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Aux morts, la Patrie reconnaissante… à qui au juste ?

12 novembre 2019

En ce 11 novembre 2019, un peu plus d’un siècle après la fin de la première Guerre mondiale, le geste d’Emmanuel Macron inaugurant un monument aux soldats français morts en opération depuis 1963 a beaucoup mobilisé les médias, à juste titre car il attire l’attention des Français sur l’engagement de nos forces armées sur différents théâtre d’opérations extérieures.

Emmanuel Macron inaugurant le monument aux soldats morts au combat en opération extérieure, le 11 novembre 2019 (photo © Johanna Geron / Maxppp / France Bleu)

Le monument en question, implanté dans le parc André Citroën à Paris, près du nouveau siège de l’État-Major, est constitué de six militaires (dont une femme) en bronze portant un cercueil invisible, lequel symbolise ces soldats disparus au combat. Le monument est accompagné d’un mur couvert de plaques dorées portant les noms de 549 soldats français tués ainsi depuis 1963.

Les ruines du Drakkar à Beyrouth le 25 octobre 1983 (photo © Philippe Bouchon / AFP / Le Monde)

549 : tel est en effet le nombre des soldats tués par l’ennemi ou décédés à la suite de blessures de guerre, d’accident ou de maladies au cours d’opérations extérieures, ces fameuses OPEX dans le jargon militaire, depuis la fin de la guerre d’Algérie. Car, on a un peu tendance à l’oublier, mais l’Armée française s’est fortement engagée au cours de ces 50 dernières années : au Tchad où 129 de nos soldats ont laissé leur vie, au Liban aussi où le bilan est le plus lourd avec 141 morts dont 58 le 23 octobre 1983, lors de l’attaque du Drakkar à Beyrouth, mais aussi en Afghanistan où 85 soldats français ont péri, ainsi que dans les Balkans où 78 d’entre eux ont laissé la vie, dont l’une des deux femmes dont le nom figure sur le monument, tuée au Kosovo.

La liste des noms égrenés sur ces plaques commémoratives confirme, s’il en était besoin, que les opérations militaires françaises de ces dernières années se sont beaucoup concentrées sur le continent africain où nos troupes sont intervenues notamment en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Congo, en Centrafrique et même au Burkina Faso où deux commandos de marine ont trouvé la mort le 10 mai 2019 en cherchant à délivrer des touristes pris en otage par un groupe de djihadistes affiliés à Al Qaïda au Maghreb islamique.

Soldat français de l’opération Barkhane au Mali (photo © Benoît Tessier / Reuters / Le Parisien)

Le Mali aussi bien sûr, où environ 4 000 militaires français sont encore engagés dans le cadre de l’opération Barkhane, a coûté la vie à 22 de nos soldats dont le dernier, inscrit in extremis sur une plaque juste avant l’inauguration du monument, est décédé le 2 novembre 2019 suite à l’explosion d’un engin piégé au passage d’un convoi de véhicules blindés près de Ménaka, dans le nord du pays.

Certes, les chiffres paraissent finalement modestes si on les compare à l’hécatombe subie par l’armée française durant la première Guerre mondiale au cours de laquelle près de 5,7 millions de Français avaient été mobilisés dont au moins 1,3 millions sont morts en 4 ans lors des combats, selon le décompte officiel publié par le Ministère des Armées sur son site Mémoire des Hommes. En comparaison, la seconde Guerre mondiale fit d’ailleurs nettement moins de victimes parmi les forces françaises avec une estimation d’environ 217 000 tués pour 1,2 million de soldats engagés, alors que les victimes civiles étaient significativement plus nombreuses, évaluées à 350 000 en France seulement.

Offensive française en 1915 dans le Pas-de-Calais (source © archives AFP / France TV Info)

Vinrent ensuite les guerres de décolonisation et notamment la guerre d’Algérie où plus de 1,1 millions de Français furent mobilisés et où le nombre de pertes est estimé par l’Armée française à environ 25 000 dont 15 000 soldats tués au combat ou lors d’attentats.

Depuis, les forces militaires françaises ont considérablement évolué et se sont fortement professionnalisées. La fin de la conscription en 2002 s’est traduite par une nette diminution des effectifs. Alors qu’en 1991 l’Armée française comptait encore environ 670 000 personnes dont 300 000 militaires de carrière et 242 000 appelés, auxquels s’ajoutaient 128 000 civils, les effectifs en 2018 sont tombés à 270 000 personnes environ dont seulement 206 000 militaires.

549 morts depuis 1963, sur une période de près de 60 ans, voilà qui est finalement assez peu, surtout rapporté à l’importance des effectifs concernés. Moins de 10 morts par an, cela pourrait même interpeller certaines professions où les accidents du travail font davantage de ravages, sans même parler des quelques centaines d’agriculteurs qui se suicident chaque année, souvent en lien direct avec les difficultés de leur activité professionnelle.

Ruines d’une cathédrale serbe détruite en 1999 au Kosovo (source © Mondialisation.ca)

Mais bien entendu une telle comparaison macabre n’a pas de sens, d’autant que la profession militaire paye en réalité un plus lourd tribut que les seuls soldats morts sur le théâtre des opérations extérieures. Le Bilan social des armées recense en effet chaque année entre 100 et 200 décès (103 en 2018) toutes causes confondues (y compris par maladie ou accident hors service). L’actualité récente a même mis en évidence le cas de ce gendarme français envoyé au Kosovo en février 2000 et décédé en 2015 d’une forme de cancer très rare dont il a été établi, à l’issue d’une longue procédure en justice menée par sa veuve, qu’il était dû aux effets des munitions à uranium appauvri utilisées en grandes quantités lors des bombardements de l’OTAN.

Ce constat confirme toutefois à quel point les doctrines en matière d’engagement militaire ont évolué, accordant une place prépondérante à la sécurité des troupes. On est bien loin des traditions qui prévalaient à l’État-Major lors de la première guerre mondiale où les fantassins étaient encore considérés comme de la vulgaire chair à canon et où certains officiers faisaient bien peu de cas de la vie de leurs hommes, à l’image du général Nivelle qui s’est entêté à poursuivre en avril 1917 l’offensive sanglante du Chemin des Dames pourtant vouée à l’échec et qui fit pas moins de 50 000 morts dans les rangs français en moins d’un mois…

Soldats français lors de l’offensive du Chemin des Dames au printemps 1917 (source © Leemage / Le Figaro)

Même comparé au nombre de morts civils, victimes en France du terrorisme que combattent justement nos soldats au Mali notamment, le chiffre de 549 parait relativement faible. Selon un décombre macabre du Figaro, ce sont en effet pas moins de 263 personnes qui ont été tuées en France à la suite des seuls attentats islamistes commis sur notre sol au cours des sept années seulement, depuis l’attaque commise en Toulouse en 2012 par Mohamed Merah. Mais il y a eu bien d’autres attentats précédemment en France depuis les années 1960 et tout laisse penser que le nombre de victimes civiles de ces différents conflits dans lesquels la France s’est trouvée impliquée plus ou moins malgré elle, dépasse probablement celui des morts militaires sur la même période.

On l’oublie vite, mais les attentats ne sont pas l’apanage des seuls islamistes et la France des années 1980 n’était pas épargnée loin s’en faut avec les 4 morts de la rue Copernic en 1980, les 5 morts du train Paris-Toulouse en 1982 (attribué à Carlos, de même que les 5 victimes des attentats de 1983 à la gare Saint-Charles et dans le TGV Marseille-Paris) ou encore les 6 morts de la rue des Rosiers ou les 8 de l’attentat opéré à Orly par un groupe terroriste arménien la même année.

Après l’attentat de la gare Saint-Charles à Marseille le 31 décembre 1983 qui fit 2 morts et 33 blessés (photo © Pierre Ciot / AFP / C NEWS)

Une nouvelle vague d’attentats en 1985-86, dont celui de la rue de Rennes, fera encore 13 morts (et près de 300 blessés) tandis que les attentats revendiqués par le GIA en 1995 et surtout celui de la gare RER Saint-Michel ajouteront encore 8 victimes à la liste… Et on pourrait y ajouter les 170 victimes de l’attentat contre le DC 10 d’UTA attribué au pouvoir libyen en septembre 1989.

Une telle comptabilité n’a bien évidemment aucune valeur, chaque cas individuel étant d’abord une tragédie personnelle et familiale, mais se commémorer ces personnes, civiles ou militaires, victimes de violence et de terrorisme n’est pas inutile pour que chacun ait bien conscience de la réalité de ce risque et de la nécessité de le combattre collectivement. Se souvenir pour mieux faire face et ne pas occulter le danger, tel est le sens de ces monuments et cérémonies commémoratives…

L. V.

Les portiques de surveillance ont raté leur rentrée au lycée

31 octobre 2019

Christian Estrosi, maire de Nice et Président délégué de la Région Sud PACA, toujours obsédé par les questions de sécurité urbaine (photo © Valéry Hache / AFP / RTL)

C’est le fantasme de Christian Estrosi, l’ancien Président de la Région PACA, redevenu maire de Nice : installer partout des caméras à reconnaissance faciale, sur le modèle de la Chine où il existe déjà 170 millions de caméras dotées de systèmes de reconnaissance faciale et qui affiche comme objectif d’en installer 600 millions d’ici fin 2020. Le dispositif est maintenant bien rodé : des logiciels d’analyse d’image permettent désormais avec un bon niveau de fiabilité de reconnaitre un visage capté par une caméra numérique en le comparant avec une banque de données préenregistrées.

Caméra de vidéosurveillance lors du carnaval de Nice (photo © E. Ottino / MAXPPP / France 3 Régions)

A Nice, qui compte déjà 1800 caméras de télésurveillance installées sur la voie publique, Christian Estrosi avait déjà voulu tester le dispositif de reconnaissance faciale pour l’Euro 2016 mais les autorités nationales l’en avaient dissuadé. Il a donc lancé sa propre expérimentation à l’occasion du carnaval de cette année, en février 2019, en s’appuyant sur 50 volontaires dont bon nombre d’agents municipaux qui ont accepté de se faire photographier sous toutes les coutures pour alimenter la banque d’images avant d’aller se perdre dans la foule pendant le carnaval, histoire de vérifier si le dispositif, fourni par la société israélienne Anyvision, est suffisamment habile pour les repérer et les identifier correctement.

Bien entendu, le bilan que tire la police municipale de Nice, est dithyrambique. Son rapport de 38 pages rendu public ne dit quasiment rien du processus expérimental tel qu’il a été déployé mais affirme avec fierté que tous les objectifs ont été parfaitement atteints, permettant sans la moindre difficulté de reconnaître un individu qui se présente à un accès ou même perdu dans la foule et ceci quelles que soient les circonstances : en mouvement, de jour comme de nuit, même avec un très faible éclairage et même si la photo de référence date de 40 ans. Et le rapport insiste lourdement, questionnaire à l’appui, sur la totale acceptabilité du dispositif plébiscité sans aucune restriction par tous ceux qui ont été interrogés à ce sujet.

Le centre de supervision urbain de la ville de Nice expérimente la reconnaissance faciale, le 15 avril 2016 (photo © Sylvestre / MAXPPP / Le Monde)

A se demander pourquoi la CNIL (Commission nationale informatique et liberté) s’interroge encore sur les bienfaits d’une telle approche au point d’envoyer, le 16 juillet 2019, un courrier au maire de Nice pour lui demander des précisions sur le fonctionnement du dispositif testé et sur les résultats obtenus, courrier auquel Christian Estrosi n’a même pas daigné répondre selon La Gazette des Communes.

D’autant que Christian Estrosi ambitionne de poursuivre ses expériences en installant des portiques biométriques équipés de caméras à reconnaissance faciale à l’entrée des établissements scolaires. Ce sont pour l’instant deux lycées qui sont visés, Les Eucalyptus à Nice et le lycée professionnel Ampère à Marseille. Prudente, la Région Sud qui pilote cette expérience a quand même sollicité l’avis de la CNIL avant de mettre en œuvre le dispositif. Et elle n’a pas été déçue du résultat puisque cette dernière lui a adressé un avis cinglant, en date du 25 octobre 2019, dont a rendu compte Médiapart, énonçant sans détour : « Ce dispositif ne saurait être légalement mis en œuvre »…

Le lycée Ampère à Marseille devrait bénéficier bientôt d’un portique biométrique avec caméras de reconnaissance faciale, malgré l’avis négatif de la CNIL…

On ne saurait être plus clair en effet. Pourtant, la CNIL a cru bon de préciser sa pensée en publiant le 29 octobre un communiqué expliquant que la démarche envisagée était totalement contraire aux principes du RGPD (règlement général sur la protection des données) et parfaitement disproportionnée au vu des objectifs recherchés, rappelant au passage que les systèmes de reconnaissance faciale sont extrêmement intrusifs et qu’un simple contrôle par badge suffit largement. Le traitement de données biométriques, surtout appliqué à des mineurs, est jugé trop sensible et attentatoire aux libertés individuelles pour que la CNIL accepte de le laisser se généraliser sans réflexion approfondie, rejoignant en cela plusieurs villes de Californie qui ont interdit un tel dispositif.

Il faut dire que la CNIL risque d’avoir fort à faire en la matière puisque l’on apprend que le gouvernement lui-même souhaite multiplier les expérimentations en la matière comme le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’a indiqué devant les sénateurs le 2 septembre dernier, tandis que la présidente de la Région Ile de France, Valérie Pécresse a de son côté précisé qu’elle souhaitait utiliser ce dispositif dans les transports en commun pour pourchasser d’éventuels terroristes. Et en même temps se poursuit le déploiement du dispositif ALICEM qui utilisera la reconnaissance faciale pour permettre de se connecter en ligne sur l’ensemble des services publics d’ici 2022. La CNIL a, là aussi, émis un avis réservé sur cette démarche tandis que plusieurs associations, dont la Quadrature du Net, ont déposé un recours contre cette application jugée contraire aux libertés individuelles.

1984, un roman d’anticipation ou un simple manuel d’instruction ?

Mais rien ne semble pouvoir arrêter cette course en avant vers un monde toujours plus connecté où chaque individu, même dans l’anonymat d’une foule urbaine compacte, sera immédiatement repéré et identifié. La réaction de Christian Estrosi suite à l’avis négatif de la CNIL concernant la mise en place de portiques biométriques à l’entrée des lycées est sans ambiguïté : « Encore une fois la CNIL démontre son rejet de toute forme d’évolution et d’expérimentation sur une technologie, la reconnaissance faciale, qui présente un réel intérêt pour renforcer la sécurité de nos concitoyens. Avec Renaud Muselier, nous ne nous arrêterons pas à cette décision et continuerons de travailler sur cet outil efficace et moderne qui doit permettre de mieux sécuriser nos établissements, tout comme l’espace public. Cette décision basée sur des principes dépassés intervient alors même que les deux conseils d’administration des lycées avaient donné leur accord. Triste et incompréhensible de la part de la CNIL qui semble bloquée au 20ème siècle », a-t-il ainsi tonné dans un Tweet rageur.

Au moins la CNIL sait à quoi s’en tenir quant à la suite qui sera donné à son avis jugé aussi frileux que passéiste. Décidément les habitants de la Région PACA n’ont qu’à se féliciter d’avoir à leur tête des responsables politiques visionnaires, à la pointe de la modernité et qui sauront faire entrer chaque citoyen dans un futur bienheureux et sécurisé, de force s’il le faut…

L. V.

Intelligence artificielle : les robots jouent à cache-cache…

29 octobre 2019

En matière d’intelligence artificielle, la recherche avance à grands pas. Depuis que l’ordinateur est devenu capable de battre n’importe quel humain d’abord aux échecs puis au jeu de go, infiniment plus complexe, on ne compte plus les applications qui mobilisent l’intelligence artificielle dans tous les domaines.

