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Le déluge : mythe ou réalité ?

11 décembre 2017

Chacun a en mémoire le fameux récit biblique du déluge dans lequel il est écrit en substance que Dieu, mécontent de la conduite des hommes, déclencha une formidable inondation qui dura 40 jours et 40 nuits, et noya toute trace de vie sur terre à l’exception du brave Noé et de toute sa famille. Celui-ci avait été chargé de construire une solide arche, aux planches soigneusement calfatées de goudron et dans laquelle il avait mis à l’abri un couple de chacune des espèces animales, ce qui lui permit finalement de repartir sur de nouvelles bases, une fois l’inondation achevée et l’arche échouée.

L’arche de Noé sur le Mont Ararat (tableau de Simon de Myle, peint vers 1570)

Ce récit fondateur qui marque les esprits a longtemps servi de fil conducteur, y compris aux yeux de certains scientifiques qui s’appuyaient sur lui pour expliquer la présence de nombreux coquillages fossiles retrouvés jusque sur les sommets des montagnes alpines. On sait désormais, grâce à la compréhension des mouvements tectoniques et à une meilleure connaissance de la datation des couches sédimentaires, qu’il n’est nul besoin de faire appel à ce récit biblique pour expliquer de telles observations.

Onzième tablette racontant l’épopée de Gilgamesh et le récit du déluge (source © British Museum)

Et pourtant, paradoxalement, les connaissances historiques et géologiques récentes donnent du crédit à ce récit de l’Ancien Testament. L’affaire ne date pas d’hier puisque c’est en 1872 que George Smith, un des premiers à découvrir et à traduire les tablettes d’argile recouvertes d’écritures cunéiformes de Mésopotamie, gravées il y a plus de deux mille ans avant J.-C., a fait connaître au monde entier l’épopée de Gilgamesh.

Dans cette histoire, dont on a désormais retrouvé de nombreuses versions, les plus anciennes remontant à l’époque sumérienne, au 3ème millénaire avant J.-C., le héros Gilgamesh rencontre le supersage Atrahasis qui lui raconte que jadis les dieux en colère, lassés du vacarme incessant des humains, avaient décidé de s’en débarrasser en inondant la terre. Mais le dieu des eaux souterraines, un certain Ea, les trahit, avertit son ami Atrahasis du danger, et lui enjoint de fabriquer sans attendre un solide bateau aux planches calfatées de bitume, et d’y faire entrer un specimen de chaque espèce animale (d’autres versions, plus futuristes, évoquent plutôt « la semence de toutes les créatures vivantes »).

Les tablettes d’argile relatent une inondation plus courte (7 jours seulement) mais l’épilogue, qui consiste à lâcher une colombe pour vérifier si elle aperçoit signe de terre rappelle furieusement l’idée de Noé, même s’il fallut, dans la version sumérienne, doubler la tentative avec le lâcher d’une hirondelle puis d’un corbeau…

Le déluge, frontispice de la bible illustrée par Gustave Doré (1866)

Bref, les nombreuses similitudes entre ces récits indiquent avec une quasi certitude que l’histoire de Noé, probablement écrite vers le VIIe siècle avant J.-C., soit plusieurs millénaires sans doute après les premières versions assyriennes, fixée sur les rouleaux manuscrits de la Mer Morte puis recopiée de génération en génération, s’est très vraisemblablement inspiré du précédent, d’autant que le peuple juif a été longtemps placé sous domination assyrienne.

De nombreux chercheurs ont cherché d’autres filiations de ce type, tant les récits fondateurs qui évoquent des inondations cataclysmiques du même type se retrouvent dans le monde entier, en Inde comme parmi certaines civilisations amérindiennes, et même chez les aborigènes d’Australie où il se raconte l’histoire d’une grenouille qui aurait bu toute l’eau de la Terre, au point que les autres animaux assoiffés n’ont eu d’autre choix que de la faire rire, provoquant de la sorte une formidable inondation…

Certains de ces récits retiennent néanmoins l’attention, dont celui retracé dans les écrits mythologiques du pseudo Apollodore, datés du 1er siècle et qui évoquent un déluge qui aurait mis fin à l’âge du bronze, les seuls survivants étant le fils de Prométhée, un certain Deucalion et son épouse Pyrrha, dont la barque s’échoue sur le sommet des montagnes. Là aussi, les convergences avec le récit biblique sont étonnantes, ce qui tend à affermir l’idée d’une inondation exceptionnelle survenue en des temps très reculés dans cette région et dont la mémoire collective se serait transmise de génération en génération.

Les Américains William Ryan et Walter Pitman, auteurs en 1998 de l’ouvrage Noah’s Flood

Curieusement, plusieurs scientifiques pensent désormais disposer d’hypothèses assez solides qui pourraient expliquer l’origine de tels événements. En 1993, une expédition géologique américano-russe a ainsi en évidence, en analysant des sédiments déposés au fond de la Mer Noire, des indices montrant un passage assez brutal d’eau douce à de l’eau salée. Selon leurs observations, au cours de la dernière glaciation, celle du Würm, qui s’est étalé de -110 000 à -10 000 ans environ, la Mer Noire s’est retrouvée totalement déconnectée de la Méditerranée. Du fait de la glaciation, le niveau des océans avait baissé de plus de 130 m et les détroits du Bosphore et des Dardanelles étaient alors émergés.

Avec le réchauffement progressif, la fonte des glaces sur les plaines ukrainiennes a alimenté en eau la vaste dépression de la Mer Noire qui se transforma en un lac d’eau douce, toujours isolé de la Méditerranée et autour duquel se sont installées de nombreuses populations. Vers 7500 avant J.-C., la brutale remontée du niveau de la Méditerranée se serait traduite par un déversement brutal des eaux de cette dernière dans la Mer Noire dont le niveau se situe 200 m plus bas, provoquant la fuite des populations vers le Mont Ararat, seul point culminant situé à 300 km du rivage mais visible de très loin.

La Mer Noire (source © Google Earth)

Le géologue américain Robert Ballard

En 1999 et 2000, le géologue Robert Ballard, celui-là même qui retrouva l’épave du Titanic, avait également entrepris des investigations dans ce secteur et retrouvé des traces de l’ancien rivage côtier de la Mer Noire avec des vestiges d’érosion qu’il attribue à des flots se déversant sous forme de cataractes depuis la Méditerranée. Autant d’éléments qui accréditeraient cette hypothèse d’une inondation brutale et rapide des riveges de la Mer Noire, provoquant chez les survivants un traumatisme de nature à se transcrire de génération en génération sur un temps long. De nombreux chercheurs attribuent d’ailleurs cette ouverture brutale du détroit du Bosphore à un mouvement sismique de l’extrémité de la faille nord-anatolienne, ce qui aurait en effet pu provoquer un déversement cataclysmique des eaux de la Méditerranée dont le niveau était fortement remonté sous l’effet du réchauffement climatique.

Le chercheur français Guillaume Soulet, auteur d’une thèse intitulée Changements hydrologiques de la mer Noire au cours des 30 derniers millénaires et la dernière déglaciation en Europe centrale, sous la direction d’Edouard Bard et Gilles Lericolais

L’équipe d’Edouard Bard basée au CEREGE s’est également intéressée de près à ce sujet et a montré que la réalité était sans doute beaucoup plus complexe que ne l’avaient imaginé en 1997 les Américains Bill Ryan et Walt Pitman, dont l’ouvrage paru en 1998 sous le nom de Noah’s Flood avait eu alors une énorme retentissement. D’après Guillaume Soulet, qui a soutenu en 2011 une thèse sur le sujet, la connexion de la Mer Noire via le Bosphore est plus ancienne et daterait plutôt de 8 300 avant J.-C. Et il s’agirait plus vraisemblablement d’un phénomène se produisant par a-coups, suite à des épisodes de réchauffement successifs, étalés sur de longues périodes, ce qui laisse penser que les mouvements de population des rives de la Mer Noire vers les plaines plus fertiles de la Mésopotamie, survenus vers 7500 avant J.-C., pourraient avoir été induites au moins davantage par une évolution démographique inéluctable que par un phénomène d’inondation brutale.

Un scénario qui demande sans doute à être confirmé et vraisemblablement affiné mais qui laisse songeur quand à ce qui peut nous attendre du fait du réchauffement climatique actuellement à l’oeuvre et qui lui est d’une rapidité jamais rencontrée dans l’histoire de la Terre. Quand on sait que la fin de cette glaciation, qui s’est traduite par une élévation du niveau des mers d’environ 130 m, ne résulte finalement que d’une augmentation moyenne de 4 °C de la température du globe, soit une valeur tout à fait comparable à ce que prédisent les scénarios du GIEC pour les décennies à venir, voila qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter…

L.V.  

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Carnoux en noir et blanc…

3 décembre 2017

Il y a un peu plus de trois mois déjà, le 19 août 2017, la zone boisée située entre Aubagne et Carnoux s’embrasait. Il avait fallu alors une mobilisation exceptionnelle des services d’incendie et de secours pour parvenir in extremis à arrêter les flammes le long de l’avenue Jean Bart, sans pouvoir pour autant empêcher que plusieurs haies de thuyas ne se transforment en torches dans les jardins des propriétés les plus exposées. Une fois l’incendie maîtrisé, c’est un spectacle de désolation qui s’étend désormais sur tout le flanc nord de la commune, visible même depuis l’espace, et qui vient rappeler à chacun à quel point la ville est vulnérable face à ce type de risque naturel.

Les chutes de neige survenues hier et qui ont saupoudré quelques centimètres de poudreuse dans les rues de Carnoux ont tranformé en quelques heures ce paysage dévasté, noir et calciné, devenu comme par enchantement d’une blancheur éclatante.

Ce matin, sous le soleil revenu, le spectacle était saisissant de contraste entre le sol recouvert d’un mince manteau neigeux quasi continu et les branches sombres, tordues, comme torturées par l’incendie, qui se dressaient vers le ciel, d’un bleu intense. De quoi rappeler à chacun la triste réalité de ce feu de forêt qui a bien failli réduire la commune à l’état de cendre, comme bien d’autres villes dans le monde exposées elles-aussi à de terribles feux de forêt cet été et qui n’ont pas eu la possibilité d’être protégées.

L.V.  

Il neige sur Carnoux-en-Provence…

2 décembre 2017

C’est l’hiver et il neige. Malgré les effets du réchauffement climatique global, voilà qui n’a rien d’extraordinaire à cette saison. Mais quand même, ce n’est pas tous les jours, ni même tous les ans, que la ville de Carnoux-en-Provence, pas plus d’ailleurs que ses voisines Aubagne, Aix-en-Provence ou encore Marseille se réveillent recouvertes d’un blanc manteau neigeux comme c’est le cas depuis ce matin, samedi 2 décembre.

Notre-Dame d’Afrique sous la neige, le 2 décembre 2017

En ce jour anniversaire de la victoire napoléonienne d’Austerlitz contre les armées russes et autrichiennes, il neige donc depuis ce matin sur les Bouches-du-Rhône entre la région aixoise et l’étang de Berre. Dans le Var voisin, on signalait déjà 15 cm de neige ce matin au lever du jour et 3000 foyers étaient privés d’électricité du fait des ruptures de lignes aériennes.

A Carnoux, la couche de neige ne dépassait pas quelques cm au même moment mais il a continué à neiger toute la matinée et la ville s’est donc parée de ses habits d’hiver, pour quelques heures tout au plus car les chutes de neige devraient s’arrêter en milieu de journée selon les prévisions de Météo France, avec toutefois des risques de verglas possibles dans la nuit.

Quoi qu’il en soit, le spectacle de Carnoux sous la neige, même sans soleil, est suffisamment rare pour ne pas en profiter et jeter un œil par la fenêtre sur les pins saupoudrés de neige…

Un mail inhabituellement déserté dans la traversée de Carnoux

Une circulation devenue momentanément quelque peu périlleuse

Le Centre culturel sous la neige

Devant la médiathèque Albert Camus

Des pins largement saupoudrés de neige

La mairie éventrée, blanchie sous le harnais

Les cèdres devant l’hostellerie de la Crémaillère

Deux ours polaires en train de batifoler dans le parc Tony Garnier…

L.V.  

11 novembre 1918 : un siècle déjà…

11 novembre 2017

Devant le wagon, après la signature de l’Armistice (source © photo d’archive anonyme)

C’était il y a tout juste un siècle, ou presque : le 11ème jour du 11ème mois de l’année 1918, à 11h du matin : les dernières salves de la Grande guerre débutée 4 ans plus tôt, début août 1914, s’arrêtaient enfin, tandis que, sur tout le territoire national français, se déclenchaient des sonneries de clairons et que les cloches se mettaient à carillonner à tue tête, pour annoncer à chacun la fin de cette immense boucherie qui venait de coûter la vie à 18,6 millions de personnes, dont près de 9 millions de civils (en comptant les pertes liées au génocide arménien).

Cette date symbolique, destinée à marquer la fin des combats entre les troupes françaises et allemandes, résulte d’un choix imposé par l’État-major français puisqu’elle coïncide avec la fête de Saint-Martin, l’ancien légionnaire romain, fondateur du monastère de Ligugé près de Poitiers et devenu malgré lui évèque de Tours. C’est lui en effet que les Francs s’étaient choisis comme saint patron, après que le Mérovingien Clovis, venu se recueillir sur sa tombre, eut remporté en 507 à Vouillé une victoire décisive contre les Wisigoths d’Alaric II.

source © exposition BNF

On frémit en pensant à ces pauvres soldats morts dans les dernières heures de la guerre alors qu’il eut été tout à fait possible de l’abréger de quelques jours sans attendre la date fatidique, mais l’Histoire se nourrit aussi de ces symboles et parfois de ces absurdités… On considère ainsi que pas moins de 11 000 soldats ont été tués au cours du dernier jour de la guerre, dont un Américain abattu 60 secondes avant l’entrée en vigueur de l’armistice, alors qu’il s’échinait à charger un peloton d’Allemands s’apprêtant à fêter la fin des hostilités. Les historiens ont aussi gardé en mémoire l’obstination du général américain William M. Wright qui tenait absolument à reprendre la petite ville de Stenay dans la Meuse, afin d’avoir la certitude de pouvoir s’y établir et profiter de ses installations balnéaires une fois l’armistice signé : 365 soldats de la 89ème division d’infanterie américaine y ont laissé la vie, mais le général a pu prendre son bain en terrain reconquis, ouf !

L’armistice lui-même avait été signé le jour-même, dès poltron minet, à 5h15 du matin, dans le fameux wagon-restaurant réquisitionné auprès de la Compagnie des wagons lits et qui servait de poste de commandement au maréchal Foch, alors commandant en chef des forces alliées sur le front de l’ouest. Mais en réalité, le sort de la guerre était déjà scellé depuis début août 1918.

