Posts Tagged ‘Aix-en-Provence’

Décharges sauvages du BTP : comment lutter ?

19 février 2019

Chacun l’a déjà constaté, il existe des multitudes de lieux, parfois à proximité des villes, souvent en rase campagne dans les endroits les plus bucoliques, toujours en bordure de route ou parfois au bout d’un petit chemin moins fréquenté, dans lesquels le promeneur bute contre des tas de gravats et de déchets divers, manifestement déversés par un camion : ces décharges sauvages en pleine nature constituent non seulement une pollution visuelle intolérable en pleine nature, mais elles contiennent souvent des déchets plus ou moins toxiques que la pluie lessive consciencieusement et qui viennent polluer les sols et les nappes en profondeur.

La presse dénonce régulièrement ce phénomène particulièrement répandu dans l’aire métropolitaine marseillaise. France Bleu s’élevait ainsi en mars 2018 contre les tas de déchets culminant parfois à plus de 3 m de hauteur qui s’étendent sur le plateau d’Arbois à proximité de la gare TGV le long de la route et qui intriguent tant les touristes de passage : malgré les opérations de nettoyage réalisées périodiquement par les collectivités concernées, les tas se reconstituent très rapidement : gravats, matériaux de démolition, déblais de terrassement, déchets verts, vieux pneus, électro-ménager usager, tout y est déversé jour après jour en bordure de route sans la moindre gêne…

Décharge sauvage sur le plateau de l’Arbois en mars 2018 (photo © Adrien Serrière / France Bleu)

Les raisons de telles pratiques sont multiples, de même que le profil de ceux qui s’y adonnent : simples particuliers voulant s’éviter de faire un détour par la déchetterie aux heures ouvrables, petits artisans travaillant sur des chantiers plus ou moins déclarés et cherchant à se débarrasser de leurs gravats de manière discrète, ou entreprises de BTP ayant pignon sur rue mais préférant s’éviter de payer pour mettre en décharge contrôlée leurs déchets de chantier…

Il est vrai qu’évacuer en décharge autorisée les gravats issus d’un chantier de démolition ou de rénovation peut coûter cher pour un entrepreneur et l’obliger parfois à de longs déplacements, surtout dans les départements où les déchetteries ouvertes aux professionnels ne sont pas légion. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on voit fleurir autant de décharges non autorisées, installées sur des terrains privés et où les entreprises viennent benner leurs déchets à moindre coût.

Dans la basse vallée de l’Argens dans le Var, c’est même devenue une spécialité locale : de petits malins décapent la terre végétale particulièrement fertile de cette plaine alluviale enrichie par les débordements fréquents du fleuve, terre qu’ils revendent à bon prix et ils remblayent ensuite l’excavation avec des déchets de démolition venus souvent des Alpes-Maritimes et qu’ils accueillent à des tarifs très inférieurs à ceux pratiqués dans les décharges contrôlées.

Quelques procédures judiciaires ont bien été initiées pour freiner de telles pratiques mais la mise en application des règles de droit environnemental reste balbutiante. La Provence signalait d’ailleurs tout récemment, dans son édition du 10 janvier 2019, un jugement inédit du Tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence qui vient de condamner à de lourdes peines 3 frères de la famille Palomares qui s’étaient justement spécialisés depuis une trentaine d’années dans ce trafic juteux et qui ont ainsi permis de déposer, en toute illégalité mais au vu et au su de tous, plus de 100 000 t de gravats et de déchets de chantier sur différents sites des communes de Martigues et Châteauneuf-les-Martigues, contre rétribution naturellement et sur des terrains qui étaient ensuite plantés d’olivier pour maquiller les déchets. Selon une étude de l’Observatoire régional des déchets, ce sont ainsi au moins 1,8 millions de tonnes de déchets inertes issus du BTP (soit 12 % de leur production totale) qui auraient été déversés directement dans la nature en dehors des décharges autorisées dans toute la région PACA pour la seule année 2016 : mais que fait la police ?

Dépôts sauvages sur la plaine agricole de Carrières-sous-Poissy (photo © Alban Bernard / ABPhotos / Actu78)

D’ailleurs, cette pratique n’a rien d’une spécialité régionale et on la retrouve sur tout le territoire national. Que l’on se remémore par exemple le cas de l’ancienne plaine maraîchère de Carrières-sous-Poissy dans les Yvelines, couverte sur plus de 40 hectares par des dépôts d’ordures illégaux apportés par des entreprises locales du BTP : des milliers de tonnes de détritus qui attendent d’être évacués, pour un coût estimé à plus d’un million d’euros, comme le rappelait Actu Environnement en décembre 2018, citant aussi le ras-le-bol de l’Office National des Forêts, lequel vient d’annoncer en septembre dernier qu’il arrêtait dorénavant de ramasser les dépôts sauvages qui s’accumulent dans les forêts domaniales de Saint-Germain et Marly. Au niveau national, l’ONF annonce ramasser chaque année 1.500 tonnes de déchets pour un coût de 900.000 € !

Afin de chercher une solution à cette mauvaise habitude prise par certains de se débarrasser dans la nature de leurs déchets encombrants, la secrétaire d’État Brune Poirson avait lancé en mai 2018 un groupe de travail réunissant élus, associations, administration et l’ADEME pour « proposer des outils de contrôle et de sanction renforcés » afin de « trouver enfin des solutions concrètes à ce fléau environnemental ». Rappelons au passage qu’il peut en coûter aujourd’hui, selon le Code de l’Environnement, 75 € à un particulier surpris à jeter ses déchets dans la nature, et même 1.500 € en cas de dépôt depuis un véhicule, voire 75.000 € s’il s’agit de déchets professionnels, assortis le cas échéant d’une peine de 2 ans de prison. Mais les verbalisations sont rares, car les pollueurs sont souvent discrets et les forces de polices concentrées sur d’autres types de délits.

On notera néanmoins le cas de ce maire de Vélizy-Villacoublay (Yvelines), Pascal Thévenot, rapporté en novembre 2017 par Bati-Actu. Excédé de voir les tas de déchets de démolition s’amonceler sur l’un des grands chantiers en cours de réaménagement sur sa commune, le maire a fait installer une caméra mobile et demander à la police municipale de multiplier les patrouilles, ce qui a permis d’identifier en flagrant délit plusieurs contrevenants, particuliers et entreprises, lesquels écopent non seulement d’une amende salée mais se voient retourner leur tas de gravats directement devant leur porte !

Selon Le Moniteur, le ministère de la transition écologique envisage plusieurs pistes pour essayer de mettre fin à ces pratiques, dont certaines pourraient trouver une traduction réglementaire dans le projet de loi en préparation sur l’économie circulaire : il s’agirait par exemple de développer davantage la vidéosurveillance dans les sites sensibles mais surtout d’augmenter le nombre d’agents en capacité de constater et verbaliser ces délits, tout en transférant le pouvoir de police en la matière au président de l’intercommunalité, généralement doté de davantage de moyens que le maire.

Mais le gouvernement envisage surtout de mettre en place un dispositif de « responsabilité élargie des producteurs » appliquée aux professionnels du BTP, lesquels pourraient, moyennant paiement d’une redevance, faire reprendre gratuitement leurs matériaux issus de chantiers. Un système qui suscite naturellement une très vive opposition de la part des entreprises concernées, craignant d’avoir à payer pour un service qui pour l’instant ne leur coûte guère, grâce aux différentes combines qu’elles ont pu développer. Les fédérations professionnelles tentent donc de proposer comme alternative la simple signature d’une charte incitant leurs membres à adopter des pratiques plus vertueuses plutôt que de se voir imposer un cadre réglementaire strict : le gouvernement se laissera-t-il amadouer par une telle promesse de Gascon ? Les paris sont ouverts…

L. V.

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Tri sélectif des déchets : les mauvais élèves…

11 février 2019

Chaque année, les collectivités doivent présenter le bilan de la collecte et du traitement des ordures ménagères sur leur territoire. L’analyse des bilans pour l’année 2017, pour chacun des 6 Conseils de Territoires qui couvrent le périmètre de la Métropole Aix-Marseille-Provence, est désormais accessible et ne manque pas d’enseignement. Merci à Jean Reynaud qui a pris le temps de les analyser car leur observation ne manque pas d’intérêt pour tout citoyen un peu curieux !

