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Pompéi revisité

29 juillet 2020

Les Romains, c’est bien connu, construisaient pour durer. Contrairement à nos élus locaux qui n’hésitent pas à raser un bâtiment public quasi neuf pour en édifier un nouveau à la place, selon l’adage bien connu de tous les maîtres d’œuvre : « faire et défaire, c’est toujours des honoraires »…

Les ruines de Pompéi et le Vésuve en arrière-plan (photo © Darryl Brooks / Shutterstock.com / Dailygeekshow)

La meilleure preuve de cette construction antique déjà adepte du développement durable avant la lettre, en est peut-être la ville de Pompéi. La petite citée locale, édifiée dans la plaine côtière très fertile qui s’étend au pied du Vésuve, au sud de Naples, n’est devenue romaine que vers 290 av. J.C. Assiégée par le général romain Sylla lors d’une guerre contre les Samnites en Campanie, la ville voit s’y installer une colonie de 2000 vétérans qui renforcent le développement urbain de la petite cité déjà prospère. La mer y est poissonneuse, les sols particulièrement propices à la viticulture et à la culture de l’olivier dont l’huile est largement exportée, tandis que l’on y produit d’excellentes pierres à meules qui sont alors très recherchées.

Affiche de l’exposition sur Pompéi au Grand Palais

La ville de Pompéi subit pourtant, au début des années 60 ap. J.C. un violent tremblement de terre qui endommage une partie des édifices publics et privés, rendant quasi inutilisable le réseau d’eau courante ainsi que les établissements thermaux. De nouvelles secousses sismiques en 70 contribuent à faire fuir certains habitants alors que la ville est en pleine reconstruction. Et en 79 finalement, la ville est totalement ensevelie à l’occasion d’une éruption volcanique du Vésuve tout proche. Une éruption assez bien décrite dans des lettres de Pline le Jeune à l’historien Tacite, lequel précise même la forme du panache de fumée. Longtemps daté du 24 août sur la foi de ces lettres, on sait désormais que le drame a eu lieu en réalité le 25 octobre 79, à l’automne, comme en attestent les fruits retrouvés sur place et un graffiti du 17 octobre.

Les deux villes voisines d’Herculanum et de Stabies sont recouvertes de scories volcaniques dont l’épaisseur atteint localement jusqu’à 20 m, tandis que Pompéi est ensevelie sous plusieurs mètres de lapillis et de cendres volcaniques. Les habitants qui n’ont pas réussi à fuir à temps sont tués lors de l’écoulement de leurs maisons dont les toitures ne résistent pas à une telle accumulation de matériaux. Les autres sont asphyxiés sous l’effet des nuées ardentes, ces gaz brûlants et toxiques qui dévalent à grande vitesse du volcan.

Fouilles à Pompéi au XIXe siècle (source : Gravures anciennes)

C’est en 1592 que l’on redécouvrit la cité enfouie de Pompéi, à l’occasion des travaux de terrassement d’un canal d’irrigation, mais la tranchée fut rapidement rebouchée au vu des fresques vaguement érotiques mises au jour. En 1709, les fouilles reprennent dans le secteur, aboutissant à la découverte des vestiges d’Herculanum qui est identifiée comme telle en 1738. Dix ans plus tard, les fouilles délaissent le site d’Herculanum où les dégagements sont rendus difficiles du fait de la coulée pyroclastique épaisse et relativement dure qui a recouvert tout le site. Elles s’orientent alors vers un autre site où il est plus facile d’excaver la couche de lapilli et de cendre moins compacte. Mais ce n’est qu’en 1763 que ce nouveau site sera identifié comme étant celui de la ville antique de Pompéi.

Dès lors, les fouilles se sont rapidement développées, y compris pendant les guerres napoléoniennes qui ont conduit Joachim Murat sur le trône du Roi de Naples. Mais il a fallu attendre 1860 pour que ces fouilles, qui initialement s’apparentaient plutôt à du pillage en règle pour récupérer les plus belles pièces et saccager tout le reste, prennent un tour plus scientifique. L’un des instigateurs de cette nouvelle approche en est Giuseppe Fiorelli, alors directeur des fouilles et qui fut à l’initiative de la technique du moulage interne en plâtre.

Moulage en plâtre d’un corps retrouvé sur le perron de la maison de Fabius Rufus à Pompéi (photo © Leemage / Electa / INRAP)

Sous l’effet des cendres brûlantes, tous les tissus et matières organiques avaient été carbonisées, laissant un vide recouvert d’une croûte de cendres solidifiées : remplies de plâtre liquide, et une fois ce dernier solidifié, il ne reste plus qu’à casser la croûte pour voir réapparaître les corps ensevelis. Plus de 1150 corps humains, sans compter les chiens et les chevaux, ont ainsi pu être reconstitués, dans la position exacte où la mort les a figés.

Effondrement partiel de l’école des gladiateurs à Pompéi en novembre 2010 (photo © Franco Origlia / Getty / RFI)

En novembre 2010, l’effondrement de l’école des gladiateurs met en évidence, aux yeux du monde entier, l’état de délabrement dans lequel se trouve le site archéologique pourtant l’un des plus célèbres. L’UNESCO s’affole et envoie sur place une délégation d’experts pour évaluer l’ampleur des dégâts, menaçant de classer Pompéi sur la liste du « patrimoine mondial en péril ». Les coupes budgétaires opérées sous l’effet de la crise économique et le désengagement de l’État au bénéfice d’entreprises privées moins regardantes sont largement mises en cause, sans compter les malversations de la mafia locale. Le commissaire extraordinaire nommé par le premier ministre, Silvio Berlusconi, pour gérer le site de Pompéi sera d’ailleurs inculpé pour corruption, abus de pouvoir, fraude, factures gonflées et escroquerie aux dépens de l’État…

Peinture murale en cours de dégagement à Pompéi (source : bande annonce de l’exposition du Grand Palais)

Mais depuis 2012, un nouveau programme doté de 105 millions d’euros, dont 41,8 millions venant de l’Union européenne, est engagé pour restaurer plusieurs maisons endommagées et créer un système de drainage des eaux pluviales afin de protéger les ruines de l’humidité. A partir de 2018, de nouveaux édifices ont été dégagés comme la maison de Léda et le cygne, la maison d’Orion et la maison du Jardin. Ces fouilles récentes et très spectaculaires sont particulièrement mises en valeur dans le cadre de l’exposition actuellement ouverte au Grand Palais, à Paris, sous forme d’un véritable parcours immersif avec une reconstitution en 3D des bâtiments dans leur état actuel et tels qu’ils étaient lors de la catastrophe de l’an 79.

Vue de l’exposition du Grand Palais avec sa scénographie spectaculaire (photo © Didier Plowy / France TV info)

Prévue pour être inaugurée le 25 mars, à une période où le confinement généralisé pour cause de Covid-19 ne le permettait pas, l’exposition a dû retarder son ouverture au public et en a profité pour élaborer de fabuleux outils de vulgarisation permettant de consulter à distance une partie des éléments exposés. Une série de vidéos montre ainsi de manière très pédagogique les fouilles récentes effectuées à Pompéi. On y découvre la fabuleuse mosaïque d’Orion représenté à la fois comme chasseur combattant un scorpion puis avec ses ailes de papillon en train de s’envoler vers le ciel après que Zeus l’a transformé en constellation…

Peinture murale récemment exhumée à Pompéi (source : bande annonce de l’exposition du Grand Palais)

La démarche des fouilles conduites récemment sur le site de Pompéi y est expliquée, comparée à celle des siècles précédents dont on a retrouvé les tunnels creusés à travers les vestiges antiques, permettant aux pillards de venir récupérer en aveugle sculptures, mosaïques et monnaie romaine. Le travail minutieux de restauration d’une mosaïque y est scrupuleusement expliqué, sur le fil du rasoir entre rénovation artistique et respect absolu de l’œuvre originale. Les villas romaines reconstituées en 3D, dans lesquelles on se promène virtuellement à 360 ° sont spectaculaires, avec leur atrium accueillant, leur péristyle ombragé, leur impluvium astucieux, leur cuisine enfumée, et leur jardin où il fait bon deviser à l’ombre des oliviers.

