Archive for octobre 2015

Colonisation et migrations : que nous enseigne l’histoire ?

30 octobre 2015
Le philosophe Edgar Morin

Le philosophe Edgar Morin

Cet article est issu des échanges entre Edgar Morin (sociologue et philosophe) et Régis Debray (universitaire) lors de l’émission Les Grandes Questions du 15 octobre dernier au cours de laquelle F.O. Gisbert invitait à débattre sur un sujet d’actualité : « Peut-on s’affranchir des frontières ? »

Outre la qualité des réflexions tenues qui ont laissé Gisbert à distance, c’est la hauteur de vue des propos des deux invités qui invite à aborder la question des réfugiés et des mouvements de migration en la reliant à celle de la naissance du monde contemporain suite au démantèlement du système colonial.

Petit rappel historique

Comme le développe Jean Bruhat dans l’article qu’il consacre à la colonisation dans l’Encyclopedia Universalis, le monde a connu deux grands systèmes coloniaux.

Le premier dont l’Espagne et le Portugal sont les initiateurs, marque le début du partage du monde et de ses ressources. Ces deux états sont ensuite suivis par la France, l’Angleterre et la Hollande qui font commerce avant d’installer des compagnies. Le cas de l’Allemagne est un peu différent car elle s’est unifiée bien plus tard alors que le partage du monde était déjà bien avancé.

Si le XIXème siècle voit apparaître les premières indépendances, la révolution industrielle, en Angleterre notamment, bouleverse l’organisation en compagnies qui ne suffisent plus pour satisfaire les besoins en matières premières et en débouchés pour les ventes de produits manufacturés.

Blog242_PhColonisationDébute alors, dans les années 1880-1890, le second système colonial et la création des empires. Cette époque de fièvre expansionniste et de distribution du monde, avec la création de l’empire britannique et de l’empire colonial français, s’achèvera avec la première guerre mondiale.

Durant cette période, de nouveaux concurrents apparaissent : l’Allemagne qui intervient en Afrique et dans les îles du Pacifique, l’Italie avec la Tripolitaine (Lybie) et des îles grecques, la Belgique au Congo (1908), et les USA à partir de 1888. Une nouvelle forme d’empire économique naît après la première guerre mondiale : l’URSS intervient en Chine, en Iran, en Amérique du Sud et dans l’empire Ottoman ; en 1930 le Japon se tourne vers la Chine.

Notons enfin le rôle joué par les puissances européennes (France et Grande-Bretagne) au Proche-Orient.

La décolonisation

La colonisation implique une occupation territoriale et une dépendance des pays occupés. Comme nous venons de le voir, il existe différentes formes de colonisation, de commerce avec les comptoirs, de peuplement avec la réception d’immigrants, de ressource avec la recherche et la production de produits de base, et enfin la colonisation stratégique. Cela s’accompagne par la mise en place d’administrations incorporées ou protégées qui toutes manifestent un souci de domination économique, politique et culturelle. La France s’est toutefois caractérisée par son hésitation entre assimilation et association.

Au-delà de jugements moraux, l’œuvre colonisatrice a été à la fois destructive et constructive, mais toujours au profit de la métropole.

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923...

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923…

Le démantèlement du système colonial a eu plusieurs conséquences dont une qui nous intéresse dans le contexte actuel et que l’auteur de l’article cité nomme une « balkanisation territoriale « (en Afrique comme au Proche-Orient) dont la caractéristique est l’absence de pleine prise en compte des réalités ethniques et géographiques.

...et les frontières actuelles du Moyen-Orient

…et les frontières actuelles du Moyen-Orient

La création de ces nouveaux états aux frontières souvent artificielles n’a pas réglé les questions économiques et politiques locales. Les peuples qui les composent, dans une économie mondialisée, ne parviennent pas à satisfaire les besoins d’autosubsistance.

Près d’un siècle après la seconde phase de décolonisation, nous sommes confrontés en Europe à la venue de ceux que l’on a colonisés.

M. M.

Publicités

Accueil des réfugiés : que faire ?

28 octobre 2015

Blog241_PhBodrumL’image du petit noyé de 3 ans dont le corps flottait sur une plage de Bodrum a réveillé la compassion du monde entier. Cette émotion immédiate, planétaire, irrépressible a suscité une manière de tsunami de solidarité. Et c’est heureux. Mais fut-il durable ? Engendra-t-il une compassion concrète et agissante ? Nous aida-t-elle à nous souvenir que des centaines d’enfants de l’âge du petit Aylan sont morts et continuent de mourir noyés ?

L’irruption de cette image révèle la fragilité du monde et interroge notre humanité. Comment dès lors affronter la crise posée par le déplacement des réfugiés et par les migrations plus généralement ? En quoi sommes-nous concernés ? Pour y répondre lucidement et efficacement il faut s’extraire de la pure compassion ainsi que des raisonnements fallacieux qui aboutissent à ignorer une réalité insupportable.

Qui a dit que ce serait facile ?

Qui a jamais pensé que l’accueil de centaines de milliers de réfugiés en Europe se ferait sans tension ni casse-tête ? Pourtant, des dizaines d’initiatives rapportées par les journaux désireux de s’en faire échos prouvent que cette tâche est réalisable. Dans de petits villages français et italiens des groupes de personnes offrent gîte et petits boulots à une poignée de migrants déboussolés. Souvent sans publicité. Temporairement, et dans l’urgence. En attendant que des structures adéquates prennent le relais ! L’Allemagne s’est surprise elle-même, inquiète et fière d’avoir été transformée en « terre promise » par des marcheurs exténués. Mais aucun des Européens qui s’engagent dans l’accueil ne prétend que la tâche est légère.

Un monde qui se cherche

La société est devenue inégalitaire, belliqueuse et irrespirable face aux crises économique, sociale, environnementale sans oublier celle qui frappe le gouvernement des hommes. L’indifférence et le relativisme imprègnent une époque de “glaciation des rapports humains”. Le manque de perspectives politiques, l’individualisme dont se nourrit l’ultralibéralisme, et les représentations de l’autre véhiculées par la sphère médiatique (dont le pouvoir d’influence s’accroît régulièrement) ont des effets dévastateurs sur la qualité du « vivre ensemble ». Cela produit des effets inquiétants : recentrage sur les problèmes du quotidien, frilosité face à l’engagement personnel, désillusion face à la captation des pouvoirs.

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Par ailleurs, il est devenu difficile d’imposer certains droits qui, autrefois, n’étaient pas problématiques. Par exemple, le droit à la mobilité, qui est une liberté fondamentale. L’enjeu en est l’égalité : la détermination d’une vie entière par le lieu de naissance est une injustice immense qui doit pouvoir être corrigée !

