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Carnoux : le château de mon maire…

24 septembre 2018

Monsieur Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer dans sa bonne ville de Carnoux-en-Provence depuis maintenant 35 ans, dont 17 ans comme maire inamovible, restera sans conteste dans la jeune histoire de cette commune qui vient tout juste de fêter ses 50 ans d’existence, comme le baron qui a su faire édifier le premier château jamais construit dans ce petit vallon provençal dont il a fait son fief, à quelques encablures du Garlaban si cher à l’enfance de Marcel Pagnol.

Le nouvel hôtel de ville de Carnoux avec le futur bâtiment de l’Office de tourisme sur la gauche (photo © CPC)

Un château encore en chantier, certes, et qui risque de coûter un peu plus cher que prévu, mais qui a déjà fière allure, s’étendant tout autour de l’ancien hôtel de ville qui ne date pourtant que de 1970. Bien qu’encore non achevé, le bâtiment est déjà particulièrement imposant. Les hautes parois des façades extérieures renforcent cet aspect de forteresse imprenable, encore accentué par la présence d’un fortin édifié à l’angle de la place Tony Garnier, sous forme de bastion avancé et dont l’architecture rappelle furieusement celle d’un blockhaus fortifié. C’est l’Office de tourisme qui est destiné à prendre ses quartiers dans ce corps de garde, un beau symbole de l’ouverture d’esprit et de l’hospitalité des Carnussiens, toujours prompts à accueillir l’étranger.

Vue du chantier de l’hôtel de ville, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Avec 900 m2 de surface supplémentaire, sur deux étages, la superficie au sol a été fortement augmentée par rapport à l’ancienne mairie qui n’était pourtant pas ridicule pour une commune de moins de 7000 habitants et dont la totalité du foncier disponible est déjà occupée, ce qui rend toute nouvelle urbanisation depuis longtemps impossible.

Les nouveaux bâtiments permettront certes d’accueillir la police municipale et le CCAS, mais on a quand même un peu de mal à imaginer pourquoi il était nécessaire de procéder à une telle extension alors même que la quasi-totalité des compétences communales a désormais été transférée à la métropole et que le nombre d’agents municipaux à loger est particulièrement faible, la commune ayant choisi d’externaliser la quasi-totalité de ses missions.

Vue du chantier de l’hôtel de ville depuis la rue Tony Garnier (photo © CPC)

On aurait cependant bien mauvaise grâce à faire la fine bouche devant ce monument imposant en cours de construction en plein cœur de Carnoux et qui se veut le point d’orgue du projet de rénovation du centre-ville de Carnoux, un programme initié depuis plus de 10 ans désormais et qui montre à quel point une petite commune comme Carnoux peut s’offrir ainsi de somptueux espaces publics en faisant appel pour l’essentiel à la générosité des contribuables d’autres communes.

C’est d’ailleurs un des points qui ont été relevés dans le rapport au vitriol que vient de dresser la Chambre régionale des comptes après avoir procédé à un contrôle de la gestion municipale depuis 2013. Adopté le 24 mai 2018, ce rapport est désormais consultable sur le site de la commune, assorti des réponses du maire en date du 27 juillet 2018. La Chambre régionale des comptes (CRC) y relève notamment que les quelques 15,4 millions d’euros dépensés par la commune entre 2013 et 2016 ont été très largement financés par près de 8 millions d’euros de subventions versés pour l’essentiel par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Une manne de près de 200 € par an et par habitant, totalement inhabituelle aux yeux de la CRC qui constate que les subventions d’investissement pour des communes comparables ne dépassent pas en moyenne 58 € par an et par habitant.

Le patio du nouvel hôtel de ville en travaux, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Les Carnussiens ne remercieront donc jamais assez les autres contribuables d’Aubagne ou de Marseille qui acceptent bien volontiers de se serrer la ceinture et de laisser leurs propres établissements publics tomber en ruine, pour permettre à la commune de Carnoux de rénover et d’embellir à grands frais son cadre de vie. Il suffit d’ailleurs de comparer l’état des infrastructures scolaires pour constater à quel point les habitants de Carnoux sont bien servis, ce qui explique au passage pourquoi, comme l’a relevé avec étonnement la CRC, la ville de Carnoux accueille dans ses établissements autant d’élèves venant des communes voisines.

Et bien entendu, on ne louera jamais assez l’habileté de notre maire bienaimé qui est devenu le champion toutes catégories des demandes de subventions auprès du Département qui ne sait rien lui refuser. La quasi-totalité des délibérations prises en conseil municipal tournent d’ailleurs autour de ce sujet central. Une belle illustration en est donnée par le dernier compte-rendu en date du 26 juillet 2018, qui fait état de pas moins de 6 délibérations de ce type pour réclamer au Département de subventionner à hauteur de 60 à 70 % pour 1,6 millions de nouveaux travaux dans le cadre de l’enfouissement des réseaux aériens.

L’ancien hôtel de ville de Carnoux ceinturé par les nouveaux bâtiments en construction (photo © CPC)

Comme l’explique crûment le maire, selon les termes du compte-rendu officiel, « la collectivité a décidé de taper un grand coup dans l’enfouissement des réseaux aériens et de l’éclairage public avant que l’éclairage public ne passe de compétence métropolitaine, ce qui devrait avoir lieu en 2020 » car « il n’est pas certain que la collectivité obtienne des subventions en 2020 puisque le département doit fusionner avec la métropole. De plus, il n’est pas certain que la métropole, avec l’ampleur des travaux à entreprendre pour les différentes communes, vote 1 600 000 € de travaux. Il faut donc anticiper ». En d’autres termes, il faut en profiter tant qu’on peut siphonner les caisses du Département parce que Martine Vassal est en campagne et peut allégrement arroser tous ses soutiens car lorsqu’elle prendra les rênes de la Métropole après la disparition programmée du Conseil départemental, il faudra nécessairement partager le gâteau avec les maires des autres communes. C’est donc la course contre la montre pour dépenser tout ce qui peut l’être, quitte à prévoir un peu large pour le nouvel hôtel de ville dont les horaires d’ouverture au public ont pourtant été encore réduits…

L. V. 

 

Monsieur le Maire tient à préciser…

En réaction à cet article, Monsieur le Maire de Carnoux a immédiatement écrit au Président du Cercle progressiste carnussien pour justifier son action et c’est bien sûr avec grand plaisir que nous publions ses observations qui ne sont en rien contradictoires avec ce que nous avions noté, sinon sur des points pour lesquels notre analyse a manifestement été lue un peu rapidement car il n’y a jamais été écrit que les nouveaux locaux n’étaient pas destinés à accueillir des services externalisés, ni bien entendu que les élèves des communes voisines sont accueillis sans contrepartie financière… On a donc un peu de mal à discerner où se situe « l’inexactitude du propos ». En tout cas, que le maire se rassure, il n’y avait nulle méchanceté dans notre analyse qui ne reflète que les interrogations d’un citoyen curieux de la manière dont sont gérées les affaires publiques dans sa commune !

Monsieur le Président,

Il m’a été « conseillé » de lire l’excellent article du courageusement nommé LV paru sur votre blog sous le titre « le château de mon maire… »

Je dois dire que je n’ai pas été surpris par le ton, la méchanceté et surtout l’inexactitude du propos.

Dans un premier temps je n’ai pas jugé utile de répondre puis à la réflexion j’ai estimé que je me devais de rectifier et de préciser certains points.

  • La surface de l’extension mairie n’est pas faite pour accueillir des services externalisés, mais pour donner de meilleures conditions de travail aux agents et pour offrir des locaux plus fonctionnels à la police municipale et au CCAS comme vous le dites mais aussi au service des sports et à la PMI.
  • Vous parlez du rapport au « vitriol » de la chambre régionale des comptes. C’est une affirmation gratuite. Beaucoup de communes souhaiteraient avoir le même puisque la qualité de notre gestion est reconnue.
  • Les investissements de la commune, certes importants pour sa taille, sont aidés financièrement par le Département mais aussi par la Métropole comme toutes les communes semblables à la nôtre. Vous aurez bien entendu remarqué que notre autofinancement est conséquent grâce à une gestion « responsable » et maitrisée.
  • Les élèves trop nombreux à votre sens que nous recevons de l’extérieur sont ceux qui résident à Carpiagne et qui relèvent des communes de Marseille et d’Aubagne. Pour votre information, une participation financière est versée par chacune d’elle pour chaque élève scolarisé dans notre groupe scolaire Frédéric Mistral, dans le cadre d’une convention établie il y a près de 20 ans !

Certains se réjouissent d’avoir une commune qui se modernise et s’embellit, sans endettement et sans hausse de la pression fiscale, d’autres comme vous trouvent le moyen avec un humour douteux et sans discernement de s’adonner à la critique systématique ! Ce qui est excessif n’est pas crédible..

Je n’ai certes pas la prétention de tout bien faire mais soyez assuré que dans mon action, je n’ai qu’un objectif, l’intérêt de notre ville et de ses concitoyens.

Je vous remercie d’insérer dans votre blog ce courriel en vertu de mon droit de réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées .

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

 

 

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Katulu ? n°56

20 juillet 2018

La dernière réunion du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien, au cours du premier trimestre 2018, a été encore l’occasion de découvrir ou redécouvrir de nombreux livres coups de cœur ou déceptions, que nos lecteurs se font une joie de vous faire partager. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu_n°56), et  venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence, afin d’échanger en toute convivialité autour de vos dernières lectures !

 

Alabama Song

Gilles Leroy (Prix Goncourt 2007)

Le roman est écrit à la 1ère personne « Je suis Zelda Sayre, fille du juge ». L’auteur incarne donc son héroïne qui n’est autre que l’épouse de Scott Fitzgerald. Pourtant il ne s’agit pas d’une autobiographie, l’auteur dans une note revendique une fiction.

L’action se situe entre 1918 et 1943. A cause de l’époque déjà lointaine, dès les premières pages du livre se dégage une sorte d’air suranné et de photographie sépia qui s’impose à nous, avec cependant et paradoxalement à la suite des dates toujours ponctuées, dans un ordre sans cesse bousculé avec des allers et retour, une impression forte de présence, de vérité et de réalisme et aussi d’actualité.

Ces pages relatent la vie de Zelda. Ses confessions sont parcourues des frissons de l’enfance, d’une jeunesse insolente remuante et à travers ces fulgurances du passé une tentative désespérée de décrypter, d’analyser, de comprendre son propre mystère au fil du temps. Zelda est une héroïne touchante, tragique. Jeune fille brillante, désirée par les hommes, elle épouse finalement Scott Fitzgerald. Il représente, malgré lui l’Amérique du Nord, symbole de ce nouveau monde où l’argent et la réussite priment avant tout. Elle, elle est liée au Sud, à la morale puritaine et aux traditions esclavagistes.

Gilles Leroy (photo DR)

Zelda dénonce combien l’avenir est toujours réservé à l’homme. Écrire est une affaire d’homme, le rôle de chef de famille rarement accordé spontanément à la femme. La vérité ne peut que venir de l’homme. La société a choisi la version de Scott plutôt que celle de Zelda. Ce livre pourrait être ainsi un procès à l’injustice faite aux femmes.

Ce roman est touchant par sa musique nostalgique sur les problèmes du couple portés jusqu’à l’extrême désagrégation, une vision de la société avec l’ombre de la guerre toujours latente : violente injuste raciste machiste sexiste. Nous restons le produit de nos racines natales dont on ne peut se libérer totalement. Nous demeurons tous prisonniers d’un destin que nous ne maîtrisons pas totalement.

Je vous laisse rêver avec Alabama Song et choisir ce qui vous touche le plus : les fractures et mystères du couple, les fractures sociales, l’Amérique du Nord et celle du Sud, ses démons conservateurs, racistes, esclavagistes, les conflits toujours latents qui nous guettent, guerres et intolérances en tout genre, ou encore l’injustice faite aux femmes pouvant aller jusqu’au pillage de leurs œuvres et à leur enfermement (on peut se souvenir de Camille Claudel !).

                                                                                   Nicole

 

Au gré des jours

Françoise Héritier

« Au gré des jours » succède au « Sel de la Vie », une fantaisie  qui déjà évoquait les petits plaisirs qui jalonnent l’existence ! Ce livre est sa dernière œuvre !

« Prenez place s’il vous plaît »

Cette première partie est assez édifiante par sa forme, avec son style très particulier, très rapide, sans point final, des phrases à rallonge, des évocations diverses ; elle saute du coq à l’âne suivant où l’entraîne sa mémoire, avec des virgules pour séparer les évocations très différentes l’une de l’autre ! Des descriptions sans lien entre elles s’étalent sur plusieurs pages ; elle cite des acteurs, des chanteurs, des animaux de compagnie ou non, une information saisie à la télé ! Souvenirs d’enfance ou d’adulte.

Toutes ces évocations foisonnantes, poétiques énoncées sur un rythme échevelé, qui ne permet pas de reprendre sa respiration, traduisent chez Françoise Héritier une prodigieuse culture, cette femme anthropologue, ethnologue qui a remplacé Claude Lévy Strauss au Collège de France, en tant que Professeur. On reconnaît la féministe : elle relate la réflexion de Lévi-Strauss : « Vous avez un esprit d’homme ». Un compliment certes, mais la féministe en elle s’irrite !

« Qu’est-ce savoir, qu’est-ce vieillir ? »

Françoise Héritier, en octobre 2013 (photo © DRFP / Leemage / AFP)

Le rythme de l’écriture change, on n’est plus dans le même registre : on est davantage dans l’autobiographie : « que sais-je ? J’ai conscience que je ne sais rien, à peine savoir vivre » Elle raconte sa vie, poétiquement, de façon réaliste et modeste, ainsi quand elle parle de « peur glaçante devant l’immensité de son ignorance et des champs de savoir où il ne s’est jamais aventuré ».

Évocation douloureuse de la dernière guerre mondiale : « l’exode de 1940, l’écoute mystérieuse de Radio Londres », ses études, ses 1eres règles arrivées sans aucun mot d’explication ! « les femmes de mon âge comprendront ! » Absence d’information sur la sexualité, la procréation, l’accouchement, la mort !

On ressent l’ethnologue par ses analyses d’elle en tant qu’individu qui se construit à travers l’histoire. En 1953 – 1956 elle fit la connaissance de Claude Lévi-Strauss : « ce fut pour moi dit-elle une révolution cognitive de découvrir à la fois la diversité culturelle et l’universalité des processus mentaux interprétatifs ».

Je retiens d’elle une grande intelligence, une curiosité insatiable, la défense des femmes, de la simplicité, de l’humour, le goût de l’amitié et de l’authenticité. « Fermez doucement la porte derrière vous » sont les derniers mots de ce livre !

                                                                                               Josette J.

 

Colette et les siennes

Dominique Bona

Ce livre est-il un roman ? Déjà, ce n’est pas une fiction ! Les héroïnes ont existé. Et l’époque historique qui s’étire de1914 à1954 est particulièrement bien documentée. Les faits relatés sont tirés du réel, de témoignages épistolaires, de correspondances entre les protagonistes, de références littéraires, d’articles de journaux, d’ouvrages historiques : ainsi s’agit-il d’un ouvrage sérieux, fondé sur une documentation fournie.

Il s’agit bien d’une chronique passionnante sur une époque que l’on pourrait croire très éloignée de la nôtre et dont pourtant la reconstitution nous confond. Le récit est vivant, alerte. Il y souffle un air de liberté, de sensualité, de générosité qui nous rappelle, s’il le fallait, que notre temps, notre Mai 68 n’a rien inventé ! Ces femmes sont étonnantes de modernité, de passions, d’absolu.

Dominique Bona (photo © DR)

L’auteur nous plonge avec finesse dans le parallélisme de leurs créations artistiques, de leur intimité et de leurs expériences vécues. Et il faut bien en convenir, le réel dépasse bien souvent la fiction. Leurs expériences vécues illustrent et nourrissent amplement leurs œuvres. Étrangement, leurs modèles sont des miroirs tendus en résonance exacte avec l’actualité.

Ce récit est une ode à l’audace malgré les épreuves, un hommage à toutes les femmes, une déclaration féministe où les hommes sont aimés même inconstants. Dominique Bona, à travers ce récit, parle de la singularité d’une époque tout en démontrant son universalité. L’humanité est face à ses contradictions, ses paradoxes, ses échecs, ses défis, ses combats.

Ce livre est un vibrant hommage à la femme et à l’humanité et nous apprend combien le « je » est aussi un « nous ».

Nicole

 

La vie en sourdine

David Lodge

David Lodge est un auteur qu’on n’oublie plus dès qu’on l’a rencontré. Le catholicisme sera l’un des sujets amplement abordés dans ses romans, avec la vieillesse, le sexe, la vie universitaire. Précisons toutefois que, dans sa vieillesse, Lodge se définissait lui-même comme « catholique agnostique » !

Le roman dont je vous parle s’intitule en anglais « Deaf sentence » jeu de mots habile entre deaf (sourd) et death (mort) ces deux mots se prononçant presque de la même façon. En français, le traducteur, assez génial je trouve, a titré « la vie en sourdine ». L’œuvre a été publiée en 2008.

David Lodge en 2015 (photo © Roberto Ricciuti / Getty images)

L’histoire est celle d’un vieux monsieur, professeur à la retraite, qui devient de plus en plus sourd. Cette surdité qui est presque une « sentence de mort » l’isole de ses proches, lui fait commettre des bévues, l’entraîne, à son corps défendant dans une aventure avec une étudiante qui n’a pas froid aux yeux, jusqu’au moment où sa femme, ils sont mariés depuis 40 ans, lui annonce tout à trac, qu’elle le quitte !

Cet effondrement de sa vie privée va le faire revenir sur son adolescence où il avait eu un béguin pour une jeune catholique (encore !) qu’il a ensuite perdue de vue et même oubliée. Une quête pour retrouver son amour d’enfance le mènera sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, et tout se terminera sur une conclusion coquine où les protagonistes laisseront de côté leur catholicisme gênant pour jouir de ce qui leur reste de vie !

                                                                                                                      Annie

 

Falaise des fous

Patrick Grainville

J’ai été attiré par ce roman suite à un article de journal où Dominique Bona présentait cette œuvre comme « une puissante bouffée d’oxygène. Etretat, la mer déchaînée, les rafales de vent sur les falaises, je me suis demandée si j’allais résister à ces descriptions baroques qui sont la signature de l’écrivain ».

C’est une fresque historique, artistique, prodigieuse. Le talent de Grainville est incontestable. Effectivement, ça décoiffe ! Et quel manque de réalisme ! C’est vrai j’ai eu du mal à la lecture de ce livre à cause du style ampoulé justement… mais cette écriture flamboyante a été aussi pour moi un régal car Granville écrit superbement bien. Des descriptions magnifiques à propos de tableaux célèbres.

L’histoire est celle d’un homme vivant en Normandie, à Etretat, dans les années 1868 à 1930 environ. En 1868, tous les jours il rencontre Monet, souvent en train de peindre et qu’il admire profondément. Grâce à lui, il va pénétrer dans le monde flamboyant de l’Impressionnisme.

Patrick Grainville (photo © Hermance Triay)

Ce roman est irréaliste par ce côté absolument incroyable des rencontres surprenantes tous les jours au coin de la rue, ou au bord de la falaise, de Monet, de Courbet qu’il met en parallèle très souvent : lui aussi peint la falaise.

Outre la peinture représentant l’essentiel des thèmes, on parle littérature également avec Victor Hugo, Marcel Proust, Maupassant, Flaubert. L’évocation de l’Affaire Dreyfus parcourt le livre et nous fait découvrir cette injustice préfigurant les sévices faits aux juifs au XXème siècle.

Ce livre est une fresque sociale qui déploie tous les mouvements de la société, toutes les formidables évolutions scientifiques, technologiques de ce siècle ! « C’est un peu Labiche au Musée d’Orsay mais c’est surtout du Grainville agité, énergique, plein d’élan, de ciel bleu et de petits nuages blancs. Il prend la vie à pleines pages et la rend plus rose, plus ronde, plus appétissante. Succulent ».

                                                                                                          Josette J.