Victoire du logiciel Alphago face au joueur coréen Lee Sedol en 2016 (source : capture vidéo © DeepMind)

Mais il s’agit généralement de tâches bien précises pour lesquels l’ordinateur a été programmé et dans lesquelles il progresse en apprenant, sans pour autant être en capacité d’utiliser cette intelligence dans un autre domaine : un robot capable de piloter une voiture ne sera pas en mesure d’interpréter un scanner médical ou de jouer au poker, contrairement à certains humains qui s’adonnent (avec plus ou moins de bonheur et pas forcément simultanément) à ces différentes activités…

C’est donc tout l’enjeu de l’intelligence artificielle générale, pour laquelle le milliardaire visionnaire Elon Musk, fondateur de Tesla et initiateur de l’Hyperloop a investi en créant en 2015 la société Open AI en coopération avec l’investisseur Sam Altman. Une entreprise présentée comme un laboratoire à but non lucratif et dans laquelle Microsoft a également décidé d’investir par moins d’un milliard de dollars comme l’indiquait récemment Le Figaro.

Jusqu’à présent, cette société qui suscite la curiosité de la Silicon Valley, n’avait guère montré de résultats face à la concurrence de Google, en pointe dans le secteur de l’intelligence artificielle après avoir racheté Deep Mind, créateur de la machine championne du jeu de go. Mais Open AI vient de frapper un grand coup en apprenant à de petits robots comment jouer à cache-cache !

Trouvé ! Les petits androïdes jouent à cache-cache… (source © Open AI)

L’affaire paraît bien anodine et ferait se gausser n’importe quel élève de maternelle tant le jeu de cache-cache est à la portée du premier garnement venu. Compter jusqu’à 10 pendant que ses petits copains se planquent et fureter ensuite dans tous les recoins pour les débusquer, voilà qui ne fait pas appel à une stratégie très complexe à première vue.

En l’occurrence, comme l’explique notamment Sciences & Avenir, l’expérience d’Open AI ressemble à un jeu de plateau avec de petits agents dotés d’intelligence artificielle, propulsés par un système informatique constitué de 5 réseaux de neurones artificiels indépendants : les robots qui évoluent au milieu de cloisons et de différents objets, sont en capacité de prendre des décisions de façon autonome et apprennent de leurs erreurs afin de développer de nouveaux comportements.

Vu ! Au début, les bleus se font repérer comme des bleus… (source © Open AI)

L’équipe bleue doit se cacher et les rouges se mettent à leur recherche. Les consignes données aux 2 équipes, constituées chacune de 1 à 3 joueurs, sont assez sommaires : tout joueur bleu qui se retrouve dans le champ de vision à 135 ° d’un joueur rouge est considéré comme repéré et son équipe a perdu la partie.

Au début, les bleus font une prestation pitoyable : ils courent dans tous les sens et tentent vainement de s’abriter derrière une cloison mais il suffit que leurs alter-ego rouges contournent la cloison en question pour les dénicher : pas très futés les petits bonshommes bleus…

Les portes sont bloquées : les bleus sont à l’abri… (source © Open AI)

Mais après 25 millions de parties, le déclic se fait : les bleus à force de perdre comprennent qu’ils peuvent tirer parti des objets qui les entourent. Ils se mettent à pousser les caisses pour bloquer les portes et se constituent un fortin où les rouges ne peuvent pénétrer. Il leur faut pour cela collaborer ensemble puisque tout joueur détecté fait perdre son équipe : avec ce type de règle, la solidarité est naturelle, même en intelligence artificielle !

Dès lors, les rouges sont à la peine et il leur faut 75 millions de parties supplémentaires avant de trouver la parade : ils se mettent alors à utiliser les objets en forme de rampes pour grimper dessus et venir débusquer les bleus retranchés dans leur fortin.

Les rouges ont trouvé la parade en utilisant des rampes… (source © Open AI)

L’espoir a changé de camp mais la guerre n’est pas perdue pour autant… Encore quelques millions de parties et les bleus finissent par mettre au point une nouvelle stratégie : pendant que les rouges comptent, ils leur piquent tous les objets susceptibles de servir de tremplin et viennent les cacher dans le fortin où ils se retranchent avant d’en fermer tous les accès par des blocs.

Les bleus reprennent l’avantage en stockant les rampes dans leur camp retranché (source © Open AI)

Les chercheurs pensaient qu’à ce stade le jeu était terminé et que les bleus, bien rodés, étaient désormais en capacité de se mettre systématiquement à l’abri du regard de leurs poursuivants en toutes circonstances, même avec des objets de formes différentes. Mais c’était sans compter sur l’ingéniosité des petits humanoïdes rouges qui, après 380 millions de parties, ont fini par détecter un bug auquel les développeurs n’avaient pas pensé et qui se sont mis à faire du surf en grimpant sur des boîtes. Cet expédient leur a redonné une supériorité irrépressible pour repérer leurs adversaires, même bien planqués dans leur fortin inexpugnable, jusqu’à ce que ces derniers, à leur tour, viennent verrouiller chaque objet à sa place avant de se mettre à l’abri : à toute stratégie se développe une contre-stratégie adaptée…

Les rouges trouvent la solution en surfant sur les boîtes mobiles (source © Open AI)

Une belle leçon en tout cas qui montre que de petits robots dotés d’intelligence artificielle apprennent plus vite qu’on ne l’imagine et s’avèrent capable d’élaborer en groupe des stratégies guerrières redoutables. De quoi donner des sueurs froides à tous les amateurs de science-fiction qui s’interrogent sur ce qu’il adviendra de l’humanité le jour où les robots androïdes dotés d’intelligence artificielle décideront de s’émanciper du contrôle des humains. Ce jour-là, inutile de se cacher pour tenter de leur échapper : le jeu de cache-cache est justement leur passe-temps favori et sachez qu’ils y sont imbattables…

L. V.

Des punaises de livres à l’Alcazar…

5 octobre 2019

Des punaises de lit, nouveau fléau des temps modernes ? (photo © Allen Brisson-Smith / NYT-REDUX-RE / Les Echos)

C’est un communiqué de la ville de Marseille qui l’a annoncé ce jeudi 3 octobre 2019 : l’Alcazar, la majestueuse bibliothèque municipale à vocation régionale située sur le cours Belsunce a été fermée à partir de 17 h et ne devrait pas rouvrir avant au moins le 11 octobre prochain. La raison de cette fermeture inopinée : on a trouvé des punaises de lits « involontairement apportées par des visiteurs » selon le communiqué officiel, ces insectes ayant même « contaminé certains livres, lieu propice à leur développement, à la suite des échanges avec le public ».

C’est du coup le branle-bas de combat à l’Alcazar où les équipes municipales spécialisées s’activent pour éradiquer ce fléau qui pullule dans certains quartiers du centre-ville de Marseille et dont il est si difficile de se débarrasser. Depuis le début de l’année 2019, ces mêmes équipes ont d’ailleurs déjà dû intervenir dans 11 écoles marseillaises où les enfants se plaignaient de piqûres répétées.

Le troisième étage de l’Alcazar, le plus gravement infesté, où les punaises ont élu domicile dans les fauteuils et les banquettes, il faudra utiliser des désinfectants chimiques avec deux traitements à 10 jours d’intervalle, ce qui oblige à prévoir une fermeture totale de cet étage pendant au moins 3 semaines. Des agents volontaires s’emploient dès à présent à désinsectiser de manière systématique l’ensemble des livres sous des tentes chauffantes adaptées spécifiquement. L’ensemble des rideaux et des banquettes sera changé en privilégiant des assises en plastiques dans lesquelles les punaises ne puissent plus trouver refuge, histoire d’éviter que la mésaventure ne se reproduise trop souvent, comme à Montréal où la bibliothèque a été contaminée à trois reprises la même année !

Accès principal à l’Alcazar avec sa fameuse marquise d’époque (source © Marsactu)

Il a donc été demandé à tous ceux qui ont emprunté récemment des livres à la bibliothèque de l’Alcazar de les rendre au plus vite afin qu’ils soient traités. Un message reçu cinq sur cinq, à tel point qu’une longue file d’attente était visible dès le lendemain, devant les portes de l’Alcazar, formée des clients de la bibliothèque qui se hâtaient de venir déposer dans la boîte automatique prévue à cet effet les livres empruntés, de peur qu’ils ne viennent contaminer leur intérieur s’ils les conservaient trop longtemps chez eux.

Dessin de Ben 8 croqué à l’Alcazar et publié par Le Ravi (source © Marsactu)

L’Alcazar, transformée en bibliothèque en 2004 et qui compte près d’un million de documents disponibles à la consultation, dont 350.000 en libre accès et des fonds précieux tels que des manuscrits médiévaux, est une ancienne salle de spectacle jadis très populaire. Ouverte en 1857 et aménagée dans un style mauresque vaguement inspiré de l’Alhambra de Grenade, l’Alcazar lyrique pouvait accueillir jusqu’à 2000 spectateurs qui assistaient alors aux spectacles attablés en buvant et fumant, une autre époque !

Affiches à l’entrée de l’Alcazar à la fin des années 1930 (source © Marseille Hello)

En juin 1873, un incendie détruit entièrement cette première salle de spectacle, sans heureusement faire la moindre victime. La salle rouvre ses portes 4 mois plus tard et bénéficie ensuite, en 1889, d’une rénovation en profondeur. C’est alors qu’est construite la fameuse marquise qui abrite toujours l’entrée principale sur le cours Belsunce et qui est classée au titre des Bâtiments de France. La salle de spectacle devient dès-lors un haut-lieu du music-hall et de grands artistes populaires comme Tino Rossi, Dalida, Maurice Chevallier, Yves Montand ou Fernandel, y font leurs débuts.

En 1930, les lieux sont reconvertis en un cinéma mais en 1949, la salle de spectacle retrouve sa vocation de music-hall, recevant de nouvelles gloires de l’époque tels que Charles Aznavour, Line Renaud, Henri Salvador, Jacques Brel, Sacha Distel ou encore Johny Hallyday. En 1964, la concurrence de la télévision a raison de la salle de spectacle qui ferme définitivement ses portes en 1966. Rachetée par un marchand de meubles, le bâtiment restera exploité pendant près de 40 ans à des fins commerciales avant d’être transformé en bibliothèque municipale à vocation régionale en 2004, dans le cadre d’un projet ambitieux de rénovation culturelle

L’Alcazar transformée en commerce à la fin des années 1960 (source © Made in Marseille)

L’arrivée des punaises de lit dans ce lieu emblématique souvent présenté comme une des rares réussites d’une politique culturelle marseillaise bien timide dans les quartiers paupérisés du centre-ville est assurément un coup dur pour cet équipement culturel qui, dès 2013, a dépassé le chiffre de 1 million de visiteurs annuels, un score tout à fait honorable pour un établissement de cette ampleur. Espérons que sa réouverture prochaine sans punaises de lit ni dans les salles de lecture ni dans les livres, lui permettra de retrouver ces bons chiffres de fréquentation…

L.V.

Rouen sous les feux de l’usine Lubrizol

28 septembre 2019

Construire les villes à la campagne a toujours fait parte des tentations des humoristes comme des aménageurs : l’air y est plus pur et le foncier moins cher, c’est une évidence. Mais construire les usines près des villes est aussi une tentation : la main d’œuvre y est proche et les circuits d’approvisionnement comme de distribution mieux organisés. Pour autant, reconnaissons que les industriels préfèrent quand même éloigner du centre-ville leurs installations à risque ou créant des nuisance, olfactives notamment.

C’est en général le cas pour les plus dangereuses d’entre elles, liées notamment à l’industrie chimique, au raffinage d’hydrocarbures ou à la fabrication d’explosifs. Mais l’urbanisation finit par rattraper ces sites périphériques et l’explosion de l’usine AZF qui avait fait 31 morts le 21 septembre 2001 à Toulouse est là pour le rappeler…

Fumée issue de l’usine Lubrizol en feu et traversant la Seine en direction de Rouen (source © Twitter / @Olivlenormand

Dans le cas de l’usine Lubrizol de Rouen qui a pris feu cette semaine, force est de constater que son implantation en 1954, au sud-ouest de la commune, en rive gauche de la Seine, à moins de 2 km du centre-ville, et dans le prolongement de ce qui était déjà à l’époque une zone pavillonnaire dense sur la commune voisine du Petit Quevilly, faisait d’emblée peser une certaine menace sur la ville…

C’est sur ce site de Rouen que se trouve le siège social de la société Lubrizol France, filiale française d’un groupe américain qui fabrique des additifs et lubrifiants pour les carburants et l’industrie, et est désormais la propriété de l’homme d’affaire milliardaire Warren Buffett. L’usine elle-même, qui s’étend sur 14 hectares et emploie actuellement environ 400 personnes, produit des additifs pour huiles, carburants et peintures. Classée jusqu’en 2009 site Seveso seuil bas, elle avait été alors basculée parmi les quelques 700 sites industriels français étiquetés seuil haut, a priori les plus dangereux du fait des risques industriels induits, et avait d’ailleurs fait l’objet de l’élaboration d’un plan de prévention des risques technologiques spécifique approuvé en 2014.

Il faut dire que l’usine avait déjà fait parler d’elle en obligeant les habitants alentours à se pincer le nez à plusieurs reprises. La dernière en date remonte à janvier 2013 : à la suite d’une erreur humaine, un agitateur avait été enclenché dans une cuve qui, brassée tout le week-end, avait émis de grosses quantités de mercaptan, un gaz dégageant une forte odeur d’œuf pourri, qui avait été ressenti à des kilomètres à la ronde, jusqu’en Angleterre, s’approchant des seuils de toxicité. L’entreprise avait d’ailleurs été condamnée à payer une amende de 4000 € en mars 2014 et avait dû engager des travaux de mise à niveau depuis.

Un an plus tard, selon Le Monde, un nouvel incident s’était traduit par le déversement de 2000 litres d’hydrocarbures dans le réseau d’évacuation des eaux pluviales. Et cette semaine, le Préfet de Seine-Maritime a rappelé que le site avait encore fait l’objet en 2017 d’une mise en demeure justifiée par 17 manquements aux normes de sécurité, mais avait obtempéré depuis.

Vue de l’incendie encore en cours en début de matinée du jeudi 26 septembre 2019 (photo © SDIS 76 / Info-Normandie)

On ne sait encore rien des causes de l’incendie qui s’est déclenché dans la nuit, à 2h40, ce jeudi 26 septembre, et qui d’ailleurs, loi des séries oblige, fait suite à un autre incendie qui s’était déclaré il y a 3 semaines seulement, le 3 septembre 2019, dans une autre unité de fabrication de Lubrizol, à Oudalle, près du Havre, et qui avait pu être assez rapidement maîtrisé par une cinquantaine de pompiers.

