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Katulu ? n° 60

13 juillet 2019

Vous l’attendiez tous avec impatience ? Le voici, le voilà : le dernier numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres lues et partagées en avril et en juin 2019.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu n°60). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Dans la maison de la liberté

Interventions

David Grossman

Ce livre est la compilation de onze interventions de l’auteur entre 2008 et 2018, en Allemagne (Berlin, Munich, Francfort), en Italie (Florence), en France (publications dans Libération), à l’Université de Harvard, et à l’Université Hébraïque de Jérusalem.

De nombreux thèmes y sont abordés, de manière récurrente : la recherche de la paix entre Israël et les Palestiniens, les effets dévastateurs de la guerre sur la société israélienne, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive. Et aussi une réflexion sur la littérature (qu’est-ce écrire ?), sur la liberté (quand suis-je libre ?).

L’auteur aborde son œuvre littéraire qui se nourrit du quotidien et de la « situation », euphémisme israélien pour désigner le conflit au Proche-Orient et comment le deuil (la mort de son fils tué pendant la guerre du Liban), l’angoisse existentielle et la violence l’incitent à écrire.

« Au cœur de la réflexion, une métaphore […] : la maison – et l’urgence, pour chacun de retrouver le sens d’un foyer commun, dont les murs seraient synonymes, non plus de séparation, mais de rapprochement, d’harmonie, d’échange et de fraternité. »

Quatre thèmes majeurs sont ainsi abordés : la légitimité de l’État Israélien, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive, le conflit israélo-palestinien, et enfin la politique du gouvernement actuel, avec la loi sur l’État-nation du peuple juif (19 juillet 2018). Et l’auteur de conclure : cette loi représente l’abandon d’une chance quelconque de clore un jour le conflit avec les Palestiniens. AVEC CETTE LOI ISRAËL A SOMBRÉ. « Nous avons mal à Israël et nous avons mal à sa falsification. »

Un livre très riche, impossible à résumer, très intéressant sur sa vision d’Israël, sur le conflit Israélo-palestinien. A lire… absolument !

                                                                                               Marie-Antoinette

 

L’opticien de Lampedusa

Emma-Jane Kirby

En octobre 2013, après le naufrage d’une embarcation, à 1 km des côtes de Lampedusa, qui fait 366 morts, l’auteure se rend sur l’île de Lampedusa pour enquêter sur le drame. Elle témoigne alors du sauvetage de 47 migrants par l’opticien de la ville.

Ce dernier est un homme d’une cinquantaine d’années, attentif à sa femme, soucieux de ses enfants. En somme, « monsieur tout le monde ». Ses amis tiennent une boutique l’été, ensuite, ils rentrent chez eux, à Naples. Ils déplorent la baisse de la fréquentation touristique de l’île à cause de la présence des migrants. L’opticien en a entendu parler : lui dont le métier est d’éclaircir la vision de ceux qui ne voient pas très bien, ne voit pas grand-chose de ce qui l’entoure.

Emma-Jane Kirby (photo © SDP)

A la fin de la saison estivale, l’opticien, sa femme Teresa et leurs amis ont prévu une balade en mer Ils embarquent un matin, la mer est calme, les mouettes crient. Mais ces cris incessants, étranges les intriguent, s’agit-il de mouettes ? Scrutant des points noirs à l’horizon, ils s’approchent … Des centaines de cadavres flottent autour du bateau, par centaines encore des naufragés se débattent en appelant au-secours dans une langue qu’ils ne connaissent pas.

Les huit amis lancent l’unique bouée de sauvetage de leur embarcation, tendent leurs mains pour extirper sans relâche des hommes à demi nus, à bout de force, qui s’agrippent au bord. Ils sauveront ainsi quarante-sept personnes.

Les jours suivant le drame, ils tenteront de revoir « leurs naufragés » prendre de leurs nouvelles, ils se verront éjectés faute d’accréditation. Ce n’est que de loin, brièvement, qu’ils pourront les apercevoir et se faire voir d’eux à travers le grillage. C’est un séisme qui a ébranlé leur esprit et leur corps. Entre crises d’angoisse, cauchemars, insomnies, dépression, asthme ou diverses maladies de peau ou de la nutrition, ils sont tous profondément marqués et peinent à retrouver leur équilibre.

C’est un récit court, saisissant, affolant, émouvant dans un style direct au présent. L’immigration est une tragédie humaine gérée par l’Europe de façon techniciste avec une profonde indifférence !

                                                                                               Antoinette

 

SALINA

Laurent Gaudé

Salina, cela vient de « sel ». Salina est la mère (du narrateur) au nom et aux larmes de sel. Cette femme a d’abord été l’enfant jetée par un cavalier solitaire dans la tribu Djamba quelque part dans un pays de caravaniers et de vaillants guerriers.

Ce conte colporte une histoire, une légende qui se transmet à l’infini des temps et des contrées. Rien ne sera dévoilé de l’origine de Salina ni de son mystère. Le destin de Salina nous plonge dans le merveilleux, la magie. Venue de nulle part, vivante contre toute attente. Résistante à des épreuves surréalistes. Les hyènes épargneront sa vie réduite aux cris.

Le cri parcourt ce récit. Il raconte la force sauvage. Il raconte la vie avec ses lots de douleurs, d’injustices, de violences. Le cri est violence. Il vient des entrailles. Il n’a pas de mots. Le cri est rauque, épais, lourd sans soulagement.

Laurent Gaudé (photo © Leonardo Cendamo / Leemage)

Ce conte fascine parce qu’il rapproche de ce qui nous caractérise, l’immuabilité de notre destin. Qui que nous soyons à travers des siècles et des siècles, il se noue entre nous des chaînes invisibles de destinées communes. Salina est sans doute une part de nous-mêmes avec sa voix fêlée, brisée par les épreuves de la vie et les exils qu’elle subit.

L’auteur nous entraîne surtout sur le chemin du Passage. Il nous plonge dans les rites de l’embaumement du fleuve à traverser pour atteindre l’île du cimetière du repos. Il nous délivre les valeurs de la transmission filiale, des devoirs, du respect de la mort et du poids de l’héritage.

Salina, c’est aussi une leçon de résistance, d’espérance, de transmission. Elle nous apprend que l’amour n’est pas un dû, qu’être mère reste un choix et que vivre dans la haine ou la vengeance apporte le malheur. Violences et rédemptions se côtoient et se disputent infiniment. Des rites mystérieux et ancestraux nous accompagnent de la vie à la mort et nous sont transmis à travers les siècles par la pierre, le papier, le chant, le conte.

                                                                                                          Nicole

 

Transparence

Marc Dugain

Avec Transparence, l’auteur aborde le roman d’anticipation, faisant ainsi penser à Jules Verne qui un siècle avant lui imagine des progrès scientifiques, pour certains justifiés par l’histoire. Il place son roman vers l’année 2068 c’est-à-dire cent ans après la révolution sociale de mai 68 qui, pour lui, marque la fin de l’ère scientifique pour entrer dans l’ère numérique.

En Islande, moins sensible au réchauffement climatique, son héroïne, après avoir quitté un poste de cadre chez Google, crée une société de contact pour couple, la société « Endless ».

Un jour, elle est dénoncée pour un geste apparemment criminel : on l’a vu pousser une femme du haut d’une falaise, au-dessus de l’océan glacial. Elle promet à la police expliquer son geste sous cinq jours et, au regard de sa position sociale, obtient ce sursis.

L’auteur, Marc Dugain (source : Gallimard)

Avec « Endless » l’héroïne est aussi en possession de milliards de données informatiques très secrètement stockées. Elle a également mis au point un processus permettant de rappeler une âme humaine dans un exosquelette, enveloppe perpétuellement regénérable, et de créer des êtres immortels sélectionnés pour leur haute moralité. Pour ces êtres d’exception, plus de nécessité d’alimentation, de sommeil ni d’adaptation à la température etc… Ceux qui ne sont pas éligibles sur le Net, ou ne le désirent pas, pourront se reproduire et quitter ce monde suivant le procédé classique libérant l’âme immortelle du corps périssable.

On comprend alors qu’elle a envoyé son double à la mer après un transfert vital dans un corps recréé. Voilà pour la trame romanesque. Mais l’intérêt se porte aussi sur le monde actuel avec une analyse des crises politiques, scientifiques et morales durant les cent dernières années. La planète risque-t-elle, à court terme, la double explosion volcanique qui va la ramener à l’état d’origine ? Peut-on sauver le « Savoir » en embarquant vers d’autres galaxies ? A vous de le découvrir…

« Nous aurions aimé en savoir plus sur cette jeune femme, mais apparemment, elle a laissé derrière elle très peu de données susceptibles de dire qui elle était vraiment. »

                                                                                               Roselyne

 

L’inconsolé

Kazuo Ishiguro

De cette œuvre se dégage surtout le thème du couple aux relations tourmentées. Elle suscite aussi des réflexions sur le spatial–temporel en nous plongeant dans un brouillage inquiétant, époques éloignées, décors étranges, fiction et réalités confondues, et le retour du Temps qui triomphe toujours à nos dépens. Ainsi de ce roman se dégage une souffrance discrète mais lancinante, un effort et une lutte têtus de ses héros, tous pétris de désespoirs, espoirs et finalement d’acceptation mélancolique d’un sort inévitable.

Le héros M. Ryder est un pianiste international célèbre qui arrive pour un concert dans une ville qui est « obséquieuse, ou étrange…». Dès l’entrée en matière, le livre fascine, le mystère plane. La ville est un personnage. De plus cette ville est-elle inconnue du héros ? Les hommes et les femmes rencontrés lui sont-ils réellement étrangers ?

Kazuo Ishiguro, Prix Nobel de Littérature (photo © Jeff Cottenden)

Le roman semble emprunter les codes du roman policier. Il aiguise l’intérêt et la curiosité du lecteur. Il nous entraîne dans une enquête où il s’agira de reconstituer les liens entre ces personnages, apprivoiser cette ville labyrinthe aux époques emmêlées et espérer le fameux concert !!

L’auteur ne cesse de nous plonger en effet dans un désordre temporel et un vertige spatial à couper le souffle. Nous sommes confrontés à la terrible question : rêve ou réalité ? ou cauchemar ? Toutes ces pages à lire, l’auteur à les écrire, nous à les vivre par procuration.  Les histoires se répètent inlassablement sans trouver solution ni consolation. Ainsi un indéfinissable chagrin parcourt ce roman où il semble que le succès de l’artiste n’efface ni la solitude ni n’étouffe son sanglot. Il parle avec pudeur de ces blessures invisibles liés à l’enfance. La rupture ou l’éloignement ne paraissent pas guérir une âme à jamais blessée. La souffrance reste sous-jacente même dans les silences, dans les séparations consenties ou les exils.

En conclusion cette lecture est usante, essoufflée, déchirante, accablante… mais inoubliable pour sa puissance évocatoire, la reconstitution des sentiments vécus dans nos rêves par exemple et son réalisme tragique sur nos pauvres destins humains.

                                                                                                          Nicole

 

Montedidio

Erri De Luca

Montedidio est l’histoire d’un gamin de Naples de treize ans à qui son père offre pour son anniversaire un « boumeran » qu’il garde toujours près de lui. Il le fait tourner, mais il ne veut pas le lancer il a trop peur de le perdre. Il est mis en apprentissage chez Mast’Errico, un menuisier de leur quartier, un brave homme qui héberge dans sa boutique un cordonnier roux et bossu, Rafaniello. Le jeune garçon esseulé par l’hospitalisation de sa mère trouvera un réconfort auprès de ce cordonnier qui répare les chaussures des pauvres de Montedidio sans se faire payer et qui lui raconte le temps où il s’appelait Rav Daniel et où il étudiait « les choses de la foi » ainsi que « le métier des souliers » dans le Talmud. Il lui raconte aussi son pays dont les habitants ont disparu dans la guerre et lui révèle qu’il possède une paire d’ailes dans l’étui de sa bosse pour voler jusqu’à Jérusalem.

L’auteur, Erri De Luca (source : Wikipédia)

Tout ce que lui dit Rafaniello, le jeune garçon le consigne par écrit avec soin sur un rouleau de papier que lui a donné l’imprimeur de son quartier. Si pour Mast’Errico, le menuisier, la journée est une bouchée et qu’il faut travailler vite, pour notre jeune héros son enfance sera également une bouchée, il devra mûrir rapidement : « Au printemps, j’étais encore un enfant et maintenant je suis en plein dans les choses sérieuses que je ne comprends même pas.» Montedidio est présenté sous la forme du journal intime de son jeune héros qui découvre peu à peu la bonté et la bienveillance comme les dangers du monde des adultes, la force de l’amour comme une alliance contre le monde extérieur et également en lui « une force amère capable d’attaquer ».

Une écriture poétique extrêmement légère : un beau livre !!!

                                                                                                          Cécile

 

Gabriële

Anne et Claire Berest

Ce sont les arrières-petites filles de l’héroïne qui ont écrit à quatre mains, en 2018, la biographie, passionnante, de Gabriële Buffet-Picabia.

Gabriële est née en 1881 dans une famille aisée, mais conservatrice. Elle se passionne rapidement pour la musique en tant que théoricienne, elle rêve d’être créatrice. Après ses études musicales à la Schola Cantorum, « lieu de l’Avant Garde musicale à Paris où elle rencontre Claude Debussy et Vincent d’Indy, pédagogue adoré qui « ouvre les fenêtres vers d’autres arts » elle part à Berlin en 1906.

Mais « la carrière musicale de Gabriële prit fin avec la rencontre de Francis Picabia». Il ne reste rien de son goût pour la musique, « pas une œuvre, aucune partition, pas même le titre d’un poème musical ». Tout de suite il va l’accaparer… Ils se marient le 27 janvier 1909 à Versailles.

Anne et Claire Berest (photo © Rebekka Deubner / Les Inrockuptibles)

Au contact de Gabriële, l’art de Picabia évoluera : « je veux peindre des formes et des couleurs délivrées de leurs attributions sensorielles … une peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination ». Gabriële poursuit donc la mission qu’elle s’est donnée : apporter à son mari les éléments de pensée qui vont lui permettre de changer sa façon de peindre ; elle se plonge dans l’histoire de la musique et de la peinture, travaille sur des livres et des catalogues, conceptualise et trouve dans Hegel une idée qui la séduit : « l’art ne doit pas imiter la nature aussi parfaite que soit son imitation, rival de la nature, comme elle et mieux qu’elle, il représente des idées ; il se sert de ses formes comme des symboles pour les exprimer » « Francis, tu dois peindre les sons ! ». La couleur est vibration, de même que la musique, c’est l’intuition de Gabrielle.

C’est là que naît l’œuvre maîtresse de Picabia « Caoutchouc » ; on est en juin 1909, pour la première fois, un peintre peint quelque chose qui ne présente rien. Avant Kandinsky et avant Picasso. Caoutchouc est « le fruit de la pensée musicienne de Gabrielle » Picabia peint l’une des premières peintures abstraites de l’histoire de l’Art. Il y eut des doutes pour certains sur la paternité de l’art abstrait car celui-ci jaillit un peu partout à ce moment-là, mais Picabia fut le précurseur !

Un livre fascinant sur la vie d’une femme et d’un couple au début du 20éme siècle, la place injuste donnée aux femmes à l’époque, destinées surtout au ménage et à la maternité. Gabrielle a su occuper une place primordiale dans l’Art dont elle fut ardente théoricienne !

Josette J.

 

Dix-sept ans

Éric Fottorino

« Un dimanche de décembre, ma mère nous a invités à déjeuner chez elle ses trois fils nos compagnes et notre ribambelle d’enfants ». Elle va leur révéler un douloureux secret (« ce repas c’était Waterloo »), préambule à la confession qu’elle va leur faire ce jour-là : « le 10 janvier 1963 j’ai mis au monde une petite fille, on me l’a enlevé aussitôt je n’ai pas pu la serrer contre moi, je ne me souviens même pas de l’avoir vu, d’avoir vu le moindre détail, elle n’est pas entrée dans mes yeux. »

Elle qui était déjà « fille mère » se retrouve enceinte. C’était plus ce que pouvait supporter sa propre mère qui a organisé l’abandon avec la complicité de l’Église sans la consulter bien sûr : « honte sociale » se taire et oublier sans laisser le choix à la jeune fille mineure qui n’a pas droit au chapitre.

Éric Fottorino (photo © Joel Saget / AFP)

Alors que ses frères sont sous le choc et émus, Éric reste de marbre et rentre chez lui, persuadé que tout va bien. Il reprend ses cours à la fac mais en véritable automate. La semaine qui suit, il part à Nice, la ville où il est né, où il va tenter de percer le mystère de cette mère de 17 ans.

Cette recherche de la mère pour laquelle il n’a jamais pu témoigner de l’affection : ils ne se sont rien dit durant des années. Il va découvrir Lina jeune et jolie jeune fille, niée par les siens depuis son adolescence, entourée d’hommes qui lui donnaient un semblant d’amour qu’elle recherchait tant. A Nice, Lina va goûter à la liberté, à la chaleur et la lumière méditerranéenne.

A mesure qu’il reconstitue la vie de Lina, il se promène dans Nice, se familiarise avec les lieux qu’elle a connus, fait des rencontres improbables qui l’aident à se rapprocher d’elle. Plus tard au gré d’une rencontre, une femme lui dira « avec une kippa vous feriez un bon juif à la synagogue, il y a du juif en vous. Quel jour êtes-vous né ? 26 août c’est le nombre parfait des juifs ». Son père naturel, il le retrouvera à 17 ans, c’est un médecin juif.

Des retrouvailles apaisées entre une mère et son fils, cet amour filial entravé par un lourd passé : c’est cela que je retiendrai de ce roman. Les blessures et les secrets ne pèsent plus le même poids « l’amour de ma mère, je ne l’ai pas senti. Il a manqué une étincelle ».

Un style facile, des mots superbes, beaucoup d’émotion.

                                                                                               Suzon

 

Chien-Loup

Serge Joncour

Le roman se présente de façon originale. Deux périodes : juillet 1914 et août 2017. A chaque chapitre l’auteur change de période. On y découvre deux histoires à un siècle de distance. C’est surprenant parfois gênant !

Année 1914 : C’est le début de la guerre, les hommes sont partis. Nous sommes dans un petit village du Lot, les femmes gèrent les travaux des fermes. Le mont d’Orcières c’était des terres à vignes opulentes et gaies mais dévastées par le phylloxera à la fin du 19e siècle. L’angoisse et la peur pèsent lourdement ! On parle de hurlements, hourvari… aboiements heurtés et déchirants. Un dompteur, « un boche » arrive dans le village avec son cirque et ses fauves ! « cet Allemand là avec son armada de tigres et de lions tonitruants était travaillé par le mal ». Le maire lui propose d’occuper la maison inhabitée sur le Mont d’Orcières, lieu sauvage et inhospitalier. « Avant le boche, jamais Orcières n’avait reçu autant de colère et d’eau… tout foutait le camp désormais ».

L’auteur, Serge Joncour (source : Babelio)

Année 2017 : Un couple de parisiens, Frank et Lise, louent pour les vacances dans le Lot une maison « absente de toutes les cartes et privée de réseau, perdue au milieu des collines, de calme et de paix ! ». Éblouis par la beauté des lieux ils ignoraient que cette colline avait pendant la guerre de 14 abrité un dompteur allemand et ses fauves ! Une découverte étrange à leur arrivée : un chien loup, sans collier attiré irrésistiblement par eux semblant chercher un maître.

Franck contrarié par le fait que son smartphone ne capte pas de réseau s’adapte peu à peu, il s’attache au chien qu’il appellera Alpha ! Il découvre la nature environnante et surtout une espèce de fosse où il apprend qu’en 1914 des fauves ont été enfermés ! Franck va devenir, dans cette nature hostile « charognard », bourreau insensible qui n’hésite pas à emprisonner toute une nuit dans une cage ses jeunes collaborateurs qu’il a fait venir, à les perdre dans la forêt afin qu’ils signent l’avenant au contrat qui le protégera d’un monde de « requins » ….

L’auteur à travers ces deux histoires montre la violence du monde, par les guerres tragiques, mais aussi révèle la brutalité du monde contemporain, où on ne se fait pas de cadeau ! Il met en évidence aussi l’importance grandissante de l’écologie dans notre société actuelle, les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les risques de manger trop de viande : « la barbaque » qui a provoqué le cancer dont Lise fut frappée !

Peinture d’une grande nature sauvage, images multiples des animaux : « dans l’animal le plus tendre dort toute une forêt d’instinct » dit l’auteur qui questionne la cohabitation hommes-animaux dans la nature.

                                                                                                          Josette J.

 

Lady Mary

Danielle Digne

Lors d’une exposition de peintres de l’époque victorienne à Londres, l’auteure est attirée par un tableau représentant une petite fille richement vêtue et qui dégage une indifférence à tout ce qui l’entoure. « Intriguée, mes recherches me mettent sur la piste de cette aristocrate érudite réputée pour sa beauté ». Son père, Evelyn Pierrepont, comte de Kingston, appartenait à la haute ligné, héritier d’une grande fortune. Avant de mourir sa femme lui avait donné 3 enfants : Mary née en 1689 en France, un an plus tard Evelyn en 1691 et William en 1692. Mary est élevée par sa grand-mère qui lui donnera le goût de la lecture.

Son père possède une bibliothèque où il lui est interdit d’entrer. Avec la complicité de son frère elle va pouvoir y accéder. Elle étudie 5 à 6 heures par jour, apprend le latin. Elle écrit dans son journal « je suis une femme je n’ai aucun avantage d’éducation j’ai 14 ans ».

Elle va rencontrer l’homme qui sera son mari Edward Worthley. Son père s’oppose à ce mariage, elle fugue avec son amant. Elle ne reverra jamais son père. Elle est présentée à la Cour : Mary est resplendissante, le roi Georges 1ere lui dit : « vous serez le joyau de notre cour » mais elle préfère s’ouvrir au monde littéraire et artistique.

Danielle Digne à La Ciotat (source : son blog)

Malheureusement en 1715 elle contracte la variole. Cette maladie fit des ravages sur son visage mais loin de se lamenter elle apprit à se maquiller pour surmonter la disgrâce.

Son époux est nommé ambassadeur extraordinaire en Turquie et ils partirent découvrir le monde. Les turkish embassy letters : au terme de ce périple Mary commence à écrire « terme d’un voyage qu’aucun chrétien avait entrepris depuis le temps des empereurs grecs ». Elle pense que ses lettres feront date : « je dois la vérité aux femmes des générations futures pour qu’elles s’inspirent de ma liberté ».

Mary entend parler d’un vaccin contre la variole. Elle veut protéger son fils de ce fléau qui avait abîmé son beau visage et emporté son frère. En cachette de son mari, elle fait pratiquer l’injection à son fils.

Le 24 juin 1718 les Wortley embarquent pour le voyage de retour. Rentrée en Angleterre Mary continua à briller par son esprit et ses reparties piquantes. Voltaire exprimera toute son admiration pour ses qualités littéraires. Elle tint parole en popularisant le vaccin de la variole en Angleterre.

Sa vie bascula en 1736, à 47 ans : elle rencontra Francesco Algarotti un italien de Venise. Elle quitte l’Angleterre pour Venise et passe les dernières années de sa vie en Italie et dans le sud de la France sans revoir le bel italien. Elle meurt à l’âge de 73 ans d’un cancer

Ses lettres furent publiées sans l’autorisation de sa famille, le succès fut immédiat. « J’ai tout sacrifié pour conquérir mon indépendance aliénée par le despotisme de la coutume. J’ai rompu avec toutes les attaches du cœur. Malgré cela je n’ai point trouvé l’indépendance et à cause de cela même je ne crois pas qu’on puisse la rencontrer ».

C’était un esprit libre, une personnalité unique par son caractère sa culture et l’éclat de son esprit. A une époque où les femmes étaient prisonnières des conventions familiales et sociales elle a démontré qu’elles avaient le droit de vivre leur propre vie et ne pas être l’esclave de leurs maris.

                                                                                                          Suzon

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Katulu ? n°59

15 mars 2019

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres lues et partagées en janvier-février 2019.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu59). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

Dans une brève introduction, Françoise Héritier raconte qu’après la publication de sa « fantaisie » autobiographique appelée Le sel de la vie, elle désira utiliser les documents et notes inemployés, simples pensées jetées sur le papier tout au long de son existence.

De bric et de broc est pour cette raison le titre de la première partie. Elle est écrite presque sans point ni majuscule ; les idées coulent et découlent sur une cinquantaine de pages d’émotions anciennes et contenues dans forme récitante… mais subtilement organisées.

L’écrivaine Françoise Héritier (photo © Leemage)

Façonnage est le titre de la seconde partie faite de souvenirs. Depuis « Ce jourd’hui, ce lundi de Pâques 2017 », où elle est si triste de se sentir décliner, consciente qu’elle ne sait rien, « à peine savoir vivre », elle remonte vers son enfance, sa famille affligée par la guerre, ses lectures, l’adolescence confinée des filles de son époque, ses études, sa rencontre magique avec Lévy-Strauss.

En 1983, on lui diagnostique une polychondrite atrophiante évolutive, maladie rare auto-immune, qu’elle traitera avec persévérance. Mais dans ce dernier ouvrage, elle constate « La nature s’affaiblirait-elle au même rythme que nous ou la devancerions-nous sur le chemin d’une perte où elle nous accompagnerait obligeamment en nous donnant le change… Qu’est-ce que savoir, qu’est-ce que vieillir ? »

Alors elle se tourne vers l’humour et la légèreté des amitiés « sans arrière-pensées, sans chausse-trappes, sans ambiguïté, simplement parce que c’est nous… » dit-elle citant Montaigne.

Un livre bref, un livre fort, un livre tendre.

                                                                                                          Roselyne

 

Le dynamiteur

Henning Mankell

Ce roman, paru en 1973 a été traduit du suédois par René Cassaigne en septembre 2018 et publié aux éditions du Seuil.

En 1911, dans les vastes espaces, au pied d’une colline de schiste, une équipe de dynamiteurs arasent les reliefs pour aménager une voie ferrée. C’est une fin de journée.  L’explosion. Oskar Johanson, un grand gaillard de vingt-trois ans, blond aux yeux bleus, retombe inconscient et scalpé, une main arrachée. Dès son rétablissement, il est réembauché par l’entreprise. Il se débrouille bien dans la vie et au bout de quatre ou cinq ans, grâce à l’amour de sa femme, n’a « pas le sentiment d’avoir été handicapé ».

L’auteur suédois, Henning Mankell (photo © archives Reuters)

En 1962, sur une petite île, dans un vieux sauna en bois ayant appartenu à l’armée, le narrateur décrit l’installation précaire dans laquelle son vieil ami Oskar Johanson aime passer les mois d’été. Veuf, retraité, loin de ses deux enfants qui ont fait des études et travaillent dans des villes différentes, il est plutôt taiseux, mais il lui arrive de lâcher des bribes sur sa vie passée de travailleur, de syndicaliste, d’amoureux de sa femme Elvira rencontrée dans un cortège de manifestation car tous deux croient en la révolution.

Récit haché et fractionné lorsque le dynamiteur se rappelle les joies et les peines de la vie ouvrière, sur les cinquante premières années du vingtième siècle. Chapitre très court ou chapitre long, alinéas ou intervalles blancs, longs comme des silences. Mankell ajoute la typographie pour sensibiliser le lecteur à l’histoire du prolétariat suédois, « cette tentative de construction d’une société décente en une entreprise de casse sociale… Aujourd’hui, à l’extérieur des villes suédoises, il y a des ghettos…»

Et voici les derniers mots du livre : « Oskar est mort. Reste l’avenir. Exactement comme il disait ».

                                                                                                          Roselyne

 

Le problème Spinoza

Irvin David Yalom

Le problème Spinoza est un roman historique où l’auteur met en parallèle la vie de deux hommes : le philosophe Bento ou Baruch Spinoza qui a vécu au 17ème siècle entre 1656 à 1670 et Albert Rosenberg (1910-1946), l’idéologue du parti nazi en Allemagne. Irvin Yalom reconnaît avoir pris quelques libertés avec l’Histoire en inventant des interlocuteurs recueillant les états d’âme de Spinoza et Rosenberg. Cela permet une approche très facile du cheminement de Spinoza, dont le livre l’Éthique détaillant sa pensée philosophique est inabordable pour les non-initiés.

L’écrivain américain Irvin David Yalom (source © Babelio)

Spinoza est issu d’une famille juive portugaise ayant fui l’Inquisition pour s’installer en Hollande. Il fut excommunié, mis au ban de la communauté juive. Les thèses auxquelles il croit et avec lesquelles il va tenter de vivre en harmonie le reste de sa vie : Dieu c’est la nature, tout est Dieu. Il n’a pas besoin des hommes. Toutes les religions sont des fabrications de l’homme pour maintenir les communautés sous le pouvoir de ceux qui les dirigent. Dans ce livre, la philosophie de Spinoza ne fait pas l’objet d’une analyse exhaustive, mais les principes fondateurs, et le contexte social au sein duquel ils ont vu le jour sont clairement exposés.

En parallèle, Albert Rosenberg, qui fut à l’origine de l’idéologie nazie prônant la supériorité de la race aryenne et l’antisémitisme, se trouve confronté d’une façon obsédante à la pensée que Goethe, qu’il vénère, puisse admirer ce philosophe, ce juif.

Le contraste est frappant entre celui qui sacrifie sa vie personnelle et se démarque de sa communauté afin de privilégier sa liberté de penser et est heureux de son choix et l’autre, véritable éminence grise du nazisme, Rosenberg, qui n’aura de cesse de se construire et d’évoluer au sein de l’appareil d’État, quémandant douloureusement la caresse servile d’un Führer qui l’utilise plus qu’il ne l’apprécie.

Deux portraits forts et complexes, tout aussi passionnants l’un que l’autre.

Ce roman permet d’aborder des questions philosophiques et religieuses sans difficulté. Il retrace aussi la manière dont les thèses du nazisme se sont diffusées et comment Hitler est arrivé au pouvoir et s’est servi de Rosenberg.

                                                                                                          Cécile

 

Carré 35

Documentaire d’Éric Caravaca du 01.11.2017

Les premières images : des images anciennes, un portail, une fenêtre ouverte. Éric interroge les membres de sa famille, lui est hors champ. Sa mère décrit sa fille : « Christine avait la peau très claire, elle avait beaucoup de papa ; elle a parlé vers 4 ans ; elle n’a pas pleuré à la naissance : maladie bleue. Le fils souligne : aucune photo d’elle « je n’en ai pas voulu sauf une sur sa tombe. J’ai tout brûlé même les films. Je naime pas aller en arrière. Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo ? pleurer »

Le réalisateur Eric Caravaca (source © Allociné)

Ce n’est qu’à l’adolescence qu’Éric et son frère entendent parler de leur sœur. Éric nous fait alors partager ses doutes. Ce deuil inconsolable relève de quelque chose de plus complexe et il cherche la vérité : il découvre que sa sœur est décédée à l’âge de 3 ans et que sa mère n’était pas présente lors de sa mort.

