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Après les eaux usées, Marseille s’attaque au pluvial !

3 mai 2017

Baignade interdite au Prado après un orage (photo © P. Laurenson / AFP)

A Marseille, comme chacun sait, mieux vaut ne pas se baigner sur la plage du Prado après un orage. Rappelons que ce parc balnéaire qui s’étend sur 3,5 km de littoral et couvre près de 26 ha, a été aménagé de manière complètement artificielle à la fin des années 1970, sous la mandature du Gaston Deferre, pour permettre avant tout de se débarrasser à moindre frais des millions de m³ de déblais issus des chantiers de construction des lignes de métro. A l’époque, on ne prenait guère de gants avec l’environnement y compris dans une zone littorale située comme celle-ci à l’embouchure de l’Huveaune, dans un milieu naturel qui a dû jadis être un haut-lieu de la biodiversité…

Plages du Prado avec au centre l’embouchure de l’Huveaune

Il faut dire aussi que, dans les années 1970, l’Huveaune, à son arrivée en mer, n’était qu’un vaste égout malodorant charriant les effluves des nombreuses industries qui bordaient ses berges, et servant d’exutoire en mer aux eaux usées d’une partie de Marseille et des communes de l’amont, dont Carnoux.

Le réseau souterrain servant à canaliser les eaux usées s’était construit progressivement au cours du XIXe siècle, sous forme unitaire au centre ville, sous forme séparative (les eaux pluviales de ruissellement étant collectées à part) dans les quartiers plus récents et les communes voisines.

Vue du Grand émissaire de Marseille (photo © SERAMM)

Mais jusqu’en 1987, tout était rejeté directement en mer, sans le moindre traitement, via un grand émissaire construit en 1896 et aboutissant dans l’anse isolée et peu accessible de Cortiou, en plein coeur du massif des calanques, où un vaste fleuve de déchets boueux se jette dans la mer, en attendant qu’un jour peut-être, la collectivité finisse par le prolonger plus au large pour diminuer l’incidence de ces rejets sur les fonds côtiers les plus fragiles.

Rejet en mer dans la calanque de Cortiou (source)

En 1979, alors que la plage du Prado est aménagée, il n’est plus question d’y déverser les eaux fortement pollués et toxiques de l’Huveaune. Une dérivation est donc créée, qui renvoie ces eaux directement dans l’émissaire de Cortiou où elles sont ensuite rejetées en mer, ni vu ni connu. En période de fortes pluies cependant, lorsque l’émissaire est saturé, un déversoir d’orage permet aux eaux de l’Huveaune en crue de rejoindre leur lit naturel et de se rejeter en mer le long de la plage du Prado, qu’elles polluent alors allègrement en jonchant la plage des multiples déchets qu’elles charrient.

Vue en surface de la station de traitement des eaux usées Géolide

Dans les années 1970, sous la pression de certains naturalistes et des plongeurs qui s’alarment de la disparition des herbiers de posidonies et de l’appauvrissement de la faune marine au large des côtes marseillaises totalement ravagées jusqu’à plus de 40 km du rivage par ce flux incessant d’eaux polluées, la ville se décide enfin à mettre en oeuvre une station d’épuration physico-chimique, destinée au traitement des eaux usées de Marseille et de 15 communes environnantes, dont Carnoux. Le chantier commence en 1984, en bordure de l’Huveaune. La station, enterrée sous le stade Vélodrome, est mise en service en 1987.

Mais le renforcement de la réglementation en matière de traitement des eaux usées, avec notamment l’adoption en 1991 de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, rend très vite cette station insuffisante. En 2008, elle est donc complétée par l’adjonction d’un dispositif de traitement biologique, dit Biostyr, installé sous l’esplanade Ganay. La nouvelle station, dénommée Géolide, constitue la plus grande usine enterrée de traitement des eaux usées du monde et traite 70 millions de m³ d’eau usée par an.

Schéma de la station Géolide (source)

L’eau y est injectée dans 34 bassins de 1500 m³ chacun, remplis de billes de polystyrène sur 3,50 m d’épaisseur. Les bactéries fixées à la surface de ces billes fixent une partie de la pollution au passage. Pour éviter le colmatage des billes, celles-ci sont lavées chaque jour et l’eau de lavage subit un traitement physico-chimique par coagulation et floculation, suivi d’une décantation lamellaire afin d’agglomérer, concentrer et piéger les bactéries sous forme de boues. Ces boues sont alors acheminées vers une usine de traitement, située à 6 km de là, dans l’ancienne carrière de la Cayolle qui surplombe la calanque de Sormiou. Les boues y sont épaissies et séchées avant d’être valorisées sous forme de compost qui sert actuellement à réhabiliter l’ancienne décharge d’ordures ménagères d’Entressen.

Vue de la station de traitement de la Cayolle (photo © Lakko Marseille)

Cependant, en cas de forte pluie, le système d’assainissement n’est pas en mesure de traiter l’ensemble des effluents collectés car les eaux de ruissellement viennent alors grossir les flux habituels d’eaux usées, provoquant rapidement la saturation des capacités de traitement. Pour éviter que la ville ne soit noyée sous un flot d’eaux polluées et nauséabondes, tout l’excédent est alors rejeté directement en mer, principalement par l’émissaire de Cortiou mais aussi en partie via l’ancien exutoire de l’Huveaune, donc directement sur la plage du Prado !

Ce problème récurrent commençant à déprécier sérieusement l’attrait touristique de la ville, l’ancienne Communauté urbaine Marseille Provence Métropole s’est engagée en 2010 dans un projet de contrat de baie, désormais opérationnel depuis juin 2015 pour une durée de 6 ans avec, à la clé, un budget de 265 millions d’euros, dont 185 millions engagés via le Contrat d’agglomération de traitement des eaux usées signé l’année d’avant avec l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée, et 25 millions mobilisés dans le cadre du contrat de rivière de l’Huveaune, signé en octobre 2015 à Aubagne.

Inondations rue de Rome à Marseille en septembre 2000 (photo © Bataillon des marins-pompiers de Marseille)

Une des actions phares de ce contrat de baie consiste précisément à s’attaquer enfin au problème des eaux pluviales qui rendent inopérant le traitement des eaux usées de l’agglomération marseillaise en période de fortes pluies. L’objectif affiché, qui peut paraître modeste, est de réduire de 50 % les rejets d’eaux usées non traitées vers la calanque de Cortiou au cœur du Parc National des Calanques, et ceci en réponse à un arrêté préfectoral de janvier 2004 qui impose à la collectivité de réaliser d’ici fin 2018 une capacité de rétention des eaux usées de 90 000 m³.

Un premier ouvrage a ainsi été réalisé dès 2007 à l’occasion des travaux de requalification de la rue de la République dans le cadre de la prolongation du tramway. Gigantesque cylindre de 49 m de long situé à 15 m sous terre, ce bassin permet de stocker 14 500 m³ collecté en centre ville. Les gros déchets y sont récupérés et la partie claire de l’eau décantée est rejetée en mer une fois l’orage passé, tandis que les eaux polluées sont envoyées à la station de traitement dès que celle-ci est de nouveau en capacité de les traiter. Quatre autres basins sont prévus sur le périmètre de l’agglomération marseillaise : un de 12 000 m³ achevé en septembre 2015 place Jules Guesde à la Porte d’Aix, un de 15 000 m³ dans l’emprise du tunnel ferroviaire désaffecté Lajout près de la nouvelle station de métro boulevard Capitaine Gèze, un autre de même capacité cours Pierre Pujet, et enfin un plus vaste de 33 000 m³ à Saint-Mauront, près des Docks.

Vue intérieure du bassin Ganay lors de son inauguration (photo publiée par GoMet)

Un sixième ouvrage profond de 30 m pour un diamètre de 56 m et une capacité de 50 000 m³, a été construit à partir de 2014 sous le stade Ganay. Désormais achevé et inauguré en avril 2017, ce gigantesque bassin enterré, pour lequel il a fallu mobiliser pas moins de 80 000 tonnes de béton, doit être relié d’une part à la station de traitement Géolide et d’autre part au réseau unitaire. Pour cela, il a notamment fallu creuser une galerie de 3 m de diamètre et 300 m de longueur, à 10 m de profondeur. Un tunnelier a été mobilisé dans ce but, pendant près de 6 mois, jusqu’à ressortir près du boulevard Michelet en décembre 2016, une fois sa tâche accomplie.

Sortie du tunnelier (photo © N. Vallauri pour La Provence)

Vue en coupe du bassin Ganay (source)

En surface, on ne verra du bassin Ganay qu’un modeste bâtiment de service au forme de simple pavillon et il reste encore à reconstruire le nouveau stade Ganay au dessus du réservoir enterré dont les Marseillais seront bien en peine d’imaginer l’existence une fois le chantier achevé. C’est d’ailleurs le risque de ce type de démarche qui consiste à masquer de la vue du citoyen les aménagements pourtant indispensables au fonctionnement de la ville : à force d’oublier que la gestion des eaux fait partie intégrante de la vie urbaine, comment peut-on s’en approprier les enjeux pourtant essentiels ?

L.V.  

Rivières mystérieuses de Cassis : les explorations se poursuivent…

22 avril 2017

En octobre 2015, une conférence organisée par le Cercle progressiste de Carnoux et animée par l’association Cassis, la rivière mystérieuse, avait attiré plus de 120 personnes pour visionner deux films spectaculaires présentés par Gérard Acquaviva et Louis Potié. Un succès qui s’explique largement par la fascination qu’exerce l’exploration en cours de ces deux résurgences en mer d’eaux douces, connues vraisemblablement depuis l’Antiquité mais dont on commence seulement à mieux appréhender les cheminements souterrains.

Emplacement des sources de Port-Miou et du Bestouan (source KarstEAU)

Au cours de l’année 2016, les explorations de ces conduits karstiques noyés, parcourus et cartographiés désormais sur plusieurs kilomètres et qui débouchent en mer, se sont poursuivies avec notamment plusieurs campagnes de plongée en avril et mai 2016 organisées en présence du plongeur professionnel Xavier Méniscus, qui avait battu en juillet 2015 un record européen de plongée spéléologique en descendant à -262 m dans un gouffre des Corbières.

Matériel utilisé pour la plongée de Xavier Méniscus à Port-Miou le 28 mai 2016

A Port-Miou, le 28 mai 2016, il est descendu à -145 m dans le grand puits terminal (qu’il avait exploré en 2012 jusqu’à -223 m), un puits qui se situe en amont de la galerie d’entrée, à un peu plus de 2 km du débouché en mer, dans la calanque de Port-Miou. Plusieurs vidéos ont été tournées à cette occasion, par Michael Walz et Fred Swierczynski. Le montage de ces images sous-marine donne une bonne idée de la nature de telles expéditions et de la sophistication du matériel nécessaire pour s’engager dans une telle entreprise.

Plongée dans la galerie naturelle de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit les plongeurs se faufiler à travers les buses du barrage anti-sel qui avait été construit dans les années 1970 à une période où l’on espérait pouvoir exploiter un jour cette résurgence d’eau douce en la protégeant des remontées d’eau saline. Depuis, les investigations effectuées par les universitaires du programme KarstEAU, sous la conduite de Bruno Arfib, ont permis de comprendre que d’autres intrusions salines plus profondes permettaient à l’eau de mer de contourner ce barrage.

Coupe schématique de la résurgence de Port-Miou (document extrait de la plaquette Les rivières de Cassis)

Les images tournées à l’occasion de ces plongées récentes donnent une bonne idée de la taille de la galerie principale dans laquelle évoluent les plongeurs, et surtout de l’ampleur du puits qui se développe à l’extrémité de cette galerie.

Plongée dans le puits de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit aussi un plongeur déverser de la fluorescéine dans la galerie fin de réaliser une mesure de débit (par suivi de la dilution).

Essai de coloration à la fluorescéine à Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

En avril 2017, de nouvelles plongées viennent d’avoir lieu, toujours dans la galerie de Port-Miou, qui ont notamment permis d’installer deux fluocapteurs à charbon actif qui devraient permettre de détecter finement toute trace de fluorescéine en vue de nouvelles tentatives de coloration.

Car dans le même temps, les explorations spéléologiques continuent depuis la surface du plateau calcaire, afin de tenter de repérer des voies d’accès terrestres vers l’amont de ces galeries souterraines noyées. En 2015, les spéléologues concentraient beaucoup d’espoir sur le gouffre de la Gorguette qui se situe juste en contrebas de la route départementale, dans la descente entre Carnoux et Cassis. Un essai de coloration y a donc été tenté en octobre 2015, avec l’aide des pompiers pour apporter la charge de dilution nécessaire. Mais grande fut la déception de tous les acteurs de cette expérience car aucune trace de colorant n’a pu être détectée ni dans la résurgence du Bestouan ni dans celle de Port-Miou.

Extrait d’un article de La Provence du 31 octobre 2015 relatant la tentative de coloration depuis le gouffre de la Gorguette

Depuis, les efforts se concentrent donc sur deux autres avens situés à proximité l’un de l’autre, au dessus du Mussuguet, en bordure du camp militaire de Carpiagne, de part et d’autre de la limite administrative du parc National des Calanques (ce qui ne facilite pas les autorisations pour y intervenir !).

Tête de l’aven Mussuguet 3

Le premier, dit Mussuguet 3 de son petit nom, est un puits vertical de 32 m de profondeur dont le fond est obstrué d’éboulis argileux et où la présence de caz carbonique oblige à prendre de nombreuses précautions. Persuadés que cet aven se prolonge en profondeur, les spéléologes s’acharnent depuis 2013 à déblayer le fond du gouffre de ces blocs éboulés. En février 2015, alors qu’ils avaient réussi à approfondir de quelques mètres le fond du trou, une première coloration a montré que ce point d’infiltration naturel était bien en lien direct avec la galerie de Port-Miou située juste en dessous puisque la fluorescéine a été détectée au barrage de Port-Miou 43 heures plus tard, après avoir parcouru environ 3,5 km en souterrain.

