Archive for mars 2016

Réforme de l’orthographe : faut-il vraiment s’alarmer ?

29 mars 2016

Les Français adorent les polémiques et celle qui concerne la mise en œuvre de la dernière évolution des règles orthographiques en est un bel exemple ! Souvenons-nous, c’était le 29 janvier 2016 que la mèche a été allumée, par l’intermédiaire d’un reportage de 2 mn 10 diffusé dans le journal télévisé de TF1. Il était expliqué qu’une nouvelle réforme de l’orthographe allait entrer en vigueur à la prochaine rentrée à l’occasion d’une refonte des manuels scolaires, réforme allant bien entendu dans le sens d’une simplification de certaines règles jugées obsolètes et inutilement compliquées. Il sera désormais licite d’écrire « porte-monnaie » sans trait d’union, de supprimer le « i » muet à « oignon », d’enlever l’accent circonflexe sur les mots « coût » ou « maîtresse », et même de remplacer par un f le ph de « nénuphar ».

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Forcément, une telle annonce s’est aussitôt traduite par une lever de bouclier de la part de tous les bien-pensants persuadés qu’une telle simplification n’était rien de moins que la signature d’une décadence inéluctable de notre pays et l’expression du laxisme abêtissant de la Gauche au pouvoir. Le frontiste Florian Philippot, parmi de nombreux autres politiciens s’est illustré dans l’hystérie collective qui s’en est suivie, déclamant à qui voulait l’entendre : « Face à l’infâme et bête réforme, devant laquelle quelques démagogues se pâment, parce que le français est notre âme, #Jesuiscirconflexe »…Blog289_DessinChat

Dans la foulée, les réseaux sociaux se sont déchaînés contre une telle volonté qui ne peut conduire qu’à une régression inédite de la pensée intellectuelle française et la ruine de notre belle civilisation. Les humoristes bien entendu se sont emparés du sujet et s’en sont donnés à coeur joie pour rajouter un peu d’huile sur le feu.

Blog289_DessinBaionette

Pourtant, si l’on veut bien sortir de ces anathèmes un peu excessifs, force est de constater que l’ampleur de cette évolution n’est pas si majeure que certains ont voulu le faire croire et qu’en tout état de cause le gouvernement actuel n’y est strictement pour rien ! Il n’est pas inutile en effet de préciser que cette modification, qui, contrairement à ce qu’affirment certains, n’a pas non plus le moindre lien avec le projet de réforme du collège mis en œuvre par le ministère de l’Éducation nationale, date en fait de juin 1990 ! A l’époque, c’est Michel Rocard qui avait chargé le tout nouveau Conseil supérieur de la langue française de « formuler des propositions claires et précises sur l’orthographe du français ». L’idée était à l’époque, comme le rappelle Pierre Breteau dans Le Monde, de « proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr ».

Blog289_DessinInfameParticipaient alors à ce Conseil des personnalités comme Eric Orsenna, Bernard Pivot, Jean Daniel, Jean-Luc Godard ou encore l’académicien Maurice Druon qui n’est pas spécialement connu pour ses idées révolutionnaires… De fait, les recommandations issues de ces réflexions, validées par l’Académie française et publiées au Journal officiel le 6 décembre 1990, sont pour le moins mesurées puisqu’elles ne portent au final que sur environ 2400 mots (soit moins de 4 % du vocabulaire disponible en langue française) pour lesquels il est désormais admis deux orthographes, l’actuelle graphie restant d’usage.

Pas de quoi donc fouetter un chat avec cette nouvelle rectification orthographique qui n’est que la dernière en date d’une longue série puisque notre langue ne cesse d’évoluer au fil du temps. L’accent circonflexe constitue bel et bien l’un des points concernés mais il n’est pas question, loin s’en faut, de faire disparaître cet appendice bien que d’usage relativement récent puisqu’il n’est apparu dans la langue française qu’en 1740 comme le rappelle Laurent Nunez dans Marianne.

Blog289_DessinChomageCe fameux accent circonflexe qui cristallise toutes les protestations ne sera en réalité plus obligatoire uniquement sur les lettres i et u (le chômage n’en sera donc pas allégé pour autant, malgré certaines affirmations prématurées…) et encore seulement lorsqu’il ne marque pas une terminaison verbale ou permet une distinction de sens (entre « mur » et « mûr » par exemple, mais aussi entre « jeune » et « jeûne »), ainsi que le détaille Juliette Laborde dans Libération. Les académiciens ont donc parfaitement fait la distinction entre l’accent circonflexe témoin d’une graphie ancienne (dans le mot « hôpital » par exemple) et son homologue ajouté au fil du temps sans véritable justification (comme dans « piqûre » ou « chaîne »).

Quelques mots pourront aussi être simplifiés en particulier pour supprimer certaines aberrations qui exigent actuellement de mettre deux f à « souffler » et un seul à « boursoufler », alors que ces mots sont manifestement de la même famille. Quelques accents incongrus pourront également être assouplis et on pourra désormais écrire indifféremment « sècheresse » ou « sécheresse », ce qui ne devrait pas constituer une révolution majeure, de même qu’il sera dorénavant toléré d’écrire « ils se sont laissé faire » sans accorder au pluriel le passé composé…Blog289_DessinJeune

On se demande bien en fait pourquoi cette réforme qui est donc en vigueur depuis maintenant plus de 25 ans sans avoir fait beaucoup de vagues jusqu’à présent, a déclenché un tel tollé à l’occasion de ce brusque coup de projecteur de la part de certains médias ! En réalité, l’évolution ne vient pas de l’Éducation nationale puisque les programmes officiels intègrent déjà cette réforme au moins depuis 2008, mais bel et bien des éditeurs de manuels scolaires. En bons commerçants, ces derniers poussent en effet à la roue pour que les programmes évoluent rapidement afin de pouvoir refourguer à nos chères têtes blondes de nouveaux manuels sans cesse revisités et remaniés, gage de profits toujours renouvelés grâce à un fabuleux marché captif. Ce sont donc eux qui ont brusquement décidé d’éditer de nouveaux manuels pour la prochaine rentrée scolaire prenant en compte cette nouvelle évolution orthographique, et qui l’ont fait bruyamment savoir à la France entière… Encore un mauvais coup de la notion d’obsolescence programmée qui guide les lois du marketing en vigueur dans notre société de consommation !

L.V.  LutinVertPetit

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Le Nord de la France prend de la hauteur…

26 mars 2016

Au nombre de 27 jusqu’en 2015, dont 22 en France métropolitaine, les régions administrative françaises ont vu leur nombre se réduire significativement à l’occasion de la récente réforme territoriale adoptée fin 2014 et qui est entrée en vigueur au 1er janvier 2016. Certaines régions comme PACA ont conservé leur périmètre initial mais plusieurs d’entre elles se sont regroupées, si bien que leur nombre est désormais passé à 13 pour la seule France métropolitaine.

Les nouvelles régions métropolitaines et leur nom provisoire

Les nouvelles régions métropolitaines et leur nom provisoire

Se pose du coup la question de la future appellation de ces régions dans le cadre du nouveau découpage. La loi a certes fixé des noms provisoires en accolant les noms des anciennes régions qui ont fusionné, à l’exception notable de la nouvelle Normandie qui résulte de la réunification tant attendue de la basse et de la haute Normandie. Pour les autres, le moins que l’on puisse dire est que les noms provisoires ne seront pas très faciles à retenir et ne paraissent guère vendeurs pour l’attraction touristique avec leur liste à rallonge d’anciennes provinces historiques désormais accolés tel que Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente ou encore Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

On se souvient des efforts qu’avait fait Michel Vauzelle il y a quelques années pour tenter de trouver un nouveau nom plus sexy afin de remplacer l’acronyme PACA qu’il détestait plus que tout. Un appel au peuple avait alors été lancé pour essayer de faire émerger une appellation qui marie avec bonheur le soleil de la Provence, l’air pur des cimes alpines et le bleu de la Côte d’Azur. Mais il avait été contraint de renoncer devant l’éparpillement des solutions proposées et l’absence totale de consensus pour un nom magique. PACA restera donc PACA de même que Georges Frêche avait dû renoncer à faire débaptiser le Languedoc-Roussillon au profit de la Septimanie dont il se rêvait en nouvel empereur.