Alors qu’il pose les bonnes questions à sa mère qui ne peut pas dire la vérité mais uniquement sa vérité « elle se raconte une histoire elle se réinvente ». Et pourtant elle affirme « vous, on ne vous a rien caché on ne vous a jamais menti même si ça coûte ».

Carré 35 est un film au propos universel qui interroge sur l’intemporalité de l’image en réhabilitant l’existence d’une enfant morte à 3 ans, puis morte de l’absence d’images et de souvenirs. C’est aussi une rencontre entre une mère et son fils. Infiniment pudique et d’une grande délicatesse, le cinéaste ne juge pas, prenant garde de ne jamais heurter, afin de faire revivre un passé. Comme souvent dans les histoires de famille on tire un fil et on se retrouve avec la véritable bobine.

                                                                                                          Suzon

 

Fausse Note

Pièce de théâtre sur un texte de Didier Caron

Comment vivre confortablement avec son passé ? Faut-il l’effacer ou l’assumer ?

Nous sommes au Philharmonique de Genève, dans la loge d’un chef d’orchestre de renommée internationale, HP Miller (Tom Novembre) à la fin du concert. Alors qu’il s’apprête à rejoindre sa femme pour souper, il est importuné par un spectateur envahissant, Léon Dinkel (Christophe Malavoy) qui semble être un grand admirateur. D’agaçant, cet intrus devient peu à peu inquiétant, dévoilant des informations sur la vie privée de Miller, sa femme Anna, sa famille, ses parents et son passé, jusqu’à révéler la véritable raison de sa visite : « il cherche des réponses car les deux hommes ont un passé commun ».

L’auteur Didier Caron (source © Théâtres parisiens associés)

Les phrases de Dinkel sont des couperets. Des éléments matériels viennent étayer ses mots, des vêtements, des lettres… C’est toute une entreprise de démolition de la vie de Miller qu’il a élaboré depuis des années. Dinkel ne savoure pas sa victoire ; il regarde cet homme qu’il a traqué pendant des années ; on le sent désabusé. Quand on a attendu longtemps sa vengeance ne mettons-nous pas un peu d’amertume à réaliser ce qui nous a tenu debout après un drame, les années étant passées ?

Est-ce que l’aboutissement est une rédemption ? « la vengeance assouvit elle la douleur du passé » ?

                                                                                                          Suzon

 

Un personnage de roman

Philippe Besson

Emmanuel Macron et Philippe Besson étaient amis assez proches et ce roman donne un portrait intime, proche mais avec certaine réserve !

C’est le 30 août 2016 quand E. Macron annonce sa démission de son poste de Ministre de l’Économie que P. Besson décide de le suivre de près et d’écrire l’histoire de cet homme qui a voulu prendre son destin en main.

L’auteur Philippe Besson (photo © Joël Saget / AFP)

Il se veut objectif mais présente son roman comme l’œuvre d’un écrivain, pas d’un journaliste. Il dit qu’il était en empathie avec son personnage, mais ça ne l’empêchait pas d’être franc et lucide vis à vis de lui !

Pourquoi ce titre « Personnage de Roman » ? Pour l’auteur, E. Macron est un personnage de roman, presque un héros, qui a su diriger sa vie, s’inventer un destin. Il s’apparente aux héros stendhaliens ou balzaciens : Julien Sorel (amoureux lui aussi d’une femme plus âgée) ou Rastignac, qui rêvait de conquérir Paris, la finance et les affaires ! Bien qu’Emmanuel Macron dise : « si j’aimais tant que çà les puissances de l’argent je serais resté dans cet univers. Mais je n’aime pas le cynisme qui s’en dégage ».

En juin après son installation à l’Élysée, P. Besson demande à Macron « Au fait, Emmanuel, pas de regret de ne pas être devenu écrivain ? ». Sa réponse fuse : « La vie n’est pas finie »…

On a reproché à ce roman de manquer de panache. On ne sent pas le bouillonnement intérieur de celui qui allait à la conquête du pouvoir ! Mais P. Besson défend son livre : « Il n’était rien, c’était un banquier, puis un ministre et là il s’engouffre dans le grand vent de l’histoire. C’est ce qui était intéressant pour le romancier que je suis d’essayer de comprendre cette trajectoire ».

                                                                                               Josette J.

 

Un tournant de la vie

Christine Angot

Ce roman commence ainsi : « Je traversais la rue… Vincent passait sur le trottoir d’en face. Je me suis arrêtée au milieu du carrefour. J’étais là, figée. Je regardais son dos qui s’éloignait. Torse large, hanches étroites ». Et il se termine ainsi : «Tout à coup, j’ai vu Vincent qui passait lentement… Je retenais mon souffle. Je ne bougeais pas. Je le suivais des yeux… Ma respiration a pris un rythme naturel. J’ai regardé son dos qui s’éloignait jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin de la rue. Et j’ai constaté que mon cœur ne battait plus. »

Christine Angot (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Et le lecteur/trice constate que Christine Angot raconte à la première personne du singulier l’histoire d’un amour rompu depuis neuf ans, qui se réanime vaguement au gré de ses humeurs, créant pour son compagnon du moment, un fin mulâtre prénommé Alex, un trouble d’autant plus douloureux qu’il est ami et fut compagnon de travail de Vincent.

Alex tombe gravement malade.

Retour d’âme de la narratrice qui constate… ce que je viens de citer plus haut. Et cela ne lui fait plus rien.

A moi non plus d’ailleurs !

                                                                                   Roselyne

Katulu ? n° 57

27 décembre 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles œuvres découvertes et partagées entre juin et octobre 2018, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour.

Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu57). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

La carte et le territoire

Michel Houellebecq

Ce roman retrace une grande partie de la vie d’un artiste, Jed Martin, né dans une famille aisée mais où les relations humaines sont relativement réduites. Le roman se structure en 3 parties. Dans un premier temps il photographie des objets, cela sera pour lui un gagne-pain sans avoir le sentiment d’être un artiste, tout en vivant de son art. Il flashe sur une carte routière et se met à réaliser des centaines de photos couleur des cartes Michelin. Ceci va lui donner l’aisance de vie qu’il n’avait pas vraiment cherché… l’occasion de rencontrer Olga et d’une longue histoire d’amour… Mais il la laissera partir et les ponts seront rompus, sans discussion.

L’impression est étrange. Il est seul désormais, en fait il semble complètement handicapé par la relation humaine. Il n’a jamais eu vraiment d’amis. Il ne connaît que son père et encore très mal. C’est alors qu’il va, après avoir détruit toutes ses photos, se lancer avec beaucoup de frénésie dans la peinture de portraits de personnages : série des métiers simples puis série de « composition d’entreprises ». Il va ainsi passer presque 9 ans à accumuler plus de 60 tableaux.

L’écrivain Michel Houellebecq, le 5 octobre 2008 à Paris (photo © Olivier Laban-Mattei / AFP / Libération)

La deuxième partie du livre est le récit de l’exposition de ses tableaux et de sa rencontre avec Michel Houellebecq qui s’est retiré à ce moment-là en Irlande et qui est dans une phase dépressive. L’écrivain fait le catalogue de son exposition. L’exposition est un succès, tous les tableaux se vendent en particulier à des collectionneurs étrangers, à des prix exorbitants… Il va à nouveau rencontrer Olga… il a laissé passer l’occasion… toujours son incapacité de relations humaines dont il semble prisonnier pour la vie.

La troisième partie est consacrée à la recherche de l’assassin de Houellebecq et la fin de vie de l’artiste. Un assassinat abject. La police et tous les services spécialisés vont travailler sur ce crime et finir par l’élucider plus de 5 ans plus tard. A la tête d’une fortune colossale, Jed achète tous les terrains autour de la maison de ses grands-parents où il s’installe. Il va clore sa propriété pour que personne ne puisse y entrer. Il fait des photos, des vidéos, qu’il va retraiter informatiquement afin d’obtenir « ces trames végétales mouvantes, à la souplesse carnassière, paisibles et impitoyables en même temps…pour représenter le point de vue végétal du monde ». La nature reprend toujours le dessus des activités humaines dès que celles-ci cessent.

Ce livre est vraiment passionnant. Il décrit la vie d’un artiste très seul, créatif, mais enfermé dans son art, sans qu’on ait le sentiment qu’il en souffre vraiment. C’est aussi le cas de Houellebecq qui semble dans ce livre particulièrement dépressif en Irlande et très seul dans la campagne où il est assassiné. Il y a beaucoup de descriptions de situations, de l’état d’esprit des personnages, des paysages, des retours en arrière. Un style très vivant. Un très bon moment.

                                                                                                          Cécile

 

LE CAS EDUARD EINSTEIN

Laurent Seksik.

Ce livre est, sous une forme romancée, la biographie documentée du fils cadet d’Albert Einstein et de sa première épouse Mileva Maric. Mariés en 1903 ils eurent deux fils : Hans-Albert en 1904 et Eduard en 1910. Puis les époux se séparent : Mileva qui ne supporte pas Berlin vivra à Zurich tandis qu’Albert restera à Berlin pour son travail…. et d’autres tendres sentiments.

Très directement, l’auteur nous projette dans la vie d’Eduard Einstein, le fils cadet, à l’époque où commencent les crises psychiques qui vont perturber l’existence de ce garçon de vingt ans. Intelligent, il est en première année de médecine, et musicien, il a étudié avec les meilleurs maîtres. Albert est venu à Zurich proposer à son fils de partir avec lui aux États-Unis où il serait soigné. Eduard, qui ne lui pardonne pas sa séparation avec Mileva, lorsqu’il avait quatre ans, refuse. Il n’y aura plus le moindre contact entre le père et le fils.

Laurent Seksik (photo © David Ignaszewski / Koboy@Flammarion / Le Télégramme)

Plus tard, depuis Princeton Albert Einstein tente de faire venir ses fils, mais seul l’aîné, Hans-Albert, est autorisé par les services d’émigration à venir s’installer aux States. Pendant ce temps, en Suisse, Mileva consacre sa vie à soutenir son enfant handicapé et diagnostiqué schizophrène. Hospitalisé à Zurich dans une grande clinique psychiatrique, le Burghözli. Eduard n’a plus que sa mère pour tout référent. Il vivra jusqu’en 1965, relativement apaisé.

C’est alors que le monde se pose des questions au sujet du psychisme de la famille Einstein. Et c’est l’enquête de Laurent Seksik : analyse du cerveau du théoricien de la relativité. Commentaires journalistiques sur la photo des 70 ans d’Einstein tirant la langue comme un gamin malicieux. Solitude du grand homme, éloigné du programme atomique en fin de carrière. Mobilisation pour les grandes causes communistes ou humanitaires. Passion pour la musique et les artistes. Foucades pour les femmes. Incapacité volontaire ou non à communiquer avec ses proches.

L’analyse des correspondances échangées avec la famille, les amis, les confrères d’Albert Einstein ouvre des perspectives infinies (grosse bibliographie en fin de volume). Aux lecteurs de réfléchir aux raisons du non-dit, du non-fait, voir du silence volontaire.

                                                                                                          Roselyne

 

La vraie vie

Adeline Dieudonné

L’histoire se passe dans une sinistre banlieue belge, une forêt et un cimetière de voitures, une voisine pour le moins originale, Monica, qui raconte des histoires de dragons… La maison, avec un jardin, trois biquettes, dans un lotissement « une cinquantaine de pavillons alignés comme des pierres tombales ». « Dans la maison il y a 4 chambres, la mienne, celle de mon frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres ».

Adeline Dieudonné (source © Le carnet et les instants)

Le père immense « boit autant qu’il chasse et qu’il bat sa femme ». La mère insignifiante mais obsédée par le jardinage et les chèvres « une amibe un ectoplasme rempli de crainte qui ne se défend pas ni se plaint elle souffre en silence. » Elle, 10 ans, qui aime son petit frère d’une tendresse de mère. Dans la chambre des cadavres, des animaux empaillés, les trophées du père chasseur, des cerfs, des antilopes, des zèbres, un lion et dans un coin la hyène et la défense d’éléphant qu’il est interdit de toucher.

Les enfants font du cimetière de voitures leur terrain de jeux et attendent tous les soirs la visite du marchand de glace. Lorsque celui-ci est tué accidentellement, Gilles commence à avoir un comportement étrange, il torture les animaux domestiques et se mure dans le silence. La petite fille est persuadée que la hyène est allée habiter chez son frère et qu’elle vit à l’intérieur de lui. Elle se met en tête d’inventer une machine à remonter le temps qui lui permettrait d’empêcher l’accident mortel du vieux marchand.

Au fil de l’histoire, les dernières pages m’ont laissée KO. Je me demande comment cette héroïne garde espoir face à tant de noirceur et j’ai aimé avoir accompagné cette jeune femme qui n’a jamais capitulé face à l’enfer.

                                                                                               Suzanne

 

Frappe-toi le cœur

Amélie Nothomb

Dans ce livre, « la Belge au chapeau » raconte la relation mère-fille, complexe voire toxique, entre Marie la mère, Diane, sa première fille, son second enfant, Nicolas et la troisième, une fille, Célia. Marie aime être le centre du monde, se grise d’attirer les regards et surtout de susciter la jalousie, de voir briller dans le regard des autres une pointe d’envie. Évidemment elle séduit le plus beau garçon de la ville, Olivier fils du pharmacien. Quand sa première fille naît, la jolie Diane, couronnée de toutes les qualités, Marie perd l’admiration de son entourage au profit du bébé. Le calvaire de Marie commence : sa fille lui vole la vedette (Quelle beauté un si beau bébé !). Elle rejettera sa fille qui s’en sortira en ne l’aimant pas. Elle élèvera correctement son fils Nicolas et bouffera littéralement la dernière Célia.

Diane avait 5 ans et « elle se transforma en une créature désenchantée ». Elle se jette à corps perdu dans les études. Elle se prend d’amitié pour une de ses maîtres de conférence mais sera déçue en s’apercevant que cette femme se sert d’elle. Elle retrouve chez cette femme les défauts de sa mère envers elle.

Ce roman nous plonge dans les chemins tortueux de l’âme humaine et surtout cette relation mère- fille si importante si difficile mais indispensable. Avoir une fille c’est parfois délicieusement pervers.

Pourquoi le titre ? « Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est une phrase d’Alfred de Musset qui m’a impressionnée. Quelle révélation ! c’est un organe qui n’a rien à voir avec les autres, je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée de l’âme ».

Je ne raconterai pas la fin de ce roman : c’est à vous de le découvrir.

                                                                                                                      Suzanne

 

CAPITAINE

Adrien BOSC

« Nous ne saurions connaître le goût de l’ananas par la relation des voyageurs » se rappelle Bosc en préambule. C’est pourquoi il rédige sous forme de roman la vaste documentation accumulée en souvenir des personnages historiques qui embarquent le 24 mars 1941, parmi les 250 migrants, sur le « Capitaine Paul-Lemerle » assurant la jonction entre Marseille et les Antilles,armé par la SGTMV pour évacuer l’énorme afflux de personnes en attente de passeports et visas afin de fuir la France à moitié conquise, avant l’invasion hitlérienne complète.

Adrien Bosc (photo © Eric Feferberg / AFP / Stock)

Tout au long de la traversée, une myriade d’anecdotes nous rendront plus familiers l’écrivain André Breton, le jeune savant Claude Lévi-Strauss, le révolutionnaire russe Victor Serge et son fils Vlady, la photographe Germaine Krull, jusqu’au jeune militant de la cause noir, Aimé Césaire, en Martinique, qui sous l’impulsion de sa rencontre avec ces passagers remarquables, se verra conforté dans la publication de sa première feuille de chou, « Tropiques ».

Le bateau arrive à Fort de France le premier mai 1941. Et après cette interminable traversée, les passagers sont mis sous contrôle policier et enfermés au Fort du Lazaret… La Martinique est déjà sous les ordres de Vichy ! Préfet, policiers et gendarmes obéissent à une France collabo ! Alors, selon leur destination finale, les transfuges attendent dans l’anxiété les bâtiments qui vont les emmener vers le Brésil, Porto-Rico, Haïti où New-York. Pays d’accueil différemment réceptifs.

L’auteur, envahi par son sujet, nous projette dans un microcosme à l’image d’une société en crise fuyant l’horreur et cherchant l’espoir… Il conclut en un vaste épilogue sur les fenêtres magiques de sa recherche « obsessionnelle ». En un style souple et prolifique, suivant un fil conducteur sur lequel s’entrelacent un écheveau d’historiettes, il veut la participation du lecteur… bien que Leibnitz ait affirmé que : « Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs ». C.Q.F.D.

                                                                                                           Roselyne

 

Les Salamandres

Michel Peyramaure

Auteur très prolifique, Michel Peyramaure, né en 1921, se consacre à l’histoire de France. Il est également l’auteur de nombreuses biographies de personnages historiques. Avec Claude Michelet et Denis Tillinac, il fonde dans les années 1980, l’École de Brive, mouvement d’écrivains de Corrèze, dans la tradition du roman populaire du XIXe siècle.

Pourquoi la salamandre ? « Ce grand lézard en apparence redoutable a été choisi comme emblème par le roi. Il a le pouvoir d’échapper aux flammes. Cela s’appelle une salamandre. Elle protège Sa Majesté des brasiers de la guerre et de l’amour mais sa peau sécrète un poison »

Michel Peyramaure en 2018 (photo © Sylvain Marchou / Brive Mag)

Ce roman historique se présente comme l’Histoire de la vie à la Cour de François 1er au XVIéme siècle à travers les récits faits par deux de ses favorites : la Comtesse Françoise de Chateaubriant et Anne de Pisseleu, Duchesse d’Étampe Ce livre m’a intéressée surtout pour sa valeur historique : la monarchie, l’esclavage que l’on découvre « indigènes ramenés au-delà de la mer océane par des marchands castillans qui les vendent comme esclaves. Ce spectacle me rappelait, en plus cruel, les exhibitions d’ours apprivoisés, sur les places de nos villages ».

François 1er était un roi poète, passionné par les arts, n’hésitant pas à écrire des petits poèmes pour sa favorite. C’était un roi bâtisseur. Sans négliger les affaires du royaume, il donnait libre cours à son goût pour l’architecture rapporté d’Italie, les constructions de Chambord qu’il appelait « son bouquet de pierre », son hommage à Léonard de Vinci, créateur de machines appelées, à l’entendre, à révolutionner l’industrie, le transport et les contingences de la vie quotidienne. « François 1er insuffle au pays un essor artistique extraordinaire… un commerce intense avec le nouveau monde » ! Ce fut La Renaissance française !

                                                                                                          Josette J.

KATULU ? : une séance au profit du Téléthon

7 décembre 2018

Le groupe de lecture « KATULU ? », composante du Cercle Progressiste Carnussien, a organisé dans le cadre de ses activités une séance publique, le 6 décembre 2018, consacrée à la présentation de romans sélectionnés par les lectrices au cours de l’année et les ayant marquées plus particulièrement d’où l’intitulé de cette séance : « Coups de cœur ».

En plus de l’intérêt littéraire de cette manifestation, le public a pu exprimer sa générosité au profit de l’AFM-Téléthon car cette séance était inscrite au programme des manifestations 2018, organisées par la ville de Carnoux-en-Provence.

Les lectrices de Katulu ? à la tribune (photo © CPC)

En préambule, l’animatrice du groupe, Marie-Antoinette, a présenté ses collègues qui ont ensuite lu avec talent et émotion des extraits sélectionnés, nous permettant de découvrir des portraits de personnages et des parcours de vie aussi divers qu’émouvants.

Les sept ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie « Le Préambule » de Cassis.

Un public très attentionné (photo © CPC)

Chamonix-Langtang : Pierre Pili

Le grand Marin : Catherine Poulain

Mandeley for ever : Tatiana de Rosnay

L’Abbé Pierre : Pierre Lunel

Une femme à Berlin : Marta Hillers

Alma : J.M.G Le Clézio

Paris est une fête : Ernest Hemingway

 

L’analyse détaillé des lectrices de Katulu ? pour chacun de ses ouvrages est accessible directement (Katulu_58)et permet à chacun d’en prendre connaissance : n’hésitez-pas à le consulter !

Un apéritif offert au public a permis de poursuivre les conversations dans une ambiance conviviale.

C. M.

Katulu ? se mobilise pour le Téléthon !

1 décembre 2018

Comme l’an dernier, le groupe de lecture Katulu ? se mobilise à l’occasion du Téléthon et invite chacun à venir participer à une séance publique d’échange autour de quelques livres « coup de coeur » lus ou relus par les membres de Katulu ?

Venez nombreux à cette séance qui se tiendra à Carnoux-en-Provence jeudi 6 décembre à partir de 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en haut de la rue Tony Garnier derrière le chantier de la mairie.

Katulu ? n°56

20 juillet 2018

La dernière réunion du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien, au cours du premier trimestre 2018, a été encore l’occasion de découvrir ou redécouvrir de nombreux livres coups de cœur ou déceptions, que nos lecteurs se font une joie de vous faire partager. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu_n°56), et  venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence, afin d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures !

 

Alabama Song

Gilles Leroy (Prix Goncourt 2007)

Le roman est écrit à la 1ère personne « Je suis Zelda Sayre, fille du juge ». L’auteur incarne donc son héroïne qui n’est autre que l’épouse de Scott Fitzgerald. Pourtant il ne s’agit pas d’une autobiographie, l’auteur dans une note revendique une fiction.

L’action se situe entre 1918 et 1943. A cause de l’époque déjà lointaine, dès les premières pages du livre se dégage une sorte d’air suranné et de photographie sépia qui s’impose à nous, avec cependant et paradoxalement à la suite des dates toujours ponctuées, dans un ordre sans cesse bousculé avec des allers et retour, une impression forte de présence, de vérité et de réalisme et aussi d’actualité.

Ces pages relatent la vie de Zelda. Ses confessions sont parcourues des frissons de l’enfance, d’une jeunesse insolente remuante et à travers ces fulgurances du passé une tentative désespérée de décrypter, d’analyser, de comprendre son propre mystère au fil du temps. Zelda est une héroïne touchante, tragique. Jeune fille brillante, désirée par les hommes, elle épouse finalement Scott Fitzgerald. Il représente, malgré lui l’Amérique du Nord, symbole de ce nouveau monde où l’argent et la réussite priment avant tout. Elle, elle est liée au Sud, à la morale puritaine et aux traditions esclavagistes.

Gilles Leroy (photo DR)

Zelda dénonce combien l’avenir est toujours réservé à l’homme. Écrire est une affaire d’homme, le rôle de chef de famille rarement accordé spontanément à la femme. La vérité ne peut que venir de l’homme. La société a choisi la version de Scott plutôt que celle de Zelda. Ce livre pourrait être ainsi un procès à l’injustice faite aux femmes.

Ce roman est touchant par sa musique nostalgique sur les problèmes du couple portés jusqu’à l’extrême désagrégation, une vision de la société avec l’ombre de la guerre toujours latente : violente injuste raciste machiste sexiste. Nous restons le produit de nos racines natales dont on ne peut se libérer totalement. Nous demeurons tous prisonniers d’un destin que nous ne maîtrisons pas totalement.

Je vous laisse rêver avec Alabama Song et choisir ce qui vous touche le plus : les fractures et mystères du couple, les fractures sociales, l’Amérique du Nord et celle du Sud, ses démons conservateurs, racistes, esclavagistes, les conflits toujours latents qui nous guettent, guerres et intolérances en tout genre, ou encore l’injustice faite aux femmes pouvant aller jusqu’au pillage de leurs œuvres et à leur enfermement (on peut se souvenir de Camille Claudel !).

                                                                                   Nicole

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

« Au gré des jours » succède au « Sel de la Vie », une fantaisie  qui déjà évoquait les petits plaisirs qui jalonnent l’existence ! Ce livre est sa dernière œuvre !

« Prenez place s’il vous plaît »

Cette première partie est assez édifiante par sa forme, avec son style très particulier, très rapide, sans point final, des phrases à rallonge, des évocations diverses ; elle saute du coq à l’âne suivant où l’entraîne sa mémoire, avec des virgules pour séparer les évocations très différentes l’une de l’autre ! Des descriptions sans lien entre elles s’étalent sur plusieurs pages ; elle cite des acteurs, des chanteurs, des animaux de compagnie ou non, une information saisie à la télé ! Souvenirs d’enfance ou d’adulte.

Toutes ces évocations foisonnantes, poétiques énoncées sur un rythme échevelé, qui ne permet pas de reprendre sa respiration, traduisent chez Françoise Héritier une prodigieuse culture, cette femme anthropologue, ethnologue qui a remplacé Claude Lévy Strauss au Collège de France, en tant que Professeur. On reconnaît la féministe : elle relate la réflexion de Lévi-Strauss : « Vous avez un esprit d’homme ». Un compliment certes, mais la féministe en elle s’irrite !

« Qu’est-ce savoir, qu’est-ce vieillir ? »

Françoise Héritier, en octobre 2013 (photo © DRFP / Leemage / AFP)

Le rythme de l’écriture change, on n’est plus dans le même registre : on est davantage dans l’autobiographie : « que sais-je ? J’ai conscience que je ne sais rien, à peine savoir vivre » Elle raconte sa vie, poétiquement, de façon réaliste et modeste, ainsi quand elle parle de « peur glaçante devant l’immensité de son ignorance et des champs de savoir où il ne s’est jamais aventuré ».

Évocation douloureuse de la dernière guerre mondiale : « l’exode de 1940, l’écoute mystérieuse de Radio Londres », ses études, ses 1eres règles arrivées sans aucun mot d’explication ! « les femmes de mon âge comprendront ! » Absence d’information sur la sexualité, la procréation, l’accouchement, la mort !

On ressent l’ethnologue par ses analyses d’elle en tant qu’individu qui se construit à travers l’histoire. En 1953 – 1956 elle fit la connaissance de Claude Lévi-Strauss : « ce fut pour moi dit-elle une révolution cognitive de découvrir à la fois la diversité culturelle et l’universalité des processus mentaux interprétatifs ».

Je retiens d’elle une grande intelligence, une curiosité insatiable, la défense des femmes, de la simplicité, de l’humour, le goût de l’amitié et de l’authenticité. « Fermez doucement la porte derrière vous » sont les derniers mots de ce livre !

                                                                                               Josette J.

 

Colette et les siennes

Dominique Bona

Ce livre est-il un roman ? Déjà, ce n’est pas une fiction ! Les héroïnes ont existé. Et l’époque historique qui s’étire de1914 à1954 est particulièrement bien documentée. Les faits relatés sont tirés du réel, de témoignages épistolaires, de correspondances entre les protagonistes, de références littéraires, d’articles de journaux, d’ouvrages historiques : ainsi s’agit-il d’un ouvrage sérieux, fondé sur une documentation fournie.

Il s’agit bien d’une chronique passionnante sur une époque que l’on pourrait croire très éloignée de la nôtre et dont pourtant la reconstitution nous confond. Le récit est vivant, alerte. Il y souffle un air de liberté, de sensualité, de générosité qui nous rappelle, s’il le fallait, que notre temps, notre Mai 68 n’a rien inventé ! Ces femmes sont étonnantes de modernité, de passions, d’absolu.

Dominique Bona (photo © DR)

L’auteur nous plonge avec finesse dans le parallélisme de leurs créations artistiques, de leur intimité et de leurs expériences vécues. Et il faut bien en convenir, le réel dépasse bien souvent la fiction. Leurs expériences vécues illustrent et nourrissent amplement leurs œuvres. Étrangement, leurs modèles sont des miroirs tendus en résonance exacte avec l’actualité.

Ce récit est une ode à l’audace malgré les épreuves, un hommage à toutes les femmes, une déclaration féministe où les hommes sont aimés même inconstants. Dominique Bona, à travers ce récit, parle de la singularité d’une époque tout en démontrant son universalité. L’humanité est face à ses contradictions, ses paradoxes, ses échecs, ses défis, ses combats.

Ce livre est un vibrant hommage à la femme et à l’humanité et nous apprend combien le « je » est aussi un « nous ».

Nicole

 

La vie en sourdine

David Lodge

David Lodge est un auteur qu’on n’oublie plus dès qu’on l’a rencontré. Le catholicisme sera l’un des sujets amplement abordés dans ses romans, avec la vieillesse, le sexe, la vie universitaire. Précisons toutefois que, dans sa vieillesse, Lodge se définissait lui-même comme « catholique agnostique » !

Le roman dont je vous parle s’intitule en anglais « Deaf sentence » jeu de mots habile entre deaf (sourd) et death (mort) ces deux mots se prononçant presque de la même façon. En français, le traducteur, assez génial je trouve, a titré « la vie en sourdine ». L’œuvre a été publiée en 2008.

David Lodge en 2015 (photo © Roberto Ricciuti / Getty images)

L’histoire est celle d’un vieux monsieur, professeur à la retraite, qui devient de plus en plus sourd. Cette surdité qui est presque une « sentence de mort » l’isole de ses proches, lui fait commettre des bévues, l’entraîne, à son corps défendant dans une aventure avec une étudiante qui n’a pas froid aux yeux, jusqu’au moment où sa femme, ils sont mariés depuis 40 ans, lui annonce tout à trac, qu’elle le quitte !

Cet effondrement de sa vie privée va le faire revenir sur son adolescence où il avait eu un béguin pour une jeune catholique (encore !) qu’il a ensuite perdue de vue et même oubliée. Une quête pour retrouver son amour d’enfance le mènera sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, et tout se terminera sur une conclusion coquine où les protagonistes laisseront de côté leur catholicisme gênant pour jouir de ce qui leur reste de vie !

                                                                                                                      Annie

 

Falaise des fous

Patrick Grainville

J’ai été attiré par ce roman suite à un article de journal où Dominique Bona présentait cette œuvre comme « une puissante bouffée d’oxygène. Etretat, la mer déchaînée, les rafales de vent sur les falaises, je me suis demandée si j’allais résister à ces descriptions baroques qui sont la signature de l’écrivain ».

C’est une fresque historique, artistique, prodigieuse. Le talent de Grainville est incontestable. Effectivement, ça décoiffe ! Et quel manque de réalisme ! C’est vrai j’ai eu du mal à la lecture de ce livre à cause du style ampoulé justement… mais cette écriture flamboyante a été aussi pour moi un régal car Granville écrit superbement bien. Des descriptions magnifiques à propos de tableaux célèbres.

L’histoire est celle d’un homme vivant en Normandie, à Etretat, dans les années 1868 à 1930 environ. En 1868, tous les jours il rencontre Monet, souvent en train de peindre et qu’il admire profondément. Grâce à lui, il va pénétrer dans le monde flamboyant de l’Impressionnisme.

Patrick Grainville (photo © Hermance Triay)

Ce roman est irréaliste par ce côté absolument incroyable des rencontres surprenantes tous les jours au coin de la rue, ou au bord de la falaise, de Monet, de Courbet qu’il met en parallèle très souvent : lui aussi peint la falaise.

Outre la peinture représentant l’essentiel des thèmes, on parle littérature également avec Victor Hugo, Marcel Proust, Maupassant, Flaubert. L’évocation de l’Affaire Dreyfus parcourt le livre et nous fait découvrir cette injustice préfigurant les sévices faits aux juifs au XXème siècle.