Collecte des bacs en porte à porte sur le territoire de MPM (source : MPM)

Si l’on s’intéresse ainsi aux déchets collectés de manière séparative en vue de leur recyclage ou de leur valorisation, on constate que la quantité moyenne collectée en 2017 a été de 37,1 kg par habitant dont près des deux-tiers dans les points d’apport volontaire, les grands containers mis à disposition de chacun sur la voie publique pour y déposer le papier, le verre et les emballages, et le reste via la collecte en porte à porte dans les poubelles jaunes.

Globalement, la collecte via les points d’apport volontaires semble relativement stable d’une année à l’autre. En revanche, la collecte sélective en porte à porte ne cesse de diminuer. Ainsi sur le seul territoire des 18 communes de MPM, le tonnage récolté atteignait 12 000 t par an en 2011 alors qu’il dépasse à peine 11 000 t en 2017. On pourrait penser que les Français sont de plus sensibilisés à la nécessité de trier leurs déchets mais ce n’est manifestement pas le cas dans l’agglomération marseillaise, ce qui ne laisse pas d’interroger sur l’efficacité des campagnes d’information menées localement ces dernières années…

Container servant de point d’apport volontaire sur le territoire de MPM (source : MPM)

De surcroît, les disparités sont fortes d’un secteur à un autre. Ainsi, MPM fait office de mauvais élève de la classe avec moins de 30 kg de déchets trié collecté par habitant en 2017 alors que ce chiffre dépasse 50 kg sur le territoire du Pays d’Aix et sur celui du Pays salonais, se rapprochant davantage des standards que l’on peut rencontrer sur le reste du territoire national.

On notera d’ailleurs au passage que le Pays d’Aubagne et de l’Étoile a carrément supprimé la collecte en porte à porte pour le tri sélectif, sans pour autant que la collecte en point d’apport volontaire n’augmente, bien au contraire, ce qui montre qu’il existe un très net déficit de sensibilisation de la population locale quant à l’intérêt de trier ses déchets pour mieux les valoriser ! Même les conteneurs enterrés pourtant très coûteux quant à leur mise en place (16 000 € l’unité) n’ont pas permis d’enrayer cette baisse de volume liée à la collecte des déchets valorisables…

Déchetterie sur le territoire de MPM (source : MPM)

Les chiffres fournis permettent également de se faire une idée de l’utilisation des nombreuses déchetteries installées sur le sol métropolitain. Là aussi on est surpris de constater que les flux sont loin d’augmenter comme on pourrait s’y attendre. Ainsi, sur le territoire de MPM, la rapport 2017 totalise un peu plus de 97 000 t déposé dans les 17 déchetteries du territoire alors que ce chiffre atteignait 115 000 t en 2015.

Le taux de valorisation qui est de 76 % reste par contre inchangé, mais cela ne représente au final que 70 kg de matière valorisée par habitant, une misère ! On fait d’ailleurs à peine mieux sur le Pays d’Aubagne ou celui de Martigues. En revanche, on observe des résultats plus encourageants sur Aix ou encore à Salon-de-Provence où jusqu’à 325 kg par équivalent habitant sont valorisés grâce aux déchetteries, ce qui prouve qu’il existe une forte marge de progression sur le reste du territoire…

Installations de l’incinérateur de déchets Everé à Fos-sur-Mer

Tout compte fait, la quantité de déchets récoltée en 2017 sur le territoire métropolitain s’élève en moyenne à 595 kg par habitant et par an, ce qui reste colossal et confirme que notre société reste celle du gaspillage et de l’indifférence face à notre empreinte environnementale. Un chiffre qui monte d’ailleurs à 738 kg/an/hab. dans le Pays d’Aix et même 774 kg à Salon, un record !

Mais attention à ne pas interpréter à tort ces chiffres comme étant le reflet d’une irresponsabilité du citoyen lambda car si ces chiffres sont bien rapportés au nombre d’habitants, ils intègrent en réalité l’ensemble de la collecte donc également tous les déchets issus des petits commerces, des artisans, des marchés et même des collectivités, ce qui explique que l’on arrive à de tels chiffres alors qu’un foyer rejette généralement moins d’un kg par jour.

Sur ce total, la valorisation reste relativement faible, sauf paradoxalement chez les plus gros producteurs de déchets puisque le taux de déchets valorisés atteint 45 % à Aix et même 49 % à Salon, ce qui se rapproche des moyennes nationales. Mais ce taux ne dépasse pas 30 % en moyenne sur l’ensemble du territoire métropolitain, plombé par celui catastrophique de MPM qui stagne à 17 %.

A Marseille (mais cela vaut aussi pour les déchets de Carnoux qui sont d’abord transportés par camion puis par train jusqu’à l’incinérateur de Fos-sur-Mer), la majeure partie des déchets sert à alimenter l’incinérateur et on ne se soucie guère de leur valorisation. Un incinérateur qui relâche dans  l’atmosphère un certain nombre de produits peu ragoûtants et produit 25 % de mâchefers solides riches en métaux lourds et plus ou moins réutilisables en remblais routiers, mais aussi  près de 5 % de cendres très toxiques qui doivent être déposées en décharge à Bellegarde (Gard), donc encore transportées à plus de 60 km… Quant à Aubagne, le bilan global n’est guère plus favorable puisque l’essentiel des déchets non seulement ne sont pas valorisés mais finissent en décharge, transportés par camions vers les sites de La Fare-les-Oliviers ou de Septèmes-les Vallons au prix d’un bilan écologique et économique là aussi déplorable !

Décharge de Valsud à Septèmes-les-Vallons

Dernier angle d’analyse et non des moindres : le coût du service… Là aussi les chiffres contenus dans les rapports annuels ne manquent pas d’intérêt. On y apprend ainsi que le nombre d’agents affectés à la collecte des déchets est de 1,5 agents pour 1000 habitants à Aubagne ou sur MPM alors que ce taux ne dépasse pas 0,9 dans le Pays d’Aix et même 0,3 à Salon.

Le coût du service s’en ressent directement puisqu’il s’établit en moyenne à 181 € par habitant (hors subvention) mais qu’il varie du simple au double entre 128 € à Salon et 255 € sur MPM. Une belle démonstration que le coût du service public peut être très significativement optimisé grâce à une politique plus efficace de tri sélectif et de recyclage puisque les collectivités qui recyclent le plus sont aussi celles où le coût du service est le plus faible, surtout via le compostage qui permet de valoriser facilement tous les biodéchets qui constituent généralement de l’ordre de la moitié du tonnage de nos ordures ménagères. A bon entendeur…

L. V. 

Aix-en-Provence s’équipe de pavés à la turque…

2 novembre 2018

Maquette du futur BHNS Aixpress en cours d’aménagement dans les rues d’Aix-en-Provence (source : Ville d’Aix)

Tous les Aixois s’en sont rendus compte : le centre-ville est en travaux ! Depuis un an et jusqu’en 2019, les grands axes sont devenues un chantier ininterrompu en prévision de l’aménagement du futur Aixpress, le bus dit à haut niveau de service qui traversera toute la ville sur plus de 7 km, depuis le nouveau pôle d’échange du Krypton, en bordure de l’Arc et de l’autoroute A8, jusqu’à l’avenue Saint-Mitre-des-Champs, au nord-ouest d’Aix, en passant par la gare routière et les universités.

Mais ce n’est pas tout car ce chantier titanesque, qui provoque l’agacement des automobilistes aixois, vient s’ajouter à d’autres grands travaux, engagés en septembre 2016 et qui visent à un réaménagement complet de trois places emblématiques de la cité du Roy René, qui s’étendent sur 8 600 m2, en plein cœur du centre historique, entre le Palais de Justice et l’église de la Madeleine. Un vaste espace public, aménagé dès le XVème siècle, avant la Place des Cardeurs ou celle de l’Hôtel de Ville, et bien avant le Cours Mirabeau, mais qui reste un lieu emblématique de la vie aixoise.

Vue de l’ancien palais des Comtes de Provence depuis les environs de la place des Prêcheurs (source : L’Aixois)

Selon le site très documenté Aix en découvertes, le roi René d’Anjou, devenu comte de Provence en 1434, y fit édifier un palais monumental à l’emplacement d’une ancienne porte de la ville antique dont il avait conservé les trois tours. Ce palais comtal, devenu siège du Parlement de Provence après le rattachement du Comté à la France en 1481, a finalement été détruit en 1786 car il menaçait ruine. Cette destruction s’est alors traduite par un remaniement complet du quartier avec notamment l’édification de l’actuel Palais de Justice et des prisons devenues depuis le siège de la Cour d’Appel.