 

Fugitive parce que reine

Violaine HUISMAN

Ce roman, paru chez Gallimard en 2018, présente une structure très classique en trois parties : introduction, développement et conclusion, mais dans une langue très moderne et rapide, avec un vocabulaire riche et parfaitement adapté à cette terrible narration partiellement ou peut-être entièrement autobiographique.

I -« Le jour de la chute du mur de Berlin »… jour remarquable pour une petite fille de six ans, car ce même jour, sa mère « avait sombré dans une dépression si cataclysmique qu’elle avait dû être internée de longs mois de force… ». Violaine et sa sœur aînée Elsa vont apprendre à vivre avec une personne bi-polaire, leur mère chérie, qu’elles adorent malgré ses sautes d’humeur. Adulte, elle se souvient et dissèque ses souvenirs.

Violaine Huisman en 2017 (photo © Beowulf Sheehan)

II- C’est la recherche de Violaine sur les origines de sa mère. Pour diverses raisons elle changera plusieurs fois de nom jusqu’à sa fuite loin de son milieu de naissance. Sa mère lui a fait faire des études de danse malgré une légère boiterie et les premières atteintes de son mal psychique. Elle débute donc une carrière, éblouit un jeune bourgeois marseillais, l’épouse, en divorce pour épouser un très riche vieil aristocrate parisien qui sera le père de ses deux filles, Elsa et Violaine… Elle aime ses filles de façon extravagante, alternant passion pour les hommes, passion pour une femme et séjour en clinique pour dépression.

III- Ses filles ont réussi leurs études et sont bien établies dans la vie. Leur mère part vivre au Sénégal, elle y rencontre un noir musulman plus jeune. Elle l’épouse selon la coutume africaine… Elle change de nom pour la septième fois ! La dépression guette toujours ! Plus de contrainte ; Catherine peut quitter ce monde et se suicide discrètement dans l’appartement parisien qu’elle a conservé.

Ses obsèques, voulus par ses filles à la hauteur de leur amour filial, sont l’apogée de ce roman.

                                                                                                          Roselyne

 

Que serais-je sans toi ?

Guillaume Musso

Il y a deux auteurs français qui m’intriguent depuis un certain temps, Marc Levy et Guillaume Musso. Je les considère comme les « Delly du 21° siècle ». Je me suis donc décidée à lire un roman de Musso, par hasard, je suis tombée sur « Que serais-je sans toi ? », paru en 2009.

C’est une histoire qui mêle amour, problèmes de santé, séparations, retrouvailles, œuvres d’art, déceptions amoureuses, voyages, qui s’étale sur 15 ans, 20 ans, où des personnages que l’on croyait morts réapparaissent… Plus on s’approche de la fin plus l’histoire se complique, mais rassurez-vous tout, se terminera bien !

Guillaume Musso (photo © Emanuele Scorcelletti)

Quelque part c’est aussi un « road movie », qui démarre à Paris mais se terminera à San Francisco, avec de longs descriptifs du pont, des rues en pente, de la baie avec la prison d’Alcatraz ça a un petit côté publicité agence de voyage…

Qu’est ce qui a pu attirer ces millions de lecteurs vers cette histoire bien tarabiscotée, il faut l’avouer ! C’est pour le savoir que j’ai voulu connaître cet auteur ! D’abord il est manichéen : les bons sont vraiment bons, les méchants, vraiment noirs ! Les filles sont belles, longilignes, cheveux au vent. Les scènes d’amour sont décrites mais sans pornographie, c’est gentillet, quoi !

Pour les gens qui n’ont pas l’occasion de voyager ça dépayse. Ils ont l’impression de connaître San Francisco que Musso leur fait visiter en les tenant par la main… Il y a de l’espoir même quand tout paraît perdu. Les rapports de famille sont mis en avant, rapports, mère-fille, père-fille dans ce roman ci.

J’ai écrit « c’est gentillet » eh bien je crois que c’est vraiment le mot : Guillaume Musso est un auteur gentillet, d’ailleurs je trouve qu’il a un air bien gentil sur les photos de presse.

Pour moi un seul Musso ça va me suffire, mais ça vaut le coup d’essayer et puis ça remonte le moral !

                                                                                                          Annie

 

Le retour du M’Zungu

Janine et Jean-Claude Fourrier

Il s’agit dans ce roman d’un retour du couple, pendant quelques mois à Mayotte, 20 ans après un premier séjour. Il s’agit avant tout de mesurer ce qu’a déclenché la départementalisation de Mayotte une toute petite île des Comores vendue à la France par le sultan malgache Andiantsouli contre une rente viagère personnelle de 1000 piastres en 1841. En mai 1958, l’Assemblée territoriale des Comores vote le transfert de la capitale Dzaoudzi vers Moroni dans la grande Comore ce qui provoque un grand mécontentement des Mahorais. A partir de là va commencer un grand mouvement pour la départementalisation jusqu’au référendum de 2009 où le oui l’emporte à 95,24 %. Le 31 mars 2011 Mayotte devient officiellement le 101ème département français. Recensement en 2012 : 212 645 habitants hors migrants clandestins estimés à plus du quart de la population.

Janine et Jean-Claude Fourrier (photo © DR)

Ce que les auteurs détaillent bien dans leur livre, c’est la différence énorme qu’ils ont vu entre un pays où il faisait bon vivre et une situation aujourd’hui en ébullition. Certaines informations donnent plus de 40 % d’étrangers en particulier venant de l’île toute proche Anjouan, d’où viennent de toutes petites embarcations pas du tout sécurisées. Les femmes comoriennes viennent accoucher à Mayotte et repartent parfois en laissant leur bébé qui a donc la nationalité française…

Le livre pose la question de la départementalisation d’un territoire très envié par ses voisins et lui-même très frustré de ne pas avoir le niveau de vie, la sécurité, ce qui avait été promis et qui semble difficile à assumer par la France. Les auteurs insistent sur le sentiment d’insécurité qui règne maintenant dans l’île et la dégradation des infrastructures.

Leur livre écrit l’an dernier est précurseur de ce qui vient de se passer avec la grève générale qui a duré plusieurs semaines pour demander de l’aide financière pour le développement de l’île et pour la sécurité.

Ce livre est plaisant à lire, mais on ne parlera pas d’une œuvre littéraire. On n’en retiendra essentiellement l’analyse d’un territoire d’outre-mer où la France a des obligations mais n’a-t-on pas passé le temps de la colonisation ou de l’aide privilégiée pour conserver une main mise dans l’Océan Indien ? Quel est pour la France l’intérêt de la départementalisation d’une petite île qui croule aujourd’hui sous l’afflux de l’immigration clandestine ?

                                                                                                                      Cécile

 

Ma reine

Jean-Baptiste ANDREA

Un roman facile à lire, avec un style simple qui suscite des images familières à tous ceux qui aiment la Haute Provence.

Un garçon de douze ans, un peu attardé, n’est plus désiré à l’école du village et se sent inutile auprès de son père garagiste, même s’il sait servir l’essence, vêtu d’un beau blouson jaune marqué « Shell ». Il décide de partir à la guerre afin de prouver qu’il est devenu un homme et un jour prend le départ en montant derrière chez lui jusqu’au plateau dominant la vallée de l’Asse.

Jean-Baptiste Andrea (photo © DR)

Un abri dans une borie en ruine, quelques baies, l’eau d’un abreuvoir à mouton, c’est peu pour les premiers jours ! Heureusement une fille à peu près de son âge passe par là et lui révèle qu’elle est une reine venue d’un château voisin. Elle sera sa reine s’il lui jure obéissance. Elle s’appelle Viviane et elle l’appelle « Shell ». Ils se fabriquent des codes. Elle lui apporte de la nourriture ; elle l’aide à se dissimuler des gendarmes investigateurs du lieu, car on le recherche ; elle l’entraîne dans la découverte du plateau ; puis un jour, elle disparaît.

Le berger Matti, appelé « Silenci » parce qu’au village on le croit muet, le secourt en secret. ll le loge, le nourrit et l’embauche pour garder les moutons en compagnie du gros labri blanc. Tout va bien ! Mais un jour, « Shell » découvre la petite maison des parents de Viviane. Viviane n’est pas une reine ! Elle lui a menti ! Il lui fait honte. Elle le récupère ! Alors, ils rentrent tous deux « dans le noir paradis des amours enfantines « , rêvant de partir jusqu’à la mer libératrice dont le chemin passe tout près d’un rocher appelé « Pénitent ».

Réalité ou rêve ? Il est enfin un homme… mais à quel prix. Féerie ou drame mélancolique sur deux enfants dans le mal-être. C’est joli et rugueux comme la Haute-Provence.

                                                                                                          Roselyne

 

Mélancolie de la Résistance

Lazlo Krasznahorkai

Par son atmosphère slave et la force de sa description, ce livre rappelle Gogol et Boukgakov. Il serait à classer dans le genre Thriller. Son sujet nous plonge dans le décor crépusculaire d’une ville au bord de l’apocalypse. Un danger étrange la menace, symbolisé par l’exposition d’une baleine au nom étrange de Blaahval.

Art de la description

L’auteur laisse une large place au décor, personnage à part entière. L’atmosphère qui se dégage est celle dont un des protagoniste, M. Eszter dira « Nous vivons un enfer sans issue et entre un avenir perfide et un passé révolu ». La ville est en effet en décomposition : ordures, rats, chats prolifèrent. La misère slave dégouline à travers la crasse, la misère, le froid. Coup de griffe subliminale de l’auteur aux régimes autoritaires, il dénonce le manque de confort (pas d’électricité), une ville sans distraction mais avec le bruit des bottes en embuscade.

László Krasznahorkai (photo © Nina Subin)

Art des portraits

Les personnages sont le miroir de la désagrégation d’un monde. Ils expriment chacun à leur façon une idée de finitude et de malheur.  Ces personnages font la part belle à des dialogues intérieurs qui donnent au lecteur une impression de proximité, de vérité, de réalisme. L’homme nous est décrit selon une illusion toujours démesurée et une détresse toujours injustifiée. Il manifeste le besoin de fuir et ressent le bonheur du renoncement comme ultime sauvetage.

Art de la composition

Beaucoup d’analogie avec la musique. Le récit suit un développement, un élargissement, un crescendo qui accompagne la désagrégation d’un monde, sa finitude, son délabrement. La tension, l’angoisse nous étreignent tandis que s’insinue l’étrange, l’irrationnel et l’irréductible destin en marche avec son cortège de massacres, de sang, de morts.

Ce livre nous plonge dans une mélancolie profonde dans laquelle les résistances relèvent de la course ou de l’immobilité sur un fond musical assez désespéré. Un livre à lire comme un voyage au bout de la nuit, à suivre dans un souffle et à en accepter le vertige dans sa vérité aveuglante sur notre condition.Un tableau d’une lucidité plutôt amère mais aussi une invitation à la résistance chacun suivant sa nature.

Un livre d’une grande puissance, envoûtant !

Nicole

 

Paname underground

Zarca

Un livre rédigé à la première personne du singulier, en verlan simplifié, dans un style d’jeuns. L’auteur est appelé « l’écrivain » car il a déjà publié un « bouquin ». Il est contacté pour rédiger un guide des quartiers chauds de Paname : « Alors Zarca, quand est-ce que t’écris un livre sur le free fight ? Mais sans les travelos du Bois de Boubou hein… »

Johann Zarca (photo © DR)

Saint- Denis street, Ghetto Belleville, Stalincrack en passant par Bezbar-La Pelcha et jusqu’à la Bastoche, pour n’en citer que quelques chapitres. En Ceumer, en bécane ou en tromé, il trace ou s’arrache avec ses soces ou ses potos ; rencontre des Afghans, des renois, des rebeus et des toubabs.

Il subit une attaque ratée à la kalache, pleure sur Dina qui meurt d’over dose à l’hosto. Boit du sky ou de la Kro, se shoute à n’importe quoi pour supporter l’épreuve :  » Trois semaine qu’elle a calanché et je ne le digérerai jamais. Je suis pas du style à me laisser abattre mais là, je plonge quand même dans un sale down, rongé par des idées noires. »

Il approche de la vérité, empli de rage et d’écœurement… le lecteur aussi trouve cela glauque, voir bien dégueu… mais admire la composition et la langue argotique recomposée… plus naturelles et plus modernes que celles de San Antonio.

Cimer, Zarca, pour ce renouvellement.

Roselyne

 

Portraits Crachés – Un trésor Littéraire de Montaigne à Houellebeck

Claude Arnaud

Ce titre nous situe déjà dans l’éventail du temps à parcourir. Il illustre une chronique de l’histoire de la littérature française à travers un genre littéraire : le Portrait. A travers cette fresque chronologique, l’on retrouve les travers et les qualités du peuple français dont nous sommes ! Il y a donc de l’égocentrisme, de l’individualisme sans exclure, l’ironie, le sarcasme, la cruauté. On se glorifie. On encense autrui par calcul, pragmatisme, on dénonce, on se dénigre soi-même. Bref les méthodes sont classiques, universelles et éternelles.

De ce luxe de pages je vous propose quelques axes d’attention :

Étude du genre :

Le portrait du point de vue historique. Sa chronologie se décompose en trois grandes phases : une apogée une désincarnation, une renaissance. A travers l’Art du portrait c’est aussi l’histoire politique qui défile, notre histoire sociale littéraire qu’il véhicule, les étapes de la science qu’il suit.

Claude Arnaud (photo © Hannah Assouline / Opale / Leemage / Robert Laffont)

Cette étude historique traduite par Claude Arnaud nous conduit à la conviction d’une vérité qui est extrêmement difficile à connaître nous sommes « JE et les circonstances » « JE dans l’histoire », notre MOI est complexe, insaisissable d’où peut-être cette tentation des portraits « collectifs » cet engouement pour les grands types : l’avare, le séducteur, l’ambitieux, le fat, le bigot. Il nous conduit à des généralisations réductrices : saoul comme un polonais, fort comme un Turc, radin comme un Écossais, avide comme un Juif… Et voici Le Nazisme ou l’Absolutisme en marche SUBREPTICEMENT.

L’art du Portrait est protéiforme :

Il se décline en peinture, au cinéma, en photos. Il est gazette, journal, fable, roman, poésie. La littérature invente le « flouté », le vide, l’air, ni raison d’être, ni but, ni fin. Elle reflète aussi les écoles en peinture le divisionnisme, le fauvisme, le cubisme. Mais la littérature reste sans doute supérieure en matière d’images en pénétrant l’abstrait, la mobilité, la durée, les sentiments.

Quel est le sens du portrait. Que dit-il de nous ?

Je retiens les malédictions des freins à notre liberté : hérédité, circonstances, mystère de l’inconscient, de l’irrationnel, notre impermanence douloureuse. De cette galerie de glaces de ces portraits historiques romanesques flattés ou à charge se dégage une leçon de morale, un sens critique qui nous invite à moins d’aveuglement à une ouverture. Elle nous force à regarder nos outrances, nos arrogances, nos cruautés.

En conclusion ce livre de 900 pages m’a éperdue, tentée de picorer ça et là ; ma lucidité a côtoyé passion, aveuglement, fanatisme, tolérance. Cette anthologie a été un voyage époustouflant à travers les siècles ; la pléiade d’auteurs cités m’a replongé dans la gourmandise de très vieux compagnons de route et rappelé mes abîmes d’ignorance… et finalement convaincue « qu’être c’est être perçu, se percevoir, c’est exister doublement »

Nicole

 

Les mémoires d’une jeune fille rangée

Simone de Beauvoir

C’est est un gros bouquin de 360 pages publié en 1958, Simone a 50 ans. Je trouve que le titre est mal choisi, je dirais plutôt « Mémoires d’une jeune bourgeoise rangée ». En effet, à aucun moment la famille n’oublie qu’elle est de bonne extraction même si elle est fauchée.

L’ouvrage est divisé en 4 parties suivant l’ordre chronologique.

La première partie va de sa naissance à ses 11 ou 12 ans. C’est le temps de l’innocence, du bonheur. On assiste à la naissance de sa sœur, ses parents s’entendent encore bien, ils font du théâtre en amateur. Elle entre au cours Adeline Désir et y rencontre Zaza. La plupart des personnes citées dans le livre le sont sous un nom d’emprunt. Zaza= Elizabeth Mabille, en réalité Elizabeth Lacoin qui restera sa meilleure amie. Plus tard nous rencontrons Pradelle qui n’est autre que Maurice Merleau Ponty. Par contre, Sartre, quand il entrera en scène, gardera son véritable patronyme.

Simone de Beauvoir (photo © DR)

La seconde partie va la suivre jusqu’à ses 17 ans, âge auquel elle passe son bac. On est étonné de la rigueur des mœurs : ni théâtre, ni cinéma, les livres sont souvent caviardés pour éliminer les parties scabreuses (ou jugées telles par les parents). Reçue au bac, elle veut aller à la Sorbonne : refus des parents qui la dirigent vers une faculté catholique. Pour eux, la Sorbonne c’est l’antre du diable !

Le troisième chapitre la voit découvrir avec ivresse les études supérieures, avec l’ouverture d’esprit qui les accompagne, les rencontres avec de jeunes étudiants dont Sartre avec lequel elle va préparer son agrégation de philosophie et qu’elle admire beaucoup.

Enfin dans le dernier chapitre nous la voyons changer : elle fréquente les bars de Montparnasse, elle boit, elle se gorge de cinéma. Elle décide de vivre en intellectuelle, ne se mariera pas et n’aura pas d’enfants. Elle adhère au parti communiste. Ses premiers sentiments féministes se font jour. Elle se lie avec Sartre qui la surnomme « le castor » (Cf Beaver, castor en anglais, pas très loin de Beauvoir). Son plus cher désir : être libre !

Son amie Zaza tombe malade. Un transport au cerveau l’emportera. « Zaza avait-elle succombé à un excès de fatigue et d’angoisse ? Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j’ai pensé longtemps que j’avais payé ma liberté de sa mort ». Tels sont les derniers mots des « Mémoires d’une jeune fille rangée »

Annie

 

Saint-Marcoux, un auteur pour la jeunesse

Jeanne Saint-Marcoux (photo © DR)

Jeanne (dite Jany) Saint-Marcoux est un auteur français née à Paris en 1920 et décédée en cette même ville en 2002 (82 ans). De 1952 à 1973 elle publie dans la collection Rouge et Or, 27 titres qui présentent chacun une ville ou une région de France (Alsace, Toulouse, Paris, Les Baux de Provence…). Plus d’un million de lecteurs (et lectrices ?) ont lu Saint Marcoux. Elle obtient le prix Montyon pour « Aélys et la cabre d’or ».

Les personnages de Saint-Marcoux : l’héroïne est une jeune fille entre 13 et 15 ans. Elle est sauf exception, de milieu bourgeois, ou noble désargentée. Elle s’intéresse à l’art (la danse dans « les chaussons verts ») mais, le plus souvent, renoncera à sa carrière pour choisir l’amour ! Au cours du roman elle va rencontrer un jeune homme qui vit une existence aventureuse (il est pilote d’hélicoptère, photographe de presse, dessinateur, ingénieur aéronautique… mais il ne connaît pas le bonheur, il lui manque une vie de famille (nombreuse si possible) et, grâce à l’héroïne, il va trouver cet environnement « cocon » qui lui manque.

On rencontre beaucoup de personnages avec un handicap ou bien qui vivent misérablement. La société française de Saint-Marcoux : un pays en plein changement, on invente (la Caravelle, l’hélicoptère…), le catholicisme, toujours présent, se fait plus discret. Les filles ne sont pas soumises, elles innovent elles aussi mais ce sont quand même les garçons qui ont le dernier mot au moment où arrive une catastrophe. Le soir, comme leurs ancêtres, elles brodent ou font du tricot.

Les intrigues : Ces romans commencent toujours par un mystère à résoudre : des bijoux dérobés, un fils disparu, un bateau qui a sombré… Il y aura de nombreux souterrains oubliés, cachettes dans l’épaisseur des murs, lettres jamais reçues par leur destinataire…

Les personnages sont pour la plupart gentils ; le « méchant » se reconnaît tout de suite. Les parents sont peu présents, il faut bien que les jeunes vivent leur aventure ! le père, en particulier, est peu visible. On est dans un matriarcat.