Réactions positives

Devant la contradiction entre la générosité immédiate qui s’impose et la prudence réfléchie qui s’impose tout autant, nous ne savons échanger qu’invectives et insultes croisées. Les uns sont désignés comme des naïfs irresponsables ; les autres, comme des peureux sans cœur ni humanité. On a entendu des maires qui s’inquiétaient à voix haute des capacités de leurs communes : ils ont parfois été traités avec mépris. Des initiatives d’associations ou de simples familles pour donner asile aux migrants sont parfois moquées. Au milieu de ces criailleries déshonorantes, il devient impossible de chercher, en toute bonne foi, un point d’équilibre « raisonnable » entre le souhaitable et le possible.

Blog241_Dessin1

Malgré ce « débat » caricatural et sans débouché, il faut chercher l’accueil humanitaire tout simple ailleurs, dans les actes de citoyens de base comme on l’a évoqué. La philosophie pratiquée étant celle-ci : il n’est pas question de se claquemurer, ou de renvoyer ces familles chez elles, sur la route ou vers les bombes, sans autre forme de procès. Pourquoi ? Par fraternité, mais aussi pour une autre raison encore. A ceux qui empilent craintes, angoisses et « bon sens » contre l’accueil des réfugiés, cette solidarité a déjà opposé une force terriblement efficace : l’imagination. Et la mobilisation s’étend, silencieusement. Sans doute ces européens imaginatifs pressentent-ils que notre avenir commun se joue ici. L’Europe politique serait-elle introuvable ? Non ces européens actifs, déterminés et lucides répondent présents!

Responsabilités politiques et médiatiques

Sur fond de tragédie, de morts d’enfants et de migrants noyés par milliers, nous avons pu vérifier à quel point nos démocraties étaient malades. La désunion européenne brille de mille feux. Des responsables politiques démunis se renvoient les quotas à la figure, tout en criant « sus à Daech » ! Épargnant soudain Bachar Al Assad, le premier responsable de cet exode.

Des migrants secourus par l'armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Des migrants secourus par l’armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Mais on fustige un peu facilement l’égoïsme barricadé et la division pathétique de l’Europe. Une Europe incapable de s’entendre sur une solidarité minimale à l’endroit de l’autre, poussé vers l’exode. Ces symptômes d’une « maladie démocratique » sont déjà inquiétants par eux-mêmes. Or il faut y ajouter le pouvoir ensorcelant – pour ne pas dire décérébrant – des images. Ces dernières semaines, il a atteint son maximum. Les chaînes de télévision ont diffusé en boucle des images aussi troublantes que mensongères. On y a vu des foules d’hommes, de femmes et d’enfants cherchant tragiquement une « route possible », entre la Hongrie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche. De longues colonnes de familles exténuées cheminent le long des autoroutes, dans des gares, à travers champs.

Blog241_PhFamille2Pourquoi parler d’images (involontairement) « mensongères » ? Parce qu’elles suggèrent une idée de déferlement, d’invasion incontrôlable. Elles détruisent du même coup la vérité que tentent désespérément de rappeler les commentateurs. Cette vérité « vraie », celle des chiffres, c’est que ces migrations vers l’Europe sont d’un étiage relativement modeste, rapporté à la population du Vieux Continent (autour de 1 % de cette dernière), et qu’il n’y a pas de quoi s’affoler. Disons que l’effet de sens généré par le passage en continu de ces images nourrit mécaniquement une « croyance » si inquiète qu’aucune vérité chiffrée ne pourra plus ébranler. Il s’agit bel et bien d’ensorcellement. Faut-il se consoler en songeant que cette puissance des images peut produire un ensorcellement positif ?

Entre ces vraies-fausses images d’invasion et le plan rapproché du petit noyé de Bodrum, notre conscience s’est trouvée secouée et souffletée. Nous avons été si violemment jetés d’un sentiment à l’autre, aller-retour, que notre raison en fut comme anéantie. De là vient cet étrange somnambulisme des démocraties européennes qui traversent, bras tendus et yeux mi-clos, cette tragédie.

Squoten Jeallnec

Les aventures d’un écologiste qui rachète le littoral provençal…

25 octobre 2015
Christian Desplats

Christian Desplats

C’est une saga peu commune que raconte le livre intitulé « Batailles en bord de mer », sous-titré « Les défis de la protection du littoral ». Son auteur : Christian Desplats, actuel co-président du groupe Europe écologie – les Verts au Conseil Régional PACA où il ne se représentera pas pour les prochaines élections. Entré en politique comme adjoint au maire de Rougiers, petite commune de la Sainte-Baume, il a été entre 1989 et 2010 délégué du Conservatoire du Littoral, d’abord pour le Var puis pour toute la région Provence-Alpes Côte d’Azur, avant d’être élu président de l’ARPE, l’agence régionale pour l’environnement, de 2010 à 2013.

Blog240_PhLivreCe livre de souvenirs, accessible sur demande pour 15 € (contact@batailles-en-bord-de-mer.com), se lit comme un roman. Il relate 12 négociations menées par l’auteur pour le compte du Conservatoire du Littoral, afin d’arracher des griffes de la spéculation immobilière, des espaces littoraux remarquables, souvent menacés d’urbanisation ou par des projets d’aménagement touristiques. Pendant 20 ans, Christian Desplats a sillonné le littoral de la Provence et de la Côte d’Azur, avec son air souriant et débonnaire qui cache une ténacité redoutable et un talent remarquable de négociateur. Son objectif : racheter des terrains en bord de mer pour les soustraire à l’urbanisation, permettre leur protection définitive et les ouvrir au public.

Le Salin des Pesquiers sur la presqu'île de Gien à Hyères, 564 ha acquis et protégés depuis 2006 par le Conservatoire du Littoral

Le Salin des Pesquiers sur la presqu’île de Gien à Hyères, 564 ha acquis et protégés depuis 2006 par le Conservatoire du Littoral

Pendant toutes ces années, il s’est acharné à convaincre propriétaires, aménageurs, promoteurs et investisseurs que leur seule issue était de vendre au Conservatoire du Littoral des terrains, souvent d’une grande beauté paysagère et toujours d’une richesse écologique remarquable, destinés initialement à la spéculation immobilière mais devenus inconstructibles du fait de la loi Littoral.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la tâche n’était pas de tout repos comme le raconte Christian Desplats dans son libre-témoignage où il tient son lecteur en haleine. Certains propriétaires aux abois ne demandent pas mieux que de négocier avec le Conservatoire du Littoral qui, au terme de ses 40 ans d’existence, détient désormais près de 160 000 hectares de littoral soustrait à la folie spéculatrice. Mais ce n’est pas le cas de tous les interlocuteurs avec qui Christian Desplats a eu affaire. On y croise ainsi de redoutables affairistes dont l’homme d’affaire Vincent Bolloré, à la hauteur de sa réputation et dont on constate qu’il vaut mieux ne pas trop se fier à sa parole…

