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Katulu ? : rencontre d’auteur à Carnoux

26 mars 2017

Marie-France Clerc dédicaçant son ouvrage en août 2016 (photo R. Beneat publiée dans Le Télégramme de Brest)

Le groupe de lecture Katulu ? Organise la semaine prochaine une rencontre ouverte à tous avec Marie-France Clerc, qui présentera son livre intitulé « Cinq zinnias pour mon inconnu ». Cette séance publique se tiendra jeudi 30 mars à 18 h dans la salle Fayer, située à Carnoux, derrière l’hostellerie de la Crémaillère, rue Tony Garnier.

C’est l’occasion de venir découvrir et dialoguer en direct avec l’auteur de ce livre publié en 2016, une fiction « où tout est vrai » , qui nous plonge dans l’histoire de l’Ukraine. Les grands-parents de Nathalie ont fui la Révolution de 1917. Installés en France, ils parlaient peu de leur Ukraine natale. Aujourd’hui Nathalie, devenue grand-mère à son tour, réclame en Ukraine les actes de naissance de ses grands-parents. Mais c’est un tout autre document que lui adressent les archives de Vinnytsia…

Venez découvrir la suite en rencontrant l’auteur de ce roman étrange et envoûtant, jeudi prochain, à l’occasion de cette invitation du groupe de lecture Katulu ?

M.-A. Ricard

Vinci victime d’un petit coup de mou : les zadistes en cause ?

9 mars 2017

L’affaire est déjà ancienne puisqu’elle s’est produite le mardi 22 novembre 2016. Elle avait alors fait la une de tous les médias et suscité de doctes interrogations de la part des plus brillants analystes boursiers, suscitant même l’intérêt du Canard enchaîné avant que ce dernier ne vienne fourrer son bec dans le cursus professionnel d’une certaine Pénélope Fillon.

Xavier Huillard, le PDG de Vinci

Ce jour-là, à 16h05, alors que Xavier Huillard, le PDG du géant du BTP (et heureux gestionnaire d’une bonne partie du réseau autoroutier français) Vinci, est en train de faire un beau discours devant la fondation de l’Ecole Polytechnique, un communiqué de presse est adressé à une poignée de journalistes et de sites économiques. L’agence de presse spécialisée Bloomberg relaie aussitôt l’information à destination des opérateurs boursiers.

Le message en question se présente comme un communiqué officiel du groupe Vinci et explique que le directeur financier du groupe, Christian Labeyrie, vient d’être limogé après la découverte d’erreurs comptables portant sur un montant total de 3,5 milliards d’euros, entraînant une révision des comptes consolidés de l’exercice 2015 et du premier trimestre 2016.

Le groupe Vinci, une véritable galaxie…

Immédiatement, la bourse s’enflamme et l’action Vinci dévisse, grâce à l’action zélée des automates de marchés qui vendent aussitôt à tour de bras sous l’effet de cette nouvelle alarmante. A 16h27, alors que les cotations venaient tout juste de reprendre après avoir été automatiquement stoppées pour éviter le désastre, un nouveau faux communiqué est diffusé, confirmant que des informations comptables explosives ont été dérobées au groupe. Le cours de Vinci poursuit alors sa dégringolade vertigineuse.

En quelques minutes, le cours de l’action a ainsi perdu 18 % de sa valeur, tombant de 61,81 à 49,93 euros. La valorisation du groupe est passée en moins d’un quart d’heure d’environ 36 milliards d’euros à 29 milliards, soit une perte quasi instantanée de plus de 7 milliards d’euros !

Le groupe Vinci finit par réagir et publie alors, à 16h49, un communiqué officiel sur son site pour démentir les deux précédents. Le cours de l’action remonte et clôture finalement la séance à 17h en baisse de 4 % seulement.

Une demi-heure plus tard, cet acte de sabotage boursier est revendiqué par un groupe de militants qui expliquent avoir agi en représailles contre la forte implication de Vinci dans le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, et pour quelques autres turpitudes du groupe de BTP sur certains de ses chantiers à l’étranger.

Bien entendu, une enquête est aussitôt ouverte par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Elle met d’ailleurs rapidement en évidence que les communiqués étaient des faux grossiers, des « hoax » pour emprunter le jargon anglicisant du monde de la finance. Le premier émanait d’un domaine internet « vinci-group » loué auprès du gestionnaire de noms de domaines Gandi pour la modique somme de 22,50 € par un certain Thomas Moulaert qui avait fourni comme numéro de téléphone celui de la mairie de Roermond, paisible bourgade hollandaise.

Quant au contact indiqué sur le communiqué et qui était sensé correspondre au service de presse de Vinci, il s’agit d’un numéro correspondant à une carte prépayée issue d’un opérateur virtuel indien domicilié à Londres, mais bien sûr personne ne s’est donné la peine de vérifier tout ceci avant de diffuser l’information…

Trois mois plus tard, si l’on en croît un article récent du Monde, l’Autorité des marchés financiers n’est guère plus avancée même si de nombreux articles à travers le monde ont décortiqué en détail ce cas de figure remarquable de « hoaxcrash » qui consiste ni plus ni moins qu’en un simple canular téléphonique à 7 milliards d’euros. Un beau coup de maître mais qui n’est pas si rare que cela, puisque la presse spécialisée cite de multiples autres exemples assez comparables. La bourse n’est décidément qu’une vaste loterie soumis aux humeurs joueuses de certains…

Les transactions boursières qui ont été réalisées sur le titre Vinci pendant les quelques minutes de folie qui ont vu le titre jouer allègrement au yoyo ont bien évidemment été analysées à la loupe mais il semble bien que rien de particulier n’ait été décelé et tout semble donc désigner les zadistes de Notre-Dame des Landes comme les auteurs de ce canular, sans même qu’ils se soient enrichis au passage.

Un geste de militant donc, selon toute vraisemblance, comme celui de ces faucheurs de chaises qui se sont permis de faire main basse sur le mobilier de plusieurs agences bancaires de BNP Paribas, promettant de rendre les chaises à leur propriétaire dès lors que ce dernier rendra les milliards d’euros soustraits via l’évasion fiscale que cette banque pratique à grande échelle.

Opération réquisition dans une agence de BNP-Paribas (photo Attac)

En tout cas, la mésaventure du groupe Vinci aura au moins servi aux autorités boursières françaises à prendre conscience du risque et à prendre les mesures qui s’imposent. La plus spectaculaire d’entre elles consiste ni plus ni moins qu’à rappeler aux journalistes qu’il leur est conseillé de vérifier leurs sources face à de tels communiqués. Une démarche salutaire en effet. Vinci trouvera peut-être qu’il a payé un peu cher pour que son affaire débouche sur une telle recommandation qui est sans doute déjà largement enseignée dans les écoles de journalisme, mais manifestement le groupe Vinci cherche plutôt à faire profil bas après sa mésaventure largement médiatisée.

Qu’on se rassure cependant : à ce jour l’action du groupe est remontée à plus de 70 € et le chiffre d’affaire du groupe devrait s’approcher en 2017 des 40 milliards d’euros, pour un résultat d’exploitation qui a dépassé les 4 milliards sur l’exercice 2016. Le petit incident boursier du 22 novembre n’est donc qu’une péripétie sans importance pour le géant du BTP. Qu’est-ce 7 milliards d’euros de nos jours ? Cela représente tout juste le montant total de l’aide sociale à l’enfance qui est alloué chaque année sur l’ensemble du territoire national, une broutille !

L.V. 

2016 est mort, vive 2017 !

1 janvier 2017

Une nouvelle année vient de se terminer, une de plus ! Elle nous aura apporté, comme toutes les précédentes son lot de malheurs et de désillusions, d’erreurs et de regrets, mais aussi, forcément quelques petits bonheurs et peut-être même de grandes joies en cherchant bien !

Puisque c’est l’occasion de jeter un œil dans le rétroviseur, profitons-en pour nous remémorer certains des événements qui ont jalonné ce cru 2016, au travers du regard de quelques dessins humoristiques parus dans la presse ou relayés sur internet. C’est d’ailleurs l’occasion de rendre un hommage appuyé au talent de ces illustrateurs à qui nous empruntons ces œuvres, et à leur capacité sans cesse renouvelée à tirer profit de l’actualit,é même la plus noire, pour en tirer avec humour et tact, une analyse décalée qui prête à rire mais aussi à faire réfléchir.

La sélection est très personnelle et forcément totalement subjective. Elle n’a aucune autre prétention que de faire sourire à l’issue de cette année écoulée, riche en tragédies de toute sorte et qui n’incite pas forcément à l’optimisme quant à la capacité de l’humanité prise collectivement à surmonter de manière intelligente et constructive les innombrables défis qui nous attendent tous !

C’est en tout cas l’occasion, pour l’équipe qui anime ce blog collectif de souhaiter à tous nos lecteurs, occasionnels ou assidus, une excellente année 2017 en l’espérant aussi riche en rebondissements que celle qui vient de se terminer, avec peut-être un zest supplémentaire de bonnes nouvelles, sait-on jamais ?

L.V.lutinvert1small  

Janvier

Le 27 janvier 2016, la garde des sceaux Christiane Taubira, dernière conscience de gauche du gouvernement de Manuel Valls démissionne en fanfare après des semaines de malaise intense qui se cristallise en particulier autour des débats (finalement avortés) relatifs à la déchéance de nationalité. Elle quitte le ministère de la Justice sur son vélo jaune avec ces mots qui feront date ; « Parfois, résister, c’est partir ». Un dessin de l’illustrateur Ixène.blog375_ph01

Février

Le remaniement ministériel tant attendu a finalement lieu le 11 février 2016 et voit le départ de Laurent Fabius pour le Conseil constitutionnel, remplacé au poste de ministre des affaires étrangères par l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, tandis que trois écologistes font leur entrée au gouvernement. L’ambiance n’est cependant pas à la fête dans ce gouvernement au plus bas dans les sondages à un an de la prochaine échéance électorale présidentielle, comme l’a bien souligné le dessinateur Ysopeblog375_ph02

Mars

Le premier ministre britannique David Cameron négocie avec Bruxelles des conditions financières plus favorables pour son pays en menaçant de quitter l’Union européenne via un référendum s’il n’obtient pas satisfaction. La plupart de ses exigences sont satisfaites, ce qui n’empêchera pas le peuple britannique de voter largement en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Ces négociations se passent avec en toile de fond une grave crise européenne due à l’afflux de migrants, provenant notamment de Syrie et face auxquels les pays européens ne savent plus comment se positionner. Un dessin de Cambon.blog375_ph03

Avril

Dans le contexte des manifestations contre la loi sur la réforme du Code du Travail présentée par la ministre Myriam El Khomry, la Place de la République à Paris est occupée à partir du 31 mars 2016 par la mouvement Nuit debout qui rassemble chaque nuit des milieux de citoyens tandis que le mouvement s’étend progressivement à d’autres villes. De nombreuses personnalités tentent de récupérer le mouvement, dont Alain Finkelkraut qui se fait expulser sans ménagement. Pendant ce temps-là, le gouvernement est à la peine, empêtré dans le projet de loi El Khomry : la gauche et les syndicats sont vent debout contre cette réforme qui répond avant tout aux attentes du patronat. Bien que promulguée le 9 août après avoir été fortement édulcorée, la loi continuera de provoquer des manifestations jusque fin septembre. Un dessin de Plantu publié dans Le Monde.blog375_ph04

Mai

En Autriche, les élections présidentielles voient s’affronter au 2ème tour, le 22 mai 2016, un candidat d’extême droite, Norbert Hofer, et un indépendant, Alexander Van der Bellen, ancien chef du parti des Verts. Les deux grands partis traditionnels sont éliminés de ce second tour, ce qui provoque un véritable séisme politique. L’écart de voix entre les deux finalistes est cependant si faible que le résultat est finalement invalidé le 1er juillet et un troisième tour doit être organisé, prévu initialement début octobre puis reporté au 4 décembre. C’est en définitive le candidat écologiste qui remporte ces élections, mais dans un pays où le FPÖ, parti d’extrême droite, reste très fortement soutenu, ce qui augure mal de l’avenir. Un dessin signé Vissecq.blog375_ph05

Juin

A l’occasion des matchs de l’Euro 2016 qui se déroulaient en France et qui se sont soldés par la victoire de l’équipe portugaise contre la France, des supporters russes et anglais se livrent à un déchaînement de violence qui provoque une trentaine de blessés sur le Vieux Port de Marseille le 11 juin 2016. Le lendemain, des hooligans allemands s’en prennent à des supporters ukrainiens. Quelques jours lus tard, c’est une bagarre qui éclate dans un train entre supporters éméchés anglais et gallois. Qui a dit que le sport facilite le rapprochement ? Un dessin réalisé par Deligne et publié sur son site.blog375_ph06

Juillet

Le 14 juillet, un camion conduit par un déséquilibré se revendiquant de DAECH fonce dans la foule assemblée sur la promenade des Anglais à Nice pour admirer le feu d’artifice. Après cet attentat meurtrier, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, lance une polémique accusant la police nationale de n’avoir pas suffisamment été présente tandis qu’il pousse la responsable de sa police municipale à remettre en cause le rapport officiel du Ministère de l’Intérieur sur ces événements tragiques. Le dessin de Placide fait référence au camion blanc du meurtrier et à cette polémique déplacée alimentée par la responsable locale de la police municipale aux ordres de Christian Estrosi.blog375_ph07

