Archive for août 2019

Le transport aérien sous perfusion de fonds publics

29 août 2019

Le consultant Jacques Pavaux (source © Académie de l’air et de l’espace)

Un rapport commandé par l’association Qualité Mobilité, émanation de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) a été rendu public en juillet 2019. Rédigé par Jacques Pavaux, ancien directeur général de l’Institut du transport aérien et désormais consultant spécialisé, ce rapport avait déjà fait l’objet d’un communiqué de presse de la part de la FNAUT en janvier 2019.

Mais son contenu reste complètement d’actualité et ne manque pas de surprendre à l’heure où la question de l’urgence climatique et de la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre tend à s’imposer dans le débat public, tout en peinant à se traduire concrètement dans les politiques publiques…

Sur la base des données de l’Union des aéroports français, on recense 86 aéroports en France métropolitaine dont 10 seulement accueillent plus de 2 millions de passagers chaque année, concentrant à eux seuls 95 % du trafic aérien français. La palme revient bien évidemment à Paris Charles de Gaulle avec plus de 70 millions de passagers par an, suivi par Orly qui en voit passer plus de 30 millions de son côté. L’aéroport de Nice est en troisième position avec 13 millions de passagers annuels, suivi par celui de Lyon / Saint-Exupéry. Marseille Provence est en cinquième position de ce classement, derrière Toulouse Blagnac, avec un peu plus de 9 millions de passagers.

Agen, un exemple d’aéroport structurellement déficitaire (source © France 3 Régions)

Mais pour ce qui est des 76 autres aéroports métropolitains, et en particulier de tous ceux qui accueillent moins de 1 million de passagers annuels, le rapport met en évidence le fait qu’ils sont tous structurellement déficitaires et qu’ils ne survivent donc que grâce aux aides publiques de l’État, des collectivités locales et des Chambres de commerce et d’industrie. Pour les plus petits aéroports (dont les 24 qui voient passer moins de 25 000 passages chaque année et qui cumulent à eux seuls un déficit de 26 millions d’euros), le déficit d’exploitation atteint jusqu’à 300 € par passager, ce qui interroge sur la pertinence de continuer ainsi à subventionner ce trafic aérien intérieur alors que toutes les études confirment le bilan écologique catastrophique de ce mode de transport.

Dessin extrait de la plaquette pédagogique intitulée « Les aides au transport aérien, dommageables au climat et injustes » éditées par le Réseau Action Climat

Jacques Pavaux a fait le compte de l’ensemble des subventions de fonctionnement attribuées annuellement à ces aéroports structurellement et durablement déficitaires et arrive à la somme totale de 95 millions d’euros, ce qui est loin d’être négligeable. D’autant que s’ajoute à ce montant de l’ordre de 18 à 25 millions d’euros, selon les années, sous forme de subventions d’équipement pour le renouvellement et la modernisation des infrastructures, mais aussi de fortes réductions du montant des taxes foncières, sous forme d’une niche fiscale qui représente pour les collectivités territoriales un manque à gagner d’environ 50 millions d’euros par an.

Résultat d’exploitation hors subvention d’aéroports français de moins de 1,4 million de passagers annuels (extrait du rapport de Jacques Pavaux)

Et ce n’est pas tout car le rapport s’intéresse également aux aides publiques qui sont accordées par l’État et les collectivités au titre de l’obligation de service public. Ceci concerne une vingtaine de lignes régionales pour lesquelles on considère que la nécessité de desserte passe par la subvention de l’avion, quitte à supprimer dans le même temps des lignes ferroviaires jugées peu rentables. Cette subvention atteint par exemple 1,6 million d’euros pour les quelques 7000 passagers qui se déplacent annuellement par avion entre Paris et Le Puy, soit la bagatelle de 226 € par personne…

Un dessin publié dans Reporterre suite à l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes

Quand on se souvient que les derniers trains de nuit ont été supprimés car ils coûtaient parait-il 100 € par passager, on s’interroge sur la différence de traitement entre deux modes de transport à l’impact environnemental pourtant incomparable…

Et le consultant n’occulte pas non plus la question de la subvention au transport aérien dans sa globalité, liée à l’exonération de la taxe sur le carburant. Il démonte au passage l’hypocrisie des compagnies aériennes qui s’abritent derrière la fameuse convention de Chicago qui ne concerne que les vols internationaux, comme le rappelle d’ailleurs le droit communautaire. Or cette détaxation intégrale du kérosène pour les vols intérieurs, qui ne répond à aucune autre justification qu’à celle d’une subvention supplémentaire du transport aérien, coûte quand même de l’ordre de 300 millions d’euros par an.

De quoi, là aussi, s’interroger sur la logique du maintien de telles dispositions largement contradictoires avec les objectifs affichés de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de report d’une partie du trafic aérien de proximité vers les liaisons ferroviaires.

La sénatrice Josiane Costes avec les membres de la mission d’information sénatoriale « Transports aériens et aménagement des territoires » en visite à Aurillac (source © Communauté d’agglomération du bassin d’Aurillac)

Bien entendu, les élus locaux sont vent debout contre une réduction des aides publics qui maintiennent sous perfusion le trafic aérien intérieur, persuadés que leur fief électoral ne pourrait que dépérir si on renchérissait le coût de cette desserte aérienne qui ne profite pourtant déjà qu’à une petite minorité (dont ils font néanmoins souvent partie). On observe ainsi que le Conseil départemental de l’Isère n’hésite pas à verser chaque année 2 millions d’euros à Vinci Airports pour maintenir à flots l’aéroport de Grenoble, structurellement déficitaire car situé à 70 km seulement de celui de Lyon. Et on a tous entendu la sénatrice du Cantal, Josiane Costes, se répandre dans tous les médias nationaux pour plaider en faveur du maintien sous perfusion d’argent public de l’aéroport d’Aurillac qu’elle estimé vital pour l’avenir de sa ville malgré une fréquentation des plus réduites.

Le problème est que la Commission européenne a adopté en 2014 une ligne directrice qui prévoit d’interdire à partir de 2024 toute subvention de fonctionnement destinée à combler le déficit d’exploitation de ces infrastructures, sauf pour les plus petits aéroports affichant moins de 200 000 passagers par an, et pour lesquels l’Europe entérine donc le principe d’un subventionnement nécessaire. Si cette mesure devait être appliquée, cela conduirait à fermer la plupart des aéroports français dont le trafic est compris entre 200 000 et 1 million de passagers. De quoi donner des sueurs froides à bien des élus locaux manifestement plus attachés au confort de leur liaison hebdomadaire vers la capitale qu’à l’avenir de la planète…

L. V.

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Saint-Louis du Sénégal à l’épreuve des flots

26 août 2019

 

Souvent surnommée la Venise africaine, la ville de Saint-Louis, établie à l’embouchure du fleuve Sénégal, au nord-ouest de ce pays, près de la frontière mauritanienne, est, tout comme son homologue italienne, directement menacée par la lente mais inexorable montée du niveau moyen des océans.

Vue aérienne de la ville de Saint-Louis (photo © Laurent Gerrer / Saint-Louis du Sénégal)

Première ville fondée par les Européens, en l’occurrence des marins Dieppois, dans l’Ouest africain en 1659, la ville tient d’ailleurs son nom du roi Louis XIV alors au pouvoir, en référence à son illustre ascendant Louis IX. L’emplacement de la ville est plutôt bien choisi, sur une île d’environ 2 km de long et 300 m de large, située sur le fleuve Sénégal, à l’estuaire de ce dernier, dans une partie protégée par un long cordon sableux qui s’étire sur une trentaine de kilomètres du nord au sud parallèlement à la côte et que les Français nomment « Langue de Barbarie ».

L’emplacement de la cité était d’ailleurs tellement stratégique que Français et Anglais s’en disputèrent longtemps la propriété. Devenue à partir de 1872 capitale de la colonie française puis de toute l’Afrique occidentale française, la ville a connu un développement architectural remarquable, qui lui vaut d’ailleurs d’être classée depuis 2000 au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Guet Ndar, le quartier des pêcheurs, sur le lido entre le petit bras du fleuve Sénégal et l’Océan Atlantique (source © YouTube)

L’agglomération s’étend en fait non seulement sur l’île centrale mais aussi sur la Langue de Barbarie où l’on retrouve notamment les quartiers de pêcheurs Guet Ndar et Ndar Toute (Ndar étant le nom de la ville en longue wolof) et sur le continent. Le bras principal du fleuve qui sépare l’île du continent mesurant bien 500 m de largeur, c’est d’abord un bac qui est installé en 1858, suivi par un pont flottant achevé en 1865 alors que l’Officier du Génie Louis Faidherbe est gouverneur. Le pont portera donc son nom, de même que l’ouvrage métallique qui lui succède depuis 1897 et qui est toujours en place.

Depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, la ville a perdu beaucoup de son importance au profit de la nouvelle capitale Dakar, mais elle abrite encore pas loin de 250 000 habitants et son passé prestigieux en fait une destination touristique très prisée. Sauf que, à l’instar d’autres villes côtières, Saint-Louis est directement exposée non seulement aux crues du fleuve mais aussi à la montée du niveau de l’Océan Atlantique.

La côte sableuse sur laquelle a été fondée la ville est en effet particulièrement basse, située en moyenne à moins de 2 m au-dessus du niveau de la mer, et fortement sensible à l’érosion, d’autant que les autochtones ont pris l’habitude d’exploiter le sable pour les chantiers de construction, ce qui fragilise d’autant le cordon dunaire. En 2013, un rapport de la Banque Mondiale avait ainsi établi que le recul de la côte est de l’ordre de 5 à 6 m par an dans ce secteur…

Vestiges de l’ancien ouvrage de protection édifié en 1929 (photo © Blanche Vathonne / Carnets du Sénégal)

Les colons français avaient d’ailleurs érigé en 1929 un mur de 7 m de haut, ancré jusqu’à mi-hauteur dans le sol, afin de protéger la ville contre l’érosion marine. L’ouvrage tient toujours mais est fortement dégradé faute d’entretien adapté et risque donc de céder. En octobre 2003, alors que la ville est inondée une fois de plus par une crue du fleuve, récurrente en fin d’hivernage mais qui dure depuis plus d’un mois et exaspère les populations, le Chef de l’État Abdoulaye Wade donne son accord dans l’urgence pour ouvrir une brèche dans le cordon dunaire, au sud de la ville.

Photos satellites permettant de visualiser l’embouchure du fleuve Sénégal et la brèche ouverte en 2003 dans le cordon dunaire (source image GoogleEarth / Publication Cybergeo : Durand, Anselme et Thomas)

L’effet est spectaculaire et, depuis, la ville n’est plus autant menacée par les débordements du fleuve dont les crues s’écoulent plus rapidement en mer au travers d’une brèche qui s’est considérablement élargie depuis : de 4 m en 2003, sa largeur atteint désormais 7 km ! Deux villages entiers ont dû être évacués du fait de cette forte érosion du cordon dunaire. Mais l’effet majeur concerne la modification du régime hydrologique local : l’embouchure du fleuve Sénégal s’étant de fait déplacée nettement plus au nord, les eaux du fleuve à Saint-Louis sont désormais davantage sensibles aux effets de la marée. Les habitudes des pêcheurs s’en trouvent modifiées car le milieu est de plus en plus colonisé par des poissons marins tandis que les risques de salinisation de la nappe augmentent, mais c’est principalement l’érosion marine qui inquiète les autorités, surtout avec le changement climatique qui se traduit par une élévation inexorable du niveau de l’Océan tout proche.

Maisons du quartier de Guet Ndar détruites par l’érosion côtière (photo © Blanche Vathonne / Carnets du Sénégal)

Depuis l’été 2015, le quartier de pêcheurs de Guet Ndar subit de plein fouet l’assaut des vagues et les maisons s’effondrent les unes après les autres, une mosquée et deux écoles étant même directement menacées, obligeant les autorités à organiser des camps d’urgence pour reloger les familles concernées. Ce sont ainsi pas moins de 2600 personnes qui se sont entassées pendant plusieurs années dans le camp de Khar Yalla, dans des conditions de promiscuité et d’inconfort particulièrement pénibles. Un nouveau campement plus structuré vient tout juste d’ouvrir qui a déjà permis d’accueillir, dans des conditions plus décentes, 2000 habitants mais prévoit d’en admettre 10 000 supplémentaires par la suite, ce qui donne une idée de l’ampleur du problème.

Emmanuel Macron en visite à Saint-Louis aux côtés du maire de la ville le 3 février 2018 (photo © Ludovic Marin / AFP / Le Parisien)

Le maire de Saint-Louis, Amadou Mansour Faye, a donc lancé un appel à l’aide internationale à l’occasion de la réunion sur le changement climatique qui s’est tenue le 12 décembre 2017 à Boulogne-Billancourt sous le vocable ambitieux de One Planet Summit.

Et il a été entendu puisque notre Président Emmanuel Macron s’est déplacé en personne à Saint-Louis moins de 2 mois plus tard, le 3 février 2018, accompagné du président de la Banque Mondiale, Jim Kong Kim, pour venir promettre de mobiliser des fonds afin de mieux protéger la ville et surtout son lido sableux contre l’érosion marine.

Élément de la digue de protection, édifié fin 2018 (source © Afro Actu)

Une promesse tenue qui s’est concrétisée par le lancement d’une étude de faisabilité dès mars 2018 puis par la signature, le 6 novembre 2018 de 3 conventions avec l’Agence Française de Développement (AFD) pour un montant de 20 milliards de francs CFA en faveur de la lutte contre l’érosion, la prévention des inondations et l’adaptation au changement climatique.

L’une de ces conventions concerne précisément la construction d’un nouvel ouvrage destiné à protéger la Langue de Barbarie contre l’érosion marine, une digue de 3,5 km en 2 tronçons, dont le montant est estimé à 18,8 millions d’euros (soit 12,3 milliards de francs CFA) et pour laquelle l’AFD apportera 16 millions dont 6 sous forme de dons. Les travaux, confiés à l’entreprise Eiffage, ont déjà débuté : une course contre la montre pour tenter de sauver le cœur de la ville de Saint-Louis désormais directement exposée aux impacts de la montée des eaux. D’autres villes suivront probablement…

L. V.

Horizons Sud : un bilan mitigé pour la région PACA

24 août 2019

L’information n’a certes guère dépassé le petit cercle d’initiés qui s’intéressent encore à l’élaboration de ces multiples plans de programmation territoriale aux sigles tous plus abscons les uns que les autres : l’assemblée de la Région PACA a officiellement adopté le 26 juin 2019 son SRADDET… Il faut bien reconnaître que cet acronyme n’est pas des plus commodes à retenir : le SRADDET n’est autre que le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, un concentré de novlangue dont les technocrates raffolent mais qui peine à mobiliser le citoyen lambda.

Instauré en 2015 par la loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale de la République), celle-là même qui attribuait de nouvelles compétences aux Régions, en partie au détriment des Départements, tout en renforçant la structuration intercommunale, et ceci dans le contexte du redécoupage des Régions françaises, le SRADDET est en réalité un nouveau schéma régional de planification qui fusionne plusieurs documents préexistants. Il existait déjà un Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire, mais aussi un Plan régional de prévention et de gestion des déchets, ainsi qu’un Schéma régional de l’intermodalité, mais aussi un Schéma régional climat, air, énergie, et même un Schéma régional de continuité écologique : n’en jetez plus !

La loi de 2015 a donc simplement instauré la fusion de tous ces documents de planification stratégique en un seul, histoire d’en simplifier l’appropriation et d’obliger à un minimum de cohérence entre toutes ces bonnes intentions soigneusement affichées mais rarement mises en œuvre. De ce point de vue, le SRADDET, même unifié et articulé autour de 11 domaines obligatoires, reste un simple document stratégique et prospectif d’aménagement du territoire qui n’a d’autre portée juridique que d’afficher de grandes orientations auxquelles devront se conformer les autres documents de planification généralement élaborés à l’échelle intercommunale : SCOT (schémas de cohérence territoriale), PLU (plans locaux d’urbanisme), PDU (plans de déplacements urbains), PCAET (plans climat-air-énergie territoriaux), ou encore les chartes des Parcs naturels régionaux.

Réunion de présentation de la stratégie régionale d’avenir au Conseil régional PACA le 1er octobre 2018 (extrait du rapport SRADDET PACA)

Toujours est-il que la Région PACA s’enorgueillit d’avoir été la première de France à adopter son SRADDET, aidée en cela par le fait qu’elle est l’une des rares à n’avoir pas vu ses limites administratives bouger au 1er janvier 2016, lors du grand redécoupage mis en œuvre par François Hollande. Il reste encore au Préfet de Région à approuver officiellement ce document avant qu’il ne soit mis en œuvre, mais cette étape n’en est pas moins l’aboutissement d’un long processus qui a demandé 2 ans de concertation avec pas moins de 250 partenaires territoriaux avant d’arrêter le projet, le 1er octobre 2018. Après consultation des personnes publiques associées puis enquête publique (qui n’a occasionné que 315 observations dont 6 seulement émanent de la population, ce qui montre que les 5 millions d’habitants de la région PACA ne se sont guère sentis mobilisés par le sujet), la commission d’enquête a remis un avis favorable, et voilà donc le document officiellement adopté.

