Archive for mai 2021

Toujours plus de vidéosurveillance à Carnoux !

30 mai 2021

Lors du dernier conseil municipal qui s’est tenu à Carnoux-en-Provence, le 20 mai dernier, Cristèle Chevalier, élue de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, est intervenue à l’occasion d’une nième délibération par laquelle le Maire souhaite une nouvelle fois renforcer le dispositif de vidéosurveillance qui maille déjà la ville.

Un nouvel investissement de 65 000 euros est ainsi prévu pour acheter de nouvelles caméras braquées sur l’hôtel de ville en cours de reconstruction, relier celles qui quadrillent déjà le parc Tony Garnier, changer de logiciel et de serveur informatique et récréer un nouveau « mur d’image » pour la police municipale, le tout généreusement financé à hauteur de 60 % par le contribuable départemental, dans le cadre de la campagne sécuritaire et clientéliste menée par Martine Vassal.

Les éléments ci-dessous sont issus de l’intervention développée par Cristèle Chevalier en séance et sur le site internet de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire.

Des caméras partout comme en Chine ? (photo © Rifauto.com / Le Journal International)

La délibération proposée par le Maire, concernant une nouvelle demande d’aide au Département pour des installations de vidéosurveillance, interroge sur cette fuite en avant qui consiste à surveiller de plus en plus sans vraiment faire baisser la délinquance. Elle est d’ailleurs présentée sur un plan purement technique (comme trop souvent !) alors que, bien évidemment, cela pose aussi un problème de fond. Quelle ville souhaitons-nous ? Quelle surveillance de notre vie privée sommes-nous prêts à accepter. Orwell n’est jamais très loin…

Un dessin signé Pierre Corbel (source © Le Journal International)

Carnoux est déjà parmi les villes les plus équipées en caméras sur la voie publique, avec ses 40 caméra pour 7500 habitants, soit 1 caméra pour 187 habitants (et 11 caméras au km²). Elle se situe juste dernière la ville la plus équipée (et régulièrement montrée du doigt), Nice, qui possède 1 caméra pour 130 habitants. et est bien mieux équipée que les villes de Nîmes et Toulon (classées en deuxième et huitième position des 50 grandes villes les plus équipées) avec, en 2019, respectivement 1 caméra pour 374 et 628 habitants. Certes on peut toujours faire mieux (ou pire ?) si l’objectif est de copier Pékin qui en est à une caméra pour 25 habitants…

Carnoux-en-Provence bientôt en tête des viles françaises les plus surveillées ? (source © Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire)

La télésurveillance est un système de protection dans l’air du temps. Selon La Gazette des communes, le nombre de caméras de vidéosurveillance en France a été multiplié par 2,4 entre la fin de l’année 2013 et le début de l’année 2020. Il est ainsi passé de près de 4 800 caméras à plus de 11 400. Dans les Bouches-du-Rhône, entre 85 et 90 % des communes en sont équipées.

On sait que la densité de caméras n’a pas permis, en 2015 d’éviter les attentats à Paris, ni en 2016, d’éviter le drame de la Promenade des Anglais à Nice. Le terroriste de Nice a été filmé à 11 reprises en repérage, sans qu’aucune alerté n’ait été déclenchée… La vidéosurveillance peut toutefois, reconnaissons-le, accélérer le travail des enquêteurs après qu’un attentat a été commis. Après le massacre de Nice, l’itinéraire du criminel avant le drame a ainsi été retracé grâce aux caméras.

A Carnoux, comme ailleurs, les caméras ne peuvent remplacer la présence physique. La délinquance est aussi un problème révélateur d’une société trop individualiste. Combien de sirènes résonnent dans le vide le week-end ou la nuit à Carnoux, dans l’indifférence totale des voisins ?

Un dessin signé Emmanuel Chaunu (source © Akenini)

Laurent Mucchielli, dans son ouvrage Vous êtes filmés !, publié en 2018 aux éditions Armand Colin, conclut que « il n’y a pas d’impact dissuasif global, notamment parce que la vidéosurveillance s’est banalisée ». L’étude Assessing the Impact of CCTV (2005), portant sur la ville de Londres, montre quant à elle que l’effet dissuasif varie selon les infractions. Par exemple, les infractions impulsives, comme les altercations suite à une dispute, ou celles liées à l’alcool, sont « moins susceptibles d’être réduites que les infractions préméditées, telles que les vols de véhicules ». La vidéosurveillance tend en réalité plutôt à déplacer la délinquance vers les secteurs moins surveillés ou vers des actes de malveillance plus discrets et moins faciles à repérer.

Certes, la vidéosurveillance est surtout mise en avant comme auxiliaire de la police pour aider à élucider des infractions …et favoriser la verbalisation pour infractions routières. Selon, Laurent Mucchielli, les caméras n’aident cependant à élucider que 1 à 3 % des infractions commises sur la voie publique. Il s’appuie notamment sur l’exemple de Marseille : sur un an, il y a eu 60 000 enquêtes pour infractions sur la voie publique, mais cela n’a représenté que 1 850 réquisitions d’images au centre de vidéosurveillance de la ville (soit 3 % seulement des affaires, pour lesquelles les policiers jugent éventuellement utile de visionner les images de vidéosurveillance). Or les enregistrements des caméras n’ont été décisifs, en définitive, que dans cent trois affaires seulement, soit 0,17 % des cas.

A Carnoux comme dans de nombreuses villes, les caméras servent surtout à la verbalisation des infractions routières (photo © CPC)

Le bilan de cette course à la caméra, qui enrichit les sociétés privées en charge de la fourniture et surtout de la maintenance très coûteuse de ces installations de plus en plus sophistiquées et fragiles, est donc pour le moins mitigé. Cette démarche suscite des questions de fond qui auraient dû, logiquement, être un préalable à la présentation de cette nième délibération sur le renforcement de la vidéosurveillance à Carnoux.

On peut en particulier s’étonner de la dépense (28 000 €) destinée à l’extension d’un « mur d’images » installé dans les futurs locaux de la police municipal dans l’hôtel de ville en construction, alors qu’aucun agent n’est chargé de la surveillance des images.

On s’étonne aussi qu’aucun chiffre, ni sur l’évolution de la délinquance ni sur les résultats de la surveillance déjà en place n’a été donné par le Maire. Comme si la question de la pertinence d’une telle dépense publique ne se posait même pas et n’avait donc pas à se justifier puisqu’elle irait de soi…

C. Chevalier

Petit couac dans la gestion des eaux usées à Marseille

28 mai 2021

La gestion des eaux usées a toujours été un casse-tête en agglomération urbaine. Que faire de tous ces fluides pollués générés en grandes quantités dans une ville où s’entassent des milliers d’habitants ? Les Grecs qui avaient fondé la colonie de Massalia avaient mis en place, probablement dès le IIIe siècle avant J.-C., un système d’égouts enterrés dont on a retrouvé des vestiges sous la place de Lenche et dans le secteur de la Bourse. Ce dispositif permettait de collecter une partie des eaux grises pour les rejeter ensuite dans la calanque du Lacydon, le Vieux-Port actuel, qui s’apparentait alors plutôt à un marais salant.

Maquette de Massalia antique (source © Musée d’Histoire de Marseille / Tout sur Marseille)

Ce dispositif, particulièrement sophistiqué pour l’époque, a été bien vite abandonné, faute d’entretien, dès le déclin de l’influence grecque puis romaine. Pendant une bonne quinzaine de siècles, la ville s’est purement et simplement passée de tout système de collecte de ses eaux usées. Chacun se contentait tout bonnement de balancer ses ordures et de vider ses pots de chambre par la fenêtre après avoir jeté, pour la forme, le cri d’alarme convenu : « Passa rès ! ». Une alerte bienvenue pour le passant sur ses gardes qui avait tout juste le temps de s’abriter dans un renfoncement…

A l’époque , la plupart des rues étaient munies d’une sorte de rigole centrale qui recueillaient ces eaux usées et les drainaient plus ou moins dans le sens de la pente. Il était d’ailleurs fortement recommandé de marcher sur les bords de la chaussée (d’où l’expression « tenir le haut du pavé ») pour ne pas trop se salir les pieds. Au fil des ans, la collecte s’est un peu modernisée et on a vu apparaître le « torpilleur des rues », une citerne fixée sur une charrette, dans laquelle les habitants pouvaient venir verser directement leur tinette, un seau muni d’un couvercle servant de réceptacle aux pots de chambre de la maison.

Passage du torpilleur qui permettait de vider les pots de chambre… (source © Gombert story)

Toujours est-il que toutes ces eaux polluées finissaient leur course directement dans le Vieux-Port. Ce dernier devait donc être curé régulièrement, à l’aide d’une drague à godet, connue sous le doux nom de « Marie-salope » qui allait ensuite déverser en mer un peu plus loin sa vase malodorante.

A partir de l’arrivée des eaux de la Durance via le Canal de Marseille, en 1869, tout change. Il faut dire que la ville de Marseille avait dû faire face à pas moins de 9 épidémies de choléra entre 1835 et 1884, la dernière ayant fait près de 2 000 morts ! C’est Félix Baret, un avocat, élu maire de Marseille en 1887, qui lance les travaux du collecteur principal, réalisé au début des années 1890, et qui déverse l’essentiel des eaux usées de la ville, toujours dans le Vieux-Port, et ceci sans le moindre traitement jusqu’à la réalisation de la station d’épuration qui voit enfin le jour, un siècle plus tard, en 1987.

Visite du grand émissaire de Marseille (source © Made in Marseille)

Désormais, la ville dispose d’un réseau de 1750 km de canalisations permettant de collecter les eaux usées, acheminées vers la station d’épuration, Géolide, enterrée à côté du stade Vélodrome et dont la gestion a été déléguée depuis 2013 par la Communauté urbaine, devenue Métropole, au SERAMM, une filiale du groupe Suez, via un marché quelque peu contesté par la Justice.

Mais la gestion des eaux usées d’une agglomération de cette taille n’est pas une sinécure. Ce sont en effet chaque année environ 78 millions de m³ d’eaux usées domestiques et industrielles provenant de Marseille et de 16 autres communes de l’agglomération (dont Carnoux) qui sont traitées par la station Géolide et dont les boues atterrissent ensuite dans l’usine de la Cayolle à Sormiou. Après traitement, les eaux résiduelles sont, elles, rejetées en mer via l’exutoire de Cortiou en plein Parc des Calanques.

La Ville de Marseille fait d’ailleurs partie des 364 agglomérations françaises que la Commission européenne avait, une nouvelle fois, pointées du doigt en octobre 2017 pour non conformité à la Directive européenne sur les eaux urbaines résiduaires (qui date quand même de 1991 !). Une procédure précontentieuse avait alors été lancée contre la France après d’innombrables rappels à l’ordre restés lettre morte. Cette mise en demeure était suivie, le 14 mai 2020, d’un avis motivé portant sur 169 agglomérations, de quoi inciter le gouvernement à diffuser, le 18 décembre 2020, une instruction spécifique relative à la collecte et au traitement des eaux usées dans l’espoir d’échapper aux lourdes sanctions financières qui pèsent sur la France, en cas de persistance dans ses manquements à ses obligations réglementaires.