Arrivée de troupes de renforts à Faverolles (Somme) lors de la seconde bataille de Picardie en août 1918 (source © archives ECPAD)

Depuis la signature du traité de Brest-Litovsk, en mars 1918, actant le retrait de la Russie de la guerre suite à la révolution bolchévique, les Allemands avaient pu replier l’essentiel de leurs troupes sur le front ouest et repasser à l’offensive après des années de guerres de tranchées. Face à ce revirement de situation, beaucoup pensent que la guerre est perdue et de nombreux Parisiens fuient la capitale en mars-avril 1918, pour se mettre à l’abri. Les Allemands franchissent la Marne pour la seconde fois le 15 juillet 1918. Mais des contre-attaques victorieuses rétablissent la situation et le 8 août 1918 a lieu une grande offensive décisive menée par les forces alliées, d’une part en Picardie, par des forces canadiennes soutenues par des soldats australiens, français et britanniques, et d’autre part en Argonne par des forces américaines et françaises.

A partir de cette date, Erich Ludendorff, alors général en chef des armées allemandes, sait que la guerre est perdue et il organise le recul des forces allemandes sur tout le front franco-belge, au prix de lourdes pertes. Dès septembre, État-major allemand fait savoir à l’empereur Guillaume II qu’il n’y a plus d’espoir, mais ce dernier n’est pas prêt à assumer la défaite… Pourtant, les autres fronts orientaux s’effondrent les uns après les autres. Le 29 septembre, un armistice est signé avec la Bulgarie et le 30 octobre avec l’empire ottoman (qui ne survivra pas à cette guerre) suite à la lourde défaite de ses armées face aux Britanniques. Enfin, le 4 novembre, c’est l’empire austro-hongrois, lui aussi voué à disparaître dans les oubliettes de l’Histoire, qui signe à son tour un armistice après la percée des armées italiennes et alliées.

Philipp Scheidemann proclamant la République allemande depuis le Reichstag le 9 novembre 1918 (source © Bundesarchiv)

Face à cette accélération de l’Histoire, le chancelier allemand adresse dès le 4 octobre une demande d’armistice au Président américain Woodrow Wilson, mais ce dernier la rejette, exigeant d’abord l’abdication du Kaiser Guillaume II. Une nouvelle constitution impériale à caractère parlementaire est alors adoptée le 28 octobre tandis que le général Ludendorff démissionne. Dès le lendemain, des mutineries éclatent dans la Marine à Kiel, avant de se propager dans d’autres villes. Des conseils ouvriers se forment à Stuttgart le 4 novembre, puis en Bavière. Le climat insurrectionnel s’étend, entraînant la fuite du roi de Bavière puis de celui de Saxe, mais l’empereur, alors à Spa, en Belgique, ne veut rien entendre.

Le mouvement gagne Berlin le 9 novembre où la troupe fraternise avec les comités ouvriers. Face à la tournure des événements, Guillaume II accepte finalement d’abdiquer ce même jour à 11 h et l’annonce par téléphone à son chancelier et cousin, Maximilien de Bade. C’est le social-démocrate Friedrich Ebert qui accepte alors de devenir chancelier et entame des négociations pour stopper le mouvement révolutionnaire en pleine ébullition, tandis que son collègue Philipp Scheidemann proclame la République allemande depuis une fenêtre du Reichstag, pour prendre de vitesse le spartakiste Karl Liebknecht.

C’est donc un représentant civil du gouvernement de la toute jeune République allemande, Mathias Erzberger, qui signera l’armistice, dans le fameux wagon-restaurant stationné à Rethondes, en forêt de Compiègne, alors que la partie française est représentée par le maréchal Foch et son chef d’état-major, le général Weygand. Le texte de l’armistice en soi n’a que pour but de mettre fin aux hostilités pour une période limitée à 36 jours, mais il contient de nombreuses clauses organisant non seulement l’arrêt des combats mais aussi les conditions de l’évacuation des territoires occupés et le retour aux frontières initiales. C’est le radical-socialiste Georges Clémenceau, alors Président du Conseil depuis un an, qui en lira le texte devant l’Assemblée nationale le jour-même à 16 h.

Les signataires de l’Armistice de 1918 (source © ABECASIS/SIPA)

Clemenceau dans les tranchées fin 1917 (source © collection du Musée Clemenceau)

Et c’est d’ailleurs à ce même Georges Clémenceau que le Président de la République, Emmanuel Macron, a rendu aujourd’hui un hommage appuyé, celui-là même à qui la droite nationaliste de l’époque avait donné le sobriquet de « Perd la victoire » parce qu’il avait préféré hâter la signature de l’armistice pour mettre fin dans les meilleurs délais à ce carnage devenu inutile, tandis que certains souhaitaient poursuivre les troupes allemandes jusqu’à Berlin pour pouvoir imposer des conditions de capitulation encore plus humiliantes.

On sait pourtant désormais, avec le recul du temps, que celles qui furent imposées à l’Allemagne lors de la signature du traité de Versailles en juin 1919, portaient en germe les conditions qui déboucheront quelques années plus tard sur l’arrivée au pouvoir du parti hitlérien national-socialiste et le déclenchement de la seconde guerre mondiale, prouvant une fois de plus à quel point il est toujours plus difficile de bâtir la paix que de déclarer la guerre…

L.V.  

A rebours de l’Histoire, un nouvel État pied-noir ?

7 novembre 2017

Décidément, ce début du XXIe siècle connaît un bien inquiétant renouveau des crises identitaires. Alors que les Kurdes revendiquent la création d’un nouvel État dans le nord de l’Irak et que les Catalans cherchent à sortir du giron espagnol, voici que les Pieds-noirs eux-mêmes, ces Français d’origine européenne installés en Afrique du Nord et chassés par la décolonisation, veulent faire reconnaître leur propre État et viennent de constituer un « gouvernement provisoire pied-noir en exil » à cette fin.

Près de soixante ans après les déclarations d’indépendance des pays du Maghreb, il peut sembler incroyable que certains soutiennent ce type de position qui paraît aller totalement à rebours de l’Histoire, d’autant que les références historiques sur lesquelles s’appuie ce mouvement identitaire sont la Convention de Montevideo, adoptée en 1933 sous l’égide de la défunte Société des Nations, et la création en Palestine d’un foyer national juif, rendue possible par la déclaration Balfour en 1917.

Il est vrai que la mémoire des Pieds-noirs, en particulier pour ce qui concerne les rapatriés d’Algérie, est restée vive depuis la signature des accords d’Evian en 1962 et que nombre d’associations s’emploient à entretenir ce souvenir, y compris parmi les jeunes générations nées sur le territoire métropolitain. Les Carnussiens sont bien placés pour le constater avec en particulier ce curieux appendice de la médiathèque municipale Albert Camus privatisé par l’association Carnoux Racines et qui sert de lieu d’archivage pour différents documents rappelant le passé colonial de la France en Afrique du Nord.

Un espace mémoire qui aura bientôt un concurrent direct puisque le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), qui recueille lui aussi depuis 1974 des archives sur cette même période, est en train de voir aboutir son projet de Conservatoire national de la mémoire des Français d’Afrique du nord.

Pose de la première pierre du futur Conservatoire à Aix le 6 octobre 2017 (source © Philippe Tortora / Le Pertuisien)

Un temps imaginé dans les locaux du fort Saint-Jean à Marseille, c’est finalement à Aix-en-Provence tout près de la maison du Maréchal Juin que sera érigé ce futur édifice dont la première pierre vient d’être posée, le 6 octobre 2017, en présence de tout le gratin des responsables politiques du cru, dont Maryse Joissains, Martine Vassal et Renaud Muselier.

Ce conservatoire qui se veut le dépositaire de la mémoire de la présence française en Algérie, Tunisie et Maroc, sera constitué d’un silo pour le stockage des archives et d’un vaste bâtiment de trois niveaux destiné à l’accueil du public et aux salles de consultation et de conférence.

Un projet architectural ambitieux dont le coût a été estimé à 4,6 millions € et qui sera très largement financé sur fonds publics par les collectivités territoriales, à raison de 900 000 € du Département des Bouches-du-Rhône, autant de la Région PACA, 500 000 € de la Métropole et 750 000 € de la commune qui met en outre le terrain à disposition gratuitement, démontrant s’il en était besoin l’audience politique dont bénéficie localement la communauté pied-noir.

Maquette du futur Conservatoire à Aix (document © CDHA, publié dans La Provence)

De là à ce que les Pieds-noirs obtiennent de la part des Nations-Unies leur reconnaissance comme peuple à part entière comme certains l’ont proclamé le 12 octobre dernier à Marseille, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Peut-on d’ailleurs vraiment parler d’un « peuple pied-noir » puisque c’est le terme qui est utilisé pour désigner cette communauté qui comprendrait, selon ses représentants de l’ordre de 5 millions d’individus dont environ 3,5 millions seraient citoyens et résidents français ?

Selon les termes de « l’État pied-noir en exil », ce « peuple » s’est « enraciné en Afrique du Nord, depuis le deuxième siècle avec l’arrivée de juifs venus de Palestine, au 16ème siècle par l’exode d’Espagnols et au 19ème siècle par la pénétration de Français, d’Italiens et de ressortissants de tous les peuples de la Méditerranée ». La définition est quelque peu alambiquée et à tout le moins sélective : pourquoi intégrer dans cette communauté des Juifs venus de Palestine au IIe siècle et pas les descendants des cohortes romaines qui ont occupé cette région au moins depuis la troisième guerre punique et jusqu’au IVe siècle après J.-C. ?

S’il s’agit des différents envahisseurs étrangers qui ont à un moment ou un autre occupé une partie de l’Afrique du Nord, pourquoi ne pas prendre aussi en compte les descendants des troupes de Barberousse, dont on dit qu’il était d’origine grecque ou albanaise et qui s’est emparé d’Alger en 1516 ? Ou des janissaires ottomans qui ont conservé une emprise sur cette région jusqu’en 1881 ?

Christian Shembré, président du parti Pied-noir, Me Pierre Courbis, secrétaire général du mouvement Pied-noir génération, et Jacques Villard, cofondateur du Cercle algérianiste (photo © Cyril Dodergny)

En tout cas, affirmer que ce « peuple pied-noir » a été victime d’un « génocide » comme l’affirme sans sourciller le communiqué de l’État pied-noir relève sans aucun doute de l’inexactitude, et ceci quel que soit le niveau de compassion que l’on peut avoir pour ces populations prises dans le tourment de l’Histoire et arrachées brutalement au cadre de vie qui était le leur, parfois depuis plusieurs générations. Le fait que ce groupe ait été « injustement et illégalement spolié de ses biens immobiliers et mobiliers » au moment des indépendances ne souffre pas de contestation, mais cela n’en fait pas pour autant un « peuple » au sens juridique et ne peut cacher le fait que les populations indigènes aient elles-mêmes souffert de spoliation au moment de la colonisation de leur territoire, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron, alors en campagne, n’avait pas hésité à évoquer la notion de « crime contre l’humanité » à ce sujet, au prix d’une vive polémique.

Drapeau de la Fédération des deux rives

Ce peuple qui peut difficilement se revendiquer comme tel, est-il vraiment légitime vouloir s’ériger en État ? C’est en tout cas ce que prétend ce groupuscule qui porte cette démarche depuis plus d’un an maintenant et qui s’est donc réuni le 20 septembre 2017 dans un restaurant de Lattes, près de Montpellier, pour acter la constitution de ses instances représentatives. Le nouvel État revendiqué, a donc pris le nom de « Fédération des deux-rives » et est présidé par un certain Pierre Granès, astrophysicien de son état. Une assemblée nationale formée de 35 membres s’est auto-désignée, présidée par Christian Schembré, président montpelliérain de l’Association pour la promotion du peuple pied-noir, et président du parti pied-noir, créé à Marseille en 1999. Un gouvernement provisoire a été constitué, composé de 13 ministres. Il est dirigé par Jacques Villard, cofondateur, en 1973, du Cercle algérianiste, et qui fait office de porte-parole.

Réunion le 20 septembre 2017 à Lattes officialisant la revendication de reconnaissance du peuple pied-noir (source © Fédération des deux rives)

Ce « gouvernement en exil », une formule qui résonne étrangement de manière assez gaulienne, se présente pour l’instant comme sans territoire. On pourrait croire qu’il revendique celui des pays maghrébins d’où il a été chassé par les mouvements de décolonisation. Mais curieusement ce n’est pas le cas puisque les porte-paroles du mouvement mettent plutôt en avant leur souhait d’acquérir des terrains privés dans le Sud de la France voire en Italie afin d’y implanter leur nouvel État. On ne voit pas très bien comment une telle acquisition pourrait permettre juridiquement à ce nouvel État autoproclamé d’y édicter ses propres législations, à moins qu’il ne s’agisse que d’une galéjade, à l’instar de la République Indépendante de Figuerolles, fermement ancrée à La Ciotat depuis plus de 50 ans…

L.V. 

Qui organise la pénurie de beurre ?

5 novembre 2017

Certains se souviennent peut-être encore de ce temps pas si lointain où les chambres froides de ce qui était encore la Commission économique européenne débordaient de beurre, stocké pour éviter que les cours de cette matière première ne s’effondrent. Le stockage avait commencé en 1964 afin de venir en aide aux agriculteurs européens alors en pleine surproduction et, en 1986, on avait atteint le volume incroyable de 1,28 millions de tonnes de beurre stockés dans les réserves de l’Europe.

Pour remédier à cet excédent structurel, des quotas laitiers ont fini par être instaurés en 1984 et, peu à peu, les « montagnes de beurre » ont commencé à se résorber. Il a quand même fallu près de 20 ans pour y parvenir et c’est en 2007 seulement qu’ont été écoulés les dernières 6000 tonnes de beurre encore stockés, pour l’essentiel d’origine espagnole à cette date. A l’époque, le prix du marché s’élevait à 2 400 € la tonne. Le système des quotas laitiers a été finalement abandonné en avril 2015 et depuis, c’est le marché mondial qui régit la commercialisation des produits laitiers sans aucun filet de sécurité.

Le résultat ne s’est pas fait attendre puisque dès 2016, le prix du lait payé au producteur est descendu en dessous du coût de production et le revenu moyen d’un éleveur en France aurait baissé de plus de 26 % entre 2015 et 2016 selon l’INSEE. Il ne reste déjà plus que 70 000 fermes laitières en France, un tiers d’entre elles ayant disparu au cours des 10 dernières années. Avec la fin des quotas laitiers qui fixaient des volumes plafond de production par pays, la production européenne a fortement augmenté, du fait principalement des grosses fermes industrielles du nord de l’Europe, ce qui tire les prix à la baisse et étrangle les derniers éleveurs laitiers encore en activité en France.

Manège de traite à la ferme industrielle dite des 1000 vaches, à Ducrat, près d’Abbeville dans la Somme (source © La Voix du Nord)

Et l’on apprend désormais que le beurre, qui jadis encombrait les frigos de Bruxelles, est devenue une denrée rare. Les rayons des supermarchés se vident et les boulangers industriels qui en sont de gros consommateurs (sachant qu’un croissant est composé à 50 % de beurre…) se retrouvent en chômage partiel faute de matière première. Le prix du beurre est ainsi passé en dix-huit mois de 2 500 à 6 500 € la tonne : un bond spectaculaire et qui pourrait encore se poursuivre. Mais comment a t-on bien pu en arriver là ? Le Marché aurait-il perdu la main, sa fameuse « main invisible » si chère aux économistes libéraux ?