Août

Pendant tout l’été se prolonge un véritable débat national pour ou contre l’interdiction du burkini, ce fameux vêtement de bain porté par quelques femmes musulmanes intégristes. Plusieurs maires prennent des arrêtés municipaux pour interdire le port de ce vêtement sur les plages. Le Conseil d’État finit par invalider le 26 août 2016 l’arrêté pris par la commune de Villeneuve-Loubet qui interdisait les vêtement religieux ostentatoire sur la plage, rappelant que cette tenue de bain n’est pas attentatoire à l’ordre public. Un dessin de KAK publié sur son site.blog375_ph08

Septembre

La liste des candidats autorisés à concourir à la primaire de la droite et du centre est dévoilée le 21 septembre 2016 par la Haute-Autorité en charge de ce processus. Sept candidats sont finalement dans la course dont une seule femme, Nathalie Kosciusko-Morizet, et aucun candidat du centre, comprenne qui pourra. L’ancien premier ministre, pourtant condamné pour détournement de fonds publics, Alain Juppé est largement favori dans les sondages, devant l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy qui concentre les critiques de son camp du fait des nombreuses affaires judiciaires qui le concernent, relatifs en particulier aux modalités de financement de ses campagnes précédentes. Un dessin de Vadot, publié dans la revue Sandawe.com.blog375_ph09

Octobre

La campagne présidentielle aux États-Unis se termine dans un climat de tension exacerbée par l’élection surprise du milliardaire démagogue et conservateur Donald Trump face à la démocrate Hilary Clinton, considérée comme la candidate du système et fortement critiquée pour son opportunisme politique. Un dessin de Rodho paru dans le magazine Diacritik.blog375_ph10

Novembre

François Fillon remporte haut la main les primaires de la droite en prévision des prochaines élections présidentielles, éliminant dès le premier tour Nicolas Sarkozy qui avait pourtant fait le forcing pour être de nouveau candidat à l’élection présidentielle et à l’immunité judiciaire. Pour la seconde fois de sa carrière, l’ancien président de la République renonce à la vie politique, ce qui devrait lui laisser du temps libre pour s’occuper de sa défense dans les multiples affaires judiciaires dans lesquelles il est empêtré. Un dessin de Fix.blog375_ph11

Décembre

Après un suspens savamment entretenu, François Hollande annonce finalement qu’il ne briguera pas un second mandant présidentiel, ouvrant la porte à une candidature de son premier ministre, Manuel Valls, qui annonce aussitôt qu’il participera à la primaire du Parti socialiste. La cote de popularité du Président de la république était tombée si bas que ce retrait s’imposait. Pour autant, il fallait oser filer la métaphore du désamour et de la désillusion : Gros l’a fait, dans ce dessin paru dans Marianne !blog375_ph12

Katulu ? fête à sa manière le jubilé de Carnoux

13 septembre 2016

Katulu ? est un « groupe de lecture » créé en 2008 à l’initiative de Maggy Portefaix, institutrice retraitée, et de deux de ses amies, « les deux Josette ».

Son objectif :    « A Katulu ? nous désirons partager nos plaisirs de lecture et nous donner mutuellement envie de lire. Aucun genre de livre n’est exclu, aucun plaisir contesté. Chacun est libre ». Ainsi s’est défini ce groupe, qui au fil du temps s’est élargi à une dizaine de membres.

Avec le départ de Maggy Portefaix de Carnoux, en octobre 2011, Katulu ? est devenu une des activités du Cercle Progressiste Carnussien.

Les réunions de « Katulu ? » se poursuivent chaque mois avec une grande régularité et la présence à chaque séance de 6 personnes au minimum, dans une salle prêtée par la municipalité.

Chacun présente un livre qu’il a lu avec esprit critique souvent positif mais parfois négatif aussi et fait un compte-rendu, lequel est diffusé sur le présent blog du CPC, depuis 2013.

C’est une cinquantaine de livres qui est ainsi évoquée chaque année au sein du groupe.

Depuis sa création, 49 numéros de Katulu ? ont été édités, regroupant les comptes-rendus des livres et des réunions. Ces journaux ont été reliés en 3 volumes pour les années 2008-2011, 2012-2013 et 2014-2015, consultables par ceux qui le souhaitent. Un répertoire de tous les livres présentés depuis 2008 a été réalisé par ordre alphabétique d’auteurs avec référence au numéro de Katulu ? où se trouve le compte-rendu correspondant.

Les réunions de « Katulu ? » où règne une ambiance sympathique et une bonne humeur sans faille, sont des moments d’enrichissement, de culture, de détente… Des moments où il fait bon se retrouver, discuter, échanger… sur les livres mais aussi sur mille et un autres sujets : spectacles, théâtre, opéra, cinéma, parfois politique ou tout simplement des « choses de la vie ».

Nous avons aussi prolongé nos rencontres en nous retrouvant aux retransmissions cinématographiques des ballets et opéras du Royal House Opera ou du Met de New-York diffusées soit à l’Artéa soit dans les deux cinémas d’Aubagne avec, alors, co-voiturage assuré depuis Carnoux !

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A l’occasion du Jubilé de Carnoux-en-Provence une réunion publique est proposée jeudi 29 septembre à 18 h au Clos Blancheton. Cinq livres seront présentés autour du thème de « l’exil ». Des époques, des auteurs, des histoires de vie, tous différents, un tour du monde où des hommes, face à la dictature ou la guerre, ont dû « renaître » et donnent une très grande leçon de courage, de force vitale et d’optimisme, comme l’ont fait les « créateurs » de Carnoux. Une manière de leur rendre hommage, 50 ans après la création de notre commune, nous tous qui avons trouvé dans cette petite ville, la possibilité de créer notre « nid ».

Marie Antoinette Ricard

Au Gabon, les élections mettent le feu aux poudres

3 septembre 2016

Alors qu’en France les prochaines élections présidentielles approchent à grands pas, aiguisant l’appétit de toute la classe politique qui commence déjà à se déchirer, l’élection qui vient de se dérouler au Gabon est en train de virer à la tragédie. Contrairement à la présidentielle française, la gabonaise se joue à un seul tour. Le président sortant, Ali Bongo Ondimba, briguait tout naturellement un second mandat de 7 an, histoire de prolonger au moins jusqu’en 2023 une tradition familiale bien ancrée.

Omar Bongo et Jacques Foccart

Omar Bongo et Jacques Foccart

Rappelons en effet pour mémoire que son défunt père, l’ex employé des PTT de Libreville Omar Bongo, avait dirigé ce pays de 1967 jusqu’à sa mort en juin 2009, date à laquelle les Gabonais avaient tout naturellement élu son fils pour le remplacer à la tête du pays : la force de l’habitude sans doute… « En Afrique, le pouvoir se prend et ne se rend pas », disait Omar Bongo. Le fils a bien retenu la leçon !

Il n’est peut-être pas inutile non plus de rappeler que feu Omar Bongo a toujours été très proche des cercles dirigeants de l’ancienne puissance coloniale française. C’est Jacques Foccart en personne, éminence grise du général de Gaulle pour les affaires africaines, qui avait eu l’idée en 1965 de désigner cet ancien membre des services secrets français comme héritier du premier président gabonais Léon Mba, tombé gravement malade en 1965. Un petit toilettage de la constitution avait alors été opéré pour créer un poste de vice-président et des élections avaient été organisées à la va vite en mars 1967 pour que le président soit réélu avec son nouveau dauphin désigné, histoire de le légitimer juste avant la mort du président en exercice, quelques mois plus tard.

Omar Bongo avec l'ancien président Léon Mba

Omar Bongo avec l’ancien président Léon Mba

Du cousu main qui permet au nouveau président de s’installer au pouvoir pour plus de 40 ans. En 1973, il remporte haut la main (avec 99,6 % des suffrages) une première élection présidentielle après que son principal opposant ait été -heureux hasard- assassiné par deux mercenaires français. C’est le début du « miracle gabonais » grâce à la hausse des prix du pétrole dont le pays est producteur. En 1977, son nouvel opposant, le poète Ndouna Depenaud, est assasiné à son tour, ce qui permet à Omar Bongo de se faire réélire triomphalement avec cette fois 99,8 % des voix…

Forcé à mettre en place une amorce de multipartisme à partir de 1990, après que les légionnaires français aient été appelés en renfort pour mater un début de révolte populaire, il est néanmoins constamment réélu depuis lors, avec encore plus de 79 % des voix lors de son dernier scrutin en 2005, contesté par l’opposition. C’est en Espagne qu’il décède en juin 2009 car il se méfiait depuis quelque temps des risques judiciaires encourus sur le territoire français où plusieurs membres de sa famille étaient poursuivis dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis » : plus de 150 millions d’euros investis en France sous forme de biens immobiliers, dont 33 appartements et hôtels particuliers.

L’ex juge Eva Joly, qui avait d’ailleurs placé sous sequestres l’un de ses comptes en Suisse, lui reprochait de s’être largement servi au détriment de sa population, s’étonnant que le Gabon dont le PIB est équivalent à celui du Portugal, ne construise que 5 km de route par an et possède un des taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde, tandis que les avoirs de son président dans la seule Citybank de New York ont été évalués, dans le cadre d’une enquête du Sénat américain, à 130 millions de dollars…

Nicolas Sarkozy accueilli chaleureusement à Libreville par son ami Omar Bongo le 27 juillet 2007 (photo P. Kovarik / AFP)

Nicolas Sarkozy accueilli chaleureusement à Libreville par son ami Omar Bongo le 27 juillet 2007 (photo P. Kovarik / AFP)

En 2007, Nicolas Sarkozy avait fait le voyage à Libreville pour demander à Omar Bongo des « conseils » pour sa propre campagne présidentielle, ce qui l’avait amené à nouer des relations très étroites avec son aîné, au point de lui donner satisfaction en limogeant son ministre de la coopération, Jean-Marie Bockel, tout comme l’avait fait François Mitterrand avec Jean-Pierre Cot quelques années auparavant.

En 2009, c’est donc tout naturellement que Nicolas Sarkozy avait approuvé l’arrivée à la Présidence gabonaise de l’un des fils d’Omar Bongo (lequel a reconnu pas moins de 54 enfants, ce qui rend sa succession quelque peu complexe…). Ali Bongo, qui était déjà ministre de la Défense de son père avait été élu avec officiellement 41 % des voix, contre plusieurs opposants dont André Mba Obame qui conteste ce résultat et revendique lui aussi la victoire. Selon certaines sources, Obame aurait effectivement été crédité de 42 % des suffrages, mais le Conseil constitutionnel gabonais, à la botte du clan Bongo valide le résultat officiel tandis que Nicolas Sarkozy se précipite pour féliciter chaudement son ami Ali Bongo malgré les émeutes qui embrasent alors la capitale gabonaise.

Le président sortant Ali Bongo (photo G. Fuentes / REUTERS)

Le président sortant Ali Bongo (photo G. Fuentes / REUTERS)

Lors des dernières présidentielles qui viennent de se dérouler, le président sortant avait failli être invalidé du fait des révélations montrant qu’il n’est pas de nationalité gabonaise, étant né au Nigéria et ayant en fait été adopté par Omar Bongo. Mais les faux certificats de naissance successifs fournis ont finalement suffi à le qualifier malgré les polémiques.

Pour cette élection, les principaux opposants s’étaient rangés sous la bannière de Jean Ping qui se présente au nom du Front uni de l’opposition pour l’alternance. Ancien ministre d’Omar Bongo, dont il fut le gendre, ce diplomate de haut vol a même présidé l’Assemblée générale des Nations-Unies en 2004-2005. A l’issue des élections qui se sont tenues le samedi 27 août, les premiers résultats donnent Jean Ping largement vainqueur avec environ 67 000 voix d’avance. Mais le 30 août, trois jours après le scrutin, il manque encore les résultats d’une des 10 provinces, celle du Haut-Ogooué, le fief de la famille Bongo. Cette province compte un nombre d’inscrits qui varie selon les versions mais qui tourne autour de 71 000.

Jean Ping, candidat de l'opposition contre Ali Bongo (photo T. Monasse/Xinhua/Sipa Press)

Jean Ping, candidat de l’opposition contre Ali Bongo (photo T. Monasse/Xinhua/Sipa Press)

Et là, miracle : alors que le taux de participation dans le reste du pays s’établit autour de 53 %, il atteint 99,93 % dans cette province particulièrement civique, avec bien entendu une nette préférence pour Ali Bongo qui recueille pas moins de 95,5 % des suffrages exprimés. Un heureux retournement de situation pour le président sortant qui se proclame donc vainqueur avec quelques milliers de voix d’avance !

Bien sûr, l’opposition a aussitôt crié au tripatouillage électoral et les débats ont été rudes au sein de la commission électorale, au point que les observateurs étrangers dépêchés par l’Union européenne ont été priés de sortir le 31 août au matin lors de l’analyse des résultats fraîchement arrivés du Haut-Ogooué…

Manifestations d'opposants à Libreville après l'annonce des résultats (photo M. Longari / AFP)

Manifestations d’opposants à Libreville après l’annonce des résultats (photo M. Longari / AFP)

Sitôt ces résultats proclamés, l’opposition a hurlé au scandale et depuis la situation est des plus confuses. Dès l’après-midi du 31 des manifestants se sont répandus dans les rues de Libreville où l’Assemblée nationale a été partiellement incendiée dans la nuit, provoquant de violents heurts avec l’armée qui s’était déployée en masse. On dénombre déjà au moins 5 morts suite à ces affrontements qui semblent se poursuivre et se propager à d’autres villes dont la capitale économique Port-Gentil.