Le thermopolium de Vetutius Placidus à Pompei (source : Guidigo)

Même le thermopolium que l’on trouvait à tous les coins de rue de Pompéi, avec son comptoir sur lequel on pouvait s’attabler pour casser la croûte et goûter le pinard local, prend ainsi un air de modernité saisissant, pas si éloigné finalement de notre bistrot moderne. Comme quoi l’art de vivre traverse les siècles et reste finalement intemporel…

L. V.

Uzès redécouvre son passé

23 juin 2020

La ville d’Uzès, située dans le Gard à 25 km au nord de Nîmes, qui ne compte actuellement guère que 8500 habitants, n’en finit pas de faire parler d’elle pour la richesse des découvertes archéologiques qui y ont été faites ces dernières années. Selon les historiens, le site a été occupé très tôt en raison de la présence, à proximité, de la Fontaine d’Eure, un groupe d’une dizaine de sources pérennes qui drainent la nappe du massif calcaire et contribuent à alimenter l’Alzon, un affluent du Gardon.

Vestiges de la Fontaine d’Eure captée pour alimenter l’aqueduc romain qui empruntait le Pont du Gard (source © Uzès utile)

Dans l’Antiquité, les tribus ligures qui y étaient établies en firent un nœud de transit commercial en imposant un droit de péage aux Phocéens, ces populations grecques alors installées à Marseille et dans ses environs, qui se rendaient dans les Cévennes pour y exploiter les minerais dont ils avaient besoin. A partir de 125 avant JC, Rome se lance dans la conquête de la Narbonnaise, fondant notamment les cités d’Aquae Sextiae (devenue Aix-en-Provence) ou Telo Martius (l’actuelle Toulon), tandis que Massilia conserve son statut de ville grecque jusqu’à sa prise par Jules César en 49 avant JC.

Le Pont du Gard, vestige de l’aqueduc romain qui alimentait Nîmes depuis la Fontaine d’Eure (source © Avignon Tourisme)

Dès lors, la cité gallo-romaine d’Ucetia, l’actuel Uzes, devient un satellite de la Nîmes augustéenne, alors dénommée Nemausus, à laquelle elle est reliée par un immense aqueduc de 50 km qui capte les eaux de la Fontaine d’Eure pour les acheminer jusqu’à Nîmes en franchissant le Gardon par le célèbre Pont du Gard, construit dans la première moitié du 1er siècle après JC et toujours debout.

Les vestiges de cette époque romaine ne sont pas aussi nombreux à Uzès qu’à Nîmes et se limitaient jusqu’alors à quelques fragments isolas de mosaïque, l’existence de la ville elle-même n’étant attestée que par la mention de son nom sur une stèle nîmoise, parmi ceux de 11 autres villes romaines des alentours., Mais des fouilles effectués en octobre 2016 sur le site de l’ancienne gendarmerie en vue de la construction d’un nouvel internat et d’un réfectoire pour les lycées de la ville ont permis de combler cette lacune en dévoilant de très nombreux vestiges inattendus.

Vue aérienne de la zone 1 en cours de fouille, avec de gauche à droite : le bâtiment à mosaïque antique, la rue et les habitations, mis au jour à Uzès début 2017 (photo © Denis Gliksman, INRAP)

Les 4000 m2 du site ont été intégralement fouillés par l’INRAP, ce qui a permis de constater que les lieux avaient été occupés depuis le premier siècle avant JC jusqu’au VIIème après JC, à la fin de l’Antiquité donc. Un mur de fortification plus ou moins contemporain de la conquête romaine a ainsi été découvert, ainsi qu’un pièce contenant un four à pain qui a été remplacé ultérieurement par un dolium, immense jarre en céramique destinée à la conservation du vin.

Les archéologues à l’œuvre en plein centre d’Uzès (photo © Frédéric Messager, INRAP)

Les nombreuses infrastructures identifiées sur place indiquent qu’on était bien ici au cœur de la cité romaine d’Ucetia, mais le clou de ces découvertes est une ancienne bâtisse à colonnade qui s’étendait sur 250 m2 et dont le sol était orné de deux immenses mosaïques décorées de motifs géométriques traditionnels. L’une d’entre elles, parfaitement conservée est ornée d’un vaste médaillon central entouré de représentations d’animaux polychromes : un hibou, un canard, un aigle et un faon.

L’un des deux panneaux centraux de la pièce mosaïquée antique totalement nettoyé, découverte à Uzès (photo © Denis Gliksman, INRAP)

D’autres vestiges spectaculaires ont été découverts à l’occasion de cette vaste opération de fouille qui s’est poursuivie en 2017, dont une vaste construction de 500 m2 , probablement une ancienne domus romaine, où la présence de nombreuses jarres atteste de la culture vinicole bien présente alors dans la région. Une des pièces de cette maison antique était chauffée avec un plancher sur hypocauste où circulait de l’eau chaude.

Et sur un autre secteur, les fouilles ont mis à jour un ancien carrefour de voies urbaines avec un puits en parfait état de conservation ainsi que les fondations de plusieurs bâtiments dont certains datent du VIème siècle après JC.

Vue aérienne de la partie déjà découverte du cromlech d’Uzès (photo © INRAP / Midi Libre)

En mars 2019, une nouvelle découverte archéologique majeure a eu lieu à proximité d’Uzès, à l’occasion d’un autre chantier de fouilles préventives, conduit également par l’INRAP dans le cadre d’un projet de construction d’une nouvelle route interurbaine et d’un bassin pluvial vers le quartier de Saint-Ambroix. Cette fois, c’est un gigantesque cromlech qui a été mise au jour par les archéologues, un cercle de pierres dressées, ainsi que des installations funéraires, le tout à proximité d’une ancienne voie antique. Une cinquantaine de mégalithes autrefois dressés étaient ainsi disposés en arc de cercle, de manière jointive contrairement au cromlech de Stonehenge, parmi lesquelles une statue menhir à visage humain. Ce cromlech, dont on connaît d’autres spécimens dans le Sud de la France, daterait de 2500 avant JC, tandis que la petite nécropole et la voie antique adjacente remontent à l’occupation romaine.

Le cromlech d’Uzès en cours de fouille (photo © INRAP / La Croix)

En extrapolant à partir de la zone déjà fouillée, il semblerait que le cercle de pierres faisait pas moins de 240 m de circonférence, mais la poursuite des fouilles pour dégager la totalité du site qui s’étend de part et d’autre exigerait d’acquérir d’autres parcelles. En attendant, la mairie, qui a déjà dépensé 70 000 € pour financer ces fouilles, a fait recouvrir la totalité du site pour la poursuite des travaux, les dalles, dont certaines mesurent plus de 4 m de hauteur, ayant été déplacées et mises à l’abri en attendant une hypothétique poursuite des investigations.