Vue aérienne de la Place des Prêcheurs qui s’étend à l’Est du Palais de Justice d’Aix-en-Provence (source © Géoportail)

Ce vaste espace public comprend désormais au sud la place de Verdun, ouverte suite à la destruction du Palais, la place des Prêcheurs, sur laquelle se tient traditionnellement le marché, qui devrait y reprendre ses habitudes en mars 2019, et la place Madeleine au nord, devant l’église du même nom. La place des Prêcheurs, qui se situait à l’origine en dehors des limites de la ville antique, est devenu véritablement un centre de la vie aixoise à partir du XVIème siècle, après que l’ancien Jardin du roi René, situé plus à l’Est, se soit urbanisé à son tour sous le nom de Villeneuve, autour du collège édifié par les Jésuite en 1583. Jusqu’en 1775, ce haut-lieu de la vie mondaine d’Aix-en-Provence accueillait également les exécutions publiques avec une roue, un échafaud et plusieurs gibets…

Maquette des futures places de Verdun et des Prêcheurs après réaménagement (© Atelier Garcia-Diaz source : Ville d’Aix)

Il va de soi que le réaménagement en profondeur de ces places historiques, rendu nécessaire pour y refaire entièrement les réseaux souterrains tout en profitant de l’opportunité pour leur donner un aspect plus accueillant, ne pouvait se faire qu’après une sérieuse campagne de fouilles archéologiques conduite par l’équipe d’archéologues de la ville. Ces fouilles ont mis à jour de nombreuses sépultures devant l’église de la Madeleine où s’étendait autrefois le cimetière des Prêcheurs. Elles ont aussi permis de retrouver, devant le Palais de Justice, l’emplacement de l’angle sud-est des fondations de l’ex palais comtal.

Fouilles archéologiques sous la place des Prêcheurs (extrait d’une vidéo de Provence Azur TV)

Des vestiges de caves, de murs et de l’ancienne Voie Aurélienne qui longeait les remparts ont ainsi été mis à jour, si bien que les services municipaux ont dû phosphorer durant l’été 2017 pour revoir partiellement l’aménagement des futures places afin d’y intégrer de grandes dalles vitrées qui permettront aux passant de visualiser quelques-uns des vestiges archéologiques ainsi découverts, tandis qu’un marquage au sol, intégré au futur pavage de la place permettra de repérer l’emplacement des fondations de l’ancien édifice comtal et de la voie romaine adjacente. L’opération se traduira par un léger surcoût de 600 000 €, une paille par rapport au coût total des travaux qui est évalué à 20 millions d’euros, dont environ la moitié pour la réfection des réseaux enterrés de gestion des eaux pluviales, d’adduction d’eau potable (dont certaines canalisations sont encore en plomb dans ce quartier), de pose des fourreaux destinés à l’installation future de la fibre optique, et de mise en place d’un réseau de bornes électriques pour les forains et la recharge des véhicules.

Emplacement des vestiges de l’ancien Palais comtal et des espaces de visualisation qui seront conservés (source : Ville d’Aix)

Les opérations de pavage ont, quant à elles, commencé depuis février 2018, comme le précise un article de La Provence. Elles nécessiteront au total pas moins de 8 000 tonnes de pierres, toutes soigneusement taillées au millimètre près, avec une surface légèrement griffée pour éviter les glissades malencontreuses par temps de pluie. C’est l’entreprise UrbaTP, implantée depuis 2003 à Meyreuil, qui a remporté ce marché fabuleux consistant à couvrir près de 2 hectares d’espace public avec des pavés de différentes nuances allant du beige au gris clair, sous la houlette de l’Atelier Garcia Diaz, un cabinet montpelliérain d’architectes, urbanistes et paysagistes.

Carrière près de Sogüt en Turquie (source UrbaTP)

Un chantier qui est néanmoins sujet à controverse car les pierres calcaires en question, choisies précisément pour faire couleur locale, sont extraites de la carrière de Sogüt, située en Turquie, à 2 700 km de là ! A tel point d’ailleurs que, selon La Gazette des Communes, une cargaison de 6000 tonnes de pavés destinés au chantier des trois places à Aix a été bloquée pendant plusieurs jours, fin septembre, par les douanes françaises, dans le port de Marseille, le temps des contrôles nécessaires.

Voilà qui illustre bien le paradoxe de notre conception du développement durable : pour protéger notre environnement de toute nuisance, on préfère fermer les carrières de pierre qui ont fait la renommée de la région à une époque où la pierre de Cassis, exploitée depuis l’Antiquité, était exportée pour construire les quais d’Alexandrie (mais pas le socle de la statue de la Liberté à New York, contrairement à une légende urbaine anisée tenace, ledit socle étant réalisé en béton et granite rose du Connecticut). Et, dans le même temps, pour conserver l’aspect local de notre environnement urbain, on importe de l’autre bout du monde, des pierres qui, certes, reviennent moins cher car extraites par une main d’œuvre moins exigeante et dans un contexte réglementaire moins rigoureux, mais se traduisent par un bilan environnemental global bien pire, quoique moins visible depuis le centre-ville d’Aix-en-Provence…

L.V. 

Maryse Joissains au tribunal

21 mai 2018

Maryse Joissains aux côtés de la Garde des sceaux, Nicole Belloubet, le 7 mai 2018, pour la pose de la première pierre du chantier du futur TGI d’Aix-en-Provence (photo © William Allaire / TPBM)

L’affaire pourrait prêter à sourire, et c’est d’ailleurs ainsi que la présente le Canard enchaîné qui ne rate jamais une occasion d’appuyer là où ça fait mal, surtout en matière de probité de nos élus locaux… Le 7 mai dernier, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, venue inaugurer le nouveau Palais de Justice de Martigues, a jugé utile de se rendre ensuite à Aix-en-Provence pour y poser la première pierre du futur Tribunal de grande instance qui devrait permettre de rendre la justice pénale et civile, à partir de 2021, dans de nouveaux locaux pourvus de 6 salles d’audience publique.

Les photos officielles montrent donc la Ministre tout sourire inaugurer en grandes pompes le chantier du futur Palais de Justice, main dans la main avec la maire LR d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, alors que cette dernière –petit détail anodin- est mise en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts, et cela une semaine tout juste avant que ne débute son procès : voilà qui fait en effet un peu désordre…

Car les faits qui sont reprochés à la maire d’Aix-en-Provence et qui lui ont donc valu cette comparution le 14 mai dernier devant le Tribunal correctionnel de Montpellier, où le procès avait été prudemment délocalisé pour plus de discrétion et moins de pression, ne sont pas anodins.

Alerté en mars 2012 par une lettre anonyme signée d’un « contribuable du pays d’Aix qui en a marre de l’usage frauduleux de l’argent public », le parquet avait ouvert une enquête et les enquêteurs avaient pointé du doigt, au terme des investigations, « un mélange d’autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l’engagement des deniers publics » à la mairie d’Aix-en-Provence, ainsi qu’à la communauté de communes. Du lourd donc, même si l’élue minimise les faits et affirme au contraire « avoir une conception très rigoureuse des deniers publics ».

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière au fauteuil de maire en 2001 (photo d’archive – DR)

Âgée désormais de 75 ans et élue à la tête de la ville depuis 2001, Maryse Joissains s’est surtout fait remarquée pour son franc-parler et son ton gouailleur, elle qui est issue d’une famille de militants communistes modestes de Toulon et dont le père avait même été un temps garde du corps de Maurice Thorez, selon les informations du Nouvel Obs. C’est son mariage avec l’ancien et éphémère maire d’Aix, Alain Joissains, qui l’a poussée à se présenter en 2001, avec pour principale motivation le souhait de venger ce dernier, balayé en 1983 par de sordides accusations de détournement de fonds publics, destinés à un collège et qui auraient servi à faire construire une belle villa au père de Maryse Joissains. Ce dernier s’est tiré une balle dans la tête et Alain Joissains a été condamné à 2 ans de prison avec sursis et une lourde amende pour complicité de recel d’abus de biens sociaux.

