A Cassis, on rejoue Arsenic et vieilles querelles…

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Voilà 50 ans que cela dure ! Cinquante ans que l’usine d’alumine de Gardanne déverse tranquillement dans la baie de Cassis, en plein coeur du massif des Calanques, ses déchets industriels riches en arsenic, mercure, titane, chrome, vanadium et autres métaux lourds mélangés dans une soupe toxique fortement concentrée en soude…

Tout devait s’arrêter au 31 décembre 2015, Convention de Barcelone oblige, qui interdit désormais les rejets industriels dans la Mer Méditerranée. Mais c’était sans compter sur le laxisme des pouvoirs publics et l’imagination du Fonds d’investissement qui détient désormais l’usine d’alumine Alteo de Gardanne, créée en 1894 et longtemps aux mains de Péchiney. Grâce à la mise en place de filtres-presses largement financés par de généreuses subventions de l’Agence de l’Eau, les boues rouges, résidus de la fabrication de l’alumine, se sont transformées en un liquide presque aussi toxique mais nettement plus présentable.

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Du coup, le 30 décembre 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône signait un arrêté autorisant de manière dérogatoire et pour une durée de 6 ans la poursuite des déversements en mer de ces eaux industrielles fortement toxiques à raison d’un débit colossal de 270 m³/h, et ceci malgré les nombreuses alertes des scientifiques, des pêcheurs et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui s’inquiètent des dégâts de cette soupe caustique sur le milieu marin et la biodiversité du Parc national des Calanques.

La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, s’était pourtant clairement prononcée contre cette poursuite des rejets toxiques en mer, mais c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui a donné l’ordre au préfet de passer outre et d’accorder le précieux sésame à l’industriel, sur fond de chantage à l’emploi comme en 1966 lors de l’installation de la conduite de rejet. Mais les associations de défense de l’environnement, regroupées au sein du collectif Union Calanques Littoral, ne désarment pas et estiment que « la démocratie a été bafouée », rien de moins.

Henry Augier

Henry Augier

Son président, le professeur honoraire Henry Augier, ancien directeur du Laboratoire de biologie marine à l’université de Luminy et spécialiste des pollutions marines, dénonce dans un communiqué de l’UCL (TexteUCL) le fort pouvoir toxique des nombreux composants dangereux que contiennent ces rejets liquides dont curieusement l’effet n’a même pas fait l’objet d’études spécifiques puisque leur composition n’était pas connue précisément jusque là… Ses arguments le laissent pas d’inquiéter les nombreuses associations qui adhèrent à ce collectif et qui sont à l’origine d’une forte mobilisation autour de ce dossier. Plus de 100 000 personnes ont signé la pétition destinée à demander l’arrêt immédiat de ces rejets, même si cette opposition est bizarrement passée inaperçue des commissaires enquêteurs en charge de l’enquête publique qui s’est déroulée l’été dernier dans une grande discrétion.

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d'Alteo

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d’Alteo

Du coup, les opposants à ces rejets ont décidé de se manifester ouvertement en se rassemblant, samedi 30 janvier 2016, devant la Préfecture à Marseille. Ils étaient plus d’un millier ce jour-là à essayer de se faire entendre, accompagnés de quelques ténors dont José Bové qui ne décolère pas et juge inadmissible de laisser Alteo poursuivre pendant au moins 6 ans encore ces rejets en mer, en dérogation des engagements internationaux de la France et alors qu’un délai de 2 ans serait largement suffisant pour permettre à l’industriel de construire l’usine de traitement nécessaire pour épurer ces eaux et les réutiliser sur place.

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Il estime d’ailleurs que le fait que cette décision ait été imposée par le Premier Ministre malgré l’avis contraire de sa ministre de l’écologie pourtant en charge du dossier constitue une irrégularité majeure qui peut ouvrir la voie à un recours contentieux. Selon José Bové, « Valls est hors-la-loi » ! Un courrier a d’ores et déjà été adressée à Ségolène Royal pour dénoncer cette situation et les esprits s’échauffent en attendant. Avec Michèle Rivasi, le député européen écologiste envisage même de porter l’affaire devant la commission des pétitions du Parlement européen car la France pourrait être condamnée dans cette affaire pour violation d’une convention internationale.

Un dossier à tiroirs donc, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’agiter de vieilles querelles entre défenseurs de l’environnement et tenants du productivisme à tout crin…

L.V.  LutinVertPetit

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Une Réponse to “A Cassis, on rejoue Arsenic et vieilles querelles…”

  1. A Gardanne, Alteo fait sa lessive de printemps… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] de chance pour cet industriel déjà dans le collimateur de nombreux acteurs locaux du fait de ses rejets de produits toxiques en mer et pour ses stockages à l’air libre de boues rouges dans les […]

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