Les États-Unis comme l’Union européenne appuient la demande de l’opposition de préciser les résultats par bureau de vote, quitte à procéder à un recomptage des bulletins dans les bureaux litigieux, ce dont le pouvoir en place ne veut même pas entendre parler. Même les ténors de la Droite française, à l’exception notable de Nicolas Sarkozy qui ne s’est pas exprimé, semblent reconnaître que le clan Bongo est peut-être cette fois allé un peu loin dans le tripatouillage électoral, c’est dire… En attendant, la situation reste pour l’instant bloquée et potentiellement explosive.

L.V.  LutinVert1Small

Jeux Olympiques 2016 : Rio, c’est fini !

23 août 2016

Blog335_LogoAprès 15 jours de compétition, les jeux olympiques de Rio viennent de se clôturer par une cérémonie grandiose dans le stade mythique de Maracana. En attendant ceux de 2020 qui se dérouleront à Tokyo, il est temps de revenir sur quelques moments de ces 31ème Olympiades, au travers de dessins d’humeur parus dans la presse. Une petite rétrospective totalement subjective sur un de ces grands événements qui captivent une bonne partie de la planète !

Le virus Zika, terreur des JO de Rio…

Le virus Zika, terreur des JO de Rio…

Avant le début de ces jeux, tous les projecteurs du monde entier étaient braqués sur ces chantiers brésiliens qui accumulaient du retard et pour lesquels chacun prédisait que rien ne serait prêt à temps. Et puis s’est déclenchée l’épidémie de zika transmise par certains moustiques et à l’origine de malformations congénitales chez le fœtus, de troubles neurologiques et de paralysies. Le Brésil étant l’un des foyers les plus touchés et malgré les efforts du gouvernement pour démoustiquer tout en s’efforçant de minimiser le risque, l’inquiétude est montée d’un cran, au point de convaincre plusieurs sélectionnés d’éviter de faire le déplacement …

Propagation alarmante du virus Zika avant les jeux (dessin de Brandan, paru dans le Business Day)

Propagation alarmante du virus Zika avant les jeux (dessin de Brandan, paru dans le Business Day)

Ajoutez à cela les révélations sur les athlètes russes confondus par l’Agence mondiale antidopage de dopage à grande échelle, organisé méticuleusement par la fédération russe d’athlétisme, mais sauvés in extremis grâce à la mansuétude du CIO alors qu’il était question d’exclure de la compétition l’ensemble des sportifs de ce pays, et voilà un cocktail idéal pour inspirer les humoristes du monde entier…

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Pour la cérémonie d’ouverture des jeux, de nombreux responsables politiques avaient fait le déplacement, parmi lesquels le roi des Belges et son épouse, et ceci en plein épisode rocambolesque de destitution de la présidente brésilienne. Mais pas question pour autant que le Brésil n’offre au reste du monde le spectacle de la misère dans les favelas…

Pendant les JO, la vie dans les favélas continue, de préférence loin des regards indiscrets… (dessin d’Oli)

Pendant les JO, la vie dans les favélas continue, de préférence loin des regards indiscrets… (dessin d’Oli)

Pour ces premiers jeux olympiques à se dérouler au Brésil, plus de 11 000 sportifs étaient en compétition, appartenant à 204 nations différentes. Au total, 28 sports différents étaient au programme avec, comme à chaque fois, des nouveautés. C’est ainsi que ces Olympiades de Rio ont vu apparaître pour la première fois le rugby à sept et même le golf. A quand les épreuves olympiques de pétanque ?

Le golf nouvelle discipline olympique (dessin d’Olivero)

Le golf nouvelle discipline olympique (dessin d’Olivero)

Le voile autorisé aux jeux olympiques ? (dessin de Chrib)

Le voile autorisé aux jeux olympiques ? (dessin de Chrib)

L’ombre des attentats terroristes d’inspiration islamiste planait sur ces jeux comme sur l’ensemble des grands rassemblements médiatisés. Pas d’attentat revendiqué par DAECH pourtant, mais les polémiques sur le voile islamique étaient présents dans de nombreuses têtes, à Rio comme ailleurs…

Le 100 m papillon aux jeux olympiques sous la menace islamiste (dessin de Cambon)

Le 100 m papillon aux jeux olympiques sous la menace islamiste (dessin de Cambon)

Les jeux olympiques, c’est l’esprit de compétition mais aussi le dépassement de soi, parfois poussé à l’extrême, comme dans le cas du Français Yohann Dinitz, dont le calvaire en finale du 50 km marche a ému le monde entier. C’est aussi l’esprit d’équipe, la solidarité voire la main tendue à l’adversaire pour l’aider à se relever.

C’est aussi parfois le pire, avec ce public chauvin qui conspue lamentablement le sauteur à la perche Renaud Lavillenie. Ce sont aussi des individualités qui crèvent l’écran comme cet haltérophile des iles Kiribati qui fait le pitre et esquisse quelques pas de danse, même après avoir échoué dans son épreuve. Où le sprinter américain Usain Bolt qui sourit tranquillement en demi-finale du 100 m en se retournant vers ses adversaires laissés loin derrière !

Usain Bolt, l’extraterrestre qui surclasse ses adversaires (dessin de Fix dans l’Indépendant)

Usain Bolt, l’extraterrestre qui surclasse ses adversaires (dessin de Fix dans l’Indépendant)

La France est finalement repartie de Rio avec une belle moisson de médailles : 42 dont 10 en or, ce qui est inespéré après les contre-performances du début et certains échecs cuisants et inattendus !

Un record de médailles pour la France qui pourtant râle toujours (dessin de Deligne)

Un record de médailles pour la France qui pourtant râle toujours (dessin de Deligne)

On est certes loin du score des Américains ou même des Anglais qui se sont surpassés avec 67 médailles dont 27 en or… Mais on saluera quand même la performance de certains pays qui à l’occasion de ces jeux ont décroché leur première médaille d’or olympique de leur histoire, comme c’est le cas du Vietnam, de la Jordanie ou de la Côte d’Ivoire. Même s’il est bien connu que l’important c’est de participer, la victoire ne laisse jamais personne indifférent…

L.V. LutinVert1Small

Après l’attentat de Nice, les odieuses surenchères de la Droite

23 juillet 2016

Après l’attaque sanglante contre les journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 et malgré certaines réactions pour le moins inappropriées, la classe politique française avait globalement su faire bloc et appeler à l’unité nationale contre de tels agissements manifestement tournés contre la liberté de pensée et d’expression qui caractérisent notre démocratie. Des citoyens s’étaient rassemblé en masse, faisant fi de leurs divergences politiques, pour exprimer ensemble leur attachement à ces valeurs communes.

Curieusement, la cote de popularité du Chef de l’État, pourtant au plus bas dans les sondages, était même remontée de manière très significative, reflet de ce souhait d’unité nationale soudée autour des institutions nationales. « Certains me prenaient pour un Charlot. Ils me soutiendront désormais en tant que Charlie » aurait alors pronostiqué François Hollande, jamais à court d’un bon mot…

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Mais après le spectaculaire attentat du 14 juillet 2016 qui a fait 84 morts à Nice, la configuration semble bien différente. Il est vrai que l’échéance des présidentielles et, plus encore, celle des primaires de la Droite, approchent. Mais on se s’attendait pas pour autant à des réactions aussi impulsives et irresponsables de la part d’un Alain Juppé, pourtant ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, fustigeant les incuries du gouvernement et déclarant dès le lendemain matin au micro de RTL, alors même que les circonstances du drame étaient loin d’être parfaitement connues, « Je ne suis pas enquêteur mais si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». On n’a pas souvenir qu’il tenait des discours aussi simplistes lorsqu’il faisait face, alors en poste à Matignon, à une précédente vague d’attentats qui avaient déjà meurtri la France entre juillet et octobre 1995…

Quels moyens ? Rien de plus simple, comme l’a si bien détaillé dès le 15 juillet également et toujours sur RTL, un autre candidat éventuel à la primaire des Républicains, Henri Guaino, expliquant à plusieurs reprises : « il suffit de mettre à l’entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrête le camion de 15 tonnes, voila c’est tout ! ». On se demande bien pourquoi nos responsables de la sécurité intérieure n’y ont pas pensé plus tôt…

On attend maintenant avec impatience de voir les trois pauvres paras qui déambulent toute la journée au milieu de la foule à la gare Saint-Charles se trimbaler, en plus de leur attirail déjà aussi impressionnant qu’encombrant, un bazooka de 1,55 m sur l’épaule. Voilà qui aurait de la gueule et serait de nature à sécuriser les touristes en goguette. Dans l’hypothèse de l’arrivée inopinée d’un camion kamikaze déboulant via la dépose-minute, on imagine d’avance le beau feu d’artifice si d’aventure le camion est bourré d’explosif et qu’il est la cible d’une roquette. Mais l’imaginatif Henri Guaino a certainement une parade innovante en réserve…

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l'attentat de Nice (photo AFP)

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l’attentat de Nice (photo AFP)

Il est vraiment désespérant de voir à quel point un événement aussi tragique peut susciter des réactions aussi irresponsables. Passons sur le groupe de Niçois déchainés qui ont copieusement hué le Premier ministre Manuel Valls, lors de sa visite officielle, n’hésitant pas à le traiter d’assassin, les sifflets étant d’ailleurs tout autant destinés à l’ancien maire de la Ville, Christian Estrosi qui se trouvait à ses côtés. Il s’agissait semble t-il de militants FN que la député Marion Maréchal-Le Pen est d’ailleurs allé gentiment saluer, tout sourire, après la cérémonie.

Blog325_DessinDaechUn tel déchaînement de violence verbale n’est pas si anodin qu’il n’y paraît et sans doute pas de nature à apaiser les tensions. L’extrême-droite bien sûr se réjouit d’une telle situation, se félicitant d’enregistrer depuis l’attentat de Nice une augmentation significative des demandes d’adhésion au Front National. Ses dirigeants n’hésitent pas à attiser cette colère, à l’image de Marion Maréchal-Le Pen, encore elle !, proclamant au lendemain de l’attentat de Nice : « si nous ne tuons pas l’islamisme, c’est lui qui nous tuera ». On n’est pas très loin des slogans les plus extémistes qui fleurissent ici ou là, du style « L’Islam tue, tuons l’Islam », alors même qu’on a vu à quelles extrémités conduisaient ce genre d’amalgames… Aux attentats revendiqués par Daech va t-il bientôt se succéder d’autres attaques comparables menées par des extrémistes tout aussi radicalisés mais agissant au nom de la sauvegarde des racines chrétiennes de l’Occident comme on l’a déjà vécu en Norvège où le militant d’extême-droite Anders Breivik avait tué sauvagement 77 personnes ?

Blog325_DessinSarkoClownLa Droite des Républicains en tout cas n’a pas fait dans la dentelle non plus, en réaction à l’attentat de Nice, à l’image d’un Nicolas Sarkozy hargneux, attribuant tout les torts au gouvernement au prétexte que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». Le ministre de l’Intérieur a beau rappeler qu’il s’efforce tant bien que mal de reconstituer depuis 2012 les effectifs de police amputés de près de 13 000 agents durant le quinquennat de Sarkozy et de réorganiser les services de renseignement mis à mal par ses prédécesseurs, cela n’empêche pas les outrances des ténors de la Droite. L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, pourtant expert en la matière, a beau s’échiner à expliquer que « face à un fou soutenu par une idéologie », « aucune loi ne peut empêcher cela », rien n’empêche la Droite de réclamer un arsenal législatif toujours plus répressif bien que de portée purement symbolique.

Dans cette affaire, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, qui se vante depuis des années d’avoir mis en place la plus forte densité de police municipale et de caméras de surveillance qui puisse exister, aurait pu se trouver quelque peu déstabilisé par un tel attentat. Comment expliquer en effet que seulement 10 % des effectifs de la police municipale étaient mobilisés en ce jour du 14 juillet pour un rassemblement d’une telle importance ? Comme justifier que l’auteur de l’attentat ait pu en toute impunité rouler avec son camion sans se faire inquiéter sur une artère pourtant interdite aux poids-lourds et truffée de caméras, non seulement le soir de l’attentat mais aussi les deux jours qui ont précédé afin d’effectuer tranquillement les reconnaissances nécessaires ?

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Certes, Christian Estrosi a cédé, depuis peu et pour cause de cumul de mandat, son fauteuil de maire à un homme de paille, un certain Philippe Pradal, que personne n’a entendu au cours de cet épisode désastreux, silence que l’intéressé a d’ailleurs justifié sans ambage et en toute spontanéité : « c’est simple, je fais ce qu’Estrosi me demande. Et il ne me demande rien ». Il faut dire que l’ancien maire est resté premier adjoint de Nice, délégué à la Sécurité, aux Ressources humaines, aux Finances, aux Transports, aux Travaux, à la Voirie et au Stationnement (on se demande bien d’ailleurs ce qui peut rester comme délégations aux autres élus : le fleurissement des monument aux morts peut-être ?).Blog325_DessinSarko

Dans ces conditions, en politique avisé qu’il est et pour éviter d’avoir à répondre aux critiques éventuelles, M. Estrosi préfère attaquer les autres plutôt que justifier ses propres errements. Il n’a ainsi pas hésité, dès le lendemain de l’attentat, à évoquer « un mensonge d’État » quant aux effectifs de la police nationale déployée ce jour-là à Nice, alors que la liste en est parfaitement connue et vérifiable, et que de toute façon une fouille éventuelle de chacun des badauds n’aurait bien évidemment pas empêché le camion fou de se jeter dans la foule…

On a beaucoup polémiqué aussi sur l’absence de blocs de béton posés à l’entrée de la zone afin de bloquer le passage de tout véhicule. Les Israéliens, que le président de la Région PACA Christian Estrosi considère comme un modèle indépassable en matière de sécurité publique, prônent ce type d’approche. Il y a fort à parier néanmoins que si elle avait été préconisée par les services du Préfet, il aurait été le premier à la critiquer au prétexte que ces blocs de béton auraient gêné l’arrivée des secours et l’évacuation des blessés après l’attentat !