Vestige d’une maison médiévale de Massargues (source © L’Usèrge)

Et ce n’est pas fini puisque depuis juillet 2018 une autre campagne de fouilles a débuté à l’initiative de Samuel Longepierre, un archéologue de l’lNRAP, qui a découvert dans la garrigue, sur la comme de Saint-Quentin-la-Poterie, à quelques km au nord d’Uzès, les vestiges de l’ancien bourg médiéval de Massargues, totalement perdu dans les oubliettes de l’Histoire. Cette petite ville qui dépendait des comtes de Toulouse a été abandonnée vers 1260 à la suite d’un échange entre le Roi de France et de seigneur d’Uzès, alors qu’il s’agissait d’un centre important abritant des activités de poterie notamment et qui s’étendrait sur 3 hectares dont l’essentiel reste encore à explorer.

La petite ville d’Uzès et ses environs n’ont décidément pas fini de lever le voile sur leur riche passé historique…

L. V.

A Ollioules, la future maison du patrimoine

19 septembre 2019

Comme chaque année, les Français se presseront sans doute nombreux cette semaine à partir du 20 septembre 2019 pour les Journées européennes du Patrimoine, qui permettent à tout un chacun de découvrir certaines merveilles de notre patrimoine architectural ou industriel parfois méconnues. Le Var ne fait pas exception à la règle puisque de très nombreux sites y sont ouverts.

Dans les gorges d’Ollioules, carte postale ancienne (source © Archives départementales du Var)

Ce n’est cependant pas le cas d’Ollioules, petite ville située à quelques kilomètres de Toulon, au débouché des gorges de la Reppe que Victor Hugo, qui les visita en 1839, décrivit en ces termes : « On est dans les entrailles d’une montagne, ouvertes comme d’un coup de hache, et brûlées d’un soleil de plomb. À mesure qu’on avance, toute végétation disparaît. Des bouches des cavernes, la plupart inaccessibles, sont béantes à toutes les hauteurs et de tous les côtés ».

Façade de la Maison du Patrimoine à Ollioules, en cours de restauration

Pourtant la ville d’Ollioules recèle quelques vestiges historiques dignes d’intérêt, dont la fameuse Maison des têtes, désormais reconvertie en « Maison du Patrimoine d’Ollioules » et qu’il ne faut pas confondre avec celle de Toulon, sur la Place aux Huiles, reconstruite en 1996 après avoir été entièrement détruite le 15 février 1989 par une violente explosion, attribuée officiellement à une fuite de gaz, mais pour laquelle les familles des victimes soupçonnent plutôt l’impact d’un missile tiré par erreur dans le cadre d’opérations militaires franco-américaines alors en cours…

Seulement voilà, à Ollioules, les travaux de restauration sont en cours et il faudra sans doute attendre la fin de l’année pour découvrir ce bâtiment qui devrait mériter le détour. Transféré en 2007 à la communauté d’agglomération devenue métropole, Toulon Provence Méditerranée, c’est désormais cette collectivité qui pilote les travaux de restauration dont le coût devrait atteindre 5,4 millions d’euros. Il a fallu d’abord procéder à des études de maîtrise d’œuvre puis à des travaux de confortement qui se sont terminés début 2017. Et depuis le 14 septembre 2018, les travaux de restauration et de réagencement intérieur sont en cours ainsi que l’élaboration de la scénographie qui permettra de mettre en valeur ce patrimoine vraiment singulier.

L’escalier à balustres, en cours de restauration (source © Ouest-Var.net)

Cet ancien hôtel particulier datant du XVIIe siècle se situe en plein cœur du centre historique d’Ollioules, traversant entre les rues Gambetta et Berthelot. Il s’agit d’un bâtiment de 5 étages avec un escalier monumental à balustres agencé autour d’un puits de lumière, et dont les murs sont ornés de magnifiques décorations et sculptures en plâtre datées de 1620. Ces ornements sont une spécialité locale désignée sous le nom de gypseries. Elles témoignent d’un art ancien, quelque peu tombé en désuétude, mais qui s’est beaucoup développé dans la région du fait de l’abondance de ce matériau naturel qu’est le gypse. La façade quant à elle date de 1870, ainsi que plusieurs peintures murales.

Détail de gypseries en cours de restauration (source © Fréquence-sud)

Le couloir, la cour intérieure, les galeries et l’escalier sont classés au titre des monuments historiques et la maison elle-même est inscrite depuis 1998 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Outre le travail de restauration en cours depuis maintenant un an, le projet vise à ouvrir au public ce lieu si particulier et utilisant cet écrin exceptionnel de 477 m2 comme décor pour un espace scénographique qui permettra de faire revivre les habitants et le contexte historique dans lequel il a évolué.

Exemple de sculptures en gypse dans la Maison des têtes d’Ollioules (source © TPM)

Grâce aux outils modernes de la réalité augmentée, le visiteur armé d’une tablette nommée Gaspard pourra s’immerger dans un scénario original illustré à partir de milliers d’images d’œuvres d’art numérisées qui fera revivre l’art précieux de la gypserie, expliquera l’origine et la signification des médaillons et autres sculptures mais évoquera aussi les grandes épopées qui ont agité la région depuis l’Antiquité jusqu’à Napoléon 1er alors simple capitaine Bonaparte qui, à Ollioules, prit le commandement de l’artillerie et contribua au siège victorieux de Toulon en 1793.

Une visite interactive : maquette de la salle n° 3 consacrée aux personnages marquants du territoire (source © TPM)

Il y sera aussi question de la géologie locale, des Cabinets de curiosités, des fastes de la Belle Époque, des activités portuaires de Toulon, ou encore du patrimoine agricole et floristique puisque dès le XVIe siècle on cultivait à Ollioules, outre l’olivier, le câprier et les agrumes, le safran et bien d’autres fleurs. Au XIXe siècle, la ville était réputée pour sa production d’immortelles et la production horticole s’y est fortement développée avec l’arrivée du chemin de fer en 1859 qui a permis d’expédier à travers toute l’Europe les fleurs coupées produites sur place. Ollioules fut d’ailleurs la première ville du var à organiser un corso fleuri

Un beau lieu assurément pour découvrir en famille des pans du patrimoine historique et naturel local, mais pour lequel il convient de patienter encore quelques mois avant l’ouverture au public…

L. V.

Petit retard de livraison…

21 juillet 2019

L’adage est bien connu : mieux vaut tard que jamais. Une philosophie qui ne colle plus très bien, à vrai dire, avec les exigences des consommateurs actuels qui veulent tout, tout de suite (et si possible pour pas cher), comme en témoigne le succès planétaire de l’entreprise Amazon, le géant américain du commerce électronique en ligne, créée en 1994 par Jeff Bezos et qui est devenu en 2016 le premier distributeur non alimentaire en France.

Préparateurs de commande pour Amazon (source © Usine Digitale)

La fiabilité de la logistique mise en place par cet entrepreneur, capable de livrer une variété astronomique de produits, presque partout dans le monde et en quelques jours seulement (voire avec un délai de 1 jour ouvré seulement pour le service Amazone Prime, et bientôt peut-être en anticipant même les commandes) n’est pas pour rien dans le succès commercial de la firme de Seattle.