Il n’empêche : il va bien falloir trouver des noms aux régions nouvellement créées et la loi le prévoit d’ailleurs expressément qui fixe au 1er octobre 2016 la date limite pour sélectionner ces appellations qui remplaceront celles provisoirement en vigueur. Chacun est donc invité à faire preuve d’imagination pour trouver un nouveau nom de région qui présente une forte identité territoriale, qui ne froisse personne et qui sonne de manière suffisamment attractive, y compris pour des oreilles étrangères : un sacré challenge en perspective…

Dans l’ACAL du Grand Est où Alsaciens et Lorrains se regardent en chiens de faïence tandis que leurs voisins ardennais ou champennois sont vent debout contre cette fusion qui prévoit d’emblée que la nouvelle capitale régionale sera basée à Strasbourg, on mesure l’ampleur de la tâche ! Du coup pas moins de 360 noms ont été proposés et une première sélection a permis d’en sélectionner trois qui sont les suivants (on est prié de ne pas rire) : Acalie, Rhin-Champagne et Nouvelle Austrasie… Chacun est invité à s’exprimer sur sa préférence et ce sont les 169 conseillers régionaux qui choisiront en dernier ressort. On imagine d’avance la profondeur des débats qui animeront ce choix…

Blog288_DessinApoilDans le nouveau grand Sud-Ouest qui s’étend de Limoges à la côte atlantique, près de 5000 internautes ont participé à une consultation initiée par le journal Sud-Ouest et les propositions qui ont fusé ne seront sans doute pas toutes retenues… Un consensus semble néanmoins se dégager sur le terme historique d’Aquitaine puisque cette province s’étendait, à certaines périodes, très au-delà de son acception actuelle et englobait déjà du temps d’Aliénor d’Aquitaine le Limousin et Poitou-Charente.

Dans la nouvelle région du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le processus est encore plus avancé puisque l’assemblée délibérante a déjà retenu son choix dès le 14 mars, après consultation des lycéens et des apprentis de la région. Le nom retenu ne laisse pas d’étonner puisque, sauf avis contraire du Gouvernement, blocage de la part du Conseil d’État, ou encore mauvaise volonté des naturistes nordistes qui se sont déjà approprié ce terme depuis plus de 20 ans, le nouvelle région qui s’étend désormais des portes de l’Ile-de-France jusqu’à la frontière belge, s’appellera dorénavant « Hauts-de-France ».

Une appellation locale déjà utilisée...

Une appellation locale déjà utilisée…

Blog288_DessinBistrotIl faut dire, à la décharge des conseillers régionaux qui ont fait ce choix pour le moins surprenant que les alternatives proposées étaient Terres-du-Nord et Nord-de-France. Manifestement, ils n’ont pas souhaité insisté sur le fait que leur région se situait plutôt dans le nord de la France… Il n’en reste pas moins que le nom retenu risque d’être assez difficile à imposer et certains médias se sont quelque peu gaussé de cette appellation qui évoque plutôt celle d’un lotissement périphérique que d’une grande région française.

Blog288_DessinItalieLe Canard enchaîné en a fait ses choux gras dans son édition du 16 mars où il s’étonne de cette soudaine volonté de nos compatriotes nordistes de prendre de l’altitude alors que la région culmine à 271 m, et où il s’interroge quant à la nouvelle dénomination des habitants de la région, futurs Altofrançais ou Hautistes, voire Hautesses pour ces dames ?

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Les alternatives proposées par le Canard enchaîné ne manquent pas de sel ni de couleur locale, oscillant entre Chti’bérie et Biloutistan, et d’autres appellations telles que Fritonésie ou Mouldavie, davantage en lien avec les traditions gastronomiques locales qui ont faite la réputation de la région… Avec du recul, on se dit que les habitants de Provence-Alpes-Côte d’Azur l’ont finalement échappé belle en renonçant jusqu’à présent à changer le nom de la région PACA…

L.V.  LutinVertPetit

A Aubagne, le tramway menacé par un effondrement…

23 mars 2016

Décidément, la journée du 9 mars 2016 aura été celle de tous les dangers pour les canalisations de la région ! Dans la nuit, une conduite transportant de la soude sous pression avait lâché à 2 heures du matin sur le site industriel d’Alteo à Gardanne, provoquant un panache de vapeur d’eau qui s’était étalé sur les environ, déposant de jolis cristaux de soude sur près de 35 hectares. Le même jour, à Aubagne, en début d’après-midi, c’est le collecteur principal des eaux usées qui s’est rompu, sur l’avenue des Goums au niveau du pont de la Californie, provoquant un effondrement spectaculaire sur la chaussée, juste en bordure de la plateforme du tramway.

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Le tramway qui passe en surface juste au dessus du collecteur a dû être immédiatement interrompu et remplacé par des bus de substitution pour assurer la continuité du service public entre la gare d’Aubagne et le quartier du Charrel, tandis qu’un système de circulation alternée a dû être organisé en urgence par les services techniques de la ville. Une chance que le fontis ne se soit pas ouvert au droit des rails du tramway lors du passage de ce dernier…

Le tramway d'Aubagne sur l'avenue des Goums

Le tramway d’Aubagne sur l’avenue des Goums

Cette canalisation assez ancienne puisqu’elle date de 1933 et qui n’a manifestement pas été consolidée lors des travaux de voirie en vue de la mise en place du tramway, évacue en direction de la station d’épuration Géolide, opérationnelle depuis 1987 en bordure de l’Huveaune près du stade Vélodrome à Marseille, l’ensemble des eaux usées d’Aubagne et de plusieurs communes avoisinantes, dont celle de Carnoux-en-Provence. Il s’agit donc d’une branche majeure du réseau d’assainissement de l’est marseillais, propriété des communes du Pays d’Aubagne et de l’Etoile mais aussi de Gemenos et de Carnoux. L’ouvrage lui-même est un ovoïde en maçonnerie de 1,60 m de hauteur, enterré à près de 6 m de profondeur.

Depuis 2014, c’est la SPL (société publique locale) créée par les communes de l’ex communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile et joliment dénommé L’eau des collines, qui a repris la compétence assainissement sur une partie de son territoire. Mais sur les communes d’Aubagne ou de La Penne-sur-Huveaune, ce n’est pas encore le cas car cette compétence est confiée par délégation à la Société des Eaux de Marseille, une filiale de Véolia, dans le cadre d’un contrat qui court jusqu’au 31 décembre 2016. C’est néanmoins sur le site de la SPL que l’on trouve les informations les plus complètes sur cet effondrement intempestif sur lequel sont intervenus, outre les équipes techniques de la SEM et de la SPL, des agents missionnés par la société Bronzo.

Blog287_PhTravaux

Tout ce petit monde a procédé dans un premier temps à une mise en sécurité du site avant de se livrer à un diagnostic plus approfondi de la situation. Aux dernières nouvelles, en date du 15 mars 2016, la société Bronzo avait procédé aux terrassements nécessaires pour accéder au toit du collecteur à partir de la zone effondrée et pour sécuriser la fouille par un blindage approprié. Un barrage a alors été mis en place en amont de la zone effondrée afin de court-circuiter cette dernière et de procéder aux pompage nécessaires pour vider progressivement le collecteur dans le tronçon qu’il va falloir consolider.