Equipement du Mussuguet 3 pour sa désobstruction (photo MV, 18 octobre 2015)

Cette bonne nouvelle a dopé les espoirs des spéléologues qui ont donc redoublé d’efforts, équipant à demeure le puits d’un portique métallique pour y suspendre le treuil destiné à remonter les déblais. Fin 2016, après de nombreux week-end passés à se relayer au fond du puits pour remplir des seaux d’argile, la profondeur de l’aven atteignait 44,15 m. Un travail de fourmi donc qui devra encore se poursuivre sachant que chaque seau remonté à la surface au prix d’efforts qui forcent l’admiration ne permet de faire baisser le fond du puits que de 1,3 cm en moyenne…

Quant à l’aven du Sumac, découvert en 2014 et situé à une centaine de mètres du précédent, il fait lui aussi l’objet d’un travail de forçat pour le désobstruer car il était totalement rempli de pierres lors de sa découverte. Le travail de déblaiement est d’ailleurs plutôt plus rapide dans ce dernier car les éboulis ne sont pas aussi argileux.

L’entrée du Sumac soigneusement protégée

En mai 2015, après avoir remonté plus de 2600 seaux de pierres, les spéléologues avaient ainsi atteint la profondeur de 12 m. Un an plus tard, alors que le fond du puits principal s’établissait à 19 m de profondeur, une diaclase secondaire a été repérée, laissant espérer un prolongement au moins jusqu’à la profondeur de 41 m. Le suspens se poursuit donc et tout laisse espérer que de nouvelles découvertes devraient permettre d’en savoir bientôt davantage sur ces fameuses rivières mystérieuses de Cassis et sur le réseau de conduits karstiques qui les alimentent depuis un vaste espace calcaire qui englobe probablement tout le massif du Beausset et peut-être même au-delà.

Rendons hommage en tout cas à ces passionnés qui se retrouvent tous les week-end pour progresser, centimètre par centimètre, pierre à pierre, seau après seau, dans la connaissance de ces réseaux souterrains qui se déployent sous nos pieds, aux portes de Carnoux.

L.V.  

Encore un traitement de faveur pour Alteo !

1 décembre 2016

Décidément, l’usine d’alumine Alteo de Gardanne qui continue depuis plus de 50 ans de rejeter en mer ses effluents toxiques au large de Cassis, n’a pas fini de faire parler d’elle : le sujet a même fait l’objet d’une discussion spécifique à l’occasion de l’examen en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi de finance pour 2017 !

Vue de l'usine d'alumine Alteo à Gardanne

Vue de l’usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans la discussion d’un projet de loi de finances, il y a toujours un moment de défoulement, celui des articles non rattachés qui permet aux parlementaires de déposer leurs amendements les plus hétéroclites et parfois de les faire adopter, à la faveur d’un malentendu ou d’un relâchement de l’attention générale.

Le député Olivier Faure

Le député Olivier Faure

Le crû 2017 n’a pas failli à la tradition et on y a donc débattu (longuement) de deux amendements quasi identiques portés par un député socialiste de Seine-et-Marne, un certain Olivier Faure, visant à aligner le paiement de la redevance de l’usine Alteo sur la règle commune.

L’histoire ne dit pas pourquoi un obscur élu de Combs-la Ville s’intéresse à un tel sujet, mais un petit retour en arrière s’impose pour comprendre le but de la manœuvre.

Comme toute entreprise polluante qui rejette dans le milieu naturel des substances toxiques, Alteo est soumise à une redevance perçue par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) selon le principe pollueur-payeur. Le montant annuel de cette redevance est basé sur le volume rejeté de polluants organiques traditionnels mais aussi de matières en suspension. Sont également pris en compte dans le calcul la toxicité aiguë et 8 métaux et métalloïdes (arsenic, cadmium, chrome, nickel, cuivre, mercure, etc.) ainsi que d’autres paramètres tels que les nitrites, les nitrates, ou encore la température des rejets et, depuis 2016, 16 substances dangereuses pour l’environnement.

La formule de calcul est identique pour toutes les entreprises, sauf pour l’usine d’alumine de Gardanne qui a bénéficié en 2006, lors du vote de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques d’un traitement de faveur taillé sur mesure. Certains parlementaires bienveillants ont alors convaincu leurs collègues d’appliquer un taux plafond plus faible pour les matières en suspension lorsque le rejet se fait au large des côtes, configuration qui concerne exclusivement la seule usine de Gardanne, alors aux mains de Péchiney. La canalisation issue de l’usine de Gardanne rejetait à cette date de l’ordre de 250 000 tonnes de boues rouges chaque année dans la Méditerranée, à quelques km de la côte et a donc bénéficié de cette mesure inédite, très avantageuse.

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Malgré ce traitement de faveur, le site a vu sa redevance augmenter progressivement du fait de l’augmentation des taux sur les autres polluants, jusqu’à atteindre en 2012 le montant annuel de 2,6 millions d’euros. Rapportée au chiffre d’affaire de l’entreprise, la somme n’était pas énorme, mais elle a néanmoins été jugée excessive par l’industriel qui, plutôt que de tenter de diminuer la charge polluante de ses rejets, a préféré actionner ses relais politiques.

Avec d’ailleurs un succès incontestable, puisque un amendement parlementaire déposé en 2012 à l’occasion de la loi de finance rectificative a créé un taux plafond moins important pour les rejets au large des côtes concernant le paramètre de toxicité aiguë (matières inhibitrices), ce qui a permis une nouvelle fois de dégonfler la facture pour le site industriel provençal passé entre temps dans les mains du propriétaire actuel, le fonds d’investissement HIG European Capital Partners.

Et voila qu’en 2015, les procédures nationales pour évaluer la toxicité des rejets évoluent. Basées jusque là sur une évaluation de la sensibilité d’organismes caractéristiques des eaux douces, la méthode s’appuie désormais sur l’examen de l’impact sur d’autres organismes plus adaptées au milieu marin, des bactéries luminescentes. Une aubaine pour Alteo qui, du fait de ce changement de méthodologie et grâce à l’application du plafonnement spécifique dont elle bénéficie, verrait ainsi le montant annuel de sa redevance passer de 1,8 millions d’euros à 300 000 €.

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Une misère qui rendrait d’un coup totalement inutiles les efforts que l’industriel est sensé développer pour réduire à terme la toxicité de ces rejets : à quoi bon investir de l’argent dans de la recherche pour polluer moins quand on peut polluer autant qu’on veut pour un montant dérisoire ? L’amendement du député de Seine-et-Marne avait donc pour but de maintenir un minimum de décence en faisant en sorte que la redevance de l’industriel soit divisée par 3 et non par 6, ce qui restait plutôt bienveillant.

Mais c’était encore trop pour les amis d’Alteo dont le secrétaire d’État Christian Eckert, qui est aussitôt monté au créneau pour défendre les intérêts du fonds d’investissement anglo-saxon, estimant bien naturellement qu’ « une telle disposition ferait peser un risque significatif sur l’avenir de cette entreprise qui serait très largement compromis ». L’ange gardien d’Alteo, le député François-Michel Lambert, qui s’est targué jadis d’une certaine fibre écologiste, a bien évidemment fait sonner la charge. Absent de l’hémicycle, il a aussitôt dépêché un député ami (élu dans le Val d’Oise) pour plaider la cause de l’industriel et sauver les 400 emplois évidemment menacés, son porte-parole estimant sans rire : « je pense qu’il vaut mieux négocier avec l’entreprise les moyens et les investissements nécessaires pour traiter ces rejets ». Entre amis, on s’arrange…

Le député Olivier Faure ne s’est pas laisser démonter par les arguments fallacieux et les chiffres totalement fantaisistes avancés par son collègue. Il a courageusement tenté d’argumenter en expliquant : « Il ne s’agit pas de pénaliser outre mesure cette entreprise, d’autant que ce sont les agences de l’eau qui fixent le taux et qu’elles ont le souci de maintenir l’emploi. Même si était voté le taux le plus élevé, la taxe ne pourrait être supérieure  à 500 000 € (…) les calanques n’ont pas besoin de continuer à être polluées. Oui à une baisse de la redevance, mais pas à n’importe quelles conditions. Continuer à stimuler les efforts me paraît la bonne mesure ».

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Car en réalité, l’Agence de l’Eau n’applique pas les plafonds qui sont fixés par la loi mais reste très en deçà pour calculer le montant des redevances. Comme l’explique Laurent Roy, directeur de l’Agence RMC pour Actu-Environnement, le taux appliqué à Alteo était 30 fois inférieur au plafond réglementaire pour les matières en suspension et à 25 % du plafond fixé pour la toxicité aiguë. Certes, le conseil d’administration a souhaité que l’Agence se rapproche progressivement de ces plafonds mais on voit qu’il n’y avait pas péril en la demeure pour Alteo…

Et pourtant, contre toute attente, c’est encore le lobby pro-industriel qui a gagné cette bataille : l’amendement introduit par Olivier Faure, malgré toute sa mesure, a été rejeté. On imagine la joie au siège d’Alteo qui vient de recevoir, au gré de cet échange parlementaire, un signal très positif pour continuer à polluer allégrement les fonds marins en toute impunité et à moindre frais : champagne !

L.V.  lutinvert1small

Marseille a du plomb dans la calanque…

7 septembre 2016

Reconnues pour la beauté de leurs paysages et la richesse de leurs fonds marins, classées Natura 2000 et intégrées depuis 2012 dans un Parc national, les calanques de Marseille n’ont pas toujours été protégées comme elles le devraient. Au XIXe siècle, elles étaient au contraire le siège d’une intense activité industrielle, en cohérence avec un décret napoléonien de 1810 qui préconisait précisément que les usines dangereuses et polluantes devaient être reléguées le plus loin possible des endroits habités. Quoi de plus logique donc que de implanter dans les calanques qui n’étaient guère fréquentées que par quelques pêcheurs et de rares bergers.

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Dès 1810, une première usine de soude destinées à alimenter les savonneries de Marseille s’installe ainsi au pied du Mont Rose, dans la calanque de Saména, le long de la petite route qui conduit de la Madrague de Montredon à Callelongue en passant par le petit port des Goudes.

C’est le début d’une vague d’industrialisation qui verra le littoral se couvrir progressivement d’innombrables entreprises polluantes. A partir de 1870, le développement du procédé Solvay, permettant de fabriquer la soude à moindre coût, entraine le déclin des usines marseillaises qui n’ont pas réussi à négocier ce virage technologique. Mais ce n’est pas pour autant que les activités polluantes disparaissent du secteur, bien au contraire. Dès le milieu du XIXe siècle s’installent une nouvelle activité liée au traitement de minerai de plomb, importé par bateaux depuis les mines italiennes et espagnoles.

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Sept unités de production voient ainsi le jour, la plus importante étant celle de l’Escalette qui fournira jusqu’à 3000 tonnes de lingots de plomb par an et qui sera la dernière à fermer ses portes en 1924 après 73 ans d’activités. D’autres activités industrielles se développent dont une verrerie à Montredon, une usine de soufre aux Goudes ou une station de traitement de pétrole au col de Sormiou. L’ancienne usine de plomb de l’Escalette, quant à elle, est reconvertie pour fabriquer de l’acide tartrique, encore une activité potentiellement impactante pour l’environnement.

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Elle sera la dernière à fermer, en 2009, après un baroud d’honneur de ses salariés qui essaient tant bien que mal de conserver leur outil de travail. L’usine Legré-Mante est alors la dernière à produire en France de l’acide tartrique, un produit très utilisé dans l’industrie alimentaire et notamment pour la vinification, mais aussi en pharmacie. Mais son propriétaire, la famille Margnat, magnat du gros rouge qui tâche, patron de multiples sociétés dont Kiravi, et gros contributeur de l’UMP, a d’autres projets de nature immobilière et envisage de revendre le tout pour 42 millions d’euros. L’usine est évacuée de force par les CRS, les installations rapidement saccagées, mais le projet tombe à l’eau car le coût de dépollution du site est jugé pharamineux…

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic...

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic…

Il faut en effet se rendre à l’évidence : après deux siècles d’activité industrielle débridée, les dégâts environnementaux sont colossaux…Depuis 2000, les plaintes des riverains commencent à faire bouger l’État et le Département. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, gros acquéreur d’espaces naturels, se retrouve en effet un des principaux propriétaires foncier du secteur. Les anciens exploitants s’étant discrètement défilés, c’est donc lui qui entreprend en 2002 une série de travaux d’urgence. Le sable de la petite plage de Saména est remplacé et on projette un peu de béton pour masquer les terrils de scories les plus voyant qui menacent de s’ébouler.

Scories en remblai sous la route des Goudes

Scories en remblai sous la route des Goudes

En 2005, les services de l’État attrapent le taureau par les cornes et lancent un premier inventaire des zones polluées. Ils recensent ainsi pas moins de 29 ha d’accumulation de scories chargées en métaux lourds et riches en arsenic. Ces dépôts ont même été largement utilisés pour refaire l’assise de la route jusqu’à Callelongue, tout le long du littoral !

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Les sédiments côtiers révèlent des teneurs en plomb et en arsenic qui dépassent allègrement toutes les normes admises. Quant aux moules et aux oursins, leur teneur en plomb les rend totalement impropres à la consommation. A l’issue de cette étude réalisée par l’institut national de veille sanitaire, des mesures drastiques sont prises car le risque est jugé très élevé en particulier pour les enfants. Des consultations pour le dépistage du saturnisme sont organisées. La pêche est interdite, de même que l’accès à la plage de Saména, le Conseil général se chargeant de mettre en place des panneaux avertissant du danger.

Ensuite, il ne se passe plus grand-chose jusqu’en 2012, les habitudes reprenant rapidement le dessus et les panneaux étant discrètement arrachés pour ne pas inquiéter inutilement les touristes. En mars 2012 cependant, toujours à l’initiative du Ministère de l’environnement, l’ADEME est chargé de mettre en place un programme de dépollution du site. Il était grand temps, un mois avant la création officielle du Parc national des Calanques !