Vache de race Prim’Holstein

On pourrait d’abord s’étonner que les cours du lait soient au plus bas alors que ceux du beurre, qui en dérivent directement n’ont jamais atteint de tels sommets. Certains invoquent des raisons techniques liées non pas à une météo qui aurait été défavorable à la production laitière comme certains le prétendent, mais qui découlent effectivement d’une politique menée depuis des années par la filière : en France, plus des deux-tiers du cheptel laitier sont constitués de Prim’Holstein, ces vaches laitières qui constituent l’essentiel des troupeaux européens et qui fournissent jusqu’à 10 000 litres de lait par tête et par an. Depuis des décennies, les chercheurs de l’INRA comme leurs collègues européens ont orienté la sélection de cette race dans le seul but de produire davantage de lait et moins de matière grasse. Or, sans matière grasse dans le lait, il est plus difficile de faire du beurre : il faut en moyenne 22 l de lait pour produire un kg de beurre, mais cela peut varier fortement sachant qu’un litre de lait contient selon les cas entre 35 et 45 g/l de matière grasse.

Couverture du Time de 2014 vantant les mérites du beurre

Or la consommation mondiale de beurre est désormais en hausse. Avec 8 kg par an et par habitant, la France se place au premier rangs des gros consommateurs, mais la demande est en train d’exploser dans d’autres pays, notamment asiatiques où l’on commence à prendre goût aux viennoiseries. Même aux USA, les diététiciens sont en train de revenir sur leur jugement très négatif concernant la consommation des corps gras en général et du beurre en particulier, ainsi que l’a rappelé le Time à sa Une en 2014.

Dans ce supermarché Cora, des rayons de beurre quasi vide (photo © Aurélien Laudy pour l’Union)

Beurre dans la baratte (source © Agrilait)

Mais la pénurie de beurre ne frappe curieusement que la France. Or la production de beurre français est plutôt en croissance, avec un volume global de 368 000 tonnes produit en 2015 contre 341 000 en 2010. Notre pays est actuellement le 6ème producteur mondial de beurre et le 2ème en Europe derrière l’Allemagne. De 2006 à 2010, la production mondiale de beurre a ainsi augmenté de 14 % et dépasse actuellement les 10 millions de tonnes, le premier producteur étant désormais l’Inde. Mais le géant de la production laitière est la Nouvelle-Zélande qui produit pas moins de 27 % du lait mondial, exporté principalement sous forme de poudre de lait. D’ailleurs, la France importe chaque année deux fois plus de beurre qu’elle n’en exporte, et sa principale source d’approvisionnement est justement la Nouvelle-Zélande.

Un dessin de Na !

En réalité, on se retrouve confrontés à deux phénomènes qui se surimposent. Le premier est un mouvement de fond, d’ampleur mondial et qui reflète une demande accrue de beurre, du fait de l’émergence de nouveaux marchés, notamment en Chine, alors même que la production de beurre a été volontairement freinée depuis des années parce que les consommateurs s’étaient orientés plutôt, pour des raisons diététiques, vers la consommation d’huiles végétales et de margarines. Ce mouvement de fond explique donc que les prix mondiaux du beurre soient en forte hausse, alors que ceux du lait n’augmentent que de manière modérée, du fait des stocks importants de poudre de lait encore disponibles, en particulier en Europe qui a en réserve plus de 350 000 tonnes, de quoi peser significativement sur les cours mondiaux.

A cela vient s’ajouter un élément conjoncturel spécifiquement français. On se souvient qu’en 2016, à l’issue d’une crise agricole comme la France en connaît régulièrement, le principal industriel du secteur, Lactalis, avait accepté de payer un peu plus cher le lait, à 290 € la tonne, ce qui lui permettait de s’aligner sur le prix des autres acteurs (Bongrain, SODIAAL ou Danone) tout en restant très en deçà des coûts réels de production que la profession agricole évalue entre 330 et 380 € la tonne selon les exploitations.

Mais en France, ce sont les 4 centrales d’achat de la grande distribution (Intermarché/Casino, Carrefour/Dia, Auchan/Système U et Leclerc) qui font la pluie et le beau temps en matière de fixation des prix des produits alimentaires. Les négociations avec les producteurs et les industriels de l’agro-alimentaire ont lieu une fois par an et la grande distribution s’y emploie à imposer à ses fournisseurs les prix les plus bas.

C’est la raison pour laquelle, le prix du beurre en grande surface n’a jusqu’à ce jour quasiment pas augmenté, contrairement à ce qu’on observe en Allemagne par exemple où le prix de la plaquette de beurre a plus que doublé. Comme vient de le reconnaître, après une semaine de tergiversations, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, la pénurie de beurre dans les rayons des magasins s’explique en réalité principalement par un nouveau bras de fer entre industriels et géants de la grande distribution.

Faute de pouvoir vendre leur beurre en France à un prix rémunérateur, les acteurs de la filière préfèrent donc l’exporter, tout simplement. Bienvenue dans le monde de la mondialisation heureuse !

L.V.  

Draguignan : l’assassin du chat dort en prison…

3 octobre 2017

Alors que l’assassin du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés, noyé dans la Vologne, le 16 octobre 1984, n’a toujours pas été identifié, il arrive que la police française ait plus de succès dans ses investigations criminelles. Ayons donc l’honnêteté de le reconnaître et de saluer comme il se doit cette belle réussite des forces de l’ordre de Draguignan qui, à l’issue d’une enquête approfondie et dans une affaire fortement médiatisée également, ont réussi, non sans mal, à identifier en quelques mois le coupable d’un crime particulièrement odieux et à le traduire devant la justice où il vient d’être sévèrement jugé comme il se doit, avant d’être immédiatement incarcéré.

L’affaire remonte dans la nuit du 30 au 31 mai 2017. Au petit matin, une habitante du centre de Draguignan et son fils découvrent horrifiés le corps sans vie de C., un SDF bien connu de tous les habitants du quartier qui lui donnaient régulièrement à manger. Le pauvre a été affreusement torturé. Il a le crâne ouvert et les yeux sont sortis des globes oculaires sous l’effet de la violence des coups qu’il a reçus. L’autopsie révélera des lésions graves à la boîte crânienne, des ecchymoses sur tout le corps et des vertèbres retournées : un vrai massacre.

Tout le quartier est en émoi d’autant que la victime était bien connue de la plupart des riverains. Dans cette ville dont le centre ancien tend à se paupériser et où le Front National fait des scores fleuves, on accuse aussitôt des bandes de jeunes loubards désœuvrés qui se seraient acharnés sur la pauvre victime, confirmant une fois de plus le climat de violence extrême et d’insécurité auquel serait désormais confrontée la population de cette belle cité varoise.

Mobilisation devant l’hôtel de ville de Draguignan le 17 juin 2017 (source © Var Matin)

Alors que la police commence son enquête, un habitant du quartier, Christopher Bianconi, ouvre immédiatement une page Facebook pour appeler à se mobiliser et lance dans la foulée une pétition sur le site change.org. Le succès est immédiat et ce sont au total 266 176 signatures qui seront recueillies en quelques mois. Toute la presse locale est sur le pont. Var Matin fait état des prélèvements ADN qui ont été opérés sur le corps du supplicié et des rapides progrès de l’enquête qui mobilise une bonne partie des forces de l’ordre de la ville. France 3 diffuse de son côté un reportage alarmiste qui fait état de tortures atroces qui auraient été infligées à la pauvre victime.

Des associations se portent partie civile. Le 17 juin 2017, plus de 300 personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Draguignan pour crier leur colère et appeler à un jugement sévère contre l’ignoble assassin alors toujours en cavale. La mobilisation dépasse rapidement les seules frontières du Var et le 23 juillet, on assiste à une nouvelle manifestation, cette fois sur le Vieux-Port à Marseille, pour réclamer justice. Grâce au miracle Facebook, d’autres rassemblements sont signalés partout en France, jusqu’à Lorient…

Manifestation sur le Vieux-Port de Marseille le 22 juillet 2017 pour défendre la mémoire de C. (photo © Lucas Valdenaire / Radio France)

Le 28 mai 2017 enfin, deux mois après les faits, Johnny M., un jeune homme de 28 ans, déjà connu pour des faits de torture animale et qui avait témoigné, ainsi que sa compagne, en accusant du meurtre des jeunes du quartier, finit par cracher le morceau : c’est lui qui a assassiné le pauvre C. en lui assénant de violents coups de pied avec ses chaussures de sécurité. Ici on n’est pas à Las Vegas et nul besoin d’armes de guerre sophistiquées pour faire régner la terreur dans les rues de Draguignan…

Le petit chat errant des rues, que tout le quartier appelait Chevelu, est mort sur le coup, sous la violence des coups portés. Le jeune homme justifie son acte odieux car il en avait tout simplement assez de voir l’animal pisser régulièrement sur son scooter. Il a été traduit devant le tribunal correctionnel de Draguignan le 15 septembre dernier, suscitant une nouvelle fois un fort rassemblement de partisans déchaînés de la cause animale.

Manifestation de soutien à la mémoire de la victime (photo © MAXPPP)

Sa condamnation à six mois de prison ferme, relatée avec force détail, y compris par certains médias nationaux, de 20minutes à FranceBleu, est plutôt sévère pour des faits de ce type, sans doute justifiée au moins autant par la forte mobilisation populaire suscitée par son geste, voire par la manière dont il a tenté de détourner les soupçon en baladant les policiers vers d’autres suspects, que par la violence de son geste.

Toujours est-il que l’assassin de Chevelu dort désormais en prison et que Christopher Bianconi vient de clôturer sa pétition tout en précisant bien qu’il ne s’associe pas nécessairement aux outrances de certains défenseurs de la cause animale particulièrement remontés dans cette sordide affaire et qui n’ont pas hésité à noircir encore le tableau en inventant des faits de torture quelque peu exagérés.

Reste quand même la question lancinante après ce dénouement heureux, tout à la gloire de la police et de la justice varoises : la mobilisation populaire pour inciter les forces de l’ordre à retrouver et à condamner sévèrement cet assassin auraient-elle été aussi forte si la victime SDF avait été un homme et pas un chat ? Il n’y a bien entendu pas la moindre raison de penser que ce n’aurait pas été le cas, quoique ?

L.V.

JO de Paris : quelles retombées économiques ?

24 septembre 2017

C’est la grande nouvelle du mois : les jeux olympiques d’été se dérouleront bien à Paris en 2024, 100 ans tout juste après que la ville-lumière a accueilli ses dernières olympiades, en 1924, sous la pression du baron Pierre de Coubertin. Le tuyau était percé depuis un bon moment déjà puisqu’il n’y avait plus d’autres candidats en lice, ce qui n’a pas empêché les médias nationaux d’en faire des tonnes à l’annonce de la décision officielle, le 13 septembre dernier.

Bien sûr, tout le monde met en avant la renommée internationale formidable qui rejaillira de cet événement d’ampleur mondiale, et surtout l’impact économique qui devrait en découler. Sur ce dernier point, l’acteur qui fait référence en la matière est le Centre de droit et d’économie du sport (CDES), une structure associative rattachée à la faculté de Limoges, spécialisée dans la formation d’encadrants sportifs mais qui se targue surtout de réaliser les études d’impact des grandes manifestations sportives, histoire d’en justifier l’intérêt a priori.

Comme pour chaque événement sportif majeur, le CDES a fait tourner ses calculatrices et estime que les retombées économiques à attendre s’élèveront au minimum à 5,3 milliards d’euros et pourraient même atteindre 10,7 milliards d’euros selon le scénario le plus optimiste. Une partie de ces retombées économiques bénéficierait au secteur du BTP, mais un tiers irait aux professionnels du tourisme et la plus grosse part du gâteau devrait tomber dans l’escarcelle des partenaires en charge de l’organisation. On évoque la création de 119 000 emplois dans les domaines du BTP, du tourisme et de l’événementiel, et on estime les rentrées fiscales à près de 250 millions d’euros pour la seule quinzaine que dureront les jeux.

Tony Estanguet, co-président de Paris 2024, s’offre un selfie avec des inspecteurs du CIO et une partie du comité parisien, au Stade de France, le 15 mai 2017 (crédit photo © Franck Fife / AFP)

Bref, le tableau paraît idyllique ! A se demander même pourquoi on n’organise pas des JO chaque année s’il s’agit de la recette idéale pour booster une économie atone…

Sauf que la réalité paraît assez éloignée de ces analyses pour le moins optimistes, comme le rappelle notamment Pierre Rondeau, professeur d’économie à l’Université Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la sociologie du sport, dans un article publié par le site The Conversation. Force est en effet de constater que les grands événements sportifs internationaux, s’ils flattent l’ego des pays organisateurs et contribuent à en augmenter leur notoriété, « n’ont pratiquement jamais rapporté d’argent, n’ont jamais vraiment été bénéficiaires et n’ont jamais soutenu l’emploi durable »…

L’arc de triomphe aux couleurs des JO de 2024 (crédit photo © Benoit Tessier / Reuters)

Les études d’impact oublient en effet généralement un facteur important que constituent les effets de substitution et d’éviction. En d’autres termes, les grandes manifestations sportives attirent certes un public spécifique mais font fuir le public habituel ! Ainsi en 2016, la fréquentation touristique du Brésil n’a pas connu de rebond significatif car le pays est déjà le plus touristique d’Amérique du Sud : les touristes habituels ont largement évité de s’y rendre pendant la période des JO, laissant la place à un public de supporters et de fans de sport. Il s’est passé la même chose pendant la Coupe du monde de football organisée en France en 1998, année au cours de laquelle le nombre de touristes reçus a été exactement identique qu’en 1997 ou 1999, avec simplement une différence de motivation, les visiteurs s’agglutinant davantage au Stade de France qu’au Musée du Louvre…

A cela s’ajoute souvent une réelle difficulté à tenir les budgets souvent très optimistes prévus pour l’organisation de tels événements. Un économiste, Wladimir Andreff, a ainsi montré que depuis les JO de 1968, le taux de dépassement des budgets est en moyenne de 167 % ! A Pékin par exemple, pour les JO de 2008, dans un pays pourtant réputé pour sa capacité de planification, il a atteint 1130 %. A Londres, en 2012, le budget prévisionnel était établi à 4,6 milliards d’euros mais les JO ont finalement coûté 11 milliards (voire 15 selon certaines sources) et les retombées économiques se sont limitées à 1,72 milliards alors qu’elles avaient été estimées à 12 milliards : un cruel fiasco financier pour le pays…

Dessin publié dans Un dessin par jour

Pour les futurs JO de Paris, le budget prévisionnel annoncé à ce jour par le comité organisateur s’élève à 6,5 miliards d’euros. Une petite moitié sera consacrée à la construction des infrastructures nécessaires. Même si la grand stade est déjà disponible, il faudra quand même compter au moins 1 milliard pour remettre au goût du jour le Stade de France et construire une piscine olympique, auquel il conviendra d’ajouter près de 2 miliards pour l’édification du village olympique et du centre d’accueil des médias. Ce budget d’investissement sera pris en charge pour moitié au moins par des fonds publics, provenant principalement de l’État mais aussi des différentes collectivites territoriales concernées (dont 145 millions d’euros pour la ville de Paris et autant pour la Région Ile-de-France).