Toit du collecteur endommagé en fond de fouille

Toit du collecteur endommagé en fond de fouille

Un chantier relativement important donc qui risque de se prolonger quelques semaines. Les usagers du tramway n’ont sans doute pas fini d’emprunter les bus de substitution, en espérant que les inspections du tronçon effondré ne mettent pas en évidence la nécessité d’entreprendre une réfection de l’ensemble du collecteur qui se prolonge ensuite via La Penne-sur-Huveaune jusqu’à Marseille. La collecte des eaux usées n’est jamais un long fleuve tranquille…

M.V.

A Gardanne, Alteo fait sa lessive de printemps…

21 mars 2016

On a longtemps reproché à l’usine d’alumine de Gardanne, ex-Péchiney et désormais rebaptisée Alteo par son actuel propriétaire, le fonds d’investissement américain HIG, de rejeter sans vergogne ses fameuses boues rouges dans la Grande Bleue, au large de Cassis, en plein coeur de ce qui est devenu le Parc national des Calanques. Voilà qu’on l’accuse désormais de vouloir laver plus blanc que blanc en aspergeant la ville de Gardanne d’un nuage de cristaux de soude, un puissant détergent qui constitue l’essentiel de la célèbre lessive Saint-Marc bien connue des ménagères et des bricoleurs du dimanche…Blog286_PhStMarc

C’est dans la nuit du 8 au 9 mars 2016 que s’est produit l’incident, sous la forme d’une rupture de canalisation de soude sous pression et à haute température, comme l’a relaté La Provence dans son édition du 11 mars. Le directeur des opérations du groupe Alteo s’est empressé de préciser que cette canalisation devait être changée en avril. Ce n’est donc vraiment pas de chance pour cet industriel déjà dans le collimateur de nombreux acteurs locaux du fait de ses rejets de produits toxiques en mer et pour ses stockages à l’air libre de boues rouges dans les bassins de décantation de Mange-Garri, d’où s’envolent de nombreuses particules fines corrosives et qui ont été à l’origine de fuites récentes dans la nappe…

Stockage de boues rouges près de Gardanne (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Stockage de boues rouges près de Gardanne (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Toujours est-il que cette rupture intempestive de canalisation a occasionné le départ d’un magnifique panache de vapeur d’eau fortement chargée en soude qui, poussé par le vent d’est, est rapidement sorti du périmètre de l’usine pour survoler le centre-ville tout proche. C’est Roger Meï, maire de la ville depuis 39 ans, qui a dû être content, lui qui se plaît à dire qu’ici, « on aime voir fumer les cheminées d’usines » !

En revanche, les nombreux automobilistes qui ont retrouvé au petit matin le capot de leur voiture recouvert d’une épaisse couche de cristaux blancs en train d’attaquer la peinture de la carrosserie, semblent avoir globalement moins apprécié cette manifestation de la vitalité économique et industrielle de leur commune…

Voiture recouverte de cristaux de soude à Gardanne

Voiture recouverte de cristaux de soude à Gardanne

La ministre de l’environnement Ségolène Royal, qui s’était fermement opposée à la prolongation des déversements en mer des rejets toxiques d’Alteo mais avait été désavouée par Manuel Valls, s’est laissée allée à un communiqué vengeur, rapporté par La Provence : « Cette fuite confirme la vétusté d’une partie des installations de traitement et appelle à examiner au plus tôt les solutions envisagées pour traiter les pollutions rejetées en Méditerranée, à travers une autre canalisation, mise en service en 1966 ». L’occasion était en effet trop belle pour la laisser passer…

Plusieurs enquêtes ont été immédiatement diligentées, confiées d’une part par le Parquet d’Aix à la gendarmerie pour déterminer les causes de l’accident, et d’autre part par le Préfet qui a saisi la DREAL dans le cadre d’une enquête administrative sur les origines et conséquences de la rupture et sur les modalités de réaction de l’industriel. Le Préfet a aussi demandé aux services en charge de la Police de l’Eau de vérifier l’impact éventuel de cette pollution sur les cours d’eau, et à l’Agence régionale de santé d’évaluer les éventuelles conséquences sanitaires pour la population.

L'usine Altéo en plein coeur de Gardanne (photo archives S. Mercier)

L’usine Alteo en plein coeur de Gardanne (photo archives S. Mercier)

Les pompiers du SDIS sont quant à eux chargés de mesurer l’impact de la pollution. Selon les chiffres communiqués, le volume de vapeur d’eau chargée en soude qui a été ainsi lâché dans la nature serait de l’ordre de 15 m³, ce qui représente une belle quantité, et la surface impactée par les retombées couvrirait au total 35 hectares, dont 15 fortement touchés…

Une cellule de suivi a été installée en mairie, avec les services de l’État concernés et la direction du site, pour coordonner les opérations de nettoyage devant être menées par Alteo. Un numéro vert a été mis en place afin de répondre aux plaintes des nombreux riverains, inquiets de la présence de ces petits critsaux de soude qui recouvrent une partie de la ville : du carbonate de soude, de formule chimique Na2Co3, largement utilisé pour dégraisser les murs, ou toute autre surface, ainsi que dans les lessives, mais qu’il vaut mieux éviter de manipuler à mains nues et qui peut causer de sévères irritations, voires des lésions oculaires graves.

Opération « lessive de printemps » à Gardanne (photo H. Seurin)

Opération « lessive de printemps » à Gardanne (photo H. Seurin)

D’ailleurs, dès l’après-midi du 9 mars (un mercredi heureusement), la commune a fait nettoyer à grande eau les cours de récréation des écoles, de la maternelle jusqu’au lycée, ainsi que les rues, les trottoirs et les jeux d’enfants dans les jardins publiques. Une sage précaution, qui n’a sans doute pas amélioré la qualité des cours d’eau à l’exutoire des réseaux pluviaux de la ville ! Mais une fois qu’on se lance dans le grand nettoyage de printemps, on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail…

M.V.

Info ou intox : sommes-nous manipulés par nos émotions ?

19 mars 2016

AfficheConfLeCozTel était le titre de cette dernière conférence organisée le 17 mars 2016 par le Cercle Progressiste Carnussien dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence et animée par Pierre Le Coz, professeur de philosophie et directeur du département de Sciences humaines à la Faculté de Médecine de la Timone (Université d’Aix-Marseille).

Le conférencier, auteur de « Le gouvernement des émotions… et l’art de déjouer les manipulations » paru chez Albin Michel en 2014, aborde le propos par une question centrale : Comment l’émotion agit comme révélateur de nos valeurs ? Pierre Le Coz se propose de montrer, à partir d’exemples issus de l’actualité, presse et télévision, ainsi que de situations relatives aux métiers de la santé, comment les émotions constituent des agents de manipulation.

Buste du général athénien Alcibiade

Buste du général athénien Alcibiade

Pour étayer son exposé qui sera nourri de références philosophiques, il évoquera d’abord le philosophe Platon qui relate le rôle joué par le démagogue Alcibiade lors de la guerre du Péloponnèse qui flatte le peuple en s’adressant à leurs bas instincts, ainsi que le mythe de la caverne et le jeu des ombres produites par des manipulateurs qui effraient leurs habitants.

Il distingue alors deux familles de manipulateurs : les rhétoriciens qui ont l’art de répondre à toutes les questions et les démagogues qui savent établir une connivence avec ceux qu’ils manipulent. Le pouvoir des images, tel qu’énoncé dans le mythe de la caverne, constitue un terrain propice comme nous allons le voir.