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Avec l’aide du bureau d’étude Burgeap, l’ADEME s’attache donc à dresser un diagnostic de la situation et à proposer un programme d’action. La tâche est immense car il faudrait retirer ou neutraliser des dizaines milliers de m3 de dépôts fortement chargés en métaux et métalloïdes en évitant toute dispersion dans l’atmosphère, le tout dans des secteurs difficiles d’accès, très fréquentés, avec des contraintes environnementales sévères, en bordure de mer et dans les vallons. Il convient aussi de mettre en sécurité les immenses cheminées rampantes, partiellement éventrées et encroutées de scories dangereuses, qui servaient à extraire les fumées des anciennes fonderies et courent à flanc de colline sur plusieurs centaines de mètres.

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Une œuvre titanesque dont le coût a été évalué en 2013 entre 2 et 3 millions d’euros ! Dans le cadre du Contrat de Baie signé le 29 octobre 2015, l’État s’est engagé à hauteur de 2 millions d’euros et le Conseil général pour près de 1 million. Mais en 2016, rien n’a encore été mis en œuvre… Le reportage d’Envoyé spécial, diffusé le 28 juillet 2016 et intitulé « Calanques en eaux troubles » confirme que sur place rien ne permet plus aux touristes de savoir qu’ils se baignent dans un site fortement pollué. Des piquets ont bien été mis en place pour délimiter les principaux dépôts de scorie comme l’a observé un journaliste de Marsactu dans un article publié le 6 août 2016, mais sans aucune indication pour préciser de quoi il retourne !

Calanque de samena (source : La Nuit magazine)

Calanque de Saména (source : La Nuit magazine)

Quant au maire de Marseille, l’affaire ne l’inquiète pas plus que ça. Estimant que les mesures prises sont largement excessives, il considère que la presse « affole les foules ». Pas de quoi en tout cas l’inciter à retirer la calanque de Saména de la liste des 21 plages dont le site internet de la Ville fait la promotion. Même si la baignade n’y est pas surveillée, le site est encore placé en bonne position sur le site officiel de la mairie sous le slogan réconfortant : « un été en toute sécurité ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.  LutinVert1Small

A Cassis, polémique autour des rejets d’eaux usées

7 août 2016

C’est une vidéo diffusée sur le site de l’association Nox Diving la veille du week-end de Pâques en avril 2016, qui a mis le feu aux poudres et déclenché une belle polémique. On y voit l’apnéiste Michel Dron plonger dans la baie de Corton à Cassis, pour aller explorer l’exutoire des canalisations souterraines par où sont rejetées les eaux issues de la station d’épuration de Cassis, à quelques mètres seulement de profondeur et à moins de 100 m du rivage, dans un secteur très fréquenté par les baigneurs et les plaisanciers.

Panache d'eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache d’eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

L’association Nox Diving, qui s’était déjà distinguée par une belle vidéo montrant un plongeur en train d’évoluer en apnée le long des canalisations qui rejettent en mer les fameuses boues rouges de l’usine Altéo de Gardanne depuis le puits d’accès de Port-Miou, a réussi là un beau coup de communication qui a été largement repris par de nombreux médias dont France Bleu, FR3 ou le Nouvel Obs.

Emissaire à Cortiou

Emissaire à Cortiou

Le 28 juillet dernier, c’est même l’émission Envoyé Spécial, diffusée par France 2 qui a repris ces images pour diffuser un reportage choc, intitulé « Calanques en eaux troubles » qui dénonce, outre ce rejet des eaux usées à Cassis, l’arrivée en mer, dans le Parc National des Calanques, des rejets industriels de l’usine d’alumine de Gardanne, mais aussi des eaux issues de la station d’épuration de l’agglomération marseillaise à Cortiou, ainsi que les sols pollués au plomb et à l’arsenic en plusieurs points des calanques, autrefois occupés par des usines chimiques et désormais fréquentés par des baigneurs sans que la moindre indication ne vienne attirer leur attention quant aux risques encourus.

Panache en sortie de l'émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache en sortie de l’émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Sur la vidéo tournée par Nox Diving et reprise par les reporters d’Envoyé Spécial, on voit l’apnéiste s’approcher de l’exutoire sous-marin de la station d’épuration de Cassis par où s’échappe un panache noirâtre et que l’on devine nauséabond au vu des gestes dégoûtés du plongeur qui se bouche ostensiblement le nez. Ses commentaires, largement repris par le reportage d’Envoyé spécial, font état de présence de macrodéchets, de matière en suspension et même de matière fécale non décomposée, directement rejetés par la canalisation. On y apprend même que le plongeur trop aventureux aurait payé son exploration d’une magistrale gastro-entérite contractée dans les jours suivants…

Objectivement, il paraît peu probable que le panache d’eau rejetée en mer après traitement par la station d’épuration des eaux usées de Cassis contienne encore des macrodéchets et des excréments comme le laisse entendre l’association Nox Diving. Pendant des années, cette station, installée en 1973, a effectivement été la cible de très nombreuses critiques de la part des associations environnementales car devenue totalement obsolète et largement sous-dimensionnée. A tel point que la communauté urbaine MPM, qui avait pris depuis sa création la compétence liée à l’assainissement, avait dû investir de l’ordre de 220 k€ (largement subventionnés par l’Agence de l’Eau) pour rénover cette station entre 2003 et 2008.

Station d'épuration de Cassis à Corton

Station d’épuration de Cassis à Corton

Depuis cette date, la station est considérée comme répondant aux normes minimales exigées et les rejets sont conformes aux seuils fixés de manière réglementaires pour un rejet en milieu naturel. Dimensionnée pour 25 000 équivalent habitants (ce qui lui permet de faire face à l’affluence touristique estivale), la station est désormais pourvue d’un premier niveau de traitement physico-chimique puis d’un système de traitement biologique. Elle produit chaque année de l’ordre de 200 tonnes de boues et les eaux rejetées sont conformes à 97 % aux normes exigées. Sa mise en service depuis 2008 constitue donc indéniablement un véritable progrès en faveur d’une meilleure qualité des eaux de la baie de Cassis qui bénéficie d’ailleurs depuis 2009 du fameux Pavillon bleu qui reconnaît la qualité de ses eaux de baignade.

C’est d’ailleurs ce que s’est empressée de clamer haut et fort la maire de Cassis, Danièle Milon, qui a convoqué dès le 21 avril une conférence de presse pour vanter les efforts de la communauté urbaine (et désormais de la Métropole dont elle est d’ailleurs vice-présidente, heureuse coïncidence), insistant au passage sur les analyses quotidiennes des eaux de baignade pratiquées en période estivale sur les quatre plages principales de la commune dont celle de l’anse de Corton.

L'anse de Corton à Cassis

L’anse de Corton à Cassis

A ses côtés, le directeur de l’eau et de l’assainissement de la Métropole a confirmé que le panache d’eau noirâtre filmé par Nox Diving à quelques mêtres de la plage de Corton correspond bien aux rejets issus de l’émissaire de la station d’épuration de Cassis, dont la gestion a été confiée à la Société des Eaux de Marseille dans le cadre d’une délégation de service public. Il se garde néanmoins de préciser la composition de cette eau rejetée directement en mer à très faible profondeur et tout près de la plage. Le nombre de poissons attirés par le panache confirme sans aucun doute possible la très forte teneur en nutriments de ces rejets et il est non moins certain que la concentration en bactéries de type E. Coli est sans doute très élevée dans ce type d’effluents comme à la sortie de la quasi totalité des stations d’épuration en service, suffisant en tout cas pour provoquer une bonne gastrite à ceux qui s’en approcheraient de trop près !

Les arguments avancés par le technicien de la Métropole comme par l’élue de Cassis laissent cependant songeurs. Selon Jean-Yves Guivarch, le panache sombre issu de l’émissaire ne serait que le résultat des mouvements de palmes du plongeur alors que la vidéo prouve indéniablement qu’il ne reflète que le dégagement d’un effluent manifestement chargé.

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Quant aux propos de la maire de Cassis, largement repris par La Provence et qui ont même fait l’objet d’un communiqué affiché sur le site officiel de la commune, ils sont d’une violence étonnante à l’égard de ceux qui ont osé mettre en doute la qualité des eaux rejetées en mer après traitement : « Comme vous l’avez certainement remarqué, notre village fait actuellement l’objet d’une campagne de presse particulièrement virulente. Cette campagne de dénigrement (à laquelle participent certains habitants de notre propre village !) tente de jeter le discrédit sur la qualité de nos eaux de baignade, mettant ainsi en péril l’économie touristique de Cassis grâce à laquelle, rappelons-le, le village parvient à vivre malgré la crise. […] Les responsables de cette émission auraient décidé, au prix d’affirmations farfelues, de tuer l’économie du village et de mettre un bon nombre de ses habitants au chômage ou sur la paille, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. […] Contrairement à ce qu’affirment en chœur l’apnéiste gastroentérité et les reporters parisiens découvrant tout ébaubis le fonctionnement normal d’une station d’épuration, il y a des panaches dus à diverses causes techniques, mais il n’y a PAS d’excréments dans ces panaches. […] OUI, je me réserve le droit en tant que Maire attentive au bien être de notre village, de poursuivre en justice tous ceux dont les mensonges auront préjudicié aux intérêts de Cassis ».

On ne savait pas l’économie touristique cassidaine aussi vulnérable ni la maire aussi chatouilleuse sur ces questions d’image et aussi peu regadante sur les conséquences éventuelles des rejets communaux sur la santé de ses concitoyens ou la qualité du milieu naturel d’un Parc National dont elle a été pourtant (brièvement) présidente… Mais en tout cas le message est clair : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ». Et gare à ceux qui voudraient en savoir davantage sur le sujet…

L.V.  LutinVert1Small

Philippe Echaroux, messager de l’éphémère

19 juin 2016

Blog314_PhLaCiotatLe Bec de l’Aigle, c’est ce cap aux formes déchiquetées qui borde à l’ouest la baie de La Ciotat au dessus de la calanque du Mugel et des anciens chantiers naval. Une masse rocheuse imposante taillée dans des dépôts géologiques déposés à l’estuaire d’un ancien fleuve qui drainait la bordure nord d’un continent aujourd’hui disparu, en dehors de quelques vestiges parsemés des Pyrénées à l’Esterel en passant par la Corse et la Sardaigne !

Le site naturel est remarquable et le choc est grand en voyant dans La Provence du 14 juin 2016 une photo de ce massif recouvert d’un tag géant à l’entrée de la calanque du Mugel… La lecture de l’article rassure un peu, sinon sur les connaissances géographiques de la journaliste (qui attribue généreusement l’altitude de 1700 m au Bec de l’Aigle, le confondant de toute évidence avec son homonyme du Cantal ! ), du moins sur la nature de ce grafiti qui n’en est pas un…

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

La mise en garde « Ne grandis pas trop vite, tu vas de cogner au plafond », qui se détache en énormes lettres capitales sur le poudingue orangé du Bec de l’Aigle n’a pas été tracée à la peinture blanche mais résulte d’une projection réalisée par le photographe Philippe Echaroux dans le cadre de son projet artistique Painting with ligths : tout un programme !

Blog314_PhHopeEducateur spécialisé de formation, mais photographe de mode depuis 2008, le Marseillais Philippe Echaroux s’est lancé depuis 2014 dans une nouvelle discipline artistique : le street art 2.0. Armé de son vidéoprojecteur, il projette sur des éléments de paysage urbain des images ou des textes de sa composition et les photographie pour en conserver la trace. Une approche très originale, qui ne laisse pas de trace sinon sous forme d’archives visuelles, mais dont le résultat est totalement bluffant, d’autant que l’artiste s’intéresse avant tout à la réaction des passants qui découvrent son œuvre éphémère et réagissent en direct.

Blog314_PhTourEiffel

Marseille fait partie des terrains de prédilection de Philippe Echaroux même si ses pérégrinations l’ont conduit aussi à s’intéresser à bien d’autre terrains de jeu, de Cannes à Val d’Isère en passant par Barcelone, Paris ou Cuba où ses slogans libertaires projetés sur les façades de La Havane ont fait sensation et ont été largement rapportés par le Figaro

Blog314_PhValIsere

Certains se souviennent ainsi de ce mystérieux portait de Zinédine Zidane apparu un soir de 2014 sur une façade aveugle de la Corniche, celle-là même où avait été apposée un portrait géant du footballeur marseillais en hommage à la victoire de l’équipe de France lors du Mondial de 1998. C’était l’oeuvre de Philipe Echaroux dont les photographies et les vidéos prises sur la place Paul Ricard ont alors fait le tour du monde.

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Au début de cette année, l’artiste a lancé une autre initiative qui a connu aussi un large échos dans les médias, dont 20 minutes qui en diffuse la video. La scène se passe dans une rue mal éclairée de Marseille, devant une place de parking réservée aux personnes à mobilité réduite. La rue est déserte et les automobilistes pressés n’hésitent pas à emprunter la place de parking, ni vu ni connu. Pas de chance, ils sont filmés et quand ils sortent de leur voiture, ils voient s’afficher sur le mur en immenses lettres le slogan vaguement ironique : « L’incivilité est-elle un handicap ? ».

Blog314_PhIncivilité

Certains, pris de honte, remontent au volant pour disparaître tandis que d’autres, peu gênés, s’abritent derrière le classique « J’en ai pour 5 minutes .. ». L’objectif de l’ex éducateur spécialisé au travers de ce « handicap happening » est d’ailleurs avant tout pédagogique, une sorte de sensibilisation éphémère destinée à faire comprendre sans être agressif, comme l’explique l’artiste : « Le but n’est pas de dire « t’es un connard » aux automobilistes. Je suis dans une démarche pédagogique ».

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Une bien belle initiative citoyenne en tout cas, filmée par le complice vidéaste de Philippe Echaroux, Jean-Claude Piéri, indispensable alter ego du photographe, qui permet de fixer pour l’éternité les réactions du public à ces projections éphémères qui interpellent. Des artistes de talent dont les réalisations méritent d’être encouragées !