Mais Maryse Joissains a un grand sens de la famille et la main sur le cœur. Sitôt élue en 2001, elle nomme son ex-mari directeur de cabinet avec le salaire le plus élevé de tout le personnel communal, puis elle recrute sa fille, Sophie, comme chef de cabinet à la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont maman est présidente. Une belle saga familiale mais qui s’étend aussi à de nombreux autres proches.

Maryse et Sophie Joissains en mars 2014 (photo © Jérémy Bouillard)

C’est notamment le cas de son chauffeur, Omar Achouri, 65 ans, un fils de harki avec qui la maire entretient des rapports de grande proximité et qui fait office d’intermédiaire pour quiconque veut demander une faveur à l’élue, « un personnage-clé du clientélisme dans le pays d’Aix » de l’avis général. Un chauffeur en tout cas particulièrement méritant puisque la maire n’a pas hésité en 2013 à le promouvoir au rang d’attaché territorial, le plus haut grade de la filière administrative dans la fonction publique territoriale, avec un modeste salaire de 4 400 euros, alors même que de très nombreux collègues figuraient avant lui sur la liste des cadres pouvant prétendre à cette promotion. Du «jamais-vu» pour nombre de hauts fonctionnaires territoriaux…

Caricature publiée en 2013 sur le blog de Lucien Castronovo, conseiller municipal d’opposition

Une décision qui avait d’ailleurs été annulée par la Cour administrative d’appel pour erreur manifeste d’appréciation de la valeur et de l’expérience professionnelle de l’intéressé, mais que Maryse Joissains continue de défendre bec et ongles à la barre du Tribunal, alors que le Procureur a évoqué, selon le témoignage du Monde, une « promotion anormale », « une appréciation de la situation de M. Achouri erronée de façon manifeste et criante », uniquement « destinée à gratifier un proche ».

Et ce n’est pas tout puisque Maryse Joissains était aussi poursuivie pour deux autres nominations tout aussi rocambolesques. La première concerne justement le propre fils de son chauffeur, Christophe Achouri, qui comparaissait lui-aussi devant la Justice pour avoir bénéficié d’emplois de complaisance au sein de structures sportives où, selon l’enquête, il aurait surtout brillé par son absence.

Quant à la seconde, elle concerne la fille d’une des amies proches de Maryse Joissains, une certaine Sylvie Roche que la maire avait recrutée comme collaboratrice à son cabinet de Présidente de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, avec voiture de fonction, pour s’occuper de la cause animale. Un dossier de premier plan aux yeux de la maire « aveuglée par [son] amour des animaux » mais qui n’entre absolument pas dans le champ de compétences de l’intercommunalité et alors même qu’il existe déjà un service municipal à la ville d’Aix pour les chiens et chats errants et maltraités.

Interview de Maryse Joissains avant son passage au tribunal correctionnel de Montpellier, le 14 mai 2918 (extrait reportage © France 3)

Un emploi dont la maire a justifié ainsi au Tribunal la nécessité : « Souvent, je me balade dans les campagnes, je rencontre des animaux maltraités ou abandonnés, j’avais besoin de quelqu’un qui soit disponible ». Et si cette militante de la cause animale a été embauchée sans vote préalable de la communauté de communes, c’est parce que « le président a droit à cinq collaborateurs ». Et l’élue d’expliquer que sa collaboratrice était disponible le week-end, tard le soir, « toujours prête à intervenir même dans les caves lors des combats de chiens ou de coqs. Et ça, je ne peux pas le demander à un fonctionnaire ». On n’aurait jamais imaginé qu’il se passe de telles histoires dans les sous-sols aixois…

Des arguments imparables donc, mais qui ne semblent cependant guère avoir convaincu le Procureur de la République pour qui les accusations de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts pour lesquels l’élue d’Aix-en-Provence est poursuivie sont « parfaitement caractérisées » et « d’une gravité extrême, car ils sont le contraire de la probité attendue d’un élu ». Une appréciation que bien évidemment Maryse Joissains conteste fermement, elle qui considère être une élue « intègre » et « rigoureuse » et qui a affirmé sans rire à la barre du Tribunal : « Mon territoire a besoin de moi, de mon honnêteté, de ma rigueur ».

La décision a été mise en délibéré au 18 juillet, mais le Tribunal a requis à l’encontre de Maryse Joissains une peine plutôt sévère de 18 mois d’emprisonnement dont 9 mois ferme et 10 ans d’inéligibilité : serait-ce le début de la fin pour la dynastie Joissains à Aix-en-Provence ?

L.V. 

Pass intégral : comme un parfum de métropole…

8 avril 2018

Un dessin d’Ysope (source : Conseil de Développement de MPM)

C’était l’un des objectifs ouvertement affichés de la création de la Métropole Aix-Marseille-Provence : faire en sorte que les 1,8 millions habitants de l’aire métropolitaine puissent enfin disposer un jour d’un réseau de transports en communs structuré et cohérent permettant à chacun de se déplacer de manière acceptable de son domicile vers les principaux lieux d’activité économique, sociale et culturelle de l’agglomération.

Un rêve qui paraît encore bien lointain au rythme où vont les choses dans cette métropole que les élus locaux ont tout fait pour saboter et en retarder autant que possible la mise en place avec plusieurs faux départs et tous les recours juridiques possibles et imaginables. La métropole AMP, désormais unique autorité organisatrice des transports sur son territoire, a quand même fini par voir le jour début 2016 comme la loi le prévoyait.

Depuis cette date cependant, force est de constater que la population n’a pas encore vu d’amélioration très significative de la qualité des transports en commun qui aurait même plutôt tendance à se dégrader, certains projets tels que celui du Val’Tram, pourtant déjà quasiment sur les rails, ayant même été remis en cause.

Il convient donc de saluer comme il se doit la formidable avancée qui s’est opérée le 1er février dernier avec l’arrivée du « Pass intégral », un abonnement unique valable sur l’ensemble du réseau de transports en commun du territoire métropolitain, pour le prix de 73 € par mois, un tarif très comparable à celui du Pass Navigo proposé aux Franciliens pour un coût variant entre 65 et 75 € par mois selon le zonage. Un abonnement mensuel d’autant plus accessible que son coût est pris en charge à 50 % par l’employeur pour tous les salariés.

Ce dispositif a été adopté le 19 octobre 2017 par les conseillers métropolitains et offre ainsi la possibilité de circuler sans contrainte sur le territoire des 92 communes du territoire métropolitain, aussi bien en métro qu’en train TER, en bus, en tramway, en autocar, et même en utilisant les vélos en libre-service.

Le Pass est le fruit d’une collaboration avec la Région puisque c’est cette dernière qui gère les transports ferroviaires régionaux. Une région qui a d’ailleurs changé de nom puisqu’une délibération de ses élus le 15 décembre dernier l’a rebaptisée Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, son Président actuel, Renaud Muselier, ne supportant plus l’acronyme PACA, et qu’il convient donc désormais d’appeler Région Sud : un geste de rapprochement que ne devraient pas manquer d’apprécier, en cette période de revendication sociale à la SNCF, les nombreux cheminots syndiqués chez Sud-Rail…

Jean-Pierre Serrus (à gauche) et Renaud Muselier (à droite) inaugurant le dispositif Pass intégral, le 30 mars 2018 en gare de La Blancarde (photo © Marine Stromboni / La Provence)

Renaud Muselier était d’ailleurs présent aux côtés de Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports, ce 30 janvier 2018, pour inaugurer le nouveau Pass intégral en gare de La Blancarde et en vanter les mérites, en attendant la mise en place d’un abonnement à l’année qui reviendra encore moins cher, à 68 € par mois.

On peut ainsi, avec ce tout nouveau sésame, prendre le bus à Carnoux jusqu’au pôle d’échange d’Aubagne, poursuivre son trajet vers Marseille soit en TER soit avec la navette par car, prendre ensuite le métro et finir son trajet en vélo, le tout accessible librement grâce au Pass intégral payé mensuellement, qui est valable également sur les lignes Cartreize ou pour la navette desservant l’aéroport de Marignane.