Les eaux du Vieux-Port, réceptacle du plus gros déversoir d’orage de Marseille (photo © L. A. / Marsactu)

C’est dans ce contexte que, selon Marsactu, le Préfet des Bouches-du-Rhône s’est fendu, le 29 avril 2021, d’un arrêté préfectoral rageur qui vient rappeler à l’ordre la Métropole Aix-Marseille-Provence pour son laxisme en matière de surveillance du gros déversoir d’orage situé justement sur le Vieux-Port et qui permet, en cas de fortes précipitations, de rejeter directement en mer, sans le moindre traitement, toutes les eaux usées collectées que la station d’épuration n’est pas en capacité de traiter.

Tel est en effet le talon d’Achille de ce réseau dit unitaire, que nous a légué le brave Félix Baret : comme il collecte indifféremment, dans tout le centre-ville, les eaux usées comme les eaux pluviales, les flux à traiter deviennent rapidement ingérables en cas de forte pluie et on n’a alors d’autre solution que de rejeter tout le surplus en mer, à l’ancienne, en espérant que les dégâts sur l’environnement ne se verront pas trop… C’est d’ailleurs ce petit détail qui explique que les plages de Marseille doivent être régulièrement fermées pour cause de pollution bactérienne, du fait de ces déversoirs d’orage qui sont autant de soupapes de sécurité pour le réseau de collecte.

Les plages, première victimes des rejets d’eaux usées non traitées en cas de fortes pluies (source © Fréquence Sud)

En l’occurrence, si le Préfet s’est ainsi permis de taper du poing sur la table et de rappeler à l’ordre pour négligence les services de la Métropole et leur délégataire, le SERAMM, c’est parce que le bilan 2019 faisait état d’un déversement en mer d’eau usée non traitée, de 3 millions de m³ via le déversoir d’orage du Vieux-Port, de quoi attirer les foudres de la Commission européenne ! Un tel volume représente en effet pas moins de 10 % de toute l’eau que charrie l’Huveaune à Roquevaire chaque année en moyenne !

Après vérification, le SERAMM considère que le chiffre avancé est en fait probablement erroné car le capteur qui mesure ces déversements inopportuns serait placé trop haut, renvoyant même la faute à l’Agence de l’Eau et aux services de l’État qui en aurait validé l’emplacement. Bref, on ne sait plus très bien quelle quantité d’eau usée s’est déversée dans le Vieux-Port cette année-là, mais de toute façon le capteur a été repositionné depuis et le problème est donc réglé : circulez, il n’y a rien à voir !

L’affaire donne néanmoins l’occasion au Préfet de demander à la Métropole de revoir la totalité de son dispositif d’autosurveillance du réseau de collecte des eaux usées. D’autant que les flux qui sont rejetés par ce gros déversoir d’orage ne sont pas les seuls qui suscitent des interrogations. Au cours du premier semestre 2019, le SERAMM fait également état de débits douteux en sortie de la station d’épuration, au point que la Métropole avait pris l’habitude de les remplacer purement et simplement par les débits d’entrée, réputés plus fiables. Sur les injonctions des services de l’État, elle a fini par remplacer ses capteurs par une technologie plus sûre, en attendant que la Police de l’Eau ne soulève un autre lièvre ?

L. V.

Martine Vassal : demain, on boit gratis !

26 mai 2021

La Présidente sortante LR des Bouches-du-Rhône, par ailleurs à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence, est décidément prête à tout pour se faire réélire. Récemment récipiendaire d’une Marianne d’or destinée à saluer la gestion de la crise sanitaire du Covid-19 par le Département, Martine Vassal ne pouvait bien évidemment pas rater l’occasion, en pleine campagne électorale pour sa réélection, de faire un petit cadeau, aux frais du contribuable, selon une stratégie clientéliste dont elle est coutumière et qui lui a plutôt bien réussi jusqu’à présent.

Martine Vassal au micro de RMC, le 19 mai 2021 à 8h30, annonçant comme un scoop le maintien des aides aux bars-restaurants (photo © RMC)

Ainsi qu’elle l’exposait avec enthousiasme au micro de RMC, mercredi 19 mai 2021, le jour de la réouverture des terrasses, « On va profiter de nos terrasses, et je peux vous annoncer un scoop : on a décidé avec la Métropole et le Département pour toute l’année 2021 d’exonérer l’ensemble des terrasses pour aider les restaurateurs. On l’avait fait jusqu’en mai, on va jusqu’en décembre parce que les restaurateurs on les aime beaucoup, ils en valent la peine et on compte sur eux pour tout respecter ».

Une annonce fort généreuse en apparence mais qui a quelque peu agacé certains élus de la municipalité de Marseille, au point qu’ils se sont sentis obligés de rappeler gentiment à la Présidente du Département et de la Métropole que la gestion de la redevance perçue pour l’occupation temporaire du domaine public par les terrasses des bars et des restaurants relevait d’une compétence exclusive de la commune…

Terrasse de restaurant sur le Vieux-Port à Marseille (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Il est vrai qu’il existe quelques exceptions. Le contraire serait beaucoup trop simple, le législateur ayant considéré avec sagesse que la question du partage des compétences entre collectivités territoriales était une affaire beaucoup trop sérieuse pour qu’on puisse se permettre de la rendre compréhensible par le commun des mortels.

Comme l’a précisé France 3, il existe en effet une particularité à Marseille puisque le Département, au titre de sa compétence portuaire (qui, faut-il le rappeler ne porte pas sur la gestion du port de Marseille, laquelle relève d’une autre entité le Grand Port Maritime de Marseille, vous suivez ?), le Département donc est la collectivité gestionnaire de l’espace public situé à proximité immédiate du Vieux-Port. A ce titre, c’est donc lui et non pas la mairie qui perçoit les redevances pour une petite centaine d’établissements situés dans ce secteur, de même d’ailleurs qu’à Cassis ou La Ciotat notamment. De la même manière, c’est la Métropole qui est gestionnaire de certaines zones industrielles et commerciales, ce qui lui permet de gérer à ce titre certaines conventions d’occupation temporaires du domaine public dans ces secteurs.

La réouverture des bars, un événement majeur, attendu avec impatience… Un dessin signé Glez

De fait, ces quelques établissements, qui sont exonérés de taxe depuis octobre 2020, pourront donc, grâce à l’extrême générosité de Martine Vassal, continuer à bénéficier de cette mesure jusqu’à la fin de l’année, ce qui devrait représenter un manque à gagner que Mme Vassal elle-même estime à 800 000 € pour la Métropole et à 700 000 € pour le Département. Bien entendu, cela est sans commune mesure avec les 1700 établissements qui sont du ressort de la Ville de Marseille, même si cette dernière a aussi accordé une exonération des taxes pendant la période de confinement pour un montant qu’elle chiffre à 1,2 millions d’euros.

Le maire de Marseille, Benoît Payan, à la rencontre des cafetiers et restaurateurs (photo © Ville de Marseille / Destimed)

Le maire de Marseille en personne, Benoît Payan, est donc monté au créneau et s’est porté à la rencontre des restaurateurs pour faire connaître le dispositif proposé par la municipalité et destiné à faciliter la réouverture des terrasses en autorisant les cafetiers et restaurateurs marseillais à doubler gratuitement leur emprise sur l’espace public, quitte à créer de nouvelles terrasses là où les conditions de circulation le permettent. Une démarche qui a connu un vif succès puisque 500 commerces s’étaient déjà inscrits au jour de la réouverture !

Cette mesure, qui a fait l’objet d’une délibération présentée en conseil municipal vendredi 21 mai, reste valable au moins jusqu’au 30 septembre prochain, et sa prolongation éventuelle semble même envisagée, même si Roland Cazzola, conseiller municipal délégué à l’espace public, reconnaît volontiers à Marsactu : « Je serais favorable à l’exonération pour 20 ans si les finances de la Ville le permettaient, mais ce n’est pas le cas ». Un discours de responsabilité qui tranche quelque peu avec les annonces démagogiques de Martine Vassal… La politique est décidément un métier !

L. V.

Rwanda : le génocide refait parler de lui

24 mai 2021

Il est des événements historiques qui frappent les esprits et continuent à hanter les mémoires, des années plus tard. Assurément, le génocide qui fit environ de l’ordre de 800 000 morts au Rwanda en à peine trois mois, entre le 7 avril et le 17 juillet 1994 en fait partie et n’a pas fini d’empoisonner les relations entre ce petit État africain et la France, longtemps accusée par le gouvernement de Paul Kagame de s’être faite le complice de ces massacres.

Réfugiés rwandais fuyant vers le Tanzanie le 30 mai 1994 (photo © Jeremiah Kamau / Reuters / Le Monde)

Comme pour la guerre d’indépendance en Algérie, pour laquelle les blessures de part et d’autres restent vives, bien des années après la fin des événements, les historiens ont encore du mal à analyser les faits de manière totalement objective tant les passions restent fortes. On l’a encore vu récemment avec la publication en janvier dernier du rapport de Benjamin Stora, destiné à ouvrir des pistes pour la réconciliation entre les peuples français et algériens mais qui a été reçu plus que fraîchement, tant par les autorités gouvernementale algériennes héritières du FLN que par les associations qui entretiennent la mémoire pied-noir. Cette analyse historique est pourtant indispensable pour porter un regard plus distancié sur les faits du passé et faciliter leur analyse dépassionnée par les différentes parties, en vue de retisser des liens de confiance pour l’avenir.

C’est à un exercice assez comparable que s’est livré l’historien Vincent Duclert, en réponse à une lettre de mission du Président de la République française, qui lui avait confié le 5 avril 2019, 25 ans seulement après le début du génocide rwandais, le pilotage d’une commission chargé d’explorer les archives françaises de cette période pour mieux analyser le rôle de la France dans ce drame et permettre aux jeunes générations de comprendre les ressorts et le déroulement de ce génocide.


Remise officielle du rapport sur le génocide au Rwanda par la commission présidée par Vincent Duclert (photo © SIPA / Le JDD)

L’exercice n’était pas des plus aisés dans le climat de tension qui règne depuis cette date entre les deux pays, mais la publication du rapport, rendu public deux ans plus tard, le 26 mars 2021, a été plutôt bien accueillie à Kigali qui a apprécié l’objectivité de la commission concluant que si « rien ne vient démontrer » que la France s’est rendue complice, elle porte néanmoins des « responsabilités lourdes et accablantes » dans la tragédie en étant « demeurée aveugle face à la préparation du génocide ». Un mois plus tard, le 19 avril 2021, un second rapport, commandé par le gouvernement rwandais à un cabinet d’avocats américain, ne dit d’ailleurs pas autre chose.

Incontestablement, cette analyse historique objective et convergente, réalisée par les deux pays, devrait grandement faciliter le rapprochement entre la France et le Rwanda et l’on ne peut que se réjouir de voir les deux régimes abandonner le terrain des poursuites judiciaires et des représailles diplomatiques pour accepter enfin de regarder les faits avec la lucidité nécessaire qui permet d’objectiver le passé pour mieux construire l’avenir.

