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Métropole : la CRC rend son verdict

6 septembre 2022

Le 1er juillet 2022 avait marqué la disparition officielle des Conseils de Territoires, ces fantômes du passé hérités de l’éclatement de l’aire métropolitaine marseillaise en autant de baronnies défendant chacune ses propres intérêts politiques. L’étape suivante de la réforme tant attendue de la Métropole jamais aboutie Aix-Marseille-Provence, consiste désormais à revoir la répartition de ses compétences et surtout de ses ressources budgétaires. Une phase délicate car c’est justement le point sensible de cette intercommunalité qui n’a jamais réussi à fonctionner correctement, faute de la moindre volonté politique commune des élus locaux de dépasser leur propre intérêt pour construire enfin un destin métropolitain commun.

Séance du dernier conseil métropolitain Aix-Marseille-Provence, le 30 juin 2022 (photo © ML / Marsactu)

La question de la répartition des ressources financières entre la Métropole et ses 92 communes membres est justement le point de cristallisation de ces désaccords, à l’origine notamment de la démission fracassante de la maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains qui avait violemment claqué la porte de la Métropole en novembre 2021… Face au constat de l’incapacité totale des élus locaux à se mettre d’accord sur des sujets aussi douloureux, le législateur n’a eu d’autre ressources, à l’occasion de l’adoption de la loi 3DS dont un chapitre est consacré exclusivement à tenter de remettre la Métropole AMP sur de bons rails, que de confier à la Chambre régionale des Comptes (CRC) le soin de tirer au clair ces questions financières aussi complexes que conflictuelles.

Notons au passage que cette décision est un sérieux camouflet pour la CLECT, cette commission locale d’évaluation des charges transférée, qui a justement pour mission de calculer le coût des charges liées au transfert de compétences entre les communes et leur intercommunalité. Il revient ensuite à l’exécutif, autrement dit aux élus réunis tant en conseil municipal qu’en conseil communautaire, d’adopter les attributions de compensation qui en découlent et qui vont fixer le montant des flux financier avec chacune des communes membres. Le fait de demander à la CRC de faire ce diagnostic à sa place revient donc à acter l’impuissance de la CLECT qui aurait dû faire ce travail depuis bien longtemps, dans les mois qui ont suivi la création de la Métropole AMP au 1er janvier 2016. Une véritable claque pour notre maire, Jean-Pierre Giorgi, qui préside justement cette CLECT et qui se vante d’être un expert en finances publiques…

Les locaux de la Chambre régionale des Comptes PACA (source © GoMet)

Le rapport de la CRC, qui a été remis lundi 29 août à Martine Vassal, n’a pas encore été rendu public et ne le sera qu’à l’issue d’une présentation et d’un débat qui aura lieu lors d’un prochain conseil communautaire en octobre. Il n’aura d’ailleurs aucun caractère prescriptif et vise simplement, selon la CRC « à éclairer les élus locaux dans la perspective d’un nouveau pacte financier et fiscal métropolitain ». Mais la presse locale, Marsactu en tête, s’est déjà procuré une copie de cet avis et n’a pas pu s’empêcher d’en faire part, décryptant en termes plus prosaïques, le langage feutré et rigoureusement policé des magistrats de la CRC, suivie rapidement par ses confrères de La Marseillaise et de La Provence.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que, malgré toutes les circonlocutions de rigueur de rigueur de ce type de rapport officiel, le constat est accablant… L’analyse confirme ce que tout le monde savait, à savoir que la Métropole ne fonctionne pas car elle reverse aux communes des sommes considérables, ce qui ne lui permet pas de faire face aux véritables enjeux métropolitaines qui sont pourtant sa raison d’être ! Comme le déplore Marsactu, « la Métropole est restée figée à ce qu’elle était au moment de sa création : un agglomérat d’intercommunalités et autant de petits arrangements ».

Ainsi, pour le dernier exercice 2021, alors même que la métropole est fonctionnelle depuis plus de 5 ans, ce sont pas moins de 632 millions d’euros qui ont été reversés par la Métropole aux communes, sous forme de ces fameuses attributions de compensation. Or, selon les calculs de la CRC, les sommes dues pour le strict respect des équilibres financiers entre la métropole et ses membres n’aurait pas dû excéder 453 millions d’euros. Ce sont donc 178 millions d’euros qui ont ainsi été indûment versés aux communes pour cette seule année (sans doute une petite erreur de calcul du président de la CLECT ?), mais qui ajoutés aux reversement des années antérieures représentent un pactole colossal qui aurait pu être investi pour assurer le développement de transports publics plus performants ou une collecte des déchets moins chaotique…

Le parvis de l’hôtel de ville de Carnoux, un ouvrage démesuré largement financé par la Métropole (source © Facebook)

Un mode de fonctionnement qui a fortement bénéficié aux communes qui, à l’instar de Carnoux, affichent, année après année, des excédents budgétaires conséquents, alors que la Métropole, comme d’ailleurs le Département, s’enfoncent dans un endettement inquiétant. La CRC note aussi que les transferts financiers qui se font en dehors de ces mécanismes de compensation des transferts de compétence, via la dotation de solidarité communautaire, relève de situations issues des anciennes intercommunalités et jamais revues depuis à l’aune métropolitaine, ce qui explique pourquoi la ville centre de Marseille, qui regroupe pourtant une part importante de la population métropolitaine, en est la grande perdante.

La CRC ne peut par ailleurs que constater ce que Jean-Claude Gaudin lui-même avait noté lors de la constitution de la Métropole en 2016, à savoir que certains territoires ont copieusement tiré la couverture à eux en chargeant lourdement la barque juste avant de passer le flambeau. Plusieurs communes, notamment du côté de Salon et d’Istres, avaient en effet astucieusement anticipé l’arrivée de la Métropole qu’ils combattaient pourtant de toutes leurs forces, en décidant in extremis la création d’équipements luxueux et l’augmentation des impôts locaux. A charge ensuite pour la Métropole de leur reverser les recettes issues de ces prélèvements et surtout d’assumer financièrement les coûts d’investissement et d’entretien des nouveaux équipements dont ces communes sont les seules bénéficiaires.

L’Arena d’Aix-en-Provence, un équipement de 62 millions d’euros, inauguré en 2017 et transféré à la Métropole par l’ex Communauté d’agglomération du Pays d’Aix (photo © Gilles Badier / La Provence)

L’ancien Pays d’Aix s’était fait le champion de cette entourloupe et concentre désormais sur son seul territoire plus de 80 % des fonds de concours versés par la Métropole. Rien qu’en 2021, ce sont ainsi 51 millions d’euros que la métropole a dû lui verser pour honorer des décisions d’investissement prises par l’ancienne Communauté d’agglomération du Pays d’Aix (CPA) à son seul profit juste avant sa dissolution. Une somme cinq fois supérieur à ce que cette même CPA investissait en 2013 avant que la Métropole ne se projette à l’horizon.

Autant d’opérations juteuses pour les territoires au détriment de l’intérêt général métropolitain qui nécessitent désormais une totale remise à plat sur la base du constat enfin objectivé par les magistrats de la CRC. Mais l’atterrissage risque d’être douloureux pour certaines communes dopées à la subvention métropolitaine et habituées à vivre largement au dessus de leurs moyens. On imagine déjà que les prochains débats en conseil communautaire seront animés et nul besoin d’être prophète pour supposer que les délais fixés par la loi 3DS pour un retour à un fonctionnement métropolitain plus rigoureux et plus équilibré auront bien du mal à être tenus…

L. V.

Mais où sont passées les cigales de Provence ?

16 août 2022

Ah, vous aussi, vous l’avez remarqué ? En ce début de mois d’août pourtant remarquablement ensoleillé, on n’entend guère les cigales à Carnoux-en-Provence et dans les environs. De temps en temps, l’oreille attentive perçoit la stridulation caractéristique d’une cigale mâle (car chez les cigales, contrairement à d’autres espèces, sans vouloir viser personne en particulier, seuls les mâles se font entendre, les femelles étant d’une discrétion absolue…). Mais globalement, nos chaudes après-midi de ce mois d’août sont d’un calme inhabituel : une véritable incitation permanente à la sieste. Mais où sont donc passées les milliers de cigales qui bruissent habituellement dans une cacophonie pittoresque que tous les nordistes nous envient ?

La cigale grise de Provence sur un tronc de pin (source © Quel est cet animal ?)

Encore une fois, le coupable est tout trouvé : le changement climatique ! Comme d’habitude aurait-on presque envie d’ajouter… C’est devenue une vraie litanie, un peu comme le médecin de Molière qui, à chaque symptôme qu’on lui décrit, s’écrit « Le poumon ! ». Mais c’est malheureusement une réalité : le changement climatique est bien la raison principale qui explique que les cigales soient si étrangement silencieuses en cet été provençal.

En cherchant bien, ou pourrait certainement lui trouver un complice, l’autre fléau de nos temps modernes qui est en train de s’allier à son comparse pour donner à notre XXe siècle un petit air d’apocalypse à donner le frisson. Avec le changement climatique, la perte de biodiversité est en effet en train de se rappeler à notre bon souvenir de fourmi besogneuse qui a force de défricher, travailler la terre à coups de pesticides, de construire un peu partout et de creuser ses galeries à travers le monde entier pour y extraire du minerai, du gaz et du pétrole, non seulement a fini par dérégler irréversiblement le climat de la planète, mais est en passe de faire disparaître massivement la plupart des espèces animales et végétales qui la peuplent et dont les habitats naturels se réduisent comme peau de chagrin.

Le traitement des vignobles à coup de pesticides contribue à la perte de biodiversité (photo © Fred Speich / La Provence)

De fait, la disparition progressive des garrigues pour laisser place au béton de nos lotissements et aux plantations de vignes laisse de moins en moins de place aux insectes locaux comme au reste de la faune sauvage en voie de disparition accélérée. Mais dans le cas des cigales, cette menace est encore accrue par l’effet des traitements phytochimiques mis en place pour protéger certaines cultures, en particulier le vignoble attaqué par une cicadelle qui cause la flavescence dorée. Cette maladie, qui connaît depuis les années 1980, une forte recrudescence à caractère pandémique, a conduit les autorités sanitaires à rendre les traitements préventifs obligatoires, sous peine de sanctions ! Des traitements à base de produits chimiques de type pyréthrines et pyréthrinoïdes notamment, mais dont les effets secondaires sur une partie de la faune locale sont terribles, en particulier pour les cigales qui sont justement des cousines éloignées de la cicadelle dorée, des homoptères de la famille des cicadidae, de ces insectes suceurs qui se nourrissent exclusivement de la sève des végétaux avec leur drôle de museau en forme de paille.

Comme chacun sait, sauf peut-être un certain La Fontaine, les cigales passent l’essentiel de leur existence sous terre, à l’état de larve, à se nourrir de la sève des racines de végétaux. Une espèce de cigale américaine, au doux nom de Magicicada septendecim, patiente ainsi jusqu’à 17 ans à manger les pissenlits par la racine avant de voir enfin le jour, de muer rapidement sous les premiers rayons de soleil du mois de mai puis de se reproduire pendant l’été, tout en stridulant joyeusement, produisant un son qui peut atteindre 100 décibels, de quoi rivaliser avec une bonne discothèque. Mais après avoir « chanté tout l’été », la cigale meurt rapidement.

Éclosion en masse de cigales « zombies » aux USA, après 17 ans passés sous terre (source © OVNI-vidéos)

Et il en est de même pour ses cousines provençales, dont on dénombre une bonne quinzaine d’espèces, sur les quelques 4500 dénombrées de par le monde, la cigale étant connue sur Terre depuis pas moins de 365 millions d’années, bien avant l’homme qui n’y est apparu qu’il y a 3 ou 4 millions d’années et qui lui cause désormais tant de souci. Mais pour la cigale grise, la plus commune dans nos contrées, le cycle de vie souterraine est plus court, de l’ordre de 2 à 5 ans, si bien que chaque année des myriades de nouvelles larves de cigales viennent poindre à la surface de la terre au début de l’été, contrairement à ce qu’on observe sur la côte Est des USA notamment où les cigales ne se voient que par cycles, tous les 13 à 17 ans, un peu comme les nuées de criquets.

Exuvie de larve de cigale (photo © Jean-Pierre Lavigne / ONEM)

Mais une fois devenu adulte, le mâle n’a de cesse de se faire entendre pour attirer la femelle à féconder durant leurs quelques semaines de vie adulte qui leur sont accordées. Le terme de stridulation, souvent employé à tort par analogie avec le bruit que fait le criquet en frottant ses élytres, n’est d’ailleurs pas approprié pour la cigale qui rentre plutôt dans la catégorie des joueurs de cymbales. Le ventre du mâle est creux et fait office de caisse de résonance pour les deux grosses écailles qui se déforment, actionnées par l’action des muscles de l’animal, claquant d’un coup sec à chaque fois qu’elles passent de la forme convexe à la forme concave.

Une mécanique de précision mais qui demande, pour une bonne orchestration, de fonctionner à la température idéale pour disposer d’une élasticité adaptée, pas moins de 17 °C, mais pas plus de 36°C non plus. C’est la raison pour laquelle on n’entend pas les cigales les jours de pluie où à la fraîche. Mais c’est aussi pour cette raison qu’elles sont étrangement muettes cette années, durant les périodes de canicules où l’on a vu se succéder des températures extrêmes supérieures à 35°C pendant plusieurs jours de suite.

Une cigale mâle avec son ventre creux servant de caisse de résonance (source © Luberon)

Mais il y a une autre raison à cet étrange mutisme des cigales carnussiennes en ce mois d’août, alors que déboulent les hordes de touristes avide d’entendre leur musique si pittoresque. Du fait du réchauffement climatique, l’éclosion des œufs de cigales se fait désormais 10 à 15 jours plus tôt et c’est tout le cycle qui est en avance. Les larves sortent plus tôt de terre et la période de reproduction, qui incite le mâle à se montrer aussi bruyant pour faire son intéressant, débute donc plus tôt dans la saison. Au lieu de battre son plein pour le 15 août et même jusqu’en septembre, cette année, la fête est déjà finie pour bon nombre de cigales…

A ce compte, c’est toute la Provence qui risque de se retrouver orpheline de ces cigales qui font sa notoriété. On trouve déjà cet insecte de plus en plus au nord jusque dans la Drôme et du côté de Toulouse où il est en train de trouver des conditions climatiques plus adaptées à son mode de vie. Avec la poursuite du changement climatique et l’augmentation de la fréquence des périodes de sécheresse et de canicule qui nous attend, les cigales pourraient très rapidement disparaître complètement de notre écosystème provençal. Une disparition qui ne passera pas inaperçu, même pour le pékin moyen peu à l’écoute du monde des insectes qui nous entoure, car les cigales savent se faire entendre. Mais une disparition qui s’accompagnera de celle de milliers d’autres espèces animales plus discrètes, à l’image de notre biodiversité du quotidien en phase de mutation dramatique…

L. V.

Carnoux : l’Artea toujours englué dans l’ALG

2 août 2022

Plus de vingt ans que ça dure ! Voilà plus de vingt ans que l’Artea, la salle de spectacle municipale de Carnoux-en-Provence, un écrin de culture magnifique composé d’une salle de spectacle remarquable avec sa jauge de 308 places assises et 450 debout et sa scène toute équipée assortie d’un vaste hall de 200 m2 et d’un théâtre de verdure en forme d’amphithéâtre doté de 300 places assises supplémentaires, ce bel équipement que bien des communes nous envient, vivote dans les mains d’une société privée chargée de son exploitation, largement subventionnée par la collectivité.

L’entrée de l’Artea, la salle de spectacle municipale de Carnoux (source © My Provence)

C’est en effet en 2000 que la gestion de cette salle de spectacle municipale a été confiée en délégation de service public à la société Arts et loisirs gestion (ALG), une SARL créée pour l’occasion et dont le siège social est d’ailleurs domicilié dans les locaux même de l’Artea. Le directeur de cette société, Gérard Pressoir, ancien conseiller financier à la Barclay’s Bank et ex directeur d’antenne de Fun Radio à Aix-en-Provence, s’était fait la main en gérant à partir de 1994, déjà en délégation de service publique (DSP), le Stadium de Vitrolles, une salle polyvalente de 4500 places conçue en 1990 par l’architecte Rudy Ricciotti pour la modique somme d’un peu plus de 7 millions d’euros, sous forme d’un gros cube de béton brut égaré en pleine campagne sur les remblais toxiques d’un ancien terril de boues rouges issues de la fabrication locale d’alumine.