La situation actuelle mérite peut-être, de la part de nos dirigeants politiques, un peu moins de mauvaise foi et de surenchères, mais un peu plus de sang-froid et de sens des responsabilités…

L.V.  LutinVert1Small

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

Blog321_PhOdeon

Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

Disparition de Michel Rocard, alias Hamster érudit

4 juillet 2016

L’ancien premier ministre Michel Rocard s’est éteint le 2 juillet 2016, à l’âge de 85 ans, sans avoir pu exercer la fonction de Président de la République à laquelle il avait longtemps aspiré. L’ancien scout dont le nom de totem était Hamster érudit, figura pourtant un temps parmi les personnalités politiques les plus populaires auprès des Français.

Blog319_PhAdieuRocard

Son père était le physicien renommé Yves Rocard, qui dirigea, après la mise à l’écart de Frédéric Joliot-Curie, les programmes scientifiques ayant conduit à l’élaboration de la bombe atomique française avant de se passionner pour le magnétisme et de tenter d’expliquer rationnellement l’utilisation de la radiesthésie par les sourciers. Il semblerait d’ailleurs que le physicien, impérieux et plutôt conservateur, n’ait jamais beaucoup apprécié les orientations professionnelles ni le parcours politique de son fils, ce qui fut assez mal vécu par le jeune Michel Rocard…

Ce dernier intègre Sciences Po et l’ENA où il se lie d’amitié avec un certain Jacques Chirac qu’il essaie de convaincre d’adhérer également à la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, dont Michel Rocard était membre dès ses 17 ans. Peine perdue : pas assez à gauche pour Chirac qui n’avait pas encore fait son revirement idéologique !

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

D’ailleurs, le militant Rocard quittera lui-même le navire dès 1958, en plein désaccord avec Guy Mollet et François Mitterrand, quant à la position des socialistes sur l’indépendance de l’Algérie. Il entame alors une carrière de haut fonctionnaire à l’Inspection des Finances tout en continuant à militer, sous le pseudonyme de Georges Servet… Il participe ainsi à la création du Parti socialiste autonome, puis unifié, le PSU, dont il prendra la tête en 1967.

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

En 1969, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle suite au départ anticipé du général de Gaulle et recueille à peine 3,66 % des suffrages. Ce n’est pas brillant, mais le candidat de la SFIO, Gaston Deferre, fait à peine mieux avec 5 % des voix ! Ce n’est qu’en 1974, 3 ans après le congrès d’Epinay, que Michel Rocard finit par rejoindre le PS, où il incarna longtemps l’aile droite, la fameuse « deuxième gauche » sociale-démocrate et réformiste, désormais représentée notamment par Manuel Valls qui débuta d’ailleurs sa carrière politique dans son cabinet…

Elu brièvement député des Yvelines dès 1969, c’est en 1977 que Michel Rocard devient maire de Conflans-Sainte-Honorine avant de retrouver son mandat de député en 1978. En 1981, il se voit obligé de retirer sa candidature à la Présidence de la république au profit de François Mitterrand mais sera nommé dans le gouvernement de Pierre Mauroy ministre du Plan (où il fut à l’origine des fameux contrats de plans État-Régions, les CPER, toujours en vigueur actuellement), puis ministre de l’agriculture, avant de démissionner en 1986 pour protester contre l’adoption du scrutin proportionnel qui permettra au Front National de rentrer à l’Assemblée.

En 1988, c’est la consécration puisque François Mitterrand, nouvellement réélu, le nomme premier ministre. Mais les élections législatives qui suivent ne lui donnent qu’une majorité relative, ce qui l’amène à nommer dans son deuxième gouvernement des « ministres d’ouverture », tels que Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson ou Lionel Stoléru.

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Ces trois années passées à la tête du gouvernement laisseront de nombreuses traces avec notamment la création du RMI, le revenu minimum d’insertion, qui entre en vigueur début 1988. C’est lui aussi qui met en place la CSG, la Contribution sociale généralisée, destinée à élargir l’assiette des contributions sociales. Lui aussi qui contribue à ramener la paix civile en Calédonie après l’épisode sanglant de l’assaut à la grotte d’Ouvéa. Lui enfin qui devra faire face à une forte poussée de la xénophobie attisée, déjà, par le Front National, en pleine affaire du foulard islamique à l’école. Il prononcera d’ailleurs dès juin 1989 une phrase souvent reprise depuis « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ». Certains ont voulu depuis édulcorer sa pensée mais, comme l’a encore rappelé Libération, ses paroles reflétaient bien alors un discours de fermeté face à l’immigration économique.

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Et pourtant, malgré un bilan plus qu’honorable, le mercredi 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie sans prévenir pour nommer à sa place la maire de Châtellerault, Edith Cresson, qui ne restera que moins d’un an en poste. Le coup est rude pour Michel Rocard qui avait déjà beaucoup souffert, durant son séjour à Matignon, d’une hostilité à peine masquée de la part du Chef de l’État.

En 1993, Michel Rocard espère que son heure est enfin arrivée. Il devient premier secrétaire du PS suite à l’échec des législatives et se prépare pour les présidentielles de 1995. Mais en juin 1994, la liste PS qu’il conduit pour les élections européennes ne recueille que 14,5 % des voix : un score dérisoire qui est dû à la concurrence de la liste Tapie, largement soutenue par François Mitterrand. Cette dernière peau de banane sera fatale puisqu’elle lui fait perdre son fauteuil de premier secrétaire du PS et le conduit même à abandonner en 1994 sa mairie de Conflans-Sainte-Honorine.

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Il se place alors largement en retrait de la vie politique même s’il a du mal en 2007 à rester coi face à la candidature de Ségolène Royal qui l’exaspère. En janvier 2009, il démissionne de son dernier mandat au Parlement européen, sous les applaudissements de l’hémicycle. Il continue néanmoins à s’investir auprès de la fondation Terra Nova et accepte même plusieurs missions que lui confie Nicolas Sarkozy en 2009, dont un rapport sur la taxe carbone et une réflexion sur la mise en œuvre du grand emprunt national.

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

A 80 ans, il est même nommé ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles Arctique et Antarctique ! Un âge qu’il a d’ailleurs bien du mal à accepter malgré un grave accident cardio-vasculaire qui l’avait atteint en 2007 lors d’un voyage en Inde. Le Monde rapporte qu’il avait coutume de dire : « La vie active s’arrête à 60 ans, on devient caduc à 65 et les gens pensent que l’on sucre les fraises à 70. Il faut s’habituer à être moins attendu, à n’avoir plus d’avenir, quoi ! » Une belle leçon de vie en tout cas de la part d’un homme de conviction, travailleur acharné et débateur passionné dont le débit de mitraillette et les phrases alambiquées laissaient souvent perplexe mais rarement indifférent…

L.V.   LutinVert1Small

Brexit : un passager clandestin de l’Europe saute à la mer…

25 juin 2016

L’événement aura marqué profondément les esprits en pleine confrontation sportive de l’Euro 2016 : le Royaume-Uni vient de décider à une large majorité de près de 52 % de quitter l’Union européenne. C’est une grande première depuis les tout débuts de la construction européenne et son élargissement tous azimuths, le début de la fin pour le radeau européen qui tangue de plus en plus fort ?Blog316_PhRadeau

Il faut reconnaître que, depuis des décennies, les rapports entre le Royaume-Uni et les autres pays de l’Union européenne ne sont pas si simples, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron avait traité le royaume britannique de « passager clandestin de l’Europe », quelques jours seulement avant la tenue du référendum. Déjà au début des années 1950, lorsqu’il avait été question de créer la Communauté économique du charbon et de l’acier, amorce de la construction européenne, les Britanniques ont refusé d’y participer et ont aussitôt lancé leur projet concurrent de zone de libre échange, l’AELE, avec 6 autres pays dont la Suisse et la Norvège qui n’ont toujours pas rejoint l’Union européenne à ce jour.

Margaret Thatcher

Margaret Thatcher

Après l’échec de cette construction opportuniste et sans lendemain, c’est Charles de Gaulle qui par deux fois, en 1961 et 1967, a mis son véto à l’entrée du Royaume-Uni dans CEE. Il a donc fallu attendre 1973 pour que ce pays intègre enfin la construction européenne mais avec la ferme volonté d’y servir d’abord ses propres intérêts comme l’exprima crûment Margaret Thatcher en 1979 avec son célèbre « I want my money back ».

On a connu position plus altruiste… Mais les Britanniques finiront par obtenir gain de cause en 1984, obtenant des arrangements pour contribuer de manière allégée au budget de la Politique agricole commune. Depuis le début de la construction européenne, il semble en fait que le Royaume Uni ait toujours eu pour principale préoccupation de vouloir empêcher cette construction de se développer et ait pour cela longtemps hésité entre la détruire de l’intérieur ou de l’extérieur. Depuis que ce pays a mis le pied dans l’édifice, il a donc tout fait pour essayer d’en contourner les règles et d’affaiblir autant que possible toute construction sociale ou politique de cet espace communautaire.

Pour cela, il a constamment cherché à négocier des dérogations, sous forme d’opting out, qui sont des dispenses de participation à l’espace Schengen, à l’espace de liberté, de sécurité et de justice, à la charte des droits fondamentaux et surtout à la zone euro. A chaque fois, les Britanniques ont tenté d’imposer leur point de vue ultralibéral et, quant ils n’y ont pas pleinement réussi, ils ont négocié une dérogation pour ne pas être soumis aux règles communes…

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

Dans ces conditions, le résultat du référendum du 23 juin est assez logique même s’il constitue un véritable camouflet pour celui qui l’avait organisé, le premier ministre David Cameron. Ce dernier avait voulu surfer sur les sentiments europhobes de son électorat conservateur en tapant du poing sur la table à Bruxelles pour négocier des conditions encore plus avantageuses pour son pays. Mais il ne pensait pas que la plaisanterie irait aussi loin et se retrouve désormais obligé d’annoncer sa propre démission à la suite d’un tel résultat. A force de critiquer l’Europe, il a fini par convaincre son propre électorat de la nécessité d’en sortir, au grand regret des milieux d’affaire londoniens qui, eux, avaient bien compris tout l’intérêt de se maintenir dans l’Union européenne…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Dans cette affaire, les caricatures n’ont pas manqué de part et d’autre. L’ancien maire de Londres, l’opportuniste Boris Johnson, s’y est distingué en se moquant allègrement de « ces eurocrates qui nous gouvernent et qui nous pourrissent la vie », les accusant de se concentrer sur la normalisation de la courbure des bananes plus que sur les priorités du peuple britannique. La campagne a avivé les pires sentiments xénophobes et nationalistes, culminant avec l’assassinat en pleine rue de la député travailliste Jo Cox une semaine avant le scrutin. Elle a aussi mis en évidence les contradictions du camp conservateur au point que pas moins du tiers des membres du gouvernement ont fait campagne pour le Brexit, à l’inverse du chef du gouvernement…

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l'UE (© Getty)

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l’UE (© Getty)

Les travaillistes eux-mêmes, pourtant traditionnellement pro-européens, se sont montrés assez partagés dans cette campagne. Leur nouveau leader, Jeremy Corbyn, a timidement prôné le maintien dans l’Union européenne dont il critique pourtant à longueur de temps les dérives néolibérales, reconnaissant que la situation serait encore bien pire si le Royaume-Uni était livré à lui-même et à ses propres démons, mais laissant à Tony Blair ou au nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, le soin de porter le discours anti Brexit.

Bien malin qui pourrait dire désormais quelles vont être les conséquences de ce vote. Les plus immédiates se sont traduites par un net fléchissement des marchés boursiers, celui de la City ayant paradoxalement moins réagi car les transactions qui y sont opérées touchent finalement assez peu le marché européen lui-même. La livre devrait voir son cours baisser par rapport à celui de l’euro et la Banque centrale d’Angleterre a déjà annoncé son intention d’injecter pas moins de 326 milliards d’euros pour en stabiliser le cours : la note est pour le moins salée !

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

En Ecosse, qui a voté à 62 % pour le maintien dans l’Union européenne, les conséquences risquent d’être un peu rudes, même s’il est trop tôt pour savoir si cela pourrait accélérer une nouvelle velléité d’indépendance après le référendum perdu de 2014. Gibraltar, qui a voté à 95 % contre le Brexit, pourrait aussi remettre sur le tapis la question de son éventuel rapprochement avec l’Espagne, tandis que l’Irlande pourrait voir une nouvelle frontière physique s’établir entre le Nord et le Sud, ce qui constituerait un formidable retour en arrière pour ce pays encore meurtri par des décennies de guerre civile…

Une véritable onde de choc donc que ce référendum, d’autant que chacun perçoit bien que, s’il avait eu lieu dans les mêmes termes, dans un autre pays européen dont la France, le résultat n’aurait peut-être pas été très différent…

L.V.  LutinVert1Small

Philippe Echaroux, messager de l’éphémère

19 juin 2016

Blog314_PhLaCiotatLe Bec de l’Aigle, c’est ce cap aux formes déchiquetées qui borde à l’ouest la baie de La Ciotat au dessus de la calanque du Mugel et des anciens chantiers naval. Une masse rocheuse imposante taillée dans des dépôts géologiques déposés à l’estuaire d’un ancien fleuve qui drainait la bordure nord d’un continent aujourd’hui disparu, en dehors de quelques vestiges parsemés des Pyrénées à l’Esterel en passant par la Corse et la Sardaigne !