Plage des Brouis près du Cap Lardier, à La Croix-Valmer

Plage des Brouis près du Cap Lardier, à La Croix-Valmer

On y retrouve de nombreuses affaires qui ont défrayé la chronique dont celle du domaine de la Bastide blanche et ses 55 hectares au dessus du Cap Lardier à deux pas de Saint-Tropez. Le Conservatoire du Littoral a échoué à racheter cette propriété qui suscitait bien des convoitises, mais s’est rattrapé en négociant discrètement avec un vieil architecte allemand le rachat de la propriété voisine de la Vieille Bastide avec sa villa atypique semi-enterrée surnommée Octopus et construite sans la moindre autorisation ! On y découvre aussi les démêlés qui ont opposé pendant des années le Conservatoire du Littoral aux Salins du Midi dans une perpétuelle partie de poker menteur agrémentée de multiples recours en justice. Au point qu’il a été question à un moment de se porter directement acquéreur de l’entreprise et de ses 30 000 hectares de marais salants littoraux, quitte à laisser à un industriel la partie encore exploitée…

La Plaine des Maures

La Plaine des Maures

On y apprend aussi comment, en 1993, pour contrer l’implantation par le groupe Michelin d’un centre d’essai de pneumatiques en plein cœur de la Plaine des Maures, un vaste espace naturel préservé, aux allures de savane africaine, situé en centre Var et qui abrite la fameuse tortue d’Hermann, Christian Desplats a suggéré au ministère de l’environnement d’y étendre le champ d’action du Conservatoire du Littoral à plus de 25 km de la mer. Même Théodore Monod se met de la partie et vient plaider la cause de la sauvegarde de ce fabuleux paysage menacé, tandis que les élus varois se déchainent contre ces velléités écologistes. Il a fallu, pour calmer les protestations de Michelin, lui racheter les presque 900 ha déjà acquis et surtout lui trouver un autre site de substitution, finalement déniché à proximité de Vins-sur-Caramy. Beaucoup d’argent public dépensé, pour un projet que Michelin n’a en réalité jamais mené à terme, mais qui a été un des éléments déclencheurs pour parachever la protection de la Plaine des Maures devenue depuis Réserve naturelle.

Blog240_PhLogoPeu à peu, au gré de ces négociations au long cours et malgré les tentatives d’intimidations voire les assassinats qui émaillent le parcours de ces marchandages en terrain miné, le Conservatoire du Littoral grignote, hectare après hectare, des espaces naturels désormais signés de son fameux chardon bleu, une plante robuste et particulièrement bien adaptée aux terrains difficiles.

L’objectif affiché d’acquérir progressivement un tiers du littoral français afin de le mettre définitivement à l’abri de la spéculation immobilière n’est pas encore en vue et le mitage des espaces naturels côtiers se poursuit, mais on doit à la ténacité de Christian Desplats et de ses collègues du Conservatoire du Littoral quelques belles victoires comme les milliers d’hectares du massif des Agriates dans le nord de la Corse.

Embouchure de l'Ostriconi, dans le massif des Agriates en Haute-Corse

Embouchure de l’Ostriconi, dans le massif des Agriates en Haute-Corse

On ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage, qui se lit comme un roman policier, à toux ceux qui se préoccupent de l’avenir de nos rivages menacés par la perte de biodiversité et par le bétonnage à outrance…

L.V.  LutinVertPetit

Philippe Meirieu : constats amers d’un pédagogue engagé…

20 octobre 2015
Philippe Meirieu

Philippe Meirieu

Philippe Meirieu fait partie de ces experts de l’Éducation Nationale que le monde entier nous envie, toujours sur la brèche pour donner son point de vue dans tous les médias à chaque fois que resurgit un débat sur les soubresauts de notre système d’enseignement. Omniprésent à la télévision, auteur d’innombrables ouvrages sur le sujet, présent à tous les colloques et signataire d’une multitude d’articles, sa biographie est tout bonnement époustouflante.

Dans le dernier article en date sur son bloc-note, un entretien daté du 31 août 2015, il décortique même en détail les thèses développées par Alain Juppé dans son récent livre consacré à l’école, tout en reconnaissant de pas l’avoir encore lu, ce qui ne l’empêche pas de disserter longuement et avec brio sur son supposé contenu : c’est dire la maestria du personnage !

Chercheur en pédagogie et professeur émérite des université en sciences de l’éducation, c’est à ce titre qu’il a été longuement auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le service public de l’éducation, les repères républicains et les difficultés des enseignants. Le détail de cette audition, datée du 16 avril dernier, est également accessible sur son site et est particulièrement éloquent.

Blog239_Dessin3

D’abord instituteur puis professeur de philosophie et de français en lycée professionnel avant d’enseigner les sciences pédagogiques à l’université, son parcours lui a incontestablement permis de porter un regard expert sur l’évolution du comportement des élèves, et son constat est sans appel : « L’École est en crise (…). Il faut aujourd’hui refaire l’ École pour pouvoir faire la classe. Chaque fois qu’un enseignant arrive dans sa classe, les codes scolaires et les principes qui régissent l’École sont à réaffirmer et à reconstruire. En réalité, je crois que les enseignants vivent aujourd’hui dans la difficulté, voire dans la dépression. Ils ont le sentiment d’être davantage contrôlés que soutenus par leur hiérarchie. » .

Blog239_Dessin4Selon lui, et ce constat est manifestement partagé par un grand nombre de professionnels de l’enseignement, la difficulté principale vient du hiatus entre les valeurs prônées par lÉcole républicaine et celles dans lesquelles baigne chaque élève au sein d’une société où l’on met en avant l’individualisme, la recherche du profit immédiat et la satisfaction des besoins consuméristes. « L’École se veut un lieu de pensée, de réflexion et de temps long, alors que la société promeut l’immédiateté et la satisfaction sans délai de la pulsion. (…) L’École promeut le respect de la compétence quand beaucoup de médias font triompher la dérision. Elle valorise la parole tenue alors que les élèves font l’expérience au quotidien de la désinvolture généralisée. Elle se veut le lieu de la culture désintéressée alors que, partout, règne l’utilitarisme immédiat. ».

Philippe Meirieu résume ce hiatus en une jolie formule qu’il met dans la bouche de ses élèves :  « Pourquoi se prendre la tête dans une société qui nous invite systématiquement à prendre notre pied ? ».

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Un entretien entre Philippe Meirieu et Marcel Gauchet, daté de 2011 et publié dans Le Monde, détaille de manière assez saisissante le malaise des enseignants confrontés à cet état d’esprit. Le philosophe Marcel Gauchet y fait le constat suivant : « Nous sommes en proie à une erreur de diagnostic : on demande à l’école de résoudre par des moyens pédagogiques des problèmes civilisationnels résultant du mouvement même de nos sociétés, et on s’étonne qu’elle n’y parvienne pas… ». Les rapports entre la famille et l’école ont fortement évolué, de même que le rapport au savoir et à l’autorité, ce qui modifie complètement la place de l’enseignement.