Et tout se terminera bien et la jeune fille aura trouvé l’homme de sa vie !

Annie

 

SOUVENIRS DORMANTS

Patrick Modiano

Dans Souvenirs dormants, l’auteur évoque ses vingt ans, dans le Paris des années 60. Il l’appelle « Le temps des rencontres », dont les souvenirs se précisent grâce à de petites notes collectées tout au long de sa vie. C’est écrit à la première personne du singulier.

Patrick Modiano en 2014 (photo © DR)

A travers Paris, nous allons le suivre de dix-sept à vingt-deux ans, peut-être vingt-cinq. Dates précises, listes de noms ou adresses tiennent lieu de description et de détails. Il tente de mettre de l’ordre dans ses souvenirs à l’aide de ses listes anciennes.  S’y rattache les fugues qu’il pratique depuis l’âge de onze ans, traînant son mal-être de café en café, sont-elles une addiction contre laquelle il faudrait réagir ?

Est-ce la réalité ou est-ce un rêve ? C’est l’œuvre d’un artiste, d’un véritable artiste du verbe, qui, à partir d’éléments personnels, dessine, sans mots inutiles, six ébauches très serrées de scénario. Chacun de ces scenarii, avec le concours d’un metteur en scène de génie, deviendrait un film formidable.

C’est aussi le portrait d’un jeune homme angoissé devant toutes les possibilités qui s’ouvrent devant ses vingt ans, dans le flou de la précieuse petite musique modianesque, égrainant son Paris au rythme du guide de ses souvenirs. Mais aussi un pastiche ou une réminiscence du « Nouveau roman » qui depuis 1953, à la suite d’Alain Robbe-Grillet, Michel Butor et Nathalie Sarraute, prône la déstructuration du roman narratif.

Roselyne

 

UNE FEMME A BERLIN

(anonyme) 20 avril – 22juin 1945

Au printemps 1945 une jeune femme berlinoise (on sait d’elle qu’elle a une trentaine d’années, qu’elle a été journaliste, qu’elle a beaucoup voyagé, en particulier en Russie) note durant 63 jours sur des cahiers d’écolier ce qui lui arrive au jour le jour… Plus tard elle confie ces textes à un collègue, Kurt Marek qui réussit à les faire traduire en anglais et publier aux USA en 1954.

En 1959 le livre paraît en Allemagne sans aucun succès. Les Allemands ne veulent pas qu’on leur rappelle cette période ! En 1969/70 le livre tombe entre les mains de féministes allemandes. Elles sont intéressées mais le texte reste pourtant confidentiel. Et ce n’est qu’en 2001, l’auteure est décédée entre temps, qu’une nouvelle publication rencontre enfin le succès. La traduction française est de 2006.

Le style en est plein d’humour. Même quand elle raconte des choses atroces, elle parle sur un ton d’objectivité froide et même sarcastique. Les personnes décrites qui sont presque toutes des voisins à elle, prennent vie sous nos yeux ainsi que son quartier qui deviendra plus tard Berlin-Est.

La faim est le leitmotiv du livre : dans Berlin envahi par les Russes tout est prétexte pour se nourrir : prostitution, pillage… Les abris : toute la première partie de ce texte raconte encore et encore les nuits d’angoisse dans des caves sous l’immeuble.

L’armée allemande : Les Berlinois découvrent une armée de vieux, d’enfants, de blessés.

Photo extraite du film Anonyma – une femme à Berlin, réalisé en 2008 par Max Farberbock

Les Russes : « Vend 27 avril 1945, jour de la catastrophe », on les signale, on en voit un… ! Puis ce sera les viols, le travail forcé à partir du 14 mai, date de la capitulation de l’Allemagne, un véritable travail d’esclave durant des journées interminables.

Les dernières pages : Première visite chez le coiffeur le 9 juin, premier cinéma le 13 juin. Le 16 juin, retour de Gerd son amoureux. Ils n’ont plus grand chose à se dire !

Enfin 22 juin, les derniers mots.

Annie

 

Les charmes discrets de la vie conjugale

Douglas Kennedy

Les Charmes discrets de la vie conjugale (titre original : State of the Union) est sorti en 2005 et traduit en français en 2007. C’est un roman qui propose une vision de l’Amérique contemporaine et du combat politique qui l’anime, notamment la tension entre les « libéraux » (au sens américain du terme) démocrates et les néo-chrétiens pro-Georges W. Bush. Il illustre le conflit de génération qui perdure : les néo-chrétiens en réaction au libéralisme révolutionnaire des années 1960 de leurs aînés.

L’histoire se passe aux USA dans les années 1968. Hannah l’héroïne du roman, contre l’avis de ses parents, des universitaires très engagés à gauche, va se marier à 20 ans avec un étudiant en médecine très différent de ses parents mais qu’elle trouve ouvert, prévenant, avec qui elle se sent en sécurité.

Douglas Kennedy (photo © DR)

On passe de cette période aux alentours de 1968 à l’année 2003. Là, trente ans se sont passés où tout parait bien huilé. Elle a eu deux enfants qui ont tous les deux des bonnes situations. Le fils est marié et a lui-même deux enfants aussi tandis que la fille n’a pas jusque-là de relations amoureuses stables. Un grain de sable va remettre en cause cet équilibre finalement très fragile, relatif à un événement qui s’est passé dans la première période : celle de 68, une infidélité de 2 jours, restée secrète…

A travers la vie de son héroïne, Hannah, c’est tout un pan de la vie américaine et de la vie tout court que Douglas Kennedy soulève. Les choix que l’on fait souvent sont-ils les bons, et comment le savoir ? Sommes-nous responsables de tout ce qui arrive à notre progéniture ? Et enfin, connaît-on vraiment l’être avec qui on a décidé de passer toute son existence ?

Malgré ces presque 600 pages ce livre se lit comme un thriller surtout sa deuxième moitié. Sans apporter des certitudes, cette œuvre permet de se forger des réponses et de comprendre au moins une chose : qui que nous soyons nous avons besoin d’amis, de reconnaissance et d’amour. Et nous ne voulons en aucun cas mourir seul.

Cécile

Katulu ? n°54

22 juin 2018

Ce nouveau numéro du cercle de lecture Katulu ? affilié au Cercle Progressiste Carnussien vous fera découvrir de nouvelles oeuvres découvertes et partagées au cours du dernier semestre de l’année 2017, en espérant vous donner envie de les découvrir à votre tour. Retrouvez l’intégralité des notes de lecture de ces livres (Katulu n° 54). Si vous aussi vous avez envie d’échanger en toute convivialité autour de vos derniers coups de cœur de lecteur, venez nous rejoindre pour les prochaines réunions qui se tiennent régulièrement à Carnoux-en-Provence !

 

Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner

Un livre au titre accrocheur, qui rassemble un collectif de « savants » à majorité psychiatres et psychologues, édité par Albin Michel :

Patrice Van Eersel a été chroniqueur scientifique, rédacteur en chef du magazine Clés.

Boris Cyrulnik est psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain.

Pierre Bustany est neurophysiologiste et neuropharmacologue, spécialiste de psychophysiologie.

Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre et ancien professeur de psychologie à la Sorbonne, est l’un des grands spécialistes français de ces « neurones empathiques » qui constituent notre troisième cerveau, le « cerveau mimétique ».

Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, spécialisée dans le traitement et la prévention des troubles émotionnels (anxieux et dépressifs), a notamment introduit l’usage de la méditation dans les pratiques de soins en France.

Thierry Janssen, d’abord médecin et chirurgie durant plusieurs années, a choisi de devenir psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies.

La forme de l’ouvrage est originale avec quatre parties traitant du cerveau plastique, social, émotionnel et enfin un cerveau qui reste une énigme. Dans chaque partie, l’auteur fait un résumé des recherches actuelles et introduit la discussion qui va suivre avec un scientifique.

Boris Cyrulnik (photo © DR)

Notre cerveau est plastique (entretien avec Boris Cyrulnik) :

Nos neurones se remodèlent et se reconnectent jusqu’à la fin de notre vie. Aujourd’hui, presque n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts certes puissants mais accessibles. L’ensemble de notre cerveau peut entièrement se réorganiser suite à un accident par exemple. Boris Cyrulnik démontre que la résilience repose sur la plasticité neuronale.

Notre cerveau est social (entretien avec Pierre Bustany et Jean-Michel Oughourlian) :

Nos neurones ont besoin d’autrui pour fonctionner car notre cerveau est neurosocial. Nos circuits neuronaux sont faits pour se mettre en phase avec ceux des autres. Nos neurones ont absolument besoin de la présence physique des autres et d’une mise en résonnance empathique avec eux. Tout cela fonctionne, entre autres, grâce aux neurones miroirs. C’est un mécanisme qui fait que dès la naissance, notre cerveau « mime » les actions qu’il voit accomplir par d’autres, comme si c’était lui qui agissait. Les neurones miroirs servent à nous préparer à l’action, en renforçant les voies neuronales de notre cerveau moteur. Ils détermineraient toutes nos relations. Si le modèle devient un rival les émotions et sentiments positifs, bonne humeur, estime, amour se changent alors agressivité. La sagesse consiste donc à apprendre à désirer ce que l’on a.

Notre cerveau est émotionnel et autonome (entretien avec Christophe André) :

Sentir, penser, agir… Tout cela ne consomme que 1 % de notre énergie cérébrale, c’est la partie consciente. Le reste est utilisé par le non-conscient. Un neurone ne devient opérationnel que si des dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones. Les 6 moteurs de croissance dendritique les plus importants sont le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, l’effort volontaire. Ce qui détruit les neurones: le vieillissement, le stress, la pollution, certaines maladies, et surtout la passivité. On sait maintenant que notre cerveau ne comporte pas de régions spécialisées dans le calcul, la sémantique, la vision : tout fonctionne en réseau ! Les 3 principaux créateurs de réseaux neuronaux sont l’imitation, l’émotion et la répétition. Ces 3 facteurs constituent la trame de notre vie affective et relationnelle, car notre cerveau est éminemment social.

Notre cerveau est une énigme (entretien avec Thierry Janssen) :

De quoi sont faits nos rêves ? Les neurologues croient aujourd’hui que, pendant le sommeil paradoxal, le cerveau, libéré du contrôle conscient exercé par les lobes frontaux du néocortex, remodèle les réseaux neuronaux. A quoi ressemble ce remodelage ? Mystère ! Tout ce à quoi vous avez accès, c’est la traduction qu’en a fait votre moi conscient à la dernière seconde, juste au moment éclair du réveil, à la sortie de votre rêve. L’ultime énigme est circulaire : comment s’interroger sur ce qui nous sert à poser des questions, le cerveau étant à la fois l’étudiant et l’étudié ? Répondre à cette question serait-ce découvrir la nature de la conscience et de l’âme ?

Dans l’épilogue « Mais alors qu’est-ce que la conscience ? » ce sont les travaux d’Antonio Damasio directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité de l’Université de la Californie du Sud, qui sont pris en compte. « Le cerveau crée des cartes, qui vont lui permettre de s’informer et de guider le comportement moteur, mais aussi de fabriquer des images, qu’il va traiter pour produire ce que l’on appelle l’esprit et la conscience ». La conscience est esquissée dans le tronc cérébral et le cortex assure sa floraison. Dans un tel système, l’émotion et le sentiment exercent une primauté pour la conscience.

Au cours de ces entretiens passionnants, défaisant de nombreuses idées reçues, on découvre avec émerveillement des potentialités jusqu’alors insoupçonnées de nos neurones, ainsi que le caractère « neurosocial » de notre cerveau induisant la nécessité de stimuler nos cellules nerveuses tout au long de la vie. On est captivé par cet ouvrage qui délivre des découvertes stupéfiantes sur notre cerveau, dans un langage clair, simple et enthousiasmant.

                                                                                                          Antoinette

 

ALMA

J.M.G. Le Clézio

ALMA est le journal de voyage de Jérémie Fersen à la recherche de l’héritage spirituel que son père lui a partiellement caché. Il n’y a pas de préface, mais il y a en exergue, un quatrain datant de 1786, du poète écossais Robert Burns. Et puis il y a un prologue longuement animé par les noms qui, depuis l’enfance, virevoltent autour de Jérémie, « comme des papillons affolés ».

Il part pour un retour iniatique vers le pays de ses ancêtres paternels. Une veille carte sur toile datée de 1875 et un curieux caillou blanc de la grosseur d’une balle vont lui servir de viatiques. D’autres souvenirs ? Il n’en a pas ! Son père était un taiseux ! Alors il part à la recherche de ce lien qui lui manque.

Vient alors le développement, lorsque Jérémie Fersen débarque à Maurice, sur les traces d’Axel Fersen et de son épouse Alma. Ses aieux sont arrivés sur l’Isle de France en 1796, juste à la fin de la Révolution Française.

JMG Le Clézio (photo © Catherine Hélie / Gallimard)

Maigres indices sur lesquels il va faire du zapping selon la méthode actuelle. Clic sur Krystal : jolie lycéenne noire qui sèche ses cours. Clic sur Aditi, jeune femme d’origine indienne, enceinte d’un enfant sans père. Elle a été violée.

Clic sur la Surcouve, descendante de Surcouf, elle vit dans une cabane de pêcheurs avec des étagères remplies de livres anciens et de porcelaines de la compagnie des Indes.

Clic sur Marie Madeleine Mahé de la Bourdonnais, fille naturelle d’une esclave, reconnue par son père « gouverneur des Isles de France et de Bourbon » qui lui fit donner en France une éducation de demoiselle… mais pas d’héritage. A sa mort, elle finit à l’asile de la Salpétrière, sous Louis XV.

Clic sur Emmeline, très vieille dame, cousine d’Alexandre Fersen, enrôlé à quinze ans avec de faux papiers car il désirait fuir la vie étriquée de Maurice. Il devint avocat et c’est le père de Jérémie. Merveilleuse petite nouvelle sur la société coloniale du siècle passé…

Clic sur Topsie : c’est un flash plein d’humour triste.

Clic sur une autre navigation qui raconte les conditions aberrantes du transport d’un dodo vers l’Angletere et la fin du pauvre volatile en terre saxonne en 1608.

Feuilletant un album de photos jaunies, il recueille les dernières confidences d’Emmeline sur le secret de famille : Alma furent deux maisons séparées par un rideau de bambous ; dans la grande, les bons Fersen ; dans la petite, des Fersen maudits pour double métissage, branche anéantie à la disparition du cousin Dominique. Jérémie ne retrouvera pas Alma…

Etrange composition par la succession de caractères gras et italiques : le style concis-actif de la narration de Jérémie s’opposant au vécu-présent de Dominique beaucoup plus discursif.En fait, il s’agit toujours de la même personne, J.M.G. Le Clézio, pendant un de ses voyages dans l’archipel des Mascareignes dont Maurice, entre la Réunion et Rodrigues, est l’île centrale.

Ces voyages lui ont appris à faire le point entre les différents aspects de sa personnalité tout en promenant le lecteur dans un lieu magnifique, chargé d’histoire et de résonances dramatiques ou poétiques.

Des thèmes dominants : l’anéantissement des espèces dues à des fautes humaines, le passage d’une société esclavagiste à une société de consommation, la prostitution des jeunes à grande échelle induite par le tourisme mondial, la recherche mystique et le culte des morts par suite de l’affaiblissement des religions, les flux migratoire et ce qui en découle : le racisme ; la recherche de racines familiales dans un monde qui change vite. Qui sommes nous, où allons-nous ?

                                                                                                          Roselyne

 

Bella Ciao

Marielle Gallet

L’auteur, épouse de Max Gallo, raconte le combat quotidien de ce dernier contre la maladie de Parkinson, les errances d’un homme perdu, alors qu‘elle comprend qu’elle vit les heures tragiques de leur amour.

Quand elle rencontre Max il chante Bella Ciao pour la séduire ; l’amour la politique les réunissent. C’est un homme avide de culture, un bourreau de travail, passionné par la France, engagé auprès de Jean Pierre Chevénement puis intéressé par Nicolas Sarkozy. Mais on ne peut parler de lui sans évoquer le drame de sa vie, le suicide de sa fille Mathilde en 1972.

Lui qui a écrit tant de nombreuses biographies de Napoléon à De Gaulle, devient sous la plume de Marielle un héros romanesque. « il lui arrive de parler de lui à la troisième personne comme si cela allait le protéger ; un beau retournement de voir que celui qui a écrit 150 ouvrages devient à son tour l’un des personnages du livre ».

Elle dépeint les traits de caractère de cet homme à la fois modeste et conscient de sa supériorité, mais la maladie a rétréci sa vie, son corps, son écriture, ses mouvements, ses pas sont tout petits, il n’a plus assez d’énergie pour continuer à vivre ce qui faisait son essence essentielle. Il s‘ennuie, il n’aime pas l’homme qu’il est devenu, il préfère ne pas le voir. Lorsque les médecins ont diagnostiqué la maladie de Parkinson, elle s’est beaucoup documentée, mais lui n’a pas voulu.

Marielle a écrit ce livre pour surmonter l’indicible. Elle revit les merveilleux moments de leur amour car il y a une véritable tragédie à vivre simultanément la présence et l’absence de la personne qu’on aime ; écrire est un moyen de résister.

Ce livre aurait pu s’appeler le Désarroi car elle l’évoque très souvent au cours des pages.

Elle accepte la tyrannie de Max, elle l’excuse. Elle lui lit les pages de son livre mais ce n’est pas lui ; il emploie le mot « il » pour designer mon personnage. La vérité si elle existe ne l’intéresse pas. « J’ai toujours pensé que les hommes n’anticipent pas de la même façon que les femmes ; ils n’ont pas la même appréhension de la réalité ne s’y cognent qu’au moment où elle se matérialise ».

Je vous recommande ce livre émouvant bien écrit et plein de nuances ; en fait une vie.

                                                                                               Suzanne

 

Birmanie – Les chemins de la liberté

Sylvie Brieu

Sylvie Brieu (photo © DR)

Sylvie Brieu est grand-reporter et écrivain. Ce livre est un journal de voyage. L’écriture est fluide, le sens du détail des personnalités et des atmosphères des lieux parcourus rend le récit très vivant. Il nous entraîne aux quatre coins du pays, en particulier dans des provinces très récemment ouvertes aux étrangers sans qu’on puisse parler d’ouverture au tourisme. Grâce notamment aux réseaux de l’Église catholique, il permet d’aller là où cela est encore interdit. Certains de ces séjours dans les contrées les plus excentrées n’auraient pas été possibles sans l’intermédiation d’hommes d’Église dont quelques-uns s’avèrent très liés à la France, à l’image du père Philip Za Hei Lian, un religieux chin récemment décédé.

« Un flux d’impressions contradictoires m’assaille et me tourmente… La Birmanie reste un pays en guerre avec ses camps de déplacés internes, ses violences infligées aux minorités et ses terrains minés. La souffrance de ses populations, dissimulée à l’ombre des pagodes dorées, ne semble pas en voie de se dissiper. Plus je multiplie mes expériences dans ce pays, plus sa part d’ombre s’épaissit. » dit-elle.

Le périple de Sylvie Brieu est fait de multiples rencontres sollicitées et fortuites. Un patchwork qui permet d’aborder des groupes ethniques dont on parle bien peu. Toute la quête de la journaliste montre très bien le champ associatif et politique birman qui demeure profondément morcelé, avec la participation de nombreuses femmes particulièrement engagées et courageuses.

Sylvie Brieu doit reconnaître le rôle prépondérant d’Aung San Suu Kyi dans l’avancée de ce pays dans le concert des nations et le desserrage de la junte militaire. Cela prendra du temps avant la reconnaissance des différentes ethnies, de leur culture et de leurs religions dans un pays où l’ethnie birmane et le bouddhisme restent dominants.

Le style et la fluidité de l’écriture permet d’appréhender ce pays comme une aventure tout à fait passionnante. Ce serait bien d’avoir lu ce livre avant de visiter la Birmanie !