Les présidents Paul Kagame et Emmanuel Macron à New York, le 18 septembre 2020 (photo © Twitter Présidence du Rwanda / Jeune Afrique)

Pourtant, le sujet était particulièrement sensible comme en témoigne la réaction de certains responsables politiques français, à l’instar de celui qui était alors Premier ministre, Édouard Balladur, lequel s’obstine à se dire en désaccord total avec l’analyse de la commission présidée par Vincent Duclert et continue d’affirmer haut et fort que la France n’a pas à s’excuser pour cela…

Il est vrai que la situation à l’époque n’était pas des plus simples et que décortiquer les multiples raisons qui ont conduit à une telle situation génocidaire demande de se replonger dans le contexte historique. Pour ceux qui hésiteraient à se farcir la lecture des 992 pages du rapport de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsie, on ne pourra que recommander la lecture du 16e chapitre d’un petit ouvrage disponible en livre de poche et qui décortique de manière limpide en 20 pages seulement et sous forme d’une « conférence sur le Rwanda » les tenants et les aboutissants de cet épisode tragique.

Publié en 1998 et traduit en français en 2000, cet opuscule, sobrement titré Ebène – Aventures africaines est une remarquable introduction pour qui cherche à connaître l’histoire récente de l’Afrique, vue par un journaliste polonais, Ryszard Kapuściński, qui a sillonné les pistes africaines, du Ghana à l’Éthiopie, assistant en direct aux soubresauts politiques de ce vaste continent depuis la fin des années 1950 et contant avec talent ses multiples rencontres au hasard de ses périples.

Son exposé sur la situation rwandaise revient sur la singularité de ce pays minuscule, isolé par son relief montagneux, et qui a la particularité de ne comporter qu’une seule ethnie, alors que le Nigéria en compte 250 et le Congo pas moins de 300 ! Cette tribu des Banyaruandas est néanmoins structurée, comme en Inde, sous forme de castes. On en compte trois : celle des Hutus, constituée d’agriculteurs et qui forment 85 % de la population, celle des Tutsis, qui sont des propriétaires de bétail, et celle des Twas, ouvriers et domestiques, qui ne représentent que 1 % de la population.

Les colons belges, qui ont hérité du pays à l’issue de la Première guerre mondiale, se sont naturellement appuyés sur la caste des Tutsis qui était celle de l’élite politique du royaume préexistant, avant de se heurter aux aspirations à l’indépendance de cette dernière dans les années 1950. L’administration coloniale se met alors à soutenir les Hutus, traditionnellement vassalisés et considérés comme plus dociles. En 1959, attisée par le pouvoir colonial, la révolution éclate et les paysans Hutus massacrent des dizaines de milliers de Tutsis, ce qui leur permet de prendre naturellement le pouvoir lors de l’indépendance en 1962.

Les colons belges s’appuient sur l’aristocratie traditionnelle Hutu (archive / extrait YouTube)

De nombreux Tutsis se sont enfuis dans les pays environnants où ils se regroupent dans des camps de fortune. En 1963 puis en 1965, ils tentent des incursions depuis le Burundi voisin (où la classe dominante tutsie a pu conserver le pouvoir lors de l’indépendance), ce qui se solde par de nouveaux massacres de leurs frères restés au pays, avec un bilan d’au moins 20 000 morts, quasiment sans témoins… En représailles, les Tutsis au pouvoir au Burundi se déchaînent contre les Hutus après que ces derniers aient tenté de faire leur propre révolution. On estime alors à environ 100 000 le nombre de Hutus tués au Burundi en 1972, tandis que près d’un million d’entre eux viennent chercher refuge au Rwanda.

Une situation explosive qui permet au général rwandais Juvénal Habyarimana de prendre le pouvoir par un putsch en 1973 et d’instaurer un régime de fer tout en privatisant les richesses nationales au profit de son clan. Pendant ce temps, les descendants des milliers de Tutsis qui s’étaient enfuis du pays en 1959 et vivaient dans des camps de réfugiés à l’étranger s’enrôlent dans différents mouvements militaires et aident notamment Yoweri Museveni à prendre le pouvoir en Ouganda en 1986. Le 30 septembre 1990, cette diaspora militaire tutsie, organisée sous le nom de Front patriotique du Rwanda (FPR), bien formée et fortement motivée, quitte ses casernes pour attaquer le Rwanda.

Paniqué, le Président Habyarimana appelle à l’aide François Mitterrand, expliquant que des troupes anglophones venues d’Ouganda menacent les frontières de son petit pays francophone. Les parachutistes français débarquent à Kigali et les attaquants tutsis se retirent illico dans le nord-est du Rwanda pour éviter l’affrontement. Une situation de statut quo qui va durer 3 ans et demi, pendant lesquels certains partisans du compromis envisagent de créer un gouvernement de coalition avec les adversaire tutsis tandis que le clan du dictateur fanatique Habyarimana monte la population contre les Tutsis, qualifiés de cancrelats par les médias gouvernementaux, en inculquant dans toutes les têtes la nécessité d’un génocide pour en finir une fois pour toute avec ceux qui sont présentés comme une race étrangère d’origine nilotique.

Miliciens Hutus à l’entraînement, le 27 juillet 1994 à Butare (photo © Hocine Zaourar / AFP / RFI)

L’armée gouvernementale se prépare et ses effectifs passent de 5 000 à 35 000 hommes, largement armée et équipée par l’allié français, tandis que se constitue une milice paramilitaire sous le nom d’Interhamwe (signifiant « frappons ensemble »), fortement encadrée idéologiquement et surexcitée par les messages vengeurs de la Radio des Mille Collines. En 1993, les pays africains voisins forcent le Président Habyarimana à lancer des négociations, mais le 6 avril 1994, son avion présidentiel est abattu au retour d’une réunion internationale, ce qui donne le signal de départ pour le massacre des Tutsis, préparé de longue date et mis en œuvre par la population elle-même, chauffée à blanc par l’idéologie politique gouvernementale.

Jeune Rwandais sur les lieux d’un massacre, le 19 juillet 1994 (photo © Corinne Dufka / Reuters / LICRA)

Le 4 juillet 1994, les troupes du FPR, à l’issue d’une progression rapide (au cours de laquelle de nombreuses exactions ont aussi été commises), s’emparent de Kigali, forçant les militaires et les miliciens hutus à battre en retraite dans le Zaïre voisin (devenu depuis la République démocratique du Congo) où environ 2 millions de Hutus trouvent également refuge pour éviter les représailles. La Mission des Nations-Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), pourtant présente sur place, se révèle incapable d’intervenir, faute de consignes adaptées, et le contingent belge, qui constitue la moitié des effectifs, finit par se retirer le 21 avril 1994.

Militaires français de l’opération Turquoise protégeant un convoi humanitaire le 4 juillet 1994 (photo © Nicolas José / SIPA / Le Point)

La France pousse pour la mise sur pied d’une nouvelle mission et envoie en attendant, à partir du 22 juin 1994, ses propres troupes sous le nom d’opération Turquoise. Une intervention militaire très critiquée, du fait de la proximité de l’État français avec les génocidaires, de même que celle d’autres pays, dont Israël, accusé d’avoir fourni des armes à l’armée rwandaise pendant toute la durée du génocide.

On comprend que, dans un tel contexte, les relations entre la France et le gouvernement rwandais, toujours aux mains du FPR, ne puissent être totalement apaisées, même 25 ans après ce génocide dramatique qui a traumatisé durablement tout un peuple. Après le temps de la politique, celui de l’Histoire est néanmoins peut-être en train de prendre le relai grâce à ce travail de réflexion et d’analyse, et cela mérite d’être souligné…

L. V.

Angleterre : un géant bien énigmatique

22 mai 2021

Le géant de Cerne Abbas fait partie de ces immenses tracés réalisés au sol et visibles surtout depuis le ciel. Le Land Art a mis à la mode ces figures gravées à même le sol, qui leur valent le nom pédant de géoglyphes. Le plus grand connu à ce jour, l’homme de Marree, découvert en 1998 par un pilote survolant les plateaux semi-désertiques de l’Australie méridionale, mesure pas moins de 4,2 km de longueur. Gravé à même le sol sous forme de tranchées de 20 à 30 cm de profondeur, il représente une forme humaine d’aborigène chassant à l’aide d’un bâton à lancer. Nul ne sait qui en est l’auteur et l’accès à la zone est désormais interdit, mais vue du ciel, l’image est spectaculaire.

L’Homme de Marree en Australie (photo © Peter Campbell / Futura Science)

Et bien d’autres exemples de figures comparables sont répertoriées de par le monde. Les lignes de Nazca, gravés au sol dans un secteur désertique au sud du Pérou font sans doute partie des plus connues. Leur dessin a été simplement réalisé en enlevant les cailloutis rougeâtres qui recouvrent le sol à cet endroit, laissant apparaître le sol gypseux de couleur grisâtre qui se trouve en dessous, mais l’effet vu du ciel ne manque pas d’allure. Réalisés entre 200 ans avant J.-C. et l’an 600 de notre ère, ces géoglyphes sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1994. Ils avaient déjà été repérés en 1553 mais n’ont été redécouverts qu’en 1927 et étudiés de manière approfondie à partir de 1941 par l’Allemande Maria Reiche qui y a consacré toute sa vie.

Figure géante de colibri (50 m de longueur) tracée dans le désert de Nazca, au Pérou (photo © Mathess / 123RF / Alibabuy)

Mais on connaît aussi en Europe bien des œuvres comparables, parmi lesquelles donc, celle du géant de Cerne Abbas qui a fait coulé beaucoup d’encre et enflammé bien des imaginations. Situé à proximité d’un petit village du Dorset, sur les collines crayeuses du sud de l’Angleterre, il représente une sorte d’Hercule nu brandissant une énorme massue bosselée. Les scientifiques, qui aiment bien se payer de mots, le désignent comme une figure « ithyphallique et clavigère », ce qui fait référence, en langage commun, à son sexe en érection bien visible et à la massue qu’il brandit d’un air menaçant…

Le dessin est assez fruste mais les dimensions sont colossales : 55 m de hauteur pour 51 m de largeur ! Les lignes ont été tracées sous forme de tranchées de 30 cm de largeur et autant en profondeur, remplies de craie broyée qui empêchent l’herbe de repousser si bien que le tracé est parfaitement visible au sol et encore plus depuis la colline opposée ou vu d’avion.

Le géant de Cerne Abbas (photo © National Trust)

L’existence de cette figure tracée au sol est connue au moins depuis 1742, date à laquelle un guide du Dorset mentionne cette curiosité, mais on retrouve une référence encore plus ancienne, datée de 1694 qui mentionne le coût de son entretien. En 1764, un antiquaire indique qu’il est connu localement sous le nom d’Helith, ce qui renvoie à une figure mythologique pré-chrétienne révérée jadis dans le Dorset et à laquelle Walter de Coventry fait mention dans un écrit daté du XIIIe siècle.

