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Municipales : l’appétit vient en mangeant…

19 novembre 2019

Il y a tout juste un an, en novembre 2018, toute la presse, le Figaro en tête, ne bruissait plus que de cela : la moitié des maires ne souhaitait plus se représenter. Selon une enquête conduite par l’Association des maires de France (AMF) et le CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po, dans le cadre de l’Observatoire de la démocratie de proximité. 49 % exactement des quelques 4500 élus locaux interrogés, préféraient tirer leur révérence et abandonner leur fauteuil de maire pour se consacrer à leur famille.

Au congrès des maires de France, le 18 novembre 2015 (photo © Corentin Fohlen / Divergence / Libération)

De quoi tirer quelques larmes de compassion à quelques jours de l’ouverture du traditionnel congrès annuel des maires de France, pour plaindre ces élus mal considérés et parfois malmenés, réduits à jeter l’éponge faute de reconnaissance de leur dévouement sans faille au service de l’intérêt général. Ajouté à cela, un autre chiffre tout aussi alarmant circulait, celui des 1021 maires recensés par le Figaro qui avaient claqué leur démission entre mars 2014 et août 2018, dont pas moins de 386 depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, un an auparavant, en 2017.

Des chiffres assez inhabituels en effet, qui exprimaient un malaise évident de nos édiles confrontés à un individualisme et des comportements purement consuméristes de la part de leurs concitoyens prêts à les insulter voire à les traduire en justice au moindre manquement de leur part, mais bien peu reconnaissant de leur engagement personnel au service de la collectivité.

Maire de petite commune rurale, un sacerdoce ? Dessin de Deligne publié dans Le Berry Républicain

Un mouvement qui touchait d’ailleurs principalement les toutes petites communes ou, de fait, le maire est souvent bien seul pour faire face à un cadre réglementaire de plus en plus complexe et des exigences administratives toujours plus lourdes. Mais pour les villes de plus de 5000 habitants, la situation était déjà bien différente puisque 75 % des édiles interrogés affirmaient déjà haut et fort leur volonté de se représenter.

Un an plus tard, alors que le congrès suivant de l’AMF vient d’ouvrir ses portes et alors que les élections municipales se profilent dans quatre petits mois, la situation a bien évolué et les maires ont complètement oublié leur coup de blues passager pour se lancer avec rage et détermination dans la course aux investitures et la bataille électorale. La dernière enquête du CEVIPOF publiée par l’Observatoire de la démocratie de proximité est formelle : seuls 28 % des maires en place affirment encore ne plus vouloir se représenter aux prochaines élections !

Extrait du sondage AMF – CEVIPOF de novembre 2019 (source © Le Monde)

Même dans les plus petites communes de moins de 500 habitants, plus de 42 % des maires en place seront de nouveau en lice pour les prochaines municipales, et sans doute bien davantage puisque 28 % se disent encore indécis, par coquetterie sans doute tant il est bon de se laisser aller à la douce pression de ses amis pour se laisser convaincre qu’on est vraiment indispensable…

Dans les grandes villes de plus de 30 000 habitants, manifestement la place est bonne puisque 97,5 % des élus interrogés sont sûr de se représenter ou, pour une petite minorité d’entre eux, font mine d’encore hésiter. Bien entendu, les deux-tiers d’entre eux affirment que c’est d’abord pour faire plaisir à leur entourage ou à leur famille politique qu’ils cèdent ainsi à l’appel de la Nation même si un quart des maires interrogés, quelle que soit la taille de leur commune, reconnait bien volontiers que le fait d’avoir exercé cette fonction a été très positif pour leur vie personnelle, sans qu’il soit précisé si cela se mesure en termes d’enrichissement personnel ou de reconnaissance sociale…

Dessin de Gros paru dans Marianne le 15 novembre 2019

Une chose est sûre, le pessimisme ambiant qui plombait le moral de nos édiles l’an dernier s’est brusquement envolé. Alors qu’ils n’arrêtaient pas de pleurnicher sur la baisse des dotations et la difficulté de boucler leur budget, ils sont désormais 90 %, à l’approche des élections, à considérer que l’état des finances de leur commune est bon et s’est même considérablement amélioré. Un optimisme qui contraste d’ailleurs quelque peu avec celui de leurs concitoyens, manifestement mal informés : tous les maires de grandes villes (plus de 100 000 habitants) interrogés assurent que la situation financière de leur commune est excellente alors que 27,7 % seulement de leurs électeurs portent le même jugement…

Même le regard sur l’intercommunalité a changé. Jusque-là présentée comme la source de tous les maux au point que les élus locaux l’ont majoritairement combattu avec la dernière énergie, à l’image d’une Maryse Joissains qui s’est battu bec et ongle contre l’instauration de la métropole Aix-Marseille-Provence, l’intercommunalité est désormais regardée avec bienveillance par la grande majorité des maires interrogés. Seuls 24 % d’entre eux estiment qu’elle fonctionne mal !

Incontestablement l’approche des élections municipales a redonné un punch incroyable à nos élus locaux qui se frottent déjà les mains à l’idée de la campagne électorale à venir. Contrairement à ce que laissaient entendre les oiseaux de mauvais augure il y a tout juste un an, et en dehors de quelques petites communes rurales totalement désertées de leurs forces vitales, tout laisse à penser que le nombre de listes en compétition atteindra, cette année encore, des records étonnants, prouvant une fois de plus le bel appétit des Français pour le débat politique et la démocratie locale, la gestion de l’intérêt général, ou tout simplement le goût du pouvoir ?

L. V.

Deflesselles roule pour Total

17 novembre 2019

Bernard Deflesselles présentant une conférence sur le changement climatique à La Ciotat, le 27 juin 2019 (source : Ville de La Ciotat)

Notre député Bernard Deflesselles vient une nouvelle fois de montrer son vrai visage. Rapporteur des négociations internationales sur le changement climatique à l’Assemblée nationale, comme il aime se présenter lorsqu’il anime, comme c’était le cas à La Ciotat le 27 juin dernier, des conférences pour expliquer à tout un chacun ce qu’est le réchauffement climatique et comment il faut lutter contre, voilà qu’il vient de se distinguer en montrant une fois de plus sa mauvaise foi bien connue…

Corapporteur d’un rapport d’information sur la Diplomatie climatique, déposé le 28 novembre 2018 sur le bureau de l’Assemblée nationale, notre député y dissertait doctement sur les graves menaces que fait peser le réchauffement climatique sur l’avenir de l’humanité, rappelant au passage que « la politique des petits pas ne suffit plus » et qu’il faut un changement radical pour espérer encore atteindre les objectifs de l’accord de Paris qui suppose une réduction de 45 % de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2010 alors que jusque-là on observe plutôt une augmentation de 5 à 10 %.

Un vrai discours de militant engagé et responsable ! Sauf que dans les faits, Monsieur le Député Deflesselles se moque complètement de ce que peut bien écrire le rapporteur Deflesselles dans ses belles envolées lyriques sur l’avenir de la planète. Il vient d’en administrer une preuve flagrante en s’associant au combat peu glorieux de 3 autres députés des Bouches-du-Rhône, pour déposer en catimini un amendement écrit à la demande du groupe Total et destiné à rétablir l’exonération fiscale sur l’huile de palme comme biocarburant.

Plantation de palmiers à huile en Asie du Sud-Est, en mars 2018 (photo © Januar / Getty Images / The Epoch Times)

On sait pourtant que la production de palmiers à huile est, en Indonésie et en Malaisie notamment, la principale cause de la déforestation des forêts primaires, ce qui a pour effet la disparition d’un milieu naturel servant, non seulement de puits de carbone pour absorber des quantités importantes de CO2, mais aussi d’abri à une biodiversité aussi riche que gravement menacée.

Cette considération a d’ailleurs poussé l’Union européenne à demander à ses États membres de prendre des dispositions pour stopper dès que possible et, en tout état de cause avant 2030, l’exonération fiscale dont bénéficient les 900 000 tonnes d’huile de palme importées chaque année en Europe et dont 75 % sont destinés à finir dans le réservoir de nos véhicules.

Des militants de Greenpeace lors du blocage de la raffinerie du groupe Total de la Mède, près de Marseille, le 29 octobre (photo © Boris Horvat / AFP)

En France, cela a été l’objet d’un débat virulent qui s’est tenu il y a tout juste un an, lors de la préparation de la loi de finances pour le budget 2019. De nombreux lobbyistes à la solde du groupe Total, principal intéressé à la défiscalisation des biocarburants à base d’huile de palme, en particulier pour les besoins de sa raffinerie de La Mède qui prévoit d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huile de palme par an, avaient alors bataillé ferme pour poursuivre ce cadeau fiscal qui rapporterait de l’ordre de 70 à 80 millions d’euros par an à Total, au détriment du contribuable…

A l’époque, les débats à l’Assemblée nationale avaient été particulièrement houleux mais les députés avaient finalement choisi la voie de la raison en mettant un terme à ce cadeau fiscal aux conséquences environnementales désastreuses. Le groupe Total bien entendu n’a pas souhaité en rester là et a aussitôt déposé un recours devant le Conseil constitutionnel sous forme d’une question prioritaire de constitutionnalité, laquelle avait été rejetée par le Conseil constitutionnel le 11 octobre 2019.

Un dessin de Fanny Vaucher

En l’occurrence, les Sages du Conseil constitutionnel, qui ne brillent pourtant pas par leur audace écologiste, avaient estimé que la décision du Parlement d’exclure l’huile de palme de la liste des biocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal répond à des « critères objectifs et rationnels en fonction du but poursuivi » de protection de l’environnement, considérant que « la culture de l’huile de palme présente un risque élevé, supérieur à celui présenté par la culture d’autres plantes oléagineuses, d’induire indirectement une hausse des émissions de gaz à effet de serre ». Une décision forte et définitive, qui a même fait l’objet d’un communiqué de presse de la part du Conseil constitutionnel, histoire d’en bien marquer toute la portée.

Mais bien sûr, même sortis par la porte à coups de pieds aux fesses, les lobbyistes n’ont de cesse que de rentrer par la fenêtre. C’est donc ce qu’ils ont fait grâce à la complicité de 4 députés peu regardant, dont celui de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Bernard Deflesselles, réélu pour la cinquième fois en 2017, mais d’extrême justesse avec seulement 500 voix d’avance…

Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le 5 novembre 2019 (photo © Thomas Samson / AFP / L’Express)

Leur coup avait été bien préparé, avec la bénédiction du ministre du Budget, Gérald Darmanin, et est passé comme une lettre à la Poste au travers d’un des 2900 amendements à la loi de préparation du budget 2020, dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 novembre. Les députés de la majorité, globalement opposés à ce coup de Jarnac, avaient bien repéré le piège et s’étaient préparé à le contrer, mais un changement dans l’ordre d’examen des amendements a permis de déjouer leur vigilance et de faire adopter l’amendement en question sans même que les députés signataires n’aient besoin de le défendre à la tribune : un véritable coup de maître !

Bien entendu, autant de perfidie de la part de responsables politiques élus de la Nation ne peut que laisser pantois et ne manquera pas d’alimenter le ressentiment des citoyens écœurés par un tel manque de cohérence de la part de nos représentants nationaux : comment peut-on avoir l’audace de plaider pour une mobilisation générale contre le changement climatique quand on se livre à de telles manipulations en douce avec le géant pétrolier Total pour lui permettre d’accroitre ses bénéfices au détriment de la Planète ?

Nicolas Hulot, devant la Convention citoyenne pour le climat, vendredi 15 décembre 2019, fustige l’incohérence de la décision prise sur l’huile de palme (photo © Katrin Baumann / SudOuest)

La ficelle était d’ailleurs tellement grosse que même le chef du gouvernement, Édouard Philippe, a dû admettre que l’on ne pouvait pas décemment faire avaler une telle pilule à l’opinion publique, surtout au moment où le mouvement des gilets jaunes tend à reprendre de la vigueur et alors que 150 citoyens tirés au sort planchent avec beaucoup d’investissement personnel dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Il a donc fallu procéder à un nouveau vote, qui a eu lieu vendredi 15 novembre en soirée, et qui a vu cette fois l’amendement soutenu par M. Deflesselles rejeté par 58 voix contre 2. Une sortie de route bien peu glorieuse pour notre député local qui ne sortira pas grandi de cet épisode !

L. V.

Écoles maternelles privées : les communes devront payer !

6 novembre 2019

C’est une décision voulue par Emmanuel Macron et son Ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, qui est entrée en application dès la rentrée 2019 après avoir été inscrite à l’article 11 de la loi du 26 juillet 2019 intitulée pompeusement « Pour une école de la confiance » : désormais « l’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans ».

Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer sur les bancs d’une école maternelle du 19ème arrondissement de Paris en mars 2018 (source © BFMTV)

A première vue, on ne voit pas très bien ce que cela change… L’école était déjà obligatoire jusqu’à 16 ans et 97,5 % des petits Français de 3 ans avaient déjà une place en maternelle tandis que la proportion était de quasiment 100 % à 4 ans. De fait, la rentrée 2019 ne s’est pas traduite par un afflux spectaculaire de petits bambins dans les écoles maternelles et il n’a nullement été besoin d’installer à la hâte des Algéco dans les cours de récréation pour y accueillir ces nouveaux élèves. Il y avait déjà 2,4 millions d’enfants inscrits à l’école maternelle en 2018 et on estime à 26 000 environ le nombre d’enfants supplémentaires qui ont été concernés par cette nouvelle obligation, principalement d’ailleurs dans les territoires d’Outre-mer.

La loi ne fait donc qu’entériner un état de fait parfaitement généralisé à la société française. Sauf que les débats qui ont eu lieu lors de son processus d’adoption, principalement dans les rangs du Sénat, ont montré que cette mesure d’apparence purement symbolique, entrainait un effet pervers dont les conséquences sont loin d’être négligeables pour nombre de communes françaises. Qui dit école obligatoire dit en effet prise en charge obligatoire par les collectivités, y compris lorsque cette scolarisation s’effectue dans un établissement privé.

C’est en effet une conséquence de la loi Debré qui date de 1959 et qui n’a jamais été remise en cause pour ne pas raviver la guerre scolaire. Cette loi prévoit que l’État finance le salaire des enseignants des écoles privées sous contrat, autrement dit, celles qui s’engagent à respecter les programmes fixés par l’Éducation nationale, pour l’essentiel des établissements gérés par l’Église catholique. Mais elle prévoit aussi que les collectivités territoriales, en l’occurrence les communes, prennent en charge les frais de fonctionnement de ces mêmes établissements privés.

Dessin signé Camille Besse, publié dans Marianne le 18 octobre 2019

Tant que l’école maternelle n’était pas obligatoire, cette prise en charge du privé par le public n’était donc pas une obligation légale. Ce qui n’empêchait pas nombre de communes de verser quand même religieusement leur obole en subventionnant très largement les écoles maternelles privées de leur périmètre. Mais désormais, la subvention devra couvrir l’intégralité des coûts, à parité avec les écoles publiques puisque la loi Debré oblige les collectivités à participer à la même hauteur pour le public que pour le privé.

L’addition risque d’être lourde pour certaines communes, surtout pour prendre en charge le salaire des ATSEM, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, mis à disposition par la collectivité. Pour la seule ville de Paris, Patrice Bloche, élu en charge de l’éducation interrogé par Le Monde, évalue ce coût supplémentaire à 12 millions d’euros dès la rentrée scolaire 2019, pour un budget municipal de 744 millions d’euros consacré aux affaires scolaires, sachant que sur 60 000 petits Parisiens inscrits en maternelle, on en compte 10 500 dans des écoles privées sous contrat. A Toulouse, on évoque un surcoût de 2 millions d’euros par an et probablement 2 à 3 millions sur Lyon. En Bretagne, où un tiers des enfants sont scolarisés dans le privé, la facture est proportionnellement encore plus salée : Brest l’évalue à 1,4 millions d’euros supplémentaires, à ajouter aux 2,5 millions déjà déboursés annuellement pour les enfants inscrits en maternelle.

Un dessin signé Aurel, publié dans Le Monde le 10 octobre 2019

Le sujet avait d’ailleurs fait l’objet de débats serrés au Sénat lors de la discussion du projet de loi car il avait été bien identifié dès le mois de février 2019 que cette mesure, purement symbolique en matière de scolarisation des enfants, n’était en fait qu’un moyen détourné de faire un gros chèque cadeau à l’enseignement catholique qui bénéficie d’un énorme effet d’aubaine pour payer un service déjà assuré, et ceci sans la moindre exigence de contrepartie puisque le privé n’aura pas plus d’obligation qu’avant à assurer l’accueil des enfants pour davantage de mixité sociale.