                                                                                                          Cécile

 

Un fauteuil sur la Seine

Amin Maalouf

Amin Maalouf fut élu en juin 2011 à L’Académie Française au fauteuil laissé vacant par Claude Lévi-Strauss. Depuis le 1er occupant reçu en mars 1634, l’auteur est le 19ème à occuper ce fauteuil. Pour chacun des 18 personnages de ce 29ème fauteuil, l’auteur fait un bref rappel de ce qu’il fut, de ce qu’il a pu écrire et le motif qui a conduit à sa nomination : un chapitre de 10 et 20 pages par académicien.

Avec beaucoup d’humour il donne un intitulé à ses chapitres et l’on découvre : « celui qu’on a préféré à Corneille », « celui qui est passé devant Voltaire », « celui qui idolâtrait Molière », « celui qui fut élu contre Victor Hugo » ou bien celui que les écrivains jalousaient, celui qui n’aimait pas son prédécesseur, celui qui fut l’homme le plus insulté de France ou par contre celui que tout le monde venait entendre, sans oublier celui qui fut deux fois condamné à mort.

Amin Maalouf en habit d‘académicien (photo © DR)

Dans son épilogue l’auteur explique qu’il a vu « en chacun des titulaires successifs le témoin précieux et éphémère d’une histoire qui le dépasse… » « Certains de ces ancêtres appartiennent sans aucun doute à ceux que Jules Renard appelait «le commun des immortels » mais parmi eux, « sur ce siège en bois » se sont assis Joseph Michaud (historien des croisades), Claude Bernard, Ernest Renan, André Siegfried, Henry de Montherlant, Claude Lévi-Strauss.

Le texte sur le premier occupant, Pierre Bardin, est l’occasion d’un rappel de la genèse de l’Académie Française : Valentin Conrart, 26 ans, crée à Paris avec une dizaine d’amis un cercle littéraire en 1629. La moyenne d’âge est de 30 ans et le plus jeune a 19 ans. Pendant 3 ou 4 ans, leurs réunions restèrent confidentielles, jusqu’au jour où un familier du Cardinal de Richelieu, l’abbé de Boisrobert se fit inviter. Informé le Cardinal proposa « d’offrir à ces Messieurs sa protection pour leur Compagnie qu’il ferait établir par lettres Patentes».

Un livre passionnant qui permet de redécouvrir la destinée de grands hommes qui font partie de la grande histoire, un livre précis, allant à l’essentiel, d’une grande documentation et dont la lecture est facile car le style est fluide, agréable.

Si vous aimez l’histoire, les biographies, vous serez comblés.

                                                                                                          Marie-Antoinette

  

La confrérie des moines volants

Metin Arditi

C’est un roman en deux parties assez dissemblables. La première se passe en 1937 au nord ouest de l’union soviétique, en Carélie.  Sous la pression stalinienne, de nombreux monastères et églises sont pillés, brûlés, détruits… Les moines sont torturés dans les prisons de Staline, ils fuient dans les forêts, se cachent…

Nicodime et ses 12 compagnons vont tenter de sauver les précieuses icônes, les statues, les livres et les tissus sacrés que les communistes brûlent… Il est intéressant de voir la description de la foi de ces moines, foi violente, émaillée d’auto flagellations et de mauvais traitements de toute sorte que s’infligent volontairement ces religieux.

Et puis, brutalement, page 143, on se retrouve à Paris en mai 2000, dans une galerie d’art où Mathias Marceau expose des photographies. Mais bien sûr, il y a un fil conducteur qui, un peu plus tard, réunira ces deux histoires en une seule… Ce fil passe par Irina, une jeune fille qui est au cœur même de ce récit, Irina qui a traversé la moitié de l’Europe, est venue à Paris où elle a changé de nom et de nationalité et a donné naissance à Mathias.

Metin Arditi (photo © Martial Trezzini)

Il serait dommage de vous en dire plus et de dévoiler les tenants et aboutissants de ce conte philosophique où vous rencontrerez des personnages improbables, du moine ancien trapéziste de cirque, à André, ébéniste dans le faubourg Saint Antoine.

Métin Arditi développe dans son roman les thèmes qui lui sont chers et que l’on verra ré-apparaître très souvent dans son œuvre, à savoir la filiation, l’exil, les bouleversements dus aux conflits mondiaux et durant lesquels les hommes font de leur mieux pour survivre dans des conditions souvent inhumaines.

Nous avons là un roman très atypique dont la première partie est basée sur des faits réels puisque Nicodime avait fait signer à sa « confrérie » une charte décrivant les droits et les devoirs de chacun, et le but de leur association. Une charte qui peut être vue aujourd’hui encore au musée de l’Ermitage à Saint-Petersbourg.

                                                                                                          Annie

 

Le bureau des Jardins et des étangs

Didier Decoin

L’histoire se passe au 12ème siècle, dans l’Empire du Soleil Levant. Didier Decoin est passionné par ce Japon médiéval, admirateur d’estampes japonaises, de la littérature notamment des contes et légendes de cette civilisation. Il décide d’écrire un roman à partir de ce thème ! Son écriture a duré 12 ans vu le travail fouillé d’érudition qu’il a dû accomplir !

C’est l’histoire d’une jeune femme Miyuki, issue d’un milieu très populaire, paysanne, épouse d’un pêcheur qui vient de mourir noyé en péchant des carpes merveilleuses, d’une surprenante longévité, destinées au Bureau des Jardins et des Étangs, afin d’approvisionner l’Étang sacré de l’Empereur!

Miyuki, héroïne magnifique est persuadée que son mari défunt l’accompagne toujours et elle décide de le remplacer et de rapporter aux villageois la récompense qui les fait vivre. Elle arrive à destination à Heiankyo après de nombreuses aventures…, participera au takimono awase (concours des parfums) et le gagnera ..!

Didier Decoin (photo © DR)

Le retour au village est une autre aventure… à découvrir !

J’ai été ébloui par le vocabulaire emprunté à la civilisation de l’époque et que l’auteur a mûrement étudié. Les images, rappels d’estampes japonaises font pénétrer intimement dans cette histoire ! Scènes fantastiques réelles ou pas ? On est aussi frappé dans ce roman par l’importance des parfums et des odeurs. Didier Decoin exalte les sens, les odeurs « délicates ou triviales ».

Beau roman d’Amour entre Miyuki et Katsuro, poésie, sensualité, sexualité, une histoire née du fond des âges, où le réalisme le plus crû côtoie le fantastique. Didier Decoin est fou de sa Miyuki, petite bonne femme, courageuse, vraie et sincére qui triomphe de ces aventures et reste très attachante pour le lecteur ! C’est l’héroïne romanesque par excellence !

                                                                                                          Josette J.

 

Le rouge vif de la rhubarbe

Audur Ava Ölafsdöttir

En Islande, Augûstina, adolescente de quartorze ans, vit dans une maison rose saumon avec Nina, amie de sa grand-mère décédée. Elle a les yeux de son père, c’est tout ce qu’il lui a laissé. Sa mère, ornythologue, voyage à travers le monde pour observer la vie des oiseaux et lui écrit des lettres poétiquement décalées. Décalée est aussi la manière de penser de cette jeune fille qui rêve de grimper la montagne à l’arrière du village : 844 mètres d’altitude, c’est haut quand on a un handicap de naissance et des béquilles.

Elle a déjà réussi à glisser dans la mer glaciale malgré les brisants de rochers, à nager dans la piscine bouillante en plein hiver neigeux, à dormir à flanc de côteau au milieu des tiges rouges du champ de rhubarbe, sous la dentelle verte des grandes feuilles qui découpent le ciel bleu.

Nina s’enorgueillit de la victoire de sa protégée aux compétions d’aviron de l’école et remarque son esprit de compétition, de concentration, de résistance. Cependant, cette  » ado » surdouée en math, s’obstine à transcrire les solutions des problèmes au gré de sa pulsion manuelle, tout comme elle préfère écrire les mots en forme de montagne! Ça agace le maître.

Auður Ava Ólafsdóttir (photo © DR)

A quoi ressemble cette héroïne originale ? On glane des indices au long du récit. Ses jambes de sirène la suivent comme des nageoires de phoques ; ses épaules puissantes et ses petits seins naissants recherchent le confort des gros pulls islandais tricotés par Nina ; ses tresses noires retenues par des rubans verts suggèrent la couleurs de ses yeux. Les chaussures de marche promise par Nina soulignent son désir d’être debout.

Aucune description appuyée, mais un art de la nuance et du mot juste coule comme l’eau des sources chaudes, vers le fjord étroit au fond duquel est le village. Ce gros bourg vit au rythme hiver – été, dans l’alternance des longs jours de soleil et des nuits interminables. Confiture de rhubarbe ou ragoût d’agneau. On est entre l’acide et le sucré, le blanc et le noir, l’ombre et la lumière, l’action ou la lecture, le courrier ou l’absence de nouvelles.

Un jour un télégramme laconique annonce la naissance d’un petit frère, outre… outre mer. Alors Augûstina, prend le départ pour la montagne, au début d’une nuit, pour arriver au sommet, à l’aube de l’été arctique, au moment où un pâle soleil apparait au dessus de la mer.

Le récit qui était au présent, passe, sur les deux dernières pages, au conditionnel… Jeu de piste… interrogation… que j’ai aimé. Le style de l’auteur léger, souple et rempli d’humour subtil, m’a séduit au point de me faire rêver de l’Islande, ce pays de neige froide, de lave noire et de sources bouillonnantes.

Imaginez la vie simple et vaillante de ses habitants ! 325.000 personnes, soit 3,47 habitants au kilomètre carré. Peu nombreux, ils ont tellement besoin les uns des autres sur ce rift nordique si proche du cercle polaire ! Envie d’aller y voir… pour un voyage géographique et psychologique.

                                                                                                          Roselyne

 

Jules

Didier van Cauwelaer

Jules est un chien ! Mais un chien d’aveugle, éduqué durant quatre ans dans une famille d’accueil et sélectionné sur concours pour accompagner Alice, jeune femme aveugle, handicapée accidentellement depuis ses dix sept ans. Elle a maintenant la trentaine et, en fauteuil roulant, tenant le harnais de Jules, elle prend l’avion pour Nice où un célèbre ophtalmologue va essayer de lui rendre la vue.

Dès Orly, ce curieux binôme entre dans une cascade d’aventures. Pour commencer, la rigueur du service d’ordre à l’embarquement alerte le vendeur du stand « Macarons Ladurée » qui par son intervention musclée permet à Jules de voyager en cabine avec sa maîtresse (la loi européenne de 2008 prévalant sur la décision du commandant de bord)…

Didier van Cauwelaert (photo © DR)

L’opération a réussi. Alice voit à nouveau et perturbe son chien par son comportement redevenu normal. Elle se sent obligée de rendre son compagnon devenu inutile à l’organisme des chiens d’aveugle; mais Jules ne l’entend pas de cette oreille et, rejetant son nouvel attributaire, part truffe à l’air à la recherche et à la reconquête de sa maîtresse pour une vie digne de sa renommée de chien-guide.

L’action se passe entre Paris et Deauville, décrit un milieu vaguement intello-marginal où le flair du chien remet les existences des humains dans le bon sens et surtout renforce notre admiration pour… les possibilités du golden red river.

Un livre à croquer comme les macarons de Ladurée !

                                                                                                          Roselyne

 

L’amie prodigieuse

Elena Ferrante

Tome 2 : Le nouveau nom

Une trilogie : L’amie prodigieuse – Le nouveau nom – Celle qui fuit et celle qui reste.

Raphaella Cerullo, fille du pauvre cordonnier Fernando, vient d’épouser par choix personnel Stefano Carracci, héritier de l’épicerie et des biens de Don Achille (usurier, terreur des gamines lorsqu’elles jouaient à la poupée).

Dès le départ en voyage de noce, elle fait sentir au jeune époux son mépris pour sa faiblesse envers la famille mafieuse Solara. Mais son mari s’impose, la jette sur le lit et la force.

Elle va se déchainer, alternant haine et conciliation. Elégamment vêtue comme une dame, elle occupe toute la place dans les magasins de son mari et dans son bel appartement de l’autre côté de la voie ferrée. Insolente et décidée, elle est souvent battue par Stefano qui fut un fiancé si doux ; mais cela lui est égal car depuis l’enfance elle a vu et subi ces excès : problème de la violence faite aux femmes dans les sociétés machistes.

Donc, cette jeune Madame Carracci, douée pour les affaires, est jalousée par bien du monde dans le vieux quartier. Seule ombre à cet épanouissement traditionnel : après une fausse couche, elle n’arrive plus à être enceinte. Cela lui convient parfaitement, mais mari, belle-mère et commères s’inquiètent. Le médecin consulté conseille un séjour à la mer.

Elsa Ferrante (photo © DR)

On loue une maison à Ischia où les maris viendront chaque fin de semaine, car Lina part en compagnie de sa mère Nuncia, de sa belle-soeur Pinuccia et de son amie Elena qui vient de terminer brillamment son année scolaire et qu’elle débauche de son travail d’été (place de la femme dans le monde du travail…).

La suite : une longue histoire d’amours contrariés, d’adultères, de séparations…

Ce second tome est un ouvrage dense ; il évoque les longs romans américains de cette époque, tels ceux de Pearl Buck… Facile à lire? Pas tellement! Dans l’écheveau du vécu de nombreux protagonistes pas très attachants, la longue torsade de l’amitié des deux filles se lâche ou se resserre au fil de la vie et de leurs éventuelles retrouvailles. Joli contraste fascination-répulsion.

En parallèle, l’évolution d’une société patriarcale, ignare et démunie vers une société ouverte sur les progrès du monde est discrètement suggérée. Comme mises entre parenthèse, sans esbroufe, ni grands mots, des situations dramatiques sont traitées avec une discrétion retentissante et ça c’est « génial ».

                                                                                                                      Roselyne

Écho de conférence : Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? Quel modèle économique pour le service public ?

3 juin 2018

Le conférencier invité par le Cercle Progressiste Carnussien, ce 24 mai 2018, pour ce sujet d’actualité, était Alain Beitone, déjà invité en janvier 2015. Michel Motré, Président du CPC, a rappelé en introduction le parcours de notre invité : professeur de sciences économiques et sociales en classes préparatoires au lycée Thiers de Marseille, formateur à l’IUFM d’Aix-Marseille, chargé de cours à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, et rédacteur de manuels d’économie, en collaboration avec d’autres auteurs.

L’auditoire, très attentif, a ainsi été immédiatement séduit par le côté pédagogique et la clarté de l’exposé d’Alain Beitone, sur un sujet pourtant d’un abord complexe pour les non initiés aux subtilités des processus économiques.

Alain Beitone en conférence à Carnoux le 24 mai 2018 (photo © Cercle progressiste carnussien)

Le mot «dette» engendre des réactions souvent vives, auprès d’un public pas toujours bien informé par les médias ou influencé par les partis politiques et responsables gouvernementaux qui tentent de justifier leurs orientations concernant la dépense publique, à des fins peu en rapport avec l’intérêt général. Mais de quoi parlons-nous lorsque nous évoquons la «dette» ?

– Une dette est un engagement, d’un État ou d’un particulier, à rembourser, à terme, un créancier, moyennant en général le paiement d’un intérêt.

– Il faut distinguer la dette «brute», qui est le total dû, d’une dette «nette» qui est la différence entre la dette brute et le total des créances détenues sur d’autre agents économiques et qui pourraient, dans certains cas annuler cette dette.

– A l’origine, une dette résulte d’un transfert monétaire à partir d’une épargne ou est le résultat d’une création monétaire. Ainsi, le billet de banque est une créance qui sert aux échanges économiques. L’économie repose donc sur une dette liée au flux de cette monnaie.

– Qu’est-ce que le taux d’intérêt ? C’est le prix du risque et du temps, c’est le prix d’un service.

– Qu’est-ce que le déficit public ? Dans le budget d’un État c’est le résultat (solde négatif) de la différence entre ses recettes et ses dépenses publiques. C’est donc un flux.

– Ne pas confondre ce déficit avec la dette publique qui est une accumulation, au cours du temps, de la totalité des engagements d’un État (les administrations centrales, locales et de sécurité sociale), à une date déterminée, et qui est donc un stock.

Pour comparer et suivre l’évolution de cette dette publique, il est communément admis d’utiliser un indicateur qui est le rapport entre le montant de la dette publique et celui du produit intérieur brut (PIB). Cet indicateur est cependant discutable car il rapporte le stock de dettes (remboursable sur plusieurs années) au flux annuel de production de l’économie.

Crise bancaire : un dessin de Lasserre

Il convient aussi de faire la différence entre la dette publique, qui est contractée par les agents publics agissant pour l’État, les collectivités locales ou la sécurité sociale, et la dette privée, qui est contractée par les entreprises et les particuliers (auprès des banques ou sur les marchés financiers). Il faut distinguer aussi la dette intérieure (contractée auprès d’agents résidents sur le territoire) et la dette extérieure qui appel à l’épargne d’organismes financiers de pays étrangers.

Ce dernier élément est illustré par l’attitude des États-Unis qui, depuis des décennies du fait de la faiblesse de leur d’épargne intérieure, ont emprunté au Japon et maintenant à la Chine, via l’émission de bons du trésor, afin de financer leur activité économique.

Le problème de la dette a pris une ampleur exceptionnelle, en 2007-2008, à l’occasion de la crise des subprime aux États Unis, qui est le résultat d’une crise de la dette privée où des prêts (immobiliers essentiellement) ont été consentis à des personnes insolvables. Suite aux saisies en grand nombre effectuées par les banques pour se rembourser, le marché s’est écroulé, les prix ont baissé et les banques n’ont plus réussi à couvrir leurs actifs, impactant toutes les banques mondiales par effet dominos.

Cela illustre le fait que l’économie suit des cycles en fonction de mouvements spéculatifs perturbant la capacité des États à rembourser les intérêts et le capital de la dette. Il est à noter que, pour les créanciers, la capacité des tats (ou des particuliers) à rembourser les intérêts est une garantie primordiale ce qui explique le fait qu’ils continuent à leurs accorder du crédit.

Un autre fait majeur, lié à la variation des taux d’intérêts, est la crise de la zone Euro en 2010, qui a touché cruellement la zone sud de l’Europe, et la Grèce d’une manière catastrophique. Mais cette crise n’est pas non plus une crise de la dette publique. Elle résulte d’une divergence des taux d’intérêts entre pays européens, alors que ces taux avaient pourtant convergé au moment de la création de l’Euro, mais sans qu’il soit tenu compte de la polarisation des zones économiques dans l’espace commun (pays du nord plus riches que ceux du sud). La crise déclenchée en 2010 est donc une crise de la crédibilité de la zone euro. L’arrêt de flux de capitaux en provenance du nord de la zone a précipité ces pays dans une situation inextricable. Il apparaît donc que cette crise est le résultat de choix collectifs, basés sur des décisions politiques, en relation avec une construction européenne imparfaite (absence de solidarité économique).

Évolution de la dette publique brute de différents pays en pourcentage du PIB

Une fois les éléments de vocabulaire et de contexte liés à la notion de dette précisés, Alain Beitone a commenté une série de graphiques retraçant sur plusieurs périodes, depuis la fin de la guerre et plus précisément sur les 10 et 20 dernières années, l’évolution des dettes publiques et privées en fonction du PIB, des taux d’intérêts réels sur les emprunts d’État, ceci dans les différents pays industrialisés tels que les États Unis, le Japon et la zone Euro.

Il en ressort ainsi qu’à part le Japon confronté depuis des années à un phénomène déflationniste, la dette publique de la France, en pourcentage du revenu national net, évolue au même rythme que les autres pays de la zone Euro, mais elle reste supérieure à la dette moyenne des pays de la zone européenne.

Évolution de la dette publique de différents pays en pourcentage du revenu national net (source F. Avaredo, L. Chancel, Th. Piketty, E. Saez, G. Zucman, Rapport sur les inégalités mondiales, éd. Seuil, 2018)

Cette situation est-elle acceptable pour autant ? Qu’est-ce qui explique qu’avec des taux réels d’emprunt proches de 0 % la France a des difficultés à rembourser sa dette ? Il faut remarquer que la France emprunte sur des durées courtes à des taux négatifs qui augmentent après cinq ans pour atteindre 1,5 % à 50 ans.