L.V.  LutinVert1Small

A Cassis, on rejoue Arsenic et vieilles querelles…

2 février 2016

Voilà 50 ans que cela dure ! Cinquante ans que l’usine d’alumine de Gardanne déverse tranquillement dans la baie de Cassis, en plein coeur du massif des Calanques, ses déchets industriels riches en arsenic, mercure, titane, chrome, vanadium et autres métaux lourds mélangés dans une soupe toxique fortement concentrée en soude…

Tout devait s’arrêter au 31 décembre 2015, Convention de Barcelone oblige, qui interdit désormais les rejets industriels dans la Mer Méditerranée. Mais c’était sans compter sur le laxisme des pouvoirs publics et l’imagination du Fonds d’investissement qui détient désormais l’usine d’alumine Alteo de Gardanne, créée en 1894 et longtemps aux mains de Péchiney. Grâce à la mise en place de filtres-presses largement financés par de généreuses subventions de l’Agence de l’Eau, les boues rouges, résidus de la fabrication de l’alumine, se sont transformées en un liquide presque aussi toxique mais nettement plus présentable.

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Du coup, le 30 décembre 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône signait un arrêté autorisant de manière dérogatoire et pour une durée de 6 ans la poursuite des déversements en mer de ces eaux industrielles fortement toxiques à raison d’un débit colossal de 270 m³/h, et ceci malgré les nombreuses alertes des scientifiques, des pêcheurs et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui s’inquiètent des dégâts de cette soupe caustique sur le milieu marin et la biodiversité du Parc national des Calanques.

La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, s’était pourtant clairement prononcée contre cette poursuite des rejets toxiques en mer, mais c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui a donné l’ordre au préfet de passer outre et d’accorder le précieux sésame à l’industriel, sur fond de chantage à l’emploi comme en 1966 lors de l’installation de la conduite de rejet. Mais les associations de défense de l’environnement, regroupées au sein du collectif Union Calanques Littoral, ne désarment pas et estiment que « la démocratie a été bafouée », rien de moins.

Henry Augier

Henry Augier

Son président, le professeur honoraire Henry Augier, ancien directeur du Laboratoire de biologie marine à l’université de Luminy et spécialiste des pollutions marines, dénonce dans un communiqué de l’UCL (TexteUCL) le fort pouvoir toxique des nombreux composants dangereux que contiennent ces rejets liquides dont curieusement l’effet n’a même pas fait l’objet d’études spécifiques puisque leur composition n’était pas connue précisément jusque là… Ses arguments le laissent pas d’inquiéter les nombreuses associations qui adhèrent à ce collectif et qui sont à l’origine d’une forte mobilisation autour de ce dossier. Plus de 100 000 personnes ont signé la pétition destinée à demander l’arrêt immédiat de ces rejets, même si cette opposition est bizarrement passée inaperçue des commissaires enquêteurs en charge de l’enquête publique qui s’est déroulée l’été dernier dans une grande discrétion.

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d'Alteo

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d’Alteo

Du coup, les opposants à ces rejets ont décidé de se manifester ouvertement en se rassemblant, samedi 30 janvier 2016, devant la Préfecture à Marseille. Ils étaient plus d’un millier ce jour-là à essayer de se faire entendre, accompagnés de quelques ténors dont José Bové qui ne décolère pas et juge inadmissible de laisser Alteo poursuivre pendant au moins 6 ans encore ces rejets en mer, en dérogation des engagements internationaux de la France et alors qu’un délai de 2 ans serait largement suffisant pour permettre à l’industriel de construire l’usine de traitement nécessaire pour épurer ces eaux et les réutiliser sur place.

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Il estime d’ailleurs que le fait que cette décision ait été imposée par le Premier Ministre malgré l’avis contraire de sa ministre de l’écologie pourtant en charge du dossier constitue une irrégularité majeure qui peut ouvrir la voie à un recours contentieux. Selon José Bové, « Valls est hors-la-loi » ! Un courrier a d’ores et déjà été adressée à Ségolène Royal pour dénoncer cette situation et les esprits s’échauffent en attendant. Avec Michèle Rivasi, le député européen écologiste envisage même de porter l’affaire devant la commission des pétitions du Parlement européen car la France pourrait être condamnée dans cette affaire pour violation d’une convention internationale.

Un dossier à tiroirs donc, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’agiter de vieilles querelles entre défenseurs de l’environnement et tenants du productivisme à tout crin…

L.V.  LutinVertPetit

Rejets d’Alteo : une potion amère pour Ségolène Royal…

30 décembre 2015
L'usine Alteo à Gardanne (photo P. Magnein - 20 minutes)

L’usine Alteo à Gardanne (photo P. Magnein – 20 minutes)

Après l’enquête publique qui s’était déroulée cet été et qui avait abouti à un avis favorable de la part des commissaires enquêteurs, le sort des rejets en mer de l’usine Alteo de Gardanne semblait scellé. Les associations de défense de l’environnement ont bien essayé de lancer une ultime campagne de mobilisation et le président des pêcheurs professionnels de La Ciotat, Gérard Carrodano, a bien tenté d’interpeller par courrier, dès le 9 novembre 2015, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, elle qui avait vivement réagi face à la décision surprenante du Parc national des Calanques et avait clairement exprimé son souhait d’un arrêt total des rejets industriels en mer, en plein coeur d’une aire marine protégée, conformément aux stipulations de la convention de Barcelone.

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Pour tous ceux qui se sont penchés un tant soit peu sur les arcanes de ce dossier, il semble en effet incontestable que la composition des effluents liquides que l’industriel se propose de continuer à déverser en mer après avoir filtré la phase solide qui constitue les boues rouges actuelles n’a rien de très ragoûtant. Chargés en soude mais aussi en fer, arsenic et métaux lourds divers, ces effluents dépassent allègrement les normes pour au moins 7 paramètres distincts, ce qui nécessitait donc une procédure dérogatoire pour continuer à autoriser la poursuite de ces déversements directs en mer, surtout en plein coeur d’un Parc national, dans un secteur à forts enjeux, non seulement du fait de sa richesse en biodiversité mais aussi du fait de sa forte fréquentation tant par les touristes, plaisanciers et plongeurs que par les pêcheurs traditionnels.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Mais l’économie a ses raisons que l’écologie ne connaît pas. Le 4 décembre dernier, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), présidé par le préfet de Région Stéphane Bouillon, a, à son tour, rendu un avis favorable pour la poursuite des rejets de ces effluents liquides en mer par 14 voix pour et seulement 2 contre. Le maire communiste de Gardanne, Roger Meï qui, selon La Marseillaise, assistait à la séance, s’est d’ailleurs dit soulagé de cette décision, de même qu’un grand nombre d’élus locaux, de la maire d’Aix-en-Provence Maryse Joissains au député ex-EELV François-Michel Lambert, tous engagés aux côtés du fonds de pension anglo-saxon propriétaire du site, avec en ligne de mire la sauvegarde des emplois concernés.

Extrait du courrier adressé le 30 novembre 2015 aux membres du CODERST par G. Carrodano

Extrait du courrier adressé le 30 novembre 2015 aux membres du CODERST par G. Carrodano

Pourtant, là encore, le premier Prud’homme de pêche de La Ciotat avait fait l’effort d’adresser un courrier aux membres du CODERST pour les alerter, photos à l’appui, de l’état de dégradation plus qu’inquiétant de la conduite qui court sur 7 km au large de Cassis pour permettre le déversement de ces rejets dans le canyon de la Cassidaigne déjà partiellement comblé par les boues rouges accumulées depuis 1963. Mais manifestement, ses arguments n’ont pas convaincu…

Invité à s’exprimer pendant 10 mn seulement en réunion de CODERST, en compagnie du professeur Henry Augier, président de l’Union Calanques Littoral, porte-parole des associations environnementales et universitaire spécialiste de pollution marine et de toxicologie, qui a souligné la dangerosité des produits contenus dans les effluents d’Alteo pour la flore et la faune marines ainsi que pour les consommateurs des produits de la mer, leur discours n’a pas suffi à contrebalancer les arguments économiques mis en avant par la délégation d’Alteo, ainsi que le rapporte Michel Mazzolini dans son blog très documenté sur le sujet.

Du coup, dès le 18 décembre 2015, comme le rapporte La Provence, le préfet Stéphane Bouillon, s’est dit favorable à accorder à l’industriel la dérogation tant attendue pour permettre de poursuivre ses rejets en mer au-delà de la date fatidique du 31 décembre. Il attendait pour cela un dernier avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT). Ce dernier, qui regroupe des représentants de l’État, des industriels, des syndicats et des associations de consommateurs et de défense de l’environnement, s’est réuni le 22 décembre et a également statué dans le même sens.

Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône (photo C. Sollier - La Provence)

Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône (photo C. Sollier – La Provence)

Selon les représentants de France Nature Environnement qui siègent au sein de cette commission, les discussions ont été assez longues et la décision finale préconise de réduire à 6 ans la période dérogatoire de rejets alors que le projet d’arrêté préfectoral avait fixé cette durée à 10 ans. La création d’une commission de suivi des sites de Gardanne et de Mange-Garri est par ailleurs préconisée, ainsi que la réalisation de bilans intermédiaires en 2017 et 2019. Une petite victoire donc pour les opposants et une pression supplémentaire pour l’industriel qui devra se montrer plus réactif qu’il ne l’a été au cours des 50 dernières années au cours desquelles il a clairement joué la montre sans trop se soucier des conséquences de ses déversements de boues rouges en mer ! La décision finale du CSPRT n’a d’ailleurs été prise qu’avec une majorité toute relative avec 16 voix pour et 7 contre pour 13 abstentions.

Toujours est-il que le préfet a annoncé sur la base de ces différents avis concordant, le 29 décembre 2015, sa décision d’accorder à Alteo cette autorisation de rejet pour une durée de 6 ans, ce qui suppose donc que ce dernier s’efforce d’ici fin 2021 de mettre au point des procédés de traitement plus efficaces pour réduire la nocivité des effluents ainsi déversés.

Ségolène Royal et Manuel Valls à l'Assemblée nationale (photo F. Guillot / AFP)

Ségolène Royal et Manuel Valls à l’Assemblée nationale (photo F. Guillot / AFP)

Une décision que la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a désapprouvé dès le lendemain, expliquant au passage que ce choix avait été dicté par le premier ministre lui-même et indiquant qu’elle-même n’avait pas changé d’avis sur le sujet, ainsi que le rapporte La Provence, considérant qu’il s’agit « d’une mauvaise décision essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi » et estimant « qu’il aurait fallu avoir le courage d’imposer à l’entreprise une mutation du site et une dépollution ». Pas de quoi émouvoir Manuel Valls dont les services ont fait aussitôt savoir que cela n’est « qu’un cas relativement classique de désaccord entre deux cabinets ministériels, ceux de l’économie et de l’écologie ». On se doutait en effet que, quoi qu’en disent les tenants du fameux et fumeux « développement durable » les deux approches ne sont pas si facilement conciliables qu’on veut bien le dire…

L.V.  LutinVertPetit

A la recherche de mécènes pour le Glacier Blanc

19 décembre 2015

Le mécénat d’entreprise s’est jusqu’à présent surtout distingué dans le domaine sportif où l’on s’est habitué depuis longtemps à voir fleurir les noms de marques commerciales sur les maillots des athlètes et dans les tribunes des stades. Verra t-on un jour cette pratique se développer pour investir d’autres champs comme la solidarité internationale où la protection de l’environnement ? De nombreuses initiatives ont été tentées dans ce sens mais avec un succès pour l’instant très relatif, surtout dans notre pays à forte tradition étatiste où ces domaines relèvent classiquement plutôt de l’engagement national via le financement d’organismes publics.

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Mais en ces temps où l’argent public se fait rare, certaines initiatives méritent d’être relayées ! Alors que le musée du Louvre lance des souscriptions citoyennes pour l’acquisition d’œuvres d’art, le Réseau régional des espaces naturels (RREN PACA) anime, quant à lui, une démarche visant à promouvoir le mécénat d’entreprises en faveur des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur : financer des projets visant à préserver la biodiversité dans des sites naturels d’exception, voilà un bel investissement fédérateur et valorisant pour une entreprise citoyenne soucieuse de son intégration sociale !

Blog259_PhMecenatCe réseau, créé en 1985 et animé par l’Agence régionale pour l’environnement et l’écodéveloppement (ARPE), regroupe 28 membres, tous gestionnaires d’espaces naturels en région PACA, parmi lesquels 4 parcs nationaux (ceux des Calanques, des Écrins, du Mercantour et de Port-Cros), 7 parcs naturels régionaux, 6 départements (gestionnaires de leurs espaces naturels sensibles), 2 conservatoires botaniques nationaux, mais aussi le Conservatoire du littoral ou la Réserve nationale de Camargue. La troisième rencontre Entreprises et Espaces naturels, consacrée à ce mécénat d’entreprises en faveur de la biodiversité, s’était d’ailleurs tenue en juin 2015 à Forcalquier, avec l’appui de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, afin de mobiliser les acteurs impliqués dans la démarche.

Une liste de 35 projets en recherche de mécènes est ainsi disponible sur le site de l’ARPE, à l’attention des entreprises désireuses de s’investir. Parmi ces projets, citons celui du Glacier Blanc, un site emblématique du Parc national des Écrins. Premier massif glaciaire français avec 120 km2 de glaciers (plus que le versant français du massif du Mont-Blanc), le massif des Écrins est menacé par le réchauffement climatique global et un programme de suivi a été mis en place en partenariat entre le Parc, l’IRSTEA (Institut national de la recherche en sciences et technologie de l’environnement et de l’agriculture) et un laboratoire universitaire de Grenoble, le LGGE (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement).Blog259_PhGlacier

Un bilan de masse est effectué chaque année depuis 2004 pour suivre l’évolution du volume de neige et de glace qui s’accumule chaque hiver puis fond en été tandis que le front glaciaire recule sous l’effet d’un réchauffement climatique inexorable. On constate ainsi que le Glacier Blanc a déjà perdu un quart de sa superficie en 30 ans et que son épaisseur a diminué de 9,30 m au cours des 12 dernières années ! Ces mesures systématiques et rigoureuses, effectuées selon un protocole très précis et sur plusieurs années, permettent d’accumuler des données très précieuses pour mieux comprendre les évolutions des écosystèmes montagnards en lien avec le changement climatique.

Car un glacier est un milieu en évolution permanente qui, outre sa valeur patrimoniale et paysagère, joue un rôle important comme réserve d’eau douce et comme source d’alimentation des cours d’eau. Suivre son évolution à long terme permet certes de disposer d’un bon indicateur naturel des changements climatiques globaux mais donne aussi de précieuses indications pour la gestion des ressources en eau, voire pour la prévention des risques naturels.