A ce soupçon de favoritisme s’ajoute une crainte d’injustice car les montants supplémentaires que devront désormais verser les communes aux écoles maternelles privées ne seront pas totalement compensés par l’État, loin s’en faut. En fait, seules les communes qui ne versaient aucune subvention jusqu’à présent se verront rembourser ces sommes. Pour les autres, seul l’éventuel surcoût par rapport aux subventions déjà versées pourra faire l’objet d’une compensation financière.

Et tout laisse à penser que les compensations de l’État ne seront pas à la hauteur des dépenses effectives des communes. Le gouvernement prévoit en effet une enveloppe de 100 millions d’euros pour ces compensations annuelles alors que les estimations des dépenses en question varient entre 150 et 200 millions d’euros à l’échelle nationale.

Collège Saint-Augustin à Carnoux reconstruit en 2014

Cette position du gouvernement est assez révélatrice d’un état d’esprit qui vise à favoriser le transfert vers le privé d’un service public au prétexte qu’il serait réalisé aussi bien et pour moins cher que par le l’Éducation nationale. Ce n’est en tout cas pas le maire de Carnoux qui se plaindra d’une telle mesure, lui qui n’a jamais hésité à subventionner largement l’enseignement catholique, allant jusqu’à imposer aux forceps en décembre 2013, à quelques mois seulement des dernières échéances municipale, une décision qui a fait tousser même la Chambre régionale des comptes et qui revenait à offrir à l’évêché pour un prix d’ami, qui plus est dans le cadre d’un crédit gratuit, la dernière réserve foncière constructible de la commune, tout en le débarrassant, à prix d’or cette fois, des bâtiments destinés à être démolis de l’ancien collège Saint-Augustin devenu trop à l’étroit. Une belle générosité qui l’honore, à défaut d’être très orthodoxe en matière de gestion des deniers publics, mais quand on aime, on ne compte pas…

L. V.

Partira ? Partira pas ? Le petit Brexit illustré…

2 novembre 2019

C’est assurément le meilleur feuilleton politique depuis bien longtemps. Plus personne n’y comprend rien depuis déjà un moment, mais l’affaire continue de tenir en haleine des millions d’Européens pourtant blasés depuis belle lurette par les subtilités de la construction européenne. Il est vrai qu’en l’occurrence, le dossier du Brexit relève plutôt de la déconstruction et que les rebondissements les plus inattendus ne manquent pas !

Un dessin signé JacPé, du graphiste bruxellois Jacques Péten

Rappelons quand même, pour ceux qui l’auraient oublié, que le référendum par lequel les Britanniques ont choisi à une courte majorité de 51,9 % de quitter l’Union européenne date du 23 juin 2016. Trois ans et demi plus tard, alors que la date limite pour que le retrait effectif de la Grande-Bretagne avait été fixé au 29 mars 2019, on ne sait toujours pas quand ce départ aura effectivement lieu, ni bien sûr dans quelles conditions, ni même d’ailleurs s’il aura bien lieu…

Souvenons-nous aussi des circonstances dans lesquelles ce référendum, le second du genre en Grande-Bretagne, après celui de 1975, avait été imaginé par l’ancien Premier ministre conservateur David Camerone. Ce dernier souhaitait le maintien dans l’Union Européenne mais voulait utiliser la voix du peuple pour faire pression sur Bruxelles afin d’obtenir de nouveaux accommodements en faveur du Royaume-Uni. Le Parti travailliste comme les Libéraux-Démocrates et une bonne partie des élus conservateurs avaient d’ailleurs fait campagne pour le maintien dans l’UE. Ce qui n’a pas empêché le parti du Brexit, emmené par l’aile eurosceptique conservatrice représentée par Boris Johnson et par les nationalistes de l’UKIP, de convaincre une majorité de Britanniques de choisir la voie du large.

Un dessin du Belge Vadot, publié dans l’Echo le 18 février 2016 à l’occasion d’un sommet européen consacré (déjà !) au futur Brexit (source © Le Monde)

Sauf qu’on ne quitte pas si facilement l’Union européenne. Teresa May a bien lancé formellement la procédure de négociation en vue du grand départ dès le 29 mars 2017, mais le projet d’accord de retrait négocié en novembre 2018 a été retoqué à trois reprises par le Parlement britannique. Faute d’accord et pour éviter une sortie sans accord jugée pour le moins hasardeuse, le délai a été reporté à maintes reprises, obligeant même les Britanniques à élire de nouveaux députés européens en juin 2019 : un comble pour un pays qui ne voulait plus participer à l’Union européenne !

Les malheurs de Teresa May : un dessin signé Chapatte publié dans The New York Time (source © Cartooning for peace)

Teresa May n’ayant finalement pas eu d’autre alternative que de démissionner, c’est l’imprévisible Boris Johnson, chantre du Brexit dur, qui a été nommé Premier ministre le 24 juillet 2019. Mais depuis, c’est le blocage. Boris Johnson a refusé de reprendre les négociations avec l’UE en vue d’un nouvel accord tandis que le Parlement britannique s’oppose à une sortie sans accord.

On en est notamment arrivé à cette situation ubuesque le 19 octobre dernier, lorsque Boris Johnson a envoyé en même temps deux courriers différents à Bruxelles, le premier (non signé) pour demander un nouveau report du Brexit comme l’exigeait le vote du Parlement britannique, et le second (signé de sa main) pour réclamer le contraire, tandis que l’ambassadeur britannique auprès de l’Union européenne adressait une troisième lettre expliquant que légalement son pays était bien obligé de demander un nouveau report, jusqu’au 31 janvier 2020 donc, puisque telle était la volonté des députés…

Un dessin de Wingz daté du 17 janvier 2019

Voilà qui fait pour le moins désordre et explique pourquoi, de report en report, certains commencent à perler de « brexiternité » … La prochaine péripétie est déjà annoncée puisque Boris Johnson a décidé de tenter de sortir de cette impasse en provoquant des élections législatives anticipées, escomptant sur un renforcement de sa majorité conservatrice europhobe. Il a dû s’y reprendre à quatre fois avant d’arriver enfin à obtenir un accord sur la date de ces élections qui auront donc lieu le 12 décembre. Le Parlement Britannique sera ainsi dissous le 5 novembre, le jour justement où la Grande-Bretagne célèbre une tentative avortée en 1605 qui visait à …faire sauter ce même Parlement !

Et ces élections risquent fort de ménager des surprises. Nigel Farage, qui menait en 2016 la bataille en faveur du Brexit, a repris du poil de la bête, d’autant que Donald Trump en personne s’est invité dans le débat et lui conseille une alliance avec Boris Johnson, histoire de constituer un rouleau compresseur irrésistible pour laminer ceux qui hésitent encore à sortir de l’UE sans accord. Pour le président américain, toute occasion d’affaiblir un peu plus son partenaire européen est toujours bonne à prendre…

Bien entendu, Boris Johnson ne veut pas d’une telle alliance et du coup ces prochaines élections s’avèrent bien incertaines : le feuilleton n’est pas prêt de se terminer et devrait encore nous réserver quelques beaux rebondissements !

L. V.

Les portiques de surveillance ont raté leur rentrée au lycée

31 octobre 2019

Christian Estrosi, maire de Nice et Président délégué de la Région Sud PACA, toujours obsédé par les questions de sécurité urbaine (photo © Valéry Hache / AFP / RTL)

C’est le fantasme de Christian Estrosi, l’ancien Président de la Région PACA, redevenu maire de Nice : installer partout des caméras à reconnaissance faciale, sur le modèle de la Chine où il existe déjà 170 millions de caméras dotées de systèmes de reconnaissance faciale et qui affiche comme objectif d’en installer 600 millions d’ici fin 2020. Le dispositif est maintenant bien rodé : des logiciels d’analyse d’image permettent désormais avec un bon niveau de fiabilité de reconnaitre un visage capté par une caméra numérique en le comparant avec une banque de données préenregistrées.

Caméra de vidéosurveillance lors du carnaval de Nice (photo © E. Ottino / MAXPPP / France 3 Régions)

A Nice, qui compte déjà 1800 caméras de télésurveillance installées sur la voie publique, Christian Estrosi avait déjà voulu tester le dispositif de reconnaissance faciale pour l’Euro 2016 mais les autorités nationales l’en avaient dissuadé. Il a donc lancé sa propre expérimentation à l’occasion du carnaval de cette année, en février 2019, en s’appuyant sur 50 volontaires dont bon nombre d’agents municipaux qui ont accepté de se faire photographier sous toutes les coutures pour alimenter la banque d’images avant d’aller se perdre dans la foule pendant le carnaval, histoire de vérifier si le dispositif, fourni par la société israélienne Anyvision, est suffisamment habile pour les repérer et les identifier correctement.

Bien entendu, le bilan que tire la police municipale de Nice, est dithyrambique. Son rapport de 38 pages rendu public ne dit quasiment rien du processus expérimental tel qu’il a été déployé mais affirme avec fierté que tous les objectifs ont été parfaitement atteints, permettant sans la moindre difficulté de reconnaître un individu qui se présente à un accès ou même perdu dans la foule et ceci quelles que soient les circonstances : en mouvement, de jour comme de nuit, même avec un très faible éclairage et même si la photo de référence date de 40 ans. Et le rapport insiste lourdement, questionnaire à l’appui, sur la totale acceptabilité du dispositif plébiscité sans aucune restriction par tous ceux qui ont été interrogés à ce sujet.

Le centre de supervision urbain de la ville de Nice expérimente la reconnaissance faciale, le 15 avril 2016 (photo © Sylvestre / MAXPPP / Le Monde)

A se demander pourquoi la CNIL (Commission nationale informatique et liberté) s’interroge encore sur les bienfaits d’une telle approche au point d’envoyer, le 16 juillet 2019, un courrier au maire de Nice pour lui demander des précisions sur le fonctionnement du dispositif testé et sur les résultats obtenus, courrier auquel Christian Estrosi n’a même pas daigné répondre selon La Gazette des Communes.

D’autant que Christian Estrosi ambitionne de poursuivre ses expériences en installant des portiques biométriques équipés de caméras à reconnaissance faciale à l’entrée des établissements scolaires. Ce sont pour l’instant deux lycées qui sont visés, Les Eucalyptus à Nice et le lycée professionnel Ampère à Marseille. Prudente, la Région Sud qui pilote cette expérience a quand même sollicité l’avis de la CNIL avant de mettre en œuvre le dispositif. Et elle n’a pas été déçue du résultat puisque cette dernière lui a adressé un avis cinglant, en date du 25 octobre 2019, dont a rendu compte Médiapart, énonçant sans détour : « Ce dispositif ne saurait être légalement mis en œuvre »…

Le lycée Ampère à Marseille devrait bénéficier bientôt d’un portique biométrique avec caméras de reconnaissance faciale, malgré l’avis négatif de la CNIL…

On ne saurait être plus clair en effet. Pourtant, la CNIL a cru bon de préciser sa pensée en publiant le 29 octobre un communiqué expliquant que la démarche envisagée était totalement contraire aux principes du RGPD (règlement général sur la protection des données) et parfaitement disproportionnée au vu des objectifs recherchés, rappelant au passage que les systèmes de reconnaissance faciale sont extrêmement intrusifs et qu’un simple contrôle par badge suffit largement. Le traitement de données biométriques, surtout appliqué à des mineurs, est jugé trop sensible et attentatoire aux libertés individuelles pour que la CNIL accepte de le laisser se généraliser sans réflexion approfondie, rejoignant en cela plusieurs villes de Californie qui ont interdit un tel dispositif.

Il faut dire que la CNIL risque d’avoir fort à faire en la matière puisque l’on apprend que le gouvernement lui-même souhaite multiplier les expérimentations en la matière comme le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’a indiqué devant les sénateurs le 2 septembre dernier, tandis que la présidente de la Région Ile de France, Valérie Pécresse a de son côté précisé qu’elle souhaitait utiliser ce dispositif dans les transports en commun pour pourchasser d’éventuels terroristes. Et en même temps se poursuit le déploiement du dispositif ALICEM qui utilisera la reconnaissance faciale pour permettre de se connecter en ligne sur l’ensemble des services publics d’ici 2022. La CNIL a, là aussi, émis un avis réservé sur cette démarche tandis que plusieurs associations, dont la Quadrature du Net, ont déposé un recours contre cette application jugée contraire aux libertés individuelles.

1984, un roman d’anticipation ou un simple manuel d’instruction ?

Mais rien ne semble pouvoir arrêter cette course en avant vers un monde toujours plus connecté où chaque individu, même dans l’anonymat d’une foule urbaine compacte, sera immédiatement repéré et identifié. La réaction de Christian Estrosi suite à l’avis négatif de la CNIL concernant la mise en place de portiques biométriques à l’entrée des lycées est sans ambiguïté : « Encore une fois la CNIL démontre son rejet de toute forme d’évolution et d’expérimentation sur une technologie, la reconnaissance faciale, qui présente un réel intérêt pour renforcer la sécurité de nos concitoyens. Avec Renaud Muselier, nous ne nous arrêterons pas à cette décision et continuerons de travailler sur cet outil efficace et moderne qui doit permettre de mieux sécuriser nos établissements, tout comme l’espace public. Cette décision basée sur des principes dépassés intervient alors même que les deux conseils d’administration des lycées avaient donné leur accord. Triste et incompréhensible de la part de la CNIL qui semble bloquée au 20ème siècle », a-t-il ainsi tonné dans un Tweet rageur.

Au moins la CNIL sait à quoi s’en tenir quant à la suite qui sera donné à son avis jugé aussi frileux que passéiste. Décidément les habitants de la Région PACA n’ont qu’à se féliciter d’avoir à leur tête des responsables politiques visionnaires, à la pointe de la modernité et qui sauront faire entrer chaque citoyen dans un futur bienheureux et sécurisé, de force s’il le faut…

L. V.

Les risques industriels sont-ils bien maîtrisés ?

24 octobre 2019

Incendie du site de l’usine Lubrizol à Rouen en septembre 2019 (photo © Beaufils / SIPA / 20 minutes)

L’incendie qui a ravagé le site de fabrication d’additifs lubrifiants Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019 a fortement frappé les esprits avec son spectaculaire panache de fumée noire qui a traversé toute la ville et ses retombées de suie sur des kilomètres à la ronde.

La Préfecture de Seine-Maritime a beau afficher jour après jour sur son site tous les résultats d’analyses et une multitude d’informations particulièrement détaillées, le doute s’installe dans la population, surtout chez ceux qui sont directement situés dans le périmètre de l’accident.

Jamais probablement on a été autant transparent sur les conséquences potentielles d’une telle catastrophe industrielle et sur les mesures qui ont été prises pour la gérer tant bien que mal. Et pourtant, nombre de citoyens et même d’élus locaux restent persuadés que les autorités leur cachent délibérément des informations cruciales, qu’on leur ment pour ne pas les affoler comme on l’a fait en 1986 lorsque le nuage radioactif provoqué par l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl a traversé le territoire national.

Une chose est sûre en tout cas : faire cohabiter des sites de production industrielle avec des agglomérations urbanisées ne peut que se traduire par des catastrophes de ce type même si celle-ci n’a causé à ce jour aucune victime. Ce n’est pas le cas, loin s’en faut, des innombrables catastrophes industrielles qui ont jalonné le cours de l’Histoire. Les historiens citent souvent en exemple l’explosion de la poudrière de Grenelle, survenue le 31 août 1794 en plein Paris et qui fit environ un millier de victimes parmi les ouvriers du site comme parmi les riverains.

A la une du Petit Provençal du 18 novembre 1936… (source © Randomania)

Les premières réglementations françaises en matière de sécurité des installations industrielles, adoptées en 1810, se basent d’ailleurs sur les enseignements tirés de ce feu d’artifice impromptu. Ce qui n’empêchera pas deux accidents majeurs survenus sur la poudrerie installée à Saint-Chamas, dans les Bouches-du-Rhône (laquelle a fermé définitivement en 1974), à l’origine de 53 décès en 1936 et de 11 autres en 1940…

Au XIXème siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, ce sont surtout les coups de grisou dans les mines de charbon qui endeuillent régulièrement le monde du travail et font la une des journaux avec notamment la catastrophe de Courrières, dans le Pas-de-Calais, qui causa plus de 1000 morts. Mais rapidement, l’essor des industries chimiques est venu prendre le relai.

Catastrophe survenue en 1966 à la raffinerie de Feyzin (source © spdu 10 / espace.yh)

On retiendra par exemple les pollutions graves au mercure qui ont fait plus de 3000 victimes dans la baie de Minamata au Japon du fait des rejets mal maîtrisés d’une usine de fabrication d’engrais entre 1932 et 1968. Mais on pourrait citer aussi l’explosion survenue à la raffinerie de Feyzin, au sud de Lyon, en janvier 1966, qui a causé 18 morts dont 11 pompiers, ou encore celle qui a affecté un réacteur chimique à Seveso en 1976 et qui sera à l’origine d’une directive européenne sur les installations classées.

