif, malgré le discours d’ouverture et d’apaisement de ce dernier. Chaque camp cherchant à faire élire au parlement le maximum de ses affidés afin de bloquer autant que possible toute décision qui lui paraîtrait contraire à ses intérêts ou à sa vision des choses, nul besoin d’être devin pour imaginer qu’Emmanuel Macron aura besoin de beaucoup de diplomatie pour arriver à tenir un cap cohérent dans un tel contexte.

François Baroin (ici avec Thierry Solère, François Jacob et Jean-François Copé) espère bien prendre sa revanche aux législatives et devenir premier ministre de cohabitation (photo © archives AFP)

Rien n’exclut pour l’instant que la droite LR sorte largement en tête des prochaines élections législatives, et on peut compter sur la hargne d’un François Baroin et de ses lieutenants pour s’y employer de toutes leurs forces, en s’appuyant pour cela sur l’excellent ancrage territorial de la plupart des barons locaux. Rappelons en effet, pour ceux qui l’auraient déjà oublié, que ce scénario était de très loin le plus vraisemblable il y a quelques mois encore, alors que François Fillon caracolait en tête des sondages, avant que le Canard enchaîné ne dévoile à la France estomaquée que le petit père La Vertu n’était pas aussi irréprochable qu’on le pensait. Mais maintenant que ce boulet électoral a été arraché des pieds de la droite, nul doute que celle-ci va promptement relever la tête et récupérer son électorat traditionnel…

Dessin de presse de Martin Vidberg

Pour ce qui est de la gauche qui vomit le nouveau président, beaucoup trop libéral à son goût, celle qui s’est partagée au premier tour entre Jean-Luc Mélenchon (majoritairement), Benoit Hamon (modestement), Philippe Poutou et Nathalie Arthaud (plus marginalement), tout l’enjeu est de savoir comment elle compte se positionner à l’occasion des prochaines élections. Unie derrière des candidats communs dans une dynamique de recomposition à la manière allemande du parti Die Linke, elle pourrait assurément peser de manière substantielle sur ces élections et envoyer à l’Assemblée nationale des bataillons de députés sur lesquels le nouveau président devra nécessairement compter, quitte à infléchir sa politique. Au vu des personnalités de ceux qui la dirigent et de l’histoire des mouvements qui la composent, une telle hypothèse est néanmoins bien peu probable à ce stade…

Tout laisse donc penser que le quinquennat qui commence ne sera pas un long fleuve tranquille. Sauf à ce qu’Emmanuel Macron arrive à gagner son pari d’envoyer au parlement une majorité En marche représentative de son positionnement et fortement renouvelée grâce à un fort recours à la société civile, en dehors de ce cas de figure, on peut d’ores et déjà craindre que le nouveau président ne soit obligé de composer avec une majorité de droite frustrée et revancharde qui ne lui fera pas de cadeau. Bon courage Monsieur le Président !

L.V.  

Aires coop et Vue sur Vert, une démarche immobilière éco-responsable

6 mai 2017

A la veille du second tour d’élections présidentielles dont l’environnement a été le grand absent, alors même que les urgences liées à l’adaptation au changement climatique et à la mise en œuvre de la transition énergétique auraient justifié que ces questions soient placées au coeur du débat, saluons l’initiative de cette agence immobilière, Aires Coop, qui se veut coopérative et éco-responsable : tout un programme !

Installée à Marseille, rue Paradis, et créée par deux sœurs, Claire Vergeniolle de Chantal et Sandrine Moreau, cette structure est rattachée à l’agence que cette dernière, ancienne expert comptable, avait fondée en 2010 sous le nom de Cap Patrimoine, spécialisée en conseil de création de patrimoine et dans la transaction de biens de standing en Corse. L’idée qui sous-tend la création d’Aires coop : aider ses clients à acquérir, à Marseille et dans ses environs, un bien immobilier respectueux de l’environnement et accompagner les acquéreurs dans leurs travaux de rénovation énergétique.