Le Stadium de Vitrolles, à l’état d’abandon sur les hauteurs de Vitrolles, au milieu des déchets toxiques de boues rouges (source © Maritima)

Mauvais pioche pour Gérard Pressoir car après quelques années de succès relatif, assuré surtout grâce aux matchs de handball de l’équipe montée par Jean-Claude Tapie, le frère de Bernard, la polémique fait rage autour de cette salle de spectacle excentrée et atypique. Dès 1997, l’élection de la candidate Front National Catherine Mégret à la mairie de Vitrolles attise les tensions. A la suite de l’échec d’un concert de rock identitaire français prévu le 7 novembre 1997, le Stadium, déjà fragilisé par le dépôt de bilan de l’OM Handball en 1996, ferme ses portes en 1998, la municipalité refusant de renouveler la DSP. Il faut dire qu’un attentat à la bombe avait eu lieu une semaine avant pour empêcher le déroulement de ce spectacle de rock, donnant à la municipalité Front national le prétexte rêvé pour tirer le rideau, les installations techniques ayant été gravement endommagées.

Depuis, le Stadium est à l’abandon, victime des pillards et autres squatteurs. Récupéré en 2003 par la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, cette dernière a préféré y stocker des ordures ménagères et construire une autre salle de spectacle à Luynes, comprenne qui pourra… Reprise en 2015 par la commune de Vitrolles désormais dirigée par le socialiste Loïc Gachon, il a fallu attendre fin 2021 pour que le Festival lyrique d’Aix-en-Provence envisage de rouvrir la salle mais rien n’est encore fait tant le coût des travaux de remise en état est effrayant !

Gérard Pressoir (à droite), exploitant de l’Artea depuis plus de 20 ans, ici avec le chanteur et humoriste Yves Pujol (source © L’ARTEA)

Toujours est-il que c’est fort de cette expérience quelque peu mitigée que la SARL ALG, dans laquelle Gérard Pressoir est associé à parts égales avec la société Delta Conseil de Dominique Cordier, a remporté le marché de l’exploitation de l’Artea, dans le cadre d’une DSP par voie d’affermage. Un marché renouvelé à de multiples reprises depuis, étendu en 2018 à la gestion du Centre culturel de Carnoux, et qui vient encore d’être attribué, pour la n-ième fois à la société ALG et pour une durée de 5 ans jusqu’en septembre 2027, à l’issue d’une commission d’appel d’offre qui s’est déroulée en toute discrétion le 22 juillet 2022. Comme à l’accoutumée, aucune autre offre que celle de la société ALG n’avait été déposée, ce qui limite de fait grandement les aléas de la concurrence et a donc permis à Gérard Pressoir, dont la propre fille siège désormais au conseil municipal de Carnoux, de convaincre aisément et sans beaucoup d’arguments, qu’il était le mieux placé pour se succéder une nouvelle fois à lui-même dans la gestion de cet équipement culturel public : « il faut que tout change pour que rien ne change »…

La salle de spectacle de l’Artea, à Carnoux, avec ses 308 places assises (source © L’ARTEA)

Pourtant, le bilan de cette exploitation, jusqu’à présent soigneusement tenu à l’abri de la curiosité des habitants de Carnoux, bien que propriétaires et principaux bénéficiaires de l’Artea, n’est pas des plus brillants si l’on s’en réfère aux quelques feuillets assez indigents qui tiennent lieu de bilan annuel pour les trois dernières années d’exploitation. En 2019, la société ALG se targuait d’ouvrir 150 jours par an, principalement pour la diffusion de films, et d’accueillir plus de 20 000 spectateurs dans l’année, tout en louant la salle 30 jours par an à des écoles de danse. Avec le confinement, en mars 2020, la salle est restée fermée pendant quasiment un an, jusqu’en avril 2021. Et pour la saison 2021-2022, le nombre de jours d’ouverture par an ne dépasse pas 105, avec de nombreux spectacles annulés ou reportés faute de spectateurs, une baisse du nombre de location de la salle et une faible fréquentation du cinéma avec moins de 15 spectateurs par séance en moyenne.

Concert de Bella Ciao au théâtre de verdure de l’Artea, le 2 août 2018 dans le cadre des Estivales de Carnoux (source © Mairie de Carnoux-en-Provence)

Ces bilans posent une fois de plus la question de la manière dont un équipement culturel aussi ambitieux que l’Artea pour une petite commune de 7000 habitants peut être exploité de manière optimale. Le principe même de la DSP pour un tel équipement culturel est de décharger la commune de l’exploitation de la salle en la confiant à un professionnel jugé mieux à même de la rentabiliser au maximum, sachant que l’activité est par nature déficitaire. De fait, le coût annuel d’exploitation d’une telle salle en année normale est de l’ordre de 430 000 € qui se partage, grosso modo à parts égales, entre les frais de personnel (4 salariés déclarés dont le gérant lui-même et des techniciens souvent payés à la prestation) et les charges liées à la commande et l’organisation des spectacles. Les recettes en année normale tournent autour de 200 000 € et la commune verse donc au délégataire une subvention d’équilibre qui était de 258 000 € en 2018 et de 244 000 € en 2019, considérées comme années de référence avant le confinement.

Le maire de Carnoux sur la scène de l’Artea (vide) le 7 janvier 2022 pour ses vœux à la population (source © Mairie de Carnoux-en-Provence)

Les équipements sont mis gratuitement à disposition de l’exploitant par la commune qui se charge par ailleurs du gros entretien et qui subventionne donc le prestataire pour lui permettre de se rémunérer tout en assurant l’exploitation du site. Celle-ci pourrait donc très bien être confiée directement à des agents municipaux spécialisés, comme choisissent de le faire bon nombre de communes dans la même configuration. Cela permettrait une gestion beaucoup plus souple, moyennant davantage d’implication dans le choix de la programmation, en partenariat direct avec les associations locales. Une gestion mutualisée, assurée à l’échelle métropolitaine, du réseau de salles municipales implantées dans quasiment chacune des communes, pourrait sans doute aussi contribuer à en rationaliser la gestion et à optimiser l’exploitation de ces équipement qui nécessitent de lourds investissements et des frais d’entretien élevés.

On est en tout cas, dans ce cas de figure de l’Artea, très éloigné de la notion même d’affermage qui est pourtant officiellement le mode de dévolution retenu pour cette DSP et qui suppose que « le délégataire se rémunère substantiellement des recettes de l’exploitation, augmentées d’une participation communale en compensation des contraintes imposées par la collectivité ». En l’occurrence, les contraintes imposées par la commune sont très faibles puisqu’elles se limitent à la fourniture de places gratuites (120 par an dont 8 au maximum par spectacle, ce qui n’est guère une contrainte pour une salle qui peine généralement à se remplir) et à la mise à disposition de la salle pour 8 manifestations par an. La salle peut aussi être utilisée par des associations mais dans ce cas la location est facturée par l’exploitant…

Dans la nouvelle version de la DSP renouvelée en 2022, la subvention d’équilibre a été fixée à 195 000 € par an, ce qui reste très généreux et devrait encore excéder largement les recettes escomptées, celles-ci se limitant à 76 000 € pour l’exercice 2020-21 et même à 26 000 € seulement cette année ! De quoi fragiliser juridiquement la validité de cette nouvelle DSP puisque la subvention sera vraisemblablement la principale source de rémunération de l’exploitant : espérons que la Chambre régionale des Comptes ne viendra pas y fourrer son nez, comme elle l’avait fait dans la gestion du Centre culturel, et que personne ne s’avisera de déposer un recours contre cette attribution, comme cela a été le cas avec la DSP du Zénith de Toulon, également attribué à ALG en juillet 2020 mais suspendu trois mois plus tard sur ordonnance du Tribunal administratif…

L. V.

Restriction d’eau à Carnoux

28 juillet 2022

Le mois de juillet 2022 restera sans doute dans les annales météorologiques comme l’un des plus chauds que la France ait jamais connu. Il est en tout cas bien parti pour être le plus sec observé en France depuis 1958, selon un communiqué diffusé par Météo-France dès le 26 juillet. Il est tombé en moyenne 8 mm seulement entre le 1er et le 25 juillet : une misère ! C’est deux fois moins que durant tout le mois de juillet 2020, le plus sec jamais observé en France, pour lequel on avait enregistré un cumul annuel moyen de 16 mm sur le territoire national…

Le lit de la Loire à Ancenis en mai 2020 (photo © Franck Dubray / Ouest France)

Certes, l’été est souvent une période plutôt sèche, surtout en climat méditerranéen, et ces pluies estivales ne servent guère à recharger les réserves, à une période où l’évaporation est forte et la végétation avide d’eau. Mais cette année, ce déficit pluviométrique couplé à de fortes chaleurs vient couronner une longue période de faibles précipitations. A tel point que le 26 juillet 2022, pas moins de 87 départements français étaient soumis, sur tout ou partie de leur périmètre, à des mesures préfectorales de restriction d’eau et de limitation de l’irrigation, auxquels s’ajoutaient 3 département placés en vigilance : du jamais vu à l’échelle nationale !

Carte des communes françaises soumis à des mesures de restriction de l’usage de l’eau au 27 juillet 2022 : vigilance en gris, alerte en jaune, alerte renforcée en orange et crise en rouge (source © Propluvia)

On trouve des départements en alerte renforcée jusque dans le Finistère ou les Vosges, régions pourtant habituellement plutôt réputées pour leurs paysages verdoyants. Quant aux départements classés en crise, on les retrouve quasiment sur tout le territoire national jusqu’en Normandie, en Bretagne ou dans le Val de Loire. Voies Navigables de France, qui gère 6700 km de rivières et de canaux constate ainsi que le taux de remplissage de ses réserves ne dépassait pas 60 % globalement début juillet, alors qu’à cette date ce taux tourne plutôt autour de 80 % en moyenne sur les 10 dernières années…

Carte de vigilance sécheresse dans le département des Bouches-du-Rhône au 22 juillet 2022 (source © DDTM 13)

Forcément, les Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs le Var voisin où certaines communes voient leurs sources tarir, font partie de ces département en tension, du fait de cette situation de sécheresse inhabituelle. Sur l’ensemble du département, 85 communes ont été placées en état d’alerte et 31 en alerte renforcées tandis que 19 sont en état de crise, le niveau le plus élevé, qui se traduit par des restrictions d’usage fortes. Carnoux-en-Provence fait partie de ce dernier groupe, comme la totalité des communes du bassin versant de l’Huveaune, et ceci sans discontinuer depuis le 19 mai 2022, ce qui traduit bien l’ampleur inhabituelle de la situation hydrométéorologique de cette année.

Le lit de l’Huveaune quasi sec entre Aubagne et La Penne-sur-Huveaune dès le mois de mai 2022 (photo © C. Matias / La Provence)

Un tiers du cours de l’Huveaune est désormais totalement à sec et il devient donc vital de limiter autant que possible les prélèvements dans ce cours d’eau et ses affluents pour tenter d’y préserver un minimum de vie biologique. C’est pourquoi les différents arrêtés préfectoraux pris depuis le mois de mai restreignent de manière drastique les usages de l’eau sur ce bassin, interdisant tout prélèvement en nappe ou en rivière sauf pour des usages considérés comme vitaux.

Le lavage des voitures, le remplissage des piscines ou l’arrosage des espaces verts ou des jardins potagers sont interdits sauf de nuit, à partir de 20 h, et uniquement à partir de « ressources maîtrisée ». Une expression typiquement technocratique qui en réalité vient totalement dénaturer la réalité de ces restrictions. En effet, rappelons qu’à Carnoux-en-Provence comme sur la majeure partie du département, l’alimentation en eau ne se fait plus à partir de ressources locales mais par importation et transfert sur de longues distances de l’eau de la Durance et du Verdon, via le Canal de Marseille et le Canal de Provence, selon un maillage désormais interconnecté.

Un dessin signé Na !

Par conséquent, les mesures de restriction décidées par les services de l’État sont assez symboliques puisqu’elles ne s’appliquent pas vraiment à l’usage de l’eau du robinet qui continue allègrement à couler, étant prélevée dans les Alpes, bien loin des zones où elle est consommée, jusque sur la presqu’île de Saint-Tropez. Comment dans ces conditions faire véritablement œuvre pédagogique en incitant tout un chacun à ne pas gaspiller cette ressource en eau inestimable en période de sécheresse et vitale pour maintenir la fonction biologique de nos cours d’eau ?

A partir du moment où il suffit de tourner le robinet pour bénéficier à très bas coût d’une eau de qualité quasiment inépuisable, pourquoi se préoccuper de maintenir dans le ruisseau de Carnoux comme dans le fleuve Huveaune, un débit d’eau suffisant pour permettre à nos cours d’eau de rester vivants toute l’année ? C’est bien là tout le paradoxe de notre système régional d’alimentation en eau qui repose sur un import massif d’eau prélevée sur d’autres bassins versants alpins très éloignés, au risque de puiser au-delà des capacités de ces derniers et sans même se rendre compte des impacts de nos prélèvements sur les besoins écologiques et économique de ces zones d’apport…

L. V.

Le Maire et le Pharaon…

10 juillet 2022

Nous n’avons pu assister à l’inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, en raison d’un engagement de longue date, la visite de l’exposition « Pharaons Superstars » au MUCEM. Magnifique matinée au cœur d’une exposition remarquable : 5000 ans d’Histoire et 300 pièces issues des plus grandes collections françaises et européennes. Comme le rappelle le musée, les Pharaons « peuvent servir de parabole pour illustrer la nature et les voies de la célébrité, rappelant que la renommée est éphémère, versatile et n’a pas toujours à voir avec le mérite historique. »

L’exposition Pharaons superstars au MUCEM (source © Facebook)

Rien à voir avec Carnoux donc… Sauf que des esprits apparemment mal intentionnés ont voulu nous indiquer que, ce matin-là, le télescopage de l’inauguration et notre visite n’était certainement pas fortuit, sous entendant le côté surdimensionné, voire pharaonique de la réalisation municipale.

Les degrés de la pyramide conduisant au parvis majestueux de l’hôtel de ville de Carnoux (source © Facebook)

Ceci nous semble tout à fait injustifié. Une commune a le devoir de disposer d’une mairie fonctionnelle à la hauteur des besoins locaux. Ce n’est pas parce que la commune a vu transférer la plupart de ses prérogatives administratives et politiques à la métropole que le bâtiment municipal doit être riquiqui. Ce n’est pas parce que les communes avoisinantes de même importance ont de petites mairies que l’on doit afficher la même modestie. Cassis, Roquefort-la-Bédoule ou Roquevaire n’ont ni la même histoire, ni le même rayonnement que Carnoux. Et évidemment, ce n’est pas parce que leurs élus n’ont pas la même ambition que nous devrions suivre le même sillon.

Un extrait de La Provence du dimanche 3 juillet 2022

Les mauvais coucheurs raillent ainsi la superficie de l’ édifice (1400 m2) à leurs yeux inhabituelle pour une commune de 6500 habitants. S’appuyant sur des calculs débiles, ils font remarquer que cela correspondrait, pour la population de Marseille, à une surface de près de 200 000 m2, c’est-à-dire une mairie équivalente à 12 fois le MUCEM, 8 fois le centre Bourse, 2 fois l’hôtel du département à Saint-Just qui est déjà un symbole évident de grandeur. Effectivement, une mairie de cette taille ferait certainement jaser. Mais Marseille est Marseille et Carnoux est Carnoux et on ne peut comparer des pommes et des fraises des bois.

Le Maire de Carnoux, à droite,, lors de l’inauguration de l’hôtel de ville, le 2 juillet 2022, avec Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal (photo © CPC)

Une autre critique concerne le coût du projet. Elle est tout aussi absurde. Oui, plus de 5 000 € le mètre carré. Mais, même s’il faut rajouter 50 % pour les espaces extérieurs, ce n’est quand-même pas la mer à boire ! Cela fait guère plus que 2 fois le coût du mètre carré du dernier collège construit par le Département à Lançon… Mais ce n’est pas comparable. Oui, ils se sont payé là-bas un architecte internationalement connu, Rudy Ricciotti, mais rien ne prouve que ce collège soit aussi fonctionnel et agréable que l’hôtel de ville de Carnoux. Tout ceci n’est que chicane.