Le citoyen curieux pourra toujours se reporter au rapport de 367 pages adopté en juin 2019 pour y découvrir les 68 objectifs retenus dans ce document stratégique, ainsi qu’au fascicule joint en annexe et qui détaille sur 295 pages les 52 règles adoptées. En quelques lignes, on retiendra que les principaux messages clés visés par la région au travers de ce document sont les suivants :

  • Redonner une attractivité à la région en accompagnant une hausse de la démographie, tout en maitrisant la consommation de l’espace,
  • Conforter les centres villes,
  • Permettre l’accès à un logement abordable pour tous,
  • Réussir la transition énergétique et écologique vers une région neutre en carbone en 2050,
  • Développer une offre de transports intermodale à l’horizon 2022,
  • Développer l’économie circulaire et produire moins de déchets.

De belles intentions nobles et louables donc, bien que légèrement contradictoires au moins en apparence, qui s’appuient en réalité sur un diagnostic approfondi qui a été élaboré depuis octobre 2017 dans le cadre d’un partenariat entre la Région, les services de l’État et les 4 agences d’urbanisme locales, celles de l’agglomération marseillaise (AGAM), de l’aire toulonnaise et du Var (AUDAT), du pays d’Aix-Durance (AUPA) et celle de Rhône-Avignon-Vaucluse (AURAV). Pompeusement intitulé Horizons Sud, le portait territorial qui en résulte est mi-figue, mi-raisin.

Il en ressort notamment que les 3 grosses agglomérations territoriales récemment érigées en métropoles (Aix-Marseille, Toulon et Nice) sont nettement moins dynamiques et plus fragilisées sur le plan socio-économique que leurs analogues de la moitié sud de la France, une fragilité qui caractérise également la plupart des villes moyennes de la région. Après une croissance forte jusque dans les années 1980, PACA se révèle ainsi la région la moins attractive du grand Sud, avec une croissance démographique inférieure à la moyenne nationale et un indice de vieillissement de la population particulièrement élevé.

Évolution du solde apparent de population en région PACA (source : Notre territoire / Ma région SUD)

Cette faible attractivité est due en grande partie au choix du modèle de développement adopté jusque-là, avec un étalement urbain déraisonnable qui a fait disparaître une grande partie des espaces naturels et agricoles, par ailleurs menacés par le changement climatique, mais aussi par une priorité suicidaire accordée aux déplacement par la route, ce qui se traduit par une saturation du réseau routier et des niveaux de pollution atmosphérique inquiétants.

Un dessin signé Ysope pour Marsactu

Bien que fortement créatrice d’emplois, la région est l’une de celle qui présente le taux de chômage le plus élevé (10,2 % à comparer à la moyenne nationale de 8,5 %). PACA est devenue, juste après l’Île-de-France, la région où, se loger coûte le plus cher, mais aussi celle où le taux de résidences secondaires est le plus fort (le double de la moyenne nationale, ce qui réduit d’autant l’accessibilité au logement) et celle où l’offre de logement social est la plus faible : 13,3 % contre 16,7 % en moyenne nationale.

De bien tristes records qui montrent que, SRADDET ou pas, la Région PACA (ou Sud comme aime à l’appeler son Président, Renaud Muselier), a encore bien du chemin à faire pour aboutir à ce développement harmonieux, équilibré et durable qu’elle appelle de ses vœux…

L. V.

SMMM : une entreprise qui sait recevoir

21 août 2019

On dit le patronat français plutôt frileux pour embaucher des jeunes et encore plus pour les former. L’apprentissage qui a pourtant longtemps été la règle, en particulier dans les métiers manuels où le savoir-faire s’acquiert par la pratique et la transmission de l’expérience des aînés, n’est plus à la mode, contrairement à d’autres pays dont l’Allemagne.

La couverture du Moniteur du 16 août 2019 : un patron de PME à l’honneur

Heureusement, il y a de multiples exceptions et de nombreux chefs d’entreprises qui restent prêts à s’investir dans la formation de jeunes professionnels pour les aider à s’insérer dans le monde du travail et à gagner peu à peu en expertise. Michel Barthélémy en fait partie, lui qui a racheté en 2007 la Société méridionale de menuiserie métallique, une société créée en 1978 et implantée à Plan de Campagne, sur la commune de Cabriès, dans les Bouches-du-Rhône.

Cette PME de second œuvre, qui compte 26 salariés et génère un chiffre d’affaire de 4,2 millions d’euros, est réputée localement pour avoir un patron à la fibre sociale, ce qui lui vaut une présentation très élogieuse, mais méritée, dans Le Moniteur du 16 août 2019. C’est aussi ce qui lui a valu d’être démarchée l’été dernier par l’Association Saint-Michel, basée à Aix-en-Provence et spécialisée dans l’accueil de jeunes migrants, des mineurs non accompagnés, qu’elle héberge dans son foyer de 50 places, et qu’elle tente d’accompagner dans l’insertion avec l’appui de l’Aide sociale à l’enfance, un service du Département des Bouches-du-Rhône.

L’Association Saint-Michel, établissement social accueillant des enfants et leur famille en difficulté ainsi que de jeunes migrants, mineurs non accompagnés

Pour pouvoir déposer une demande de titre de séjour, un jeune migrant isolé doit en effet pouvoir faire la preuve d’au moins 6 mois d’apprentissage, une exigence qu’il n’est pas aisé de remplir quand on connaît la difficulté pour un jeune scolarisé dans une filière en alternance à trouver une entreprise qui veuille bien l’accueillir dans ce cadre.

Mais Michel Barthélémy, le patron de la SMMM a des convictions et considère que les entreprises n’ont pas seulement pour fonction de gagner de l’argent à tout prix, mais doivent le faire dans le respect de leur environnement. SMMM a d’ailleurs été la première entreprise française à mettre en œuvre des profilés constitués à 75 % d’aluminium recyclé, et ceci sur le chantier pilote d’un groupe scolaire. De même, la gestion des ressources humaines y accorde une large part à l’accompagnement des salariés avec, en 2018, 12 % des effectifs en apprentissage, 4 % en contrat de professionnalisation et autant en contrat de génération.

Michel Barthélémy avec ses deux apprentis Youssouf et Fareed (photo © Stéphanie Tetu / Le Moniteur)

Michel Barthélémy n’a donc pas hésité à accueillir dans ses ateliers de Plan de Campagne deux jeunes migrants hébergés et encadrés par l’Association Saint-Michel. Youssouf se forme ainsi à la menuiserie métallique tandis que Fareed se perfectionne en serrurerie métallique, accompagné chacun par un tuteur technique expérimenté. Le chef d’entreprise lui-même, veille avec soin à l’intégration de ses jeunes recrues et n’a pas hésité à les accompagner en personne au Centre de formation des apprentis du BTP d’Aix-en-Provence, pour leur rentrée en septembre 2018. Il surveille avec soin leur carnet de notes tout comme leur comportement au sein de son entreprise, et dialogue régulièrement avec leur éducateur qui les suit auprès de l’Association tutrice.

Un dispositif gagnant-gagnant, qui permet à ces deux jeunes mineurs loin de leur famille de s’intégrer et de gagner en autonomie, tout en apportant à l’entreprise la possibilité de former à sa main de futurs professionnels en voie de qualification. A se demander même pourquoi cet exemple ne fait pas davantage d’émules au sein du patronat français…

L. V.

Hongkong : des manifestations à haut risque

19 août 2019

Ce dimanche 18 août 2019 a encore été marqué par d’impressionnantes manifestations dans le centre-ville de Hongkong. Plusieurs dizaines de milliers de Hongkongais se sont ainsi rassemblés dans les allées de Victoria Park, sous une pluie battante. Abrités sous autant de parapluies, cette foule pacifique mais déterminée répondait à l’appel du Front civil des droits de l’Homme, une organisation prônant la non-violence et réclamant davantage de libertés civiques sur ce territoire redevenu chinois le 1er juillet 1997 après 150 ans d’occupation britannique.

Des dizaines de milliers de manifestants à Victoria Park, au centre-ville de Hongkong, dimanche 18 août 2019 (photo © AP / Le Monde)

Disposant désormais d’un statut un peu particulier de « Région administrative spéciale » comme sa voisine Macao, l’ancienne colonie portugaise qui lui fait face, sur l’autre rive à l’embouchure de la Rivière des Perles, en aval de Canton, ce territoire de Hongkong, devenu l’une des trois principales places financières mondiales avec Londres et New York, a une histoire bien particulière qui explique la situation assez inédite dans laquelle il se trouve actuellement.