Étonnant même, quand on constate le nombre de griefs qu’elle concentre pourtant sur elle, depuis les accusations de fraude ou tout au moins d’optimisation fiscale à grande échelle jusqu’aux soupçons de dumping, en passant par les critiques sévères des conditions de travail voire les reproches des commerces de proximité en général et des libraires en particulier qui considèrent qu’Amazone veut leur peau, et l’a d’ailleurs déjà largement obtenu…

Mais il n’en a pas toujours été ainsi et l’on était semble-t-il plus conciliant envers la qualité du service commercial, y compris à la cour de Roi de France, du temps du Roi Soleil lui-même, pourtant réputé exigeant. En 1670, alors que Louis XIV est au sommet de son règne absolutiste et que les travaux d’agrandissement du château de Versailles battent leur plein, une commande royale de blocs de marbre rouge est passée au bénéfice des carrières de Caunes-Minervois.

Cheminée en marbre rouge du Languedoc dans le salon rond du Grand Trianon (source © Marc Maison)

Ce fameux marbre rouge du Languedoc qui a largement été utilisé à Versailles provient de carrières ouvertes dans les flancs de la Montagne Noire, qui surplombe la plaine du Minervois, dans l’Aude, la petite ville de Caunes étant édifiée sur les berges d’un cours d’eau au nom évocateur d’Argent-Double. Le marbre incarnat qui y est extrait a fait la renommée du secteur depuis l’époque romaine et nombre des pierres ayant servi à construire le Grand-Trianon en particulier proviennent de là.

Dans la carrière de Villerambert, un bloc de marbre commandé par Louis XIV et pas encore livré… (source © Marbres en Minervois)

Seulement voilà, pour une raison restée inconnue, les blocs de marbre commandés en 1670 et qui étaient destiné à une chapelle du château de Versailles n’ont jamais été livrés. Une partie des anciennes carrières étant toujours en exploitation, le plus drôle est qu’on vient de retrouver les blocs en question, oubliés dans les fourrés au milieu des buissons. L’estampille royale qui y figure atteste sans doute possible qu’il s’agit bien de blocs commandés pour les besoins du chantier il y a près de 350 ans et qui n’a jamais été livrés.

Mais qu’à cela ne tienne : le gérant de la carrière depuis 2001, un certain Khalid Massoud, qui a créé l’association Marbres en Minervois, destinée à faire mieux connaître les qualités esthétiques et architecturales de cette pierre à bâtir, n’allait pas laisser un tel incident commercial entacher l’honneur des carrières de Caunes-Minervois. Il s’est donc mis en tête d’honorer enfin la royale commande et de livrer sans plus tarder un des blocs tant attendus.

Carrière de marbre rouge à Caunes-Minervois (photo © Thierry Pons / MaxPPP / La Croix)

Comme on n’est plus à quelques années près, l’auguste client étant mort depuis belle lurette ainsi que son comptable, l’association a décidé de faire les choses dans les règles et de se conformer aux mœurs de l’époque, pour livrer le colis en souffrance. Khalid Massoud a donc fait appel au mécénat d’entreprise en mobilisant plusieurs acteurs locaux et des bénévoles afin d’expédier le bloc de marbre avec les moyens de transport en vigueur au XVIIe siècle.

Après 5 ans de recherches, de collecte des fonds, de mobilisation des initiatives et de démarches administratives, un premier bloc d’environ 1 tonne a été chargé sur une charrette tirée par un robuste cheval de trait qui l’a acheminé début juin 2019 jusqu’à La Redorte, où le bloc a été chargé le 13 juin sur une solide gabarre construite par une scierie locale à l’aide d’une dizaine de gros pins Douglas. Le radeau tiré par des chevaux permettra de transporter le bloc sur le Canal du Midi jusqu’à Carcassonne, où il sera déchargé pour y être entreposé tout l’hiver.

Départ du bloc en charrette (photo © Christophe Barreau / L’Indépendant)

A l’époque du Roi Soleil, les blocs de marbre mettaient 6 mois pour atteindre Versailles. Mais comme les réclamations du client se sont faites plus discrètes au fil des siècles, il n’y a plus d’urgence à livrer et l’association compte bien prendre son temps, sans doute 4 ou 5 ans, histoire d’entretenir le battage médiatique et de faire grimper la renommée de ce marbre injustement méconnu.

Le bloc principal, qui pèse pas moins de 3 tonnes, actuellement déposé sur l’immense radeau sera d’ici là acheminé lui aussi à Carcassonne, mais pas par le Canal du Midi où une telle embarcation n’est pas autorisée à naviguer. Une fois transportée jusqu’à Toulouse, les pierres devraient être chargées dans une goélette qui les conduira par la Garonne jusqu’au port de Bordeaux, d’où une embarcation militaire pourrait prendre le relai pour le tronçon maritime du périple jusqu’au port de Rouen. C’est finalement une charrette qui finira le trajet pour remonter la Seine jusqu’à Versailles. Un beau coup de publicité en tout cas pour ce carrier dont l’initiative ravit les médias locaux, de l’Indépendant à FR3 Occitanie en passant par la Dépêche ou le Midi Libre. Heureusement que le chantier n’attendait pas vraiment après ce bloc oublié…

L. V.

Aix-en-Provence s’équipe de pavés à la turque…

2 novembre 2018

Maquette du futur BHNS Aixpress en cours d’aménagement dans les rues d’Aix-en-Provence (source : Ville d’Aix)

Tous les Aixois s’en sont rendus compte : le centre-ville est en travaux ! Depuis un an et jusqu’en 2019, les grands axes sont devenues un chantier ininterrompu en prévision de l’aménagement du futur Aixpress, le bus dit à haut niveau de service qui traversera toute la ville sur plus de 7 km, depuis le nouveau pôle d’échange du Krypton, en bordure de l’Arc et de l’autoroute A8, jusqu’à l’avenue Saint-Mitre-des-Champs, au nord-ouest d’Aix, en passant par la gare routière et les universités.

Mais ce n’est pas tout car ce chantier titanesque, qui provoque l’agacement des automobilistes aixois, vient s’ajouter à d’autres grands travaux, engagés en septembre 2016 et qui visent à un réaménagement complet de trois places emblématiques de la cité du Roy René, qui s’étendent sur 8 600 m2, en plein cœur du centre historique, entre le Palais de Justice et l’église de la Madeleine. Un vaste espace public, aménagé dès le XVème siècle, avant la Place des Cardeurs ou celle de l’Hôtel de Ville, et bien avant le Cours Mirabeau, mais qui reste un lieu emblématique de la vie aixoise.

Vue de l’ancien palais des Comtes de Provence depuis les environs de la place des Prêcheurs (source : L’Aixois)

Selon le site très documenté Aix en découvertes, le roi René d’Anjou, devenu comte de Provence en 1434, y fit édifier un palais monumental à l’emplacement d’une ancienne porte de la ville antique dont il avait conservé les trois tours. Ce palais comtal, devenu siège du Parlement de Provence après le rattachement du Comté à la France en 1481, a finalement été détruit en 1786 car il menaçait ruine. Cette destruction s’est alors traduite par un remaniement complet du quartier avec notamment l’édification de l’actuel Palais de Justice et des prisons devenues depuis le siège de la Cour d’Appel.

