Archive for mars 2020

Coronavirus : mieux vaut en rire…

31 mars 2020

En cette période de pandémie mondiale de Covid-19, certains ont tendance à se laisser aller au pessimisme ambiant, voire à la panique généralisée. Mais heureusement, l’humour aide parfois à ne pas dramatiser inutilement la situation et à prendre son mal en patience en attendant des jours meilleurs. Et de ce point de vue, certains ne manquent pas d’imagination… Petit florilège non exhaustif du talent de quelques dessinateurs de presse, histoire de tuer le temps avant que le virus ne nous tue !

L. V.

Surtout ne pas paniquer, même si le contexte est quelque peu anxiogène : un dessin signé Patrick Chapatte et publié dans le journal suisse Le Temps)

 

Les grands événements sportifs affectés par l’épidémie : la course cycliste Milan San Rémo a dû être annulée, un dessin du Belge Sondron (source Le Courrier International)

 

Le contrôle des attestations de déplacement dérogatoire, un vrai casse-tête pour les forces de l’ordre : un dessin signé Na !

 

Un appel gouvernemental à aller aider les agriculteurs pour les travaux des champs : heureusement que certains ont l’esprit civique développé… (source Blog Médiapart Monkeyman)

 

Braver le confinement, un geste inconscient… Humour noir signé Ranson

La crise sanitaire a pour effet de renforcer les liens familiaux, en général du moins : un dessin de Sébastien Lacombre (source Le Journal de Saône-et-Loire)

 

Faire des provisions en période de confinement, une bataille mémorable… (source Facebook / Pleine Vie)

 

L’épidémie de Covid-19 a permis à de nombreux travailleurs d’expérimenter le télétravail, avec malgré tout ses limites… (source D. Parreaux / France Bleu)

 

Pendant le confinement, les joies de l’école à la maison, un calvaire pour certains parents… Un dessin signé Philippe Tastet

 

Un effet positif de la pandémie mondiale : le niveau de pollution est en baisse significative… Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

 

Rien ne sera plus comme avant : les effets inattendus de cette crise sanitaire sur les schémas de pensée de nos dirigeants ? Un dessin signé Soulcié, publié dans Marianne le 20 mars 2020

Covid-19 : Panoramix et la potion magique

29 mars 2020

En ces temps de confinement généralisé pour cause d’immobilisation générale, les Français ont la chance de vivre en direct un combat de titans, un duel enflammé entre deux druides aux pouvoirs surnaturels, une épopée qui fera date dans l’Histoire, une bataille homérique, de celles qui frappent les esprits et divisent la Nation entre deux clans irréductibles et irréconciliables.

Un dessin signé Chapatte

Il faut dire que le contexte s’y prête. En ces temps troublés où notre Président de la République n’arrête pas de répéter que « nous sommes en guerre« , alors que la peur ancestrale des grandes épidémies qui déciment périodiquement l’humanité resurgit brusquement de la nuit des temps, chacun a les nerfs à fleur de peau et la période est propice à déchaîner ce type de passion.

Cette querelle qui embrase les Français depuis plusieurs jours alors que les chiffres des victimes du Covid-19 n’arrêtent pas d’augmenter inexorablement, jour après jour, opposent deux scientifiques, deux médecins, chacun bien au fait de son sujet mais qui n’ont manifestement pas la même vision des choses.

Pour faire simple, et sans être manichéen ni prétendre à quelque analogie que ce soit avec le monde footballistique, disons qu’il y a d’un côté les Marseillais et de l’autre les Parisiens, pour ne pas dire un petit village d’irréductibles gaulois massaliotes en guerre contre le pouvoir central de Lutèce, du moins si l’on en croit les médias qui montent l’affaire en épingle.

Didier Raoult, dans son bureau de l’hôpital de la Timone (photo © Georges Robert / La Provence / Maxppp)

Comme il se doit, le héraut du clan gaulois de province est une sorte de druide tout droit sorti d’un monde mythologique révolu, aux faux airs du Gandalf de la Terre du milieu imaginé par Tolkien, une sorte de Panoramix aux longs cheveux et à la barbe blanche. Sa potion magique à lui s’appelle la chloroquine. Une molécule de synthèse dérivée de la quinine, commercialisée depuis 1947 comme antipaludéen et vendu en France depuis 1949 sous le nom de Nivaquine. Longtemps utilisée en prophylaxie du paludisme, cette molécule est néanmoins considérée comme potentiellement mortelle même à dose relativement faible et ses effets secondaires, cardiaques comme neurologiques, sont importants.

Depuis les années 1960, les chercheurs ont remarqué que la chloroquine et son dérivé moins dangereux l’hydroxychloroquine présentaient un effet antiviral intéressant mais difficile à reproduire in vitro et encore moins à expliquer. Les médecins chinois de Wuhan, confrontés au nouveau coronavirus, ont donc naturellement testé cette molécule, apparemment efficace sur une culture de cellule. Leur essai clinique mené sur 15 personnes s’est néanmoins révélé plutôt décevant puisque 13 patients traités ont vu leur charge virale diminuée mais un a vu son état s’aggraver alors que, dans le groupe témoin à qui avait été administré un placébo, 14 patients ont vu leur état s’améliorer.

Un dessin signé Alex

Mais le professeur Didier Raoult, professeur en microbiologie à l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille, qu’il a lui-même fondé avec l’aide d’une subvention de 72,3 millions d’euros, la plus élevée jamais accordée en France pour la recherche médicale, est persuadé que l’association azithromycine – hydroxychloroquine, est la panacée pour guérir le Covid-19 et il le clame haut et fort sur tous les plateaux télés, largement relayé par de nombreux responsables politiques qui sont justement passés entre ses mains.

Il a même écrit, en quelques semaines seulement, un livre de circonstance qu’il vient de publier, le 23 mars 2020 aux éditions Michel Lafon et qu’il a intitulé sobrement Épidémies : vrais dangers et fausses alertes. Il y expose les résultats de son propre essai clinique qui concerne 20 patients seulement, sans contre-indication connue à la chloroquine.

Des résultats qu’il présente comme « prometteurs » bien que l’un des patients soit décédé et 5 sortis de l’essai pour passage en soins intensifs, mais des résultats qui sont fortement contestés par une large partie de la communauté scientifique française. Depuis, une nouvelle salve de résultats cliniques ont été rendus publics, sur 80 patients cette fois, dont 78 ont pu quitter les soins intensifs au bout de 5 jours, selon un article du Parisien en date du 28 mars 2020. Ce qui permet au professeur marseillais de plastronner dans la presse, notamment dans le Parisien, se permettant même de remettre en cause la stratégie nationale de lutte contre le Covid-19, affirmant par exemple que le confinement ne sert à rien et est peut-être même contre-productif : «  jamais on n’a pratiqué ainsi à l’époque moderne. On faisait ça au XIXe siècle pour le choléra à Marseille. L’idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n’a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne. C’est de l’improvisation sociale et on n’en mesure pas du tout les effets collatéraux ». De quoi faire grincer les dents des responsables de la politique publique de prévention…

Il faut bien reconnaître qu’avec ce genre de propos, notre Panoramix marseillais n’a pas que des amis dans le milieu médical national. Il a notamment un ennemi intime et de longue date, un certain Yves Lévy, qui n’est autre que l’époux d’Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la santé, laquelle a brusquement laissé tombé sa fonction en pleine crise sanitaire de pandémie mondiale pour se présenter comme candidate à la mairie de Paris où elle s’est d’ailleurs pris une veste mémorable à l’issue du premier tour…

Yves Lévy avec son épouse Agnès Buzyn (photo © Frédéric Dugit / Le Parisien)

Yves Lévy est un immunologue spécialisé dans le VIH et qui a passé une bonne partie de sa carrière à rechercher un vaccin contre le sida, ce qui lui a attiré les sarcasmes de son confrère Didier Raoult, persuadé que les spécificités mêmes du VIH rendent cette quête impossible et qui l’a fait savoir bruyamment : « C’est un fantasme qui a coûté des milliards et qui n’arrivera pas »...

Il faut dire que le professeur Raoult, sous ses faux airs de sage Gandalf, a une assez haute opinion de lui-même et n’est pas forcément très charitable avec ses confrères surtout parisiens. Selon Marianne, « le Marseillais, qui ne cultive pas la modestie et se targue d’être le numéro un mondial dans sa catégorie selon un classement du site Expert scape, a un « goût prononcé pour l’irrévérence et l’affrontement, souffle l’un de ses proches ». Pour le dire vite, Didier Raoult ne supporte pas les instances en charge de la recherche médicale en France et ne se gêne pas pour le dire haut et fort en termes peu diplomatiques : « Ce pays a un problème depuis quelques années, pas avec moi, mais avec les stars en général. Il fait chier les bons. C’est un vrai problème. Moi je m’en fiche, ma cour de jeu n’est pas la France mais le monde ».

Un Panoramix moderne qui ne brille donc pas par sa modestie, et qui, même dans le domaine des microbes, s’intéresse d’abord à ce qui sort du lot, s’étant notamment fait une spécialité de l’étude des virus géants, dont le fameux Marseillevirus que son équipe a découvert… Un expert en tout cas qui a son avis sur tout, y compris sur l’actualité politique et même le changement climatique, estimant, dans un article du point en 2014, qu’« après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998 » et concluant allègrement que «le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable ».

On se gardera bien de prendre parti dans cette récente querelle d’experts au sujet du rôle potentiel de l’hydrochloraquine dans le traitement du Covid-19, d’autant qu’il est trop tôt pour trancher puisque les résultats des essais cliniques lancés au niveau européen ne seront connus que dans plusieurs semaines, ce qui a d’ailleurs le don d’agacer notre druide phocéen qui, toujours selon Marianne envoie balader magistralement les sommités de la recherche médicale française : « l‘Inserm, aujourd’hui, je m’en fous » tout comme celles qui participent au fameux Conseil scientifique : « Je suis trop occupé pour passer deux heures à écouter des couillonnades. Il faut faire des choses efficaces si c’est une guerre. Faire une étude dont on aura les résultats dans six semaines, nous sommes avec des fous ».