Ce que Philippe Meirieu illustre ainsi : « Dans l’ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une « pédagogie de garçon de café », courant de l’un à l’autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail. Il est vampirisé par une demande permanente d’interlocution individuée. Il s’épuise à faire baisser la tension pour obtenir l’attention. Dans le monde du zapping et de la communication « en temps réel », avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de « faire l’école ». ».

Blog239_Dessin5On sent le vécu dans ce témoignage, et nul doute que bien des enseignants se reconnaîtront dans cette description…

L.V. LutinVertPetit

Grosse affluence pour les rivières souterraines de Cassis !

17 octobre 2015

AfficheConfRivieres_A4La salle du Clos Blancheton n’avait pas assez de chaises pour accueillir les 120 personnes qui sont venues mardi 13 octobre 2015 assister à la dernière conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien, en collaboration avec l’association Cassis : la rivière mystérieuse. Il a fallu aller chercher des sièges supplémentaires et certains sont restés debout pour regarder les deux films présentés successivement par Louis Potié et Gérard Acquaviva, respectivement ancien et actuel présidents de l’association basée à Cassis depuis 2006.

Un public nombreux et captivé pour cette conférence du CPC

Un public nombreux et captivé pour cette conférence du CPC

Il faut dire que le sujet avait de quoi attirer l’attention puisqu’il s’agissait d’explorer les mystères de ces deux rivières d’eau douce qui débouchent en mer, l’une à la sortie de la calanque de Port-Miou et l’autre au Bestouan, à l’issue d’un long parcours souterrain au cœur des plateaux calcaires qui bordent Carnoux.

Carte de 1706 indiquant l'existence de la rivière souterraine de Port-Miou

Carte de 1706 indiquant l’existence de la rivière souterraine de Port-Miou

Connues vraisemblablement depuis l’antiquité, ces arrivées d’eau souterraines qui contribuent à rafraîchir l’été les eaux de baignade sur la plage du Bestouan, ont été étudiées dès le début du dix-huitième siècle. Mais les conduits karstiques par où transitent ces écoulements n’ont pu être explorés sérieusement qu’à partir de 1956, avec le développement des scaphandres autonomes. Blog_Plongeur1

Ce sont les péripéties de cette longue exploration que raconte le film de 26 mn présenté par Gérard Acquaviva. On y suit la lente progression des plongeurs qui peu à peu, au prix d’efforts incroyables et malgré le danger (un biologiste américain y trouvera la mort en plongée le 20 mars 1960), dessinent les contours de ces deux rivières souterraines noyées qu’ils remontent à contre-courant depuis la mer.

L’autre film, réalisé en 1973 par Paul de Roubaix et joliment intitulé Le fleuve de la nuit, retrace les premières explorations de la rivière souterraine de Port-Miou et les tentatives d’exploitation de ces ressources en eau, à l’initiative du Syndicat de recherches de Port-Miou. Ce dernier, créé en 1964 et présidé alors par Louis Potié au nom de la Société des Eaux de Marseille, avait aménagé un forage au droit d’une poche d’air située à plus de 500 m du débouché en mer, afin de faciliter l’accès à la galerie de Port-Miou.

Louis Potié à Carnoux le 13 octobre 2015

Louis Potié à Carnoux le 13 octobre 2015

A l’époque, la DATAR envisageait que la population de Marseille allait passer d’ici l’an 2000 de 700 000 à 2 millions d’habitants, ce qui exigeait de rechercher à tout prix de nouvelles sources d’approvisionnement en eau potable. Un barrage a alors été coulé en place afin d’empêcher les remontées d’eau salée par la galerie, ce qui a représenté un véritable exploit technique et humain, une épopée que le film retrace avec beaucoup de lyrisme. Des mesures de débit et de salinité réalisées dans les années qui ont suivi ont confirmé l’efficacité de l’ouvrage. Mais des infiltrations plus profondes provoquent un apport non contrôle d’eau salée, de telle sorte que l’utilisation pour une alimentation en eau potable exigerait un traitement complémentaire. Depuis, les transferts d’eau depuis la Durance et le Verdon se sont renforcés tandis que les projections démographiques de la DATAR se sont révélées infondées, ce qui explique que les projets d’exploitation ne se soient pas poursuivis au delà de la fin des années 1970.

Plongée de Marc Douchet en 1992

Plongée de Marc Douchet en 1992

Même si pour l’instant il n’est plus question d’exploiter ces ressources en eau, l’exploration des réseaux souterrains se poursuit. Le travail des plongeurs a permis de remonter la rivière de Port-Miou sur une distance de 2 230 m. Le plancher de cette longue galerie naturelle se situe en moyenne entre 30 et 40 m sous le niveau de la mer mais atteint en son point terminal 178 m sous le niveau actuel de la mer, ce qui s’explique par le fait que ces conduits souterrains ont été creusés à une période où le niveau de la Méditerranée avait considérablement baissé par rapport à son niveau actuel (pendant la phase messinienne, il y a environ 10 millions d’année, la mer Méditerranée s’était d’ailleurs totalement asséchée !). La dernière tentative dans ce puits terminal a même atteint, en juin 2013, au terme d’une plongée qui a durée pas moins de 21 heures, la profondeur incroyable de 223 m !

Blog_CoupePortMiou

Quant à la rivière du Bestouan, le développement total des galeries explorées atteint désormais 3 750 m, qui se situent pour l’essentiel à faible profondeur, entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer.

Blog_CoupeBestouan

Plusieurs essais de coloration ont été effectués afin de mettre en évidence des liens entre ces circulations souterraines et des zones d’infiltration sur le plateau calcaire en amont, en particulier au niveau du poljé de Cuges-les-Pins, mais sans grand succès. En revanche, un lien avec un gouffre situé dans la montée de Ceyreste s’est révélé positif, ce qui confirme que ces résurgences sont en réalité des exutoires du vaste système aquifère du Beausset qui alimente notamment les sources de Dardennes au dessus de Toulon. Le projet scientifique KarstEAU, piloté par l’université d’Aix-Marseille, poursuit ses investigations pour mieux comprendre le fonctionnement de ces aquifères karstiques qui s’étendent sous le massif de la Sainte-Beaume et dont la valeur stratégique commence à être reconnue.