Chantier de rénovation à Marseille (architecte Joëlle Burle – source Vue sur Vert)

Aires coop concentre notamment ses activités sur certains quartiers paupérisés de Marseille dont le Panier et la Belle de Mai, pour en faciliter l’accès à des primo-accédants, qui bénéficient dans ces zones de prix encore attractifs pour des logements souvent vétustes où d’importants travaux de rénovation sont à prévoir. L’agence s’investit donc pour aider ces acquéreurs à identifier les possibilités d’aides, via notamment les prêts à taux zéro qui permettent d’assurer les investissements nécessaires en matière d’isolation thermique en particulier. Ainsi, sur un appartement vendu 120 000 € dans le Panier et nécessitant 20 000 € de travaux pour refaire l’isolation et le système de chauffage, il est possible de bénéficier de 13 000 € d’aides directes et de crédits d’impôt, à condition de bien connaître les procédures !

Maison bioclimatique près de Fuveau (source : Aires coop)

L’agence dispose aussi à la vente de biens immobiliers haut de gamme dont une maison d’architecte bioclimatique à ossature bois de 240 m², édifiée sur un vaste terrain boisé situé au pied de la Sainte-Victoire, près de Fuveau. Reconnue « bâtiment durable méditerranéen » par un jury de professionnels, cette villa est un bel exemple d’une construction conçue et réalisée selon une approche environnementale durable, grâce à une insertion soignée dans le paysage, des performances énergétique et une luminosité optimisées par une orientation idéale, ainsi qu’une sobriété extrême en matière d’empreinte environnementale du fait de ses panneaux solaires, sa toiture végétalisée et son système de récupération des eaux de pluie.

Cette agence immobilière un peu atypique vient de s’associer avec un partenaire reconnu dans le milieu de l’architecture durable, Floris Van Lidth, qui a dirigé pendant 6 ans l’association marseillaise EnvirobatBDM, qui œuvre pour la prise en compte des enjeux environnementaux dans la construction et la rénovation du bâti en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Exemple de bâtiment labellisé BDM : crêche de Vaison-la Romaine (source EnvirobatBDM)

La démarche Bâtiments durables méditerranéens (BDM) est devenue un référentiel de qualité en matière d’éco-construction, créé en 2008 et porté par EnvirobatBDM, en partenariat avec l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et le Conseil régional PACA. Elle vise notamment à favoriser, dans le domaine du bâtiment, la prise en compte du coût global du projet et pas seulement à minimiser les coûts de construction sans tenir compte des frais de fonctionnement et d’entretien ultérieur, mais aussi à améliorer les pratiques en matière de gestion de projet, alimentées par le retour d’expérience et l’innovation, ainsi que par une valorisation de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

Lycée Alexandra David-Neel à Digne-les-Bains : une construction BDM de l’architecte SARL Leteissier-Corriol (source EnvirobatBDM)

Floris Van Lidth vient lui-même de créer sa propre structure, joliment dénommé Vue sur Vert, destinée à faciliter le développement de projets immobiliers écologiques. Cette coopération amorcée avec l’agence Aires coop permettra de fournir au client des conseils sur le montage juridique et financier des projets, un appui pour trouver des professionnels du bâtiment spécialisés en matière d’éco-construction, une aide pour la recherche du terrain à bâtir ou du bien à rénover, puis un accompagnement pour le suivi de la conception du projet immobilier et de sa réalisation.

L’émergence sur le marché de tels acteurs locaux incite à penser que la demande de nos concitoyens en matière de constructions plus respectueuses de l’environnement est en train de s’étoffer. C’est plutôt une bonne nouvelle dans un monde où climato-sceptiques et adeptes de la rentabilité à court terme ont tendance à tenir encore largement les rênes du pouvoir. Peut-être un espoir que les mentalités sont en train d’évoluer ?

L.V.  

Après les eaux usées, Marseille s’attaque au pluvial !