Hongkong, à l’embouchure de la Rivière des Perles (source © GoogleMaps)

Le premier Européen à parvenir à Honkong, est l’explorateur portugais Jorge Álvares qui y débarque en 1513 et ce sont donc les Portugais qui s’y installent pour établir une tête de pont commerciale. Ce sont eux aussi qui introduisent en Chine dès le XVIIe siècle l’opium produit en Inde et pourtant interdit en Chine par un édit impérial de 1729. Au XVIIIe siècle, les ports chinois sont ouverts aux Européens mais les règles du commerce y sont très strictes, l’empire chinois pratiquant un protectionnisme qui lui permet d’exporter largement ses produits dont le thé, la soie ou la porcelaine, très prisés en Europe.

C’est pour rééquilibrer cette balance commerciale qui ne leur est guère favorable que les Britanniques se mettent, au tout début du XIXe siècle, à exporter massivement l’opium en provenance de leur colonie indienne pour inonder le marché chinois, tout en essayant de forcer la main aux autorités chinoise pour signer un traité de libre-échange plus en leur faveur. Mais les Chinois s’y opposent et les Britanniques décident donc d’utiliser la manière forte.

Prenant prétexte d’une tentative des Chinois de réguler le commerce de la drogue qui prend des proportions alarmantes avec plus de 10 000 tonnes d’opium débarquant chaque année, les Anglais passent à l’attaque pour défendre leur juteux commerce. En 1840, une flotte de guerre lourdement armée attaque le nord de la Chine et menace directement Pékin. Les Chinois sont contraints de signer en 1842 le traité de Nankin qui prévoit notamment la cession de Hongkong à la Grande-Bretagne, et l’ouverture de nouveaux ports au commerce britannique.

Le sac du Palais d’été à Pékin en 1859 (illustration d’époque / La Télé libre)

Mais les Européens en veulent toujours davantage, d’autant que les Français, les Russes et les Américains se mettent aussi sur les rangs, et déclenchent en 1856 une nouvelle guerre de l’opium avec leurs alliés anglais. Un nouveau traité très inégal est signé à Tianjin, mais qui ne suffira pas encore aux appétits commerciaux occidentaux, lesquels conduisent Français et Britanniques à occuper en 1859 la capitale impériale, allant jusqu’à piller et incendier le Palais d’été, un acte honteux dénoncé avec force par Victor Hugo…

La convention de Pékin, signée en 1860, avait déjà permis à la Grande-Bretagne d’élargir considérablement son territoire de Hongkong, mais en 1898, une nouvelle convention avec la Chine lui donne accès, via un bail emphytéotique de 99 ans, à de vastes étendues connues sous le nom de « Nouveaux territoires » autour du port de Hongkong, y compris sur les îles voisines. C’est l’échéance de ce bail en 1997 qui a conduit la Chine à reprendre la main sur cette zone de son ex-empire.

Entre temps, la petite colonie de pêcheurs de Hongkong qui comptait 7500 habitants en 1830 a beaucoup évolué. Avec déjà 1,6 millions d’habitants en 1941, la ville grossit d’au moins 150 000 personnes rentrés illégalement au début des années 1960 pour échapper à la grande famine qui sévit alors dans la Chine communiste de Mao. L’industrie textile s’y développe et, à partir des années 1970, Hongkong devient une place financière prépondérante. La HSBC (Hongkong and Shanghai Banking Corporation), à l’origine de multiples scandales financiers, y a d’ailleurs été créée, par un trafiquant d’opium justement.

Le quartier des affaires à Hongkong, une cité prospère…

A partir de 1979, la proximité de la zone commerciale de Shenzhen créée à l’initiative de Deng Xiaoping, favorise encore le rôle commercial déjà prépondérant de Hongkong qui compte désormais plus de 7 millions d’habitants, dont encore 34 000 résidents britanniques et près de 20 000 de nationalité française. Une ville moderne, dynamique, symbole du libéralisme économique mondialisé et qui bénéficie, depuis 1997 et en principe au moins jusqu’en 2047, d’un statut à part au sein de la République populaire de Chine, selon le principe « Un pays, deux systèmes », qui lui permet de conserver notamment sa monnaie et l’accès à un multipartisme.

Manifestants dans les rues de Hongkong le dimanche 16 juin 2019 (photo © Sam Tsang / SCMP)

Mais 30 ans plus tard, la Chine dont la puissance économique et militaire s’est considérablement renforcée et qui a de nouveau des visées expansionnistes dans son environnement proche, commence à préparer la normalisation du statut de Hongkong. C’est d’ailleurs en réaction à un projet de loi sur l’extradition vers la Chine des opposants politiques que se sont déclenchées, le 9 juin dernier, les premières manifestations qui ont rassemblé de l’ordre d’un million de personnes, du jamais vu dans ce pays peu politisé. Des manifestations qui prennent peu à peu de l’ampleur avec sans doute près de 2 millions de manifestants dans les rues de Hongkong le 16 juin et même une intrusion dans les bâtiments du Conseil législatif le 1er juillet.

Il va sans dire que les autorités de Pékin peuvent difficilement tolérer une telle mobilisation populaire qui réclame explicitement davantage d’autonomie et moins d’ingérence du pouvoir chinois dans la vie démocratique locale. Dès le 13 août, Pékin a fait savoir que des troupes en nombre et des chars d’assaut de l’Armée populaire de libération avaient été massés dans les stades de Shenzhen, aux portes de Hongkong, rappelant au passage, sous forme de menace à peine voilée, qu’ils pouvaient être sur place en seulement 10 minutes.

L’arrivée des chars sur la place Tian’anmen à Pékin en 1989 (photo © Jeff Widener / AP)

On sent désormais que Pékin n’attend plus qu’un prétexte pour intervenir et ramener l’ordre dans cette « Région administrative spéciale », n’hésitant pas à monter en épingle les heurts qui se sont produits à l’issue de l’occupation de l’aéroport et qualifiant les manifestants de terroristes. Pour ceux qui ont raté les images de l’entrée des chars russes à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, voire l’écrasement des manifestants sur la place Tian’anmen en 1989 qui aurait fait de l’ordre de 10 000 morts, une séance de rattrapage est peut-être en préparation…

L. V.

 

Et pendant ce temps-là, il neige en Australie…

17 août 2019

La semaine du 15 août est traditionnellement en France celle où l’on se bouscule le plus sur les plages. Après les deux épisodes de canicule qui se sont succédé fin juin puis à nouveau fin juillet, les températures de cette deuxième semaine d’août étaient certes à un niveau plus raisonnable, mais suffisamment élevées pour attirer de nombreux vacanciers dans les stations balnéaires, notamment sur le pourtour méditerranéen où il faut parfois jouer du coude pour arriver à étaler sa serviette sur un coin de sable chaud.

Plages de Manly à Palm Beach au nord de Sydney (source © Australia-Australie)

Et pendant ce temps-là, de l’autre côté du globe, c’est l’hiver austral. En Australie justement, pourtant réputée pour son climat semi-aride voire carrément désertique sur une large portion centrale du pays, et alors que le continent avait subi jusqu’en février 2019 une canicule sans précédent, enregistrant fin janvier des records de température jusqu’à 49,5 °C et des feux de forêts dévastateurs, c’est une vague de froid inédite qui s’est abattue sur le pays entre le 9 et le 12 août…

C’est la partie sud-est du continent australien qui a subi de plein fouet cette vague de froid polaire venue de l’Antarctique. Il a neigé dans l’État de Nouvelle Galles du Sud et surtout dans celui de Victoria, encore plus au sud, ainsi qu’en Tasmanie. Melbourne et la capitale Canberra se sont retrouvées sous la neige, de même qu’Hobart, la ville principale de Tasmanie, qui n’avait pas vu la neige depuis une bonne vingtaine d’années. A Melbourne, il faut remonter au 25 juin 1986 pour retrouver la trace du dernier flocon tombé et les dernières grosses chutes de neige sur la ville datent de 1951, ce qui donne une idée de la rareté de l’événement.

Des kangourous aux sports d’hiver, à Lyonville (Victoria’s central highlands) (photo © Nicholas Dunand / The Conversation)

Des milliers de foyers se sont retrouvés sans électricité du fait de ces chutes de neiges particulièrement abondantes, non seulement dans les parties les plus montagneuses (où l’on a relevé jusqu’à plus de 2 m de neige dans certaines stations de ski) mais aussi en plaine à moins de 300 m d’altitude. Plusieurs vols ont dû être annulés à cause de ces conditions atmosphériques déplorables, et les images des pauvres kangourous bondissant au milieu de champs de neige pour se réchauffer les pattes ont fait le tour du monde.