Gérard Acquaviva au bord du gouffre GL12 découvert en 2003

Gérard Acquaviva au bord du gouffre GL12 découvert en 2003

Des explorations spéléologiques sont aussi en cours afin de rechercher des accès vers les rivières souterraines depuis certains avens qui s’ouvrent en particulier sur le plateau de Carpiagne et au Mussuguet. Une coloration effectuée en 2014 depuis un des gouffres du Mussuguet est bel et bien ressortie au Bestouan, ce qui justifie les gros efforts que font actuellement les spéléologues pour tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel encombré d’éboulis. Une autre coloration est prévue très prochainement dans le gouffre de la Gorguette qui s’ouvre juste en contrebas de la route départementale, dans la montée entre Cassis et Carnoux.

Espérons que tous ces efforts contribueront à lever le voile sur le mystère qui plane encore sur ces écoulements souterrains qui drainent le plateau calcaire sous nos pied. Peut-être qu’une meilleure connaissance de ces ressources en eau souterraines sera bien utile pour apporter un jour des compléments à notre système actuel d’approvisionnement en eau potable qui dépend largement de ressources exogènes…

L.V.  LutinVertPetit

EMYG environnement et aquaculture, une entreprise innovante à Carnoux

15 octobre 2015

Blog239_LogoEymigL’aquaculture désigne toutes les activités de production animale ou végétale en milieu aquatique. Elle concerne notamment les productions de poissons (pisciculture), de coquillages (conchyliculture) et de crustacés. Mais les produits de la mer et de rivière prélevés par le pêcheur doivent parvenir au consommateur avec toutes leurs qualités, ce qui nécessite de faire passer ces produits par des centres de stockage, de les faire voyager et de les distribuer, grâce à la chaîne du froid. On désigne ici l’ensemble des opérations matérielles et humaines (transport, manutention, stockage) qui visent à maintenir les produits issus des milieux aquatiques à une température basse pour assurer le maintien de sa qualité.

Sachant que toute hausse de la température accélère la croissance microbienne et réduit la durée de vie du produit, la nourriture peut devenir un produit à risque. Or les accidents de rupture de la chaîne du froid sont réels et le coût du maintien de cette chaîne s’avère non négligeable. La technologie « Innopure » d’EMYG court-circuite les problèmes liés à une rupture de la chaîne frigorifique grâce à un procédé révolutionnaire qui permet de maintenir les produits concernés à basse température, mais dans leur milieu aquatique adapté.

Giancarlo  Fagiano, dirigeant de la société EYMIG Environnement et Aquaculture

Giancarlo Fagiano, dirigeant de la société EYMIG Environnement et Aquaculture

Créée en 1998 par Giancarlo Fagiano, EMYG est une société française spécialisée dans le traitement d’eau en général et plus spécifiquement dans la purification, l’oxygénation et la courantologie dans l’aquaculture mondiale. EMYG est un opérateur majeur pour le passage, s’agissant des crustacés (homards, langoustes, tourteaux…), de la chaîne du froid à la chaîne du vivant. Un important contrat d’exclusivité mondiale dans le domaine du transport maritime vient d’ailleurs d’être signé avec la compagnie CMA/CGM 3ème armateur au monde

En effet, les périodes de productions ne correspondant pas nécessairement avec les pics de consommation d’une part, et d’autre part certains pays étant plus enclins à consommer des crustacés que l’on aura reçus vivants (Japon et sud-est asiatique), le défi que se fixe EMYG est de taille.

La chaîne du vivant nécessite de concevoir des éléments qui vont faire le lien, pour le stockage et le transport des crustacés, depuis les pêcheurs et les producteurs jusqu’aux consommateurs, via les producteurs mareyeurs et les distributeurs, petits et grands.Blog239_PhMachine

Le caractère innovant de cette PME installée dans la zone industrielle de Carnoux et déjà évoquée ici, réside par conséquent dans la complémentarité de ses activités qui vont de la purification de l’eau dans la conchyliculture française à des systèmes de purification embarqués (véhicules et navires) pour le stockage de crustacés vivants jusqu’au domaine de l’environnement.

L’entreprise se compose d’un bureau d’étude qui exploite des techniques brevetées de micro-bullage, d’un atelier de construction d’éléments modulables qui s’adaptent aux différents marchés, d’un bureau de développement et d’un réseau de commercialisation en lien avec des techniciens locaux. La réactivité constitue une des compétences de l’entreprise.

Le domaine d’activité est vaste, de la France avec les DOM-TOM aux pays francophones (Belgique, Canada, Algérie, Tunisie), avec des extensions internationales dont l’Irlande, la Grande-Bretagne et les USA .

Visite de la société Eymig par le CPC le 19 juin 2015

Visite de la société Eymig par le CPC le 19 juin 2015

Pour assurer son développement et garantir son indépendance, l’entreprise a été la première à bénéficier du soutien de PACA Investissement, fonds d’investissement public qui apporte son appui aux PME innovantes de la Région. Ainsi peut-elle développer de nouveaux dispositifs et déposer les brevets qui assurent à EMYG une place parmi les premières des entreprises spécialisées dans la purification de l’eau. L’équipe actuelle comporte 14 collaborateurs, et d’autres embauches sont prévues à court terme. Ce qui atteste du dynamisme de cette entreprise basée à Carnoux, et qui mérite d’être davantage connue localement.

Une très belle réussite due à une équipe dynamique et enthousiaste qui a reçu des adhérents du Cercle Progressiste Carnussien dans ses locaux de Carnoux le 19 juin 2015 pour une visite enrichissante qui s’est achevée autour d’un buffet.

Un grand merci à M. Fagiano et à ses collaborateurs qui nous ont fait découvrir les enjeux de leur entreprise et partager leur passion.

M.M.

Un citoyen désespéré…

12 octobre 2015

Désespéré d’avoir entendu le 26 septembre au cours de l’émission « On n’est pas couché » sur France 2, Nadine Morano proférer cette phrase : « nous sommes un pays judéo chrétien et de race blanche ».

Nadine Morano en novembre 2013 (photo B. Guay / AFP)

Nadine Morano en novembre 2013 (photo B. Guay / AFP)

Émettre une telle assertion concernant les êtres humains, avec autant de conviction et à trois reprises pour mieux affirmer sa pensée et son ignorance, m’a plongé dans le plus profond désespoir. C’est bien entendu la notion de « pureté » qui transparaît dans l’intention de suggérer qu’une « race blanche » serait supérieure à une quelconque autre race.

Blog237_DessinVacheComment Mme Morano, ancienne ministre, peut-elle ignorer que la notion erronée de race humaine est à l’origine des plus gros crimes qu’ait connu l’humanité ? Est il nécessaire de lui rappeler que tous les êtres humains sur notre planète appartiennent au même genre Homo et à la même espèce sapiens (que l’on soit brun, blonde, grand, petite, avec une peau de couleurs variées, parfois agrémentée de grains de beauté, de verrues et de bien d’autres petits signes spécifiques) ?