3 mai 2017

Baignade interdite au Prado après un orage (photo © P. Laurenson / AFP)

A Marseille, comme chacun sait, mieux vaut ne pas se baigner sur la plage du Prado après un orage. Rappelons que ce parc balnéaire qui s’étend sur 3,5 km de littoral et couvre près de 26 ha, a été aménagé de manière complètement artificielle à la fin des années 1970, sous la mandature de Gaston Deferre, pour permettre avant tout de se débarrasser à moindre frais des millions de m³ de déblais issus des chantiers de construction des lignes de métro. A l’époque, on ne prenait guère de gants avec l’environnement y compris dans une zone littorale située comme celle-ci à l’embouchure de l’Huveaune, dans un milieu naturel qui a dû jadis être un haut-lieu de la biodiversité…

Plages du Prado avec au centre l’embouchure de l’Huveaune

Il faut dire aussi que, dans les années 1970, l’Huveaune, à son arrivée en mer, n’était qu’un vaste égout malodorant charriant les effluves des nombreuses industries qui bordaient ses berges, et servant d’exutoire en mer aux eaux usées d’une partie de Marseille et des communes de l’amont, dont Carnoux.

Le réseau souterrain servant à canaliser les eaux usées s’était construit progressivement au cours du XIXe siècle, sous forme unitaire au centre ville, sous forme séparative (les eaux pluviales de ruissellement étant collectées à part) dans les quartiers plus récents et les communes voisines.

Vue du Grand émissaire de Marseille (photo © SERAMM)

Mais jusqu’en 1987, tout était rejeté directement en mer, sans le moindre traitement, via un grand émissaire construit en 1896 et aboutissant dans l’anse isolée et peu accessible de Cortiou, en plein cœur du massif des calanques, où un vaste fleuve de déchets boueux se jette dans la mer, en attendant qu’un jour peut-être, la collectivité finisse par le prolonger plus au large pour diminuer l’incidence de ces rejets sur les fonds côtiers les plus fragiles.

Rejet en mer dans la calanque de Cortiou (source)

En 1979, alors que la plage du Prado est aménagée, il n’est plus question d’y déverser les eaux fortement pollués et toxiques de l’Huveaune. Une dérivation est donc créée, qui renvoie ces eaux directement dans l’émissaire de Cortiou où elles sont ensuite rejetées en mer, ni vu ni connu. En période de fortes pluies cependant, lorsque l’émissaire est saturé, un déversoir d’orage permet aux eaux de l’Huveaune en crue de rejoindre leur lit naturel et de se rejeter en mer le long de la plage du Prado, qu’elles polluent alors allègrement en jonchant la plage des multiples déchets qu’elles charrient.

Vue en surface de la station de traitement des eaux usées Géolide

Dans les années 1970, sous la pression de certains naturalistes et des plongeurs qui s’alarment de la disparition des herbiers de posidonies et de l’appauvrissement de la faune marine au large des côtes marseillaises totalement ravagées jusqu’à plus de 40 km du rivage par ce flux incessant d’eaux polluées, la ville se décide enfin à mettre en œuvre une station d’épuration physico-chimique, destinée au traitement des eaux usées de Marseille et de 15 communes environnantes, dont Carnoux. Le chantier commence en 1984, en bordure de l’Huveaune. La station, enterrée sous le stade Vélodrome, est mise en service en 1987.

Mais le renforcement de la réglementation en matière de traitement des eaux usées, avec notamment l’adoption en 1991 de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, rend très vite cette station insuffisante. En 2008, elle est donc complétée par l’adjonction d’un dispositif de traitement biologique, dit Biostyr, installé sous l’esplanade Ganay. La nouvelle station, dénommée Géolide, constitue la plus grande usine enterrée de traitement des eaux usées du monde et traite 70 millions de m³ d’eau usée par an.