On peut parler de pouvoir esthétique à propos d’objets esthétiquement attractifs, même quand il s’agit de catastrophes et de pouvoir fantasmatique avec le recours à des images de grand format qui s’imposent au regard. Les médias friands de faits divers en usent et en abusent comme le montre une étude sur dix ans qui pointe une augmentation de 73% de la place des faits divers dans les émissions ou les journaux.

Pierre Le Coz lors de sa conférence à Carnoux le 17 mars 2016

Pierre Le Coz lors de sa conférence à Carnoux le 17 mars 2016

Quels sont ces faits divers ? Des récits d’histoires tristes avec une prédiction pour des comportements pathologiques qui flattent la délectation morbide. Des faits divers de connivence qui fonctionnent sur le ressort de l’ennemi commun, par exemple, un fou dangereux qui s’évade d’un hôpital psychiatrique, ou qui pointent des boucs émissaires (effet de réactivité des stéréotypes).

Simone Veil à la tribune de l'Assemblée nationale en 1974

Simone Veil à la tribune de l’Assemblée nationale en 1974

Des faits divers de complaisance morbide avec par exemple le cas de Vincent Lambert qui occulte le débat sur l’euthanasie ou encore des témoignages vécus qui dans leur formulation jouent sur l’intensité du ressort émotionnel comme pour ce titre : « Maman est morte dans l’ambulance sans avoir atteint l’hôpital ». Dans tous ces cas, les narrations d’événements se substituent à des débats et entretiennent une confusion entre illustration et démonstration. La connivence entretenue par le témoignage vécu agit sur l’autonomie du récepteur du message. Cette manipulation est souvent liée à une amplification quand la réalité avérée est exagérée.

Pierre Le Coz évoque aussi ce qu’il nomme le sophisme de la pente glissante quand il est fait état d’annonces d’effets en cascade, en citant certaines interventions de députés qui évoquent des « abattoirs de fœtus » lors de la présentation de la loi sur l’avortement par Simone Veil en 1975.

Faire peur, fasciner, jouer sur des ressorts sensibles innocent/méchant, enfant/vieux, fragile/puissant, peuvent provoquer la compassion ou l’indignation.

Champ d'oliviers peint par Vincent Van Gogh (Collection Kröller-Mušller Museum, Otterlo, Pays-Bas)

Champ d’oliviers peint par Vincent Van Gogh (Collection Kröller-Mušller Museum, Otterlo, Pays-Bas)

Pour conclure sur une note positive et optimiste en référence au Rire d’Henri Bergson, Pierre Le Coz prône l’éveil d’une sensibilité éthique où la raison prime avant d’évoquer le désir d’émotions esthétiques par la recherche de la Beauté et la sublimation en citant l’exemple de Vincent Van Gogh qui sut transfigurer le visible ou encore Jean-Jacques Rousseau à propos de son roman La Nouvelle Héloïse. Il nous engage à changer les perceptions pour engendrer de nouvelles émotions et en diversifier la gamme.

Une assemblée très attentive dans la salle du Clos Blancheton

Une assemblée très attentive dans la salle du Clos Blancheton

Au terme de cet exposé unanimement salué par la cinquantaine de personnes présentes et attentives, un échange nourri s’est établi avec le conférencier avant que tous se retrouvent autour d’un apéritif offert par le Cercle Progressiste Carnussien.

M.M.

Bientôt la conférence de Pierre Le Coz

15 mars 2016

C’est jeudi 17 mars 2016 qu’aura lieu la prochaine  conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien. Présentée par Pierre Le Coz, professeur de philosophie et responsable de la spécialité Ethique, science, santé et société à la Faculté de médecine d’Aix-Marseille à La Timone, elle nous permettra de nous interroger sur la manière dont nous sommes de plus en plus souvent manipulés par les médias mais aussi par la publicité voire le discours politique qui jouent sur nos émotions plutôt que de faire appel à notre raison. Un beau sujet de réflexion en perspective…

AfficheConfLeCoz

Un article paru ce jour dans La Provence vient opportunément rappeler le déroulement prochain de cette conférence :

LP 150316 annonce conf Le Coz

Venez nombreux assister à cette conférence, d’accès libre et gratuit, qui se tiendra jeudi à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Procès en appel de La Faute-sur-Mer : où en est-on ?

13 mars 2016
Après l'inondation...

Après l’inondation…

En matière d’inondation, les catastrophes se suivent et se ressemblent. Le rythme médiatique nous confronte périodiquement à l’horreur de ces vies quotidiennes ravagées en quelques heures par des torrents de boue qui viennent dévaster leur salon, s’immiscant au coeur même de l’intime et du foyer dans lequel chacun investit tant de charge sentimentale. Nimes en 1988, Vaison-la Romaine en 1992, l’Aude en 1999, La Bretagne en 2000, la Somme en 2001, le Rhône en 2002 puis 2003, le Var en 2010, 2011 et 2014, les Pyrénées en 2013, la Côte d’Azur en octobre 2015… La liste est longue et bien incomplète. A chaque fois, les mêmes images de désolation, les mêmes témoignages de colère et d’impuissance, les mêmes réflexions sur l’irresponsabilité des pouvoirs publics et des élus locaux qui laissent construire en zone inondable !

De ce point de vue, le procès qui s’est tenu en octobre 2014 suite aux dégâts de la tempête Xynthia qui avait causé 51 morts en février 2010 sur la côte atlantique dont 29 sur la seule commune vendéenne de La Faute-sur-Mer, et que nous avions déjà évoqué ici, est exemplaire. A l’issue de débats qui avaient duré cinq semaines, le jugement prononcé le 12 décembre 2014 par le tribunal correctionnel des Sables d’Olonnes analyse en effet en détail et sur plus de 300 pages les raisons qui ont conduit à une telle catastrophe.

Vue aérienne de La Faute-sur-Mer après l'inondation du 27 février 2010 (photo PQR / Ouest France)

Vue aérienne de La Faute-sur-Mer après l’inondation du 27 février 2010 (photo PQR / Ouest France)

Volonté des élus locaux d’urbaniser à tout prix cette partie du littoral située sous le niveau de la mer et où les vaches paissaient autrefois les pieds dans l’eau, mais protégée en apparence par de hautes digues, conflits d’intérêt entre responsabilités politiques et activités lucratives dans la construction immobilière, déni manifeste du risque de submersion marine pourtant bien connu des autochtones, refus d’afficher des mesures de prévention qui pourraient faire peur aux nouveaux arrivants et déprécier le territoire, légéreté dans l’examen des demandes de permis de construire, laxisme dans l’entretien et la surveillance des ouvrages de protection, etc.

Le jugement prononcé sur la base de ce réquisitoire est sévère, en particulier pour René Marratier, maire de la commune pendant 25 ans de 1989 à 2014 et encore réélu conseiller municipal en mars 2014, qui écope de quatre ans de prison ferme. Son ancienne adjointe à l’urbanisme, Françoise Babin, par ailleurs promoteur immobilier et propriétaire de nombreux terrains rendus opportunément constructibles, est condamnée quant à elle à deux ans de prison ferme, et son fils, Philippe Babin, à dix-huit mois de prison ferme, en particulier pour défaut d’entretien et de surveillance de la digue.

René Marattier, Françoise Babin et son fils Philippe lors du procès en appel (photo G. Sauvant / AFP)

René Marattier, Françoise Babin et son fils Philippe lors du procès en appel (photo G. Sauvant / AFP)

A l’époque, le procès avait été fortement médiatisé et l’énoncé du jugement avait provoqué un tollé parmi la classe politique. De nombreux élus locaux, largement relayés par l’Association des maires ruraux de France se sont alors élevés vigoureusement contre ce jugement considéré comme profondément injuste à l’encontre d’un des leurs qui se serait dévoué corps et âme en faveur de l’intérêt de sa commune, faisant abstraction des fautes graves commises par René Marattier dans l’exercice de sa fonction et de la constance avec laquelle ce dernier s’est opposé pendant plus de 10 ans aux services de l’État qui cherchaient à mettre en place un plan de prévention du risque inondation et des mesures d’information et de protection vis-à-vis de ce risque.