Nous sommes d’accord. On ne peut comparer les coûts de construction des monuments de l’Égypte ancienne avec ceux de l’hôtel de ville de Carnoux. Une pyramide n’a rien à voir avec un cube. Et puis, l’espace de vie et de travail quotidien des habitants évolue vite et il faudra aussi mieux le prendre en compte à l’avenir, non ? Afin de réduire les dépenses injustifiées, nous devrons mutualiser, voire fusionner nos communes. Le nouveau bâtiment pourrait alors devenir le centre administratif de ce nouvel espace… C’est alors, et alors seulement, que nous mesurerons à sa juste valeur l’esprit visionnaire de notre maire.

Marianne et Ramsès

Cet article a été publié le 3 juillet 2022 sur le site Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire

Compte-rendu de conférence : du ciel à l’Univers, le long cheminement de la pensée humaine…

6 juillet 2022

C’est dans la salle du Clos Blancheton, totalement occupée par un public à l’écoute que cette conférence a eu lieu, le 27 juin 2022, après une brève présentation de notre conférencier, par le Président du Cercle, qui nous rappela que Jacques Boulesteix, en plus de ses compétences scientifiques en astronomie, a été aussi membre fondateur du Cercle.

Jacques Boulesteix, lors de sa conférence du 27 juin 2022 (photo © CPC)

C’est dans la suite de la précédente conférence sur l’astronomie, en 2018, où JG Cuby nous présenta les outils nécessaires pour observer les phénomènes célestes et la complexité technologique de ceux-ci pour pouvoir explorer les confins de l’univers, que durant cette nouvelle conférence, Jacques Boulesteix nous proposa par une démarche originale de faire un retour sur vingt-cinq siècles d’observation du ciel et des étoiles.

En effet, on constate chez les jeunes (et les moins jeunes) un intérêt particulier sur le besoin de compréhension de notre lointain environnement céleste, où l’imaginaire prend aussi sa place. C’est donc en suggérant une suite de questions simples que se posent en général les enfants que notre conférencier y répond précisément, réponses illustrées par des vues d’astres, d’étoiles, de galaxies, d’une beauté et d’une qualité exceptionnelles. Un exposé étayé par de nombreux diagrammes et animations permettant de mieux comprendre les phénomènes régissant les lois qui sont à l’origine de la création de l’univers et les méthodes scientifiques qui ont permis de les comprendre.

C’est une fausse impression de croire que l’on aurait toujours connu la composition de l’univers. Pourtant toutes les civilisations depuis 25 siècles se sont intéressées à l’observation du ciel mais par manque d’outils mathématiques et de technologies adaptées, l’avancement des connaissances dans ce domaine a été chaotique. Déjà, dans l’antiquité, les Égyptiens, et les Grecs surtout avaient, par la simple observation des solstices, éclipses et autres phénomènes visibles, pu déterminer par la géométrie (trigonométrie), avec une approximation certes relative mais proche de la réalité, la distance de la Terre à la lune ou de la Terre au soleil, ainsi que la rotondité de la terre et avaient commencé à poser les bases de la conception héliocentrique de la course des astres.

Extrait du diaporama présenté en support de la conférence de Jacques Boulesteix

Mais ces débuts prometteurs dans la compréhension des phénomènes astronomiques ont été quasiment stoppés durant 18 siècles à cause du blocage idéologique que le pouvoir religieux a imposé. En effet, les religions monothéistes comme le catholicisme, mettent Dieu créateur du monde, de la Terre comme de l’homme au centre de celui-ci. Dès lors, on ne peut être qu’un hérétique à contester cet argument, d’autant que lorsque nous nous déplaçons sur Terre, celle-ci paraît toujours plate alors que le soleil décrit un parcours bien visible dans le ciel ! Certains y perdirent leur vie à vouloir persister dans leurs théories visionnaires et rationalistes, tel Giordano Bruno, mort sur le bûcher en 1600.

Notre conférencier nous fait remarquer que la terre bénéficie d’une atmosphère propice à l’observation du ciel et de l’espace car si nous étions sur Vénus ou Jupiter, leur atmosphère est constamment troublée par des nuages denses qui nous rendraient aveugles à toute observation lointaine…

Une présentation didactique accessible à tout public

Ce n’est donc qu’à partir du 16e siècle, avec Galilée et Copernic, puis la mise au point de la première lunette astronomique permettant des observations plus précises, modélisées avec des outils mathématiques, que la théorie de l’héliocentrisme a commencé à contrebalancer les conceptions erronées de l’époque. Cependant, de nombreux progrès auront encore été nécessaires pour perfectionner les outils d’observation et interpréter les enregistrements venant de l’espace, afin de concevoir des théories cohérentes régissant les mécanismes célestes.

À partir du 17 ème siècle, la création de télescopes dont le diamètre des objectifs n’a pas cessé de croître jusqu’à aujourd’hui, pour obtenir une précision extrême, ont permis une exploration de plus en plus lointaine de l’univers. Mais cette vision, par cette méthode, ne nous permet d’obtenir une image qu’en deux dimensions, dans le même plan, et les distances séparant les astres ne sont pas déterminables entre eux. Il faut remarquer, qu’hier comme aujourd’hui, nous ne pouvons observer les galaxies, formant l’univers, par l’extérieur de celles-ci.

Les avancées technologiques du 20e siècle ont été prodigieuses et ont permis grâce aux télescopes terrestres, aux radiotélescopes et surtout aux télescopes sur orbite comme Hubble (en fin de vie) ou Webb (récemment mis en service), d’observer les amas de galaxies les plus éloignées : c’est une étape nouvelle dans la compréhension de la formation des étoiles et de leur disparition.

Ainsi il est possible de permettre une observation de l’univers à une distance de 12 milliards d’années-lumière, se rapprochant de l’instant du « big bang ». Les diverses diapositives proposées en support des propos de notre conférencier sur ce dernier point, sont d’une qualité stupéfiante et nous donnent l’impression de naviguer dans l’espace et le temps, une illusion car comment se déplacer à la vitesse de la lumière ?

C’est sur cette question et bien d’autres, qu’un nouveau chapitre est abordé au cours de cette conférence : la lumière a-t-elle une vitesse finie ? Comment déterminer la composition chimique des astres ? Leurs mouvements ? Le sens de l’expansion de l’univers ? L’espace a-t-il une forme particulière ? Difficile d’apporter des réponses précises et définitives car l’astronomie n’est pas une science expérimentale comme les autres. Elle comprend une part d’exercice mental à prendre en compte. Aucune expérience ou vérification en laboratoire n’est possible.

Quelques avancées physiques notoires vers la compréhension de l’Univers

Jacques Boulesteix nous fait un résumé exhaustif de toutes les avancées mathématiques depuis le 16e jusqu’au 20e siècle, qui ont permis de produire des théories modélisant les lois de l’univers. Les premiers pas, dans la compréhension des lois qui interagissent dans l’univers, ont été faits par Ole Roemer, astronome danois (1644-1710) qui, en 1676, a calculé la vitesse de la lumière. Au 19e siècle, c’est Maxwell, physicien et mathématicien écossais (1831-1879), qui a déterminé le caractère ondulatoire de la lumière. Ces lois ont permis ensuite à Georges Lemaître, astronome belge (1894-1966), ainsi qu’à Henrietta Leavitt, astronome américaine (1868-1921), puis à Antoon Lorentz, physicien néerlandais (1853-1928) d’avancer et de déterminer que l’univers était en expansion.

C’est, bien sûr, la théorie de la relativité générale publiée par Albert Einstein en 1915 qui bouleversa les connaissances dans le domaine de l’astronomie, entre autres, en confirmant la théorie de l’expansion de l’univers où le temps et l’espace interagissent selon la vitesse à laquelle on s’y déplace. Toutes ces avancées, obtenues par la simple observation et l’élaboration de lois mathématiques, nous permettent aujourd’hui de bénéficier d’avantages technologiques dans la vie quotidienne comme l’utilisation d’un GPS ou de l’énergie atomique (carburant des étoiles).

Jacques Boulesteix nous fait remarquer qu’il reste encore de nombreuses questions à élucider concernant la matière noire (constituant principal de l’univers) ou les ondes gravitationnelles (dont il reste encore à comprendre la nature). En définitive, nous ne connaissons qu’une partie de la constitution de l’Univers et d’autres théories peuvent expliquer sa création.

En conclusion de cette conférence captivante, notre conférencier par le truchement d’une animation vidéo époustouflante qui simule un voyage à la vitesse de la lumière dans la galaxie où nous remontons l’espace-temps, qui ne s’élargit pas, comme on pourrait le supposer, mais dans lequel l’univers se concentre en un seul amas lumineux !

Une assistance nombreuse et très attentive (photo © CPC)

Cette soirée, alliant science de l’observation et science humaine, fut conclue par un apéritif offert par le Cercle Progressiste aux nombreux participants à cette conférence.

C. Marcarelli

Conseil de territoire : la Dernière Séance…

4 juillet 2022

Voilà, c’est fait : le 1er juillet 2022, les six Conseils de territoire qui subsistaient encore comme un vestige historique des anciennes intercommunalités, maillant tant bien que mal le périmètre géographique des 92 communes de l’actuelle Métropole Aix-Marseille-Provence, ont donc bel et bien disparu : paix à leur âme…

Rappelons quand même au passage que la Métropole en question est dans les limbes depuis des années et opérationnelle depuis le 1er janvier 2016, malgré l’opposition acharnée de tout ce que le territoire compte de petits barons locaux accrochés à leur commune comme la moule à son rocher. Il a donc fallu six ans et une nouvelle disposition législative, en l’occurrence la loi 3DS, adoptée en février 2022, pour que, enfin, disparaissent ces résidus d’un passé révolu, héritages d’un découpage purement politique et devenus totalement obsolètes, sans réelle compétence sinon celles que les maires refusaient obstinément de transmettre à la strate métropolitaine pourtant créée à cette fin et surtout pourvues d’un fort pouvoir de nuisance, au point de pousser la Métropole à s’endetter dangereusement pour financer leurs petits caprices de potentats locaux au détriment de l’intérêt général.

La Métropole Aix-Marseille-Provence vue par le dessinateur Ysope, en 2015…

Bien évidemment, cette n-ième réforme de la métropole marseillaise ne réglera rien dans l’immédiat. On ne change pas par la loi un mode de fonctionnement qui perdure depuis des années et qui ne pourra évoluer que si les mentalités bougent, permettant de passer enfin d’un esprit de chapelle étriqué à une vision territoriale globale, solidaire et prospective.

Toujours est-il que les six Conseils de territoire de notre métropole ont tous tiré le rideau ces derniers jours, après une ultime séance d’adieu qui a eu lieu mercredi 22 juin pour le Pays d’Aix, le temps d’attribuer une dernière salve de subventions pour arroser au maximum avant de transférer la caisse à l’échelon métropolitain, suivie le lendemain par la dernière réunion de celui du Pays de Martigues, toujours sous étiquette communiste, avec ses trois malheureuses communes. Lundi 27 juin, c’était au tour du CT1, celui des 18 communes de l’ancienne Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, de tirer sa révérence, en même temps que celui d’Istres et avant celui d’Aubagne qui clôturait la série le lendemain.

L’amphithéâtre du Pharo, siège des réunions de la Métropole et de feu le Conseil de territoire Marseille-Provence (source © Made in Marseille)

Et pour cette ultime réunion du CT1, dans son amphithéâtre du Pharo, c’est donc le maire de la petite commune de Gémenos, Roland Giberti, grand brûlé de la toute récente législative où il avait été éliminé sèchement dès le premier tour, qui présidait pour la dernière fois ce Conseil de territoire moribond. Une belle cérémonie funéraire à laquelle avaient tenu à assister les 4 anciens présidents de cette instance en perdition. L’ancien maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, était ainsi venu en personne pour égrainer ses vieux souvenirs, rappelant avec raison que c’est son prédécesseur, Gaston Deferre, qui s’était opposé en 1966 et sur la base d’une simple analyse des rapports de forces politiques avec le parti communiste de l’époque, à la création d’une première communauté urbaine, faisant prendre 50 ans de retard à l’agglomération marseillaise par rapport à son homologue lyonnaise notamment. C’est ce même Jean-Claude Gaudin qui s’était retrouvé en 2000 à la tête de la toute nouvelle Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, enfin créée à cette date, mais sur la base d’un périmètre très restreint puisque limité aux 18 communes alors dirigées par la droite, de la Côte bleu jusqu’à La Ciotat, en englobant au passage notre commune de Carnoux-en-Provence…

Dernière séance du CT1, le 27 juin 2022, avec, à la tribune, Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, Roland Giberti, Guy Tessier et Jean Montagnac (photo © Julie Rampal-Guiducci / GoMet)

En avril 2008, alors que la droite était toujours largement majoritaire sur cet ensemble de plus de 1 million d’habitants et que Renaud Muselier s’apprêtait à en prendre la tête avec la bienveillance apparente d’un Jean-Claude Gaudin vieillissant, c’était finalement le socialiste Eugène Caselli qui était élu à la tête de l’institution, à la surprise générale, sauf pour les quelques maires de droite, dont celui de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, qui avaient préféré, pour une fois, voter à gauche, pour respecter le pacte passé avec le Président du Conseil général de l’époque, le socialiste Jean-Noël Guérini, qui lui ouvrait tout grand le chéquier du Département et lui promettait de financer un bel hôtel de ville flambant neuf : Paris vaut bien une messe…

Lors de inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, Eugène Caselli, Joëlle Mélin, Martine Vassal, Christophe Mirmand, Jean-Pierre Giorgi et Jean-Claude Gaudin (photo © CPC)

Le grandiose nouvel hôtel de ville de Carnoux vient d’ailleurs d’être inauguré en fanfare, justement ce samedi 2 juillet 2022, et en présence, comme par hasard d’Eugène Caselli et de Jean-Claude Gaudin. Une belle cérémonie républicaine, en présence du Préfet Christophe Mirmand comme de l’ancien député Bernard Deflesselles et de celle qui vient de le remplacer, Joëlle Mélin, encore un peu plus à droite… La Présidente de la Métropole et du Département, Martine Vassal, qui a largement sorti son chéquier pour financer une bonne partie de ces investissements, au détriment d’autres territoires, a d’ailleurs failli s’étrangler lorsque Jean-Pierre Giorgi a rappelé que cette toute nouvelle construction majestueuse qui écrase le centre ville du haut de son parvis pyramidal, n’aurait jamais vu le jour sans la générosité du regretté Jean-Noël Guérini, toujours sénateur malgré sa récente condamnation en appel à 3 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité…

Jean-Noël Guérini, ici en 2013, alors président du Conseil général des Bouches-du-Rhône (photo ©
Anne-Christine Poujoulat / AFP / France TV info)

Toujours est-il que ce même Eugène Caselli, désormais retiré de la vie politique, n’avait pas de mots assez dur, lors de cette dernière séance du CT1, pour fustiger « les blocages localistes » de la part de ces petits élus locaux pour qui « la création d’entités intermédiaires a été le moyen de privilégier leurs propres intérêts à des logiques métropolitaines » : une critique dans laquelle nos élus locaux désormais à la tête de cette entité en dépit de tout esprit démocratique, de Roland Giberti à Jean-Pierre Giorgi, premier Vice-Président de cette institution avant sa disparition, ont dû quelque peu se reconnaître…

Eugène Caselli, Bernard Deflesselles et Jean-Claude Gaudin à Carnoux le 2 juillet 2022 avec Danielle Milon, maire de Cassis, et Joëlle Mélin, nouvelle députée (photo © CPC)

Le dernier et éphémère président de la Communauté urbaine, l’ancien député Guy Tessier, lui aussi désormais retiré de la vie politique, qui avait déjà enterré cette institution officiellement disparue le 31 décembre 2015, était présent également au Pharo ce lundi 27 juin 2022. De même que l’ancien maire de Carry-le-Rouet, Jean Montagnac, qui lui avait succédé en juillet 2017 et jusqu’en 2020, à la tête du Conseil de territoire, lequel avait donc remplacé l’ex Communauté urbaine malgré la création de la toute nouvelle métropole.