Des kangourous peu à l’aise sous la neige (photo © capture Twitter/@stephengrenfel1)

Dans les zones les plus montagneuses du sud-est de l’Australie, les chutes de neige se produisent quasiment chaque année. Mais en plaine, le phénomène est beaucoup plus rare, ce qui explique qu’il ait eu un tel retentissement. Selon le site australien The conversation, les chutes de neige les plus importantes connues localement, dans un pays où, il est vrai, la mémoire écrite des événements météorologiques est relativement récente, datent de l’année 1900 au cours de laquelle il avait été enregistré 60 cm de neige dans la ville de Bathurst, située à 200 km à l’ouest de Sydney et à 650 m d’altitude. En 1965, la neige était remontée au nord-est de l’Australie jusqu’à la ville de Mackay située pourtant à 900 km au nord de Brisbane.

Kangourous sautant dans la neige près de Goulburn, au Sud-Ouest de Sydney, en août 2019 (photo © capture Twitter/@stephengrenfel1)

Au cours des 20 dernières années, c’est en mai 2000 que la neige était déjà tombée de manière abondante dans l’État de Victoria et c’est la dernière fois qu’on a vu la neige tenir au sol dans le centre de Canberra. Ce n’est donc pas tous les ans, loin de là, que les kangourous australiens ont le loisir de gambader dans la poudreuse, ce qui semble d’ailleurs n’avoir rien d’une partie de plaisir pour ces animaux habitués à une météo nettement plus clémente.

Comme à l’accoutumée, cet épisode de froid polaire et de chutes de neige intenses qui s’est abattu sur le sud-est australien n’a pas manqué de déclencher une nouvelle fois les sarcasmes de tous les climato-sceptiques. De fait, les climatologues australiens observent bel et bien une augmentation moyenne très sensible des températures et une baisse significative du nombre de jours de précipitations neigeuses depuis le début des années 1990.

Ce qui n’empêche pas que se produisent épisodiquement des chutes de neige exceptionnelles accompagnées d’un froid polaire pendant quelques jours, comme le pays en a connu cette semaine : un phénomène climatique intense reste aléatoire et peut très bien se produire lorsque les conditions météorologiques sont réunies, sans pour autant que cela ne vienne contredire une évolution climatique moyenne qui traduit un réchauffement global du climat de plus en plus notable, quoi qu’en disent certains !

L. V.

A Carnoux, des cèdres décèdent…

15 août 2019

Décidément, l’été ne vaut rien pour les arbres d’ornement de Carnoux-en-Provence… Déjà il y a 10 ans, en août 2009, sur ce même blog, nous déplorions l’état des platanes d’alignement qui bordent la route départementale sur toute la traversée du village et qui sont infestés de tigres, ces minuscules punaises invasives d’origine américaine qui se nichent dans les jeunes feuilles et les dévorent de l’intérieur.

Dix ans plus tard et malgré les traitements effectués épisodiquement pour tenter d’enrayer la progression des attaques, lesdites feuilles de platanes sont toujours aussi racornies et blanchâtres en ce mois d’août 2019, ce qui laisse penser que la colonie de tigres carnussiens a continué à prospérer depuis.

Groupe de cèdres desséchés devant la Crémaillère (photo prise le 11 août 2019 © CPC)

Mais les platanes de Carnoux ne sont pas les seuls à souffrir en cet été 2019. Le groupe de cèdres qui trônent devant l’hôtellerie de la Crémaillère, en plein centre-ville, dans le parc Tony Garnier récemment réaménagé, a littéralement séché sur pied pendant l’été. Craignant peut-être qu’ils ne s’abattent brutalement sur les passants et les jeunes enfants qui fréquentent les jeux à proximité, les services techniques municipaux ont délimité un périmètre de sécurité autour de ce groupe de 4 cèdres majestueux dont trois sont manifestement déjà morts. Des barrières de protection ont été mises en place et un panneau avertit du danger tandis qu’un autre annonce des travaux, qui consisteront très certainement à démonter ces arbres avant de les abattre.

Périmètre de sécurité devant les cèdres morts (photo prise le 11 août 2019 © CPC)

La raison d’un dépérissement aussi soudain reste à déterminer. S’agit-il d’un effet du changement climatique et de la vague de canicule du mois de juillet qui a soumis ces arbres à de fortes températures, au point de risquer l’embolie ? En 2018, année de forte chaleur déjà, les forestiers avaient tiré la sonnette d’alarme devant l’hécatombe des épicéas morts par milliers dans les forêts des Vosges et du Jura, affaiblis par les fortes chaleurs et la sécheresse, puis achevés par les parasites dont certains scolytes, des coléoptères qui creusent leurs galeries dans le bois.

S’agit-il tout simplement d’un effet des travaux de réaménagement du parc qui s’étend entre la Crémaillère et la route départementales, soit que les cèdres en question n’aient pas apprécié le parti pris architecturale de ce réaménagement paysager, soit plus prosaïquement que leurs racines aient eu à souffrir des terrassements effectués à leur pied ? A moins que ce ne soit l’effet du coup de chaud survenu lorsque le toit de la mairie alors (et toujours…) en chantier a pris feu ?

On ne saura probablement jamais la véritable cause de ces décès en cascade mais force est de constater que les alentours de la Crémaillère, cet ancien relai de poste daté du XVIIe siècle, vont perdre une partie de leur cachet une fois ces cèdres morts enlevés. Heureusement, le plus vieux des cèdres, celui qui trône majestueusement à l’angle de la bâtisse, le long de la rue Tony Garnier, et qui a donné son nom à une des associations de Carnoux, ne semble pas atteint pour l’instant.

Le cèdre le plus ancien, à l’angle du bâtiment principal de la Crémaillère, le long de la rue Tony Garnier (photo prise le 11 août 2019 © CPC)

L’examen d’anciennes photos aériennes montre d’ailleurs qu’en août 1950 le cèdre en question s’élevait déjà à l’angle de la Crémaillère, ainsi que les platanes qui abritent toujours sa terrasse. A cette époque, les seules bâtisses visibles dans tout le vallon de Carnoux alors bien cultivé, étaient, outre le vieux relai de poste déjà exploité comme hôtel, quelques fermes du côté du Moulin des Calanques et le groupe de maisons du hameau des Barles. Le beau jardin à la française qui s’étendait déjà au pied de la Crémaillère ne montrait cependant nulle trace des jeunes cèdres qui viennent de rendre l’âme cette année.

Vue aérienne de la Crémaillère en août 1950 (source : IGN / remonter le temps)

Dix ans plus tard, alors que les constructions de Carnoux émergent peu à peu dans la plaine, on aperçoit sur une photo aérienne datant de mars 1961,, les bâtiments de la galerie commerciale toute neuve qui vient rogner sur le beau jardin de la Crémaillère, mais toujours pas de trace apparente des cèdres en question, pas plus d’ailleurs que de la future place de la mairie qui n’est encore qu’un vaste pré en friche…

Vue aérienne du centre de Carnoux en mars 1961 (source : IGN / remonter le temps)

Fin 1964, le centre-ville de Carnoux présente déjà une physionomie plus proche de sa configuration actuelle même si ni la mairie ni l’église ne sont encore sorties de terre. Un peu plus d’un an plus tard, en mars 1966, l’école est en chantier et il ne manque plus que la Résidence III pour fermer la place de la mairie et donner au cœur du village la configuration qu’il gardera jusqu’au début des années 2000. Mais toujours pas de trace apparente des cèdres devant la crémaillère, lesquels sont en revanche bien visibles sur une vue aérienne datant de janvier 1970, ce qui laisse penser que ces arbres qui viennent de passer de vie à trépas n’avaient finalement qu’une petite cinquantaine d’années.

Vue aérienne du centre de Carnoux en janvier 1970 (source : IGN / remonter le temps)

On peut donc parler sans conteste de morts prématurés pour cette espèce dont on connait des spécimens âgés de plus de 1000 ans. Faut-il y voir un mauvais présage pour la commune dont la naissance remonte peu ou prou à la plantation de ces cèdres ? Espérons en tout cas que leur grand frère qui trône majestueusement à l’angle de la Crémaillère et qui contribue largement au charme de ce bâtiment ne les suivra pas dans la tombe…

L. V.

Qui sera le prochain maire de Marseille ?

10 août 2019

A sept mois seulement des prochaines élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2020, bien malin qui pourrait prédire le nom du prochain maire de Marseille. La seule certitude, sauf coup de théâtre d’ici là, est que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, qui fêtera ses 80 ans en octobre 2019, ne devrait pas se représenter. Conseiller municipal de la ville sans discontinuer depuis 1965, et maire depuis 1995, Jean-Claude Gaudin avait en effet annoncé dès juin 2017, qu’il ne briguera pas un cinquième mandat à la tête de la cité phocéenne.