Les élus condamnés avaient immédiatement fait appel et le procès s’est déroulé du 15 septembre au 2 décembre 2015 devant la Cour d’appel de Poitiers dans une totale indifférence ! Pourtant, l’association de victimes, la Fenvac, a fait un travail considérable pour aider à la diffusion de l’information en rendant publiques, jour après jour, ses notes prises au fur et à mesure du déroulement des audiences. Mais la Presse s’est cette fois montrée très discrète sur le sujet…

Le Figaro a évoqué l’affaire en signalant que le verdict est attendu pour le 4 avril prochain et en précisant que le réquisitoire du procureur demandait finalement des peines moins sévères qu’à l’issue du procès en première instance. Ainsi, l’ancien maire de La Faute-sur-Mer pourrait voir réduire sa peine de prison à deux ans fermes seulement, assortis d’une interdiction définitive d’exercer un mandat publique. De même, pour Françoise Babin, la peine requise pourrait se limiter à 15 mois de prison ferme et 75 000 € d’amende, et à 9 mois ferme pour son fils Philippe Babin.

Malgré cette relative clémence, qui reste à confirmer lors du jugement, rien dans le réquisitoire du procureur ne vient vraiment modifier l’analyse des responsabilités telle qu’elle avait été décortiquée en détail lors du procès des Sables d’Olonnes. Les principaux manquements reprochés aux élus locaux concernent toujours leur absence totale de volonté, voire leur obstruction en matière d’information, d’alerte et de prévention face au risque inondation. Comme en pemière instance, il est clairement précisé que les risques étaient parfaitement identifiés depuis au moins 2002 mais que les élus locaux ont tout fait pour cacher cette réalité à la population au lieu de réflechir de manière concertée à l’élaboration de mesures de prévention adaptées.

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer (photo F. Perry / AFP)

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer (photo F. Perry / AFP)

Nul doute que l’énoncé du verdict dans quelques semaines verra un regain d’attention pour ce procès qui inquiète tant les élus locaux confrontés à des situations comparables. On peut en tout cas d’ores et déjà affirmer qu’il a permis un débat approfondi sur la responsabilité de certains élus locaux qui ont tendance à rejeter systématiquement la faute sur les services de l’État et font passer leurs intérêts à courte vue avant ceux de leur territoire.

Au cours de ce procès en appel, l’avocat général Thierry Phelippeau a estimé que l’ancien maire de La Faute-sur-Mer avait « trahi l’intérêt général », en n’informant pas ses administrés des risques d’inondation, et en faisant preuve le soir de la tempête « d’amateurisme et de légèreté », en ne prenant pas connaissance des messages d’alertes météorologiques, et en n’organisant pas de surveillance de la digue Est. Le jugement est sévère mais s’il peut conduire d’autres élus locaux à prendre conscience des risques qu’ils font encourir à leurs concitoyens par de tels comportements, peut-être cela permettra-t-il de rendre plus efficaces les efforts déployés depuis tant d’années en matière de prévention des risques naturels ?…

L.V.  LutinVertPetit

Métropole Aix-Marseille : on efface tout et on recommence !

10 mars 2016
Jean-Claude Gaudin lors de son élection mouvementée le 9 novembre 2015 (photo F. Launette / La Provence)

Jean-Claude Gaudin lors de son élection mouvementée le 9 novembre 2015 (photo F. Launette / La Provence)

Élu le 9 novembre dernier premier président de la toute nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence (AMP), Jean-Claude Gaudin, par ailleurs sénateur, maire de Marseille et alors encore président de la défunte communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, vient déjà de démissionner, le 7 mars dernier ! Il faut dire que son élection s’était faite dans des conditions totalement rocambolesques comme nous l’avions déjà évoqué ici, avec 119 voix seulement sur 240 membres du tout nouveau Conseil métropolitain (mais dont 169 seulement avaient participé au vote, les autres ayant quitté la salle dans le sillage d’une Maryse Joissains déchaînée).

Pourquoi une telle démission alors que le Conseil d’État lui avait permis de conserver son poste contesté en justice et qu’une décision récente du Conseil constitutionnel vient tout juste de valider le mode de représentation des 92 communes membres au sein du Conseil métropolitain, mettant fin à des mois de flottement pendant lesquels la métropole, officiellement créée le 1er janvier 2016, était dans l’incapacité de réellement fonctionner ? Maintenant que la bataille juridique lancée par un quarteron de maires mauvais coucheurs était enfin achevée, on aurait pu penser que les nouveaux responsables élus à la tête de la métropole allaient mettre les bouchées doubles et rattraper au plus vite ces quelques mois de blocage institutionnel.

Jean-Claude Gaudin (photo ©Citizenside / AFP / C. Bonnet)

Jean-Claude Gaudin (photo ©Citizenside / AFP / C. Bonnet)

Mais en vieux renard de la politique, Jean-Claude Gaudin, voulait avant tout consolider son assise électorale. Il ne pouvait courir le risque que sa légitimité soit entachée par les modalités contestables de son élection et le climat délétère dans lequel s’était tenue la première séance du Conseil métropolitain le 9 novembre 2015, à l’issue de laquelle 6 maires avaient déposé un recours devant le Tribunal administratif pour demander (et obtenir) l’annulation de cette élection pour le moins houleuse.

Il a donc préfèré démissionner tout en précisant bien qu’il se représentait et que son retrait temporaire ne relèvait que d’une « volonté de clarification aussi bien politique que juridique ». Une simple formalité donc qui devrait se traduire par une nouvelle convocation du Conseil métropolitain, a priori dès le 21 mars, afin de procéder à une nouvelle élection, en espérant qu’elle se traduise par un plébiscite clair en sa faveur.

En parallèle, le vieux briscard se livre à de multiples tractations en coulisse pour rallier à sa cause l’ensemble des élus, y compris certains maires de Gauche à qui il a promis quelques-unes des 21 vice-présidence à distribuer. Une fois sa position affermie à la tête de la métropole AMP, il compte bien en effet faire adopter dans la foulée et avant le 30 avril le premier budget de la nouvelle métropole et désigner les délégations afin que la toute nouvelle structure puisse enfin se mettre en marche et faire mieux que de traiter les affaires courantes comme elle y est contrainte depuis sa création.

Jean-Claude Gaudin et le préfet Stéphane Bouillon le 11 novembre 2015 (photo D. Rossi / La Provence)

Jean-Claude Gaudin et le préfet Stéphane Bouillon le 11 novembre 2015 (photo D. Rossi / La Provence)

Le préfet des Bouches-du-Rhône, Stéphane Bouillon, est bien entendu de la partie et a non seulement accepté cette démission surprenante, mais a de surcroît chargé Jean-Claude Gaudin de « continuer d’assurer les missions d’ordonnateur pour les actes d’administration conservatoire et urgente de la métropole », comme l’explique La Gazette des Communes, autrement dit de faire en sorte que les 7500 fonctionnaires territoriaux désormais rattachés à la métropole, continuent de percevoir leur salaire pour éviter tout risque de dérapage.

Placé désormais dans la situation un peu surréaliste de candidat à sa propre succession après avoir été confronté à une situation assez inédite de blocage total depuis son élection contestée, le maire de Marseille va donc de nouveau devoir affronter les élus dont un certain nombre reste farouchement opposé à la nouvelle métropole, à l’image de la maire d’Aix-en-Provence qui « conseille à monsieur Gaudin d’avoir la sagesse de ne pas se représenter et de proposer un candidat qui saura mettre en place une gouvernance démocratique », ainsi que le rapporte Le Monde. On voit que le climat est encore loin d’être aussi apaisé qu’on voudrait l’espérer… Nul doute que la prochaine séance du Conseil métropolitain devrait être scrutée à la loupe par les médias de tout poil : spectacle garanti a priori !