A Rouen, il semblerait que le feu soit parti en pleine nuit d’une aire de stockage de lubrifiants déjà conditionnés en fûts, localisée de surcroît en périphérie du site industriel, ce qui incite l’exploitant à suggérer plutôt une origine malveillante. L’enquête déterminera peut-être les cause mais ce qui est sûr, c’est que les conséquences de cet accident industriel ne sont pas passées inaperçues, bien que, par l’effet du hasard, leur retentissement médiatique ait été fortement atténué du fait du télescopage médiatique avec l’annonce de la mort de Jacques Chirac…

Intervention des sapeurs-pompiers sur le site de Lubrizol (photo © SDIS 76 / Le Parisien)

Il a fallu 8 heures de mobilisation intensive de 240 pompiers pour arriver à maîtriser l’essentiel du brasier, considéré comme définitivement éteint vendredi matin seulement. Pendant toute la nuit et jusqu’en fin de matinée du jeudi, une épaisse fumée noire formant un panache de plus de 22 km de long et 6 km de largeur s’est déversé sur la ville de Rouen qui se trouvait précisément dans l’axe du fait des vents dominants. Les habitants les plus proches, situés dans un rayon de 500 m autour de l’usine, ont été évacués le jeudi matin, mais ont pu regagner leur domicile le soir même.

Panache de fumée au-dessus de la ville de Rouen (photo © Philippe Lopez / AFP)

Il est à se réjouir qu’aucune victime n’est à déplorer suite à ce nouvel accident industriel pourtant spectaculaire. Il n’en reste pas moins que beaucoup s’interrogent sur ses conséquences sanitaires et écologiques. L’ensemble des écoles et crèches des 12 communes de l’agglomération (qui compte près de 500 000 habitants) ont été fermées jusqu’à lundi par précaution tandis que les résidents de nombreuses maisons de retraites étaient confinés. Les locaux de France 3 Rouen, situés aux premières loges, ont dû être évacués vendredi matin, alors que de la fumée blanche continuait d’émaner du sinistre et que plusieurs agents se plaignaient de nausées et vomissements. Une cinquantaine de personnes souvent fragiles ont été examinées et pour certaines hospitalisées, nombre de témoignages faisant état d’irritations du système respiratoire et de maux de tête.

Épaisse fumée noire se dégageant du sinistre de Lubrizol le 26 septembre 2019 (photo © Stéphanie Peron / AP / SIPA)

A la suite du panache de fumée noire, une partie de la ville et des champs alentours s’est retrouvée couverte de suie. La Préfecture a mis en garde contre le risque de consommation des légumes souillés par ce dépôt et a demandé aux éleveurs de mettre à l’abri les animaux. Il a fallu déployer des moyens spécifiques pour récupérer à l’aide de chaluts adaptés les galettes d’hydrocarbure qui flottaient sur la Seine. Il subsiste néanmoins de réelles craintes quant au risque de pollution des nappes phréatiques et des cours d’eau, surtout si toute la population se met à nettoyer au Kärcher ses façades souillées par les dépôts de suie et que tout ceci se retrouve dans les réseaux d’évacuation des eaux pluviales.

Bref, ce nouvel accident technologique dans une agglomération aussi dense vient rappeler à quel point nous restons vulnérables, malgré toutes les précautions prises, du fait de ces installations industrielles à haut risque. On n’ose imaginer ce qu’il en est dans les pays où les réglementations sont plus souples et leur application moins contrôlée, alors même que la tendance est justement à la délocalisation vers ces pays et pour des raisons purement financières, de nos activités les plus polluantes et les plus dangereuses…

L. V.

Lucetta Scaraffia claque la porte du Vatican

17 septembre 2019

Lucetta Scaraffia (photo © Kasia Strek / Ciric / La Vie)

Féministe, historienne, fervente catholique, Lucetta Scaraffia a claqué en mars dernier la porte du Vatican en démissionnant de la direction de Femme, Église, Monde, le supplément féminin de l’Osservatore Romano, qu’elle dirigeait depuis 2012. Et les dix autres femmes qui collaboraient au mensuel l’ont suivie. Une fronde féministe au cœur de la plus phallocrate des institutions : l’Église catholique.

Vexations, articles contraires à la ligne de la rédaction mais imposés par la direction, rumeurs sur d’inexistantes prises de position en faveur de l’avortement : l’air était devenu irrespirable pour Lucetta et sa bande de « pétroleuses ».

« Nous avons jeté l’éponge parce que nous nous sentions entourées par un climat de méfiance et de délégitimation progressive », explique-t-elle au journal belge Le Soir +. Mais dans les couloirs du Vatican, nul n’ignore que les scoops de Femme, Église, Monde ont donné de l’urticaire à nombre de princes de l’Église. Le premier regardait la situation des religieuses exploitées comme servantes non rémunérées et méprisées par la majorité des prélats. Le second documentait les abus sexuels commis par des prêtres contre des sœurs. « C’est encore plus dramatique pour l’Église que la pédophilie parce que de nombreux prêtres ou évêques ont fait avorter des femmes pour cacher leur faute. »

La place Saint-Pierre, à Rome

Le destin qui a conduit cette féministe de 70 ans dans les hautes sphères du Vatican tient du roman.

Catholique fervente, la mère de Lucetta Scaraffia ne voulait pas que sa fille fasse des études ni fréquente les salles de cinéma, qu’elle considérait comme des lieux de perdition. Son père franc-maçon et sa tante communiste lui ont permis d’étudier et de vivre comme une jeune fille de son époque. En 1968, Lucetta Scaraffia devient marxiste et féministe. Ce sont ses études d’historienne sur les saintes et les grandes mystiques qui lui font renouer avec la foi.

Côté vie privée, son premier mariage est annulé par le tribunal de la Rota pour couronner à l’Église sa seconde union. Mais entre-temps, elle a eu un enfant d’une autre relation. Pas exactement ce que prévoit le canon de la doctrine catholique.

C’est Benoit XVI qui lui met le pied à l’étrier dans la presse du Saint-Siège. Une rencontre entre la féministe et le rigoureux théologien allemand qu’on imagine difficile. « Pas du tout. Benoît XVI a été professeur, il a l’habitude de se confronter avec des étudiants des deux sexes. Il est curieux et n’utilise jamais l’insupportable ton paternaliste méprisant de la majorité des prêtres envers les femmes. »

Le Pape François avec les Soeurs hospitalières de la miséricorde, le 24 septembre 2016 (photo © L’Osservatore Romano / Zenit)

Pour Lucetta Scaraffia, les femmes payent dans l’Église le même retard d’émancipation que dans le monde laïc avec comme circonstance aggravante la misogynie du clergé. Dès qu’ils entrent aux séminaires, les futurs prêtres s’habituent à voir les femmes dans des rôles subalternes. Puis ils choisissent des figures masculines comme référents universitaires car elles leur permettront de faire carrière. « Une fois ordonnés, ils ne comprennent rien de l’univers féminin. Ils exercent tout leur pouvoir sur les femmes. »

La directrice de Femmes, Église, Monde a vécu la misogynie des hommes d’Église au cours du synode de la famille ou elle était une des rares femmes invitées. Devant la machine à café, où les pères synodaux se comportaient souvent comme des goujats, et dans les travaux, où les femmes n’étaient citées que comme épouses et mères et n’étaient pas autorisées à prendre la parole.

Le pape François a souvent fait l’éloge des femmes et déclaré que « l’Église est femme »« C’est très beau, mais nous voulons être écoutées, reconnues dans notre diversité, s’il le faut, contredites… pas devenir des métaphores. »

Une voix décidément trop libre pour le Vatican.

C. T.

Actualité internationale : petite séance de rattrapage

9 septembre 2019

Vous étiez en vacances cet été, sur une île perdue du Pacifique, en randonnée dans les Andes péruviennes, en méharée au Tadjikistan ou, plus prosaïquement dans la maison de campagne de votre grande tante, perdue au fin fond de la Creuse, dans le désert numérique de la France profonde. Bref, pour une raison ou pour une autre, vous êtes resté quelque peu à l’écart de l’actualité internationale. Oui, mais voilà, c’est la rentrée et, curiosité aidant, vous aimeriez bien savoir en quelques mots ce qu’il a bien pu se passer dans le monde pendant les mois de juillet-août.

Axelle Degans, rédactrice de la rubrique mensuelle d’actualité internationale sur le site Diploweb

Pas de panique, Axelle Degans, agrégée d’histoire et enseignante en classes préparatoires au lycée Faidherbe à Lille, a veillé sur le monde pour vous et il suffit de consulter ses excellentes synthèses mensuelles sur le site Diploweb.com, spécialisé en géopolitique. Pour l’été 2019, les mois de juillet-août sont rassemblés en un seul article qui permet en quelques lignes de retenir l’essentiel des faits marquants de l’été.

Petit florilège donc, pour ceux qui ont préféré musarder au soleil plutôt que de se tenir informé de l’actualité mondiale estivale.

Le nouveau Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, le soir des élections législatives le 7 juillet 2019 à Athènes (photo © Louisa Gouliamaki / AFP)

En Grèce, rappelons-nous, le 7 juillet 2019, ont eu lieu des élections législatives anticipées suite au revers subi par le parti d’Aléxis Tsipras lors des Européennes de mai. Et bien évidemment, le parti Syriza a de nouveau été battu, arrivant en deuxième position derrière le parti de droite, Nouvelle Démocratie qui obtient (de justesse néanmoins) la majorité des sièges après avoir déjà remporté haut la main les élections locales début juin. C’est donc le conservateur Kyriákos Mitsotakis, issu d’une famille habituée à gouverner le pays, qui est le nouveau premier ministre grec.

Au Moyen-Orient, les tensions s’aggravent notamment en Iran où le gouvernement a annoncé ne plus se conformer à ses engagements sur la limitation de l’enrichissement de l’uranium après que l’accord multilatéral signé en 2015 a été dénoncé par Donald Trump. La guerre des tankers se poursuit dans le Golfe persique où Téhéran a arraisonné un pétrolier britannique, alimentant la hausse du cours de l’or noir tandis que les bombardements se poursuivent au Yémen et que l’Arabie Saoudite annonce l’accueil prochain de troupes américaines sur son sol, une première depuis la guerre d’Irak en 2003.

Pétrolier battant pavillon britannique arraisonné par les Gardiens de la Révolution iraniens en juillet 2019 (photo © Hasan Shirvani / AFP)

En Inde, le premier ministre nationaliste, Narendra Modi, a mis brutalement fin à l’autonomie de la partie indienne du Cachemire, le Jammu-et-Cachemire, revenant ainsi sur l’article 370 de la constitution indienne qui confère à cette région un statut spécial et aggravant encore, s’il en était besoin, les tensions avec ses voisins pakistanais.

Aux États-Unis, le président fantasque Donald Trump insiste à plusieurs reprises durant l’été, sur sa proposition d’acheter le Groenland dont il convoite la position stratégique dans le contexte du changement climatique qui donne la possibilité d’ouvrir de nouvelles voies maritimes dans le Grand Nord et surtout d’exploiter un jour les immenses richesses minérales de ce vaste territoire. La requête a été accueillie plutôt fraichement par les Danois…

Réunion des chefs d’Etats du G7 à Biarritz, avec le secrétaire général de l’ONU et le président du Conseil européen (photo © M. Kappeler / DPA Picture-Alliance / AFP)

La réunion du G7 à Biarritz, fin août, n’a guère permis d’apaiser les tensions internationales. L’absence de la Russie, exclue du dispositif depuis son annexion de la Crimée en 2014, de la Chine, de l’Inde, du Brésil (dont il a été question à cause des incendies en Amazonie) et de la plupart des pays émergents, ajoutée à l’insouciance des Américains et aux préoccupations des Britanniques toujours concentrés sur le Brexit ne pouvaient de toute façon guère laisser espérer de grandes décisions…

Démonstration de force de la police chinoise aux portes de Hongkong le 7 août 2019 (photo © AFP / Le Parisien)

Les manifestations se poursuivent à Hongkong où la police montre les muscles et où Pékin prépare ses troupes pour intervenir en cas de besoin, tandis que la contestation continue en Algérie où le Président du Parlement a présenté sa démission alors que la rue réclame le départ de l’exécutif qui gère l’intérim en attendant l’organisation de nouvelles élections. En Russie, des manifestions ont été organisées, malgré de violentes répressions, pour protester contre l’éviction de nombre de candidats aux élections prévues en septembre tandis que Vladimir Poutine fête ses 20 ans au pouvoir.

Inondation en Inde le 16 juillet 2019 (photo © AFP / STR / Sciences et Avenir)

En Afrique centrale et notamment en République démocratique du Congo, une épidémie liée au virus Ebola sévit, qui a déjà causé la mort d’au moins 1800 personnes en un an. En Asie du Sud-Est, les pluies de mousson et les inondations qui s’en sont suivi ont causé au moins 1500 décès et de graves dégâts matériels, tandis que le mois de juillet 2019 est d’ores et déjà considéré comme le plus chaud jamais observé à l’échelle planétaire, changement climatique oblige.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Tout compte fait, il eut peut-être cependant mieux valu que vous restiez encore un peu chez votre grande tante de la Creuse ou sur le dos de votre chameau Tadjik car le mois de septembre ne s’annonce pas forcément plus réjouissant…

L. V.

MEDEF : les patrons découvrent les pauvres !

4 septembre 2019

La Rencontre des entrepreneurs de France, a eu lieu cette année à l’hippodrome de Longchamp (source © MEDEF)

Finalement, la révolte des Gilets jaunes depuis l’automne dernier aura quand même eu quelques effets, dont celui de faire découvrir au patronat français que malgré les niveaux records atteints par les dividendes versés cette année encore aux actionnaires des entreprises du CAC 40, certains en France ont bien du mal à joindre les deux bouts. Pour sa traditionnelle université d’été organisée cette année les 28 et 29 août à l’hippodrome de Longchamp, rebaptisée pompeusement Rencontre des entrepreneurs de France, le MEDEF, comme avant lui le G7 à Biarritz, s’est intéressé aux inégalités et n’a pas hésiter à afficher comme thématique ce slogan à la hussarde : « No(s) Futur(s), climat, inégalités, conflits… Quel capitalisme demain ? ».

Une première pour le patronat français qui n’a pas pour habitude de s’inquiéter outre mesure du sort des laissés pour compte de la mondialisation heureuse. Bien évidemment, comme pour la réunion du G7 l’exercice était purement formel et personne ne s’attendait à ce qu’il ressorte de cette enceinte la moindre proposition concrète de nature à réduire un tant soit peu les inégalités sociales. Mais quand même, l’initiative est suffisamment insolite pour ne pas la relever…

D’autant que les organisateurs, qui avaient finalement préféré inviter Nicolas Sarkozy plutôt que Marion Maréchal – Le Pen, n’ont pas lésiné sur le côté provocateur en intitulant l’une de leurs tables rondes Cuillère en argent versus valise en carton. Un débat orchestré par un des présidents délégués du MEDEF, Patrick Martin, président du groupe de distribution industrielle Martin Belaysoud, en présence de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher. Un débat qui mettait surtout face à face deux patrons ayant vécu des parcours très différents.

Table ronde sur les inégalités lors de la Rencontre des entrepreneurs de France en août 2019 (photo © Marie Bordet / Le Point)

D’un côté Laurent Dassault, fils de Serge Dassault et directeur général délégué du groupe Marcel Dassault, créé par son grand-père du même nom. Dirigeant de la propriété familiale Château Dassault, Grand cru classé Saint-Émilion, et propriétaire en association avec Benjamin de Rothschild d’un domaine de 850 ha en Argentine, ce fils de doit l’essentiel de sa position sociale très enviable à sa naissance, au point d’ailleurs d’y voir quelques inconvénients : « les portes s’ouvrent, mais ce n’est pas suffisant pour réussir. Et l’inconvénient est qu’on vous regarde d’une certaine façon… Il y a parfois une agressivité qu’il faut pardonner ».