Jean-Claude Gaudin dans son fauteuil à la mairie de Marseille (photo © Valérie Vrel / MaxPPP / France 3 régions)

Sénateur depuis 1989, il avait d’ailleurs quitté le Palais du Luxembourg en septembre 2017 pour cause de cumul de mandat et alors qu’il était mis en cause dans une sordide affaire de détournement de fonds publics au sein du groupe UMP du Sénat. Devenu le 9 novembre 2015 le premier président de la métropole Aix-Marseille-Provence, après avoir été déjà le premier président de la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole lors de la création de cette dernière en 2000, cet homme politique aux multiples mandats avait finalement abandonné son fauteuil de président de la métropole en septembre 2018, laissant celui-ci à sa dauphine Martine Vassal, élue depuis 2001 au Conseil municipal de Marseille et déjà présidente depuis le 2 avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Martine Vassal, a priori bien placée pour remplacer Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille ? (photo © N. K. / Gomet)

Tout semble donc indiquer que Martine Vassal est plutôt bien placée pour remplacer en 2020 son mentor à la tête de la mairie, en attendant la fusion annoncée du Département et de la Métropole qui pourrait se réaliser dans la foulée. En tout cas, Jean-Claude Gaudin, à qui l’on prête toujours quelques intentions plus ou moins machiavéliques, avait dit clairement lors de ses vœux à la presse en janvier 2018 : « A mon âge, avec ma longévité et le nombre de fois que j’ai reçu le sacrement du suffrage universel, je peux faire ce que je veux, mais je reste dans la ligne de mes idées : c’est mes amis que je soutiendrai et je souhaite qu’un des miens devienne maire en 2020 ».  Selon Le Point, le maire de Marseille avait même alors ajouté en évoquant Martine Vassal : « elle a souvent dit qu’elle souhaiterait me remplacer en 2020 : c’est une délicatesse que j’apprécie, elle a d’ailleurs toutes les qualités nécessaires pour occuper cette fonction ».

Un message plutôt encourageant pour cette dernière donc, qui le 11 juin 2019 avait annoncé sur le plateau de France 3 : « Aujourd’hui je viens annoncer un grand mouvement, un grand rassemblement avec tous ceux et toutes celles qui aiment Marseille et sa Métropole et qui veulent faire rentrer Marseille et sa métropole dans une vraie dynamique pour les 20 à 30 ans à venir ». Mais Martine Vassal n’a toujours pas confirmé sa candidature et cherche plutôt à se démarquer de son étiquette partisane en se posant d’abord comme une alternative au Rassemblement national qu’elle érige en menace ultime.

Une prudence bien compréhensible, d’autant que Jean-Claude Gaudin ne manque pas de rappeler : « Chaque fois qu’on m’a désigné un successeur, celui-là n’y arrive pas ». Ce qui pourrait laisser entendre que le match reste ouvert, d’autant que les candidats déjà déclarés ne manquent pas. A droite même, le sénateur et président de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, Bruno Gilles, n’a pas hésité, lui, à déclarer sa candidature dès le mois de septembre 2018 et s’y accroche fermement.

L’élu marseillais centriste Christophe Madrolle, secrétaire général depuis 2015 de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) a lui aussi déclaré qu’il sera dans la course aux municipales de 2020. Il en est de même de l’élu frontiste Stéphane Ravier qui se proclame candidat depuis septembre 2018 et qui a été investi officiellement en mai 2019 pour porter les couleurs du Rassemblement national et briguer le fauteuil de maire lors des prochaines élections municipales pour lesquelles il devrait, selon La Provence, se présenter dans le 8ème secteur qui regroupe les 15ème et 16ème arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille.

Samia Ghali, toujours sénatrice PS et future candidate à la mairie de Marseille ? (photo © MaxPPP / France bleu)

Mais pour le reste, nombre de personnalités laissent encore planer le suspense. Il en est ainsi de Samia Ghali, ex maire du 8ème secteur justement et toujours sénatrice mais qui hésite à s’afficher encore socialiste, une étiquette qui n’est plus guère porteuse par les temps qui courent…Elle n’en a pas moins, selon La Provence, déposé dès le mois d’avril 2019 des noms de domaine du type ghali2020.com, un signe qui confirme que le sujet l’intéresse de très près…

De son côté, Jean-Luc Mélenchon ne sera probablement pas candidat aux municipales à Marseille qui l’avait pourtant placé en tête au premier tour des Présidentielles de 2017, avec près de 25 % des suffrages exprimés, et qui lui a offert alors son siège de député. Reste à savoir si la gauche arrivera lors de cette prochaine échéance à se rassembler comme l’y appelle notamment le collectif citoyen Mad Mars depuis le mois de mai 2019, lui qui aspire à une « liste unique pour le progrès social, écologique et économique » comme l’a relayé Libération. Une idée folle sans doute…

Yvon Berland, candidat à l’investiture LREM pour les prochaines municipales (source © Gomet)

Côté La République en Marche, plusieurs noms circulent, outre celui déjà évoqué de Christophe Madrolle. C’est le cas notamment d’Yvon Berland, un médecin de 68 ans, président de l’Université Aix-Marseille qui s’est ouvertement déclaré, le 18 juillet 2019, candidat à l’investiture du parti, de même d’ailleurs que Saïd Ahamada, député des quartiers nord et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, qui s’était lui officiellement déclaré dès le mois de juin 2019. Et d’autres noms circulent, dont celui de Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, non inscrit à LREM mais considéré comme un ami proche du couple Macron. Il était d’ailleurs aux côtés de Brigitte lors de la visite controversée de cette dernière à Marseille les 13 et 14 juin 2019, lorsque celle-ci a rencontré, outre le maire sortant, plusieurs personnalités potentiellement candidates, laissant entendre qu’une alliance entre LR et LREM serait vue d’un bon œil par l’Élysée. Ce qui a eu le don d’agacer fortement les militants LREM du cru qui excluent a priori une telle tambouille, sachant que la commission d’investiture de LREM rendra son verdict en septembre.

Carte des arrondissements et des secteurs de Marseille (source © confédération des CIQ)

Il faut dire que la menace du Rassemblement national en inquiète plus d’un, alors que ce parti était arrivé largement en tête sur la ville de Marseille lors des dernières élections européennes, avec plus de 26 % des suffrages exprimés contre 20 % seulement pour la liste LREM et moins de 14 % pour les écologistes, la France insoumise n’arrivant qu’en cinquième position à 8 %, quasi à égalité avec LR qui enregistre un score bien peu enviable à quelques mois des municipales…

Mais les procédures de ces élections sont complexes car elles se font par secteur, chacun désignant un certain nombre de conseillers (303 au total, dont un tiers seulement siège au conseil municipal de Marseille et participe donc à la désignation de son maire). Et le poids respectif des secteurs est variable, du simple au double entre le 2ème secteur (qui regroupe les 2ème et 3ème arrondissements, au nord du Vieux Port) avec 8 élus au conseil municipal et le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements, dans les quartiers nord) qui bénéficie de 16 représentants à la Ville. Une complexité qui pourrait peut-être réserver quelques surprises en mars prochain…

L. V.

Serre-Ponçon, le barrage qui attire les convoitises

6 août 2019

Vue aérienne du barrage de Serre-Ponçon (photo © Christophe Ben / L’Energeek)

Achevé en 1959 et mis en eau jusqu’en 1961, le barrage de Serre-Ponçon, édifié en travers du lit de la Durance, un peu en aval de sa confluence avec l’Ubaye, constitue le plus important plan d’eau artificiel en France, en volume du moins, avec une capacité de près de 1,3 milliard de m3, sinon en étendue puisque sa superficie (28 km2) est très inférieure à celle du lac du Der, situé en Champagne.

Il faut dire que le site se prête admirablement à la réalisation d’un barrage, envisagé dès 1897 mais pour lequel il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle avant de disposer des compétences techniques nécessaires à sa construction. Mesurant 630 m de longueur pour 124 m de hauteur, l’ouvrage est un mastodonte dont le volume représente 14 millions de m3 de remblais, soit l’équivalent de plus de 5 fois la pyramide de Khéops.

Pendant la construction du barrage, le ballet des camions (source © L’Ubaye en cartes)

Certes, les engins de terrassement dans les années 1950 ont fortement gagné en capacité depuis l’Ancienne Égypte. Mais il a fallu pour la conception de cet ouvrage hors normes par les ingénieurs d’EDF et de Coyne et Bellier maîtriser parfaitement les techniques d’injections pour assurer l’étanchéité des fondations et des ancrages, mais aussi celles de la construction de grands ouvrages en terre compactée, sur la base de l’expérience acquise notamment aux États-Unis.

Situé à la limite des deux départements voisins des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, le lac de retenue a noyé les villages d’Ubaye et de Savines, reconstruit plus en hauteur. A l’origine, cet ouvrage a été conçu pour remplir trois objectifs complémentaires : maîtriser le risque de crues qui peuvent être catastrophiques comme l’avaient notamment montré les grandes inondations de 1843 et 1856, produire de l’hydroélectricité et développer l’irrigation.