Ce livre est une fresque sociale qui déploie tous les mouvements de la société, toutes les formidables évolutions scientifiques, technologiques de ce siècle ! « C’est un peu Labiche au Musée d’Orsay mais c’est surtout du Grainville agité, énergique, plein d’élan, de ciel bleu et de petits nuages blancs. Il prend la vie à pleines pages et la rend plus rose, plus ronde, plus appétissante. Succulent ».

                                                                                                          Josette J.

 

Fugitive parce que reine

Violaine HUISMAN

Ce roman, paru chez Gallimard en 2018, présente une structure très classique en trois parties : introduction, développement et conclusion, mais dans une langue très moderne et rapide, avec un vocabulaire riche et parfaitement adapté à cette terrible narration partiellement ou peut-être entièrement autobiographique.

I -« Le jour de la chute du mur de Berlin »… jour remarquable pour une petite fille de six ans, car ce même jour, sa mère « avait sombré dans une dépression si cataclysmique qu’elle avait dû être internée de longs mois de force… ». Violaine et sa sœur aînée Elsa vont apprendre à vivre avec une personne bi-polaire, leur mère chérie, qu’elles adorent malgré ses sautes d’humeur. Adulte, elle se souvient et dissèque ses souvenirs.

Violaine Huisman en 2017 (photo © Beowulf Sheehan)

II- C’est la recherche de Violaine sur les origines de sa mère. Pour diverses raisons elle changera plusieurs fois de nom jusqu’à sa fuite loin de son milieu de naissance. Sa mère lui a fait faire des études de danse malgré une légère boiterie et les premières atteintes de son mal psychique. Elle débute donc une carrière, éblouit un jeune bourgeois marseillais, l’épouse, en divorce pour épouser un très riche vieil aristocrate parisien qui sera le père de ses deux filles, Elsa et Violaine… Elle aime ses filles de façon extravagante, alternant passion pour les hommes, passion pour une femme et séjour en clinique pour dépression.

III- Ses filles ont réussi leurs études et sont bien établies dans la vie. Leur mère part vivre au Sénégal, elle y rencontre un noir musulman plus jeune. Elle l’épouse selon la coutume africaine… Elle change de nom pour la septième fois ! La dépression guette toujours ! Plus de contrainte ; Catherine peut quitter ce monde et se suicide discrètement dans l’appartement parisien qu’elle a conservé.

Ses obsèques, voulus par ses filles à la hauteur de leur amour filial, sont l’apogée de ce roman.

                                                                                                          Roselyne

 

Que serais-je sans toi ?

Guillaume Musso

Il y a deux auteurs français qui m’intriguent depuis un certain temps, Marc Levy et Guillaume Musso. Je les considère comme les « Delly du 21° siècle ». Je me suis donc décidée à lire un roman de Musso, par hasard, je suis tombée sur « Que serais-je sans toi ? », paru en 2009.

C’est une histoire qui mêle amour, problèmes de santé, séparations, retrouvailles, œuvres d’art, déceptions amoureuses, voyages, qui s’étale sur 15 ans, 20 ans, où des personnages que l’on croyait morts réapparaissent… Plus on s’approche de la fin plus l’histoire se complique, mais rassurez-vous tout, se terminera bien !

Guillaume Musso (photo © Emanuele Scorcelletti)

Quelque part c’est aussi un « road movie », qui démarre à Paris mais se terminera à San Francisco, avec de longs descriptifs du pont, des rues en pente, de la baie avec la prison d’Alcatraz ça a un petit côté publicité agence de voyage…

Qu’est ce qui a pu attirer ces millions de lecteurs vers cette histoire bien tarabiscotée, il faut l’avouer ! C’est pour le savoir que j’ai voulu connaître cet auteur ! D’abord il est manichéen : les bons sont vraiment bons, les méchants, vraiment noirs ! Les filles sont belles, longilignes, cheveux au vent. Les scènes d’amour sont décrites mais sans pornographie, c’est gentillet, quoi !

Pour les gens qui n’ont pas l’occasion de voyager ça dépayse. Ils ont l’impression de connaître San Francisco que Musso leur fait visiter en les tenant par la main… Il y a de l’espoir même quand tout paraît perdu. Les rapports de famille sont mis en avant, rapports, mère-fille, père-fille dans ce roman ci.

J’ai écrit « c’est gentillet » eh bien je crois que c’est vraiment le mot : Guillaume Musso est un auteur gentillet, d’ailleurs je trouve qu’il a un air bien gentil sur les photos de presse.

Pour moi un seul Musso ça va me suffire, mais ça vaut le coup d’essayer et puis ça remonte le moral !

                                                                                                          Annie

 

Le retour du M’Zungu

Janine et Jean-Claude Fourrier

Il s’agit dans ce roman d’un retour du couple, pendant quelques mois à Mayotte, 20 ans après un premier séjour. Il s’agit avant tout de mesurer ce qu’a déclenché la départementalisation de Mayotte une toute petite île des Comores vendue à la France par le sultan malgache Andiantsouli contre une rente viagère personnelle de 1000 piastres en 1841. En mai 1958, l’Assemblée territoriale des Comores vote le transfert de la capitale Dzaoudzi vers Moroni dans la grande Comore ce qui provoque un grand mécontentement des Mahorais. A partir de là va commencer un grand mouvement pour la départementalisation jusqu’au référendum de 2009 où le oui l’emporte à 95,24 %. Le 31 mars 2011 Mayotte devient officiellement le 101ème département français. Recensement en 2012 : 212 645 habitants hors migrants clandestins estimés à plus du quart de la population.

Janine et Jean-Claude Fourrier (photo © DR)

Ce que les auteurs détaillent bien dans leur livre, c’est la différence énorme qu’ils ont vu entre un pays où il faisait bon vivre et une situation aujourd’hui en ébullition. Certaines informations donnent plus de 40 % d’étrangers en particulier venant de l’île toute proche Anjouan, d’où viennent de toutes petites embarcations pas du tout sécurisées. Les femmes comoriennes viennent accoucher à Mayotte et repartent parfois en laissant leur bébé qui a donc la nationalité française…

Le livre pose la question de la départementalisation d’un territoire très envié par ses voisins et lui-même très frustré de ne pas avoir le niveau de vie, la sécurité, ce qui avait été promis et qui semble difficile à assumer par la France. Les auteurs insistent sur le sentiment d’insécurité qui règne maintenant dans l’île et la dégradation des infrastructures.

Leur livre écrit l’an dernier est précurseur de ce qui vient de se passer avec la grève générale qui a duré plusieurs semaines pour demander de l’aide financière pour le développement de l’île et pour la sécurité.

Ce livre est plaisant à lire, mais on ne parlera pas d’une œuvre littéraire. On n’en retiendra essentiellement l’analyse d’un territoire d’outre-mer où la France a des obligations mais n’a-t-on pas passé le temps de la colonisation ou de l’aide privilégiée pour conserver une main mise dans l’Océan Indien ? Quel est pour la France l’intérêt de la départementalisation d’une petite île qui croule aujourd’hui sous l’afflux de l’immigration clandestine ?

                                                                                                                      Cécile

 

Ma reine

Jean-Baptiste ANDREA

Un roman facile à lire, avec un style simple qui suscite des images familières à tous ceux qui aiment la Haute Provence.

Un garçon de douze ans, un peu attardé, n’est plus désiré à l’école du village et se sent inutile auprès de son père garagiste, même s’il sait servir l’essence, vêtu d’un beau blouson jaune marqué « Shell ». Il décide de partir à la guerre afin de prouver qu’il est devenu un homme et un jour prend le départ en montant derrière chez lui jusqu’au plateau dominant la vallée de l’Asse.

Jean-Baptiste Andrea (photo © DR)

Un abri dans une borie en ruine, quelques baies, l’eau d’un abreuvoir à mouton, c’est peu pour les premiers jours ! Heureusement une fille à peu près de son âge passe par là et lui révèle qu’elle est une reine venue d’un château voisin. Elle sera sa reine s’il lui jure obéissance. Elle s’appelle Viviane et elle l’appelle « Shell ». Ils se fabriquent des codes. Elle lui apporte de la nourriture ; elle l’aide à se dissimuler des gendarmes investigateurs du lieu, car on le recherche ; elle l’entraîne dans la découverte du plateau ; puis un jour, elle disparaît.

Le berger Matti, appelé « Silenci » parce qu’au village on le croit muet, le secourt en secret. ll le loge, le nourrit et l’embauche pour garder les moutons en compagnie du gros labri blanc. Tout va bien ! Mais un jour, « Shell » découvre la petite maison des parents de Viviane. Viviane n’est pas une reine ! Elle lui a menti ! Il lui fait honte. Elle le récupère ! Alors, ils rentrent tous deux « dans le noir paradis des amours enfantines « , rêvant de partir jusqu’à la mer libératrice dont le chemin passe tout près d’un rocher appelé « Pénitent ».

Réalité ou rêve ? Il est enfin un homme… mais à quel prix. Féerie ou drame mélancolique sur deux enfants dans le mal-être. C’est joli et rugueux comme la Haute-Provence.

                                                                                                          Roselyne

 

Mélancolie de la Résistance

Lazlo Krasznahorkai

Par son atmosphère slave et la force de sa description, ce livre rappelle Gogol et Boukgakov. Il serait à classer dans le genre Thriller. Son sujet nous plonge dans le décor crépusculaire d’une ville au bord de l’apocalypse. Un danger étrange la menace, symbolisé par l’exposition d’une baleine au nom étrange de Blaahval.

Art de la description

L’auteur laisse une large place au décor, personnage à part entière. L’atmosphère qui se dégage est celle dont un des protagoniste, M. Eszter dira « Nous vivons un enfer sans issue et entre un avenir perfide et un passé révolu ». La ville est en effet en décomposition : ordures, rats, chats prolifèrent. La misère slave dégouline à travers la crasse, la misère, le froid. Coup de griffe subliminale de l’auteur aux régimes autoritaires, il dénonce le manque de confort (pas d’électricité), une ville sans distraction mais avec le bruit des bottes en embuscade.

László Krasznahorkai (photo © Nina Subin)

Art des portraits

Les personnages sont le miroir de la désagrégation d’un monde. Ils expriment chacun à leur façon une idée de finitude et de malheur.  Ces personnages font la part belle à des dialogues intérieurs qui donnent au lecteur une impression de proximité, de vérité, de réalisme. L’homme nous est décrit selon une illusion toujours démesurée et une détresse toujours injustifiée. Il manifeste le besoin de fuir et ressent le bonheur du renoncement comme ultime sauvetage.

Art de la composition

Beaucoup d’analogie avec la musique. Le récit suit un développement, un élargissement, un crescendo qui accompagne la désagrégation d’un monde, sa finitude, son délabrement. La tension, l’angoisse nous étreignent tandis que s’insinue l’étrange, l’irrationnel et l’irréductible destin en marche avec son cortège de massacres, de sang, de morts.

Ce livre nous plonge dans une mélancolie profonde dans laquelle les résistances relèvent de la course ou de l’immobilité sur un fond musical assez désespéré. Un livre à lire comme un voyage au bout de la nuit, à suivre dans un souffle et à en accepter le vertige dans sa vérité aveuglante sur notre condition.Un tableau d’une lucidité plutôt amère mais aussi une invitation à la résistance chacun suivant sa nature.

Un livre d’une grande puissance, envoûtant !

Nicole

 

Paname underground

Zarca

Un livre rédigé à la première personne du singulier, en verlan simplifié, dans un style d’jeuns. L’auteur est appelé « l’écrivain » car il a déjà publié un « bouquin ». Il est contacté pour rédiger un guide des quartiers chauds de Paname : « Alors Zarca, quand est-ce que t’écris un livre sur le free fight ? Mais sans les travelos du Bois de Boubou hein… »

Johann Zarca (photo © DR)

Saint- Denis street, Ghetto Belleville, Stalincrack en passant par Bezbar-La Pelcha et jusqu’à la Bastoche, pour n’en citer que quelques chapitres. En Ceumer, en bécane ou en tromé, il trace ou s’arrache avec ses soces ou ses potos ; rencontre des Afghans, des renois, des rebeus et des toubabs.

Il subit une attaque ratée à la kalache, pleure sur Dina qui meurt d’over dose à l’hosto. Boit du sky ou de la Kro, se shoute à n’importe quoi pour supporter l’épreuve :  » Trois semaine qu’elle a calanché et je ne le digérerai jamais. Je suis pas du style à me laisser abattre mais là, je plonge quand même dans un sale down, rongé par des idées noires. »

Il approche de la vérité, empli de rage et d’écœurement… le lecteur aussi trouve cela glauque, voir bien dégueu… mais admire la composition et la langue argotique recomposée… plus naturelles et plus modernes que celles de San Antonio.

Cimer, Zarca, pour ce renouvellement.

Roselyne

 

Portraits Crachés – Un trésor Littéraire de Montaigne à Houellebeck

Claude Arnaud

Ce titre nous situe déjà dans l’éventail du temps à parcourir. Il illustre une chronique de l’histoire de la littérature française à travers un genre littéraire : le Portrait. A travers cette fresque chronologique, l’on retrouve les travers et les qualités du peuple français dont nous sommes ! Il y a donc de l’égocentrisme, de l’individualisme sans exclure, l’ironie, le sarcasme, la cruauté. On se glorifie. On encense autrui par calcul, pragmatisme, on dénonce, on se dénigre soi-même. Bref les méthodes sont classiques, universelles et éternelles.

De ce luxe de pages je vous propose quelques axes d’attention :

Étude du genre :

Le portrait du point de vue historique. Sa chronologie se décompose en trois grandes phases : une apogée une désincarnation, une renaissance. A travers l’Art du portrait c’est aussi l’histoire politique qui défile, notre histoire sociale littéraire qu’il véhicule, les étapes de la science qu’il suit.

Claude Arnaud (photo © Hannah Assouline / Opale / Leemage / Robert Laffont)

Cette étude historique traduite par Claude Arnaud nous conduit à la conviction d’une vérité qui est extrêmement difficile à connaître nous sommes « JE et les circonstances » « JE dans l’histoire », notre MOI est complexe, insaisissable d’où peut-être cette tentation des portraits « collectifs » cet engouement pour les grands types : l’avare, le séducteur, l’ambitieux, le fat, le bigot. Il nous conduit à des généralisations réductrices : saoul comme un polonais, fort comme un Turc, radin comme un Écossais, avide comme un Juif… Et voici Le Nazisme ou l’Absolutisme en marche SUBREPTICEMENT.

L’art du Portrait est protéiforme :

Il se décline en peinture, au cinéma, en photos. Il est gazette, journal, fable, roman, poésie. La littérature invente le « flouté », le vide, l’air, ni raison d’être, ni but, ni fin. Elle reflète aussi les écoles en peinture le divisionnisme, le fauvisme, le cubisme. Mais la littérature reste sans doute supérieure en matière d’images en pénétrant l’abstrait, la mobilité, la durée, les sentiments.

Quel est le sens du portrait. Que dit-il de nous ?

Je retiens les malédictions des freins à notre liberté : hérédité, circonstances, mystère de l’inconscient, de l’irrationnel, notre impermanence douloureuse. De cette galerie de glaces de ces portraits historiques romanesques flattés ou à charge se dégage une leçon de morale, un sens critique qui nous invite à moins d’aveuglement à une ouverture. Elle nous force à regarder nos outrances, nos arrogances, nos cruautés.

En conclusion ce livre de 900 pages m’a éperdue, tentée de picorer ça et là ; ma lucidité a côtoyé passion, aveuglement, fanatisme, tolérance. Cette anthologie a été un voyage époustouflant à travers les siècles ; la pléiade d’auteurs cités m’a replongé dans la gourmandise de très vieux compagnons de route et rappelé mes abîmes d’ignorance… et finalement convaincue « qu’être c’est être perçu, se percevoir, c’est exister doublement »

Nicole

 

Les mémoires d’une jeune fille rangée

Simone de Beauvoir

C’est est un gros bouquin de 360 pages publié en 1958, Simone a 50 ans. Je trouve que le titre est mal choisi, je dirais plutôt « Mémoires d’une jeune bourgeoise rangée ». En effet, à aucun moment la famille n’oublie qu’elle est de bonne extraction même si elle est fauchée.

L’ouvrage est divisé en 4 parties suivant l’ordre chronologique.

La première partie va de sa naissance à ses 11 ou 12 ans. C’est le temps de l’innocence, du bonheur. On assiste à la naissance de sa sœur, ses parents s’entendent encore bien, ils font du théâtre en amateur. Elle entre au cours Adeline Désir et y rencontre Zaza. La plupart des personnes citées dans le livre le sont sous un nom d’emprunt. Zaza= Elizabeth Mabille, en réalité Elizabeth Lacoin qui restera sa meilleure amie. Plus tard nous rencontrons Pradelle qui n’est autre que Maurice Merleau Ponty. Par contre, Sartre, quand il entrera en scène, gardera son véritable patronyme.

Simone de Beauvoir (photo © DR)

La seconde partie va la suivre jusqu’à ses 17 ans, âge auquel elle passe son bac. On est étonné de la rigueur des mœurs : ni théâtre, ni cinéma, les livres sont souvent caviardés pour éliminer les parties scabreuses (ou jugées telles par les parents). Reçue au bac, elle veut aller à la Sorbonne : refus des parents qui la dirigent vers une faculté catholique. Pour eux, la Sorbonne c’est l’antre du diable !

Le troisième chapitre la voit découvrir avec ivresse les études supérieures, avec l’ouverture d’esprit qui les accompagne, les rencontres avec de jeunes étudiants dont Sartre avec lequel elle va préparer son agrégation de philosophie et qu’elle admire beaucoup.

Enfin dans le dernier chapitre nous la voyons changer : elle fréquente les bars de Montparnasse, elle boit, elle se gorge de cinéma. Elle décide de vivre en intellectuelle, ne se mariera pas et n’aura pas d’enfants. Elle adhère au parti communiste. Ses premiers sentiments féministes se font jour. Elle se lie avec Sartre qui la surnomme « le castor » (Cf Beaver, castor en anglais, pas très loin de Beauvoir). Son plus cher désir : être libre !

Son amie Zaza tombe malade. Un transport au cerveau l’emportera. « Zaza avait-elle succombé à un excès de fatigue et d’angoisse ? Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j’ai pensé longtemps que j’avais payé ma liberté de sa mort ». Tels sont les derniers mots des « Mémoires d’une jeune fille rangée »

Annie

 

Saint-Marcoux, un auteur pour la jeunesse

Jeanne Saint-Marcoux (photo © DR)

Jeanne (dite Jany) Saint-Marcoux est un auteur français née à Paris en 1920 et décédée en cette même ville en 2002 (82 ans). De 1952 à 1973 elle publie dans la collection Rouge et Or, 27 titres qui présentent chacun une ville ou une région de France (Alsace, Toulouse, Paris, Les Baux de Provence…). Plus d’un million de lecteurs (et lectrices ?) ont lu Saint Marcoux. Elle obtient le prix Montyon pour « Aélys et la cabre d’or ».

Les personnages de Saint-Marcoux : l’héroïne est une jeune fille entre 13 et 15 ans. Elle est sauf exception, de milieu bourgeois, ou noble désargentée. Elle s’intéresse à l’art (la danse dans « les chaussons verts ») mais, le plus souvent, renoncera à sa carrière pour choisir l’amour ! Au cours du roman elle va rencontrer un jeune homme qui vit une existence aventureuse (il est pilote d’hélicoptère, photographe de presse, dessinateur, ingénieur aéronautique… mais il ne connaît pas le bonheur, il lui manque une vie de famille (nombreuse si possible) et, grâce à l’héroïne, il va trouver cet environnement « cocon » qui lui manque.

On rencontre beaucoup de personnages avec un handicap ou bien qui vivent misérablement. La société française de Saint-Marcoux : un pays en plein changement, on invente (la Caravelle, l’hélicoptère…), le catholicisme, toujours présent, se fait plus discret. Les filles ne sont pas soumises, elles innovent elles aussi mais ce sont quand même les garçons qui ont le dernier mot au moment où arrive une catastrophe. Le soir, comme leurs ancêtres, elles brodent ou font du tricot.

Les intrigues : Ces romans commencent toujours par un mystère à résoudre : des bijoux dérobés, un fils disparu, un bateau qui a sombré… Il y aura de nombreux souterrains oubliés, cachettes dans l’épaisseur des murs, lettres jamais reçues par leur destinataire…

Les personnages sont pour la plupart gentils ; le « méchant » se reconnaît tout de suite. Les parents sont peu présents, il faut bien que les jeunes vivent leur aventure ! le père, en particulier, est peu visible. On est dans un matriarcat.

Et tout se terminera bien et la jeune fille aura trouvé l’homme de sa vie !

Annie

 

SOUVENIRS DORMANTS

Patrick Modiano

Dans Souvenirs dormants, l’auteur évoque ses vingt ans, dans le Paris des années 60. Il l’appelle « Le temps des rencontres », dont les souvenirs se précisent grâce à de petites notes collectées tout au long de sa vie. C’est écrit à la première personne du singulier.

Patrick Modiano en 2014 (photo © DR)

A travers Paris, nous allons le suivre de dix-sept à vingt-deux ans, peut-être vingt-cinq. Dates précises, listes de noms ou adresses tiennent lieu de description et de détails. Il tente de mettre de l’ordre dans ses souvenirs à l’aide de ses listes anciennes.  S’y rattache les fugues qu’il pratique depuis l’âge de onze ans, traînant son mal-être de café en café, sont-elles une addiction contre laquelle il faudrait réagir ?

Est-ce la réalité ou est-ce un rêve ? C’est l’œuvre d’un artiste, d’un véritable artiste du verbe, qui, à partir d’éléments personnels, dessine, sans mots inutiles, six ébauches très serrées de scénario. Chacun de ces scenarii, avec le concours d’un metteur en scène de génie, deviendrait un film formidable.

C’est aussi le portrait d’un jeune homme angoissé devant toutes les possibilités qui s’ouvrent devant ses vingt ans, dans le flou de la précieuse petite musique modianesque, égrainant son Paris au rythme du guide de ses souvenirs. Mais aussi un pastiche ou une réminiscence du « Nouveau roman » qui depuis 1953, à la suite d’Alain Robbe-Grillet, Michel Butor et Nathalie Sarraute, prône la déstructuration du roman narratif.

Roselyne

 

UNE FEMME A BERLIN

(anonyme) 20 avril – 22juin 1945

Au printemps 1945 une jeune femme berlinoise (on sait d’elle qu’elle a une trentaine d’années, qu’elle a été journaliste, qu’elle a beaucoup voyagé, en particulier en Russie) note durant 63 jours sur des cahiers d’écolier ce qui lui arrive au jour le jour… Plus tard elle confie ces textes à un collègue, Kurt Marek qui réussit à les faire traduire en anglais et publier aux USA en 1954.

En 1959 le livre paraît en Allemagne sans aucun succès. Les Allemands ne veulent pas qu’on leur rappelle cette période ! En 1969/70 le livre tombe entre les mains de féministes allemandes. Elles sont intéressées mais le texte reste pourtant confidentiel. Et ce n’est qu’en 2001, l’auteure est décédée entre temps, qu’une nouvelle publication rencontre enfin le succès. La traduction française est de 2006.

Le style en est plein d’humour. Même quand elle raconte des choses atroces, elle parle sur un ton d’objectivité froide et même sarcastique. Les personnes décrites qui sont presque toutes des voisins à elle, prennent vie sous nos yeux ainsi que son quartier qui deviendra plus tard Berlin-Est.

La faim est le leitmotiv du livre : dans Berlin envahi par les Russes tout est prétexte pour se nourrir : prostitution, pillage… Les abris : toute la première partie de ce texte raconte encore et encore les nuits d’angoisse dans des caves sous l’immeuble.

L’armée allemande : Les Berlinois découvrent une armée de vieux, d’enfants, de blessés.

Photo extraite du film Anonyma – une femme à Berlin, réalisé en 2008 par Max Farberbock

Les Russes : « Vend 27 avril 1945, jour de la catastrophe », on les signale, on en voit un… ! Puis ce sera les viols, le travail forcé à partir du 14 mai, date de la capitulation de l’Allemagne, un véritable travail d’esclave durant des journées interminables.

Les dernières pages : Première visite chez le coiffeur le 9 juin, premier cinéma le 13 juin. Le 16 juin, retour de Gerd son amoureux. Ils n’ont plus grand chose à se dire !

Enfin 22 juin, les derniers mots.

Annie

 

Les charmes discrets de la vie conjugale

Douglas Kennedy

Les Charmes discrets de la vie conjugale (titre original : State of the Union) est sorti en 2005 et traduit en français en 2007. C’est un roman qui propose une vision de l’Amérique contemporaine et du combat politique qui l’anime, notamment la tension entre les « libéraux » (au sens américain du terme) démocrates et les néo-chrétiens pro-Georges W. Bush. Il illustre le conflit de génération qui perdure : les néo-chrétiens en réaction au libéralisme révolutionnaire des années 1960 de leurs aînés.

L’histoire se passe aux USA dans les années 1968. Hannah l’héroïne du roman, contre l’avis de ses parents, des universitaires très engagés à gauche, va se marier à 20 ans avec un étudiant en médecine très différent de ses parents mais qu’elle trouve ouvert, prévenant, avec qui elle se sent en sécurité.

Douglas Kennedy (photo © DR)

On passe de cette période aux alentours de 1968 à l’année 2003. Là, trente ans se sont passés où tout parait bien huilé. Elle a eu deux enfants qui ont tous les deux des bonnes situations. Le fils est marié et a lui-même deux enfants aussi tandis que la fille n’a pas jusque-là de relations amoureuses stables. Un grain de sable va remettre en cause cet équilibre finalement très fragile, relatif à un événement qui s’est passé dans la première période : celle de 68, une infidélité de 2 jours, restée secrète…

A travers la vie de son héroïne, Hannah, c’est tout un pan de la vie américaine et de la vie tout court que Douglas Kennedy soulève. Les choix que l’on fait souvent sont-ils les bons, et comment le savoir ? Sommes-nous responsables de tout ce qui arrive à notre progéniture ? Et enfin, connaît-on vraiment l’être avec qui on a décidé de passer toute son existence ?

Malgré ces presque 600 pages ce livre se lit comme un thriller surtout sa deuxième moitié. Sans apporter des certitudes, cette œuvre permet de se forger des réponses et de comprendre au moins une chose : qui que nous soyons nous avons besoin d’amis, de reconnaissance et d’amour. Et nous ne voulons en aucun cas mourir seul.

Cécile

Katulu ? n°54

22 juin 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles oeuvres découvertes et partagées au cours du dernier semestre de l’année 2017, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu n° 54). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner

Un livre au titre accrocheur, qui rassemble un collectif de « savants » à majorité psychiatres et psychologues, édité par Albin Michel :

Patrice Van Eersel a été chroniqueur scientifique, rédacteur en chef du magazine Clés.

Boris Cyrulnik est psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain.

Pierre Bustany est neurophysiologiste et neuropharmacologue, spécialiste de psychophysiologie.

Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre et ancien professeur de psychologie à la Sorbonne, est l’un des grands spécialistes français de ces « neurones empathiques » qui constituent notre troisième cerveau, le « cerveau mimétique ».

Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, spécialisée dans le traitement et la prévention des troubles émotionnels (anxieux et dépressifs), a notamment introduit l’usage de la méditation dans les pratiques de soins en France.

Thierry Janssen, d’abord médecin et chirurgie durant plusieurs années, a choisi de devenir psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies.

La forme de l’ouvrage est originale avec quatre parties traitant du cerveau plastique, social, émotionnel et enfin un cerveau qui reste une énigme. Dans chaque partie, l’auteur fait un résumé des recherches actuelles et introduit la discussion qui va suivre avec un scientifique.

Boris Cyrulnik (photo © DR)

Notre cerveau est plastique (entretien avec Boris Cyrulnik) :

Nos neurones se remodèlent et se reconnectent jusqu’à la fin de notre vie. Aujourd’hui, presque n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts certes puissants mais accessibles. L’ensemble de notre cerveau peut entièrement se réorganiser suite à un accident par exemple. Boris Cyrulnik démontre que la résilience repose sur la plasticité neuronale.

Notre cerveau est social (entretien avec Pierre Bustany et Jean-Michel Oughourlian) :

Nos neurones ont besoin d’autrui pour fonctionner car notre cerveau est neurosocial. Nos circuits neuronaux sont faits pour se mettre en phase avec ceux des autres. Nos neurones ont absolument besoin de la présence physique des autres et d’une mise en résonnance empathique avec eux. Tout cela fonctionne, entre autres, grâce aux neurones miroirs. C’est un mécanisme qui fait que dès la naissance, notre cerveau « mime » les actions qu’il voit accomplir par d’autres, comme si c’était lui qui agissait. Les neurones miroirs servent à nous préparer à l’action, en renforçant les voies neuronales de notre cerveau moteur. Ils détermineraient toutes nos relations. Si le modèle devient un rival les émotions et sentiments positifs, bonne humeur, estime, amour se changent alors agressivité. La sagesse consiste donc à apprendre à désirer ce que l’on a.

Notre cerveau est émotionnel et autonome (entretien avec Christophe André) :

Sentir, penser, agir… Tout cela ne consomme que 1 % de notre énergie cérébrale, c’est la partie consciente. Le reste est utilisé par le non-conscient. Un neurone ne devient opérationnel que si des dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones. Les 6 moteurs de croissance dendritique les plus importants sont le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, l’effort volontaire. Ce qui détruit les neurones: le vieillissement, le stress, la pollution, certaines maladies, et surtout la passivité. On sait maintenant que notre cerveau ne comporte pas de régions spécialisées dans le calcul, la sémantique, la vision : tout fonctionne en réseau ! Les 3 principaux créateurs de réseaux neuronaux sont l’imitation, l’émotion et la répétition. Ces 3 facteurs constituent la trame de notre vie affective et relationnelle, car notre cerveau est éminemment social.

Notre cerveau est une énigme (entretien avec Thierry Janssen) :

De quoi sont faits nos rêves ? Les neurologues croient aujourd’hui que, pendant le sommeil paradoxal, le cerveau, libéré du contrôle conscient exercé par les lobes frontaux du néocortex, remodèle les réseaux neuronaux. A quoi ressemble ce remodelage ? Mystère ! Tout ce à quoi vous avez accès, c’est la traduction qu’en a fait votre moi conscient à la dernière seconde, juste au moment éclair du réveil, à la sortie de votre rêve. L’ultime énigme est circulaire : comment s’interroger sur ce qui nous sert à poser des questions, le cerveau étant à la fois l’étudiant et l’étudié ? Répondre à cette question serait-ce découvrir la nature de la conscience et de l’âme ?

Dans l’épilogue « Mais alors qu’est-ce que la conscience ? » ce sont les travaux d’Antonio Damasio directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’Université de la Californie du Sud, qui sont pris en compte. « Le cerveau crée des cartes, qui vont lui permettre de s’informer et de guider le comportement moteur, mais aussi de fabriquer des images, qu’il va traiter pour produire ce que l’on appelle l’esprit et la conscience ». La conscience est esquissée dans le tronc cérébral et le cortex assure sa floraison. Dans un tel système, l’émotion et le sentiment exercent une primauté pour la conscience.