L’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, inauguré en 2018, après de sombres attaques pour harcèlement en son sein (photo © Gomet)

Ambiance, ambiance… En réalité, si les tensions sont aussi fortes entre ces deux hommes que tout oppose, c’est que leurs intérêts se sont heurtés. Nommé en 2014 directeur général de l’INSERM, Yves Lévy s’est en effet efforcé de faire revenir dans le giron de cet organisme national les Instituts hospitalouniversitaires (IHU) qui avaient été créés sous la forme de fondations afin de pouvoir drainer d’importants fonds privés. Didier Raoult s’est trouvé alors en première ligne pour défendre ce modèle des IHU indépendants des instances nationales de recherche et notamment celui de Marseille qu’il a fondé et dans lequel il a transféré ses laboratoires en 2018, un IHU auquel Yves Lévy a retiré le label du CNRS en 2018, juste avant de quitter la tête de l’INSERM pour venir pantoufler au Conseil d’État, de quoi agacer encore un peu plus son cher confrère marseillais, si cela pouvait encore être possible.

La France est en guerre, mais il est rassurant de constater que cela n’empêche pas nos compatriotes, même aux plus hautes responsabilités, de se livrer à quelques petites chamailleries de bon aloi, signe que l’atavisme gaulois garde une certaine vitalité…

L. V.

Espoir de regain sur le plateau de Valensole ?

28 mars 2020

Champs de blé sur le plateau de Valensole (source © DREAL PACA)

Le plateau de Valensole, c’est cet immense plateau qui s’étend sur plus de 80 000 hectares entre Digne et Forcalquiers, dans les Alpes de Haute-Provence, en rive gauche de la Durance. Les sédiments issus de l’érosion des Alpes s’y sont accumulés sur des épaisseurs de plusieurs centaines de mètres sous forme de cailloutis calcaires et de poudingues. Les affluents de la Durance, parmi lesquels l’Asse, la Bléone et le Verdon au sud, entaillent profondément ce plateau dont l’altitude moyenne ne dépasse guère 500 m.

Jusque dans les années 1950, les zones de plateau étaient cultivées en blé, planté au milieu de rangées d’amandiers qui permettaient de puiser l’eau du sol en profondeur via leur système racinaire et protégeaient les cultures céréalières de l’évaporation en faisant de l’ombrage. Les exploitations ne dépassaient guère 20 à 40 ha et la fertilisation se faisait grâce aux déjections des troupeaux de brebis qui parcouraient les terres. Les fermes étaient plutôt implantées dans les vallées, près des sources qui permettaient une irrigation locale pour le jardinage et le petit élevage, tandis que de grands espaces du plateau restaient boisés, servant de lieux de pâturage, de réserve de bois de chauffage mais aussi pour la chasse et le ramassage des truffes.

Champ de lavandin sur le plateau de Valensole (photo © Audrey Vautherot / Gralon)

A partir des années 1950, ce système agro-écologique a subi de profondes mutations. La tracteur a remplacé le cheval de labour et les exploitations se sont très rapidement agrandies sur l’ensemble du plateau. Tous les amandiers ont été arrachés car ils gênaient le labour, rapidement remplacés par une autre culture de rente : le lavandin, alors très demandé pour la production de lessives. Des distilleries se sont installées dans les vallées tandis que le blé tendre, cultivé jusqu’alors mais qui n’était plus concurrentiel face aux exploitations céréalières du bassin parisien, a cédé la place au blé dur, plus résistant à la sécheresse.

La quasi totalité du plateau encore boisé a été défrichée pour étendre les cultures. Plus de la moitié des exploitations agricoles a disparu et la taille moyenne des exploitations est désormais de l’ordre de 100 ha, un remembrement général ayant été opéré dans les années 1980. Il ne resterait actuellement qu’une cinquantaine d’exploitants agricoles pour une surface agricole utile estimée à 17 000 ha. L’élevage a quasiment disparu du paysage agricole, de même que les cultures de sainfoin, une légumineuse mellifère autrefois très répandue comme plante fourragère et qui favorise la fixation de l’azote dans les sols.

Dans le système agricole dominant qui caractérise désormais le plateau de Valensole depuis près de 70 ans, les rotations de culture se font classiquement entre le lavandin (8 ans en moyenne) et le blé dur (12 ans). La fertilisation se fait exclusivement à l’aide d’engrais chimiques et le désherbage, particulièrement délicat pour le lavandin, avec de fortes doses d’herbicides.

Labour sur le plateau de Valensole (source © YouTube)

Un système de production agricole qui connaît désormais ses limites. Depuis une trentaine d’années, les teneurs en pesticides et en nitrates relevés dans les puits et les forages du secteur sont montés en flèche, dépassant allègrement les limites autorisées pour pouvoir encore exploiter ces eaux pour l’alimentation en eau potable, même après traitement. Les sols du plateau se caractérisent en effet par une grande fragilité à l’érosion. Leur teneur en matière organique a considérablement baissé depuis que la fertilisation se fait uniquement par voie chimique, ce qui réduit fortement leur capacité de rétention. Quant au labour, le fait d’utiliser des tracteurs de plus en plus lourds et des charrues de plus en plus profondes, a fortement déstructuré et tassé les sols, ce qui freine le développement racinaire et rend les sols plus sensible au lessivage lors des violents orages méditerranéens types de cette région.

Borne d’irrigation de la SCP sur le plateau de Valensole (source © PNR Verdon)

Dans les années 1980, pour accompagner ce développement agricole du plateau de Valensole, il a été décidé un vaste programme d’alimentation en eau par transfert depuis le Verdon. Réalisé par la Société du Canal de Provence, ce programme, réalisé pour l’essentiel entre 1989 et 2000 a permis l’alimentation en eau potable de 11 communes et la mise en place d’un réseau d’irrigation qui concerne désormais 3 200 ha, dans la partie sud du plateau. Un apport d’eau extérieur qui permet de sécuriser les cultures de blé et de lavandin, jusque là conduites à sec mais qui sont de plus en plus vulnérables aux périodes de sécheresse, plus fréquentes du fait du changement climatique mais aussi accentuées par cette perte de matière organique des sols.

Et ce n’est pas fini puisqu’en 2016, la Société du Canal de Provence (SCP), en collaboration avec la Région PACA, le Département et la Chambre d’Agriculture, a lancé une étude d’avant-projet pour poursuivre le développement de ce réseau d’irrigation afin de l’étendre sur 5 600 ha supplémentaires. Un investissement ambitieux puisqu’il a été chiffré à plus de 60 millions d’euros HT, nécessitant de gros travaux pour poser environ 17,6 km de canalisations de gros diamètre, tout en renforçant la station de pompage de Pradelles, qui permet de remonter sur le plateau l’eau puisée dans le lac de Sainte-Croix. Des travaux titanesques qui débuteront fin 2020 et devraient s’achever en 2022, ouvrant ensuite la voie à des développement de réseaux sur certaines communes.

Culture mécanisée de lavandin sur le plateau de Valensole et mise en évidence de l’érosion des sols dont les éléments fins sont lessivés sur les hauteurs (photo © Mireille Dosso / Montpellier SupAgro)

La logique de ce développement de l’irrigation sur le plateau de Valensole par un apport de l’eau du Verdon ressemble beaucoup à une fuite en avant des agriculteurs qui ont mis en place un système de production manifestement non durable puisque les pratiques agricoles deviennent fortement vulnérables du fait du changement climatique, mais surtout du fait de la pollution des ressources en eau locales et de la destruction des sols. L’étude d’impact réalisée par la SCP a ainsi mis en évidence que depuis 2007 seulement, pas moins d’un tiers des captages d’eau potable du secteur d’étude ont dû être abandonnés du fait d’une teneur en pesticides et/ou en nitrates très supérieure aux normes autorisées pour leur exploitation. Faire venir à grands frais (pour la collectivité) de l’eau du Verdon afin de se substituer à ces ressources en eau locales devenues inutilisables tout en développant l’irrigation, donc le lessivage des sols et la pollution des nappes souterraines, ne paraît donc pas à première vue une voie très raisonnable…

Heureusement, une certaine prise de conscience de ces errements semble émerger peu à peu. Depuis plusieurs années, sous l’impulsion du Parc Naturel Régional du Verdon et en collaboration avec la chaire d’entreprise de Montpellier SupAgro (AgroSYS), l’Agence de l’Eau et la Chambre d’Agriculture, le projet REGAIN a permis de mettre en place un programme de suivi de la qualité biologique des sols du plateau et d’accompagner des agriculteurs volontaires pour faire évoluer leurs pratiques culturales. Plus de 4 km de haies ont ainsi été plantées pour tenter de limiter l’érosion des sols tandis que des essais d’enherbement de légumineuses entre les rangs de lavandin font l’objet d’observations encourageantes.

Plantation de haie sur le plateau de Valensole à l’initiative du PNR Verdon en décembre 2016 à Saint-Jurs (source © PNR Verdon)

Il reste assurément un long chemin à parcourir avant de retrouver, peut-être, un nouvel équilibre agro-écologique durable sur cet écosystème fragile et si spécifique qu’est le plateau de Valensole, mais un espoir est encore permis…

L. V.

Collecte des déchets : ça bouge !

24 mars 2020

Collecte des ordures ménagères par des agents de la métropole d’Aix-Marseille-Provence (photo © Patrick Magnien / 20 minutes)

Nous nous sommes habitués depuis plusieurs décennies à laisser le soin à des professionnels, rémunérés par la collectivité, d’assurer la collecte et le traitement de nos déchets dont le volume ne fait qu’augmenter d’année en année. Mais on ne peut continuer indéfiniment à accumuler des déchets que l’on enfouit ou que l’on incinère, car cette activité, malgré toutes les précautions qui sont prisses, coûte cher à la collectivité et contribue à polluer l’air, les sols et l’eau.

Pour sortir de ce cercle vicieux, toutes les solutions sont bonnes à prendre : éviter autant que possible de produire des déchets, recycler tout ce qui peut l’être et limiter l’impact environnemental de l’élimination des déchets ultimes, telles sont les grandes lignes des politiques publiques mises en œuvre… Et en la matière, les choses évoluent, même si l’agglomération marseillaise fait, jusqu’à présent, plutôt figure de retardataire.