On lui pardonnera donc et on ne manquera pas d’admirer une telle destinée qui a conduit ce joueur de golf et de polo, par ailleurs administrateur d’une dizaine de sociétés dont la Banque privée luxembourgeoise Edmond de Rothschild, à recevoir l’illustre insigne d’Officier de la Légion d’honneur.

Djamel Agaoua, PDG de Viber, dans ses bureaux à San Francisco (photo © Frédéric Neema / French Morning)

En face, Djamel Agaoua, né en 1969 à Marseille, fils d’un artisan pâtissier d’origine kabyle, n’a bien entendu pas connu de tels handicaps. N’ayant rien à prouver à une lignée d’ascendants aux parcours écrasants, il s’est contenté de bûcher et d’intégrer l’École Centrale de Paris puis de se forger une expérience en cabinet de conseil avant de créer sa propre startup pour finir directeur général de la plateforme de messagerie Viber, basée dans la Silicon Valley, et filiale du groupe international Rakuten, leader du commerce en ligne au Japon.

Le seul obstacle à son parcours : l’absence de réseau pour lui ouvrir les portes, et un entourage qui, par souci de protection, pense plutôt à le dissuader de se frotter à un monde impitoyable dont il doit apprendre les codes par lui-même. Il en est d’ailleurs parfaitement conscient, lui qui lâche « Il est évident que mes enfants auront bien plus de facilités à obtenir un stage ». On ne saurait mieux dire en effet pour expliquer une part de ces inégalités sociales qui freinent tant de bonnes volontés.

Monique Pinçon-Charlot lors de l’université d’été du MEDEF en août 2019 (source © YouTube / Widoobiz)

La sociologue Monique Pinçon-Charlot qui avec son mari Michel a passé toute sa carrière à disséquer les phénomènes de la ségrégation sociale et de la grande bourgeoisie, était également invitée à cette table ronde et s’est livrée à une critique implacable des effets du capitalisme débridé, n’hésitant pas à déclarer à l’héritier Dassault : « Votre dynastie familiale vous offre une immortalité symbolique et vous permet de continuer à capter, et pour longtemps, toutes les richesses. D’empêcher l’argent de ruisseler… Sachez aussi qu’on ne veut pas de vos donations et de votre mécénat, on veut seulement le juste partage des richesses ! »

Un plaidoyer courageux, devant une assemblée de patrons goguenards, mais qui ne lui a valu que des rires et des moqueries selon les témoins présents. La prise de conscience par le patronat français des effets délétères d’une économie néolibérale sur une société de plus en plus inégalitaire, n’est pas encore à l’ordre du jour.

Quant au porteur supposé de la valise en carton, le fils de pâtissier Djamel Agaoua, sa remarque conclusive frappée du bon sens aura sans doute davantage marqué les esprits, lui qui note finement : « Pour résoudre les problèmes d’inégalités, il faut d’abord arrêter les clichés : que les Français ne sont que des fainéants si on écoute les patrons ; que les patrons ne veulent que virer leurs salariés, selon les travailleurs ». On sent le vécu…

Et le MEDEF a récidivé avec d’autres temps forts donc ce débat intitulé « Que les gros salaires lèvent le doigt ! ». La présidente d’honneur de Care France, Arielle Malard de Rothschild (on reste dans la famille), a tenté d’expliquer au public la fameuse courbe de l’éléphant, théorisée par deux économistes de la Banque mondiale, Branko Milanovic et Christopher Lakner.

La courbe de l’éléphant montant l’évolution des revenus de la population mondiale entre 1988 et 2008, par centile de niveau de revenu (source infographie © La Tribune)

Ce graphique – qui ressemble de fait vaguement à un éléphant – montre les mutations économiques depuis la fin des années 1980 : sous l’effet de la mondialisation, l’extrême-pauvreté a fortement reculé, principalement en Asie et particulièrement en Chine, tandis que les classes populaires et moyennes des pays développés, notamment européens, ont vu leur niveau de vie stagner alors que les revenus des 1 % les plus riches connaissaient une explosion sans précédent. Une situation qui n’est pas totalement étrangère au sentiment de déclassement qui se répand dans bien des pays développés et qui explique en partie la crise des Gilets jaunes en France.

Sauf que les patrons du MEDEF ne sont manifestement pas prêts à reconnaître un tel constat, à l’image de Xavier Fontanet, ancien président d’Essilor et professeur à HEC, qui lors de cette même table ronde, balaye d’un revers de main les explications de sa collègue et conclut optimiste : « l’économie de marché, quand elle est mise en œuvre par des gens honnêtes, nous permet de faire le bien ». Faut-il alors en déduire que s’il y a quelques ratés manifestes dans la répartition actuelle des richesses et l’accroissement indéniable des écarts de revenus, c’est que certains de nos dirigeant feraient preuve d’une sorte de malhonnêteté intellectuelle ? Un esprit frondeur souffle décidément dans les rangs du patronat français…

L. V.

Afrique, Amazonie : notre maison brûle…

1 septembre 2019

Les médias l’ont suffisamment répété depuis le début de l’été : la forêt amazonienne, ce poumon de notre planète qui permet de capter, grâce à la photosynthèse, 10 % des émissions mondiales de CO2, et de fournir de l’ordre de 20 % de l’oxygène planétaire tout en abritant une part importante de la biodiversité encore présente, est en train de partir en fumée, sous l’œil jusque-là largement indifférent, sinon complice, du gouvernement de Jair Bolsonaro.

Feu de forêt en Amazonie (photo © Victor Moriyama / Greenpeace / AFP / France Inter)

L’Amazonie, plus grande forêt tropicale du monde, voit chaque année, pendant la saison sèche et principalement en juillet-août s’allumer des milliers d’incendies pour la plupart volontaires et destinés à défricher la forêt. L’exploitation du bois ou des minerais n’est guère en cause dans ce processus, pas plus d’ailleurs que les feux de forêt accidentels. La quasi-totalité de ces incendies est motivée par le souci de déforester pour étendre les cultures industrielles de soja et surtout les pâturages pour l’élevage à grande échelle de bovins destinés à l’exportation.

D’ailleurs le Brésil n’est pas le seul en cause même si 60 % de la forêt amazonienne s’étend sur son territoire. Les pays limitrophes que sont notamment la Bolivie, le Pérou ou le Paraguay ont connu également cet été de très nombreux départs de feux. Au Brésil, c’est l’Instituto nacional de pesquisas espaciais (INPE), un institut de recherche spécialisé dans l’observation spatiale, qui a tiré la sonnette d’alarme en mettant en avant le fait que la superficie de la forêt brésilienne partie en fumée durant le seul mois de juillet 2019 a dépassé les 2200 km2, ce qui représente près de 4 fois la surface brûlée en juillet 2018. Au 23 août 2019, l’INPE avait ainsi détecté pas moins de 40 000 feux de forêt depuis le début de l’année 2019, un record absolu depuis 2013, date de début des observations.

Le Président Jair Bolsonaro s’évertue à minimiser le problème de la déforestation en Amazonie , ici le 29 août 2019 (photo © Evaristo SA / AFP / 20 minutes)

Une accélération d’autant plus inquiétante que les messages du gouvernement de Jair Bolsonaro arrivé au pouvoir au début de l’année 2019, tendent justement à minimiser les enjeux environnementaux et à encourager les milieux agro-industriels à accélérer le développement économique sans trop se préoccuper des dégâts collatéraux sur la biodiversité ni d’ailleurs sur les populations indigènes forestières. Le Président a d’ailleurs immédiatement réagi en accusant les chercheurs de l’INPE de faire le jeu de l’opposition en grossissant l’effet de ces feux de forêt, et il limogé le directeur de l’INPE début août, histoire de calmer un peu ces observateurs trop zélés…

Selon des chiffres communiqués par Le Monde dans une vidéo très pédagogique, force est de constater que les superficies de la forêt amazonienne partie en fumée entre les années 1988 et 2004 variaient entre 15 000 et 30 000 km2 par an. C’est le Président Lula qui a réussi, grâce à une politique volontariste destinée à améliorer l’image de marque du Brésil face aux critiques des autres pays, à faire chuter ce taux de déforestation à 4500 km2 par an à partir de 2012, ce qui représente quand même pas loin de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, un taux qui est resté à peu près stable jusqu’en 2018.

Superficie de la forêt amazonienne disparue chaque année en Brésil depuis 1988 (année 2019 incomplète) – source © vidéo Le Monde

C’est donc à l’aune de ce contexte que l’opinion internationale et les associations environnementales s’inquiètent tout particulièrement des très nombreux départs de feu observés depuis le début de l’été dans la forêt brésilienne. D’autant que dans le même temps, le Président Bolsonaro n’a pas hésité à accuser, le 22 août 2019, les ONG d’allumer elles-mêmes les incendies, pour discréditer le gouvernement. Son gouvernement a même refusé, le 27 août dernier, une aide internationale de 20 millions de dollars proposée par le G7 pour lutter contre ces gigantesques incendies hors contrôle, estimant que cette aide serait plus utile pour reboiser le continent européen…

Et le Président Bolsonaro a beau jeu de signaler que, pendant que le monde entier a les yeux braqués sur la forêt amazonienne qui brûle, l’Afrique subsaharienne est en proie à un nombre d’incendies qui, selon les chiffres de la NASA, serait deux fois plus importants.

Feu de forêts recensés depuis l’espace en Amazonie et en Afrique subsaharienne (source © vidéo Le Monde)

Selon une analyse du Monde, la situation des deux continents serait cependant bien distincte. En Afrique, ce n’est pas le bassin forestier du Congo, deuxième poumon vert de la planète derrière l’Amazonie, qui se consume, mais des territoires plus clairsemés, situés plus au Sud, en particulier en Angola, Malawi, Mozambique et Tanzanie. Dans ces pays, la culture sur brûlis reste une pratique très courante et ce sont donc ces friches agricoles qui sont brûlées périodiquement afin d’en améliorer la fertilité avant de les remettre en culture. L’effet sur l’environnement n’en est pas moins déplorable, tant pour la biodiversité que pour l’érosion et la dégradation de ces sols à long terme, mais l’impact environnemental planétaire ne semble cependant pas exactement comparable.

Parcelle agricole gagnée sur la forêt amazonienne au Brésil (photo © Carl de Souza /AFP / Getty Images / Business insider)

Toujours est-il que cet épisode met une fois de plus en évidence l’interdépendance dans laquelle vit la population mondiale : quand une entreprise agro-industrielle, parfois à capitaux européens, met le feu à une partie de la forêt amazonienne, pour dégager des superficies agricoles où seront élevés les bœufs destinés à alimenter nos supermarchés, c’est autant de notre espérance de vie qui disparaît car cela ne peut que contribuer à accélérer le réchauffement climatique de la planète par relargage massif dans l’atmosphère du carbone accumulé, sans même évoquer la perte irréversible de biodiversité qui en résulte. Il est certes pratique d’accuser le gouvernement brésilien de légèreté en la matière, mais il ne faut pas oublier pour autant que chacun, par son comportement de consommateur, est également en partie responsable de cet état de fait…

L. V.

Hongkong : des manifestations à haut risque

19 août 2019

Ce dimanche 18 août 2019 a encore été marqué par d’impressionnantes manifestations dans le centre-ville de Hongkong. Plusieurs dizaines de milliers de Hongkongais se sont ainsi rassemblés dans les allées de Victoria Park, sous une pluie battante. Abrités sous autant de parapluies, cette foule pacifique mais déterminée répondait à l’appel du Front civil des droits de l’Homme, une organisation prônant la non-violence et réclamant davantage de libertés civiques sur ce territoire redevenu chinois le 1er juillet 1997 après 150 ans d’occupation britannique.

Des dizaines de milliers de manifestants à Victoria Park, au centre-ville de Hongkong, dimanche 18 août 2019 (photo © AP / Le Monde)

Disposant désormais d’un statut un peu particulier de « Région administrative spéciale » comme sa voisine Macao, l’ancienne colonie portugaise qui lui fait face, sur l’autre rive à l’embouchure de la Rivière des Perles, en aval de Canton, ce territoire de Hongkong, devenu l’une des trois principales places financières mondiales avec Londres et New York, a une histoire bien particulière qui explique la situation assez inédite dans laquelle il se trouve actuellement.

Hongkong, à l’embouchure de la Rivière des Perles (source © GoogleMaps)

Le premier Européen à parvenir à Honkong, est l’explorateur portugais Jorge Álvares qui y débarque en 1513 et ce sont donc les Portugais qui s’y installent pour établir une tête de pont commerciale. Ce sont eux aussi qui introduisent en Chine dès le XVIIe siècle l’opium produit en Inde et pourtant interdit en Chine par un édit impérial de 1729. Au XVIIIe siècle, les ports chinois sont ouverts aux Européens mais les règles du commerce y sont très strictes, l’empire chinois pratiquant un protectionnisme qui lui permet d’exporter largement ses produits dont le thé, la soie ou la porcelaine, très prisés en Europe.

C’est pour rééquilibrer cette balance commerciale qui ne leur est guère favorable que les Britanniques se mettent, au tout début du XIXe siècle, à exporter massivement l’opium en provenance de leur colonie indienne pour inonder le marché chinois, tout en essayant de forcer la main aux autorités chinoise pour signer un traité de libre-échange plus en leur faveur. Mais les Chinois s’y opposent et les Britanniques décident donc d’utiliser la manière forte.

Prenant prétexte d’une tentative des Chinois de réguler le commerce de la drogue qui prend des proportions alarmantes avec plus de 10 000 tonnes d’opium débarquant chaque année, les Anglais passent à l’attaque pour défendre leur juteux commerce. En 1840, une flotte de guerre lourdement armée attaque le nord de la Chine et menace directement Pékin. Les Chinois sont contraints de signer en 1842 le traité de Nankin qui prévoit notamment la cession de Hongkong à la Grande-Bretagne, et l’ouverture de nouveaux ports au commerce britannique.

Le sac du Palais d’été à Pékin en 1859 (illustration d’époque / La Télé libre)

Mais les Européens en veulent toujours davantage, d’autant que les Français, les Russes et les Américains se mettent aussi sur les rangs, et déclenchent en 1856 une nouvelle guerre de l’opium avec leurs alliés anglais. Un nouveau traité très inégal est signé à Tianjin, mais qui ne suffira pas encore aux appétits commerciaux occidentaux, lesquels conduisent Français et Britanniques à occuper en 1859 la capitale impériale, allant jusqu’à piller et incendier le Palais d’été, un acte honteux dénoncé avec force par Victor Hugo…

La convention de Pékin, signée en 1860, avait déjà permis à la Grande-Bretagne d’élargir considérablement son territoire de Hongkong, mais en 1898, une nouvelle convention avec la Chine lui donne accès, via un bail emphytéotique de 99 ans, à de vastes étendues connues sous le nom de « Nouveaux territoires » autour du port de Hongkong, y compris sur les îles voisines. C’est l’échéance de ce bail en 1997 qui a conduit la Chine à reprendre la main sur cette zone de son ex-empire.

