Archive for juin 2014

La grotte Chauvet inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO

28 juin 2014

C’est une belle promotion pour la Grotte Chauvet qui vient d’être inscrite dimanche 22 juin 2014 sur la liste très convoitée du patrimoine mondial de l’UNESCO après une longue période d’instruction. Cette grotte ornée contient d’admirables peintures et gravures pariétales dont la plupart sont datées de l’Aurignacien, il y a 35 000 ans, bien plus anciennes donc que celles de Lascaux. La découverte de ce joyau a eu lieu le 18 décembre 1994, il y a maintenant tout juste 20 ans. C’est l’occasion de revenir sur les conditions de sa découverte, qui continue à faire polémique alors que le projet d’un espace de restitution avance à grands pas.

Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel dans la grotte

Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel dans la grotte

La grotte en question s’ouvre dans le cirque d’Estre, une falaise bordant un ancien méandre de l’Ardèche, sur la commune de Vallon-Pont d’Arc. La découverte a été faite par trois spéléologues amateurs, Éliette Brunel, Christian Hillaire et Jean-Marie Chauvet, mais comme bien souvent dans pareil cas, ce sont d’autres spéléologues qui avaient commencé à prospecter ce site et découvert le petit courant d’air annonciateur d’une cavité souterraine, que guette passionément tout spéléologue en quête d’un nouveau Graal. Jean-Marie Chauvet, spéléologue chevronné, ayant déjà découvert plusieurs grottes ornées et gardiens de sites pour la Direction régionale de l’action culturelle, est à l’origine de cette découverte et c’est lui qui a incité ses deux amis à poursuivre les investigations dans ce petit boyau émanant un souffle d’air prometteur.

En ce dimanche 18 décembre 1994, c’est Éliette Brunel qui s’engage la première dans le boyau d’accès qui débouche sur une galerie inférieure conduisant à une première salle. Les trois spéléologues progressent et c’est dans la deuxième salle, dont le sol est jonché d’ossements, qu’Éliette aperçoit dans le faisceau de sa lampe les premières peintures pariétales. Au fur et à mesure de leur avancée, les trois spéléologues vont de surprise en surprise et s’émerveillent devant la richesse des ornements : lions, rhinocéros, mammouth, bisons et ces fabuleuses empreintes de main émergeant dans un halo d’oxyde de cuivre…

Blog82_Ph1SculptureLe choc passé, le trio prend aussitôt les mesures qui s’imposent pour protéger leur découverte fabuleuse. Avec l’aide d’autres spéléologues, ils reviennent dérouler des films plastiques sur le sol et camouflent soigneusement l’accès. Ce n’est que 10 jours plus tard qu’ils signalent la découverte aux autorités, et c’est là que la machine s’emballe !

Les premiers visiteurs officiels sont les scientifiques et notamment Jean Clottes, préhistorien imminent et spécialiste mondial de l’art pariétal, qui au début croit à un canular et se fait tirer l’oreille pour se déplacer en cette pleine période de fêtes de fin d’année. Il prend Jean-Marie Chauvet de haut mais accepte finalement de le suivre dans la chatière et reste éberlué devant la qualité des dessins qu’il observe… Le 18 janvier 1995, Jacques Toubon, alors ministre de la culture organise une conférence de presse pour annoncer la découverte de la Grotte Chauvet, éclipsant au passage Édouard Balladur qui déclarait ce jour-là sa candidature à l’élection présidentielle !

Jean Clottes dans la grotte Chauvet

Jean Clottes dans la grotte Chauvet

Lors de cette annonce officielle, c’est la famille Coulange qui est présentée comme l’heureux propriétaire du terrain sous lequel s’étend la cavité souterraine. Les trois découvreurs signent avec elle un contrat d’exclusivité pour la diffusion via l’agence Sygma des photos prises dans la grotte mais très vite ils s’aperçoivent que d’autres photos, prises par Jean Clottes et diffusées par le ministère de la culture sont mises en circulation. Ce n’est là que la première des désillusions ! Un examen plus attentif du cadastre révèle que la propriété des Coulange ne concerne en fait que le chemin d’accès. La grotte elle-même appartient de fait à trois autres familles, dont le maire de Vallon Pont d’Arc, Pierre Peschier. L’État leur propose de racheter les terrains au prix dérisoire de 0,25 F du m2 après avoir rapidement classé le site d’utilité publique dès le 22 janvier 1995 afin de pouvoir lancer les fouilles. S’ensuit alors une longue bataille judiciaire menée par les ayant-droits qui s’estiment lésés par cette transaction et qui réclament une indemnité plus conséquente. Après 12 ans de procédure et un premier jugement en leur faveur mais dont l’État fera appel, la Cour d’appel de Lyon finit par leur donner raison et oblige l’État à les indemniser à hauteur de 780 000 €.

Blog82_Ph5ChevauxDe leur côté, les trois découvreurs se sentent également dépossédés. Ayant découvert ce trésor par hasard, ils sont censés en partager la propriété avec ceux qui détiennent le terrain. Seulement voilà : la Direction régionale des affaires culturelles exhibe un document daté du 14 décembre 1994, 4 jours avant la découverte, conférant à son agent Jean-Marie Chauvet une autorisation temporaire de prospection, ce qui indique que son agent a découvert la grotte dans l’exercice de ses fonctions ! Les trois acolytes sont outrés par le procédé et portent plainte en 1996 pour faux en écriture publique. Le parquet de Lyon ouvre une enquête qui met en cause plusieurs fonctionnaires dont la directrice du Patrimoine, proche de Jacques Toubon et qui est accusée de complicité de faux et usage de faux. Elle sera finalement relaxée mais le tribunal confirme qu’il y a bien eu faux en écriture et que la découverte est d’origine privée, obligeant l’État à associer  » de manière convenable  » les trois découvreurs à l’exploitation du site. Une transaction leur permet ainsi d’empocher 3 millions de francs en juillet 2000.