Vue du canal EDF de la Durance (source © EDF)

Soixante ans après sa réalisation, force est de constater que l’ouvrage a parfaitement rempli sa mission et continue à offrir ses services à toute la région. Outre son effet régulateur sur les crues de la Durance, le barrage de Serre-Ponçon constitue la tête de pont de toute une chaine Durance-Verdon constituée de 23 barrages et 33 usines hydroélectriques, le long du canal EDF qui court sur 250 km entre Serre-Ponçon et l’étang de Berre. Ce canal permet d’irriguer de l’ordre de 120 000 hectares et d’alimenter en eau potable plus de 3 millions d’habitants dont toute l’agglomération marseillaise, fournissant 27 % de l’eau potable consommée dans toute la région PACA. Les 15 centrales hydroélectriques situées directement le long du canal totalisent une puissance de 2000 MW (dont 360 MW pour la seule centrale de Serre-Ponçon), soit l’équivalent de deux tranches de centrales nucléaires et produisent chaque année environ 6 milliards de kWh, ce qui représente 10 % de la production hydroélectrique française.

Plage au bord du lac à Savines (source © SMADESEP)

Mais au-delà de ces objectifs qui ont justifié la construction de telles infrastructures, le lac de Serre-Ponçon est surtout devenu un haut-lieu du tourisme local. Sous l’impulsion du Syndicat mixte d’aménagement et de développement de Serre-Ponçon, créé en 1997, les berges ont été aménagées sur plus de 11 km avec 9 plages publiques et 10 ports et pontons publics, à tel point que près de 40 % de l’activité touristique des Hautes-Alpes est désormais concentrée autour du lac.

Des activités économiques connexes se sont même développées en bénéficiant de cet écosystème artificiel si particulier. Il en est ainsi de l’exploitation des sédiments qui s’accumulent dans la cuvette. Chaque année un carrier local, La Routière du Midi, extrait les alluvions dont les gros éléments, de bonne qualité car issus du Massif des Ecrins, servent à l’empierrement des chaussées. Quant aux sédiments les plus fins, dont on extrait chaque année de l’ordre de 1 million de m3, ils sont mélangés avec des déchets verts pour obtenir un compost très recherché comme support de culture et terreau de jardin.

Face à un tel succès et alors que le changement climatique en cours trace des perspectives de plus en plus alarmantes quant au risque de raréfaction des ressources en eau, on conçoit que le devenir de cet aménagement hydraulique suscite moult réflexions. Alors que la concession accordée à EDF pour l’exploitation du barrage court encore pour une bonne quinzaine d’années, se pose d’ores et déjà la question de son renouvellement, l’Union Européenne poussant la France à ouvrir à la concurrence l’exploitation de ses quelques 150 gros barrages hydroélectriques.

Dans la cuvette du lac, des lieux insolites : ancien viaduc de chemin de fer construit en 1903 (photo © Sylvie Damagnez)

Du coup, les collectivités territoriales s’intéressent de très près au sujet. C’est le cas notamment du Conseil départemental des Hautes-Alpes qui vient d’adopter à l’unanimité, vendredi 12 juillet 2019, une délibération appelant le Département à se porter candidat à la gestion des barrages hydroélectriques situés sur son territoire. Serre-Ponçon est bien entendu en ligne de mire mais d’autres sites également, y compris le barrage du Sautet, pourtant situé dans l’Isère mais qui empiète sur le territoire de 3 communes des Hautes-Alpes.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte, permet en effet désormais aux collectivités locales de prendre des participations dans des Sociétés d’économie mixte (SEM) hydroélectriques créées spécifiquement avec des entreprises privées spécialisées pour exploiter les barrages. Une voie que le Département des Hautes-Alpes souhaiterait mettre en œuvre comme il l’affiche ostensiblement et un exemple qui pourrait d’ailleurs bien être suivi par d’autres collectivités, y compris peut-être la Région PACA elle-même, elle qui s’enorgueillit d’avoir « une COP d’avance », sans que personne ne sache très bien ce que peut bien vouloir signifier un tel slogan publicitaire…

Les élus départementaux des Hautes-Alpes ont en tout cas parfaitement perçu toute l’importance que devraient prendre demain des ouvrages hydrauliques comme le barrage de Serre-Ponçon, dans un monde où les ressources en eau deviennent rares alors qu’elles n’ont jamais été aussi précieuses pour le développement économique, agricole, touristique mais aussi comme source d’énergie renouvelable. Un bon pari sur l’avenir sans aucun doute !

L. V.

A Marseille, des braqueurs dévalisés

4 août 2019

Dans notre société moderne, où la performance et la compétitivité ont été érigées en valeurs suprêmes, l’adaptabilité et la flexibilité sont devenues indispensables. Quelle que soit l’activité qu’on pratique, il ne faut pas hésiter à évoluer pour s’adapter, et ceci vaut aussi pour les malfrats. Quand les voitures deviennent trop sophistiquées à voler, on se rabat sur les téléphones portables. Le braquage des banques étant devenu trop risqué, beaucoup se contentent donc des commerces de proximité. Les anciennes du hard discount, nouveaux temples de la consommation, en font les frais et l’on ne compte plus le nombre de supermarchés qui se sont fait dévaliser ces dernières années.

Avec plus ou moins de succès cependant comme l’illustre cette histoire, qui avait fait la une de La Provence, dimanche 16 septembre 2018, et qui avait eu les honneurs du JT de TF1 le soir même. Les faits datent déjà de plusieurs mois mais l’hebdomadaire Marianne les a fait ressurgir à la faveur de la pause estivale et ils ne manquent pas de piquant.

Le magasin Lidl braqué en septembre 2018 (photo © Denis Trossero / La Provence)

Reportons-nous donc quelques mois en arrière, en ce samedi soir, 15 septembre 2018, sur le marché aux puces des Arnavaux dans le 15e arrondissement de Marseille, un lieu haut en couleurs, qualifié de « centre commercial » sur son site Internet et qui se tient depuis 1988 dans les anciens locaux industriels d’Alstom. Une véritable cour des miracles où tout se vend et tout s’achète, produits alimentaires, vielles fripes, antiquités ou marchandises tombées du camion.

Le marché aux puces des Arnavaux à Marseille et la galerie des antiquaires (source © Tourisme à Marseille)

Il est près de 20 h en ce samedi soir de fin d’été et il a y encore de nombreux clients dans le Lidl du Cap Janet situé juste à l’entrée du marché aux puces. C’est alors que se gare sur le parking du magasin une grosse BMW noire. Deux hommes en surgissent, armés l’un d’un fusil à pompe, l’autre d’un pistolet. Ils s’engouffrent dans le Lidl, à visage découvert et exigent des employées qu’elles leur remettent l’intégralité du contenu des trois caisses encore ouvertes. Sous la menace de leurs armes, ils se font également ouvrir le coffre du magasin et en vident le contenu dans plusieurs sacs.

Dans les travées du marché aux puces des Arnavaux (photo © Thierry Garro / La Provence)

Un beau butin finalement, évalué à 15 000 euros selon les dires du procureur de la République, Xavier Tabareux. Tenant en joue les employés et le vigile du magasin, les deux malfrats manifestement chevronnés reculent prestement et regagnent leur véhicule pour y mettre à l’abri le fruit de leur larcin dans le coffre de la BMW.

Mais c’était sans compter sur le sens de l’opportunisme des vendeurs de cigarettes à la sauvette qui ont justement élu domicile sur ce même parking et à qui rien n’a évidemment échappé. Une quarantaine d’entre eux se ruent sur les braqueurs. Un Caddy est lancé sur la voiture et c’est alors une mêlée indescriptible, le « oaï » comme on dit par ici : les coups pleuvent.

Un des malfrats tente de se mettre en volant et tire plusieurs coups de feu en l’air en espérant faire fuir la meute mais c’est peine perdue. Son complice est trainé hors de la voiture par la foule déchaînée, est abreuvé d’injures et sérieusement tabassé. Le braqueur qui est au volant se fait arracher son arme par un des revendeurs de cigarettes. Pris de panique, il tente de se dégager en enclenchant la marche arrière et roule sur son complice déjà bien amoché, avant d’arriver à prendre la fuite.

Quand la police et les pompiers finissent par arriver sur les lieux, ils récupèrent un des malfrats, couvert de sang et les vêtements déchirés, un homme de 52 ans, Albanais, bien connu des services de police pour de nombreux autres vols et agressions. En revanche, la foule en furie a disparu comme par enchantement, ainsi d’ailleurs que la totalité du butin que les deux braqueurs ont dû abandonner sur place mais qui n’a pas été perdu pour tout le monde.