Le site naturel est remarquable et le choc est grand en voyant dans La Provence du 14 juin 2016 une photo de ce massif recouvert d’un tag géant à l’entrée de la calanque du Mugel… La lecture de l’article rassure un peu, sinon sur les connaissances géographiques de la journaliste (qui attribue généreusement l’altitude de 1700 m au Bec de l’Aigle, le confondant de toute évidence avec son homonyme du Cantal ! ), du moins sur la nature de ce grafiti qui n’en est pas un…

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

La mise en garde « Ne grandis pas trop vite, tu vas de cogner au plafond », qui se détache en énormes lettres capitales sur le poudingue orangé du Bec de l’Aigle n’a pas été tracée à la peinture blanche mais résulte d’une projection réalisée par le photographe Philippe Echaroux dans le cadre de son projet artistique Painting with ligths : tout un programme !

Blog314_PhHopeEducateur spécialisé de formation, mais photographe de mode depuis 2008, le Marseillais Philippe Echaroux s’est lancé depuis 2014 dans une nouvelle discipline artistique : le street art 2.0. Armé de son vidéoprojecteur, il projette sur des éléments de paysage urbain des images ou des textes de sa composition et les photographie pour en conserver la trace. Une approche très originale, qui ne laisse pas de trace sinon sous forme d’archives visuelles, mais dont le résultat est totalement bluffant, d’autant que l’artiste s’intéresse avant tout à la réaction des passants qui découvrent son œuvre éphémère et réagissent en direct.

Blog314_PhTourEiffel

Marseille fait partie des terrains de prédilection de Philippe Echaroux même si ses pérégrinations l’ont conduit aussi à s’intéresser à bien d’autre terrains de jeu, de Cannes à Val d’Isère en passant par Barcelone, Paris ou Cuba où ses slogans libertaires projetés sur les façades de La Havane ont fait sensation et ont été largement rapportés par le Figaro

Blog314_PhValIsere

Certains se souviennent ainsi de ce mystérieux portait de Zinédine Zidane apparu un soir de 2014 sur une façade aveugle de la Corniche, celle-là même où avait été apposée un portrait géant du footballeur marseillais en hommage à la victoire de l’équipe de France lors du Mondial de 1998. C’était l’oeuvre de Philipe Echaroux dont les photographies et les vidéos prises sur la place Paul Ricard ont alors fait le tour du monde.

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Au début de cette année, l’artiste a lancé une autre initiative qui a connu aussi un large échos dans les médias, dont 20 minutes qui en diffuse la video. La scène se passe dans une rue mal éclairée de Marseille, devant une place de parking réservée aux personnes à mobilité réduite. La rue est déserte et les automobilistes pressés n’hésitent pas à emprunter la place de parking, ni vu ni connu. Pas de chance, ils sont filmés et quand ils sortent de leur voiture, ils voient s’afficher sur le mur en immenses lettres le slogan vaguement ironique : « L’incivilité est-elle un handicap ? ».

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Certains, pris de honte, remontent au volant pour disparaître tandis que d’autres, peu gênés, s’abritent derrière le classique « J’en ai pour 5 minutes .. ». L’objectif de l’ex éducateur spécialisé au travers de ce « handicap happening » est d’ailleurs avant tout pédagogique, une sorte de sensibilisation éphémère destinée à faire comprendre sans être agressif, comme l’explique l’artiste : « Le but n’est pas de dire « t’es un connard » aux automobilistes. Je suis dans une démarche pédagogique ».

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Une bien belle initiative citoyenne en tout cas, filmée par le complice vidéaste de Philippe Echaroux, Jean-Claude Piéri, indispensable alter ego du photographe, qui permet de fixer pour l’éternité les réactions du public à ces projections éphémères qui interpellent. Des artistes de talent dont les réalisations méritent d’être encouragées !

L.V.  LutinVert1Small

A vendre synagogue. Beaux volumes.Transf. possible mosquée

10 mai 2016

Non, cette annonce n’est pas parue sur Le Bon Coin car la transaction s’est faite directement sans qu’il n’ait été nécessaire de publier une petite annonce… En revanche, une fois connue, la nouvelle de la vente de la synagogue marseillaise de la rue Saint-Dominique près de la gare Saint-Charles à Marseille a fait le tour du monde et a été reprise par nombre de médias internationaux !

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Le secrétaire de l’association israélite Or Thora qui a vendu pour 400 000 euros cette synagogue à une association musulmane désireuse de la transformer en mosquée s’en est d’ailleurs longuement et sereinement expliqué dans le quotidien La Provence, qui avait ébruité l’affaire dès le 26 avril dernier, afin de dédramatiser la situation qui avait affolé le monde entier jusqu’en Russie…

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l'ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l’ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Il faut dire que cette synagogue, créée en 1967 par des Juifs séfarades originaires de Tlemcen, n’ouvrait plus que le samedi et avait bien du mal à rassembler les 10 croyants nécessaires pour que les prières du shabbat puissent se tenir. Les populations juives autrefois nombreuses en centre ville de Marseille ont largement déserté ces quartiers et plusieurs des 58 synagogues de la ville se retrouvent de fait dans la même situation, alors même que les musulmans sont à la recherche de lieux de culte pour se réunir.

La transaction s’est donc fait tout naturellement avec l’association musulmane Al Badr comme l’explique le responsable à La Provence : « Un jour j’ai croisé un jeune musulman de l’association. On a discuté. Je lui ai dit que ça n’allait pas très bien à la synagogue. Il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas qu’il en parle aux responsables de son association. J’ai dit OK. Le soir, ils sont venus. On a commencé à négocier… »,

Eh oui, tout est si simple. Comme s’il s’agissait d’un simple transfert de bail commercial… Un commerce périclite faute de clients, un autre en plein essor vient le remplacer… Bien sûr, les autorités rabbiniques ont été consultées mais n’y ont vu aucun problème : du moment que le local reste un lieu de culte… Comme l’a expliqué Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite à Marseille au Figaro : « Je ne vois rien de mal dans cette opération […] Nous prions pour le même Dieu, celui de l’amour et de la fraternité. J’espère, bien sûr, qu’il y aura toujours, dans ce lieu, l’esprit de tolérance et de vivre ensemble dont nous avons besoin ».

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

A se demander en effet comment il peut exister un différent entre Juifs et Musulmans au Proche Orient alors qu’à Marseille des questions de transfert de lieu de culte entre les deux religions se font de manière aussi naturelle ! On aimerait même qu’il en soit de même entre Chrétiens et Musulmans, ce qui ne semble pourtant pas aller de soi comme le montre l’émoi qu’a causé récemment une déclaration pourtant bien anodine du recteur de la mosquée de Paris, le très modéré Dalil Boubakeur. Interrogé sur la transformation éventuelle d’églises en lieux de cultes musulmans, il avait répondu benoîtement « Pourquoi pas ? ».

Le bon sens même alors que les églises françaises se vident et que les musulmans pratiquants ont bien du mal à trouver des lieux adaptés pour accueillir leur prière du vendredi. Mais ceci a suffi à mettre le feu aux poudres et à réveiller la fibre combative des milieux catholiques réactionnaires qui ont illico lancé un appel intitulé « Touche pas à mon église », à l’instigation de l’écrivain Denis Tillinac. Une pétition relayée par le magazine Valeurs actuelles et que se sont empressés de signer dans un bel élan conservateur Eric Zemmour, Philippe de Villiers et même Nicolas Sarkozy.

Vue de l'intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Vue de l’intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Ce ne sont pourtant pas les précédents qui font défaut en la matière et on pourrait naturellement évoquer la basilique Sainte-Sophie transformée (parmi bien d’autres) en mosquée lors de la prise de Constantinople par les armées ottomanes en 1453, ou la grande mosquée de Cordoue devenue cathédrale en 1236 à l’issue de la Reconquista, mais ces deux reconversions immobilières ne sont certes pas le fruit d’un esprit oecuménique accompli…

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En revanche, d’autres exemples abondamment illustrés dans le cadre d’une exposition temporaire admirable récemment organisée par le MUCEM et centrée sur la question des lieux saints partagés montrent que les lieux de cultes peuvent passer d’une célébration à l’autre, y compris parfois de manière simultanée. N’est-ce pas d’ailleurs un des points communs de la plupart des religions de prôner l’esprit d’ouverture et de partage avec l’autre ?

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Des lieux de cultes partagés dans lesquels chacun peut pratiquer sa foi existent déjà dans les aéroports et dans les hôpitaux. Un exemple souvent cité de lieu de culte interconfessionnel est le temple libre de Moncton, au Canada, construit en 1921 pour accueillir les croyants des différentes religions en attendant que leurs lieux de cultes respectifs ne soient construits et qui a fonctionné jusqu’en 1963, avant de devenir un monument historique. A Berlin, un projet de « Maison de l’Unique » a ainsi été lancé en juin 2014 par le pasteur Gregor Hohberg, le rabbin Tovia Ben-Chorin et l’imam Kadir Sanci. L’édifice, qui devrait voir le jour en 2018, sera érigé sur les ruines de Petrikirche, la plus vieille église de Berlin, découverte par des archéologues en 2009. Il réunirait en un seul lieu trois salles de prières de dimensions égales, donnant sur une salle commune où les fidèles pourraient échanger.

Il existe aussi en France une initiative notable à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne, où un projet de quartier multicultuel a vu le jour, comme le relate un article du Figaro. Il s’agit en l’occurrence d’un ensemble de bâtiments composé de deux temples bouddhistes, une mosquée, une synagogue et une église évangélique protestante chinoise, construits côte-à-côte pour favoriser le dialogue inter-religieux. Certains à Londres imaginent également un lieu qui pourrait servir de mosquée le vendredi, de synagogue le samedi et d’église le dimanche. Après le covoiturage, le cocultuel ?

L.V.  LutinVertPetit

Contre toute attente, Sarkozy n’a pas changé…

30 janvier 2016

Blog270_PhLivreAprès avoir annoncé solennellement au soir de sa défaite électorale à l’élection présidentielle de 2012 qu’il se retirait définitivement de la vie politique, et après être revenu en force à peine deux ans plus tard pour reprendre la tête du principal parti d’opposition, en jouant des coudes et en écrasant quelques pieds au passage, voila que l’inoxydable Nicolas Sarkozy publie un livre pour tenter de se remettre en selle sur la scène médiatique et concurrencer ses rivaux.

Il faut dire que pour lui la situation n’est guère brillante. Outre les affaires judiciaires qui s’accumulent sur son dos, sa récente mise en examen pour corruption active et trafic d’influence, et les soupçons de fraude sur ses comptes de campagne qui se confirment de jour en jour, son retour à la hussarde aux manettes de l’UMP puis son passage en force pour rebaptiser le parti « Les Républicains » ont laissé des traces.

Alors que les primaires se profilent à l’automne 2016, rien n’indique que Nicolas Sarkozy soit particulièrement bien placé pour porter de nouveau les couleurs de la Droite aux prochaines élections présidentielles. L’intransigeance et le cynisme dont il a fait preuve lors des récentes élections régionales en refusant obstinément tout front républicain contre le FN et la brutalité avec laquelle il a viré ceux qui, comme Nathalie Kozusko-Morizet avaient osé émettre un avis plus nuancé, l’ont conduit dans le tréfonds des sondages de popularité où il navigue désormais à 1 point derrière François Hollande : un véritable exploit par les temps qui courent !