La préparation des JO 2024 : une stratégie de longue haleine qui mérite bien quelques sacrifices (dessin de Deligne publié dans Urtikan)

Le reste du budget, déjà réévalué de 3,2 à 3,6 milliards d’euros est destiné au Comité d’organisation des jeux et sera financé en partie par le CIO et en partie par des sponsors et des investisseurs privé. Quant aux recettes issues de la billetterie, leur apport restera relativement modeste, évalué en première approche à 1,1 milliards d’euros, sur la base d’une hypothèse de remplissage des stades à 88 % pour les épreuves olympiques et à 75 % pour les jeux paraolympiques, avec une volonté affichée d’offrir la moitié des places à un prix abordable inférieur à 50 €.

Un dessin de Mutio publié sur le site Urtikan

Alors, les JO à Paris, une bonne opération ou un gouffre financier en perspective ? La maire de Paris, Anne Hidalgo, n’est pas spécialement optimiste à ce sujet, elle qui prévenait en février 2015 que : « les jeux, c’est très joli, mais il n’y a pas une ville qui s’y soit retrouvée sur le plan financier »…

Le géographe Loïc Ravenel, responsable du Centre international d’économie du sport, ne dit pas autre chose en affirmant dans le magazine Alternatives économiques : « cette histoire de retombées économiques, c’est de l’enfumage. Assumons qu’à ce niveau de sport-spectacle, ça ne rapporte pas. Aujourd’hui, on accepte que la culture soit déficitaire parce qu’on estime que c’est important pour une société. Reconnaissons qu’on veut organiser une grande compétition sportive pour des questions d’image, de fête populaire, mais arrêtons de vouloir le justifier économiquement ».

Voilà qui a au moins le mérite d’être clair ! Quand on aime, on ne compte pas… Et tant pis pour les contribuables qui devront bien payer la note mais qui auront au moins passé un bon moment devant leur petit écran !

L.V.  

Au Texas, Houston sous les eaux

30 août 2017

Le sud du Texas est en train de connaître une des pires inondations de son histoire récente. En cause, l’ouragan Harvey, né à la mi-août d’une onde tropicale en Afrique de l’Ouest, et dont les météorologues ont suivi l’évolution à travers tout l’Océan atlantique jusqu’aux côtes vénézuéliennes.


L’ouragan Harvey a tout balayé sur son passage dans les zones côtières (photo © Gabe Hernandez / AP)

Arrivé sur le golfe du Mexique, l’ouragan s’est brusquement intensifié au-dessus des eaux chaudes et a abordé la côte texane vendredi 25 août, classé en catégorie 4 avant de se transformer en simple tempête tropicale à partir du samedi après-midi. Depuis, du fait de l’absence de vent en altitude, la tempête Harvey fait quasiment du sur-place et se déplace très lentement vers l’Est tout en se rechargeant en permanence avec les eaux chaudes du Golfe du Mexique tout proche.

Carte de situation publiée dans Le Monde (source NOAA, New York Times), montrant les cumuls de précipitation et la trajectoire de la tempête au 30 août 2017

Le résultat est assez effrayant puisque on comptabilise désormais en 5 jours un cumul de précipitations tout à fait inhabituel qui pourrait atteindre localement, d’ici jeudi, 1270 mm, bien davantage que ce qui peut tomber sur Marseille en une année entière ! La ville littorale de Corpus Christi, qui compte 300 000 habitants, a été une des premières dévastées par l’ouragan Harvey avec des vents soufflant en pointe à 215 km/h, et à partir du dimanche 27 août c’est la ville de Houston, quatrième plus grande ville des Etats-Unis avec 2,3 millions d’habitants, qui a été à son tour noyée sous des trombes d’eau continues.

Maisons d’habitation ravagées par l’ouragan Harvey à Rockport (photo © Mark Ralston / AFP)

De nombreux axes routiers ont été inondés parfois sous plusieurs mètres d’eau et on a vu des habitants attraper à main nue des poissons passant devant leur porte tandis que les épaves de voitures partent à la dérive dans une eau boueuse qui envahit peu à peu toute la ville.

Au moins 10 personnes ont déjà trouvé la mort depuis le déclenchement de ces inondations, dont une personne qui est décédée dans l’incendie de sa maison à Rockport tandis qu’une femme s’est noyée à Houston en sortant de sa voiture dans une zone où la vitesse d’écoulement était rapide. L’état de catastrophe naturelle a été déclaré dès vendredi et la population est invitée à rester confinée chez elle pour limiter les risques de noyades dans des rues totalement submergées par les eaux.

A Corpus Christi comme en plusieurs autres endroits, des consignes d’évacuation volontaires ont été données, tandis que 4500 prisonniers du centre de détention de la ville de Rosharon, au sud de Houston, ont dû être évacués en catastrophe. Au moins 230 000 foyers étaient privés d’électricité dès dimanche et la situation ne fait qu’empirer depuis. Quant aux deux aéroports de Houston dont les pistes étaient sous les eaux, ils ont dû fermer l’un après l’autre.

Autoroute submergée à Houston dimanche 27 août 2017 (photo © Richard Carson / Reuters)

Le niveau de la mer s’est élevé de près de 4 m au plus fort de la tempête, alors même que la côte texane accueille près d’un tiers des capacités de raffinerie de pétrole des Etats-Unis et le Golfe du Mexique 20 % de la production américaine. Au moins 112 plateformes ont été évacuées, représentant environ un quart de la production quotidienne de brut et de gaz, et de nombreuses installations à terre ont fermé. Il est encore trop tôt pour évaluer le coût de cette catastrophe d’autant que la tempête se déplace désormais vers la Louisiane voisine, encore sous le traumatisme du cyclone Katrina qui avait provoqué en 2005 la rupture de plusieurs digues, ravageant des quartiers entiers de La Nouvelle Orléans, provoquant plus de 1800 morts et laissant une ardoise estimée à 118 milliards de dollars. A ce jour, les estimations pour la tempête Harvey font état d’un bilan qui pourrait néanmoins s’élever autour de 42 milliards de dollars, ce qui est tout à fait considérable et s’explique largement par l’importance économique du Texas dont le PIB dépasse celui d’un pays comme le Canada.

Le Bayou Buffalo en crue dans la traversée de Houston (photo © Carole Enarn / Reuters)

Le président Donald Trump ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Contrairement à son prédécesseur Georges W. Bush qui avait été accusé d’indifférence en ne se rendant que tardivement à la Nouvelle Orléans où il s’était contenté d’un rapide survol en hélicoptère, le Président s’est rendu dès mardi 29 août sur place, accompagné de son épouse dont les talons aiguilles n’étaient pas des plus adaptés pour une telle visite de terrain…

A Houston, le maire a décrété le couvre-feu dès mardi pour tenter de sauvegarder la ville des risques de pillage car beaucoup d’habitants ont fui pour se mettre à l’abri, et le gouverneur du Texas a fini par mobiliser l’ensemble des 12 000 soldats de la Garde nationale texane. Mardi, 10 000 habitants étaient déjà hébergés dans le Centre des conventions de Houston et le flux de réfugiés continuait à enfler. Les autorités les dirigeaient alors vers d’autres villes de l’intérieur, moins exposées, dont Dallas, située à 400 km de là et dont les 3 centres d’accueil ont été rapidement saturés.

Evacuation de sinistrés à Houston (photo © Texas Military Department)

A Houston, une des plus grosses inquiétudes a trait à l’état de deux vastes réservoirs endigués construits dans les années 1930 à l’ouest de la ville, précisément pour la protéger contre les inondations, et qui approchent depuis mardi de leur niveau de saturation. Dès la création de la ville en 1836, à la confluence entre deux rivières, le bayou Buffalo et le bayou du Chêne blanc, il est apparu en effet que le site était particulièrement vulnérable au risque d’inondation. En un siècle, la ville a connu 16 inondations majeures, avec parfois jusqu’à 12 m d’eau dans les points bas de la ville !

Après la crue de 1935, particulièrement dévastatrice et qui avait fait 7 morts, une structure spécifique a été mise en place pour développer la prévention du risque inondation, ce qui n’empêche pas qu’on dénombre 30 crues importantes depuis, dont celle liée au passage de la tempête tropicale Allison, le 5 juin 2001, qui a causé 22 victimes et endommagé 95 000 véhicules et 73 000 habitations dans cette région texane.

Les deux réservoirs Addicks et Barker, dont l’état inquiète au plus haut point les ingénieurs de l’US Army Corps of Engineers en charge de leur exploitation, ont été mis en service en 1938 et font l’objet d’un programme de confortement entamé en 2014 mais dont l’achèvement n’est prévu qu’en 2019. Ces vastes cuvettes, dont la capacité de stockage cumulée atteint 510 millions de m3, soit près de la moitié du barrage de Serre-Ponçon, sont fermées par des digues en terre dont la hauteur maximale atteint respectivement 34 et 37 m. Ils interceptent plusieurs affluents en amont du bassin versant du Bayou Buffalo qui ensuite traverse toute l’agglomération de Houston. Ces cuvettes, aménagées en parcs urbains et espaces verts récréatifs, ne servent à retenir l’eau qu’en cas de crue, afin de protéger les zones urbanisées en aval.

Zones résidentielles inondées par les lâchers d’eau du réservoir Addicks, mardi 29 août 2017 (photo © David J. Phillip)

Mais les deux vastes réservoirs ont atteint leur cote maximale autorisée de remplissage dès le lundi 28 août au matin. Il a donc fallu alors commencé à délester avant que le niveau de l’eau ne monte trop haut et ne menace la stabilité des digues elles-mêmes. C’est en effet le point faible de ce type d’ouvrage qui, en cas de submersion peut se rompre, provoquant alors une onde qui se propage très rapidement en aval, dévastant tout sur son passage. C’est donc pour éviter ce risque que les autorités ont préféré ouvrir les vannes, inondant de ce fait l’ensemble des quartiers situés en contrebas, et venant rappeler à tous qu’une protection contre les inondations est toujours dimensionnée pour un niveau de crue donné : au-delà, il faut bien que l’eau s’écoule et reprenne son chemin naturel, en l’occurrence la vaste plaine alluviale dans laquelle les hommes ont choisi, peut-être un peu imprudemment, de bâtir une ville de 2,3 millions d’habitants !

Vue aérienne du réservoir d’Addicts lors d’une inondation récente (photo © US Army Corps of Engineers)

L’histoire n’est certes pas terminée et l’heure des comptes n’est pas encore arrivée. Après le passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans, ce sont environ 1 million d’habitants qui ont dû faire appel aux services sociaux de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence et on estime déjà que ce nombre pourrait avoisiner les 450 000 après le passage de la tempête Harvey, de nombreux Américains n’étant pas assurés contre ce type de risque naturel. La seule bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que les assureurs ne sont pas inquiets puisque leur secteur dégage un bénéfice confortable évalué actuellement à 700 milliards de dollars, de quoi largement voir venir…

L.V. 

Carnoux-en-Provence de nouveau menacé par les flammes

20 août 2017

Carnoux envahi par les fumées de l’incendie, samedi 19 août 2017 vers 19h

La ville de Carnoux, entourée de massifs forestiers dont celui de la Marcouline, fait partie de ces communes provençales particulièrement exposées au risque de feu de forêt. Prescrit en 2011, le plan de prévention des risques liés aux feux de forêts (PPRIF) a été approuvé par arrêté préfectoral en date du 28 janvier 2014 et impose certaines obligations liées en particulier au débroussaillement mais aussi aux constructions et activités dans les secteurs les plus exposés. Il recense plus de 50 départs de feu qui ont impacté le territoire communal depuis 1973, date de création de la base de données Prométhée, le dernier en date étant celui du 4 août 2005.

Ce jour-là, deux foyers avaient été allumés dont l’un près du cimetière des Fenestrelles à Aubagne, et ils avaient consummé près de 200 ha en direction de Carnoux, menaçant fortement les habitations situées en limite nord de Carnoux et nécessitant l’évacuation du centre de vacances alors dénommé Shangri-La. Les deux lignes haute tension les plus menacées avaient été coupées à titre préventif, privant momentanément d’électricité plus de 15 000 foyers, tandis que le trafic ferroviaire était totalement interrompu entre Aubagne et Cassis à partir du début de l’après-midi et jusqu’après minuit. Trois pompiers avaient même été légèrement blessés dans le tunnel ferroviaire sous la colline de Carnoux.

A l’époque, plus de 600 pompiers avaient été engagés pour sauver les habitations de Carnoux d’une destruction sinon inévitable. Les moyens aériens mobilisés avaient été également importants, malgré l’impossibilité de faire voler les Canadairs alors cloués au sol dans l’attente d’une enquête suite à l’accident survenu quelques jours avant en Corse.

Hier, la commune de Carnoux a connu un nouvel épisode très comparable et qui a de nouveau menacé le même secteur qu’en 2005, ce qui vient confirmer pour ceux qui auraient tendance à l’oublier la réalité de cette menace saisonnière. Alors que la végétation était particulièrement sèche après l’épisode de canicule survenu fin juillet et que le mistral soufflait en moyenne à 45 km/h avec des rafales à 70 voire 80 km/h, plusieurs départs de feu se seraient produits vers 17h30 dans le quartier de la Pérusonne à Aubagne, une zone résidentielle de villas à proximité de la clinique de la Casamance.

Vue de l’incendie sur l’avenue Jean Bart samedi 19 août 2017 vers 19h

Attisé par le vent, l’incendie s’est rapidement propagé vers le sud et est arrivé jusqu’en bordure de l’avenue Jean Bart à Carnoux où il menaçait les premières maisons vers 18h30. Comme en 2005 et pour les mêmes raisons, les deux lignes à haute tension RTE 17 et 19 ont été coupées, le trafic ferroviaire entre Aubagne et Cassis a été interrompu dès 19h, l’accès à Carnoux depuis l’autoroute A50 a été fermé et la circulation sur la RD 41 a été arrêtée.

La mobilisation des services de lutte contre l’incendie a été remarquable, comme en 2005, avec plus de 600 pompiers mobilisés très rapidement, aidés par d’importants moyens aériens : deux hélicoptères bombardiers d’eau, deux tracker, quatre Canadair et un Dash ! Les moyens engagés au sol ont également été considérables, y compris avec un bulldozer permettant de frayer un chemin à travers le massif boisé.

Canadair en train de larguer le long de l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Les rotations des Canadairs ont été particulièrement nombreuses hier en fin d’après-midi et à nouveau ce matin dès 6h30 pour assurer l’absence de tout risque de reprise, alors que les bordures de la zone calcinées fumaient encore de manière sporadique. Les pompiers ont lutté toute la nuit contre l’incendie mais dès 23 h il était considéré comme maîtrisé. Les habitants des zones les plus exposées ont été d’abord confinées chez elles, ainsi que les pensionnaires de la maison de retraite située en contrebas. En revanche, il a fallu, comme en 2005, procéder à l’évacuation des vacanciers du centre de vacance Odalys, particulièrement exposés, mais aussi à une partie des chiens du chenil en lisière de forêt, et finalement de certains des habitants dont les maisons ont été léchées par le feu. La superficie dévorée par les flammes est évaluée à environ 250 hectares selon les dernières estimations.