Schéma de la station Géolide (source)

L’eau y est injectée dans 34 bassins de 1500 m³ chacun, remplis de billes de polystyrène sur 3,50 m d’épaisseur. Les bactéries fixées à la surface de ces billes fixent une partie de la pollution au passage. Pour éviter le colmatage des billes, celles-ci sont lavées chaque jour et l’eau de lavage subit un traitement physico-chimique par coagulation et floculation, suivi d’une décantation lamellaire afin d’agglomérer, concentrer et piéger les bactéries sous forme de boues. Ces boues sont alors acheminées vers une usine de traitement, située à 6 km de là, dans l’ancienne carrière de la Cayolle qui surplombe la calanque de Sormiou. Les boues y sont épaissies et séchées avant d’être valorisées sous forme de compost qui sert actuellement à réhabiliter l’ancienne décharge d’ordures ménagères d’Entressen.

Vue de la station de traitement de la Cayolle (photo © Lakko Marseille)

Cependant, en cas de forte pluie, le système d’assainissement n’est pas en mesure de traiter l’ensemble des effluents collectés car les eaux de ruissellement viennent alors grossir les flux habituels d’eaux usées, provoquant rapidement la saturation des capacités de traitement. Pour éviter que la ville ne soit noyée sous un flot d’eaux polluées et nauséabondes, tout l’excédent est alors rejeté directement en mer, principalement par l’émissaire de Cortiou mais aussi en partie via l’ancien exutoire de l’Huveaune, donc directement sur la plage du Prado !

Ce problème récurrent commençant à déprécier sérieusement l’attrait touristique de la ville, l’ancienne Communauté urbaine Marseille Provence Métropole s’est engagée en 2010 dans un projet de contrat de baie, désormais opérationnel depuis juin 2015 pour une durée de 6 ans avec, à la clé, un budget de 265 millions d’euros, dont 185 millions engagés via le Contrat d’agglomération de traitement des eaux usées signé l’année d’avant avec l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée, et 25 millions mobilisés dans le cadre du contrat de rivière de l’Huveaune, signé en octobre 2015 à Aubagne.

Inondations rue de Rome à Marseille en septembre 2000 (photo © Bataillon des marins-pompiers de Marseille)

Une des actions phares de ce contrat de baie consiste précisément à s’attaquer enfin au problème des eaux pluviales qui rendent inopérant le traitement des eaux usées de l’agglomération marseillaise en période de fortes pluies. L’objectif affiché, qui peut paraître modeste, est de réduire de 50 % les rejets d’eaux usées non traitées vers la calanque de Cortiou au cœur du Parc National des Calanques, et ceci en réponse à un arrêté préfectoral de janvier 2004 qui impose à la collectivité de réaliser d’ici fin 2018 une capacité de rétention des eaux usées de 90 000 m³.

Un premier ouvrage a ainsi été réalisé dès 2007 à l’occasion des travaux de requalification de la rue de la République dans le cadre de la prolongation du tramway. Gigantesque cylindre de 49 m de long situé à 15 m sous terre, ce bassin permet de stocker 14 500 m³ collecté en centre ville. Les gros déchets y sont récupérés et la partie claire de l’eau décantée est rejetée en mer une fois l’orage passé, tandis que les eaux polluées sont envoyées à la station de traitement dès que celle-ci est de nouveau en capacité de les traiter. Quatre autres basins sont prévus sur le périmètre de l’agglomération marseillaise : un de 12 000 m³ achevé en septembre 2015 place Jules Guesde à la Porte d’Aix, un de 15 000 m³ dans l’emprise du tunnel ferroviaire désaffecté Lajout près de la nouvelle station de métro boulevard Capitaine Gèze, un autre de même capacité cours Pierre Pujet, et enfin un plus vaste de 33 000 m³ à Saint-Mauront, près des Docks.