Et le plus cocasse est que cette ultime réunion du CT1 a permis d’entériner, comme si de rien n’était, pas moins de 180 délibérations, sur le tramway, les pistes cyclables ou la rénovation urbaine, à trois jours seulement du premier vrai conseil métropolitain, qui a eu lieu la même semaine, le vendredi 30 juin, au cours duquel quelques 202 délibérations ont été examinées au pas de charge, toujours sans réel débat quant à l’avenir du fonctionnement de la « Métropole de l’An II » comme s’est laissé aller à l’appeler sa présidente, Martine Vassal. Du moins les six président sortants des défunts Conseils de territoire qui ont disparu ce 1er juillet 2022 n’auront-ils pas tout perdu puisque la loi 3DS, dans sa grande mansuétude, leur octroie de fait le titre de vice-présidents de la Métropole, avec une délégation adaptée à leur territoire, ce qui leur permet au passage de conserver leur indemnité supplémentaire de 2139,16 € par mois : c’est l’essentiel ! Les actuels vice-présidents, à l’instar du maire de Carnoux, ont plus de souci à se faire car le cadre législatif n’a rien prévu pour eux, mais gageons que la Métropole ne les oubliera pas…

L. V.

Ce soir à Carnoux, des étoiles dans les yeux…

26 juin 2022

Ce lundi soir, 27 juin 2022 à 18h30, la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien dans la salle du Clos BLANCHETON (derrière la mairie) nous incitera à lever les yeux vers le ciel et à nous plonger dans cet immense cosmos qui nous entoure et qui a, de tout temps, fasciné l’esprit humain.

Du ciel à l’univers, le long cheminement de la pensée humaine, tel est le titre de cette conférence où il sera notamment question de cette longue évolution scientifique et intellectuelle qui a poussé les hommes de toujours à s’intéresser aux étoiles accrochées à la voûte céleste et à leurs mouvements complexes et changeants. Des bergers aux navigateurs, tous ont observé et se sont interrogés, suscitant tant d’interrogations que l’astronomie a pris, dès l’Antiquité la plus ancienne, une place majeure dans la curiosité humaine, devenant rapidement l’une des disciplines scientifiques importantes, où l’intelligence a pu exercer ses talents et faire rapidement progresser la connaissance globale.

Cette conférence sera animée par Jacques BOULESTEIX, astrophysicien, ancien directeur de recherches au CNRS, issu du Laboratoire d’astrophysique de Marseille dont les travaux sont justement à l’honneur dans un article récent publié cette semaine par La Provence.

Car Marseille fait partie de ces lieux où l’astronomie rejoint l’Histoire. C’est de là que serait parti l’explorateur grec Pyhéas, quelques 3 siècles avant J.-C. dans son voyage vers les mers du Nord dont le manuscrit s’est malheureusement perdu au fil du temps, peut-être dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Son périple le long des côtes scandinaves et sans doute jusqu’à celles de la lointaine Islande a permis de découvrir bien des nouveautés à une période où les frontières habituelles du « monde civilisés » s’arrêtaient aux Colonnes d’Hercule, notre détroit de Gibraltar actuel.

Portrait de l’explorateur massaliote Pythéas, par le sculpteur Auguste Ottin, en 1959, sur la façade du palais de la Bourse à Marseille (source © Tourisme Marseille)

Ses observations du soleil de minuit et ses descriptions très précises des marées océaniques qu’il est l’un des premiers à relier aux mouvements de la Lune, feront date. De même d’ailleurs que ces calculs très précis de la latitude terrestre à l’aide d’un gnomon, autrement dit un simple piquet en bois dont il mesure les ombres portées grâce au théorème de Pythagore ! Ses calculs de la latitude de Marseille s’avèrent d’une justesse remarquable pour l’époque, comme le confirmera au XVIIe siècle son lointain successeur, l’astronome français Pierre Gassendi !

Au XVIIe siècle justement, Marseille voit l’édification du premier observatoire dans l’arsenal des galères, sur le Vieux-Port, déplacé peu après dans l’enceinte du collège des jésuites, montée des Accoules. C’est là qu’en 1789 est embauché comme concierge un jeune Marseillais né dans les Hautes-Alpes, du nom de Jean-Louis Pons. Curieux de nature et doté d’une excellente acuité visuelle, il construit sa propre lunette astronomique en observant ses nouveaux collègues.

Jean-Louis Pons, le découvreur de comètes… (source © Aix-Planetarium)

Et en 1801, il découvre ainsi une nouvelle comète ! Il se prend au jeu et finira pas découvrir au total pas moins de 37 comètes, dont 23 depuis Marseille : un record mondial qui ne sera sans doute jamais égalé et qui lui vaut d’ailleurs, d’être nommé directeur adjoint de l’Observatoire impérial de Marseille en 1813…

Un observatoire qui, en 1864 s’est replié sur le site du palais Longchamp pour y être moins gêné par la pollution lumineuse de la Ville, avant que ne soit installé en 1937 le site de Saint-Michel l’Observatoire, en Haute-Provence, à une centaine de kilomètre au nord de Marseille.

Télescope géant au Chili, de 39 m de diamètre, dans le désert d’Atacama (source © Chile excepcion)

Même il faut aller de plus en plus loin de l’activité humaine pour espérer retrouver de nous jours des conditions d’observations correctes de l’Espace… C’est désormais au fin fond du désert d’Atacama, au Chili, que l’Homme installe ses télescopes géants, quand il ne les embarque pas à bord de sondes spatiales pour se rapprocher au plus prêt de la source.

Assurément, le chemin parcouru depuis Pythéas, notre lointain ancêtre massaliote, est long et mérite d’être retracé : ce sera chose faite ce soir à Carnoux, pour cette conférence inédite, tout public et en accès libre : alors, n’oubliez-pas de venir !

L. V.

A Carnoux, on lorgne sur l’Univers…

22 juin 2022

Ne manquez pas la nouvelle conférence proposée par le Cercle Progressiste Carnussien qui aura lieu

Lundi 27 juin à 18h30, à Carnoux,

dans la salle du Clos BLANCHETON (derrière la mairie)

La conférence sera animée par Jacques BOULESTEIX, astrophysicien, ancien directeur de recherches au CNRS

Le thème est le suivant : Du ciel à l’Univers, le long cheminement de la pensée humaine

Que serait la pensée humaine sans cette infime lumière qui nous vient des étoiles ?

C’est dans ce long cheminement de l’astronomie depuis l’antiquité jusqu’aux découvertes les plus récentes que nous entraînera Jacques Boulesteix. La conférence nous montrera comment la découverte d’un Univers en mouvement a bouleversé nos connaissances et notre imaginaire. Étoiles, nébuleuses, galaxies, big bang, mirages gravitationnels, trous noirs, masse noire, expansion, c’est un voyage de 25 siècles d’observations et de connaissances dans notre Univers âgé de presque 14 milliards d’années.

Nous vous attendons nombreux pour cette soirée tout public et en accès libre.

Carnoux s’est donc choisi une députée d’extrême droite…

20 juin 2022

Bien sûr, c’était couru d’avance au vu des résultats locaux de la présidentielle qui s’était déroulée en avril dernier : à moins d’un miracle ou d’un sursaut des nombreux abstentionnistes, le Rassemblement national avait toutes les chances d’arriver en tête du second tour des législatives dans la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, outre Carnoux, les deux grandes villes de l’Est marseillais, Aubagne et La Ciotat, ainsi que plusieurs communes de moindre importance, à savoir, Cassis, Gémenos, La Penne-sur-Huveaune, Roquefort-La Bédoule, Ceyreste et Cuges-les-Pins. Déjà au premier tour de la présidentielle, le 10 avril 2022, plus de 50 % des électeurs de la circonscription qui s’étaient déplacés au bureau de vote, avaient choisi un bulletin en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan…


Joëlle Mélin, nouvelle députée de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (source © Europeen Union 2019 / Flickr)

Avec un peu plus de 14 000 voix exprimées en sa faveur, Jean-Luc Mélenchon finissait à une troisième place très honorable, sur la circonscription comme à l’échelle nationale, mais on se doutait bien que son score local de 23,8 % serait un peu court pour que son candidat, même estampillé Nouvelle union populaire écologique et sociale, puisse espérer finir en tête à l’issue de ce second tour des législatives. Déjà sa qualification à l’issue du premier tour, la semaine dernière, s’était faite sur le fil, le jeune candidat de la France insoumise, Lucas Trottmann engrangeant à peine 470 voix de plus que l’expérimenté référent départemental de la République en marche, le Cassiden Bertrand Mas-Fraissinet.

Lucas Trottmann (au centre), le candidat malheureux de la NUPES le 15 juin 2022 à Gémenos, entre les deux tours des législatives (photo © Marius Rivière / Marsactu)

Cette qualification inespérée pour le second tour était de bonne augure, dans une dynamique plutôt favorable aux idées de la gauche, pour une fois unie. Mais cela n’aura pas suffi pour battre la candidate du Rassemblement national, une Joëlle Mélin déjà député européen et pourtant usée par ses multiples candidatures à à peu près toutes les élections locales depuis une petite trentaine d’années… Mais les électeurs ont exprimé une certaine constance en la plaçant largement en tête de ce second tour des législatives, avec plus de 58,6 % des suffrages exprimés.

Même si la participation n’a pas été davantage au rendez-vous que lors de la présidentielle, moins d’un électeur sur deux ayant fait l’effort de se déplacer, encore moins qu’au premier tour de ces législatives, Joëlle Mélin a incontestablement fait un très bon score avec plus de 23 500 voix exprimées en sa faveur, moins que ce qu’avait recueilli Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2022 sur cette même circonscription, mais deux fois plus que son score du premier tour, ce qui traduit un très net report de voix en sa faveur de nombre d’électeurs de droite qui, pour rien au monde, n’accepteraient de glisser dans l’urne un bulletin de la France insoumise !

La victoire du RN dans notre circonscription est donc sans appel, Joëlle Mélin réussissant même l’exploit de l’emporter largement dans chacune des 9 communes de la circonscription. Un grand chelem qui en dit long sur l’influence désormais majoritaire des idées d’extrême droite sur notre secteur… Bien sûr, il subsiste des disparités d’une commune à l’autre, mais, pour une fois, c’est Cassis qui se distingue en donnant le meilleur score à la candidate RN qui l’emporte avec 72,4 % des suffrages exprimés, Joëlle Mélin faisant plus que tripler son nombre de voix entre les deux tours, une bonne partie des électeurs de Roland Giberti et de Bertrand Mas-Fraissinet la préférant manifestement à son challengeur de gauche.

C’est à peu près le même scénario qui s’est produit dans toutes les communes, y compris à Carnoux où Joëlle Mélin recueille 68,7 % des suffrages et double son nombre de voix par rapport au premier tour. Pourtant, le candidat de gauche, Lucas Trottmann est loin d’avoir démérité, lui qui est crédité à Carnoux de 31 % des suffrages exprimés et qui améliore nettement son score entre les deux tours.

Des législatives boudées par les électeurs, comme en 2017 (photo © Jacques Witt / SIPA / 20 minutes)

Ailleurs, les écarts sont plus serrés entre les deux candidats mais Joëlle Mélin dépasse quand même les 60 % à Gémenos, Ceyreste comme à Cuges et frôle cette barre à Roquefort-La Bédoule. Même dans les anciens bastions communistes d’Aubagne, La Ciotat ou La Penne-sur-Huveaune, elle dépasse largement les 54 % et augmente sensiblement son nombre de voix entre les deux tours.

Cette victoire d’un élu RN dans notre circonscription est loin d’être isolée puisque ce sont pas moins de 89 députés RN qui vont ainsi faire leur entrée à l’Assemblée nationale, là où ils n’étaient que 8 en 2017. Pour la première fois depuis 1986, date à laquelle le FN avait réussi à faire élire 35 députés grâce à l’instauration de la proportionnelle, le RN disposera ainsi d’un groupe parlementaire puissant, plus étoffé même que celui de la France insoumise qui a pourtant réalisé un très beau score en remportant pas moins de 75 sièges, tandis que le Parti socialiste, en sein de la NUPES en gagne 27, les écologistes 16 (juste assez pour former enfin un groupe parlementaire) et le PC 12.

Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon perd son pari un peu fou d’obtenir la majorité qui lui aurait permis de briguer ce fameux poste de Premier ministre. Mais le revers est nettement plus sévère pour la coalition présidentielle qui, malgré ses 245 députés fraîchement élus, perd donc sa majorité absolue au Palais Bourbon. Le gouvernement d’Élisabeth Borne, qui a perdu au passage trois de ses ministres dans la bataille électorale, dont son poids lourd, Amélie de Montchalin, devra nécessairement s’appuyer sur une partie des 64 députés LR qui siégeront dans la nouvelle assemblée, ce qui augure a priori d’un durcissement des politiques déjà nettement néolibérales mises en œuvre par Emmanuel Macron.

Des élections désastreuses pour Emmanuel Macron : un dessin signé Oli

Ce dernier aura sans doute fort à faire avec ses deux oppositions majeures, celle de la gauche et celle de l’extrême-droite, avec lesquelles il lui sera sans doute bien difficile de trouver des compromis, vu leurs divergences d’idées. Les deux sortent fortement renforcées de cet épisode électoral, y compris dans notre région. Ainsi, dans les Alpes de Haute-Provence, les deux sièges reviennent au RN et à la France insoumise, dont le candidat, Léo Walter, élimine Christophe Castaner. Dans les Hautes-Alpes en revanche, les deux députés élus sont issus du parti présidentiel. Dans les Alpes-Maritimes, LR sauve les meubles en réussissant à faire élire 5 députés dont Eric Ciotti, tandis que le RN remporte 2 sièges, le dernier revenant à la coalition présidentielle. Dans le Var, le RN remporte haut la main 7 des 8 circonscriptions, la dernière échouant au camp présidentiel. Dans le Vaucluse, également, 4 des 5 sièges en lice reviennent au RN, le dernier étant remporté, de justesse par un candidat macroniste.

En région PACA, une forte poussée du RN (en bleu foncé), les candidats LR (bleu roi) ne résistant que dans le 06, ceux de la NUPES (rouge) et de LREM (violet) se partageant le reste (source © France 3 Régions / Flourish)

Quant aux Bouches-du-Rhône, sur les 16 circonscriptions en jeu, le RN en a quand même remportées 6, dont une à Marseille même, tandis que la République en Marche a réussi a faite élire 6 de ses candidats, dont le nouvellement rallié Lionel Royer-Perreaut. Enfin, la NUPES a obtenu 4 sièges dont celui du communiste Pierre Dharréville facilement réélu à Martigues tandis que Manuel Bompard récupérait, les doigts dans le nez, l’ancien fauteuil de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat malheureux Lucas Trottmann, qui était son assistant au Parlement européen, arrivera peut-être à conserver son poste lorsqu’il rejoindra les bancs de l’Assemblée nationale : tout n’est pas perdu…

L. V.

RN : l’extrême droite qui inquiète…

15 juin 2022

On a déjà connu pareille situation au soir du 21 avril 2002, lorsque, à la surprise générale, le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, s’était qualifié pour le second tour des élections présidentielles, devançant le Premier ministre sortant, Lionel Jospin, pourtant porteur d’un bilan plus qu’honorable. A l’époque, de nombreux citoyens, y compris à Carnoux, étaient descendu dans la rue pour clamer leur indignation et marquer leur attachement à un régime républicain modéré dans lequel l’extrême droite, de sinistre mémoire, n’a pas sa place. Le 1er mai 2002, on dénombrait ainsi entre 1 et 2 millions de manifestants qui affichaient ouvertement leur refus de voir le Front National arriver au pouvoir.

Manifestation contre le Front national le 1er mai 2002, ici à Grenoble, rassemblant environ 60 000 personnes, soit un tiers des habitants de la ville ! (source © Le Dauphiné libéré)

Entre les deux tours des présidentielles de 2002, la quasi totalité des responsables politiques avaient affiché sans ambiguïté leur rejet de l’extrême droite et appelé à voter contre Jean-Marie Le Pen, à l’exception du dissident d’extrême droite d’alors, Bruno Megret, et, accessoirement, d’Arlette Laguiller, leader de Lutte ouvrière, qui renvoyait dos à dos les deux prétendants. En dehors de ces quelques extrémistes très éloignés des valeurs démocratiques, un consensus émerge alors clairement pour ne pas laisser la France s’embarquer dans une aventure à rebours de ses traditions républicaines, et Jacques Chirac avait été réélu dans un fauteuil le 5 mai 2002, avec 82,21 % des suffrages exprimés.