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

La formation de poches d’eau sous-glaciaires peut en effet être à l’origine de mouvements de terrain dévastateurs comme celui qu’ont connu en Haute-Savoie les communes de Saint-Gervais et Le Fayet en 1892, dévastées par une lave torrentielle de 800 000 m3 suite à la rupture d’une poche d’eau sous-glaciaire au niveau du glacier de la Tête-Rousse, à 3 200 m d’altitude, sur la voie normale d’accès au Mont-Blanc, faisant pas moins de 175 morts. En 2010, l’histoire a d’ailleurs failli se renouveler lorsque les glaciologues du CNRS de Grenoble se sont aperçus de l’existence d’une énorme poche d’eau de 60 000 m3 sous pression à l’intérieur de ce même glacier, menaçant cette fois plus de 3 000 personnes. Un système de pompage a alors été mis en place et actionné en 2010 puis à nouveau en 2011 afin de diminuer fortement le volume de cette eau emprisonnée sous la glace et réduire ainsi les risques de rupture soudaine.

Le sémaphore de Callelongue

Le sémaphore de Callelongue

L’enjeu de la surveillance de ces glaciers alpins en voie de disparition sous l’effet du changement climatique global dépasse donc le seul intérêt scientifique et mérite largement la mobilisation de l’ensemble de la société, y compris des entreprises mécènes dont la générosité est également sollicitée sur bien d’autres projets allant de la remise en état de zones humides jusqu’à la mise en valeur de patrimoines bâtis dont le sémaphore de Callelongue dans les Calanques, en passant par des actions d’éradication de plantes envahissantes. Espérons que les entreprises seront sensibles à ces arguments en cette période de vache maigre budgétaire et de crise économique…

L.V.  LutinVertPetit

Rejets d’Alteo à Cassis : la fuite en avant ?

8 novembre 2015
L'Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

L’Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

Le feuilleton des boues rouges de Gardanne, déchets issus de la transformation de la bauxite en alumine dans l’usine de Gardanne désormais baptisée Alteo et, depuis 2012, aux mains d’un fonds d’investissement américain, vient de connaître une nouvelle étape. Une première fois repoussée à la demande du ministère de l’écologie après avoir pourtant reçu un avis positif de la part du conseil d’administration du Parc National des Calanques, grâce aux nombreux élus locaux qui y siègent, l’enquête publique destinée à examiner la demande d’Alteo de prolonger de 30 ans le rejet en mer de ses effluents industriels toxiques a finalement eu lieu cet été et les commissaires enquêteurs viennent de rendre public, le 5 novembre 2015, leur rapport, désormais accessible sur le site de la Préfecture.Blog246_PhPanache

Comme en 1963 lorsque Péchiney avait eu la brillante idée de se débarrasser directement en mer, sans le moindre traitement préalable et au moyen d’une simple conduite gravitaire, de ses fameuses boues rouges, concentré de soude, de fer, d’arsenic, de métaux lourds (chrome, cadmium, mercure, plomb, aluminium, etc) et de quelques substances faiblement radioactives, les acteurs locaux, pêcheurs professionnels et défenseurs de l’environnement en tête, ne sont pas restés indifférents. Au total ce sont pas moins de 2300 avis qui ont été communiqués au long des 40 jours qu’a duré l’enquête publique qui s’est déroulé en parallèle dans 27 communes des Bouches-du-Rhône.

Plusieurs pétitions ont circulé cet été dont une pilotée directement par la municipalité de La Ciotat et qui a recueilli plus de 7 000 signatures. La réunion publique qui a été organisée à Gardanne le 11 septembre 2015 a attiré 370 personnes mais s’est de fait résumée à un dialogue de sourds entre défenseurs de la filière industrielle et protecteurs de l’environnement. Une autre réunion a été organisée le 23 septembre à Luminy par le mouvement Collectifs Littoral qui regroupe de nombreux citoyens et associations mobilisés pour la préservation de la frange littorale méditerranéenne et dont la pétition a recueilli près de 2000 signatures à ce jour.

Blog246_PhCana2Lors de cette réunion à Luminy a été présentée une vidéo remarquable réalisée par l’association Nox Diving qui réalise de superbes documents visuels subaquatiques. Dans cette vidéo, qui peut être visionnée sur le site de Collectif Littoral, on voir l’apnéiste Aldo Franco évoluer le long des deux canalisations de Péchiney posée par 15 m de fond à Port-Miou, à l’endroit où elles entament leur périple de plus de 7 km en mer. Les images mettent bien en évidence la vétusté de ces ouvrages installés en mer depuis maintenant 50 ans et qui commencent à être rongés par la corrosion. Une banderole avec un message militant a été posée au fond de la mer à proximité des canalisations pour attirer l’attention sur le risque majeur que font courir ces rejets toxiques sur la qualité des fonds marins.

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Mais les commissaires enquêteurs n’ont rien vu de tout cela et n’évoquent à aucun moment dans leur rapport l’existence de ces pétitions qui leur ont pourtant été remises en main propre. Ils se bornent à constater que l’industriel a bien suivi les procédures, a répondu avec beaucoup de bienveillance à toutes leurs interrogations et que les arguments en faveur du maintien de cette activité industrielle justifient largement de ne pas être trop regardant sur l’impact éventuel de ces rejets en mer, d’ailleurs largement méconnu puisque les investigations en cours n’ont pas encore livré leurs résultats.

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Leur rapport reprend sans sourciller les principales conclusions de l’expertise de l’IFREMER qui affirmait sans rire que, comme chacun sait, « l’arsenic n’est pas considéré comme une substance particulièrement toxique » et que par ailleurs « l’IFREMER ne dispose que de très peu de données sur l’arsenic dans le milieu marin et n’a pas de programme de recherche sur cette thématique ». Pour quelle raison irait-on en effet dépenser de l’argent public pour se préoccuper de ce genre de question alors qu’il est tellement plus simple de dire qu’on en sait rien et que du coup rien ne prouve que c’est toxique ?

De manière générale d’ailleurs, le rapport (RapportEnqueteAlteoT2) des commissaires enquêteurs est rempli de bon sens et sa lecture confirme que l’affaire a été confiée à de vrais professionnels chevronnés. Leur tâche en effet n’était pas simple, ne serait-ce que pour s’y retrouver parmi les 7000 pages des 17 classeurs qui constituaient le dossier mis à disposition du public, totalement indigestes et redondantes à souhait, destinées d’abord à décourager tout citoyen de bonne volonté d’y mettre son nez. Mais nos experts ont fait preuve d’un esprit de synthèse remarquable en tranchant le sujet sans le moindre état d’âme et en rendant leur verdict en moins de 20 pages.

Les effluents liquides qui vont être rejetés directement en mer, en plein cœur d’un Parc national, sont selon toute vraisemblance hautement toxiques pour le milieu marin alors que des solutions alternatives existent pour les traiter comme l’a suggéré la tierce expertise conduite par le BRGM ? Qu’à cela ne tienne, il suffit d’assortir l’avis favorable d’une simple recommandation suggérant à l’industriel de bien prendre en compte « toute amélioration susceptible de rendre le projet plus respectueux de l’environnement traversé ».

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Les inquiétudes qui portent sur l’état des 47 km de canalisation terrestre avec les risques inhérentes de fuites le long de son parcours (y compris dans la traversée de Carnoux-en-Provence, dont le maire n’a pourtant même pas vu la nécessité de rencontrer les commissaires enquêteurs !) ainsi que sur la dangerosité des émissions de poussières autour du site de stockage de Mange-Garri (où une étude épidémiologique vient d’être initiée), suscitent quand même quelques timides recommandations supplémentaires dans le rapport qui suggère qu’un peu de surveillance ne peut pas faire de mal…

Le dernier filtre-presse d'Alteo, subventionné à 50 % par l'Agence de l'Eau (photo S. Mercier / La Provence)

Le dernier filtre-presse d’Alteo, subventionné à 50 % par l’Agence de l’Eau (photo S. Mercier / La Provence)

En attendant la décision finale qui sera prise par le Préfet après consultation du CODERST mais dont l’issue ne fait désormais guère de doute, Alteo peut d’ores et déjà remercier les commissaires enquêteurs pour leur mansuétude et leur bienveillante compréhension des réalités économiques. La décision a d’ailleurs été fêtée comme il se doit et Alteo a invité dès le lendemain un panel d’élus, d’entrepreneurs et de journalistes, comme le relate La Provence, à venir visiter en grandes pompes son usine de Gardanne et ses fameux filtres-presse dont les deux derniers viennent tout juste d’être construits sur le site de Mange-Garri, grâce à une très généreuse subvention de 15 millions d’euros (la moitié du coût total) de la part de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Merci au passage à tous les généreux donateurs involontaires sachant que les trois-quart des redevances que perçoit l’Agence de l’Eau proviennent d’un prélèvement de 14 % sur les factures d’eau des particuliers…

L.V.  LutinVertPetit

Petit rappel : la conférence sur les rivières de Cassis approche…

6 octobre 2015

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien sur le mystère des rivières souterraines de Cassis se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, mardi 13 octobre 2015, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

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Un film sera présenté par l’association « Cassis, rivières mystérieuses » et la séance sera animée par le président de l’association Gérard Acquaviva, ainsi que l’ancien président Louis Potié et un plongeur ayant participé aux explorations des rivières depuis leur exsurgence en mer, probablement Marc Douchet.

Venez nombreux découvrir ce monde mystérieux et encore en exploration des rivières souterraines de Cassis. L’entrée est libre et gratuite.

Bientôt une conférence sur les rivières souterraines de Cassis

2 septembre 2015

Trois ans après la création du Parc national des Calanques et alors que se déroule l’enquête publique en vue d’une prolongation éventuelle des rejets d’effluents toxiques d’Altéo au large de Cassis, le Cercle Progressiste Carnussien organise sa prochaine conférence sur le thème des rivières souterraines mystérieuses qui parcourent le massif calcaire en profondeur et vont se déverser en mer.

Source sous-marine de Port-Miou en crue

Source sous-marine de Port-Miou en crue

C’est une association basée à Cassis et qui porte le nom charmant de « Cassis : la rivière mystérieuse » qui s’attache depuis des années à mieux connaître ces circulations d’eau souterraines à l’origine d’arrivées en mer d’eau douce. Deux sources sous-marines sont ainsi connues depuis plusieurs siècles au large de Cassis : l’une située au Bestouan, sous la villa Le Rastoin, et l’autre à Port-Miou.

Les premières études scientifiques datent de 1706 mais c’est surtout avec le développement des scaphandres autonomes que leur exploration a pu se réaliser, à partir de 1956 sous l’égide de l’Office français de recherches sous-marines. En 1964 est créé le Syndicat de recherches de Port-Miou (SRPM) qui imagine d’exploiter ces arrivées d’eau douce à des fins d’alimentation en eau potable. La SEM (Société des eaux de Marseille) et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) s’associent, avec l’aide notamment du bureau d’études Coyne et Bellier et des entreprises Solétanche et la Comex, afin de réaliser des barrages dans la galerie noyée de Port-Miou pour empêcher les remontées d’eau saline.

PhSpéléonauteCes travaux titanesques connaîtront de multiples vicissitudes et l’on s’apercevra au fil du temps que capter ces arrivées d’eaux douces en empêchant tout mélange avec les remontées d’eaux salées n’est pas si simple qu’il n’y paraît dans un massif calcaire karstifié en profondeur où les eaux circulent librement, parfois avec des débits colossaux… Pour s’y retrouver, il faut sans cesse repousser les limites de l’exploration qui se fait dans des conditions extrêmes de plongées souterraines particulièrement dangereuses.

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

A Port-Miou, la galerie principale a ainsi été reconnue sur plus de 2 km et on y a plongé dans un puits jusqu’à la profondeur de 178 m sous le niveau de la mer. Les spéléologues recherchent désormais des accès terrestres à la partie amont de la galerie et fondent leurs espoirs sur un gouffre déjà exploré jusqu’à une profondeur d’une quarantaine de mètres… Quant à l’émergence du Bestouan, plus de 4 km de galeries ont été explorées, à des profondeurs variant entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer. Le point le plus éloigné a été atteint en 1991 à 2 650 m de la grotte noyée, mais là aussi les explorations se poursuivent pour rechercher d’éventuels accès terrestres.

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C’est donc un véritable feuilleton riche en rebondissements que viendront évoquer prochainement à Carnoux Gérard Acquaviva, actuel président de l’association Cassis, la rivière mystérieuse, mais aussi Louis Potié, précédent président de l’association et ancien gérant de la SRPM, et Claude Touloumoudjan, plongeur réputé qui a participé activement aux explorations des galeries.

Leur intervention, qui sera accompagné d’un film retraçant cette épopée, aura lieu au Clos Blancheton (derrière la mairie de Carnoux, au bout de la rue Tony Garnier) mardi 13 octobre 2015 à 18h30. L’entrée est libre et gratuite comme pour toutes les conférences du Cercle : avis aux amateurs !

L.V.  LutinVertPetit

Enquête publique sur les rejets d’Alteo : c’est le moment de s’exprimer !

27 août 2015

Depuis le 17 août 2015, l’enquête publique est ouverte qui va permettre de recueillir les avis du public avant que ne soit prise la décision d’accorder ou non à Alteo, exploitant actuel de l’ancienne usine Péchiney d’alumine basée à Gardanne, le droit de rejeter, en plein cœur marin du Parc national des Calanques, et ceci pendant encore 30 ans, plusieurs millions de m3 chaque année d’effluents liquides non traités, dont personne ne connaît bien la composition (pas même l’exploitant !), mais dont on sait seulement qu’ils sont particulièrement riches en soude, fer, aluminium, mercure, titane, chrome, cadmium, arsenic, et autres bagatelles.

Blog221_PhBombardJusqu’à présent, le dossier ne semblait guère mobiliser les foules. On était loin de l’agitation créée dans les années 1960, à l’instigation d’Alain Bombard, Paul Ricard et Emmanuel Agostini, alors maire de Cassis, au moment où Péchiney venait d’avoir l’idée lumineuse d’expédier directement en mer, via une simple canalisation, la totalité des boues rouges, résidus du traitement de son usine d’alumine et qu’il ne savait plus où stocker à terre.