Au cours de ces entretiens passionnants, défaisant de nombreuses idées reçues, on découvre avec émerveillement des potentialités jusqu’alors insoupçonnées de nos neurones, ainsi que le caractère « neurosocial » de notre cerveau induisant la nécessité de stimuler nos cellules nerveuses tout au long de la vie. On est captivé par cet ouvrage qui délivre des découvertes stupéfiantes sur notre cerveau, dans un langage clair, simple et enthousiasmant.

                                                                                                          Antoinette

 

ALMA

J.M.G. Le Clézio

ALMA est le journal de voyage de Jérémie Fersen à la recherche de l’héritage spirituel que son père lui a partiellement caché. Il n’y a pas de préface, mais il y a en exergue, un quatrain datant de 1786, du poète écossais Robert Burns. Et puis il y a un prologue longuement animé par les noms qui, depuis l’enfance, virevoltent autour de Jérémie, « comme des papillons affolés ».

Il part pour un retour iniatique vers le pays de ses ancêtres paternels. Une veille carte sur toile datée de 1875 et un curieux caillou blanc de la grosseur d’une balle vont lui servir de viatiques. D’autres souvenirs ? Il n’en a pas ! Son père était un taiseux ! Alors il part à la recherche de ce lien qui lui manque.

Vient alors le développement, lorsque Jérémie Fersen débarque à Maurice, sur les traces d’Axel Fersen et de son épouse Alma. Ses aieux sont arrivés sur l’Isle de France en 1796, juste à la fin de la Révolution Française.

JMG Le Clézio (photo © Catherine Hélie / Gallimard)

Maigres indices sur lesquels il va faire du zapping selon la méthode actuelle. Clic sur Krystal : jolie lycéenne noire qui sèche ses cours. Clic sur Aditi, jeune femme d’origine indienne, enceinte d’un enfant sans père. Elle a été violée.

Clic sur la Surcouve, descendante de Surcouf, elle vit dans une cabane de pêcheurs avec des étagères remplies de livres anciens et de porcelaines de la compagnie des Indes.

Clic sur Marie Madeleine Mahé de la Bourdonnais, fille naturelle d’une esclave, reconnue par son père « gouverneur des Isles de France et de Bourbon » qui lui fit donner en France une éducation de demoiselle… mais pas d’héritage. A sa mort, elle finit à l’asile de la Salpétrière, sous Louis XV.

Clic sur Emmeline, très vieille dame, cousine d’Alexandre Fersen, enrôlé à quinze ans avec de faux papiers car il désirait fuir la vie étriquée de Maurice. Il devint avocat et c’est le père de Jérémie. Merveilleuse petite nouvelle sur la société coloniale du siècle passé…

Clic sur Topsie : c’est un flash plein d’humour triste.

Clic sur une autre navigation qui raconte les conditions aberrantes du transport d’un dodo vers l’Angletere et la fin du pauvre volatile en terre saxonne en 1608.

Feuilletant un album de photos jaunies, il recueille les dernières confidences d’Emmeline sur le secret de famille : Alma furent deux maisons séparées par un rideau de bambous ; dans la grande, les bons Fersen ; dans la petite, des Fersen maudits pour double métissage, branche anéantie à la disparition du cousin Dominique. Jérémie ne retrouvera pas Alma…

Etrange composition par la succession de caractères gras et italiques : le style concis-actif de la narration de Jérémie s’opposant au vécu-présent de Dominique beaucoup plus discursif.En fait, il s’agit toujours de la même personne, J.M.G. Le Clézio, pendant un de ses voyages dans l’archipel des Mascareignes dont Maurice, entre la Réunion et Rodrigues, est l’île centrale.

Ces voyages lui ont appris à faire le point entre les différents aspects de sa personnalité tout en promenant le lecteur dans un lieu magnifique, chargé d’histoire et de résonances dramatiques ou poétiques.

Des thèmes dominants : l’anéantissement des espèces dues à des fautes humaines, le passage d’une société esclavagiste à une société de consommation, la prostitution des jeunes à grande échelle induite par le tourisme mondial, la recherche mystique et le culte des morts par suite de l’affaiblissement des religions, les flux migratoire et ce qui en découle : le racisme ; la recherche de racines familiales dans un monde qui change vite. Qui sommes nous, où allons-nous ?

                                                                                                          Roselyne

 

Bella Ciao

Marielle Gallet

L’auteur, épouse de Max Gallo, raconte le combat quotidien de ce dernier contre la maladie de Parkinson, les errances d’un homme perdu, alors qu‘elle comprend qu’elle vit les heures tragiques de leur amour.

Quand elle rencontre Max il chante Bella Ciao pour la séduire ; l’amour la politique les réunissent. C’est un homme avide de culture, un bourreau de travail, passionné par la France, engagé auprès de Jean Pierre Chevénement puis intéressé par Nicolas Sarkozy. Mais on ne peut parler de lui sans évoquer le drame de sa vie, le suicide de sa fille Mathilde en 1972.

Lui qui a écrit tant de nombreuses biographies de Napoléon à De Gaulle, devient sous la plume de Marielle un héros romanesque. « il lui arrive de parler de lui à la troisième personne comme si cela allait le protéger ; un beau retournement de voir que celui qui a écrit 150 ouvrages devient à son tour l’un des personnages du livre ».

Elle dépeint les traits de caractère de cet homme à la fois modeste et conscient de sa supériorité, mais la maladie a rétréci sa vie, son corps, son écriture, ses mouvements, ses pas sont tout petits, il n’a plus assez d’énergie pour continuer à vivre ce qui faisait son essence essentielle. Il s‘ennuie, il n’aime pas l’homme qu’il est devenu, il préfère ne pas le voir. Lorsque les médecins ont diagnostiqué la maladie de Parkinson, elle s’est beaucoup documentée, mais lui n’a pas voulu.

Marielle a écrit ce livre pour surmonter l’indicible. Elle revit les merveilleux moments de leur amour car il y a une véritable tragédie à vivre simultanément la présence et l’absence de la personne qu’on aime ; écrire est un moyen de résister.

Ce livre aurait pu s’appeler le Désarroi car elle l’évoque très souvent au cours des pages.

Elle accepte la tyrannie de Max, elle l’excuse. Elle lui lit les pages de son livre mais ce n’est pas lui ; il emploie le mot « il » pour designer mon personnage. La vérité si elle existe ne l’intéresse pas. « J’ai toujours pensé que les hommes n’anticipent pas de la même façon que les femmes ; ils n’ont pas la même appréhension de la réalité ne s’y cognent qu’au moment où elle se matérialise ».

Je vous recommande ce livre émouvant bien écrit et plein de nuances ; en fait une vie.

                                                                                               Suzanne

 

Birmanie – Les chemins de la liberté

Sylvie Brieu

Sylvie Brieu (photo © DR)

Sylvie Brieu est grand-reporter et écrivain. Ce livre est un journal de voyage. L’écriture est fluide, le sens du détail des personnalités et des atmosphères des lieux parcourus rend le récit très vivant. Il nous entraîne aux quatre coins du pays, en particulier dans des provinces très récemment ouvertes aux étrangers sans qu’on puisse parler d’ouverture au tourisme. Grâce notamment aux réseaux de l’Église catholique, il permet d’aller là où cela est encore interdit. Certains de ces séjours dans les contrées les plus excentrées n’auraient pas été possibles sans l’intermédiation d’hommes d’Église dont quelques-uns s’avèrent très liés à la France, à l’image du père Philip Za Hei Lian, un religieux chin récemment décédé.

« Un flux d’impressions contradictoires m’assaille et me tourmente… La Birmanie reste un pays en guerre avec ses camps de déplacés internes, ses violences infligées aux minorités et ses terrains minés. La souffrance de ses populations, dissimulée à l’ombre des pagodes dorées, ne semble pas en voie de se dissiper. Plus je multiplie mes expériences dans ce pays, plus sa part d’ombre s’épaissit. » dit-elle.

Le périple de Sylvie Brieu est fait de multiples rencontres sollicitées et fortuites. Un patchwork qui permet d’aborder des groupes ethniques dont on parle bien peu. Toute la quête de la journaliste montre très bien le champ associatif et politique birman qui demeure profondément morcelé, avec la participation de nombreuses femmes particulièrement engagées et courageuses.

Sylvie Brieu doit reconnaître le rôle prépondérant d’Aung San Suu Kyi dans l’avancée de ce pays dans le concert des nations et le desserrage de la junte militaire. Cela prendra du temps avant la reconnaissance des différentes ethnies, de leur culture et de leurs religions dans un pays où l’ethnie birmane et le bouddhisme restent dominants.

Le style et la fluidité de l’écriture permet d’appréhender ce pays comme une aventure tout à fait passionnante. Ce serait bien d’avoir lu ce livre avant de visiter la Birmanie !

                                                                                                          Cécile

 

Un fauteuil sur la Seine

Amin Maalouf

Amin Maalouf fut élu en juin 2011 à L’Académie Française au fauteuil laissé vacant par Claude Lévi-Strauss. Depuis le 1er occupant reçu en mars 1634, l’auteur est le 19ème à occuper ce fauteuil. Pour chacun des 18 personnages de ce 29ème fauteuil, l’auteur fait un bref rappel de ce qu’il fut, de ce qu’il a pu écrire et le motif qui a conduit à sa nomination : un chapitre de 10 et 20 pages par académicien.

Avec beaucoup d’humour il donne un intitulé à ses chapitres et l’on découvre : « celui qu’on a préféré à Corneille », « celui qui est passé devant Voltaire », « celui qui idolâtrait Molière », « celui qui fut élu contre Victor Hugo » ou bien celui que les écrivains jalousaient, celui qui n’aimait pas son prédécesseur, celui qui fut l’homme le plus insulté de France ou par contre celui que tout le monde venait entendre, sans oublier celui qui fut deux fois condamné à mort.

Amin Maalouf en habit d‘académicien (photo © DR)

Dans son épilogue l’auteur explique qu’il a vu « en chacun des titulaires successifs le témoin précieux et éphémère d’une histoire qui le dépasse… » « Certains de ces ancêtres appartiennent sans aucun doute à ceux que Jules Renard appelait «le commun des immortels » mais parmi eux, « sur ce siège en bois » se sont assis Joseph Michaud (historien des croisades), Claude Bernard, Ernest Renan, André Siegfried, Henry de Montherlant, Claude Lévi-Strauss.

Le texte sur le premier occupant, Pierre Bardin, est l’occasion d’un rappel de la genèse de l’Académie Française : Valentin Conrart, 26 ans, crée à Paris avec une dizaine d’amis un cercle littéraire en 1629. La moyenne d’âge est de 30 ans et le plus jeune a 19 ans. Pendant 3 ou 4 ans, leurs réunions restèrent confidentielles, jusqu’au jour où un familier du Cardinal de Richelieu, l’abbé de Boisrobert se fit inviter. Informé le Cardinal proposa « d’offrir à ces Messieurs sa protection pour leur Compagnie qu’il ferait établir par lettres Patentes».

Un livre passionnant qui permet de redécouvrir la destinée de grands hommes qui font partie de la grande histoire, un livre précis, allant à l’essentiel, d’une grande documentation et dont la lecture est facile car le style est fluide, agréable.

Si vous aimez l’histoire, les biographies, vous serez comblés.

                                                                                                          Marie-Antoinette

  

La confrérie des moines volants

Metin Arditi

C’est un roman en deux parties assez dissemblables. La première se passe en 1937 au nord ouest de l’union soviétique, en Carélie.  Sous la pression stalinienne, de nombreux monastères et églises sont pillés, brûlés, détruits… Les moines sont torturés dans les prisons de Staline, ils fuient dans les forêts, se cachent…

Nicodime et ses 12 compagnons vont tenter de sauver les précieuses icônes, les statues, les livres et les tissus sacrés que les communistes brûlent… Il est intéressant de voir la description de la foi de ces moines, foi violente, émaillée d’auto flagellations et de mauvais traitements de toute sorte que s’infligent volontairement ces religieux.

Et puis, brutalement, page 143, on se retrouve à Paris en mai 2000, dans une galerie d’art où Mathias Marceau expose des photographies. Mais bien sûr, il y a un fil conducteur qui, un peu plus tard, réunira ces deux histoires en une seule… Ce fil passe par Irina, une jeune fille qui est au cœur même de ce récit, Irina qui a traversé la moitié de l’Europe, est venue à Paris où elle a changé de nom et de nationalité et a donné naissance à Mathias.

Metin Arditi (photo © Martial Trezzini)

Il serait dommage de vous en dire plus et de dévoiler les tenants et aboutissants de ce conte philosophique où vous rencontrerez des personnages improbables, du moine ancien trapéziste de cirque, à André, ébéniste dans le faubourg Saint Antoine.

Métin Arditi développe dans son roman les thèmes qui lui sont chers et que l’on verra ré-apparaître très souvent dans son œuvre, à savoir la filiation, l’exil, les bouleversements dus aux conflits mondiaux et durant lesquels les hommes font de leur mieux pour survivre dans des conditions souvent inhumaines.

Nous avons là un roman très atypique dont la première partie est basée sur des faits réels puisque Nicodime avait fait signer à sa « confrérie » une charte décrivant les droits et les devoirs de chacun, et le but de leur association. Une charte qui peut être vue aujourd’hui encore au musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg.

                                                                                                          Annie

 

Le bureau des Jardins et des étangs

Didier Decoin

L’histoire se passe au 12ème siècle, dans l’Empire du Soleil Levant. Didier Decoin est passionné par ce Japon médiéval, admirateur d’estampes japonaises, de la littérature notamment des contes et légendes de cette civilisation. Il décide d’écrire un roman à partir de ce thème ! Son écriture a duré 12 ans vu le travail fouillé d’érudition qu’il a dû accomplir !

C’est l’histoire d’une jeune femme Miyuki, issue d’un milieu très populaire, paysanne, épouse d’un pêcheur qui vient de mourir noyé en péchant des carpes merveilleuses, d’une surprenante longévité, destinées au Bureau des Jardins et des Étangs, afin d’approvisionner l’Étang sacré de l’Empereur!

Miyuki, héroïne magnifique est persuadée que son mari défunt l’accompagne toujours et elle décide de le remplacer et de rapporter aux villageois la récompense qui les fait vivre. Elle arrive à destination à Heiankyo après de nombreuses aventures…, participera au takimono awase (concours des parfums) et le gagnera ..!

Didier Decoin (photo © DR)

Le retour au village est une autre aventure… à découvrir !

J’ai été ébloui par le vocabulaire emprunté à la civilisation de l’époque et que l’auteur a mûrement étudié. Les images, rappels d’estampes japonaises font pénétrer intimement dans cette histoire ! Scènes fantastiques réelles ou pas ? On est aussi frappé dans ce roman par l’importance des parfums et des odeurs. Didier Decoin exalte les sens, les odeurs « délicates ou triviales ».

Beau roman d’Amour entre Miyuki et Katsuro, poésie, sensualité, sexualité, une histoire née du fond des âges, où le réalisme le plus crû côtoie le fantastique. Didier Decoin est fou de sa Miyuki, petite bonne femme, courageuse, vraie et sincére qui triomphe de ces aventures et reste très attachante pour le lecteur ! C’est l’héroïne romanesque par excellence !

                                                                                                          Josette J.

 

Le rouge vif de la rhubarbe

Audur Ava Ölafsdöttir

En Islande, Augûstina, adolescente de quartorze ans, vit dans une maison rose saumon avec Nina, amie de sa grand-mère décédée. Elle a les yeux de son père, c’est tout ce qu’il lui a laissé. Sa mère, ornythologue, voyage à travers le monde pour observer la vie des oiseaux et lui écrit des lettres poétiquement décalées. Décalée est aussi la manière de penser de cette jeune fille qui rêve de grimper la montagne à l’arrière du village : 844 mètres d’altitude, c’est haut quand on a un handicap de naissance et des béquilles.

Elle a déjà réussi à glisser dans la mer glaciale malgré les brisants de rochers, à nager dans la piscine bouillante en plein hiver neigeux, à dormir à flanc de côteau au milieu des tiges rouges du champ de rhubarbe, sous la dentelle verte des grandes feuilles qui découpent le ciel bleu.

Nina s’enorgueillit de la victoire de sa protégée aux compétions d’aviron de l’école et remarque son esprit de compétition, de concentration, de résistance. Cependant, cette  » ado » surdouée en math, s’obstine à transcrire les solutions des problèmes au gré de sa pulsion manuelle, tout comme elle préfère écrire les mots en forme de montagne! Ça agace le maître.

Auður Ava Ólafsdóttir (photo © DR)

A quoi ressemble cette héroïne originale ? On glane des indices au long du récit. Ses jambes de sirène la suivent comme des nageoires de phoques ; ses épaules puissantes et ses petits seins naissants recherchent le confort des gros pulls islandais tricotés par Nina ; ses tresses noires retenues par des rubans verts suggèrent la couleurs de ses yeux. Les chaussures de marche promise par Nina soulignent son désir d’être debout.

Aucune description appuyée, mais un art de la nuance et du mot juste coule comme l’eau des sources chaudes, vers le fjord étroit au fond duquel est le village. Ce gros bourg vit au rythme hiver – été, dans l’alternance des longs jours de soleil et des nuits interminables. Confiture de rhubarbe ou ragoût d’agneau. On est entre l’acide et le sucré, le blanc et le noir, l’ombre et la lumière, l’action ou la lecture, le courrier ou l’absence de nouvelles.

Un jour un télégramme laconique annonce la naissance d’un petit frère, outre… outre mer. Alors Augûstina, prend le départ pour la montagne, au début d’une nuit, pour arriver au sommet, à l’aube de l’été arctique, au moment où un pâle soleil apparait au dessus de la mer.

Le récit qui était au présent, passe, sur les deux dernières pages, au conditionnel… Jeu de piste… interrogation… que j’ai aimé. Le style de l’auteur léger, souple et rempli d’humour subtil, m’a séduit au point de me faire rêver de l’Islande, ce pays de neige froide, de lave noire et de sources bouillonnantes.

Imaginez la vie simple et vaillante de ses habitants ! 325.000 personnes, soit 3,47 habitants au kilomètre carré. Peu nombreux, ils ont tellement besoin les uns des autres sur ce rift nordique si proche du cercle polaire ! Envie d’aller y voir… pour un voyage géographique et psychologique.

                                                                                                          Roselyne

 

Jules

Didier van Cauwelaer

Jules est un chien ! Mais un chien d’aveugle, éduqué durant quatre ans dans une famille d’accueil et sélectionné sur concours pour accompagner Alice, jeune femme aveugle, handicapée accidentellement depuis ses dix sept ans. Elle a maintenant la trentaine et, en fauteuil roulant, tenant le harnais de Jules, elle prend l’avion pour Nice où un célèbre ophtalmologue va essayer de lui rendre la vue.

Dès Orly, ce curieux binôme entre dans une cascade d’aventures. Pour commencer, la rigueur du service d’ordre à l’embarquement alerte le vendeur du stand « Macarons Ladurée » qui par son intervention musclée permet à Jules de voyager en cabine avec sa maîtresse (la loi européenne de 2008 prévalant sur la décision du commandant de bord)…

Didier van Cauwelaert (photo © DR)

L’opération a réussi. Alice voit à nouveau et perturbe son chien par son comportement redevenu normal. Elle se sent obligée de rendre son compagnon devenu inutile à l’organisme des chiens d’aveugle; mais Jules ne l’entend pas de cette oreille et, rejetant son nouvel attributaire, part truffe à l’air à la recherche et à la reconquête de sa maîtresse pour une vie digne de sa renommée de chien-guide.

L’action se passe entre Paris et Deauville, décrit un milieu vaguement intello-marginal où le flair du chien remet les existences des humains dans le bon sens et surtout renforce notre admiration pour… les possibilités du golden red river.

Un livre à croquer comme les macarons de Ladurée !

                                                                                                          Roselyne

 

L’amie prodigieuse

Elena Ferrante

Tome 2 : Le nouveau nom

Une trilogie : L’amie prodigieuse – Le nouveau nom – Celle qui fuit et celle qui reste.

Raphaella Cerullo, fille du pauvre cordonnier Fernando, vient d’épouser par choix personnel Stefano Carracci, héritier de l’épicerie et des biens de Don Achille (usurier, terreur des gamines lorsqu’elles jouaient à la poupée).

Dès le départ en voyage de noce, elle fait sentir au jeune époux son mépris pour sa faiblesse envers la famille mafieuse Solara. Mais son mari s’impose, la jette sur le lit et la force.

Elle va se déchainer, alternant haine et conciliation. Elégamment vêtue comme une dame, elle occupe toute la place dans les magasins de son mari et dans son bel appartement de l’autre côté de la voie ferrée. Insolente et décidée, elle est souvent battue par Stefano qui fut un fiancé si doux ; mais cela lui est égal car depuis l’enfance elle a vu et subi ces excès : problème de la violence faite aux femmes dans les sociétés machistes.

Donc, cette jeune Madame Carracci, douée pour les affaires, est jalousée par bien du monde dans le vieux quartier. Seule ombre à cet épanouissement traditionnel : après une fausse couche, elle n’arrive plus à être enceinte. Cela lui convient parfaitement, mais mari, belle-mère et commères s’inquiètent. Le médecin consulté conseille un séjour à la mer.

Elsa Ferrante (photo © DR)

On loue une maison à Ischia où les maris viendront chaque fin de semaine, car Lina part en compagnie de sa mère Nuncia, de sa belle-soeur Pinuccia et de son amie Elena qui vient de terminer brillamment son année scolaire et qu’elle débauche de son travail d’été (place de la femme dans le monde du travail…).

La suite : une longue histoire d’amours contrariés, d’adultères, de séparations…

Ce second tome est un ouvrage dense ; il évoque les longs romans américains de cette époque, tels ceux de Pearl Buck… Facile à lire? Pas tellement! Dans l’écheveau du vécu de nombreux protagonistes pas très attachants, la longue torsade de l’amitié des deux filles se lâche ou se resserre au fil de la vie et de leurs éventuelles retrouvailles. Joli contraste fascination-répulsion.

En parallèle, l’évolution d’une société patriarcale, ignare et démunie vers une société ouverte sur les progrès du monde est discrètement suggérée. Comme mises entre parenthèse, sans esbroufe, ni grands mots, des situations dramatiques sont traitées avec une discrétion retentissante et ça c’est « génial ».

                                                                                                                      Roselyne

Katulu ? s’ouvre à tous

17 janvier 2018

La séance publique organisée le 7 décembre 2017 par le club de lecture KATULU ?, composante du Cercle Progressiste Carnussien, consacrée à la présentation de romans traitant de la tolérance, a été un beau succès qui a permis à de nombreux Carnussiens de découvrir ce club de lecture ouvert à tous et qui se réunit tous les mois.

Un article publié dans La Provence le 19 décembre 2017

Cinq romans ont été à l’honneur de cette séance, présenté chacun par une lectrice qui a permis de toucher la sensibilité du public en lisant et en commentant des extraits de ces œuvres, témoignages autobiographiques, parfois violents voire cruels mais profondément humains. Un échange très fort avec le public qui a permis de mettre en valeur la nécessité de bienveillance, d’indulgence et d’ouverture à ceux qui pensent ou vivent d’une manière différente, définissant ainsi la tolérance comme « un désir d’humanité ».

Les cinq ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie Le Préambule installée à Cassis.

Une belle soirée d’échange, clôturée par un apéritif convivial partagé avec tous. Une séance qui en appelle d’autres et qui a été également l’occasion de recueillir des dons pour l’Association française contre la myopathie dans le cadre du Téléthon 2017.

Extrait de la revue municipale de Carnoux Le Messager n°50

Un engagement de Katulu ? qui s’est prolongé le lendemain, toujours dans le cadre des animations du Téléthon organisés à Carnoux, par la tenue d’un stand pour vendre des livres d’occasion.

Les remerciements de l’AFM Téléthon remis à Katulu ?

Des activités largement relayées par la presse locale et qui ont permis de recueillir plus de 200 € de dons reversés à l’AFM Téléthon.

M.M.

Tolérance, rêve ou réalité, désir d’humanité

15 janvier 2018

Une rencontre de Katulu ? À l’occasion du Téléthon 2017

Dans le monde d’aujourd’hui le point d’interrogation suite à « désir d’humanité » semblerait s’imposer. Mais avec beaucoup de rêve et d’optimisme nous avons choisi de l’affirmer : la tolérance est un désir d’humanité.

L’humanité se flatte de tolérance, pourtant elle offre mille visages à l’intolérance. Les livres présentés à Carnoux par le cercle de lecture Katulu ?, ce 7 décembre 2017, dans le cadre d’un partenariat avec l’AFM à l’occasion du Téléthon, comme les équilibristes sur le fil, oscillent entre les deux.

L’intolérance, c’est le refus d’admettre l’existence d’idées, de croyances ou d’opinions différentes des siennes. Le sujet va jusqu’à persécuter ceux qui les soutiennent.

La tolérance c’est l’attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres, l’attitude de quelqu’un qui fait preuve d’indulgence à l’égard de ceux à qui il a à faire.

Que ce soit l’intolérance des intégrismes qui secouent le monde à notre époque, l’intolérance de l’esclavage qui fut le mal des siècles passés (sans oublier ses survivances d’aujourd’hui) ou bien les maux plus « sociétaux » que sont l’homophobie ou la maltraitance des enfants, toutes ces intolérances sont abordées dans les 5 ouvrages proposés mais tous nous assurent de notre humanisme fait de lutte, de résistance, d’idéal et autant de victoires et de conquêtes de la Tolérance.

Homophobie et maltraitance

Cécile nous a entraînés dans le nord de la France, en Picardie, dans un milieu ouvrier avec « En finir avec Eddy Bellegueule » d’Édouard Louis. Vous y verrez qu’il ne fait pas bon être trop raffiné, trop différent, dans une famille nombreuse où un garçon se doit de vibrer pour le football et ne saurait prendre plaisir à porter les vêtements de sa sœur !

« La démesure » de Céline Raphaël a été évoquée par Josette. Nous nous retrouvons dans un milieu bourgeois où un père intransigeant veut faire de sa petite fille une grande pianiste de concert, ce qui était, vous n’en serez pas surpris, le rêve du père lui même, qu’il va tenter de réaliser par l’intermédiaire de son enfant. Nous serons, dans ce roman autobiographique, face au visage affreux de l’intolérance portée à son comble et allant jusqu’à la maltraitance.

La séance publique de Katulu ? le 7 décembre 2017

Intolérance d’hier et d’aujourd’hui : esclavage, intégrismes

Roselyne, a parlé d’un roman sur la créolité : « l’esclave vieil homme et le molosse » de Patrick Chamoiseau. Cet auteur, né à Fort de France, a obtenu le Prix Goncourt en 1992. le livre présenté aujourd’hui a été publié en 1997. Nous sommes avec cet ouvrage « dans les îles à sucre » que sont la Guadeloupe et la Martinique, à l’époque de l’esclavage.

Nicole, quant à elle, a présenté un roman qui a obtenu le Prix Goncourt des lycéens en 2013 « Le 4ème mur » de Sorj Chalandon. Sorj Chalandon est écrivain et journaliste à Libération et au Canard enchaîné. Peut on raisonnablement, monter la pièce « Antigone » d’Anouilh, cet hymne à la tolérance, dans un Liban déchiré par la guerre, la guerre qui représente pour Chalandon, la violence et l’intolérance poussées au paroxysme ? C’est ce que deux amis, Georges et Sam vont expérimenter dans le sang et les larmes.

Enfin nous sommes resté au Liban avec Antoinette et le livre de Darina Al Joundi : « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » où comment une jeune fille élevée de manière libérale finit par se retrouver en hôpital psychiatrique suite à la montée des intégrismes déchaînés par la guerre.

Le texte complet de ces notes de lectures est accessible (TexteSeance). En voici un bref résumé :

En finir avec Eddy Bellegueule

Édouard Louis

Eddy Bellegueule est le véritable patronyme de l’auteur, qui, soumis à de fortes pressions, change finalement son nom pour celui de Edouard Louis Ce court roman raconte l’enfance et la jeunesse de ce jeune Picard, membre d’une famille pauvre de 5 enfants. Pauvre, la famille l’est, tant financièrement que sur le plan social et culturel. Pour son malheur, Eddy est différent des autres enfants : plus doux, plus raffiné…

L’auteur Édouard Louis (photo © John Foley)

Toute la souffrance de cet enfant lui viendra de cette différence et de ces « manières » que le père, en particulier, juge efféminées. Dans ce milieu là, l’homosexualité est rejetée comme une tare profonde, une honte. Il va donc passer son enfance et sa jeunesse à souffrir de ce rejet autant dans sa famille, qu’à l’école et au village et à essayer de « devenir un dur ». Il prend conscience qu’il est différent. Une seule solution pour lui : fuir.

L’écriture est précise, incisive, rapide, violente. L’auteur explique l’objectif de ce livre : « La violence est partout, tout le temps, dans les discours qui assignent à chacun une position, tu es un transfuge, tu restes à ta place, tu es une femme, tu restes à ta place de femme, tu es un Juif, un Arabe, un Noir, un homosexuel, toutes les interpellations nous assignent. Dès notre venue au monde, nous sommes enserrés dans le discours des autres. Le nom en est une preuve : c’est une identité imposée par autrui. C’est précisément cette question que je veux poser en littérature, faire de cette violence un espace littéraire ».

Cécile

La démesure : soumise à la violence d’un père

Céline Raphaël

Céline Raphaël est l’auteur de ce livre passionnant, documentaire écrit en 2012 à partir d’une histoire vraie dont le but est de faire reculer la maltraitance des enfants. Écrit sobrement sans pathos ni hystérie, ce roman représente l’exemple même de l’intolérance au quotidien ! Le père ne supporte pas que sa fille ne se consacre pas totalement à son art. Intolérance par rapport à l’autre qui devient objet ! Céline est née dans un milieu non seulement aisé mais également d’un bon niveau culturel. Le lecteur est choqué d’une telle cruauté en famille, inimaginable dans un tel milieu.

D’une exigence extrême, le père, la soumet à une vie infernale (privations, coups, violences de tous ordres) pour qu’elle devienne une pianiste de musique classique exceptionnelle, pour être l’artiste prodige dont il aurait pu s’enorgueillir et qu’il n’avait jamais réussi à devenir dans sa jeunesse !

L’auteur, Céline Raphaël (photo © Louise Allavoine / Babel)

Daniel Rousseau pédopsychiatre cité dans cet ouvrage analyse : « L’enfant se trouve alors empoisonné par l’ivresse des fruits de son succès, ce qui le fait s’identifier au bonheur du bourreau et participer à la jouissance du maître qui engrange ses dividendes narcissiques » Mais cette vie d’enfer, de tant de souffrances et d’horreur devint un jour intolérable à supporter et malgré la honte et la peur de dénoncer son bourreau elle accepta de tout révéler à une infirmière scolaire. La peur que son père ne l’aime plus s’apaise

Après un signalement à la justice le père fut reconnu « coupable de violences sur mineur de moins de 15 ans et écopa de 2 ans de prison et 3 ans d’injonction de soins ». Grâce à une volonté, un courage et une abnégation hors du commun, par un travail acharné, elle poursuivit des études contre vents et marées jusqu’ à ses années de médecine. Alors qu’elle était épuisée, anorexique et malheureuse, elle réussit brillamment à ses examens ! Sa souffrance, elle a voulu la transcender et en tirer un bien qu’elle donne à l’autre.