Entre temps en effet, a germé l’idée d’une valorisation commerciale de la grotte sous forme d’un espace de restitution. Pas question bien entendu de refaire les erreurs qui ont conduit à une dégradation alarmante de la grotte de Lascaux. Des passerelles en inox ont bien été installées pour préserver l’intégrité du sol de la cavité et permettre le travail des scientifiques mais dès l’origine il a été convenu que la grotte ne serait jamais accessible au grand public. Depuis 2012, un syndicat mixte regroupant la Région Rhône-Alpes et le Conseil général de l’Ardèche travaille donc à la conception d’un fac-similé de la grotte dans un vaste espace de restitution intitulé La Caverne du Pont d’Arc. Blog82_Ph2MainLes bâtiments, qui abriteront aussi un espace de découverte, un restaurant et une boutique, seront en forme d’empreinte d’ours, histoire de rappeler le fameux ours des cavernes dont le crâne a été retrouvé exposé sur le sol de la grotte… Ce site culturel, co-financé par l’État et l’Europe, mais aussi par des fonds privés, devrait couvrir ses portes au printemps 2015, moyennant un investissement évalué à 54 millions d’euros. On le voit, les enjeux financiers sont de taille et les trois découvreurs là aussi réclament leur part du gâteau ! C’est d’ailleurs à la suite d’une nouvelle décision judiciaire du tribunal correctionnel de Paris que le syndicat mixte a dû renoncer en juillet 2013 au nom de  » grotte Chauvet « .

En 2010, Frédéric Mitterrand, alors ministre de la culture, a nommé un médiateur pour tenter de trouver avec les trois découvreurs de la grotte une porte de sortie mais la mission qui a duré plus d’un an n’a pas permis d’aboutir et les tensions restent vives, au point qu’ Éliette Brunel a déclaré récemment :  » Si c’était à refaire, je reboucherais ce trou sans rien dire avec deux sacs de ciment. Et on serait comme avant, bien tranquilles… « . Avouons que c’eût été bien dommage de ne pas faire partager au reste de l’humanité ce témoignage exceptionnel du talent de nos lointains ancêtres !

L. V. LutinVertPetit

 

Une entreprise de Carnoux à la pointe de la technologie

22 juin 2014

Quand on traverse la zone industrielle de Carnoux, on est généralement surpris par l’état de délabrement général de ce quartier où se côtoient rideaux de fer baissés, entrepôts à l’abandon, déchets de toute nature entassés derrière les bâtiments et parfois sur les trottoirs… Qui irait soupçonner que ce quartier en déshérence abrite aussi des entreprises florissantes à la pointe de l’innovation technologique ? Il n’en est jamais question dans le bulletin municipal de Carnoux qui s’intéresse davantage aux commémorations d’anciens combattants et autres concerts d’orgue en l’église Notre-Dame d’Afrique. Et pourtant, il y aurait beaucoup à dire !

Blog81_PhEmygCitons par exemple le cas d’Emyg Environnement et Aquaculture, fondée en 1996 et située à l’emplacement d’un éphémère magasin de bricolage, avenue Auguste Fresnel. Cette société a su innover en développant au début des années 2000, en collaboration avec l’IFREMER, un aéro-écumeur qui permet d’épurer l’eau et qui a réussi à s’imposer comme la référence technique actuelle en matière de traitement de l’eau pour la conchyliculture, notamment pour le stockage et le transport des huîtres.

Blog81_PhEmygSkimLe dispositif est astucieux et parfaitement adapté à des systèmes fonctionnant en circuit fermé. Il s’agit tout simplement de créer des microbulles d’air par envoi permanent d’oxygène à une pression optimale. Ces bulles font office de microfiltration en agglomérant toutes les impuretés, matières en suspension comme micro-bactéries de type Escherichia Coli. Une forte courantologie est nécessaire pour permettre à toutes les impuretés de remonter à la surface avec les bulles, formant une écume qui est régulièrement écrémée. Le système joue donc à la fois un rôle de micro-filtration, d’oxygénation et de brassage. Son gros avantage par rapport aux systèmes classiquement utilisés jusqu’à présent (filtres à sable et traitement aux ultra-violet en particulier) réside dans sa simplicité d’entretien puisqu’il suffit de rincer la coupelle d’écrémage une fois par semaine à l’aide d’un simple jet d’eau.

Blog81_PhEmygBacGrâce à ce dispositif parfaitement adapté au durcissement récent des réglementations tant sanitaires qu’environnementales, Emyg Environnement et Aquaculture s’est hissé en quelques années à la place de leader français de la purification de l’eau pour la conchyliculture. De nouveaux produits ont été mis au point, depuis les viviers destinés aux espaces de vente et de restauration jusqu’aux containers permettant d’assurer le transport international d’huîtres. Une belle réussite donc pour cette PME implantée à Carnoux et dont bien peu de Carnussiens ont pourtant entendu parler !

Rappelons au passage que si la municipalité de Carnoux se semble guère montrer d’intérêt quant à ces réussites industrielles locales, la région PACA en revanche a fortement soutenu l’essor de cette jeune société. Celle-ci a en effet été l’une des première à bénéficier d’une aide financière du la SAS PACA Investissements, créée en 2011 et présidée par le Carnussien Jacques Boulesteix. Ce fonds de co-investissement permet d’apporter aux PME innovantes en phase d’amorçage des fonds propres supplémentaires qui favorisent l’accès, par effet levier, à d’autres outils de type capital-risque et autres business angels. Le capital de cette SAS (société anonyme par actions simplifiée) PACA investissements est de 15 millions d’euros (dont 6 provenant de fonds européens FEDER) ce qui constitue un outil très précieux pour les PME innovantes de la région. Une contribution supplémentaire à l’effort de redressement productif français…

L. V. LutinVertPetit

Contribuable récalcitrant…

19 juin 2014

DessinImpotsRares sont les Français qui s’acquittent volontiers de leurs impôts qui sont pourtant la base de la solidarité nationale. Un de ces contribuables récalcitrants, Pierre Salette, a ainsi refusé pendant des années de payer ses impôts au motif qu’une ancienne charte des Comtes de Foix, datant de 1241, exonérerait les habitants du cru de payer l’impôt… Son combat judiciaire a abouti à la vente de tous ses biens en 2001, ce qui prouve qu’il n’est pas si facile de convaincre le Trésor Public… Le courrier ci-dessous adressé aux services de la Trésorerie a donc toutes les chances de conduire son auteur tout droit vers la saisie judiciaire, mais il n’en est pas moins savoureux…

 Cher Monsieur,

J’ai l’honneur d’accuser réception de votre lettre du 12 avril dernier par laquelle, pour la troisième fois, vous me réclamez le paiement de l’argent que je vous dois.