Vue aérienne de la Place des Prêcheurs qui s’étend à l’Est du Palais de Justice d’Aix-en-Provence (source © Géoportail)

Ce vaste espace public comprend désormais au sud la place de Verdun, ouverte suite à la destruction du Palais, la place des Prêcheurs, sur laquelle se tient traditionnellement le marché, qui devrait y reprendre ses habitudes en mars 2019, et la place Madeleine au nord, devant l’église du même nom. La place des Prêcheurs, qui se situait à l’origine en dehors des limites de la ville antique, est devenu véritablement un centre de la vie aixoise à partir du XVIème siècle, après que l’ancien Jardin du roi René, situé plus à l’Est, se soit urbanisé à son tour sous le nom de Villeneuve, autour du collège édifié par les Jésuite en 1583. Jusqu’en 1775, ce haut-lieu de la vie mondaine d’Aix-en-Provence accueillait également les exécutions publiques avec une roue, un échafaud et plusieurs gibets…

Maquette des futures places de Verdun et des Prêcheurs après réaménagement (© Atelier Garcia-Diaz source : Ville d’Aix)

Il va de soi que le réaménagement en profondeur de ces places historiques, rendu nécessaire pour y refaire entièrement les réseaux souterrains tout en profitant de l’opportunité pour leur donner un aspect plus accueillant, ne pouvait se faire qu’après une sérieuse campagne de fouilles archéologiques conduite par l’équipe d’archéologues de la ville. Ces fouilles ont mis à jour de nombreuses sépultures devant l’église de la Madeleine où s’étendait autrefois le cimetière des Prêcheurs. Elles ont aussi permis de retrouver, devant le Palais de Justice, l’emplacement de l’angle sud-est des fondations de l’ex palais comtal.

Fouilles archéologiques sous la place des Prêcheurs (extrait d’une vidéo de Provence Azur TV)

Des vestiges de caves, de murs et de l’ancienne Voie Aurélienne qui longeait les remparts ont ainsi été mis à jour, si bien que les services municipaux ont dû phosphorer durant l’été 2017 pour revoir partiellement l’aménagement des futures places afin d’y intégrer de grandes dalles vitrées qui permettront aux passant de visualiser quelques-uns des vestiges archéologiques ainsi découverts, tandis qu’un marquage au sol, intégré au futur pavage de la place permettra de repérer l’emplacement des fondations de l’ancien édifice comtal et de la voie romaine adjacente. L’opération se traduira par un léger surcoût de 600 000 €, une paille par rapport au coût total des travaux qui est évalué à 20 millions d’euros, dont environ la moitié pour la réfection des réseaux enterrés de gestion des eaux pluviales, d’adduction d’eau potable (dont certaines canalisations sont encore en plomb dans ce quartier), de pose des fourreaux destinés à l’installation future de la fibre optique, et de mise en place d’un réseau de bornes électriques pour les forains et la recharge des véhicules.

Emplacement des vestiges de l’ancien Palais comtal et des espaces de visualisation qui seront conservés (source : Ville d’Aix)

Les opérations de pavage ont, quant à elles, commencé depuis février 2018, comme le précise un article de La Provence. Elles nécessiteront au total pas moins de 8 000 tonnes de pierres, toutes soigneusement taillées au millimètre près, avec une surface légèrement griffée pour éviter les glissades malencontreuses par temps de pluie. C’est l’entreprise UrbaTP, implantée depuis 2003 à Meyreuil, qui a remporté ce marché fabuleux consistant à couvrir près de 2 hectares d’espace public avec des pavés de différentes nuances allant du beige au gris clair, sous la houlette de l’Atelier Garcia Diaz, un cabinet montpelliérain d’architectes, urbanistes et paysagistes.

Carrière près de Sogüt en Turquie (source UrbaTP)

Un chantier qui est néanmoins sujet à controverse car les pierres calcaires en question, choisies précisément pour faire couleur locale, sont extraites de la carrière de Sogüt, située en Turquie, à 2 700 km de là ! A tel point d’ailleurs que, selon La Gazette des Communes, une cargaison de 6000 tonnes de pavés destinés au chantier des trois places à Aix a été bloquée pendant plusieurs jours, fin septembre, par les douanes françaises, dans le port de Marseille, le temps des contrôles nécessaires.

Voilà qui illustre bien le paradoxe de notre conception du développement durable : pour protéger notre environnement de toute nuisance, on préfère fermer les carrières de pierre qui ont fait la renommée de la région à une époque où la pierre de Cassis, exploitée depuis l’Antiquité, était exportée pour construire les quais d’Alexandrie (mais pas le socle de la statue de la Liberté à New York, contrairement à une légende urbaine anisée tenace, ledit socle étant réalisé en béton et granite rose du Connecticut). Et, dans le même temps, pour conserver l’aspect local de notre environnement urbain, on importe de l’autre bout du monde, des pierres qui, certes, reviennent moins cher car extraites par une main d’œuvre moins exigeante et dans un contexte réglementaire moins rigoureux, mais se traduisent par un bilan environnemental global bien pire, quoique moins visible depuis le centre-ville d’Aix-en-Provence…

L.V. 

Archéologie : les bienfaits de la sécheresse

19 août 2018

A Londres, des températures anormalement élevés depuis le mois de mai 2018 (photo © John Stillwell / PA Wire)

Le début de l’été a été chaud au Royaume-Uni cette année. Et pas seulement parce que les esprits s’échauffent quant aux modalités de sortie de l’Union européenne… Au point d’ailleurs, comme le relevait le Huffington Post, le 23 juillet dernier, que PaddyPower, l’un des plus grands opérateurs britanniques de paris sportifs, s’interroge : qui de cette interminable vague de chaleur ou de la Première ministre Theresa May, embourbée dans le dossier du Brexit, jettera l’éponge la première ?

Il n’est tombé que moins de 50 mm de pluie en Angleterre entre le 1er juin et le 16 juillet, du jamais vu depuis le début des enregistrements de données météorologiques, et les températures ont atteint des sommets pendant tout le mois de juillet, comme d’ailleurs dans tout le nord de l’Europe.

Un feu de broussailles inhabituel dans l’est londonien, le 15 juillet 2018 (source @MPSCannHall)

On a même vu l’herbe jaunir à Hyde Park, un crime de lèse-majesté, et il a fallu mobiliser plus de 200 pompiers pour venir à bout d’un feu de broussailles tout à fait inhabituel qui a ravagé près de 100 hectares au nord-est de Londres le 15 juillet dernier…

Les agriculteurs britanniques se font des cheveux blancs en voyant leurs cultures sécher sur pied face à une canicule d’une telle ampleur, mais les archéologues, eux se frottent les mains ! Rarement en effet les conditions n’ont été aussi favorables pour observer, depuis le ciel, les « marques de cultures » qui révèlent la présence, au milieu des prés ou des champs, de vestiges historiques même profondément enfouis et indétectables depuis le sol.

D’anciennes fondations, même totalement arasées au fil du temps et recouvertes d’une épaisse couche de limons et de terre végétale, surgissent ainsi du passé car les racines ne peuvent s’y développer aussi profondément qu’alentours, si bien que les plantes y jaunissent plus précocement en cas de conditions climatiques particulièrement sévères. Inversement, d’ancien fossés, depuis bien longtemps remblayés et dont il ne subsiste aucun vestige en surface, offrent à la végétation un surcroit de réserve d’humidité en profondeur, si bien que l’herbe y apparaitra plus verte lors d’une période de sécheresse. Des contrastes parfois très nets sur les photographies aériennes, et qui permettent de mettre en évidence des restes d’aménagements historiques invisibles sinon.