Alors que le décret préfectoral de 1996, pris en application de la fameuse convention de Barcelone, prévoyait pour fin 2015 l’arrêt total des rejets en mer de déchets toxiques issus de l’usine de Gardanne, voilà en effet qu’Alteo, actuel propriétaire du site demande benoîtement, à quelques mois de l’échéance, une nouvelle dérogation pour poursuivre ses rejets pendant encore au moins 30 ans. Bien sûr, une partie des boues sera à l’avenir extraite avant rejet (même si le dernier des filtres-presses prévu à cet effet est toujours en construction…), mais les effluents liquides gardent vraisemblablement une très haute toxicité pour le milieu marin, même si l’on manque manifestement de certitudes en la matière.

 

Construction d'un filtre-presse sur le  site de Mange-Garri à Gardanne (photo Alteo)

Construction d’un filtre-presse sur le site de Mange-Garri à Gardanne (photo Alteo)

De ce point de vue, la masse des documents qui sont offerts à la curiosité du public désireux de se forger un avis sur le dossier est proprement effarante :

Les dossiers soumis à consultation du public : bonne lecture !

Les dossiers soumis à consultation du public : bonne lecture !

ce sont plusieurs dizaines de classeurs épais qui sont amassés sur le bureau du commissaire enquêteur dans chacune des 27 communes concernées, comme si l’on cherchait à faire croire que tout avait été parfaitement étudié et était totalement sous contrôle… Or, ces études se résument en réalité à trois expertises indépendantes réclamées par le ministère de l’écologie, suite aux doutes soulevés par Ségolène Royal en personne.

Blog221_PhBRGML’expertise de l’IFREMER n’apporte guère d’éléments supplémentaires par rapport aux suivis scientifiques déjà rapportés par Alteo. Celle du BRGM, dont le rapport (RapportBRGM2014) est désormais public, s’attache uniquement à vérifier si les affirmations d’Alteo, selon lesquelles il n’existe aucune autre possibilité que de rejeter directement en mer ces effluents sans traitement, est bien fondée. Son point de vue est en réalité beaucoup plus nuancé que ne l’affirme Alteo. Il confirme certes que la solution proposée par Alteo est la seule à même de garantir la continuité de production du site au delà de fin 2015, ce qui n’est pas étonnant vu comme l’industriel a joué la montre jusque là : ce n’est évidemment pas en quelques mois qu’il va mettre au point une solution alternative adaptée après avoir ignoré le problème pendant des décennies !

Mais le BRGM confirme que des solutions sont possibles et même économiquement viables. Elles consistent à traiter les effluents résiduels par un procédé combiné (neutralisation à l’acide puis filtration après décantation), mais ceci suppose une phase préalable expérimentale pour rendre le procédé parfaitement opérationnel. La logique voudrait donc qu’Alteo s’engage sans tarder dans cette voie et que la dérogation demandée ne lui soit accordée que pour une courte période transitoire en attendant…

Schéma de principe d'une des solutions de traitement proposé par le BRGM

Schéma de principe d’une des solutions de traitement proposé par le BRGM

Quant aux investigations lancées par l’ANSES pour évaluer les répercussions des rejets sur la santé humaine via les produits de la pêche, ses conclusions remettent très largement en cause les affirmations rassurantes colportées par Alteo, au point de justifier de nouvelles campagnes de pêche suivi d’analyses afin d’y voir plus clair. Les prélèvements ont bien été faits, mais les résultats ne sont pas encore connus : il est donc demandé de se prononcer en toute confiance, sans connaître l’impact véritable de ces rejets sur le milieu naturel ni sur la chaîne alimentaire…

Tract diffusé par Collectifs littoral

Tract diffusé par Collectifs littoral

Face à un tel contexte et alors que la société Alteo, aux mains d’un fonds d’investissement américain peu soucieux de faire de gros investissements sur un site dont les jours sont probablement comptés, se contente de jouer la carte classique du chantage à l’emploi, il n’est pas étonnant que la mobilisation s’organise peu à peu. Une première pétition a été initiée par un groupe d’association environnementales. Une seconde a été lancée par la ville de La Ciotat, qui a déjà recueilli près de 4000 signatures. Une troisième (au moins) circule à l’initiative d’un collectif d’associations locales, regroupées sous le nom de Collectifs littoral.

Permanence du commissaire enquêteur à Carnoux le 27 août 2015

Permanence du commissaire enquêteur à Carnoux le 27 août 2015

Pourtant, un passage à la mairie de Carnoux où se tenait ce matin la première permanence du commissaire enquêteur oblige à constater que la mobilisation sur le sujet reste modeste. Comme l’information sur la tenue de ces permanences est particulièrement discrète à Carnoux, rappelons que la prochaine aura lieu le mercredi 16 septembre de 14h à 17h en mairie et qu’une réunion publique sur le dossier sera organisée à Gardanne le vendredi 11 septembre à 18h30 : il est donc encore temps de s’informer et de se prononcer !

L.V.  LutinVertPetit

Rejets en mer des effluents d’Alteo : l’enquête est ouverte !

23 août 2015
Usine d'alumine Alteo à Gardanne

Usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans le Parc national des Calanques, le feuilleton des rejets en pleine mer des déchets d’exploitation de l‘usine d’alumine Alteo (ex Péchiney) basée à Gardanne se poursuit… Nous avons déjà évoqué ici comment cette usine, qui produit depuis 1894 de l’alumine à partir de bauxite (initialement extraite en Provence et désormais importée de Guinée), rejette dans la baie de Cassis depuis maintenant 50 ans ses déchets d’exploitation, les fameuses boues rouges, un cocktail peu ragoûtant fortement concentré en soude, et riche en fer bien sûr (qui lui donne cette belle coloration éclatante), mais aussi en aluminium, titane, chrome, cadmium, mercure, arsenic, etc.

Jusqu’à présent, ces boues rouges sont directement déversées en mer sans le moindre traitement, par l’intermédiaire d’une immense conduite de 47 km (dont 33 km en souterrain) qui court de Gardanne jusqu’à la calanque de Port-Miou à Cassis en traversant la commune de Carnoux. Les déchets se déversent ensuite dans un puits et sont alors conduits au large par une autre conduite de 7 km posée au fond de la mer jusqu’au canyon de la Cassidaigne où ils sont tout simplement rejetés dans l’eau, à 320 de profondeur, en plein cœur marin du Parc national des Calanques.

Emprise observée des dépôts de boues rouges en mer selon Alteo (en vert : limite des périmètres des parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros)

Emprise observée des dépôts de boues rouges en mer selon Alteo (en vert : limite des périmètres des parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros)

Depuis 1966, date de mise en service de la canalisation, personne ne sait exactement quelle quantité de boues rouges ont ainsi été déversées en pleine mer, dans ce canyon qui est considéré comme une des deux zones de la façade méditerranéenne française les plus riches en matière de biodiversité marine. Si l’on en croit les chiffres diffusés par l’industriel, les flux annuels de rejets approchaient les 900 000 t de résidu solide dans les années 1970 et ce sont au minimum 20 à 30 millions de tonnes de matériaux pollués qui ont ainsi été déversés au fond de la mer. Cette masse énorme de sédiments instables s’est étalée et on la retrouve désormais jusqu’au large de Fos-sur-Mer à l’ouest, en face de Hyères à l’est. Les jours de mistral, les sédiments remontent en surface et on les retrouve en suspension à faible profondeur, ce qui contribue à leur dispersion. Les pêcheurs de Cassis quant à eux constatent que la profondeur à laquelle leurs filets raclent les boues rouges est de plus en plus faible, ce qui confirme que la fosse abyssale se remplit…

Quantité de boues rouges rejetées annuellement en mer depuis 1966 selon Alteo (fraction solide)

Quantité de boues rouges rejetées annuellement en mer depuis 1966 selon Alteo (fraction solide)

Soumis à un contrôle de plus en plus strict de la part des services de l’État avec la mise en place d’un comité scientifique de suivi à partir de 1997, ces volumes de rejet ont peu à peu diminué et sont passés pour la première fois en 2004 sous la barre des 300 000 t/an après avoir flirté plusieurs années de suite au dessus des seuils autorisés qui avaient progressivement été abaissés. Actuellement, le flux maximum des rejets est estimé par Altéo à 270 m3/h, ce qui représente un flux annuel moyen de l’ordre de 1,5 millions de m3 rejeté en mer. La concentration du matériau étant évaluée à 120 mg/l, cela représente donc 180 000 t de résidu solide déversé annuellement, à peine moins que le seuil désormais autorisé.

Il faut dire que la France a ratifié en 1978 la convention de Barcelone destinée à protéger la mer Méditerranée contre les pollutions de toutes sortes. En application de cet engagement international, un arrêté préfectoral a été pris le 1er juillet 1996 au terme duquel il est imposé à Péchiney (alors exploitant du site) l’arrêt total des rejets de boues rouges en mer au delà du 31 décembre 2015.

Filtre-presse installé sur le site de l'usine Alteo à Gardanne

Filtre-presse installé sur le site de l’usine Alteo à Gardanne

Depuis, l’industriel joue la montre. Il a fallu attendre 2007 pour que le site s’équipe d’un premier filtre-presse permettant de déshydrater partiellement les boues rouges pour les transformer en une matière potentiellement valorisable sous le nom commercial de Bauxaline. En 2012, selon Le Monde, le député local a même fait passer un amendement spécifique pour consentir à l’industriel une ristourne substantielle sur sa redevance pour rejet d’eau polluée dans le milieu naturel, lui permettant ainsi d’économiser plus de 10 millions d’euros sur sa facture 2014. Malgré le manque à gagner ainsi consenti par la collectivité, l’Agence de l’Eau, toujours bon prince vis-à-vis des plus gros pollueurs, a même ajouté une aide supplémentaire de 15 millions d’euros pour aider Alteo à s’équiper de deux filtres-presses supplémentaires. Le troisième de ces filtres-presses, prévu sur le site de stockage de Mange-Garri, n’est pourtant toujours pas opérationnel, à quelques mois seulement de l’échéance fixée il y a plus de 20 ans, et l’industriel reconnaît n’avoir même pas de budget dédié à la recherche pour tenter de trouver des débouchés à sa Bauxaline, ce qui est révélateur !

Quelle stratégie alors pour la gestion de ces volumes énormes de déchets après 2015 ? Pour Alteo, les choses sont simples : après étude des différentes alternatives possibles, la meilleure solution est aussi la plus économique et elle consiste à rejeter à la mer la totalité de ses eaux polluées après en avoir extrait grâce à ses filtres-presses la majeure partie des résidus solides en espérant pouvoir un jour les valoriser. La concentration des eaux de rejets serait ainsi ramenée à 35 mg/l au lieu des 120 g/l actuels, mais les volumes annuels resteraient comparables. Des traitements complémentaires de ces eaux polluées pour les rendre conformes aux normes environnementales avant rejet en milieu naturel seraient envisageables, mais l’industriel considère que ce serait un surcoût inutile : pourquoi payer pour épurer cette eau alors qu’on peut la rejeter directement en mer en l’état, sans que personne n’y trouve à redire ?

Le seul hic de cette méthode, désarmante de simplicité, est que l’eau rejetée reste un déchet industriel. Il respecte certes la teneur maximale autorisée pour les matières en suspension, mais il déroge aux normes environnementales pour plusieurs paramètres dont le pH (à cause de la concentration énorme en soude résiduelle) mais aussi certains métaux dont le fer, l’aluminium et l’arsenic, excusez du peu !

Formation d'hydrotalcite en mer (extrait de l'étude d'impact Alteo)

Formation d’hydrotalcite en mer (extrait de l’étude d’impact Alteo)

Aux yeux de l’industriel, tout ceci n’est pas très grave car la mer est vaste ce qui permet d’équilibre la teneur en soude par dilution et que, justement, en présence d’eau de mer, son effluent liquide forme un précipité stable d’hydrotalcite jugé relativement inerte qui se dépose au fond en emprisonnant tous les métaux lourds considérés comme indésirables. La nature est vraiment bien faite et il serait déraisonnable de se priver de son concours en engageant des frais inconsidérés de traitement de ces eaux industrielles avant rejet en mer.

Circulez, il n’y a rien à voir. D’ailleurs, comme cela avait déjà été évoqué ici, le conseil d’administration du Parc national des Calanques, a déjà donné son feu vert en septembre 2014 pour qu’Alteo puisse poursuivre ainsi pendant au moins 30 ans ses rejets en mer via les installations existantes. Certes, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a bien toussé un peu en apprenant la nouvelle et elle a confié au BRGM, à l’IFREMER et à l’ANSES des investigations complémentaires pour essayer d’en savoir davantage.

Du coup, l’enquête publique qui aurait dû être lancée en avril a été annulée en catastrophe par le Préfet, le temps que les esprits se calment, que la torpeur estivale s’installe et qu’Alteo adapte sa stratégie de communication. Et voilà donc que la fameuse enquête publique est relancée, par un nouvel arrêté préfectoral pris le 15 juillet, pour une durée de 40 jours à partir du 17 août, jusqu’au 25 septembre donc.

Blog184_PhPanneauCette enquête qui est désormais en cours concerne 27 communes dont celle de Carnoux où le commissaire enquêteur a prévu de tenir deux permanence le jeudi 27 août matin et le mercredi 16 septembre après-midi. Ne cherchez-pas l’avis officiel annonçant cette enquête publique sur la commune, sauf si vous avez un goût particulier pour les jeux de piste : comme l’arrêté annulant la précédente enquête, il a été soigneusement dissimulé sur le support d’un panneau publicitaire à un endroit où normalement personne n’est en mesure de le repérer. Même le site officiel de la commune ne l’évoque pas…

L’enjeu est pourtant de taille et plusieurs associations de protection de l’environnement viennent de lancer une pétition pour protester contre ces méthodes quelque peu cavalières… Reste à voir si leurs craintes trouveront un écho auprès de la population et si les habitants de Carnoux, Cassis et La Ciotat, les premiers concernés, feront ou non l’effort de consulter les documents accessibles sur le site de la Préfecture et d’émettre un avis sur ce sujet qui touche à notre environnement proche. C’est le principe des enquêtes publiques : ceux qui s’expriment ne sont pas toujours sûrs d’être entendus mais qui ne dit mot consent !