Sachez tout d’abord que je ne conteste pas cette dette et que j’ai l’intention de vous payer aussi tôt que possible. Mais d’autre part, je vous signale que j’ai encore beaucoup d’autres créanciers, tous aussi honorables que vous et que je souhaite rembourser aussi.

C’est pourquoi, chaque mois, je mets tous les noms de mes créancier dans un chapeau et en tire un au hasard que je m’empresse de payer. J’ose espérer que votre nom sortira bientôt.

Entre-temps, je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’assurance de mes sentiments distingués.

P.S. : Votre dernière lettre étant rédigée de manière fort peu courtoise, j’ai le regret de vous faire savoir que vous ne participerez pas au prochain tirage.

Graine de résistance…

16 juin 2014

En Europe, une loi censée contrôler l’utilisation des semences agricoles devrait bientôt voir le jour. Derrière cette initiative, qui empêchera les agriculteurs de replanter leurs propres graines, se cachent cinq grands semenciers qui possèdent déjà la moitié du marché.

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La guerre des graines, un film, réalisé par Stenka Quillet et Clément Montfort, coproduit par France 5, nous informe sur ce grave problème lié à la mainmise sur le vivant en agriculture.

Voici quelques situations éloquentes de ce film : en France, où des paysans cherchent une alternative aux graines issues de l’industrie semencière, puis dans les couloirs du Parlement à Bruxelles, où se joue un épisode déterminant de la législation. En Inde ensuite, où Vandana Shiva, scientifique militante, est devenue la bête noire de la multinationale Monsanto. Au Spitzberg enfin, près du cercle polaire, où une chambre forte a été creusée dans la glace pour préserver, en cas de catastrophe écologique, des graines issues du monde entier.

LA GUERRE DES GRAINES

Pendant plus de dix mille ans, les paysans ont semé, récolté, sélectionné et échangé librement leurs graines. Un âge d’or de l’agriculture que menace en Europe le contrôle de l’utilisation des semences brevetées par cinq géants de l’industrie agrochimique.

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En France, pour garder le contrôle de leur production, des agriculteurs cherchent une alternative aux graines et semences que leur imposent les industriels. Marie Durand a ainsi choisi de produire ses propres semences « libres de droit » puisque, explique cette agricultrice, « le but même de l’hybridation, c’est qu’on ne peut pas semer d’une année sur l’autre ». Aujourd’hui, 95 % des semences de maïs inscrites au catalogue officiel des variétés sont en effet hybrides, donc stériles. Un verrouillage qui rapporte gros à l’industrie : 769 millions d’euros, soit un tiers du chiffre d’affaires de toutes les semences vendues en France !

À l’instar de Guy Kastler, responsable du Réseau semences paysannes, certains agriculteurs dénoncent cette mainmise de l’industrie, arguant que le prix des semences a été multiplié par trois aux États-Unis en moins de quinze ans. Ils sont aussi nombreux à protester contre les contrôles dont ils sont victimes sur les marchés de proximité et s’organisent pour lutter contre la dictature alimentaire. Entré en résistance, René Balme, le maire de Grigny-sur-Rhône, a choisi d’acheter ses semences à Kokopelli, une association qui œuvre à la protection de la biodiversité.

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Laboratoire de l’industrie chimique dans les années 1990, le sous-continent indien a expérimenté les cultures de coton à fort rendement obtenues grâce à des semences génétiquement modifiées. Un fléau pour l’agriculture traditionnelle dont s’alarme Vandana Shiva. Surnommée la « Gandhi des graines », cette scientifique, invitée à Bruxelles où la commercialisation des semences est actuellement en débat, sillonne la planète afin d’expliquer pourquoi il est important de protéger la liberté d’accès aux graines. L’activiste indienne prône la désobéissance : « C’est un choix entre l’abondance ou la rareté, explique-t-elle, un choix entre la guerre ou la paix, entre les maladies, les toxiques ou la santé».

Loin de là, au Spitzberg, près du cercle polaire, dans une chambre forte creusée dans la glace, des graines collectées dans le monde entier sont préservées afin de prémunir l’humanité en cas de catastrophe écologique majeure. Une belle idée, mais qui, d’après ses détracteurs, pourrait être un piège digne des pires films de science-fiction…

Squoten Jeallnec

Ils nous font bien rire quand même !…

15 juin 2014

GOULARD.2colquadriEn 2012, c’est l’ancien ministre François Goulard qui avait remporté haut la main le prix de l’humour politique pour son aveu resté mémorable : « être ancien ministre, c’est s’asseoir à l’arrière d’une voiture et s’apercevoir qu’elle ne démarre pas ». En effet, tout le monde n’a pas ce genre de réflexe mais on compatit…

Gérard Longuet

Gérard Longuet

Pour 2013, la bataille était rude car nos élus se sont une fois de plus surpassés. C’est néanmoins Gérard Longuet, ancien ministre et sénateur UMP de la Meuse, qui a été consacré par le Grand Prix du Press club de France pour cette saillie légèrement potache : « Hollande est pour le mariage pour tous… sauf pour lui ! ». Ce n’est pas du meilleur goût mais on a connu pire avec la sentence qui avait valu ce même prix à André Santini en 1989 : « Saint-Louis rendait la justice sous un chêne, Pierre Arpaillange la rend comme un gland »… A sa décharge, ce même Pierre Arpaillange, alors Garde des Sceaux, remporta lui aussi un prix l’année suivante pour une information plutôt surprenante : « En 1989, sur 52 évadés, on en a repris 53 », prouvant une fois de plus qu’on peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres…