Schéma de principe des marques de culture laissées par la superposition dans le temps d’une ferme gallo-romaine sur le site d’une ancienne implantation de l’âge du fer, entourée d’un fossé circulaire (infographie © Historic England)

Les plus anciens se souviennent avec nostalgie des conditions météorologiques exceptionnelles de l’année 1976 qui avait déjà été marquée par son lot de belles découvertes, ou celles, plus récentes, de l’été 2011, au cours duquel plus de 1500 sites archéologiques avaient ainsi été découverts, principalement dans les terrains argileux de l’Est de l’Angleterre, ainsi que l’explique un responsable d’Historic England, l’organisme public en charge de la conservation du patrimoine historique britannique.

Du coup, les archéologues d’Outre-Manche ont mobilisé tout ce qui vole, bien aidé en cela par le développement des drones qui permettent d’obtenir facilement et à moindre frais des photographies aériennes de bonne qualité. Et les résultats sont à la hauteur des espérances les plus folles !

Vue aérienne des vestiges de cromlech découverts cet été en Irlande (photo © Anthony Murphy / Mythical Ireland / Twitter)

C’est ainsi que le 10 juillet 2018, deux photographes passionnés d’archéologie, Antony Murphy, fondateur du site Mythical Ireland, et Ken Williams, qui anime le blog Shadows & stone, ont mis en lumière, grâce à des survols de drone au-dessus du site de Newgrange, connu pour ses nombreux vestiges préhistoriques dans la région du Brú na Bóinne, à 50 km au nord de Dublin, un immense cromlech inconnu, un ancien cercle de menhirs de près de 200 m de diamètre, datant probablement de l’âge du bronze et totalement invisible au sol, au beau milieu d’un champ de blé. La nouvelle a vite fait le tour du monde, reprise en boucle par de nombreux médias enthousiastes.

Mais les découvertes de ce type se sont multipliés tout au long de l’été. Toujours en Irlande, les vestiges d’une ancienne garnison ont ainsi été identifiés dans un champ, à Magor, dans le sud du pays, tandis que les traces d’une ancienne ferme datant probablement de la préhistoire ont été repérés près de Newport au Pays de Galle. En Angleterre, plusieurs sites funéraires préhistoriques, ainsi que l’emplacement de deux monuments probablement érigés à l’époque néolithique, entre 3600 et 3000 avant JC, ont également été identifiés près de la ville de Milton Keynes, à une centaine de kilomètres au nord de Londres.

Vue aérienne révélant des vestiges préhistoriques de monuments funéraires et de fondations près d’Eynsham, dans l’Oxfordshire (photo © Historic England)

Une douzaine de vestiges d’habitations de forme ronde remontant à l’âge de fer, ainsi que des restes de l’âge de bronze ont aussi été observés en Cornouailles, au sud-ouest de l’Angleterre. Dans le Yorkshire, ce sont des tombes datant de l’âge du fer qui ont ainsi été repérées durant l’été par des survols aériens, tandis que dans le Suffolk, c’est un cimetière préhistorique qui a pu être ainsi retrouvé.

La liste des découvertes archéologiques inédites réalisées durant cet été de folie est longue. Elle intéresse même des périodes historiques plus récentes avec une visualisation très nette de l’aménagement des jardins et de certains bâtiments désormais disparus à Tixall Hall, dans le Staffordshire, une ancienne maison de campagne de la reine Elisabeth, construite en 1555, et de même à Gawthorpe Hall, une autre demeure élisabéthaine située dans le Lancashire.

Traces d’anciens bâtiments détruits à Tixall Hall (photo © Historic England)

Dans le Nottinghamshire, à Clumber Park, ce sont les traces d’un ancien manoir datant du 18ème siècle qui sont apparues alors que le bâtiment avait été entièrement détruit en 1938. Même d’anciens aérodromes datant de la Seconde Guerre mondiale ont été rendus visibles, notamment dans le Hampshire, où l’ancien aérodrome de Lasham, utilisé par la Royal Air Force entre 1942 et 1945, est désormais parfaitement repérable depuis le ciel, tandis que des traces d’anciens abris anti-aériens ont refait surface, notamment à Cambridge.

Pour les archéologues, cette fenêtre de tir très particulière les incite à mettre les bouchées doubles pour survoler le maximum de sites prometteurs pendant que les conditions climatiques sont favorables. Mais il a recommencé à pleuvoir au Royaume uni depuis le 9 août, permettant depuis aux températures caniculaires de revenir à des valeurs plus raisonnables, ce qui pourrait signifier, pour les archéologues, le retour au bureau afin d’exploiter leurs clichés et organiser les chantiers de fouilles qui ne devraient pas manquer de les occuper pour les années à venir…

L.V. 

En Galice, modernisation radicale d’un mobilier urbain du néolithique…

29 août 2015

En matière de restauration des vestiges archéologiques, plusieurs écoles s’affrontent classiquement. Les tenants de l’école française prônent plutôt une intervention a minima sous forme de simples mesures conservatoires destinées à maintenir en l’état les vestiges anciens, ce qui permet de continuer à les étudier au fur et à mesure que progressent les connaissances et les techniques d’investigations. D’autres n’hésitent pas à se lancer dans de véritables travaux de restauration voire de reconstitution afin de redonner aux vestiges anciens leur apparence d’antan, quitte à se laisser aller à quelques libertés d’interprétation.

Blog222_PhArdesende

Dans le village galicien d’Ardesende, au nord de l’Espagne, certains se sont montrés encore plus audacieux. Une vieille dalle de granite recouverte de mousse reposait à côté du village, encadrée de deux autres blocs mal équarris. Les employés communaux de Cristovo de Cea, dont dépend le site, croyant bien faire, ont évacué ces vieux rochers malcommodes et les ont remplacés par une belle table de pique-nique en béton flambant neuve, sans se rendre compte que ce mobilier usagé et vieillot était en réalité un tumulus du néolithique qui datait de plus de 6000 ans !

Blog222_PhTumulus

C’est un groupe de militants écologistes qui a révélé l’histoire aux journalistes du Huffington Post. Ce tumulus funéraire, désigné localement sous le nom de Mámoa, avait été dûment répertorié par les archéologues il y a une dizaine d’années et faisait l’objet d’une protection officielle par la loi sur le patrimoine historique espagnol. Le ministère de la Culture a d’ailleurs ouvert une enquête pour comprendre comment on a pu en arriver là, dans un secteur où pas moins de 25 tumulus préhistoriques sont identifiés, dont certains présentent un intérêt majeur.

En tout cas, les dégâts causés par la dalle en béton, coulée en lieu et place de l’ancienne tombe néolithique, sont irrémédiables. Les esprits progressistes se réjouiront sans doute que cette relique de croyances ancestrales désuètes soit remplacée par un mobilier urbain moderne qui permettra aux familles un confort incomparable pour leurs pique-niques à venir. Il n’en demeure pas moins que nos lointaines ancêtres préhistoriques doivent se retourner dans leur tombe à l’idée des générations de gamins turbulents qui vont venir grignoter leur paquet de chips sur leur domaine (le dolmen, lui, ayant été sans doute évacué en décharge…). En Galice comme ailleurs, on n’arrête pas le progrès !

L.V. 