L.V.  LutinVertPetit

Rejet des boues rouges à Cassis : entre chantage et séduction…

14 juillet 2015

C’est le préfet Michel Cadot qui l’a annoncé le 3 juillet dernier aux journalistes de La Provence : la fameuse enquête publique destinée à permettre le prolongement des rejets en mer des résidus de fabrication de l’alumine par l’usine Alteo de Gardanne, va finalement avoir lieu cet été. Elle se déroulera du 17 août au 25 septembre, en pleine période estivale, dans 27 communes dont celle de Carnoux-en-Provence. Parions qu’elle ne devrait pas susciter une grande mobilisation alors qu’est toujours affiché sur notre commune, et dans la plus grande discrétion, l’avis indiquant que l’enquête initialement prévue a été annulée. Rares sont ceux qui comprennent encore quelque chose à ce feuilleton abracadabrantesque !

Blog206_PhGardanneAncienneQuelques rappels donc pour bien saisir toute la saveur de ce nouveau rebondissement… Et tout d’abord, qui est ce fameux Alteo qui détient désormais l’usine d’alumine de Gardanne, laquelle a été construite en 1893 comme nous l’avions rappelé ici ? Longtemps propriété de Péchiney, l’activité locale de fabrication d’alumine a été ensuite rachetée successivement par Alcan puis Rio Tinto (un groupe minier anglo-australien) et finalement, depuis le 1er août 2012, par le fonds d’investissement HIG European Capital Partners, qui a donc regroupé sous ce nom d’Alteo, plusieurs sites de production d’alumine (dont deux autres usines en France), l’alumine étant un produit à haute valeur ajouté issu de la transformation de la bauxite et destiné notamment à la fabrication de céramiques, matériaux réfractaires, abrasifs et verres spéciaux pour les smartphones et téléviseurs plats. Un nouvel exemple en tout cas du démantèlement en cours par des fonds d’investissement anglo-saxons de fleurons historiques de notre industrie nationale.

Vue aérienne du site Alteo à Gardanne

Vue aérienne du site Alteo à Gardanne

Le procédé Bayer de fabrication d’alumine calcinée à partir du minerai de bauxite est grosso modo toujours le même depuis la fin du XIXème siècle, lorsqu’il a été mis en œuvre pour la première fois sur ce site de Gardanne, même si le minerai utilisé ne vient plus des mines varoises mais est désormais importé par bateau depuis la Guinée, à raison de 300 000 tonnes par an qui transitent par le port de Marseille.

Les résidus de traitement, les fameuses boues rouges, riches en métaux lourds et très alcalines mais aussi (selon une étude de la CRIIRAD) faiblement radioactives sur fait de la présence d’uranium et de thorium, ont été longtemps stockées sur différents sites puis, à partir de 1966, purement et simplement rejetées en mer via une canalisation de 47 km qui débouche dans le canyon de la Cassidaigne au large de Cassis.

Blog206_PhBauxalineOr la convention de Barcelone impose l’arrêt de ces déversements en milieu marin (a fortiori dans un Parc national !) au plus tard le 31 décembre 2015. Ces résidus sont désormais partiellement transformés en bauxaline grâce à des filtres-presses et stockés sur le site de Mange-Gari, dont les défauts de sécurisation et les fuites ont déjà été évoqués ici. Mais cette valorisation partielle des résidus se traduit par la production de quantités importantes d’effluents liquides qu’il faut évacuer. C’est pourquoi Alteo a demandé en mai 2014 une nouvelle autorisation pour rejeter en mer des résidus liquides qui dépassent allègrement les seuils admis, tandis que la société Aluminium Péchiney, toujours propriétaire de la fameuse canalisation, sollicitait pour sa part le renouvellement de la concession d’utilisation du domaine public maritime pour ses activités de rejet. De ce côté, les décisions contradictoires se succèdent et il devient difficile d’y voir clair.

Blog206_PhCalanquesEn septembre 2014, comme nous l’avions déjà évoqué ici, c’est le conseil d’administration du Parc national des Calanques qui, contre toute attente, donnait un avis favorable pour prolonger de 30 ans les rejets en mer via l’émissaire de la Cassidaigne, en plein cœur marin du Parc. Mais les réactions offusquées de la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, avaient obligé Didier Réault, président du Parc des Calanques, à calmer un peu ses ardeurs. Des études complémentaires commandées au BRGM et à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avaient en effet mis en évidence que ces rejets pouvaient avoir un impact négatif sur la santé humaine du fait des contaminations possibles de certaines espèces pêchées.

C’est la raison pour laquelle l’enquête publique prévue à partir du 20 avril 2015 a dû être reportée malgré les protestations énergiques d’Alteo, relayées par plusieurs élus locaux qui se lamentent sur le risque de délocalisation des 400 employés du site de Gardanne. Une nouvelle campagne de prélèvement a donc été réalisée par l’IFREMER pour essayer de mieux caractériser l’impact potentiel de ces effluents sur la faune marine et c’est sur cette base que l’enquête publique va être relancée, sans qu’on en sache bien davantage sur la réalité de cet impact environnemental.

Force est en tout cas de constater que l’industriel est sorti de sa réserve et vient de changer de stratégie de communication. Ayant constaté que l’intimidation et le chantage à l’emploi n’avaient manifestement pas suffi à lever toutes les réticences, ils viennent de se livrer à une véritable offensive de charme auprès des journalistes de La Provence qui s’est plié très complaisamment à l’exercice en publiant 2 pages entières à la louange du site dans son édition du 9 juillet 2015.

Un extrait de La Provence du 9 juillet 2015

Un extrait de La Provence du 9 juillet 2015

On y apprend ainsi que les dirigeants d’Alteo avaient déjà tenté de convaincre Ségolène Royal en octobre dernier en lui apportant un échantillon des fameux effluents qu’ils souhaitent rejeter en mer, histoire de persuader la ministre de leur parfaite innocuité. Mais cette dernière ne s’est pas démontée et leur a proposé de boire la fiole en question : le PDG d’Alteo n’ayant pas osé s’y résoudre, cela limite quelque peu la force de son argumentation… Il faut dire que, même en faisant abstraction de tous les métaux lourds qu’ils contiennent, la teneur en soude de ces effluents ne les rend guère appétissants !

Michel Cadot, ex-préfet des Bouches-du-Rhône

Michel Cadot, ex-préfet des Bouches-du-Rhône

L’enquête publique qui débutera en août et qui prévoit une réunion publique sur Gardanne risque d’être déterminante pour l’avenir de ce dossier où coups bas et arrières pensées de toute sorte ne manqueront certainement pas, surtout dans le contexte politique actuel qui a vu l’invalidation des dernières élections municipales à Gardanne avec un deuxième tour qui s’annonce plutôt serré selon La Provence ! C’est finalement le préfet qui tranchera, au vu du rapport de la commission d’enquête publique et après avis du CODERST (Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques) et du CSPRT (Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques). On ne peut que lui souhaiter bon courage car la décision risque d’être difficile à prendre, d’autant que le préfet en question ne sera pas Michel Cadot, qui vient d’être nommé préfet de police à Paris ce 8 juillet, mais son successeur : un beau cadeau empoisonné en perspective…

L.V. LutinVertPetit

Boues rouges de Gardanne : le retour !

28 mars 2015

Déjà largement évoqué sur ce blog, le dossier des résidus de traitement de la bauxite, les fameuses boues rouges qui continuent d’être produites en quantité par l’usine Alteo de Gardanne, n’en finit pas de faire parler de lui. On se souvient de la décision surprenante prise le 8 septembre dernier à Cassis par le conseil d’administration du Parc national des Calanques, autorisant Alteo à poursuivre pendant encore 30 ans ses rejets en mer sous forme d’effluents liquides alors que l’application de la Convention de Barcelone conduisait à stopper définitivement ces rejets au 31 décembre 2015.

On se souvient aussi que la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, avait annoncé quelques jours plus tard, le 19 septembre 2014, qu’elle s’opposait à cette décision et qu’elle confiait à l’un de ses établissements publics (le BRGM, service géologique national) une expertise indépendante pour évaluer l’impact de ces effluents riches en soude, arsenic et métaux lourds sur les fonds marins du Parc national des Calanques.

Répartition des taux de titane au large de Cassis

Répartition des taux de titane au large de Cassis

A la différence des boues épaisses déversées depuis 1966 au large de Cassis et qui se déposent à 320 m de profondeur dans le canyon de la Cassidaigne, ces effluents liquides issus notamment de la valorisation des résidus d’exploitation via les fameux filtre-presse en cours d’installation grâce à de plantureuses subventions de l’Agence de l’Eau, selon la formule classique du « pollueur-payé », pourraient en effet s’avérer beaucoup plus dommageables pour le milieu naturel en se dispersant au gré des courants du fait de leur plus faible densité. Deux autres expertises ont été commandées simultanément par le ministère pour y voir plus clair, l’une auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et l’autre auprès de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer).

Le site de stockage des boues rouges à Mange-Garri (XDR La Marseillaise)

Le site de stockage des boues rouges à Mange-Garri (XDR La Marseillaise)

Le rapport du BRGM devait être remis deux mois plus tard et tout indique qu’il a bien été rendu dans les délais puisque l’industriel Alteo reconnait l’avoir en main, même si le ministère de l’écologie refuse jusqu’à présent de le rendre public malgré les demandes pressantes de plusieurs associations de défense de l’environnement. Dans le même temps, la procédure enclenchée par la décision du Parc national des Calanques se poursuit puisque cette décision est conforme à l’avis de l’autorité environnementale émis par la DREAL PACA (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) le 1er août 2014.

Elle se traduit par une enquête publique qui doit s’ouvrit prochainement, fin avril 2015, le commissaire enquêteur étant déjà nommé en la personne de Serges Solages, ancien directeur du BRGM à Marseille (on reste en famille…). L’étude d’impact sur laquelle se base cet avis concerne les deux volets du dossier, d’une part l’autorisation de rejets en mer d’effluents en dérogation avec les seuils autorisés pour plusieurs paramètres (pH, teneurs en fer, arsenic et aluminium en particulier) et d’autre part la poursuite de l’autorisation d’occupation temporaire du domaine public maritime pour la canalisation de 7 km qui sert à ces rejets (et qui appartient toujours à Péchiney).

Le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (photo S. Mercier parue dans La Provence du 21 février 2015)

Le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (photo S. Mercier parue dans La Provence du 21 février 2015)

Dans cet avis, les principales réserves de la DREAL concernent finalement les taux d’émission de poussières sur le site même de l’usine et à proximité du bassin de décantation de Mange-Garri, sur la commune de Bouc-Bel-Air, où seront installés deux des filtres-presses. Il faut dire que ce vaste espace de stockage à l’air libre qui s’étend sur 23 ha en zone classée « naturelle », n’est pas spécialement sécurisé. Il n’a pas encore occasionné de véritable catastrophe comme cela a pu être observé en 2010 et a failli l’être en 2013 sur des sites comparables en Hongrie, mais les riverains commencent à s’inquiéter sérieusement pour leur santé, surtout après la fuite constatée début 2015.

Coulée de boues rouges toxiques en Hongrie (octobre 2010)

Coulée de boues rouges toxiques en Hongrie (octobre 2010)

Une résurgence d’eau polluée a en effet été observée fin janvier en aval du site, obligeant le maire de Bouc-Bel-Air à prendre un arrêté municipal interdisant aux riverains l’utilisation de leurs puits et forages, et confiant au bureau d’étude ANTEA une analyse pour déceler l’origine et l’impact de cette fuite. Cette étude a bien confirmé le lien avec les bassins de décantation de Mange-Garri qui ne sont donc pas étanches et des travaux ont dû être réalisés en urgence par Alteo pour drainer ces fuites intempestives sans qu’on sache trop bien quel est l’impact de ces pollutions sur la nappe souterraine…

L. V. PetitLutinVert

Exploration pétrolière au large des calanques : embrouille en perspective…

4 février 2015

En France comme partout dans le monde, environnement et prospection pétrolière font rarement bon ménage. On se souvient de la mésaventure de la sénatrice de Seine-et-Marne, Nicole Bricq : nommée le 16 mai 2012 ministre de l’écologie et de l’énergie, elle suspend le 13 juin les permis d’exploration d’hydrocarbure au large de la Guyane et moins d’une semaine plus tard elle est démise de ses fonctions ! Espérons que Ségolène Royale ne subira pas le même sort, elle qui se retrouve avec sur les bras un autre dossier tout aussi explosif à gérer et qui cette fois concerne notre environnement immédiat comme l’a évoqué La Provence dans son édition du 30 janvier 2015.

Navire de forage utilisé au large de la Guyane

Navire de forage utilisé au large de la Guyane

Pour essayer d’y voir un peu clair dans ce dossier complexe, un petit retour en arrière s’impose. Il faut pour cela remonter jusqu’au 31 août 2000, date à laquelle la société britannique TGS-NOPEK obtient une autorisation de prospection préalable en Méditerranée pour la recherche de pétrole et de gaz. La piste s’avérant prometteuse, elle obtient le 29 octobre 2002 un permis exclusif de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux, dénommé « Rhône maritime », portant sur une superficie de 25 000 km2 et délivré pour une période de 3 ans.

En juillet 2005, la société titulaire du permis fait une première demande de prolongation de ce permis pour une période de 5 ans, sur une superficie réduite de moitié par rapport au périmètre initial, et demande son transfert à une autre société, Melrose Mediterranean Limited (MML), dont le siège est à Edimbourg. Ceci lui est accordé par un arrêté en date du 11 octobre 2006, qui prolonge la durée du permis d’exploration jusqu’au 19 novembre 2010.