Vue intérieure du bassin Ganay lors de son inauguration (photo publiée par GoMet)

Un sixième ouvrage profond de 30 m pour un diamètre de 56 m et une capacité de 50 000 m³, a été construit à partir de 2014 sous le stade Ganay. Désormais achevé et inauguré en avril 2017, ce gigantesque bassin enterré, pour lequel il a fallu mobiliser pas moins de 80 000 tonnes de béton, doit être relié d’une part à la station de traitement Géolide et d’autre part au réseau unitaire. Pour cela, il a notamment fallu creuser une galerie de 3 m de diamètre et 300 m de longueur, à 10 m de profondeur. Un tunnelier a été mobilisé dans ce but, pendant près de 6 mois, jusqu’à ressortir près du boulevard Michelet en décembre 2016, une fois sa tâche accomplie.

Sortie du tunnelier (photo © N. Vallauri pour La Provence)

Vue en coupe du bassin Ganay (source)

En surface, on ne verra du bassin Ganay qu’un modeste bâtiment de service au forme de simple pavillon et il reste encore à reconstruire le nouveau stade Ganay au dessus du réservoir enterré dont les Marseillais seront bien en peine d’imaginer l’existence une fois le chantier achevé. C’est d’ailleurs le risque de ce type de démarche qui consiste à masquer de la vue du citoyen les aménagements pourtant indispensables au fonctionnement de la ville : à force d’oublier que la gestion des eaux fait partie intégrante de la vie urbaine, comment peut-on s’en approprier les enjeux pourtant essentiels ?

L.V.  

Qui donc a écrit le programme d’Emmanuel Macron ?

1 mai 2017

On a beaucoup reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir fait l’effort de rédiger un programme cohérent, piochant ses idées à droite et au gauche au gré des opportunités. L’honnêteté oblige à reconnaître que ce n’est pas le cas. Présenté le 2 mars 2017, le programme du candidat d’En marche, désormais en lice pour le second tour de la présidentielle, est au contraire très structuré.

Celui qui en a coordonné l’élaboration : Jean Pisani-Ferry. Un économiste, qui a démissionné en janvier 2017 de son poste de commissaire général de France Stratégie, pour rejoindre à 65 ans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, de 26 ans son cadet. Peu connu du grand public, cet ingénieur de Supélec qui a été aussi conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter au ministère de l’Économie, et expert auprès de la Commission européenne et du FMI, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université libre de Bruxelles, est issu d’une lignée prestigieuse de grands serviteurs de l’État. Il est en effet le fils de l’ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterand, Edgard Pisani. Il est aussi, comme son nom l’indique, l’arrière petit-neveu de Jules Ferry en personne, excusez du peu…

Jean Pisani-Ferry, le 25 juin 2014 à Paris ( photo © T. A. Clary AFP/Archives)

Nommé en 2013 par François Hollande commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry avait déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la campagne de 2012, et ce dernier lui avait confié en 2014, alors qu’il était ministre de l’économie, la rédaction d’un rapport sur « les domaines prioritaires d’investissement ».

Sa rigueur et son honnêteté, que ceux qui le côtoient s’accordent à lui reconnaître, ont fait percevoir sa présence auprès du candidat d’En marche comme un gage de sérieux. D’autant qu’il considère qu’un programme politique ne doit pas être un simple « catalogue de propositions » mais doit correspondre à une vision construite et prospective de l’action politique, comme le détaille un article des Echos qui rapporte ses propos : « Il ne faut pas se tromper de diagnostic. Le candidat ne peut pas tout prévoir, mais je crois beaucoup à ce que les Américains appellent le mandat, le capital politique donné par les électeurs pour être investi dans des choses difficiles ».

Dessin de Miss Lilou

Pour cela, il faut que l’intention du candidat soit clairement comprise. « On vit une époque que l’on peut qualifier de réactionnaire au sens où il y a une croyance que revenir en arrière peut être une solution à nos problèmes », analyse-t-il. « Face à cela, il faut construire l’utopie du monde de demain ».