Pourquoi cette dette publique a-t-elle augmenté ?

Il faut remonter au premier choc pétrolier de 1974 qui a ralenti la croissance, entraînant une montée du chômage, accroissant les dépenses d’indemnisation ainsi que d’autres dépenses sociales. C’était encore la période bénéficiant de l’effet des « 30 glorieuses » où les taux d’intérêts réels étaient réduits par l’inflation, favorisant un effet de levier sur la consommation et de la production : on s’enrichissait en s’endettant !

Dette publique de différents pays européens en pourcentage du PIB (source INSEE)

Mais, à partir des années 80, la politique de désinflation provoque une hausse des taux d’intérêt réel, ce qui a un effet négatif sur la croissance, effet amplifié par la désindexation des salaires sur les prix, ce qui nuit à la consommation des ménages. Durant les années 80 et 90, une certaine stabilité n’a pas pour autant permis d’endiguer le phénomène face aux dépenses sociales accrues dans une période à faible croissance.

A partir des années 2000, l’émission de produits titrisés sur des emprunts liés à la dette privée aux US, annonçant la crise des subprime, a déconnecté le marché financier de l’économie réelle, plongeant les États comme la France, à partir de 2007, à faire des choix délicats dans leurs politiques sociales (financement des retraites, du chômage, aides sociales, etc) et fiscales, avec en particulier une volonté de baisser les impôts (exonérations diverses et baisses de cotisations) pour les plus riches, dans l’espoir (non garanti) d’une reprise des investissements et de l’emploi donc de la croissance (théorie du ruissellement).

Alain Beitone insiste sur le fait que la dette publique n’est pas la dette privée et qu’elle suit un flux quotidien d’emprunts et de remboursements, par l’État français, ce qui permet à chaque emprunt d’être remboursé en moyenne en 7 ans. L’État a donc la maîtrise de ce mécanisme dans le temps, sous condition de gestion équilibrée permettant de s’endetter pour acquérir des actifs et procéder à une redistribution sociale, résultat d’engagements politiques.

Il faut noter que l’administration centrale de l’État n’est pas soumise à un équilibre budgétaire alors que les collectivités locales le sont. La dette publique et la croissance sont liées, les dépenses d’infrastructures de l’État ayant un impact sur l’activité industrielle et les offres créatrices d’activités. Ainsi, en France, en dessous d’un taux de 1,5 % de croissance, on observe que le nombre d’emplois ne croît pas.

Alors comment réduire la dette publique ?

Pour Alain Beitone, la dette publique est soutenable si le taux d’intérêt réel sur la dette est inférieur ou égale au taux de croissance en volume de l’économie, ceci en jouant sur les taux nominaux, sur l’inflation,sur la croissance, et sur la restructuration de la dette.

La Banque Centrale Européenne pourrait ainsi racheter la dette des pays du Sud, ou donner la possibilité aux pays endettés concernés de ne pas rembourser les intérêts (pas de profits à faire), ou leur permettre de rembourser le capital sur une période plus longue. Il s’agit donc de revoir la logique de la construction européenne pour une meilleure solidarité dans la zone Euro et sa réindustrialisation.

C’est donc dans la poursuite de ce raisonnement que notre conférencier s’interroge sur le modèle économique à suivre pour financer les services publics dans notre société ?

Sur quels principes se définit un service public ?

Un article de P. Bauby et J. Boual (« les services publics entre l’État et le marché »), en 1994, met en avant trois principes :

– « la continuité, car la prise en charge d’une activité par le service public tient à l’existence d’un besoin social ou stratégique à satisfaire et implique que l’activité soit régulière et continue.

Un dessin de Thierry Alberti (source © SNEPFSU Toulouse)

– l’égalité, qui repose sur l’extension du principe d’égalité juridique devant la loi et le règlement de la Déclaration de 1789 et exige que les usagers soient placés dans une position égale, sans discrimination ni avantages particuliers ; principe qui entraîne celui de la péréquation des tarifs dans le cadre de la zone couverte par le service public. Se rattachent à ce principe celui de la neutralité des services publics à l’égard de tous les usagers quelles que soient leurs caractéristiques, ainsi que l’obligation de fourniture et l’objectif de minimisation des coûts, un service d’intérêt général n’ayant pas comme but d’être régi par la loi du profit,

la mutabilité, selon laquelle les prestations sont adaptées aux besoins et évoluent en quantité et en qualité. La notion de service public n’est pas statique, mais est une conception dynamique.

En vertu de ces principes, les services publics doivent être au service de l’intérêt général. Ils sont associés à l’idée de monopole, qui en fonde la légitimité : censé être seul capable de satisfaire certains besoins collectifs, le service public tend à un monopole de fait ou de droit »

Si l’on reconnaît la nature spécifique des objectifs des services publics pour certaines activités sociales, alors ils doivent être gérés d’une manière particulière et échapper à une logique marchande. Il s’agit bien d’un choix politique qui peut découler soit d’un intérêt stratégique commun, soit d’une nécessité de solidarité ou d’équité.

Ces choix ne peuvent être faits qu’avec le consentement des citoyens et des responsables politiques, tous devant en assumer les conséquences via le consentement à en payer le coût (cotisations, prélèvements) et la volonté de réduire les inégalités. Le sentiment d’efficacité des services publics sera d’autant plus partagé si la situation s’améliore par une gestion rigoureuse et une coordination des différents acteurs impliqués.

Le public, resté attentif durant l’exposé, profita de cet instant pour poser de nombreuses questions à notre conférencier, interrogé notamment sur les contraintes des directives de l’Union Européenne sur les services non-économiques d’intérêt général. Il existe de fait un protocole annexé au traité de Lisbonne (2007) qui reconnaît « le rôle essentiel et le large pouvoir discrétionnaire des autorités nationales, régionales et locales pour fournir, faire exécuter et organiser les services d’intérêt économique général d’une manière qui réponde autant que possible aux besoins des utilisateurs ». Donc les dispositions des traités européens « ne portent en aucune manière atteinte à la compétence des États membres»

Un public particulièrement attentif aux explications d’Alain Beitone (photo © Cercle progressiste carnussien)

Interpellé sur le contrôle des budgets, Alain Beitone reconnaît que son efficacité est discutable et que des « anomalies » sont constatées. Il se fait ainsi l’écho des propos du public, choqué par de trop nombreux gaspillages et les inégalités de traitement fiscal faites aux entreprises au sein de l’Europe, en particulier en faveur des GAFA, les géants du web. C’est donc bien l’approfondissement de la construction Européenne qui pourrait répondre à ce besoin d’amélioration de nos conditions de vie, souhaitée par beaucoup, en faisant converger de nombreux critères tel que la fiscalité, le traitement du chômage ou les minimum sociaux.

C’est finalement à une heure tardive que tous les participants ont partagé un apéritif, offert par le Cercle, durant lequel Alain Beitone se prêta avec disponibilité et pédagogie pour répondre à toutes les sollicitations. Encore une soirée particulièrement enrichissante pour le public d’une quarantaine de personnes venues à l’invitation du Cercle Progressiste Carnussien.

CM

Services publics / Dette bientôt en débat à Carnoux

23 mai 2018

Ce jeudi 24 mai 2018, à Carnoux, Alain BEITONE, économiste et enseignant honoraire de chaire supérieure en Économie à Marseille et à l’Université d’Aix-Marseille abordera deux questions d’actualité : « Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? » et « Quel modèle économique pour le service public ? »

Il développera une réflexion sur l’État, sa place dans l’économie, son financement, sa gestion de la dette publique, mais aussi sur les services publics, sujets décisifs pour l’avenir.

Cette conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien, accessible gratuitement à tous, se tiendra dans la salle du Clos Blancheton à partir de 18h30. Elle sera suivie d’un échange avec le public et d’un apéritif convivial pour poursuivre les échanges autour d’un verre.

Sainte-Martine, payez pour nous !

16 mai 2018

Devenue en avril 2015 Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, à la suite de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, mis en examen en 2011 pour trafic d’influence, prise illégale d’intérêt et association de malfaiteurs, mais toujours en attente de son jugement, Martine Vassal sort le grand jeu en bourrant les boîtes aux lettres du département d’un épais document couleur de 84 pages tout à sa gloire et qui ressemble furieusement à un tract de campagne XXL intégralement payé par le contribuable.

Ce numéro spécial du bulletin d’information départemental rebaptisé « Accents de Provence », s’intitule en effet sobrement « Martine Vassal & sa majorité : 3 ans d’actions et de promesses tenues ». Et sa lecture est des plus instructives pour le citoyen lambda qui imaginait naïvement que le rôle du Conseil départemental et de ses 7000 agents consistait pour l’essentiel, et comme le prévoit la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales, à gérer les aides sociales, la construction et la maintenance des collèges ainsi que la voirie départementale.

Sur un budget global de 2,6 milliards d’euros adopté en 2018, dont 2,2 millions uniquement pour son fonctionnement, la part majeure des dépenses du Département concerne bien en effet l’aide sociale qui absorbe pas moins de 1,3 milliards d’euros. Il faut néanmoins atteindre la page 70 de cet épais document de propagande pour apprendre que la collectivité dépense 285 millions d’euros pour l’aide aux personnes âgées (pardon, « le Bel âge »), et 275 millions pour les personnes en situation de handicap, mais il n’y a pas un mot sur les quelques 70 000 allocataires du RSA alors que leur soutien par les allocations versées par le Département est essentiel.

Extrait du numéro spécial d’Accents de Provence, à la gloire de Martine Vassal (source © CD 13)

De même, seules quelques pages tout à la fin de l’épais dossier rappellent que le Département gère et entretient quand même plus de 3 000 km de routes départementales et quelque 135 collèges publics, investissant pas moins de 2500 € par an pour chacun des 97 000 collégiens du département.

Mais le but de cette plaquette est tout autre : il vise à démontrer que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’est en réalité qu’une agence de financement au service des élus locaux et de leurs projets. Elle passe ainsi en revue, territoire par territoire, toutes les réalisations rendues possibles grâce au financement du Département. C’est un véritable catalogue à la Prévert de tout ce qui a pu être réalisé, commune par commune, avec l’aide financière du Département, qui se monte jusqu’à 70 % du montant total de certains investissements : piscines, salles de spectacle, ronds-points, crèches municipales, écoles, musées, installations sportives, épiceries, caméras de vidéosurveillance, églises et même mairies : aucun aménagement public dans le département ne semble pouvoir se faire sans l’aide précieuse du Conseil départemental, même pour ceux qui relèvent sans conteste de la stricte compétence communale.

L’exemple de notre commune est d’ailleurs emblématique. Alors que le budget communal est excédentaire depuis des années sans aucun recours à l’emprunt, et que la ville est déjà totalement saturée d’équipements publics du dernier cri, la commune de Carnoux continue de réclamer, année après année, de nouvelles subventions du Département pour poursuivre ses investissements. Le groupe scolaire municipal, pourtant plutôt récent et déjà l’un des mieux équipés du Département, a ainsi fait l’objet de multiples réfections et embellissements, de même que les installations sportives municipales très largement dimensionnées.

Le centre-ville a été entièrement refait, toujours grâce aux subventions du Département, alors même qu’il est bien loin de présenter le même degré de vétusté que de nombreux quartiers de Marseille ou même d’Aubagne. Tout le réseau électrique et l’éclairage urbain ont été entièrement remplacés avec enfouissement total des lignes électriques, ce qui contribue incontestablement à l’embellissement du cadre de vie carnussien mais pourrait difficilement être étendu à l’ensemble des villes du département vu le montant des investissements nécessaires pour cela, subventionnés pour l’essentiel grâce à la générosité du contribuable buco rhodanien.

Extrait du bulletin municipal de Carnoux Le Messager n°51, avril 2018 (source © Commune de Carnoux-en-Provence)

Et ne parlons même pas du chantier pharaonique d’extension de l’hôtel de ville, dernière étape des 12 travaux de Giorgi. Là aussi, c’est le Département qui paiera la moitié de la note comme le confirme le numéro spécial de la revue Accents qui évoque un montant global du projet de 4,44 millions d’euros, subventionné à hauteur de 50 % par le Conseil départemental. D’ailleurs, les éléments budgétaires qui figurent dans la dernière livraison du Messager d’avril 2018 confirment s’il en était besoin, que les recettes d’investissement de la commune de Carnoux dépendent à près de 60 % des subventions d’autres collectivités, au premier rang desquelles le Département, le maire s’inquiétant même ouvertement d’une disparition éventuelle de cette collectivité, au risque pour les communes « de perdre le soutien financier sans faille du Département et donc de réduire leurs capacités d’action ».

Sur ce plan, Carnoux n’est pas un cas isolé. On apprend en effet, toujours dans le bilan à mi-parcours de Martine Vassal, que même la richissime commune de Gemenos, dont le maire ne sait plus comment dépenser son budget et est allé jusqu’à distribuer des bons d’achats à ses concitoyens, réclame sa part du gâteau et a obtenu une subvention du Département pour l’extension de sa crèche municipale, au titre de la solidarité territoriale en faveur des petites communes rurales sans doute…

Martine Vassal dans l’église de Châteauneuf-les-Martigues en février 2017 (source © Twitter)

Bien entendu, il n’est pas question de soupçonner la moindre volonté de clientélisme dans toutes ces subventions distribuées à tour de bras. Du temps où elle était dans l’opposition, Martine Vassal a suffisamment accusé Jean-Noël Guérini de faire des chèques aux élus locaux de certaines communes périphériques en fonction de considérations purement électoralistes pour qu’elle soit désormais au-dessus de tout soupçon, au moins sur ce plan.

D’ailleurs, l’arrivée au pouvoir de Martine Vassal, toujours deuxième adjointe au maire de Marseille où elle est élue depuis 2001 aux côtés de Jean-Claude Gaudin, s’est traduite par un net rééquilibrage des subventions départementales en faveur de la cité phocéenne, comme le rappelle le dernier numéro d’Accents. En politique en effet, il ne faut jamais injurier l’avenir et Martine Vassal n’est pas trop mal placée pour ambitionner succéder dans 2 ans à Jean-Claude Gaudin au fauteuil de maire de Marseille, maintenant que ce dernier a confirmé qu’il ne briguerait pas un ultime mandat.

Désormais, le Département investit aussi sur Marseille (extrait d’Accents de Provence n° 243, avril 2018)

S’il n’est pas totalement sûr que Martine Vassal sera bien candidate à la mairie de Marseille, en revanche, on ne voit pas très bien, en dehors peut-être de ses ennuis judiciaires, ce qui pourrait l’empêcher de remplacer très prochainement Gaudin à la tête de la métropole Aix-Marseille-Provence et elle ne cache d’ailleurs pas ses ambitions dans ce domaine, elle qui est déjà première vice-présidente de cette institution.

La logique voudrait que le Département et la Métropole fusionnent sur le territoire métropolitain comme cela s’est fait en 2015 dans le Rhône sous l’égide de l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, devenu depuis ministre de l’Intérieur. Les deux collectivités étant déjà dirigées par les mêmes équipes, une telle fusion simplifierait quelque peu la répartition des compétences sur l’agglomération métropolitaine sans introduire de bouleversement politique majeur, ce qui ne serait manifestement pas pour déplaire à « Sainte-Martine » même si tous les élus locaux s’y opposent, on se demande bien pourquoi…

L.V. 

Dette et services publics : une conférence du CPC

5 mai 2018

Le Cercle Progressiste Carnussien organise une nouvelle conférence sur l’économie qui se tiendra à 18h30 le jeudi 24 mai 2018 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence.

 

Alain BEITONE, économiste et enseignant honoraire de chaire supérieure en Économie à Marseille et à l’Université d’Aix-Marseille abordera deux questions d’actualité :

« Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? »

« Quel modèle économique pour le service public ? »

Il développera une réflexion sur l’État, sa place dans l’économie, son financement, sa gestion de la dette publique, mais aussi sur les services publics, sujets décisifs pour l’avenir.

Cette conférence sera suivie d’un échange avec le public présent que nous souhaitons nombreux compte-tenu de l’importance des questions traitées.

M.M.

Les rivières mystérieuses de Cassis s’invitent au JT de TF1 !

16 avril 2018

C’est une belle consécration pour l’association de spéléologues qui travaille depuis des années à améliorer la connaissance des rivières souterraines du Bestouan et de Port-Miou qui débouchent en mer dans la baie de Cassis : le 12 avril 2018, un reportage tourné le 31 mars par une équipe de reporters de TF1 était diffusé au journal télévisé de 20h dans la rubrique Découverte.

Le reportage dure moins de 5 mn mais, diffusé à une heure de grande écoute, c’est un bel hommage pour cette équipe de passionnés qui passe tous ses week-end à poursuivre pas à pas ses explorations, en particulier dans la galerie noyée de Port-Miou qui fait l’objet de ce reportage.

Comme le président de l’association, Gérard Acquaviva, l’avait lui-même expliqué devant une assemblée très nourrie de Carnussiens à l’occasion d’une conférence organisée par le CPC en octobre 2015, cette source d’eau douce qui débouche en mer à l’entrée de la calanque de Port-Miou est en réalité l’exutoire d’une galerie souterraine karstique désormais noyée que les plongeurs ont pu remonter à contre-courant sur une distance supérieure à 2 km.

Dans les années 1960, la SEM s’était intéressée de très près à cette source sous-marine comme ressource potentielle d’eau douce pour l’approvisionnement de Cassis et avait été jusqu’à investir dans la construction d’un barrage souterrain situé dans une cloche d’air à 500 m en amont de l’exutoire en mer. L’objectif de ce barrage était d’empêcher les remontées d’eaux salines dans la galerie. Mais depuis, on a compris que les communications avec l’eau de mer se faisaient surtout par d’autres conduits naturels plus profonds, vestiges d’un ancien réseau karstique développé lorsque le niveau marin se situait nettement plus bas.

Infographie TF1

Le puits creusé à l’époque pour le chantier du barrage facilite néanmoins les explorations sous-marines qui se font à l’aide d’un matériel aussi encombrant et lourd que sophistiqué. Le lendemain du passage des reporters de TF1, l’équipe de plongeurs conduite par Xavier Meniscus s’est ainsi offert le luxe de progresser d’une vingtaine de mètres en terrain jamais exploré jusque-là.

Plongeur à Port-Miou (extrait du reportage de TF1 – source Xavier Meniscus)

A l’extrémité amont de la galerie s’ouvre en effet un immense puits qui descend jusqu’à 232 m sous le niveau de la mer, en limite des capacités actuelles de la plongée souterraine. Le 1er avril dernier, l’équipe de plongeurs est descendue jusque-là et s’est avancé jusqu’à un nouveau carrefour ouvrant sur deux galeries, l’une se dirigeant vers la mer et l’autre sous forme d’une diaclase par où proviennent vraisemblablement les eaux du bassin versant amont. La zone de contact entre l’eau douce, issue des écoulements souterrains amont et une eau très salée, proche de la concentration de l’eau de mer, a d’ailleurs été bien repérée, ce qui confirme que l’eau salée remonte depuis la mer par des conduits plus profonds.

A de telles profondeurs et dans des conditions d’accès aussi périlleuses, la progression des explorations sous-marines devient délicate. C’est pourquoi les spéléologues travaillent en parallèle à rechercher des accès depuis la surface du plateau calcaire, comme cela a déjà été exposé ici et comme l’indique le reportage. Les essais de colorations effectués en 2015 sur deux gouffres situés tout près de Carnoux avaient connu des fortunes diverses. Celui des Gorguettes, situé en contrebas de la descente de Cassis, n’avait pas mis en évidence de jonction avec la galerie de Port-Miou alors que la coloration effectuée sur le gouffre du Mussuguet 3 s’était révélée nettement plus prometteuse.

Entrée du puits Mussuguet 3

Depuis, les membres de l’association s’acharnent donc à tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel, initialement comblé d’éboulis. Le travail, bien que fastidieux et harassant, est payant puisque le fond du puits approche désormais de la profondeur de 50 m ! On est encore très au-dessus du niveau de la galerie de Port-Miou qui court plus bas, mais les spéléologues gardent bon espoir…

D’autant qu’un autre trou est identifié à quelques centaines de mètres de là, présentant en outre l’avantage de se situer de l’autre côté de la limite du périmètre du Parc national des Calanques, ce qui en facilite l’exploration. Dans les deux cas, la présence en profondeur d’une forte concentration de gaz carbonique toxique complique la tâche des spéléologues et exige de prendre des précautions spécifiques pour extraire le gaz avant toute pénétration.