Jean-François Copé (Pascal Rossignol / Reuters)

Jean-François Copé (Pascal Rossignol / Reuters)

En 2013, un prix spécial du Jury bien mérité est allé de plein droit à l’aveu prononcé par Jean-François Copé, alors qu’il était encore président de l’UMP : « A l’UMP, nous apprenons la démocratie. C’est assez nouveau ». On ne saurait mieux dire en effet ! Déjà en 2012, Thierry Mariani avait fait ce constat désabusé selon lequel « c’est plus facile de pacifier la Lybie que l’UMP »…

Des prix d’encouragement sont aussi allés cette année à Marisol Touraine, actuelle ministre de la santé, qui a tenu à nous rassurer en reconnaissant : « Il y a quand même des médicaments qui soignent ! », et à Jean-Jacques Urvoas, président PS de la Commission des lois à l’Assemblée Nationale qui a pu déclarer : « J’étais aux Baumettes. J’en suis sorti, à la différence des socialistes marseillais ». Pas très aimable pour nos élus locaux…

L. V. LutinVertPetit

Sommes-nous les otages du FN ?

14 juin 2014

Étranges frictions à la tête du FN. Depuis la déclaration controversée de Jean-Marie Le Pen sur Patrick Bruel, dimanche 8 juin, Marine Le Pen et son père s’écharpent par médias interposés. Que cache cette passe d’armes ? Décryptage d’Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie politique, co-auteur de  » Face au FN. Comprendre et agir  » (avec E. Poultreniez).

Erwan Lecoeur, sociologue

Erwan Lecoeur, sociologue

Pour le sociologue, le renvoi de balles entre Jean Marie et Marine qui envahit les médias depuis huit jours doit nous inciter à analyser le phénomène au lieu de nous réjouir à bon compte ! La question de fond à poser est plutôt celle-ci : Sommes-nous devenus otages (souvent consentants) du FN, de leur stratégie de communication et de leurs frasques médiatiques depuis trop longtemps ?

Squoten Jeallnec

Ph1LePenLa passe d’armes entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine n’a rien de très surprenant au regard de l’histoire mouvementée du Front national. Le FN est le parti français qui a connu le plus de scissions, de recompositions, de procès et de conflits ces quarante dernières années. Depuis sa création en 1972, le FN est composé de lignes politiques multiples et ces fractures sont encore bien présentes aujourd’hui.

Mais la dimension politique ou idéologique de ces échanges est à relativiser. Ce conflit familial et sémantique, entre un père et une fille, est avant tout porteur d’enjeux de communication et n’engage pas beaucoup plus.

Le FN, une entreprise de spectacle politique

Ces piques en apparence musclées entre les Le Pen montrent, une fois encore, que le FN est d’abord et surtout une petite entreprise de spectacle politique, plus qu’un véritable parti politique. Et l’audience accordée à ce conflit par les médias depuis plus de 24 heures montre que Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen sont bien les politiques les plus malins et les plus doués en communication.

Jean-Marie Le Pen a construit sa carrière politique à partir d’une règle de communication très simple : je lance des ballons en l’air et j’attends que les médias et mes adversaires politiques tapent dedans. Le FN se retrouve ainsi au centre de l’attention des journalistes.

Jean-Marie et Marine Le Pen au Parlement européen

Jean-Marie et Marine Le Pen au Parlement européen

Marine Le Pen a été formée à l’école de son père. Depuis qu’elle dirige le parti, elle a repris cette méthode pour faire parler d’elle, pour concentrer l’attention médiatique. Ainsi, contrairement aux apparences, Marine Le Pen devrait tirer nettement avantage du jeu de rôle qui se déroule entre elle et son père depuis dimanche, et cela pour deux raisons principales.

1. Elle se fait passer pour une voix critique du lepénisme

En réagissant très vite aux propos tenus par son père, par sa propre voix ou celle de son compagnon Louis Aliot, Marine Le Pen s’est imposée comme la seule voix critique du lepénisme historique. C’est un tour de force incroyable : elle est à la fois l’héritière de ce parti et de sa ligne politique, mais aussi sa première force critique.

De cette manière, alors qu’elle n’a aucune actualité politique particulière, elle occupe l’ensemble de l’espace médiatique en se glissant dans la peau de la principale opposante à la ligne traditionnelle, supposée plus raciste et antisémite du lepénisme, qu’elle se refuse pourtant à condamner sur le fond.

2. Elle poursuit sa stratégie de victimisation

Face aux propos de son père, Marine Le Pen fait du mégrétisme. Comme au temps de Bruno Mégret, les frasques de Jean-Marie Le Pen lui permettent de passer pour bien plus raisonnable et « soft » que lui, de s’en démarquer.

Ph4LePenEngagée dans une politique de dédiabolisation du parti depuis des années, Marine Le Pen se sert de son père pour montrer que son FN à elle tourne le dos à une ligne dure et sans avenir. Sur le fond pourtant, si l’on regarde attentivement les critiques qu’elle adresse à son père, elle ne remet pas en cause le fond du message. Elle évoque seulement une « faute politique » et parle de maladresse pour quelqu’un qui a son « expérience politique ».

Cette passe d’armes lui permet, une fois de plus, de faire passer le FN pour la victime d’un système politique et médiatique fondamentalement méchant et mensonger avec elle et ses proches. Et aussi de rappeler combien son père est injustement traité depuis des lustres : elle évoque les « interprétations malveillantes » de ses propos.

On retrouve, une fois de plus, le fondement du lepénisme : l’idée qu’une « vérité » portée par le FN, contre les « mensonges du système »…

Jean-Marie Le Pen, un « monstre » très utile

Depuis dimanche, en fait, nous assistons à un jeu de dupes lepéniste, à une mise en scène du passage de relais entre deux générations. On a un peu l’impression de suivre un match de tennis entre les Le Pen : père et fille se renvoient la balle. Certes, une seule personne en sortira vainqueur (Marine Le Pen) ; mais pour qu’il y ait match et pour pouvoir amuser le public et tenir les médias en haleine, il faut bien deux joueurs.