Nicolas Sarkozy (photo Abaca)

Nicolas Sarkozy (photo Abaca)

Il lui fallait donc réagir, d’autant que tous ses rivaux potentiels aux prochaines primaires, Jean-François Copé, François Fillon et Alain Juppé, viennent tous de publier un livre pour attirer sur eux l’attention des médias. Qu’à cela ne tienne, l’ex-président de la république les a donc imité et vient de publier le 25 janvier dernier son dernier pensum, titré « La France pour la vie » et tiré à 120 000 exemplaires, lui qui déclarait il y a peu ne pas vouloir « écrire un livre qui vienne encombrer les étagères parce que personne ne le lit »…

Mais le président des Républicains n’est pas à une contradiction près, lui qui affirme sans arrêt qu’il a changé. Après avoir fustigé tant et plus tous ceux qui se livrent à la repentance, voila qu’il leur emboîte le pas et bat sa coulpe pour avoir « abaissé la fonction présidentielle » et lâchant en public son célèbre « Casse-toi, pauv’con » et pour avoir fêté sans vergogne son élection à la magistrature suprême en allant festoyer au Fouquet’s avec tout le gratin du CAC 40, puis en s’offrant des vacances de milliardaire sur le yacht de luxe de l’homme d’affaires Vincent Bolloré. Ces vacances indécentes à Malte à peine élu lui paraissent avec du recul avoir été « une erreur de jugement incontestable ». Promis, juré, il ne recommencera plus…

Blog270_DessinYachtSauf que, comme le rapporte le Canard enchaîné dans sa dernière édition, il vient tout juste de récidiver à l’occasion de ses dernières vacances ! Le 21 décembre 2015 en effet, la famille Sarkozy au grand complet s’est accordé un petit repos bien mérité à Marrakech, non pas dans un vulgaire hôtel pour touristes, mais dans un palais royal mis à disposition en toute simplicité par le roi Mohamed VI en personne. C’est le petit Louis et sa copine qui ont vendu la mêche en postant quelques photos de la piscine paradisiaque sur les réseaux sociaux, histoire d’épater les copains…

Le roi du Maroc Mohammed VI saluant Nicolas Sarkozy et son fils Louis, en septembre 2010 (photo Keystone)

Le roi du Maroc Mohammed VI saluant Nicolas Sarkozy et son fils Louis, en septembre 2010 (photo Keystone)

Et pour le voyage, pas de charter non plus mais tout simplement un jet privé arborant le bason du roi et venu chercher la famille Sarkozy en toute discrétion à la sortie du pavillon de Dassault Falcon Service au Bourget, en faisant en sorte que l’embarquement ne fasse sans que l’on voit monter les passagers à bord. Comme l’explique le Canard enchaîné, « on peut aimer les jets de luxe et avoir sa pudeur »… Et même du savoir-vivre comme l’a démontré Nicolas Sarkozy en encensant sans mesure son logeur royal lors d’une conférence donnée quelques jours plus tard à Abou Dhabi, le 13 janvier, au cours de laquelle il a déclaré avec emphase : « tout le monde n’a pas la chance d’avoir un souverain comme le roi du Maroc ! ». Les opposants marocains à la famile royale marocaine qui s’arroge chaque année plus de 250 millions d’euros d’argent publique et qui détient l’une des plus grosse fortunes mondiales ne manqueront certainement pas d’apprécier !

Dessin de Gros paru dans Marianne

Dessin de Gros paru dans Marianne

Quant aux paroles grossières qui lui avaient échappé lors d’une rencontre malheureuse dans les allées du Salon de l’Agriculture, là aussi la page est tournée, ou presque… A l’issue du récent meeting qui s’est tenu à Nîmes le 20 janvier 2016, c’est en des termes très choisis qu’il s’est adressé aux maires respectifs d’Agde et de la Grande-Motte devant de nombreux témoins : « Vous deux, il faut qu’on s’explique. Vous m’avez baisé aux régionales, petits merdeux. Moi on m’encule pas, hein ! Moi, je me fais pas enculer, compris ? ». Ceux qui craignaient que l’ex président de la République ait perdu avec le temps de sa désarmante et rafraichissante spontanéité seront donc rassurés : il n’a finalement pas tant changé que cela…

L.V.  LutinVertPetit

Exit 2015 : bienvenue en 2016 !

1 janvier 2016

L’année 2015 vient de s’achever : pas trop tôt diront certains, accablés par le lot de drames et la dose de morosité qui a plus d’une fois caractérisé l’ambiance de cette année : attentats djihadistes, conflits armés, crise des valeurs, montée du chômage, érosion du pouvoir d’achat, angoisse face au changement climatique…Il est donc grand temps de passer à autre chose ! Mais pour que l’année 2016 soit perçue comme plus favorable que 2015, il dépend beaucoup de nous, collectivement…

C’est ensemble que nous trouverons les ressorts pour bâtir enfin une société plus vivable, plus solidaire, plus responsable, plus conviviale. Ne baissons pas les bras et retroussons-nous les manches. Chacun peut y prendre sa part et un peu d’humour ne nuit pas à l’affaire ! Petit retour en arrière sur quelques événements qui ont marqué l’année qui vient de s’achever, et un grand merci aux dessinateurs de presse, dont l’imagination débridée nous aide à porter un regard lucide sur les tragédies du quotidien. Un hommage d’autant mérité que la profession a de nouveau payé un lourd tribut début 2015, martyrisée par ceux pour qui la liberté d’expression est un crime…

Blog263_Dessin01Janvier

Après les attentats contre Charlie Hebdo, le 7 janvier, au cours duquel les frères Kouachi tuent 11 personnes dont l’économiste Bernard Maris ainsi que les dessinateurs Charb, Tignous, Cabu, Honoré, Wolinski, une grande vague de solidarité anime les Français mais beaucoup craignent que cet événement ne renforce les sentiments xénophobes envers la population musulmane de France (dessin de Dilem paru sur TV5monde)

Février

Blog263_Dessin02Après 10 mois de conflits entre l’Ukraine et la Russie, qui ont provoqué plus de 5 000 morts, les dirigeants français et allemands retrouvent le 11 février à Minsk l’Ukrainien Petro Porochenko et le Russe Vladimir Poutine pour tenter de signer un accord de cessez-le-feu et organiser le retrait progressif des belligérants. Pendant ce temps, l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, défraie la chronique en donnant une conférence grassement rémunérée à Abou Dhabi alors que son parti se déchire suite à la législative partielle perdue dans le Doubs (dessin de Placide)

Mars

Blog263_Dessin03Les élections départementales, les 22 et 29 mars, sur la base d’un mode de scrutin renouvelé imposant la parité homme-femme dans des cantons redécoupés, se soldent par une nette victoire de la Droite qui dirige désormais 67 départements. Le Front national obtient de gros scores et fait élire 62 conseillers départementaux mais n’obtient la majorité dans aucun des départements (dessin de Ixène)

Blog263_Dessin04Avril

Les accords de Lausanne le 2 avril entre l’Iran, les USA, la Russie, la Chine, la France, l’Allemagne et le Royaune Uni permettent de mettre un terme à la crise concernant le programme nucléaire iranien. L’iran est en effet suspecté d’avoir mené depuis des années un projet de développement de nucléaire à des fins militaires, ce qui est à l’origine d’un embargo contre ce pays. Malgré les menaces brandies par Israël qui s’est opposé par tous les moyens à cet accord, celui-ci devrait permettre la levée progressive de l’embargo en échange d’un contrôle international du prgramme nucléaire iranien (dessin de Ysope)

Mai

Blog263_Dessin05Le 27 mai, plusieurs cadres de la fédération internationale de football (FIFA) sont arrêtés à Zurich en Suisse, accusés de corruption, deux jours avant l’élection du président, Sepp Blatters, qui sera néanmoins réélu à son poste malgré le scandale, avant d’être obligé de démissionner puis d’être suspendu. Cette affaire confirme les soupçons de corruption qui pèsent depuis dans années dans le milieu du sport et du football professionnel en particulier (dessin de Na ! paru dans Humourama)

Juin

Blog263_Dessin06Le 26 juin, en plein mois de Ramadan, un terroriste se revendiquant de DAECH, provoque un carnage sur une plage tunisienne près de Sousse, entrainant la mort de 39 touristes et autant de blessés avant d’être abattu. Le même jour, un jeune employé d’une entreprise de transport décapite son patron avant de tenter de faire exploser un entrepôt de gaz dans la zone industrielle de Saint-Quentin-Fallavier, dans l’Isère (dessin de Chimulus)

Blog263_Dessin7Juillet

Le 1er juillet, les États-Unis et Cuba annoncent qu’ils rétablissent officiellement leurs relations diplomatiques rompues depuis la mise en place de l’embargo américain en février 1962 après le fiasco du débarquement avorté dans la Baie des Cochons en 1961. Ce processus de normalisation avait été initié par Barak Obama en décembre 2014 et se traduit le 20 juillet par la réouverture d’une ambassade américaine à La Havanne (dessin de Chrib)

Août

Blog263_Dessin08En août, l’actualité malgré tout, c’est les vacances ! En dépit de la crise économique, les bouchons sont toujours là en ce samedi 8 août… (dessin de Hub)

Septembre

Blog263_Dessin09Alors que les migrants affluent aux frontières de l’Europe, en particulier du fait de la guerre civile en Syrie, la chancelière allemande Angela Merkel annonce son intention d’accueillir 800 000 d’entre eux sur le sol allemand, avant de finir par rétablir sa frontière avec l’Autriche le 13 septembre. En même temps, l’agence américaine de protection de l’environnement révèle en septembre que le constructeur automobile allemand Volkswagen a mis au point un logiciel qui permet de truquer les tests d’émission de polluants lors des procédures d’homologation de ses véhicules et ceci depuis 2009 : la révélation de cette fraude industrielle à grande échelle soulève une forte vague d’indignation à travers le monde entier (dessin de Plantu)

Octobre

Blog263_Dessin10De fortes pluies le 3 octobre provoquent de graves inondations sur la Côte d’Azur en particulier dans les secteurs de Cannes, Mandelieu et Nice, provoquant la mort de 20 personnes, pour la plupart noyées dans leur véhicule ou dans des parkings souterrains suite à des comportements inadaptés, ce qui révèle le manque de prévention et d’information (dessin d’Oli)

Novembre

Blog263_Dessin11Une vague d’attentats à Paris le 13 novembre, revendiqués par DAECH, cause 130 morts et plus de 350 blessés, créant un climat de psychose et justifiant l’instauration de l’état d’urgence (dessin de Dilem)

Décembre

DjonyactuinterdireFNune solution.bmpAux élections régionales des 6 et 13 décembre, les candidats du Front national atteignent des scores particulièrement élevés. Ils ne remportent aucune des 13 régions métropolitaines nouvellement créées mais suscitent une forte crainte parmi les autres partis : le PS appelle à voter pour les candidats de droite dans plusieurs régions dont en PACA où Christian Estrosi est élu grâce aux voix de gauche malgré le refus de Nicolas Sarkozy d’appeler au front républicain (dessin de Djony paru dans Bar à mines)

Toute l’équipe de rédaction vous présente ses meilleurs vœux pour une bonne et heureuse année 2016 ! A vous tous, lecteurs assidus ou sporadiques, continuez à venir nous lire et partagez vos coups de coeur et coups de gueule en postant vos commentaires sur les articles qui vous ont touché… Puisse ce blog alimenter votre réflexion personnelle de citoyen et vous amener à vous interroger. C’est là sa seule ambition que d’alimenter échanges et discussions sur des thèmes de société et sur l’actualité locale. Bonne lecture pour les mois qui viennent !

En direct de la COP 21 : un accord se profile…

12 décembre 2015

Blog257_DessinResultatAprès deux semaines d’intenses tractations, la 21ème conférence des parties sur le changement climatique devait se terminer vendredi 11 décembre mais il a fallu jouer les prolongations. Un projet d’accord a circulé dans la nuit auprès des délégations des 195 pays représentés mais il a fallu attendre 13h30, ce samedi 12 décembre 2015, pour qu’il soit enfin traduit dans les 6 langues officielles de l’ONU. Au cours d’une nouvelle réunion plénière qui s’est tenue aujourd’hui même en fin de matinée, le président de la COP 21, le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, les yeux cernés et la voix cassée, a exposé les grandes lignes de ce projet d’accord dont le texte a ensuite été distribué dans la foulée aux représentants des parties, dans sa version officielle. Mais le marathon n’est pas terminé puisqu’une ultime réunion plénière doit encore se tenir cette après-midi à 15h45 en vue de l’adoption finale du texte. Le suspens se poursuit donc…

Sans préjuger de ce qu’il ressortira finalement de l’accord officiel, force est de constater que le projet présenté ce matin est plus ambitieux que ce que l’on craignait, au moins dans sa formulation… Selon les termes utilisés par Laurent Fabius lui-même, il fixe un « objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2 °C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 °C ». On le voit, tout est dans la nuance ! Malgré tous les efforts déployés par les lobbys industriels et relayés par les climato-sceptiques, on retrouve bien l’objectif ambitieux de rester en dessous des 1,5 °C qui avait été affiché comme le cap à tenir par François Hollande lors de son discours d’ouverture, mais on comprend bien que jusqu’à 2 °C, on reste dans les clous et qu’on ne pouvait manifestement pas espérer mieux, sachant que dépasser cette ligne rouge des 2 °C signifiait reconnaître l’échec de la conférence…

Blog257_DessinParadis

Au demeurant, cet objectif est somme toute assez théorique, même s’il est sensé découler des engagements pris par l’ensemble des parties. Heureusement pour les négociateurs, les modélisations disponibles présentent de fortes incertitudes, ce qui permet une certaine dose de souplesse dans l’interprétation ! Il n’en reste pas moins que, selon toute vraisemblance, les engagements actuels pris par les différents pays conduisent de fait à un réchauffement qui sera plutôt de 3 °C, en supposant que ces engagements soient tenus, ce qui restera à vérifier…

ABlog257_DessinAllegreu delà de cette limite (de taille !), l’intérêt de l’accord est qu’il fixe bel et bien un objectif chiffré à atteindre et qu’il prévoit une actualisation des contributions nationales tous les 5 ans. Exactement le genre de contrainte dont les États-Unis ne voulaient initialement pas entendre parler ! En revanche, la question du fonds vert pour aider les pays les moins avancés à faire face aux changements climatiques à venir, ne semble pas aussi bien engagée qu’on pourrait le souhaiter. L’objectif des 100 milliards prévus pour 2020 est bien affiché et même considéré comme un minimum qui devra être revu en 2025, mais il se murmure dans les couloirs de la COP 21 que cette question épineuse pourrait être retranchée du texte de l’accord lui-même, histoire de ne pas trop se lier les mains…

Laurent Fabius a convenu que chaque pays ne pouvait repartir entièrement satisfait mais qu’il s’agissait du « meilleur équilibre possible » et il a exhorté l’assemblée à adopter le texte en l’état, estimant que « cet accord aidera les états insulaires à se protéger de l’avancée des mers, il mettra à disposition de l’Afrique des moyens financiers et technologiques pour se développer durablement et accompagnera les pays pétroliers dans la diversification de leur énergie ».