Montagne de déchets en 2011 à Limeil-Brévannes dans le Val de Marne (photo © Jacques Demarthon / AFP / BFM TV)

Chaque Français génère en moyenne de l’ordre de 250 kg de déchets par an, collectés via le ramassage des ordures ménagères. En région PACA, ce volume s’élève en moyenne à 340 kg, ce qui signifie que l’on a une forte marge de progression pour mieux recycler et réduire à la source les volumes de matière à traiter !

Les activités économiques sont en partie responsables de cette surcharge pondérale coûteuse. Alors qu’en moyenne nationale les déchets issus des entreprises et des commerces qui continuent à être collectés et traités comme des ordures ménagères représentent 20 % du volume total des déchets ramassés par les collectivités, ce pourcentage est le double en région PACA. Une anomalie qui devrait être amenée à disparaître progressivement puisque depuis déjà des années, il revient aux acteurs économiques de s’organiser pour collecter et traiter eux-mêmes les déchets générés par leur activité.

Déchets dans la zone industrielle de Lambesc (source © association AZALEE / La Provence)

La collectivité n’a en effet aucune obligation de prendre en charge avec le reste des ordures ménagères la collecte des déchets issus de l’activité économique, surtout lorsque cela représente des volumes aussi importants. La plupart des collectivités ont d’ailleurs arrêté de le faire et laissent le soin aux entreprises et aux gestionnaires des zones d’activité de s’organiser en conséquence. A Marseille, sur les anciens territoires du Pays d’Aix et de la Communauté urbaine de Marseille, cette collecte s’est d’ailleurs arrêtée au 1er janvier 2020, au grand désarroi de nombreux industriels malgré toute la communication réalisée en amont…

Et les choses vont bouger aussi du côté des biodéchets, tout ce qui concerne les déchets organiques fermentescibles qui constituent une part très importante de nos déchets ménagers, souvent plus de 30 % du contenu de nos poubelles ! Réduire en fumée, via un incinérateur, ces déchets organiques gorgés d’eau, est une ineptie car cela consomme énormément d’énergie inutilement. Les enfouir avec les autres déchets est tout aussi regrettable voire potentiellement dangereux car leur fermentation en masse produit du biogaz qu’il faut évacuer à défaut de le valoriser.

Inversement, ces déchets organiques sont très facilement valorisables pour produire du biogaz et du compost parfaitement adapté pour de multiples usages en agriculture, ou pour les parcs et jardins des collectivités. Mais cela suppose de les collecter à part. Ce sera bientôt le cas puisque la loi de transition énergétique pour la croissance verte, adoptée le 17 août 2015, rend obligatoire la collecte séparée des déchets organiques à compter de 2025. Et le calendrier s’accélère puisqu’une directive cadre relative aux déchets a été modifiée en 2018 et qu’elle ramène cette date limite au 31 décembre 2023, dans moins de 3 ans donc.

Composteur artisanal en bois à construire soi-même (source © Backyardfeast)

Les municipalités qui viennent d’être réélues ou qui le seront d’ici quelques mois, à l’issue de la crise sanitaire qui actuellement occupe tous les esprits, vont donc avoir à mettre en lace et à gérer une nouvelle étape importante, à savoir le tri à la source par chaque citoyen, de ces déchets organiques pour pouvoir les collecter séparément et les valoriser. Car tous les retours d’expérience ont confirmé que le tri mécanique de ces déchets, s’ils n’ont pas été séparés dès le départ, est totalement impossible et en tout cas sans aucune pertinence économique. C’est donc bien à chacun de faire en sorte de ne pas mélanger dès le départ ses épluchures de pommes de terre avec ses emballages de pizza. Encore un domaine où le citoyen va devoir réapprendre, très vite, à se montrer responsable et proactif, au lieu de se reposer entièrement sur l’action des agents municipaux ou de leurs prestataires, au prétexte qu’il paye des impôts pour cela…

Des composteurs individuels mis à disposition des familles (source © SYDED)

Le changement n’est pas si naturel qu’il ‘y paraît. Heureusement, de très nombreuses collectivités ont déjà franchi le pas et d’innombrables familles pratiquent déjà de manière quotidienne ce tri à la source des déchets organiques, soit pour nourrir leurs poules, soit pour alimenter le composteur placé dans un coin du jardin… Dans le Lot par exemple, un syndicat de traitement des ordures ménagères, le SYDED, a déjà installé sur son territoire quelques 270 composteurs partagés, souvent mis à disposition de structures telles que des établissements scolaires. Chacun de ces sites, grâce aux conseils pratiques de professionnels, permet de traiter de 500 kg à 3 tonnes de déchets organiques par an, autant de volume qui ne finit plus en décharge et permet de produire du terreau à usage local.

Un guide pratique réalisé parle réseau Compostplus à l’attention des collectivités (source © actu-environnement)

Ces composteurs de proximité, qui disposent désormais, depuis un arrêté du 9 avril 2018, d’un cadre réglementaire sécurisé pour des capacités ne dépassant pas 1 t de matière déposée par semaine, sont certainement appelés à se multiplier, tandis que plusieurs villes testent des tournées de collecte des déchets organiques en porte à porte. C’est le cas désormais à Grenoble et dans trois arrondissement de Paris par exemple. Il existe même un guide pratique de la collecte séparée des biodéchets, réalisé à l’attention des collectivités par le réseau Compostplus.

Peut-être un nouveau chantier que la nouvelle municipalité de Carnoux et les futurs élus de la métropole Aix-Marseille-Provence auront à cœur de mettre en œuvre, sans même attendre l’échéance réglementaire du 31 décembre 2023, histoire de rattraper le retard accumulé dans le tri sélectif des ordures ménagères dans les logements collectifs ?

L. V.

Covid-19 : la guerre…des chiffres

22 mars 2020

Nous sommes en guerre… Le Président de la République, Emmanuel Macron, l’a martelé avec gravité lors de sa dernière allocution télévisée, lundi 16 mars 2020, tout en demandant à chacun de rester soigneusement confiné à la maison. Une guerre de tranchée pour l’instant, où chacun vit retranché à domicile. Comme le titre astucieusement le Canard Enchaîné, c’est « l’immobilisation générale » ! Une guerre dans laquelle chacun a tendance à se refermer derrière ses frontières : la période n’incite guère à l’ouverture vers autrui, et tant pis pour les populations en détresse qui errent sur les routes à la recherche d’un hypothétique refuge en ces temps troublés…

Un dessin satirique signé Kanar, publié le 14 mars 2020 par Alternatives économiques

Dans de telles circonstances, l’incertitude règne. Mais une chose est sûre néanmoins, rarement crise sanitaire aura été autant commentée et documentée en temps réel, dans la plupart des pays désormais touchés. Par rapport à la grippe espagnole, qui avait pourtant fait autour de 50 millions de morts à travers le monde entre 1918 et 1920, dont 250 000 en France, la pandémie dénommée désormais Covid-19, apparue fin 2019 dans la ville chinoise de Wuhan fait en effet nettement plus couler d’encre.

Patients atteints par le H1N1 en 1918, pris en charge dans un entrepôt de l’armée américaine au Kansas (source © NYPL Science / France Culture)

Il faut dire que lorsque les premiers cas de H1N1 commencent à faire des ravages dans le Kansas, début 1918, les États-Unis sont en guerre et que la censure militaire incite plutôt au black out, surtout lorsque l’un des premiers foyers épidémiques se déclare sur une base militaire du Kansas où les jeunes recrues recevaient leur formation avant d’embarquer pour l’Europe où ils ont propagé rapidement l’épidémie dès leur débarquement à Bordeaux en avril 1918. Tous les pays en guerre seront fortement touchés par cette pandémie qui causera bien davantage de décès que la guerre elle-même. Mais si elle est restée dans l’Histoire sous le nom de grippe espagnole, c’est précisément parce que l’Espagne, non engagée dans le conflit mondial, a été l’un des rares pays à laisser ses médias parler librement de l’épidémie dont les conséquences faisaient l’objet d’une censure sévère partout ailleurs.

Rien de tel en 2019 et du coup le monde entier a pu suivre, jour après jour, le développement de l’épidémie dans tous les pays touchés, y compris en Chine où le pouvoir, bien que peu démocratique et plutôt adepte d’un contrôle strict de l’information, a malgré tout largement communiqué sur le sujet. Premier pays touché, c’est aussi celui qui a réussi le premier à enrayer totalement l’épidémie sur son sol au prix de mesures très drastiques de confinement. Depuis le 22 janvier 2020, date à laquelle a été initié le confinement de plus de 20 millions de personnes de la province de Hebei, le nombre de cas a fortement progressé pour commencer à se stabiliser environ un mois plus tard, fin février.

Évolution du nombre de cas confirmés de Covid-19 en Chine continentale (source infographie © Wikipedia)

La Chine n’enregistre, depuis plusieurs jours déjà, plus aucun nouveau cas autochtone, et s’attache désormais à se protéger contre les personnes potentiellement contaminées qui débarquent sur son sol. Un premier bilan de l’épidémie dans ce pays peut donc être considéré comme un ordre de grandeur fiable et s’élève à plus de 80 000 cas enregistrés pour 3255 morts à ce jour, mais encore plus de 5000 malades sous observation. Sur cette base statistique, on pourrait donc estimer le taux de mortalité des personnes contaminées à environ 4 %, sachant que ce taux est environ le double chez les personnes de plus de 70 ans et atteint même de l’ordre de 15 % chez les plus de 80 ans. Il vaudrait mieux d’ailleurs parler de taux de létalité car la notion de taux de mortalité se calcule en toute rigueur par rapport à la population totale et est, bien évidemment, infiniment plus faible !

En cas d’épidémie, on stocke… Humour belge, signé Oli

Maintenant que l’épidémie s’est propagée quasiment dans le monde entier, la courbe chinoise sert en quelque sorte d’étalon pour comparer la situation avec les autres pays. Certains comme la Corée du Sud, commencent aux-aussi à voir le nombre de cas se stabiliser. Mais il n’en est encore rien en France où l’épidémie s’est déclarée nettement plus tard, dans la dernière semaine du mois de février, et où on est encore dans une phase de développement très rapide de la maladie. Avec près de 13 000 cas déclarés au 20 mars 2020, on enregistre actuellement une progression de 15 à 20 % du nombre de cas chaque jour, ce qui reste considérable (mais comparable à ce qui est observé dans les autres pays au même stade. Le nombre de décès, toujours au 20 mars, atteint 450, ce qui correspond à un taux de létalité d’environ 3,5 % qui reste donc très comparable à celui observé en Chine sur un échantillon statistique plus représentatif.