Ph5LePenAu FN, Jean-Marie Le Pen joue depuis toujours le rôle du « monstre ». Mais il est devenu un « monstre » très utile. En lâchant des déclarations fracassantes, il rassure la frange la plus radicale du parti et des militants, tout en permettant à Marine Le Pen de prendre ses distances vis-à-vis d’une ligne politique sulfureuse et de paraître plus accessible à un électorat plus large. Elle, c’est un « monstre plus gentil », une sorte de Casimir, pour les connaisseurs.

Au-delà du fait que ce conflit lui permet d’être au centre du jeu médiatique, on peut légitimement penser que Marine Le Pen va pouvoir utiliser ces bisbilles pour attirer vers elles des leaders européens, afin de constituer un groupe politique à Strasbourg. En prenant ses distances en apparence avec son père, elle devient aussi plus présentable au niveau européen.

Pour l’ensemble de ces raisons, encore une fois, nous aurions tous intérêt à laisser la famille Le Pen régler ses éventuels désaccords en privé, et laisser Jean-Marie Le Pen déblatérer ses saillies de son côté, en évitant de leur accorder autant d’importance. Car nous sommes devenus otages (souvent consentants) de leur stratégie de communication et de leurs frasques médiatiques depuis trop longtemps.

 

Après le lapin Duracell, l’ampoule de Livermore…

11 juin 2014

Blog79_Ph1C’est au plafond de la caserne des pompiers de Livermore, en Californie, que brille la plus vieille ampoule encore en fonctionnement. Fabriquée en 1895, elle a été mise en place en 1901 et elle est allumée depuis, quasiment sans discontinuer : encore plus fort que le fameux lapin monté sur piles Duracell ! En dehors de quelques brèves interruptions de courant et une coupure volontaire à l’occasion de la rénovation des bâtiments en 1937, elle est allumée en permanence et continue à fonctionner avec plus d’un million d’heures de service au compteur…

Cette longévité remarquable lui vaut d’ailleurs d’être inscrite dans le Livre Guiness des records et son histoire a fait le tour de la planète, comme symbole d’un temps où l’obsolescence programmée ne faisait pas partie des stratégies de marketing de l’industrie mondiale ! Sa célébrité est telle que les pompiers la chouchoutent et l’ont désormais reliée à une alimentation sans interruption pour lui épargner les éventuelles sautes de tension du secteur. Pour être certains de ne pas la quitter des yeux, ils ont même placé une webcam qui la filme en continu et dont on peut voir les images sur le net ! Blog79_Ph2Pour l’anecdote, ils ont déjà dû changer à trois reprises et la caméra et le système d’alimentation, ce qui en dit long sur la longévité du matériel moderne !

En réalité, la longévité exceptionnelle de cette lampe à incandescence s’explique non seulement par la qualité de sa fabrication (avec une ampoule parfaitement hermétique empêchant toute pénétration d’air) mais surtout par la nature de son filament qui est en carbone et dont la résistance électrique augmente avec le temps. Conçue au départ pour une puissance de 60 W, elle ne consomme plus que 4 W, soit 7 % de sa puissance initiale. Mais en contrepartie, sa luminosité ne correspond plus qu’à 0,3 % de sa valeur initiale ! Du coup, l’opération n’est pas très rentable pour la caserne des pompiers puisque le rendement de l’ampoule est désormais 24 fois plus faible que lors de sa mise en service !Blog79_Ph3

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle en 1924, les fabricants d’ampoules réunis dans le Cartel Phoebus, ont édicté une charte décidant que la durée de vie d’une ampoule ne devait pas dépasser 1000 heures ! Des raisons économique n’étaient évidemment pas absentes de cette stratégie qui a d’ailleurs été condamnée dans les années 1950 par une commission de la concurrence anglaise pour entente illicite sur les prix…

Toutefois, force est de reconnaître que cette durée de vie maximale fixée pour les ampoules ne répond pas seulement à l’intérêt bien compris des fabricants d’écouler au plus vite leurs stocks, mais répond aussi à un optimum pour les consommateurs. Pour produire de la lumière en faisant circuler un courant électrique dans une résistance, il faut en effet atteindre une température minimale ; sinon une bonne partie du rayonnement émis se situe dans l’infra-rouge. L’idéal, pour obtenir une lumière proche du rayonnement solaire, serait d’atteindre 5500 K, soit la température qui règle à la surface du soleil. Mais la plupart des matériaux fondent en deçà d’une telle température : 3327 K pour le carbone qui a donc été utilisé à cet usage mais qui s’avère trop fragile et qui a rapidement été remplacé par des filaments en tungstène, lequel résiste jusqu’à 3149 K.

Un filament en tungstène

Un filament en tungstène

Pour cette raison, le filament d’une lampe à incandescence est généralement porté à une température proche de 3000 K : au delà, lorsqu’au augmente la température, le rendement est meilleur mais la durée de vie diminue rapidement par sublimation du filament qui finit par se rompre prématurément. Si on diminuait la température du filament de 6 %, la durée de vie de l’ampoule serait multipliée par 2. Mais cette baisse de température se traduirait par une diminution de 20 % de la lumière émise, pour la même consommation d’électricité. C’est sur la base de ces observations que les fabricants d’ampoules ont déterminé l’optimum économique qui correspond grosso modo à une durée de vie de 500 heures (mais qui peut facilement passer à 1000 heures moyennant un surcoût de 5 % seulement pour l’utilisateur). On peut effectivement fabriquer des ampoules qui durent plus longtemps -et celle de la caserne de Livermore en est la preuve- mais au prix d’une baisse de rendement très sensible qui se traduirait par une augmentation de la consommation d’électricité pour maintenir le même éclairage : en physique comme dans d’autres domaines, on ne peut décidément jamais avoir le beurre et l’argent du beurre…

 

L. V. LutinVertPetit

 

Le big-bang territorial ne sera t-il qu’un pétard mouillé ?