Par contre Nadine Morano est certainement capable de faire la distinction entre un chien de race teckel et un chien de race Saint-Bernard. Et on ne pourrait lui contester cette faculté. Alors face à une telle confusion mentale et intellectuelle il semble opportun de suggérer à Mme Morano de retourner un certain temps sur les bancs de l’école pour y acquérir enfin les connaissances élémentaires, par exemple dans les domaines suivants : sciences de la vie, anthropologie, histoire des populations, etc. Cela lui permettraient désormais d’affirmer que la notion de race n’existe pas chez les êtres humains. De plus, cela lui éviterait de se ridiculiser une fois de trop lors des prochains débats à l’occasion des futures « primaires » et en revanche d’élever le débat face à ses « confrères » qui eux non plus ne semblent pas avoir assimilé la signification historique de la notion de race appliquée à l’être humain.

Dessin publié sur le site Bretzel Liquide de Yves Brette

Dessin publié sur le site Bretzel Liquide de Yves Brette

Je lis par ailleurs que François Fillon « ne partage pas les convictions de son ancienne ministre » mais sans pour autant les récuser ce qui est tout aussi grave, puisque cela conforte Nadine Morano dans ses funestes convictions. Alain Juppé a, pour sa part, récemment affirmé que les propos de Nadine Morano étaient « au minimum une sottise, et sans doute une faute ». Ainsi pour pour M. Juppé, la théorie raciale du nazisme n’aurait été qu’une sottise ! A t-il oublié les conséquences de cette « sottise » ? Quant à Bruno Lemaire, il pense que « la France ce n’est pas une race, la France ce n’est pas une religion, la France ce n’est pas une couleur de peau ». Cependant il se refuse à « sanctionner les propos de sa collègue » avouant de fait son ignorance.

Blog237_DessinKuKlux

Pour aspirer à la plus haute fonction de l’État, il faut tout simplement en être digne et ne plus continuer a propager des notions erronées utilisées en d’autres temps à des fins criminelles.

G.R.

Grande souscription citoyenne : offrez un peu d’Amour !

9 octobre 2015
Jean-Luc Martinez, Président-Directeur du Musée du Louvre lançant officiellement la souscription dans la Pour Puget

Jean-Luc Martinez, Président-Directeur du Musée du Louvre lançant officiellement la souscription dans la Cour Puget

Le Musée du Louvre vient de lancer cette semaine sa sixième campagne de souscription populaire sur son site Tous mécènes. C’est ce même procédé qui lui avait permis d’acquérir en 2010 Les trois grâces, un petit tableau de Lucien Cranach daté de 1571 et que la générosité de 7000 donateurs avait permis de faire entrer dans les collections du Louvre.

Cette fois, l’objet de la convoitise de notre musée national concerne une petite sculpture en marbre datant de 1753 et intitulée L’Amour essayant une de ses flèches. Réalisée par le sculpteur français méconnu Jacques Saly, cette œuvre magnifique de réalisme avait été commandée par la marquise de Pompadour. Comme chacun sait, Jeanne-Antoinette Poisson de son vrai nom, fut l’épouse de Charles-Guillaume Lenormant d’Étiolles et surtout la maîtresse de Louis XV qui la nomma marquise de Pompadour puis lui offrit comme résidence parisienne l’hôtel d’Évreux, devenu depuis le palais de l’Élysée.

Sculpture de Jacques Saly : L’Amour essayant une de ses flèches (Photo : Musée du Louvre)

Sculpture de Jacques Saly : L’Amour essayant une de ses flèches (Photo : Musée du Louvre)

C’est justement dans cette demeure, où l’Amour est roi, que Mme de Pompadour fit transporter la fameuse statue en marbre de Cupidon vérifiant ses pointes de flèches, lorsqu’elle vendit en 1757 son château de Bellevue. Son auteur, Jacques Saly, passa la majeure partie de sa vie à l’étranger, à Rome d’abord puis au Danemark, où il fut nommé directeur de l’Académie des Beaux-Arts, ce qui explique que ses œuvres soient assez peu connues en France, en dehors de sa ville natale, Valenciennes. Les représentations de l’Amour jouant avec son arc et ses flèches sont en revanche très répandues à cette époque et celle-ci fait partie incontestablement des plus réussies.

Selon La Tribune de l’Art, le musée du Louvre lorgnait dessus depuis 2009, date à laquelle la sculpture a été mise en vente, mais n’avait pu donner suite à cause du prix exorbitant de 8 millions d’euros que réclamait son propriétaire. La négociation s’est finalement conclue à 5,5 millions d’euros, ce qui reste une belle somme. Mais quand on aime, on ne compte pas, c’est bien connu.

Une partie importante de la somme (2,8 millions d’euros) sera versée par l’Association des amis du Louvre et 2 millions au moins sont apportés par de grands donateurs et le mécénat d’entreprises. Il reste néanmoins 600 000 € à récolter, pour lesquels le Musée du Louvre fait appel à la générosité du public, via une de ses campagnes de souscription citoyenne qui finalement semblent assez bien fonctionner.

© Mathieu Ferrier, Agence Photo F

© Mathieu Ferrier, Agence Photo F

Alors, si le cœur vous en dit de contribuer à offrir un peu de cet Amour au Musée du Louvre, n’hésitez-pas à mettre la main à la poche, avant le 14 février prochain, date de la Saint-Valentin naturellement ! Les générations futures, en quête d’un peu de tendresse dans ce monde en crise, vous en seront sans doute reconnaissantes…

L.V.  LutinVertPetit

Petit rappel : la conférence sur les rivières de Cassis approche…

6 octobre 2015

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien sur le mystère des rivières souterraines de Cassis se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, mardi 13 octobre 2015, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

AfficheConfRivieres_A4

Un film sera présenté par l’association « Cassis, rivières mystérieuses » et la séance sera animée par le président de l’association Gérard Acquaviva, ainsi que l’ancien président Louis Potié et un plongeur ayant participé aux explorations des rivières depuis leur exsurgence en mer, probablement Marc Douchet.

Venez nombreux découvrir ce monde mystérieux et encore en exploration des rivières souterraines de Cassis. L’entrée est libre et gratuite.

Enriquillo : le petit lac qui monte, qui monte…

4 octobre 2015

Pour les quelques irréductibles qui douteraient encore des manifestations du changement climatique global, le cas du lac Enriquillo est particulièrement évocateur. Voilà en effet que, depuis quelques années, le niveau d’eau n’arrête pas de monter dans ce lac situé en République dominicaine, sur l’île d’Hispaniola dans les Caraïbes, noyant progressivement des dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles et inondant routes et maisons qui s’étaient installées sur ces berges.

Blog234_PhCarteUn article du Courrier international publié en 2014 évoque le désarroi des populations riveraines dont les bananeraies et les plantations de manioc ont été englouties dans les eaux du lac qui n’arrête pas de s’étendre. On cite même le cas d’un éleveur qui s’est suicidé de désespoir après avoir constaté que ses prés et la ferme familiale construite par son grand-père se trouvaient désormais sous les eaux.