Les légendes locales se sont bien entendu emparées de cette forme singulière et spectaculaire que les habitants du cru se plaisent à évoquer comme étant le tracé du corps d’un géant qui aurait été tué par les habitants du village, lesquels auraient ensuite matérialisé le contour de sa dépouille comme le fait la police scientifique sur une scène de crime. Mais comme il fallait s’y attendre, c’est surtout le gigantesque et impudique phallus en érection qui attire tous les regards et draine depuis des siècles les couples en mal de fertilité qui viennent danser à proximité…

Il n’en reste pas moins que les historiens se déchirent depuis des années entre les tenants d’une origine antérieure à la conquête romaine et les partisans d’une datation plus moderne, persuadés que le tracé date de la guerre civile anglaise, dans les années 1640, et que cet Hercule britannique n’est qu’une caricature d’Oliver Cromwell.

Le cheval blanc d’Uffington, tracé aux flancs d’une colline crayeuse de l’Oxfordshire (photo © Yann Arthus-Bertrand)

Un autre géoglyphe est d’ailleurs présent dans la région, représentant un immense cheval blanc de 110 m de longueur, lui aussi tracé dans la craie et dont la présence est attestée dans des écrits des moines bénédictins d’Abington Abbey depuis 1190. Le nom de White Horse Hill, attribué à la colline sur laquelle a été tracée cette figure géante, se retrouve quant à lui dans des archives depuis 1070, ce qui laisse donc penser à une réalisation encore antérieure. De fait, une datation effectuée dans les années 1990 démontre que cette œuvre remonterait à la fin de l’âge du bronze, le dessin rappelant d’ailleurs fortement des représentations schématiques visibles sur des pièces de monnaies celtiques de cette époque.

Il n’en est pas de même pour ce qui concerne le géant à la massue de Cerne Abbas, et il a fallu attendre avril 2020 pour qu’une équipe d’archéologues de l’Université de Gloucester se lancent dans une campagne de prélèvements dans le sol des tranchées qui en délimitent le tracé. Une analyse microscopique y a d’abord mis en évidence des coquilles d’escargots terrestres dont la variété ne serait arrivée en Angleterre qu’au XIIIe siècle, ce qui suggère une réalisation plus récente, mais cette période pourrait correspondre à des travaux ultérieurs sur le site.

Prélèvements en vue de la datation du géant de Cerne Abbas (photo © Ben Thomas / National Trust)

Mais une étude plus poussée par luminescence simulée optiquement réalisée sur des grains de sable prélevés dans le fond des tranchées, à près d’un mètre de profondeur, ont permis de dater assez précisément à quelle date ces éléments ont été pour la dernière fois exposés à la lumière du soleil avant d’être enfouis. Les résultats de ces analyses scientifiques pointues ont tardé à arriver du fait de la pandémie de Covid-19 qui a désorganisé les laboratoires de recherche universitaire comme tout le reste de la planète.

Une publication datée du 12 mai 2021 vient finalement conclure que la gravure daterait de la fin de l’époque saxonne, sans doute réalisée entre 700 et 1100 ap. J.-C., juste avant donc la conquête normande. Il s’agirait donc bien de la représentation du dieu saxon Helith qui aurait été tracé à l’instigation des Anglo-Saxons qui ont occupé la Grande-Bretagne à partir du Ve siècle après J.-C., à une période où la région avait déjà été partiellement christianisée sous le Bas-Empire romain. Ces cultes païens perdurent pendant plusieurs siècles malgré les missions de conversion organisées à partir du VIe siècle par le pape Grégoire Le Grand.

Ce n’est qu’en 987 qu’un monastère s’implante précisément à Cerne Abbas, à moins de 300 m de la colline du géant. Même si les archives du monastère ne mentionnent pas la gravure du géant à la massue, il est très probable que ce soit les moines qui aient recouvert les tranchées pour cacher ce vestige de culte païen qu’ils s’efforçaient de combattre et dont les restes n’ont donc été redécouverts que quelques siècles plus tard. En matière artistique comme religieuse, les modes vont et viennent…

L. V.

Régionales 2021 en PACA : les citoyens oubliés ?

19 mai 2021

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, comme dans les 16 autres régions (dont 4 en Outre-mer) qui se partagent le territoire national, le Conseil régional sera renouvelé dans un mois, les 20 et 27 juin 2021, le même jour que les Conseils départementaux, une première ! En pleine crise sanitaire et à quelques jours des grandes vacances d’été, on se doute déjà que le taux d’abstention risque d’atteindre des records, surtout pour élire les assemblées exécutives de collectivités dont personne ne sait très bien à quoi elles servent… D’autant que ces dernières mettent un malin plaisir à brouiller les cartes, faisant croire à tout le monde qu’elles ne s’occupent que de la sécurité publique, source de préoccupation majeure des Français selon les sondages, alors que leurs compétences sont tout autres !

L’hémicycle du Conseil régional PACA composé de 123 membres élus (photo © Maxppp / France Bleu)

Déjà en décembre 2015, lors de la précédente échéance, moins d’un électeur sur deux avait jugé utile de se déplacer au premier tour qui avait vu le Front national, dont la liste était menée par Marion Maréchal Le Pen, arriver très largement en tête avec plus de 40 % des suffrages exprimés : un record national ! La gauche, à son habitude en ordre dispersé, éparpillée entre une liste PS conduite par Christophe Castaner et une liste écologiste et Front de Gauche menée par Sophie Camard, avait été contrainte de se retirer avant même le deuxième tour. C’est ce qui avait permis à la liste de droite, sous la houlette de Christian Estrosi, d’emporter ces élections alors qu’il n’avait engrangé qu’à peine 26 % des voix au premier tour.

Six ans plus tard, le Front national s’est mué en Rassemblement national, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen a abandonné son siège de conseillère régionale, mais les sondages donnent cette formation d’extrême droite toujours largement en tête au premier tour des prochaines élections. Il faut dire que la liste est désormais conduite par Thierry Mariani, un transfuge de l’UMP, ancien ministre de François Fillon qui, en 2010, se présentait comme tête de liste pour la droite contre Michel Vauzelle, aux côté de Bernard Deflesselles notamment.

Thierry Mariani en campagne avec l’ex sénateur FN David Rachline (photo © Manon Hamiot / France TV)

Deux autres listes classées très à droite de l’échiquier politique seront d’ailleurs présentes en juin prochain. L’une émane du parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France, et sera conduite par Noël Chuisano qui n’avait recueilli que moins de 2 % des voix en 2015. La seconde, intitulée « Zou ! La liste qui vous débarrasse du système » est conduite par Valérie Laupiès, conseillère régionale sortante, élue en 2015 sous les couleurs du Front National qu’elle juge désormais trop mou : elle se revendique du soutien d’Eric Zemmour et de Jacques Bompart, ancien maire d’Orange et député du Vaucluse, condamné depuis à 5 ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt. Son épouse, Marie-Claude Bompart, ex maire de Bollène, sera d’ailleurs tête de liste dans le Vaucluse.

Face à cette menace de l’extrême droite dont les idées sont désormais bien ancrées en région PACA, le Président sortant du Conseil régional, Renaud Muselier, élu à ce poste à la faveur de la démission de Christian Estrosi en 2017, fait preuve d’une certaine fébrilité. Après avoir refusé la main tendue de Christophe Castaner, il a pris conscience qu’il lui fallait construire des alliances avant même le premier tour pour avoir une chance de conserver son fauteuil. Ce qui a donné lieu à une série de psychodrames dont les médias se sont régalés.

Les rapprochements de Renaud Muselier avec le parti gouvernemental LREM, sous la bénédiction de Jean Castex, ont laissé des traces à droite : un dessin signé Placide, publié dans ChalonTV)

Il a d’ailleurs frôlé l’exclusion de son parti LR pour avoir tenté de s’allier avec des représentants de La République en Marche, provoquant la fureur des caciques de son parti qui tirent à boulets rouges sur le Chef de l’État tout en lorgnant du côté du Rassemblement national. Celle qui était chargé de conduire une liste macroniste en PACA, Sophie Cluzel, a finalement dû manger son chapeau et jeter l’éponge après avoir tenté à plusieurs reprises de revenir dans le jeu. Elle ne figurera donc pas sur les listes de Renaud Muselier qui comprennent pourtant une quinzaine de membres de LREM, dont le leader local du parti, Bertrand Mas-Fraissinet, principal opposant à la maire LR de Cassis, Danielle Milon : comprenne qui pourra…

La politique régionale en PACA régale la France entière : un dessin signé Emmanuel Chaunu, publié dans Ouest-France

Du côté de la gauche, les tractations d’avant scrutin ont été tout aussi éprouvantes et laissent le même goût amer chez la plupart de ceux qui y ont participé. Les écologistes, sous l’impulsion de l’entrepreneur niçois Jean-Marc Governatori, prônaient un rassemblement des différentes tendances écologistes, ce qui avait amené La France insoumise à se désolidariser de la démarche. Les mouvements citoyens, emmenés notamment par Olivia Fortin, plaidaient pour élargir la liste d’union à des citoyens volontaires afin de sortir du carcan étriqué des partis politiques, selon une stratégie qui avait plutôt bien réussi au Printemps marseillais. Mais peine perdue, malgré les appels à l’union, dont celui de Jacques Boulesteix dans GoMet.

Ce sont les appareils politiques qui ont tranché pour aboutir à une liste savamment dosée de militants encartés issus du Parti socialiste, d’Europe écologie – Les Verts, de Génération.s, du Parti communiste, mais sans La France insoumise qui décide finalement de bouder ces élections, et sans les écologistes de droite puisque Jean-Marc Governatori a finalement décidé de monter sa propre liste, comme en 2015. C’est un élu d’opposition du Lavandou, Jean-Laurent Félizia, qui conduira cette liste d’union de la gauche, tandis que la tête de liste dans les Bouches-du-Rhône en est confiée à Capucine Edou, qui en 2014 se présentait contre Rachida Dati à Paris.

Les têtes de liste du Rassemblement écologique et social : Jean-Laurent Félizia (Var), Capucine Edou(Bouches-du-Rhhône), Jean-Pierre Cervantes (Vaucluse), Marie-José Allemand (Hautes-Alpes), Bertrand Perrin (Alpes de Haute-Provence) et Xavier Garcia (Alpes-Maritimes) (source © France 3 Régions)

La partie sera difficile pour la gauche que les sondages donnent en troisième position loin derrière le Rassemblement national et la liste LR « Notre région d’abord ». D’autant que trois autres listes ont été déposées avant la date limite du lundi 17 mai à midi, qui se réclament aussi de la gauche. L’une se veut résolument régionaliste, menée par le militant du Parti occitan Hervé Guerrera, qui défend une vision autonomiste pour la région occitane. La seconde est portée par l’éternel parti trotskyste Lutte ouvrière, dont la représentante locale, Isabelle Bonnet sera candidate pour la troisième fois malgré des scores plutôt riquiqui. Quant à la troisième, intitulé « Un nôtre monde », elle est portée par deux collectifs complotistes Reinfo Covid et Fédération citoyenne, et elle prône une approche de démocratie participative à la fois pour la constitution des listes et la gestion des affaires courantes. Un véritable OVNI politique qui témoigne au moins à quel point certains citoyens, écœurés par le spectacle d’élus de tous bord, sans conviction ni programme, mais prêts à tout pour obtenir une place éligible et conquérir le pouvoir, éprouvent le besoin de s’impliquer dans la vie publique, pour le meilleur ou pour le pire…

L. V.

The Camp : le phare de la French Tech clignote…

16 mai 2021

Le phare de l’innovation de la métropole, situé en plein cœur de l’Arbois, The Camp, est en difficulté. Ce « camp de base pour explorer le futur », ce lieu « où des talents du monde entier se forment », cette « fenêtre sur le monde de demain », doute. Malmené par la crise sanitaire, le campus a dû recapitaliser en février (20 millions d’euros supplémentaires) et revoir sa stratégie. Le nombre de salariés a été revu à la baisse. « Nous avons simplifié notre offre et allégé le navire », a expliqué son président, Olivier Mathiot au journal Les Echos.