A une semaine du second tour de la présidentielle, il n’est donc pas inintéressant de s’attacher à la vision de la société de demain que porte Jean Pisani-Ferry. Chargé en 2013 d’élaborer une stratégie à 10 ans pour la France, son rapport remis en juin 2014, est une somme ambitieuse, enrichie de nombreux échanges avec les partenaires sociaux et la société civile, qui balaie l’avenir de la France à l’horizon 2025. S’appuyant sur un diagnostic approfondi de la situation du pays et de ses points d’entrave, la rapport identifie 8 objectifs principaux parmi lesquels le besoin de réconcilier les citoyens avec la démocratie, la nécessité de combattre les discriminations en vue d’une égalité républicaine, le besoin de refonder une politique sociale lisible qui vise le plein emploi effectif, ou encore la mise en oeuvre d’un développement responsable et durable.

25 juin 2014 : Jean Pisani-Ferry remet à François Hollande le rapport prospectif sur la France dans 10 ans (photo © Elysée)

La prospective n’est pas un exercice facile, surtout dans un monde complexe et mouvant. La manière dont les politiques, parmi lesquels Emmanuel Macron, se sont emparés des propositions issues de cette analyse, est naturellement discutable, et chacun aura son opinion sur le sujet. Néanmoins, le diagnostic posé et les pistes explorées, non seulement lors de l’élaboration de ce rapport et des différentes notes thématiques qui le prolongent, mais aussi dans le cadre des débats qui ont été organisés dans de nombreuses villes par France Stratégie pour enrichir les échanges, tout ceci représente une matière à réflexion d’un grand intérêt.

Une interview de Jean Pisani-Ferry, réalisée pour l’association Réso Hebdo Eco en octobre 2016, alors qu’il était encore à la tête de France Stratégie, permet d’en retrouver quelques points saillants. Il y explique notamment comment la situation française du travail s’est dégradée par rapport à d’autres pays européens : non seulement le taux de chômage y est plus élevé (autour de 10 % alors qu’il est plus proche de 5 % chez nos voisins allemands, autrichiens ou danois) mais le taux d’emploi (qui mesure le nombre d’actifs occupés par rapport à la population totale en âge de travailler) y est plus faible : 64 % en France contre 76 % en Allemagne, Suède ou Pays-Bas.

Or, non seulement le travail est plus rare en France, mais les enquêtes montrent que la qualité du travail y est aussi moindre, en termes de rythmes d’activité, de charge de travail, de compatibilité avec la vie familiale ou d’autonomie des salariés. Et ceci alors que la France est l’un des pays qui consacre les moyens budgétaires les plus importants en matière de politique publique de l’emploi : 108 milliards d’euros par an ! Une des causes de faiblesse pointée par Jean Pisani-Ferry est le faible niveau de compétence d’une partie de la population active française, alors que les niveaux de coût salarial du pays exigeraient que la main d’oeuvre soit au contraire au top en matière de compétence professionnelle.

Un des intérêts d’une telle approche prospective sur le long terme est d’identifier les axes sur lesquels il importe d’investir en matière de politique publique en trouvant le bon équilibre entre dispositifs d’ampleur nationale et outils de formation et d’accompagnement pilotés de manière plus locale et plus proche du terrain. Pour répondre à l’ampleur des défis qui nous attendent, que ce soit face au changement climatique, à la nécessaire transition énergétique, au besoin de maintenir une forte cohésion sociale, à la nécessité de renforcer le niveau de formation et de compétence de chacun, les réponses ne peuvent être que globales et de long terme. Elles doivent s’appuyer sur un diagnostic approfondi et partagé, permettant de mobiliser un débat citoyen éclairé.

Bref, tout le contraire des idées simplistes qui laisseraient entendre qu’il n’y a qu’à supprimer l’immigration et sortir de l’Europe pour que, comme par miracle, la prospérité revienne pour chacun. « Il faut lutter contre la trumpisation des débats » dit Jean Pisani-Ferry. Ce n’est sans doute pas inutile en effet…

L.V.