A Boca de Cachón, où plusieurs maisons ont déjà disparu dans le lac, la situation est telle que le gouvernement a envoyé l’armée pour reconstruire un nouveau village dans une plaine aride située à quelques kilomètres de là. Malgré les réticences de plusieurs familles à quitter les lieux, cette opération constitue l’un des premiers exemples de transfert de réfugiés climatiques en dehors d’événements exceptionnels de type ouragan ou tsunami… Même la ville frontalière de Jimani, un gros bourg commercial de 14 000 habitants, est menacée par la montée inexorable de l’eau et les autorités commencent à envisager son évacuation à moyen terme.Blog234_PhMaisons

Quant à la route principale qui relie Jimani au village haïtien de Malpassé, elle a dû être totalement reconstruite en la déplaçant sur un secteur que les eaux ne devraient pas pouvoir atteindre. Une autre route qui faisait le tour du lac est désormais impraticable car finissant dans l’eau…

Ce secteur, situé au sud-ouest de l’île d’Hispaniola, à la frontière entre Haïti et la République dominicaine, correspond à un ancien détroit marin qui s’étire entre deux chaînes de montagne : les monts Neyba au nord (qui culminent à 2 400 m d’altitude) et la sierra Bahoruco au sud qui s’élève jusqu’à 2 700 m. A la fin de la dernière glaciation, il y a 10 000 ans, lorsque le niveau des mers est remontée d’une centaine de mètres, cette vaste plaine s’est de nouveau retrouvée sous l’eau mais peu à peu son extrémité s’est comblée sous l’effet des dépôts de sédiments apportés par plusieurs cours d’eau, dont le Yaque del Sur et la rivière Jimani.

Carte de situation (Comarazany et al., Journal of Hydrometeorology, juin 2015)

Carte de situation (Comarazany et al., Journal of Hydrometeorology, juin 2015)

Toute la plaine s’est alors retrouvée coupée de la mer et il en est résulté la formation de deux lacs résiduels dont le fond se trouve localement à 30 m sous le niveau de la mer. Côté haïtien, l’Étang saumâtre, dénommé également lac Azuéi est une étendue d’eau d’environ 170 km2, située à une trentaine de kilomètres de la capitale Port-au-Prince, dans la plaine du Cul-de-Sac, et est alimenté par plusieurs cours d’eau dont la rivière Blanche. Entouré de prairies et de cactus, ce lac abrite oies, canards et flamands roses ainsi que des caïmans.

Blog234_PhFlamands

Quant au lac Enriquillo, qui lui s’étend en territoire dominicain, il est nettement plus grand avec une superficie de l’ordre de 375 km2. Il est alimenté par plusieurs cours d’eau qui dévalent de la sierra Bahoruco mais ses eaux sont quand même saumâtres, du fait de la forte évaporation locale. Ce lac entoure l’île Cabritos qui s’étend sur 26 km2 et qui a été érigée en parc national pour protéger ses populations de crocodiles américains et d’iguanes. Deux autres iles plus petites ont déjà disparu sous les eaux.

Blog234_PhLacEnriquillo

Selon une étude récente publiée en juin 2015 dans Journal of Hydrometeorology et qui se base sur l’interprétation de photos satellite, la superficie de ces deux lacs aurait légèrement diminué entre 1982 et 2003 avec une période de fluctuations observées entre 1997 et 2002. Mais depuis 2003, le niveau d’eau ne cesse de monter dans ces deux lacs. En l’espace de 10 ans, entre 2003 et 2013, la superficie du lac Enriquillo a ainsi doublé, passant de 165 à 350 km2 tandis que celle du lac Azuéi augmentait de 22 % pour atteindre 140 km2. Sur la base de mesures bathymétriques récentes, on estime que le volume d’eau dans le lac Enriquillo aurait ainsi été multiplié par 4 pendant ce laps de temps, passant de 1,2 à 4,7 km3 !

Reste bien sûr à comprendre pourquoi ce lac a subi une telle élévation naturelle de son niveau pendant une période aussi courte. Plusieurs hypothèses ont été évoquées dont celle de mouvements tectoniques, même si le phénomène avait commencé bien avant le tremblement de terre qui a ravagé Haïti en 2010. Des modifications dans les circulations d’eau souterraines ont également été imaginées mais la connaissance du contexte hydrogéologique local reste à préciser. Certains considèrent aussi que la déforestation qui progresse sur les versants contribue à aggraver les ruissellements vers les lacs, ce qui pourrait expliquer les apports importants à l’occasion des cyclones récents des années 2007-08.

Blog234_PhLac

Mais les chercheurs américains qui se sont penchés sur le sujet mettent surtout l’accent sur les changements climatiques qui sont en train de se produire et qui suffisent à expliquer ces bouleversements. Au cours des 30 dernières années, la température moyenne à la surface de l’eau a en effet augmenté de 1 °C, ce qui paraît faible mais a déjà des conséquences considérables. Il en résulte en effet une augmentation locale de l’humidité de l’air et du point de rosée qui s’est déplacé de 3,5 °C entre 2005 et 2013. Plusieurs stations météorologiques ont été implantées localement depuis 2012 pour essayer de mieux cerner la situation, et une modélisation du climat régional a été réalisée pour déterminer l’influence des différents paramètres. Ces études montrent qu’il y a eu effectivement un accroissement significatif des précipitations ces dernières années (surtout lors d’événements extrêmes) et surtout une diminution du potentiel d’évaporation, ce qui permettrait d’expliquer la montée des eaux du lac Enriquillo et de son voisin.

Blog234_PhCNNCes résultats ne vont certes pas réconforter les paysans riverains du lac qui doivent abandonner leurs terres désormais noyées. Espérons du moins qu’ils puissent contribuer à faire réfléchir les responsables politiques quant aux conséquences de nos choix de développement économique, à quelques semaines du prochain sommet mondial sur le changement climatique. Si une augmentation de 1 °C de la température moyenne conduit à des modifications aussi brutales, qu’en sera t-il de l’augmentation moyenne de 3 °C qui paraît désormais inéluctable ?

L.V.  LutinVertPetit

Chez les fourmis aussi, certains se la coulent douce…

2 octobre 2015

Contrairement à sa cousine la cigale, la fourmi est travailleuse, bien que peu prêteuse : l’affirmation va de soi, fermement ancrée dans notre inconscient collectif par les fables de La Fontaine que tout écolier français a appris, génération après génération… La fourmilière est même considérée comme l’archétype de la société parfaitement organisée, basée sur une stricte division du travail, où chacun prend sa part de l’organisation collective et fait preuve d’un dévouement à toute épreuve, n’hésitant pas à porter de lourdes charges pour aller emplir les réserves de la colonie.