Une architecture futuriste, nichée dans un écrin de verdure… (photo © The Camp)

Tout était beau pour The Camp, inauguré en 2017 sur le site technologique du plateau de l’Arbois. Entreprises, banques, collectivités, le projet pensé par Frédéric Chevalier, fondateur du groupe de communication HighCo, ne manquait ni de parrains, ni de soutiens, ni de financements. Sa naissance avait été cependant douloureuse. Frédéric Chevalier, entrepreneur innovant, président du Club d’entrepreneurs Top 20, charismatique et reconnu, décédait d’un accident de voiture à l’été 2017, quelques mois avant l’inauguration de son bébé…

Frédéric Chevallier avec Emmanuel Macron en juillet 2016 (photo © The Camp Rea / Blast)

Malgré l’engouement du monde économique et politique, le projet, présenté comme la future Silicon Valley française, a dû depuis affronter de nombreuses difficultés, à commencer par les tensions de ses présidents et directeurs successifs et un flou entretenu sur les objectifs du projet. Créer une agora présentielle pour le monde numérique, ce n’était évidemment pas gagné d’avance. La crise pandémique n’a fait que mettre à jour les problèmes. The Camp est aujourd’hui menacé. A la vérité, il n’a jamais vraiment décollé.

Le site d’infos en ligne Blast, qui se présente comme indépendant et au service des citoyens et de l’intérêt général, vient de publier une enquête poussée et sans complaisance sur The Camp. Nous livrons ici notre propre analyse.

Un projet ambitieux qui a séduit le monde politico-économique

Tout semblait promis à The Camp. En 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, l’avait présenté comme un modèle. Il avait accompagné en janvier 2016,190 start-up tricolores, qui débarquaient avec fanfare et trompettes au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas pour porter haut les couleurs de l’innovation à la française. France was back ! Les élus de tous bords, casque virtuel maladroitement posé sur la tête, découvraient les termes de l’innovation numérique en même temps que de la novlangue. Tout ceci était grisant… Les ministres n’étaient pas de reste. Mounir Mahjoubi, Murielle Pénicaud, Jean-Yves Le Drian, Jean-Baptiste Lemoyne, Cédric O, y ont été chacun de leur couplet enchanté et enchanteur.

Le projet, très ambitieux, n’a donc pas manqué de financements : 85 millions, dont 40 pour l’immobilier. Les collectivités locales se sont mouillées. 10 millions de la Métropole, 5 millions du Département, 5 millions de la Région, un soutien de l’État par des financements de programmes. Les grandes entreprises ont été mises à contribution (Accor, Air France-KLM, Sodexo, CMA-CGM, Vinci immobilier, Vinci construction, SNCF Gare & connexions, …), comme les banques (Crédit Agricole, Caisse d’Épargne, Caisse des dépôts). 10.000 m² de bâtiments au cœur de 7 hectares paysagers, des terrains de sport, une piscine naturelle, … The Camp en impose. Cerise sur le gâteau, l’architecte Corinne Vezzoni, médaille d’or 2020 de l’Académie française d’architecture en avait dessiné les plans.

Deux sociétés anonymes pour un projet unique

Le projet initial prévoyait que The Camp accompagnerait 40 start-up par an et serait à l’équilibre au bout de trois ans. Cela est très loin d’être le cas et les engagements de remboursement ne peuvent être honorés. Le 16 février 2021, le tribunal de commerce a dû réajuster l’opération afin d’entamer des négociations en vue de la recapitalisation de la société pour la remettre sur les rails. Les salaires faramineux des dirigeants au début (24 à 35 000 € net mensuels) ne sont pas les seuls en cause. En fait, le montage imbrique deux sociétés : la SAS The Camp pour l’exploitation et la société The Camp i pour l’immobilier. Selon Blast-info, « alors que la première, aujourd’hui placée sous assistance respiratoire, prend l’eau, la deuxième se porte nettement mieux : la SAS The Camp affichait 22 millions d’euros de déficit cumulé à la fin de l’exercice 2019 (le dernier déposé) ; quant à The Camp i, si la société a plus de 20 millions d’emprunts à rembourser au Crédit Agricole et à la Caisse d’Épargne, la valeur vénale du site est estimée, après expertise, entre 25,1 et 30,4 millions d’euros… ».

La résidence hôtelière de The Camp (photo © Lisa Ricciotti, Corinne Vezzoni et Associés Architectes pour The Camp / IDEAT)

L’argent public est donc arrivé sur la première et a notamment permis de payer les loyers. La SAS The Camp a ainsi versé 2,25 M € par an versés à la SCI The Camp i. Les collectivités ont assumé le risque maximum alors que certains capitaux privés pouvaient s’appuyer, eux, sur l’immobilier. Les ressources étant maintenant en baisse, les remboursements d’avances aux collectivités ont été suspendus ou réétalés. Le Crédit Agricole a dû remettre 2,5 M€ au pot afin de respecter, dans une certaine mesure, le remboursement des emprunts contractés, entre autres, par la SAS The Camp auprès du même Crédit Agricole !

Les collectivités locales pénalisées

Ce montage financier bancal a à la fois pénalisé le projet et lésé les partenaires publics. Ces derniers ont consenti des avances remboursables au détriment d’investissements en fonds propres, ce qui, en 2015-2016 était déjà anachronique. La région disposait en effet depuis 2011 d’une structure d’investissement public-privé spécialisée dans l’investissement en fonds propres en matière d’innovation, PACA Investissement (aujourd’hui Région sud Investissement), potentiellement ouverte aux autres collectivités locales, qui aurait permis d’intervenir dans l’opération. De surcroît, les investissements de Région sud Investissement sont systématiquement abondés du même montant par les fonds européens, ce qui est particulièrement intéressant. Même si ce fonds d’investissement rechigne en général à intervenir directement dans l’immobilier, cela restait possible et il pouvait financer les équipements, l’animation, la R&D et, dans une certaine mesure la formation. En tous les cas largement à hauteur des 4 M€ d’avances remboursables actuelles.

The Camp, un OVNI posé sur le plateau de l’Arbois (photo © Corinne Vezzoni et Associés Architectes
pour The Camp / Golem Images / Usine digitale)

Une prise de participations publique en fonds propres, simultanée au sein des deux sociétés, aurait assuré la durée de l’action publique et la mutualisation des risques. Aujourd’hui, rien de dit que les avances seront réellement remboursées (elles peuvent être transformées en subventions) et que la réglementation est scrupuleusement respectée. Les avances remboursables ne peuvent en effet être différées éternellement. D’autre part, le Département, ayant perdu sa compétence économique en 2015, aurait dû logiquement transférer l’action en cours à la Région. Ces deux points seront tôt ou tard soulevés par la Chambre Régionale des Comptes. L’avance remboursable, qui est en fait un prêt à taux zéro, était une mauvaise solution pour les collectivités voulant soutenir un tel projet. Contrairement à la prise de participation, elle les limitait à un rôle passif.

La crise a montré les fragilités du projet

Les collectivités n’auraient jamais dû accepter de n’être partenaires que d’une société d’exploitation alors que le patrimoine, qu’elles finançaient partiellement par leurs avances remboursables, était protégé dans une autre société. De fait, en raison des difficultés, le remboursement des avances aux collectivités a été repoussé, étalé alors que le patrimoine immobilier, privé lui, financé en partie par ces apports publics, a pris de la valeur.

Aujourd’hui, côté politique, The Camp n’est vraiment plus sur le devant de la scène. D’abord parce que la gestion de l’investissement public, centré sur une SAS sans patrimoine, est fortement contestable et qu’en période électorale, cela fait désordre. Et puis, il faut bien avoir d’autres projets, qui à défaut de réussir vraiment, feront au moins rêver les électeurs. Les ministres se succèdent plutôt maintenant dans les nouveaux accélérateurs comme Zebox, créé par CMA CGM, La Coque (qui se veut « la vitrine du numérique et de l’innovation d’Aix-Marseille French Tech Région Sud ») ou la Cité de l’Innovation et des Savoirs, tous situés au cœur d’Euroméditerranée.

Un reportage de France 24 en octobre 2017 (source YouTube)

L’innovation est un projet global, technologique, mais aussi social

Le problème que posent les difficultés du projet The Camp va bien au-delà de la simple gestion locale. Certes, on aurait pu faire mieux. Mais ces difficultés montrent aussi que le modèle choisi était fragile et qu’il n’a pas pu faire face à la crise pandémique. Il n’est pas le seul, mais il met en sans doute en avant un retard conceptuel de l’innovation French Tech à la française. L’innovation n’est pas uniquement d’avoir des idées. L’innovation n’est pas non plus qu’un problème d’échanges.

Jean-Paul Bailly, le premier président de The Camp après le décès de Frédéric Chevalier expliquait en 2017 dans une interview à La Provence que le projet consistait à « réunir tous les acteurs publics, privés, experts, entrepreneurs, étudiants… pour être un lieu de réflexion, d’échange sur la manière de construire ce monde meilleur ». Il anticipait sans s’en rendre compte que ce qui a été occulté, c’est l’énorme travail de transversalité sociale et de filières économiques qui sous-tendent un tel projet. L’innovation est un projet global, de la recherche fondamentale et appliquée au produit final. Elle crée des ruptures qui ne sont pas que technologiques, mais modifient aussi fortement les usages et les rapports sociaux. L’adhésion, l’acceptation du plus grand nombre contribuent au succès d’une innovation.

La French Tech a toujours été face à un énorme défi, celui du sens sociétal. L’innovation ne mène pas toujours au progrès, surtout dans un contexte planétaire marqué par des défis sans précédent : inégalités, changement climatique, diminution des ressources… Lorsqu’elle ne s’inscrit pas dans un véritable projet sociétal, l’innovation technologique est fragilisée, souvent stigmatisée et apparaît comme un parfait bouc-émissaire responsable de tous les maux. La relation de l’innovation avec la société, sa capacité à répondre aux problèmes humains et sociaux est l’objet d’attentes très fortes.

Le moment est sans doute venu pour que les collectivités locales fassent entendre cette parole et contribuent à recentrer le projet. Dans le cas contraire, il est fort probable que les grandes entreprises, à l’exemple de SNCF Gare & connexions, se retireraient une par une et que The Camp n’y survivrait pas.

J. Bx. (source : Carnoux citoyenne)

Les vaccins constituent des Biens communs

11 mai 2021

Bientôt la sortie du tunnel ?