Les réglementations en matière de sécurité industrielle se sont considérablement renforcées depuis. L’explosion d’un stock de nitrate d’ammonium survenu le 21 septembre 2001 à l’usine AZF de Toulouse et qui avait entraîné la mort de 31 personnes tout en causant d’énormes dégâts matériels, avait d’ailleurs conduit à adopter deux nouveaux textes : la loi relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages, datée du 30 juillet 2003 et suivie le 13 août 2004 par la loi de modernisation de la sécurité civile.

Intervention des pompiers après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en septembre 2001 (source © AFP / Sud-Ouest)

De nets progrès ont incontestablement été réalisés en matière de prévention des risques, d’information du public et de préparation à la gestion de crise. Ce sont pas moins de 388 plans de prévention des risques technologiques (PPRT) qui ont été prescrit dont 380 d’ores et déjà approuvés, qui limitent le développement de l’urbanisation à proximité des sites les plus dangereux et permettent de financer les travaux de mise en sécurité de l’habitat existant, exposé en cas d’accident sur ces sites.

De très nombreux plans particuliers d’intervention (PPI) prescrits par les préfets et élaborés par les exploitants ont été adoptés, couvrant la quasi-totalité des installations potentiellement dangereuses telles que les centrales nucléaires, les barrages, les sites de stockage de gaz ou les installations de traitement de déchets. Destinés à anticiper et caractériser le danger, à identifier les enjeux potentiellement concernés, à informer la population et à préparer les services de secours, ils s’accompagnent d’une obligation, pour les communes du périmètre, d’élaborer un plan communal de secours (PCS), afin d’organiser par avance les modalités de gestion de crise en cas d’événement.

Usine Arkema de Saint-Menet en bordure de l’Huveaune (source © Arkema)

La commune de Carnoux-en-Provence est d’ailleurs directement concernée par la démarche puisqu’elle se situe dans le panache potentiel en cas d’accident touchant l’usine Arkema de Saint-Menet, basée dans la vallée de l’Huveaune à l’entrée de Marseille. Ce site industriel, implanté ici depuis 1955 et qui emploie 317 salariés, produit, à partir de l’huile de ricin, de l’acide amino undécanoïque, matière première du Rilsan, un plastique technique qui possède de multiples usages dans l’industrie automobile ou pétrolière mais aussi dans le domaine alimentaire, médical ou sportif. Classé Seveso seuil haut (comme l’usine de Lubrizol), ce site avait fait l’objet en juillet 2019 d’une mise en demeure du Préfet pour avoir, selon Marsactu, rejeté en 2018 dans l’atmosphère 27,6 tonnes de benzène, un produit considéré comme hautement cancérigène.

Toujours est-il que l’usine d’Arkema a fait l’objet en mars 2018 d’une révision de son PPI qui datait de 2014. A cette occasion, le périmètre concerné en cas d’accident a été considérablement élargi puisqu’il s’étend désormais sur 12,6 km et qu’il englobe donc la commune de Carnoux, directement touchée par le panache sous l’effet des vents dominants. Mis à l’enquête publique en février 2019, dans la plus grande discrétion, le document a été approuvé par le Préfet le 8 avril 2019 et la ville de Carnoux modifie actuellement son document d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM) afin d’intégrer ce nouveau risque affiché.

Usine Arkema de Saint-Menet (source © PPRT)

Nul doute que le prochain bulletin municipal, toujours très riche en informations à destination des citoyens, évoquera en détail les mesures de prévention à adopter en cas d’accident survenant à l’usine Arkema. Car paradoxalement, malgré les effets des délocalisations qui ont entraîné la fermeture de très nombreux sites industriels en France et malgré ces gros efforts entrepris pour développer la prévention des risques technologiques, on assiste à une recrudescence des incidents et accidents déclarés sur des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) : + 34 % en deux ans avec 1112 événements recensés en 2018 selon La Gazette des Communes, dont un quart sur des établissements classés Seveso. Voilà qui explique peut-être pourquoi les citoyens français sont aussi attentifs et parfois inquiets sur ces questions, malgré les incontestables efforts de transparence qui sont réalisés par les services de l’État : on doit sans doute encore progresser sur le sujet…

L. V.

EDF bientôt terrassé par Hercule ?

19 octobre 2019

Créé le 8 avril 1946 sous forme d’un établissement public à caractère industriel et commercial, EDF découle directement de la loi de nationalisation de l’électricité et du gaz, elle-même inspirée par la volonté du Conseil national de la Résistance de permettre à la Nation française de reprendre le contrôle de la production et de la distribution de l’énergie, alors aux mains de 1450 entreprises privées attirées par l’appât du gain lié au développement de l’hydroélectricité en plein essor à cette époque.

Les différents logos d’EDF depuis sa création… (source © Fournisseurs d’électricité)

En 1950, des conseillères ménagères enseignent dans les écoles l’usage de l’électricité dont la consommation vient de doubler en 10 ans (source © EDF)

Cette unification du marché de l’énergie sous la houlette d’un puissant opérateur public a  sans conteste permis un développement massif de la production électrique dont la France avait besoin pour son redressement économique d’après-guerre. Cela a aussi facilité la généralisation de sa distribution standardisée pour une utilisation en 220 V. De gros investissement ont ainsi été opérés d’abord dans les ouvrages hydroélectriques et dans les centrales thermiques à charbon puis, à partir des années 1970, dans le nucléaire, où l’ingénierie française a su acquérir une place de premier plan tout en réduisant fortement sa dépendance aux énergies fossiles importées.

Pourtant, à partir des années 1990, ce modèle a été fortement remis en cause. La situation de monopole d’EDF et son discours très arrogant sur la sécurité de la filière nucléaire avaient déjà cristallisé de fortes craintes au fur et à mesure que les événements mettaient en évidence les failles du système, parmi lesquels une insuffisante prise en compte de la gestion à long terme des déchets nucléaires, mais aussi la vulnérabilité de telles installations face aux risques de toutes sortes. Les révoltes populaires qui ont eu raison progressivement du projet de centrale à Erdeven dans le Morbihan en 1975, de Superphénix à Creys-Malville en 1977 puis de Plogoff en 1981, traduisent cette défiance croissante envers le discours lénifiant des technocrates de l’atome qui dirigent alors EDF.

Manifestation contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff en 1980 (source © blog Matthieu Lepine)

Mais c’est surtout la directive européenne de 1996, transposée en droit français en 2000, qui commence à fissurer la machine en traduisant la volonté nouvelle de dérégulation européenne du marché de l’énergie, ouvrant le secteur progressivement à une concurrence totale, « libre et non faussée » comme les aiment les eurocrates ultralibéraux. En 2004, EDF se transforme en société anonyme à capitaux public et introduit en 2005 15 % de son capital en bourse. Vendues à 32 € l’unité à l’époque, les actions d’EDF ont connu une forte chute à partir de 2009 et n’en valent plus que 10 actuellement, ce qui traduit un effondrement spectaculaire…

Une caricature signée Piga en 2016

Il faut dire que depuis une dizaine d’années, EDF a accumulé les déboires, pris en tenaille entre deux injonctions contradictoires : d’un côté, l’État lui impose de garder un prix de l’électricité peu élevé pour maintenir la paix sociale, mais de l’autre l’oblige à s’ouvrir à la concurrence pour répondre aux injonctions du dogme libéral européen. L’arrivée progressive sur le marché d’une soixantaine de fournisseurs alternatifs, parmi lesquels des mastodontes comme Total, Engie (ex GDF) voire Leclerc, font perdre à EDF de l’ordre de 100 000 clients chaque mois en moyenne…

Et l’instauration à partir de 2011 de l’ARENH (accès régulé à l’énergie nucléaire historique) prend EDF littéralement à la gorge. Pour que les concurrents puissent développer leur business, la Commission européenne oblige EDF à leur vendre une partie de sa production hydroélectrique et nucléaire au prix fixé jusqu’en 2025 de 42 €/MWh. Lorsque les prix du marché sont plus élevés, les concurrents sont gagnants puisqu’ils bénéficient d’une électricité qui leur est réservée à un tarif avantageux. Lorsqu’il y a surproduction et que les prix du marché (qui fluctuent d’heure en heure) s’effondrent, les autres s’approvisionnent ailleurs à moindre coût et EDF est encore perdant puisqu’il doit se débrouiller pour céder sa production à vil prix…

Un dessin de Placide en 2013 illustrant les bienfaits de l’ouverture du capital d’EDF (source © PCF du Gard)

Pour tenter de surnager dans cet environnement inconfortable, EDF a cherché à se développer à l’international, rachetant à tour de bras en Argentine, au Grande-Bretagne et surtout aux États-Unis. Mais EDF a fait de bien mauvaises affaires au point d’accumuler une dette abyssale, encore plombée par ses déboires industriels sur les chantiers de l’EPR de Flamanville qui accuse un retard énorme et s’avère un véritable gouffre financier, et bientôt sur celui d’Hinkley Point au Royaume-Uni, sans compter qu’il lui faut reprendre sous le nom de Framatome l’ex Areva, fracassée par son expérience désastreuse sur le chantier de l’EPR finlandais d’Okiluoto. A se demander si EDF, jadis en pointe dans le domaine du nucléaire civil, est encore à la hauteur alors que les Chinois maîtrisent désormais avec brio les différentes technologies du secteur et ont mis en route dans les délais leur propre EPR.

La centrale nucléaire de Flamanville et son réacteur EPR à gauche (photo © La Presse de la Manche / Actu.fr)

Et voilà que l’État s’apprête à asséner à EDF un dernier coup de massue baptisé ironiquement « Plan Hercule » du nom de ce héros grec qui jadis terrassa à mains nues le redoutable lion de la forêt de Némée.

Hercule terrassant le lion de la forêt de Némée, en attendant de s’attaquer à EDF… (gravure de Hans Sebald Beham, 1548 © Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris / Paris Musée)

En bon énarque qu’il est, Emmanuel Macron rêve en effet de créer deux entreprises distinctes là où il n’y en a qu’une seule : la future branche « EDF bleu », nationalisée à 100 % conserverait la filière nucléaire et l’hydroélectricité, ainsi que l’ingénierie nucléaire portée par Framatome, et sans doute le réseau RTE en charge du transport de l’électricité, tandis que la branche « EDF vert », dont le capital sera ouvert aux investisseurs privés au moins à hauteur de 33 %, regrouperait les énergies renouvelables et le réseau de distribution d’électricité ENEDIS.

Un mécano bien étrange a première vue mais qui fait d’ores et déjà saliver les banques d’affaire à l’affût car les activités « vertes » ainsi identifiées, étant de fait largement subventionnées, sont celles qui présentent le moins de risque et le plus d’opportunités de gain juteux. En revanche, chacun sait bien que dans le domaine du nucléaire, EDF finit de manger son pain blanc et que les ennuis ne vont pas tarder à arriver avec un parc vieillissant et surdimensionné pour lequel le fameux « Grand carénage » tant annoncé mais jamais correctement provisionné se présente de plus en plus comme un mur infranchissable, au moment où le nucléaire apparait de plus en plus en Europe comme une voie de garage. Quant à l’hydroélectricité, EDF ne pourra plus très longtemps continuer à vivre sur la rente acquise via les grands équipements des années 1950-60 alors même que leur exploitation va pouvoir revenir à d’autres opérateurs au fur et à mesure du renouvellement des concessions.

Un dessin de Didier Marandin repris par le syndicat CFE-CGC

L’avenir s’annonce donc assez sombre pour EDF où les syndicats sont vent debout contre ce fameux plan Hercule. Premier producteur mondial d’électricité de par sa puissance totale installée jusqu’en 2017, date de la fusion des deux plus gros producteurs chinois, EDF est en train de faire les frais de sa gestion chaotique des dernières décennies et d’une volonté politique défaillante, davantage à l’écoute des banquiers d’affaires que des stratèges industriels.

Une chose est sûre, le consommateur devrait voir sa facture encore grossir : après une hausse de 7 % en 2019, on parle d’une nouvelle augmentation de l’ordre de 4 % début 2020… L’électricité produite en France reste moins chère que la moyenne européenne, d’environ 17 % en 2016, mais l’écart se réduit et la transition énergétique vers une électricité décarbonée s’annonce riche en turbulences de toutes sortes !

L. V.

Qui pourrait encore arrêter Martine Vassal ?

7 octobre 2019

A Marseille comme dans le reste de la France, le premier tour des prochaines élections municipales n’aura lieu que dans 5 mois, le 15 mars 2020. Mais la dauphine de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, déjà présidente depuis avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et, depuis septembre 2018 également de la Métropole Aix-Marseille-Provence, a d’ores et déjà pris une sérieuse option sur la victoire, On voit même très mal à ce jour ce qui pourrait désormais l’empêcher de succéder à Jean-Claude Gaudin dans le fauteuil de maire de Marseille où il siège depuis bientôt 25 ans.

Martine Vassal annonçant sa candidature à la mairie de Marseille, le vendredi 13 septembre 2019 (source © France Bleu Provence)

Pourtant, la déclaration de candidature de Martine Vassal est toute récente puisqu’elle a eu lieu le vendredi 13 septembre (un vendredi 13, il n’y a bien que dans les Bouches-du-Rhône que le chiffre 13 est considéré comme porte-bonheur !). Une déclaration de candidature assez peu inspirée d’ailleurs, qui s’est faite devant un parterre de journalistes convoqués pour l’occasion au musée Regards de Provence, et qui ne restera probablement pas dans les annales de la politique.

« Oui, je suis candidate pour l’élection de maire de Marseille pour mars 2020 » a-t-elle énoncée, ce qui n’a bien sûr étonné personne et laissé l’assemblée de marbre, d’autant qu’elle avait exposé la veille les conclusions de son groupe de réflexion regroupant quelques 400 personnalités issues de la société civile et qui planchaient depuis 6 mois sur le thème de « Marseille Métropole Audacieuse ». Il a même fallu, une fois sa candidature annoncée, que Martine Vassal interpelle directement les journalistes interloqués d’un « vous pouvez m’applaudir ! » pour susciter une réaction de leur part, comme on peut le constater en visionnant la vidéo postée notamment par France Bleu Provence

Extrait du sondage Elabe de septembre 2019 (source © La Tribune)

Mais dès le 27 septembre, un premier sondage réalisé par l’institut Elabe pour La Tribune et BFMTV montrait que sa candidature avait le vent en poupe. A ce stade, sa candidature à droite n’est pourtant pas la seule puisque le sénateur LR Bruno Gilles, qui avait annoncé ses propres ambitions pour la mairie de Marseille dès septembre 2018, n’a pas (encore) exprimé la moindre intention de se retirer et fait monter les enchères en attendant, tandis que Jean-Claude Gaudin, toujours aussi pragmatique conseille de lui confier la prochaine bataille des sénatoriales pour calmer ses appétits.

De ce point de vue en tout cas, ce premier sondage est plutôt rassurant pour Martine Vassal qui ferait au premier tour un meilleur score que son challenger LR dont la notoriété et la popularité sont nettement moindres. Elle arriverait facilement en tête de ce premier tour avec 29,5 % des suffrages contre 22,5 % si c’est Bruno Gilles qui devait bénéficier de l’investiture LR.

A l’extrême-droite, le candidat désormais déclaré du Rassemblement National, Stéphane Ravier, arriverait sans surprise en deuxième position avec 21 à 22 % des voix, et au minimum 20,5 % dans l’hypothèse, peu probable, où Bruno Gilles maintiendrait malgré tout sa candidature face à celle de Martine Vassal.

Et la gauche, direz-vous ? C’est bien en effet tout le paradoxe de la ville de Marseille, une ville sociologiquement ancrée solidement à gauche, mais où politiquement la droite détient tous les leviers, pour la raison très simple que la gauche est incapable de s’unir. Pourtant, de très gros efforts ont été faits en amont de cette échéance électorale, poussés par le tissu associatif et les mouvements citoyens dynamiques, ulcérés par les faillites successives de cette grande métropole où règne l’insécurité, les injustices sociales, la pollution, les embouteillages, l’absence de vision stratégique et l’habitat indigne dans certains quartiers du centre-ville.

Le 7 juin dernier, le collectif citoyen Mad Mars avait ainsi rassemblé près de 400 personnes aux Docks après avoir lancé dès le mois de mai via le quotidien Libération, un appel à l’union des forces progressistes, intitulé « S’unir ou subir », pour essayer de faire bouger les lignes. Une idée folle, mais « Voilà : on est fous parce qu’on croit encore à la politique ! » ne peut s’empêcher de dire Olivia Fortin, initiatrice de Mad Mars. Fin juillet, les États Généraux de Marseille ont permis de mobiliser un grand nombre de mouvements associatifs et citoyens qui depuis s’efforcent de construire un Pacte démocratique pour Marseille en vue de constituer une liste citoyenne progressiste unique.