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

Aux côtés du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, le président français François Hollande a également tenu à saluer un accord qu’il juge « à la fois ambitieux et réaliste », invitant chacun à « ne pas s’arrêter sur un mot de l’accord, mais à le juger dans son ensemble », de la même façon que « l’on ne sera pas jugé sur un jour mais sur un siècle ». On retrouve là l’homme du compromis, rompu à l’exercice de synthèse entre motions après une longue pratique des congrès socialistes… Son discours s’est terminé par de belles paroles à la hauteur d’un événement historique : « La France vous demande, vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre histoire. Il est rare d’avoir l’occasion dans une vie de changer le monde. Vous l’avez. Saisissez-la ! Pour que vivent la planète, l’humanité et la vie ! ».

Blog257_DessinLobbyQue dire de plus, sinon que les réactions de diverses organisations écologistes, recueillies par Le Monde, saluent en effet dans ce projet d’accord une avancée incontestable. Ainsi, Thomas Spencer, directeur du programme climat de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) estime que « c’est un accord décisif, qui va bien plus loin que le plus petit dénominateur commun ». De même, Jennifer Morgan (World Resources Institute) considère que « cet accord pourrait marquer un vrai tournant dans les efforts globaux contre le changement climatique. Le texte reflète à la fois une forte ambition et les voix des plus vulnérables. Il accélère la transition énergétique qui est déjà en bonne voie ».

Tous ne sont cependant pas aussi enthousiastes. Ainsi, le directeur de Greenpeace International, Kaomi Naidoo, juge que ce texte est « loin d’être satisfaisant » car « les pays à l’origine du problème ont promis trop peu d’aide pour les populations sur les lignes de front du dérèglement climatique, qui sont déjà en train de perdre leurs moyens de subsistance et la vie ». Une analyse partagée par Tim Gore (Oxfam) qui regrette en particulier l’absence de garantie quant à la pérennité au delà de 2025, des financements pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique, et l’absence de fonds pour faire face aux pertes et dommages résultants de ces évolutions climatiques.

Il reste donc encore bien du chemin à parcourir en vue d’une mobilisation unanime pour enclencher une véritable transition énergétique et faire face de manière responsable aux changements climatiques déjà amorcés. Mais, si le projet d’accord est bel et bien adopté dans la journée, nul doute que la France aura gagné son pari de faire de cette Cop 21, souvent présentée comme la conférence de la dernière chance, une étape importante en vue d’une prise de conscience planétaire à la hauteur des enjeux…

L.V.  LutinVertPetit

COP 21 : la société civile se mobilise !

28 novembre 2015

Blog252_PhOursBlancLa semaine prochaine s’ouvrira à Paris la fameuse 21ème conférence des parties, dite COP 21, destinée à obtenir des engagements de tous pour tenter de limiter à 2 °C le réchauffement climatique moyen de notre planète. Une véritable gageur alors que les USA commencent à ergoter sur la portée réelle de cette réunion et proposent qu’on en reste aux discours incantatoires sans implication contraignante, et alors que la Chine envisage d’attendre 2030 pour commencer à stabiliser ses émissions de CO2

Mais en ces temps où chacun est focalisé sur la menace terroriste et sur les affrontements en cours en Irak et en Syrie, l’urgence climatique est en train de passer au second plan. Comme le disait déjà Jacques Chirac en 2002 à Johannesburg : « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Prendre des décisions fortes, basées sur la solidarité internationale, pour réduire collectivement nos émissions de gaz à effet de serre n’est pas des plus facile dans un monde en crise où chaque pays cherche à tirer son épingle du jeu sans se soucier de ce qu’il adviendra du voisin, oubliant que nous sommes tous dans la même barque…

Blog252_DessinLes premières victimes du réchauffement climatique global seront les paysans de la zone inter-tropicale et on peut déjà imaginer avec quel empressement ils seront accueillis dans nos pays riches mais ravagés par les inégalités sociales et le chômage de masse, lorsqu’ils viendront grossir les rangs des demandeurs d’asile, s’ajoutant à ceux qui fuient déjà la misère, l’oppression politique, les guerres et l’obscurantisme religieux…

Face à un tel défi, la société civile en général et le milieu associatif en particulier sont heureusement plus clairvoyants que nos dirigeants politiques. Mais laisser les citoyens exprimer leur détermination à agir sur un tel sujet revient à dire que nos élus ne sont pas à la hauteur des responsabilités qui leur ont été confiées… Un discours qui n’est pas toujours agréable à entendre et la France, qui s’enorgueillit de favoriser la liberté d’expression, vient encore d’en administrer la preuve en interdisant, sous prétexte de sécurité, la Marche mondiale pour le climat, prévue ce dimanche 29 octobre 2015.

Blog252_PhAfficheLes manifestations sont interdites, en particulier à Paris. Qu’à cela ne tienne, les collectifs impliqués dans la mobilisation citoyenne autour de la COP 21 maintiennent leur invitation à se rassembler dimanche 29 novembre à Marseille, à 13h place Bargemon, en habits verts, pour exprimer leur détermination et montrer leur solidarité en formant une chaîne humaine entre la mairie et le Parc Longchamp. De nombreuses autres marches du même type sont prévues dans plusieurs villes françaises, y compris à Aix-en-Provence le dimanche 29 à 10h sur le Cours Mirabeau.

En parallèle, de nombreux autres événements ont été imaginés pour favoriser la mobilisation citoyenne autour de cette réunion internationale sur le climat. Sur Aubagne par exemple, expositions, conférences et manifestations festives sont organisés toute la semaine Blog252_PhFourSolaireà l’initiative du Collectif pour une transition citoyenne du pays d’Aubagne. Au menu : mijoté de légumes préparés dans un cuiseur solaire ou visite de la ferme des Jonquiers dont les terres ont été acquise grâce à une souscription populaire organisée par Terre de liens.

Le programme complet des festivités (ProgrammeAubagne2015) est accessible sur les sites des associations mobilisées dont celui du nouveau groupe aubagnais Colibri, un mouvement créé en 2007 par Pierre Rabhi et qui milite pour une société plus écologiste et plus humaine dans laquelle chacun est appelé à se mobiliser à l’exemple du colibri de la fameuse légende amérindienne maintes fois racontée mais toujours aussi savoureuse : Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Blog252_PhColibriSeul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part ».

Reste à savoir si les responsables de tous les pays du monde sont désormais prêts à prendre leur part dans cette course contre la montre à laquelle nous sommes tous confrontés face au changement climatique global. Espérons-le, même si le contexte actuel ne pousse guère à l’optimisme en la matière…

L.V.  LutinVertPetit

Compassion et détermination

25 novembre 2015

Comment réagir face aux événements qui nous sidèrent ? Quelles peuvent être nos attitudes, nos pensées, nos actions ?

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Compassion d’abord tant il est vrai que c’est l’essence même de l’humanité : l’homme n’est homme que parce qu’il sait faire preuve de compassion envers ceux qui soufrent, sont malades, pleurent. Toute l’histoire, les religions, les philosophes nous l’enseignent. Il s’agit donc d’aller vers les proches des disparus, des blessés et de leur témoigner de notre solidarité. Ce d’autant plus qu’à Paris, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos frères et sœurs.

Blog251_PhCamusDétermination ensuite : Comment agir, réagir ? Une œuvre nous aide sans doute à y voir plus clair : « La Peste » d’Albert Camus. Pouvons-nous comparer les instants que nous vivons à la situation décrite dans ce roman ? Il peut en tout cas nous aider, nous guider dans notre réflexion. Que dit-il qu’il me semble devoir retenir aujourd’hui ? Dans ces moments-là, il faut faire son travail, tout simplement mais plus que jamais, avec cœur et ardeur. Et le héros, c’est bien Joseph Grand qui malgré les menaces, ses propres échecs, fait et refait toujours son ouvrage. C’est aussi le docteur Rieux qui rejette les arguties des uns et des autres, ceux-là même qui ne veulent rien faire, se voilent la face, fuient. Il choisit de se battre contre le virus, au péril de sa vie et malgré ces hommes restés inertes.

Comme le docteur Rieux, soyons déterminés à être citoyens. Croire à la démocratie, à la solidarité, est nécessaire mais pas suffisant. Il nous faut la vivre au quotidien, en témoignant, en respectant les paroles des autres, en accueillant celui qui soufre, en éduquant nos enfants. Bref, il nous faut faire notre travail, jour après jour, avec détermination.

Restons modestes : nos petits bras, musclés ou non, ne changeront pas le monde à eux tout seuls, mais y contribueront certainement avec tous les autres de bonne volonté. Et restons optimistes : « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser1 ».

Antoine Malafosse

18 novembre 2015

1 La Peste, Albert Camus, 1947

Quelle attitude face au terrorisme de Daech ? Propos iconoclastes

19 novembre 2015

Difficile de réagir sereinement face au carnage provoqué le 13 novembre 2015 au soir par une poignée de terroristes déterminés, se réclamant de Daech… La colère et le désir de vengeance dominent bien des réactions recueillies par les médias. L’appel à un renforcement des mesures de sécurité, à l’enfermement préventif de toute personne soupçonnée de sympathie islamiste et à des frappes aériennes meurtrières pour tuer au cœur des territoires syriens et irakiens tombés aux mains de Daech, telles sont certaines des pistes avancées par plus d’un responsable politique.

Policier près d'une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Policier près d’une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Dès le lendemain des attentats, les avions français ont largué leurs bombes sur des camps d’entraînement de Daech à Raqqa et en quelques jours on a assisté à un spectaculaire renversement d’alliance conduisant la France à rejoindre la Russie de Poutine dans son déferlement de violence contre les opposants à Bachar Al-Assad. Oublié le contentieux pourtant tout récent qui avait conduit François Hollande à revenir sur la vente de frégates à la marine russe après son annexion à la hussarde de la Crimée et ses incursions militaires musclées en territoire ukrainien.

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Mais en pareille circonstance, la colère et la haine de l’autre ne sont pas forcément bonnes conseillères. On voit comment des années d’escalade dans la répression et l’apartheid ont conduit certaines nations au chaos et combien il est difficile ensuite de sortir de cette spirale infernale qui s’auto-entretient. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens en est un bon exemple qui montre à quel point le tout répressif ne fait qu’alimenter le terrorisme dans une guerre asymétrique, renforçant encore la détermination de ceux qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour la cause qu’ils défendent.

Il n’est pas question bien évidemment de faire preuve d’angélisme et encore moins d’indulgence vis-à-vis de ces fous d’Allah dont beaucoup voient dans le jihadisme un simple prolongement de la délinquance ordinaire comme le montrent certains des profils mis en lumière lors de ces récents attentats. Mais il n’est pas interdit non plus de réfléchir pour chercher quelles sont les meilleures réponses face à des comportements aussi dangereux pour nos sociétés démocratiques multiculturelles.

Parmi ceux qui se sont risqués à explorer d’autres voies que celles qui viennent spontanément à l’esprit, citons l’analyse du journaliste Nicolas Hénin. Présent en Irak pendant la quasi totalité de l’intervention de l’armée américaine, il a couvert de nombreux conflits au Soudan, en Somalie ou au Yémen et c’est un excellent connaisseur du monde arabe. Enlevé en juin 2013 à Raqqa par des combattants jihadistes, il a été détenu pendant près d’une année par Daech, ce qui lui a permis de côtoyer de près ses militants et de bien en percevoir les ressorts.

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Invité par plusieurs médias juste après les attentats du 13 novembre, il a rappelé ce qu’il avait déjà développé en mars dernier, notamment dans l’émission « On n’est pas couché » animée par Laurent Ruquier. Il tente en particulier d’expliquer les motivations de Daech et sa vision apocalyptique basée sur une confrontation frontale avec les sociétés occidentales, mais aussi les arguments que ce mouvement met en avant pour recruter, y compris parmi certains jeunes Européens. Le journaliste a vu comment les mouvements jihadistes se sont développés suite à l’invasion de l’Irak par les Américains et il redoute que les bombardements massifs de la coalition actuelle franco-russo-américaine ne vienne encore renforcer les arguments de Daech auprès de la population civile locale.

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Vivre sous la terreur permanente des bombardements, même ciblés sur des objectifs militaires, conduit forcément la population à se rapprocher de ceux qui disent la défendre, seuls contre le reste du monde occidental coalisé. Une telle vision iconoclaste a d’ailleurs valu à son auteur de vertes critiques de la part de nombreux commentateurs : il n’est jamais bien vu d’aller contre l’avis général…

Faut-il pour autant ne rien faire ? Certainement pas, mais les solutions sont rarement exclusivement militaires, surtout lorsqu’on se contente d’une guerre aérienne à distance faute du courage politique d’envoyer des combattants au sol. Plusieurs voix s’élèvent pour suggérer d’œuvrer en parallèle à un rapprochement diplomatique entre l’Iran et l’Arabie saoudite, deux pays émergents de la région qui participent largement à attiser les braises dans le conflit syrien, mais aussi à ramener à la raison la Turquie qui, sous la conduite de son président Recep Tayyip Erdogan a longtemps soutenu les mouvements jihadistes et réprime sévèrement les pechmergas kurdes qui les combattent.