Vue de l’incendie depuis l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Le gymnase du Mont-Fleuri a été mis à disposition pour l’accueil des vacanciers d’Odalyse et une cinquantaine d’entre eux a préféré y passer toute la nuit plutôt que de regagner le centre lorsqu’ils ont eu la possibilité de le faire, à partir de 23 h, une fois le plus gros du danger enfin écarté. Les voyageurs des trains circulant entre Marseille et Nice ont eu moins de chance et près de 4000 d’entre eux ont dû passer la nuit à bord des trains ou dans les gares de Nice, Toulon ou Marseille. Ce n’est qu’aujourd’hui dans la matinée que le trafic a pu commencer à reprendre, mais il reste encore fortement perturbé…

Au sud de l’avenue Jean Bart, certaines maisons ont été léchées par les flammes

L’action des pompiers a été particulièrement efficace sur ce nouvel incendie dont les conséquences auraient pu être dramatiques pour la petite ville de Carnoux, où l’habitat est très dense et la végétation de pins et de thuyas est très développée, facilitant à outrance la propagation du feu d’un jardin à un autre. Seuls des arbres ont effectivement brûlé au sud de l’avenue Jean Bart, endommageant au passage quelques cabanons de jardin, mais toutes les maisons ont pu être épargnées et aucune victime n’est à déplorer.

Forêt calcinée le long de l’avenue Jean Bart

Il n’en demeure pas moins que le spectacle de désolation qu’offrent les pinèdes calcinées en bordure de l’avenue Jean Bart, entre le centre de vacance d’Odalys et le petit bassin de rétention d’eau à l’entrée du chemin forestier, vient rappeler une fois encore et pour de longues années, à quel point notre commune, nichée dans un écrin de forêt méridionnale, est exposée à ce risque de feu de forêt…

L.V.  

Chine – Inde : vers une guerre imminente ?

18 août 2017

Dessin de Lounis

Va-t-on assister à un nouveau conflit armé entre ces deux géants mondiaux que sont l’Inde et la Chine ? Alors que tous les yeux sont rivés sur la Corée du Nord et les menaces fantasques de son dirigeant Kim Jong-un, un autre conflit frontalier probablement autrement dangereux est en train de se développer dans la région himalayenne, entre le monstre économique et militaire chinois et son voisin indien, dirigé par l’ultra-nationaliste Narendra Modi.

Le contexte est d’autant plus tendu que tout laisse penser que l’Inde affiche désormais un taux de croissance économique supérieur à celui de la Chine, tandis que sa population, désormais estimée à 1,32 milliards d’habitants aurait, selon les derniers chiffres disponibles, d’ores et déjà dépassé celle de son redoutable voisin chinois, probablement plus proche de 1,28 milliards malgré les affirmations de la propagande officielle. Cette rivalité démographique n’est d’ailleurs sans doute pas pour rien dans le revirement idéologique affiché récemment par les autorités chinoises qui, après avoir longtemps imposé une politique familiale répressive de l’enfant unique, encouragent maintenant ouvertement la natalité.

Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping à Tachkent en juin 2016 (Photo PTI)

Les échanges économiques entre les deux pays restent fortement déséquilibrés puisque les exportations chinoises vers l’Inde représentent plus de 60 milliards de dollars par an, six fois plus que celles des Indiens vers la Chine. Mais la Chine développe fortement ses échanges avec le Pakistan, ennemi héréditaire de l’Inde, dans le cadre de la politique très offensive menée par Xi Jinping, à la tête de la deuxième puissance économique mondiale, tandis que l’Inde s’est sentie poussée des ailes suite au rapprochement opéré depuis une quinzaine d’années avec les États-Unis.

Toujours est-il que la tension monte entre les deux géants. La raison de cette discorde ? De vieux conflits frontaliers jamais réglés et qui ont déjà occasionné une guerre en 1962, qui a fait plus de 3000 morts côté indien et près de 900 côté chinois. A l’époque, la Chine conquérante de Mao Zedong, après avoir purement et simplement annexé le Tibet en 1951, pénètre au Ladakh en 1959.

L’armée chinoise en manœuvre au Tibet

L’armée populaire de libération engage alors la construction d’une route permettant de relier une partie de ce territoire himalayen indien, l’Aksai Chin, à la province chinoise du Sinkiang. La guerre est déclenchée par la Chine en octobre 1962 et la plupart des soldats indiens qui défendent ces territoires montagneux sont massacrés ou faits prisonniers. Un mois plus tard, l’armée chinoise, sous la pression américaine mais aussi soviétique, se retire des territoires occupés, à l’exception de l’Aksai Chin qu’elle conserve. Depuis, le climat entre les deux voisins reste tendu avec de multiples conflits frontaliers sporadiques, qui dégénèrent parfois en combats à l’artillerie comme en 1967.

Et voilà qu’en juin de cette année, l’armée chinoise se met en tête de construire une nouvelle route militaire sur le plateau de Doklam situé aux confins du Bouthan, un petit royaume inféodé à son voisin indien et qui fait office d’État tampon entre les deux grandes puissances. Pour l’Inde, la menace est évidente car une telle route militaire permettrait d’amener à pied d’œuvre blindés et combattants chinois à proximité de son point faible, connu localement sous le doux nom de « cou de poulet ».

Carte de la zone frontalière (infographie : source blog de Philippe Fabry – Historionomie)

Cet étranglement de 20 km de largeur que constitue le corridor de Siliguri, coincé entre les frontières du Népal et du Bengladesh, est en effet hautement stratégique pour l’Inde puisqu’il permet de relier au reste du pays l’ensemble des territoires du Nord-Est, totalement enclavés par ailleurs, y compris ceux de l’Arunal-Pradesh qui avaient été déjà envahis par la Chine en 1962 et que les Chinois continuent de revendiquer ouvertement. L’invasion de ce corridor signifierait pour l’Inde la perte quasi inéluctable de ces vastes territoires s’étendant au nord-est du Bengladesh.

Il va donc de soi que l’armée indienne ne pouvait rester indifférente à une telle incursion et s’est donc immédiatement déployée sur ce plateau de Doklam. Depuis, les deux armées se font face, dans un contexte particulièrement tendu où la moindre étincelle menace de mettre le feu aux poudres.

Soldats chinois et indien gardant le poste frontière de Nathu, au nord-ouest de l’Etat du Sikkim, en Inde (photo © Diptendu Dutta / AFP)

La guerre des communiqués fait rage, chacun intimant à l’autre l’injonction de se retirer immédiatement du territoire litigieux. « Il est plus aisé d’ébranler une montagne que de faire reculer notre armée » a ainsi affirmé le porte-parole de l’armée chinoise sur un ton martial. Le paisible Bouthan, théâtre malgré lui de ces gesticulations nationalistes, prend quant à lui l’affaire avec philosophie, à l’image de ce député de l’opposition qui déclare : « En cas de guerre entre l’Inde et la Chine, nous serions la viande dans le sandwich… »

Il est bien difficile à ce stade de deviner jusqu’où se poursuivra cette escalade, d’autant que l’on signale en parallèle d’autres escarmouches entre les armées indiennes et chinoises, survenues cette semaine près du lac Pangong, à la frontière entre le Ladakh et le Tibet. L’intransigeance chinoise fait cependant craindre le pire, l’armée de libération populaire semblant en effet prête à en découdre, convaincu de sa suprématie militaire. La guerre du Bouthan aura-t-elle lieu ?

L.V.

Un perroquet qui joue les corbeaux…

28 juillet 2017

C’est une drôle d’histoire qui nous vient des Etats-Unis. Une histoire que Fernand Reynaud aurait adoré raconter, pour ceux qui ont encore en tête son sketch sur le fameux perroquet qui dialogue avec le plombier tentant désespérément de se faire ouvrir la porte et hurle « C’est le plombier ! » tandis que le volatile obstiné demande inlassablement « Qui c’est ? ».

L’histoire donc se passe dans le Michigan à Sand Lake, en mai 2015. Si l’on en croit le Detroit news, Connie Ream n’a pas vu ses voisins, Marty et Glenna Duram depuis 2 jours et finit par s’inquiéter car les deux commères ont l’habitude de bavarder chaque jour. Elle finit par envoyer un texto pour demander à Glenna ce qu’elle a bien pu fabriquer avec son mari, mais pas de réponse. Le deuxième jour, elle ouvre la porte de ses voisins et découvre leurs deux corps inanimés.

Les pompiers, aussitôt prévenus accourent mais ce n’est qu’une heure plus tard qu’un des policiers, arrivé entre temps, se rend compte que Glenna Duram, âgée de 48 ans, est encore en vie. Marty, son époux avec qui elle vit depuis 11 ans, a été abattu de 5 coups de révolver. Glenna est elle-même blessée à la tempe droite, mais elle s’en remettra rapidement. Sur le coup, après avoir cru la femme décédée, les policiers la considèrent désormais comme une victime d’un cambriolage qui aurait mal tourné.

Glenna Duram lors de son procès (photo © Rex Larsen / Detroit news)

Sauf que, au fil de l’enquête, on se rend compte que le couple avait de gros problèmes d’argent, tandis que les enfants de Marty découvrent trois lettres d’adieu écrites par Glenna. La police commence à penser que c’est elle qui a tué son mari, poussée à bout par ses difficultés financières et redoutant une saisie imminente de leur maison, avant de tenter de se suicider. Mais Glenna dément et affirme ne pas se souvenir avoir écrit ces lettres. L’enquête piétine jusqu’en mai 2016, lorsque entre en scène le fameux perroquet…

Bud, le perroquet des Duram, témoin capital d’une affaire pénal

Bud, un perroquet gris du Gabon qui appartenait aux Duram, a été recueilli par une des cousines de Marty, peu près le drame. Depuis, il n’arrête pas de rejouer la scène d’une dispute conjugale fort convaincante. Imitant à la perfection la voix de son maître brutalement décédé, il hurle à qui veut l’entendre : « Ne tire pas, putain, ne tire pas ! ». Intriguée, la cousine a filmé le perroquet un mois après en avoir hérité. Devant l’incapacité des enquêteurs à boucler l’affaire et après avoir gardé le secret pendant plusieurs mois, elle se décide finalement à communiquer la vidéo à une télévision locale.

L’affaire fait immédiatement le buzz et trois semaines plus tard, Glenna Duram est finalement arrêtée et inculpée du meurtre de son mari. Son procès vient de se tenir et le verdict est mis en délibéré jusqu’au 28 août. Elle risque désormais la réclusion criminelle à perpétuité après avoir été reconnue coupable d’avoir assassiné Marty, même si elle continue à nier les faits.

Le perroquet n’a pas été amené à témoigner à la barre comme certains l’auraient souhaité. Le procureur y a songé, semble-t-il, mais y a finalement renoncé, ne sachant trop comment lui faire prêter serment : « Levez l’aile droite et dites je le jure »…

Mais le perroquet a néanmoins été considéré durant le procès comme un témoin oculaire de premier plan, après avoir subi lui-même un examen approfondi conduit par une psychologue experte en perroquets (ça existe !), laquelle a pu attester que le volatile bavard imitait bien une dispute entre deux personnes, reproduisant selon toute vraisemblance une scène effectivement vécue et qui s’est mal terminée pour son défunt maître.

Espérons quand même pour celle qui risque de finir ses jours en prison que tout cela n’est pas le fruit d’une imagination trop fertile d’un perroquet cabotin et avide de reconnaissance médiatique…

L.V. 

Le Tour de France passe à Marseille et laisse une belle ardoise

25 juillet 2017

Difficile de rater une telle information : la 20ème et avant-dernière étape du Tour de France 2017 s’est déroulée samedi 22 juillet dans les rues de Marseille, pour un contre-la-montre individuel de 22,5 km. Les 169 coureurs se sont élancés du stade Vélodrome et ont parcouru les points emblématiques de la ville en passant par la corniche Kennedy, le Vieux-Port, le palais du Pharo, le Mucem, et la montée de 1,2 km vers la basilique de Notre Dame-de-la-Garde, pour un retour dans l’enceinte du stade Vélodrome où les 67 394 places du stade avaient été distribuées gratuitement pour être sûr que les tribunes soient bien remplies.

Le Français Romain Bardet sauve in extremis sa 3ème place lors de cette étape marseillaise (photo © Jeff Pachoud / AFP)

Une belle journée de fête donc pour les amateurs de courses cyclistes puisqu’on estime que 300 000 spectateurs étaient massés dans les rues de la ville pour regarder passer les coureurs. Les tribunes du stade en revanche étaient curieusement quasiment désertes : seules 50 000 personnes avaient réclamé un billet et finalement moins de la moitié d’entre elles avaient pris la peine de se déplacer jusqu’au stade… Un beau spectacle néanmoins, visionné par le monde entier, avec sans doute de nombreuses retombées en termes de notoriété pour la cité phocéenne.

C’est ce qui explique sans doute que la ville de Marseille, pourtant lourdement endettée et qui peine déjà à faire face à ses dépenses publiques obligatoires, parmi lesquelles l’entretien des nombreuses écoles de la ville, pour certaines totalement délabrées, n’a pas hésité à dépenser beaucoup d’argent pour accueillir cette étape du tour de France.

Combien exactement ? Difficile à dire tant la mairie de Marseille rechigne à communiquer sur le sujet. Interrogé à ce sujet en mai dernier par le magazine 20 minutes, le pétulant Richard Miron, adjoint LR au maire de Marseille en charge des sports, fait la fine bouche : « On n’a pas encore tout chiffré… Et puis bon, ça coûte ci, ça coûte ça, moi ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est combien ça rapporte, les images de Marseille dans le monde entier, les hôtels pleins ». Un vrai passionné de cyclisme, qui a reconnu le parcours avec Alberto Contador et en est encore tout ébloui.