10 juin 2014

Branle-bas de combat chez les élus locaux qui ne décolèrent pas face aux propositions du gouvernement de modifier enfin de manière significative le fameux mille-feuille administratif français ! Blog78_Dessin5L’acte III de la décentralisation porté par François Hollande sera t-il le big-bang territorial que certains appellent de leurs vœux depuis des années ? En tout cas, et malgré les cris d’orfraie des élus locaux qui prônent l’immobilisme pour mieux conserver leur parcelle de pouvoir, force est de constater que les choses bougent.

Certes, tout laisse penser que la disparition des départements, envisagée pour 2020, est loin d’être acquise. Il faut pour cela une réforme constitutionnelle puisque les département font partie intégrante du paysage constitutionnel français. Or, ceci suppose de réunir une majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en congrès, ou un vote par référendum. Les deux paraissent bien hypothétiques vu le rapport des forces actuel et la faible popularité du gouvernement socialiste. Pragmatique, ce dernier ne peut donc que laisser planer cette éventualité dans l’attente d’un contexte plus favorable…

Blog78_Dessin2Pas question pour autant de rester les bras croisés en attendant ! Une première loi de décentralisation a déjà été promulguée en janvier 2014 qui définit notamment les conditions de création de la future métropole Aix-Marseille à l’horizon de janvier 2016, mais qui modifie de nombreux autres points du paysage institutionnel, créant au passage la compétence  » gestion des cours d’eau et prévention des inondations  » : une grande première dans un domaine où chacun bricolait dans son coin sur la base du volontariat ! Saluons aussi la volonté des services de l’État qui ont réussi en peu de temps à compléter la carte française de l’intercommunalité en rattachant enfin les dernières communes récalcitrantes, alors que la quasi totalité des compétences a désormais été transférée aux communautés de communes, d’agglomérations ou urbaines. Saluons aussi l’avancée démocratique majeure qui a consisté à désigner désormais au suffrage universel direct les élus des intercommunalités. Et ce n’est pas fini : un nouveau projet de loi déposé le 24 avril dernier prévoit désormais de faire passer de 5 000 à 10 000 le seuil minimal de population pour un établissement public de coopération intercommunale : l’enjeu est de pousser l’intercommunalité à se regrouper davantage pour plus d’efficacité. Ce même projet prévoit aussi de donner aux régions des compétences exclusives dans certains domaines tels que les transports interurbains et scolaires ou l’aide au développement économique.

La future carte des régions françaises ?

La future carte des régions françaises ?

Et ce n’est encore qu’un début car ce gouvernement, que beaucoup accusent d’immobilisme, met les bouchées doubles ! Deux nouveaux projet de loi sont annoncés pour le 18 juin. Le premier, largement commenté dans la presse, envisage la fusion de plusieurs des 22 régions métropolitaines actuelles pour limiter leur nombre à 14. Le découpage actuel des régions, qui date de 1972, a toujours été unanimement critiqué : des régions comme la Basse-Normandie ne sont manifestement pas à l’échelle des grandes régions européennes et n’apportent guère de plus-value par rapport à l’échelon départemental. Reste que l’exercice est difficile car tous les petits barons locaux s’agrippent à leur fauteuil… Quant au second projet de loi en préparation, il précisera les compétences de ces nouvelles régions reconfigurées et il révisera encore une fois la taille minimale des intercommunalités dont le seuil minimal pourrait être porté à 20 000 habitants.

Blog78_Dessin3Ces modifications successives paraissent quelque peu cahotiques mais elles s’inscrivent dans une logique de long terme qui vise à modifier en profondeur le paysage institutionnel français. Les 36 000 communes, qui constituent une véritable singularité à l’échelle européenne, subsistent comme échelon de base de la démocratie locale, mais depuis bien longtemps tout le monde admet que ce n’est plus à cette échelle que l’on règle la plupart des questions qui concernent notre vie quotidienne : qu’il s’agisse de la gestion des déchets, de l’approvisionnement en eau potable, de l’urbanisme ou de l’organisation des transports publics de proximité, c’est l’intercommunalité qui est le bon niveau pour intervenir de manière rationnelle. Quant aux questions plus globales de planification, de gestion des lycées et des collèges, d’entretien des routes ou de transports publics interurbains, départements et régions ont tendance à se marcher sur les pieds. C’est pourquoi la nouvelle loi va clarifier certaines compétences. Cela concernera notamment les ports mais aussi les routes et les collèges dont la compétence devrait être progressivement transférée aux régions.

Blog78_Dessin4C’est donc bien à un véritable mouvement de fond que l’on assiste, qui devrait d’ici quelques années modifier considérablement l’organisation administrative de notre pays. Espérons cependant que la volonté politique réformatrice aura le dessus sur le conservatisme et les résistances de nos élus locaux qui s’arqueboutent sur leurs privilèges en prétextant la défense de l’intérêt général. Des réformes similaires viennent d’être accomplies en Italie notamment : pourquoi ne pourrions-nous pour une fois prendre exemple sur nos voisins transalpins ?

L. V. LutinVertPetit

 

Bygmalion : après Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy sur la sellette ?

7 juin 2014

Décidément les affaires ne s‘arrangent pas pour l’UMP ! Après la démission forcée de son président Jean-François Copé, c’est maintenant Nicolas Sarkozy qui est indirectement visé par les investigations de la Justice dans l’affaire Bygmalion et ses liens avec la campagne présidentielle de 2012…

Meeting de Nicolas Sarkozy, à Paris, le 22 avril 2012 (photo REUTERS/Philippe Wojazer)

Meeting de Nicolas Sarkozy, à Paris, le 22 avril 2012
(photo REUTERS/Philippe Wojazer)

Petit retour en arrière pour essayer de démêler l’écheveau compliqué de cette affaire au delà des mensonges et de l’enfumage avec lesquels les dirigeants de l’UMP ont tenté de masquer leurs errements. Quant l’affaire éclate en février 2014, les révélations de l’hebdomadaire Le Point désignent la société de communication Bygmalion qui aurait surfacturé ses prestations lors de son intervention dans l’organisation des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy, avec des montants qui atteignent parfois le double des tarifs habituellement pratiqués. A l’époque, certains à droite n’hésitaient pas à accuser les dirigeants de cette société, très proches de Jean-François Copé, d’avoir abusé de leur situation pour faire les poches du parti et même « voler Sarkozy ».