Réunion du Pacte démocratique pour Marseille en août 2019 (source © Marsactu)

Le 11 juillet 2019, c’est un nouvel appel, publié toujours dans Libération et appuyé par 600 signatures, qui lançait un « Mouvement sans précédent » pour construire « la Marseille de demain », « une ville égalitaire, solidaire et accueillante, une ville qui protège ses biens communs, avec des services publics de qualité, gérés démocratiquement », « une ville qui abolit tout clientélisme, une ville gérée en transparence », « Une ville écologique qui agit fermement », « Une ville où le développement économique profite à tou·tes ». Ce bel élan porté par de nombreuses personnalités locales prônait « un mouvement unitaire pour les municipales de 2020 et au-delà, avec toutes les forces politiques, sociales, associatives, syndicales et économiques prêtes à s’engager sur des valeurs : transparence, solidarité, écologie, humanité, justice ».

La mairie de Marseille, objet de beaucoup de convoitises… (photo © Olivier Monge / Libération)

De fait, le sondage publié en septembre confirme s’il en était besoin que les forces progressistes en question sont a priori plutôt majoritaires, même si chacun a son idée sur le contour de cette notion quelque peu subjective. Pour nombre de militants de la France Insoumise, bien évidemment, la République en Marche n’en fait pas partie et de fait Martine Vassal fait clairement des appels du pied pour un rassemblement au deuxième tour avec le candidat de LREM, lequel d’ailleurs n’a toujours pas été désigné. Deux candidats à ce jour se disputent l’investiture, le député Saïd Ahmada et l’universitaire Yvon Berland qui commence à bouillir d’impatience. Le sondage Elabe montre néanmoins que leur score ne dépasserait guère 10 % dans l’état actuel des choses, ce qui compromet leurs chances de se maintenir au deuxième tour.

Benoit Payan et Michèle Rubirola, élus en tandem à l’occasion des Départementales de 2015 (source © Flickr)

Quant aux candidats qui se réclament de la gauche, le sondage publié en septembre est parti du principe qu’ils pourraient être 6 en lice, avec une liste d’extrême-gauche (crédité de 1 % des voix), une liste PCF menée par Jean-Marc Coppola (qui pourrait recueillir 3 à 4 % selon les hypothèses), une liste étiquetée France Insoumise, conduite par Sophie Camard (qui recueillerait autour de 6 % des intentions de vote), une liste PS, pilotée par Benoît Payan (créditée de 7 à 8 % des suffrages), une liste menée par Samia Ghali qui, du fait de sa forte notoriété pourrait atteindre 10 % dans certaines hypothèses, et enfin une liste écologiste, dont la tête de file pourrait être Michèle Rubirola et qui serait créditée de 14 à 17 % des intentions de vote.

En politique, on sait bien qu’il ne suffit pas d’additionner, surtout de simples intentions de votes exprimées dans un sondage plusieurs mois avant les élections, mais quand même : le total de toutes ces listes se réclamant de gauche varie entre 40 et 45 %, loin devant celui dont est serait créditée la droite au premier tour. De quoi donner du corps aux échanges qui ont eu lieu ces derniers temps entre états-majors politiques et candidats putatifs, plusieurs partis songeant sérieusement à envisager une liste d’union à gauche.

Sébastien Barles, futur candidat EELV aux municipales de 2020 à Marseille (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP / France Inter)

Sauf que la messe semble bien avoir été dite ce week-end, à l’occasion d’une assemblée générale d’Europe Écologie Les Verts qui s’est tenue samedi 5 octobre 2019. Une petite poignée de militants écologistes réunis en AG, grisés par les bons résultats de leur parti aux dernières élections européennes, ont décidé de faire cavalier seul et d’introniser comme tête de liste, non pas Michèle Rubirola, qui avait signé cet été, tout comme Benoît Payan, Sophie Camard et Jean-Marc Coppola l’appel à une liste d’union, mais Sébastien Barles, un ancien attaché parlementaire de 46 ans.

Une sacré bonne nouvelle pour Martine Vassal qui voit ainsi s’éloigner à grand pas la crainte d’une liste d’union de la gauche qui aurait pu lui compliquer quelque peu la tâche. Son élection à la marie de Marseille ne devrait plus être désormais qu’une simple formalité, ce qui lui permettra de cumuler les fonctions de Présidente de la Métropole AMP et de Maire de Marseille, dans l’hypothèse du moins où elle abandonnerait son poste de Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ainsi qu’elle l’a laissé entendre. C’est finalement le seul suspens qui subsiste encore, sauf à imaginer, mais ce serait vraiment jouer de malchance, un réveil inopportun des procédures judiciaires engagées à son encontre…

L. V.

Faut-il remplacer les élections par un tirage au sort ?

30 septembre 2019

Un dessin signé Déligne (source : Les Crises)

Dans six mois auront lieu en France les prochaines élections municipales : l’occasion de s’interroger une fois de plus sur la légitimité et la représentativité des élus à qui nous déléguons le soin de gouverner les affaires publiques, quitte à les critiquer vertement pour cela. En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la démocratie représentative est en crise avec des taux d’abstention souvent élevés, des élus déconsidérés et des citoyens qui ne leur font plus guère confiance. Revirements idéologiques, comportements opportunistes, promesses non tenues, dérives affairistes ou autocratiques, autant de maux qui amènent le citoyen à se défier du politique, même élu à la majorité.

Dessin publié dans Télérama en mai 2014

Faut-il alors abandonner le mode électif pour revenir au tirage au sort ? L’idée parait saugrenue, mais certains y pensent sérieusement, rappelant que le dispositif du tirage au sort a été la base du système démocratique athénien pendant deux siècles et demi ! Les Italiens y ont eu largement recours au Moyen-Age et à la Renaissance et Montesquieu lui-même considérait que le tirage au sort était l’outil de la démocratie alors que, pour lui, le mode électif était celui de l’oligarchie.

N’oublions pas que c’est sous la Révolution Française, en 1791, qu’a été instauré le tirage au sort pour la constitution des jurys d’assises, toujours en vigueur dans notre pays et dans bien d’autres de par le monde. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cet exemple dont il a pu apprécier le mode de fonctionnement et l’efficacité, que l’avocat Paul Le Fèvre plaide pour utiliser le tirage au sort comme mode de désignation de représentants du peuple en complément du dispositif électoral classique, et ceci en réponse aux attentes sociétales qui se sont exprimées notamment via le mouvement des gilets jaunes.

Contrairement au sondage, qui se contente d’interroger des citoyens anonymes et totalement déresponsabilisés, les invitant à répondre rapidement et sans réflexion préalable à des questions souvent orientées, consulter des assemblées de citoyens désignés par tirage au sort permet de les former et de leur donner accès à toute l’information nécessaire pour leur permettre de porter un jugement éclairé sur des dossiers même complexes.

De nombreuses assemblées consultatives ont ainsi été constituées dans des contextes très différents et permettent de confirmer que la méthode peut donner des résultats à la hauteur des enjeux. C’est le cas par exemple des budgets participatifs mis en place dans de nombreuses communes dont Aubagne mais aussi Pont-de-Claix, près de Grenoble, qui dès 2004 a constitué un comité de 40 citoyens tirés au sort (dont 7 jeunes) pour donner un avis sur les choix budgétaires municipaux et élaborer un budget participatif destiné à financer des projets dans les quartiers de la ville.

En novembre 2010, des citoyens islandais votent pour les candidats qui formeront l’Assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution (photo © Jon Svavarsson / Presse Canadienne)

En 2010, en Islande, 1000 personnes ont été tirées au sort pour former une Assemblée nationale éphémère chargée de dégager les grands points de révision de la constitution. En Irlande, en 2012, une commission constitutionnelle a vu le jour, composée de 33 responsables politiques élus et de 66 citoyens tirés au sort, représentatifs de l’électorat irlandais. Cette commission a préparé les évolutions de la constitution sur différents sujets de société comme l’âge légal du vote, le mariage des couples homosexuels ou la place des femmes en politique.

Réunion d’une assemblée citoyenne constituée par tirage au sort en Irlande en novembre 2016 (photo © Dimitri Courant / La Vie des Idées)

Un des atouts majeurs du tirage au sort est de permettre une meilleure représentativité de la population dans sa diversité alors que le système électif favorise certaines catégories socio-professionnelles. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le profil des élus par exemple à l’Assemblée nationale issue des élections de 2017 : 76 % des députés sont des cadres et des professions intellectuelles supérieures (ils étaient 81,5 % dans ce cas dans la mandature précédente !) alors que ces catégories ne représentent que 17,5 % de la population française. Inversement, employés et ouvriers qui constituent près de la moitié des Français ne sont que 4,6 % au Parlement. Quant aux femmes, et malgré les règles incitatives, elles ne représentent encore que 39 % des députés…

Juin 2017 : de nombreux chefs d’entreprises à l’Assemblée Nationale, de quoi inquiéter les syndicats. Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

Utiliser le tirage au sort pour désigner des assemblées de citoyens chargés de réfléchir à des sujets de société ou à des projets d’intérêt local, d’élaborer des questionnements qui pourraient être ensuite soumis à référendum, ou encore de contrôler le bon fonctionnement des institutions formées d’élus, voilà qui mérite en effet la réflexion. Ce pourrait en tout cas être une voie à explorer pour redonner du souffle à notre système démocratique en mobilisant l’intelligence collective, et éviter certaines dérives individualistes et cyniques vers des extrêmes.

Participer comme citoyen éclairé et informé à des débats de société oblige à s’intéresser à ces sujets dans toute leur complexité, à écouter et chercher à comprendre les avis divergents, à s’impliquer dans la gestion des affaires publiques, à faire preuve de responsabilité dans la prise de décision. Bref, tout l’inverse de la simple discussion de comptoir où chacun balance son opinion à tort et à travers. Alors, chiche ?

L. V.

Gestion des déchets : les sénateurs s’interrogent

25 septembre 2019

Il est des sujets de société qui semblent faire consensus. Qui, par exemple, irait aujourd’hui prétendre que la gestion des déchets est un sujet mineur, alors que chacun voit bien les ravages environnementaux de ces montagnes de déchets que nous produisons en quantité sans cesse croissante et dont la gestion contribue à polluer les sols, l’eau et même l’atmosphère.

C’est tout l’enjeu du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, examiné en séance publique au Sénat depuis ce mardi 24 septembre 2019. Ce projet est ambitieux puisqu’il vise, selon le Figaro, ni plus ni moins qu’à accompagner une « transition profonde et irréversible » des modèles de production et de consommation, en appelant à « sortir du modèle – extraire, fabriquer, consommer, jeter – qui est à bout de souffle » et en garantissant une « consommation sobre des ressources non renouvelables ».

Mais si tout le monde ne peut qu’être d’accord avec des objectifs aussi vertueux, il n’en reste pas moins que les débats, à l’occasion de l’examen de ce texte par la Commission sénatoriale de l’aménagement du territoire et du développement durable, la semaine dernière, ont été plutôt houleux, à en croire les échos relatés par Actu-Environnement ou Public-Sénat.

Stock de bouteilles en plastique recyclables (photo © Ivan Tsyrkunovich / Actu-Environnement)

Les principales avancées proposées par ce projet de loi ne semblent pas avoir suscité de débat majeur, en particulier pour ce qui concerne l’obligation d’affichage d’un « indice de réparabilité » sur les appareils électriques et électroniques, ou encore celle de recycler ou réemployer les produits alimentaires invendus lorsqu’ils sont encore utilisables. Les consignes de tri sélectif devraient aussi pouvoir enfin être harmonisées sur l’ensemble du territoire national d’ici 2022, ce qui n’est pas une mauvaise idée pour tenter d’améliorer la qualité du tri qui laisse souvent à désirer…

Bientôt un dispositif pour récupérer les mégots de cigarettes ? (photo © Paul J. Richards / AFP / Le Figaro)

La mise en place d’une nouvelle filière à responsabilité élargie des producteurs (filière REP) pourrait ainsi être instaurée à partir de 2022 pour les produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment qui seraient ainsi repris sans frais, s’ils ont été au préalable triés. D’autres filières comparables sont aussi envisagées pour les jouets, les articles de sport et de loisirs, les articles de bricolage et de jardinage, ou encore les produits du tabac équipés de filtres : d’ici 2024, les buralistes risquent ainsi de se voir obligés de reprendre les mégots de cigarettes que les clients leur rapporteront obligeamment…

Mais les choses se corsent pour ce qui est de la gestion des plastiques recyclés. Le projet de loi vise à instaurer un système de bonus-malus pour pénaliser les industriels qui n’utiliseraient pas de plastique recyclé pour la fabrication de ce produit. A l’instigation des sénateurs, le texte pourrait aussi interdire purement et simplement la distribution gratuite de bouteilles d’eau plate en plastique dans les établissements recevant du public et dans les locaux à usage professionnel, une mesure qui permettra peut-être de réduire quelque peu le recours inconsidéré à ce type de produit omniprésent.

Poubelles pour le tri sélectif des déchets à la gare Massy TGV : jaune pour le bouteilles et canettes, bleu pour les papiers et journaux, transparent pour le reste… (source © SNCF)

Les sénateurs proposent aussi de généraliser la mise en place de dispositifs de collecte séparée des déchets pour les emballages ce produits consommés hors du domicile, autrement dit des poubelles jaunes partout sur la voie publique, histoire d’améliorer le taux de collecte des bouteilles en plastique qui ne dépasse pas 57 % actuellement en France. Quand on voit la nature des déchets qui y sont déposés, en particulier dans les gares dont certaines sont déjà équipées, on ne peut que constater que nos élus manquent totalement de réalisme et qu’il faudra une bonne dose de pédagogie avant que l’on puisse envisager sérieusement valoriser les déchets ainsi récupérés…

Mais le point d’affrontement principal se focalise contre une mesure phare du texte de loi qui vise à généraliser le dispositif des consignes pour les emballages de boisson afin de faciliter la récupération de ces bouteilles, soit pour leur réutilisation soit pour le recyclage. Hervé Maurey, le président (centriste) de la commission sénatoriale en charge de l’examen de ce dossier accuse carrément le gouvernement de n’avoir pas fait d’étude d’impact préalable et de se baser sur les seules analyses de l’éco-organisme Citeo, et des industriels concernés, accusant au passage la firme Coca Cola de l’abreuver de « kilomètres de mails » pour tenter de le convaincre.

Containers de tri sélectif en apport volontaire à Marseille (source © Marsactu)

Officiellement, les sénateurs craignent que le développement du dispositif de consigne pour les bouteilles en plastique ne contribue à légitimer ce matériau comme emballage de boisson puisque le consommateur recevra de l’argent en venant rendre la consigne. Mais en réalité, ils relaient avant tout les craintes des maires dont ils sont très proches (et qui sont leurs électeurs), lesquels verraient, du fait de ce dispositif, se réduire les volumes d’emballages usagés collectés en porte à porte ou dans les points d’apports volontaires, déposés gratuitement par les administrés et qui sont ensuite valorisés par recyclage pour un bénéfice annuel de 200 millions d’euros revenant dans la poche des collectivités.

On comprend que les sénateurs soient vent debout contre une telle approche qui inciterait les consommateurs à venir plutôt rapporter en grande surface leurs bouteilles vides. L’histoire n’est pas encore écrite et le texte de loi subira certainement encore de multiples amendements avant son adoption finale. Mais l’affaire illustre à quel point il est bien difficile de légiférer dans des domaines où les intérêts des uns et des autres divergent à ce point. Faisons donc confiance en la sagesse de nos élus pour prendre les meilleures décisions, en espérant que l’intérêt de la planète, dont chacun affirme se préoccuper en priorité, tirera malgré tout bénéfice de cette évolution législative en gestation…

L. V.

TCE : le traité qui nous envoie dans le mur !

23 septembre 2019

Qui a déjà entendu parler du TCE, le Traité sur la charte de l’énergie ? Bien peu de citoyens sans doute… Et pourtant, c’est sur ce traité que s’appuient nombre d’entreprises internationales pour attaquer des États européens qui tentent, tant bien que mal, d’élaborer des politiques publiques en faveur de la protection de l’environnement pour essayer de lutter, même timidement, contre le réchauffement climatique. Il s’agit même du traité international qui a généré le plus de contentieux entre États et investisseurs privés avec notamment 84 affaires recensées impliquant des pays européens qui ont ainsi été sommés de verser au total des sommes colossales : on parle de plus de 50 milliards de dollars en jeu !