Mais les chiffres disponibles d’un pays à l’autre montrent des situations somme toute assez contrastées. L’Italie en particulier fait pâle figure avec un nombre de morts (4032 le 20 mars 2020) qui dépasse désormais celui de la Chine alors que curieusement, le nombre de cas de Covid-19 confirmés est de 47 000 à cette même date, soit deux fois moins qu’en Chine. Un tel écart étonne car il signifie que le taux de létalité apparent du virus en Italie est quasiment deux fois plus important qu’en Chine. Plusieurs explications peuvent bien entendu expliquer un tel écart, et il est sans doute trop tôt pour en tirer des conclusions, mais cela pourrait signifier soit que les populations touchées sont plus vulnérables (car plus âgées ou moins bien prises en charge, surtout lorsque les structures hospitalières sont débordées), soit plus vraisemblablement que le dépistage de la contamination est moins efficace, ce qui n’a rien d’étonnant pour un virus qui se caractérise par de nombreux cas de porteurs sains asymptomatiques.

Carte mondiale des cas recensés au 20 mars 2020, compilation Johns Hopkins University CSSE (source infographie © efficiens.com)

Un tel écart se retrouve d’ailleurs lorsqu’on observe les chiffres selon les pays, comme le permet notamment le site très documenté efficiens.com. L’OMS estime actuellement ce taux de létalité à 3,4 % au niveau mondial alors qu’en Corée du Sud ce taux est actuellement de 0,7 % et même 0,2 % en Allemagne tandis qu’il atteint par exemple 4,5 % au Royaume-Uni et 7,5 % en Iran. En réalité ceci s’explique par les pratiques de santé publique qui font que certains pays, dont la Corée, ont pratiqué un dépistage systématique, maximisant donc automatiquement le nombre de cas déclarés positifs. Sachant qu’une personne sur deux en moyenne, bien que porteuse du virus, ne développe aucun symptôme, on peut en déduire que dans un pays comme la France ou l’Italie, où ce dépistage systématique n’est pas la règle, le nombre de cas est sans doute très supérieur à celui connu, ce qui signifie que le taux de létalité est en réalité nettement moindre que celui qui découle des chiffres officiels.

Le navire de croisière Diamond Princess en quarantaine dans le port de Yokohama le 17 février 2020 (photo © Kyodo news / Getty Image / insider.com)

De ce point de vue, la situation du bateau de croisière Diamond Princess, dont les passagers et l’équipage ont été mis en quarantaine, dans le port de Yokohama, dès la découverte d’un premier cas à bord, début février, constitue un cas d’école très instructif. Sur les 3711 personnes à bord, 634 ont été testées positives dont 51,7 % se sont révélées asymptomatiques pendant la période d’observation et il y a eu au total 7 décès, ce qui correspond à un taux de létalité effectif de 1,1 % seulement, mais qui aurait été plus proche de 2,3 % en cas de dépistage non systématique.

En matière de santé publique, les chiffres divulgués demandent donc, comme toujours, à être manipulés avec une grande prudence. Mais il est pour le moins réconfortant de constater que jamais sans doute une pandémie de cette nature n’a été aussi bien documentée en temps réel et n’a fait l’objet, à l’échelle mondiale, de telles mesures de prévention : à quelque chose, malheur est bon…

L. V.

Un éléphant, ça rapporte énormément…

20 mars 2020

C’est désormais inscrit dans la loi française : l’article L-1246 du Code Civil, issu de la loi sur la biodiversité adoptée le 8 août 2016, prévoit explicitement que « Toute personne responsable d’un préjudice écologique est tenue de le réparer ». Reste à définir ce qu’est un préjudice écologique et surtout comment l’évaluer pour permettre de le réparer… Eh bien, justement, le jugement que vient de rendre le 6 mars 2020 le Tribunal de grande instance de Marseille fixe un cadre pour cela, qui devrait faire jurisprudence puisque c’est la première affaire d’importance de ce genre qui est jugée en France.

Des braconniers lourdement condamnés (photo © Z. Sanders / Caters / SIPA / 20 minutes)

Il s’agit bien entendu des braconniers qui, pendant des années, de 2013 à 2017 au moins, ont consciencieusement pillé les fonds marins du Parc national des Calanques, pour alimenter en toute illégalité de nombreux restaurateurs et revendeurs de la place. Déjà lourdement condamnés au pénal en juillet 2018 à des peines de prison avec sursis de 15 à 18 mois, ils attendaient d’être jugés au civil et le Parc national des Calanques les attendait au tournant, espérant bien obtenir un jugement exemplaire et surtout dissuasif.

Évaluer à combien s’élève le préjudice écologique de prélèvements ciblés aussi massifs dans un milieu naturel déjà fragilisé et soumis à de multiples pressions anthropiques n’est de fait pas si facile qu’il n’y paraît. Ce sont en effet au minimum 4,6 tonnes de poissons et de coquillages qui auraient été pêchés en toute illégalité par ces semi-professionnels, dont au moins 320 kg de poulpes et 16 800 douzaines d’oursins, mais aussi de nombreux corbs et autres mérous, chaque espèce ayant un rôle bien précis à jouer dans la pyramide alimentaire du milieu sous-marin.

Les mérous des Calanques, menacés par un braconnage à grande échelle (photo © Frédéric Fedorowsky / Parc national des Calanques)

Sur la base d’expertises très étayées, le Parc national des Calanques avait évalué à 450 000 € le préjudice écologique subi, soit bien davantage que le simple prix au kg des espèces pêchées ! Et le tribunal a globalement suivi son raisonnement puisque les pêcheurs indélicats ont été condamnés à payer 385 000 € au titre du préjudice écologique et à verser au Parc national des Calanques 20 000 € supplémentaires au titre du préjudice subi pour atteinte à sa mission ainsi que 15 000 € pour le préjudice concernant l’image et la réputation du Parc qui a effectivement été considéré pendant des années comme une passoire parfaitement inutile et incapable de protéger les fonds marins d’une grande richesse qui lui ont été confiés.

Bien entendu, les prévenus feront appel du jugement, mais c’est quand même une victoire importante pour ceux qui considèrent que les espaces naturels ne sont pas seulement un supermarché ouvert à tous et dans lequel chacun peut venir braconner à sa guise, mais d’abord des écosystèmes dont on a bien du mal à percevoir toute l’utilité pour l’équilibre global de la planète.

Une baleine bleue croise un plongeur en Malaisie (photo © Jason Isley / Scubazoo / Réseau Cétacés)

L’idée n’est pourtant pas nouvelle et même le Fonds monétaire international a fait tourner sa calculette pour évaluer quel est le bénéfice écologique d’une baleine, lequel a été chiffré à 2 millions de dollars. En effet, chaque baleine stocke, tout au long de sa vie, pas moins de 33 tonnes de CO2 et continue de fournir des bénéfices inestimables au milieu marin même après sa mort, sa carcasse servant de nourriture à de nombreuses espèces de poissons et de refuge à de multiples crustacés et mollusques.

En 2014, l’ONG David Sheldrick Wildlife Trust, spécialisée dans la protection des espèces animales menacées en Afrique, avait déjà montré que trois espèces emblématiques et fortement braconnées, à savoir les raies manta, les requins et les éléphants, ont en réalité bien plus de valeur vivants que morts. Son rapport, intitulé Dead ou Alive, évaluait ainsi à près de 1,6 million d’euros le bénéfice financier apporté par un éléphant d’Afrique au cours de son existence qui atteint 70 ans en moyenne, et ceci en prenant simplement en considération les revenus touristiques que se seule présente permet de générer dans des pays comme le Kenya ou la Tanzanie, où l’écotourisme est parvenu à un haut niveau de développement.

Réserve d’un trafiquant d’ivoire au Cameroun (photo © Franck Bafeli / Camer.be)

Par comparaison, la valeur des défenses d’ivoire d’un éléphant massacré ne dépasse pas 16 500 € au marché noir de l’or blanc. Ce dernier chiffre serait issu des observations effectuées à l’occasion des nombreuses saisies de cargaison d’ivoire effectuées au cours de cette année là dans le monde : pas moins de 43 saisies ont été effectuées, pour un montant global estimé à 29 millions d’euros, représentant au total pas moins de 18 tonnes d’ivoire arraché à environ 2000 éléphants. Bien entendu, ces saisies, souvent réalisées de manière fortuite, ne représentent qu’une infime partie, sans doute moins de 10 %, de ce trafic d’ivoire dont on estime qu’il se traduit par le massacre d’un éléphant toutes les 15 mn en moyenne !

Troupeau d’éléphants à Virunga National Park, République démocratique du Congo (photo © Finbarr O’Reilly / Reuters / Slate Afrique)

Ce raisonnement purement économique n’est valable que dans les pays où le tourisme animalier est suffisamment développé pour pouvoir valoriser l’attrait que peuvent représenter ces pachydermes. Ailleurs, et c’est notamment le cas en République démocratique du Congo, pays fortement déstabilisé et ouvert à tous les trafics, de l’ivoire comme des minerais, les populations, souvent elles-mêmes victimes des dégâts que peuvent faire les éléphants dans leurs plantations, n’hésitent guère à participer à ces activités lucratives de braconnage. Au prix où se négocie la défense d’éléphant et plus encore celle de rhinocéros, très prisée sur le marché chinois des aphrodisiaques et autres poudres de Perlimpinpin, il est bien difficile de stopper un tel massacre organisé parfois avec de très lourds moyens logistiques et qui alimente des filières quasi industrielles depuis les ports et aéroports de l’Est africains vers la Malaisie, plaque tournante du trafic vers le Sud-Est asiatique.