Entre temps, la petite colonie de pêcheurs de Hongkong qui comptait 7500 habitants en 1830 a beaucoup évolué. Avec déjà 1,6 millions d’habitants en 1941, la ville grossit d’au moins 150 000 personnes rentrés illégalement au début des années 1960 pour échapper à la grande famine qui sévit alors dans la Chine communiste de Mao. L’industrie textile s’y développe et, à partir des années 1970, Hongkong devient une place financière prépondérante. La HSBC (Hongkong and Shanghai Banking Corporation), à l’origine de multiples scandales financiers, y a d’ailleurs été créée, par un trafiquant d’opium justement.

Le quartier des affaires à Hongkong, une cité prospère…

A partir de 1979, la proximité de la zone commerciale de Shenzhen créée à l’initiative de Deng Xiaoping, favorise encore le rôle commercial déjà prépondérant de Hongkong qui compte désormais plus de 7 millions d’habitants, dont encore 34 000 résidents britanniques et près de 20 000 de nationalité française. Une ville moderne, dynamique, symbole du libéralisme économique mondialisé et qui bénéficie, depuis 1997 et en principe au moins jusqu’en 2047, d’un statut à part au sein de la République populaire de Chine, selon le principe « Un pays, deux systèmes », qui lui permet de conserver notamment sa monnaie et l’accès à un multipartisme.

Manifestants dans les rues de Hongkong le dimanche 16 juin 2019 (photo © Sam Tsang / SCMP)

Mais 30 ans plus tard, la Chine dont la puissance économique et militaire s’est considérablement renforcée et qui a de nouveau des visées expansionnistes dans son environnement proche, commence à préparer la normalisation du statut de Hongkong. C’est d’ailleurs en réaction à un projet de loi sur l’extradition vers la Chine des opposants politiques que se sont déclenchées, le 9 juin dernier, les premières manifestations qui ont rassemblé de l’ordre d’un million de personnes, du jamais vu dans ce pays peu politisé. Des manifestations qui prennent peu à peu de l’ampleur avec sans doute près de 2 millions de manifestants dans les rues de Hongkong le 16 juin et même une intrusion dans les bâtiments du Conseil législatif le 1er juillet.

Il va sans dire que les autorités de Pékin peuvent difficilement tolérer une telle mobilisation populaire qui réclame explicitement davantage d’autonomie et moins d’ingérence du pouvoir chinois dans la vie démocratique locale. Dès le 13 août, Pékin a fait savoir que des troupes en nombre et des chars d’assaut de l’Armée populaire de libération avaient été massés dans les stades de Shenzhen, aux portes de Hongkong, rappelant au passage, sous forme de menace à peine voilée, qu’ils pouvaient être sur place en seulement 10 minutes.

L’arrivée des chars sur la place Tian’anmen à Pékin en 1989 (photo © Jeff Widener / AP)

On sent désormais que Pékin n’attend plus qu’un prétexte pour intervenir et ramener l’ordre dans cette « Région administrative spéciale », n’hésitant pas à monter en épingle les heurts qui se sont produits à l’issue de l’occupation de l’aéroport et qualifiant les manifestants de terroristes. Pour ceux qui ont raté les images de l’entrée des chars russes à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, voire l’écrasement des manifestants sur la place Tian’anmen en 1989 qui aurait fait de l’ordre de 10 000 morts, une séance de rattrapage est peut-être en préparation…

L. V.

 

Et pendant ce temps-là, il neige en Australie…

17 août 2019

La semaine du 15 août est traditionnellement en France celle où l’on se bouscule le plus sur les plages. Après les deux épisodes de canicule qui se sont succédé fin juin puis à nouveau fin juillet, les températures de cette deuxième semaine d’août étaient certes à un niveau plus raisonnable, mais suffisamment élevées pour attirer de nombreux vacanciers dans les stations balnéaires, notamment sur le pourtour méditerranéen où il faut parfois jouer du coude pour arriver à étaler sa serviette sur un coin de sable chaud.

Plages de Manly à Palm Beach au nord de Sydney (source © Australia-Australie)

Et pendant ce temps-là, de l’autre côté du globe, c’est l’hiver austral. En Australie justement, pourtant réputée pour son climat semi-aride voire carrément désertique sur une large portion centrale du pays, et alors que le continent avait subi jusqu’en février 2019 une canicule sans précédent, enregistrant fin janvier des records de température jusqu’à 49,5 °C et des feux de forêts dévastateurs, c’est une vague de froid inédite qui s’est abattue sur le pays entre le 9 et le 12 août…

C’est la partie sud-est du continent australien qui a subi de plein fouet cette vague de froid polaire venue de l’Antarctique. Il a neigé dans l’État de Nouvelle Galles du Sud et surtout dans celui de Victoria, encore plus au sud, ainsi qu’en Tasmanie. Melbourne et la capitale Canberra se sont retrouvées sous la neige, de même qu’Hobart, la ville principale de Tasmanie, qui n’avait pas vu la neige depuis une bonne vingtaine d’années. A Melbourne, il faut remonter au 25 juin 1986 pour retrouver la trace du dernier flocon tombé et les dernières grosses chutes de neige sur la ville datent de 1951, ce qui donne une idée de la rareté de l’événement.

Des kangourous aux sports d’hiver, à Lyonville (Victoria’s central highlands) (photo © Nicholas Dunand / The Conversation)

Des milliers de foyers se sont retrouvés sans électricité du fait de ces chutes de neiges particulièrement abondantes, non seulement dans les parties les plus montagneuses (où l’on a relevé jusqu’à plus de 2 m de neige dans certaines stations de ski) mais aussi en plaine à moins de 300 m d’altitude. Plusieurs vols ont dû être annulés à cause de ces conditions atmosphériques déplorables, et les images des pauvres kangourous bondissant au milieu de champs de neige pour se réchauffer les pattes ont fait le tour du monde.

Des kangourous peu à l’aise sous la neige (photo © capture Twitter/@stephengrenfel1)

Dans les zones les plus montagneuses du sud-est de l’Australie, les chutes de neige se produisent quasiment chaque année. Mais en plaine, le phénomène est beaucoup plus rare, ce qui explique qu’il ait eu un tel retentissement. Selon le site australien The conversation, les chutes de neige les plus importantes connues localement, dans un pays où, il est vrai, la mémoire écrite des événements météorologiques est relativement récente, datent de l’année 1900 au cours de laquelle il avait été enregistré 60 cm de neige dans la ville de Bathurst, située à 200 km à l’ouest de Sydney et à 650 m d’altitude. En 1965, la neige était remontée au nord-est de l’Australie jusqu’à la ville de Mackay située pourtant à 900 km au nord de Brisbane.

Kangourous sautant dans la neige près de Goulburn, au Sud-Ouest de Sydney, en août 2019 (photo © capture Twitter/@stephengrenfel1)

Au cours des 20 dernières années, c’est en mai 2000 que la neige était déjà tombée de manière abondante dans l’État de Victoria et c’est la dernière fois qu’on a vu la neige tenir au sol dans le centre de Canberra. Ce n’est donc pas tous les ans, loin de là, que les kangourous australiens ont le loisir de gambader dans la poudreuse, ce qui semble d’ailleurs n’avoir rien d’une partie de plaisir pour ces animaux habitués à une météo nettement plus clémente.

Comme à l’accoutumée, cet épisode de froid polaire et de chutes de neige intenses qui s’est abattu sur le sud-est australien n’a pas manqué de déclencher une nouvelle fois les sarcasmes de tous les climato-sceptiques. De fait, les climatologues australiens observent bel et bien une augmentation moyenne très sensible des températures et une baisse significative du nombre de jours de précipitations neigeuses depuis le début des années 1990.

Ce qui n’empêche pas que se produisent épisodiquement des chutes de neige exceptionnelles accompagnées d’un froid polaire pendant quelques jours, comme le pays en a connu cette semaine : un phénomène climatique intense reste aléatoire et peut très bien se produire lorsque les conditions météorologiques sont réunies, sans pour autant que cela ne vienne contredire une évolution climatique moyenne qui traduit un réchauffement global du climat de plus en plus notable, quoi qu’en disent certains !

L. V.

A Carnoux, des cèdres décèdent…

15 août 2019

Décidément, l’été ne vaut rien pour les arbres d’ornement de Carnoux-en-Provence… Déjà il y a 10 ans, en août 2009, sur ce même blog, nous déplorions l’état des platanes d’alignement qui bordent la route départementale sur toute la traversée du village et qui sont infestés de tigres, ces minuscules punaises invasives d’origine américaine qui se nichent dans les jeunes feuilles et les dévorent de l’intérieur.

Dix ans plus tard et malgré les traitements effectués épisodiquement pour tenter d’enrayer la progression des attaques, lesdites feuilles de platanes sont toujours aussi racornies et blanchâtres en ce mois d’août 2019, ce qui laisse penser que la colonie de tigres carnussiens a continué à prospérer depuis.

Groupe de cèdres desséchés devant la Crémaillère (photo prise le 11 août 2019 © CPC)

Mais les platanes de Carnoux ne sont pas les seuls à souffrir en cet été 2019. Le groupe de cèdres qui trônent devant l’hôtellerie de la Crémaillère, en plein centre-ville, dans le parc Tony Garnier récemment réaménagé, a littéralement séché sur pied pendant l’été. Craignant peut-être qu’ils ne s’abattent brutalement sur les passants et les jeunes enfants qui fréquentent les jeux à proximité, les services techniques municipaux ont délimité un périmètre de sécurité autour de ce groupe de 4 cèdres majestueux dont trois sont manifestement déjà morts. Des barrières de protection ont été mises en place et un panneau avertit du danger tandis qu’un autre annonce des travaux, qui consisteront très certainement à démonter ces arbres avant de les abattre.

Périmètre de sécurité devant les cèdres morts (photo prise le 11 août 2019 © CPC)

La raison d’un dépérissement aussi soudain reste à déterminer. S’agit-il d’un effet du changement climatique et de la vague de canicule du mois de juillet qui a soumis ces arbres à de fortes températures, au point de risquer l’embolie ? En 2018, année de forte chaleur déjà, les forestiers avaient tiré la sonnette d’alarme devant l’hécatombe des épicéas morts par milliers dans les forêts des Vosges et du Jura, affaiblis par les fortes chaleurs et la sécheresse, puis achevés par les parasites dont certains scolytes, des coléoptères qui creusent leurs galeries dans le bois.

S’agit-il tout simplement d’un effet des travaux de réaménagement du parc qui s’étend entre la Crémaillère et la route départementales, soit que les cèdres en question n’aient pas apprécié le parti pris architecturale de ce réaménagement paysager, soit plus prosaïquement que leurs racines aient eu à souffrir des terrassements effectués à leur pied ? A moins que ce ne soit l’effet du coup de chaud survenu lorsque le toit de la mairie alors (et toujours…) en chantier a pris feu ?

On ne saura probablement jamais la véritable cause de ces décès en cascade mais force est de constater que les alentours de la Crémaillère, cet ancien relai de poste daté du XVIIe siècle, vont perdre une partie de leur cachet une fois ces cèdres morts enlevés. Heureusement, le plus vieux des cèdres, celui qui trône majestueusement à l’angle de la bâtisse, le long de la rue Tony Garnier, et qui a donné son nom à une des associations de Carnoux, ne semble pas atteint pour l’instant.

Le cèdre le plus ancien, à l’angle du bâtiment principal de la Crémaillère, le long de la rue Tony Garnier (photo prise le 11 août 2019 © CPC)

L’examen d’anciennes photos aériennes montre d’ailleurs qu’en août 1950 le cèdre en question s’élevait déjà à l’angle de la Crémaillère, ainsi que les platanes qui abritent toujours sa terrasse. A cette époque, les seules bâtisses visibles dans tout le vallon de Carnoux alors bien cultivé, étaient, outre le vieux relai de poste déjà exploité comme hôtel, quelques fermes du côté du Moulin des Calanques et le groupe de maisons du hameau des Barles. Le beau jardin à la française qui s’étendait déjà au pied de la Crémaillère ne montrait cependant nulle trace des jeunes cèdres qui viennent de rendre l’âme cette année.

Vue aérienne de la Crémaillère en août 1950 (source : IGN / remonter le temps)

Dix ans plus tard, alors que les constructions de Carnoux émergent peu à peu dans la plaine, on aperçoit sur une photo aérienne datant de mars 1961,, les bâtiments de la galerie commerciale toute neuve qui vient rogner sur le beau jardin de la Crémaillère, mais toujours pas de trace apparente des cèdres en question, pas plus d’ailleurs que de la future place de la mairie qui n’est encore qu’un vaste pré en friche…

Vue aérienne du centre de Carnoux en mars 1961 (source : IGN / remonter le temps)

Fin 1964, le centre-ville de Carnoux présente déjà une physionomie plus proche de sa configuration actuelle même si ni la mairie ni l’église ne sont encore sorties de terre. Un peu plus d’un an plus tard, en mars 1966, l’école est en chantier et il ne manque plus que la Résidence III pour fermer la place de la mairie et donner au cœur du village la configuration qu’il gardera jusqu’au début des années 2000. Mais toujours pas de trace apparente des cèdres devant la crémaillère, lesquels sont en revanche bien visibles sur une vue aérienne datant de janvier 1970, ce qui laisse penser que ces arbres qui viennent de passer de vie à trépas n’avaient finalement qu’une petite cinquantaine d’années.

Vue aérienne du centre de Carnoux en janvier 1970 (source : IGN / remonter le temps)

On peut donc parler sans conteste de morts prématurés pour cette espèce dont on connait des spécimens âgés de plus de 1000 ans. Faut-il y voir un mauvais présage pour la commune dont la naissance remonte peu ou prou à la plantation de ces cèdres ? Espérons en tout cas que leur grand frère qui trône majestueusement à l’angle de la Crémaillère et qui contribue largement au charme de ce bâtiment ne les suivra pas dans la tombe…

L. V.

Salade niçoise : Estrosi ne veut plus de riz…

26 juillet 2019

Avec la montée en puissance de l’intercommunalité et le transfert massif de la plupart des compétences communales vers les métropoles, communautés d’agglomération et autres communautés de communes, beaucoup craignaient que le conseil municipal, haut-lieu traditionnel du débat démocratique de proximité, ne perde de son acuité.

Affiche du film Clochemerle, réalisé en 1947 par Pierre Chenal

Heureusement l’ego et le sens du spectacle de nos élus locaux font beaucoup pour que perdurent les joutes homériques et les débats de fond qui ont toujours fait le sel des séances du conseil municipal. Admirablement mis en scène dans le petit village fictif de Clochemerle, dans le Beaujolais, les discussions enflammées autour de l’installation d’une pissotière municipale, sont restées dans les annales, même si elles n’ont rien à envier aux échanges tout aussi houleux qui ont eu lieu récemment lors de la mise en place d’urinoirs tout autant controversés dans les rues de la capitale parisienne.

Certes, les conseillers municipaux doivent bien souvent se contenter au quotidien de dossiers moins brûlants et l’intérêt des échanges en séance en pâtit quelque peu. Mais on peut faire confiance à l’imagination et au goût pour la joute oratoire de nos élus comme l’ont encore démontré les débats qui ont eu lieu il y a peu dans la salle du conseil municipal de Nice, autour du projet de nouveau règlement que le maire Christian Estrosi a tenu à faire adopter pour mieux encadrer l’organisation des mariages dans sa bonne ville.