Deux mois plus tard, les révélations du journal Libération mettant en évidence l’existence de pseudo conventions de l’UMP facturées très cher à l’UMP en pleine campagne électorale donnent une toute autre tournure à l’affaire. C’est l’avocat de Bygmalion, maître Maisonneuve, qui met alors les pieds dans le plat en expliquant tranquillement que « l’affaire Bygmalion, c’est plutôt l’affaire des comptes de campagne du candidat Sarkozy »…

Perquisition au siège de l'UMP le 26 mai 2014 (photo REUTERS / Charles Platiau)

Perquisition au siège de l’UMP le 26 mai 2014 (photo REUTERS / Charles Platiau)

Les perquisitions effectuées au siège de l’UMP et chez Bygmalion tendent de fait à confirmer ses affirmations. On se souvient que les comptes de campagne du candidat Sarkozy en 2012 avaient été invalidés par le Conseil constitutionnel en juillet 2013, les Sages n’ayant d’autre solution que de suivre les conclusions de la Commission des comptes de campagne dont le verdict avait été rendu fin 2012. Le montant présenté par le candidat avait dû en effet être rectifié pour intégrer des dépenses manifestement oubliées dont certaines liées au fameux meeting de Villepinte. Après correction, le plafond autorisé de 21,5 millions d’euros, pourtant très conséquent, était largement dépassé, ce qui avait donc conduit à cette invalidation, obligeant l’UMP à lancer son fameux Sarkothon pour faire payer par les militants le manque à gagner de 11 millions d’euros non remboursé par le contribuable.

Jérôme Lavrilleux à BFMTV le 26 mai 2014

Jérôme Lavrilleux à BFMTV le 26 mai 2014

Lors de ses aveux en direct sur BFMTV le 26 mai 2014, Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé et fraîchement élu au Parlement européen depuis la veille, reconnaît sans détour que des factures payées par l’UMP correspondaient en réalité à des dépenses effectuées au titre de la campagne présidentielle de 2012. A l’époque, Jérôme Lavrilleux n’était rien moins que co-directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy aux côtés de Guillaume Lambert, actuel préfet de la Lozère. Lorsqu’il lui a remis l’insigne de l’Ordre national du Mérite le 15 octobre 2012, Nicolas Sarkozy aurait d’ailleurs dressé son éloge par les mots suivants : « voici un homme qui a le talent de ne pas embêter les personnes avec qui il travaille avec des problèmes qu’elles n’ont pas à connaître ». On ne saurait être plus clair !

Dessin2_Blog77Que s’est-il donc passé pendant cette fameuse campagne présidentielle de 2012 ? A l’époque, Nicolas Sarkozy souhaitait profiter de sa position de Président de la République pour se déclarer le plus tard possible et lancer une campagne éclair. Curieusement, ce n’est pas la société Bygmalion qui a été chargée de gérer les meetings mais une de ses filiales, Event & Compagnie, laquelle n’a été contactée qu’en janvier 2012, initialement pour organiser 4 meetings. Au final, il y aura 42 meetings et la facture s’élève à 19 millions d’euros ! D’après les comptes de Bygmalion tels qu’ils ont pu être reconstitués après enquête, Event & Compagnie aurait elle-même payé 14,5 millions d’euros à ses différents prestataires, ce qui représente une marge brute de 23 % qui n’a finalement rien d’extravagant. Pour cette seule année 2012, l’UMP aurait versé au total 23 millions d’euros à Bygmalion… Là où le bât blesse, c’est qu’une partie de ces prestations n’a pas été payée au titre de la campagne présidentielle mais directement par l’UMP, pour des prestations fictives, les fameuses « conventions UMP », selon un système de double facturation qui a donc été reconnu par Jérôme Lavrilleux. L’ancien trésorier de l’UMP, Dominique Bord, avait d’ailleurs démissionné en novembre 2012, alors que François Fillon et Jean-François Copé s’écharpaient pour la présidence du parti, précisément au moment où il devait signer les chèques pour honorer ces factures douteuses, six mois après l’élection présidentielle…

On est donc loin du scénario initial qui laissait entendre qu’une société aux mains de copains de Copé, aurait servi de pompe à fric pour ce dernier, au détriment de l’UMP. L’affaire traduit plus prosaïquement les dérives d’une campagne présidentielle que Nicolas Sarkozy voulait gagner à tout prix sans regarder à la dépense, quitte à plomber les comptes de son parti déjà bien mal en point, persuadé qu’il était que jamais l’on oserait invalider ses comptes de campagne. L’UMP en sort complètement essorée : déjà grevée d’un emprunt de 55 millions d’euros, elle a vu sa subvention baisser de 10 millions d’euros suite à la perte de 120 députés lors des élections législatives de 2012 et les comptes du parti sont donc plus que jamais dans le rouge. Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler qu’après l’élection présidentielle de 2007, la situation était assez similaire avec un déficit de 10 millions d’euros en fin d’année et des dépenses déjà colossales (7 millions d’euros) en congrès et autres manifestations, pour lesquels la Justice commence aussi à s’interroger…

Dessin_Blog77Quelle qu’en soit l’issue judiciaire, l’UMP ne sortira pas grandie de cette affaire qui traduit la désinvolture avec laquelle sont gérés les comptes du parti. Voilà en tout cas une bruyante casserole supplémentaire accrochée aux basques de Nicolas Sarkozy, même si, comme l’affirme lui-même Jérôme Avrilleux,  » Ça n’ira pas jusqu’à Sarkozy. Il n’y a jamais rien qui va jusqu’à Sarkozy. On est là pour ça, hein ? « . En son temps, Alain Juppé avait déjà accepté de payer pour Jacques Chirac en endossant la responsabilité dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris : une belle tradition d’abnégation dans ce parti où les dirigeants trouvent toujours un lampiste sur qui se défausser !