Le pôle d’échange d’Aubagne où se croisent bus et tramways des Lignes de l’Agglo, TER et autocars Cartreize (photo © Sylvain Fournier / La Marseillaise)

L’avenir dira si cette belle avancée suffira à désengorger un peu l’agglomération marseillaise engluée dans les bouchons et asphyxiée par la pollution atmosphérique. En tout cas, c’est un bel outil qui devrait faciliter grandement la vie des habitants et leur permettre de faire de substantielles économies, surtout pour ceux qui font des longs trajets quotidiens avec différents modes de transports en commun successifs. Ainsi, pour un usager circulant chaque jour entre La Ciotat et Marseille via Ciotabus et le réseau RTM, l’économie mensuelle sera de 14,60 €. Elle atteindra même 34,50 € pour un usager se déplaçant quotidiennement entre Martigues et Aix-en-Provence via les réseaux Ulysse et Aix en Bus, ce qui n’est pas négligeable.

Ce précieux Pass est en vente dans 8 boutiques mobilité métropolitaines dont la gare Saint-Charles à Marseille ou la gare d’Aubagne, mais également dans l’agence Ciotabus de La Ciotat ou celle des Bus de l’Etang à Vitrolles, ainsi que dans toutes les gares SNCF et les points de vente de Cartreize ou de Pays d’Aix Mobilité, et bien sûr via internet sur les sites de RTM et Le Pilote. De quoi assurer une large distribution à ce premier dispositif opérationnel dont a accouché la nouvelle métropole, pour la plus grande satisfaction de son délégué aux transports qui n’hésite pas à se présenter comme « métropolitano-optimiste », une catégorie encore fort peu répandue dans le paysage politique local…

L.V.  

Camp des Milles : entre devoir de mémoire et incitation à la résistance

12 mars 2018

C’est un endroit que l’on a tout fait pour oublier pendant près de 40 ans et qui, grâce à l’obstination de certains, a fini par devenir un lieu de mémoire. Dans cette ancienne tuilerie proche du village des Milles, à côté d’Aix-en-Provence, désaffectée en 1939 du fait de la crise économique, ce sont plus de 10 000 personnes qui ont été internées entre 1939 et 1942, dont plus de 2000 ont été déportées, à l’instigation du régime de Vichy, vers le camp d’extermination d’Auschwitz, via les autres camps français de Drancy et de Rivesaltes.

Le bâtiment de la tuilerie du Camp des Milles (crédit photo AMCM)

Il a fallu attendre 1982 pourtant, pour que certains, anciens déportés et résistants mais aussi universitaires, se mobilisent pour tenter de sauver les vestiges de cet ancien camp d’internement, le seul grand camp français encore intact datant de cette période sombre. Un arrêté de classement est alors pris afin de sauver la grande fresque murale du réfectoire et en 2004 ce sont finalement l’ensemble des bâtiments du site qui font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques.

En 1985, une première stèle commémorative est inaugurée et se crée un Comité de coordination pour la sauvegarde du camp des Milles et la création d’un musée mémorial de la Déportation, de la Résistance et de l’Internement, relayé à partir de 1991 par l’Association du wagon-souvenir et du site-mémorial du Camp des Milles, puis, à compter de 2009, par la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation, présidée par Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS.

Alain Chouraqui et Jean-Marc Ayrault devant le Wagon du Souvenir le 10 septembre 2012, lors de l’inauguration du site-mémorial

Et le 10 septembre 2012 enfin, 70 ans, jour pour jour, après le départ du dernier convoi de déportés du Camp des Milles vers Auschwitz, a été inauguré, en présence du Premier Ministre d’alors, Jean-Marc Ayrault, et dès lors ouvert au public, le site-mémorial qui se donne pour fonction d’informer de manière scientifique et objective sur l’histoire de ce lieu, mais aussi d’entretenir la mémoire des événements tragiques qui s’y sont déroulés et enfin d’amener chacun, et notamment les plus jeunes, à réfléchir sur les mécanismes qui peuvent conduire aux génocides et sur les comportements à adopter pour résister à de tels engrenages.

L’histoire elle-même de ce lieu exceptionnel est étonnante. En septembre 1939, lorsque le camp est ouvert, à l’initiative du gouvernement français dirigé par le radical-socialiste Edouard Daladier, l’objectif est d’y interner des ressortissants étrangers, d’origine allemande ou autrichienne pour la plupart d’entre eux et considérés comme des ennemis du fait de l’entrée en guerre contre le Reich Allemand alors que, paradoxalement, il s’agit pour l’essentiel d’intellectuels et d’opposants anti-fascistes réfugiés en France pour échapper à la montée du nazisme.

Parmi eux figurent notamment le peintre dadaïste allemand Max Ernst, proche de Paul Éluard et de Joan Miro, qui finira par rejoindre les États-Unis en 1941 avec l’aide de Peggy Guggenheim. On y retrouve aussi un autre peintre surréaliste Hans Bellmer, de nombreux musiciens, architectes, sculpteurs, écrivains, journalistes, hommes politiques et même deux Prix Nobel, Otto Meyerhof, distingué en 1922, et Thadeus Reichstein qui le sera en 1950 pour sa découverte de la cortisone. Cette forte proportion d’intellectuels et d’artistes explique le foisonnement de la production artistique qui se déroule dans les murs du camp à cette période et qui laisse de nombreux vestiges dont les fameuses fresques murales du réfectoire.

Fresque peinte dans le réfectoire du Camp des Milles par des internés

A partir de juin 1940 et la défaite militaire de la France, le camp accueille de très nombreux étangers transférés depuis d’autres camps du Sud-Ouest, en particulier nombre d’anciens des Brigades internationales d’Espagne, mais aussi des Juifs expulsés du Palatinat, du Wȕrtemberg ou du Pays de Bade. La population hébergée dans le camp s’accroît fortement et les conditions d’hygiène se dégradent très rapidement. En novembre 1940, le camp, passé sous l’autorité du Ministère de l’Intérieur, devient le seul camp de rétention français destiné au transit, légal ou illégal, vers l’Outre-Mer.

Photo d’archive du Camp des Milles pendant la période d’internement

Enfin, en juillet 1942, le gouvernement de Laval, qui vient de déclarer officiellement son souhait de voir l’Allemagne gagner la guerre, engage les rafles de milliers de Juifs, y compris dans la zone sud encore non occupée par les Allemands. Ces rafles en zone libre, qui concernent près de 7000 juifs étrangers ou apatrides, dont de nombreux enfants, ont lieu fin août 1942. Le Camp des Milles sert alors de lieu de transit pour nombre d’entre eux avant leur déportation par convois ferroviaires vers le camp d’extermination d’Auschwitz, d’où la plupart ne reviendront pas.

Outre le rôle mémoriel de ce lieu où une exposition montée par Serge Karlsfed liste le nom de tous les enfants juifs victimes de la déportation en France durant la guerre le mémorial du Camp des Milles se veut aussi un lieu pédagogique pour former l’esprit citoyen à empêcher de nouveaux génocides.

Capture d’écran d’une vidéo intitulée « Fais-le pour toi, résiste ! », accessible sur le site du Camp des Milles

Il accueille pour cela de très nombreux scolaires et s’appuie sur un matériel pédagogique très élaboré, à base de nombreuses vidéos, pour démontrer les mécanismes qui peuvent conduire au génocide. Pour cela il s’appuie non seulement sur la Shoah (6 millions de morts), mais aussi sur la persécution des populations tsiganes d’Europe, décimées à hauteur de 25 à 50 % pendant la deuxième guerre mondiale, sur le génocide arménien de 1915 (1,5 millions de morts, soit les deux tiers de la population arménienne de l’empire ottoman), et sur celui des Tutsis au Rwanda en 1994, qui s’est soldé par 1 million de morts, soit 80 % des Tutsis du pays, sous le regard absent des Nations-Unies.

Un des nombreux outils pédagogiques édités pour aider chacun à résister aux extrémismes

Les conditions qui ont rendu possibles ces tragédies sont décortiquées pas à pas : exacerbation des tensions et des frustrations sociales qui se développent dans les périodes de crise économique et sociale, recherche de boucs émissaires sur la base de préjugés, agitation des esprits par une minorité extrémiste très organisée, fausses rumeurs, insultes et violences de rues, appel à l’exclusion puis à la purification ethnique sous le regard passif de la majorité de la population, manipulation des médias, propagande d’État, réduction du champ de la démocratie et mise en place de pouvoirs dictatoriaux…

Face à un tel engrenage, le message est clair : il s’agit, pour chacun d’entre nous, de résister pendant qu’il en est encore temps ! Car comme aimait à le souligner Albert Einstein, « Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ». C’est en cela que le message pédagogique que cherche à porter le site mémorial du Camp des Milles est particulièrement intéressant et d’actualité : chacun doit se sentir concerné et doit se rebeller contre tous les extrémismes, les discriminations, les formes de racismes et d’exclusion.