Vingt ans plus tard, le Front national a disparu et son héritière, Marine Le Pen, a tout fait pour banaliser l’image de son parti d’extrême droite, devenu le Rassemblement national, mais qui reste ouvertement attaché à la préférence nationale et à un pouvoir fort dans lequel les notions de liberté individuelle, d’égalité républicaine et de solidarité passent au second plan. Élection après élection, ce parti n’a cessé de recueillir des scores de plus en plus élevés, sa présidente se plaçant comme challenger au second tour des deux dernières élections présidentielles, en 2017 comme en 2022, avec un nombre de suffrages croissant, comme si de plus en plus de Français finissaient par être séduits par ce discours radical et xénophobe.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du débat des présidentielles de 2022 (photo © Jacques Witt / SIPA / DNA)

Depuis des années, les électeurs de gauche se sont toujours érigés en gardiens des valeurs républicaines pour voter contre les candidats RN, quitte à voter en se pinçant le nez pour des candidats de droite pour lesquels ils n’avaient guère d’affinités. On a ainsi vu à deux reprises, en 2015 comme en 2021, les candidats de gauche aux élections régionales en région PACA, pourtant dûment qualifiés pour le second tour, se retirer volontairement de la compétition électorale pour faire barrage au Front national, sous les remerciement polis et les ricanements retenus, de leurs adversaires de droite qui se frottaient les mains devant tant d’abnégation.

Et voila que pour ce deuxième tour des législatives 2022, on se retrouve pour une fois dans une situation un peu différente. Les partis de gauche, socialistes, écologistes, insoumis et communistes ayant réussi, une fois n’est pas coutume à mettre de côté leurs petites divergences pour présenter enfin des candidatures unies, comme la droite le fait depuis des années, voila que le paysage politique a subrepticement changé… On assiste ainsi, à l’échelle nationale, à pas moins de 63 duels au second tour prévu ce dimanche 19 juin qui opposeront un candidat d’extrême droite, généralement estampillé RN, à un candidat de gauche, pour l’essentiel porteur de l’étiquette NUPES (Nouvelle union populaire écologiste et solidaire).

Carte des circonscriptions avec mention des candidats arrivés en tête à l’issue du premier tour le 12 juin 2022 (infographie © Le Parisien)

Cela représente plus de 10 % des circonscriptions en jeu, et le phénomène est donc loin d’être négligeable, même s’il reste très minoritaire par rapport au cas de figure le plus répandu de ce second tour qui verra dans 276 circonscriptions, soit la moitié de celles qui restent en lice, s’affronter un candidat de l’alliance de gauche à un représentant du parti présidentiel Ensemble ! Même les duels entre Ensemble ! et le RN sont plus nombreux puisqu’on en dénombre plus d’une centaine sur l’ensemble du territoire national, tandis que 18 circonscriptions verront s’opposer un candidat Les Républicains à un candidat RN. Une situation assez inédite par rapport aux législatives précédentes de 2017 où les seuls candidats FN qui s’étaient maintenus au second tour avaient tous pour adversaire un candidat de La République en Marche, le parti d’Emmanuel Macron. Il y a six ans, ces candidats d’extrême droite qualifiés pour le second tour des législatives n’étaient qu’une centaine alors qu’ils sont plus du double cette année, ce qui confirme, s’il en était besoin, la progression incontestable des idées d’extrême droite dans notre pays !

Toujours est-il que cette confrontation attendue dans plus de 60 circonscriptions, au second tour des législatives 2022, entre la gauche et l’extrême droite interpelle directement les électeurs de droite et du centre-droit qui n’avaient quasiment jamais été confrontés à ce cas de figure jusqu’à présent. Une situation qui concerne notre territoire puisque c’est celle de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui opposera Joëlle Mélin à Lucas Trottmann, mais aussi celle de la 10° circonscription voisine, sur Gardanne et Allauch, où le RN est en tête face à la candidate NUPES Marina Mesure. Une configuration que l’on retrouve également à Martigues où le député communiste sortant, Pierre Dharréville est opposé à un candidat RN, de même qu’à Arles où le RN est en tête face au socialiste Christophe Caillault, de même que dans deux circonscriptions marseillaises où les candidats NUPES, Mohamed Bensaada et Sébastien Delogu, affronteront aussi un membre du RN dimanche prochain.

Joëlle Mélin et Lucas Trottmann lors d’un débat organisé par La Provence avant le premier tour des législatives 2022 (source © La Provence)

Et voila que brusquement les responsables politiques de droite comme du parti présidentiel se font bien silencieux pour conseiller leurs électeurs dans ce dilemme, oubliant toute notion de front républicain dont ils ont pourtant largement profité depuis des années. De crainte sans doute de froisser leurs ouailles qui penchent de plus en plus ouvertement vers les idées du Rassemblement national, la plupart d’entre eux se gardent bien de prendre parti, ne voulant pour rien au monde être taxés de sympathie pour des valeurs de gauche, quitte à laisser l’extrême droite investir en nombre les bancs de l’Assemblée nationale.

Même du côté d’Emmanuel Macron, pourtant lui-même issu des rangs du Parti socialiste (on finirait presque par l’oublier…) et qui s’est longtemps targué de vouloir être « en même temps » de gauche et de droite, le discours est pour le moins ambigu. « Aucune voix ne doit manquer à la République » a-t-il ainsi lancé de manière martiale mardi 14 juin, sur le tarmac de l’aéroport d’Orly avant de s’envoler pour une réunion de l’OTAN en Roumanie, comme si glisser dans l’urne un bulletin qui ne porterait pas la mention Ensemble ! serait une atteinte grave à nos valeurs républicaines…

Allocution d’Emmanuel Macron devant l’avion présidentiel, le 14 juin 2022 (photo © Reuters / JDD)

Élisabeth Borne elle-même avait largement entretenu la confusion au soir du premier tour en renvoyant dos à dos le RN et la NUPES, évoquant une « confusion inédite entre les extrêmes », avant de revenir sur ses déclarations à l’emporte-pièce et fixer comme ligne : « ne jamais donner une voix à l’extrême droite » tandis que son ministre Clément Beaune appelait encore plus clairement à privilégier les candidats de gauche à ceux du RN. Reste à savoir comment les électeurs qui ont voté au centre ou à droite lors du premier tour se positionneront dimanche prochain : préféreront-ils se faire représenter à l’Assemblée par un député d’extrême droite ou par un représentant de la gauche républicaine ? Réponse dimanche soir…

L. V.

A Carnoux, un candidat de gauche au deuxième tour !

13 juin 2022

Il y a bien longtemps que cela n’était pas arrivé ! Pour la première fois depuis des années, les habitants de la très droitière commune de Carnoux-en-Provence vont avoir la possibilité de voter pour un candidat de gauche au deuxième tour d’une élection… Qui plus est, pour des législatives, alors que la ville reconduit sans interruption depuis près de 25 ans l’inamovible député conservateur Bernard Deflesselles, réélu de justesse en 2017 grâce justement aux électeurs frontistes de Carnoux : voila une sacré révolution locale !

Joëlle Mélin, candidate du Rassemblement national, arrivée en tête à l’issue du premier tour (source © La Provence)

Certes, la candidate du Rassemblement national, Joëlle Mélin est arrivée largement en tête à Carnoux où elle frôle la barre des 31 %, comme sur l’ensemble de la circonscription où elle est à près de 25 %. Une situation qui n’a plus rien d’étonnant dans une zone où l’extrême droite est désormais bien ancrée dans le paysage politique et habituée des gros scores électoraux. Au premier tour de la Présidentielle, il y a un peu moins de deux mois, Marine Le Pen avait remporté plus de 35 % des suffrages exprimés sur l’ensemble de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, auxquels s’ajoutent les 14,2 % obtenus par son rival d’extrême-droite, Eric Zemmour, et encore les 2,8 % de celui qui s’était un temps positionné comme futur premier ministre en cas de victoire du Front national, Nicolas Dupont-Aignan…

Lucas Trottmann, candidat de la gauche unie sous la bannière de la NUPES, qualifié pour le second tour (source © Twitter)

Pour autant, c’est bien un candidat de gauche, qui plus est un parfait inconnu, tout jeune militant de la France insoumise, attaché parlementaire du député européen Manuel Bompard, qui a réalisé l’exploit de se qualifier pour le second tour avec 21,56 % des suffrages exprimés. Avec 470 voix d’avance sur le candidat macroniste, le cassiden référent départemental de la République en Marche, Bertrand Mas-Fraissinet, le représentant de la Nouvelle union populaire écologiste et solidaire (NUPES), Lucas Trottmann, aura donc l’insigne honneur de représenter au second tour, dimanche prochain, les valeurs républicaines de solidarité et de citoyenneté face à la candidate d’extrême-droite.

Certes, ce ne sont pas les électeurs carnussiens qui l’ont placé dans cette situation, eux qui lui ont préféré, outre le candidat du clan présidentiel, le notable du coin, étiqueté Les Républicains, maire de Gémenos et proche des principaux élus locaux du secteur, le vieillissant Roland Giberti. Arrivé en quatrième position sur l’ensemble de la circonscription avec à peine plus de 15,5 % des voix, le maire de Gémenos rate complètement sa campagne des législatives et devra donc se contenter de ses autres mandats locaux, lui qui va perdre aussi, le 1er juillet prochain, son statut de président du Conseil de territoire de Marseille-Provence.

Pour Roland Giberti, un incontestable échec malgré la débauche d’affiches et le soutien unanime des élus locaux… (photo © CPC)

Ce scrutin constitue en tout cas un sérieux revers pour le parti présidentiel qu’on ne sait d’ailleurs plus très bien comment appeler. Avec seulement 25,7 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, à égalité avec la gauche rassemblée au sein de la NUPES, rarement un Président de la République fraîchement réélu, n’avait obtenu un score aussi riquiqui, 2 mois seulement après sa reconduction pourtant sans appel. Rien n’indique d’ailleurs qu’Emmanuel Macron pourra s’appuyer, à l’issue du second tour, prévu le 19 juin, sur une majorité à l’Assemblée nationale où l’on devrait compter de nombreux députés de gauche, et notamment de la France insoumise qui se sont taillés la part du lion lors des discussions pré-électorales avec les Verts, les Communistes et ce qui reste du Parti socialiste. Symboliquement d’ailleurs, parmi les 5 députés élus dès le premier tour figurent 4 députés de la France insoumise, dont Alexis Corbière, facilement réélu dès ce dimanche avec plus de 62 % des voix.

Sur l’ensemble des 16 circonscriptions des Bouches-du-Rhône, il est d’ailleurs remarquable de constater que les candidats de la NUPES se sont qualifiés pour le second tour dans 10 d’entre elles, dont 5 où ils virent en tête avec de fortes chances d’élection. Par comparaison, les candidats étiquetés Ensemble !, la coalition présidentielle, ne figurent au second tour que dans 9 circonscriptions (dont 5 où ils sont en pole position) et ceux du RN dans 12 circonscriptions (dont 6 où ils sont en tête). Plus étonnant, on dénombre pas moins de 7 circonscriptions où les candidats d’Emmanuel Macron n’ont pas réussi à se qualifier pour le second tour (en comptant néanmoins celle de Marignane où ils n’avaient présenté personne face au candidat LR Eric Diard).

Carte des circonscriptions où le parti présidentiel est arrivé en tête (violet foncé) ou est qualifié (violet clair) à l’issue du premier tour des législatives : une situation nettement moins favorable qu’en 2017 pour Emmanuel Macron ! (source © France TV info)

Assurément le second tour réservera peut-être quelques surprises, surtout si les Français se ressaisissent et retrouvent le chemin des isoloirs, eux qui ont majoritairement renoncé à aller voter en ce 12 juin 2022 qui restera marqué par une abstention massive de plus de 50 %, dépassant même les 55 % à Carnoux dont la population, majoritairement âgée et conservatrice, s’enorgueillissait jusque là d’accomplir avec assiduité son devoir électoral. Avec un tel taux d’abstention, tout est possible et les pronostics pour le second tour paraissent bien incertains.

Pas moins de 15 candidats pour ces législatives du 12 juin 2022 dans la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (photo © CPC)

En toute logique, si les électeurs macronistes et tous ceux qui se sont dispersés sur les multiples petites listes écologistes, régionalistes ou soi-disant socialistes décidaient de faire barrage à l’extrême droite et se reportaient en masse sur le candidat de la gauche unie, Lucas Trottmann, ce dernier aurait une sérieuse chance de l’emporter la semaine prochaine. Il n’en reste pas moins que le jeu sera serré et que, au vu du rapport de force observé lors des récents scrutins, la candidate du rassemblement national part incontestablement favorite pour ce second tour à l’issue duquel la circonscription d’Aubagne et de La Ciotat, deux villes historiques de la ceinture rouge marseillaise, risquent fort de se retrouver représentées par un député d’extrême droite. Sauf à ce que les abstentionnistes du premier tour et les républicains dans l’âme sortent de leur torpeur et se décident à remplir leur devoir de citoyen…

L. V.

Législatives : des candidats trouble-fête ?

5 juin 2022

Dimanche prochain, 12 juin 2022, aura donc lieu le premier tour des élections législatives en France. Une échéance qui ne semble guère passionner les Français, à l’exception notable de ceux qui se sont portés candidats ! Et ils sont nombreux… Le ministère de l’Intérieur a en effet enregistré pas moins de 6 293 candidatures officielles pour pourvoir les 577 sièges de députés, ce qui fait en moyenne près de 11 candidats par circonscription. C’est moins qu’en 2017 où ils étaient 7 882 à se présenter aux suffrages des Français, mais cela traduit quand même une inflation des candidatures qui ont littéralement explosé au cours des 25 dernières années : en 1988, pour le même nombre de circonscriptions à pourvoir, on comptait moins de 2 800 candidats !

Un dessin signé Phil, publié en 2020 (source © DNA)

Dans la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui englobe 9 communes de l’est marseillais, dont Aubagne, La Ciotat et, bien sûr, Carnoux-en-Provence, ce sont ainsi pas moins de 15 candidatures qui ont été dûment enregistrées en Préfecture… Tous ne feront même pas l’effort d’imprimer des affiches ou des professions de foi, et certains d’entre eux n’ont d’ailleurs aucunement l’intention de faire campagne. Sur le site du ministère de l’Intérieur qui recense l’ensemble des candidats à l’échelle nationale, on note ainsi que 4 d’entre eux n’ont même pas réussi à rédiger un simple tract à diffuser en ligne via les outils numériques pourtant largement mis à disposition de tous !

C’est notamment le cas de Laurence Leguem, ex élue du Rassemblement national à Roquefort-La-Bédoule et à la Région, qui se présente désormais sous l’étiquette de Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour et qui a néanmoins collé ses affiches sur les panneaux électoraux et a même tenu une réunion publique à Carnoux, le 26 mais dernier. C’est aussi le cas du candidat de Lutte ouvrière, François Otchakovsky– Laurens, maître de conférence en histoire médiévale, qui se présente à chaque élection sans jamais atteindre 1 % des suffrages, mais aussi du consultant en bien-être au travail, Simon Lachique, étiqueté écologiste, ou d’une certaine Amélie Drugeon, classée par la Préfecture Divers centre : on ne saurait être plus vague…

Les autre candidats, qui ont au moins fait l’effort de préparer un document pour tenter d’expliciter les raisons de leur présence, n’ont, pour la plupart d’entre eux, pas le moindre espoir d’atteindre le second tour où, au vu des règles du jeu et du taux d’abstention vraisemblablement élevé attendu, seuls deux candidats peuvent espérer se qualifier. Gageons, sans beaucoup de risque de se tromper qu’il en sera ainsi pour le Parti animaliste, qui a pourtant choisi, dans notre circonscription de se présenter sous les couleurs d’un lapin des plus mignons, quitte à passer sous silence le nom du candidat local…

Extrait de la profession de foi de Daniel Cambo (Parti animaliste)

Citons également parmi ces candidatures de témoignage appelée à ne pas dépasser, au mieux, quelques pourcents des suffrages exprimés, celle du Parti ouvrier indépendant démocratique, dont le seul objectif est de grappiller des voix au candidat de la France insoumise qu’il ne juge pas assez révolutionnaire à son goût, ou encore celle de Debout la France !, le parti de Nicolas Dupont-Aignan, prétendument gaulliste mais qui se serait bien vu Premier ministre de Marine Le Pen…

En réalité, la plupart de ces petits partis qui présentent ainsi un peu partout des candidats inconnus sans se lancer dans une campagne très active, ne cherchent pas à faire élire des députés à l’Assemblée mais simplement à engranger des subsides électoraux. Rappelons en effet que, depuis la mise en place du financement public des partis politiques en 1988, un parti qui présente aux législatives plus de 50 candidats ayant obtenu au moins 1 % des voix touche du Trésor public une manne de 1,64 € par suffrage exprimé en sa faveur et ceci pour les 5 ans à venir jusqu’aux prochaines législatives. Si en plus, la formation politique en question arrive à décrocher un siège de député, elle recevra de surcroît un chèque de 37 402 € supplémentaire chaque année. C’est bien entendu rarement le cas pour ces petits partis qui se contente généralement du premier niveau de financement, lequel représente quand même près de 32 millions d’euros par an et qui explique largement pourquoi on assiste à une telle inflation de micro-partis en France : 589 partis officiellement enregistrés actuellement ! On est loin du risque de parti unique qui menace certains régimes soi-disant démocratiques…

Bien entendu, on trouve aussi parmi ces candidats aux prochaines législatives des personnalités qui s’engagent en dehors de toute formation politique pour défendre des convictions personnelles, ce qui laisserait penser que la multiplication des partis politiques n’est finalement pas un gage de pluralité démocratique. Il semble que ce soit le cas, pour ces prochaines élections et sur notre circonscription, du candidat régionaliste et écologiste Jean Reynaud, fervent défenseur de l‘Huveaune, ou d’un certain Aurélien Michel, pilote de l’armée de l’air, qui prétend défendre un engagement en faveur de la transition écologique.