Christian Estrosi lors de son (re)mariage avec Laura Tenoudji en novembre 2016 (photo © Jacovides – Borde – Moreau / BestImage / Gala)

Il faut dire que la question des mariages niçois fait partie sans conteste des priorités de cet ancien coureur motocycliste et éphémère Président de la Région PACA, lui-même remarié récemment à 61 ans, le 12 novembre 2016, et qui avait déjà édicté en 2012 un règlement particulièrement sévère pour éviter tout débordement dans la salle des mariages de sa mairie : interdiction absolue de déployer un quelconque drapeau, surtout étranger, obligation de respecter scrupuleusement les horaires prévus et aucune tolérance pour le moindre cri ou chahut dans la cour d’honneur de la mairie située dans le Vieux-Nice, à deux pas de la mer.

A défaut de respecter ces consignes pour lesquels les futurs époux s’engageaient par écrit au nom de toute la noce en signant une charte stipulant que tous leurs invités s’abstiennent de « troubler la quiétude, la tranquillité et la solennité de l’instant », le mariage risquait bel et bien d’être annulé ou reporté comme ce fut le cas une petite dizaine de fois en quelques années de mise en application. Sur 8000 mariages célébrés pendant cette période, voilà qui n’est pas énorme et ne méritait peut-être pas une telle délibération du conseil municipal.

Mais début novembre 2018, selon Le Parisien, un invité, particulièrement enthousiaste et qui plus est marseillais, d’une noce niçoise n’a pas pu s’empêcher de lancer un fumigène depuis le cortège nuptial. Manque de chance, le fumigène en question a atterri sur le toit du commissariat de la ville, ce qui a valu au jeune noceur en question une interpellation immédiate pour « violences volontaires avec arme par destination contre personne dépositaire de l’autorité publique ». Placé en garde à vue pendant 24 heures, le contrevenant a vu sa Mercedes saisie par les pandores et il a écopé d’une amende de 300 euros assortie de 2 mois de suspension de permis tandis qu’un autre participant à la noce a aussi été interpellé et jugé pour outrage aux forces de l’ordre. Le mariage a du coup été dûment annulé par le maire hors de lui.

Mariage à Nice (photo © Valéry Hache / AFP / France 3 Régions)

Et l’affaire n’en est pas restée là puisque Christian Estrosi en a déduit qu’il n’y avait rien de plus urgent que de restreindre encore les conditions pour qu’un mariage puisse être célébré jusqu’à son terme dans la bonne ville de Nice. D’où la récente passe d’armes qui s’est tenue dans la salle du conseil municipal, lundi 17 juin 2019, lorsque le maire a présenté un nouveau règlement intérieur revu et corrigé, qui prévoit pour les futurs mariages à célébrer, les formalités obligatoires préalables, le respect des horaires de la cérémonie, le lieu, l’accès et le stationnement des véhicules, le respect du nombre d’invités en accord avec la capacité de la salle, mais aussi l’attitude à adopter lors de la cérémonie et le comportement du cortège.

Un mariage à la sortie de la mairie de Nice (photo © Lucie Werner)

Un comportement exemplaire à tous égards, cela va de soi, pour lequel il a fallu pas moins de 20 articles pour dresser la liste de tous les interdits afin que, comme l’a exprimé avec grandiloquence le maire de Nice « cette cérémonie unique reste inoubliable pour chacun ». Il est en particulier désormais « interdit sur le parvis de la mairie, lors de la sortie des mariés, de jeter du riz afin de ne pas attirer les pigeons ».

Au pays de la salade niçoise, voilà qui n’a pas laissé d’étonner certains des élus municipaux, comme le rapporte Le Figaro. Mais l’adjoint à l’état civil a rapporté que, la semaine précédente, « une dame âgée qui ne faisait même pas partie du mariage a glissé sur des grains ». Un argument imparable en effet : sur la Côte d’Azur, on ne badine pas avec la sécurité, surtout celle des personnes âgées, d’autant que les invités ont la main lourde ainsi que l’a rapporté doctement le même élu : « le calcul est très simple: à raison d’un demi-kilo de riz au moins par mariage pour trente cérémonies, cela fait entre 15 et 30 kg de riz sur le parvis ! ». Voilà qui fait en effet désordre, mais fort heureusement et grâce à la mansuétude du maire, le lancer de confettis ou de pétales reste autorisé, sauf bien sûr si les pétales de rose sont en plastique car à Nice on ne rigole pas non plus avec l’environnement.

Quant à l’article 12 du tout nouveau règlement, il stipule ni plus ni moins que « toute tenue burlesque ou déguisement est à proscrire ». Une mesure qui a failli faire s’étouffer l’élu d’opposition, le socialiste Paul Cuturello, déclarant en séance : « interdire le déguisement au pays du carnaval, là, on dépasse les bornes, c’est d’un ridicule achevé ! ».

Conseil municipal de la Ville de Nice (source Les Petites Affiches des Alpes Maritimes)

Un avis partagé, selon Nice Matin, par l’ex-adjoint au maire en charge de l’État civil, Auguste Vérola, lequel avait été démis de ses fonctions par Christian Estrosi à cause de son rapprochement avec l’ennemi héréditaire Éric Ciotti, et qui n’a pas pu s’empêcher de commenter ; « ll faut que cela reste festif ! Annuler un mariage n’est pas glorieux ! ». Ce qui lui a valu de la part du maire une réplique cinglante : « de la part de quelqu’un qui a uni des mariés déguisés en gorilles ou en palmes ! ». Il se passe décidément de drôles de choses dans la salle des mariages de l’hôtel de ville de Nice et il était grand temps d’y mettre un peu d’ordre…

L. V.

Petit retard de livraison…

21 juillet 2019

L’adage est bien connu : mieux vaut tard que jamais. Une philosophie qui ne colle plus très bien, à vrai dire, avec les exigences des consommateurs actuels qui veulent tout, tout de suite (et si possible pour pas cher), comme en témoigne le succès planétaire de l’entreprise Amazon, le géant américain du commerce électronique en ligne, créée en 1994 par Jeff Bezos et qui est devenu en 2016 le premier distributeur non alimentaire en France.

Préparateurs de commande pour Amazon (source © Usine Digitale)

La fiabilité de la logistique mise en place par cet entrepreneur, capable de livrer une variété astronomique de produits, presque partout dans le monde et en quelques jours seulement (voire avec un délai de 1 jour ouvré seulement pour le service Amazone Prime, et bientôt peut-être en anticipant même les commandes) n’est pas pour rien dans le succès commercial de la firme de Seattle.

Étonnant même, quand on constate le nombre de griefs qu’elle concentre pourtant sur elle, depuis les accusations de fraude ou tout au moins d’optimisation fiscale à grande échelle jusqu’aux soupçons de dumping, en passant par les critiques sévères des conditions de travail voire les reproches des commerces de proximité en général et des libraires en particulier qui considèrent qu’Amazone veut leur peau, et l’a d’ailleurs déjà largement obtenu…

Mais il n’en a pas toujours été ainsi et l’on était semble-t-il plus conciliant envers la qualité du service commercial, y compris à la cour de Roi de France, du temps du Roi Soleil lui-même, pourtant réputé exigeant. En 1670, alors que Louis XIV est au sommet de son règne absolutiste et que les travaux d’agrandissement du château de Versailles battent leur plein, une commande royale de blocs de marbre rouge est passée au bénéfice des carrières de Caunes-Minervois.

Cheminée en marbre rouge du Languedoc dans le salon rond du Grand Trianon (source © Marc Maison)

Ce fameux marbre rouge du Languedoc qui a largement été utilisé à Versailles provient de carrières ouvertes dans les flancs de la Montagne Noire, qui surplombe la plaine du Minervois, dans l’Aude, la petite ville de Caunes étant édifiée sur les berges d’un cours d’eau au nom évocateur d’Argent-Double. Le marbre incarnat qui y est extrait a fait la renommée du secteur depuis l’époque romaine et nombre des pierres ayant servi à construire le Grand-Trianon en particulier proviennent de là.

Dans la carrière de Villerambert, un bloc de marbre commandé par Louis XIV et pas encore livré… (source © Marbres en Minervois)

Seulement voilà, pour une raison restée inconnue, les blocs de marbre commandés en 1670 et qui étaient destiné à une chapelle du château de Versailles n’ont jamais été livrés. Une partie des anciennes carrières étant toujours en exploitation, le plus drôle est qu’on vient de retrouver les blocs en question, oubliés dans les fourrés au milieu des buissons. L’estampille royale qui y figure atteste sans doute possible qu’il s’agit bien de blocs commandés pour les besoins du chantier il y a près de 350 ans et qui n’a jamais été livrés.

Mais qu’à cela ne tienne : le gérant de la carrière depuis 2001, un certain Khalid Massoud, qui a créé l’association Marbres en Minervois, destinée à faire mieux connaître les qualités esthétiques et architecturales de cette pierre à bâtir, n’allait pas laisser un tel incident commercial entacher l’honneur des carrières de Caunes-Minervois. Il s’est donc mis en tête d’honorer enfin la royale commande et de livrer sans plus tarder un des blocs tant attendus.

Carrière de marbre rouge à Caunes-Minervois (photo © Thierry Pons / MaxPPP / La Croix)

Comme on n’est plus à quelques années près, l’auguste client étant mort depuis belle lurette ainsi que son comptable, l’association a décidé de faire les choses dans les règles et de se conformer aux mœurs de l’époque, pour livrer le colis en souffrance. Khalid Massoud a donc fait appel au mécénat d’entreprise en mobilisant plusieurs acteurs locaux et des bénévoles afin d’expédier le bloc de marbre avec les moyens de transport en vigueur au XVIIe siècle.

Après 5 ans de recherches, de collecte des fonds, de mobilisation des initiatives et de démarches administratives, un premier bloc d’environ 1 tonne a été chargé sur une charrette tirée par un robuste cheval de trait qui l’a acheminé début juin 2019 jusqu’à La Redorte, où le bloc a été chargé le 13 juin sur une solide gabarre construite par une scierie locale à l’aide d’une dizaine de gros pins Douglas. Le radeau tiré par des chevaux permettra de transporter le bloc sur le Canal du Midi jusqu’à Carcassonne, où il sera déchargé pour y être entreposé tout l’hiver.

Départ du bloc en charrette (photo © Christophe Barreau / L’Indépendant)

A l’époque du Roi Soleil, les blocs de marbre mettaient 6 mois pour atteindre Versailles. Mais comme les réclamations du client se sont faites plus discrètes au fil des siècles, il n’y a plus d’urgence à livrer et l’association compte bien prendre son temps, sans doute 4 ou 5 ans, histoire d’entretenir le battage médiatique et de faire grimper la renommée de ce marbre injustement méconnu.

Le bloc principal, qui pèse pas moins de 3 tonnes, actuellement déposé sur l’immense radeau sera d’ici là acheminé lui aussi à Carcassonne, mais pas par le Canal du Midi où une telle embarcation n’est pas autorisée à naviguer. Une fois transportée jusqu’à Toulouse, les pierres devraient être chargées dans une goélette qui les conduira par la Garonne jusqu’au port de Bordeaux, d’où une embarcation militaire pourrait prendre le relai pour le tronçon maritime du périple jusqu’au port de Rouen. C’est finalement une charrette qui finira le trajet pour remonter la Seine jusqu’à Versailles. Un beau coup de publicité en tout cas pour ce carrier dont l’initiative ravit les médias locaux, de l’Indépendant à FR3 Occitanie en passant par la Dépêche ou le Midi Libre. Heureusement que le chantier n’attendait pas vraiment après ce bloc oublié…

L. V.

En Inde, les grandes manœuvres pour la bataille de l’eau

18 juillet 2019

Une des grands enjeux de notre temps est sans conteste la gestion des ressources en eau. Sous l’effet du développement démographique, les besoins sont de plus en plus importants, en particulier pour les nécessités de l’agriculture irriguée, mais aussi de certaines activités industrielles et économiques, dont le tourisme de masse.

Économies d’eau, comment s’y prendre… (source © CISALB)

Mais en parallèle, ces mêmes activités humaines se traduisent par une pollution des ressources en eau, tant dans les rivières que dans les sols et donc dans les nappes souterraines. Les quantités d’eau disponibles, propres à la consommation humaine après traitement, sont donc en voie d’amenuisement, avec naturellement de très fortes disparités selon les régions. Et les perspectives liées au changement climatique ne vont pas arranger les choses.

En France même, les modèles de prévision indiquent que les débits d’étiage de certains cours d’eau et surtout les niveaux des nappes souterraines sont appelés à diminuer de manière très significative dans les décennies à venir. Mais la situation est loin d’être dramatique et les adaptations pour y faire face, via une optimisation des consommations, une amélioration des dispositifs de traitement, une meilleure réutilisation des eaux usées, voire la construction d’ouvrages de stockage, devraient permettre de faire face sans trop d’inquiétude à cette évolution.

Femmes puisant l’eau en Inde dans le lit de la rivière Gundar au Tamil Nadu (photo © R. Ashok / A l’encontre)

Il n’en est pas de même dans d’autres pays qui font d’ores et déjà face à des pénuries d’eau nettement plus inquiétantes. C’est le cas par exemple en Inde où vit 16 % de la population mondiale avec, à sa disposition, seulement 4 % des ressources en eau de la planète. Selon un rapport publié en juin 2018 par l’agence Niti Aayog qui conseille le gouvernement indien, près des trois-quarts des foyers ne sont pas desservis en eau et 600 millions d’habitants font face à de graves problèmes de pénurie.

On dénombrerait ainsi d’ores et déjà 200 000 personnes qui meurent chaque année en Inde faute d’accès à l’eau potable et la situation est appelée à empirer puisque selon les projections de Niti Aayog, les besoins en eau devraient représenter d’ici 2030 le double des ressources en eau disponibles. Une terrible équation qui s’explique en partie par une très forte augmentation démographique, les projections de l’ONU prévoyant que l’Inde devrait compter 1,4 milliards d’habitants dès 2027, devenant à cette date le pays le plus peuplé du monde, devant la Chine.

Rivière Ganga encombrée de déchets à Allahabad en Inde (photo © Sanjay Kanojia / AFP / Getty Images / Mr Mondialisation)

Mais d’autres facteurs jouent également, dont le fait que 50 % des apports pluviométriques annuels tombe en une quinzaine de jours seulement, pendant la mousson, provoquant ruissellement, érosions, pollutions et inondations catastrophiques, mais ne favorisant guère l’infiltration dans les nappes, lesquelles sont de plus en plus exploitées (et souvent polluées) par les innombrables forages qui ont été réalisés ces dernières décennies, souvent de manière assez anarchique.

Cette année, le premier ministre nationaliste Narendra Modi, tout juste triomphalement réélu, a dû ainsi faire face à un retard catastrophique de l’arrivée de la mousson, au point que les autorités ont été obligées de conseiller aux agriculteurs de ne pas semer, de peur de voir toute leur récolte sécher sur pied. Des émeutes ont éclaté au Madhya Pradesh où la police n’a eu d’autre choix que de surveiller nuit et jour les réservoirs d’eau pour éviter les vols, tandis que les écoles ont dû fermer au Karnataka faute de possibilité d’y donner à boire aux enfants. Des convois de train ont été organisés pour ravitailler en eau la capitale du Tamil Nadu tandis que les camions citernes font la noria vers les hôpitaux, comme le relate Le Monde.