L.V.LutinVertPetit

 

A Carnoux, les murs commencent à tomber…

4 juin 2014

Il y a quelques jours, nous dénoncions sur ce blog la tendance générale des murs de clôture à se réhausser toujours davantage le long des rues de Carnoux. Manifestement nous avons été entendus, au délà même de nos espérances, et force est de constater que les murs commencent à tomber comme cela vient de se produire, pas plus tard qu’hier, avenue du Maréchal Galliéni…

Blog76_Ph2Faute d’information plus précise sur ce qui s’est réellement passé, rien ne permet d’invoquer la moindre relation de causalité entre cette propension à vouloir construire des murs de plus en plus haut et l’état actuel de cet ouvrage. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser à la compétition qui prévalait au XIIIème siècle entre les constructeurs de cathédrales, chacun voulant établir un record de hauteur pour marquer les esprits. On se souvient que l’histoire se termina assez mal pour le chantier de la cathédrale de Beauvais qui avait réussi à surclasser de 6 m celle d’Amiens mais dont une partie de la voûte s’écroula lamentablement en 1284…

Blog76_PhA Carnoux, il semble que la fin tragique de ce mur de clôture ne soit pas dûe à l’ambition excessive d’un architecte trop présomptueux mais plus prosaïquement à l’intervention maladroite d’un professionnel du terrassement dont la pelle s’est retrouvée malencontreusement aplatie sous les vestiges du mur. Heureusement, le camion a mieux résisté et arbore encore fièrement le slogan d’une entreprise qui pourra au moins se targuer de ne pas finasser sur ses chantiers…

L. V. LutinVertPetit

 

La Laïcité comme principe fondateur du bien vivre ensemble

4 juin 2014

Dans un contexte où l’intolérance se manifeste au quotidien sous des formes allant de la suspicion à l’égard d’autrui jusqu’au rejet des étrangers et au repli identitaire – les résultats des dernières élections européennes en attestent -, il nous paraît nécessaire d’effectuer un point d’histoire sur la laïcité, une des valeurs constitutive de notre République, et cela avant d’apporter un éclairage sur la situation de la commune de Carnoux-en-Provence.

Spinoza, portugais d’origine, a fui les persécutions des juifs pour trouver asile aux Pays-Bas

Spinoza, portugais d’origine, a fui les persécutions des juifs pour trouver asile aux Pays-Bas

Le principe de Laïcité émerge au XVIIème siècle. Le philosophe Spinoza (l’Ethique) le formule comme une émancipation afin que chaque individu singulier reste maître de lui-même tout en prenant part à la concorde commune faite de justice sociale et de dialogue rationnel. Dès les premières années de la Révolution française, dans les Cinq mémoires sur l’Instruction publique, Condorcet développe les principes de tolérance, de laïcité et de liberté de penser. C’est plus d’un siècle plus tard, par la loi du 9 décembre 1905, que la République décide de la séparation des églises et de l’Etat. Dans ce texte, elle s’engage à assurer la liberté de conscience et à garantir le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public (Titre 1er : Principes, article 1). Cette loi s’applique à tous les services publics de l’Etat, des départements et des communes, et laïcise l’Ecole (article 2).

Plus près de nous, dans le préambule de la constitution de 1946 qui fonde la IVème République (article 13), le principe juridique de la laïcité de l’Etat est institutionnalisé. Ce principe est repris à l’article 1er du texte de la Constitution du 4 octobre 1958 (Vème République) : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Enfin, La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU, 1948) et la Convention européenne des droits de l’homme (1950) affirment les principes de liberté de pensée, de conscience, de religion et d’expression et prononcent l’interdiction des discriminations.

Nos enfants scolarisés reçoivent depuis deux années une formation civique qui s’appuie sur la Charte de la Laïcité à l’Ecole, mais qu’en est-il des adultes pour qui laïcité est souvent synonyme d’athéisme, voire de sentiment antireligieux jusqu’au refus de toute référence spirituelle, fut-elle culturelle ?

Dessin de Jean Effel

Dessin de Jean Effel

La laïcité est un principe d’émancipation, et toute émancipation implique séparation, notamment entre ce qui relève de la sphère publique d’une part et des choix individuels d’autre part.

A Carnoux, il semble que quelques latitudes soient prises avec le respect de ce principe. Les quelques exemples qui suivent en témoignent.

Tout d’abord quand la municipalité rachète au prix fort le collège Saint-Augustin destiné à être démoli à la charge de la collectivité et dans le même temps fournit des facilités de paiement au diocèse pour alléger ses charges dans l’acquisition d’un terrain communal destiné à l’implantation d’une école privée sous contrat : l’intérêt du diocèse passerait-il avant l’intérêt public ? 

Photo15aout2011Ensuite, et cela s’est encore produit cette année pour la commémoration du 8 mai 1945, quand le maire invite les citoyens à se réunir devant l’Hôtel de ville, puis à se rendre tous ensemble à la célébration religieuse à l’église Notre Dame d’Afrique, avant la cérémonie aux couleurs au monument Lyautey et le vin d’honneur (source : La Provence du 6 mai 2014).

Enfin, en matière de subvention aux associations ou de fête, lorsque sont « oubliées » celles qui visent à développer l’esprit critique des carnussiens.

Ces exemples révèlent que la neutralité de l’Etat qui garantit la liberté de conscience, et ici celle de ses services publics territoriaux, fait l’objet d’interprétations locales.

Puisse cet article apporter sa pierre à la construction d’une éthique républicaine partagée pour favoriser le bien vivre ensemble à Carnoux-en-Provence.

Maroiller