Ce second puits, baptisé Sumac, fait également l’objet d’un gros travail de désobstruction depuis plusieurs années et atteint désormais une profondeur comparable. Une nouvelle coloration est d’ailleurs prévue la semaine prochaine dans ce dernier gouffre, avec le secret espoir que la fluorescéine débouche bien dans la galerie de Port-Miou, où des capteurs très précis permettent de la repérer même à de faibles concentrations. Si tel est le cas, nul doute que cela regonflera le moral des spéléologues de Cassis, les rivières mystérieuses, qui redoubleront d’efforts pour parvenir un jour, qui sait ?, à la jonction entre ces conduits karstiques qui drainent le plateau calcaire, et cette galerie noyée qui débouche en mer. De quoi entretenir la fièvre de ceux qui explorent l’inconnu, à deux pas de chez nous !

L.V.  

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’inconnu, pour trouver du nouveau.

Baudelaire, in Les Fleurs du mal

Pass intégral : comme un parfum de métropole…

8 avril 2018

Un dessin d’Ysope (source : Conseil de Développement de MPM)

C’était l’un des objectifs ouvertement affichés de la création de la Métropole Aix-Marseille-Provence : faire en sorte que les 1,8 millions habitants de l’aire métropolitaine puissent enfin disposer un jour d’un réseau de transports en communs structuré et cohérent permettant à chacun de se déplacer de manière acceptable de son domicile vers les principaux lieux d’activité économique, sociale et culturelle de l’agglomération.

Un rêve qui paraît encore bien lointain au rythme où vont les choses dans cette métropole que les élus locaux ont tout fait pour saboter et en retarder autant que possible la mise en place avec plusieurs faux départs et tous les recours juridiques possibles et imaginables. La métropole AMP, désormais unique autorité organisatrice des transports sur son territoire, a quand même fini par voir le jour début 2016 comme la loi le prévoyait.

Depuis cette date cependant, force est de constater que la population n’a pas encore vu d’amélioration très significative de la qualité des transports en commun qui aurait même plutôt tendance à se dégrader, certains projets tels que celui du Val’Tram, pourtant déjà quasiment sur les rails, ayant même été remis en cause.

Il convient donc de saluer comme il se doit la formidable avancée qui s’est opérée le 1er février dernier avec l’arrivée du « Pass intégral », un abonnement unique valable sur l’ensemble du réseau de transports en commun du territoire métropolitain, pour le prix de 73 € par mois, un tarif très comparable à celui du Pass Navigo proposé aux Franciliens pour un coût variant entre 65 et 75 € par mois selon le zonage. Un abonnement mensuel d’autant plus accessible que son coût est pris en charge à 50 % par l’employeur pour tous les salariés.

Ce dispositif a été adopté le 19 octobre 2017 par les conseillers métropolitains et offre ainsi la possibilité de circuler sans contrainte sur le territoire des 92 communes du territoire métropolitain, aussi bien en métro qu’en train TER, en bus, en tramway, en autocar, et même en utilisant les vélos en libre-service.

Le Pass est le fruit d’une collaboration avec la Région puisque c’est cette dernière qui gère les transports ferroviaires régionaux. Une région qui a d’ailleurs changé de nom puisqu’une délibération de ses élus le 15 décembre dernier l’a rebaptisée Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, son Président actuel, Renaud Muselier, ne supportant plus l’acronyme PACA, et qu’il convient donc désormais d’appeler Région Sud : un geste de rapprochement que ne devraient pas manquer d’apprécier, en cette période de revendication sociale à la SNCF, les nombreux cheminots syndiqués chez Sud-Rail…

Jean-Pierre Serrus (à gauche) et Renaud Muselier (à droite) inaugurant le dispositif Pass intégral, le 30 mars 2018 en gare de La Blancarde (photo © Marine Stromboni / La Provence)

Renaud Muselier était d’ailleurs présent aux côtés de Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports, ce 30 janvier 2018, pour inaugurer le nouveau Pass intégral en gare de La Blancarde et en vanter les mérites, en attendant la mise en place d’un abonnement à l’année qui reviendra encore moins cher, à 68 € par mois.

On peut ainsi, avec ce tout nouveau sésame, prendre le bus à Carnoux jusqu’au pôle d’échange d’Aubagne, poursuivre son trajet vers Marseille soit en TER soit avec la navette par car, prendre ensuite le métro et finir son trajet en vélo, le tout accessible librement grâce au Pass intégral payé mensuellement, qui est valable également sur les lignes Cartreize ou pour la navette desservant l’aéroport de Marignane.

Le pôle d’échange d’Aubagne où se croisent bus et tramways des Lignes de l’Agglo, TER et autocars Cartreize (photo © Sylvain Fournier / La Marseillaise)

L’avenir dira si cette belle avancée suffira à désengorger un peu l’agglomération marseillaise engluée dans les bouchons et asphyxiée par la pollution atmosphérique. En tout cas, c’est un bel outil qui devrait faciliter grandement la vie des habitants et leur permettre de faire de substantielles économies, surtout pour ceux qui font des longs trajets quotidiens avec différents modes de transports en commun successifs. Ainsi, pour un usager circulant chaque jour entre La Ciotat et Marseille via Ciotabus et le réseau RTM, l’économie mensuelle sera de 14,60 €. Elle atteindra même 34,50 € pour un usager se déplaçant quotidiennement entre Martigues et Aix-en-Provence via les réseaux Ulysse et Aix en Bus, ce qui n’est pas négligeable.

Ce précieux Pass est en vente dans 8 boutiques mobilité métropolitaines dont la gare Saint-Charles à Marseille ou la gare d’Aubagne, mais également dans l’agence Ciotabus de La Ciotat ou celle des Bus de l’Etang à Vitrolles, ainsi que dans toutes les gares SNCF et les points de vente de Cartreize ou de Pays d’Aix Mobilité, et bien sûr via internet sur les sites de RTM et Le Pilote. De quoi assurer une large distribution à ce premier dispositif opérationnel dont a accouché la nouvelle métropole, pour la plus grande satisfaction de son délégué aux transports qui n’hésite pas à se présenter comme « métropolitano-optimiste », une catégorie encore fort peu répandue dans le paysage politique local…

L.V.  

Pesticides dans les cours d’eau : France Nature Environnement s’alarme !

23 mars 2018

Epandage de pesticides en bord de cours d’eau (photo © Maxppp / France Bleu)

Le sujet n’est pas récent puisqu’un rapport officiel publié en novembre 2015 par le Commissariat général au développement durable, une instance du Ministère de l’écologie, l’analysait dans les détails, affirmant qu’au vu des suivis de qualité de l’eau effectués en 2013 dans nos rivières et nos plans d’eau (du moins là où il y a des points de mesure…), la quasi totalité des milieux aquatiques français est polluée par la présence de pesticides que l’on retrouve dans 92 % des points de mesure. Seuls les zones montagneuses et quelques rares secteurs encore épargnés par l’agriculture intensive en sont exempts.

Il faut bien reconnaître que la France fait toujours partie du peloton de tête des plus gros consommateurs de pesticides, ces substances chimiques destinées à lutter contre les organismes jugés nuisibles, qu’il s’agisse de plantes adventices (herbicides), d’insectes (insecticides), de champignons (fongicides), de vers (nématicides), de rongeurs (rodenticides) et on en oublie, utilisés à 90 % (voire davantage) par l’agriculture, surtout depuis que l’usage de ces produits est en voie de prohibition tant pour les particuliers que pour les collectivités.

Concentrations moyennes en pesticides dans les cours d’eau par bassin versant en 2014 (source : Observatoire national de la biodiversité)

Depuis 1999, la surveillance de la qualité de l’eau dans la nature n’a cessé de se développer et on disposait ainsi en 2014, selon le Ministère de l’écologie, de 3052 points de mesures de la qualité dans les eaux de surface (rivières, fleuves et lacs) et de 2121 points de suivi dans les eaux souterraines (nappes). Vu leur coût très élevé pour la collectivité, le nombre de ces analyses (qui portent aussi sur de très nombreux autres paramètres dégradant, dont les nitrates) est malheureusement assez limité, généralement 8 par an dans les cours d’eau et 4 par an seulement dans les nappes.

La tâche est en effet considérable car il s’agit de rechercher les traces de près de 700 principes actifs de pesticides (ainsi que les produits issus de leur dégradation dans le milieu naturel, qui donne parfois naissance à des substances encore plus redoutables pour le milieu naturel et souvent stables à long terme, des décennies après que le produit commercialisé ait été interdit à la vente). Cette variété de principes actifs à identifier et analyser ne cesse d’ailleurs d’augmenter, fruit d’une stratégie délibérée de l’industrie agro-chimique de mettre sans cesse sur le marché de nouveaux produits pour avoir toujours un coup d’avance sur la réglementation et le contrôle.

Ainsi en 2014 ce sont pas moins de 389 substances différentes provenant de pesticides qui ont été retrouvées sur l’ensemble des points de mesure en eaux de surface, et 265 dans les eaux souterraines, avec en moyenne pas moins de 17 substances différentes identifiées dans chaque station (mais jusqu’à 89 molécules différentes pour certains prélèvements !). Cette année-là, des pesticides ont ainsi été retrouvés, en quantité et en nombre variable selon les endroits, dans 87 % des points de mesure en eau superficielle et dans 73 % des points de suivi en nappe, ce qui en dit long sur la généralisation du phénomène.

Nombre de produits pesticides observés par point de mesure en 2014 (source : Ministère de l’écologie)

Certes, si l’on analyse l’évolution de ces observations depuis 2008, date à laquelle le réseau de suivi a commencé à être suffisamment dense pour se faire une idée globale du sujet, on observe une légère diminution de la proportion de points de mesures contaminés, malgré un nouveau pic très sensible en 2012. Cette évolution résulte sans doute des mesures d’interdiction portant sur certains produits et de l’évolution des pratiques agricoles, mais reste peu significative, d’autant que la consommation de pesticides en France ne cesse d’augmenter malgré toutes les mesures gouvernementales mises en place pour tenter de limiter leur usage.

Dans les eaux de surface, le produit phare, présent dans plus de 38 % des points de suivi est le glyphosate tandis que son produits de décomposition, l’AMPA, est retrouvé dans plus d’un point de suivi sur deux : merci Monsanto ! L’atrazine, interdite depuis 2003 est encore bien présente 11 ans plus tard, avec tout son cortège de produits de décomposition, tant dans les cours d’eau que dans les nappes. Dans ces dernières, on retrouve également de manière significative certains herbicides largement utilisés dans la culture du maïs, et l’on voit même apparaître depuis quelques années, dans nos milieux aquatiques, des résidus des fameux insecticides néonicotinoïdes de plus en plus utilisés.

Et voilà que France Nature Environnement s’empare de nouveau du dossier en lançant une pétition qui exige du gouvernement de revoir sa copie en matière de définition des zones de non traitement, tout en attaquant en parallèle plus de 40 arrêtés départementaux issus de cette évolution de la réglementation. L’affaire n’est pas des plus simples et mérite quelques éclaircissements. Cette notion de zones non traitées (ZNT) a été définie par un arrêté ministériel de septembre 2006 et vise à interdire l’usage de pesticides dans une bande de 20 à 50 m (mais pouvant aller jusqu’à 100 m) en bordure des cours d’eau, afin justement de limiter les risques de contamination par lessivage. La largeur de cette bande peut être réduite à 5 m sous réserve de respecter certaines conditions dont la présence d’une haie ou au moins d’une bande enherbée entre le champ et le milieu aquatique, ainsi que des pratiques d’application adaptées.

Bande enherbée le long d’un cours d’eau (source : Agence française pour la biodiversité)

Initialement, la liste des milieux aquatiques pour lesquels cette distance minimale de sécurité s’applique correspond à tous les cours d’eau, plans d’eau, fossés et points d’eau permanents ou intermittents figurant sur les cartes IGN au 1/25 000, mais elle peut aussi faire l’objet d’un arrêté préfectoral qui permet de prendre en compte les spécificités locales.

Car à l’usage, il n’est pas si évident qu’il n’y paraît de définir ce qu’est un cours d’eau et ce point fait l’objet depuis des années de multiples controverses avec la profession agricole. Le ruisseau qui draine le vallon de Carnoux en est un exemple parmi d’autres. Ce ru peut être considéré comme un oued qui draine toute la vallée, susceptible de faire transiter des débits conséquents en cas de forte pluie, débits qui se déversent directement dans le Merlançon (au rond point du pont des Barles) avant de rejoindre l’Huveaune plus en aval. Le reste du temps, ce cours d’eau est alimenté latéralement par les écoulements d’eaux souterraines qui s’infiltrent dans les coteaux de chaque côté du vallon. Avant l’urbanisation, cet oued était sec une partie de l’année. Depuis, il est alimenté de manière quasi permanente car il reçoit aussi tout ce que les Carnussiens déversent sans réfléchir dans le réseau pluvial : vidange de piscines, pompes d’exhaure, lavage de la voirie et déversements illicites dans les regards en bordure de chaussée, de colorants ou d’huiles usagées

Le ruisseau de Carnoux, un milieu aquatique de piètre qualité… (photo © CPC)

Ce ruisseau intermittent devenu quasiment pérenne est-il un cours d’eau pour autant ? Au vu de sa configuration et de son déversement direct dans le réseau hydrographique naturel en aval, oui. Pour autant, il n’est pas figuré comme tel sur les cartes IGN et le gestionnaire de la voirie départementale a manifestement tendance à le considérer plutôt comme un simple fossé routier largement bétonné, sans que personne ne se préoccupe de la qualité des eaux qui y transitent.

Du coup, les services de l’État se sont lancés depuis juin 2015 dans un vaste travail de cartographie afin de tenter de délimiter quels sont les cours d’eau, démarche qui a fait l’objet de discussions serrées avec nombre de gestionnaires et d’usagers dont la profession agricole. L’enjeu consistait, pour les agriculteurs notamment, à refuser le statut de cours d’eau au maximum possible d’axes d’écoulements, afin de ne pas être soumis à la loi sur l’eau qui réglemente les interventions dans les cours d’eau (enlèvement de sédiments, coupe de la végétation, remodelage de berge, etc.).

Ce travail n’était pas supposé avoir d’impact sur les zones de traitement phytosanitaire. Mais les services préfectoraux se sont engagés, suite à la parution d’un arrêté ministériel de mai 2017 qui modifie légèrement celui de 2006, dans l’élaboration de cartes permettant de définir les points d’eau à proximité desquels doivent être mises en œuvre les ZNT.

Carte des cours d’eau identifiés comme tels par la Police de l’Eau dans le département du Gard (en bleu). Les tronçons en rouge ne sont plus considérés comme des cours d’eau et les zones en violet ont un statut encore indéterminé, sujet à discussion (source : Ministère de l’écologie)

Et, surprise, ces cartes élaborées en lien étroit avec la profession agricole en parallèle de la cartographie des cours d’eau, aboutissent à réduire de manière très significative les tronçons du réseau hydrographique soumis à réglementation pour l’épandage de pesticides. Dans le Tarn-et-Garonne par exemple, c’est 30 % du réseau qui n’est ainsi plus soumis au principe des zones non traitées et même 43 % en Indre-et-Loire. Cette situation est d’autant plus ubuesque que les cartes ne sont pas cohérentes d’un département à l’autre, certains tronçons de cours d’eau étant protégés uniquement jusqu’à la frontière du département limitrophe, sans réelle cohérence puisque les écoulements se poursuivent bien sans se préocuper des limites administratives… La protection de l’eau, pourtant considéré en France comme faisant partie du « patrimoine commun de la Nation » est décidément un combat de tous les instants !

L.V. 

Des télescopes géants pour traquer des univers lointains…

10 mars 2018

Pour cette nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien le 22 février dernier et qui a attiré un public particulièrement nombreux d’environ 65 personnes, ce sont Jacques Boulesteix et Michel Motré, qui en introduction ont présenté le conférencier, Jean-Gabriel Cuby, astronome au laboratoire d’astrophysique de Marseille et résident à Carnoux. Jacques Boulesteix a rappelé les différents aspects qu’englobe l’astronomie à ce jour, que ce soient l’étude de modélisation théorique de l’univers, la conception d’instruments d’observation et d’exploration, ou l’interprétation des enregistrements collectés.

Présentation du conférencier par Jacques Boulesteix (à gauche) – photo © CPC

Jean-Gabriel Cuby a présenté d’abord l’astronomie comme une science ancienne qui utilise aujourd’hui a besoin des outils spatiaux et des télescopes au sol d’une technologie hyper complexe. Ces moyens ne peuvent être que mis en commun au niveau planétaire pour permettre la poursuite des nombreux programmes d’observation de l’univers en cours et ceux prévus dans le futur.

C’est dans ce domaine que notre conférencier excelle puisqu’il a participé à la mise au point de très grands télescopes, ces dernières décennies, installés dans les observatoires répartis dans différents sites à la surface de la terre, notamment à Hawaii et au Chili.

Cela paraît évident mais c’est l’astronomie qui est à la source de nombreux outils utilisés quotidiennement, qui n’auraient pu être mis au point si le ciel avait été constamment recouvert de nuages ! Ainsi, les lois de la physique n’auraient pu être établies sans l’observation des planètes et leurs trajectoires, ou sans celle des étoiles, qui ont donné naissance aux théories élaborées par des savants comme Galilée, Kepler, Newton jusqu’à Einstein qui a modélisé mathématiquement notre univers. Même le GPS ne pourrait pas fonctionner sans l’apport de la théorie de la relativité…

Dès l’antiquité la connaissance de l’astronomie a permis l’établissement de calendriers, de cartes du ciel pour la navigation, la prévision d’éclipses. Cette connaissance constituait pour ceux qui les possédaient un outil de pouvoir. D’ailleurs les cultes les plus anciens associaient phénomènes célestes et architecture, tant l’influence sur leurs vies et croyances étaient importantes (pyramides, alignements de Carnac, de Stonehenge,..).

Galileo Galilei et deux de ses lunettes qu’il fit construire aux environs de Bologne un peu avant 1610

Depuis des millénaires et encore aujourd’hui, l’œil humain suffit à observer les astres les plus proches de notre système solaire si les conditions météorologiques le permettent. Mais ce n’est que depuis 1610 que Galilée a ouvert une ère nouvelle à l’astronomie avec la mise au point de sa lunette, prémisse des futurs télescopes constamment améliorés par d’autres savants comme Newton.

L’étape majeure se situe au 19ème siècle lorsque Camille Flammarion établit une cartographie de Mars, et c’est l’invention de la photographie qui permit d’enregistrer l’image de la nébuleuse du « tourbillon », qui est en fait la galaxie de la constellation  des Chiens de chasse.

Depuis 50 ans, l’astronomie a multiplié ses moyens d’observation grâce à l’exploration spatiale (en dehors de l’atmosphère terrestre) par des engins que sont les satellites et sondes interplanétaires ainsi que les missions habitées comme Apollo ou la station orbitale internationale, mais aussi via la mise au point de radio-télescopes.

Représentation de la sonde Rosetta et du robot Philae posé sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, surnommée « Tchouri » (source © CNES / illustration David Ducros)

Le télescope Hubble permet d’obtenir des clichés d’une finesse incroyable repoussant de plusieurs années lumières les limites de notre vision de l’univers. Les sondes Giotto, Huygens et Voyager après un voyage de plusieurs années aux confins de notre système solaire, de même que des sondes robotisées, explorent et transmettent leurs données enregistrées sur Mars ou sur la comète « Tchouri », avec la sonde « Rosetta » de l’Agence spatiale européenne (ASE/ESA), dont les données sont traitées précisément par le laboratoire de Marseille.

Dans ses propos, Jean-Gabriel Cuby a beaucoup insisté, en s’appuyant sur la projection de nombreuses photos, sur le parallèle entre le perfectionnement des télescopes (la taille de l’optique) et leurs limites d’observation des objets lointains.