Extrait de la profession de foi de Jean Reynaud (Oui la Provence)

Difficile de faire le tri, pour ce type de candidatures, entre ce qui relève de la volonté de faire avancer le débat et de la simple ambition personnelle de se faire un nom et… de perturber le jeu électoral. Comment en effet classer la candidature de ce Rébia Bénarioua, ancien conseiller départemental très proche de Jean-Noël Guérini, qui se présente comme socialiste alors qu’il a été exclu en 2015 du Parti socialiste, lui qui était déjà candidat dissident en 2012 dans les quartiers nord de Marseille ? Une dissidence qui existe à droite également avec cette candidature de Giovanni Schipani, ex-adjoint au maire d’Aubagne, proche de Sylvia Barthélémy et qui se présente sans étiquette, lui qui avait écopé fin 2019, d’un rappel à la loi dans une sordide affaire d’agression sexuelle.

Une telle profusion de candidatures ne pourra bien entendu que troubler les électeurs suffisamment motivés pour se rendre aux urnes dimanche prochain. En 2017, lors des dernières législatives, qui voyaient déjà s’affronter 15 candidats dans notre circonscription, 6 d’entre eux avaient obtenu moins de 1 % des suffrages exprimés et 4 avaient recueilli entre 1 et 2 % des voix, les 4 derniers obtenant entre 15 et 30 % des suffrages. Il en sera probablement de même en 2022, seuls 4 candidats ayant a priori une chance significative de se qualifier pour le second tour.

Extrait de la profession de foi de Joëlle Mélin (RN)

C’est le cas a priori de la candidate du Rassemblement national, Joëlle Mélin, dont le suppléant, Hervé Itrac avait fini à un peu plus de 18 % en 2022 alors que Marine Le Pen était à 35 % au premier tour de la présidentielle sur l’ensemble de la circonscription en avril 2022.

Extrait de la profession de foi de Bertrand Mas-Fraissinet (LREM)

Ce sera aussi probablement le cas du candidat de la majorité présidentielle, Bertrand Mas-Fraissinet, dont le parti vient d’obtenir localement 28 % à la présidentielle alors que son candidat était à 30 % au premier tour des dernières législatives.

Extrait de la profession de foi de Roland Giberti (LR)

Le maire de Gémenos, Roland Giberti, qui se présente pour cette élection avec l’étiquette Les Républicains, en lieu et place du député sortant, Bernard Deflesselles, compte sur l’appui des notables du secteur pour espérer atteindre le second tour, sachant que son prédécesseur en 2017 avait péniblement atteint 24 % à l’issue du premier tour et que son parti est en pleine déconfiture à l’issue de la présidentielle, même s’il peut compter sur sa bonne notoriété locale et sur le conservatisme de son électorat.

Extrait de la profession de foi de Lucas Trottmann (NUPES)

Inversement, le candidat de La France insoumise, Lucas Trottmann, qui se présente sous l’étiquette de la Nouvelle union populaire, écologiste et solidaire, espère compenser son manque de notoriété locale par une dynamique porteuse en faveur d’une union de la gauche qui n’existait pas en 2017, les candidats en lice n’ayant alors obtenu, à eux trois, que 19,4 % des suffrages, alors qu’au premier tour de la présidentielle, en avril 2022, Jean-Luc Mélenchon frôlait la barre des 24 % sur l’ensemble de la circonscription. Résultat du scrutin, le 12 juin au soir…

L. V.

Gratuité des transports : une avancée sociale et écologique

3 juin 2022

L’association Carrefour Citoyen de Roquefort-la-Bédoule a organisé le 19 mai 2022 au Centre André Malraux une conférence présentée par Maurice Marsaglia, président de l’association Se déplacer en liberté (ASDEL), intervention intitulée « Gratuité des transports : avancée sociale et écologique ? » , suivie d’un échange avec l’assistance.

En Introduction, Maurice Marsiglia précise le contexte : la disparition des Conseils de territoire, entités transitoires maintenues au sein de la Métropole Aix-Marseille-Provence, et notamment celle du conseil de territoire du Pays d’Aubagne et de l’Étoile qui assurait la totalité du financement des transports en commun, pose la question du maintien de leur gratuité dans l’aire locale.

Une réunion publique sur ce sujet est d’ailleurs prévue le 3 juin 2022 salle Reynaud à Roquevaire.

Désormais, le financement des transports en commun sur l’ensemble de son territoire relève de la Métropole. Or cette dernière, par la voix de sa présidente Mme Martine Vassal, s’est positionnée défavorablement sur la gratuité des transports en commun, position partagée par l’opérateur RTM (Régie des Transports Métropolitains).

L’objectif des associations citoyennes locales vise à pérenniser la gratuité et aussi à l’étendre à l’ensemble de la Métropole.

Le conférencier, Maurice Marsaglia, président de l’association Se déplacer en liberté (source © CPC)

Quelques constats chiffrés

Avant 2009, date de l’instauration de la gratuité dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, les entreprises contribuaient pour le transport à hauteur de 0,6 %. Depuis 2009, la population ayant dépassé le seuil des 100 000 habitants, et en 2014 le tramway ayant été installé, le taux a été augmenté pour atteindre 1,6 %. Les entreprises adhèrent d’autant plus qu’elles sont tenues de rembourser 50 % des frais des déplacements de leurs employés en transports en commun.

Rappelons que pour les transports en commun pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, 7 % du coût (billetterie) était à la charge des usagers et 93 % à celle de la collectivité. A Marseille, la part financée par les usagers oscille entre 25 et 30 %, et pour la Métropole il est évalué à 20 %,

Bus gratuit à Aubagne (source © Banque des Territoires)

La mise en place de la gratuité a eu deux effets positifs :

– l’augmentation de plus de 200 % de la fréquentation des transports en commun

– la diminution de la pollution urbaine due aux véhicules thermiques. Une étude récente du Sénat évalue à plus de 100 millions d’euros le coût sanitaire de cette pollution urbaine : maladies cardiaques, respiratoires entraînant environ 50 000 décès par an en France et près de 5 000 en région PACA !

Quel est l’impact de la gratuité ?

Il est d’abord humain. Selon les familles concernées, le gain de pouvoir d’achat mensuel est compris entre 45 et 50 €. En termes de fonctionnalité, la gratuité à permis d’enregistrer une fréquentation qui est passée de 2 millions de trajets par an en 2009 à 6 millions de trajets annuels en 2017-2018. Cette augmentation a aussi été enregistré dans d’autres villes qui ont adopté cette mesure (Dunkerque, Niort …). On observe que des familles ont fait le choix de ne garder qu’une voiture.

On enregistre aussi une hausse de la fréquentation intergénérationnelle ainsi que de la convivialité et la disparition des fraudes. L’offre de transport s’est accrue avec une hausse des fréquences et un élargissement des plages horaires. Cela a été rendu possible par des créations d’emplois d’agents, dont des chauffeurs. Enfin, l’impact a aussi été constaté sur le tourisme.

Mais ce qui est aussi sensible, c’est l’impact écologique. Moins de véhicules thermiques circulent et en 2024-2025, la mise en place de zones à faibles émissions va interdire l’usage des véhicules les plus polluants (vignettes 4 et 5).

En France, plus de 35 communes ont instauré la gratuité des transports en commun. Certaines limitent la gratuité aux week-ends. Sur le territoire de la Métropole, il n’existe qu’un seul opérateur, la RTM, ce qui devrait favoriser la mise en œuvre de la gratuité.

Une assemblée peu nombreuse mais attentive pour cette conférence (source © CPC)

Quelles pistes pour une gratuité sur l’ensemble de la métropole ?

L’association Se Déplacer en Liberté a travaillé avec les élus. Cependant se pose la question du financement. Le coût évalué par l’association est de 120 millions d’euros alors que la Métropole l’évalue à 200 millions d’euros ! Si la Métropole participe par une subvention d’équilibre, on peut envisager des subventions d’État, de la Région et de l’Europe.

Les transports en commun ne résoudront cependant pas tous les problèmes. Ainsi se pose la question de la création d’aires de stationnement pour les véhicules, condition pour permettre aux habitants des zones péri-urbaines désireux de rejoindre les lignes de transports en commun. Vaste sujet quand on sait qu’actuellement certaines villes en sont privées dont Carnoux-en-Provence.

Toutes ces questions méritent un large débat public organisé par bassins d’emplois et par bassins de vie. Puisse cette réunion d’information contribuer à un changement de point de vue des élus de la Métropole.

MM

Quelques références :

Rapport du Sénat

Travaux de Maxime Huré rapportés dans un magazine d’urbanisme

De nouveaux radars dans le collimateur…

26 mai 2022

La ville de Marseille est l’une des agglomérations urbaines où la vidéosurveillance est particulièrement développée avec près de 1600 caméras déployées sur l’ensemble du territoire communal et un centre de vidéosurveillance à la pointe du progrès. L’ancienne municipalité envisageait même d’y mettre en œuvre un dispositif inspiré des méthodes de flicage israélien, déjà testé à Nice, et qui consiste à exploiter en direct les vidéos postées par des citoyens vigilants et prompts à dénoncer tout comportement potentiellement suspect. Un dispositif de vidéosurveillance, qui en réalité, sert principalement à traquer les infractions au code de la route, tout comme d’ailleurs dans plusieurs autres villes de l’agglomération, à l’image de Carnoux, où sont déjà en service une quarantaine de caméras sur la voie publique, ou encore Cassis qui en compte actuellement 85 pour 7200 habitants, un record national !

A Carnoux comme dans de nombreuses villes, les caméras servent surtout à la verbalisation des infractions routières (photo © CPC)

Mais ce dispositif n’est manifestement pas encore suffisant pour calmer les ardeurs des automobilistes dont l’incivilité est légendaire dans l’agglomération marseillaise. Un comportement qui se traduit directement dans les statistiques puisque le département des Bouches-du-Rhône était en 2021, celui qui dénombrait le plus d’accidents en France, avec pas moins de 2790 accrochages et 100 morts sur la route, pour la plupart, des hommes de 18 à 34 ans… Selon l’avocate Romy Collard Lafond, spécialisée dans la défense des victimes de la route, à Marseille, les accidents de la circulation tuent bien davantage que les règlement de compte entre dealers des cités à coups de kalachnikov, avec jusqu’à 14 décès pour le seul mois de juillet 2021 !

Accident de circulation sur la ligne de tramway rue de Rome à Marseille le 24 mai 2022 : pour une fois, la Police était sur place… (source
© arabstrait13 / France bleu)

Face à l’indifférence médiatique qui entoure encore trop souvent ces banals accidents de la route qui fauchent pourtant bien des vies innocentes, les autorités ont donc décidé de monter d’un cran l’arsenal répressif en recourant, comme souvent, à la technologie de pointe, plutôt qu’en renforçant les effectifs des forces de police et de gendarmerie, de plus en plus rares sur le bord des chaussées.

Comme l’annonçait Made in Marseille il y a quelques jours, 17 nouveaux radars vont être implantés à Marseille dans les prochains mois, probablement d’ici la fin de l’année, voire début 2023. Et pas n’importe quels radars… Des modèles ultra sophistiqués qui ne portent d’ailleurs même plus le nom de radars mais celui d’ETU, des « équipements de terrain urbain ». Un euphémisme bien dans l’air du temps pour désigner des dispositifs légers et mobiles, capable non seulement de repérer des excès de vitesse dans les deux sens de circulation, mais aussi d’enregistrer des franchissements de feu rouge, l’absence de respect des distances de sécurité, des stops, des priorités piétons ou des pistes cyclables, et même les dépassements dangereux ou l’usage du téléphone au volant…

Une véritable bête noire pour les automobilistes distraits, pressés ou maladroits qui risquent de rapidement voir fondre leur capital de points sur leur permis de conduire… D’ailleurs, on apprend par la même occasion que trois de ces petites merveilles de la technologie répressive sont déjà en phase de test depuis fin 2021, à Marseille et aux Pennes-Mirabeau, se contentant pour l’instant d’enregistrer les infractions sans les verbaliser, histoire de bien calibrer la machine pour qu’elle soit au top le moment venu.

La corniche John-Fitzgerald Kennedy, dont la partie en surplomb sur la mer vient d’être rénovée : un dite fortement accidentogène… (source © AMP Métropole / Actu-Marseille)

Une date qui pourrait peut-être même arriver plus vite que prévu car Yannick Ohanessian, adjoint au Maire de Marseille en charge de la sécurité, a déjà fait la carte des sites où seront déployés en priorité ces bijoux technologiques, sur l’ensemble des arrondissements marseillais mais surtout sur les secteurs à fort enjeu de sécurité routière dont les abords des écoles. La Corniche Kennedy, qui vient tout juste d’être entièrement rénovée à l’issue d’un chantier qui a duré des années et qui est régulièrement rendue aux piétons le temps d’un week-end dans le cadre des opérations « La voie est libre », pourrait peut-être même être équipée dès cet été, maintenant que la phase de test est considérée comme concluante.

Nouveau radar dernier cri installé à Toulouse début 2022 (photo © Thibaut Calatayud / Actu-Toulouse)

Les automobilistes marseillais, habitués de longue date à prendre de nombreuses libertés avec les règles communes de la circulation, ont donc du souci à se faire et vont sans doute devoir réfréner quelque peu leur fougue méditerranéenne qui a tendance à s’exacerber au volant. Mais ils ne sont pas les seuls dans le collimateur. Plusieurs équipements du même type sont en phase de déploiement depuis quelques mois dans les agglomérations de Toulouse, Montpellier ou encore Montbéliard où les premiers modèles ont été testés dès le mois de septembre 2021.

Exemple de radar Mesta Compact (source © Radar-auto)

Développé et commercialisé par la société Idemia, issue du rapprochement de Safran Identity & Security avec Oberthur Technologies, le modèle Mesta Compact qui devrait être ainsi déployé en site urbain est déjà homologué depuis le 31 janvier 2021 pour les mesures de vitesse et le contrôle de franchissement de feu rouge. Il s’agit d’un dispositif multifonction, doté d’une antenne radar Doppler tracker multi-cible nouvelle génération disposant d’un large faisceau capable de suivre simultanément jusqu’à 126 véhicules sur 5 voies dans les deux sens de circulation et sur une portée de plus de 100 mètres. Il va être bien difficile d’échapper à un tel mouchard ! Il est d’ores et déjà prévu de mettre en place 500 équipements de ce type en site urbain, dont une centaine seulement sera effectivement équipée d’un radar opérationnels, les autres n’étant que des leurres à effet dissuasif puisque le dispositif pourra aisément être déplacé d’une cabine à une autre : il va donc falloir s’habituer à respecter le code de la route, même à Marseille !

L. V.

On a trouvé le Trésor de Carpiagne…

24 mai 2022

Carpiagne, pour les Marseillais et, plus encore sans doute pour les Carnussiens, lieu de villégiature traditionnel de nombreux officiers, c’est avant tout le camp militaire installé sur le plateau qui s’étend entre le col de la Gineste et les hauts de Cassis. 1500 hectares au total de garrigues rocailleuses et pelées, situées pour l’essentiel sur le territoire communal de Marseille malgré leur caractère sauvage et isolé, mais dont une petite partie empiète aussi, à la marge, sur les communes voisines d’Aubagne et de Cassis.