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Rien n’est jamais simple et les solutions ne peuvent être univoques face à la menace que font peser sur nos sociétés des mouvements organisés comme Daech, qui s’appuient sur des individus radicalisés et sur une propagande terriblement efficace. Contre cet embrigadement et cette exploitation du désespoir, n’oublions pas que l’échange et l’ouverture à l’autre dans le dialogue peuvent aussi avoir un rôle à jouer. La haine et la soif de vengeance ne sont certainement pas les meilleures réponses, la peur et le repli identitaire non plus. Plus facile à dire qu’à faire, bien entendu, mais c’est le génie de l’homme que d’arriver à surpasser ses sentiments les plus immédiats grâce à la réflexion et à l’usage de la raison…

L.V.  LutinVertPetit

Grande souscription citoyenne : offrez un peu d’Amour !

9 octobre 2015
Jean-Luc Martinez, Président-Directeur du Musée du Louvre lançant officiellement la souscription dans la Pour Puget

Jean-Luc Martinez, Président-Directeur du Musée du Louvre lançant officiellement la souscription dans la Cour Puget

Le Musée du Louvre vient de lancer cette semaine sa sixième campagne de souscription populaire sur son site Tous mécènes. C’est ce même procédé qui lui avait permis d’acquérir en 2010 Les trois grâces, un petit tableau de Lucien Cranach daté de 1571 et que la générosité de 7000 donateurs avait permis de faire entrer dans les collections du Louvre.

Cette fois, l’objet de la convoitise de notre musée national concerne une petite sculpture en marbre datant de 1753 et intitulée L’Amour essayant une de ses flèches. Réalisée par le sculpteur français méconnu Jacques Saly, cette œuvre magnifique de réalisme avait été commandée par la marquise de Pompadour. Comme chacun sait, Jeanne-Antoinette Poisson de son vrai nom, fut l’épouse de Charles-Guillaume Lenormant d’Étiolles et surtout la maîtresse de Louis XV qui la nomma marquise de Pompadour puis lui offrit comme résidence parisienne l’hôtel d’Évreux, devenu depuis le palais de l’Élysée.

Sculpture de Jacques Saly : L’Amour essayant une de ses flèches (Photo : Musée du Louvre)

Sculpture de Jacques Saly : L’Amour essayant une de ses flèches (Photo : Musée du Louvre)

C’est justement dans cette demeure, où l’Amour est roi, que Mme de Pompadour fit transporter la fameuse statue en marbre de Cupidon vérifiant ses pointes de flèches, lorsqu’elle vendit en 1757 son château de Bellevue. Son auteur, Jacques Saly, passa la majeure partie de sa vie à l’étranger, à Rome d’abord puis au Danemark, où il fut nommé directeur de l’Académie des Beaux-Arts, ce qui explique que ses œuvres soient assez peu connues en France, en dehors de sa ville natale, Valenciennes. Les représentations de l’Amour jouant avec son arc et ses flèches sont en revanche très répandues à cette époque et celle-ci fait partie incontestablement des plus réussies.

Selon La Tribune de l’Art, le musée du Louvre lorgnait dessus depuis 2009, date à laquelle la sculpture a été mise en vente, mais n’avait pu donner suite à cause du prix exorbitant de 8 millions d’euros que réclamait son propriétaire. La négociation s’est finalement conclue à 5,5 millions d’euros, ce qui reste une belle somme. Mais quand on aime, on ne compte pas, c’est bien connu.

Une partie importante de la somme (2,8 millions d’euros) sera versée par l’Association des amis du Louvre et 2 millions au moins sont apportés par de grands donateurs et le mécénat d’entreprises. Il reste néanmoins 600 000 € à récolter, pour lesquels le Musée du Louvre fait appel à la générosité du public, via une de ses campagnes de souscription citoyenne qui finalement semblent assez bien fonctionner.

© Mathieu Ferrier, Agence Photo F

© Mathieu Ferrier, Agence Photo F

Alors, si le cœur vous en dit de contribuer à offrir un peu de cet Amour au Musée du Louvre, n’hésitez-pas à mettre la main à la poche, avant le 14 février prochain, date de la Saint-Valentin naturellement ! Les générations futures, en quête d’un peu de tendresse dans ce monde en crise, vous en seront sans doute reconnaissantes…

L.V.  LutinVertPetit

Turquie : Erdogan jette de l’huile sur le feu…

16 août 2015

En Turquie, le gouvernement encore en place de Recep Tayyip Erdogan, élu en août 2014, dès le premier tour et au suffrage universel, à la présidence de la République mais dont le parti a subi une sévère déroute lors des récentes élections législatives du 7 juin 2015, est en train de se livrer à un double-jeu très dangereux dont le cynisme laisse rêveur…

Le président Recep Tayyip Erdogan avec sa nouvelle garde présidentielle d'opérette (photo AFP)

Le président Recep Tayyip Erdogan avec sa nouvelle garde présidentielle d’opérette (photo AFP)

Membre de l’OTAN depuis 1952 et deuxième armée (en effectifs) de cette organisation après les États-Unis, la Turquie s’était déjà fortement désolidarisée de l’intervention américaine en Irak, craignant que l’autonomie accordée aux Kurdes irakiens ne vienne renforcer les velléités d’indépendance de sa propre population kurde : depuis 1984 et jusqu’au cessez-le-feu obtenu en 2010, les affrontements armés contre le PKK d’Abdullah Öcalan ont fait en effet plus de 45 000 morts dans le pays et l’armée turque n’a eu de cesse de réprimer dans le sang cette volonté d’autonomie des Kurdes. Le leader historique du PKK a d’ailleurs été condamné à la prison à vie en 1999 et les négociations de paix entamées en 2012 restent timides.

Abdullah Öcalan, ex leader du PKK

Abdullah Öcalan, ex leader du PKK

Avec l’entrée en scène des mouvements djihadistes puis la proclamation, le 29 juin 2014, du califat par l’organisation de l’État islamique en Irak et au Levant, souvent désignée par son acronyme en lettres arabes DAESH, la situation se complique dans la région. Les armées de Daesh, réunies sous la bannière du nouveau calife Abou Bakr al-Baghdadi, s’emparent rapidement de secteurs importants dans le nord de l’Irak et dans le Kurdistan syrien, jusqu’aux frontières de la Turquie. En août 2014, les Américains sont contraints d’intervenir de nouveau en Irak pour bombarder les positions de Daesh dont l’expansion semble irrésistible. Une nouvelle coalition se forme, avec l’intervention armée de plusieurs pays européens dont la France, puis l’engagement, à partir de septembre 2014, de pays arabes, dont l’Arabie Saoudite (qui est pourtant largement à l’origine de ces mouvements jihadistes qu’elle n’a pas cessé de soutenir et de financer !), mais aussi les Émirats Arabes Unis, le Qatar ou la Jordanie, qui bombardent les positions de Daesh en Syrie.

Le monde entier a alors les yeux rivés sur la ville de Kobané, à la frontière turco-syrienne, défendue par des forces kurdes du mouvement YPG, branche armée du Parti de l’union démocratique (le PYD, proche du PKK mais côté syrien), qui comportent dans leurs rangs de nombreuses combattantes féminines et ont obtenu le renfort d’étrangers à l’image des fameuses brigades internationales de la guerre d’Espagne. Les Kurdes sont épaulés par des unités de l’armée syrienne libre qui s’était constituée pour tenter de renverser le régime de Bachar el-Assad et leur action est largement aidée par les bombardements alliés. Autour de Kobané, dont Daesh s’est emparé des quartiers sud, les combats font rage dans les premiers jours d’octobre 2014. Le siège de la ville s’enlise pendant l’hiver et, le 27 janvier 2015, les combattants kurdes reprennent enfin le contrôle de la ville.

Combattantes kurdes

Combattantes kurdes

Et la Turquie dans tout ça ? Force est de constater que sa position est parfaitement claire depuis le début. Son but est de renverser le pouvoir de Bachar el-Assad tout en cherchant à affaiblir autant que possible les forces armées kurdes : elle soutient donc sans états d’âme les djihadistes de Daesh, laissant passer (pour ne pas dire facilitant le passage) des volontaires étrangers venus d’Europe grossir les rangs de l’État islamique en Irak et au Levant, et permettant aux djihadistes blessés de venir se soigner dans ses hôpitaux, parfois avec l’aide discrète de l’armée turque. En revanche, le pays ne fait aucun cadeau aux peshmergas kurdes du PKK, bloquant hermétiquement sa frontière pour éviter tout renfort susceptible d’aider la ville de Kobané à résister aux assauts de Daesh…

Combattant kurde dans les ruines de Kobané le 30 janvier 2015 (photo B. Kilic, AFP)

Combattant kurde dans les ruines de Kobané le 30 janvier 2015 (photo B. Kilic, AFP)

Dans ce contexte, le revirement apparent de la Turquie qui s’est finalement rallié à la coalition internationale, autorisant enfin, le 23 juillet 2015, les Américains à utiliser les bases militaires d’Incirlik et Diyarbakir, et procédant à quelques incursions contre les positions djihadistes dans le nord de la Syrie. Officiellement, la Turquie serait prête à collaborer avec les Américains pour tenter de créer, au nord-est d’Alep, une zone tampon de 25 km de largeur, libérée des forces jihadistes et où pourraient venir se réfugier les civils syriens. Cela permettrait à la Turquie de faire meilleure figure vis-à-vis du camp occidental tout en lui permettant de se débarrasser des centaines de milliers de réfugiés syriens qui encombrent le sol turc.

Carte des territoires contrôles par DAESH en Syrie et en Irak (source : France 24, avril 2015)

Carte des territoires contrôles par DAESH en Syrie et en Irak (source : France 24, avril 2015)

Mais le véritable enjeu pour la Turquie semble surtout d’affaiblir durablement les mouvements kurdes de part et d’autre de sa frontière. Pour cela, et en même temps qu’elle lançait quelques offensives parcimonieuses contre les positions de Daesh, l’armée turque n’a pas hésité à bombarder copieusement les bases kurdes dans le nord de l’Irak mais aussi sur son propre territoire, au risque de porter un coup d’arrêt définitif aux négociations de paix avec le PKK et de relancer une véritable guerre civile.

L’événement qui semble avoir déclenché cette nouvelle escalade est un attentat-suicide qui s’est produit le 20 juillet dernier à Suruc, petite bourgade kurde où s’étaient rassemblés de nombreux jeunes turcs souhaitant apporter leur aide à la reconstruction de la ville de Kobané. 32 d’entre eux ont été tués dans cet attentat que le gouvernement turc attribue aux djihadistes mais dont il serait le véritable commanditaire selon le PKK. Cet événement a soulevé les passions, d’autant que 2 jours plus tard deux policiers turcs ont été assassinés par des activistes kurdes, tandis que des soldats turcs étaient tués lors d’un accrochage avec des combattants de Daesh.

Dès le 25 juillet, l’armée turque s’est donc lancée dans une vague d’intenses frappes aériennes contre des positions du PKK dans les montages situées de part et d’autre de la frontière irako-turque, faisant semble t-il de nombreuses victimes civiles. En même temps, plus de 1300 arrestations ont été opérées dans les milieux islamistes, kurdes et d’extrême-gauche. Le gouvernement turc fait ainsi passer le message qu’à ses yeux, djihadistes de Daesh et militants kurdes font peser la même menace contre la Turquie et doivent être combattus de la même manière. Cette attitude est facilitée par le fait que le PKK reste considéré comme une organisation terroriste, pas seulement en Turquie mais aussi en Europe et aux États-Unis.

Le premier ministre turc et leader de l’AKP, Ahmet Davutoglu le 13 août 2015 (photo A. Altan AFP)

Le premier ministre turc et leader de l’AKP, Ahmet Davutoglu le 13 août 2015 (photo A. Altan AFP)

Ce double-jeu est dangereux et incroyablement machiavélique car il risque forte de déboucher sur le chaos, mais tel semble bien être l’objectif d’Erdogan. Lors des récentes élections législatives en juin dernier, ce dernier, au pouvoir depuis 2002 et désigné en Turquie comme « le nouveau sultan », espérait bien obtenir une large majorité lui permettant de faire évoluer la constitution vers un pouvoir présidentiel. Mais l’AKP, son parti, d’obédience très conservatrice, n’a réuni qu’à peine plus de 40 % des voix, un désaveu cinglant pour cet habile politicien en pleine dérive autocratique. Pire, ces élections ont vu l’entrée au Parlement de la branche légale du mouvement kurde, le parti HDP qui a obtenu 13 % des suffrages grâce à son leader charismatique, l’avocat défenseur des minorités Salahatin Demirtas.

Salahatin Demirtas, un des leaders du HDP

Salahatin Demirtas, un des leaders du HDP

Depuis, la situation est bloquée. Le gouvernement démissionnaire dirigé par Ahmet Davutoglu est toujours en place faute d’arriver à réunir une coalition pour gouverner le pays. Les négociations avec les autres partis ayant échoué, tout indique que de nouvelles élections anticipées vont être prochainement organisées. Recep Erdogan compte bien évidemment sur son récent coup de force contre les kurdes du PKK pour mobiliser en sa faveur les nationalistes de tout poil afin de rafler cette fois la majorité absolue et réaliser son rêve de devenir le nouveau sultan de la Turquie, un cauchemar pour les démocrates turcs…

Quelques références (non exhaustives) d’articles parus dans Libération, Le Monde, La Croix, Marianne, le Huffington Post, l’excellent blog Opinion internationale, et un rapport du Sénat

L.V. LutinVertPetit