Eau potable : des ressources locale insoupçonnées

by

Chacun sait qu’à Carnoux comme dans quasiment toute l’agglomération marseillaise et désormais une bonne partie du Var, l’essentiel de l’eau potable que nous consommons est puisée dans la Durance et dans le Verdon, acheminée sur de longues distances par un immense réseaux de canaux, dont celui de Marseille et celui de Provence. Après avoir été soumise pendant des siècles au spectre de la sécheresse qui tarit les sources et assèche les rivières au plus fort des étés torrides, la région s’est très largement affranchie de ce frein à son développement, grâce à ce transfert massif d’eau depuis les cours d’eau alpins.

De ces temps anciens où l’eau était un bien rare et cher nous sont restés de multiples ouvrages réalisés à grand renfort de main d’œuvre et soigneusement entretenus au fil des siècles : aqueducs, canaux d’irrigation, fontaines et autres captages. L’un d’eux est une véritable curiosité locale : il s’agit d’un puits aérien conçu pour tenter de capter l’eau de condensation. Bâti sur la commune de Trans-en-Provence, à proximité de Draguignan, ancienne préfecture du Var, cet édifice méconnu mérite qu’on s’y attarde…

Arbre fontaine à Oman

Arbre fontaine à Oman

L’idée de condenser l’humidité ambiante de l’air pour en récupérer l’eau est ancienne. Les bergers de l’ïle El Hiero aux Canaries l’utiliseraient depuis le XVIIe siècle et d’autres contrées désertiques se sont emparées de l’idée, implantant des réservoirs sous les arbres afin d’y recueillir les fines gouttelettes qui se condensent sur le feuillage des arbres pendant les nuits fraîches. Depuis les années 1980, de multiples projets de filets attrape-brouillard se sont ainsi développés non seulement dans les îles de l’Atlantique mais aussi au Chili ou au Pérou.

Filet condenseur aux Canaries

Filet condenseur aux Canaries

A la fin du XIXe siècle, l’ingénieur Zibold, chargé de l’alimentation en eau de la ville de Féodosia en Crimée avait mis à jour de gigantesques cônes de pierres à proximité du réseau très sophistiqué de canalisations d’eau anciennes, ce qui l’avait amené à imaginer que ces anciens édifices étaient d’antiques condenseurs d’eau servant à capter la rosée nocturne. Une expérience de reconstitution de ces pyramides a été tentée en 1905 et s’est soldée par un échec. Depuis, cette hypothèse a été abandonnée, mais un Français, Léon Chaptal, s’en est inspiré pour tester le procédé en 1929 à Montpellier, aboutissant là encore à un résultat décevant.

Pourtant, l’ingénieur belge Marie-Frédéric Knapen, inventeur d’un procédé très astucieux d’assèchement des murs pour lutter contre les remontées capillaires dans les vieux monuments, lance lui aussi l’idée, lors d’un congrès de l’eau à Alger en 1928, de capter l’humidité de l’air ambiant pour la concentrer après condensation dans un « puits aérien ». Le projet n’ayant pu se faire en Afrique du Nord, l’ingénieur décide de s’y atteler à Trans-en-Provence où il s’installe en 1930. Il choisit un terrain abrité du mistral à 180 m d’altitude, sur la colline du Clos de l’Hermitage, et se lance dans une construction pharaonique.

Blog104_PhTrans1Le résultat, qui est toujours visible de nos jours, ressemble vaguement à un immense pigeonnier en forme de coupole percée d’une multitude d’orifices. Cette construction en pierres maçonnées, qui mesure plus de 12 m de hauteur et autant de diamètre pour une épaisseur de 2,50 m à la base, n’est que l’enveloppe extérieure. Une porte permet d’y pénétrer et débouche sur un couloir périphérique destiné à recueillir les eaux de condensation. La structure interne est le puits aérien proprement dit, d’un diamètre de 3,20 m, construit en béton et dont le centre est constitué par un tube métallique. La paroi externe de ce puits central est recouvert de 3000 plaques d’ardoises destinées à condenser l’eau qui doit ensuite s’écouler au centre du puits par l’intermédiaire de tubes de 3 cm de diamètre.