Emplacement du permis d'explorer (carte publiée dans Les Echos le 26 janvier 2012)

Emplacement du permis d’explorer (carte publiée dans Les Echos le 26 janvier 2012)

En juillet 2010, la société MML prend les devants et adresse au ministère de l’écologie une seconde demande de prolongation pour une nouvelle durée de 5 ans, comme le Code minier le prévoit expressément sans nouvelle mise en concurrence, à condition de justifier de réels investissements de recherche. Cette fois encore, le périmètre est réduit et porte désormais sur une surface de 9 375 km2, s’étendant au large des Bouches-du-Rhône et du Var. L’objectif est alors de poursuivre l’exploration par une campagne de prospection sismique 2D jusqu’en février 2011 puis d’affiner les recherche par de la sismique 3D sur un périmètre plus restreint de 500 km2 et de lancer alors un premier forage exploratoire avant de demander le transfert du permis à la société texane Noble Energy France. A l’époque, plusieurs autres permis d’explorer ont été accordés pour la recherche de gaz de schiste en Ardèche et certains imaginent déjà une relance de l’industrie pétrochimique de l’étang de Berre grâce à une exploitation off shore en Méditerranée à faible distance des côtes

Accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010

Accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010

Mais là, les choses se corsent. Car entre temps le paysage a changé. D’abord, l’opinion publique a été marquée par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, dans le golfe du Mexique, provoquant la pire catastrophe écologique qu’aient connue les États-Unis. Ensuite, le 20 juin 2010, Guy Tessier présente au ministre de l’écologie d’alors, Jean-Louis Borloo, le projet de parc national des calanques qui vient de ressortir des cartons. Difficile dans ces conditions d’accorder un permis d’exploration à quelques encablures du futur parc national…

Melrose obtiendra pourtant une autorisation préfectorale pour procéder à des campagnes d’investigation géophysique. En 2011, plusieurs élus locaux s’inquiètent de ce projet qui se traduirait par la réalisation d’un premier puits d’exploration à 2 500 m de profondeur, au risque de créer des dégâts sur la richesse des fonds sous-marins que le parc national des calanques, alors en gestation, vise justement à préserver, ceci dans une zone par ailleurs soumise à risque sismique, en bordure du parc national de Port-Cros et de la zone Pelagos de protection des cétacés de Méditerranée.

Dauphin dans le sanctuaire de Pelagos

Dauphin dans le sanctuaire de Pelagos

En 2012, le sujet s’invite dans la campagne présidentielle et le candidat Nicolas Sarkozy affirme lors d’un meeting électoral, quelques jours avant l’inauguration du parc national des calanques, qu’il « n’accepta pas de forage pétrolier devant les calanques, parce que la Méditerranée c’est le cœur de notre identité », alors que dans le même temps sa nouvelle ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, joue la montre en s’abstenant de répondre à la demande de prolongation formulée par MML… En juin 2012, c’est Delphine Batho qui reprend le dossier et qui confirme officiellement l’opposition du gouvernement à la prolongation du permis d’explorer.

Son argumentation juridique pour rejeter cette demande ne manque pas d’habileté comme l’explique sur son blog le spécialiste en droit de l’environnement Sébastien Mabille. Elle s’appuie sur la loi du 15 avril 2003 qui a créé une « zone de protection écologique », instituée pour lutter contre les dégazages sauvages de pétroliers indélicats et qui est devenue effective au 11 janvier 2004. Dans cette zone, les activités sont restreintes et l’État français considère que la recherche minière n’en fait pas partie, ainsi qu’il l’a précisé par voie d’ordonnance en date du 20 janvier 2011. Le permis initial étant considéré comme illicite, il n’a pas à être prolongé : « circulez, il n’y a rien à voir… ».

Accident de Deepwater Horizon

Accident de Deepwater Horizon

Mais la société Melrose, qui depuis a été rachetée par Petroceltic dont le siège est en Irlande, ne l’entend pas de cette oreille et attaque la décision par une requête en annulation déposée le 10 août 2012 devant le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Et là, patatras, le bel édifice juridique s’effondre ! Le 20 février 2014, le juge des référés donne tort à l’État en estimant qu’il existe un sérieux doute sur la légalité de sa décision. Il faut dire que le projet de loi de ratification de l’ordonnance du 20 janvier 2011 qui modifiait fort opportunément le Code minier n’a jamais été adopté par le Parlement. Du coup, la valeur de cette disposition n’est que réglementaire et ne peut se substituer à la partie législative du Code minier qui régit les activités de recherche de substances en mer. De surcroît, le juge considère que le seul fait d’avoir créé ces zones de protection écologique ne signifie pas que l’État renonce de facto à toute exploitation de ressource minérale sur son plateau continental.

Le coup est rude pour le ministère de l’écologie qui se pourvoit devant le Conseil d’État. Mais celui-ci rend son verdict le 19 décembre 2014 et confirme totalement l’interprétation juridique du Tribunal administratif. Ce sont les associations de protection de l’environnement et notamment le collectif Objectif transition qui ont rapporté cette décision en tout début d’année, information largement relayée ensuite par différents médias dont Marsactu, le Canard enchaîné et le Huffington post. Nul doute que le ministère de l’écologie ne doit pas se sentir très pressé désormais pour statuer mais il n’a plus guère le choix et il devra rapidement (dans un délai de deux mois) réinscrire le permis d’explorer de MML dans la liste des autorisations valides.

calanqueTout indique donc que les activités d’exploration par voie sismique vont reprendre très prochainement à proximité de nos côtes car plus de 9 millions d’euros ont déjà été dépensés dans ces investigations depuis 2002 et que les opérateurs pétroliers tiennent à rentabiliser leur investissement. Le seul espoir désormais de freiner ce projet réside dans la baisse vertigineuse du prix du baril de pétrole qui a été observée ces derniers mois et qui ne peut qu’amoindrir l’intérêt économique de telles prospections, mais une telle baisse ne peut être que conjoncturelle. On n’a donc certainement pas fini d’entendre parler de ce projet….

L. V.  LutinVertPetit

Rejet dans le Parc national des calanques : Ségolène Royal se fâche…

28 septembre 2014

Lors de son dernier conseil d’administration, le 8 septembre 2014, le Parc national des Calanques avait décidé d’autoriser l’usine Alteo de Gardanne à poursuivre ses rejets en mer au delà du terme fixé au 31 décembre 2015. A l’issue de cette réunion, le président du Parc, Didier Réault, claironnait à qui voulait l’entendre que le Préfet serait bien obligé de se conformer à cette décision et devrait prendre un arrêté entérinant ce choix. Et ceci, malgré les atermoiements de Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, qui avait aussitôt fait part, dans un tweet vengeur, de son désaccord avec une telle décision.

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Pourtant, il n’est pas si évident que les élus du Parc national des calanques arrivent ainsi à passer en force car dès le 19 septembre, la ministre de l’écologie a publié un communiqué de presse précisant sa pensée, ceci après avoir reçu le responsable de l’entreprise Alteo qui exploite l’usine de fabrication d’alumine de Gardanne. La demande d’autorisation pour des rejets en mer, en plein cœur marin du Parc national des Calanques, ne sera pas accordée en l’état, malgré l’avis du conseil d’administration du Parc, lui a t-elle expliqué en substance. La ministre estime en effet que « des solutions doivent être trouvées pour défendre en même temps l’emploi et l’environnement, sachant que la destruction de l’environnement est aussi destructrice d’emplois et génératrice de dépenses publiques élevées ».

Blog103_PhCalanqueDu coup, Ségolène Royal annonce dans le communiqué du ministère de l’écologie que l’arrêt du rejet des boues rouges devra être anticipé avant le 31 décembre 2015 et elle confie au BRGM, le service géologique national, une mission d’étude pour une expertise indépendante en vue d’évaluer l’impact de ces rejets sur le milieu naturel marin. Une belle pierre dans le jardin des élus marseillais qui s’estimaient en droit de gérer à leur façon cette pseudo conciliation entre objectifs de préservation de l’environnement et de profit économique à tout prix…

L. V.  LutinVertPetit

Calanques : le Parc national des déchets ?

16 septembre 2014

C’est un bien mauvais signal pour la préservation des richesses naturelles des calanques que vient de donner le conseil d’administration du Parc national en se prononçant, lundi 8 septembre 2014, à une large majorité, pour une poursuite des rejets en mer de l’usine d’alumine de Gardanne, en plein cœur marin du Parc. Même la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, s’est dit en désaccord avec une telle décision, ce qui ne devrait pourtant pas empêcher le Préfet, de signer l’arrêté conforme à la décision des administrateurs du Parc National.

Usine Alteo à Gardanne

Usine Alteo à Gardanne

Comme cela a été déjà évoqué sur ce blog, l’usine d’alumine de Gardanne est très ancienne puisque créée en 1893. Elle se situe alors à la pointe de l’innovation technologique en exploitant le procédé Bayer qui permet d’extraire l’alumine à partir de la bauxite, qui provenait alors des nombreuses mines de la région. Dans ce procédé industriel, le minerai est broyé puis attaqué à chaud et sous pression par de la soude. Le procédé est efficace mais produit d’énormes quantités de déchets hautement toxiques pour l’environnement, les fameuses « boues rouges », riches en fer (d’où leur coloration très intense) et en métaux lourds divers tels que titane, chrome, cadmium ou mercure.

Stockage de boues rouges à Mange Garri - photo A.C. Poujoulat (AFP)

Stockage de boues rouges à Mange Garri – photo A.C. Poujoulat (AFP)

Déversés pendant des années dans les vallons environnants et dans d’anciennes carrières à ciel ouvert, ces déchets ont fini par saturer tous les sites disponibles, jusqu’à ce que la société Péchiney, exploitant du site de Gardanne, finisse par trouver la solution la plus radicale pour s’en débarrasser en les rejetant purement et simplement au fond de la mer, dans la baie de Cassis.

Une canalisation a alors été construite qui relie sur 55 km l’usine de Gardanne à Cassis en passant par Carnoux (sous la médiathèque actuelle) et conduit ces fameuses boues rouge à quelques kilomètres du littoral où elles se déversent à plus de 200 m de profondeur, en bordure du profond canyon de la Cassidaigne. 

La canalisation permettant l'acheminement des boues depuis Gardanne (photo archives sM – La Marseillaise)

La canalisation permettant l’acheminement des boues depuis Gardanne (photo archives sM – La Marseillaise)

Depuis 1966, date de mise en service de cet émissaire et malgré les intenses protestations de nombreuses personnalités locales, on estime ainsi à environ 30 millions de tonnes  la quantité de boues rouges qui ont été déversées en mer et que l’on retrouve désormais disséminées dans toute la rade depuis Toulon jusqu’à Fos-sur-Mer.

Depuis 1995, la Convention de Barcelone, qui vise à limiter la pollution en Mer Méditerranée, impose une réduction progressive des rejets d’alumine à Cassis. Les volumes autorisés doivent être désormais inférieurs à 250 000 t par an et ces rejets devront être totalement stoppés au 31 décembre 2015. Le recours progressif depuis 1987 à des bauxites tropicales, plus riches en alumine, s’est déjà traduit par une réduction relative des rejets, et par ailleurs, l’industriel a installé en 2007 un système de filtre-presse qui permet de conditionner une partie des résidus sous forme de galettes solides, dénommées « Bauxaline », qui sont susceptibles d’être valorisées industriellement, en particulier pour la réhabilitation d’anciennes décharges.

Mais l’exploitation industrielle a ses raisons qui ne peuvent se satisfaire de contraintes environnementales, même au cœur d’un Parc National. Le problème s’était d’ailleurs posé avec force lors de la création de ce parc en avril 2012 après plus de 10 ans de gestation. De nombreuses voix s’étaient alors élevées pour demander à ce que soient d’abord réglés les rejets de déchets avant d’entreprendre un travail sérieux de préservation de ce site. Pour contourner cet obstacle, il a fallu introduire dans les statuts du Parc des dérogations spécifiques pour continuer à tolérer en plein cœur de l’aire marine protégée ce déversement de boues rouges toxiques, mais aussi les rejets de la station de traitement des eaux usées qui se déversent à Cortiou, sans parler du débouché de l’Huveaune qui apporte en mer de très nombreux effluents industriels non traités voire des eaux usées, du fait de la défaillance des systèmes de gestion des eaux pluviales sur toute l’agglomération marseillaise.

Depuis 2012, c’est un fonds d’investissement américain HIG qui a racheté l’ancienne usine Péchiney de Gardanne, laquelle s’appelle désormais Alteo, après être passé dans les mains de l’australien Rio Tinto puis d’Alcan. L’alumine produite ne sert plus à la fabrication d’aluminium mais davantage à la production de céramiques voire d’écrans d’ordinateurs ou de pâtes dentifrice…

Blog99_Calanques

L’industriel devra effectivement cesser tout rejet de boues rouges en mer au delà du 31 décembre 2015 mais la décision qui a été prise le 8 septembre par le conseil d’administration du Parc lui accorde de pouvoir poursuivre pendant encore 30 ans le rejet en mer de ses effluents liquides issus du traitement et riches en soude. Cette autorisation sera assortie d’une obligation pour l’industriel de rendre compte périodiquement des efforts accomplis pour réduire progressivement les quantités et surtout la nocivité de ses rejets.

Pour les nombreux opposants qui s’étaient réunis à Cassis le 8 septembre pour protester contre ce recul face aux intérêts industriels, c’est une occasion perdue de régler enfin ce problème qui empoisonne le littoral marseillais depuis des années. Pour le président du Parc national, Didier Réault, conseiller municipal de Marseille, c’est néanmoins une décision qui permet de sauvegarder les intérêts industriels du site de Gardanne avec ses 400 emplois tout en améliorant les contrôles sur ces rejets, un équilibre subtil entre développement économique et préservation de l’environnement qui prouve une fois de plus que la notion de « développement durable » permet une certaine souplesse d’interprétation…

L. V. LutinVertPetit

Parc national des Calanques

27 juin 2013

Le nouveau site internet est en ligne !  A travers cet outil d’information, vous pouvez avoir accès à toutes les informations du Parc : les richesses naturelles et culturelles, les enjeux et les pressions qui pèsent sur le territoire terrestre et marin, les objectifs du Parc, la réglementation mise en place…
Naviguez au fil des pages et découvrez le Parc national des Calanques !

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