Les dernières annonces gouvernementales permettent d’envisager un allègement progressif jusqu’à leur suppression fin juin des mesures drastiques de protection sanitaire. Depuis le 3 mai, finies les limites de déplacement et réouverture des collèges et des lycées (en demi-jauge pour les départements dont le taux d’incidence est supérieur à 400 pour 100 000 habitants). 19 mai, couvre-feu fixé à 21H et réouverture des terrasses, des commerces et des lieux culturels, 9 juin couvre-feu reporté à 23h et réouverture des cafés, des restaurants et des salles de sport, enfin 30 juin, fin du couvre-feu et des restrictions ainsi que levée des jauges.

Un dessin signé Mutio (source © Urtikan)

Ce programme libérateur ne doit cependant pas cacher la forte pression qui subsiste dans les hôpitaux et le nombre important de personnes contaminées par la Covid et les nouveaux variants.

A ce propos, au 6 mai 2021, le site TousAntiCovid dénombrait en France 17,16 millions de personnes ayant au moins reçu une dose de vaccin et en PACA 1,41 million. Si on se réfère aux données de l’Insee, le nombre d’adultes est de plus de 49 millions en France et 3,8 millions en région PACA. Actuellement, seulement un tiers des adultes a reçu au moins une dose de vaccin et parmi-eux surtout ceux de 60 ans et plus. Or on sait que la transmission du virus n’est pas corrélée à l’âge même si les personnes en activité et parmi eux les plus jeunes, souvent porteurs asymptomatiques, sont des vecteurs particulièrement actifs.

Bientôt une extension aux enfants de la vaccination contre le Covid-19 ? ( photo © Getty images / Forbes)

S’ajoute le fait que les hôpitaux enregistrent, notamment depuis la détection du variant anglais, un accroissement sensible de personnes plus jeunes nécessitant des soins intensifs. Il apparaît donc indispensable d’élargir dans les plus brefs délais la vaccination à tous les adultes, non seulement à ceux qui sont atteints de comorbidités, mais aussi à ceux qui sont en contact avec des personnes potentiellement porteuses de la Covid (enfants et adultes) : les agents des fonctions publiques (soignants, enseignants, policiers, employés des transports et des services …).

Reste, à l’instar de ce qui se met en place dans certains pays comme aux États-Unis, à envisager rapidement la vaccination des adolescents puis des enfants. Pour cela, les autorisations de recourir aux vaccins avec ARN adaptés à ces tranches d’âge (Pfizer et Moderna) doivent être obtenues. En France, le ministère de la Solidarité et de la Santé envisage de vacciner avec le vaccin Pfizer les enfants de plus de 12 ans qui souffrent de maladies. L’extension à tous les enfants semble se profiler.

File d’attente devant le stade Vélodrome pour la vaccination contre la Covid-19 (photo © Christophe Simon / AFP / Le Monde)

A Carnoux, au 9 mai 2021, selon Santé Publique France, le taux d’incidence est au plus bas après être descendue en début de mois sous la barre des 250/100 000. Pour maintenir ce taux, il est primordial d’être vacciné et pour cela, en plus des deux centres de vaccination proches à Aubagne (Espace des Libertés) et à La Ciotat (Salle Paul Eluard), les médecins et les pharmaciens sont mobilisés.

Stopper la pandémie constitue un enjeu qui concerne chaque citoyen. C’est une question majeure de santé, de solidarité (se protéger pour protéger les autres) et aussi un gage de liberté.

A ce jour, en plus des gestes barrière, seule la vaccination du plus grand nombre de personnes peut endiguer le développement d’une pandémie qui se joue des frontières et enregistre des évolutions du virus.

La réponse ne peut être nationale, elle est mondiale. Pour cela, l’accès aux vaccins doit être possible pour chaque habitant, qu’il habite un pays riche comme un pays pauvre.

Les vaccins constituent des biens communs.

Plusieurs pays fortement touchés par la pandémie, dont l’Inde et l’Afrique du Sud, ont effectué depuis plusieurs mois une demande de dérogation temporaire aux accords sur les droits de propriété des vaccins, demande récemment relayée par Joe Biden. Cette disposition, si elle était adoptée par L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) permettrait aux entreprises pharmaceutiques de produire les précieux vaccins. Cette position est d’autant plus juste que les fabricants ont bénéficié d’aides publiques ainsi que de décennies de recherches académiques financées sur fonds publics. Six mois ont été perdus. C’est d’autant plus dommageable que des sociétés pharmaceutiques de pays comme l’Inde, le Bangladesh ou l’Afrique du Sud ont la capacité de produire en quelques mois des centaines de millions de doses si les fabricants occidentaux acceptent de partager leur technologie.

Les pays riches doivent avoir conscience que s’ils ne veulent plus être menacés par la circulation incontrôlée du virus, c’est à l’ensemble de la population mondiale qui doit être vaccinée.


Carte des pays favorables ou opposés à la levée des brevets sur les vaccins contre la Covid-19 (source © Datawrapper)

Si les États-Unis ont effectué un premier pas, il reste à convaincre d’autres pays dont l’Allemagne, la France, le Danemark ou le Japon qui disposent d’une importante industrie pharmaceutique afin qu’ils mettent tout en œuvre pour que la population mondiale puisse bénéficier de vaccins.

Alors pourra-t-on espérer voir enfin le bout du tunnel !

M. M.

Départementales 2021 : ça se précise !

8 mai 2021

Voilà bien un problème qui ne préoccupe pas les régimes dictatoriaux : comment organiser aux échéances prévues les consultations électorales en période de pandémie sans risquer d’augmenter la transmission du virus ? En France, les élections départementales auraient dû avoir lieu en mars 2021, 6 ans après celles de 2015 qui avaient été marquées par une très forte poussée de la droite, rassemblée alors sous la bannière fédératrice de l’UMP, tandis que la gauche se présentait en ordre totalement dispersé. Une stratégie payante puisqu’à l’issue de ce scrutin, la droite se retrouvait aux manettes de 67 départements sur 101 ! Même les Bouches-du-Rhône, pourtant à gauche depuis une soixantaine d’années avaient basculé à l’UMP, et sont dirigées depuis par Martine Vassal.

Martine Vassal vote en avril 2015 pour la Présidence du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône (source © GoMet)

Repoussé une première fois au 13 juin, le premier tour des prochaines élections départementales se tiendra finalement le dimanche 20 juin 2021, en même temps d’ailleurs que les élections régionales, histoire de ne pas déplacer les électeurs pour rien… Cette particularité mise à part, le découpage cantonal reste celui qui avait été étrenné en 2015 pour permettre un rééquilibrage démographique entre circonscriptions et limiter quelque peu la surreprésentation traditionnelle des populations rurales. Chaque canton est désormais représenté par un binôme, parité oblige, avec sa paire de suppléants, ce qui a permis une hausse spectaculaire du nombre de femmes dans les assemblées départementales. En revanche, le cumul des mandats reste la règle, la plupart des élus départementaux étant en même temps maire ou conseillers municipaux…

Vue la polarisation actuelle de l’opinion publique sur l’évolution de l’épidémie de Covid-19, on ne peut pas dire que ces élections qui approchent à grand pas suscitent un engouement exceptionnel, malgré le matraquage publicitaire entamé depuis déjà des mois par l’exécutif sortant, et il y a fort à parier que le taux de participation y sera encore plus faible que pour les dernières municipales en 2020. Pour autant, il y a quand même eu de nombreuses tractations en coulisse pour arriver à constituer les binômes qui se présenteront aux suffrages dans seulement 6 semaines et le dépôt des candidatures est d’ores et déjà clôturé depuis le 5 mai.

Danielle Milon et Patrick Ghigonetto, candidats LR sur le canton de La Ciotat, avec leurs suppléants (photo © C. Ms / La Provence)

On sait donc désormais que sur les 29 cantons qui forment le département des Bouches-du-Rhône, il y aura pas moins de 155 binômes en lice. Depuis 2015, la commune de Carnoux est rattachée au canton de La Ciotat, lequel comprend également les villes de Cassis, Ceyreste, Roquefort-la Bédoule, Cuges-les-Pins et Gémenos. En 2015, ce sont les maires de Cassis (Danielle Milon) et de la Ciotat (Patrick Boré), tous deux LR, qui avaient été facilement élus. Ce dernier ayant depuis abandonné son fauteuil de maire au profit d’un autre, plus confortable, de sénateur, c’est cette année le maire de Ceyreste, Patrick Ghigonetto, qui s’alignera en binôme avec Danielle Milon pour défendre les couleurs de la droite LR.

Ils auront en face d’eux une liste du Rassemblement national (RN) et une issue d’une alliance de plusieurs partis de gauche qui ont enfin compris la nécessité de s’unir après une longue série de défaites enregistrées depuis des années où la gauche est systématiquement absente du second tour. L’élu d’opposition de Ceyreste, le socialiste Tony Delogu, battu aux dernières municipales par Patrick Ghigonetto, tentera de prendre sa revanche, en tandem avec une militante CGT, Sylvie Fardella, puéricultrice à l’hôpital de La Ciotat. Pas d’écologiste donc sur le canton, ni de représentant de la France insoumise, ni de candidat du parti présidentiel LREM…

Sylvie Fardella (PCF) et Tony Delogu (PS), candidats sur le canton de La Ciotat (source © Opera news)

En réalité, seuls les 3 blocs présents sur notre canton seront représentés sur l’ensemble du territoire départemental. Côté LR, Martine Vassal, qui espère bien retrouver son siège de présidente du Conseil départemental, se présente dans le 10e canton de Marseille avec son fidèle acolyte Lionel Royer-Perreaut, maire de secteur des 9e et 10e arrondissements, tandis qu’une bonne partie de ses fidèles brigue de nouveau un siège à l’assemblée départementale, à l’instar de Laure-Agnès Caradec, Didier Réault, Sabine Bernasconi, Yves Moraine, Sabine Bernasconi ou encore Gérard Gazay à Aubagne.

Sophie Camard en tandem avec Benoît Payan dans le premier canton de Marseille (photo © V. V. / La Provence)

A gauche, Benoît Payan et Sophie Camard tenteront de se faire réélire sur Marseille, de même que plusieurs figures du Printemps marseillais désormais à la tête de l’exécutif municipal, tels que Christian Pellicani, Yannick Ohanessian, Audrey Garino, Hervé Menchon, Samia Ghali, Sébastien Jibrayel, Anthony Krehmeier ou encore Jean-Pierre Cochet. Ni Michèle Rubirola, affaiblie par ses ennuis de santé, ni Jean-Noël Guérini (toujours élu à ce jour au Conseil départemental !), ni l’ancien député socialiste, Henri Jibrayel, récemment condamné pour abus de confiance et prise illégale d’intérêt, ne seront finalement candidats.