On se doute bien que l’exemplarité du jugement rendu ce mois-ci à Marseille à l’encontre des braconniers des Calanques ne suffira pas à dissuader les trafiquants d’ivoire qui sévissent encore à très grande échelle : la biodiversité a bien du souci à se faire…

L.  V.

Municipales 2020 : un premier tour atypique…

18 mars 2020

Décidément, les élections municipales se suivent et ne se ressemblent pas. On se doutait bien que celles de mars 2020 présenteraient un caractère un peu particulier, intervenant trois ans seulement après la victoire inattendue d’Emmanuel Macron à la Présidentielle, suivi d’un triomphe de son tout nouveau parti, La République en Marche (LREM), aux législatives de juin 2017, qui avaient envoyé à l’Assemblée Nationale des cohortes de parfaits inconnus se disant « en même temps » à gauche et à droite, mais surtout du « nouveau monde ». Ne disposant pas, à ce jour, d’un véritable ancrage local et ayant subi de plein fouet la crise violente des Gilets jaunes et d’une critique de fond contre « le Président des Riches », le parti gouvernemental était prévenu par tout le monde qu’il pouvait s’attendre à une belle déculottée…

Les municipales 2020 à Paris : un chemin de croix pour LREM… (dessin signé © KAK / L’Opinion)

De ce point de vue, les observateurs n’ont pas été déçus, même si quelques candidats ont bien tiré leur épingle du jeu, à l’instar du Ministre de la Culture, Franck Riester ou de son collègue des Comptes Publics, Gérald Darmanin, tous deux élus dès le premier tour dans leur fief respectif de Coulommiers et de Tourcoing. Le Premier Ministre lui-même, Édouard Philippe, n’a pas réussi à s’imposer dès le premier tour au Havre. A Paris, les listes LREM conduites par Agnès Buzyn n’arrivent qu’en troisième position avec un peu plus de 17 % seulement, loin derrière Anne Hidalgo qui est créditée de plus de 29 % des suffrages sur l’ensemble de la capitale. Et à Marseille, la liste LREM défendue par Yvon Berland, n’a obtenu que moins de 8 % des suffrages exprimés et n’est en position de se maintenir que dans le 4ème secteur (6e et 8e arrondissements), avec à peine plus de 12 % des voix…

Un scrutin sous la menace du Covid-19 : dépouillement du 1er tour à Strasbourg (photo © Frederick Florin / AFP / Le Monde)

Mais c’est surtout l’ombre de l’épidémie de Covid-19 qui a fortement marqué ce premier tour des élections municipales. La plupart des meetings de campagne qui jalonnent traditionnellement la dernière semaine ayant été annulés in extremis, beaucoup s’étaient persuadés que ces élections seraient repoussées. La décision prise de maintenir le premier tour malgré le risque sanitaire a manifestement surpris plus d’un électeur et explique largement la participation exceptionnellement faible enregistrée dans la majorité des bureaux de vote. Avec un taux de participation de 44,6 % seulement en moyenne nationale, c’est la première fois qu’on enregistre une telle désaffection pour des élections municipales qui restent les favorites des Français. En 1983, ce taux était encore de 78 % et n’arrête pas de baisser depuis mais il dépassait encore 64 % lors du dernier scrutin en 2014 : la chute est brutale et plus que préoccupante pour l’état de notre démocratie…

Les près de 10 000 communes où le taux d’abstention a dépassé 50 % le 15 mars 2020 (infographie source © France TV info)

Dans un tel contexte, les surprises sont nombreuses. D’abord, et quoi qu’on en dise, le Rassemblement National (RN) et ses alliés, bien que présent dans nettement moins de communes qu’en 2014, restent à un niveau élevé. David Rachline a été confortablement réélu à Fréjus dès le premier tour, de même que Steeve Brivois à Hénin-Beaumont ou Robert Ménard à Béziers.

Les écologistes ont de leur côté effectué une belle percée lors de ce scrutin, ce qui confirme que leurs idées commencent à rencontrer un certain écho dans la population, surtout dans les grandes villes. Plusieurs d’entre eux sont arrivés largement en tête à l’issue du premier tour. C’est le cas notamment d’Eric Piolle qui devrait être réélu sans difficulté à Grenoble, mais aussi de Grégory Doucet qui crée la surprise à Lyon, ou encore d’Anne Vignot à Besançon ou de Jeanne Barseghian à Strasbourg, tandis que des écologistes sont bien placés en deuxième position à Rennes, Bordeaux, Toulouse ou encore Rouen.

Michèle Rubirola crée la surprise en arrivant en tête du 1er tour des municipales à Marseille (photo © Nicolas Vallauri / MAXPPP / France 3 régions)

A Marseille, c’est aussi une écologiste qui a fait sensation en arrivant en tête du 1er tour avec 23,4 % des voix sur l’ensemble des secteurs, contre 22,3 % à Martine Vassal que tous les sondages de La Provence plaçaient pourtant largement en tête et dont les affiches avaient été placardées sur tous les espaces disponibles de la ville par des armées de mercenaires zélés. Les listes du Printemps Marseillais, conduites par Michèle Rubirola, arrivent en tête dans 3 des 8 secteurs de la ville, tandis que Samia Ghali est bien placée dans le 15-16 et Stéphane Ravier (RN) en bonne position dans le 13-14.

Rien n’est encore joué pourtant car pour l’heure on ne sait même pas à quelle date se déroulera le second tour de cette élection totalement perturbée par la crise sanitaire que traverse la France et qui justifie des mesures de confinement totalement exceptionnelles : du jamais vu sous la 5ème République ! De l’eau va couler sous les ponts d’ici là et pour l’instant tout le monde à la tête ailleurs, à commencer par la candidate Martine Vassal, que La Provence a annoncé diagnostiquée positive au Covid-19 et qui est actuellement hospitalisée dans un état sérieux.

Malgré les circonstances très inhabituelles de ce scrutin et le taux d’abstention record qui a caractérisé ce premier tour, il est néanmoins remarquable de constater que plus de 30 000 communes françaises sont d’ores et déjà pourvu d’un nouveau conseil municipal élu dès le 15 mars 2020. Le deuxième tour, lorsqu’il aura lieu, ne concernera plus qu’environ 16 millions d’électeurs…

Carnoux fait partie de ces communes où un second tour ne sera pas nécessaire, le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi ayant été réélu sans surprise pour son quatrième mandat d’affilé, avec 67,5 % des suffrages exprimés. Son challenger, Gilles Di Rosa, a perdu son pari, avec à peine plus de 16 % des voix, et ne conservera plus que deux élus au conseil municipal, là où il en avait quatre. Quant à la liste citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par Jacques Boulesteix, elle fait une belle percée avec près de 16 % et obtient elle-aussi deux sièges dans le nouveau conseil municipal.

Le maire du Rove, Georges Rosso, réélu dès le 1er tour à plus de 90 ans (photo © David Rossi / La Provence)

Le maire sortant de Carnoux n’est pas le seul du secteur à avoir été facilement réélu dès le premier tour dans une telle ambiance fortement anxiogène que le Chef de l’État lui-même assimile à un état de guerre et qui incite chacun à se regrouper derrière la figure protectrice du premier magistrat de la commune. Danièle Millon à Cassis, Roland Giberti à Gémenos, Gaby Charroux à Martigues, Eric Le Dissès à Marignane ou encore François Bernardini à Istres ont ainsi retrouvé leur fauteuil de maire sans la moindre difficulté, de même que le maire sortant du Rove, le communiste Georges Rosso qui, à 91 ans, vient de se faire réélire haut la main pour son huitième mandat consécutif : un exemple pour le maire de Carnoux ?

L. V.

Aygalades : des eaux nickel chrome, ou presque…

16 mars 2020

La cascade des Aygalades : un petit coin de paradis marseillais… (source © Le retour de la vengeance)

Le ruisseau des Aygalades fait partie de ces petits coins de paradis que la Ville de Marseille a complètement dégradés sous l’effet de l’urbanisation et surtout de l’activité industrielle intense qu’a connue ce secteur au cours du siècle dernier. Une partie des anciennes industries qui fleurissaient dans la zone a fermé ses portes depuis longtemps, laissant ça et là dans le paysage des traces de leur activité, datant d’une époque où personne et surtout pas les patrons d’usines ne se préoccupait de préserver l’environnement.

Terril de résidus de bauxite à Saint-Louis des Aygalades (source © reves2voyages)

Un terril de résidus de bauxite est ainsi encore présent, à deux pas du ruisseau des Aygalades, vestige de l’ancienne usine Alusuisse de fabrication d’alumine qui s’était implantée à Saint-Louis des Aygalades en 1906 et qui employait près de 800 ouvriers en 1913. Modernisée en 1948, l’usine a continué à fabriquer de l’alumine jusqu’en 1968 avant de passer à la production de gallium jusqu’à sa fermeture définitive en 1977.


L’usine Alusuisse en 1913 (photo © Roland Desquines / photos rassemblées par Pierre Mioche et publiées dans Cahiers d’histoire de l’alumine / cairn.info)

Mais d’autres usines métallurgiques ont poursuivi leur activité dans le quartier. Parmi elles, Protec Métaux d’Arenc (PMA), une société créée en 1962 mais installée dans le quartier depuis 1983 et spécialisée dans le traitement de surface des métaux et la peinture pour l’industrie aéronautique. De nombreux dépassements des seuils autorisés par l’arrêté préfectoral de 1992 avaient conduit le site à installer une station d’épuration en 2009 afin de mieux traiter ses effluents industriels avant rejet.

Vue aérienne de l’usine PMA dans le 15ème arrondissement de Marseille (source © geoportail)

Mais durant l’été 2013, des ouvriers qui travaillaient dans le tunnel ferroviaire de Soulat, qui se situe à 400 m en contrebas de l’usine, ont eu la mauvaise surprise de voir suinter des écoulements d’eau étonnamment colorée qui s’est avérée être exceptionnellement riche en chrome hexavalent Cr (VI). Les concentrations en chrome VI mesurées dans ces résurgences atteignaient 127 mg/l ce qui représente plus de 2500 fois la limite maximale jugée admissible qui est de 0,05 g/l, soit 50 microgrammes par litre. Et encore, cette limite maximale autorisée pour l’eau potable prend en compte la totalité du chrome, y compris de chrome III, nettement plus abondant y compris à l’état naturel !

Cette forme d’oxydation rare du chrome se retrouve dans différents produits dont le chromate de strontium ou le trioxyde de chrome, tous utilisés classiquement dans différents procédés de traitement industriels de surface. Sous cette forme, le chrome VI est un cation extrêmement oxydant, particulièrement dangereux tant pour la santé humaine que pour l’environnement. Il est considéré comme mutagène, cancérogène et reprotoxique. Son inhalation est même potentiellement mortelle…

Les investigations menées dès septembre 2013 par les inspecteurs de l’environnement en charge du suivi des installations classées n’ont eu bien entendu aucun mal à remonter la source de ces écoulements riches en chrome VI. Ils ont constaté que les cuves dans lesquelles la société PMA stockait ses produits à base de chrome VI étaient largement fuyardes, permettant au produit de s’infiltrer directement dans le sol vers la nappe phréatique.