M.V.  LutinVertPetit

CMA-CGM : un porte-container géant

7 mars 2016

Blog283_TourCMALe groupe CMA-CGM, basé à Marseille, fait partie des géants mondiaux du transport maritime de containers. Fondée en 1978 par Jacques Saadé, son PDG actuel, la société abrite fièrement son siège dans la fameuse tour de 147 m conçue par l’architecte de renommée internationale Zaha Hadid et implantée sur le quai d’Arenc où elle abrite environ 2 400 collaborateurs du groupe (qui emploie de l’ordre de 22 000 personnes dans le monde entier ! ).

C’est dans les années 1960 que le fondateur du groupe, alors stagiaire dans une compagnie maritime américaine, découvre le transport par containers, ces immenses parallélipipèdes métalliques standardisés, inventés en 1954 par Malcom Mc Lean et alors utilisés à grande échelle par l’armée américaine pour ravitailler ses troupes engagées dans la guerre du Vietnam. Jacques Saadé est convaincu par le côté pratique de ces grandes boîtes qu’on peut transporter sur rail comme sur route et qu’on peut empiler sur le pont des bateaux.

Blog283_PhPort

Manifestement, l’avenir lui a donné raison vu le succès qu’a remporté sa société qui s’est hissée en quelques décennies à la troisième place des transporteurs mondiaux de containers par voie maritime, avec un chiffre d’affaire qui avoisinait 16 milliards de dollars en 2014 avec pas moins de 471 navires en action, desservant plus de 200 escales dans le monde.

Le Benjamin Franklin lors de son inauguration à Long Beach

Le Benjamin Franklin lors de son inauguration à Long Beach

Le dernier né de cette flotte gigantesque, baptisé Benjamin Franklin, a été inauguré en grandes pompes le 19 février dans le port américain de Long Beach alors que son prédécesseur, le Bougainville, l’avait été en France le 6 octobre 2015 au Havre, en présence du président de la République François Hollande. Construit à Shangai, il est le dernier livré d’une flotte de six portes-containers démesurés. Avec 54 m de large et 399 m de longueur, c’est le plus grand navire battant pavillon français. La surface de son pont, qui est équivalente à celle de quatre terrains de football, peut contenir près de 18 000 containers soigneusement empilés les uns sur les autres.

Blog283_PhPorteContainer

Positionné sur une ligne reliant la Chine à la côte ouest des Etats-Unis, ce mastodonte des mers contribue à alimenter inlassablement le marché européen en produits manufacturés à l’autre bout du monde, matérialisant jusqu’à la caricature la mondialisation qui nous rend totalement dépendants de ces transports de longue distance opérés à des prix dérisoires et qui rendent impossible toute tentative de réindustrialisation locale…

Blog283_PhArriereBlog283_PhMaroc 

Force est de reconnaître néanmoins que ce navire amiral de la flotte de CMA-CGM a fière allure avec ces boîtes métalliques bien calibrées et soigneusement rangées sur son pont, à la manière d’un semi-remorque transportant ses bottes de pailles… Mais bien entendu, la comparaison s’arrête là !

L.V.  LutinVertPetit

KATULU ? N° 47

5 mars 2016

Carel_Fabritius_-_n°47De nouvelles analyses de la part du groupe de lecture Katulu ? pour sa réunion de décembre 2015 – janvier 2016. Retrouvez l’intégralité des articles dans le compte-rendu complet (Katulu47).

LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE

Qui a tué Roland Barthes ?

Laurent Binet

Les deux titres de ce livre posent d’emblée la question du sujet réel de ce roman, sans compter l’avertissement de l’auteur : « La vie n’est pas un roman. C’est du moins ce vous voudriez croire » !1_LivreBinet

Roman policier. Le sujet du roman est une enquête : mort avec vol d’un document au contenu mystérieux mettant en jeu la sécurité nationale. Le lecteur va vite être entraîné dans des aventures rocambolesques. Nous plongeons dans les coulisses d’une élection présidentielle car le monde politique n’est jamais bien loin des têtes intellectuelles.

Du monde politique, l’auteur ne peut s’empêcher d’y dénoncer le cynisme, le pragmatisme, les compromis voire les compromissions. Du monde intellectuel, il écorche par exemple les soirées mondaines véritables carnages, aux échanges de traits acérés, des débats immortels, des commentaires sportifs et surtout des petites trahisons sexuelles !!!

Des mystères, des rebondissements, des courses poursuites, le complot est international, Bulgares, Japonais, Russes sont réunis. Tout cela nous transporte d’ailleurs à Bologne, Venise, Ithaca (USA ), Naples . Nous pénétrons dans une Société Secrète : le LOGOS CLUB.

 Laurent Binet (photo H. Assouline / Opale / Leemage)


Laurent Binet (photo H. Assouline / Opale / Leemage)

Leçon de linguistique : les maîtres sont cités Barthes, Saussure, Jacobson Foucault, Deleuze, Derrida. Les figures de style savamment démontrées, les six fonctions du langage rappelées et la fameuse 7ème la fonction magique : INCANTATOIRE. La force est dans la maîtrise du Langage : on gouverne sur la Crainte ; le but est toujours le POUVOIR, Dire c’est FAIRE…

Dans l’admiration du LOGOS l’auteur n’hésite pas à nous démontrer la puissance de la langue, jusqu’à la violence extrême mais la langue est aussi ce qui nous fait exister, dompter la mort. Le réel tient par le seul pouvoir de la langue qui l’analyse, le décrypte mais aussi l’invente, le déduit, l’imagine

En résumé ce livre est un hymne à l’écriture, c’est aussi un hymne à la parole, LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, sa MAGIE : LE POUVOIR.

Nicole

D’après une histoire vraie

Delphine de Vigan

3_LivreViganSituation d’un écrivain qui connaît un mal-être et une difficulté à écrire, paniquée devant le vertige de la page blanche… Dans cette période de malaise elle rencontre, par hasard, une jeune femme L. qui peu à peu prend de l’emprise sur elle ! Elle la diminue psychologiquement et fait un travail de sape pour la déstabiliser un peu plus chaque jour en lui faisant perdre sa confiance ! Elle s’installe chez elle, l’imite dans sa façon de s’habiller, prétend qu’elles étaient ensemble à l’école, à la Fac ! Un mimétisme s’installe puisqu’elle prend même sa place lors d’une séance de présentation d’un livre dans une école !

Delphine de Vigan

Delphine de Vigan

Le suspens s’intensifie, c’est haletant ! Mais plus l’emprise de L. est forte et plus l’héroïne perd ses capacités… Elle s’inquiète de cette domination, sans se révolter. Mais peu à peu, comme François, son compagnon, on doute parfois de la réelle présence de L. à ses côtés : serait-ce un effet de ses troubles psychologiques, sa dépression, sa solitude ? Cette L. n’est-elle pas un double d’elle-même qui assume très bien ce qui l’effraie ? Un double qui est partisan d’un autre genre littéraire : elle défend l’autobiographie quand elle-même croit davantage en la fiction, mais malgré tout le doute s’installe, le lecteur est désorienté, que faut-il en penser ? Où est le vrai du faux ?

C’est un autre aspect de ce roman : l’opposition entre ces deux personnages du roman sur ce qu’est la littérature et c’est cela l’intérêt principal du livre. Je ne révélerai pas la suite pour vous permettre de découvrir ce livre passionnant et qui, en plus, est très bien écrit !