Si la lunette de Galilée avait un diamètre de deux centimètres et demi, le perfectionnement permanent des techniques de fabrication et l’adjonction de nouvelles inventions technologiques permettent d’atteindre aujourd’hui un diamètre de l’ordre de 40 mètres.

C’est par un facteur deux, tous les trente ans, que la performance des matériels est améliorée. Mais ceci nécessite de concevoir différemment ce type de télescope. Comme il reste impossible de construire un miroir de 40 m de diamètre d’un seul bloc, on a choisi de juxtaposer 800 miroirs identiques sur une surface de presque 1 000 m² afin d’obtenir le résultat voulu, mais au prix de prouesses technologiques pour ajuster ces multiples miroirs dont la planéité ne tolère pas d’écart. Par comparaison la tolérance recherchée est celle de l’épaisseur d’un cheveu sur une surface équivalente à celle de la ville de Paris !

Différents télescopes installés autour du Mauna Kea à Hawaii (source © Université d’Hawaï)

Il est par ailleurs crucial d’implanter ces télescopes dans des régions où les conditions sont les plus propices à des observations quasi permanentes en toutes saisons, et surtout pour pouvoir observer des longueurs d’onde moins absorbées en altitude (infrarouge, ultra-violet, ondes millimétriques). C’est donc en haute altitude, sous les cieux les plus secs de la planète qu’ils sont installés, comme dans le désert d’Atacama (à 5 000 m d’altitude) au Chili ou sur le site de Mauna Kea à Hawaii (à 4 000 m d’altitude).

Les pôles constitueraient aussi des sites d’observation favorables, peu pollués et avec de faibles turbulences, mais les conditions climatiques et les difficultés logistiques ne permettent d’y implanter que des instruments de taille modeste.

Les très grands télescopes, bien que très puissants, souffrent néanmoins de l’atmosphère terrestre qui agit comme un « dépoli », modifiant les rayons optiques en provenance de l’espace lointain et élargissant les images. Une technologie récente, « l’optique adaptative » permet d’analyser la perturbation due à l’atmosphère et de la corriger en temps réel en utilisant des miroirs déformables. Si les images ainsi obtenues approchent la qualité des images observées par des satellites, elles ne compensent cependant pas l’absorption de certaines radiations par l’atmosphère terrestre.

En fait, l’astronomie moderne utilise d’une manière très complémentaire trois outils : 

  • les grands télescopes optiques, qui disposent des plus grandes surfaces collectrices et donc peuvent observer les signaux les plus faibles. Ils sont notamment utilisés pour analyser la lumière (spectrographie) pour déterminer la composition et la vitesse des objets célestes ; 
  • les satellites ou sondes spatiales, qui, situés hors de l’atmosphère terrestre peuvent détecter des objets dans des longueurs d’onde inobservables sur Terre ;
  • les radiotélescopes, qui permettent d’observer les atomes d’hydrogène et les molécules et qui nous donnent ainsi des informations sur la matière et la formation des étoiles.

Parallèlement, l’astronomie moderne ne se limite plus à la seule observation du rayonnement électromagnétique (spectre visible et spectre radio).

D’une part, depuis quelques années, on tente d’observer les ondes gravitationnelles (suggérées par Einstein). Le succès de la détection par les instruments LIGO (Etats-Unis) et VIRGO (Europe) de fusions de trous noirs ouvre une nouvelle voie à l’observation d’objets très massifs dans l’univers, invisibles par les télescopes classiques.

D’autre part, les observatoires de détection de neutrinos peuvent permettre d’observer dans les régions les plus denses et les plus absorbées comme le centre galactique. En effet, les neutrinos, particules n’interagissant pratiquement pas avec les autres, peuvent traverser l’univers sans absorption. Encore faut-il pouvoir les observer ! C’est ce qui se fait avec l’expérience Antarès située au large de la Seyne ou Amanda, dans les glaces du pôle sud.

La conjonction de tous ces moyens est une contribution essentielle à la découverte de nouvelle planète et à la compréhension de la formation de l’Univers.

Par comparaison, les télescopes spatiaux présentent de nombreux avantages techniques mais leur coût d’entretien (comme celui de Hubble, en fonction depuis 25 ans) est aussi très supérieur.

Un public captivé par les explications de Jean-Gabriel Cuby (photo © CPC)

Pour réduire les coûts de ces installations gigantesques, tout en développant plusieurs programmes d’observation, la solution réside dans une coopération internationale indispensable, cela par le biais d’alliances entre pays. C’est notamment le cas du projet JWST (James Webb Space Telescope, successeur du Hubble Telescope), télescope spatial déployable de 6,50 m de diamètre, prévu pour 2019 entre la NASA (Etats Unis) et l’ESA (Europe).

Le projet qui tient à cœur de Jean-Gabriel Cuby et sur lequel il insiste davantage, est celui auquel il a travaillé depuis 2004, et qui concerne la conception et la construction du télescope géant européen E-ELT (Extremely Large Telescope), installé au Chili sur le complexe déjà existant d’Atacama (VLT). Ce nouveau concept de télescope révolutionnaire au sol aura un miroir primaire de 39 mètres et sera le plus grand télescope optique au monde, capable d’analyser aussi le proche infrarouge. Il devrait faire considérablement progresser les connaissances astrophysiques en permettant une étude détaillée d’objets tels que les exoplanètes (planètes gravitant autour d’autres étoiles que le Soleil), les premiers objets de l’Univers, les trous noirs super-massifs, ainsi que la nature et la distribution de la matière noire et de l’énergie noire qui dominent l’Univers.

Vue d’artiste du futur Extremely Large Telescope en construction dans le désert d’Atacama (source © L. Calcada / European Southern Observatory / AFP)

Devant être inauguré en 2014 il ne sera mis en service qu’en 2024, démontrant que la difficulté de réalisation d’un tel projet n’est pas seulement d’ordre technique mais aussi financier, politique, logistique et environnemental. Pour un tel projet d’observatoire en astronomie, il faut en effet régulièrement compter une trentaine d’années entre sa conception et l’obtention des premiers résultats escomptés !

Si les retombées scientifiques espérées sont immenses, les avancées techniques et industrielles autorisées par un tel projet sont également importantes, avec la mise au point induite de nombreuses innovations technologiques commercialisables.

Pour conclure, le conférencier a rappellé les enjeux scientifiques que représente l’astronomie : l’étude des galaxies, la découverte des exoplanètes, une meilleure connaissance de l’évolution de l’univers, de son origine, de la notion d’énergie, de la possibilité de vie extraterrestre, avec ce caractère, certes irrationnel, qui touche au domaine du rêve.

Un public particulièrement nombreux pour cette nouvelle conférence du CPC (photo © CPC)

Ensuite le public a posé de nombreuses questions, révélant une curiosité inassouvie et de multiples interrogations sur notre univers, régi par des lois physiques mais ayant toujours cette capacité à émerveiller, d’une façon intemporelle, le simple observateur humain.

L’apéritif partagé par le public à l’issue de la conférence a permis de poursuivre le dialogue dans l’attente d’une autre conférence sur l’astronomie concernant les récentes découvertes faites dans l’univers.

C.M.

La conférence sur les mondes lointains se rapproche…

19 février 2018

Vous qui avez toujours voulu tout savoir sur les mystères de l’univers et la découverte des mondes lointains grâce aux télescopes géants, ne manquez pas la prochaine conférence du Cercle progressiste carnussien, déjà annoncée ici et qui se tiendra cette semaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 22 février 2018 à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, rue Tony Garnier.

C’est Jean-Gabriel Cuby, astronome au Laboratoire d’astrophysique de Marseille et spécialiste de l’observation spatiale à l’aide des télescopes géants, qui animera cet échange et qui retracera l’histoire de l’observation de l’Univers ainsi que celle des recherches les plus récentes dont la construction en cours du télescope européen le plus grand du monde, dans le désert d’Atacama au Chili.

Ne manquez pas ce petit moment d’évasion vers les univers lointains qui nous entourent. Comme à l’accoutumée, l’accès à cette conférence est libre et gratuit, dans la limite des places disponibles, et les échanges avec le conférencier seront suivis d’un apéritif convivial.

Marseille envisage le recours à la délation massive…

1 février 2018

A Marseille, on savait déjà grâce aux travaux du sociologue Laurent Mucchielli, que les caméras de vidéosurveillance servaient principalement non pas à élucider les délits de voie publique mais à verbaliser les automobilistes mal garés. Il en est d’ailleurs de même à Carnoux, depuis l’an dernier. Et voilà qu’un article très documenté paru dans la Provence du 24 janvier 2018 vient encore noircir le tableau et brouiller les pistes.

Extrait de l’article publié par La Provence, le 24 janvier 2018

Intitulé sobrement « Big Brother : un ami qui vous veut du bien », l’article décortique la politique de surenchère frénétique et de course à la technologie qui s’est emparée des édiles marseillais cherchant à tout prix à rassurer leur électorat par le déploiement à grande échelle de gadgets aussi coûteux qu’inutiles, et envisageant sérieusement d’encourager des pratiques de délation massive qui commencent à faire froid dans le dos…

Caroline Pozmentier, adjointe au maire de Marseille, déléguée à la sécurité publique

On y apprend ainsi que Caroline Pozmentier, l’adjointe au maire de Marseille en charge de la sécurité publique et de la prévention de la délinquance, attend avec impatience les résultats de l’expérimentation de la ville de Nice sur le dispositif Reporty avant d’envisager sa mise en œuvre dans la cité phocéenne. Développé en Israël, où la politique ultra-sécuritaire que mène depuis des années ce pays en guerre civile larvée fait fantasmer tous nos élus locaux de droite, ce système consiste en une application installée sur le smartphone de tout un chacun et qui permet à un citoyen lambda de dénoncer en direct toute incivilité, crime ou délit dont il serait témoin, en se contentant de filmer la scène.

Certains craignent que cela ne vienne encourager le développement d’un climat de délation générale, peu propice à renforcer le tissu social et de nature à déborder la police municipale sous un amas de plaintes futiles et relevant surtout de la jalousie de voisinage. Mais Caroline Pozmentier ne voit pas où est le risque, affirmant sans sourciller : « vous savez, la délation elle existe déjà : le maire reçoit chaque jour des dizaines de lettres anonymes dénonçant tel ou tel… Tout ça, c’est une question de culture que nous devons mettre en place peu à peu ». A croire que l’élue LR regrette le bon temps de la Collaboration où chacun n’hésitait pas à dénoncer allègrement son voisin… D’autant que l’outil qui permet de dénoncer des incivilités existe déjà, via Allo mairie, et que téléphoner au numéro d’urgence nationale (17), lorsqu’on est témoin d’un fait grave, relève déjà de l’obligation citoyenne.

Laurent Mucchielli, cité par La Provence dans son article du 24 janvier 2018

Mais on sent derrière cette stratégie, comme l’analyse Laurent Mucchielli dans le reportage de La Provence, une volonté politique de la municipalité marseillaise de s’approprier la sécurité au détriment des forces de l’ordre nationale. Avec plus de 400 policiers municipaux armés et 600 prévus d’ici 2020, la ville de Marseille bénéficie d’ores et déjà des forces de police municipale les plus importantes de France, talonnée il est vrai par la ville de Nice qui sert d’aiguillon.

Une ville de Nice qui a donc lancé l’expérimentation du dispositif Reporty et où le maire, Christian Estrosi, se dit persuadé que seul un dispositif de vidéosurveillance peut assurer la sécurité de ses concitoyens, lui qui n’hésitait pas à persifler au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo (et avant celui du 14 juillet 2016 qui avait ensanglanté la Promenade des Anglais) : « Avec 999 caméras et une caméra pour 343 habitants, je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé 3 carrefours sans être netralisés et arrêtés ».

Reporty, une application en test à Nice (source : numerama.com)

La suite des événements lui a clairement prouvé qu’il avait tort mais cela ne l’empêche pas de persévérer et de faire des émules, non seulement à Marseille mais même dans des petites communes comme Sisteron où le maire LR compte installer en 2018 pas moins de 81 caméras pour 8 000 habitants, un des taux les plus élevés de France, ou encore à Châteaurenard où les 15 000 habitants disposent déjà d’une caméra pour 110 habitants.

Centre de supervision urbaine de Marseille (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP.com)

Et Marseille bien entendu ne compte pas être en reste puisque l’objectif est d’y installer 2 000 caméras d’ici 2020, ce qui revient quasiment à doubler le parc déjà déployé depuis 2012, mais qui jusqu’à présent est surtout disposé le long des grands axes routiers (principalement pour surveiller les infractions au code de la route) et dans les noyaux villageois, mais évite soigneusement les cités chaudes où se concentre la délinquance. A raison de coûts d’installation estimés entre 1 500 et 7 000 euros pour chaque caméra, sans compter les frais de fonctionnement liés à la maintenance du matériel et à l’exploitation des images enregistrées, on voit bien que cette politique municipale va coûter cher au contribuable marseillais.

Renaud Muselier, Président du Conseil régional PACA et roi de la surenchère sécuritaire…

Et ce n’est sans doute qu’un début puisque, dans un souci évident de surenchère, chacun y va de sa proposition. C’est ainsi que le Président du Conseil régional, Renaud Muselier, souhaite désormais installer des portiques de reconnaissance faciale devant chaque lycée, tandis que sa vice-présidente rêve de développer « la Big data de la tranquillité publique » pour faire de Marseille une « safe city », en provençal dans le texte. Autrement dit, il s’agit de croiser tous les fichiers de données numériques pour mieux les exploiter, une gageure quand on sait comment fonctionnent les services qui les gèrent, et un véritable cauchemar pour la Commission nationale de l’informatique et des libertés, la CNIL, qui croule sous les demandes et ne sait plus où donner de la tête, elle qui est sensée s’assurer que le fichage des données personnelles respecte certaines règles de base et ne vient pas mettre en péril la vie privée des Français.

Jusqu’où ira-t-on dans une telle course à la technologie destinée avant tout à permettre aux élus locaux de rassurer leurs électeurs en leur montrant qu’ils ne lésinent pas pour assurer leur sécurité ? Après le dispositif des voisins vigilants et les lotissements entièrement cloturés et sous gardiennage électronique, après les caméras de vidéosurveillance et les systèmes de reconnaissance faciale, on envisage désormais sérieusement des drones pour surveiller en permanence tout déplacement suspect et sans doute bientôt des milices armées de citoyens comme on commence à l’organiser avec les groupes de chasseurs dans l’Est de la France. Décidément, on vit une époque formidable qui devrait nous préparer un avenir radieux !

L.V.  

Prochaine conférence du CPC : à la découverte d’univers lointains…

29 janvier 2018

Le conférencier, Jean-Gabriel Cuby (crédit photo © planetastronomy.com)

Après quelques mois d’interruption, le Cercle Progressiste Carnussien relance son cycle de conférences. La prochaine se déroulera jeudi 22 février 2018 à 18h30 et sera animée par Jean-Gabriel Cuby, astronome au Laboratoire d’astrophysique de Marseille. Elle vise à partager les avancées récentes en matière d’observation spatiale à l’aide des télescopes géants, des outils fabuleux de plus en plus performants, permettant d’améliorer sans cesse notre connaissance des univers lointains, très au-delà de notre système solaire.

Jean-Gabriel Cuby est astronome, ex-directeur du Laboratoire d’astrophysique de Marseille (LAM). Il a été, pour l’Observatoire européen austral (ESO) au Chili, le responsable de l’ensemble de l’instrumentation du « Very Large Telescope » (VLT).

Il est ainsi devenu le spécialiste français des télescopes de taille extrême, dénommés ELT pour « Extremely Large Telescope ». Il est désormais en charge de la coordination pour le CNRS – et plus précisément pour son Institut national des sciences de l’Univers (INSU) – des activités liées aux ELT en France. Il est également fortement impliqué sur les ELT au niveau européen, au travers de programmes de l’ESO ou des programmes cadres de recherche et développement de l’Union Européenne.

Vue d’artiste du futur European Extremely Large Telescope en projet dans le désert d’Atcama au Chili (crédit photo © L. Calçada / ESO)

La construction du plus grand télescope au monde a débuté dans le désert d’Atacama au Chili. Ce télescope européen aura un miroir principal de 39 mètres de diamètre, constitué de plus de 700 segments individuels. La construction et la mise en opération de ce miroir, ainsi que de nombreux autres éléments de l’instrument, soulèvent de nombreux défis technologiques. Cet œil géant européen permettra l’observation directe de planètes hors de notre système solaire jusqu’aux galaxies les plus distantes aux confins de l’Univers…

C’est à la fois l’histoire de l’observation de l’Univers et celle des recherches les plus récentes que Jean-Gabriel Cuby envisage de présenter au public lors de sa prochaine conférence à Carnoux-en-Provence le jeudi 22 février 2018, dans la salle du Clos Blancheton, rue Tony Garnier. Comme d’habitude, l’accès à cette conférence est libre et gratuit et les échanges avec le conférencier seront suivis d’un apéritif convivial.

M.M.

Dépenses scolaires de Carnoux : un joli tour de magie !

24 janvier 2018

Le dernier bulletin municipal de Carnoux-en-Provence, qui porte le n°50, fait preuve d’un bel effort de pédagogie dont la municipalité n’est pas coutumière et qu’il convient donc de saluer à sa juste valeur. La luxueuse « revue trimestrielle gratuite » (car payée par le contribuable), dans laquelle la binette du maire n’apparaît que 11 fois en 32 pages (un petit score par rapport à certaines éditions précédentes), contient en effet pas moins de 4 pages grand format sur papier glacé et soigneusement illustrées en couleur qui détaillent les « moyens matériels, humains et financiers de premier ordre » que la commune consacre à l’enfance dans le cadre d’une « politique éducative qui vise l’excellence ».

L’exercice est remarquable de clarté et confirme en effet que la commune de Carnoux consacre à la petite enfance et aux affaires scolaires (une des rares compétence encore du ressort des communes) une part importante de son budget. On y apprend ainsi que la gestion des 59 places de la crèche municipale, confiée à l’association Carnoux Avenir, qui n’est qu’un faux nez de la mairie, est financée à hauteur de 223 609 € par la commune alors que la participation des parents, de l’État et de la CAF ne dépasse pas 101 k€ : un geste social admirable, tout à l’honneur de la municipalité.

Les activités péri et extra-scolaires sont également plutôt bien loties puisque la commune prend en charge globalement plus de la moitié des dépenses pour un montant cumulé de l’ordre de 240 k€ tandis que les familles et la Caisse d’allocation familiale participent chacun pour sa part à hauteur d’environ 100 k€.

Un extrait du Messager n°50

A cela s’ajoutent les frais de scolarité pour les 592 élèves de maternelle et du primaire qui fréquentent le groupe Frédéric Mistral et pour lesquels la commune dépense annuellement 960 k€ en frais de personnel (hors enseignants qui sont, rappelons-le, pris en charge par le budget de l’Education nationale), entretien et fonctionnement des locaux, mais aussi fournitures scolaires et animations diverses. Un budget non négligeable et que beaucoup d’autres communes à commencer par Marseille aimeraient bien avoir à leur disposition pour choyer autant leurs enfants scolarisés. On ne saura pas en revanche combien verse la commune pour ses enfants qui sont scolarisés sur des communes voisines et combien elle perçoit dans la situation inverse, alors que ces montant sont loin d’être négligeables.

Et ce n’est pas tout puisque la commune dépense également 213 k€ par an pour la cantine scolaire, chaque repas servi étant subventionné à hauteur de 3,81 € tandis que les parents ne payent que 3,01 €.