Josette J.

L’esclave vieil homme et le molosse

Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau est un auteur prolifique qui, à la suite d’Aimé Césaire et comme son ami Edouard Glissant prône la conservation des cultures, la protection de l’imaginaire des peuples et en particulier de la créolité. « Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc, ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel ».

L’auteur, Patrick Chamoiseau (source : Babel)

Ce petit roman poétique marie savoureusement le français le plus stricte au créole le plus imagé. Avec l’habileté d’un grand D.J. il réalise un mix fluide au service non pas de la coexistence mais de la cohérence des deux cultures des îles-à-sucre. Sept mouvements développent sa symphonie, sept chapitres souvent d’une violence intolérable, adoucie par le son des paroles et le rythme de la phrase.

C’était au temps de l’esclavage, quand les bateaux négriers ramenaient d’Afrique des cargaisons humaines pour les vendre aux maîtres-békés. L’homme y a perdu jusqu’à son nom ; il a celui donné par le maître. De sa lignée, ne lui reste que son nombril, il a tout oublié et n’a rien demandé.

Le molosse. Ce chien a voyagé dans les mêmes conditions que le vieil esclave. Lui aussi acheté au prix fort par maître-béké, fut enfermé en enclos grillagé entre la Grand-Case et la Sucrerie, puis nourri de chair fraîche, dressé à la chasse aux fugitifs par le maître qui en a fait un monstre ! Seul le vieil homme esclave lui jetait un regard.

Puis une nuit, le vieil homme gagna le couvert des grands bois ! « L’hurlade du molosse se met à défaire le domaine ». Le vieil homme avance en aveugle dans le murmure d’une forêt hallucinatoire le chien à ses trousses. Il tomba dans un trou, un trou d’eau, une source marécageuse aux vapeurs soufrées. Le molosse arrive et s’embourbe à son tour. Univers fantasmagorique où chacun lutte pour sa survie ; blessures, sursauts, vaillance. C’est la croisée des chemins : pour le vieil homme va s’ouvrir un autre monde. Il pense « Je suis un homme » et près de lui le molosse apaisé lèche ses plaies. « Il ne prenait pièce goût. C’était l’unique geste qui lui était donné ». Quand le chien réapparu, le maître ne le reconnut pas : il était tranquille, « presque mol. Alors le maître pleura sur son monstre perdu. Et un espace de doute s’ouvrit en lui ».

Roselyne

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

Où il y a humanité, il y a intolérance. Voici donc l’homme… Cet être imparfait qui rêve parfois d’être un héros, et ce, au prix de sa propre vie en se nourrissant d’intolérances assumées ou secrètes ou inavouées. L’auteur illustre à sa façon le destin de l’homme, en transposant la tragédie d’Antigone à notre époque, tantôt oscillant entre la tentation d’un ordre à la Créon ou à l’intransigeance d’une Antigone.

Son roman nous raconte l’histoire de Georges, un jeune homme né en 1950 et mort en 1983. Lorsqu’il est étudiant à Paris Georges baigne dans les milieux de Gauche, fait du théâtre dans les usines. Il se lie d’amitié avec Samuel dont il fera son frère. Samuel est Grec, de religion juive et son rêve à lui était de faire la paix au Liban en montant cette pièce d’Anouilh. C’est ce rêve de Samuel qui conduira Georges au pays des cèdres.

L’auteur, Sorj Chalandon

Ainsi la pièce d’Anouilh nourrit S. Chalendon des questions existentielles. Dire non ou s’accommoder ? Colère ou Pardon ? Révolte ou Résistance ? Tolérance ou Intolérance ? Antigone ? Cette petite rebelle morte pour avoir jeté un grain de poussière sur une loi d’airain, elle ressemble à Georges. Antigone c’est notre courage, notre obstination mais aussi notre perte. Antigone ou le reflet de nos guerres intimes, de nos conflits intérieurs, nos intolérances envers nous-mêmes, nos hontes, nos fiertés. Antigone serait Georges qui ne s’autorise pas à la légèreté, au bonheur de vivre avec Aurore, sa femme, et sa fille. Il les quittera pour défendre un idéal.

Et même si la poésie n’arrête pas vraiment la guerre car le soldat a « tiré sur les lueurs d’espoirs, sur la tristesse des hommes, sur l’or du soir qui tombe, le bouquet de houx vert et les bruyères en fleur » l’homme continuera d’admirer « la beauté de ce sol, le tourment de ce ciel ». Il nous fait voir les cascades, les cèdres, les hommes, les femmes, cœurs de pierre ou de miel. Et même si le théâtre a été rattrapé par la guerre, même si Georges assassiné est aussi assassin, même si le réel s’est invité en mêlant comme dit Anouilh « ceux qui croyaient une chose avec ceux qui croyaient le contraire (.) morts pareils » on n’oubliera pas de sitôt ce Georges, son chant douloureux de dignité, de souffrance, de fragilité, son sens de la fraternité qui n’empêche pas le crime. Au bout de sa jambe qui saigne, de son corps qui meurt il a su entendre et nous faire entendre la douleur des autres, il a dit non à l’intolérance. Il défie son ennemi en mourant kippa sur la tête et clef de Jaffa à la main… DEBOUT.

Nicole

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter

Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi

La pièce est devenue un livre avec l’aide de Mohammed Kacimi qui a posé les mots justes sur l’histoire terrible de Darina Al-Joundi, avec sa force de vie et son humour ravageur. Ce récit, très émouvant, est celui de la vie d’une jeune fille devenant une femme libre, Darina, dans une société stigmatisée par les normes sociales et religieuses, dans un Liban en guerre. C’est le témoignage de survivance de la narratrice qui porte en elle la violence du chaos vécu, ainsi qu’une réflexion générale sur la liberté.

Darina Al-Joundi

Darina Al Joundi nous entraîne dans l’atrocité du quotidien de la guerre civile des années 80 au Liban. Elle nous livre son regard sur l’histoire récente de son pays qui voit la montée des extrémismes religieux, la faillite des mouvements de gauche, la défaite des véritables laïcs. Selon Mohammed Kacimi « la vie roman de Darina dit combien est vulnérable la liberté de la femme, qui restera à jamais une langue étrangère aux yeux de l’homme ».

Pour écrire ce « roman d’une vie », la comédienne a repris ses souvenirs année par année. – L’enfance : « Une fête permanente. Nos parents nous apprenaient les sens de la beauté. Les poètes les journalistes, les militants frappaient toujours à la porte… » – L’adolescence dans la guerre qui transforme en loups les bourreaux et les victimes. Mais Darina, veut vivre comme le lui a appris son père, en étant libre de ses choix. Pour atteindre la liberté, elle se prête avec excès à de multiples expériences, pressée par le temps, convaincue qu’elle allait « mourir d’une seconde à l’autre ».

La narratrice commence son récit le jour de l’enterrement de son père, alors que l’armée israélienne vient juste d’évacuer le Sud-Liban après vingt ans d’occupation et que les maisons bombardées fument encore. La jeune fille s’enferme seule dans la chambre où gît le cadavre, recouvert d’un linceul blanc. Elle arrache la cassette qui débitait un chant coranique et, à la place, met du Nina Simone, conformément aux sentiments de son père, son héros, qui interdisait à ses filles de prier et de jeûner. Un coup d’éclat qu’elle paiera très cher…

Dans cet environnement de non droit, la guerre du Liban, qui régularise la mort, la narratrice nous livre la vérité de son être dans son immense fragilité et son irréductible force. Les mots sont crus, émouvants ou drôles. Le résultat est un livre saisissant poignant touchant au cœur et inoubliable.

Antoinette

Téléthon à Carnoux : Katulu ? s’engage !

26 novembre 2017

Le groupe de lecture Katulu ?, actif à Carnoux depuis maintenant une dizaine d’année, et désormais rattaché à l’association Le Cercle Progressiste Carnussien, se réunit tous les mois pour échanger autour de livres lus ou relus récemment par ses membres, dans un esprit des plus convivial. De brefs compte-rendus de ces discussions et de ces impressions de lectures sont diffusés régulièrement sur ce blog, à défaut de pouvoir être mis à disposition de ceux qui fréquentent la médiathèque municipale.

En septembre 2016, à l’occasion du Jubilé de Carnoux, Katulu ? avait organisé avec un certain succès une séance publique autour du thème de l’exil, permettant de faire découvrir ou redécouvrir cinq livres ayant trait à ce sujet douloureux.

Une belle expérience renouvelée en mars dernier avec l’invitation de Marie-France Clerc venue présenter en public son ouvrage intitulé Cinq zinnias pour mon inconnu, une « fiction où tout est vrai », quelque peu autobiographique et centrée sur l’histoire récente de l’Ukraine. Là aussi, une belle occasion d’échanger autour d’un livre et avec son auteur en toute convivialité, pour rappeler à quel point la littérature peut rapprocher et être source d’enrichissement mutuel.

A l’occasion du prochain Téléthon pour lequel la municipalité de Carnoux s’engage traditionnellement en mobilisant son très riche tissu associatif, Katulu ? et le CPC ont donc répondu présents et proposé d’organiser une nouvelle rencontre publique autour de cinq livres qui tous évoquent, d’une manière ou d’une autre la notion de tolérance et d’humanité. Cinq ouvrages très différents les uns des autres, de par leur style et leur vision, qui donnent à voir des regards divers sur la part d’humanité présente en chacun de nous…

Des Antilles au Liban, des champs de cannes à sucre à ceux de betteraves du plateau picard, des décors très différents pour des histoires singulières d’êtres humains confrontés à l’intolérance. Surmonter les traumatismes de l’enfance ou construire un rêve de fraternité autour d’une scène de théâtre dans un monde en guerre, autant d’expériences humaines qui poussent chacun à réfléchir sur le regard que nous portons sur les autres et la manière de vivre en société.

Cette séance publique de Katulu ?, ouverte à tous ceux qui le souhaitent, intitulé « Tolérance rêve ou réalité, un désir d’humanité », se tiendra le jeudi 7 décembre 2017 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en plein centre de Carnoux, derrière la mairie, en haut de la rue Tony Garnier. Amoureux des livres, curieux ou simplement citoyens s’interrogeant sur la complexité des rapports humains, venez nombreux échanger autour de ce thème avec les membres de Katulu ?,

Et le surlendemain, samedi 9 décembre, à partir de 17h, Katulu ? et le Cercle Progressiste Carnussien seront également présents sur un stand installé dans la salle du Mont Fleuri pour proposer à la vente pour des sommes modiques, des livres d’occasions au bénéfice de l’Association française contre la myopathie AFM Téléthon à qui sera reversée l’intégralité de la recette. Là aussi, n’hésitez-pas à venir nous rejoindre sur le stand et à feuilleter les nombreux ouvrages qui seront présentés. Amis des livres, à très bientôt !

L.V.  

KATULU ? n°53

7 juin 2017

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles oeuvres en espérant vous faire partager ses coups de coeur et son plaisir de la lecture. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu53). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures, venez nous rejoindre pour nos prochaines réunions !

Paris est une fête

Ernest Hemingway (1899-1961)

Une trentaine d’années après son passage dans la ville lumière, entre 1957 et 1959, Hemingway travaille sur les « Vignettes parisiennes » nom qu’il donne alors à ses récits de «fragments de vie». Quand Hemingway meurt en 1961 son ouvrage est inachevé et sans titre ! C’est son épouse Mary qui décidera de l’appellation retenue, suggérée par l’expression « A moveable feast » utilisée par Hemingway, un jour de 1950 : « Si vous avez eu la chance de vivre à Paris quand vous étiez jeune, quels que soient les lieux visités par la suite, Paris ne vous quitte plus, car Paris est une fête mobile ».

Il s’agit d’un récit de souvenirs du Paris des années 20, celui qu’Hemingway a connu lorsqu’il y vivait avec sa première femme Hadley. « Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux ». C’est un peu comme si, sortant des photos d’une boîte et regardant chacune d’elles, on se souvenait de l’endroit où on était et des gens avec qui on vivait. C’est donc une collection d’instantanés, chacun illustrant un aspect de la vie parisienne ou une relation.

Il réalise alors son rêve d’écrire, à Paris « La ville la mieux faite pour permettre à un écrivain d’écrire ». Gertrude Stein l’encourage dans cette voie et lui apprend à « décortiquer » son style, le pousse à supprimer tous les mots inutiles et vulgaires : « Vous ne devez rien écrire qui soit inaccrochable ».

La vignette « Nada y pues nada », rédigée en 1961, doit conclure son recueil de souvenirs. Il y fait allusion au traitement d’électrochocs qu’il vient de subir et à sa santé défaillante « Cet ouvrage contient des matériaux des remises de ma mémoire et de mon cœur. Même si l’on a trafiqué la première, et si le second n’est plus ». Il peine à cacher la mélancolie qui s’empare de lui. Quelques temps après il se suicide d’une balle dans la tête.

Antoinette

Ma part de Gaulois

Magyd Cherfi

Ce livre est l’histoire d’un jeune issu d’une famille d’origine algérienne et vivant dans la banlieue de Toulouse, dans la Cité des Izards : « petit beur de la rue Raphaël ». Ce garçon a une famille pour qui l’école a de l’importance et surtout la mère qui durant toute la scolarité de ses enfants a contacté les professeurs pour être sûre que tout se passait bien pour eux.

Deux thèmes sont abordés :

– La Culture, l’apprentissage du Français nécessaire à l’intégration. La place du Français pour Magyd mais souvent le roman fait la part belle au « parler des cités » !

– L’intégration des peuples venus d’Afrique du Nord dans les année 60 et la place des femmes.

L’auteur, Magyd Cherfi (photo © Polo-Garat)

Magyd : un jeune Beur qui voulait être « le Victor Hugo des banlieues », passionné par la littérature, la poésie : « j’étais dans la cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume » mais modeste il sent ses faiblesses et parle même de « scribouillage », il était la plume du quartier ! « A défaut d’être mec, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo »

Malheureusement, le fossé se creusait entre lui et ses potes de la Cité : « on t’aime pas parce que tu nous ressembles et que tu cherches à pas nous ressembler, tu cherches quoi avec tous ces mots que tu apprends ? ». La montée de l’Islamisme et du Salafisme le consterne « J’ai du mal à me projeter tant l’avenir est incertain. Par exemple, plus jeune, je n’aurais imaginé que tant de filles se voileraient. Je m’étais dit la démocratie, la République pour tous vont entraîner une adhésion à des valeurs, à un patrimoine commun ».

Son style met en évidence cette difficulté à se positionner dans la vie : « je dois rester le Magyd de la rue que j’ai été. Si je ne veux pas me perdre, je ne dois pas laisser le Magyd de l’érudition tout seul, alors je dois tricoter les deux langues. Je suis un schizophrène de la littérature, c’est une manière d’être entier. Écrire c’est me chercher et me trouver ».

Josette J.

La vie de ma voisine

Geneviève Brisac

Ce livre raconte la vie d’Eugénie Plocki, née en 1927 de parents juifs polonais, Rivka et Nuchim, pendant la deuxième guerre mondiale. Rivka la mère a quitté son village à 18 ans. C’était l’aînée de 12 frères et sœurs, militante de 20 ans, féministe, dégoûtée des injustices et des violences.

En 1924 elle rencontre Nuchim qui est arrivé en France en 1920. En 1925 naît Eugénie, déclarée française (droit du sol) et en 1928 arrive un garçon Maurice. « Nous n’étions pas riche mais tout allait bien ». La mère, un cerveau, travailleuse infatigable apprend la langue française qu’elle parle sans aucun accent. Le père, lui, raconte la vie de sa famille : les assassinats, le parti, Trotski, la mort de son frère assassiné, les amis arrêtés les uns après les autres.

Geneviève Brisac (photo © Brice Toul / Getty)

En 1936 : voyage à Varsovie pour connaître la famille de la mère, 36 heures de train dans l’Allemagne nazie, Jenny gardera un très mauvais souvenir de ces gens qu’elle ne comprend pas elle dira « je ne me sens pas juive ». En 1940 premières mesures anti-juives les rafles, plus de travail, l’étoile jaune dès 1942, la peur, puis l’arrestation le 16 juillet 1942 : « les enfants français peuvent partir ».

Après vérification de leurs identités, Jenny et son frère sont libérés. Nuchim et Ricka vont dire à leur enfants en quelques minutes tous ce qu’ils savent de la vie des hommes, de l’amour de la vie. Ils ont deux heures pour se dire adieu et la mère explique à sa fille l’inventaire de la maison, la lessive, le repassage, les courses… Ils ne se reverront jamais.

Au milieu des années 1950, Jenny qui est devenue institutrice (elle n’a pas voulu d’autres classes que le cours préparatoire) rencontre Charlotte Delbo qui va lui raconter les camps .

L’auteur a mis tout son art au service de ces événements si tragiques. Au-delà de la vie de Jenny elle raconte d’autres histoires, des personnages qui mériteraient eux aussi un livre. Ce livre est un petit bijou de finesse de sensibilité

Suzanne

Petit pays

Gael Faye

L’auteur raconte l’enfance de Gabriel, dit Gaby, dans une impasse résidentielle d’un quartier bourgeois de Buzumbara, la capitale du Burundi. Il a dix ans et sa petite soeur Ana en a trois de moins. Avec sa soeur, son papa blanc aux yeux verts et sa maman Tutsi réchappée du premier massacre rwandais, il raconte promenades et pique-nique au bord du lac. Avec ses camarades, on participe à ses jeux au bord de la rivière ou à travers les jardins de manguiers. Avec l’institutrice, Madame Economopoulos, on prend part à sa découverte des livres.

L’auteur, Gaël Faye (photo © Jérôme Fouquet)

Mais l’ambiance ludique se dissout lentement. Sa mère quitte son père, la maison et les enfants. Les soupçons racistes apparaissent. La violence se généralise. On tue dans la rue, dans les jardins, puis les maisons. Le père évacue ses deux petits vers la France…

Gaby, à trente ans, retourne au pays pour recueillir un héritage de livres. Tout est apaisé mais il ne reconnaît pas les lieux de son enfance. Murs et barbelés ont remplacé les bosquets de bougainvilliers. Elliptique et insoutenable, la folie colle à l’âme des rescapés !

Gabriel, le narrateur s’est réfugié dans les livres et le déni pour ne pas voir le sang répandu et l’horreur des cadavres allongés si simplement dans les caniveaux, il raconte sans pathos, avec des mots d’enfant bien élevé l’horreur de tous les jours. « J’érigeais ma vie en forteresse et ma naîveté en chapelle ».

Frisson dans le dos ! Le lecteur suit l’auteur sans porter de jugement, s’exclamant comme lui : « quel gâchis, l’Afrique ! »…

Roselyne

Remède de cheval

M.C. Beaton

Agatha Raisin, détective bien connue des lecteurs de M.C Beaton, revient dans son petit village de Carsely, après un séjour aux Bahamas où, sous prétexte d’y passer des vacances, elle cherchait la compagnie du séduisant James Lacey, son voisin qui avait laissé entendre qu’il partait pour Nassau, capitale de l’archipel. Il faut dire que James, colonel à la retraite, est un irréductible célibataire et entend le rester, et sa voisine, elle, une redoutable chasseresse lorsqu’il s’agit de conquérir un homme.

L’auteur MC Beaton

Les autres personnages :

– Paul Bladen, vétérinaire, beau quadragénaire, a ouvert un cabinet à Carsely. Ce dernier ne désemplit pas de toutes ces dames venues avec leur matou.

– Bill Wong, sergent à Carsely, a beaucoup d’estime pour Agatha.

– Lord Pendelberry : propriétaire de chevaux.

Lorsqu’il fait appel au vétérinaire pour s’occuper d’un cheval, c’est le drame dans les écuries : Paul Bladen est retrouvé mort. Accident ou assassinat ? Agatha et James commencent leur enquête.

Une des dames interrogée, Mrs Joseph, qui détestait le vétérinaire parce qu’il avait euthanasié son chat est découverte sans vie dans sa salle de bain ; elle était diabétique… alors le diabète est-il la cause de ce décès ou s’agit-il d’un nouveau meurtre ? L’enquête devient plus dangereuse et Agatha mettra sa vie en péril.

Ghislaine

De l’âme

François Cheng

Cet ouvrage est un recueil de lettres écrites par François Cheng à une amie. C’est le cheminement philosophique, empreint de poésie, de l’intime conviction spirituelle de François Cheng, en tant que Chinois, taoïste et chrétien, qui est tracé au fil des lettres.

L’académicien François Cheng

Il exprime des interrogations : le cœur, morceau de chair qui bat est-il le moteur de la vie, ou bat-il au nom du principe de vie, un vouloir vivre, un désir d’être qui maintient le cœur en marche ? Ces interrogations le conduisent du simple  « niveau instinctif du vouloir-vivre » à un « désir d’être » plus élevé, celui du « Désir initial grâce auquel l’univers est advenu ». L’âme lui semble en nous depuis notre naissance, d’abord en tant que pré-langage : « l’esprit raisonne, l’âme résonne », « l’esprit est Yang, l’âme est Yin ».

L’esprit est là pour prendre conscience de la réalité de l’âme. Elle demeure le fait de l’unité de la présence de l’Un dans l’univers. L’âme, marque de l’unicité de chaque personne, lui assure « une unité de fond et, par là, une dignité, une valeur, en tant qu’être ».

L’âme n’exclut pas la souffrance, souffrance qui appelle le partage qui nous relie. « Le fait que chaque être est unique ne l’isole nullement dans un écrin exceptionnel »… La souffrance seule peut éventuellement l’arracher à sa vanité illusoire » et le rendre ainsi « capable d’accorder à l’autre respect et valeur, base à partir de laquelle naît la possibilité de l’amour ».

Dans les dernières pages de son livre, François Cheng se questionne « Suis-je dans le vrai ? C’est une question qui me dépasse ». Toutefois l’âme demeure pour lui, même si le corps entre en déchéance et l’esprit en déficience.

Ce livre ne donne pas une définition de l’âme, il n’affirme rien. Il s’agit plutôt d’une invitation à accompagner l’auteur sur le chemin de sa pensée. Il nous fait découvrir, en nous éblouissant par l’immensité de sa culture, par son extrême sensibilité, sa vision poétique de la vie.

Antoinette

No Home

Yaa Gyasi

Du 18° au 20° siècle, l’auteur fait vivre (de façon alternée) la descendance respective de deux demi-sœurs qui ne se connaîtront jamais. Une branche restera en Afrique, sur la côte de l’Or (Ghana), l’autre sera « embarquée » comme esclave en Amérique du Nord.

L’auteur, Yaa Gyasi

Chaque chapitre (14 en tout) est une véritable « nouvelle ». On laisse un personnage pour retrouver sa descendance 15 ou 20 ans plus tard dans un chapitre suivant. Ces ruptures donnent au livre un rythme très particulier, « le lecteur en sachant plus que chaque personnage sur ses ascendants ».

Le sujet unique de ce roman : où et quand finit l’esclavage ? Que ce soit en Afrique ou en Amérique, cette histoire familiale retrace la souffrance des êtres humiliés, meurtris par leurs semblables, des vies déchirées, anéantis par la soif de pouvoir et d’argent. L’Histoire se répète et, de chapitre en chapitre, l’espoir est une lueur bien faible.

Qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui, « être noir » aux États-Unis ? Un livre passionnant, fort, sans pathos, une réflexion historique, un regard sur un phénomène bien trop souvent classé comme « du passé ».

Marie-Antoinette

Article 353 du Code Pénal

Tanguy Viel

Le décor est posé dès les premières pages : le meurtre… Puis c’est l’accusé face au juge : un long monologue, à la première personne. Il parle au juge, il se parle à lui-même. Il explique, il constate, se dévoile, garde ses secrets.

L’auteur, Tanguy Viel (photo © Patrice Normand)

Une écriture adaptée au personnage : un quinquagénaire, ouvrier licencié des chantiers navals, courageux, bosseur ; un fils qu’il élève seul ; l’épouse est partie. Un homme vieilli par les infortunes et les échecs, un homme floué par les promesses d’un promoteur ; d’autres se sont suicidés.

« Un grand roman social » dans la France des années 80, les années « fric » et la question : la violence physique est-elle légitime face à la violence des puissances de l’argent ?

Un livre d’une force et d’une intensité impressionnantes non seulement par les idées qu’il défend mais aussi par son style d’écriture. Et puis il faut lire l’article 353 du Code de procédure pénale… un conseil bien utile pour certains !

Marie-Antoinette

Deux petits pas sur le sable mouillé

Anne-Dauphine Julliand

C’est le récit de la vie d’une famille où une petite fille est atteinte d’une maladie génétique orpheline, la leucodrystrophie métachromatique, qui se traduit par la destruction progressive de la myéline, la gaine des nerfs qui permet la transmission de l’influx nerveux. La petite fille a deux ans et on a remarqué qu’elle ne marchait pas normalement d’où le titre. Elle mourra un an et demi plus tard.

Au moment où la famille apprend ce dont souffre leur petite fille, la mère est enceinte. Elle ne veut pas savoir si le fœtus est atteint ou pas. Ils vont vivre une fin de grossesse difficile. La naissance se passe bien. C’est une autre petite fille. Malheureusement elle est aussi atteinte du même déficit. Les médecins leur proposent une greffe de moelle osseuse pour essayer d’enrayer cette maladie. C’est ce qu’ils vont faire en déménageant toute la famille de Paris à Marseille le temps de la greffe soit 4 mois.

Anne-Delphine Julliand (source : La chaîne du coeur)

Pendant ce temps la première petite fille a plusieurs fois besoin de soins hospitaliers. Les deux enfants seront donc à la Timone à des services différents. On imagine l’organisation familiale pour réguler la présence des parents auprès du tout petit bébé 5 mois et auprès de l’autre petite fille.

Aucun misérabilisme. Ce livre est un concentré de résilience, vivre jour après jour en se saisissant de tout ce qui peut être positif. C’est un concentré de solidarité intra et extra familiale, une œuvre coordonnée avec les soignants pour éviter la souffrance et privilégier le bien être de l’enfant. Appeler à l’aide quand on est au fond du trou, prendre quelques jours de congé même si toute la famille n’est pas ensemble pour souffler, pour vivre avec l’aîné des enfants un petit garçon qui va bien. C’est un hymne à l’Amour, à la force du lien entre les parents, les enfants, la nounou la famille, les amis, ce qu’ils sont capables de mobiliser et de donner. « Il faut ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie ».

Cécile

Comment Baptiste est mort

Alain Blottière

Enlevé dans le désert par un groupe de Djihadistes avec ses parents et ses frères, Baptiste sera le seul libéré après plusieurs semaines de captivité. L’auteur nous fait entrer dans la tête d’un adolescent qui a vécu l’indicible, la destruction lente et préméditée de sa personnalité qui le transformera en tueur.

L’auteur, Alain Blottière

Le roman alterne entre un dialogue (débriefing avec un psychologue) et la narration des événements. Les nombreuses pages de dialogue sont présentées de façon originale : topographie particulière, phrases courtes, avec des espaces figurant les silences, le mystère, les secrets, les zones d’ombre, comme un halètement. Une manière d’écrire qui fait passer l’effroi, qui glace.

Peu à peu se révèle l’histoire extraordinaire et cruelle vécu par Baptiste que ces ravisseurs appellent « Yumaï ». Baptiste est mort, survit Yumaï… Mais à quel prix ?

Un sujet d’actualité des plus brûlant (l’auteur s’est inspiré d’un fait réel), traité de façon magistral. Un livre terrifiant, glaçant qui ne peut laisser indifférent.

Marie-Antoinette

Un trou dans la toile

Luc Chomarat

Thomas, un créatif travaillant dans une grande agence de publicité, sentant venir son licenciement, accepte un poste d’observateur dans une agence para-gouvernementale.

L’auteur, Luc Chomarat

Sous la direction de Buzzati, il doit prouver l’existence ou la non-existence de « l’inconnu » qui sévit sur la toile. Qu’il le traque Outre Atlantique ou qu’il le cherche avachi les pieds sur son bureau, il a ressenti sa présence par deux fois.

Sa très ravissante femme Liane, Omar son petit garçon de trois ans, Fjord la glaciale fille de sa femme, son ami d’enfance Christian et Emile, le geek qui travaille à ses cotés, ne pourront le retenir. Happé par sa recherche, au hasard de ses pas, il va franchir le rideau de perle au fond d’une ultime boutique de souvenirs.

Le web n’apportera pas de réponse à son aventure personnelle. Trouvera-il une solution métaphysique pour apaiser ses doutes ? Drôle de héros pour un triller virtuel.

Roselyne

Maman a tort

Michel Bussi

Malone, 3 ans, et Gouti, son doudou, sont les personnages phare de ce polar bien ficelé dans lequel on se rend compte qu’on a rien compris, quand on croyait avoir compris.

L’auteur, Michel Bussi

Quel rapport entre ce cambriolage qui tourne mal et l’enfant ? Et ce doudou, c’est un chien, un cochon ? De quel pouvoir est-il doté pour avoir un tel ascendant sur l’enfant ?

Vasile, le psychologue scolaire est le seul à croire Malone qui affirme que sa maman n’est pas sa vrai maman. Les souvenirs d’un enfant de cet âge s’effacent vite, mais ceux de Malone semblent tenaces. Vasile fait part de ses doutes à la commandante Marianne Augresse qui enquête sur le cambriolage et aura du mal à débrouiller les fils de cet écheveau tout en essayant de donner un sens à sa vie.

Et sans être un roman à l’eau de rose, des rayons de soleil viendront éclairer le mot F I N.

Josette M.

Quelques titres à partager : « ma valise » pour l’été

QUAND ROMAN RIME AVEC POÉSIE

Le poids du papillon – Erri De Luca

Face à face entre le chamois, « le Roi » de la harde d’une taille et puissance exceptionnelle et le braconnier qui veut abattre le seul animal qui lui a toujours échappé. Entre eux deux il y a la délicatesse des ailes d’un papillon blanc : « ce fut la plume ajoutée au poids des ans, celle qui l’anéantit ». Ce récit est « une épure poétique d’une très grande beauté. Erri De Luca un talent de conteur hors du temps ».

Le dimanche des mères – Graham Swift

Comme chaque année les aristocrates anglais donnent congés à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère le temps d’un dimanche. Que faire quand on est orpheline ? Le destin en cette journée de 1924 transformera une jeune servante en écrivain. Raffinement, délicatesse, sensualité et nostalgie, « un petit chef-d’œuvre, concis et grisant à la fois ».