Des travaux ont été immédiatement prescrits pour revoir l’étanchéité de ces cuves, et des études ont été lancées pour identifier l’ampleur de la contamination autour de l’usine. Dès 2014, l’usine a été condamnée à payer une amende pour atteinte à l’environnement et le Préfet a adressé un courrier à la Ville de Marseille pour l’avertir du danger et lui demander de prendre un arrêté pour restreindre l’usage des eaux souterraines autour du secteur contaminé.

Arroser ses tomates avec une eau chargée en chrome VI : a éviter… (photo © artursfoto / actu-environnement)

Comme tout quartier ouvrier, le secteur des Aygalades contient en effet de nombreux habitats pavillonnaires avec jardins, le développement industriel de la zone s’étant justement appuyé sur cette proximité de la main d’œuvre, souvent d’origine immigrée (italienne notamment), qui logeait à proximité des sites de production. Juste en aval du site se trouve d’ailleurs le « Jardin du cheminot », avec ses parcelles cultivées par des agents de la SNCF.

Sauf que la Ville de Marseille a mis 6 ans pour réagir à ce courrier en prendre enfin, le 19 mars 2019, un arrêté instaurant un périmètre de sécurité dans un rayon d’un kilomètre autour de l’usine et restreignant l’usage des eaux souterraines dans ce secteur. Bien entendu, le recours à l’eau du robinet n’est pas impacté dans ce périmètre puisque, comme chacun sait, l’eau qui est distribuée dans l’agglomération marseillaise ne vient pas d’ici mais est puisé dans la Durance et le Verdon. Seul le recours aux puits domestiques est donc interdit. Les habitants de la zone impactée n’ont, eux, appris l’information qu’en novembre 2019, par un courrier émanant des services de l’État (DREAL) et non de la Ville.

Si la Ville a fini par réagir sous la poussée des services de l’État, c’est que les mesures effectuées périodiquement par ces derniers depuis 2014, montrent que les concentrations en chrome VI ne baissent que très peu. On retrouve encore, en 2017, 4 ans après la pollution initiale, des concentrations de chrome VI qui dépassent allègrement 40 voire 50 microgrammes par litre, ce qui représente encore plus de 5 fois la limite autorisée.

Et le pire, c’est qu’on constate que cette pollution au chrome a depuis migré dans les eaux de surface. Une étude scientifique, menée entre novembre 2016 et août 2018 par l’Institut méditerranée de biodiversité et d’écologie (IMBE), dont Marsactu s’est fait récemment l’écho, a en effet mis en évidence des taux de chrome VI très inquiétants et totalement hors-norme de 70 microgrammes par litre, précisément en aval de l’usine. Ce qui confirme sans doute possible que le chrome est toujours présent en quantités significatives dans les nappes souterraines où il poursuit sa lente migration vers l’aval.

Tracé du périmètre de restriction de l’utilisation des eaux souterraines autour de l’usine PMA (source © France 3)

Une enquête publique a donc été lancée car le périmètre de sécurité renferme quand même plus de 9000 habitants et contient, outre le lycée Saint-Exupéry ou l’école maternelle Saint-Louis-Consolat, de nombreux jardins dont on ne connaît pas la teneur en chrome VI dans la terre. De nouvelles analyses ont été faites sur 25 puits et forages, dont une quinzaine au moins utilisés régulièrement pour remplir des piscines ou arroser des jardins, et quelques uns montrent encore des concentrations en chrome VI supérieures aux limites autorisées.

Saisi par France nature environnement, le député François-Michel Lambert a d’ailleurs déposé le 18 février 2020, selon actu-environnement, une question écrite au nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, pour lui demander d’ordonner une enquête épidémiologique et toxicologique. « Cette enquête permettra de savoir quelles peuvent être les conséquences de cette pollution sur la population, de soigner les gens intoxiqués si nécessaire, et enfin d’enclencher des poursuites contre les responsables », précise-t-il. Emporté par sa lancée, le député n’hésite pas à frapper fort et envisage carrément de déposer une demande de mise sous tutelle de la ville de Marseille si d’autres « incuries quant à la protection des citoyens » venaient à se produire. A Marseille, on n’y va pas avec le dos de la cuillère, même chromée…

L. V.

A Carnoux, des huîtres en or…

14 mars 2020

Carnoux n’est pas si éloignée de la Méditerranée. Mais c’est de l’étang de Thau, dans l’Hérault, que viennent les huîtres et les moules que chacun peut y déguster. Depuis plusieurs années, en effet, les Carnussiens ont la chance de pouvoir s’approvisionner en huîtres toutes fraîches apportées à domicile par un conchyliculteur installé à Mèze, en bordure de l’étang de Thau et vendues directement du producteur au consommateur : un modèle de circuit court qui évite tout intermédiaire, limite au strict minimum les impacts environnementaux et garantit à la fois une juste rémunération du producteur et un prix très abordable pour le consommateur. A se demander même pourquoi on a inventé les supermarchés alors que les circuits courts de commercialisation sont si avantageux pour tout le monde !

Le stand ambulant de MC Coquillage (source © Facebook / MC Coquillage)

Et, cerise sur le gâteau, voilà que les huîtres de MC Coquillage, vendues chaque semaine à Carnoux du côté du Moulin des Calanques, peuvent désormais s’enorgueillir d’une médaille d’or recueillie début 2020 lors du Concours général agricole organisé à Paris par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Une belle consécration affichée sur le stand de MC Coquillages à Carnoux (photo © JB/CPC)

Cette manifestation festive, qui vient de fêter ses 150 ans puisqu’elle est organisée chaque année depuis 1870, malgré quelques interruptions, en marge du Salon de l’Agriculture, récompense chaque année les meilleurs produits agricoles du terroir. Cette année, ce sont pas moins de 82 produits issus de l’aquaculture qui ont ainsi été primés lors du Concours général agricole, parmi lesquels 6 seulement issus du bassin méditerranéen, dont les fameuses huîtres creuses produites par MC Coquillage, celles-là mêmes que l’on peut acheter à Carnoux en vente directe !

Les huîtres MC Coquillages primées à Paris (source © Concours général agricole)

En Méditerranée, l’essentiel de la production d’huîtres et de moules provient précisément de l’étang de Thau, cette vaste lagune maritime de 7500 hectares, séparée du Golfe du Lion par un cordon littoral sableux qui relie le Mont Saint-Loup au sud, un ancien complexe volcanique situé près d’Agde, au Mont Saint-Clair, au nord, près de la ville portuaire de Sète. Ce site a toujours été favorable pour la récolte puis l’élevage des huîtres. Les fouilles archéologiques effectuées sur la villa gallo-romaine de Loupian et près des rives de l’étang attestent que les Romains, qui adoraient les huîtres (uniquement plates à l’époque) y avaient déjà développé les prémisses d’une activité ostréicole structurée.

La culture des moules y serait apparue plus tard, entre le IV et le Vème siècle, mais il a fallu attendre la seconde moitié du XIXème siècle pour que se développe une conchyliculture plus industrielle, les huîtres étant alors élevées sur des radeaux flottants installés dans les canaux de Sète. La pollution des eaux a ensuite obligé les élevages d’huîtres à se reporter sur des sites moins urbanisés, concentrés désormais au large de Bouzigues et de Mèze, dans la partie nord de l’étang.

C’est en 1925 qu’un entrepreneur en maçonnerie a eu l’idée de remplacer les radeaux flottants par des structures pyramidales immergées en béton, sur lesquelles les coquilles d’huîtres sont collées à l’aide d’un mortier de ciment. Ces structures ont ensuite été remplacées par des pieux en bois de palétuvier,faiblement putrescibles, puis, depuis une trentaine d’années, par des cordages synthétique en nylon, sur lesquels on continue à coller les jeunes huîtres.

Les tables sur l’étang de Thau (source © Facebook / MC Coquillage)

En 1970, pour mettre un peu d’ordre dans les élevages conchylicoles qui avaient tendance à se multiplier de manière totalement anarchique, un remembrement a été organisé. Depuis lors, le nombre des concessions est figé, organisé en 2750 « tables » de dimensions standardisées 12 x 50 m, couvrant au total une superficie de 352 ha. Chacune de ces tables est constituée de 33 pieux entre lesquels sont tendues entre 1000 et 1200 cordes servant de supports aux huîtres. Le tout permet de produire chaque année près de 13 000 tonnes d’huîtres et d’employer environ 2000 personnes, un gros enjeu économique local.

Une table avec ses huîtres sur cordes dans l’étang de Thau (photo © Christophe Fortin / Midi Libre)

Ce dispositif bloque du coup toute nouvelle installation, les exploitations étant reprises souvent au sein de la famille. De fait, la plupart des quelques 150 exploitations de Mèze sont de petites structures familiales où il s’agit d’être fortement polyvalent puisque le conchyliculteur doit maîtriser à la fois les techniques d’élevage, l’entretien des tables, mais aussi les normes sanitaires et environnementales, de plus en plus sévères, ainsi bien sûr que la préparation et la commercialisation de ses produits…

Du fait du développement de l’urbanisation autour de l’étang, les producteurs sont en effet confrontés depuis plus de 30 ans à des crises sanitaires périodiques. Une première interdiction de consommation a frappé le secteur fin 1989 et d’autres se sont succédé depuis. La dernière en date a pris fin le 20 janvier 2020, suite à un constat de présence de germes pathogènes constaté en décembre précédent.

L’étang de Thau, vaste lagune méditerranéenne (source © Syndicat mixte du Bassin de Thau)

De gros efforts ont été fait ces dernières années précisément pour améliorer le traitement des eaux usées et des rejets industriels tout autour de l’étang de Thau, afin de réduire ces risques de pollution accidentels ou saisonniers. Plusieurs contrats de lagune ont été mis en œuvre, ainsi qu’un contrat de gestion intégré du territoire, porté par le Syndicat mixte du bassin de Thau, et qui a permis d’engager plus de 500 millions d’euros d’investissement entre 2012 et 2018.