Richard Miron (adjoint aux sports de Marseille), sa nouvelle épouse et future directrice des sports, Valérie Laugaudin, lors de leur mariage célébré le 30 juillet 2016 par le maire, Jean-Claude Gaudin (photo © Robert Poulain, parue dans Destimed)

Pas un calculateur donc, même si certains lui reprochent d’avoir nommé directrice des sports à la ville de Marseille son ex directrice de cabinet devenue depuis peu sa propre épouse ! Une situation pour le moins cocasse et qui a beaucoup fait jaser, surtout au moment où Marseille s’autoproclame capitale européenne du sport. A en croire certains agents, « un élu qui met sa femme à la tête du service qu’il dirige, c’est le casse du siècle : il fait passer ce qu’il veut et n’a plus aucun contre-pouvoir ». Où l’on se rend compte que François Fillon était finalement petit joueur face à l’audace de certains de nos élus locaux… Le directeur général des services en tout cas n’est pas le moins du monde gêné, lui qui explique benoitement : « On a parfois des élus et des chefs de service qui ne s’entendent pas. Là, l’adjoint au maire et la directrice des services se parleront facilement ». Effectivement, vu sous cet angle…

Puisque l’adjoint aux sports a l’esprit de famille manifestement plus développé que le sens de la comptabilité publique, il ne faut pas compter sur lui pour savoir ce qu’à coûter au contribuable marseillais cette petite étape du Tour de France. Selon France 3 qui a mené l’enquête, le ticket d’entrée payé par la ville à la société Amaury Sport Organisation s’élève à 240 000 €, le prix à payer pour l’organisation d’un contre-la-montre dans les rues de la ville. C’est plus cher que de simplement accueillir une arrivée d’étape, mais quand on aime, on ne compte pas…

La montée du Vallon de l’Oriol, remise à neuf à grands frais juste avant le passage du Tour (photo © La Provence)

D’autant que la facture est en réalité très supérieure. Selon Marsactu, la ville de Marseille pour une fois n’a pas lésiné sur les investissements et a refait à neuf une partie du revêtement des chaussées empruntées par les coureurs du Tour. Toute la montée du chemin du Vallon de l’Oriol, dans le 7ème arrondissement a été ainsi entièrement regroudronnée en un temps record début juillet par les bons soins de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Des travaux bien entendu prévus de longue date mais déclenchés fort opportunément à quelques jours seulement du fameux contre-la-montre. Une facture totale qui s’élèverait selon La Provence à la coquette somme de d’1 million d’euros, de quoi rassurer la population marseillaise quant à la bonne santé de ses finances publiques et à ses fortes capacités d’investissement en cas de besoin.

Et ce n’est pas tout car il a fallu bien évidemment adapter le stade Vélodrome lui-même pour lui permettre d’accueillir dignement les cyclistes qui n’ont pas l’habitude de rouler sur le gazon. Pour cela, rien de plus simple : il suffit de construire deux routes en arc de cercle, de 170 m de longueur pour 6 à 8 m de largeur, juste le temps de la course. Auparavant, il aura fallu installer 9 000 m² de plaques d’aluminium pour recouvrir et protéger la surface du terrain, une véritable prouesse technique qui a mobilisé 300 personnes pour une réalisation en un temps record après le passage de Céline Dion, en concert à Marseille en début de semaine.

Le stade Vélodrome aménagé à grands frais pour recevoir le Tour 2017 (photo © La Provence)

Pour quel montant ? Là encore, l’inénarrable Richard Miron ne se laisse pas impressionner : «Ça coûte que dalle, le bitume !». Certes, mais encore ? A peine le prix d’un rond-point selon Martin d’Argenlieu, directeur d’AREMA, la filiale de Bouygues qui a construit et exploite le stade, soit de l’ordre de 80 000 € à la charge de la ville de Marseille encore. Et c’est sans compter les frais de démontage puisque bien entendu il faudra enlever tout ce beau goudron tout neuf, sitôt passé la tornade du Tour de France, pour permettre au stade d’accueillir le match OM-Ostende en 3ème tour préliminaire de l’Europa League, prévu ce jeudi…

A cela s’ajoute naturellement le coût de mobilisation du stade que la ville doit verser au même AREMA, véritable propriétaire des lieux, pour assurer les frais de sécurité et de nettoyage comme pour chaque événement organisé au stade Vélodrome, soit la bagatelle de 200 000 € supplémentaires. Sans compter bien entendu les nombreux employés municipaux mobilisés souvent en heures supplémentaires pour assurer le bon fonctionnement de cette grosse machinerie. La circulation est forcément interdite sur tout le parcours pendant 24 heures, ce qui a nécessité d’installer plus de 20 000 barrières et 600 blocs de béton. Rien que pour la police municipale, ce sont ainsi 300 agents qui ont été mobilisés en plus des effectifs habituels pour assurer la sécurité et fluidifier la circulation aux abords du parcours. De son côté, la préfecture de police a mis sur le pied de guerre 2000 policiers et gendarmes pour palper les spectateurs et assurer la dissuasion nécessaire, en renfort du dispositif sentinelle déjà en vigueur.

On laissera chacun faire l’addition, mais bien entendu toutes ces menues dépenses publiques ne sont rien en regard de la liesse qui a envahi les rues de la cité phocéenne dans ce grand moment de communion avec l’élite du cyclisme mondial. Comme l’analyse si bien le visionnaire Richard Miron, les retombées économiques sont telles que cela justifie largement de dépenser un peu d’argent public : « deux milliards de téléspectateurs, 90 chaines de télévision pendant six heures, 4000 réservations d’hôtel déjà. Ce sera beau et les Marseillais seront l’apprécier ». Effectivement, ce fut un moment grandiose et le contribuable marseillais devrait s’en souvenir longtemps…

L.V. 

La région PACA orpheline de ses élus…

11 mai 2017

Les responsables politique n’arrêtent pas de déplorer l’inconstance des électeurs qui changent d’avis à chaque échéance et s’acharnent à dégager ceux-là même qu’ils viennent tout juste d’élire pour les représenter. Effet pervers d’une société de consommation qui transforme les citoyens en acheteurs impulsifs et sensibles aux effets de mode, vite lassés par la triste réalité et sans cesse à la recherche du changement ? Ou simple habitude de téléspectateur toujours prompt à zapper pour changer de discours ?

Christian Estrosi et Marion Maréchal Le Pen en décembre 2015 (photo © A. Lorente / Capa Pictures / Europe 1)

Toujours est-il que les électeurs de la région PACA sont actuellement plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, la jeune Marion Maréchal Le Pen, devenue du coup la chef de son opposition régionale, voila que ces deux ténors de la vie politique locale annoncent quasi simultanément leur retrait des fonctions que leur a confiées le peuple, laissant entendre que le job ne les intéresse déjà plus et qu’ils ont envie de passer à autre chose !

Marion Maréchal Le Pen avec sa tante lors de son élection à la région PACA en 2015 (photo © D. Jacovides / Bestimage)

Pour ce qui est de la chef de file de l’opposition régionale frontiste, c’est par un courrier adressé le 9 mai au journal Vaucluse-Matin qu’elle a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux législatives et d’abandonner son fauteuil à la Région PACA ainsi que son poste au bureau national du FN. Un véritable séisme au lendemain de la lourde défaite de sa tante Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui traduit sans doute un certain malaise au sein de ce parti politique où des divergences de vue commencent à apparaître.

Il est vrai que la présidente du FN n’avait pas caché son agacement face à la popularité croissante de sa nièce et face à son positionnement politique ultraconservateur, allant même jusqu’à affirmer, en pleine campagne électorale, qu’elle n’envisageait certainement pas de lui confier un ministère en cas de victoire électorale : difficile d’imaginer pire signe de défiance !

Marion Maréchal Le Pen met néanmoins plutôt en avant des raisons beaucoup plus personnelles pour expliquer ce brusque (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à 22 ans la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française. Cinq ans plus tard, alors qu’elle vient de divorcer, elle affirme aspirer à passer plus de temps auprès de sa fille de 3 ans et vouloir s’orienter vers une carrière professionnelle plus classique. On serait bien en peine de lui reprocher de telles motivations, même si celles-ci sont manifestement renforcées par une certaine déception devant la médiocrité des jeux politiciens auxquels elle s’est trouvée confrontée.

Marion Maréchal Le Pen, une mère célibataire épuisée qui démissionne (photo © J. Demarthon / AFP)

Pourtant, sa décision n’a pas manqué de faire réagir fortement son grand-père et ex-président du Front national qui a aussitôt condamné son geste par une diatribe sans appel : « Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles. J’espère qu’elle les a mesurées. En pleine bataille politique, je trouve cette décision désolante ». On comprend en effet qu’avec de tels mentors, on ait parfois envie de jeter l’éponge…

Quant au président de la Région PACA, le niçois Christian Estrosi, que son mentor Nicolas Sarkozy avait récemment qualifié de « branleur« , sa décision de quitter la présidence de l’exécutif régional moins de 18 mois après y avoir été élu, paraît pour le moins incompréhensible. Voilà en effet qu’après avoir démissionné il y a moins d’un an de son poste de maire de Nice, qu’il avait troqué contre celui de 1er adjoint avec son affidé Philippe Pradal, il annonce, le soir même du second tour des élections présidentielles, que ce même Philippe Pradal vient lui-même de démissionner et que, heureux hasard, ses amis du conseil municipal lui ont fait savoir qu’ils étaient tout disposés à réélire Christian Estrosi maire de Nice.

Christian Estrosi annonçant publiquement sa démission devant sa permanence à Nice le 8 mai 2017 (photo © P.O. Casabianca / France 3)

Là aussi, on apprend par la même occasion que l’heureux élu, remarié depuis peu à une chroniqueuse de 20 ans sa cadette, va être prochainement papa et qu’il commence à se lasser de ses allers retours fréquents entre sa bonne ville de Nice et celle de Marseille qu’il n’apprécie guère.

Bien entendu, cette démission fracassante n’est officiellement pas justifiée uniquement par simple convenance personnelle. Christian Estrosi, en habile politicien qu’il est, met d’abord en avant la victoire d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu au deuxième tour et dont il se serait bien vu devenir ministre : dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête en région PACA comme cela avait été le cas au 1er tour, il considère avoir rempli sa mission et pouvoir désormais passer à autre chose. Chacun reconnaîtra en effet que c’est grâce à lui et à lui seul que les 2 350 000 électeurs de la région PACA se sont exprimés à plus de 55 % en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 : bravo l’artiste !

Dans ces conditions, il ne voit plus bien à quoi il lui servirait de rester encore à la tête de la Région PACA jusqu’à la fin de son mandat puisque, comme il l’affirme lui-même « Plus de 80 % des 250 engagements que nous avions pris ont été tenus ou sont en cours de réalisation ». A se demander même s’il y aura besoin de lui trouver un successeur : maintenant que tout a déjà été fait, autant attendre les prochaines élections régionales en 2021…

Renaud Muselier devrait succéder à Christian Estrosi à la présidence de la Région PACA (photo © B. Horvat / AFP archives)

On se demande bien d’ailleurs à quoi va pouvoir s’occuper d’ici là le pauvre Renaud Muselier qui devrait lui succéder à ce poste ? C’est le problème avec les coureurs motocyclistes : toujours trop pressés d’arriver !

En moins de 18 mois, le bilan est impressionnant, surtout dressé par Christian Estrosi en personne et complaisamment relayé par La Provence. Le grand homme a ainsi réussi, comme chacun a pu le constater « une politique culturelle audacieuse et une liberté artistique préservée », « la lutte contre les déserts médicaux pour préserver nos territoires ruraux », « une nouvelle politique de l’emploi tournée vers le monde de l’entreprise » et même « la captation des fonds européens ». On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne a choisi de quitter l’Europe : c’est parce que Christian Estrosi a siphoné en quelques mois tous les crédits européens au profit de la région PACA !

Christian Estrosi testant un portique expérimental installé en gare des Arcs (photo © MAXPPP)

Et ce n’est pas tout : notre surhomme a aussi  réussi la « mise sous pression de la SNCF qui nous a permis de faire des économies substantielles ». Il ne fait évidemment pas allusion aux portiques de sécurité qui vont être installés dans 47 gares de la région pour la modique somme de 5,1 millions d’euros par an en coût de fonctionnement (sans même compter le montant des investissements nécessaires), mais simplement à ses relations orageuses avec la SNCF dont il fait trembler les dirigeants, sans que les usagers des TER aient bien entendu constaté la moindre amélioration quant à la régularité du trafic. L’important est d’instaurer le rapport de force…

Et n’oublions pas le point d’orgue du bilan de notre motodidacte : « le retour de la formule 1 dans notre pays et dans notre région ». Voila en effet une victoire qui mérite d’être saluée comme il se doit tant elle a changé la vie quotidienne des habitants de la région. Comment pourra t-on survivre au triste départ d’un tel héros régional ?

L.V. 

La France dit non au Front National

8 mai 2017

Comme il y a 15 ans, en 2002, les Français ont clairement rejeté l’aventure que leur proposait le Front National qualifié pour le deuxième tour de ces élections présidentielles. Moins massivement cependant qu’en 2002, il faut bien le reconnaître ! A l’époque, plus de 25 millions d’électeurs français s’étaient exprimés en faveur du président sortant, Jacques Chirac, malgré les nombreuses affaires judiciaires pendantes qui lui collaient aux basques et qui lui valurent, quelques années plus tard, une condamnation infamante à 2 ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics et abus de confiance. Son adversaire de l’époque, Jean-Marie Le Pen, n’avait alors recueilli qu’un peu plus de 5 millions de voix, soit moins de 18 % des suffrages exprimés : un rejet net et sans bavure, traduisant une véritable mobilisation du front républicain !

Dessin de presse de Large

Hier, le rejet du Front National a été sans ambiguïté non plus puisque les chiffres, encore provisoires, montrent qu’Emmanuel Macron a gagné ces élections avec un peu plus de 66 % des suffrages exprimés, ce qui le rapproche du rêve giscardien de représenter « deux Français sur trois »…

Certes, ce rejet massif des idées du Front National est loin de concerner toute la France. La commune de Carnoux-en-Provence s’est distinguée une nouvelle fois hier en plaçant en tête Marine Le Pen avec 51,8 % des suffrages exprimés. Un score qui montre d’ailleurs que le Front National est en nette progression puisque la présidente du Front National a recueilli hier dans notre ville pas moins de 1891 voix, soit 340 de plus que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, finaliste des élections régionales en décembre 2015, il y a moins de 18 mois.

Carte de France du résultat des élections présidentielles (infographie publiée par Le Monde)

La carte de France des résultats du 2ème tour de ces élections présidentielles ne manque d’ailleurs pas d’intérêt. Deux départements seulement ont placé Marine Le Pen en tête (l’Aisne et le Pas de Calais), mais on y voit nettement le très fort ancrage du Front National dans le tiers nord et nord-est de la France ainsi que dans le sud-est. Au premier tour, Marine Le Pen était arrivée en tête dans les Bouches-du-Rhône comme sur l’ensemble de la Région PACA, ce qui n’a pas été le cas au second tour. On observe néanmoins localement des scores très élevés du Front National qui a frôlé la première place dans le département du Var où il est arrivé largement en tête au deuxième tour dans des villes comme Fréjus, Brignoles ou Draguignan, ce qui confirme un ancrage territorial très fort dans ce secteur.

Marine Le Pen aura donc échoué comme son père à concrétiser cette victoire du 1er tour qui lui avait permis d’éliminer de la course ses deux challengers de droite (François Fillon) comme de gauche (Jean-Luc Mélenchon). Son score pourtant a presque doublé par rapport à celui de Jean-Marie Le Pen en 2002 puisque plus de 10 millions de Français ont glissé dimanche un bulletin à son nom dans la petite enveloppe marron. Rapporté au nombre d’inscrits sur les listes électorales (un peu plus de 47,5 millions de Français en 2017), cet engouement reste très minoritaire et on voit mal comment ce parti, qui suscite une telle force de rejet auprès de la majorité de la population, pourrait arriver à gouverner un jour le pays, sauf à imaginer que le taux d’abstention, qui atteint déjà des records, ne progresse encore…

Mais le constat vaut aussi pour le gagnant de ces élections qui n’a finalement recueilli sur son nom qu’un peu plus de 20 millions de voix, soit moins d’un Français sur deux inscrit sur les listes électorales : 43,6 % exactement. C’est un peu mieux que François Hollande en 2012 qui avait rassemblé sur son nom 39,1 % des suffrages rapportées au nombre d’inscrits, mais très comparable au score obtenu par Nicolas Sarkozy en 2007 (42,7%). Sauf que François Hollande comme Nicolas Sakozy avant lui savaient pouvoir compter sur une majorité solide grâce à l’ancrage du parti qui les soutenaient.