Il faut sans cesse s’appuyer sur les leçons de l’Histoire pour se souvenir que les situations de totalitarisme et de génocide ne peuvent se développer qu’en s’appuyant sur une population passive : résister c’est éviter que de telles situations ne se reproduisent ici et maintenant. Un beau message à l’attention de tous les citoyens dans un monde en proie aux crises et aux doutes !

L.V.  

Aix-Marseille : du rififi à la métropole

3 janvier 2018

Deux ans tout juste après sa création au 1er janvier 2016, et à l’occasion de son dernier conseil métropolitain qui s’est tenu le jeudi 14 décembre au palais du Pharo, la métropole Aix-Marseille-Provence vient d’adopter son budget primitif pour l’exercice 2018, sur la base de son rapport d’orientations budgétaires. Un numéro de haute voltige et qui a bien failli tourner à l’empoignade générale. Il a fallu pas moins de 2 heures de franches discussions agrémentées de passes d’armes peu amènes pour que le projet de budget concocté par l’adjoint au budget, Jean Montagnac, par ailleurs maire de Carry-le-Rouet, et son acolyte aux finances, l’adjoint marseillais Roland Blum, finisse par être adopté, mais avec 36 abstentions et 33 votes contre, ce qui n’est pas si fréquent dans ce genre d’assemblée.

Conseil métropolitain AMP du 14 décembre 2017 pour le vote du budget (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

D’autant que les votes ne reflètent aucune logique politique. Certains élus socialiste dont Eugène Caselli ont voté pour, de même que des conseillers ex-Front national, tandis que les élus aixois pourtant tous LR ont voté contre. Maryse Joissains, à son habitude, était totalement déchaînée, pleurnichant une fois de plus « puisque nous sommes maltraités et mal-aimés, laissez-nous quitter cette métropole » ! Son premier adjoint, Gérard Bramoullé, a fait également dans la surenchère, affirmant avec grandiloquence : « C’est un budget mortifère économiquement, injuste territorialement et fragile légalement. Sur notre territoire, nos investissements vont s’effondrer ».

Face à tant de mauvaise foi, l’ex-sénateur Jean-Claude Gaudin s’en étranglait, tonnant en aparté, selon La Provence : « Ceux qui ont voté contre le budget sont de farouches opposants à la Métropole alors qu’ils en sont les plus grands bénéficiaires ». Il aurait même été encore plus cash dans ses échanges avec Gérard Bramoullé qui a vertement critiqué le budget et voté contre, allant jusqu’à lui dire selon Marsactu : « Vous critiquez mais vous prenez le pognon ». Du coup, les représailles n’ont pas tardé puisque dès le 24 décembre La Provence annonçait que le Président de la Métropole avait retiré à l’adjoint de Maryse Joissains sa délégation métropolitaine au territoire numérique et à l’innovation technologique. A Marseille, on a le sang chaud et la vengeance ne se fait pas attendre…

Maryse Joissains et son adjoint Gérard Bramoullé (photo © La Marseillaise)

Il faut dire que Jean-Claude Gaudin avait quelques raisons de se sentir agacé par les jérémiades des riches Aixois qui refusent toute solidarité avec le reste de l’agglomération et ont tout fait en 2016 pour plomber d’avance la future métropole en engageant pendant qu’ils en avaient encore la possibilité de très lourds investissements dont la somptueuse Arena à 70 millions d’euros et la salle des musiques actuelles (pour 20 millions supplémentaires), sachant pertinemment qu’il reviendrait à la Métropole d’assumer ces coups partis.

Pas évident dans ces conditions de dégager des marges de manœuvre pour investir enfin dans les grands équipements structurants qui justifient effectivement d’agir à l’échelle métropolitaine. D’autant que 53 % du budget de fonctionnement de la Métropole est purement et simplement reversé aux communes membres, sous forme d’attributions de compensation, soit un montant énorme de 705 millions d’euros auquel s’ajoutent 90 millions de fonds de concours. C’est deux fois plus que dans les autres métropoles et cela plombe le budget en attendant que la métropole intègre effectivement les compétences correspondantes, ce qui devrait être le cas dès 2018 pour certaines d’entre elles.

Jean-Claude Gaudin, président de la Métropole AMP jusqu’à quand ? (photo © Charles Platiau / Reuters)

Jusqu’à fin 2019 en effet, et contrairement aux autres métropoles françaises, la plupart des compétences normalement dévolues à la métropole, sont en fait déléguées aux anciennes intercommunalités, désormais dénommées Conseils de territoire. Cette situation transitoire résulte en effet des fortes réticences des anciennes intercommunalités à se fondre dans un ensemble métropolitain et, de fait, rend la structure métropolitaine quasi inopérante, chaque Conseil de territoire raisonnant à sa propre échelle et cherchant seulement à se tailler une part du gâteau supérieure à celle du voisin. Ceci explique largement l’attitude des élus aixois, même s’ils ne sont pas les plus mal servis puisque leur dotation globale (fonctionnement + investissement) s’élève pour 2018 à 175 millions d’euros contre 210 millions pour l’ancienne CUM pourtant nettement plus peuplée et 28 millions pour l’ex Pays d’Aubagne.

Du fait de cette priorité donnée par chacun des maires des 92 communes membres aux équipements de proximité, il ne reste pas grand-chose pour mettre en branle les grands chantiers métropolitains et en particulier celui des transports publics. Le budget d’investissement pour 2018 a finalement été arrêté à la somme ridiculement faible de 400 millions d’euros (hors budgets annexes), ce qui représente une baisse de 22 % par rapport à 2017 ! Sur ce montant, seuls 86 millions sont destinés aux transports alors que l’agenda de la mobilité métropolitain avait chiffré les besoins à 3,5 milliards d’euros d’ici 2025 : on est loin du compte !

Bien entendu, Jean-Claude Gaudin soutient que tout le problème vient de l’État qui ne se montre pas assez généreux, lui dont la dotation devrait être amputée de 10,3 millions en 2018 dans le cadre de l’effort demandé aux collectivités pour participer au redressement des comptes de la Nation. Mais on voit bien que ce n’est pas là le nœud du problème, d’autant que la Région a prévu d’injecter pas moins de 120 millions d’euros via le Contrat régional d’équilibre territorial, tandis que le Département (dont la Présidente, Martine Vassal, ambitionne désormais de remplacer dès 2018 Jean-Claude Gaudin à la tête de la Métropole, ainsi que l’a affirmé Marsactu) devrait prendre en charge plus de la moitié des 390 millions d’euros nécessaires aux différents chantiers de contournement routier de Marseille.

Le plan du futur réseau de transports collectifs issu de l’Agenda de la mobilité métropolitaine adopté en décembre 2016 (source : AGAM)

Difficile en tout cas de donner un signal plus négatif pour l’avenir de la Métropole Aix-Marseille-Provence dont les ressources financières ne sont manifestement pas à la hauteur de ses ambitions et dont le montant de la dette devrait atteindre 1,9 milliards d’euros dès 2020. De quoi alimenter les critiques du sénateur FN, Stéphane Ravier, qui ironisait en plein débat budgétaire : « Nous avons déjà sombré dans le ridicule et prochainement dans les abysses des déficits budgétaires »… Heureusement, en juin 2017, l’agence de notation Fitch a attribué à la Métropole la note A+ qui lui permet d’emprunter à bon compte : on respire !

L.V.  

Velos Decaux : la fin d’un modèle ?

5 décembre 2017

Les sucettes Decaux, même à Carnoux

Décédé en mai 2016, le milliardaire autodidacte Jean-Claude Decaux avait réussi à bâtir en quelques années un véritable empire industriel, leader mondial du marché des fabricants et installateurs de mobilier urbain. Son idée de génie : installer à ses frais du mobilier urbain en obtenant des collectivités qu’elles lui cèdent les droits publicitaires correspondant. Il avait commencé en 1964 par les abribus, posés gratuitement mais dont la location des espaces publicitaires lui a rapporté une fortune. Il a continué avec les panneaux d’affichage déroulant et les fameuses « sucettes Decaux », tout en consolidant son empire via notamment le rachat de l’annonceur Avenir, cédé en 1999 par Vivendi.