Blog235_PhFourmi1

Et pourtant, une expérience récente, menée par deux chercheurs de l’université d’Arizona, vient quelque peu mettre à mal ce mythe admirable, comme le relate Pierre Barthélémy dans son blog Passeurs de science. Dans un article paru en septembre 2015 dans la revue scientifique Behavioral Ecology and Sociobiology Daniel Charboneau et Anna Dornhaus expliquent en effet que certaines fourmis se sont fait une spécialité de ne strictement rien faire pendant toute la sainte journée, pendant que leurs congénères s’activent sans relâche pour le bien de la collectivité…

En fait, le constat n’est pas neuf et ceux qui observent les fourmilières se sont aperçu depuis belle lurette qu’une bonne moitié des individus se contentent de glander lamentablement pendant que leurs congénères s’activent en tous sens pour assurer le bon fonctionnement de la collectivité. Mais on pouvait supposer que ce ne sont pas toujours les mêmes qui travaillent et que les fourmis ont simplement développé avant nous le travail posté qui permet à certains de se reposer pendant que d’autres prennent la relève.

Fourmis coupe-feuilles (photo G. Lacz / Rex Features)

Fourmis coupe-feuilles (photo G. Lacz / Rex Features)

Pour en avoir le cœur net, nos deux chercheurs de Tucson (Ariizona) sont aller recueillir cinq petites colonies de Temnothorax rugatulus, une fourmi nord-américaine, et les ont installées dans des nids artificiels imitant les fissures de rochers où vit habituellement cette espèce, mais recouvert d’une plaque de verre pour permettre de les observer. Les fourmis avaient à leur disposition eau, nourriture et grains de sable qu’elles utilisent pour construire des murs dans leurs colonies.

Chaque individu a été repéré avec une série de points de couleurs et les colonies ont été filmées à raison de 18 épisodes de 5 mn chacun, répartis sur une durée de 3 semaines. Il ne s’agit donc pas vraiment d’une observation en continu, mais qui est quand même jugée représentative. Ensuite, chaque séquence a été analysée en repérant soigneusement les activités auxquelles s’adonne chacun des individus : un véritable travail de fourmi, bien évidemment…

Fourmis de l'espèce Temnothorax rugatulus marquées à la peinture pour une expérience (photo © J. Jandt)

Fourmis de l’espèce Temnothorax rugatulus marquées à la peinture pour une expérience (photo © J. Jandt)

Au total, ce sont 225 fourmis dont l’activité individuelle a été ainsi scrutée à la loupe, ce qui a permis de distinguer 4 grandes catégories. Les puéricultrices, qui sont au nombre de 34, prennent soin des œufs et des larves tandis que les ouvrières (26) travaillent principalement hors du nid à l’approvisionnement. Un petit tiers du groupe (62 fourmis) ont été considérées comme des généralistes qui font un peu de tout, depuis la construction du nid jusqu’à leur toilette personnelle ou celle de leurs congénères, en passant par la trophallaxie, cette activité si particulière qui consiste à régurgiter un peu de nourriture dans le « jabot social » des fourmis trop occupées pour prendre le temps de se nourrir elles-mêmes.Blog235_PhFourmis2

Quant aux 103 fourmis restantes, elles sont décrites par les chercheurs comme de simples oisives qui ne font quasiment rien, quelle que soit la période à laquelle on les observe : de véritables glandeurs professionnels, spécialisés à ne rien faire !

Les deux chercheurs se perdent en conjectures quant aux raisons d’une telle aptitude de certains individus au farniente prolongé. Ils observent que cette catégorie de fourmis semble fuir les interactions sociales avec ses congénères, ce qui pourrait expliquer qu’elle manque d’information quant à la nature du travail qui l’attend, à moins tout simplement qu’elle évite soigneusement de le savoir, préférant se la couler douce pendant que les autres s’échinent aux tâches ménagères…

Blog235_PhLivreWerberIl faudra certainement de plus longues périodes d’observation pour confirmer ce constat étonnant qui semble indiquer que la société des fourmis, que l’auteur Bernard Werber avait su si bien évoquer dans ses romans, n’est finalement pas si éloignée des sociétés humaines en général et du monde du travail en particulier. Qui n’a jamais observé avec quelle habileté certains se débrouillent pour faire semblant de s’activer en tout sens sans jamais rien faire de réellement efficace pour la collectivité ?

Retenons en tout cas que les fourmis arrivent semble t-il à se débrouiller même avec une petite moitié d’oisifs, ce qui n’est pas forcément très éloigné de ce qui se passe dans notre propre société et finirait presque par être rassurant…

L. V. LutinVertPetit

Carnoux : petit conseil avisé d’un citoyen vigilant…

1 octobre 2015

Blog234_Ph1La médiathèque municipale de Carnoux-en-Provence s’affiche désormais fièrement à quiconque entre dans la commune. Après deux tentatives malheureuses de signalétique en toile que le mistral s’est empressé de déchiqueter, voilà enfin que le dispositif de signalisation de notre médiathèque possède une existence « en dur ». Très bien !

Mais pour y accéder à pied depuis le quartier du Mussuguet, il faut affronter un danger permanent : traverser la route départementale…Blog234_Ph2

Comment ne pas risquer sa vie sans dispositif de sécurisation ?

Il y a bien un passage marqué au sol, mais situé bien plus bas, entre l’escalier du Panorama et l’ancienne station-service désaffectée, et qui semble réservé aux piétons à tendance suicidaire, car situé beaucoup trop près du virage et de surcroît avec une faible visibilité face au danger.Blog234_Ph3

Que faire, alors ? Ne serait-il pas préférable de déplacer le passage pour piétons un peu plus haut, au pied du chemin déjà marqué par deux potelets métalliques qui d’ailleurs n’attendent que l’installation de deux compagnons de l’autre côté de la route ? L’ensemble signalerait bien plus efficacement qu’actuellement aux automobilistes qui déboulent à cet endroit la présence possible de piétons.

Blog234_Ph4Plus généralement d’ailleurs, cette signalétique est très imparfaitement installée le long de la route départementale qui traverse Carnoux. Bien marquée sur le mail rénové, elle reste très chaotique ailleurs et la vie du piéton carnussien, comme celle de son collègue cycliste, ne tient souvent qu’à un fil face à ce flot incessant de voitures qui traverse quotidiennement notre ville.

Améliorer la sécurité de chacun sur la voie publique ne nécessite pas forcément de gros investissements, bien moindres en tout cas que les sommes nécessaires à la vidéosurveillance dont l’efficacité reste pourtant à démontrer. Encore faut-il savoir entendre les observations avisées et bienveillantes des usagers qui exercent leur vigilance citoyenne, et ne pas attendre que se produise un accident avant de procéder à l’aménagement suggéré…

J. Tonnelle