Josette J.

Jérusalem

Gonçalo M. Tavares

5_LivreJerusalemJérusalem, un livre kafkaïen, un univers entre raison et folie, où la violence est au centre ; des personnages dont le destin se croise dans cette folie et cette violence allant jusqu’au meurtre.

Une vision du monde réaliste, cruelle, prémonitoire où l’espérance perce encore, envers et contre tout. Theodor, médecin, personnage central, fait un travail de recherche documentaire, à travers les siècles, sur la relation entre l’horreur et le temps. Il veut parvenir à une formule qui résume les causes du mal qui existe sans intervention de la peur (donc les temps de guerre sont exclus), mal terrible car il n’est pas justifié. Cette courbe de l’horreur montrera si celle-ci est en progression, si elle diminue, si elle est stable et dans ce dernier cas cela signifiera un entretien de la normalité de l’horreur qui ne laisse plus place à aucun espoir.

Gonçalo M. Tavares

Gonçalo M. Tavares

Cette recherche expliquée au début du roman trouvera son apogée dans les dernières pages. C’est le fil rouge du livre : la fascination du bien et du mal. Résumer ce livre est impossible… Il faut entrer dans son univers, un univers qui donne à réfléchir sur la place de l’homme dans ce monde, ce monde de violence et de folie. N’est-il que cela ? C’est peut-être la question que l’on se pose, une fois la dernière page tournée. « Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite se dessèche ». « Et à vrai dire il est impossible d’oublier ».

Marie-Antoinette

Le chardonneret

Dona Tartt

7_LivreChardonneretLe héros qui dit « je », est Théo Decker, 13 ans, qui vit seul avec sa mère, le père, un acteur minable, buveur et joueur les ayant abandonnés peu avant le début de l’histoire. Le gamin a une relation très fusionnelle avec sa mère. Un matin fatal où ils ont un rendez vous au collège de Théo, la mère et le fils sont en avance. Ils décident donc de passer un moment au Metropolitan museum de New York. Un attentat à l’explosif (Dona dit avoir été inspirée par l’attentat de Oklahoma city ) va priver Théo de sa mère..

Dans les salles couvertes de gravats, il rencontre un vieux monsieur mourant qui le supplie de mettre en lieu sûr un petit tableau peint au XVII° par un flamand : sur un fond jaune un chardonneret est attaché sur un perchoir. Le tableau, est, évidemment symbolique de la condition humaine, solitude, manque de liberté, et néanmoins, une certaine joie de vivre …

Dona Tartt

Dona Tartt

A partir de ce moment, le tableau va suivre le jeune Théo dans ses pérégrinations à travers le monde, New York, Las Vegas, Amsterdam… Enfant abandonné ou presque par un père indigne, Théo va devenir une sorte d’Oliver Twist du 21° siècle. Le roman s’achève sur une fin très ouverte : Théo, qui a désormais 25 ans, rendra t-il le tableau au musée auquel il appartient ?

Dans ce roman, Dona Tartt a su créer un monde avec ses bons et ses méchants, ses tentations, ses deuils (il y a beaucoup de morts dans Le chardonneret ! ). Elle a peint un héros dans la lignée des enfants martyrs de Dickens ou d’ Hector Malot, mais ce sont des enfants de notre siècle, sans religion ni principes moraux, qui n’hésitent ni devant le vol ni devant le crime et qui sont cependant aussi pitoyables que le petit chardonneret de C Fabritius, dont la patte filiforme est attachée par un fil de cuivre et qui ne pourra jamais goûter à la liberté à laquelle il aspire.

Annie

L’Exercice de la médecine

Laurent Seksik

9_LivreMedecine« L’histoire des Thérapeutes était devenue comme une seconde légende familiale. Depuis son plus jeune âge, Léna avait entendu son père la raconter ». C’est cette légende que nous raconte l’auteur à travers Léna Kotev, cancérologue, la dernière de la lignée, descendante de Pavel-Alexandrovitch, l’aïeul russe, Mendel, le grand-père allemand, Tobias, le père français.

« La médecine avait toujours été l’autre religion des Kotev… Guérir c’était servir Dieu, et si Dieu n’existait pas c’était servir l’humanité ». C’est tout ce poids du passé, de la destinée que Léna porte en elle… Ce poids de la Destinée, Léa pourra-t-elle s’en dégager et choisir sa liberté ?

Laurent Seksik (photo D. Ignaszewski / Koboy ©Flammarion)

Laurent Seksik (photo D. Ignaszewski / Koboy ©Flammarion)

L’histoire de chaque personnage s’inscrit dans l’Histoire : survol de l’histoire du peuple juif soumis à l’oppression quel que soit le siècle ou le pays : lois antisémites d’Alexandre III et Nicolas II en Russie, terreur nazie des années 30 en Allemagne, des années 40 en France, de la répression stalinienne des années 50. Les pages sur l’exercice de la médecine, que ce soit celles de Pavel en 1904 jusqu’à celles de Léa en 2015, sont magnifiques. Il en est de même de celles sur la mélancolie de l’âme juive ou celles en fin de livre sur l’enterrement du père.

Un livre à l’écriture agréable, très prenant par l’histoire racontée, très fort dans la réflexion sur « l’âme juive », sur la destinée du peuple juif.

Marie-Antoinette

L’Herbe des nuits

Patrick Modiano

11_LivreModianoJean, le narrateur, arpente les rues de Paris, de Montparnasse à la Cité universitaire, et en rive gauche. Pour retrouver les lieux de son passé, dans les années soixante, il déchiffre des notes prises autrefois sur un cahier à couverture noire, lorsqu’il avait 20 ans. Les notes parlent d’un autre temps, du Paris d’avant 1968, à l’époque de la décolonisation, dans une atmosphère trouble, un monde disparu. Il part ainsi à la recherche d’une jeune femme, Dannie qui évoluait dans les milieux de la sécurité marocaine. Il arpente les rues de Paris qu’il fréquentait, jeune étudiant effacé, en compagnie de Dannie, jeune fille sans pedigree qui cachait sa véritable identité et un secret plus pesant qui lui valut de sérieux ennuis avec la police.

Patrick Modiano (photo J. Creedy Smith / ©Madame Figaro)

Patrick Modiano (photo J. Creedy Smith / ©Madame Figaro)

Sa rencontre avec le commissaire Langlais, de la brigade des mœurs, et chargé de l’enquête autrefois, lui permet de recouper ses souvenirs avec les pièces du dossier de l’affaire classée sans suite, et dont il est vraisemblablement le dernier témoin.

Pour la plupart, le temps non rempli, est du temps perdu, non vécu. Pour Patrick Modiano, il n’y a pas de vide à combler, le temps qui passe ne semble pas chronométré mais perçu comme une entité qui peut changer de dimension et apporter par elle-même des sensations. Entre ce qui a eu lieu, ce qui n’est qu’hypothèse, ce qui vient du songe, la frontière est de plus en plus difficile à tracer. Modiano se fait le détective de sa propre vie, sa recherche mêle le passé et le présent. Le temps n’étant pas linéaire, il est dompté. L’écrivain semble ainsi maître de son temps, il sait superposer hier et aujourd’hui.

Antoinette

Meursault contre-enquête

Kamel Daoud

13_LivreMeursaultDe ce roman, j’ai aimé la rage, la violence. Ce ton emporté, passionné, cette fièvre, cette ardeur, cette révolte. Il s’agit d’un cri contre l’injustice, toutes les injustices. Un cri comme une révolte contre l’Absurde, contre le Gratuit. K. Daoud interpelle Camus ! Camus, prix Nobel, a parlé dans L’étranger de « l’Arabe » mais L’Arabe n’était pas son sujet. Son livre est un chef d’œuvre « Or : il a nié toute identité toute humanité au mort, à l’Arabe !! ». K. Daoud écrit donc une suite, une contre-enquête. Il donne un nom au mort, une famille mais cela vaut-il identité ? Ce mort ne reste-t-il pas une ombre et certainement pas un reflet pour nous ?