Vue partielle des bâtiments du camp militaire de Carpiagne, au milieu des montagnes (source © Légion étrangère)

Ce haut plateau quasi désertique et naturellement fortifié par les montagnes escarpées qui l’entourent, dont le bastion formidable du Mont Puget qui surplombe la grande cité phocéenne, ne pouvait qu’attirer l’œil des militaires qui, en 1895 s’approprient, par voie de justice, ces terres caillouteuses et brûlées par le soleil. L’idée est d’en faire un champ régional de manœuvre de tir, dans ce vaste espace reculé et perché, à l’abri des regards et des passants.

Pendant la Première guerre mondiale, le camp militaire sert à héberger des prisonniers de guerre allemands et autrichiens et l’aménagement se poursuit progressivement jusqu’à permettre, à la veille de la Seconde guerre mondiale, d’accueillir plus d’un millier d’hommes qui s’y entraînent au tir, au lancement de grenades et aux manœuvres de chars.

Chars d’assaut au camp de Carpiagne dans les années 1930 (source © Monsieur Légionnaire)

Occupé en 1942 par les Allemands suite au débarquement des alliés en Afrique du Nord, le camp sert alors de site d’entraînement pour les commandos anti-chars de la Wehrmacht, jusqu’au 22 août 1944, lorsque plusieurs Goums du 2e groupe de Tabors marocains débarqués à Fréjus, partent à l’assaut du camp de Carpiagne depuis les hauts de Carnoux, avant de poursuivre leur progression vers la ville de Marseille, libérée le 24 août.

Carte postale ancienne montant le camp militaire de Carpiagne dans les années 1930 (source © Généanet)

Un temps placé sous le contrôle des troupes américaines, le camp de Carpiagne redevient un centre d’instruction en 1946, sous l’impulsion du général de Lattre de Tassigny. En 1964, il devient le Centre d’instruction de l’arme blindée et de la cavalerie du 11e régiment de cuirassiers, lequel fusionne en 1999 avec le 1er régiment, avant d’être remplacé en 2009 par le 4e régiment de dragons, une unité de cavalerie équipée de chars Leclerc. Dissoute en 2014, il laisse la place au 1er régiment étranger de cavalerie, jusque-là installé à Orange, et qui est équipé de chars AMX 10 RC-R et de véhicules blindés légers.

Le 22 juillet 2009, la France entière avait découvert l’existence de ce camp militaire situé sur le territoire communal de la deuxième ville de France, aux portes du massif des Calanques : suite à la négligence d’un adjudant qui avait oublié de faire retirer les balles traçantes des munitions utilisées lors d’un exercice de tir, la garrigue prend feu vers 13h30 et les flammes, attisées par un fort vent de sud, ne tardent pas à franchir le Mont Lantin avant de dévaler vers les faubourgs de Marseille.

Incendie parti de Carpiagne le 22 juillet 2009 (source © Coeur naturiste)

Près de 1200 hectares sont ravagés dans les quartiers de Saint-Loup, La Barasse, La Valbarelle et les Trois-Ponts et pas moins de 500 personnes doivent être évacuées préventivement en toute urgence. Jamais avare de leçon de morale, le président d’alors du Département, Jean-Noël Guérini, toujours sénateur à ce jour malgré sa condamnation en appel, déclare, tout en nuance : « Même dans notre Armée, il y a des gens stupides. J’espère qu’elle honorera ses engagements et participera au nettoyage et au reboisement du massif. Quand la bêtise humaine l’emporte sur la responsabilité, il faut réparer »…

Mais avant d’être un camp militaire, Carpiagne a eu une riche histoire que l’on peut désormais découvrir, de manière – à peine – romancée, dans un petit roman historique fabuleux que vient de publier Pierre Vigoureux, un auteur marseillais prolixe qui vient de faire paraître son onzième ouvrage depuis 2010, toujours aux éditions de la Fenestrelle, une maison d’édition gardoise installée dans la petite commune de Brignon, près d’Uzès, un peu en amont du Pont du Gard. Spécialisé dans la valorisation du patrimoine historique et culturel cévenol, cet éditeur s’est naturellement fait l’écho des premières publications de Pierre Vigoureux, ancrées justement dans l’histoire locale.

Couverture du livre de Pierre Vigoureux intitulé Le trou de mémoire… (source © Éditions la Fenestrelle)

Mais ses derniers romans font plutôt référence à un autre terroir, celui justement de Cassis où se déroule l’histoire romanesque de son ouvrage intitulé Le Cap Canaille pour seul témoin, publié en 2021. C’est aussi le cas du précédent, intitulé Le trou de mémoire, un roman historique dont le théâtre est celui de Cassis et du massif des calanques avec ses multiples gouffres karstiques que Pierre Vigoureux connaît bien pour faire partie de ces passionnés de spéléologie qui traquent les passages souterrains de l’eau vers les rivières mystérieuses de Cassis

Son dernier roman, intitulé Le Trésor de Carpiagne, se déroule lui aussi dans ce décor majestueux des Calanques, précisément sur ce haut plateau de Carpiagne, tellement désolé qu’il n’était bon qu’à servir de pâturage pour les chèvres, d’où l’étymologie probable de son nom, et dont on revit l’histoire mouvementée au gré des deux derniers millénaires. Une histoire plus riche qu’on ne l’imagine puisque l’on apprend que les Templiers avaient édifié, à l’emplacement actuel du camp militaire dont l’une des bâtisses ancienne en a d’ailleurs repris les fondations, une ferme fortifiée qui servait d’abri et de refuge au temps des Croisades.

Bien entendu, qui dit Templiers dit suspicion de trésor enfoui, dont la quête est l’un des fils rouges de ce court roman, à dévorer d’une traite et dont on se gardera bien de dérouler les péripéties… Passé aux mains des Hospitaliers et dépendant du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, le domaine est cédé au XIVe siècle à l’Ordre mendiant de Saint-Augustin qui y crée un monastère et une modeste église. Et en 1520, c’est la riche famille marseillaise des Dauria qui se porte acquéreur du prieuré alors en décrépitude, tout en continuant à verser un loyer en nature à l’ordre des Hospitaliers. Racheté en 1647 par Françoise de Gérente, veuve de Pierre de Moustiers, le domaine continuera à produire un peu de blé et d’huile d’olive jusqu’à ce que l’armée finisse par jeter son dévolu sur ces terres caillouteuses et reculées, plus propres à servir de champ d’exercice aux légionnaires qu’à l’agriculture même extensive, tout en constituant un cadre naturel prompt à ravir les randonneurs et un cadre historique d’une grande richesse pour ce roman, à lire absolument !

L. V.

Législatives 2022 : ça se précise dans la 9ème…

12 mai 2022

A un mois tout juste du premier tour des prochaines élections législatives, prévues les 12 et 19 juin 2022, dans la foulée des présidentielles qui ont vu la réélection facile d’Emmanuel Macron, voilà que les principaux partis en lice ont enfin désigné leurs candidats.

Pour la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, celle qui englobe, outre Carnoux et ses voisines, Cassis, Aubagne et Roquefort-la Bedoule, les communes de La Ciotat, Ceyreste, La Penne-sur-Huveaune, Cuges-les-Pins et Gémenos, la grande nouveauté de ce scrutin est que, pour la première fois depuis 1999, il y a plus de 23 ans !, le député sortant UMP puis LR, Bernard Deflesselles, ne se représentera pas… C’est un autre notable local qui portera cette fois les couleurs du parti de droite, jusqu’ici solidement implanté dans cette circonscription mais qui a subi un incontestable revers avec moins de 5 % pour sa candidate, Valérie Pécresse, au premier tour de la présidentielle 2022.

Roland Giberti, maire de Gémenos et candidat aux législatives 2022 (photo © Frédéric Spech / La Provence)

Maire de la petite, mais ultra-riche, commune de Gémenos depuis 2001 (plus de 20 ans donc !), Roland Giberti fait parti de ces caciques qui n’hésitent pas à cumuler les postes pour disposer de tous les leviers du pouvoir. Élu sans discontinuer depuis 2004 au Conseil départemental, puis au Conseil Régional entre 2015 et 2021, il est même, depuis juillet 2020, Président du Conseil de Territoire Marseille Provence, une instance qui représente plus de 1 million d’habitants de la Métropole Aix-Marseille-Provence… Mais les Conseils de Territoire sont amenés à disparaître au 1er juillet 2022 dans le cadre de la loi 3DS, et il faut bien que nos élus locaux se recyclent : alors, pourquoi pas un siège de député comme lot de consolation ?

L’avenir dira si la seule notoriété et la solidité du réseau d’appuis locaux suffiront à faire élire le maire de Gémenos à l’Assemblée nationale. Il trouvera en tout cas sur sa route une autre adepte du cumul des mandats qui a, elle aussi, pris l’habitude depuis des années de candidater à toutes les élections qui se présentent, mais sous l’étiquette du Front national.

Médecin de formation, spécialisée en gériatrie, Joëlle Mélin est depuis 2014 conseillère d’opposition, désormais sous l’étiquette du Rassemblement national, à la mairie d’Aubagne. Elle est également depuis cette date élue au Parlement européen, après avoir été candidate à la plupart des élections départementales et régionales de ces dernières années, siégeant d’ailleurs à la Région entre 2010 et 2015.

Joëlle Mélin, en mars 2020, alors tête de liste Rassemblement National aux élections municipales à Aubagne (photo © Rislène Achour / La Provence)

Vu le score de Marine Le Pen qui, sur cette circonscription, était arrivée largement en tête du premier tour de la présidentielle 2022, avec plus de 35 % des suffrages, sans oublier les 14 % d’Eric Zemmour et les 2,8 % de Nicolas Dupont-Aignan, ses chances de remporter cette élection législative ne sont a priori pas négligeables et il serait étonnant qu’elle ne se retrouve pas au second tour…

Dans le clan macroniste, qui se présente désormais sous l’étiquette plus sexy de « Renaissance », c’est un autre médecin qui tentera de se faire élire pour former cette majorité présidentielle, laquelle sera sans doute plus difficile à obtenir qu’en 2017 : chat échaudé craint l’eau froide… Anesthésiste à l’hôpital d’Aubagne depuis janvier 2018 et président du groupe Pasteur Mutualité, Bertrand Mas-Fraissinet, alors référent départemental de La République en marche, s’était présenté à la mairie de Cassis en mars 2020 où sa liste avait obtenu un peu plus de 38 % des voix face à celle de Danièle Milon, facilement réélue.

Bertrand Mas-Fraissinet, candidat pour le parti Renaissance (photo © Majorité présidentielle / La Provence)

Difficile de dire a priori quelles sont les chances de ce candidat assez peu connu localement, mais déjà élu au Conseil Régional. Dans cette circonscription, Emmanuel Macron avait obtenu plus de 28 % des suffrages au premier tour des Présidentielles et 48 % au second, ce qui crée malgré tout une réelle dynamique en sa faveur, comme cela avait déjà été le cas en 2017 où la candidate macroniste, Sylvie Brunet, avait échoué d’un rien face à un Bernard Deflesselles alors tout puissant…

Mais pour ces élections, la surprise pourrait peut-être venir de la gauche qui, pour la première fois depuis des années, devrait enfin se présenter avec un minimum d’unité, sauf si se multiplient, comme à l’accoutumée, les candidatures dissidentes et plus ou moins anecdotiques. Après une série ininterrompues de débâcles électorales où les candidats de la gauche dispersée se faisaient systématiquement balayés dès le premier tour, la bonne surprise de la nouvelle alliance électorale qu’est la NUPES (nouvelle union populaire écologiste et solidaire), accouchée au forceps, est qu’elle devrait permettre de présenter en juin prochain des candidats communs issus de la France insoumise, du Parti socialiste, du PCF et des écologistes d’EELV.

Lucas Trottmann, en avril 2017, alors en campagne pour la France insoumise dans les quartiers nord de Marseille (photo © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre)

Dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, c’est un certain Lucas Trottmann qui a donc obtenu l’investiture de la NUPES. Tout jeune assistant parlementaire du député européen Manuel Bompard, lequel s’est illustré comme directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, en 2022 comme en 2017, après avoir été, un temps, porte-parole de la France insoumise, Lucas Trottmann n’a pas d’attache locale, ce qui risque de l’handicaper quelque peu dans cette campagne. Passé par Science Po Paris, son expérience marseillaise se limite à un stage auprès de l’établissement public Euroméditerranée, mais nul doute que son expérience en matière de campagne électorale lui sera utile même si la partie est loin d’être gagnée dans une circonscription marquée aussi ouvertement à droite…

L. V.

Législatives 2022 : ça s’approche…

4 mai 2022

Dans un peu plus de 5 semaines aura lieu le premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022, et curieusement, personne n’a encore une très bonne visibilité sur ceux qui se porteront candidats à cette échéance électorale pourtant majeure dans notre régime de démocratie parlementaire…

Sur l’ensemble de la région PACA, c’est la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen qui l’a emportée lors du second tour des présidentielles le 24 avril 2022, et son score national particulièrement élevé (41,5%) pourrait laisser prévoir l’arrivée massive de députés du Rassemblement national sur les bancs de l’Assemblée nationale à l’issue du second tour des législatives, prévu le 19 juin prochain.

Les bancs de l’Assemblée nationale au grand complet après la dernière élection en 2017… (source © Assemblée Nationale)

Mais n’oublions-pas qu’en 2017, seuls 8 députés apparentés à l’extrême droite avaient finalement réussi à se faire élire, même pas de quoi constituer un groupe politique ! Leurs chances seront sans doute plus grandes en 2022, notamment dans certaines circonscriptions du Var et du Vaucluse, mais plus aléatoires dans les Bouches-du-Rhône où Marine Le Pen est pourtant arrivée en tête dans 8 des 16 circonscriptions du département.

En 2017, sur ces 16 circonscriptions, la République en Marche, portée par la victoire d’Emmanuel Macron et malgré le déficit abyssal de notoriété de ses candidats, avait réussi à faire élire 7 députés auxquels il convient d’ajouter un élu du MODEM, Mohamed Laghila, et un OVNI politique, François-Michel Lambert, réélu alors avec l’étiquette LREM mais qui a, une fois de plus, changé de parti et sans doute même de circonscription puisqu’on l’annonce désormais candidat dans le Gers en lieu et place de Gardanne

Bernard Deflesselles, député sortant, préfère jeter l’éponge après un cinquième mandat aussi transparent que les précédents… (source © Twitter / Deflesselles)

Les Républicains avaient alors obtenu 4 députés parmi lesquels Bernard Deflesselles, réélu d’un cheveu dans la 9e circonscription, celle qui englobe Carnoux avec notamment Aubagne et La Ciotat, face à une parfaite inconnue, et uniquement grâce aux voix des électeurs carnussiens d’extrême droite. Un exploit qu’il pourrait difficilement rééditer en 2022 pour lequel il a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’il ne briguera pas un sixième mandat. C’est sans doute le maire de Gémenos, Roland Giberti qui portera donc le flambeau des Républicains mais qui risque de trouver sur sa route le Cassidain Bertrand Mas-Fraissinet, délégué départemental de LREM, dans une circonscription où Emmanuel Macron a obtenu plus de 28 % des suffrages au premier tour alors que la candidate LR était à moins de 5 % !

Bertrand Mas-Fraissinet, référent de la République en Marche dans les Bouches-du-Rhône et élu d’opposition à Cassis (source © GoMet)

Cette circonscription fait d’ailleurs partie de celles où Marine Le Pen est arrivée largement en tête à l’issue du deuxième tour, contrairement à 2017, ce qui risque de perturber largement le jeu électoral, même si le Rassemblement national semble encore avoir du mal à traduire ses bon scores lors des scrutins locaux nécessitant un fort ancrage territorial…

Rappelons au passage que pour cette élection comme en 2017, il faut, pour se qualifier au second tour, soit arriver dans le binôme de tête soit recueillir au moins 12,5 % des suffrages par rapport au nombre d’inscrits. Si le taux de participation ne dépasse pas celui de 2017, qui était dans notre circonscription, de 46,8 %, il faut donc obtenir pas moins de 27 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, sauf à finir dans les deux premiers. Autant dire que la gauche, même unie, a bien peu d’espoir de se maintenir au second tour dans cette circonscription au vu des résultats récents de la présidentielle, a fortiori naturellement si elle persiste à présenter comme en 2017 pléthore de candidats qui s’affrontent dans un duel suicidaire…

Manuel Bompard avec Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 27 mars 2022 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / L’Express)

En revanche, la gauche a toutes ses chances dans les deux circonscriptions qu’elle avait conservée en 2017. C’est le cas bien sûr de la 4e, dans le centre ville de Marseille, où Jean-Luc Mélenchon avait été facilement élu en 2017, même s’il pourrait cette fois laisser la place à son directeur de campagne, le député européen Manuel Bompard. Ce devrait être le cas aussi dans la 1ère circonscription, du côté de Martigues, où le communiste Pierre Dharréville compte bien rempiler avec de bonnes chances de succès. Trois autres circonscriptions marseillaises, toutes détenues par des députées macronistes sortants, sont aussi dans le viseur de la gauche, mais avec des chances de victoire assez limitées…

Du côté de la droite, Eric Diard, élu député de Marignane sans discontinuer depuis 2002, a toutes ses chances de maintenir son poste malgré les scores vertigineux de l’extrême droite dans son secteur. Ce sera sans doute plus disputé pour les 2 autres circonscriptions remportées par un candidat LR en 2017. Dans la 6e, le sortant Guy Tessier, élu député pour la première fois en 1988 et qui a achevé 6 mandats successifs complets, devrait enfin jeter l’éponge à 77 ans, ce qui aiguise les appétits pour sa succession. Didier Réault, qui a obtenu l’investiture LR risque fort de se retrouver face à l’ex LR Lionel Royer-Perreaut, déjà maire de secteur tout en étant élu au département et à la Métropole et qui vise désormais l’étiquette En Marche.