Emmanuel Macron prononçant son discours de rassemblement au soir de son élection, le 7 mai 2017 (photo © L. Bonaventure / POOL / AFP)

Pour le nouveau Président de la République élu hier, les choses risquent d’être plus compliquées et les élections législatives des 9 et 16 juin prochains ne s’annoncent pas de tout repos. On a bien vu, dès hier soir, à quel point les ténors de la vie politique, droite et gauche confondues, bien que tous balayés à l’issue du premier tour de ces élections, avaient repris du poil de la bête et se présentaient déjà en opposants convaincus et fermement décidés à rendre la vie impossible au futur pouvoir exécutif, malgré le discours d’ouverture et d’apaisement de ce dernier. Chaque camp cherchant à faire élire au parlement le maximum de ses affidés afin de bloquer autant que possible toute décision qui lui paraîtrait contraire à ses intérêts ou à sa vision des choses, nul besoin d’être devin pour imaginer qu’Emmanuel Macron aura besoin de beaucoup de diplomatie pour arriver à tenir un cap cohérent dans un tel contexte.

François Baroin (ici avec Thierry Solère, François Jacob et Jean-François Copé) espère bien prendre sa revanche aux législatives et devenir premier ministre de cohabitation (photo © archives AFP)

Rien n’exclut pour l’instant que la droite LR sorte largement en tête des prochaines élections législatives, et on peut compter sur la hargne d’un François Baroin et de ses lieutenants pour s’y employer de toutes leurs forces, en s’appuyant pour cela sur l’excellent ancrage territorial de la plupart des barons locaux. Rappelons en effet, pour ceux qui l’auraient déjà oublié, que ce scénario était de très loin le plus vraisemblable il y a quelques mois encore, alors que François Fillon caracolait en tête des sondages, avant que le Canard enchaîné ne dévoile à la France estomaquée que le petit père La Vertu n’était pas aussi irréprochable qu’on le pensait. Mais maintenant que ce boulet électoral a été arraché des pieds de la droite, nul doute que celle-ci va promptement relever la tête et récupérer son électorat traditionnel…

Dessin de presse de Martin Vidberg

Pour ce qui est de la gauche qui vomit le nouveau président, beaucoup trop libéral à son goût, celle qui s’est partagée au premier tour entre Jean-Luc Mélenchon (majoritairement), Benoit Hamon (modestement), Philippe Poutou et Nathalie Arthaud (plus marginalement), tout l’enjeu est de savoir comment elle compte se positionner à l’occasion des prochaines élections. Unie derrière des candidats communs dans une dynamique de recomposition à la manière allemande du parti Die Linke, elle pourrait assurément peser de manière substantielle sur ces élections et envoyer à l’Assemblée nationale des bataillons de députés sur lesquels le nouveau président devra nécessairement compter, quitte à infléchir sa politique. Au vu des personnalités de ceux qui la dirigent et de l’histoire des mouvements qui la composent, une telle hypothèse est néanmoins bien peu probable à ce stade…

Tout laisse donc penser que le quinquennat qui commence ne sera pas un long fleuve tranquille. Sauf à ce qu’Emmanuel Macron arrive à gagner son pari d’envoyer au parlement une majorité En marche représentative de son positionnement et fortement renouvelée grâce à un fort recours à la société civile, en dehors de ce cas de figure, on peut d’ores et déjà craindre que le nouveau président ne soit obligé de composer avec une majorité de droite frustrée et revancharde qui ne lui fera pas de cadeau. Bon courage Monsieur le Président !

L.V.  

Dimanche 42 avril 2017, jour d’élection…

27 avril 2017

Ce premier tour de l’élection présidentielle 2017 subsistera probablement dans les annales de la vie politique française, au même titre que le 21 avril 2002, resté gravé dans toutes les mémoires comme le symbole de la montée du Front National dont le leader d’alors, Jean-Marie Le Pen, avait réussi à se qualifier pour le second tour, éliminant sèchement le premier ministre socialiste sortant, Lionel Jospin, pourtant crédité d’un excellent bilan économique.

Souvenirs, souvenirs : les résultats du 1er tour de la présidentielle 2002

                    Un dessin de Na !

Quinze ans plus tard, le scénario se répète mais cette fois le cataclysme est encore plus fort puisque la fille et héritière de Jean-Marie Le Pen a réussi à éliminer dès le premier tour de l’élection présidentielle, non seulement le candidat du Parti socialiste, le pauvre Benoît Hamon qui termine l’aventure électorale avec à peine plus de 6 % des suffrages exprimés, mais aussi l’ancien premier ministre LR de Nicolas Sarkozy, François Fillon, qui était pourtant donné archi-gagnant de cette élection il y a quelques mois seulement : un 21 avril double donc, comme n’ont pas manqué de le faire observer de nombreux chroniqueurs…

En 2002, des millions de Français (de gauche), traumatisés par cette percée spectaculaire de l’extrême-droite, avaient aussitôt battu le pavé pour exprimer leur aversion des idées lepénistes et assurer de leur soutien le candidat de la droite, le bienheureux Jacques Chirac, élu dans un fauteuil au deuxième tour avec un score stalinien de 82,2 %. A Carnoux même, une poignée de militants avaient tenu à exprimer leur mobilisation contre les idées frontistes, sous l’œil goguenard des élus municipaux qui fêtaient dans le même temps la déroute de la gauche.

Manifestation contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, place de la Bastille le 1er mai 2002 (photo P. Wojazer / Reuters)

En 2017, le climat a beaucoup évolué et tout le monde s’attendait à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle, d’autant que les instituts de sondage avaient fait un travail remarquable en prédisant de manière extrêmement fiable les résultats de ce premier tour. La seule incertitude résidait dans sa position face au candidat Emmanuel Macron qui est finalement arrivé en tête avec près d’un million de voix supplémentaires.

Evolution des sondages avant le 1er tour de la présidentielle (données publiées par France soir © T. Saint-Cricq, K. Tian, J. Bonnard, C. Malplat / AFP)

Comme en 2002, l’écart  avec le troisième homme est modeste, sauf que Marine Le Pen a quand même engrangé près de 7,7 millions de suffrages exprimés là où son père en 2002 n’en avait recueilli que 4,8… C’est dire à quel point les idées du Front National se sont ancrées et diffusées dans tout le pays. Et quasiment personne n’a jugé utile de descendre dans la rue pour protester contre l’expression de ce vote inspiré en partie par le repli sur soi et la peur de l’étranger.

Les premiers sondages annoncent Emmanuel Macron vainqueur au second tour mais avec un score qui sera selon toute vraisemblance très inférieur à celui de Jacques Chirac en 2002 et d’ailleurs rien n’est encore joué d’avance !

Un duel Macron / Le Pen pour le 2ème tour (Montage photo L’Express – photos C. Platiau et P. Laurenson / Reuters)

Car le paysage politique français paraît s’être complètement brouillé, laissant apparaître de nouvelles lignes de fracture largement inédites. La candidate du Front National a fait ses meilleurs scores dans les zones rurales et périurbaines, avec une position hégémonique dans certaines régions comme les Hauts-de-France, le Grand Est ou encore la région PACA. A Carnoux, elle est ainsi arrivée largement en tête du premier tour avec 32,3 % des voix quand le candidat d’En marche arrive troisième à moins de 18 %.

En revanche, ses scores ont été très faibles dans les grandes métropoles comme Lyon (8,8 %), Strasbourg (12 %), Rennes (6,7 %) ou encore Paris (moins de 5 % !). Ceci confirme à quel point est en train de se creuser en France le fossé entre les métropoles dynamiques et le monde de la ruralité, des banlieues et des petites villes de province qui se sent délaissé, exclu, déclassé. Dans ce paysage, Marseille fait un peu figure d’exception pour avoir placé en tête Jean-Luc Mélenchon, juste avant la dirigeante frontiste, confirmant en tout cas l’aversion viscérale de cette ville pour une vision économique libérale.

Le 2ème tour vu par le dessinateur suisse Chapatte (dessin paru dans le Courrier international)

Par beaucoup d’aspects, cette élection a montré en effet la forte émergence de ces deux pôles : d’un côté une gauche assez radicale qui a rarement été aussi plébiscitée dans les suffrages puisque ses deux représentants, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, s’ils avaient été unis, auraient largement viré en tête à l’issue du premier tour, et de l’autre une extrême-droite qui atteint des sommets, avec en commun un même rejet du libéralisme, de l’orthodoxie budgétaire, de la financiarisation, de l’ouverture des frontières et plus largement des élites qui dirigent le monde.

Cette nouvelle recomposition du paysage politique français a fait le jeu du candidat de centre droit qu’est Emmanuel Macron (si tant est qu’on puisse le classer selon ce type de critère sans doute un peu périmé), bien aidé en cela par la décrédibilisation de son challenger, l’ex Premier Ministre François Fillon, le donneur de leçon à la moralité douteuse.

Mais dans un tel contexte, le second tour pourrait réserver bien des surprises. Si certains, à gauche comme à droite, ont d’ores et déjà apporté sans barguigner leur soutien à Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National, ce n’est pas (encore ?) le cas du candidat malheureux Nicolas Dupont-Aignan, lequel n’a même pas réussi à atteindre le seuil fatidique de 5 % qui lui aurait permis d’être remboursé de ses frais de campagne.

Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête du 1er tour à Marseille (photo © maxppp)

Plus troublant, c’est aussi le cas du leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui, après avoir fait une campagne remarquée se soldant par un score inespéré, est apparu lui-même hésitant, au soir du premier tour à donner une consigne de vote. Pour quelqu’un qui a combattu toute sa vie contre les idées de l’extrême-droite, une telle position est pour le moins déroutante, surtout après les nombreuses convergences qui sont apparus tout au long de la campagne sur les visions économique de ces deux partis situés aux deux extrêmes de l’échiquier politique…

Après un tel séisme, la recomposition du paysage politique français est en marche, mais nul doute qu’elle sera douloureuse et semée d’embûches. Bien malin qui pourrait en prédire l’issue !

L.V. 

Eden, la Méhari écologique du XXIe siècle

18 avril 2017

Tous les fans de Deux-Chevaux, Dyane et Méhari connaissent le 2CV Méhari Club de Cassis (MCC), dont l’aventure a commencé dans les années 1980. Les frères Marquès ont d’abord personnalisé des Méhari en belles voitures de plage avant de lancer un catalogue complet de pièces détachées de toute la gamme des 2CV, Dyane et Méhari.

Devant le succès, Citröen SA leur a confié en 1998 les outillages d’origine du quai de Javel, afin de reproduire les pièces de la Méhari. Le même passage de relais a eu lieu en 2000 pour la 2CV.

Méhari 4 x 4 de 1979 (photo © Citroën)

Aujourd’hui, la famille Marquès a cédé son fond industriel et commercial à une nouvelle organisation financière, épaulée par la Banque Publique d’Investissement. Elle est pilotée par MM Julien V. et Stéphane W. (deux bons camarades de Terminale…), dûment diplômés et expérimentés en industrie auto. Avec courage, ils lancent l’Eden.

L’Eden, c’est à la base l’historique Méhari, lancée en 1968, il y a près de 50 ans, avec sa carrosserie en plastique moulé, fixée sur un châssis et munie d’une suspension et d’une motorisation issus de la mythique 2CV (qui, elle, date de 70 ans !). Mais contrairement à ses aînées, l’Eden est équipée d’une nouvelle motorisation entièrement électrique, alimentée par une batterie ion-lithium de dernière génération.

L’Eden, écologique et tout électrique, entièrement montée à Cassis et partiellement fabriquée à Carnoux…

Il s’agit bien d’une nouvelle voiture, dûment homologuée depuis mars 2016 pour la France et l’Europe, classée véhicule utilitaire à 4 places. Offrant une autonomie de 120 km, la batterie se recharge en moins de 4 h sur une simple prise électrique domestique. La voiture est entièrement montée à Cassis, dans les locaux agrandis du MCC (qui occupent 8 000 m2 sur un terrain de 10 hectares) et, cerise sur le gâteau, plusieurs des pièces, dont le châssis et une sellerie très variée sont fabriqués à Carnoux même.

La E-Méhari de Citroën

La Méhari cassidaine se distingue en tout cas très nettement de sa petite sœur relookée E-Mehari que Citroën vient tout juste de dévoiler, un véhicule électrique également, directement inspiré de la Bluesummer de Bolloré et qui, elle, sera fabriquée à Rennes, avec un objectif de 1000 exemplaires, pour un prix de vente qui devrait revenir à 25 000 €, hors coût de location des batteries (79 € par mois). Même une fois déduit le bonus écologique qui s’élève à 6 000 € pour l’achat d’un véhicule électrique, l’investissement reste élevé pour un véhicule au confort minimaliste !

L’Eden devrait d’ailleurs être proposée à la vente pour un prix assez comparable, mais avec une carrosserie identique à celle d’origine, ce qui devrait plaire aux nostalgiques des années 1960… C’est d’ailleurs là-dessus que compte manifestement le 2CV-Mehari Club de Cassis puisque la présentation officielle de l’Eden s’est faite à l’occasion de la 40e édition du salon Rétromobile, qui s’est tenu Porte de Versailles début février 2016 et que le lancement commercial a eu lieu lors de l’édition suivante du salon, en février 2017.

Présentation du concept-car Eden au salon Rétromobile en février 2016 (photo © G. Pelletier)

Nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette belle création industrielle, qui allie avec bonheur la tradition mythique et l’esprit de la 2CV avec la dernière modernité écologique : 10 kW seulement et un entretien quasiment inexistant ! Et de surcroît, une conduite 100 % plaisir, cheveux au vent et selon l’esprit de liberté des belles années.

Bravo, longue vie et prospérité à l’Eden !

Léonide G.

Katulu ? : rencontre d’auteur à Carnoux

26 mars 2017

Marie-France Clerc dédicaçant son ouvrage en août 2016 (photo R. Beneat publiée dans Le Télégramme de Brest)

Le groupe de lecture Katulu ? Organise la semaine prochaine une rencontre ouverte à tous avec Marie-France Clerc, qui présentera son livre intitulé « Cinq zinnias pour mon inconnu ». Cette séance publique se tiendra jeudi 30 mars à 18 h dans la salle Fayer, située à Carnoux, derrière l’hostellerie de la Crémaillère, rue Tony Garnier.

C’est l’occasion de venir découvrir et dialoguer en direct avec l’auteur de ce livre publié en 2016, une fiction « où tout est vrai » , qui nous plonge dans l’histoire de l’Ukraine. Les grands-parents de Nathalie ont fui la Révolution de 1917. Installés en France, ils parlaient peu de leur Ukraine natale. Aujourd’hui Nathalie, devenue grand-mère à son tour, réclame en Ukraine les actes de naissance de ses grands-parents. Mais c’est un tout autre document que lui adressent les archives de Vinnytsia…

Venez découvrir la suite en rencontrant l’auteur de ce roman étrange et envoûtant, jeudi prochain, à l’occasion de cette invitation du groupe de lecture Katulu ?