En 2005, Decaux a eu une nouvelle idée : celle de proposer au maire de Lyon, un certain Gérard Collomb, de mettre à disposition un réseau de vélos en libre-service, toujours en se rémunérant pour l’essentiel sur les recettes des espaces publicitaires du mobilier urbain. A l’époque, l’entreprise JCDecaux jouissait de contrats particulièrement lucratifs avec les collectivités territoriales qui, par naïveté ou par complicité, lui abandonnaient ces recettes en échange d’une redevance dérisoire payée par l’entreprise pour pouvoir installer sur l’espace public ses panneaux d’affichage.

Quand les collectivités ont commencé à comprendre qu’elles se faisaient plumer depuis des années par cet opérateur, il a bien fallu lâcher un peu de lest et c’est alors que Decaux s’est mis à proposer de nouveaux services pour éviter que les collectivités n’aient l’idée saugrenue d’augmenter le montant de sa redevance. Le 19 mai 2005 donc, Gérard Collomb a eu l’insigne privilège d’inaugurer le Vélo’v, premier vélo en libre-service à la française : 4 000 bicyclettes, réparties dans 300 stations à Lyon et à Villeurbanne.

Jean-Claude Decaux et Gérard Collomb lors de l’inauguration des Vélo’v à Lyon en 2005 (source © archives du Grand Lyon / revue Métropoles)

L‘idée du vélo en libre service n’était pas nouvelle puisqu’en 1976 déjà, l’emblématique maire de La Rochelle, Michel Crépeau, avait mis à disposition de ses administrés 300 vélos jaunes gratuits, suivi dans les années 1990 par d’autres villes dont Copenhague, Vienne ou Rennes. Mais forcément, la force de frappe de JCDecaux fait passer l’expérience à une dimension très supérieure, d’autant que l’implantation lyonnaise est suivie rapidement par d’autres.

Station Vélib’ (source © JCDecaux)

Dès 2007, la filiale Cyclocity de JCDecaux se présente comme le n°1 mondial du vélo en libre service en revendiquant la mise disposition de près de 30 000 vélos dans 10 villes dont Paris et ses 16 000 Vélib’, mais aussi Toulouse, Orléans ou Montpellier. Comme tout partenariat public-privé le dispositif est en effet particulièrement séduisant pour les élus locaux puisqu’il permet d’offrir à la population un service quasi gratuit sans avoir besoin d’investir, simplement en abandonnant des recettes publicitaires.

Pour l’usager, le coût est minime puisque, à Lyon comme à Paris, l’abonnement annuel ne dépasse pas 30 € et donne droit à une utilisation quasi illimitée des vélos, sous réserve de ne pas dépasser la durée de location de 30 mn qui est gratuite. Pour peu que les stations soient suffisament rapprochées et effectivement achalandées, cela permet de réaliser sans débourser davantage la quasi totalité des déplacements urbains du quotidien.

Pour autant, un tel dispositif a un coût qui est loin d’être négligeable. Il faut bien entendu de lourds investissements pour fabriquer les vélos eux-mêmes qui coûtent 600 € pièce, avec leur système sophistiqué d’antivol, qui n’empêche pas qu’à Paris la quasi totalité des 20 000 Vélib’ est volée chaque année : même si on retrouve la plupart d’entre eux, il en manque quand même 2 500 à l’appel tous les ans… Et il faut aussi installer les stations et leur bornes d’appel, assurer la maintenance de l’ensemble qui s’avère particulièrement exposé au vandalisme, et bien entendu participer à la gestion de la clientèle et surtout du parc de bicyclettes.

Cadavre de Vélib’ (source © Chroniques de Paname)

A l’usage, on se rend compte en effet rapidement que certaines stations se vident très rapidement tandis que d’autres débordent. A Paris, les touristes trouvent très agréables de prendre un vélo près du Sacré-Coeur et de dévaler les rues de Montmartre pour rejoindre leur hôtel, mais il ne leur viendrait pas à l’idée de suer sang et eau pour faire le trajet inverse : il faut donc que le personnel de Cyclocity remonte chaque jour des centaines de vélos pour réalimenter les stations les plus prisées.

Un véritable travail de Sysyphe donc, qui explique en partie pourquoi les vélos en libre service coûtent en réalité une fortune : de l’ordre de 2 000 €/an pour chaque vélo selon les chiffres communiqués par JCDecaux, plus probablement de l’ordre du double selon l’économiste Frédéric Héran. Un article du Monde paru en 2015 faisait d’ailleurs état d’un coût annuel par vélo estimé à 2 250  à Orléans, 2 413  à Rennes, et 3 267  à Marseille 1000 Vélo ont été mis en place fin 2007, uniquement dans les quartiers sud de la ville, pour un taux d’utilisation dérisoire du fait de la très déplorable qualité du service, régulièrement critiquée par le Collectif cyclistes enragés.

Face à de tels coûts, certaines collectivités ont rapidement jeté l’éponge. C’est le cas d’Aix-en-Provence où 200 V’Hello avaient été installés en mai 2007 par JCDecaux. Pointé en 2010 par un rapport de la Chambre régionale des comptes, le contrat passé avec la société JCDecaux a été dénoncé un an plus tard, moyennant une confortable indemnisation de l’opérateur, et l’ensemble des 16 stations qui n’avaient quasiment pas été utilisées a été démonté dès juillet 2011 : un beau gâchis !

Vélo marseillais (source © Collectif cyclistes enragés)

Il y a d’ailleurs fort à parier que le réseau installé sur Marseille sous la sobre appellation Vélo connaisse prochainement le même sort du fait de son taux d’utilisation en constante décroissance, les utilisateurs ayant été rapidement découragés par la mauvaise gestion de la régulation des stocks et le niveau de maintenance très insuffisant des bicyclettes : à quoi bon emprunter un vélo pour un trajet de 20 mn s’il faut 15 mn pour chercher un vélo disponible en état de fonctionner et tourner ensuite pendant aussi longtemps à la recherche d’une place libre où le déposer ?

A Paris même, après 10 ans de contrat passé avec JCDecaux, le syndicat Autolib’ Velib’ Métropole, désormais en charge du dossier, vient de lancer un nouvel appel d’offre sur un modèle radicalement différent puisque cette nouvelle délégation de service public concerne exclusivement la gestion des vélos en libre service, totalement déconnectée désormais de l’affichage publicitaire. Et curieusement, JCDecaux s’est avéré incapable de faire une offre à la hauteur de son concurrent direct, un groupement d’entreprises mené par la start up montpelliéraine Smoove qui a donc emporté le morceau. Un marché qu’elle a estimé à la bagatelle de 478 millions d’euros pour le coût de l’investissement et de l’exploitation du parc de vélos sur 15 ans.

Le pari est loin d’être gagné car l’opérateur va devoir désormais se rémunérer uniquement sur les recettes du Vélib’, moyennant un taux d’intéressement compris entre 15 et 20 %. Encore faut-il que les quelques 300 000 abonnés du dispositif actuel restent fidèles au service, dont la qualité s’est fortement dégradée depuis que JCDecaux sait qu’il n’est plus dans la course malgré ses tentatives de recours judiciaire. En attendant la construction des 1400 stations prévues par Smoove et la mise en service des 24 000 nouveaux vélos, il devient en effet bien difficile de trouver encore une place pour accrocher son vieux Vélib’ dans les quelques stations pas encore démontées et qui sont désormais encombrées d’épaves de vélos inutilisables mais que Cyclocity se garde bien de remettre en état.

Vélib’ hors d’usage (photo © Martine Bréson / Radio France)

Et la concurrence pointe déjà le bout de son nez avec de très nombreux opérateurs qui profitent de la situation pour imposer leur propre modèle. Une start up de Hong Kong a ainsi commencé à envahir les trottoirs parisiens avec ses vélos verts Gobee qu’on déverrouille simplement en flashant un QR code sous la selle avec son smartphone et qu’on peut ensuite laisser n’importe où, de même que ceux de son concurrent singapourien oBike qui lui a rapidement emboîté le pas, en attendant l’arrivée du géant chinois Ofo.