D’après les calculs de l’ingénieur Knapen, l’air humide devait pénétrer par les orifices supérieurs de la cloche, se condenser sur les plaques d’ardoise de la structure centrale plus froide puis ressortir par les orifices à la base de la structure. Il avait estimé pouvoir ainsi récupérer 30 à 40 m3 d’eau par jour. En réalité, les quantités d’eau recueillie ne dépassèrent pas 10 litres les jours les plus favorable ! Il faut dire que le climat local s’est avéré nettement moins favorable que celui des contrées désertiques algériennes, avec de trop faibles écarts de température entre le jour et la nuit. Et la structure s’est révélée avoir une inertie thermique excessive qui en atténue l’efficacité.

Blog104_PhTrans2Le puits aérien de Trans fait désormais partie du patrimoine local et des expérimentations scientifiques peu concluantes. Ce n’est certainement pas par cette voie que notre région s’affranchira un jour des transferts d’eau depuis la Durance. En revanche, il apparaît de plus en plus que notre région regorge de ressources en eau souterraines qui elles, pourraient bien assurer une part importante de nos besoins en eau potable. Le massif de la Sainte-Baume est à cet égard un véritable château d’eau qui pourrait contribuer davantage à nos besoins locaux, mais d’autres nappes souterraines s’avèrent localement très prometteuses.

Carte structurale du puits de l'Arc (données BRGM)

Carte structurale du puits de l’Arc (données BRGM)

La société du Canal de Provence ne s’y est d’ailleurs pas trompée qui s’est appropriée en 2004 le puits de l’Arc, réalisé à Rousset initialement pour l’exploitation du lignite. Il s’agit en fait de deux forages descendus à 400 m dans l’aquifère profond du Jurassique et dans lesquels les Houillères pompaient 13 millions de m3 par an pour l’alimentation du complexe industriel de Gardanne. En juillet 2014, ces forages ont fait l’objet d’un essai de pompage exceptionnel conduit par le BRGM afin d’évaluer les capacité de ce vaste aquifère alimenté par l’eau de pluie qui tombe sur le massif de la Sainte-Victoire et celui du Reganas. Six pompes ont été nécessaires pour cet essai de pompage qui a mis en évidence que l’eau était de très bonne qualité et en quantité suffisante pour envisager un débit d’exploitation considérable puisque les débits de pompage ont atteint 1,2 m3/s. Rappelons à titre de comparaison que les besoins en eau de la ville d’Aix ne dépassent pas 700 l/s, que ceux de Toulon atteignent de l’ordre de 1,5 m3/s et que toute la ville de Marseille a besoin en gros de 10 m3/s. On voit donc quelle importance peut constituer cette nappe d’eau souterraine pour les besoins locaux, ne serait-ce que comme ressource d’appoint en cas de dysfonctionnement des approvisionnements par le canal de Provence et le canal de Marseille.

Voilà en tout cas une voie qui paraît plus prometteuse que les élucubrations de l’ingénieur Knapen…

L. V. LutinVertPetit 

Publicités

Étiquettes : ,

4 Réponses to “Eau potable : des ressources locale insoupçonnées”

  1. Zack Says:

    What’s up every one, here every person is sharing these kinds of
    know-how, thus it’s good to read this blog, and I used to pay a visit this webpage every day.

  2. Grosse affluence pour les rivières souterraines de Cassis ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] drainent le plateau calcaire sous nos pied. Peut-être qu’une meilleure connaissance de ces ressources en eau souterraines sera bien utile pour apporter un jour des compléments à notre système actuel […]

  3. Gardanne valorise ses friches minières | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] durables comme celle de Volvic qui y produit son jus de fruit Oasis avec l’eau du puits de l’Arc, la zone industrielle vivote pendant une vingtaine d’années, tenue à bout de bras par les […]

  4. Galerie des Janots : une découverte insolite… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] technique destinée à apporter aux Ciotadens l’eau issue de la Durance, alors même que de l’eau circule en abondance à travers les interstices de ce massif, comme en témoigne l’importance du volume […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.


%d blogueurs aiment cette page :