Aucun représentant de la France insoumise ne figurera non plus sur les listes d’union de la gauche faute d’entente préalable. Ce parti présentera donc ses propres candidats dans certains cantons, ce qui devrait largement faire les affaires de la droite LR en réduisant les chances de la gauche de se qualifier au second tour, la barre à franchir pour se maintenir étant particulièrement haute pour ces élections (12,5 % des inscrits)…

Les élections départementales, un scrutin peu favorable pour LREM, comme toutes les élections locales (dessin signé Kak, publié en novembre 2019 dans L’Opinion)

Curieusement, la République en marche (LREM), manifestement en peine pour trouver des volontaires, ne présente finalement des candidats que dans 7 des 29 cantons, à Istres, Marignane et quelques secteurs de Marseille et Aix-en-Provence. Pas de quoi conforter son ancrage local toujours aussi fragile, mais un beau coup de pouce à la droite LR qui a de fortes chances de se retrouver en face à face contre un élu RN au second tour comme en 2015 dans un grand nombre de cantons !

Comme souvent, des candidatures dissidentes se sont fait jour en plusieurs endroits, ce qui explique que certains cantons se retrouvent avec pas moins de 8 listes en concurrence, comme dans le 11e canton de Marseille où se présente notamment un revenant, Philippe Berger, désormais soutenu par LREM, lui qui fut élu pendant 19 ans aux côtés de Jean-Claude Gaudin dont il fut longtemps l’adjoint en charge du Bataillon des marins-pompiers.

Hassen Hamou en 2016, alors membre de l’UMP et candidat aux primaires de la droite… (photo © Martin Bureau / AFP / Yahoo actualités)

Saluons aussi la remarquable souplesse du candidat Hassen Hamou, candidat d’union de la gauche dans le 6e canton de Marseille, qui, à 31 ans seulement, a déjà exploré une large partie de l’échiquier politique : candidat du PCF en 2008, il fut ensuite tête de liste du PRG guériniste en 2014, puis candidat à la primaire de l’UMP en 2015 avant de devenir responsable local du MODEM puis d’atterrir finalement chez Europe écologie – Les Verts. Il sera d’ailleurs opposé, lors de ces prochaines élections, à Christophe Masse, un ancien député PS qui représente désormais LREM. Espérons que leurs électeurs ne seront pas trop déboussolés par de telles girouettes…

L. V.

Des containers à la mer !

6 mai 2021

On ne louera jamais assez les bienfaits d’une mondialisation, qu’Alain Minc, tout ébahi qualifiait d’heureuse il y a une vingtaine d’années, mettant en avant l’industrialisation massive qui a permis à des millions de Chinois, et désormais d’Indiens mais aussi de nombreux autres pays émergents de produire à bas coût tout ce dont le reste du monde a besoin (ou simplement envie). Un mécanisme économiquement avantageux puisqu’il a permis à toute une partie du monde de sortir de la misère tout en autorisant les populations des pays riches à s’approvisionner à des prix défiant toute concurrence, et ceci sans même avoir le désagrément de voir leur environnement proche pollué par des nuisances industrielles de toutes sortes.

La mondialisation vue par le dessinateur Piet

Bien sûr, comme tout système humain, celui-ci a un revers et certaines conséquences dommageables. Le fait qu’il ait permis au passage d’engraisser considérablement les dirigeants et les actionnaires des multinationales reines de la délocalisation n’est peut-être pas le pire. Celui d’avoir entraîné une perte massive de compétence et une désindustrialisation très poussée notamment en France, au risque de devenir particulièrement vulnérable quand il faut importer de l’étranger ce dont on a besoin pour faire face à une épidémie, par exemple, n’a échappé à personne.

Mais une autre conséquence de cette mondialisation dans laquelle les pays européens et américains ont laissé produire la quasi totalité de leurs biens de consommation à l’autre bout de la planète, est qu’il faut bien transporter toute cette marchandise, et sur de longues distances. En 1990, le volume mondial du seul fret maritime (qui constitue 90 % du commerce mondial) représentait 4 000 tonnes par an. Vingt ans plus tard, en 2019, il avait plus que doublé pour atteindre 11 000 tonnes par an !

Un porte-conteneurs chinois de 400 m, permettant de transporter un peu plus de 19 000 conteneurs, le GSCL Globe (photo © Keith Skipper / Flickr / Industrie-techno)

Une partie de ces denrées est transportée en vrac, en particulier pour ce qui concerne les produits liquides. Mais une proportion importante de ces marchandises est transportée dans des conteneurs métalliques. Tout confondu, selon Nicolas Tamic, responsable d’opérations au CEDRE (Centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles), interviewé par Actu-Environnement, ce sont pas moins de 226 millions de conteneurs qui circulent chaque année à travers les océans, provoquant régulièrement des embouteillages lorsque l’un d’entre eux à la malchance de s’échouer dans un passage stratégique comme le canal de Suez

Ces conteneurs sont remplis à ras bord avec tout ce qui doit être transporté. Chaussettes et teeshirts fabriqués en Chine y côtoient les cartons de smartphones et d’ordinateurs, mais aussi bien des produits chimiques plus ou moins dangereux qui traversent également la planète en fonction de nos besoins. Selon le CEDRE, ce sont ainsi chaque année de l’ordre de 6 millions de conteneurs contenant des matières dangereuses ou polluantes qui transitent sur les porte-conteneurs géants, parmi lesquels un quart sans doute est mal emballé et souvent non déclaré.

Le porte-conteneurs de 316 m, MOL Comfort, brisé en deux en juin 2013 dans l’Océan Indien, avec plus de 7000 conteneurs à bord, alors qu’il faisait route vers Le Havre (photo © Ministry of Defense / AFP / CNews)

Or ces millions de conteneurs entassés de manière spectaculaire sur le pont des bateaux gigantesques qui les transportent ne sont pas toujours bien arrimés. A chaque tempête, un certain nombre d’entre eux passent purement et simplement par dessus bord et finissent dans les abysses car la plupart d’entre eux ne sont pas étanches. Seuls certains d’entre eux, dont les conteneurs frigorifiques doublés de matériaux isolants leur conférant une meilleure étanchéité et une plus grande flottabilité, arrivent à flotter entre deux eaux et finissent par s’échouer sur les côtes. Les autres coulent et leur chargement est progressivement relâché à la mer avec des risques graves de pollution.

Le porte conteneurs japonais de 364 m, ONE Apus, pris dans une tempête au large d’Hawaï le 30 novembre 2020, a perdu 1816 conteneurs en mer avant de rejoindre le port de Kobé (source © Actu Nautique)

Ainsi, fin novembre 2020, le porte-conteneurs ONE Apus, parti de Chine avec 15 000 conteneurs à bord, en a perdu pas moins de 1816 dans une tempête au large d’Hawaï et les photos de son pont ravagé avec ses piles de boîtes gigantesques toutes de guingois ont beaucoup amusé les réseaux sociaux, un peu moins sans doute les défenseurs de l’environnement maritime… Parmi les conteneurs passés par dessus-bord, 54 étaient remplis de fusées de feux d’artifice, 8 de batteries et 2 d’éthanol : un beau cocktail explosif qui a certainement fait le bonheur de la faune locale…

Officiellement, ce sont 1382 conteneurs qui passent ainsi par dessus bord chaque année en moyenne, selon le World Shipping Council, mais le CEDRE estime que l’on est sans doute plus près des 15 000 conteneurs, car il n’existe aucune obligation de déclarer les pertes et les armateurs s’en gardent bien pour ne pas avoir à engager leur responsabilité si quelqu’un devait les retrouver.

Conteneurs en vrac sur le pont du ONE Apus, le 1er décembre 2020 (source © Journal de la marine marchande)

La convention de Nairobi impose de fait de récupérer les conteneurs échoués, puisqu’ils sont considérés comme des épaves, mais l’opération peut être coûteuse et les armateurs ne le font que s’ils y sont obligés. L’an dernier, la CMA CGM dit ainsi avoir perdu 52 conteneurs et n’en a récupéré que la moitié qui s’étaient échoués sur les côtes. Il faut dire aussi que les conteneurs qui s’échouent font souvent le bonheur des populations riveraines comme on l’a vu avec le MSC Napoli, échoué en 2007 sur les côtes britanniques après avoir perdu une centaine de conteneurs dont les marchandises ont été proprement pillées par les populations côtières…

Le MSC Napoli échoué à Lyme Bay en 2007 (photo © Marine Nationale / Mer et marine)

Bien entendu, le danger que constituent ces objets dépend beaucoup de leur contenu. Le problème est que celui-ci est purement déclaratif. Si le négociant indique qu’un conteneur contient 5 tonnes de bananes et qu’en réalité il est rempli avec 15 tonnes d’acide chlorhydrique, non seulement l’impact n’est pas le même en cas de chute à la mer, mais surtout le risque d’accident est accru. En effet, les boites les plus lourdes doivent être placées en bas de la pile afin de minimiser leur accélération en cas de roulis. Si elles sont placées par erreur au sommet du chargement, elles présentent beaucoup plus de risque de rompre leur dispositif de fixation en cas de tempête, et donc de tomber à la mer…

Bien sûr, des contrôles aléatoires sont réalisés, mais en nombre très insuffisant au vu du flux concerné. Les services américains observent ainsi que 15 à 20 % des conteneurs vérifiés ne correspondent pas à ce qu’indique la déclaration : soit le poids soit le contenu, soit parfois les deux, sont erronés, ce qui donne une idée de l’ampleur du problème ! Heureusement, l’Organisation maritime internationale a engagé une réflexion sur le sujet en vue de renforcer les contrôles et d’améliorer la traçabilité : soyons patients et ayons confiance…

L. V.

Tchad : mort d’un autocrate combattant

3 mai 2021

La nouvelle n’est pas si banale que cela : le 20 avril 2021, un chef d’État est mort des suites de ses blessures en combattant à la tête de son armée pour défendre l’intégrité territoriale de son pays. Tout occupés que nous sommes par la lutte contre un simple virus, on aurait presque tendance à l’oublier, mais pendant que les Français s’étripent à propos des normes sanitaires à mettre en place pour accueillir les enfants à l’école ou envisager la réouverture des salles de spectacles, d’autres peuples pourtant proches de nous connaissent les affres de la guerre, des bombardements, des massacres de civils et de l’exode forcé pour fuir les zones de combat où il arrive, comme dans la plus lointaine Antiquité, que des chefs de guerre meurent au combat…

Patrouille de l’armée tchadienne en opération militaire contre des rebelles, le 19 avril 2021 à Ziguey (photo © Abdoulaye Adoum Mahamat / AFP / France TV Info)

En l’occurrence, ce chef d’État, militaire de formation était le Président de la République du Tchad et venait tout juste d’être réélu à la tête de son pays. Un habitué du poste, incontestablement, puisque Idriss Deby occupait cette fonction depuis 1991 : 30 ans tout juste, un beau record, sinon un gage de respect des règles démocratiques les plus élémentaires…

Ce fils de berger Zaghawa, une ethnie du Nord tchadien, proche des nomades noirs Toubous, avait fait l’école d’officiers de N’Djamena avant d’obtenir une licence de pilote professionnelle en France. Rentré au Tchad en 1979, il est rapidement nommé commandant en chef des forces armées du Nord par Hissène Habré, alors en rébellion contre son éternel rival, Goukouni Oueddei. Devenu chef des armées adjoint, une fois Hissène Habré au pouvoir, et après une nouvelle formation militaire en France, le voilà bientôt en disgrâce puis en fuite en Libye après une tentative manquée de coup d’État le 1er avril 1989.