La mairie de Paris commence à s’arracher les cheveux en voyant cette invasion de bycyclettes en libre service qui risquent de ruiner le renouvellement de la flotte que Smoove s’apprête à opérer. Elle réfléchit donc à l’instauration d’une redevance d’occupation de l’espace public pour ces nouveaux opérateurs, tandis que certains lorgnent du côté du Velhop de Strasbourg qui a opté, comme d’ailleurs l’agglomération de Grenoble avec son Métrovélo, pour un dispositif très différent de location de longue durée qui rend l’usager responsable du vélo et se doit de le rapporter là où il l’a emprunté. Un système nettement moins coûteux puisqu’il revient à 400 € par an et par vélo, soit dix fois moins que les Vélib’ parisiens ou les Vélo marseillais : de quoi alimenter en effet la réflexion…

L.V.  

Saga familiale à Aix-en-Provence

5 septembre 2016

C’est un article de Marianne, un média national, qui vient attirer l’attention de la France entière sur l’ambiance « fin de règne » qui plombe la ville d’Aix-en-Provence suite aux déboires judiciaires de Maryse Joissains-Masini, l’éternelle opposante à la métropole.

Façade de l'hôtel de ville d'Aix-en-Provence

Façade de l’hôtel de ville d’Aix-en-Provence

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que l’histoire politique du clan Joissains et de sa main-mise sur la bonne ville d’Aix-en-Provence commence en 1977, il y a bientôt 40 ans. Il n’y a donc pas qu’au Gabon ou en Corée du Nord que certaines dynasties familiales s’incrustent au pouvoir… A l’époque, Alain Joissains, époux de Madame, Maryse Charton de son vrai nom, et père de Sophie Joissains, se présente aux élections municipales sous l’étiquette du Parti radical valoisien. Il perd alors l’élection face au maire sortant socialiste, Félix Ciccolini.

Qu’à cela ne tienne ! L’ancien docker toulonais, devenu avocat, conteste les résultats devant les tribunaux. Les Aixois votent donc de nouveau en 1978 et cette fois c’est Alain Joissains qui remporte l’élection, laquelle est de nouveau invalidée par le Tribunal administratif ! Rebelote donc en 1979 : face à une liste de gauche conduite par Jean-François Picheral, Alain Joissains confirme sa victoire de l’année précédente.

En 1983 cependant, alors qu’il s’apprête à se présenter pour un second mandat, le Canard enchaîné révèle qu’Alain Joissains a fait réaliser d’importants travaux d’embellissement dans la villa de ses beaux-parents en échange de l’attribution de marchés publics. Une vilaine affaire qui entrainera sa condamnation définitive en 1988 pour recel d’abus de biens sociaux à 150 000 francs d’amende et deux ans de prison avec sursis. Une affaire qui l’empêche de se représenter à la mairie et qui pousse le père de Maryse à se suicider.

Alain et Maryse Joissains lors de l'élection de cette dernière à la mairie d'Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière à la mairie d’Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Mais en 2001, l’heure de la vengeance a sonné. Cette fois c’est Maryse Joissains qui se présente après avoir accolé à son patronyme le nom de son grand-père maternel corse Masini. Elle est élue d’un cheveu à la mairie, face au maire sortant, le même Jean-François Picheral. Alors qu’elle est séparée (mais pas divorcée) d’Alain Joissains, son premier acte consiste à le recruter comme conseiller spécial puis directeur de cabinet, poste qu’il occupera jusqu’à sa mise en retraite en 2008, moyennant un salaire plus que confortable de 5820 € par mois. Une telle générosité peut surprendre, en faveur d’un époux condamné par la justice et qui lui a fait deux enfants dans le dos, dont elle dit elle-même « Alain a fait le couillon ». Mais chacun sait que Maryse a la main sur le cœur…

Non seulement elle héberge chez elle son ex-époux, mais elle dépose en 2005 une proposition de loi pour que les chefs et directeurs de cabinets, recrutés sur des critères purement politiques et souvent dans l’entourage proche, puissent intégrer directement la fonction publique territoriale sans même passer de concours. Il faut dire qu’à cette date, elle rémunère non seulement Alain à la mairie, mais aussi sa propre fille Sophie qui est son chef de cabinet à la communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont elle également présidente depuis sa création en 2001…

Lucien Alexandre Castronovo, élu d'opposition d'Aix-en-Provence

Lucien Alexandre Castronovo, élu d’opposition d’Aix-en-Provence

Malheureusement, l’un de ses opposants, Lucien Alexandre Castronovo, élégamment surnommé par le couple Joissains « Casse-couilles » et auteur prolixe d’un blog très documenté, trouve quelque peu à redire à cette générosité familiale poussée à l’extrême. Il découvre ainsi, après d’âpres investigations, que le traitement perçu par Alain Joissains est très largement au-delà de ce que permet le plafond légal. En 2008, le Tribunal administratif annule purement et simplement le contrat de travail de Monsieur, mais s’ensuivent des années d’intenses batailles judiciaires. Ce n’est qu’en février 2015, à l’issue de 10 ans de procédures, que la plus haute juridiction administrative française peut trancher définitivement le débat, obligeant le coupable à rembourser l’intégralité du traitement indûment perçu, soit plus de 475 000 €.

Mais encore faut-il que la commune le lui réclame ! Avec Madame aux commandes, on se doute bien que cela ne va pas de soi… Elle se contente donc d’émettre à l’encontre de son époux et toujours conseiller un titre de recette de 71 000 € seulement, montant aussitôt contesté par ce dernier devant les tribunaux. Et c’est reparti pour une nouvelle course de lenteur qui permet de faire traîner le dossier !

En attendant, Maryse Joissains doit faire face à moult polémiques liées à son franc-parler et ses jugements à l’emporte-pièce. On se souvient de ses propos de 2012 dans lesquels la députée sarkozyste mettait en doute la légitimité de François Hollande pourtant fraîchement élu à la Présidence de la République (alors qu’elle même sera sèchement battue aux législatives qui se tiennent la même année).Blog340_PhMaryse

Mais d’autres affaires judiciaires ternissent son mandat actuel. Elle a notamment été placée en garde à vue en avril 2013 dans le cadre d’une affaire d’emplois fictifs présumés qui est toujours pendante. Cette fois, le principal intéressé n’est plus son mari mais celui qu’elle appelle en public « mon chéri », qui partage tous ses repas et lui tient lieu de chauffeur et de standardiste après avoir été longtemps rémunéré comme attaché parlementaire jusqu’à ce que sa patronne perde son mandat en 2012. A l’époque, et pour compenser cette perte de revenu, Maryse Joissains avait décidé arbitrairement de promouvoir son protégé au grade d’attaché territorial, une décision qui n’était pas passée inaperçue puisque l’impétrant était passé devant 167 collègues pour la plupart nettement mieux classés…

L’arrêté de nomination a été annulé suite à un recours administratif mais la mairie a fait appel et l’affaire n’est pas encore jugée, d’autant qu’en 2013, la mise en garde à vue de Maryse Joissains pour trafic d’influence et détournement de fonds publics portait aussi sur d’autres peccadilles dont des emplois supposés fictifs à la ville ou à la Communauté d’agglomération concernant notamment le propre fils du même chauffeur-confident…

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d'Aix-en-Provence

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d’Aix-en-Provence

Il est bien difficile d’évaluer à quel point la maire d’Aix-en-Provence, qui vient de fêter ses 74 ans et a conservé toute sa gouaille, est affectée par cette accumulation d’affaires judiciaires. A droite manifestement, ce genre de considération ne gêne guère l’électorat comme l’a montrée encore récemment la réélection triomphale du couple Balkany à Levallois-Perret, ou le succès annoncé de Nicolas Sarkozy aux prochaines primaires.

En tout cas, la relève familiale est d’ores et déjà assurée puisque la fille d’Alain et Maryse, Sophie Joissains, s’est faite élire en 2008 à la fois à la commune (où elle est désormais 4ème adjointe en charge de la Politique de la ville et de la Culture), à la communauté d’agglomération et au Sénat. Réélue à ces mêmes fonctions en 2014, elle a par ailleurs depuis 2015 cumulé ces postes avec celui de vice-présidente de la Région PACA, dont elle vient de démissionner en juin 2016 pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats. On n’a pas fini d’entendre parler de la dynastie des Joissains du côté d’Aix-en-Provence…

L.V.  LutinVert1Small