M.-A. Ricard

Vinci victime d’un petit coup de mou : les zadistes en cause ?

9 mars 2017

L’affaire est déjà ancienne puisqu’elle s’est produite le mardi 22 novembre 2016. Elle avait alors fait la une de tous les médias et suscité de doctes interrogations de la part des plus brillants analystes boursiers, suscitant même l’intérêt du Canard enchaîné avant que ce dernier ne vienne fourrer son bec dans le cursus professionnel d’une certaine Pénélope Fillon.

Xavier Huillard, le PDG de Vinci

Ce jour-là, à 16h05, alors que Xavier Huillard, le PDG du géant du BTP (et heureux gestionnaire d’une bonne partie du réseau autoroutier français) Vinci, est en train de faire un beau discours devant la fondation de l’Ecole Polytechnique, un communiqué de presse est adressé à une poignée de journalistes et de sites économiques. L’agence de presse spécialisée Bloomberg relaie aussitôt l’information à destination des opérateurs boursiers.

Le message en question se présente comme un communiqué officiel du groupe Vinci et explique que le directeur financier du groupe, Christian Labeyrie, vient d’être limogé après la découverte d’erreurs comptables portant sur un montant total de 3,5 milliards d’euros, entraînant une révision des comptes consolidés de l’exercice 2015 et du premier trimestre 2016.

Le groupe Vinci, une véritable galaxie…

Immédiatement, la bourse s’enflamme et l’action Vinci dévisse, grâce à l’action zélée des automates de marchés qui vendent aussitôt à tour de bras sous l’effet de cette nouvelle alarmante. A 16h27, alors que les cotations venaient tout juste de reprendre après avoir été automatiquement stoppées pour éviter le désastre, un nouveau faux communiqué est diffusé, confirmant que des informations comptables explosives ont été dérobées au groupe. Le cours de Vinci poursuit alors sa dégringolade vertigineuse.

En quelques minutes, le cours de l’action a ainsi perdu 18 % de sa valeur, tombant de 61,81 à 49,93 euros. La valorisation du groupe est passée en moins d’un quart d’heure d’environ 36 milliards d’euros à 29 milliards, soit une perte quasi instantanée de plus de 7 milliards d’euros !

Le groupe Vinci finit par réagir et publie alors, à 16h49, un communiqué officiel sur son site pour démentir les deux précédents. Le cours de l’action remonte et clôture finalement la séance à 17h en baisse de 4 % seulement.

Une demi-heure plus tard, cet acte de sabotage boursier est revendiqué par un groupe de militants qui expliquent avoir agi en représailles contre la forte implication de Vinci dans le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, et pour quelques autres turpitudes du groupe de BTP sur certains de ses chantiers à l’étranger.

Bien entendu, une enquête est aussitôt ouverte par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Elle met d’ailleurs rapidement en évidence que les communiqués étaient des faux grossiers, des « hoax » pour emprunter le jargon anglicisant du monde de la finance. Le premier émanait d’un domaine internet « vinci-group » loué auprès du gestionnaire de noms de domaines Gandi pour la modique somme de 22,50 € par un certain Thomas Moulaert qui avait fourni comme numéro de téléphone celui de la mairie de Roermond, paisible bourgade hollandaise.

Quant au contact indiqué sur le communiqué et qui était sensé correspondre au service de presse de Vinci, il s’agit d’un numéro correspondant à une carte prépayée issue d’un opérateur virtuel indien domicilié à Londres, mais bien sûr personne ne s’est donné la peine de vérifier tout ceci avant de diffuser l’information…

Trois mois plus tard, si l’on en croît un article récent du Monde, l’Autorité des marchés financiers n’est guère plus avancée même si de nombreux articles à travers le monde ont décortiqué en détail ce cas de figure remarquable de « hoaxcrash » qui consiste ni plus ni moins qu’en un simple canular téléphonique à 7 milliards d’euros. Un beau coup de maître mais qui n’est pas si rare que cela, puisque la presse spécialisée cite de multiples autres exemples assez comparables. La bourse n’est décidément qu’une vaste loterie soumis aux humeurs joueuses de certains…

Les transactions boursières qui ont été réalisées sur le titre Vinci pendant les quelques minutes de folie qui ont vu le titre jouer allègrement au yoyo ont bien évidemment été analysées à la loupe mais il semble bien que rien de particulier n’ait été décelé et tout semble donc désigner les zadistes de Notre-Dame des Landes comme les auteurs de ce canular, sans même qu’ils se soient enrichis au passage.

Un geste de militant donc, selon toute vraisemblance, comme celui de ces faucheurs de chaises qui se sont permis de faire main basse sur le mobilier de plusieurs agences bancaires de BNP Paribas, promettant de rendre les chaises à leur propriétaire dès lors que ce dernier rendra les milliards d’euros soustraits via l’évasion fiscale que cette banque pratique à grande échelle.

Opération réquisition dans une agence de BNP-Paribas (photo Attac)

En tout cas, la mésaventure du groupe Vinci aura au moins servi aux autorités boursières françaises à prendre conscience du risque et à prendre les mesures qui s’imposent. La plus spectaculaire d’entre elles consiste ni plus ni moins qu’à rappeler aux journalistes qu’il leur est conseillé de vérifier leurs sources face à de tels communiqués. Une démarche salutaire en effet. Vinci trouvera peut-être qu’il a payé un peu cher pour que son affaire débouche sur une telle recommandation qui est sans doute déjà largement enseignée dans les écoles de journalisme, mais manifestement le groupe Vinci cherche plutôt à faire profil bas après sa mésaventure largement médiatisée.

Qu’on se rassure cependant : à ce jour l’action du groupe est remontée à plus de 70 € et le chiffre d’affaire du groupe devrait s’approcher en 2017 des 40 milliards d’euros, pour un résultat d’exploitation qui a dépassé les 4 milliards sur l’exercice 2016. Le petit incident boursier du 22 novembre n’est donc qu’une péripétie sans importance pour le géant du BTP. Qu’est-ce 7 milliards d’euros de nos jours ? Cela représente tout juste le montant total de l’aide sociale à l’enfance qui est alloué chaque année sur l’ensemble du territoire national, une broutille !

L.V. 

2016 est mort, vive 2017 !

1 janvier 2017

Une nouvelle année vient de se terminer, une de plus ! Elle nous aura apporté, comme toutes les précédentes son lot de malheurs et de désillusions, d’erreurs et de regrets, mais aussi, forcément quelques petits bonheurs et peut-être même de grandes joies en cherchant bien !

Puisque c’est l’occasion de jeter un œil dans le rétroviseur, profitons-en pour nous remémorer certains des événements qui ont jalonné ce cru 2016, au travers du regard de quelques dessins humoristiques parus dans la presse ou relayés sur internet. C’est d’ailleurs l’occasion de rendre un hommage appuyé au talent de ces illustrateurs à qui nous empruntons ces œuvres, et à leur capacité sans cesse renouvelée à tirer profit de l’actualit,é même la plus noire, pour en tirer avec humour et tact, une analyse décalée qui prête à rire mais aussi à faire réfléchir.

La sélection est très personnelle et forcément totalement subjective. Elle n’a aucune autre prétention que de faire sourire à l’issue de cette année écoulée, riche en tragédies de toute sorte et qui n’incite pas forcément à l’optimisme quant à la capacité de l’humanité prise collectivement à surmonter de manière intelligente et constructive les innombrables défis qui nous attendent tous !

C’est en tout cas l’occasion, pour l’équipe qui anime ce blog collectif de souhaiter à tous nos lecteurs, occasionnels ou assidus, une excellente année 2017 en l’espérant aussi riche en rebondissements que celle qui vient de se terminer, avec peut-être un zest supplémentaire de bonnes nouvelles, sait-on jamais ?

L.V.lutinvert1small  

Janvier

Le 27 janvier 2016, la garde des sceaux Christiane Taubira, dernière conscience de gauche du gouvernement de Manuel Valls démissionne en fanfare après des semaines de malaise intense qui se cristallise en particulier autour des débats (finalement avortés) relatifs à la déchéance de nationalité. Elle quitte le ministère de la Justice sur son vélo jaune avec ces mots qui feront date ; « Parfois, résister, c’est partir ». Un dessin de l’illustrateur Ixène.blog375_ph01

Février

Le remaniement ministériel tant attendu a finalement lieu le 11 février 2016 et voit le départ de Laurent Fabius pour le Conseil constitutionnel, remplacé au poste de ministre des affaires étrangères par l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, tandis que trois écologistes font leur entrée au gouvernement. L’ambiance n’est cependant pas à la fête dans ce gouvernement au plus bas dans les sondages à un an de la prochaine échéance électorale présidentielle, comme l’a bien souligné le dessinateur Ysopeblog375_ph02

Mars

Le premier ministre britannique David Cameron négocie avec Bruxelles des conditions financières plus favorables pour son pays en menaçant de quitter l’Union européenne via un référendum s’il n’obtient pas satisfaction. La plupart de ses exigences sont satisfaites, ce qui n’empêchera pas le peuple britannique de voter largement en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Ces négociations se passent avec en toile de fond une grave crise européenne due à l’afflux de migrants, provenant notamment de Syrie et face auxquels les pays européens ne savent plus comment se positionner. Un dessin de Cambon.blog375_ph03

Avril

Dans le contexte des manifestations contre la loi sur la réforme du Code du Travail présentée par la ministre Myriam El Khomry, la Place de la République à Paris est occupée à partir du 31 mars 2016 par la mouvement Nuit debout qui rassemble chaque nuit des milieux de citoyens tandis que le mouvement s’étend progressivement à d’autres villes. De nombreuses personnalités tentent de récupérer le mouvement, dont Alain Finkelkraut qui se fait expulser sans ménagement. Pendant ce temps-là, le gouvernement est à la peine, empêtré dans le projet de loi El Khomry : la gauche et les syndicats sont vent debout contre cette réforme qui répond avant tout aux attentes du patronat. Bien que promulguée le 9 août après avoir été fortement édulcorée, la loi continuera de provoquer des manifestations jusque fin septembre. Un dessin de Plantu publié dans Le Monde.blog375_ph04

Mai

En Autriche, les élections présidentielles voient s’affronter au 2ème tour, le 22 mai 2016, un candidat d’extême droite, Norbert Hofer, et un indépendant, Alexander Van der Bellen, ancien chef du parti des Verts. Les deux grands partis traditionnels sont éliminés de ce second tour, ce qui provoque un véritable séisme politique. L’écart de voix entre les deux finalistes est cependant si faible que le résultat est finalement invalidé le 1er juillet et un troisième tour doit être organisé, prévu initialement début octobre puis reporté au 4 décembre. C’est en définitive le candidat écologiste qui remporte ces élections, mais dans un pays où le FPÖ, parti d’extrême droite, reste très fortement soutenu, ce qui augure mal de l’avenir. Un dessin signé Vissecq.blog375_ph05

Juin

A l’occasion des matchs de l’Euro 2016 qui se déroulaient en France et qui se sont soldés par la victoire de l’équipe portugaise contre la France, des supporters russes et anglais se livrent à un déchaînement de violence qui provoque une trentaine de blessés sur le Vieux Port de Marseille le 11 juin 2016. Le lendemain, des hooligans allemands s’en prennent à des supporters ukrainiens. Quelques jours lus tard, c’est une bagarre qui éclate dans un train entre supporters éméchés anglais et gallois. Qui a dit que le sport facilite le rapprochement ? Un dessin réalisé par Deligne et publié sur son site.blog375_ph06

Juillet

Le 14 juillet, un camion conduit par un déséquilibré se revendiquant de DAECH fonce dans la foule assemblée sur la promenade des Anglais à Nice pour admirer le feu d’artifice. Après cet attentat meurtrier, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, lance une polémique accusant la police nationale de n’avoir pas suffisamment été présente tandis qu’il pousse la responsable de sa police municipale à remettre en cause le rapport officiel du Ministère de l’Intérieur sur ces événements tragiques. Le dessin de Placide fait référence au camion blanc du meurtrier et à cette polémique déplacée alimentée par la responsable locale de la police municipale aux ordres de Christian Estrosi.blog375_ph07

Août

Pendant tout l’été se prolonge un véritable débat national pour ou contre l’interdiction du burkini, ce fameux vêtement de bain porté par quelques femmes musulmanes intégristes. Plusieurs maires prennent des arrêtés municipaux pour interdire le port de ce vêtement sur les plages. Le Conseil d’État finit par invalider le 26 août 2016 l’arrêté pris par la commune de Villeneuve-Loubet qui interdisait les vêtement religieux ostentatoire sur la plage, rappelant que cette tenue de bain n’est pas attentatoire à l’ordre public. Un dessin de KAK publié sur son site.blog375_ph08

Septembre

La liste des candidats autorisés à concourir à la primaire de la droite et du centre est dévoilée le 21 septembre 2016 par la Haute-Autorité en charge de ce processus. Sept candidats sont finalement dans la course dont une seule femme, Nathalie Kosciusko-Morizet, et aucun candidat du centre, comprenne qui pourra. L’ancien premier ministre, pourtant condamné pour détournement de fonds publics, Alain Juppé est largement favori dans les sondages, devant l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy qui concentre les critiques de son camp du fait des nombreuses affaires judiciaires qui le concernent, relatifs en particulier aux modalités de financement de ses campagnes précédentes. Un dessin de Vadot, publié dans la revue Sandawe.com.blog375_ph09

Octobre

La campagne présidentielle aux États-Unis se termine dans un climat de tension exacerbée par l’élection surprise du milliardaire démagogue et conservateur Donald Trump face à la démocrate Hilary Clinton, considérée comme la candidate du système et fortement critiquée pour son opportunisme politique. Un dessin de Rodho paru dans le magazine Diacritik.blog375_ph10

Novembre

François Fillon remporte haut la main les primaires de la droite en prévision des prochaines élections présidentielles, éliminant dès le premier tour Nicolas Sarkozy qui avait pourtant fait le forcing pour être de nouveau candidat à l’élection présidentielle et à l’immunité judiciaire. Pour la seconde fois de sa carrière, l’ancien président de la République renonce à la vie politique, ce qui devrait lui laisser du temps libre pour s’occuper de sa défense dans les multiples affaires judiciaires dans lesquelles il est empêtré. Un dessin de Fix.blog375_ph11

Décembre

Après un suspens savamment entretenu, François Hollande annonce finalement qu’il ne briguera pas un second mandant présidentiel, ouvrant la porte à une candidature de son premier ministre, Manuel Valls, qui annonce aussitôt qu’il participera à la primaire du Parti socialiste. La cote de popularité du Président de la république était tombée si bas que ce retrait s’imposait. Pour autant, il fallait oser filer la métaphore du désamour et de la désillusion : Gros l’a fait, dans ce dessin paru dans Marianne !blog375_ph12