Dessin de Pinel publié dans Marianne n° 1168 du 2 août 2019

Quelques témoins sont encore présents qui permettront aux enquêteurs de reconstituer la scène mais aucun n’acceptera de signer de déposition par peur des représailles. Marseille n’est pas le Far West, mais quand même… Outre l’Albanais que les policiers cueillent sans qu’il oppose la moindre résistance, trop heureux d’être encore en vie après ce lynchage en règle, on dénombre quatre autres blessés dont un papy qui s’est pris un coup de crosse dans la mêlée, un homme atteint par un plomb à la jambe et deux autres légèrement touchés par des éclats, ainsi que deux femmes en état de choc.

La BMW noire sera retrouvée le lendemain, carbonisée. Il s’agissait d’une voiture volée munie de fausse plaques d’immatriculation. Quant au braqueur en fuite, il tente de se mettre au vert quelque temps en Algérie mais il est arrêté dès sa descente d’avion à Marignane le 10 octobre 2018. A 46 ans, lui non plus n’était pas un novice, mais il avait sous-estimé les risques pris à vouloir dévaliser la trésorerie d’un supermarché aux abords du marché aux puces de Marseille, dans un secteur où il vaut mieux ne pas tenter les passants en se promenant, même armé, avec 15 000 € à la main.

Dessin signé Ysope (source © Over-Blog)

Si l’affaire a fait se gausser la France entière, les responsables politiques locaux sont restés très discrets, à l’exception de Samia Ghali qui réclamait dès 2012 des manœuvres de l’armée dans les rues du quartier pour les pacifier et qui a déclaré « C’est Ali Baba et les 40 voleurs. J’ai honte, ce sont les voyous qui font la loi, par la République, pas la France » avant de fustiger les lenteurs de la transformation de ce quartier pourtant inclus dans le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée.

Il faut dire que, selon Marianne, le propriétaire des puces des Arnavaux, destinées à être délocalisées dans le cadre de cette vaste opération de requalification urbaine, n’est pas pressé de vendre et fait tranquillement monter les enchères en attendant. Au moins, les braqueurs du quartier sont désormais prévenus et savent qu’il y a un minimum de précaution à prendre quand on opère dans le quartier…

L. V.

Hypermarchés Leclerc : le racketteur à l’amende

2 août 2019

Il fallait bien que cela arrive : à force de provocation, l’enseigne de la grande distribution E. Leclerc a fini par se faire taper sur les doigts par Bercy qui lui réclame une amende record de plus de 225 millions d’euros. De quoi énerver prodigieusement Michel-Edouard Leclerc qui cherche à se faire passer dans les médias pour un bouc émissaire, une victime collatérale de l’échec de la loi Egalim qui s’était pourtant donné pour objectif de tenter de rééquilibrer les rapports entre la grande distribution et les producteurs agricoles en faveur de ces derniers

Devenu en quelques années le leader de la grande distribution en France, le groupe E. Leclerc a affiché en 2018 un chiffre d’affaire de 37,75 milliards d’euros sans même compter les ventes de carburants, un chiffre qui marque encore une augmentation de 1,5 % par rapport à l’année précédente, bien que la fréquentation des hypermarchés ne soit plus ce qu’elle était il y a quelques années.

E. Leclerc : une enseigne leader de la grande distribution en France (photo © Morgan Leclerc / LSA Conso)

La marque truste ainsi à elle seule plus de 20 % du marché français de la grande distribution. On est bien loin des débuts d’Edouard Leclerc (décédé en 2012 à 85 ans), ouvrant en 1949 sa première petite épicerie en libre-service à Landerneau, dans sa Bretagne natale. Regroupant plus de 660 magasins en France et 126 à l’étranger, le groupe emploie pas moins de 105 000 personnes et pèse donc très lourd dans l’économie nationale puisqu’on estimait en 2014 que 18,3 millions de ménages, soit plus d’un Français sur deux avait fréquenté au moins une fois un magasin Leclerc dans l’année.

C’est sa politique particulièrement agressive de négociation avec les producteurs qui est dans le collimateur du Ministère de l’économie et cela ne date pas d’aujourd’hui puisque Leclerc avait déjà été condamné en 2011 par le Tribunal de commerce de Créteil, un jugement confirmé en appel deux ans plus tard, à cause de « clauses déséquilibrées » dans ses contrats avec ses fournisseurs à qui Leclerc a pris l’habitude d’extorquer des remises totalement extravagantes, sous la menace de leur refuser l’accès à ses rayons.

En juin 2018, l’État a une fois de plus assigné le groupe Leclerc en justice, accusant sa principale centrale d’achat, le Galec (Groupement d’achat des centres E. Leclerc), d’imposer à certains de ses fournisseurs des rabais injustifiés, non prévus dans leur contrat. Un véritable racket organisé que le géant de la grande distribution exige pour laisser ces producteurs accéder à sa clientèle qui représente un cinquième du marché français, excusez du peu ! L’affaire est encore pendante devant la justice, mais Bercy a décidé de taper fort puisqu’il réclame à Leclerc pas moins de 108 millions d’euros, dont 83 millions en remboursement des sommes indûment extorquées à ses fournisseurs mais aussi 25 millions d’euros d’amende, un joli record en la matière.

Et ce n’est pas tout car loin de rentrer dans le rang, Leclerc s’est mis en tête de contourner ouvertement la loi française en s’appuyant sur deux de ses entités, Eurelec Trading et Scabel, implantées en Belgique et qui, de ce fait, permettent d’échapper aux rigueurs de la législation nationale. Pour continuer à tordre le bras de ses fournisseurs en exigeant d’eux des ristournes illégales, Leclerc passe par ses filiales belges pour conduire les négociations.

Manifestation d’agriculteurs contre l’enseigne E. Leclerc à Allones dans la Sarthe en 2017 (photo © Ouest-France)

De quoi énerver fortement le ministère français de l’économie qui vient justement de mettre en place les paravents réglementaires pour tenter de mettre fin à ces pratiques dignes de la loi de la jungle. L’objectif de la loi Egalim votée en octobre 2018 était précisément de permettre de revenir à « un équilibre des relations commerciales dans le milieu agricole », lequel est la première victime de la course aux prix bas qui a fondé la fortune de l’ancien épicier de Landerneau. Emmanuel Macron lui-même était monté au créneau dans son discours de Rungis en 2017, estimant notamment que « stopper la guerre des prix, c’est stopper la dévalorisation permanente du revenu des agriculteurs, c’est leur permettre de vivre ou plutôt de revivre de leur travail ».

Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances (photo © Gouvernement)

C’est la raison pour laquelle Bercy a décidé de frapper de nouveau E. Leclerc au porte-monnaie. La secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, a donc annoncé lundi 22 juillet sur RTL que l’État français avait une fois encore assigné en justice le groupe E. Leclerc, menacé cette fois d’une amende record supplémentaire de 117 millions d’euros du fait de ces pratiques inadmissibles d’imposition de rabais illégaux à ses fournisseurs.

Michel-Edouard Leclerc a immédiatement répliqué en expliquant que ces pratiques ne s’adressent en fait qu’à des multinationales de l’agro-alimentaire telles que Nestlé, Unilever ou encore Procter & Gamble et que ces pratiques, bien qu’illégales en France, ne le sont pas vraiment dans d’autres pays européens. Il dénonce une attitude discriminatoire et annonce d’ores et déjà qu’il fera appel de cette décision devant la Cour de Justice de l’Union Européenne, se plaçant comme à son habitude en défenseur du consommateur, oubliant un peu vite que les pratiques de la grande distribution en général et de son groupe en particulier, sont largement responsable de l’effondrement des prix des produits agricoles en France et de la crise que connait la profession depuis des années.

Michel-Edouard Leclerc, PDG de l’enseigne de magasins E. Leclerc fondée par son père (photo © Sébastien SORIANO / Le Figaro)

Même à ce niveau, l’amende exigée par Bercy reste largement symbolique pour E. Leclerc puisqu’elle ne représente même pas 0,5 % de son chiffre d’affaire annuel. Il n’est pas sûr en tout cas que le bras de fer que souhaite engager Michel-Edouard Leclerc joue en sa faveur. D’une part, parce que les faits ont été établis à la suite d’une enquête très approfondie de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), basée sur dix-huit mois de travail avec 5 000 messages captés, 8 000 pages de documents prélevés et une super-perquisition qui a mobilisé plus de vingt agents. Mais aussi parce que l’opinion publique commence à comprendre qu’à force d’étrangler les producteurs, la grande distribution porte une lourde responsabilité dans la crise économique que connait notre pays depuis des années. Puisse Michel-Edouard Leclerc finir par entendre enfin le message et abandonner cette course mortelle au toujours moins cher…

L. V.