Un dessin emprunté à l’illustrateur et dessinateur de presse Luc Tesson

De fait, à l’heure où certaines entreprises tentent de verdir, du moins leur image, sinon leurs pratiques, histoire de répondre à une attente sociétale de plus en plus préoccupée par les questions environnementales, d’autres multinationales ne s’embarrassent pas de tels scrupules et n’hésitent pas à attaquer frontalement toute législation qui viendrait gêner leurs investissements industriels y compris dans les secteurs les plus polluants.

On a vu ainsi, selon un article très documenté de Mathilde Dupré dans Alternatives économiques, l’énergéticien allemand Uniper, celui-là même qui exploite la centrale à charbon de Gardanne, annoncer début septembre 2019, qu’il comptait attaquer les Pays-Bas devant un tribunal d’arbitrage à cause d’un projet de loi en cours de discussion, envisageant l’interdiction des centrales à charbon. Le piège se resserre sur ce pays européen, déjà condamné pour inaction en faveur de la lutte contre le changement climatique mais qui se retrouve désormais sous le feu des entreprises du secteur énergétique lorsqu’il tente de prendre des mesures en ce sens…

Et le cas n’est pas isolé puisque l’entreprise publique suédoise Vattenfall, producteur et distributeur d’électricité et de gaz, qui se présente en France comme un champion de l’électricité verte, a porté plainte à deux reprises contre l’Allemagne, d’abord à cause des exigences environnementales fixées par la ville de Hambourg pour l’exploitation d’une centrale à charbon, puis lorsque ce pays a décidé de sortir progressivement du nucléaire : elle a obtenu gain de cause dans le premier cas et elle réclame 4,7 milliards d’euros de compensation dans la deuxième affaire encore en examen.

Un dessin signé Hub (source © Resistance Inventerre)

L’entreprise pétrolière et gazière britannique, Rockhopper Exploration, s’est attaquée quant à elle à l’Italie en 2017, comme l’explique le magazine Basta !, lorsque ce pays a décidé de protéger son littoral contre les risques de marée noire en interdisant tout nouvelle activité de forage ou de production d’hydrocarbure à moins de 12 miles nautiques de ses côtes. L’Italie s’était pourtant retiré un an plus tôt du Traité de la charte européenne pour l’énergie, mais c’est néanmoins en s’appuyant sur une clause de ce traité que la multinationale pétrolière réclame de lourdes compensations financières, non pas pour des pertes constatées mais pour d’hypothétiques bénéfices futurs qu’elle escomptait !

L’Union européenne elle-même est soumise à une menace de recours de la part du géant gazier russe Gazprom suite à la modification récente en 2019 de sa directive gaz et du fait des implications potentielles quant au projet de gazoduc Nord Stream 2. Mais c’est l’Espagne qui est la plus attaquée pour avoir voulu réviser son dispositif d’incitations au développement d’énergies renouvelables, elle qui fait l’objet de pas moins de 45 plaintes déposées par de gros investisseurs internationaux et qui a déjà été condamnée à verser plus de 700 millions d’euros dans le cadre de 7 affaires jugées.

Un dessin signé Patrick Chapatte

C’est en 1998 qu’est entré officiellement en vigueur cet accord signé à Lisbonne par 49 États après 3 ans de discussions serrées. Conçu à l’origine pour sécuriser l’approvisionnement énergétique des pays européens après l’éclatement du bloc soviétique et favoriser le libre transit de l’énergie à travers les pays, il vise à encourager et sécuriser les investissements et le commerce en matière de production énergétique. Étendu à l’ensemble de la planète, il regroupe désormais 59 pays signataires, dont tous les membres de l’Union européenne à l’exception de l’Italie qui s’en est retirée, sans pour autant parvenir à se mettre à l’abri des effets délétères de ce traité qui permet aux investisseurs privés d’attaquer les États devant un tribunal arbitral lorsqu’elles estiment que les politiques énergétiques publiques mises en œuvre vont à l’encontre de leurs intérêts financiers présents et futurs.

En juillet 2019, les États membres de l’UE ont délivré à la Commission européenne un mandat pour faire évoluer ce traité en y intégrant un objectif de lutte contre le changement climatique et d’engagement dans une voie de transition énergétique vers des énergies décarbonées, mais sans remettre en cause les mécanismes actuels qui visent à favoriser les investissements en matière d’exploitation des énergies fossiles.

Certains dont nombre de militants associatifs plaident pour davantage d’ambition et une remise à plat totale de ce traité international qui constitue un frein puissant à toutes les politiques publiques de lutte contre le réchauffement climatique déjà bien difficile à adopter. Ils peuvent s’appuyer pour cela sur une analyse très convaincante publiée le 4 septembre 2016 par Yamina Saheb, ancienne responsable de l’unité énergétique du Secrétariat international du TCE, qui conclut que la persistance de ce traité est tout simplement incompatible avec les objectifs de lutte contre le changement climatique affichés lors des COP successives : les investissements protégés par ce traité concernent pour plus de la moitié d’entre eux des combustibles fossiles (gaz, pétrole et charbon) !

Yamina Saheb, experte internationale en politique énergétique (source © YouTube)

Réviser ce traité pour limiter ses effets pervers en faveur du développement des énergies fossiles est quasiment impossible car toute réforme exige un accord à l’unanimité des pays membres parmi lesquels figurent de gros producteurs d’hydrocarbures comme la Norvège, le Turkménistan, le Kazakhstan ou encore l’Azerbaïdjan.  Yamina Saheb plaide donc plutôt en faveur d’un retrait collectif des signataires qui se sont engagés à atteindre l’objectif de neutralité carbone puisqu’il est manifestement incompatible d’atteindre un tel objectif dans le cadre du traité actuel qui place les États les plus volontaristes sous la menace permanentes de sanctions financières très lourdes de la part d’un tribunal arbitral à la solde des multinationales du pétrole et du charbon.

Le dossier est d’ailleurs à l’ordre du jour de la prochaine réunion des ministres européens de l’énergie prévue mardi 24 septembre 2019, en espérant qu’ils arrivent à définir rapidement une position commune alors que les représentants des pays signataires du TCE ont convenu le 10 septembre dernier de lancer de nouvelles négociations dès le mois de décembre, en toute opacité bien entendu. On avait pourtant cru lire, dans le programme de campagne du candidat Emmanuel Macron, l’engagement suivant : « Nous proposerons la mise en place des comités de vigilance associant des représentants d’associations et d’ONG au cours de la négociation, puis pour l’application des accords commerciaux et l’évaluation de leur impact »…

L. V.

Sarkozy rattrapé par le fantôme de Khadafi

10 septembre 2019

Un dessin signé Wingz, publié le 22 mars 2018

Le 21 mars 2018, l’ancien Président de la République française, Nicolas Sarkozy, a été mis en examen après 24 heures de garde à vue, pour corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens. Placé sous contrôle judiciaire, il a aussitôt saisi la Cour d’appel de Paris, qui examinera le 17 octobre 2019 sa requête pour demander l’annulation de sa mise en examen.

Qui se souvient d’ailleurs de cette nouvelle mise en cause de notre ancien Président, lui qui cumule désormais les démêlées avec la Justice comme un vulgaire délinquant récidiviste ? Renvoyé devant le tribunal correctionnel pour financement illégal de campagne électoral (en 2012 cette fois, dans le cadre de l’affaire Bygmalion), mis en examen pour trafic d’influence et corruption active (pour avoir tenté de corrompre le haut magistrat Glibert Azibert), Nicolas Sarkozy est aussi dans le collimateur des juges pour bien d’autres affaires dont celles des sondages de l’Elysée et de l’attentat de Karachi, même s’il a bénéficié de non-lieu dans plusieurs dossiers scabreux dont celui de Liliane Bettencourt.

Et pourtant, l’affaire qui l’a conduit à cette mise en examen en mars 2018 est tout sauf banale, même si l’ancien chef de l’État a, jusqu’à présent toujours refusé de reconnaitre les faits. Il revient bien entendu aux juges de trancher, mais pour le citoyen lambda qui veut comprendre de quoi il retourne, on ne peut que conseiller la lecture d’un ouvrage passionnant qui vient d’être publié aux éditions Delcourt sous forme d’une bande dessinée intitulée « Sarkozy – Khadafi : des billets et des bombes ».

Mise en dessin par la plume de Thierry Chavant, la BD relate dans un style alerte une véritable saga policière qui paraîtrait totalement invraisemblable si elle ne s’appuyait sur des faits avérés et recoupés, issus d’investigations étayées soigneusement établis par une brochette de journalistes parmi lesquels Fabrice Arfi (Mediapart), Benoît Collombat et Elodie Gueguen (Radio France) et deux indépendants, Michel Despratx et Geoffrey Le Guilcher.

Benoît Collombat et Fabrice Arfi, invités de TV5 Monde (source © YouTube)

Certes les principaux mis en cause dans cette affaire, dont Nicolas Sarkozy mais aussi son ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant ou encore Eric Woerth, actuel président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, sont tous présumés innocents en attendant que la Justice se prononce. Mais les indices graves et concordants réunis à leur encontre par les juges en charge de ce dossier et qui viennent corroborer les investigations des journalistes sont suffisamment lourds pour que les Français s’interrogent sur la vulnérabilité de notre démocratie face à de tels agissements.

On laissera bien entendu à chacun le soin de prendre connaissance par lui-même des faits par ailleurs relatés dans de nombreux médias et dans plusieurs livres, mais la lecture de cette BD, qui d’ailleurs présente en annexe de multiples pièces à conviction très documentées, est vraiment un exercice aussi plaisant qu’instructif, qui se lit d’une traite mais donne le vertige.

Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, le 25 juillet 2007, à Tripoli (photo © Patrick Kovarik / AFP / Courrier International)

Petit retour en arrière quand même pour ceux qui auraient oublié le contexte : l’histoire commence pour l’essentiel en octobre 2005, lorsque Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, vient rendre visite en Libye à Muammar Khadafi alors en quête de reconnaissance internationale et qui voit en Sarkozy un allié objectif avec qui il tente d’ailleurs de négocier l’annulation de la condamnation de l’organisateur de l’attentat contre le DC10 d’UTA qui avait fait 170 morts.

Khadafi témoigne auprès d’un de ses cousins de sa rencontre avec Sarkozy en octobre 2005 : extrait de la BD « Sarkozy Kadhafi » (Ed. Delcourt)

Khadafi décide de miser sur le candidat Sarkozy et, selon les témoignages de l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, les remises de billets par le gouvernement libyen débutent en novembre 2006, six mois avant les élections présidentielles. Ce sont plusieurs millions qui transitent ainsi dans des valises, par liasses de billets de 500 €, et plusieurs indices laissent à penser que tout cet argent n’a pas servi qu’à financer la campagne politique qui a permis à Nicolas Sarkozy d’accéder à l‘Élysée en mai 2007. Claude Guéant, mis en examen pour faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, semble s’être généreusement servi au passage, lui qui a pris l’habitude de sortir régulièrement des grosses coupures de ses poches alors que les enquêteurs ont constaté qu’il n’avait en tout et pour tout retiré que 800 € en liquide entre 2005 et 2013 !

L’intermédiaire Ziad Takieddine se fait remettre une nouvelle valise de billets par le chef du renseignement militaire libyen, Abdallah Senoussi, fin 2006 : extrait de la BD « Sarkozy Kadhafi » (Ed. Delcourt)

On se souvient de l’épisode rocambolesque de Cécilia Sarkozy en juillet 2007, mettant en scène la libération des infirmières bulgares, détenues depuis 1999 dans les geôles libyennes, ou encore l’accueil grandiose réservé en décembre 2007 au Guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne, en visite officielle à Paris où il installe sa tente bédouine dans le parc de l’hôtel Marigny.

Mais en février 2011, un vent de révolte souffle en Lybie comme dans bien d’autres pays arabes. Des insurgés prennent les armes à Benghazi. En France, Bernard Henri-Lévy se démène pour convaincre qu’il faut déclencher la guerre préventive contre le régime libyen pour venir en aide à l’opposition démocratique. Des rumeurs font état de pseudo bombardements contre les populations civiles à Tripoli. A Paris, c’est le branle-bas de combat dans les cercles du pouvoir car Khadafi, qui comprend qu’il a été joué par Sarkozy commence à faire savoir que c’est lui qui a largement financé sa campagne de 2007. Son fils Saïf Al-Islam relaie les mêmes informations. En catastrophe, Nicolas Sarkozy dépêche Alain Juppé, son ministre des Affaires étrangères à l’ONU pour faire voter en toute urgence une résolution des Nations-Unies en vue d’attaquer le régime libyen.

Khadafi félicite Sarkozy au lendemain de sa victoire électorale en mai 2007 : extrait de la BD « Sarkozy Kadhafi » (Ed. Delcourt)

En mars 2011, c’est un tapis de bombes qui s’abat sur la Libye. Le palais de Bab Al-Aziza, à Tripoli, où Khadafi stockait ses archives et notamment ses enregistrements de conversations avec des chefs d’État étrangers, est pulvérisé, ce qui n’empêche pas les forces spéciales françaises d’aller en fouiller les décombres pour vérifier qu’il ne reste plus aucun indice compromettant. En octobre 2011, le convoi de véhicules dans lequel se trouvait Muammar Khadafi est lui-même pris en chasse et bombardé. Réfugié dans un tunnel, il est finalement achevé sans que l’on sache très bien qui l’a abattu, mais alors que des soldats français se trouvent sur le théâtre des opérations.

Nicolas Sarkozy a toujours affirmé que les allégations du régime libyen quant au financement massif de sa campagne de 2007, ne sont que pure invention d’un dictateur aux abois. Sauf que, en mars 2012, de nombreux éléments factuels viennent corrobore les échanges de fin 2006 et début 2007 ayant conduit Khadafi à décider de financer la campagne de son ami français.

Un dessin signé Rhodo, publié dans le Nouvel Obs en 2012

Ce sont notamment les notes manuscrites de Choukri Ghanem, ministre du pétrole, datées d’avril 2007 et désormais entre les mains de la Justice française. Leur auteur, malheureusement, est décédé en avril 2012, malencontreusement noyé dans le Danube à Vienne où il s’était réfugié. Un autre intermédiaire, qui avait en sa possession des enregistrements d’entretiens de Khadafi authentifiés par la DGSE, est lui aussi mort accidentellement en avril 2012 et les mystérieux enregistrements ont disparu… Même le fidèle Bachir Saleh, ancien directeur de cabinet de Khadafi et maître d’œuvre des opérations financières occultes du régime, lui que l’armée française avait soigneusement exfiltré avec toute sa famille pendant la révolution libyenne en août 2011 a miraculeusement échappé à la mort en février 2018 au moment même où il commençait à vouloir s’exprimer sur le sujet…

Bien entendu, il faut lire la bande dessinée pour comprendre tous les tenants et aboutissants de cette histoire rocambolesque dont le dénouement judiciaire n’est pas encore connu mais qui est d’autant plus captivante que la plupart des personnages que l’on y croise nous sont terriblement familiers, eux qui ont occupé et qui pour certains occupent encore les plus hautes fonctions de l’État. C’est bien d’ailleurs l’objectif recherché par ce livre enquête qui précise en préambule : « Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait non fortuite. Et pour cause, tout ce que vous lirez est réel ». De quoi donner des sueurs froides à certains des protagonistes de ce thriller incroyable…

L. V.

Le gaz hilarant ne fait pas rire tout le monde…

7 septembre 2019

Gaz hilarant : l’expression est plutôt sympathique et prête à sourire. Elle désigne le protoxyde d’azote ou oxyde nitreux N2O. Découvert en 1793 par le chimiste Joseph Priestley, connu pour avoir également isolé l’oxygène, le dioxyde de carbone ou encore l’ammoniac, ce produit a été utilisé dès le milieu du XIXe siècle comme analgésique et anesthésique dans les cabinets dentaires. On a trouvé depuis lors des produits plus efficaces pour cela, mais le protoxyde d’azote continue à être utilisé comme produit anesthésiant en milieu médical dans certains cas.

Utilisation de protoxyde d’azote comme anesthésiant (photo © Bettmann/Getty – Coll. J. Doyen – BIU Santé – Institut Pasteur / Sciences et vie)

Bien évidemment, ce n’est pas l’évocation des séances chez le dentiste qui ont conféré à ce produit chimique le surnom de gaz hilarant, mais plutôt le fait que son inhalation déforme nos différents sens et produit une sensation passagère de désinhibition et d’hystérie. On ne connait pas précisément les mécanismes neurologiques en jeu, mais c’est un fait, inhaler du protoxyde d’azote génère la bonne humeur et le rire.