Associant pas moins de 11 partenaires, ce contrat a permis d’engager une gestion plus équilibrée de la ressource en eau et une meilleure préservation de la qualité de l’eau et du milieu aquatique, dans le cadre d’une gouvernance où se retrouvent aussi bien l’État que les collectivités locales, aux côtés de l’Agence de l’Eau mais aussi de la Prud’hommie de l’étang de Thau ou du Comité régional conchylicole de Méditerranée. Un bel exemple d’action concertée pour laquelle enjeux économiques et environnementaux se rejoignent…

L. V.

Et si Carnoux passait au vert ?

8 mars 2020

Un dessin militant de Philippe Geluck…

Dans une semaine, dimanche 15 mars 2020, se tiendra le premier tour des élections municipales, à Carnoux-en-Provence comme dans les près de 35 000 communes que compte la France. Contrairement à la dernière échéance, en 2014, où pas moins de 5 listes se présentaient, cette fois le paysage électoral est nettement plus dégagé et tout laisse penser que l’affaire sera réglée dès le premier tour. Exit le Rassemblement national qui n’avait obtenu qu’un seul élu en 2014 malgré ses scores électoraux pléthoriques à Carnoux et qui ne présente donc pas de liste cette année. Exit également Gérard Garcia qui est passé du statut d’opposant déterminé à celui de soutien inconditionnel au maire sortant, au point de laisser son propre fils figurer en bonne place sur la liste de ce dernier.

Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer depuis 37 ans à Carnoux (source © Ensemble pour Carnoux)

Un maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, qui n’a même pas pris la peine de faire réellement campagne tant il est persuadé d’être réélu, et qui n’a pas vraiment jugé utile d’élaborer un véritable programme, se contentant de mettre en avant sa très longue expérience d’élu municipal, depuis 1983 et sa parfaite connaissance des procédures pour monter des dossiers de demandes de subvention auprès du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, lequel finance à tout va tous les projets d’investissements de la commune, même les plus farfelus. Sa gestion des finances communales, dont il fait le seul et unique argument de sa campagne, est pourtant loin d’être irréprochable, elle qui a fait l’objet d’un rapport au vitriol de la Chambre Régionale des Comptes, pointant de graves irrégularités et un manque flagrant de transparence.

Mais celui qui incarnait l’opposition dans la municipalité sortante (tout en votant sans discuter la plupart des décisions importantes) et qui a mis en avant les errements financiers du maire actuel, Gilles Di Rosa n’est jamais qu’un des anciens fidèles soutiens de Jean-Pierre Giorgi. S’il n’a pas pu être son adjoint en 2008, c’est simplement parce que son élection avait été invalidée et qu’il avait été déclaré inéligible, du fait de sa fonction professionnelle aux Renseignements Généraux, sur le territoire même où il briguait le suffrage des électeurs. Un comportement assez révélateur d’un représentant de l’autorité qui réclame l’application sévère des règles de droit mais qui n’imagine pas qu’il pourrait lui même les respecter…

Gilles Di Rosa, une vraie ambition (très personnelle) pour Carnoux (source © site Facebook du candidat)

Depuis 6 ans, les 4 conseillers d’opposition menés par Gilles Di Rosa n’ont guère été forces de proposition et il faut bien constater que la ville, dirigée par Jean-Pierre Giorgi depuis bientôt 20 ans s’enfonce dans l’immobilisme, tout en affichant sur d’immenses panneaux publicitaires payés à l’année le slogan « Carnoux avance », tel un mantra supposé masquer la triste réalité. Privilégiant l’entre-soi et le clientélisme, la pratique politique locale décourage les jeunes et les forces vives de la commune qui se détournent peu à peu de la vie publique et associative. La commune dispose de luxueux équipements culturels et sportifs mais qui se vident peu à peu de leur substance, faute d’être accessibles à tous…

Peut-être le moment est-il venu de tourner la page de cette gestion communale d’un autre temps et de s’attaquer enfin aux grands enjeux de notre temps ? Préparer la transition énergétique en promouvant l’isolation thermique des bâtiments et le recours aux énergies renouvelable pour le chauffage et les transports, afin de limiter autant que possible le réchauffement climatique qui menace l’avenir même de l’humanité : l’objectif est global mais sa mise en œuvre, pour être efficace, doit être locale et l’affaire de tous. La commune est le bon échelon pour initier de telles évolutions, dans la concertation.

Car la commune est par excellence le lieu de la démocratie de proximité. C’est dans ce cadre que l’on peut se mobiliser, s’appuyer sur l’intelligence collective et s’accorder sur les investissements qui prépareront la société de demain. Logement, cadre de vie, transports collectifs, aménagement du territoire, développement économique, équipements publics, autant de sujets qui concernent notre vie quotidienne et qui demandent une approche concertée et collaborative.

Un extrait du programme de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire (source © site CCES)

C’est dans cette optique que s’affiche délibérément la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, conduite par le scientifique Jaques Boulesteix, et qui comporte plusieurs membres du Cercle progressiste carnussien. C’est la première fois à Carnoux qu’une liste se présente ainsi en mettant en avant des propositions concrètes pour mieux préserver notre environnement, développer le recours aux budgets participatifs, introduire une véritable pratique de la démocratie participative de proximité, renouveler l’esprit de solidarité, bref engager une autre approche de la vie publique locale pour faire face ensemble aux véritables défis de notre société moderne.

Prendre enfin à bras le corps le problème de la pollution et de l’insécurité occasionnée par le flot incessant de voitures qui traversent chaque jour le centre ville de Carnoux, l’un des axes routiers les plus fréquentés du département, engager des projets de verdissement de notre espace urbain, chercher des solutions aux difficultés de logement des jeunes générations, développer un réseau de transports en commun plus performant et plus fiable, mettre en œuvre des panneaux photovoltaïques sur les bâtiments publics et optimiser leur système de chauffage et d’isolation thermique, autant de chantiers qui devront être pris à bras le corps dans les années à venir et qui demandent un véritable changement de pratiques à la tête de la municipalité de Carnoux. Alors chiche : et si Carnoux passait enfin au vert ?

L. V.

Faut-il avoir peur du coronavirus ?

7 mars 2020

L’affaire est en train de tourner à la psychose collective. La pandémie de coronavirus qui s’étend peu à peu génère des comportements de panique et de repli sur soi. Ce qui n’était perçu il y a quelques mois encore que comme un gros rhume un peu spécifique centré sur la ville chinoise de Wuhan, est en passe de devenir un fléau mondial qui incite certains à cesser toute activité sociale, à faire des stocks de pâtes au supermarché puis à se calfeutrer chez soi…

Un dessin du Canadien Côté (source © Le Monde)

A ce stade, début mars 2020, on recense désormais plus de 100 000 cas déclarés de personnes touchées par cette épidémie dénommé COVID-19 (pour coronavirus desease 2019) dont la majorité apparaissent désormais dans d’autres pays que la Chine, foyer initial mais qui a très rapidement essaimé sur toute la planète grâce aux bienfaits de la mondialisation des échanges. A ce jour, ce sont au moins 96 pays qui sont concernés, le premier cas d’infection hors territoire chinois ne datant que du 13 janvier 2020, ce qui atteste en tout cas de la vitesse de propagation du phénomène.

Les symptômes du Coronavirus (infographie © Le Parisien)

A ce jour, on considère qu’un peu plus de 3400 personnes sont décédés suite à cette maladie dont plus de 3000 sur le seul territoire chinois, même si d’autres foyers importants ont été identifiés notamment en Corée du Sud, en Iran ou en Italie. La France fait désormais partie des pays européens les plus concernés. On recense à ce jour 613 cas déclarés, un chiffre qui augmente de jour en jour. On dénombre à ce jour 9 morts sur le territoire national et une petite quarantaine de cas considérés dans un état grave. La totalité des régions métropolitaines est désormais concernée avec au moins sept cas dans le département des Bouches-du-Rhône.

Faut-il pour autant céder à la panique ? Certains s’en défendent et préfèrent utiliser l’humour, comme ce commerçant belge qui a organisé une campagne de promotion originale destinée à doper les ventes de la bière de marque Corona, dont les ventes ont chuté de 38 % aux États-Unis par le seul fait de l’homonymie avec le virus… Le Shop and go de Bruxelles a trouvé la parade en offrant à ses clients des lots attractifs : « 2 Corona achetées = 1 Mort subite offerte« . Un humour belge qui a ravi les réseaux sociaux mais que n’a guère goûté la Direction du groupe de distribution Delhaize qui a fait rapidement retirer les affiches !

De l’humour belge qui ne fait pas rire tout le monde…. (source © RTBF)

Pourtant, les coronavirus ne sont pas des inconnus. Il s’agit d’une famille de virus spécifiques à nombre de mammifères et d’oiseaux, qui provoquent, chez l’homme, des infections des voies respiratoires, simples rhumes la plupart du temps, mais avec des formes parfois plus graves comme lors de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui avait déjà sévi en 2002-2003, provoquant près de 800 morts en Chine, Hong Kong et Singapour. La pneumopathie qui a atteint plusieurs patients à Wuhan en décembre 2019 avant de se répandre un peu partout, est issue d’une forme pathogène spécifique de coronavirus, identifié sous le nom de SARS-CoV 2 et dont on découvre peu à peu les caractéristiques.