Le maréchal président Idriss Deby lors d’une opération militaire fin mars 2020 (source : Présidence tchadienne / Jeune Afrique)

Il crée à son tour un mouvement rebelle et, avec l’aide active de la France, de la Libye et du Soudan (en géopolitique, les alliances sont toujours mouvantes…), il prend le pouvoir par la force en décembre 1990. En 1996, l’organisation d’élections lui permet de se maintenir au poste de Président de la République, avant d’être réélu pour un second mandat en 2001.Dès 2004, ayant pris goût au pouvoir, il fait modifier la Constitution pour pouvoir se présenter de nouveau à ce poste. Après avoir échappé de peu à deux tentatives de renversement par les forces rebelles et grâce au soutien appuyé de l’armée française, il est réélu en 2006.

En 2008, de nouveau assiégé dans son palais présidentiel par des troupes rebelles, il appelle à l’aide son ami Sarkozy qui lui sauve la mise une fois de plus, ce qui lui permet de remporter un nouveau mandat présidentiel en 2011… Et en 2016, il est de nouveau réélu, dès le premier tour de l’élection présidentielle avant de recommencer l’exploit en avril 2021, à l’occasion de ce que Le Monde décrit comme « une mascarade démocratique de plus » et après avoir « écarté, légalement ou par la violence ou l’intimidation, les ténors d’une opposition divisée ».

Idriss Deby avec Nicolas Sarkozy à Élysée le 16 octobre 2009 (photo © Philippe Wojazer / Reuters / Tchadoscopie)

Il faut dire que le Tchad présente la particularité que, dans certaines régions du Nord, là justement d’où les Zaghawa sont originaires, le candidat Idriss Deby engrange régulièrement, comme en 2016, des résultats qui dépassent 100 % des inscrits. Des scores qui feraient rêver n’importe quel homme politique et que l’on explique par le « vote nomade » qui permet aux populations nomadisantes de voter là où elles se trouvent, même si elles ne sont pas inscrites sur les listes électorales. Une pratique bien commode qui permet de bourrer allègrement les urnes et de compenser plus que largement les résultats un peu moins flatteurs obtenus dans d’autres régions plus hostiles.

Mais en ce mois d’avril 2021, le Président, nouvellement réélu dès le premier tour avec un score plus qu’honorable de 79,32 %, n’a pas le temps de fêter sa nouvelle victoire car, au même moment, les rebelles du FACT (Front pour l’alternance et la concorde au Tchad, groupe à dominante Gorane, créé en 2016 par Mahamat Mahdi Ali) lancent une nouvelle attaque depuis le sol libyen dans le Nord-Ouest du pays. Le maréchal Idriss Deby prend donc aussitôt, comme il se doit, la tête de son armée et est mortellement blessé sur le front, sans que l’on sache très bien les circonstances exactes de sa mort.

Le président du Tchad, Idriss Deby, intronisé maréchal, en toute modestie, le 11 août 2020 (photo © Renaud Masbeye Boybeye / AFP / Courrier International)

Une chose est sûre, la Constitution tchadienne, révisée en 2005, précise clairement qu’en cas de vacance de la présidence de la République, il revient au président de l’Assemblée nationale d’assumer ses attribution et il est procédé à de nouvelles élections présidentielles dans un délai qui ne doit pas dépasser 90 jours. Sauf que ce n’est pas du tout le scénario qui se dessine, à l’initiative de l’armée qui est toute puissante dans ce pays, au point d’ailleurs que nul n’est capable de déterminer le nombre exact de ses membres, au moins 40 000 mais plus vraisemblablement 65 000.

C’est d’ailleurs cette toute puissance de l’armée tchadienne qui explique en partie la grande mansuétude de la France à l’égard de ce pays et les innombrables coups de pouce apportés depuis des années au pouvoir en place, car la France a besoin de ces forces pour lutter contre les groupes djihadistes au Sahel. Une constatation qui explique sans doute pourquoi Emmanuel Macron se tenait au premier rangs lors des obsèques d’Idriss Deby, seul dirigeant occidental à avoir fait le déplacement, et ceci malgré le coup de force constitutionnel qui a porté à la tête du Tchad un Conseil militaire de transition, présidé par le propre fils du défunt, Mahamat Idriss Deby, qui à 37 ans et après un passage au lycée militaire d’Aix-en-Provence, devient donc de fait le nouveau Président de la République, au mépris de toute considération démocratique.

Emmanuel Macron aux côtés de Mahamat Idriss Deby à N’Djamena le 23 avril 2021 lors des funérailles du père de ce dernier (photo © Christophe Petit Tesson / AFP / SIPA / 20 minutes)

A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Histoire de bien frapper les esprits et faire taire toute velléité de contestation, l’armée a immédiatement dissous l’Assemblée nationale et le gouvernement, décrété la fermeture des frontières et l’instauration d’un couvre-feu. Quant aux prochaines élections, elles ne sont pas envisagées avant au moins 18 mois, ce qui laisse un peu de temps au nouveau chef de l’État pour asseoir son pouvoir.

Une chose est sûre, il ne sera pas le premier fils de Président africain à prendre le relai de son père, à l’image de Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001 en République démocratique du Congo et qui s’y est maintenu jusqu’en 2019, Fauré Gnassimgbé qui a succédé à son père en 2005 au Togo, ou encore Ali Bongo qui a repris les rênes du Gabon en 2009. Une nouvelle forme de démocratie qui ne semble guère avoir suscité de protestations de la part de la communauté internationale…

L. V.

A Carnoux, les mouches volent-elles trop haut ?

1 mai 2021

Depuis les dernières élections municipales, en mars 2020, et malgré une campagne plutôt mouvementée, le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, élu depuis bientôt 30 ans dans cette commune, s’est une nouvelle fois succédé à lui-même. Sur les 29 conseillers municipaux, et par la grâce du scrutin majoritaire, 25 sont issus de son propre camp. Les deux listes d’opposition qui s’étaient présentées disposent chacune de deux sièges. Mais curieusement, les conseils municipaux qui se tiennent à Carnoux se résument en de longs monologues du maire et des échanges entre celui-ci et les deux seuls élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, Jacques Boulesteix et Cristèle Chevalier. Tous les autres conseillers présents se contentent d’attendre sagement et en silence que la séance veuille bien se terminer. Ainsi va la démocratie à Carnoux…

Jean-Pierre Giorgi lors du conseil municipal du 15 octobre 2020 (photo © Corinne Matias / La Provence / Carnoux citoyenne)

Bien sûr, ce n’est pas en lisant les comptes-rendus officiels accessibles sur le site de la mairie, qu’on peut s’en rendre compte. Ces derniers ne sont que de simples relevés de décisions qui listent les délibérations votées sans que le citoyen puisse se faire la moindre idée ni du contexte ni de l’objectif ni bien sûr des conséquences de ces décisions et encore moins des discussions qu’ont pu susciter, au sein de l’assemblée de nos représentants élus, ces prises de décisions. Quel contraste, à l’heure de l’ère du numérique et de la transparence démocratique, avec la plupart des autres communes où les débats en conseil municipal font l’objet de comptes-rendus exhaustifs et, de plus en plus, de transmissions vidéo parfois même en direct, comme c’est le cas à Marseille par exemple, mais aussi dans bien des communes dont notre voisine Roquefort-La Bédoule.

Inutile non plus d’espérer assister à la séance du conseil municipal pour suivre en direct les échanges. Depuis un an et malgré la taille démesurée de l’hôtel de ville tout neuf dont la superficie a pourtant triplé, le maire tire prétexte de la crise sanitaire pour limiter drastiquement tout intrusion du public pendant les séances, menaçant d’instaurer le huis clos en cas de besoin.

En revanche, des comptes-rendus détaillés de chacune des réunions du conseil municipal de Carnoux sont librement accessibles sur le site internet créé par la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, alimenté par Jacques Boulesteix. Tous les documents préparatoires sont en ligne ainsi que l’essentiel des échanges, ce qui permet au Carnussien curieux, de savoir ce qu’il s’est réellement dit en séance.

Extrait du site Carnoux citoyenne

Une pointe d’humour permet aussi de rendre compte, de manière quelque peu décalée, de l’ambiance de la séance vu d’en haut, au travers du regard perçant de deux mouches virtuelles, Zagzig et Zigzag, dont la vision perçante à 360° permet de rendre compte avec un zest de dérision et un peu de hauteur du ton des échanges. Un humour décalé qui malheureusement échappe largement à certains des protagonistes comme en témoigne le courrier virulent adressé aux deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, par Denise Ségarra, à la suite du compte-rendu du dernier conseil municipal en date, qui s’est déroulé le 8 avril 2021.

Denise Ségarra aux côtés du maire de Carnoux le 3 juillet 2020 (source © Mairie de Carnoux)

La deuxième adjointe au Maire, en charge des affaires sociales, de l’enfance, de la jeunesse et des affaires générales (tout un programme !) n’a guère apprécié que les deux fines mouches qui survolent d’un œil curieux et quelque peu candide les séances du conseil aient eu le sentiment d’y observer « 27 béats et 2 critiqueurs ». L’un des deux diptères avait pourtant bien pris soin d’indiquer à son comparse virevoltant que « les béats ne sont pas forcément ceux qu’on pense et les critiqueurs non plus », mais l’élue a tenue à faire savoir qu’elle préférait les qualificatifs de « satisfaits et tranquilles » pour qualifier les élus de la majorité, tout en reprenant les deux insectes impertinents qui avaient osé insinuer que « un conseil municipal, c’est le lieu le plus coincé et le plus hiérarchisé du monde. Faire bouger un maire d’un poil c’est plus difficile que de désensabler l’Ever Given du canal de Suez ».

Fort heureusement, Denise Ségarra, a une vision nettement plus optimiste que nos deux mouches qui sans doute volent trop haut pour ne pas se rendre compte que le Maire « est ouvert aux discussions constructives mais non politiciennes. S’il fait de l’autosatisfaction, elle est justifiée lorsqu’on voit la transformation de la commune sans augmentation des taxes et sans endettement depuis des années ». Chez ces gens-là, Monsieur, on ne cause pas, on compte, comme le dit la chanson…

Extrait du site Carnoux citoyenne

En tout cas, le coup d’oeil indiscret que les deux indésirables ont osé porté sur l’écran de smartphone d’un des élus municipaux, tranquillement occupé à jouer avec son gadget en attendant que la séance se termine, n’a guère été du goût de Madame l’adjointe au Maire qui s’insurge, à juste titre bien évidemment, que la photo qui illustre l’article n’ait pas été prise lors de cette réunion. Faudra-t-il désormais équiper Zagzig et Zigzag d’un appareil photo miniature pour témoigner de manière plus objective de ce qui n’est après-tout qu’un péché bien véniel ?

En tout cas, nos deux insectes, qui manifestement agacent profondément certains élus de Carnoux, sont désormais prévenus que la tapette à mouches n’est jamais bien loin et que certains les surveillent du coin de l’œil : on a beau prôner l’objectivité et le dialogue soi-disant constructif, la majorité ne se gêne pas pour rappeler que la loi du plus fort est toujours la meilleure…

L. V.