Consommation de gaz hilarant en soirée (source © Psychomédia)

Au XIXe siècle, le produit était même utilisé pour cela comme attraction sur les champs de foire : les badauds n’hésitaient pas à mettre la main au portefeuille pour se payer quelques bouffées de protoxyde d’azote, histoire de se détendre les zygomatiques, au point que le poète britannique Robert Southey, qui avait participé dès 1799 à des expérimentations du chimiste Humphry Davy sur les effets du gaz hilarant écrivait : « je suis sûr que l’air au paradis doit être fait de cet extraordinaire gaz de plaisir ».

Forcément, de telles propriétés attirent et l’on observe actuellement un regain d’intérêt pour l’utilisation récréative de ce gaz, au point que plusieurs maires se sont cru obligés de prendre des arrêtés spécifiques, ces derniers mois, pour interdire sur le territoire de leur commune la vente aux mineurs de cartouches de protoxyde d’azote, ainsi que leur utilisation à des fins d’inhalation et leur abandon sur la voie publique.

Ce sont deux maires de l’agglomération lilloise qui ont ouvert le bal début juillet, mais du fait de l’emballement médiatique qui s’en est ensuivi, bien d’autres leur ont emboîté le pas, à l’image du maire de Nîmes ou celui d’Aulnay-sous-Bois. Un député du Nord a déposé une proposition de loi pour interdire la vente du N2O aux mineurs et le maire de Montpellier a écrit cet été à la ministre de la santé pour exiger une réglementation plus stricte de la distribution de ce produit.

C’est un rapport sur les tendances récentes dans le domaine des substances psychoactives, publié le 20 décembre 2018 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui avait tiré la sonnette d’alarme. Outre une tendance très nette à l’augmentation de la consommation de cocaïne par les jeunes, ce rapport indique, sans pouvoir quantifier le phénomène, que la consommation de protoxyde d’azote est en train de faire un tabac chez les jeunes générations.

Très utilisé il y a une vingtaine d’années dans les soirées techno et les free parties, le produit s’est invité dans les soirées étudiantes et en boîte de nuit, avec un développement sensible, depuis quelques années, de la consommation chez les plus jeunes, étudiants et lycéens, souvent associé à l’alcool ou à d’autres produits psychoactifs comme la cocaïne ou l’ecstasy. Selon Clément Gérome, chargé d’études à l’OFDT et interrogé par La Croix, la raison en est simple : « C’est un gaz très facile d’accès et très bon marché. Cela séduit un certain nombre de jeunes qui n’ont pas le sentiment de consommer de la drogue et qui ignorent la dangerosité potentielle de son usage ».

Siphon à crème chantilly, l’arme du crime…

De fait, le protoxyde d’azote ne sert pas que pour les anesthésies locales. C’est aussi un produit industriel utilisé comme comburant pour améliorer le rendement des moteurs dans les fusées et les bolides de course, mais surtout comme gaz de pressurisation d’aérosol, pour des produits ménagers conditionnés en spray et notamment pour les siphons à crème chantilly. Pour ce dernier usage, on trouve très facilement dans le commerce de petites cartouches de protoxyde d’azote vendues par paquets de 10 pour la somme dérisoire de 8 ou 9 €. Il suffit de percer ces cartouches pour transférer le gaz dans un ballon de baudruche afin de faciliter son inhalation et l’on se met à planer pour pas cher…

A tel point que l’on retrouve désormais sur les plages et dans les espaces publiques lors des rassemblements festifs de jeunes, des centaines de ces cartouches vides qui jonchent le sol. C’est d’ailleurs sans doute la raison principale qui justifie la réaction ulcérée de tous ces élus locaux qui demandent une politique de répression plus rigoureuse contre ce nouvel effet de mode, même si les raisons sanitaires sont plus souvent invoquées que les impacts environnementaux.

Cartouches de protoxyde d’azote abandonnées après usage

De fait, inhaler ainsi du protoxyde d’azote n’est pas sans risque. Le danger principal est de se brûler les lèvres ou la gorge car le gaz est à très basse température. Le risque d’asphyxie n’est pas non plus exclu si l’on inhale directement le protoxyde d’azote sans le mélanger un tant soit peu avec l’oxygène de l’air. Mais l’on signale aussi de nombreux effets indésirables associés, détaillés sur le site du ministère de la santé, drogues-info-services, tels que nausées, vomissements, maux de tête, crampes abdominales, diarrhées, somnolence et baisse de la vigilance, vertiges ou encore acouphènes. A plus forte dose, le gaz peut engendrer un état de confusion et de désorientation, avec des difficultés à parler et à coordonner ses mouvements, voire des irrégularités cardiaques et des troubles moteurs.

Campagne de prévention contre l’usage du gaz hilarant à Aulnay-sous-Bois

En cas d’usage régulier et à fortes doses, le protoxyde d’azote peut aussi entraîner des pertes de mémoire, des hallucinations visuelles, des troubles du rythme cardiaque et même une carence en vitamine B12, à l’origine de troubles neurologiques tels que des engourdissements des doigts ou des orteils, une difficulté à se mouvoir et des troubles de l’équilibre voire une anémie. Ces troubles peuvent apparaître tardivement, après plusieurs mois d’utilisation mais sont généralement réversibles.

Comme tous les produits psychoactifs, des campagnes de prévention et d’information sont donc nécessaires pour éviter les abus et les risques qui y sont associés, même si la dangerosité du produit reste malgré tout assez relative par rapport à d’autres substances et certaines conduites à risques. Une question d’équilibre à trouver, entre répression hystérique et permissivité aveugle…

L. V.

MEDEF : les patrons découvrent les pauvres !

4 septembre 2019

La Rencontre des entrepreneurs de France, a eu lieu cette année à l’hippodrome de Longchamp (source © MEDEF)

Finalement, la révolte des Gilets jaunes depuis l’automne dernier aura quand même eu quelques effets, dont celui de faire découvrir au patronat français que malgré les niveaux records atteints par les dividendes versés cette année encore aux actionnaires des entreprises du CAC 40, certains en France ont bien du mal à joindre les deux bouts. Pour sa traditionnelle université d’été organisée cette année les 28 et 29 août à l’hippodrome de Longchamp, rebaptisée pompeusement Rencontre des entrepreneurs de France, le MEDEF, comme avant lui le G7 à Biarritz, s’est intéressé aux inégalités et n’a pas hésiter à afficher comme thématique ce slogan à la hussarde : « No(s) Futur(s), climat, inégalités, conflits… Quel capitalisme demain ? ».

Une première pour le patronat français qui n’a pas pour habitude de s’inquiéter outre mesure du sort des laissés pour compte de la mondialisation heureuse. Bien évidemment, comme pour la réunion du G7 l’exercice était purement formel et personne ne s’attendait à ce qu’il ressorte de cette enceinte la moindre proposition concrète de nature à réduire un tant soit peu les inégalités sociales. Mais quand même, l’initiative est suffisamment insolite pour ne pas la relever…

D’autant que les organisateurs, qui avaient finalement préféré inviter Nicolas Sarkozy plutôt que Marion Maréchal – Le Pen, n’ont pas lésiné sur le côté provocateur en intitulant l’une de leurs tables rondes Cuillère en argent versus valise en carton. Un débat orchestré par un des présidents délégués du MEDEF, Patrick Martin, président du groupe de distribution industrielle Martin Belaysoud, en présence de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher. Un débat qui mettait surtout face à face deux patrons ayant vécu des parcours très différents.

Table ronde sur les inégalités lors de la Rencontre des entrepreneurs de France en août 2019 (photo © Marie Bordet / Le Point)

D’un côté Laurent Dassault, fils de Serge Dassault et directeur général délégué du groupe Marcel Dassault, créé par son grand-père du même nom. Dirigeant de la propriété familiale Château Dassault, Grand cru classé Saint-Émilion, et propriétaire en association avec Benjamin de Rothschild d’un domaine de 850 ha en Argentine, ce fils de doit l’essentiel de sa position sociale très enviable à sa naissance, au point d’ailleurs d’y voir quelques inconvénients : « les portes s’ouvrent, mais ce n’est pas suffisant pour réussir. Et l’inconvénient est qu’on vous regarde d’une certaine façon… Il y a parfois une agressivité qu’il faut pardonner ».

On lui pardonnera donc et on ne manquera pas d’admirer une telle destinée qui a conduit ce joueur de golf et de polo, par ailleurs administrateur d’une dizaine de sociétés dont la Banque privée luxembourgeoise Edmond de Rothschild, à recevoir l’illustre insigne d’Officier de la Légion d’honneur.

Djamel Agaoua, PDG de Viber, dans ses bureaux à San Francisco (photo © Frédéric Neema / French Morning)

En face, Djamel Agaoua, né en 1969 à Marseille, fils d’un artisan pâtissier d’origine kabyle, n’a bien entendu pas connu de tels handicaps. N’ayant rien à prouver à une lignée d’ascendants aux parcours écrasants, il s’est contenté de bûcher et d’intégrer l’École Centrale de Paris puis de se forger une expérience en cabinet de conseil avant de créer sa propre startup pour finir directeur général de la plateforme de messagerie Viber, basée dans la Silicon Valley, et filiale du groupe international Rakuten, leader du commerce en ligne au Japon.

Le seul obstacle à son parcours : l’absence de réseau pour lui ouvrir les portes, et un entourage qui, par souci de protection, pense plutôt à le dissuader de se frotter à un monde impitoyable dont il doit apprendre les codes par lui-même. Il en est d’ailleurs parfaitement conscient, lui qui lâche « Il est évident que mes enfants auront bien plus de facilités à obtenir un stage ». On ne saurait mieux dire en effet pour expliquer une part de ces inégalités sociales qui freinent tant de bonnes volontés.

Monique Pinçon-Charlot lors de l’université d’été du MEDEF en août 2019 (source © YouTube / Widoobiz)

La sociologue Monique Pinçon-Charlot qui avec son mari Michel a passé toute sa carrière à disséquer les phénomènes de la ségrégation sociale et de la grande bourgeoisie, était également invitée à cette table ronde et s’est livrée à une critique implacable des effets du capitalisme débridé, n’hésitant pas à déclarer à l’héritier Dassault : « Votre dynastie familiale vous offre une immortalité symbolique et vous permet de continuer à capter, et pour longtemps, toutes les richesses. D’empêcher l’argent de ruisseler… Sachez aussi qu’on ne veut pas de vos donations et de votre mécénat, on veut seulement le juste partage des richesses ! »

Un plaidoyer courageux, devant une assemblée de patrons goguenards, mais qui ne lui a valu que des rires et des moqueries selon les témoins présents. La prise de conscience par le patronat français des effets délétères d’une économie néolibérale sur une société de plus en plus inégalitaire, n’est pas encore à l’ordre du jour.

Quant au porteur supposé de la valise en carton, le fils de pâtissier Djamel Agaoua, sa remarque conclusive frappée du bon sens aura sans doute davantage marqué les esprits, lui qui note finement : « Pour résoudre les problèmes d’inégalités, il faut d’abord arrêter les clichés : que les Français ne sont que des fainéants si on écoute les patrons ; que les patrons ne veulent que virer leurs salariés, selon les travailleurs ». On sent le vécu…

Et le MEDEF a récidivé avec d’autres temps forts donc ce débat intitulé « Que les gros salaires lèvent le doigt ! ». La présidente d’honneur de Care France, Arielle Malard de Rothschild (on reste dans la famille), a tenté d’expliquer au public la fameuse courbe de l’éléphant, théorisée par deux économistes de la Banque mondiale, Branko Milanovic et Christopher Lakner.

La courbe de l’éléphant montant l’évolution des revenus de la population mondiale entre 1988 et 2008, par centile de niveau de revenu (source infographie © La Tribune)

Ce graphique – qui ressemble de fait vaguement à un éléphant – montre les mutations économiques depuis la fin des années 1980 : sous l’effet de la mondialisation, l’extrême-pauvreté a fortement reculé, principalement en Asie et particulièrement en Chine, tandis que les classes populaires et moyennes des pays développés, notamment européens, ont vu leur niveau de vie stagner alors que les revenus des 1 % les plus riches connaissaient une explosion sans précédent. Une situation qui n’est pas totalement étrangère au sentiment de déclassement qui se répand dans bien des pays développés et qui explique en partie la crise des Gilets jaunes en France.

Sauf que les patrons du MEDEF ne sont manifestement pas prêts à reconnaître un tel constat, à l’image de Xavier Fontanet, ancien président d’Essilor et professeur à HEC, qui lors de cette même table ronde, balaye d’un revers de main les explications de sa collègue et conclut optimiste : « l’économie de marché, quand elle est mise en œuvre par des gens honnêtes, nous permet de faire le bien ». Faut-il alors en déduire que s’il y a quelques ratés manifestes dans la répartition actuelle des richesses et l’accroissement indéniable des écarts de revenus, c’est que certains de nos dirigeant feraient preuve d’une sorte de malhonnêteté intellectuelle ? Un esprit frondeur souffle décidément dans les rangs du patronat français…

L. V.

Hongkong : des manifestations à haut risque

19 août 2019

Ce dimanche 18 août 2019 a encore été marqué par d’impressionnantes manifestations dans le centre-ville de Hongkong. Plusieurs dizaines de milliers de Hongkongais se sont ainsi rassemblés dans les allées de Victoria Park, sous une pluie battante. Abrités sous autant de parapluies, cette foule pacifique mais déterminée répondait à l’appel du Front civil des droits de l’Homme, une organisation prônant la non-violence et réclamant davantage de libertés civiques sur ce territoire redevenu chinois le 1er juillet 1997 après 150 ans d’occupation britannique.

Des dizaines de milliers de manifestants à Victoria Park, au centre-ville de Hongkong, dimanche 18 août 2019 (photo © AP / Le Monde)

Disposant désormais d’un statut un peu particulier de « Région administrative spéciale » comme sa voisine Macao, l’ancienne colonie portugaise qui lui fait face, sur l’autre rive à l’embouchure de la Rivière des Perles, en aval de Canton, ce territoire de Hongkong, devenu l’une des trois principales places financières mondiales avec Londres et New York, a une histoire bien particulière qui explique la situation assez inédite dans laquelle il se trouve actuellement.

Hongkong, à l’embouchure de la Rivière des Perles (source © GoogleMaps)

Le premier Européen à parvenir à Honkong, est l’explorateur portugais Jorge Álvares qui y débarque en 1513 et ce sont donc les Portugais qui s’y installent pour établir une tête de pont commerciale. Ce sont eux aussi qui introduisent en Chine dès le XVIIe siècle l’opium produit en Inde et pourtant interdit en Chine par un édit impérial de 1729. Au XVIIIe siècle, les ports chinois sont ouverts aux Européens mais les règles du commerce y sont très strictes, l’empire chinois pratiquant un protectionnisme qui lui permet d’exporter largement ses produits dont le thé, la soie ou la porcelaine, très prisés en Europe.

C’est pour rééquilibrer cette balance commerciale qui ne leur est guère favorable que les Britanniques se mettent, au tout début du XIXe siècle, à exporter massivement l’opium en provenance de leur colonie indienne pour inonder le marché chinois, tout en essayant de forcer la main aux autorités chinoise pour signer un traité de libre-échange plus en leur faveur. Mais les Chinois s’y opposent et les Britanniques décident donc d’utiliser la manière forte.

Prenant prétexte d’une tentative des Chinois de réguler le commerce de la drogue qui prend des proportions alarmantes avec plus de 10 000 tonnes d’opium débarquant chaque année, les Anglais passent à l’attaque pour défendre leur juteux commerce. En 1840, une flotte de guerre lourdement armée attaque le nord de la Chine et menace directement Pékin. Les Chinois sont contraints de signer en 1842 le traité de Nankin qui prévoit notamment la cession de Hongkong à la Grande-Bretagne, et l’ouverture de nouveaux ports au commerce britannique.

Le sac du Palais d’été à Pékin en 1859 (illustration d’époque / La Télé libre)

Mais les Européens en veulent toujours davantage, d’autant que les Français, les Russes et les Américains se mettent aussi sur les rangs, et déclenchent en 1856 une nouvelle guerre de l’opium avec leurs alliés anglais. Un nouveau traité très inégal est signé à Tianjin, mais qui ne suffira pas encore aux appétits commerciaux occidentaux, lesquels conduisent Français et Britanniques à occuper en 1859 la capitale impériale, allant jusqu’à piller et incendier le Palais d’été, un acte honteux dénoncé avec force par Victor Hugo…

La convention de Pékin, signée en 1860, avait déjà permis à la Grande-Bretagne d’élargir considérablement son territoire de Hongkong, mais en 1898, une nouvelle convention avec la Chine lui donne accès, via un bail emphytéotique de 99 ans, à de vastes étendues connues sous le nom de « Nouveaux territoires » autour du port de Hongkong, y compris sur les îles voisines. C’est l’échéance de ce bail en 1997 qui a conduit la Chine à reprendre la main sur cette zone de son ex-empire.