Eric Diard, député des Bouches-du-Rhône sur les bancs de l’Assemblée nationale (photo © Vincent Isore / MaxPPP / France Bleu)

Quant à la 1er circonscription, où la candidate LR Valérie Boyer, réélue en 2017 puis devenue sénatrice, avait cédé son poste de député à Julien Ravier, lequel est désormais inéligible après avoir été condamné dans l’affaire des procurations usurpées, c’est la grande incertitude. Bruno Gilles, ex LR lui aussi, y dispute l’investiture LREM face notamment à Pascal Chamassian et à quelques autres. Si les élections législatives risquent de bien peu passionner la plupart des Français, que l’on se rassure au moins en sachant que certains sont prêts à tout pour obtenir la possibilité d’y être candidats : voilà qui devrait nous rassurer, sinon sur la bonne santé de notre démocratie représentative, du moins sur l’enthousiasme et l’envie de gagner qui habite nos élus locaux !

L. V.

Présidentielle 2022 : un résultat sans réelle surprise

25 avril 2022

Emmanuel Macron vient donc d’être réélu pour 5 ans avec un peu plus de 58,5 % des suffrages exprimés, très largement devant Marine Le Pen, même si cette dernière réalise un score particulièrement élevé, très supérieur à celui qu’elle avait obtenu en 2017 ou que son père avait enregistré en 2002 face à Jacques Chirac. Elle finit d’ailleurs en tête à l’issue de ces présidentielles dans plus de la moitié des communes françaises, dont Carnoux-en-Provence, bien évidemment. Et le taux d’abstention, bien que parmi les plus forts observés au second tour d’une élection présidentielle, avec 28 %, n’est pas si différent de celui noté en 2017…

Emmanuel Macron fêtant sa victoire avec ses partisans sur le Champ de Mars le 24 avril 2022 au soir (photo © Thomas Coex / L’Express)

Un résultat du président sortant que l’on n’aurait pas forcément attendu après les précédents de Nicolas Sarkozy en 2012 et de François Hollande en 2017, tous les deux balayés par le vent de l’Histoire, au point que le second n’a même pas osé se représenter devant le suffrage universel tandis que le premier a subi en 2017 une nouvelle et humiliante défaite dès la primaire, avant d’être sévèrement rattrapé par la Justice pour une partie de ses multiples arrangements avec la Loi…

Pour être honnête, c’est un véritable exploit que d’arriver à se faire réélire dans un tel contexte de grand dégagement et de zapping quotidien ! Une ambiance qui incite une part importante de nos concitoyens à détester aujourd’hui ce qu’ils ont adoré hier, et à se comporter avec nos représentants élus comme avec n’importe quel fournisseur de prestation. Chacun exige un service irréprochable, au plus prêt de ses propres intérêts, et refuse de pardonner la moindre erreur de jugement ou de comportement, au prétexte que l’électeur-client est roi et que nos responsables seraient tous des incapables !

Un second tour qui a placé bien des électeurs dans l’embarras… Un dessin signé Deligne (source © Urtikan)

Gouverner un pays où chacun se croit expert et est persuadé d’avoir toujours raison n’est pas une sinécure. D’autant que si tous se rejoignent assez naturellement pour critiquer le pouvoir en général et nos élus en particulier, chacun a son idée de la manière dont il faudrait gouverner autrement, et rares sont ceux qui n’en changent pas au fil du temps et au gré des événements… Certes, Emmanuel Macron avait suscité en 2017 un incontestable engouement majoritaire, mais les tempêtes qu’il a dû affrontées n’étaient pas forcément de nature à laisser penser que les Français décideraient malgré tout de le reconduire dans ses fonctions.

La situation de guerre en Ukraine crée certes un climat plutôt consensuel qui incite la Nation à se regrouper autour de ses dirigeants, mais on pourrait difficilement en dire autant pour la pandémie de CoVid-19 qui a marqué ce quinquennat et qui a été à l’origine de critiques et de débats passionnés au cours desquels nos responsables politiques aux commandes ont plus d’une fois été traînés plus bas que terre par des Français déchaînés et les nerfs à fleur de peau. On pourrait en dire autant de la révolte des Gilets jaunes qui a bien failli dégénérer en guérilla urbaine et qui a mis en avant la difficulté à tenter de concilier qualité de vie, pouvoir d’achat et préservation de notre environnement : un débat qui ne fait que commencer !

Émeutes sur les Champs-Élysées en pleine crise des Gilets jaunes en novembre 2018 (source © France TV Info)

Et pourtant, malgré ces écueils de taille, le président sortant a été, tout au long de cette campagne, en tête des sondages. Certains ont critiqué notre mode même de scrutin uninominal majoritaire qui biaiserait les résultats. A cet égard, Flint et l’association Mieux Voter font état d’un sondage très instructif établi à plusieurs reprises avant le premier tour par l’institut Opinionway et qui compare les résultats selon trois manières différentes de voter. La première, telle que prévue dans notre Constitution donnait, dans sa dernière version peu avant le premier tour, donnait Emmanuel Macron en tête avec 27 % des intentions de vote (il en a finalement obtenu 27,84%) devant Marine Le Pen à 21 % (alors qu’elle a fini à 23,15%) et Jean-Luc Mélenchon à 15 % (contre 21,95 % lors du scrutin). Des estimations que l’on peut critiquer mais qui donnaient néanmoins une bonne image du tiercé gagnant de ce premier tour.

La seconde méthode d’analyse effectuée en parallèle consiste à demander aux sondés de juger, pour chacun des 12 candidats en lice comment ils les jugent aptes à gouverner la France pour les 5 ans à venir, selon un jugement gradué avec 7 niveaux allant de « à rejeter » jusqu’à « excellent ». Une méthode plus subtile qui permet de mettre en évidence les véritables votes d’adhésion inconditionnelle comme les sentiments de rejet viscéral, mais dont l’analyse permet de mettre en exergue les candidats qui suscitent globalement le plus d’adhésion (même tiède) et le moins de rejet.

Résultat du sondage Opinonway selon une approche majoritaire avant le premier tour des présidentielles 2022 (source © Flint)

Et la (bonne) surprise est que cette approche, pourtant radicalement différente, aboutit au même résultat avec Emmanuel Macron toujours en tête devant une Marine Le Pen qui a un taux de rejet très supérieur. La principale différence est que, selon cette méthode, Jean-Luc Mélenchon, cède une place avec un taux élevé (50 %) de rejet total ou de de jugement « insuffisant », au profit de Valérie Pécresse jugée plus consensuelle. La principale victime d’un tel classement est Eric Zemmour qui se place bon dernier du fait d’un taux de rejet particulièrement élevé…

Une troisième approche a aussi été testée, à savoir le vote par approbation, qui permet au sondé de lister les différents candidats qu’il serait prêt à soutenir s’il pouvait voter pour plusieurs d’entre eux. Une méthode originale mais qui aboutit exactement au même résultat, avec toujours Emmanuel Macron en tête devant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, avec naturellement des scores légèrement supérieurs, mais de peu…

Cette démarche a en tout cas le mérite de montrer qu’aucun des 12 candidats qui s’étaient présenté aux suffrages des Français ne remporte leur adhésion majoritaire. Même Emmanuel Macron, pourtant le mieux placé et que les Français viennent donc de reconduire pour 5 ans à la tête du pays est rejeté par près de 30 % des électeurs et n’est réellement soutenu que par une proportion quasi identique du corps électoral.

Répartition des votes par tranche d’âge au premier tour des présidentielles 2022, à partir de sondages sortis des urnes (source © Statista)

Une ligne de fracture qui s’accentue encore quand on regarde la répartition des votes en fonction de l’âge des électeurs. Sur la base des déclarations des électeurs, il apparaît ainsi clairement que les plus jeunes (18-24 ans) ont plébiscité Jean-Luc Mélenchon avec près de 35 % des votes en sa faveur (et près de 7 % pour Yannick Jadot), confirmant sans conteste leurs préoccupations pour l’environnement et la justice sociale, avec néanmoins un taux d’abstention plutôt élevé. La tranche d’âge des jeunes actifs de 25 à 34 ans, celle où les taux d’abstention explosent, a en revanche placé Marine Le Pen en tête avec 30 % des suffrages contre 27 % à Jean-Luc Mélenchon. C’est seulement parmi les plus de 50 ans qu’Emmanuel Macron devient majoritaire tandis que l’adhésion à Jean-Luc Mélenchon passe en dessous des 20 % chez les plus de 35 ans.

Quant à la dernière tranche d’âge, à savoir les plus de 65 ans, souvent les plus assidus dans les bureaux de vote, ils ont voté en masse pour le président sortant, à plus de 37 % et sont les plus réticents à soutenir les candidats jugés plus radicaux comme Marine Le Pen (18 %) et Jean-Luc Mélenchon (11 %). La sagesse du grand âge ou le reflet d’une indifférence croissante pour l’avenir de la planète et du sort des plus défavorisés ?…

L. V.

Présidentielle : on prend les mêmes et on recommence !

12 avril 2022

Tout ça pour ça ! Des mois et des mois de campagnes, des milliers de militants mobilisés, des pages et des pages de programme, des meetings aux quatre coins de la France, 12 candidats mobilisés… Et au bout du bout, on se retrouve à l’issue du premier tour de cette présidentielle 2022 avec les deux mêmes finalistes qu’en 2017 ! C’est à désespérer de l’imagination politique des Français…

Un premier tour finalement plein de surprises… (source infographie © L’Humanité)

Le second tour de la présidentielle, le 24 avril prochain, opposera donc le président sortant de la République, Emmanuel Macron, à la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, qui se présente comme « femme d’État » et ne se fait plus appeler que par son prénom sur ses professions de foi, histoire de montrer à tous sa grande proximité avec l’électeur lambda, comme si elle faisait partie de la famille après trois campagnes présidentielles consécutives…

Le chef de l’État est incontestablement arrivé en tête de ce premier tour et il améliore sensiblement son score de 2017, avec près de 28 % des suffrages exprimés, ce qui relève de l’exploit après cinq années au pouvoir et malgré les épreuves traversées, de la crise des Gilets jaunes à la guerre en Ukraine en passant par la pandémie de Covid-19 et la crise économique majeure qui s’en est suivie. François Hollande, qui avait dû jeté lamentablement l’éponge après un quinquennat dont il était sorti lessivé, doit en pâlir de jalousie…

Marine Le Pen et Emmanuel Macron avant le débat de l’entre-deux tours le 3 mai 2017 (photo ©
Eric Feferberf / AFP / France TV Info)

Pour autant, Marine Le Pen réussit elle aussi l’exploit d’augmenter son score du premier tour par rapport au scrutin de 2017 avec un peu plus de 23 % des suffrages exprimés, sachant qu’elle a dû pour cela faire face à la concurrence frontale d’un Eric Zemmour venu chasser directement sur ses terres et qui à un moment donné faisait largement jeu égal avec la patronne du Rassemblement national. Marine Le Pen est d’ailleurs arrivée en tête de ce premier tour dans pas moins de 20 000 communes française, là où Macron n’en a remporté que 11 000, ce qui est quand même révélateur d’un profond ancrage du Rassemblement national dans le paysage politique français, surtout en milieu rural…

Carte des communes française avec le candidat arrivé en tête du premier tour (source © Ministère de l’Intérieur / Le Télégramme)

Mais la grande particularité de ce scrutin de 2022 par rapport à celui de 2017, est que les suffrages des Français se sont concentrés sur trois candidats principaux seulement. Certes, comme en 2017 et désormais à chaque élection, un électeur sur quatre n’a pas jugé utile de se déplacer, ce qui est pour le moins regrettable, surtout parmi les plus jeunes générations où ce taux d’abstention atteint des sommets. Mais pour ceux qui ont glissé un bulletin dans l’urne, plus de 70 % d’entre eux se sont portés sur les trois candidats arrivés en tête, ce qui était loin d’être évident avec 12 candidats sur la ligne de départ et confirme, s’il en était besoin, la grande cohérence de l’électorat, nettement plus raisonnable que ne le sont les responsables politiques qui aspirent à le représenter…

Le troisième homme de cette campagne, Jean-Luc Mélenchon, qui frôle les 22 % de suffrages exprimés a brillamment réussi sa troisième et sans doute dernière campagne présidentielle, ratant de peu (450 000 voix quand même…) l’accession au second tour, handicapé par son obstination à avoir refusé toute participation à une éventuelle primaire et toute alliance, y compris avec le Pari communiste, pourtant son allié traditionnel, qui a siphonné à son profit les électeurs dont il aurait eu besoin pour se qualifier.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims pendant la campagne 2022 (photo © François Nascimbeni / AFP / Les Echos)

On me manquera pas d’observer que le candidat de la France insoumise fait un score remarquable dans les départements d’Outre-mer, remportant même la majorité absolue en Martinique (53,1%) et en Guadeloupe avec 56,2 %, du jamais vu ! Il vire également en tête à la Réunion avec un peu plus de 40 % des suffrages exprimés, mais aussi dans certaines communes de la banlieue parisienne avec plus de 60 % à Trappes notamment. Il finit d’ailleurs en tête dans 5 des 8 départements de la région Île-de-France, avec en particulier plus de 49 % en Seine-Saint-Denis ! Mais il est aussi en tête du premier tour dans plusieurs grandes villes dont Marseille, Lille, Strasbourg ou même Amiens, la ville natale d’Emmanuel Macron…

Du coup, pour les autres candidats qui, à l’exception d’Eric Zemmour, finissent tous sous la barre fatidique des 5 % qui donne droit au remboursement des frais de campagne, c’est la soupe à la grimace. Une véritable claque pour Valérie Pécresse qui conduit les Républicains à un niveau jamais atteint pour sa famille politique tandis que le parti socialiste, mal représenté par une Anne Hidalgo en perdition, produit l’exploit de finir en dessous des 2 %, derrière le représentant du parti communiste, Fabien Roussel : du jamais vu depuis bien longtemps ! Le Vert Yannick Jadot fait lui-aussi un score très décevant avec à peine plus de 4,6 % des suffrages, même s’il frôle la barre des 10 % dans certaines villes comme Rennes ou Nantes et fait de très bons scores à Lyon, Grenoble, Bordeaux ou La Rochelle.

Yannick Jadot en campagne à Lyon le 29 janvier 2022 (photo © Robert Derail / Getty / France Culture)

Ce n’est bien sûr pas le cas à Carnoux qui place, comme en 2017, Marine Le Pen largement en tête de ce premier tour, avec sensiblement le même pourcentage de près d’un tiers des suffrages exprimés. Si on y ajoute les voix qui se sont portées sur Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, on est quasiment à un électeur sur deux en faveur de l’extrême-droite ! Pourtant, Emmanuel Macron fait un bon score avec 24 % des suffrages exprimés quand il n’était qu’à 17 % en 2017. Quant à la gauche, elle fait finalement plutôt un bon résultat en atteignant un total de 20 %, dont 13,4 % pour Jean-Luc Mélenchon, sensiblement comme en 2017, et 4 % pour Yannick Jadot. Des résultats qui viennent quand même confirmer, pour ceux qui en douteraient encore, que la ville de Carnoux reste largement une terre de mission pour la gauche !

L. V.