Des vestiges historiques près de Carnoux…

8 août 2014

Comme chaque Carnussien le sait, Carnoux-en-Provence ne se caractérise guère par son passé historique puisque la commune n’a été créée qu’en 1966 à l’issue d’un processus engagé quelques années plus tôt, à partir de 1957. Certes le territoire de la commune, auparavant rattaché pour l’essentiel à sa voisine Roquefort – La Bédoule, a été peuplé et exploité bien avant l’arrivée des rapatriés du Maroc et de l’Algérie. En témoigne notamment la bastide du XVIIIème siècle située derrière la mairie et qui abrite l’actuelle hostellerie de La Crémaillère après avoir été utilisée comme relais de poste sur la route reliant Aubagne à Cassis. D’autres bâtiments de Carnoux sont également très anciens dont le moulin des Calanques ou le hameau situé chemin des bastides avec ses anciens corps de fermes, son four à pain et son moulin qui aurait connu son essor durant l’épisode de la peste apportée à Marseille par le Grand Saint-Antoine en 1720.

D’autres vestiges d’occupation ancienne existent sans doute ou restent à découvrir, mais l’exiguïté du territoire communal (370 hectares seulement !) fait que l’amateur d’histoire ancienne ira plutôt s’intéresser aux communes voisines et en particulier à celle de Roquefort – La Bédoule puisque c’est le territoire d’origine sur lequel a été fondé Carnoux.

Castrum Roche Fortis

Castrum Roche Fortis

Là, les vestiges anciens ne manquent pas avec pas moins de trois oppida, promontoires rocheux fortifiés perchés sur les crêtes et sur lesquels la population pouvait se réfugier et se défendre contre des envahisseurs. L’occupation de ces sites date probablement du Néolithique mais les vestiges de ces habitats fortifiés permettent plutôt de les attribuer aux populations celto-ligures qui occupaient la région avant l’arrivée des Grecs et des Romains, au même titre que l’oppidum d’Entremont situé au dessus d’Aix-en-Provence ou celui de La Cloche sur la commune des Pennes-Mirabeau par exemple.

Le premier de ces oppida, dit du Baou Redon, se situe dans le bois de la Marcouline, près de la source de Ratataigne. Le second se trouve sur un promontoire au dessus du village de Roquefort et aurait été réutilisé par les armées romaines qui y ont établi en 59 avant J.C. un poste avancé sous le nom de Rocca Fortis pour surveiller les mouvements de rébellion des tribus gauloises soutenues par la cité grecque de Massalia. Enfin, l’oppidum le plus à l’Est est celui qui s’étend autour de la chapelle Saint-André, en limite de la forêt de Fontblanche.

Blog92_PhStAndreCette chapelle Saint-André, construite au XIIème siècle en style roman et aussi connue sous le nom de Notre-Dame de la sécheresse à cause des pèlerinages qui y avaient lieu pour appeler la pluie, est classée à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1987 et a bénéficié d’une remarquable restauration commencée par une association locale et achevée récemment par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Cette chapelle se prolonge par un mur d‘enceinte qui abritait au Moyen-Âge plusieurs habitations formant un village perché protégé contre les incursions des Sarrasins.

Entre le Vème et le XIème siècle, il semble que la population s’était plutôt regroupée sur l’ancien oppidum des Romains, devenu castrum Roche Fortis. A l’époque, l’antique Portus Carsicis, s’était semble t-il partiellement vidé de sa population du fait des raids barbaresques et certains avaient ainsi trouvé refuge sur ce promontoire fortifié où un château a été édifié au XIème siècle ainsi qu’une église Saint-Jean Baptiste, bâtie sur les fondations de l’ancien temple des soldats de Jules César et dont on a conservé la dédication par le pape Grégoire VII en 1079. Le château lui-même aurait été construit en 1030 par le Vicomte de Marseille qui avait reçu ce domaine dit de Julhans des mains de Guillaume II, comte de Provence, en remerciement pour sa participation à une campagne militaire contre les Sarrasins qui depuis deux siècles pillaient régulièrement la région et venaient de s’emparer de Fraxinet (actuellement La Garde Freinet, dans les Maures).

Château de Julhans

Château de Julhans

A partir de 1229, Roquefort passa dans les mains de la puissante abbaye Saint-Victor de Marseille et y resta pendant de nombreuses années avant de devenir propriété du baron d’Aubagne, Hughes de Baux dont la famille cédera le domaine en 1479 à Jacques de Condolle. En 1585, les deux frères de Garnier, épousant deux demoiselles de Condolle, deviennent propriétaires des terres et l’un d’eux fait construire en 1639 l’actuel château de Julhans qui abritera à la révolution les amours de Napoléon Bonaparte et de Désirée de Clary, une des filles du nouveau propriétaire. Ce même château sera racheté en 1959 par la Caisse d’allocations sociales du commerce de la région de Constantine pour y servir de lieu d’accueil pour des colonies de vacances…

Vestiges de l'ancien village de Roquefort

Vestiges de l’ancien village de Roquefort

A partir du XVIIème siècle, les habitants du lieu ne craignent plus les attaques et abandonnent le site de l’ancien oppidum dont le château est démantelé sur ordre de Richelieu. Le village s’installe dès lors dans la plaine autour du hameau des Bastides et du village de Roquefort où une nouvelle église Saint-Jean Baptiste est érigée en 1734. Le château de Roquefort est plus ancien puisqu’il a été attribué en 1505 par le roi Louis XII au chevalier et baron de Trans, Louis de Villeneuve, devenu marquis de France. Ce château, qui a été fortement modifié au XIXème siècle, est toujours la propriété de la famille Villeneuve qui exploite plus de 30 hectares de vignes en agriculture biodynamique depuis 1988.

En 1837 s’ouvre sur la commune une nouvelle ère industrielle à l’initiative de Benoît-Hippolyte de Villeneuve-Flayosc et des ingénieurs Tocchi et Roux qui mettent au point un nouveau procédé breveté pour la fabrication de la chaux hydraulique à partir des couches marneuses du Bédoulien dont le stratotype a été décrit sur la commune.

Carrière Comte à Roquefort - La Bédoule

Carrière Comte à Roquefort – La Bédoule

Les fours à chaux se développent tandis que des carrières souterraines de sable pour la fabrication de verre à bouteille sont creusées au Pas d’Ouilier et que s’ouvrent plusieurs exploitations de pierre à bâtir dans le calcaire urgonien. Cet essor industriel lié aux extractions de matériaux attire sur place de nombreux ouvriers venant surtout d’Italie, d’Espagne ou d’Arménie, qui s’installent à proximité des carrières et des usines de transformation au lieu-dit La Bédoule. Un nouveau village voit ainsi le jour au carrefour des quatre chemins qui conduisent à Aubagne, Cassis, La Ciotat et Cuges-les-pins. En 1895, ce nouveau quartier étant devenu le plus dynamique et le plus peuplé, la mairie et l’école y sont transférées, tandis que le hameau initial de Roquefort conserve son église et une mairie annexe ainsi qu’une petite école qui fermera au milieu du XXème siècle. En 1895 débute la construction de l’église Sainte-Roseline sur un terrain appartenant à la marquise Roseline de Villeneuve-Flayosc et en 1918, la commune prend définitivement le nom de Roquefort – La Bédoule.

Puisse ce petit raccourci historique donner envie à chacun de découvrir le riche passé historique de notre voisinage immédiat !

L. V. LutinVertPetit

 

La grotte Chauvet inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO

28 juin 2014

C’est une belle promotion pour la Grotte Chauvet qui vient d’être inscrite dimanche 22 juin 2014 sur la liste très convoitée du patrimoine mondial de l’UNESCO après une longue période d’instruction. Cette grotte ornée contient d’admirables peintures et gravures pariétales dont la plupart sont datées de l’Aurignacien, il y a 35 000 ans, bien plus anciennes donc que celles de Lascaux. La découverte de ce joyau a eu lieu le 18 décembre 1994, il y a maintenant tout juste 20 ans. C’est l’occasion de revenir sur les conditions de sa découverte, qui continue à faire polémique alors que le projet d’un espace de restitution avance à grands pas.

Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel dans la grotte

Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Eliette Brunel dans la grotte

La grotte en question s’ouvre dans le cirque d’Estre, une falaise bordant un ancien méandre de l’Ardèche, sur la commune de Vallon-Pont d’Arc. La découverte a été faite par trois spéléologues amateurs, Éliette Brunel, Christian Hillaire et Jean-Marie Chauvet, mais comme bien souvent dans pareil cas, ce sont d’autres spéléologues qui avaient commencé à prospecter ce site et découvert le petit courant d’air annonciateur d’une cavité souterraine, que guette passionément tout spéléologue en quête d’un nouveau Graal. Jean-Marie Chauvet, spéléologue chevronné, ayant déjà découvert plusieurs grottes ornées et gardiens de sites pour la Direction régionale de l’action culturelle, est à l’origine de cette découverte et c’est lui qui a incité ses deux amis à poursuivre les investigations dans ce petit boyau émanant un souffle d’air prometteur.

En ce dimanche 18 décembre 1994, c’est Éliette Brunel qui s’engage la première dans le boyau d’accès qui débouche sur une galerie inférieure conduisant à une première salle. Les trois spéléologues progressent et c’est dans la deuxième salle, dont le sol est jonché d’ossements, qu’Éliette aperçoit dans le faisceau de sa lampe les premières peintures pariétales. Au fur et à mesure de leur avancée, les trois spéléologues vont de surprise en surprise et s’émerveillent devant la richesse des ornements : lions, rhinocéros, mammouth, bisons et ces fabuleuses empreintes de main émergeant dans un halo d’oxyde de cuivre…

Blog82_Ph1SculptureLe choc passé, le trio prend aussitôt les mesures qui s’imposent pour protéger leur découverte fabuleuse. Avec l’aide d’autres spéléologues, ils reviennent dérouler des films plastiques sur le sol et camouflent soigneusement l’accès. Ce n’est que 10 jours plus tard qu’ils signalent la découverte aux autorités, et c’est là que la machine s’emballe !

Les premiers visiteurs officiels sont les scientifiques et notamment Jean Clottes, préhistorien imminent et spécialiste mondial de l’art pariétal, qui au début croit à un canular et se fait tirer l’oreille pour se déplacer en cette pleine période de fêtes de fin d’année. Il prend Jean-Marie Chauvet de haut mais accepte finalement de le suivre dans la chatière et reste éberlué devant la qualité des dessins qu’il observe… Le 18 janvier 1995, Jacques Toubon, alors ministre de la culture organise une conférence de presse pour annoncer la découverte de la Grotte Chauvet, éclipsant au passage Édouard Balladur qui déclarait ce jour-là sa candidature à l’élection présidentielle !

Jean Clottes dans la grotte Chauvet

Jean Clottes dans la grotte Chauvet

Lors de cette annonce officielle, c’est la famille Coulange qui est présentée comme l’heureux propriétaire du terrain sous lequel s’étend la cavité souterraine. Les trois découvreurs signent avec elle un contrat d’exclusivité pour la diffusion via l’agence Sygma des photos prises dans la grotte mais très vite ils s’aperçoivent que d’autres photos, prises par Jean Clottes et diffusées par le ministère de la culture sont mises en circulation. Ce n’est là que la première des désillusions ! Un examen plus attentif du cadastre révèle que la propriété des Coulange ne concerne en fait que le chemin d’accès. La grotte elle-même appartient de fait à trois autres familles, dont le maire de Vallon Pont d’Arc, Pierre Peschier. L’État leur propose de racheter les terrains au prix dérisoire de 0,25 F du m2 après avoir rapidement classé le site d’utilité publique dès le 22 janvier 1995 afin de pouvoir lancer les fouilles. S’ensuit alors une longue bataille judiciaire menée par les ayant-droits qui s’estiment lésés par cette transaction et qui réclament une indemnité plus conséquente. Après 12 ans de procédure et un premier jugement en leur faveur mais dont l’État fera appel, la Cour d’appel de Lyon finit par leur donner raison et oblige l’État à les indemniser à hauteur de 780 000 €.

Blog82_Ph5ChevauxDe leur côté, les trois découvreurs se sentent également dépossédés. Ayant découvert ce trésor par hasard, ils sont censés en partager la propriété avec ceux qui détiennent le terrain. Seulement voilà : la Direction régionale des affaires culturelles exhibe un document daté du 14 décembre 1994, 4 jours avant la découverte, conférant à son agent Jean-Marie Chauvet une autorisation temporaire de prospection, ce qui indique que son agent a découvert la grotte dans l’exercice de ses fonctions ! Les trois acolytes sont outrés par le procédé et portent plainte en 1996 pour faux en écriture publique. Le parquet de Lyon ouvre une enquête qui met en cause plusieurs fonctionnaires dont la directrice du Patrimoine, proche de Jacques Toubon et qui est accusée de complicité de faux et usage de faux. Elle sera finalement relaxée mais le tribunal confirme qu’il y a bien eu faux en écriture et que la découverte est d’origine privée, obligeant l’État à associer  » de manière convenable  » les trois découvreurs à l’exploitation du site. Une transaction leur permet ainsi d’empocher 3 millions de francs en juillet 2000.

Entre temps en effet, a germé l’idée d’une valorisation commerciale de la grotte sous forme d’un espace de restitution. Pas question bien entendu de refaire les erreurs qui ont conduit à une dégradation alarmante de la grotte de Lascaux. Des passerelles en inox ont bien été installées pour préserver l’intégrité du sol de la cavité et permettre le travail des scientifiques mais dès l’origine il a été convenu que la grotte ne serait jamais accessible au grand public. Depuis 2012, un syndicat mixte regroupant la Région Rhône-Alpes et le Conseil général de l’Ardèche travaille donc à la conception d’un fac-similé de la grotte dans un vaste espace de restitution intitulé La Caverne du Pont d’Arc. Blog82_Ph2MainLes bâtiments, qui abriteront aussi un espace de découverte, un restaurant et une boutique, seront en forme d’empreinte d’ours, histoire de rappeler le fameux ours des cavernes dont le crâne a été retrouvé exposé sur le sol de la grotte… Ce site culturel, co-financé par l’État et l’Europe, mais aussi par des fonds privés, devrait couvrir ses portes au printemps 2015, moyennant un investissement évalué à 54 millions d’euros. On le voit, les enjeux financiers sont de taille et les trois découvreurs là aussi réclament leur part du gâteau ! C’est d’ailleurs à la suite d’une nouvelle décision judiciaire du tribunal correctionnel de Paris que le syndicat mixte a dû renoncer en juillet 2013 au nom de  » grotte Chauvet « .

En 2010, Frédéric Mitterrand, alors ministre de la culture, a nommé un médiateur pour tenter de trouver avec les trois découvreurs de la grotte une porte de sortie mais la mission qui a duré plus d’un an n’a pas permis d’aboutir et les tensions restent vives, au point qu’ Éliette Brunel a déclaré récemment :  » Si c’était à refaire, je reboucherais ce trou sans rien dire avec deux sacs de ciment. Et on serait comme avant, bien tranquilles… « . Avouons que c’eût été bien dommage de ne pas faire partager au reste de l’humanité ce témoignage exceptionnel du talent de nos lointains ancêtres !

L. V. LutinVertPetit