Entre temps, la petite colonie de pêcheurs de Hongkong qui comptait 7500 habitants en 1830 a beaucoup évolué. Avec déjà 1,6 millions d’habitants en 1941, la ville grossit d’au moins 150 000 personnes rentrés illégalement au début des années 1960 pour échapper à la grande famine qui sévit alors dans la Chine communiste de Mao. L’industrie textile s’y développe et, à partir des années 1970, Hongkong devient une place financière prépondérante. La HSBC (Hongkong and Shanghai Banking Corporation), à l’origine de multiples scandales financiers, y a d’ailleurs été créée, par un trafiquant d’opium justement.

Le quartier des affaires à Hongkong, une cité prospère…

A partir de 1979, la proximité de la zone commerciale de Shenzhen créée à l’initiative de Deng Xiaoping, favorise encore le rôle commercial déjà prépondérant de Hongkong qui compte désormais plus de 7 millions d’habitants, dont encore 34 000 résidents britanniques et près de 20 000 de nationalité française. Une ville moderne, dynamique, symbole du libéralisme économique mondialisé et qui bénéficie, depuis 1997 et en principe au moins jusqu’en 2047, d’un statut à part au sein de la République populaire de Chine, selon le principe « Un pays, deux systèmes », qui lui permet de conserver notamment sa monnaie et l’accès à un multipartisme.

Manifestants dans les rues de Hongkong le dimanche 16 juin 2019 (photo © Sam Tsang / SCMP)

Mais 30 ans plus tard, la Chine dont la puissance économique et militaire s’est considérablement renforcée et qui a de nouveau des visées expansionnistes dans son environnement proche, commence à préparer la normalisation du statut de Hongkong. C’est d’ailleurs en réaction à un projet de loi sur l’extradition vers la Chine des opposants politiques que se sont déclenchées, le 9 juin dernier, les premières manifestations qui ont rassemblé de l’ordre d’un million de personnes, du jamais vu dans ce pays peu politisé. Des manifestations qui prennent peu à peu de l’ampleur avec sans doute près de 2 millions de manifestants dans les rues de Hongkong le 16 juin et même une intrusion dans les bâtiments du Conseil législatif le 1er juillet.

Il va sans dire que les autorités de Pékin peuvent difficilement tolérer une telle mobilisation populaire qui réclame explicitement davantage d’autonomie et moins d’ingérence du pouvoir chinois dans la vie démocratique locale. Dès le 13 août, Pékin a fait savoir que des troupes en nombre et des chars d’assaut de l’Armée populaire de libération avaient été massés dans les stades de Shenzhen, aux portes de Hongkong, rappelant au passage, sous forme de menace à peine voilée, qu’ils pouvaient être sur place en seulement 10 minutes.

L’arrivée des chars sur la place Tian’anmen à Pékin en 1989 (photo © Jeff Widener / AP)

On sent désormais que Pékin n’attend plus qu’un prétexte pour intervenir et ramener l’ordre dans cette « Région administrative spéciale », n’hésitant pas à monter en épingle les heurts qui se sont produits à l’issue de l’occupation de l’aéroport et qualifiant les manifestants de terroristes. Pour ceux qui ont raté les images de l’entrée des chars russes à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, voire l’écrasement des manifestants sur la place Tian’anmen en 1989 qui aurait fait de l’ordre de 10 000 morts, une séance de rattrapage est peut-être en préparation…

L. V.

 

Qui sera le prochain maire de Marseille ?

10 août 2019

A sept mois seulement des prochaines élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2020, bien malin qui pourrait prédire le nom du prochain maire de Marseille. La seule certitude, sauf coup de théâtre d’ici là, est que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, qui fêtera ses 80 ans en octobre 2019, ne devrait pas se représenter. Conseiller municipal de la ville sans discontinuer depuis 1965, et maire depuis 1995, Jean-Claude Gaudin avait en effet annoncé dès juin 2017, qu’il ne briguera pas un cinquième mandat à la tête de la cité phocéenne.

Jean-Claude Gaudin dans son fauteuil à la mairie de Marseille (photo © Valérie Vrel / MaxPPP / France 3 régions)

Sénateur depuis 1989, il avait d’ailleurs quitté le Palais du Luxembourg en septembre 2017 pour cause de cumul de mandat et alors qu’il était mis en cause dans une sordide affaire de détournement de fonds publics au sein du groupe UMP du Sénat. Devenu le 9 novembre 2015 le premier président de la métropole Aix-Marseille-Provence, après avoir été déjà le premier président de la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole lors de la création de cette dernière en 2000, cet homme politique aux multiples mandats avait finalement abandonné son fauteuil de président de la métropole en septembre 2018, laissant celui-ci à sa dauphine Martine Vassal, élue depuis 2001 au Conseil municipal de Marseille et déjà présidente depuis le 2 avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Martine Vassal, a priori bien placée pour remplacer Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille ? (photo © N. K. / Gomet)

Tout semble donc indiquer que Martine Vassal est plutôt bien placée pour remplacer en 2020 son mentor à la tête de la mairie, en attendant la fusion annoncée du Département et de la Métropole qui pourrait se réaliser dans la foulée. En tout cas, Jean-Claude Gaudin, à qui l’on prête toujours quelques intentions plus ou moins machiavéliques, avait dit clairement lors de ses vœux à la presse en janvier 2018 : « A mon âge, avec ma longévité et le nombre de fois que j’ai reçu le sacrement du suffrage universel, je peux faire ce que je veux, mais je reste dans la ligne de mes idées : c’est mes amis que je soutiendrai et je souhaite qu’un des miens devienne maire en 2020 ».  Selon Le Point, le maire de Marseille avait même alors ajouté en évoquant Martine Vassal : « elle a souvent dit qu’elle souhaiterait me remplacer en 2020 : c’est une délicatesse que j’apprécie, elle a d’ailleurs toutes les qualités nécessaires pour occuper cette fonction ».

Un message plutôt encourageant pour cette dernière donc, qui le 11 juin 2019 avait annoncé sur le plateau de France 3 : « Aujourd’hui je viens annoncer un grand mouvement, un grand rassemblement avec tous ceux et toutes celles qui aiment Marseille et sa Métropole et qui veulent faire rentrer Marseille et sa métropole dans une vraie dynamique pour les 20 à 30 ans à venir ». Mais Martine Vassal n’a toujours pas confirmé sa candidature et cherche plutôt à se démarquer de son étiquette partisane en se posant d’abord comme une alternative au Rassemblement national qu’elle érige en menace ultime.

Une prudence bien compréhensible, d’autant que Jean-Claude Gaudin ne manque pas de rappeler : « Chaque fois qu’on m’a désigné un successeur, celui-là n’y arrive pas ». Ce qui pourrait laisser entendre que le match reste ouvert, d’autant que les candidats déjà déclarés ne manquent pas. A droite même, le sénateur et président de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, Bruno Gilles, n’a pas hésité, lui, à déclarer sa candidature dès le mois de septembre 2018 et s’y accroche fermement.

L’élu marseillais centriste Christophe Madrolle, secrétaire général depuis 2015 de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) a lui aussi déclaré qu’il sera dans la course aux municipales de 2020. Il en est de même de l’élu frontiste Stéphane Ravier qui se proclame candidat depuis septembre 2018 et qui a été investi officiellement en mai 2019 pour porter les couleurs du Rassemblement national et briguer le fauteuil de maire lors des prochaines élections municipales pour lesquelles il devrait, selon La Provence, se présenter dans le 8ème secteur qui regroupe les 15ème et 16ème arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille.

Samia Ghali, toujours sénatrice PS et future candidate à la mairie de Marseille ? (photo © MaxPPP / France bleu)

Mais pour le reste, nombre de personnalités laissent encore planer le suspense. Il en est ainsi de Samia Ghali, ex maire du 8ème secteur justement et toujours sénatrice mais qui hésite à s’afficher encore socialiste, une étiquette qui n’est plus guère porteuse par les temps qui courent…Elle n’en a pas moins, selon La Provence, déposé dès le mois d’avril 2019 des noms de domaine du type ghali2020.com, un signe qui confirme que le sujet l’intéresse de très près…

De son côté, Jean-Luc Mélenchon ne sera probablement pas candidat aux municipales à Marseille qui l’avait pourtant placé en tête au premier tour des Présidentielles de 2017, avec près de 25 % des suffrages exprimés, et qui lui a offert alors son siège de député. Reste à savoir si la gauche arrivera lors de cette prochaine échéance à se rassembler comme l’y appelle notamment le collectif citoyen Mad Mars depuis le mois de mai 2019, lui qui aspire à une « liste unique pour le progrès social, écologique et économique » comme l’a relayé Libération. Une idée folle sans doute…

Yvon Berland, candidat à l’investiture LREM pour les prochaines municipales (source © Gomet)

Côté La République en Marche, plusieurs noms circulent, outre celui déjà évoqué de Christophe Madrolle. C’est le cas notamment d’Yvon Berland, un médecin de 68 ans, président de l’Université Aix-Marseille qui s’est ouvertement déclaré, le 18 juillet 2019, candidat à l’investiture du parti, de même d’ailleurs que Saïd Ahamada, député des quartiers nord et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, qui s’était lui officiellement déclaré dès le mois de juin 2019. Et d’autres noms circulent, dont celui de Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, non inscrit à LREM mais considéré comme un ami proche du couple Macron. Il était d’ailleurs aux côtés de Brigitte lors de la visite controversée de cette dernière à Marseille les 13 et 14 juin 2019, lorsque celle-ci a rencontré, outre le maire sortant, plusieurs personnalités potentiellement candidates, laissant entendre qu’une alliance entre LR et LREM serait vue d’un bon œil par l’Élysée. Ce qui a eu le don d’agacer fortement les militants LREM du cru qui excluent a priori une telle tambouille, sachant que la commission d’investiture de LREM rendra son verdict en septembre.

Carte des arrondissements et des secteurs de Marseille (source © confédération des CIQ)

Il faut dire que la menace du Rassemblement national en inquiète plus d’un, alors que ce parti était arrivé largement en tête sur la ville de Marseille lors des dernières élections européennes, avec plus de 26 % des suffrages exprimés contre 20 % seulement pour la liste LREM et moins de 14 % pour les écologistes, la France insoumise n’arrivant qu’en cinquième position à 8 %, quasi à égalité avec LR qui enregistre un score bien peu enviable à quelques mois des municipales…

Mais les procédures de ces élections sont complexes car elles se font par secteur, chacun désignant un certain nombre de conseillers (303 au total, dont un tiers seulement siège au conseil municipal de Marseille et participe donc à la désignation de son maire). Et le poids respectif des secteurs est variable, du simple au double entre le 2ème secteur (qui regroupe les 2ème et 3ème arrondissements, au nord du Vieux Port) avec 8 élus au conseil municipal et le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements, dans les quartiers nord) qui bénéficie de 16 représentants à la Ville. Une complexité qui pourrait peut-être réserver quelques surprises en mars prochain…

L. V.

Salade niçoise : Estrosi ne veut plus de riz…

26 juillet 2019

Avec la montée en puissance de l’intercommunalité et le transfert massif de la plupart des compétences communales vers les métropoles, communautés d’agglomération et autres communautés de communes, beaucoup craignaient que le conseil municipal, haut-lieu traditionnel du débat démocratique de proximité, ne perde de son acuité.

Affiche du film Clochemerle, réalisé en 1947 par Pierre Chenal

Heureusement l’ego et le sens du spectacle de nos élus locaux font beaucoup pour que perdurent les joutes homériques et les débats de fond qui ont toujours fait le sel des séances du conseil municipal. Admirablement mis en scène dans le petit village fictif de Clochemerle, dans le Beaujolais, les discussions enflammées autour de l’installation d’une pissotière municipale, sont restées dans les annales, même si elles n’ont rien à envier aux échanges tout aussi houleux qui ont eu lieu récemment lors de la mise en place d’urinoirs tout autant controversés dans les rues de la capitale parisienne.

Certes, les conseillers municipaux doivent bien souvent se contenter au quotidien de dossiers moins brûlants et l’intérêt des échanges en séance en pâtit quelque peu. Mais on peut faire confiance à l’imagination et au goût pour la joute oratoire de nos élus comme l’ont encore démontré les débats qui ont eu lieu il y a peu dans la salle du conseil municipal de Nice, autour du projet de nouveau règlement que le maire Christian Estrosi a tenu à faire adopter pour mieux encadrer l’organisation des mariages dans sa bonne ville.

Christian Estrosi lors de son (re)mariage avec Laura Tenoudji en novembre 2016 (photo © Jacovides – Borde – Moreau / BestImage / Gala)

Il faut dire que la question des mariages niçois fait partie sans conteste des priorités de cet ancien coureur motocycliste et éphémère Président de la Région PACA, lui-même remarié récemment à 61 ans, le 12 novembre 2016, et qui avait déjà édicté en 2012 un règlement particulièrement sévère pour éviter tout débordement dans la salle des mariages de sa mairie : interdiction absolue de déployer un quelconque drapeau, surtout étranger, obligation de respecter scrupuleusement les horaires prévus et aucune tolérance pour le moindre cri ou chahut dans la cour d’honneur de la mairie située dans le Vieux-Nice, à deux pas de la mer.

A défaut de respecter ces consignes pour lesquels les futurs époux s’engageaient par écrit au nom de toute la noce en signant une charte stipulant que tous leurs invités s’abstiennent de « troubler la quiétude, la tranquillité et la solennité de l’instant », le mariage risquait bel et bien d’être annulé ou reporté comme ce fut le cas une petite dizaine de fois en quelques années de mise en application. Sur 8000 mariages célébrés pendant cette période, voilà qui n’est pas énorme et ne méritait peut-être pas une telle délibération du conseil municipal.

Mais début novembre 2018, selon Le Parisien, un invité, particulièrement enthousiaste et qui plus est marseillais, d’une noce niçoise n’a pas pu s’empêcher de lancer un fumigène depuis le cortège nuptial. Manque de chance, le fumigène en question a atterri sur le toit du commissariat de la ville, ce qui a valu au jeune noceur en question une interpellation immédiate pour « violences volontaires avec arme par destination contre personne dépositaire de l’autorité publique ». Placé en garde à vue pendant 24 heures, le contrevenant a vu sa Mercedes saisie par les pandores et il a écopé d’une amende de 300 euros assortie de 2 mois de suspension de permis tandis qu’un autre participant à la noce a aussi été interpellé et jugé pour outrage aux forces de l’ordre. Le mariage a du coup été dûment annulé par le maire hors de lui.

Mariage à Nice (photo © Valéry Hache / AFP / France 3 Régions)

Et l’affaire n’en est pas restée là puisque Christian Estrosi en a déduit qu’il n’y avait rien de plus urgent que de restreindre encore les conditions pour qu’un mariage puisse être célébré jusqu’à son terme dans la bonne ville de Nice. D’où la récente passe d’armes qui s’est tenue dans la salle du conseil municipal, lundi 17 juin 2019, lorsque le maire a présenté un nouveau règlement intérieur revu et corrigé, qui prévoit pour les futurs mariages à célébrer, les formalités obligatoires préalables, le respect des horaires de la cérémonie, le lieu, l’accès et le stationnement des véhicules, le respect du nombre d’invités en accord avec la capacité de la salle, mais aussi l’attitude à adopter lors de la cérémonie et le comportement du cortège.

Un mariage à la sortie de la mairie de Nice (photo © Lucie Werner)

Un comportement exemplaire à tous égards, cela va de soi, pour lequel il a fallu pas moins de 20 articles pour dresser la liste de tous les interdits afin que, comme l’a exprimé avec grandiloquence le maire de Nice « cette cérémonie unique reste inoubliable pour chacun ». Il est en particulier désormais « interdit sur le parvis de la mairie, lors de la sortie des mariés, de jeter du riz afin de ne pas attirer les pigeons ».

Au pays de la salade niçoise, voilà qui n’a pas laissé d’étonner certains des élus municipaux, comme le rapporte Le Figaro. Mais l’adjoint à l’état civil a rapporté que, la semaine précédente, « une dame âgée qui ne faisait même pas partie du mariage a glissé sur des grains ». Un argument imparable en effet : sur la Côte d’Azur, on ne badine pas avec la sécurité, surtout celle des personnes âgées, d’autant que les invités ont la main lourde ainsi que l’a rapporté doctement le même élu : « le calcul est très simple: à raison d’un demi-kilo de riz au moins par mariage pour trente cérémonies, cela fait entre 15 et 30 kg de riz sur le parvis ! ». Voilà qui fait en effet désordre, mais fort heureusement et grâce à la mansuétude du maire, le lancer de confettis ou de pétales reste autorisé, sauf bien sûr si les pétales de rose sont en plastique car à Nice on ne rigole pas non plus avec l’environnement.