Luxueuse austérité – Marie Rouanet

Luxueuse austérité, c’est la vie dans le décors d’autrefois où la maîtresse de maison donnait sa vie du lever au coucher du soleil pour les travaux innombrables. L’eau est précieuse, la terre aride, l’argent rare… Luxueuse austérité, c’est la vie comme autrefois ; c’est retrouver les gestes d’antan ; c’est redécouvrir les odeurs, les bruits de l’homme, de la nature. Luxueuse austérité, c’est apprivoiser le silence, c’est redonner la valeur aux mots. Une vie dépouillée source de joies insoupçonnables. Une écriture poétique incroyable… Un enchantement !

Le rouge vif de la rhubarbe – Audur Ava Olafsdottir

Dans une nature « close », l’Islande, une histoire toute simple : tendresse des personnages, splendide nature, longue nuit d’hiver, trop longs jours de lumière d’un été très bref… et les rêves d’une petite fille handicapée, conçue dans un champ de rhubarbe sauvage. Une poésie à découvrir.

Le bureau des jardins et des étangs – Didier Decoin

Un « faux » roman japonnais du 12° siècle : portrait de Miyuki, jeune veuve, qui doit remplacer son mari et entreprendre à pied un périple de plusieurs centaines de kilomètres. C’est l’art de la description : chaque page est pleine de détails, de précisions sur les gens, les gestes, les habits, les lieux, les ambiances. Ce sont aussi des lignes où l’érotisme perle avec beauté, délicatesse, volupté. C’est encore l’Empire des sens où la subtilité des odeurs trouve son apogée lors du concours des parfums « takimono awase ». Un livre modèle d’écriture, très construit. Un peu trop parfait… ?

VOYAGE DANS UN AUTRE LANGAGE

L’homme qui entendait siffler une bouilloire – Michel Tremblay

Connaissez-vous le français- québécois : le joual ? Une découverte dans ce roman qui au-delà de l’écriture est une leçon de vie : comment l’homme réagit-t-il lorsque la maladie devient partie intégrante de son être ? 179 pages de lutte pour trouver la solution en un seul mot.

Des coccinelles dans des noyaux de cerises – Nan Aurousseau

Un tueur en série, rusé, intelligent, qui sculpte des coccinelles dans des noyaux de cerises mais surtout qui arnaque un voyou du grand banditisme, c’est rare, c’est très fort ! Un récit à la première personne, « une histoire solide, qui tient debout » comme dit son auteur, de l’humour noir, une tragédie sans pathos… inspirée de faits réels. Il faut se laisser surprendre par le style d’écriture « inventé pour ce récit ». Étonnant, surréaliste !

Les Harmoniques – Marcus Malte

Lorsque la poésie et le jazz se transforme en concert littéraire ! Un polar saisissant, rude… et une plongée dans la guerre de l’ex-yougoslavie qui remplit d’effroi.

RÉFLEXIONS POUR LE MONDE D’AUJOUD’HUI

Le silence même n’est plus à toi – Asli Erdogan

Chroniques de la romancière turque qui lui valurent son emprisonnement en août 2016 suite à la tentative du coup d’état de juillet. Libérée quatre mois plus tard suite à des pressions internationales, Asli est sous surveillance en attente de procès. Son délit : écrire dans un journal pro-kurde pour dénoncer toutes les atteintes à la liberté d’opinion ; se battre pour les droits des femmes. « Briser l’étau du silence », tel est l’objectif des éditions Actes Sud. Un témoignage d’une dureté extrême sur la Turquie actuelle,d’une écriture magnifique ce qui le rend encore plus poignant. Faire de la lecture de ce livre un témoignage de solidarité.

Il se passe quelque chose – Jérôme Ferrari

L’auteur réunit dans un ouvrage des chroniques (22 textes) qu’il a écrites de janvier à juillet 2016 dans le journal « La Croix ». « Elles s’intéressent toutes à un certain usage du langage et, plus exactement, à la façon dont les mots perdent tout contact avec la réalité. » De la déchéance de la nationalité à la liberté d’expression, de la réforme de l’orthographe à la rhétorique des hommes politique, il donne aux lecteurs des éléments objectifs ou critiques. Professeur de philosophie, pétri de classicisme J. Ferrari oblige à la réflexion, qu’on apprécie ou non sa dialectique.

Marie-Antoinette

« Cinq zinnias pour mon inconnu »

6 avril 2017

Tel est le titre du livre qu’est venue nous présenter son auteure : Marie-France Clerc, lors d’une session de Katulu ? ce dernier jeudi du mois, soit le 30 mars, à la salle Albert Fayer à Carnoux devant un public d’une vingtaine de personnes.

Les grands parents de Marie-France Clerc ont immigré d’Ukraine vers la Pologne en 1921 où la mère de Marie France Clerc est née, puis ils vont s’installer en Lorraine dès 1923. Ils seront naturalisés français en 1938. Cet épisode de l’exil sera très douloureux pour la famille de Marie-France qui n’en parlera que difficilement. Seules des chansons ou des histoires d’enfants du pays perdu vont nourrir les premiers souvenirs de notre oratrice. A l’occasion de la retraite elle ressent le besoin de faire des recherches puis d’écrire pour se libérer de toute cette angoisse dont elle a hérité de ses parents et grands-parents. Ce sera un livre sous le mode de roman, à l’adresse de ses petits-enfants, s’inspirant de ce qu’elle a retrouvé de ce passé enfoui.

Marie-France Clerc à Carnoux

M.F. Clerc nous parle d’abord de l’histoire de l’Ukraine en général mal connue. Si nous avons une certaine mémoire récente de la Révolution Orange, Maïdan, les manifestations et la répression sanglante vues à la télévision… nous sommes bien en peine d’avoir une idée plus précise de l’histoire de cette nation où la position de Kiev était prépondérante dès le 8ème siècle !

L’Ukraine, d’une superficie semblable à celle de la France, avec 46 millions d’habitants est une nation particulièrement riche en ressources agricoles et minières. Tout au long de l’histoire après avoir été le premier état slave et le plus puissant d’Europe aux 11 et 12ème siècles, l’Ukraine fut asservie par la Russie tsariste, les Polonais, les Turcs, avec quelques périodes de relative indépendance en particulier entre 1917 et 1920 avant l’annexion par la Russie Soviétique. Ce pays a vécu de terribles périodes de famine entre 1930 et 1933, puis la grande terreur entre 1937 et 1938 avec la purge des élites au cours de laquelle des centaines de milliers de personnes ont disparu. Ceci a contribué à la position mitigée vis-à-vis des Allemands tout d’abord accueillis comme libérateurs en 1941 puis combattus du fait des mauvais traitements infligés, sans parler de la solution finale pour les Juifs.

Aujourd’hui, après l’éclatement de l’URSS en 1991 et la programmation de son autonomie, l’Ukraine doit se « désoviétiser ». Il existe 13 langues en Ukraine avec une dominante de l’ukrainien mais aussi du russe : 70 ans de régime communiste soviétique et 300 ans d’interdiction de l’ukrainien ne s’effacent pas du jour au lendemain.

M.F. Clerc avec Marie-Antoinette Ricard (Katulu ?)

Durant cette rencontre avec l’auteure, nous avons aussi parlé de littérature avec Gogol, Chevtchenko, Kourkov, un Ukrainien qui écrit en russe : « Le pingouin », « Le journal de Maidan »…

Le livre de Marie-France Clerc n’est pas historique. C’est la transmission de la mémoire et la réconciliation avec le passé. Lorsqu’elle l’acheva, elle put enfin se rendre sur la terre de ses ancêtres, retrouver de la famille, prendre connaissance des archives et découvrir un peu de la véritable histoire des siens.

Ce roman est construit sous la forme d’une intrigue qui ne peut être résumée sans la déflorer ! Alors pour plus de détail il faut lire ce livre.

Une excellente soirée très animée par de multiples questions qui s’est terminée de façon tout à fait conviviale autour du verre de l’amitié.

                                                                                                           Cécile T.

Katulu ? : rencontre d’auteur à Carnoux

26 mars 2017

Marie-France Clerc dédicaçant son ouvrage en août 2016 (photo R. Beneat publiée dans Le Télégramme de Brest)

Le groupe de lecture Katulu ? Organise la semaine prochaine une rencontre ouverte à tous avec Marie-France Clerc, qui présentera son livre intitulé « Cinq zinnias pour mon inconnu ». Cette séance publique se tiendra jeudi 30 mars à 18 h dans la salle Fayer, située à Carnoux, derrière l’hostellerie de la Crémaillère, rue Tony Garnier.

C’est l’occasion de venir découvrir et dialoguer en direct avec l’auteur de ce livre publié en 2016, une fiction « où tout est vrai » , qui nous plonge dans l’histoire de l’Ukraine. Les grands-parents de Nathalie ont fui la Révolution de 1917. Installés en France, ils parlaient peu de leur Ukraine natale. Aujourd’hui Nathalie, devenue grand-mère à son tour, réclame en Ukraine les actes de naissance de ses grands-parents. Mais c’est un tout autre document que lui adressent les archives de Vinnytsia…

Venez découvrir la suite en rencontrant l’auteur de ce roman étrange et envoûtant, jeudi prochain, à l’occasion de cette invitation du groupe de lecture Katulu ?

M.-A. Ricard

KATULU ? N°52

7 mars 2017

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous emmène découvrir de nouveaux ouvrages en espérant vous faire partager ses coups de coeur et son plaisir de la lecture. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de l’ensemble de ces livres (katulu-n52). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures, venez nous rejoindre pour nos prochaines réunions !

 

Chanson Douce

Leila Slimani

« Chanson douce » ou le roman de la fracture sociale, élu Prix Goncourt 2016. Roman du conflit – universel- entre ambitions professionnelles et raisons familiales.

Faut-il apprendre à voir ? Faut-il apprendre à lutter contre l’indifférence, la désinvolture, la négligence, la passivité ? Faut-il oublier l’insouciance, la naïveté ?

Leïla Slimani (photo C. Hélie © Éditions Gallimard)

Un double infanticide ouvre le roman. Le genre de ce roman est donc un thriller  dans lequel le lecteur est réduit à remonter le temps, le décrypter, le décliner, l’analyser. Et ceci afin de comprendre cet horreur, ce malheur. Le lecteur est ainsi empoigné par la force de la pensée de l’auteur qui est derrière chaque page et opère une fascination troublante sur notre esprit.

Ce roman est le portrait glacial de notre société. D’un côté des petits bourgeois en quête de réussite sociale et devenant ainsi à leur insu patrons de petites gens à leur service. En effet la soumission, l’obéissance servile de Louise (la nourrisse) va plonger le couple qui l’emploie dans leurs habits de maîtres et peu à peu va glisser vers l’exploitation de l’homme par l’homme.

L’auteur trace selon une coupe chirurgicale parfaite chaque personnage. Le style est pareil à un stylet précis, sobre. Rien n’est en trop, chaque détail sert à l’intrigue, à la vérité de l’instant, chaque élément du décor sert à situer les personnages.

De ce roman se dégage une musique « douce » lancinante aux relents effroyables, effrayants. L’auteur nous tend un miroir qui nous laisse pétrifiés, sidérés, honteux face à cette fracture sociale que l’on ne veut pas voir, avec ses excès de maltraitance ou de condescendance des plus riches envers les plus démunis. Elle nous force à sentir le poids de cette solitude et la misère des plus démunis qui poussent toujours à la haine et au crime parfois.

Le mystère de Louise reste entier. La vérité de chacun reste une part inavouable ou inaccessible à l’autre. Cet instant où tout bascule reste notre « chanson douce » insondable.

                                                                                                           Nicole


Contrepoint

Anna Enquist

Le titre indique tout de suite le rapport avec la musique, « le contrepoint » étant la superposition de deux ou plusieurs lignes mélodiques. Pour les profanes en matière musicale, le contrepoint fait penser à notre petite musique intime secrète qui se cache en chacun de nous comme une doublure invisible.

Ce qui m’a paru intéressant dans ce roman, c’est le travail de captation du lecteur, et ceci dès la présentation du premier tableau : une femme devant un piano, un crayon à la main, face à une partition de Bach, « Les Variations Goldberg ». On se trouve tout de suite emporté dans la fusion des sentiments, des aspirations, des tensions de l’auteur. Son écrit devient musique et nous entraîne malgré nous dans cette confusion structurée des impressions et des volontés. On passe de la légèreté à la gravité, de la joie à la tristesse. On vit la musique.

L’auteur, Anna Enquist

On s’approprie à travers Bach, dans un grand dénuement et naturel, de la vérité d’une « femme » de l’enfant, de la « fille ». Le portrait est tout en anonymat et délicatesse. Le lecteur a été averti dès les premières pages du livre d’une perte, d’un vide, d’un traumatisme. On devine le drame, on vit la dévastation de cette femme qui adhère à cette philosophie dans laquelle le passé est ce qui est devant alors que l’avenir n’est que derrière avec cette force de l’imprévu.

La vie c’est recevoir une chose puis c’est aussi devoir y renoncer. Selon elle, dans la vie « tout arrive deux fois ». Il y a le tragique et la farce. Le tragique vous arrive comme une vague ensuite il y a la phase de farce, celle de l’observation et ce besoin de l’effort anesthésiant, ce besoin de travail pour chasser l’absurde.

Ce livre est un chemin, un apprentissage, un message initiatique, un viatique de l’au-delà. Il nous faut donc entendre ce Contrepoint -malgré nous- et pour notre gloire. Éternel Sisyphe que nous sommes !!! C’est un livre empreint de sensibilité, de simplicité dans l’expression des sentiments, sans doute une plongée dans la technicité de l’art ou seulement dans la curiosité de la découverte de ces Variations Goldberg.

Le lecteur peut aussi s’arrêter à cette leçon de justesse, délicatesse discrétion, dignité, ce chagrin parmi tant de poésie et croire en l’art qui sauve et retenir cette belle image de la fille « embrassée par des papillons ».

                                                                                                     Nicole

 

Dans la peau d’une djihadiste

Anna Erelle

Anna Erelle est journaliste ou plus exactement pigiste dans deux journaux parisiens. Chargée de rendre compte de ce que vivent les familles dont les enfants sont partis en Syrie, elle va  se faire passer pour une jeune fille convertie récemment à l’Islam sous le nom de Mélanie et prendre contact avec Daech par internet, ceci en accord avec la direction de son journal.

Elle va tomber de façon extrêmement rapide et facile par internet sur un chef djihadiste qui va la harceler, nuit et jour, la féliciter pour sa beauté, lui promettre très rapidement le mariage et la vie facile en Syrie en accord avec l’Islam, avec la soumission de la femme et évidemment la guerre contre les impies. Le livre détaille les relations en particulier par Skype que vont avoir cette pseudo jeune fille de 20 ans avec cet homme de 38 ans. Un départ en Syrie est organisé mais n’aboutira pas.

Cette expérience périlleuse a permis, de mettre en évidence la facilité avec laquelle Daech entre en contact avec des inconnus, les convainc de partir, avec des promesses qui ne reposent sur rien et un discours semi religieux, les incitant à surtout ne pas réfléchir, faire confiance à cet homme dont les promesses vont d’ailleurs évoluer en fonction du temps, laissant en particulier beaucoup d’approximations quant à l’arrivée en Turquie ou en Syrie, un voyage où les accueillants finalement ne sont pas là et pour lequel il faut trouver d’autres solutions de dernier moment. On imagine facilement le nombre de jeunes garçons ou filles qui ont dû se trouver particulièrement seuls, perdus et qui ont dû accepter n’importe quelles conditions de vie après leur départ de France.

Les services secrets français vont d’ailleurs pouvoir récupérer un certain nombre d’informations en particulier à propos de ce chef djihadiste français qui a été repéré dès 2003. Il s’en suivra des conséquences sur la vie d’Anna qui doit changer de journal, d’appartement et de domaine d’investigation. Une fatwa a été lancée contre elle (p. 249).

Un livre qui se lit très vite comme un thriller et qui met bien en évidence le rôle de première importance que jouent les réseaux sociaux auprès des jeunes prêts à vivre une aventure supposée les sortir de la morosité de leur vie, de leur non reconnaissance par leur entourage, répondant à des arguments finalement relativement peu convaincants pour des personnes adultes.

Comment lutter contre ces enrôlements que l’on sait très importants, quand on voit aujourd’hui qui sont les auteurs des attentats de ces deux dernières années ?

Cécile

 

Heureux les heureux

Yasmina Reza

Le titre « Heureux les heureux » évoque les huit Béatitudes du Sermon sur la montagne (Matthieu), formule reprise par Jorge Luis Borges « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour. Heureux les heureux. »

Un roman choral, récompensé par le Prix littéraire français Le Monde 2013, qui emboîte les êtres et les histoires et qui aborde des sujets aussi universels que l’amour et l’amitié, la vie et la mort, le couple et la famille, le pouvoir, la filiation, la maladie…

L’auteur, Yasmina Reza

Il se présente sous forme de courts chapitres, chacun portant le nom d’un personnage. Les récits de la vie des personnages sont écrits à la première personne. Les décors sont des lieux quelconques comme un supermarché. C’est donc une comédie humaine contemporaine.

Les personnages, écorchés vifs se débattant avec la vie qui s’échappe, les rêves et les idéaux, la spiritualité. Ils sont plus ou moins liés les uns aux autres : ce sont des maris, des filles, des pères, des maîtresses, des épouses, des collègues. Ce sont dix-huit individus qui prennent la parole et donnent des points de vue différents sur certains des événements de leur vie

Les heureux de ce récit nous ressemblent. Ils racontent nos aptitudes aux affres : s’ennuyer, subir, s’affronter, se tromper, blesser, déchaîner son sadisme. Dans de telles occupations quotidiennes, difficile de trouver son bonheur ! Ces « heureux » sont des tourmentés.

Ainsi, en plein XXIe siècle, seul, en famille, avec amant, maîtresse, même pourvu de smartphone, l’Homme est inexorablement seul.

                                                                                                           Antoinette

 

Parler d’amour au bord du gouffre

Boris Cyrulnik

C’est un essai dont le thème est la résilience, soit la capacité de chacun, à tout âge, à surmonter les épreuves et à se remettre des traumatismes. Il décrit et analyse des cas de résilience adulte, expliquant l’incidence de ces histoires de vie sur le couple et la fonction parentale. La démonstration est ainsi faite de la possibilité de surmonter de graves blessures affectives et d’entreprendre le « travail de revivre ».

L’auteur, Boris Cyrulnik

C’est un ouvrage qui nous concerne et qui nous instruit en donnant des éléments de réponse aux questions sur notre propre vie, sur celles de nos proches. Il éclaire certains de nos comportements. Il donne de l’espoir en nous montrant qu’il n’y a pas de fatalité, pas de déterminisme. Penser le traumatisme nous amène à comprendre qu’un être meurtri n’est pas condamné à le rester.

La résilience permet de surmonter les épreuves, à tous les âges et dans tous les domaines de la vie. La résilience est en effet liée à l’amour, l’amour permet la résilience, et la résilience permet l’amour, c’est ce lien qui lui donne sa valeur salvatrice. L’amour apparaît comme le remède !

L’intérêt de de ce concept faisant appel à plusieurs disciplines (psychiatrie, neurologie, psychologie, éthologie) permet de montrer les fondements biologiques, physiologiques de nos comportements. Ainsi, la résilience qui préconise de donner une représentation au traumatisme en le remaniant par des images ou des mots, a un effet concret sur notre cerveau, sa « reconfiguration » pouvant être observée par l’imagerie médicale.

                                                                                                           Antoinette

 

A l’ombre des cerisiers

Dorte Hansen

Au « Vieux Pays », en 1945, dans une campagne de Prusse occidentale, entre l’Elbe et la mer : on y parle encore le Platt, sorte de vieil allemand. Les protagonistes : Ida Eckhoff, veuve et propriétaire terrienne, Karl Eckhoff, son fils, revenu de la guerre, la jambe raide et l’esprit dérangé, Hildegarde von Kamcke, musicienne, veuve et réfugiée Prusse orientale, Vera von Kamcke, ses deux filles et Anne sa petite fille.

C’est une arborescence humaine à laquelle répondent les hautes silhouettes des cerisiers et des pommiers dans les champs. La composition évoque le style de Bruegel l’ancien, peintre de froidure rythmée de groupes humains plongés dans des historiettes qui s’interpénètrent et se répondent en un grand souffle vital.

L’auteur, Dorte Hansen

Généalogies de femmes ancrées à la terre : on les en prive, elles meurent comme Ida qui se pend dans sa grange. Ou encore, elles s’échappent de cette gangue pour y revenir âpres, taiseuses mais plus fortes car il faut se protéger face au futur instable. Souvent épousées pour leurs biens, elles protègent leur nichée et leurs hommes travaillent dur pour perpétrer les traditions.

Anne, la petite fille, mère célibataire, revient au village pour trouver un sens à sa vie et la sécurité pour son enfant Léon. Elle restaure l’antique construction ; c’est son havre, son ancrage… peut-être le vrai sujet du récit,  annoncé dès la première page : « la maison gémissait, elle ne sombrerait pas. Son toit hérissé tenait bien sur ses poutres. Les intempéries avaient altéré l’inscription du pignon … écrite en Platt : MIENNE EST CETTE MAISON ET PAS TANT MIENNE, QU’APRES MOI LA DIRA AUSSI SIENNE.

La transmission et l’intégration se sont réalisées en trois générations. La maison est, vivra… Le petit Léon y grandira dans la joie et la tendresse de sa mère et de sa grand-tante.

Roselyne

 

Le grand marin

Catherine Poulain

Un livre envoûtant : vous embarquez avec Lili et vous ne décrochez plus.

« Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska ; mais y arriver à quoi bon…. Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue. De malheur. Je pars. » Ces deux lignes résument cette expérience de vie : tout quitter, se plonger dans une autre vie, pour ne pas mourir ou pour renaître ?

L’auteur, Catherine Poulain

Alors c’est Kodiak en Alaska « Je voudrais qu’un bateau m’adopte » : ce sera le « Rebel ». Il va falloir faire ses preuves. C’est la découverte des hommes, ceux qui embarquent, qui sentent la bière, chiquent du tabac, crachent, peignent la ville en rouge (ça veut dire aller se cuiter). C’est la tournée des bars, des bordels où les indiennes attendent… C’est le « shelter » l’asile de nuit, abri du frère Francis, quand on n’a pas d’argent pour l’hôtel…

A chaque retour de pêche l’auteur nous replonge dans l’atmosphère glauque du port, un monde déglingué qu’elle fait vivre avec force par des portraits saisissants des hommes à la dérive qui ne se révèlent que lorsqu’ils affrontent la mer. Et on ré-embarque, pêche à la morue noire, pêche au flétan.

Une expérience physique et mentale, d’une rudesse hors du commun pour celle que les hommes appellent « le moineau », qu’elle raconte dans un style simple, clair, sans pathos (et pourtant cela serait tentant), avec une fluidité et un certain suspens qui vous prend et vous emmène jusqu’au bout… au bout du livre, au bout de l’interrogation sur le sens de la vie !

Et puis il y aura le « grand marin », le temps d’une saison… Chacun repart de son côté. Le temps des « attaches » est passé…

Après 10 années passées dans le Grand Nord, l’auteur vit entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc : bergère, ouvrière viticole… Libre.

Marie-Antoinette

 

L’amie prodigieuse

Elena Ferrante

Dans un quartier pauvre de Naples, vers 1950, deux amies d’une dizaine d’année, Elena dite Lunù et Raphaela dite Lila, sont de brillantes écolières poussée par la maîtresse Madame Oliviero vers des études plus évoluées. La famille d’Elena accepte, celle de Lila, pourtant plus douée, refuse.

Sur fond d’histoire de quartier coincé entre talus et voie ferrée, parlant encore le patois napolitain, mêlant travail, mafia, scandales locaux, dettes et adultères, les fillettes vont fonctionner comme des vases communicants : Lila, plus dynamique, insuffle sa hargne et son génie à son amie jusqu’à un arrêt brutal dû à la nécessité de venir en aide à son frère Rino et son père le cordonnier Fernando Cerullo.

L’auteur, Elena Ferrante

Leur route se sépare. Lila est le point de départ d’une création d’entreprise de chaussures pour laquelle elle accepte d’épouser un riche jeune voisin et camarade d’enfance. Lenuccia continue jusqu’au bac, voire plus loin, comme elle le promet à son amie.

Certains épisodes comme l’expédition des jeunes du quartier vers le centre de Naples et leur rencontre violente avec des jeunes des « Beaux Quartiers » laissent supposer une suite bouillonnante de tensions sociales ou psychologiques.

Ce premier tome se termine par le mariage de Lila, selon les traditions méridionales où les plus pauvres se ruinent pour paraître. Richesse des histoires familiales qui s’entrecroisent en fresque populaire. Subtilité d’approche d’une amitié d’enfance oscillant entre la rugosité et la grande tendresse.

Un livre plein de clarté et de fluidité, agréable à lire. Une saga populaire. Les suites : « Le nouveau nom », « Celle qui reste et celle qui fuit ».

Roselyne

 

Manderley for ever

Tatiana de Rosnay

Ce livre débute par la première phrase du roman de Daphné du Maurier « Rebecca » : « j’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley ». Il y a des lectures qui peuvent vous marquer à jamais. C’est sans doute ce qui a eu lieu pour l’auteur lorsque sa mère lui offre « Rebecca », une révélation pour la petite fille de 12 ans : « je voulais déjà être romancière, j’étais possédée ».

L’auteur, Tatiana de Rosnay

Certaines scènes de ce roman restent en mémoire et font vivre Daphné loin des clichés de l’époque. Elle qui ne comprenait pas pourquoi elle avait un nom français se réfugie dans un pays imaginaire, se créant un double masculin qui lui permet d’exprimer ses instincts de garçon manqué : Menabilly le manoir abandonné auquel elle redonna vie, qu’elle habitera pendant plus de 20 ans et qui lui inspirera le château de Rebecca, ses amours féminines sensuelles ou platoniques qui ne l’empêcheront pas d’être profondément amoureuse de son mari.

Sous la plume de Tatiana de Rosnay, Daphné devient un personnage de roman « mais tout est absolument vrai je n’ai rien inventé ». Elle a rencontré les enfants et petits-enfants de la romancière, elle a lu tous ses livres, elle est allée à Mayfair, à Hampstead, à Meudon en Cornouailles. Elle a noué des liens d’amitiés avec Tessa une de ses filles qui lui a confié des lettres échangées avec sa mère. Elle y a découvert la facette méconnue de la romancière qu’on disait froide et préférant son fils.

L’auteur rend un vibrant hommage à Daphné qui l’a fascinée pendant son enfance et dont le parcours a guidé le sien au point d’avoir surnommé son bureau Manderley. Après cette lecture j’ai évidemment lu « Rebecca » qui m’a enchantée. Je vous recommande ces deux livres.

Suzanne

The Heir (l’héritier)

Vita Sackville West

Victoria Sackville West, dite Vita, naît en 1892 au château de Knole dans le Kent, d’une famille noble et très riche. « Poétesse, romancière, essayiste, biographe, traductrice, et….jardinière », c’est dire qu’elle s’intéressait à tout !

En 1913 elle a 21 ans et épouse Harold Nicolson. Ils resteront unis jusqu’à la fin en un mariage improbable, chacun d’eux se revendiquant comme bisexuel. Son mari fait de la politique, il est ministre de Churchill durant la seconde guerre mondiale. Le couple voyage beaucoup, au Moyen-Orient en particulier.

Victoria Sackville West

En 1928, à la mort de son père, la loi anglaise qui exclut les filles, l’empêche d’hériter du château de Knole. C’est un traumatisme pour la jeune femme et plusieurs de ses romans traiteront de l’amour que l’on peut éprouver pour un lieu, amour aussi puissant, plus puissant peut être, que celui que l’on a pour une personne.

Vita commence à écrire en 1919, alors qu’elle a 27 ans : 15 romans, des poèmes, deux recueils de nouvelles composent son œuvre qui la relie au groupe d’écrivains britanniques dit « de Bloomsbury » auquel appartient aussi Virginia Woolf. Vita décrit ce qu’elle connaît, c’est à dire l’aristocratie, la vie dans les grands manoirs à la campagne, l’amour des plantes, des chiens, des jardins.

Ses romans, souvent très courts, parlent de la mélancolie, du ciel anglais en été (il fait presque toujours beau dans ses histoires !) et montrent un profond amour de l’Angleterre. Un style fluide, des intrigues simples avec des personnages bien typés, c’est un régal pour qui est amoureux de l’Angleterre et de ses ciels changeants, des thés sur des pelouses verdoyantes, des parties de cricket disputées par des gentlemen tout de blanc vêtus.

Les dernières années d’une vieille femme sont évoquées dans « All passion spent » (toute passion abolie, 1931). « Grand canyon » composé en 1942 est le seul essai de Vita en science fiction. Elle y imagine les USA envahis par les Nazis. Enfin, son dernier ouvrage, qui paraît juste avant sa mort en 1961, « Escales sans nom » (No signposts in the sea) évoque ses voyages avec son mari entre les deux guerres.

Annie

 

JESSIE

Stephen KING

Gérald Burlingame, avocat réputé à Portland (État du Maine, États-Unis) et son épouse, Jessie, de son nom de jeune fille Mahout, forment un couple depuis une vingtaine d’années. Ce ne devait être qu’un simple jeu sexuel, comme les affectionnait Gérald, dans leur maison de campagne au bord du lac Kashwakamak, agrémentant le petit séjour tranquille.

L’auteur, Stephen King

Jessie se retrouve donc menottée, à la tête du montant du lit « dont les chaînes lui laissaient quinze centimètres de mou. Pas beaucoup de liberté de mouvement ».Jessie cherche vainement à faire comprendre à Gérald que ce petit jeu ne lui convient pas et qu’il la libère de ces menottes. Mais Gérald ne veut rien entendre.

Jessie prise d’une rage soudaine, lui porte deux violents coups de son pied droit et de son talon gauche. Gérald pousse un hurlement et bascule au sol, raide mort. Isolée au milieu de nulle part, nue et menottée, Jessie lutte contre ses peurs qui semblent la mener vers la folie…

Un chien errant, affamé, s’offre un festin de choix en consommant Gérald et plus tard une ombre se glisse dans la pièce et observe Jessie. Celle-ci croit voir le fantôme de son père décédé. En réalité cette silhouette est bien plus inquiétante et redoutable.

Un « huis clos » hallucinant, des scènes d’un réalisme et d’une telle intensité dramatique (mais non dépourvue d’humour) qu’il nous semble « lire un film ».

Ghislaine

Le mystère Henri Pick

David Foenkinos

« Les dernières heures d’une histoire d’amour », manuscrit signé Henri Pick est trouvé dans « la bibliothèque des livres refusés ». Ce secteur original fut crée à Crozon, en Bretagne, par Jean-Pierre Gourvec, veuf et introverti, bibliothécaire d’un très petit village au fin fond du Finistère qui apprend qu’à Vancouver existe la « Brautian Library » pour les ouvrages refusés par les éditeurs.

L’auteur, David Foenkinos

Sa mort n’éteint pas son action qui végète cependant, jusqu’à la visite impromptue d’une jeune éditrice originaire de Crozon. Elle y découvre ce manuscrit qu’elle fait publier avec grand succès mais… qui en est l’auteur réel ? Commence alors un jeu de piste socio-littéraire.