Karim Daoud

Karim Daoud

K. Daoud, en répondant à Camus, ne se contente pas de faire le contre point de « Maman est morte » en écrivant « Maman est encore vivante ». Il dresse le portrait de l’Algérie. Il oppose les hommes entre eux, de part et d’autre, « roumis » « djounoud », moudjahid, colons, arabes. Ce mélange si subtil de deux cultures. Il nous parle avec émotion de son pays hanté par ses morts, ses guerres coloniales puis religieuses. Il confie sa fascination du passé colonial et son amour de la langue française.

Le style est brillant, un coup de poing contre le convenu. Il ose se mesurer à Camus et s’offrir un éclairage nouveau. Il défie un chef-d’œuvre ! Il répond à l’écho éclaté, démultiplié, lancinant entêtant de notre condition Notre absurde destin, L’acte gratuit insignifiant, jamais puni. Il reproduit l’écho assourdissant sans fin du coup de feu qui a tué… L’Homme, ETERNEL SISYPHE.

Nicole

Profession du Père

Sorj Chalandon

15_LivreChalendonC’est l’histoire d’un petit garçon, Émile Choulans, un enfant de 12 ans en 1960, asthmatique, gentil, quelque peu introverti entre une maman totalement soumise, uniquement préoccupée par sa maison, ses repas, et un père qui le terrifie. Le père, un homme ahurissant, d’une dureté extrême, violent, égoïste et hystérique !

Émile est passionné de dessin, c’est un artiste, on l’appelle Picasso, souvent triste, c’est un enfant isolé sans camarade. La maison est un « labyrinthe », une prison face au minotaure qui est le père ! On le bat, on le méprise. Même sa mère ne le comprend pas, ne le défend pas et accepte qu’il soit privé de repas.

Sorj Chalendon (photo M. Ollivier)

Sorj Chalendon (photo M. Ollivier)

Nous sommes en 1961, en pleine guerre d’Algérie. Le père explique à l’enfant de 12 ans qu’ « il a été chanteur, footballeur, parachutiste, conseiller personnel du Général de Gaulle ». Le Général qu’il a conseillé est devenu son pire ennemi : il veut le tuer et son fils devra l’aider !!! Le père le persuade qu’il l’entraîne physiquement pour qu’il soit à la hauteur, pour sauver l’Algérie ! Pourquoi ce titre Profession du Père ? « C’est ce que l’on demande aux enfants à l’école lors de la rentrée scolaire et lui ne savait que dire ! Il ne savait pas exactement mais son père qu’il aimait le fascinait et le terrorisait à la fois ! ».

Ce roman est majoritairement le reflet de la réalité mais comporte une part d’imaginaire ! A travers ces rappels des événements dont le père s’approprie la « paternité », de Gaulle, le nouveau Franc, la guerre d’Algérie, la décolonisation, l’attentat du Petit Clamart, bref tout le XXème siècle défile !

« Le printemps n’entrait pas ici. La lumière restait à la porte, épuisée par les volets clos ».

Josette J.

Le désert des Tartares

Dino Buzzati

17_LivreTartaresUn jeune lieutenant, Giovanni Drogo, rejoint sa première affectation, le vieux fort Bastiani perdu non loin de la frontière avec un ennemi qui restera vague et, pourrait-on dire « virtuel », les Tartares. Dans ce vieux fort isolé, la vie est faite d’horaires, de gardes, de longues journées où il ne se passe rien et où on cherche surtout à tuer le temps.

Extrait du film réalisé en 1976 par Zurlini : Le désert des Tartares

Extrait du film réalisé en 1976 par Zurlini : Le désert des Tartares

Toute sa vie, Drogo va aller d’échec en échec, tant avec ses collègues que dans sa vie amoureuse. Il va attendre sans fin la venue de ces ennemis dont il espère qu’ils lui apporteront la gloire et, au moment où, enfin, sur les confins de l’horizon, leur armée se montre, la maladie et la vieillesse vont l’empêcher de participer à la bataille qu’il a souhaitée toute sa vie. On le voit, un thème assez depressif, poignant, à ne pas lire un soir de solitude et de tristesse !

Annie

A fumé…

3 mars 2016

Depuis le 1er octobre 2015, jeter son mégot par terre est passible à Paris d’une amende de 68 euros. Du coup, la mairie de Paris multiplie les campagnes publicitaires pour attirer l’attention des fumeurs sur la nécessité de ne pas jeter leurs mégots sur la voie publique, estimant à pas moins de 350 tonnes le poids total des mégots déversés chaque année dans les rues de la capitale…

Blog282_PhAfficheParis

Plus de 30 000 poubelles spéciales munies d’un éteignoir et de sacs non inflammables ont été mises en place depuis 2013 afin d’inciter les fumeurs au bon geste. Il faut dire que le filtre qui constitue l’essentiel d’un mégot de cigarette est un redoutable polluant qui met en moyenne une douzaine d’années à se dégrader en relargant progressivement une partie des 4000 substances nocives présentes, dont la nicotine mais bien d’autres molécules dont l’éthyphénol, des métaux lourds et de l’acide cyanhydrique.

Blog282_PhDechetsCes produits nocifs se retrouvent via les réseaux d’eaux pluviales dans les cours d’eau. On considère ainsi que les mégots constituent à eux seuls 30 à 40 % des déchets présents dans la Mer Méditerranée ! Or une expérience a montré qu’un seul mégot jeté dans un litre d’eau suffit à tuer en 4 jours seulement la moitié des petits poissons qui s’y trouvent…

Pour inciter les fumeurs à perdre l’habitude de jeter leur mégot par terre, tout a été essayé comme l’explique une étude détaillée du site stop-tabac. Des filtres biodégradables ont été inventés en remplaçant les fibres plastiques d’acétate de cellulose par des produits moins pérennes, mais cela ne règle qu’une partie du problème car les polluants les plus toxiques sont relachés d’autant plus vite dans la nature… Les cendriers plus nombreux mis à disposition ne font pas tout non plus car l’observation montre qu’on trouve souvent plus de mégot autour du cendrier qu’à l’intérieur… Décidement, jeter son mégot au sol ou l’enfouir soigneusement dans la terre ou dans le sable de la plage reste un réflexe bien ancré chez la plupart des fumeurs !

Blog282_PhUrneLondres

Face à ce dilemme, citons quand même la trouvaille de l’association anglaise de protection de l’environnement hubbub qui a eu l’idée d’installer dans les rues de Londres d’étranges cendriers transparents en forme d’urnes ornées d’une question existentielle telle que : « Qui est le meilleur joueur du monde ? », « Qui gagnera le derby londonien de samedi ? » ou encore « Qui gagnera tel match de la Coupe du monde de rugby ? » Autant de questions auxquelles les sujets de sa Majesté sont invités à répondre, en déposant leurs mégots dans le trou de droite ou de gauche, en fonction de la réponse.Blog282_PhUrne

L’accumulation de mégots visibles derrière la vitre transparente permet aisément de constater qu’en ce qui concerne l’élection enfumée du meilleur joueur du monde, c’est Cristiano Ronaldo qui est en tête pour le moment, devant Lionel Messi.

Il semblerait néanmoins que le côté ludique de ces sondages aurait tendance à inciter certains à augmenter leur consommation de cigarettes pour avoir la satisfaction de voir grandir le tas du côté où penche leur préférence… Il n’y a décidément pas de solution miracle pour développer certains comportements civiques !

L.V.  LutinVertPetit