Quant à l’article 12 du tout nouveau règlement, il stipule ni plus ni moins que « toute tenue burlesque ou déguisement est à proscrire ». Une mesure qui a failli faire s’étouffer l’élu d’opposition, le socialiste Paul Cuturello, déclarant en séance : « interdire le déguisement au pays du carnaval, là, on dépasse les bornes, c’est d’un ridicule achevé ! ».

Conseil municipal de la Ville de Nice (source Les Petites Affiches des Alpes Maritimes)

Un avis partagé, selon Nice Matin, par l’ex-adjoint au maire en charge de l’État civil, Auguste Vérola, lequel avait été démis de ses fonctions par Christian Estrosi à cause de son rapprochement avec l’ennemi héréditaire Éric Ciotti, et qui n’a pas pu s’empêcher de commenter ; « ll faut que cela reste festif ! Annuler un mariage n’est pas glorieux ! ». Ce qui lui a valu de la part du maire une réplique cinglante : « de la part de quelqu’un qui a uni des mariés déguisés en gorilles ou en palmes ! ». Il se passe décidément de drôles de choses dans la salle des mariages de l’hôtel de ville de Nice et il était grand temps d’y mettre un peu d’ordre…

L. V.

La finance au secours du climat ?

11 juillet 2019

Pierre Larroutorou (extrait vidéo © ThinkerView)

Parmi les 74 députés français élus le 26 mais 2019 au Parlement européen, figure un ardent défenseur de la lutte contre le changement climatique. Placé en cinquième position sur la liste justement intitulée Envie d’Europe écologique et sociale, dirigée par Raphaël Glucksmann, il a été élu de justesse puisque le score de 6,19 % obtenu par la liste pourtant soutenue par le Parti socialiste, ne lui a permis d’avoir que 5 élus. Voilà donc que Pierre Larrouturou accède à 54 ans à son deuxième mandat électif, après avoir été un temps conseiller régional d’Ile de France, entre 2010 et 2015, sous l’étiquette des Verts.

Agronome de formation, cet économiste est un disciple de René Dumont, persuadé depuis toujours que le Monde ne peut se développer de manière harmonieuse sans davantage de justice sociale. Longtemps militant au PS, il avait créé en mars 2012 le Collectif Roosevelt aux côtés de nombreuses personnalités parmi lesquelles Edgard Morin, Michel Rocard ou encore Stéphane Hessel, dont il était très proche.

Pierre Larroutorou et Stéphane Hessel présentent une motion au congrès du Parti socialiste à Toulouse en 2012 (source © Daily Motion)

Ayant claqué à trois reprises la porte du PS qu’il juge trop timide dans ses volontés réformatrices, Pierre Larrouturou a toujours milité pour la réduction du temps de travail, un meilleur partage des richesse, une Europe plus démocratique et qui fut dès 2005 un des rares économistes à prédire la survenance de la crise économique majeure de 2008, s’attirant les moqueries acerbes d’un Dominique Strauss-Kahn alors au sommet de sa gloire.

Son aventure à la tête de son propre parti, Nouvelle Donne, créé fin 2013, ne lui a pas attiré que des amitiés comme il le raconte lui-même dans une longue interview qu’il a accordé en juin 2018 au média internet Thinkerview, qui fait un tabac d’audience sur YouTube.

En novembre 2017, Pierre Larrouturou publie un livre intitulé en toute modestie Pour éviter le chaos climatique et financier, un ouvrage coécrit avec Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC, et dont les recherches en tant que glaciologue ont contribué à mettre en évidence, dès les années 1980, l’impact du réchauffement climatique mondial.

Depuis lors, l’économiste Pierre Larrouturou a un peu mis de côté son combat contre le chômage pour se concentrer sur ce nouveau cheval de bataille qui, de son propre aveu, l’empêche de dormir. L’association qu’il a créée avec l’ex-glaciologue climatologue Jean Jouzel et dont il a été un temps le salarié, s’appelle Pacte Finance Climat.

L’économiste Pierre Larrouturou et le climatologue Jean Jouzel (photo © Stéphane Geufroi / Ouest-France)

Tout un programme que cet économiste passionné expose avec infiniment de pédagogie, partant d’un constat largement partagé et que les projections du GIEC résument de manière très visuelle : même en supposant que les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris lors de la COP 21 soient scrupuleusement respectés (ce qui est loin d’être le cas, surtout depuis que ces mêmes accords ont été piétinés par Donald Trump, pourtant à la tête d’un des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre), le réchauffement climatique atteindrait plus de 3 °C d’ici la fin du siècle, avec sans doute des effets irréversibles et des emballements incontrôlables perceptibles dans les quelques années à venir. On est vraiment très proches désormais du point de rupture et seules des politiques ambitieuses et coordonnées de réduction des émissions de gaz à effet de serre pourraient peut-être encore permettre d’éviter le chaos généralisé.

Les trajectoires du probable : quel scénario pour le futur (source © Pacte Climat)

L’objectif visé est clair : faire en sorte que l’Europe joue un rôle moteur en démontrant, par une politique volontariste, qu’il est possible de diviser par quatre d’ici 2050 ses émissions de gaz à effet de serre tout en créant des millions d’emplois, grâce à des investissements massifs notamment dans l’isolation des bâtiments, dans le développement des énergies renouvelables, dans des transports publics propres et dans des politiques d’économie d’énergie à grande échelle.

Un dessin signé Wingz (source © CFDT)

Les études montrent que le pari vaut la peine d’être tenté avec 6 millions de nouveaux emplois à la clé et une réduction significative des dépenses d’énergie, mais aussi une diminution des dommages liés aux catastrophes naturelles voire à terme aux tensions politiques provoquées par l’inévitable immigration de réfugiés climatiques.

Comment amorcer la pompe pour financer un chantier aussi colossal ? En fait la réponse est simple et les outils pour y arriver existent déjà : les banques centrales, américaines comme européennes, ont créé massivement de la monnaie lors de la crise de 2008 pour sauver les banques commerciales menacées de faillite, et la Banque centrale européenne continue à le faire discrètement mais à grande échelle. Depuis 2015, ce sont pas moins de 2500 milliards d’euros qui ont ainsi été injectés par la BCE auprès des banques commerciales, l’essentiel de cette masse monétaire servant uniquement à la spéculation financière puisqu’on estime que seulement 300 millions d’euros ont été prêtés au secteur privé pour des investissements productifs, une misère !

Un dessin signé Nawaq (source © Jolyday)

Dans ces conditions, même le FMI en fait le constat : ces énormes sommes d’argent créées de manière totalement artificielle ne font qu’alimenter la bulle spéculative et nous rapprochent chaque jour davantage d’une nouvelle crise économique que le journal Les Échos prédit déjà comme 10 fois plus grave que celle de 20008 : « l’économie mondiale est comme le Titanic, elle accélère avant le choc »…

La proposition est donc évidente : il suffirait d’affecter cette création monétaire à des investissements en faveur de la transition énergétique. Pour cela, pas besoin de créer de nouvelles usines à gaz. Il suffit de s’appuyer sur la Banque européenne d’investissement (BEI) en lui adossant une nouvelle filiale, une Banque du développement durable, qui, dans le cadre d’un nouveau Traité européen à négocier entre les États les plus engagés, attribuerait à chacun d’entre eux un droit de tirage correspondant à 2 % de son PIB. De quoi investir 45 milliards en France sous forme de prêt à taux zéro pour financement massivement l’isolation des logements et le développement de transports publics propres.

Pierre Larroutorou sur ThinkerView

A cela s’ajoutent bien sûr d’autres leviers à actionner sous la forme d’une taxe sur les transactions financière et une taxe sur les émissions de CO2, mais surtout une contribution climat sous forme d’une taxe à hauteur de 5 % sur les bénéfices des entreprises, bien entendu dégressive en fonction du bilan carbone de chacun. Cette taxe, susceptible de rapporter 100 millions d’euros par an, alimenterait un Fonds européen pour le climat et le développement permettant de soutenir l’effort de recherche, les investissements pour la transition énergétique et l’aide au développement en faveur de nos voisins africains les plus exposés aux effets du dérèglement climatique. Une taxation évidemment peu populaire auprès des milieux d’affaire mais qui permettrait de compenser la chute régulière observée depuis le milieu des années 1990, avec un taux moyen d’imposition sur les bénéfices proche de 20 % en Europe alors qu’il est resté autour de 35 % aux États-Unis, jusqu’aux décision récentes de Donald Trump.

Reste à savoir désormais si ce pacte finance-climat a une chance d’être mis en œuvre, ce qui suppose que les chefs d’États européens, Emmanuel Macron et Angela Merkel en tête, s’en emparent de manière volontariste. Nombreux sont en tout cas les élus locaux de tous bords qui soutiennent la démarche : c’est peut-être le moment ou jamais pour nos responsables politiques, nouvellement élus à la tête des instances européennes, de faire preuve de clairvoyance et de courage, avant qu’il ne soit trop tard…

L. V.

Chaux-Bouilland : on a raté la marche…

5 juillet 2019

La lycéenne suédoise Greta Thunberg à la marche pour le climat du 22 février 2019 à Paris (photo © François Mori / AP / Le Monde)

Attention : chaud devant ! Le réchauffement climatique s’emballe, les épisodes de canicule se succèdent, notre maison brûle, et on regarde ailleurs… Pas tous, heureusement. Et pas seulement la jeunesse, notamment suédoise, qui organise manifestation sur manifestation pour attirer l’attention des responsables politiques sur ce dérèglement planétaire dont l’homme est responsable et sur lequel il est encore temps d’agir, mais dont les effets sont d’ores et déjà pour la plupart irréversibles.

Tous les militants que compte l’Europe enchainent campagnes de sensibilisation, démarches médiatiques, procédures juridiques et marches pour le climat, histoire de rappeler que tous ne se résignent pas et qu’il existe peut-être d’autres solutions que celle prônée par la mairie de Paris qui, face au réchauffement climatique, ambitionne de doubler l’offre parisienne en matière de climatisation…

Une bande dessinée Birds publiée dans Ouest France le 20 juin 2019

Et lorsqu’il s’agit de militer pour sauver, sinon la planète, qui elle n’est pas en danger, mais les espèces végétales et animales qui l’occupent (dont l’espèce humaine qui risque de payer un lourd tribu face aux conséquences attendues du dérèglement climatique global), les citoyens ne manquent pas d’imagination. En l’espèce, la palme revient peut-être à l’association Les Amis de la Terre de Nuits-Saint-Georges, en Côte-d’Or, qui appelaient mercredi 19 juin 2019 sur leur site Facebook à une marche festive pour le climat, prévue le dernier week-end de juin entre deux villages bourguignons au nom évocateur : Chaux et Bouilland !

Les organisateurs de la marche Chaux – Bouilland (photo © Le Bien public)

Les 13 km qui séparent ces deux villages des Hautes-Côtes, un terroir viticole béni des Dieux, étaient de fait un beau parcours à offrir à tous les militants soucieux de préserver l’avenir de notre écosystème et désireux d’appeler à des politiques publiques plus ambitieuses en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout en contemplant de magnifiques paysages ruraux largement préservés.

Oui, mais voilà… La réalité est venue confirmer, s’il en était besoin, que l’urgence climatique n’est pas un simple canular comme Donald Trump persiste à le croire. Suite à la vague de chaleur qui sévit en France depuis le 24 juin, des records datant de la canicule de 2003 ont été battus : on a ainsi enregistré la température extrême de 45,9 °C dans la commune de Gaillargues-le-Montueux, dans le Gard, vendredi 28 juin à 16h20, du jamais vu !

La Bourgogne n’a pas atteint de tels sommets, mais le mercure est quand même monté très haut. Des records de chaleur ont été enregistrés dès le jeudi 27 juin avec 37,3 °C à Dijon, 38,5 °C à Montbard et même 38,9 °C à Nicey. Les prévisions météorologiques annonçant une nouvelle hausse des températures pour le week-end et le niveau 3 du Plan canicule ayant été déclenché, le Préfet de Côte d’Or n’a eu d’autre choix que d’annoncer, vendredi 28 juin, qu’il annulait un certain nombre de manifestations sportives prévues dans le département, dont la fameuse marche pour le climat Chaux-Bouilland, programmée pour le samedi 29…

Au-delà de Chaux, la canicule… (photo © GoogleStreet / France Bleu)

Une marche contre le réchauffement climatique annulée pour cause de température caniculaire, voilà qui ne peut que conforter ses organisateurs dans leur conviction qu’il serait grand temps de se préoccuper du problème. Ces derniers ne s’en sont d’ailleurs pas cachés et à défaut d’une marche un peu trop chaude au goût du Préfet, ils ont appelé à un simple rassemblement lundi 1er juillet à 19h30 devant le panneau d’entrée de la commune de Bouillant. Un choix largement justifié par les circonstances, celui de Chaux aurait été à juste titre considéré comme très en deçà de la réalité !

L. V.

Cela aussi concerne le Monde !!

29 juin 2019

Un dessin signé Chrib

« On est chez nous » ! « On est chez nous » ! Nous l’avons entendu maintes fois ce mot d’ordre lors des meetings de campagne du Rassemblement National, de Marine Le Pen à Jordan Bardella ! Mais parmi tous ces gens qui criaient, certains ignorants et de bonne foi, d’autres moins et carrément politiciens et démagogues, combien d’entre eux possèdent un patronyme qui se termine en « a », « i », « ez », « off », « ian » « ski » ou « poulos » ? Ils sont les descendants de parents ou grands-parents qui venaient de loin et qui ont dû subir à l’époque de leur arrivée en France, les mêmes arguments bêtes et méchants : « on est chez nous », « on est chez nous » !! Alors, ignorance de l’histoire ? Mémoire courte ?

Un dessin signé Visant

Le problème des migrations est complexe. On ne peut pas y répondre de manière simpliste comme le font certains politiciens et certains penseurs de « l’invasion » ou du « grand remplacement ». Ils sont continuellement invités sur les chaînes télé et y déversent n’importe quels chiffres, pourvu qu’ils impressionnent !

Pourquoi ne pas inviter plus fréquemment des scientifiques, historiens, sociologues, démographes dont l’objectivité et le sérieux de leurs recherches scientifiques viendraient sûrement remettre les pendules à l’heure ?

Le droit de quitter un pays ou son pays est inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et depuis les années 1990, le monde est entré dans une ère de migrations de masse. Ces migrations aux origines diverses (inégalités de développement économique, crises politiques, guerres, démographie galopante) ne concernent pour le moment que 3,4 % de la population de la planète mais elles représentent une tendance profonde de l’humanité qui évolue plus rapidement que les actions de régulation.

Un dessin de l’Algérien Ghir Hak, (source © GAG)

Toutes les politiques de dissuasion, de répression mises en place n’ont aucunement inversé le sens des flux migratoire Sud-Nord.

Un dessin signé Deligne (source © Pinterest)

En Europe, la fermeture des frontières à l’immigration de travail entre 1974 et 2004 a eu pour effet l’accélération du regroupement familial et le développement de l’immigration irrégulière. Une vision exclusivement sécuritaire de la gestion à court terme de ce phénomène migratoire a abouti aux morts aux frontières et en mer, aux camps, aux murs, au maintien en situation irrégulière de millions de migrants. Les États, désireux de garder leur souveraineté pour rassurer leurs opinions publiques semblent ne pas avoir compris qu’aujourd’hui, la mobilité est devenue un facteur essentiel du développement humain.

Face à cette incompétence des États, de l’Europe, une gouvernance mondiale des migrations devrait pouvoir se mettre en place. Pour le moment, le seul et unique droit universel à la mobilité mis en œuvre concerne les réfugiés (convention de Genève en 1951) instaurant le droit d’asile.

Quand instaurera-t-on de véritables politiques du vivre ensemble ?

Quand reconnaitra-t-on que la mobilité est le droit de l’homme du 21e siècle ?

Quand prendra-t-on en compte les intérêts des migrants, les intérêts des pays de départ et les intérêts des pays d’accueil ?

Un dessin signé Lounis (source © GAG)

Le pacte mondial sur l’immigration et l’asile adopté en septembre 2016 par l’Assemblée générale des Nations Unies tend à aller dans ce sens. Il comporte des dispositions relatives aux migrations et à l’asile. Il propose une meilleure gestion et sécurisation des parcours migratoires. Il propose une contrainte juridique et morale aux États.

Cela ouvre une perspective plus sereine pour les générations futures que l’exacerbation de la haine de l’autre, le racisme et l’ouverture de camps comme seule politique.

Ceux qui racontent que par miracle, on va arrêter l’immigration vous mentent. Ne les croyez plus. Ils sont à contre-courant de l’histoire. Ils sont sans perspective politique viable à moyen et long terme.

                                                                                                                                              AB