Subtilement, c’est une histoire de mise sous presse avec en broderie romanesque le cheminement d’auteurs malchanceux et de journalistes accros.

Très amusant, voire édifiant.

                                                                                                           Roselyne

 

 

 Un été avec Montaigne

Antoine Compagnon

Une quarantaine d’extraits choisis dans « Les essais » de Michel de Montaigne, sont commentés par Antoine Compagnon, professeur au Collège de France.

L’auteur, Antoine Compagnon

Ces quarante chapitres, concis et vifs, sont issus de petites interventions qui lui avaient été commandées par France Inter pour une émission littéraire. Cela sent encore le commentaire parlé, dans un style alerte ; les sujets, clairement listés dans la table des matières, sont commentés et émaillés de longues citations du philosophe bordelais.

On reste ébloui de se re-souvenir : Montaigne…quel écrivain ! Sur tous les plans, c’est un plaisir délicieux.

Roselyne

 

L’Absente

Lionel Duroy

Ce récit autobiographique commence par un départ vers l’espoir d’un renouveau : Augustin, quelque peu déboussolé par sa famille et son enfance veut retourner en Bretagne. Il espère y retrouver quelque chose de sa vie qui l’attacherait, qui ferait qu’à cet endroit il aurait du plaisir à se tenir, nourri de ce souvenir.

En fait le but de ce voyage c’est d’aller sur les traces de sa mère dont il veut comprendre le caractère, la vie, les causes de sa dépression. Une mère qu’il a détestée toute son enfance. Mais réflexion faite et n’ayant pas retrouvé l’auberge qu’il cherchait, il se souvient que la route de Verdun était somptueuse et change de direction en pleine nuit pour aller à Sainte-Menehould.

L’auteur, Lionel Duroy

Le roman est ce voyage en voiture, une espèce de fuite en avant d’un homme seul, malheureux mais voulant renaître, dormant dans des hôtels simples, attaché à ses deux vélos comme on aime ses enfants, écrivain reconnu qui rencontre même un amour en chemin.

A travers ce livre l’auteur montre aussi combien la lecture et l’écriture ont eu pour lui un rôle salvateur : « je m’en suis sorti enfant parce que je me suis mis à habiter mes livres ». Il s’échappe de la vie quand déprimé elle lui devient insupportable : il va vers un nouveau lieu ou dans un nouveau livre ! Concordance entre le livre et le lieu de refuge. « L’Absente » traduit bien ce lien : c’est un parcours nécessaire à sa survie intellectuelle et psychologique !

« Écrire des choses que nous portons tous plus ou moins en nous mais que nous ne parvenons pas à exprimer, des choses que nous préférons taire parfois ». « J’écris ce que je dois écrire au moment où le livre s’impose à moi, au moment où il est prêt à venir, et je me moque de savoir si c’est un roman ou autre chose ».

                                                                                                           Josette J.

KATULU ? n°51

20 décembre 2016

asie-002Et voilà le n° 51 de Katulu ?, le dernier recueil en date des commentaires de lecteurs du groupe de lecture Katulu ? qui se réunit une fois par mois à Carnoux-en-Provence. Pour vous donner envie de découvrir ou redécouvrir de nouvelles pépites et de venir partager avec nous nos coups de coeur et nos émotions de lecture. A lire sans modération, y compris dans la version intégrale de nos commentaires (katulu51) !

La vallée des rubis

Joseph Kessel

ph1_valleerubisJoseph Kessel écrit ce roman en 1955 à la suite d’un voyage qu’il entreprend avec un ami parisien, spécialiste des pierres précieuses, en haute Birmanie, dans la vallée des rubis, à Mogok. « Ces pierres sont parmi les plus rares du monde. Elles se cachent, elles se dérobent. Et il y a sur place, pour les guetter, tout un peuple sagace de marchands, de courtiers, d’informateurs, d’espions. »

Cette région est très instable, très peu sûre : on ne manipule pas des trésors sans contrebande, sans règlement de compte, sans prise d’otages etc. Sont aussi posés les problèmes des minorités, en particulier le long des frontières : les Chams, les Karens… à qui appartiennent ces pierres ?

L'écrivain et aventurier Joseph Kessel en 1948

L’écrivain et aventurier Joseph Kessel en 1948

Une histoire de disparition d’une collection de pierres les plus précieuses va soutenir le côté roman policier de ce livre, mais ce qui me semble le plus intéressant est la description de ce coin de l’univers de superbes temples recouverts d’or, ce qui est finalement très fréquent en Birmanie encore aujourd’hui, ce coin de pays où des petites mains vont gratter la terre pour en faire sortir des pierres précieuses.

Ce roman n’est pas le meilleur de Kessel mais il donne une certaine idée de ce pays encore aujourd’hui très peu développé, essentiellement agricole, et étonnant par sa religiosité, qui a été tenu par une main de fer par l’armée depuis l’indépendance en 1946.

Bien sûr il n’est pas question dans ce livre de la situation politique du pays qui sortait de la colonisation anglaise en 1955, mais on a une belle description du rôle joué par la « Ruby Mine Compagny » qui fit finalement faillite. Après la guerre et l’indépendance, seuls les nationaux peuvent désormais acquérir une licence pour exploiter les mines. Encore faut-il savoir ce qu’elles contiennent et c’est bien là le problème…

Cécile

Terre Chinoise

Pearl Buck

ph4_terrechinoiseSouvenez vous : dans les années 60, nous lisions dans « le livre de poche » qui venait d’être inventé, les œuvres de la romancière Pearl Buck qui nous parlait de la Chine dans des romans comme Pivoine, La mère, ou Pavillon de femmes.

J’ai eu l’occasion de retrouver quelques uns de ces vieux ouvrages et j’y ai pris un grand plaisir : Terre chinoise et Les fils de Wang Lung. Il s’agit d’une saga familiale qui se termine avec un troisième volume que je n’ai pas trouvé : La famille dispersée.

On y découvre une Chine moyenâgeuse, des paysans qui sont de véritables bêtes de somme, des familles riches qui n’ont que mépris pour ces gens qui grattent la terre à longueur d’année… Mais, souvent, les riches s’appauvrissent, ils fument l’opium et laissent tout aller à vau l’eau. C’est le moment que choisit Wang Lung pour acquérir un lopin de terre qu ‘il agrandira peu à peu avec l’aide de sa femme O Len.

L'écrivain Pearl Buck, prix Nobel de littérature en 1938

L’écrivain Pearl Buck, prix Nobel de littérature en 1938

Elle, c’est une ancienne esclave de maison riche, qu’il a achetée sans jamais l’avoir vue. Malgré ce début peu prometteur, ils vont avoir une nombreuse famille avec plusieurs fils et une fille que l’on nomme « la petite esclave » et que la jeune maman s’excuse auprès de son mari d’avoir engendrée.

Avant tout, pour Wang Lung, il y a l’amour pour cette terre chinoise qu’il n’aura de cesse d’engraisser par son travail et sa sueur. Les fils, bien entendu, feront des études et s’éloigneront peu à peu de ces parents qui ne leur font pas honneur dans les cercles un peu plus cultivés qu’ils fréquentent maintenant. Les filles, on les mariera dès que possible avec le fils du voisin et elles s’en iront vivre avec leur nouvelle famille sans plus jamais revenir chez leurs parents ni revoir les lieux où elles ont été élevées.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la condition de la femme, en tous cas en milieu rural comme ici ! Quand l’aisance sera venue, Wang Lung se mettra à fréquenter les salons de thé ; il ira même jusqu’à installer une jeune femme au foyer, tradition de la concubine !

Ces deux romans m’ont plongée dans ce pays si vaste que Pearl Buck a bien connu et qu’elle a surtout aimé profondément. Et pourtant quel abîme insondable entre ce pays moyenâgeux et la libre Amérique !

Annie

Nuit de Feu

Eric Emmanuel Schmitt

ph5_nuitfeuL’auteur, enseignant de philosophie, agé de 28 ans en 1989, entreprend une randonnée à pied, avec un groupe, à la rencontre de Charles de Foucaud, ancien militaire colonial « sage universel » installé à Tamanrasset en 1905. Il était attiré par son mysticisme.

Ce voyage à la recherche de ce sage est aussi pour lui la possibilité de vivre plus intensément ; il s’ennuyait un peu dans sa vie de professeur et inconsciemment il avait senti que quelque chose allait naître en lui : « quelque part mon vrai visage m’attend ». Il est parti athée, il est revenu croyant.

L'auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, en 2011

L’auteur, Éric-Emmanuel Schmitt, en 2011

L’écriture est belle, poétique, la découverte du pays est un ravissement. Le lien qu’il noue avec le guide Touareg lui fait découvrir que la langue et la religion ne sont pas un obstacle à la communion mutuelle, à l’amitié.

La réflexion sur le sens de la vie, sur l’existence d’un dieu créateur du cosmos est au cœur de ce livre : « l’homme cherche Dieu. Ce qui m’aurait ébranlé c’est que Dieu cherche l’homme, que Dieu me poursuive », « je n’étais pas en quête de Dieu ».

Cette rencontre il la fera au cours de « la nuit de feu » ; perdu dans le désert, s’enfouissant dans le sable pour ne pas mourir de froid, il vit « une expérience mystique » dont il ne sortira pas indemne.

« Plus j’avance, moins je questionne, tout a un sens. Félicité… Feu, qui est mon ravisseur ? Il m’a ravi, je devrais probablement le baptiser Dieu… tout a un sens, tout est justifié.»

Josette J.

L’Archipel d’une autre vie

Andreï Makine

ph7_archipelvieL’Archipel d’une autre vie est un livre d’aventures, qui se passe aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans l’archipel des Chantars, au bord du Pacifique, avec pour unique horizon la Taïga, puissante et mystérieuse qui tient un rôle prépondérant dans l’ouvrage. Ce roman reprend des morceaux de vie de l’auteur.

En 1952, durant la guerre froide, cinq militaires « chacun représentant un fragment de la Russie » doivent retrouver un fugitif évadé d’un goulag. Le héros est Pavel Gartsev que Makine enfant avait rencontré et c’est son « histoire réelle » qu’il romance !

L'auteur, Andreï Makine

L’auteur, Andreï Makine

Une grande partie du roman est cette aventure de ces militaires à la recherche du prisonnier car même si le but de cette mission était banale, peu à peu les embûches se multipliant, l’expédition devient périlleuse ! C’est effréné et incroyable car le fugitif déjoue les pièges de ses poursuivants et fait preuve d’une intelligence face à l’ennemi, d’une rapidité déconcertante ! Mais qui est-il ? Ses ruses multiples excitent les militaires qui malgré les conditions extrêmes dans la Taïga ne renoncent pas et affrontent des situations extrêmement dangereuses que le fugitif surmonte sans peine !

A travers ces pages au rythme échevelé, Pavel Gartsev est le héros entraîné dans cette folle poursuite bien que n’adhérant pas vraiment à cette chasse à l’homme. Il y a en lui « un pantin de chiffon » un individu cruel acquis malgré lui à l’idéologie communiste.

C’est une peinture au vitriol de l’ère stalinienne « une époque atroce et imprévisible » où l’être humain est le jeu de la cruauté, de la peur, de la lâcheté, de l’obéissance aux ordres absurdes.

Pavlev réalise, au fur et à mesure de la course, qu’il est dans le camp sordide de la violence ; il a voulu se défaire du « pantin de chiffon » et inconsciemment il s’est attaché au fugitif… et a cru ainsi en « la possibilité d’une île au cœur de la Nature immense et majestueuse ». « Il y a peut-être la possibilité d’un Archipel où l’homme délivré de ses jeux dangereux de vainqueurs et de vaincus inventerait l’ère nouvelle d’un monde réconcilié »…. « là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour. »

Josette J.

Le Garçon

Marcus Malte

ph9_legarconCoup de foudre ! Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait ainsi captivée ! Un roman fleuve (plus de 500 pages) qui tient en haleine, qu’il est difficile de quitter, qu’on a hâte de reprendre. Un livre dont l’écriture séduit, puissante, poétique, raffinée.

L'auteur, Marcus Malte

L’auteur, Marcus Malte

Peu après sa lecture, j’ai appris que le Prix Fémina lui était attribué. La présidente du Jury, Mona Ozouf, a résumé en quelques mots cet ouvrage :,« Une grande épopée, une histoire magnifique qui ressuscite le mythe de l’enfant sauvage qui parvient à la civilisation. C’est un grand roman d’apprentissage, une allégorie de l’ensauvagement des hommes par la guerre. »

L’histoire se situe entre 1908 et 1938. Le garçon sans nom découvre le monde, les hommes, la femme (la sensualité irrigue le texte) ; détruit par la guerre il redevient l’enfant sauvage. Il ira chercher la mort comme un animal blessé, traqué qui ne se laisse pas prendre.

L’auteur, spécialiste de polar, s’est essayé à un autre genre et pour un coup d’essai c’est un coup de maître.

A lire… absolument !

Marie-Antoinette

Au risque de se perdre

Kathryn Hulme

ph11_aurisqueL’auteur se consacre après la guerre de 1939-45 à l’organisation des camps de personnes déplacées. C’est là qu’elle rencontre une infirmière avec laquelle, pendant sept ans, elle collabore dans ces camps. C’est la vie de cette infirmière qui est racontée dans ce livre.

L'auteur, Kathryne Hulme

L’auteur, Kathryne Hulme

Parce qu’elle ne peut pas épouser l’élu de son cœur, Gabrielle Van Der Mal, élevée de façon stricte par son père, rentre dans les ordres. Elle deviendra Sœur Luc et entreprendra des études d’infirmière, se passionnera pour ce métier, et, à sa demande partira en Afrique. Là, elle travaille aux côtés d’un chirurgien qui la mettra face à ses contradictions intimes. Elle reviendra en Belgique au moment de la guerre de 39 – 45. Durant les vingt ans qu’elle passe dans les ordres, elle se heurte à la règle. Et c’est le cheminement de Sœur Luc qui est intéressant à suivre.

Ce livre qui se lit agréablement. On s’attache à cette jeune femme qui veut être honnête en toutes circonstances. Elle lutte pour accepter la règle, confiante en ses supérieurs. Mais elle est douée d’un solide bon sens qui lui fait remettre en cause les obligations qui régissent la vie des religieuses, les anesthésiant pour les soumettre

Elle finira par prendre la décision qui mettra à l’unisson son cœur et sa raison.

Josette M.

Debout – Payé

Gauz

ph13_deboutpayeGauz est le nom de plume de Armand Patrick Gbaka-Brédé né à Abidjian en 1971. Il arrive en France dans les années 1990 avec l’idée de faire des études universitaires et va devoir survivre de petits boulots, ceux qu’on appelle dans ce milieu de noirs francophones, Debout-Payé, c’est à dire des boulots non qualifiés où on vous paye pour rester debout durant 8 heures d’affilée. En particulier il va devenir vigile dans 3 entreprises parisiennes.

Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé

Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé

Avec un humour fabuleux il raconte ses aventures, décrit les riches clientes (ou les moins riches) et épingle d’un oeil acéré les travers de notre société de consommation. Il s’agit d’une véritable satire sociale où chacun en prend pour son grade.

Gauz imagine que l’Europe vient de vivre ses trois « âges » à la manière de la mythologie grecque : L’âge de bronze de 1960 à 1980, alors que l’auteur vivait encore en Afrique, puis l’âge d’or entre 1990 et 2000 où la sécurité est de plus en plus confiée à des vigiles et où donc ces jeunes africains fraîchement émoulus de leur campagne vont trouver à subsister tant bien que mal. Et enfin l’âge de plomb à partir du 11 septembre 2001 où le désir du tout sécuritaire va exiger des papiers, des diplômes pour exercer quelque activité que ce soit, plongeant de ce fait ces gens dans la misère.

Aujourd’hui Gauz exerce de nombreuses activités tant en France qu’en Côte d’Ivoire, photographe, scénariste et rédacteur en chef d’un journal économique satirique ivoirien. Debout-Payé est son premier roman.

Annie

Katulu ? n° 50

4 novembre 2016

affichekatulu50A l’occasion des cinquante ans de la création de Carnoux-en-Provence le groupe de lecture Katulu ?, activité culturelle du CPC, a choisi le thème de « l’exil » pour présenter cinq livres au cours d’une séance ouverte au public qui s’est déroulée le 29 septembre 2016. Le texte complet de nos notes de lecture est accessible ici : katulu-n50

Le cri des oiseaux fous

Dany Laferrière

L’exil éveille en chacun d’entre nous de très singuliers échos. Cela peut être des cris rauques, déchirants comme ceux des oiseaux fous avant l’accouplement. Des cris désespérés et tragiques mais nécessaires.LaSolutionEsquimauAW

Dans ce roman cette histoire concerne Vieux Os, un jeune homme de 23 ans qui raconte son exil, un certain 1er juin 1976. Ce jour-là, il est contraint de quitter son pays, Haïti, avec « une petite valise en tôle »Vieux Os, en fait, n’est autre que Dany Laferrière car il s’agit bien d’un roman autobiographique dédié à son ami « Gasner Raymond (assassiné) dont la mort a changé ma vie »L’action se déroule en un jour « nuit fatale », en un lieu et s’apparente en cela fortement aux tragédies antiques. Le pays, Haïti, se trouve être un personnage essentiel qui se découvre à travers la déambulation amoureuse et hallucinée de notre héros.

De ce roman se dégage un souffle de jeunesse, de plaisir, de sensualité. L’appétit de culture, le goût de la chair, de l’amitié se mélangent. Les remarques, les dialogues sont savoureux. Le style est d’une grande fraîcheur et simplicité.

L'écrivain Dany Laferrière, reçu à l'Académie Française

L’écrivain Dany Laferrière, reçu à l’Académie Française

Tout au long de cette nuit il lutte contre son attachement à son pays natal, ses amis, sa mère mais aussi il crie, se révolte : « Moi je veux vivre. Je préfère vivre de n’importe quelle manière plutôt que de mourir en héros ». Sa mère le supplie de partir car il sera « plus utile vivant que mort »Ce roman quête de soi insinue combien un pays vous façonne, combien il est difficile de trancher entre amour et individualisme entre idéal et pragmatisme entre raison et magie. Ce cri des oiseaux fous plane longtemps dans notre cœur et nous hante avec cette beauté sombre et grave de la dernière nuit avant l’exil.

Nicole

Rêves oubliés

Leonor de Recondo

Reves oublies 9782757834350-crg.inddCe livre raconte la vie d’une famille espagnole, obligée de rejoindre la France et de fuir l’Espagne à cause de la guerre civile qui a éclaté dans les années 1936 à 1939. 21 Mai 1940 : « Depuis hier nous avons définitivement perdu la guerre. L’Espagne nous ferme ses portes et le dictateur s’assure de longues années de règne où la moindre voix discordante sera muselée ! ».

la mère de famille, Ama, déracinée va tenir un journal secret tout au long de ces jours interminables depuis le 18 août 1936 jusqu’au 2 janvier 1941. Les pages sont datées et nous découvrons ainsi leur quotidien mais il n’y a aucune révolte, tout est dans la retenue, la justesse ! L’écriture lui permet de comprendre la situation, de la supporter, de maîtriser ses émotions et cela lui fait du bien : « je ne me plains pas, c’est ainsi ». 

Dans ces pages émouvantes, délicates et poétiques on assiste à la lutte intérieure de cette famille, à sa résistance pour refouler son chagrin et continuer à vivre malgré tout, pour les enfants d’abord, puis comprendre que les rêves peu à peu font place à une résignation pour accepter le présent insatisfaisant ! …

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

Leonor de Recondo en mai 2014 (photo E. Feferberg / AFP)

« J’abandonne une partie de moi-même là-bas au pied des orangers. J’y laisse mes rêves et je prie pour que nous restions unis, en vie ». « Je comprends votre peine, nous la ressentons tous. L’abandon de notre passé est un déchirement qui s’étire un peu plus chaque jour, ne cédons pas aux mirages de la nostalgie ».« Être ensemble c’est tout ce qui compte » ou «  malgré ces temps orageux et glacial nous sommes toujours là ensemble ».

Ce roman est délicieux à lire parce que la poésie s’écoule à chaque phrase, les mots sont choisis, les phrases sont courtes et simples, pudiques, tout en finesse ! « Ce roman a la pureté du cristal, la douceur d’une caresse… écriture délicate, aérienne, un pur bonheur de lecture ».

Josette J.

Saïgon-Marseille aller simple

Nguyen Van Thanh

livresaigonmarseilleL’auteur, né en 1921 à Hué au Viet-Nam, est décédé à 91 ans, le 2 décembre 2012 à Lattes dans l’Hérault. La première partie du livre est un récit plein d’anecdotes sur la vie familiale de l’auteur, sur la société dans laquelle vivaient les élites vietnamiennes dans les années 20. Son père, issu d’une famille de lettrés pauvres, avait acquis le titre de mandarin, et exerçait la fonction de sous-préfet de la région de Vinh.

En juillet 1939, l’empereur Bao Dai lance un appel afin de recruter 20 000 volontaires pour la France, non comme soldats mais comme main d’œuvre dans les usines d’armement. Il y eut si peu de volontaires que cela se mua en mobilisation forcée. Thanh s’engage ! Il n’a alors que dix-sept ans. Le récit du voyage, de l’arrivée à Marseille, de l’envoi dans des camps ne fait pas honneur à la France. Les Indochinois furent traités comme des « sous-hommes », « nous n’étions que des bêtes… ».

Puis se sont les années passées à la poudrerie nationale de Bergerac, un travail de manutention sans aucune protection des matières nocives. Une promesse de salaires au retour au pays qui ne seront jamais versés. Enfin le travail dans les propriétés agricoles. Thanh fait ressortir « le racisme ordinaire », combien les Vietnamiens étaient pris pour des « bêtes curieuses » : « nous apportions une variante raciale ». Un autre lieu de honte pour la France : le centre de redressement de Sorgues destiné aux Vietnamiens protestataires, agitateurs politiques… « aux mauvais Annamites ». Un véritable camp de concentration… des pages édifiantes !

En 1948, la France commença à organiser le rapatriement des travailleurs indochinois. Ce n’est qu’en 1952 que les derniers purent enfin revoir leur patrie, après douze années d’exil forcé. Environ un millier d’entre eux firent le choix de rester en France, le plus souvent parce qu’ils avaient rencontré une femme, et fondé une famille, comme Nguyen Van Thanh.

En février 1975 premier voyage au Vietnam après 35 ans d’absence, 2 mois avant que Saïgon ne tombe aux mains des communistes. Après la réunification, Thanh raconte comment ses frères et sœurs se retrouvèrent dépouillés de tout ; leur tentative de départ « en boat-people » . Et Tanh de s’interroger « Pourquoi s’enfuir de son pays pour aller endurer dans un autre la misère, le chômage et surtout le mépris ? »

La souffrance intime de l’exilé qu’est Thanh, ce fut moins son pays, son déclassement social, que sa famille… Son exil a provoqué avec elle une incompréhension qui en raison de ses choix politiques et de l’éloignement est devenue un mur infranchissable. « Je me résigne à prendre ce que ma famille m’accorde et à m’en contenter pour m’estimer comblé. »

Une page d’histoire peu connue, bouleversante à découvrir, qui interroge le passé de notre pays.

Marie-Antoinette

« Écoutez la mer »

Marie Cardinal

ph_ecoutezÉcrit en 1961-62, ce livre est un hymne à la patrie perdue où le sang coule rue Michelet, là où Marie est née. L’auteure y explique cette double appartenance culturelle, la France, un pays de rationalité, de cérébralité, et l’Algérie terre de la jouissance, des odeurs, des chants qui ont bercé l’enfance de la petite fille. Et puis bien sûr, il y a la mer omniprésente. Et les noms de ces plages sont comme une litanie, comme des grains de chapelet, les perles d’un collier qui ceinture la côte nord du pays algérois.

Elle raconte son amour pour un allemand, Karl, un être qui est un peu l’antithèse de cette méditerranéenne, spontanée, vif argent… Et pourtant, paradoxalement, c’est son amour pour Karl qui lui fait retrouver son pays perdu avec ses parfums de lauriers roses et de couscous, son soleil impitoyable et ses musiques rythmées par les derboukas et la petite flûte des bergers de la ferme.

Marie Cardinale « l’exilée absolue » : « Je suis une fille d’Algérie j’ai des rapports difficiles avec la France ». Chacun de ses ouvrages reprend sans cesse ce thème du pays natal et ce pays n’est pas la France !

Ainsi dans « Au pays de mes racines » : « Nécessité de partir là bas. D’y retourner. Là bas, l’Algérie, Alger. Pourquoi ? Ce ne sont pas les maisons que j’ai habitées qui m’attirent. Non, c’est quelque chose qui vient de la terre, du ciel, de la mer, que je veux rejoindre, quelque chose qui, pour moi, ne se trouve que dans cet endroit précis du globe terrestre ». « Vivre ailleurs cela a changé pour moi le sens du mot vivre. […] Il n’y a plus d’instants où je sois en parfaite harmonie avec le monde ».

Annie

Dans la mer il y a des crocodiles

Fabio Geda

ph_danslamerIl s’agit de l’histoire d’un petit garçon afghan Enaiatollah, de l’ethnie Hazara (chiites) persécutée par les Talibans et les Pachtounes (sunnites). Son père, il y a quelques années est mort assassiné dans son camion qui a été volé avec toutes les marchandises commandées et achetées pour les Pachtounes en Iran. Les Pachtounes le recherchent pour lui faire payer la dette du père en le réduisant en esclavage. Aussi, à son insu, sa mère le conduit et l’abandonne au Pakistan, pour qu’il puisse vivre libre, après lui avoir imposé 3 promesses : ne jamais prendre de drogues, ne jamais utiliser d’armes, ne jamais voler.

C’est le récit de 5 années d’errance : 1 an au Pakistan, 3 ans en Iran et une année pour rejoindre l’Italie en passant par la Turquie. Un livre sur la vie d’un garçon dont l’enfance se termine à 10 ans, le jour où il n’a plus de mère pour le guider, où il faut qu’il prenne des décisions pour lui. C’est un récit sur la peur de mourir, la peur d’être pris par la police et d’être torturé : il ne le sera pas, mais il connaîtra les postes de police.

Soumis à la volonté des passeurs, il fait route avec d’autres jeunes afghans comme lui mais la plupart du temps il est seul. Être seul est parfois payant, permet plus facilement la bienveillance de l’autre. C’est enfin la chance immense de trouver une famille italienne qui va l’héberger, lui permettre de faire des études et d’obtenir un permis de séjour. Un récit vivant, sans rancune, la survie avant tout, la peur mais aussi la prise en main de soi.

« Comment on trouve un endroit pour grandir, Enaiat ? Tu le reconnais parce que tu n’as plus envie de t’en aller. Bien sur il n’est pas parfait. Ça n’existe pas un endroit parfait. Mais il existe des endroits où, au moins, personne ne cherche à te faire du mal ».

« Un jour j’ai lu que le choix d’émigrer naît du besoin de respirer ».

Cécile

Ces chroniques littéraires ont fait l’objet d’une séance publique de Katulue organisée dans le cadre du jubilé de Carnoux-en-Provence. Retrouvez en le compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !

Rencontres Katulu ? autour de livres sur l’exil

24 octobre 2016

affichekatulu_29sept2016Ce sont plus de trente amateurs de lecture, parmi lesquels nous saluons la présence de madame Claude Dalmasso, directrice de la médiathèque Albert Camus de Carnoux, qui ont répondu à l’invitation du groupe KATULU ? du Cercle Progressiste Carnussien pour assister en cette fin d’après-midi du 29 septembre 2016 à la présentation par cinq des lectrices du groupe d’un livre récemment publié ou plus ancien traitant de l’Exil. Un événement organisé à l’occasion du jubilé de Carnoux.

Avec Le Cri des oiseaux fous de Dany Laferrière, Nicole Bonardo a relaté les dernières heures de l’auteur en Haïti avant son départ pour Montréal afin d’échapper aux milices de la famille Duvallier qui faisaient la chasse aux opposants, et notamment aux journalistes comme lui. Son roman, au-delà d’une épreuve personnelle, révèle toute la noblesse du peuple haïtien, population tant malmenée depuis de très nombreuses années.Reves oublies 9782757834350-crg.indd

Léonor de Récondo, dans Rêves oubliés, retrace l’itinéraire d’Ama qui fuit avec sa famille la guerre d’Espagne pour s’installer dans l’exil dans une ferme landaise et qui laisse en Espagne l’aïeul. Josette Jégouzo a su faire partager à l’auditoire à partir de cette fresque romanesque la douleur mais aussi l’énergie d’une famille déclassée socialement, qui tente cependant de vivre avec la peur et la nostalgie.

ph_danslamerCécile Tonnelle a choisi de présenter le roman du journaliste italien Fabio Geda Dans la mer il y a des crocodiles qui aborde la question de l’exil à partir du récit d’un jeune afghan que sa mère décide d’abandonner au Pakistan afin de le sauver et pour que de là il rejoigne des membres de sa communauté installés en Europe.

Le roman s’inscrit à la fois dans l’espace, depuis l’Afghanistan jusqu’en Italie en passant par la Turquie et la Grèce, et dans le temps puisque l’itinéraire suivi par Enaiatollah se déroule sur huit années. Ce texte nous donne à partager une épreuve humaine où le courage et la rage de vivre dominent.livresaigonmarseille

Le quatrième roman est présenté par Marie-Antoinette Ricard. Il s’agit de l’autobiographie de Nguyen Van Thanh, jeune vietnamien qui s’est engagé, en 1939, avec 20 000 de ses compatriotes « réquisitionnés de force » comme ouvriers pour faire fonctionner les poudreries dans le sud de la France. Intitulé Saïgon-Marseille aller simple, l’ouvrage nous permet d’abord de suivre un épisode douloureux qu’ont connu différents autochtones engagés dans les troupes françaises, mais aussi d’appréhender et souvent de découvrir comment s’est déroulé l’accueil de ces exilés dans les campagnes françaises. Une révélation qui a suscité de très nombreuses questions qui sont ô combien d’actualité.

ph_ecoutezEnfin, il est revenu à Annie Monville de faire revivre à partir de deux ouvrages de Marie Cardinale. Le premier, Écoutez la mer décrit comment l’auteure a difficilement vécu son déracinement de sa terre natale d’Algérie et combien la nécessité de ciel, de terre et de mer se faisait sentir depuis son installation en métropole. Le second, Les mots pour le dire, relate la démarche analytique suivie par Marie Cardinale pour tenter d’apaiser une douleur profonde et persistante.

Chaque présentation a croisé analyse et citation d’extraits afin de donner à l’auditoire envie de partager la lecture du ou des ouvrages retenus.