Le professeur Eric Caumes (source © Edimark)

Selon un article très pédagogique rédigé par le journaliste médecin Jean-Yves Nau, à partir d’éléments communiqués par le professeur Eric Caumes, expert en infectiologie à la Pité-Salpêtrière, le taux de mortalité de cette infection reste très faible et concentré sur les personnes âgées et fragiles : les enfants et jeunes adultes en bonne santé ne meurent pas de cette pathologie. Le taux de contagion est du même ordre que celui d’une grippe classique : une personne infectée en contamine en moyenne 2 à 3. Mais certains font beaucoup mieux, sans qu’on sache très bien à quoi sont dues ces capacités de « super-propagateurs » : un Britannique, pourtant désormais en pleine forme, a ainsi contaminé à lui tout seul au moins une quinzaine de personnes, dont des Français croisés à la station de ski des Contamines-Montjoie…

La difficulté principale liée à cette infection est que 35 à 50 % des patients contaminés sont porteurs sains et ne présentent aucune pathologie. Ce taux, qui varie selon les études, reste encore à préciser, mais il est en tout cas très élevé, ce qui complique fortement les politiques publiques de prévention. Une telle épidémie est tout simplement impossible à arrêter par des méthodes classiques de prévention… Pour l’instant, on soigne les symptômes mais aucun traitement n’est encore disponible pour éradiquer l’infection. Ce n’est pas forcément très grave puisque le taux de mortalité reste relativement faible. La principale crainte des épidémiologistes n’est pas que la pandémie provoque de nombreuses victimes, mais surtout qu’elle ne vienne engorger nos établissements de santé déjà complètement débordés et à bout de souffle…

Un dessin signé Picou publié dans le Petit Bleu des Côtes d’Armor (source © Actu insolite)

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi les consignes diffusés par les autorités sanitaires ont évolué aussi rapidement. Contenir la diffusion de la maladie en mettant en quarantaine (en fait en isolant pendant 14 jours seulement puisque la durée d’incubation est assez brève) ceux qui revenaient d’un pays jugé à risque n’avait de sens que pendant une certaine période. Dès lors que l’épidémie est installée en France avec des foyers un peu partout, rien ne sert de maintenir de telles consignes. L’objectif actuel est donc d’éviter que les personnes infectées, et qui pour la plupart ne s’en rendent même pas compte, ne contaminent d’autres jugés fragiles. D’où les conseils visant à se laver fréquemment les mains, à conserver autant que possible une distance de sécurité avec les autres et de ne pas rendre visite plus que nécessaire aux personnes âgées et en mauvaise santé, afin de les protéger de toute contamination inopportune.

Bref, l’épidémie COVID-19 n’est pas la peste du XXIe siècle ! Rien ne sert de s’affoler face à une épidémie qui se propage très vite mais qui n’est pas si dangereuse en termes de santé publique. Les conséquences sociales et économiques liées à la gestion de la crise seront sans aucun doute plus graves que les dommages sanitaires proprement dits, surtout si viennent se manifester des peurs irrationnelles et des fantasmes irraisonnés, sources de comportements inadaptés. Une bonne occasion de vérifier si, comme le disait le philosophe, l’Homme est bien un animal doué de raison….

L. V.

Le prochain maire de Rennes sera-t-il un chat ?

2 mars 2020

C’est Edwy Plenel, en observateur assidu de la vie politique française qui le rappelait avec sa grande finesse habituelle au micro de LCI entre les deux tours des dernières législatives de juin 2017, face au raz de marée annoncé en faveur des candidats se présentant au nom de la majorité présidentielle juste après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron : « Un âne aurait l’étiquette En Marche, il aurait été élu« . De fait, les députés se présentant avec l’étiquette LREM ont trusté les bancs de l’assemblée quelques jours plus tard, mais force est de constater qu’aucun âne n’a néanmoins été élu député, même si certains peuvent encore avoir des doutes sur la question…

Statue probable de Caligula à cheval (source © British Museum)

Ce ne serait pourtant pas la première fois qu’un équidé assure une fonction de représentation politique de premier plan. Sans remonter jusqu’à Alexandre le Grand qui n’avait pas hésité à élever son fameux cheval Bucéphale au rang de divinité, l’Histoire a quand même retenu que l’empereur romain Caligula avait envisagé fort sérieusement, selon l’écrivain Suétone, d’accorder à son cheval Incitatus le rang de consul, lui qui bénéficiait déjà, du fait de son statut de vedette des courses de chars, d’une écurie en marbre avec râtelier en ivoire, couverture pourpre et collier incrusté de pierres précieuses.

Le cochon Pigasus confronté à une campagne militante parfois houleuse (source © Lexiconangel)

Plus près de nous, en 1968, une bande de jeunes aux idées larges et à l’esprit quelque peu embrumé par la marijuana, représentant le Youth International Party (autrement dit, les Yippies), n’avait rien trouvé de mieux que de soutenir comme candidat à la présidence des États-Unis un cochon nommé Pigasus. Le jeu de mot était audacieux, allusion à un porc (pig) à qui aurait poussé des ailes comme à Pégase, le défunt cheval fabuleux de la mythologie grecque. Annoncée durant les émeutes qui ont émaillé la convention démocrate de Chicago en août 1968, la candidature du cochon Pigasus amena ce digne représentant de la race porcine à mener campagne au cours d’une tournée valeureuse mais qui ne lui permis cependant pas d’accéder à la magistrature suprême.

François Mitterrand avec sa chienne Baltique.(photo © Vincent Amalvy / René Jean / AFP / France Soir)

François Mitterrand lui-même avait paraît-il envisagé, par dérision naturellement, de nommer au Conseil économique et social sa fidèle chienne Labrador Baltique, celle-là même que Michel Charasse, qui vient de disparaître à son tour, a dû tenir en laisse sur le perron de l’église de Jarnac pendant tout le temps que dura la cérémonie religieuse de funérailles de l’ancien Président de la République, le 11 janvier 1996. La grande proximité du célèbre labrador noir présidentiel avec les arcanes du pouvoir ont d’ailleurs conduit la chienne à publier ses mémoires en 4 tomes, aux éditions Hachette sous le titre Les Aboitim. En réalité, un pastiche du Verbatim de Jacques Attali, dont les deux premiers tomes ont été rédigés par Patrick Girard et Stéphane Benhamou, tandis qu’un autre ouvrage de confidences était publié en 1996 sous le titre : Baltique, Le gros secretpropos recueillis par Patrick Rambaud.

Le chat Subbs, en juillet 2006, dans l’exercice de ses fonctions de maire de son village en Alaska (photo © Jenni Konrad / BFM TV)

Aux États-Unis toujours, certains n’ont pas hésité à élire un animal comme maire de leur commune. L’affaire a commencé en 1997 dans le localité de Talkeetna, en Alaska. Mécontents des candidats en lice, les habitants de ce bourg ont préféré voter en masse pour un petit chaton roux dénommé Stubbs, découvert quelques jours plus tôt dans les rues de la ville. Le poste est honorifique car en réalité Talkeetna est rattaché à une autre commune où siège le véritable conseil municipal. Mais le chat Stubbs a donné entière satisfaction à ses administré et a été constamment réélu jusqu’à sa mort en 2017, ses concitoyens constatant que « il n’augmentait pas les impôts et ne se mêlait pas du commerce« . Un édile parfait en somme…

Lincoln, élue maire de Fair Haven aux États-Unis (photo © Robert Layman / Rutland Herald / AFP / RTL)

Du coup, d’autres communes ont pris exemple sur cette pratique et l’on a vu ainsi récemment, en mars 2019, une chèvre se faire élire maire de Fair Haven, une petite ville de 2500 habitants, située dans le Vermont, au nord-est des États-Unis. Pompeusement dénommée Lincoln, la jeune chèvre l’a emporté d’un cheveu (d’un poil ?) sur son challenger, le chien Sammie, dans un scrutin qui comptait pas moins de 16 candidats dont de nombreux chats et chiens, mais aussi une gerbille. Certes, le poste est, là encore, surtout honorifique puisque la gestion de la ville est entre les mains d’un « town manager », mais la chèvre Lincoln devra néanmoins se farcir les manifestations officielles affublée de son écharpe de maire taillée sur mesure, depuis le défilé du Memorial Day jusqu’au festival des pommes, une attraction festive locale…

Serge Scotto avec le chien Saucisse (photo © F. Speich / La Provence)

Mais voilà que la France se met à son tour de la partie. Il faut dire qu’il y a eu un précédent célèbre, à Marseille même où, lors des élections municipales de 2001, le chien Saucisse était tête de liste dans le 1er secteur de la ville. En réalité, le teckel en question, un chien errant recueilli tout jeune par la maison d’édition L’Écailler du Sud et adopté par l’écrivain Serge Scotto qui en avait fait le héros de plusieurs de ses romans policiers, était simplement la mascotte d’une liste alternative portant son nom et qui avait pour slogan : « pour une sauciété plus humaine, contre une vie de chien !« … Un programme qui permit quand même de réunir 4,5 % des suffrages exprimés, soit davantage que la liste du mouvement gaulliste, le RPF ! Un beau succès donc, au point que le chien Saucisse, grisé par sa notoriété politique, chercha à se présenter à la présidentielle de 2002, mais il ne put malheureusement recueillir les 500 signatures nécessaires…

Après un tel précédent, c’est maintenant un chat qui fait parler de lui à l’occasion des prochaines élections municipales de mars 2020 où il est officiellement candidat sur la liste de La France Insoumise à Rennes. Une liste menée par Enora Le Pape qui, à 34 ans, avait éliminé au premier tour des législatives de 2017 le président socialiste de Rennes Métropole, Emmanuel Couet, avant de s’incliner au second tour face au candidat de la République en marche (qui n’était pourtant pas un âne mais un certain Florent Bachelier). La voila maintenant à la tête de la liste LFI pour les municipales et cette liste présente donc en 61ème position, un candidat mystère dont le nom n’a été révélé que le 22 février dernier par le quotidien local, Le Télégramme. Il s’agit du chat REC (comme le nom de la liste, intitulée Rennes en commun).

Enora Le Pape et le chat REC lors de la présentation des candidats pour les municipales à Rennes

Bien entendu, c’est un humain qui lui servira officiellement de prête-nom et dont l’identité figure sur la liste déposée officiellement en Préfecture car, même en Bretagne, les chats ne sont pas encore éligibles aux municipales. Mais c’est bien le chat qui figurera sur toute la communication et les affiches de campagne. Il ne sera d’ailleurs pas en position éligible même si ses colistiers sont optimistes sur leurs chances de succès. Le codirecteur de campagne, Félix Boulanger (à ne pas confondre avec Félix le chat) justifie ce choix par le fait qu’il existe 200 000 animaux de compagnie à Rennes et que REC méritait donc bien une place sur la liste pour séduire cet électorat qui certes, n’a pas (encore) le droit de vote mais ne manque pas d’une certaine influence sur ses propriétaires.

Choisir un chat comme représentant politique ne manque d’ailleurs pas de pertinence car, comme l’avait déjà observé l’historien Hippolyte Taine, « J‘ai étudié beaucoup de philosophes et de nombreux chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure« . Et ne parlons même pas de celle de certains de nos élus

L. V.