Approvisionnement en eau par camion-citerne à New Delhi (photo © Adnan1 Abidi / Reuters / Le Temps)

Pour faire face à une situation aussi inquiétante, certains responsables politiques ont voulu prendre le problème à bras le corps et se lancer dans des travaux d’aménagements pharaoniques, pour tenter de retenir cette eau si précieuse. C’est le cas notamment dans l’État du Telangana, créé en 2014 par une partition de celui d’Andra Pradesh. Situé sur le plateau du Deccan, cet État est traversé par deux grands fleuves, la Godavari et la Krishna, mais l’essentiel de sa surface est néanmoins semi-aride et sa capitale, Hyderabad, souffre de difficultés chroniques d’approvisionnement en eau potable.

Chantier de construction d’un des réservoirs du gigantesque complexe de détournement des eaux de la Godavari (source © Gouvernement du Telangana / Financial Express)

Sous l’impulsion du gouverneur local, un projet titanesque a été mené à bien, inauguré le 21 juin 2019, destiné à retenir une partie des eaux de la Godavari et de son affluent la Pranitha, lors des crues de mousson : selon un article publié à ce sujet dans Marianne, ce sont pas moins de 5 milliards de m3 qui seront ainsi retenus via le barrage de Medigadda et renvoyés par de gigantesques pompes jusqu’à 30 km plus en amont vers d’autres immenses retenues, dont le lac réservoir de Yellampalli situé à une altitude très supérieure. De là partira un réseau complexe de canaux et de canalisations destinés à distribuer de manière gravitaire toute cette eau précieuse, destinée en priorité à l’irrigation mais aussi à l’alimentation en eau potable.

Barrage de Yellampalli (source © The Hindu)

Le projet fait rêver toute la population, à l’exception sans doute des quelques 30 000 habitants dont les villages ont été rayés de la carte et qui ont dû partir chercher refuge ailleurs. A l’exception aussi de certains esprits chagrins, soucieux de la disparition de 3000 ha de forêts rasées pour faire face aux pelleteuses, et qui s’inquiètent du sort des espaces forestiers préservés situés en aval et qui ne seront plus alimentés par toute cette eau détournée vers l’amont.

Chantier de construction du barrage de Medigadda (source © Telangana Today)

Le premier ministre en tout cas est très fier de ce projet dont les ingénieurs indiens affirment qu’il s’agit du plus grand système d’irrigation jamais construit au monde. Il faut dire que sa réalisation a quand même coûté la bagatelle de 10,3 milliards d’euros et que son fonctionnement annuel est estimé à 1,8 milliard d’euros car il exigera d’énormes quantités d’électricité pour actionner les pompes.

Vue d’un des ouvrages de transfert d’eau du projet d’irrigation de Kaleshwaram (source © Shanmugamias Academy)

Par son ampleur, ce projet s’inscrit dans la droite ligne des ouvrages hydrauliques titanesques tels que la barrage d’Assouan, celui des Trois-Gorges en Chine, la grande rivière artificielle qui traverse la Libye sur 3000 km, ou encore le projet avorté de détournement vers le Sud des grands fleuves de Sibérie. L’avenir dira si les bénéfices qui en seront retirés compenseront ou non les impacts négatifs tant sociaux qu’environnementaux qu’un tel projet ne peut éviter, et si le bilan économique est à la hauteur des ambitions politiques qui le portent. Il ne sera pas dit en tout cas que les ingénieurs indiens seront restés les bras croisés face au formidable défi de la bataille de l’eau !

L. V.

A Marseille, le métro craint que les immeubles ne lui tombent sur la tête…

15 juillet 2019

Nos ancêtres les Gaulois, lithographie du XIXe siècle (photo © Selva / Leemage)

La légende de nos ancêtres les Gaulois ne craignant qu’une chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête, est tenace bien que sans doute largement excessive. Popularisée par les bandes dessinées d’Astérix, cette croyance a néanmoins un fond de vérité, puisqu’elle résulte du témoignage d’un historien grec, Arrien, auteur de l’Anabase d’Alexandre, qui relate les campagnes d’Alexandre le Grand en s’appuyant notamment sur les mémoires d’un de ses généraux, Ptolémée.

Selon ce témoignage, l’histoire se passe en 335 avant J. C., plusieurs siècles donc avant la conquête de la Gaule par Jules César. Les Gaulois dont il est question sont en réalité des Celtes de la Gaule cisalpine, autrement dit du nord de l’Italie, plus précisément de la petite ville d’origine étrusque nommée Adria, située à l’embouchure du Pô et qui a donné son nom à la mer Adriatique toute proche. Ces farouches guerriers sont des mercenaires habitués à louer leurs services à Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, qui avait établi à cet endroit une garnison militaire devenue centre de recrutement.

Alexandre le Grand à la bataille d’Issos, détail d’une mosaïque de Pompéi, conservée au musée de Naples

Quelque peu désœuvrés depuis la chute de son fils, Denys le Jeune, quelques années auparavant, ces guerriers gaulois viennent en fait dans l’idée de se faire recruter par le nouveau roi de Macédoine qui s’apprête à partir à l’assaut de l’empire Perse et de conquérir l’Asie. Alexandre les invite à un banquet et leur demande ce qu’ils craignent le plus, persuadé qu’ils répondront diplomatiquement en indiquant qu’ils redoutent avant tout les foudres du souverain tout puissant Alexandre le Grand.

C’est pourquoi la réponse des guerriers celtes, indiquant qu’ils n’ont peur que d’une chose, à savoir que le ciel leur tombe sur la tête, est restée dans les mémoires et dans les chroniques historiques. Faut-il cependant y voir l’expression d’une véritable croyance propre à la cosmogonie celtique qui se traduirait par une réelle peur que les puissances célestes viennent s’abattre sur les fiers guerriers gaulois ? En réalité et vu le contexte, Alexandre et son général Ptolémée traduisent plutôt cette affirmation ambiguë comme un acte de provocation de leurs invités, une manière de dire qu’ils n’ont peur de personne, pas même du roi de Macédoine… Ils en déduisent que ces Gaulois ne sont que des vantards, mais que leur vaillance mérite de les incorporer dans l’armée d’Alexandre…

Malgré la tradition qui prétendrait que nous serions tous lointains descendants de ces guerriers arrogants, la crainte que le ciel ne nous tombe sur la tête, n’est plus guère répandue de nos jours dans ce qui était autrefois le territoire de la Gaule transalpine.

Population réfugiée à la station de métro Lamarck pendant une alerte aérienne en 1944 (photo © Doisneau / coll. J. Robert / Ktakafka)

Certes, les circonstances nous rappellent parfois que le danger peut venir du ciel. Lors des bombardements allemands, puis surtout alliés, qui ont durement meurtri plus d’une ville française durant la dernière guerre mondiale, la population française avait pris l’habitude de se réfugier dans les caves et, à Paris, dans les stations de métro en espérant y être à l’abri des bombes. Cela ne sera pas toujours suffisant à en juger par le nombre incroyable de victimes civiles du fait de ces bombardements, y compris d’ailleurs dans les stations de métro comme celle de Pont-de-Sèvres, où 80 personnes ont trouvé la mort début 1943 suite à un raid audacieux de la Royal Air Force visant les usines Renault à Boulogne-Billancourt mais ayant arrosé un peu large.

Civils tués par un bombardement anglais le 4 avril 1943 à la station de métro Pont-de-Sèvres (photo Berliner Verlag archives ; source © Alamy Images)

Mais voilà que de nos jour certaines stations de métro non seulement ne constituent plus des abris sûrs contre les menaces venues du ciel, mais doivent même être fermées à cause de ces mêmes menaces. En l’occurrence, c’est le cas de la station Jules Guesde, située dans le 2e arrondissement de Marseille, laquelle a fait l’objet d’un arrêté municipal de police, le mercredi 19 juin 2019, ordonnant l’évacuation de 42 habitants et la fermeture sine die de la station de métro. La raison évoquée est que 3 immeubles vétustes de la rue de la Butte, située à deux pas de la Porte d’Aix et de l’Hôtel de Région, menacent de s’effondrer, sur l’entrée de la station de métro !

Périmètre de sécurité déployé place Jules-Guesde (photo © Emilio Guzman / Marsactu)

Une partie des immeubles branlants qui bordent la place avaient pourtant déjà été démolis en 2017 dans le cadre de l’opération Euroméditerranée qui intègre ce secteur, mais ceux des numéros 4, 6 et 8 de la rue de la Butte, menacent désormais ruine, d’où la prise de ce nouvel arrêté de péril imminent par les services de la Ville de Marseille, sérieusement échaudés depuis l’effondrement de la rue d’Aubagne qui avait fait 8 morts le 5 novembre 2018 et provoqué un véritable séisme politique.

Les derniers habitants ont donc été évacués dans l’urgence et les entrées des trois immeubles soigneusement cadenassées voire murées comme le relate La Provence. Un périmètre de sécurité a été mis en place tout autour de la zone jugée dangereuse, qui inclut donc l’entrée de la station de métro, interdisant tout accès à cette dernière. Le site de la RTM (Régie des transports marseillais) confirme laconiquement que la station est fermée au public mais que les rames de la ligne 2 continuent d’y circuler normalement, sans toutefois marquer l’arrêt.

L’entrée du n°4 rue de la Butte murée à côté de la station Jules Guesdes (photo © La Provence)

Quant à savoir combien de temps durera une telle situation sans doute très handicapante pour tous ceux qui habitent ou travaillent aux alentours, bien malin qui pourrait le dire. « Nous vous tiendrons informés de sa réouverture » assure aimablement la RTM sur son site, ce qui est bien en effet la moindre des choses, et on l’en remercie chaleureusement par avance.

Un nouveau drame a en tout cas peut-être été évité à Marseille grâce à cette mesure de sécurité préventive. A quelques mois des élections municipales, l’effondrement de ces immeubles sur une bouche de métro à la sortie des bureaux du Conseil Régional aurait sans doute été quelque peu malvenue…

L. V.

Chaux-Bouilland : on a raté la marche…

5 juillet 2019

La lycéenne suédoise Greta Thunberg à la marche pour le climat du 22 février 2019 à Paris (photo © François Mori / AP / Le Monde)

Attention : chaud devant ! Le réchauffement climatique s’emballe, les épisodes de canicule se succèdent, notre maison brûle, et on regarde ailleurs… Pas tous, heureusement. Et pas seulement la jeunesse, notamment suédoise, qui organise manifestation sur manifestation pour attirer l’attention des responsables politiques sur ce dérèglement planétaire dont l’homme est responsable et sur lequel il est encore temps d’agir, mais dont les effets sont d’ores et déjà pour la plupart irréversibles.

Tous les militants que compte l’Europe enchainent campagnes de sensibilisation, démarches médiatiques, procédures juridiques et marches pour le climat, histoire de rappeler que tous ne se résignent pas et qu’il existe peut-être d’autres solutions que celle prônée par la mairie de Paris qui, face au réchauffement climatique, ambitionne de doubler l’offre parisienne en matière de climatisation…

Une bande dessinée Birds publiée dans Ouest France le 20 juin 2019

Et lorsqu’il s’agit de militer pour sauver, sinon la planète, qui elle n’est pas en danger, mais les espèces végétales et animales qui l’occupent (dont l’espèce humaine qui risque de payer un lourd tribu face aux conséquences attendues du dérèglement climatique global), les citoyens ne manquent pas d’imagination. En l’espèce, la palme revient peut-être à l’association Les Amis de la Terre de Nuits-Saint-Georges, en Côte-d’Or, qui appelaient mercredi 19 juin 2019 sur leur site Facebook à une marche festive pour le climat, prévue le dernier week-end de juin entre deux villages bourguignons au nom évocateur : Chaux et Bouilland !

Les organisateurs de la marche Chaux – Bouilland (photo © Le Bien public)

Les 13 km qui séparent ces deux villages des Hautes-Côtes, un terroir viticole béni des Dieux, étaient de fait un beau parcours à offrir à tous les militants soucieux de préserver l’avenir de notre écosystème et désireux d’appeler à des politiques publiques plus ambitieuses en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout en contemplant de magnifiques paysages ruraux largement préservés.

Oui, mais voilà… La réalité est venue confirmer, s’il en était besoin, que l’urgence climatique n’est pas un simple canular comme Donald Trump persiste à le croire. Suite à la vague de chaleur qui sévit en France depuis le 24 juin, des records datant de la canicule de 2003 ont été battus : on a ainsi enregistré la température extrême de 45,9 °C dans la commune de Gaillargues-le-Montueux, dans le Gard, vendredi 28 juin à 16h20, du jamais vu !

La Bourgogne n’a pas atteint de tels sommets, mais le mercure est quand même monté très haut. Des records de chaleur ont été enregistrés dès le jeudi 27 juin avec 37,3 °C à Dijon, 38,5 °C à Montbard et même 38,9 °C à Nicey. Les prévisions météorologiques annonçant une nouvelle hausse des températures pour le week-end et le niveau 3 du Plan canicule ayant été déclenché, le Préfet de Côte d’Or n’a eu d’autre choix que d’annoncer, vendredi 28 juin, qu’il annulait un certain nombre de manifestations sportives prévues dans le département, dont la fameuse marche pour le climat Chaux-Bouilland, programmée pour le samedi 29…

Au-delà de Chaux, la canicule… (photo © GoogleStreet / France Bleu)

Une marche contre le réchauffement climatique annulée pour cause de température caniculaire, voilà qui ne peut que conforter ses organisateurs dans leur conviction qu’il serait grand temps de se préoccuper du problème. Ces derniers ne s’en sont d’ailleurs pas cachés et à défaut d’une marche un peu trop chaude au goût du Préfet, ils ont appelé à un simple rassemblement lundi 1er juillet à 19h30 devant le panneau d’entrée de la commune de Bouillant. Un choix largement justifié par les circonstances, celui de Chaux aurait été à juste titre considéré comme très en deçà de la réalité !

L. V.

Energy Observer : la marine sans voile ni vapeur…

1 juillet 2019

Le commandant Jacques-Yves Cousteau devant la Calypso (photo © Marka – Getty)

Chacun se souvient de la Calypso, le célèbre navire océanographique du commandant Cousteau, véritable plate-forme médiatique qui a sillonné les mers du globe pour en rapporter de multiples images destinées à faire connaitre au grand public le fameux « Monde du silence » des abysses océaniques mais aussi toute la richesse et la fragilité de la biodiversité marine.

Voilà que la Calypso s’est trouvé un nouvel héritier, du nom bien français d’Energy Observer, un ancien maxi-catamaran de course, construit au Canada en 1983 sous la supervision du navigateur Mike Birch, premier voilier à avoir franchi la barre symbolique des 500 milles en 24 heures, ce qui représente une vitesse moyenne de près de 40 km/h. Mais ce voilier de compétition s’est beaucoup transformé depuis, rallongé à plusieurs reprises pour atteindre désormais un peu plus de 30 m de long.

Energy Observer vue de haut dans sa configuration actuelle (source © site Energy Observer)

Et surtout, il a été radicalement transformé pour devenir un véritable laboratoire flottant, reconditionné en « navire du futur à propulsion électrique fonctionnant grâce à un mix d’énergies renouvelables et un système de production d’hydrogène décarbonée à partir de l’eau de mer », devenant ainsi « le premier navire hydrogène visant l’autonomie énergétique, sans émission de gaz à effet de serre ni particules fines ».

Présentation de la maquette d’Energy Observer par son capitaine, Victorien Erussard, en présence de Nicolas Hulot et Emmanuel Macron lors de la COP 23 en 2017 à Bonn (source © site Energy Observer)

Son porte-parole et capitaine, le très médiatique Victorien Erussard, ancien coureur au large et officier de marine marchande, en a fait par ailleurs un support de communication particulièrement performant qui permet de drainer de multiples sponsors parmi lesquels le groupe Accor, Engie, Air Liquide, les assureurs Thelem Assurance ou encore la Caisse centrale de réassurance, mais aussi de nombreux partenariats officiels avec l’UNESCO ou avec le Ministère de la transition écologique et solidaire.