Les lectrices de Katulu ? lors de la séance du 29 septembre 2016

Les lectrices de Katulu ? lors de la séance du 29 septembre 2016

De cet après-midi consacré à des témoignages d’exil, ressortent des constantes : la nécessité d’échapper à un destin cruel, la douleur de ceux qui s’expatrient, douleur d’autant plus vive quand toute une famille ne peut être réunie dans cet exode, l’indispensable reconstruction après cette épreuve qui s’accompagne souvent d’un déclassement social, enfin le vécu de qualités d’accueil contrastées, des rejets mais heureusement aussi de très belles rencontres.

Les échanges qui ont suivi chaque présentation ont été denses et ont enrichi les propos par des citations d’autres auteurs traitant de la même question. Notons pour conclure que l’initiative de réunir des amateurs de lecture a dépassé les limites de la commune puisque nous avons enregistré la présence de membres de deux associations de lecteurs de Ceyreste.

Les débats se sont ensuite poursuivis autour d’un apéritif dinatoire offert par les membres du Cercle Progressiste Carnussien.

L’expérience est à renouveler.

Michel Motré

Retrouvez ce compte-rendu sur La Fourmiliaire, la radio web de la MJC d’Aubagne, dans ses chroniques de Brouillon de culture : à écoutez sans modération !

Katulu ? fête à sa manière le jubilé de Carnoux

13 septembre 2016

Katulu ? est un « groupe de lecture » créé en 2008 à l’initiative de Maggy Portefaix, institutrice retraitée, et de deux de ses amies, « les deux Josette ».

Son objectif :    « A Katulu ? nous désirons partager nos plaisirs de lecture et nous donner mutuellement envie de lire. Aucun genre de livre n’est exclu, aucun plaisir contesté. Chacun est libre ». Ainsi s’est défini ce groupe, qui au fil du temps s’est élargi à une dizaine de membres.

Avec le départ de Maggy Portefaix de Carnoux, en octobre 2011, Katulu ? est devenu une des activités du Cercle Progressiste Carnussien.

Les réunions de « Katulu ? » se poursuivent chaque mois avec une grande régularité et la présence à chaque séance de 6 personnes au minimum, dans une salle prêtée par la municipalité.

Chacun présente un livre qu’il a lu avec esprit critique souvent positif mais parfois négatif aussi et fait un compte-rendu, lequel est diffusé sur le présent blog du CPC, depuis 2013.

C’est une cinquantaine de livres qui est ainsi évoquée chaque année au sein du groupe.

Depuis sa création, 49 numéros de Katulu ? ont été édités, regroupant les comptes-rendus des livres et des réunions. Ces journaux ont été reliés en 3 volumes pour les années 2008-2011, 2012-2013 et 2014-2015, consultables par ceux qui le souhaitent. Un répertoire de tous les livres présentés depuis 2008 a été réalisé par ordre alphabétique d’auteurs avec référence au numéro de Katulu ? où se trouve le compte-rendu correspondant.

Les réunions de « Katulu ? » où règne une ambiance sympathique et une bonne humeur sans faille, sont des moments d’enrichissement, de culture, de détente… Des moments où il fait bon se retrouver, discuter, échanger… sur les livres mais aussi sur mille et un autres sujets : spectacles, théâtre, opéra, cinéma, parfois politique ou tout simplement des « choses de la vie ».

Nous avons aussi prolongé nos rencontres en nous retrouvant aux retransmissions cinématographiques des ballets et opéras du Royal House Opera ou du Met de New-York diffusées soit à l’Artéa soit dans les deux cinémas d’Aubagne avec, alors, co-voiturage assuré depuis Carnoux !

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A l’occasion du Jubilé de Carnoux-en-Provence une réunion publique est proposée jeudi 29 septembre à 18 h au Clos Blancheton. Cinq livres seront présentés autour du thème de « l’exil ». Des époques, des auteurs, des histoires de vie, tous différents, un tour du monde où des hommes, face à la dictature ou la guerre, ont dû « renaître » et donnent une très grande leçon de courage, de force vitale et d’optimisme, comme l’ont fait les « créateurs » de Carnoux. Une manière de leur rendre hommage, 50 ans après la création de notre commune, nous tous qui avons trouvé dans cette petite ville, la possibilité de créer notre « nid ».

Marie Antoinette Ricard

KATULU ? n°49

21 juillet 2016

n 49De nouvelles analyses de la part du groupe de lecture Katulu ? pour sa réunion de mai-juin 2016. Retrouvez l’intégralité des articles dans le compte-rendu complet (Katulu49). Et n’hésitez-pas à venir découvrir le groupe de lecture qui organisera le 29 septembre prochain à Carnoux une séance spéciale de découvertes de livres sur le thème de l’exil, dans le cadre des festivités du jubilé de Carnoux-en-Provence : une séance exceptionnelle ouverte à tous !

 

A la grâce des hommesPh1_LivreKent

Hannah Kent

 

Selon l’auteur, l’histoire personnelle d’Agnés Magnusdottir « C’est ma tentative de faire de la poésie, c’est mon hymne maladroit aux montagnes à la lumière à l’hostilité et à la grâce de l’Islande ».

Agnès Magnusdottir est accusée avec deux autres personnes d’un crime commis sur la personne de Nathan Ketilsson, mi-sorcier, mi-guérisseur, chez qui elle vivait. Abandonnée par sa mère à l’âge de huit ans, sans père, rejetée par la communauté, elle a dû survivre sans aide, sans liens familiaux, ballottée d’une famille à une autre, placée de ferme en ferme pour des travaux les plus pénibles. Elle rencontre Nathan qui lui prodigue un peu d’intérêt, mais lui-même étant instable, la situation va dégénérer jusqu’à l’incendie de la maison et au crime dont Agnès est accusée.

L'auteur, Hannah Kent

L’auteur, Hannah Kent

Dans l’attente du jugement, elle est conduite dans une ferme isolée où sa venue va bouleverser le quotidien du couple de fermier, de leurs deux filles et des domestiques. Ils remplissent leur devoir envers la Loi et l’Église. La justice suit son court et rien ne va pouvoir l’arrêter. Les accusateurs n’auront jamais cherché à savoir les faits réels et l’ont condamnée dès le début pour l’exemple.

On retiendra de cette histoire la dure vie des paysans au début du 19ème siècle,  harassés par le travail de la terre dans une nature hostile mais pour qui l’importance de la religion et le respect de la loi sont primordiaux. A cette époque en Islande, l’Église avait un rôle plus social que spirituel : responsable de l’éducation (la majorité des habitants était instruite), des problèmes de pauvreté, des naissances, des orphelins et des besoins administratifs.

Une histoire prenante par l’intensité de ce drame, par la dureté des hommes, par la vie de cette femme meurtrie, touchée par la malchance et programmée pour vivre cet enfer.

                                                                                                          Suzanne

 

 

Suite française

Irène Némirowsky

Ph3_LivreSuiteL’auteur, née en 1903 à Kiev et décédée en 1942 à Auschwitz, est une romancière russe d’origine ukrainienne et de langue française. Son père, un riche banquier ukrainien, s’installe avec sa famille à Paris en 1919.

Suite française est une photo sur le vif de l’exode en juin 1940 puis de l’occupation allemande. La première partie est une peinture acide des familles sur les routes, les villages envahis par les femmes et les enfants épuisés, affamés, luttant pour obtenir la possibilité de dormir sur une simple chaise, pour avoir de l’essence alors que c’est la pénurie. Des grands bourgeois qui ne supportent pas de partager l’essentiel avec la populace.

L’arrivée des Allemands victorieux est outrageuse, humiliante pour les français vaincus.Elle n’est pas sans mettre en évidence l’ambiguïté des positions des français entre les défaitistes et ceux qui veulent résister.

La seconde partie s’attarde à décrire le statut ambigu des relations entre quelques familles françaises et les troupes allemandes qui se sont installées chez elles. Beaucoup de méfiance de la part des français, mais le temps passant les relations humaines se nouent, chacun cherchant à définir un modus vivendi acceptable, sans perdre la face.

Adaptation au cinéma du livre

Adaptation au cinéma du livre

On suit plus précisément l’histoire de deux familles, l’une propriétaire de terres, l’autre qui les cultive. Les deux familles devront collaborer pour sauver la peau du jeune paysan, enfui d’un camp de travail en Allemagne et qui, ne pouvant supporter la présence des Allemands dans sa maison, va jusqu’à tuer un officier allemand. La solidarité entre Français contre les Allemands est forte et dépasse les barrières sociales. L’humiliation engendre la résistance.

C’est un livre toute en finesses qui décrit l’âme humaine avec ses nuances de gris, du blanc au noir, dans le milieu populaire comme chez les bourgeois. Pas vraiment de héros exemplaires mais des hommes et des femmes avec quelques gestes de générosité mais surtout d’égoïsme, de jalousie, de frustrations, beaucoup de solitude, dans une impasse totale pour le futur. Ce n’est pas un livre qui fait rêver, mais qui traduit bien cette France des années 40/41 dont on n’est pas très fier. Mais ferions-nous mieux aujourd’hui ?

Cécile

 

 

Ahlam

Marc Trévidic

Ph5_LivreAhlamLes faits se déroulent dans les années 2006-2012. Un peintre français réputé, Paul Arezzo, débarque en Tunisie aux Kerkennah, « l’Archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté », prés de Sfax, le pays étant alors gouverné par Ben Ali.

Il achète une propriété au bord de l’eau et se lie avec Farhat, un pêcheur, Nora sa femme et leurs deux enfants : Issam un garçon et une fille Ahlam, enfants d’une dizaine d’années. Cette famille vivait à l’Occidentale, grand-mère et mère étaient professeurs alors qu’à « Akerkennah les hommes sont pêcheurs et les femmes agricultrices ». Nora tomba malade et mourut à Paris, Paul leur ayant proposé de la faire soigner en France. Mais il réalisera plus tard qu’ainsi il avait privé les siens de ses derniers instants.

Paul se sent responsable de l’éducation des enfants : « Issam voulait apprendre la peinture et Ahlam la musique ». « Sachant qu’il existe un lien cosmique entre les arts, en tout cas entre la musique et la peinture »,  Paul décida à travers eux de réaliser son propre rêve : créer une inter-action entre les sons et les couleurs primaires, établir des règles artistiques. Issam jouait, sa sœur peignait sur le rythme, le son.

L'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic

L’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic

Après plusieurs d’années consacrées à l’étude, les enfants devenus de véritables artistes, Paul imaginait une tournée mondiale sponsorisée par un Américain. Mais c’est la rupture : Issam à l’insu de sa famille s’est rapproché des Salafistes, et sous prétexte de suivre des études à Sfax, est formé et devient un membre actif de la branche AL-Quaida.

Les influences sur le jeune homme, les maladresses de Paul à son égard, l’ambiance suivant la déchéance de Ben Ali, tout est analysé avec finesse et précision. Le livre, dès lors, décrit la montée de l’Intégrisme religieux en Tunisie, « la Révolution de jasmin » « trop laïque et démocratique », le djihad, les assassinats aveugles, les violences machistes contre les femmes… Livre précis, documenté…

Le drame est au cœur de cette deuxième partie du roman… qui se termine sur une note d’espoir malgré tout !

                        Josette J.

 

La montagne ensommeillée

Contes d’une enfance andine

Alvaro Escobar Molina

Ph7_LivreMontagneLa montagne ensommeillée est composée d’une suite de contes indépendants qui sont comme des incantations à un monde disparu. Quelques titres de chapitres : Les cadeaux de la pleine Lune, La solitude mon fleuve, Les trois Dames, Ce que racontaient les tantes.

Ces titres permettent déjà de situer la place majeure de la Nature, la place de la famille avec ses traditions et ses liens si forts. Le sujet du livre est d’abord le récit d’une enfance, celle de l’auteur quelque  part en Colombie, à l’ombre de la Montaña Madre

Ce livre évoque avec une émotion contenue l’exil, la dépossession de la terre des ancêtres, la migration forcée de la terre natale, entraînant celle des esprits et l’apprentissage d’une langue nouvelle. L’auteur ne s’apitoie pas sur les deuils, la solitude, la souffrance ; ils sont seulement constitutifs de lui-même. Il nous offre surtout l’enchantement, la magie de son enfance dans une langue poétique qui transfigure et magnifie la Terre Mère.

Le psychanalyste Alvaro Escobar Molina

Le psychanalyste Alvaro Escobar Molina

De son pays surgit la MONTAGNE, cette montagne ensommeillée qui le poursuit  jusqu’à Paris.: « A Paris je tends la main, je la glisse jusqu’à l’Océan Atlantique ( ) et je caresse mes montagnes. Mon village et mes couleurs sont avec moi. Tendre la main et fermer les paupières ».

Ce livre m’a touchée par sa simplicité. J’ai aimé le lien entre les espaces et le temps. L’harmonie du souffle des êtres, des choses et des animaux. Cette respiration singulière qui englobe l’éternité, les ancêtres avec le présent, le présent avec en germe le futur. Il en découle un grand apaisement malgré la peine et la douleur des épreuves de la vie. Ellipse et intensité : preuves d’une belle sensibilité

Nicole

 

Rendez-vous à Crawfish Creek

Nickolas Butler

Ph9_LivreCrawfish« Son visage avait été façonné en puzzle. Aïda remarqua les efforts de la pauvre fille pour dissimuler les cicatrices… ». Ainsi commence l’une des dix nouvelles Rendez-vous à Crawfish Creek que l’auteur a choisie pour titrer son ouvrage.

Aïda, récemment retraitée après vingt-cinq ans passés dans la police de la route et Béthany, jeune femme violentée par son compagnon, quittent le restaurant où elles s’étaient donné rendez-vous et se rendent à la gare routière. Bethany devait quitter la ville, et laisser Aïda « finir le boulot » pour lequel Bethany lui avait remis une liasse de billets….Ph_Butler

Brut aromatique : dans cette nouvelle, un vieil homme, Foreman, raconte à un interlocuteur, comment il avait appris la nouvelle annoncée à la radio. « des flammes de plusieurs dizaines de mètres de haut… », « …des cadavres dans l’eau réduits en miettes », « le pétrole continuait à gicler du fond de l’océan… ». On le retrouve séquestrant Hazelwood, le PDG d’une des plus grandes compagnies pétrolières du monde. Pour Foreman, il ne fait aucun doute que cet homme construisait sa fortune en faisant le malheur de la planète et des êtres vivants. Il doit payer… en lui proposant comme boisson du pétrole, du brut aromatique.

Durant ce tête-à-tête invraissemblable s’engagent alors des dialogues, des monologues de part et d’autre, des silences. Espoir, humiliations, désespoir, révoltes se succèdent chez cet homme qui dans les premières heures de son enlèvement, était sûr de ramener à la raison Foreman. Y parviendra-t-il ?

A l’exception de ces deux nouvelles, où les antagonistes font preuve de violences verbales et physiques, l’auteur nous plonge dans le quotidien de gens simples, le déroulement de leur existence. Ainsi un grand-père qui, tous les vendredis après-midi gardait son petit-fils que sa fille ayant le diable au corps lui « déposait comme un colis » (Un goût de nuage). Ou le mari de ce couple, marié depuis des années, au moment du grand nettoyage de la maison familiale après le décès de sa mère qu’il aimait. Il ne supporte plus les critiques que son épouse proférait à l’encontre de sa belle-mère et commence à remettre son couple en question (Les restes).

                                                                                                          Ghislaine

 

 

Petit Piment

Alain Mabanckou

Ph10_LivrePimentPetit Piment est l’histoire d’un jeune Africain de Pointe Noire, élevé dans un orphelinat placé sous l’autorité abusive et corrompue de Dieudonné N. La seule figure sympathique est « Papa Moupelo », le prêtre qui vient une fois par semaine faire chanter les enfants. Mais la Révolution Socialiste-Marxiste redistribue les cartes. Papa Moupelo disparaît. Alors Petit Piment s’échappe pour rejoindre les rues de Pointe-Noire. C’est l’errance, la vie « en bandes », la pauvreté, la corruption.

L'auteur, Alain Mabanckou

L’auteur, Alain Mabanckou

Le salut, c’est « Maman Fiat 500 », patronne de bordel qui le prend sous sa coupe affectueuse. Il vit là heureux jusqu’au jour où « l’opération Pointe Noire sans putes Zaïroises » détruit sa vie en même temps que les murs du bordel. « Petit Piment finit par perdre la tête mais pas le nord : il sait qu’il a une vengeance à prendre contre celui qui a brisé son destin ».

A travers ces lignes, l’Afrique est décrite avec ses rites ancestraux, ses faiblesses modernes : la corruption, la pauvreté. « Le roman de la rue Africaine », « symbole d’une Afrique qui a perdu ses repaires » dit l’auteur. Cela lui permet de mettre à l’honneur toutes les femmes Africaines qui, alors que souvent les pères n’assument pas l’existence de leurs enfants, assurent sans relâche ! C’est l’infirmière de l’Orphelinat, la mère de Bonaventure, Nzinga, l’aïeule du Royaume Kongo, la Maman Fiat 500 figure emblématique des prostituées qui protègent les enfants.

« Dans ce roman envoûté et envoûtant, A. Mabanckou renoue avec le territoire de son enfance, alliant naïveté et lucidité ».

                                                                                                          Josette J.

Stefan ZWEIG

Le monde d’hier (journal d’un européen)

 

Ph12_LivreZweigZweig laisse une œuvre immense entièrement traduite en français, dont des poèmes (2 recueils publiés en 1901 et 1907), des romans et nouvelles (26 parmi lesquels, Amok, 24 heures de la vie d’une femme, La confusion des sentiments, La pitié dangereuse, Un mariage à Lyon, Le joueur d’échecs…), huit pièces de théâtre, des essais et biographies (26 dont, entre autres, Marie Stuart, Magellan, Marie Antoinette, Balzac, Fouché…), enfin des volumes de correspondance avec Freud, Romain Rolland (plus de 500 lettres), Emile Verhaeren…..L'auteur, Stefan Zweig

Le monde d’hier : On peut dire que c’est son testament, écrit au moment le plus dur de la guerre, au moment où la victoire des nazis pouvait être considérée comme probable. Le livre comporte 16 chapitres dont les titres sont déjà un programme: En voici quelques uns : le monde de la sécurité ; L’école au siècle passé ; Eros ; L’université ; Paris la ville de l’éternelle jeunesse ; les premiers jours de la guerre 1914 ; Incipit Hitler ; L’agonie de la paix…

On y voit d’abord son amour pour son pays natal qui lui parait un modèle de démocratie calme et durable. Ses voyages lui donnent l’occasion de parler des villes qu’il a aimées, en particulier Paris. La guerre nourrit son pacifisme qu’il découvre avec son ami Romain Rolland. La montée du nazisme et la seconde guerre le plongent dans un désespoir total.

« Je savais que… L’Europe, notre patrie, pour laquelle nous avions vécu, était détruite pour un temps qui s’étendrait bien au delà de notre vie. Cette ombre de la guerre a voilé de deuil chacune de mes pensées… Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de la lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence, a vraiment vécu ». Cette citation, ce sont les derniers mots écrits par Zweig avant son suicide.

                                                                                              Annie

 

Katulu ? n° 48

29 avril 2016

n°48 5Ce nouveau numéro (Katulu48) du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous emmène découvrir de nouveaux ouvrages en espérant vous faire partager ses coups de coeur et son plaisir de la lecture. Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures, venez nous rejoindre pour nos prochaines réunions !

Innocent

Gérard Depardieu

P1_LivreInnocent« L’innocence, c’est quelque chose de gratuit, de désintéressé, un simple état de l’être, sans espoir de contrepartie ». Ce livre est un cri du cœur et un livre criant de vérité où l’acteur Gérard Depardieu cherche, selon moi, à se faire aimer et à retrouver l’estime du lecteur.

Ce livre est vrai parce que Depardieu dit ce qu’il pense, ses bonheurs et ses peines, ses qualités et ses défauts …Différents thèmes sont abordés :

– l’amitié qui, selon lui peut être comme une fleur. Ça pousse, ça se fane, ça disparaît, puis la saison d’après, ça peut revenir comme une pivoine que l’on croyait perdue et qui d’un coup se donne à voir, éclabousse de ses plus belles couleurs.

P2_Depardieu

– le cinéma : « Le cinéma, ça doit être dangers, des brûlots, de la dynamite, des pierres brûlantes avec lesquelles on essaie de jongler, l’Art, quel qu’il soit doit être le contraire de la bienveillance, pour être utile l’art doit être dangereux, le cinéma doit être vrai c’est à dire dangereux ! ».

– le monde politique : « je n’ai jamais rencontré un homme de pouvoir honnête, jamais. Quand je dis homme de pouvoir, je parle de ceux qui prétendent des choses, qui prétendent prendre notre vie en main, faire notre bien, nous diriger…».

les religions : Profond pessimisme, peur de l’extrémisme, de l’intégrisme ! Que feront-ils après ? « Parce que tu crois que détruire ça amène à créer après, abruti… ».

Est-il vraiment sincère ? il se montre sous un jour différent : il mérite l’estime et la confiance, il est vrai !

Josette J.

 

 

Robe de marié

Pierre Lemaitre

P3_LivreLemaitreL’auteur, Pierre Lemaitre, est né en 1951. Ses romans sont des polars, des romans noirs où il rend souvent hommage à ses « maîtres » : A. Dumas, R. Dorgelès, James Ellroy, E. Gaboriau, Aragon, Proust mais aussi Hitchcock. Il a obtenu de nombreux prix mais surtout le Goncourt en 2013 pour « Au revoir là haut » une histoire qui met en scène, dans une langue magnifique, les tribulations de deux jeunes démobilisés en 1918 et qui ne reconnaissent plus leur pays gangrené par des scandales, dont des trafics de monuments aux morts et de sépultures. On peut penser aux « marchands de gloire » de Pagnol sur le même thème.

P4_Lemaitre

Le titre de ce livre, Robe de Marié, est emprunté à une lettre de poilu fusillé pour désertion et que l’on vient de réhabiliter. Il serait dommage de déflorer l’histoire de ce thriller qui, un peu à la manière d’Hitchcock, décrit la folie de Sophie qui devient meurtrière sans jamais se souvenir vraiment de ses crimes. Près d’elle, comme un fantôme malfaisant, il y a Frantz, son journal intime et sa moto…

Dans une troisième et dernière partie de ce gros roman de 270 pages, les deux protagonistes vont enfin se rencontrer et s’affronter mais… Je ne vous en dirai pas plus, lisez « Robe de marié » (et notez bien l’orthographe du dernier mot car tout est là !). C’est le genre de bouquin qu’on ne peut plus quitter et je dois dire qu’il y a longtemps qu’un livre ne m’avait pas passionnée à ce point !

Annie

 

 

LES PROFANATEURS

Michael Collins

P5_LivreCollinsA l’âge de cinq ans, Franck Cassidy a vécu un drame effroyable : la mort de ses parents dans l’incendie de leur maison. L’enfant, seul témoin, est confié à un psychiatre qui, croyant fermement au pouvoir du subconscient, teste ses méthodes d’hypnose sur l’enfant afin d’élucider le mystère de l’incendie. Il sera élevé, par son oncle, un fermier taciturne, sévère et sa femme Martha et grandit avec son cousin Norman.

Franck quitte, adolescent, la ferme de son oncle. On le retrouve au début du roman, adulte, marié à Honey Wainscot avec laquelle il a un petit garçon, Ernie. Franck apprend par un article de presse qu’un fermier a été retrouvé mort dans sa maison et un homme suspect a été appréhendé sans résistance. Sur la photo de la victime il reconnaît son oncle qu’il a toujours appelé père.

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Le mystère s’épaissit lorsque l’homme arrêté est retrouvé pendu dans sa cellule et sur son bras un tatouage portant « C. Green, Corée ». C. comme Chester, le fils de Sam Green le voisin de la ferme de ses parents. Or, pour Franck, cet homme, le Dormeur, ainsi surnommé, ne pouvait être Chester, ce dernier étant mort une trentaine d’années auparavant. Mais la police, les autorités ne l’entendent pas et ne cherchent même pas à vérifier ses allégations.

Qui est donc le Dormeur ? Quel jeu joue l’énigmatique et inquiétant Docteur Brown ? Et enfin, qui est (ou sont) à l’origine de l’incendie dans lequel ont péri les parents de Franck ?

Ghislaine

 

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir

Rosa Montero

Rosa Montero devait préfacer le journal que Marie Curie a écrit après la mort de son mari Pierre. Mais ce journal l’a immédiatement passionnée et elle s’est attelée à l’écriture de « L’idée ridicule de ne jamais plus te revoir » en 2013.

Elle même venait de perdre son époux Pablo Lizcano et en découvrant ce journal, elle avoue : « l’envie d’utiliser sa vie comme un mètre étalon pour raconter la mienne »… « On me dit : il est mort. Peut-on comprendre des choses pareilles… Mais comment çà je ne vais plus le revoir… c’est une réalité inconcevable que l’esprit rejette : ne plus jamais le revoir est une mauvaise blague, une idée ridicule ».

Marie Curie, le livre et l'auteur...

Marie Curie, le livre et l’auteur…

Ce livre n’est pas une biographie de Marie Curie. C’est pour l’auteur l’occasion de parler des états d’âme de l’homme, de ses souffrances, de la mort… mais aussi du bonheur. Grâce à ce journal Marie Curie a « été sauvée de l’anéantissement » ; « La littérature, comme toute forme d’Art est l’aveu que la vie ne suffit pas » et Rosa Montero ajoute : « elle ne suffit pas non. C’est pour ça que je suis en train d’écrire ce livre, c’est pour ça que vous êtes en train de le lire ».

Ce livre est aussi un livre sur le machisme ordinaire dont a été victime Marie Curie. Or elle ne fut pas seulement la première femme à recevoir un Prix Nobel et la seule à en recevoir deux mais aussi la première à être diplômée en sciences à la Sorbonne, la première à obtenir un doctorat de sciences en France, la première à avoir une chaire. Une pionnière absolue. Un être différent. La première femme aussi à être enterrée au Panthéon des Grands Hommes.

Marie a fait preuve d’un courage extraordinaire pour tout assumer : « comment a t-elle fait pour survivre, pour s’en sortir… quelle puissance ! ». Quand elle eut une relation avec Paul Langevin, la haine et l’anti sémitisme firent rage « on la traita de Russe, d’Allemande, de Juive, de Polonaise, c’était la femme étrangère ».

Josette J.

 

 

 Le viking qui voulait épouser la fille de soie

Katarina Mazetti

Le livre se situe au Xème siècle. Certains personnages vivent dans une île au sud de la Suède. Ce sont « les Vikings » : paysans et constructeurs de bateaux comme ce père et ses deux fils. La mère a disparu quand le dernier fils avait 3 ans.

Une autre famille est originaire de Kiev. Le père est un riche marchand de soie qui voyage pour son commerce en particulier dans les grandes villes telle que Byzance. Il a un fils et une fille. Cette dernière a reçu en cadeau deux esclaves. Toutes les trois vont grandir ensemble et ne plus se quitter.

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Quand la ville de Kiev tombe aux mains des pillards, le riche marchand est tué ; ses enfants et les deux esclaves vont être recueillis par un des fils Viking et ramenés sur l’île suédoise. Le viking est tombé fou amoureux de la « fille de soie » qui partage son amour, mais le destin l’empêchera de l’épouser et il s’enfuira laissant sa « fiancée » enceinte qui finira par épouser son frère …

Est-ce vrai ou pas, on découvre qu’à cette époque le trafic d’esclaves est très important. Lors des raids des pillards, l’enlèvement des garçons ou des filles pour les revendre comme esclaves fait partie des butins à acquérir quand on part à l’assaut de nouveaux territoires. Chez les Vikings, pas d’organisations centralisées, pas de roi, de prince, les problèmes de vie commune sont débattus et la justice rendue par les sages de la communauté : le clan. Mais pas d’impôts ni d’armée pour défendre les intérêts d’un roi lointain.

Pour ne pas tout dévoiler de l’intrigue, il y aura un dénouement inattendu à la fin du livre…

Un livre très agréable à lire, on est transposé dans une autre époque, dans un autre monde. Ce n’est pas un livre historique scientifiquement parlant, mais il y a tout de même des bases archéologiques qui ont permis à l’auteur de faire de son livre une petite fenêtre ouverte sur ce petit peuple Viking qui a parcouru le monde sur les mers et souvent semé la terreur. Un bon moment.

Cécile

 

Brèves… pour trois « coup de cœur »

Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

Les passants de Lisbonne – Philippe Besson

Les chauves-souris, les singes et les hommes – Paule Constant

Ces trois livres ont, pour moi, un point commun : l’écriture. Une écriture riche dans le style, le vocabulaire, la construction de la phrase. Une écriture pleine de musicalité, de finesse, de raffinement.

Cette écriture il est difficile d’en parler, il faut la lire ! Il faut d’autant plus la lire que les trois sujets traités sont aux antipodes les uns des autres : la vie de Racine, le deuil et l’épidémie Ebola.

Trois sujets merveilleusement traités, aux personnages intéressants et attachants. Après lecture j’ai écouté ce que chaque auteur disait de son livre (grâce à internet). Une expérience intéressante qui permet soit de se trouver en concordance avec ce qu’il a voulu communiquer soit de constater la marge interprétative du lecteur que je suis.

P10_Titus

Dans Titus n’aimait pas Bérénice, c’est l’œuvre de Racine qui a inspiré l’auteur. Pourquoi, se demande-t-elle, Racine a-t-il créé des personnages féminins aussi tragiques ? La force des textes viennent de l’observation, de la compréhension qu’a eu Racine du chagrin d’amour et de la souffrance de la femme. A partir de cette façon universelle de dire le chagrin d’amour, de sa résonance actuelle, Nathalie Azoulai crée un personnage meurtri par l’abandon de son amant  qui se plonge dans la lecture de Racine.

P11_LivreBessonDans Les passants de Lisbonne, il est question des catastrophes naturelles dont les images créent émotion et compassion, mais qui sont aussi pour certains la cause d’une disparation unique, le deuil d’un proche. Il en est ainsi de l’héroïne du roman qui, assistant à la télévision, à la destruction de San Francisco, rasée par un tremblement de terre et un tsunami, réalise que son mari était présent dans un hôtel de cette ville. Après avoir cherché des signes de vie, elle cherchera des signes de sa mort. Celle-ci étant avérée, elle quitte Paris pour Lisbonne, ville de la « mélancolie douce », « la saudade », une cité romanesque, une atmosphère, un état d’esprit, une topographie… Ce livre est le roman de deux formes de relation à l’absence : le deuil et la séparation amoureuse.

P12_LivreConstantQuant au roman Les chauves-souris, les singes et les hommes, le premier sur l’épidémie Ebola, l’auteur, fille de médecin militaire, explique avoir toujours vécu « avec les épidémies ». Lèpre et tuberculose soignées par son père, peste et choléra, et aujourd’hui ébola, objet de recherche de son mari. La chaîne de la maladie qu’elle décrit est totalement exacte. Face à ce fléau c’est l’ignorance : personne ne comprend, ne voit le processus de contamination ; c’est aussi la superstition, la malédiction, la recherche du bouc émissaire. Contrairement à l’idée reçue que les grandes épidémies appartiennent à l’Histoire, aux siècles passés, l’auteur montre qu’elles nous guettent car elles résultent de la mondialisation actuelle.

Marie-Antoinette