Pour assurer cette couverture médiatique maximale, les promoteurs du projet ont entrepris leur propre odyssée autour du monde après un tour de France engagé le 26 juin 2017 au départ de Saint-Malo, le port d’attache d’Energy Observer et qui l’a notamment conduit à Marseille en décembre 2017. Sous la direction du chef d’expédition, le réalisateur Jérôme Delafosse, cette « Odyssée du Futur » qui devrait durer au moins jusqu’en 2022, permettra au bateau et à son équipage de 6 à 10 personnes, se relayant pour permettre d’être opérationnel 7 jours sur 7, de visiter 50 pays avec 101 escales programmées. Passé en juin 2019 à Saint-Petersbourg, le navire est actuellement en route vers le Spitzberg, dans l’Océan Arctique, un nouveau défi pour un bateau qui fonctionne principalement à l’énergie solaire.

Panneaux solaires biface (source © site Energy Observer)

Car c’est bien la particularité de ce voilier hors-norme, qui d’ailleurs n’a pas de voile : il s’agit d’un catamaran à propulsion électrique qui produit sa propre énergie en exploitant son environnement. L’essentiel de cette électricité est produite par des panneaux solaires photovoltaïques qui couvrent une bonne partie de sa surface : 168 m2 au total, avec plusieurs technologies différentes dont des dispositifs souples antidérapant sur lesquels on peut marcher et même des panneaux biface, installés sur les ailes solaires latérales et arrière, qui permettent de produire 30 % d’énergie supplémentaires en exploitant la réverbération sur la mer et les surfaces blanches des flotteurs.

Energy Observer à Amsterdam en avril 2019 (source © site Energy Observer)

Deux éoliennes à axe vertical ont aussi été installées sur le bateau afin de produire de l’électricité complémentaire la nuit et lorsque l’ensoleillement est insuffisant, tandis que les moteurs électriques sont réversibles et peuvent fonctionner également pour la production d’électricité à la manière d’hydroliennes lorsque le bateau se fait tracter par une voile de kitsurf ou est amarré dans une zone de fort courant. Ces derniers dispositifs se sont néanmoins révélés peu efficaces à l’usage et ont désormais été remplacé par deux ailes verticales latérales constituée de volets réglables ajustés de manière automatique et qu ressemblent plus à des ailes d’avion qu’à une voilure de bateau.

La particularité de ce navire précurseur, bourré d’électronique et pourvu d’environ 6 km de câblage électrique, est qu’il permet de stocker l’électricité produite afin de pouvoir l’utiliser à tout moment pour assurer sa propulsion en toute autonomie quel que soit la météo. Pour cela, il faut des batteries bien sûr mais les batteries pèsent lourd. Elles contribuent d’ailleurs de manière non négligeable au poids total du navire qui est de 30 tonnes.

Il a donc été nécessaire de compléter cette capacité de stockage par une autre technique, celle de l’hydrogène. Celui-ci est produit directement à bord par électrolyse d’eau de mer qui est d’abord désalinisée puis purifiée, via une véritable petite usine intéressée dans les entrailles du bateau. L’hydrogène ainsi produit est comprimé à 350 bars et stocké dans des réservoirs dont la capacité totale est de 62 kg. Un concentré d’énergie qui permet, via un encombrement réduit, d’alimenter les moteurs électriques grâce à une pile à combustible qui retransforme en électricité cet hydrogène.

Energy Observer à Marseille en décembre 2017 (source © site Energy Observer)

Comme d’autres projets tels que celui de la goélette Tara qui parcourt les océans depuis 2007, les catamarans PlanetSolar (le premier à avoir réalisé un tour du monde uniquement à l’énergie solaire en 2012) ou Nomade des Mers (un laboratoire flottant consacré à la recherche et à l’expérimentation, qui parcours le globe depuis 2016) ou encore l’avion solaire Solar Impulse, le projet Odyssée du Futur porté par l’équipe d’Energy Observer, n’est pas seulement un démonstrateur et un développeur de procédés innovants, mais aussi un pilote pédagogique destiné à porter un message planétaire en faveur de la transition énergétique.

D’où la volonté de ses promoteurs à embarquer à bord de nombreux reporters et autres personnalités politiques. Nicolas Hulot fait notamment partie du cercle des partenaires et est d’ailleurs l’un des parrains du projet. Une plateforme de média, Energy Observer Solutions, a d’ailleurs été lancée spécifiquement destinée à promouvoir les différentes initiatives qui sont prises à travers le monde pour préparer un futur plus propre et sensibiliser le grand public aux 17 Objectifs de développement durable fixés par l’ONU à l’agenda 2030, dont Energy Observer est le premier ambassadeur français. Beau programme en perspective, qui va se traduire notamment par la production d’un millier de courtes vidéos mettant en valeur des réalisations concrètes exemplaires. Un pas de plus vers une planète plus vivable ?

L. V.

En Europe, l’écologie a le vent en poupe !

27 mai 2019

Les élections européennes se suivent et ne se ressemblent pas. Alors que la campagne électorale avait été plutôt amorphe pour cette dernière édition qui a pris fin dimanche 26 mai 2019, le taux de participation a atteint un niveau plutôt inespéré. En France en particulier où l’abstention gagnait inexorablement du terrain, élection après élection, le taux de participation a dépassé le seuil fatidique de 50,1 %, alors qu’il était tombé à 42,4 % seulement en 2014. Voilà qui constitue un sérieux démenti à tous ceux qui prétendent que la politique n’intéresse plus personne et que l’Europe technocratique est le cadet des soucis des Français.

Taux de participation par pays (résultats provisoires) aux élections européennes du 26 mai 2019 (source © Statista)

D’autant que cet engouement démocratique n’est pas l’apanage de notre seul pays. Le taux de participation constaté en France est sensiblement le même que dans la moyenne des 28 pays concernés par cette élection simultanée alors qu’il dépassait à peine 43 % en 2014. Bien sûr, ce chiffre moyen masque de fortes disparités entre les scores soviétiques de la Belgique où 89 % des électeurs se sont déplacés, le vote y étant obligatoire, et celui moins glorieux de la Slovaquie où moins de 23 % des citoyens inscrits sur les listes ont jugé nécessaire de s’exprimer. Mais on saluera quand même la forte mobilisation des Espagnols dont le taux de participation, qui n’était que de 43,8 % en 2014 a grimpé à 64,3 % en 2019, ou encore celle des Polonais où le taux de participation a bondi de 24 à 43 %.

Et pendant ce temps là, le Brexit… Un dessin signé Plantu

Certes, seuls 37 % de nos voisins britanniques se sont déplacés pour élire leurs représentants au Parlement européen, mais comment leur en vouloir alors que les négociations pour le Brexit s’éternisent et que cette élection a été décidée à la dernière minute, faute de trouver un accord à temps et sans laisser guère de latitude aux partis traditionnels pour trouver des candidats et encore moins faire campagne…

Il n’en reste pas moins que ces élections européennes, si elles ont provoqué une mobilisation citoyenne plutôt salutaire, viennent quelque peu chambouler le statu quo bruxellois. Il serait sans doute imprudent d’en tirer des conclusions hâtives d’autant que chaque pays présente un contexte différent qui interfère nécessairement avec une élection, toute européenne fut-elle. La victoire écrasante de la liste souverainiste soutenue par Viktor Orban qui a remporté plus de 53 % des suffrages en Hongrie, ou encore le large succès de la Ligue de Matteo Salvini en Italie avec plus de 34 % des voix sont sans doute des indices qui confirment une poussée des mouvements nationalistes et populistes en Europe, mais qui s’expliquent aussi par la situation politique intérieure de ces pays.

Un dessin signé Chappatte

En France, la liste soutenue par Marine Le Pen est arrivée en tête avec 23,3 % des suffrages exprimés, mais c’était déjà le cas en 2014 où le score de la liste Front National était même supérieur. La surprise vient plutôt des autres partis. En 2014, la liste FN était suivie dans l’ordre par celle de l’UMP qui engrangeait près de 21 % des voix, puis par celle du PS (14 %) et celle de l’UDI (à quasiment 10 %).

En 2019, l’ouragan Macron est passé par là et c’est la liste LREM qui talonne celle du Rassemblement national, à 22,4 %, tandis que les trois piliers traditionnels de la droite et de la gauche française finissent atomisés. Pour la première fois depuis que l’écologie a fait son entrée dans le paysage politique français, à l’occasion de la candidature de l’agronome René Dumont lors de l’élection présidentielle de 1974, c’est en effet la liste EELV, conduite par Yannick Jadot, qui passe en tête devant celles des partis traditionnels que sont les Républicains (qui finit à 8,5 %, du jamais vu dans une élection nationale !), le PS, ou encore l’UDI et le PC qui n’auront même pas réussi à sauver un seul représentant au Parlement européen.

Yannick Jadot, euphorique après son bon résultat aux élections européennes, dimanche 26 mai 2019 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP)

Ce succès incontestable de la liste écologique qui a remporté 13,5 % des suffrages exprimés, même s’il n’atteint pas le score record obtenu en 2009 (plus de 16 %) est d’autant plus remarquable que la France n’est pas la seule dans ce cas. En Allemagne, le parti die Grünen arrive en deuxième position avec 20,5 % des voix, juste derrière la CDU d’Angela Merckel, de même qu’en Finlande notamment où la Ligue verte prend également la deuxième place avec 16 % des suffrages exprimés. Les écologistes devraient se retrouver à 69 dans le futur Parlement à Strasbourg, ce qui leur permettra peut-être de peser davantage sur les politiques européennes.

C’est en tout cas une bonne surprise pour Yannick Jadot qui, lors des dernières élections présidentielles, il y a deux ans seulement, avait été contraint de s’effacer au profit du candidat du PS, Benoît Hamon, alors que la liste de ce dernier vient de recueillir moins de 3,3 % des voix à l’occasion de ces élections européennes, juste assez pour se faire rembourser ses frais de campagne, mais pas suffisamment pour prétendre être représentée à Strasbourg.

La gauche multi-pluri-personnelle vue par le dessinateur Bésot

A gauche de l’échiquier politique, cette élection, comme d’ailleurs nombre de celles qui l’ont précédé, vient confirmer, s’il en était encore besoin, à quel point la gauche française se ridiculise en persistant à se présenter en ordre dispersé aux suffrages des électeurs. Les deux frères ennemis que sont la France insoumise et le PS, ce dernier revigoré par les forces nouvelles que sont Place publique et la Nouvelle donne, finissent au coude à coude avec 6,3 et 6,2 % des voix chacun, tandis que le PC est laminé avec moins de 2,5 % des voix. La recomposition d’une gauche plurielle, à l’image de ce qu’avaient réussi à faire François Mitterrand en 1981 où Lionel Jospin en 1997 va peut-être redevenir à l’ordre du jour, dans une configuration néanmoins totalement inédite puisqu’à l’issue de ces élections nationales ce sont les écologistes qui constituent désormais la force dominante : un beau challenge en perspective !

L. V.

A l’école Jules Ferry, les moutons préparent leur rentrée…

9 mai 2019

Manifestation parfaitement réussie et scène quelque peu surréaliste en ce mardi 7 mai 2019 devant l’école Jules Ferry de Crêts-en-Belledonne, une commune qui surplombe le Grésivaudan, entre Uriage et Allevard, en Isère : à 8 heures du matin, 65 moutons conduits par leur berger ont débarqué avec force bêlements dans la cour de l’école devant des enfants qui tenaient des pancartes indiquant notamment : « On ne gère pas une école comme on gère un troupeau », « On ne nous tondra pas » ou encore « On n’est pas des moutons ». Une action lancée par les parents d’élèves et les élus locaux pour protester contre la fermeture annoncée de l’une des 11 classes de l’école du village.

Les futurs inscrits devant l’école (photo © Serge Pueyo / Le Parisien)

Cette fermeture de classe est bien entendue justifiée par l’Éducation nationale par une baisse des effectifs qui passerait à la rentrée 2019 de 266 à 261 élèves. Mais qu’à cela ne tienne ! Le maire, Jean-Louis Maret a trouvé la solution : faute d’enfants, il n’y a qu’à inscrire quelques moutons à la place, histoire de gonfler les effectifs. L’éleveur local, Michel Girerd, a immédiatement donné son accord, pas mécontent de voir certains de ses meilleurs éléments accéder à un enseignement scolaire de qualité, de nature à améliorer le niveau intellectuel du troupeau.

A Crêt-en-Belledonne, les élèves font connaissance avec leurs futurs camarades… (source © France Bleu)

Les enfants n’y sont pas hostiles non plus, trop contents de se faire quelques copains de classe un peu atypiques : « Avoir des moutons dans l’école, c’est super ! Je suis prêt à en prendre un ou deux dans ma classe. Je suis sûr qu’ils vont bien travailler », confie une petite fille de 8 ans aux médias venus en nombre assister au spectacle.

Et l’inscription des nouveaux impétrants a donc eu lieu en public : micro en main, une mère de famille a invité 15 des heureux élus à venir présenter au maire leur extrait de naissance pour que soient officiellement inscrits, en prévision de la prochaine rentrée scolaire, Panurge, Jason Toison d’or, Saute-Mouton ou encore Mouton noir. Une inscription validée dans les registres de la commune et qui devrait sans nul doute convaincre l’inspection d’académie de maintenir en l’état les 11 classes de l’établissement scolaire, dans la mesure où, comme l’analyse finement l’un des parents d’élèves : « L’Éducation nationale, ce n’est malheureusement que des chiffres. Et donc maintenant, avec cette remontée subite des effectifs, on est bon. On peut aller voir la directrice d’académie pour faire valoir nos droits et sauver notre classe ».

Devant l’école, une manifestation bon enfant (photo © Valentine Letesse / Radio France)

On verra bien à l’usage si les responsables locaux de l’Académie de Grenoble se laisseront convaincre mais on ne pourra pas dire en tout cas que les élus locaux sont restés sans rien faire, eux qui avaient déjà eu le courage de fusionner leurs deux communes rurales de Saint-Pierre d’Allevard et de Morêtel-de-Mailles pour créer au 1er janvier 2016 cette commune nouvelle de Crêt-en-Belledonne, avec déjà pour souci principal ce projet d’école de taille suffisante pour en assurer la pérennité.

L’école des moutons (source © Short Edition)

Une belle initiative citoyenne en tout cas, menée dans la bonne humeur et qui a connu un retentissement exceptionnel, la plupart des médias nationaux et même la BBC s’en étant fait l’écho. Il reste désormais aux technocrates du ministère de l’Éducation nationale à faire preuve d’imagination pour trouver comment insérer dans le système éducatif français ces quelques brebis égarées du Grésivaudan si désireuses d’acquérir les rudiments d’une instruction élémentaire de base. Depuis le temps que les pédagogues de tous poils répètent à l’envie que l’élève doit être au cœur du dispositif éducatif et que c’est à l’enseignement de s’adapter à son rythme d’apprentissage, c’est le moment ou jamais de prouver que la démarche fonctionne, y compris pour des moutons en âge d’être scolarisés… Bon courage quand même à l’enseignant qui devra gérer ces recrues supplémentaires !

L. V.