La brochure municipale ne précise pas à quel exercice budgétaire correspondent ces chiffres et on est bien en peine de le savoir puisque la commune ne publie pas son budget sur son site d’information. On peut supposer néanmoins qu’ils sont issus du compte administratif 2016. En revanche, le texte précise que le montant total des dépenses de la commune pour les « activités de la petite enfance et enfance jeunesse » s’élève à 2 011 500 €, ce qui représente 36,49 % du budget de fonctionnement de la commune qui s’élèverait donc à un peu plus de 5,5 millions d’euros. On ne retrouve pas, loin s’en faut, le chiffre de 6,5 millions d’euros qui avait été annoncé par La Provence pour la section de fonctionnement, lors du vote du budget primitif en avril 2016, mais on n’ira pas chercher la petite bête…

D’autant que l’analyse s’agrémente d’un magnifique camembert bariolé qui montre la part de chacun des postes énumérés précédemment dans le budget de fonctionnement de la commune. On retrouve bien la part des 960 k€ de frais de scolarité qui représentent en effet 17,4 % des dépenses communales annuelles de fonctionnement tandis que les 223 k€ dépensés pour la petite enfance correspondent à un peu plus de 4 % de ces mêmes dépenses.

Pour le reste, les chiffres annoncés laissent davantage perplexes. Alors que le coût net pour la commune de la restauration scolaire est annoncé à 213 k€, les pourcentages indiqués font en réalité état d’une dépense annuelle quasiment double dont on comprend que la part supportée par les familles n’a pas été déduite. Une présentation logique en comptabilité publique puisque la participation des parents ne vient pas en déduction des dépenses de fonctionnement mais sous forme de recette supplémentaire. Sauf que la qualité pédagogique de la démonstration en est pour le moins écornée… Et bien entendu, il en est de même pour les dépenses péri et extra-scolaires dont la part dans le budget de fonctionnement de la commune est ainsi allègrement renforcée par les participations financières des familles et de la CAF.

Un joli tour de passe-passe comptable qui permet d’annoncer fièrement que le montant total des dépenses engagées par Carnoux pour nos enfants s’élève à plus de 2 millions d’euros annuellement alors qu’en réalité le coût pour la commune se limite à 1,6 millions. La différence, qui représente quand même près de 400 000 €, correspond à la participation financière des parents pour la restauration scolaire mais aussi pour les activités péri et extra-scolaires, ainsi qu’aux subventions versées par la CAF pour ces dernières activités.

Bien entendu, loin de nous l’idée qu’une telle présentation relèverait de la manipulation puisqu’elle est parfaitement conforme aux règles de la comptabilité publique. Il n’en reste pas moins que l’exercice aurait mérité d’être présenté de manière un peu plus rigoureuse aux habitants de Carnoux. Mais ne boudons pas notre plaisir : pour une fois que la municipalité fait un réel effort de pédagogie et de transparence !

L.V.  

Katulu ? s’ouvre à tous

17 janvier 2018

La séance publique organisée le 7 décembre 2017 par le club de lecture KATULU ?, composante du Cercle Progressiste Carnussien, consacrée à la présentation de romans traitant de la tolérance, a été un beau succès qui a permis à de nombreux Carnussiens de découvrir ce club de lecture ouvert à tous et qui se réunit tous les mois.

Un article publié dans La Provence le 19 décembre 2017

Cinq romans ont été à l’honneur de cette séance, présenté chacun par une lectrice qui a permis de toucher la sensibilité du public en lisant et en commentant des extraits de ces œuvres, témoignages autobiographiques, parfois violents voire cruels mais profondément humains. Un échange très fort avec le public qui a permis de mettre en valeur la nécessité de bienveillance, d’indulgence et d’ouverture à ceux qui pensent ou vivent d’une manière différente, définissant ainsi la tolérance comme « un désir d’humanité ».

Les cinq ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat, fournis aimablement par la librairie Le Préambule installée à Cassis.

Une belle soirée d’échange, clôturée par un apéritif convivial partagé avec tous. Une séance qui en appelle d’autres et qui a été également l’occasion de recueillir des dons pour l’Association française contre la myopathie dans le cadre du Téléthon 2017.

Extrait de la revue municipale de Carnoux Le Messager n°50

Un engagement de Katulu ? qui s’est prolongé le lendemain, toujours dans le cadre des animations du Téléthon organisés à Carnoux, par la tenue d’un stand pour vendre des livres d’occasion.

Les remerciements de l’AFM Téléthon remis à Katulu ?

Des activités largement relayées par la presse locale et qui ont permis de recueillir plus de 200 € de dons reversés à l’AFM Téléthon.

M.M.

Tolérance, rêve ou réalité, désir d’humanité

15 janvier 2018

Une rencontre de Katulu ? À l’occasion du Téléthon 2017

Dans le monde d’aujourd’hui le point d’interrogation suite à « désir d’humanité » semblerait s’imposer. Mais avec beaucoup de rêve et d’optimisme nous avons choisi de l’affirmer : la tolérance est un désir d’humanité.

L’humanité se flatte de tolérance, pourtant elle offre mille visages à l’intolérance. Les livres présentés à Carnoux par le cercle de lecture Katulu ?, ce 7 décembre 2017, dans le cadre d’un partenariat avec l’AFM à l’occasion du Téléthon, comme les équilibristes sur le fil, oscillent entre les deux.

L’intolérance, c’est le refus d’admettre l’existence d’idées, de croyances ou d’opinions différentes des siennes. Le sujet va jusqu’à persécuter ceux qui les soutiennent.

La tolérance c’est l’attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres, l’attitude de quelqu’un qui fait preuve d’indulgence à l’égard de ceux à qui il a à faire.

Que ce soit l’intolérance des intégrismes qui secouent le monde à notre époque, l’intolérance de l’esclavage qui fut le mal des siècles passés (sans oublier ses survivances d’aujourd’hui) ou bien les maux plus « sociétaux » que sont l’homophobie ou la maltraitance des enfants, toutes ces intolérances sont abordées dans les 5 ouvrages proposés mais tous nous assurent de notre humanisme fait de lutte, de résistance, d’idéal et autant de victoires et de conquêtes de la Tolérance.

Homophobie et maltraitance

Cécile nous a entraînés dans le nord de la France, en Picardie, dans un milieu ouvrier avec « En finir avec Eddy Bellegueule » d’Édouard Louis. Vous y verrez qu’il ne fait pas bon être trop raffiné, trop différent, dans une famille nombreuse où un garçon se doit de vibrer pour le football et ne saurait prendre plaisir à porter les vêtements de sa sœur !

« La démesure » de Céline Raphaël a été évoquée par Josette. Nous nous retrouvons dans un milieu bourgeois où un père intransigeant veut faire de sa petite fille une grande pianiste de concert, ce qui était, vous n’en serez pas surpris, le rêve du père lui même, qu’il va tenter de réaliser par l’intermédiaire de son enfant. Nous serons, dans ce roman autobiographique, face au visage affreux de l’intolérance portée à son comble et allant jusqu’à la maltraitance.

La séance publique de Katulu ? le 7 décembre 2017

Intolérance d’hier et d’aujourd’hui : esclavage, intégrismes

Roselyne, a parlé d’un roman sur la créolité : « l’esclave vieil homme et le molosse » de Patrick Chamoiseau. Cet auteur, né à Fort de France, a obtenu le Prix Goncourt en 1992. le livre présenté aujourd’hui a été publié en 1997. Nous sommes avec cet ouvrage « dans les îles à sucre » que sont la Guadeloupe et la Martinique, à l’époque de l’esclavage.

Nicole, quant à elle, a présenté un roman qui a obtenu le Prix Goncourt des lycéens en 2013 « Le 4ème mur » de Sorj Chalandon. Sorj Chalandon est écrivain et journaliste à Libération et au Canard enchaîné. Peut on raisonnablement, monter la pièce « Antigone » d’Anouilh, cet hymne à la tolérance, dans un Liban déchiré par la guerre, la guerre qui représente pour Chalandon, la violence et l’intolérance poussées au paroxysme ? C’est ce que deux amis, Georges et Sam vont expérimenter dans le sang et les larmes.

Enfin nous sommes resté au Liban avec Antoinette et le livre de Darina Al Joundi : « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter » où comment une jeune fille élevée de manière libérale finit par se retrouver en hôpital psychiatrique suite à la montée des intégrismes déchaînés par la guerre.

Le texte complet de ces notes de lectures est accessible (TexteSeance). En voici un bref résumé :

En finir avec Eddy Bellegueule

Édouard Louis

Eddy Bellegueule est le véritable patronyme de l’auteur, qui, soumis à de fortes pressions, change finalement son nom pour celui de Edouard Louis Ce court roman raconte l’enfance et la jeunesse de ce jeune Picard, membre d’une famille pauvre de 5 enfants. Pauvre, la famille l’est, tant financièrement que sur le plan social et culturel. Pour son malheur, Eddy est différent des autres enfants : plus doux, plus raffiné…

L’auteur Édouard Louis (photo © John Foley)

Toute la souffrance de cet enfant lui viendra de cette différence et de ces « manières » que le père, en particulier, juge efféminées. Dans ce milieu là, l’homosexualité est rejetée comme une tare profonde, une honte. Il va donc passer son enfance et sa jeunesse à souffrir de ce rejet autant dans sa famille, qu’à l’école et au village et à essayer de « devenir un dur ». Il prend conscience qu’il est différent. Une seule solution pour lui : fuir.

L’écriture est précise, incisive, rapide, violente. L’auteur explique l’objectif de ce livre : « La violence est partout, tout le temps, dans les discours qui assignent à chacun une position, tu es un transfuge, tu restes à ta place, tu es une femme, tu restes à ta place de femme, tu es un Juif, un Arabe, un Noir, un homosexuel, toutes les interpellations nous assignent. Dès notre venue au monde, nous sommes enserrés dans le discours des autres. Le nom en est une preuve : c’est une identité imposée par autrui. C’est précisément cette question que je veux poser en littérature, faire de cette violence un espace littéraire ».

Cécile

La démesure : soumise à la violence d’un père

Céline Raphaël

Céline Raphaël est l’auteur de ce livre passionnant, documentaire écrit en 2012 à partir d’une histoire vraie dont le but est de faire reculer la maltraitance des enfants. Écrit sobrement sans pathos ni hystérie, ce roman représente l’exemple même de l’intolérance au quotidien ! Le père ne supporte pas que sa fille ne se consacre pas totalement à son art. Intolérance par rapport à l’autre qui devient objet ! Céline est née dans un milieu non seulement aisé mais également d’un bon niveau culturel. Le lecteur est choqué d’une telle cruauté en famille, inimaginable dans un tel milieu.

D’une exigence extrême, le père, la soumet à une vie infernale (privations, coups, violences de tous ordres) pour qu’elle devienne une pianiste de musique classique exceptionnelle, pour être l’artiste prodige dont il aurait pu s’enorgueillir et qu’il n’avait jamais réussi à devenir dans sa jeunesse !

L’auteur, Céline Raphaël (photo © Louise Allavoine / Babel)

Daniel Rousseau pédopsychiatre cité dans cet ouvrage analyse : « L’enfant se trouve alors empoisonné par l’ivresse des fruits de son succès, ce qui le fait s’identifier au bonheur du bourreau et participer à la jouissance du maître qui engrange ses dividendes narcissiques » Mais cette vie d’enfer, de tant de souffrances et d’horreur devint un jour intolérable à supporter et malgré la honte et la peur de dénoncer son bourreau elle accepta de tout révéler à une infirmière scolaire. La peur que son père ne l’aime plus s’apaise

Après un signalement à la justice le père fut reconnu « coupable de violences sur mineur de moins de 15 ans et écopa de 2 ans de prison et 3 ans d’injonction de soins ». Grâce à une volonté, un courage et une abnégation hors du commun, par un travail acharné, elle poursuivit des études contre vents et marées jusqu’ à ses années de médecine. Alors qu’elle était épuisée, anorexique et malheureuse, elle réussit brillamment à ses examens ! Sa souffrance, elle a voulu la transcender et en tirer un bien qu’elle donne à l’autre.

Josette J.

L’esclave vieil homme et le molosse

Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau est un auteur prolifique qui, à la suite d’Aimé Césaire et comme son ami Edouard Glissant prône la conservation des cultures, la protection de l’imaginaire des peuples et en particulier de la créolité. « Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc, ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel ».

L’auteur, Patrick Chamoiseau (source : Babel)

Ce petit roman poétique marie savoureusement le français le plus stricte au créole le plus imagé. Avec l’habileté d’un grand D.J. il réalise un mix fluide au service non pas de la coexistence mais de la cohérence des deux cultures des îles-à-sucre. Sept mouvements développent sa symphonie, sept chapitres souvent d’une violence intolérable, adoucie par le son des paroles et le rythme de la phrase.

C’était au temps de l’esclavage, quand les bateaux négriers ramenaient d’Afrique des cargaisons humaines pour les vendre aux maîtres-békés. L’homme y a perdu jusqu’à son nom ; il a celui donné par le maître. De sa lignée, ne lui reste que son nombril, il a tout oublié et n’a rien demandé.

Le molosse. Ce chien a voyagé dans les mêmes conditions que le vieil esclave. Lui aussi acheté au prix fort par maître-béké, fut enfermé en enclos grillagé entre la Grand-Case et la Sucrerie, puis nourri de chair fraîche, dressé à la chasse aux fugitifs par le maître qui en a fait un monstre ! Seul le vieil homme esclave lui jetait un regard.

Puis une nuit, le vieil homme gagna le couvert des grands bois ! « L’hurlade du molosse se met à défaire le domaine ». Le vieil homme avance en aveugle dans le murmure d’une forêt hallucinatoire le chien à ses trousses. Il tomba dans un trou, un trou d’eau, une source marécageuse aux vapeurs soufrées. Le molosse arrive et s’embourbe à son tour. Univers fantasmagorique où chacun lutte pour sa survie ; blessures, sursauts, vaillance. C’est la croisée des chemins : pour le vieil homme va s’ouvrir un autre monde. Il pense « Je suis un homme » et près de lui le molosse apaisé lèche ses plaies. « Il ne prenait pièce goût. C’était l’unique geste qui lui était donné ». Quand le chien réapparu, le maître ne le reconnut pas : il était tranquille, « presque mol. Alors le maître pleura sur son monstre perdu. Et un espace de doute s’ouvrit en lui ».

Roselyne

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

Où il y a humanité, il y a intolérance. Voici donc l’homme… Cet être imparfait qui rêve parfois d’être un héros, et ce, au prix de sa propre vie en se nourrissant d’intolérances assumées ou secrètes ou inavouées. L’auteur illustre à sa façon le destin de l’homme, en transposant la tragédie d’Antigone à notre époque, tantôt oscillant entre la tentation d’un ordre à la Créon ou à l’intransigeance d’une Antigone.

Son roman nous raconte l’histoire de Georges, un jeune homme né en 1950 et mort en 1983. Lorsqu’il est étudiant à Paris Georges baigne dans les milieux de Gauche, fait du théâtre dans les usines. Il se lie d’amitié avec Samuel dont il fera son frère. Samuel est Grec, de religion juive et son rêve à lui était de faire la paix au Liban en montant cette pièce d’Anouilh. C’est ce rêve de Samuel qui conduira Georges au pays des cèdres.

L’auteur, Sorj Chalandon

Ainsi la pièce d’Anouilh nourrit S. Chalendon des questions existentielles. Dire non ou s’accommoder ? Colère ou Pardon ? Révolte ou Résistance ? Tolérance ou Intolérance ? Antigone ? Cette petite rebelle morte pour avoir jeté un grain de poussière sur une loi d’airain, elle ressemble à Georges. Antigone c’est notre courage, notre obstination mais aussi notre perte. Antigone ou le reflet de nos guerres intimes, de nos conflits intérieurs, nos intolérances envers nous-mêmes, nos hontes, nos fiertés. Antigone serait Georges qui ne s’autorise pas à la légèreté, au bonheur de vivre avec Aurore, sa femme, et sa fille. Il les quittera pour défendre un idéal.

Et même si la poésie n’arrête pas vraiment la guerre car le soldat a « tiré sur les lueurs d’espoirs, sur la tristesse des hommes, sur l’or du soir qui tombe, le bouquet de houx vert et les bruyères en fleur » l’homme continuera d’admirer « la beauté de ce sol, le tourment de ce ciel ». Il nous fait voir les cascades, les cèdres, les hommes, les femmes, cœurs de pierre ou de miel. Et même si le théâtre a été rattrapé par la guerre, même si Georges assassiné est aussi assassin, même si le réel s’est invité en mêlant comme dit Anouilh « ceux qui croyaient une chose avec ceux qui croyaient le contraire (.) morts pareils » on n’oubliera pas de sitôt ce Georges, son chant douloureux de dignité, de souffrance, de fragilité, son sens de la fraternité qui n’empêche pas le crime. Au bout de sa jambe qui saigne, de son corps qui meurt il a su entendre et nous faire entendre la douleur des autres, il a dit non à l’intolérance. Il défie son ennemi en mourant kippa sur la tête et clef de Jaffa à la main… DEBOUT.

Nicole

Le jour où Nina Simone a cessé de chanter

Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi

La pièce est devenue un livre avec l’aide de Mohammed Kacimi qui a posé les mots justes sur l’histoire terrible de Darina Al-Joundi, avec sa force de vie et son humour ravageur. Ce récit, très émouvant, est celui de la vie d’une jeune fille devenant une femme libre, Darina, dans une société stigmatisée par les normes sociales et religieuses, dans un Liban en guerre. C’est le témoignage de survivance de la narratrice qui porte en elle la violence du chaos vécu, ainsi qu’une réflexion générale sur la liberté.

Darina Al-Joundi

Darina Al Joundi nous entraîne dans l’atrocité du quotidien de la guerre civile des années 80 au Liban. Elle nous livre son regard sur l’histoire récente de son pays qui voit la montée des extrémismes religieux, la faillite des mouvements de gauche, la défaite des véritables laïcs. Selon Mohammed Kacimi « la vie roman de Darina dit combien est vulnérable la liberté de la femme, qui restera à jamais une langue étrangère aux yeux de l’homme ».

Pour écrire ce « roman d’une vie », la comédienne a repris ses souvenirs année par année. – L’enfance : « Une fête permanente. Nos parents nous apprenaient les sens de la beauté. Les poètes les journalistes, les militants frappaient toujours à la porte… » – L’adolescence dans la guerre qui transforme en loups les bourreaux et les victimes. Mais Darina, veut vivre comme le lui a appris son père, en étant libre de ses choix. Pour atteindre la liberté, elle se prête avec excès à de multiples expériences, pressée par le temps, convaincue qu’elle allait « mourir d’une seconde à l’autre ».

La narratrice commence son récit le jour de l’enterrement de son père, alors que l’armée israélienne vient juste d’évacuer le Sud-Liban après vingt ans d’occupation et que les maisons bombardées fument encore. La jeune fille s’enferme seule dans la chambre où gît le cadavre, recouvert d’un linceul blanc. Elle arrache la cassette qui débitait un chant coranique et, à la place, met du Nina Simone, conformément aux sentiments de son père, son héros, qui interdisait à ses filles de prier et de jeûner. Un coup d’éclat qu’elle paiera très cher…

Dans cet environnement de non droit, la guerre du Liban, qui régularise la mort, la narratrice nous livre la vérité de son être dans son immense fragilité et son irréductible force. Les mots sont crus, émouvants ou drôles. Le résultat est un livre saisissant poignant touchant au cœur et inoubliable.

Antoinette

A Carnoux, la mairie se referme…

7 janvier 2018

C’est un bref communiqué affiché sur le site officiel de la commune qui l’apprend aux habitants de Carnoux-en-Provence : à partir du 1er janvier 2018, « la permanence d’accueil du samedi matin sera supprimée », et ceci « en raison de l’évolution des missions de proximité de la commune ».

Bien entendu, comme l’affirme avec force le communiqué officiel, « le personnel d’accueil de la mairie se tient à votre disposition pour tout renseignement que vous souhaiteriez obtenir ou toute démarche que vous devriez entreprendre concernant l’état civil, les élections, le recensement militaire, le pacte civil de solidarité. Il saura également vous fournir les explications nécessaires, vous conseiller et vous assister dans les nouvelles procédures de demande de délivrance des titres réglementaires (carte nationale d’identité, passeport, permis de conduire et certificat d’immatriculation) ».

Pour un peu, on pourrait croire que l’extension et la complexification de toutes ces démarches administratives justifierait un renforcement de l’accueil de proximité en mairie, par du personnel chargé de guider les administrés dans la jungle de ces tracasseries du quotidien. Sauf que dans la pratique, il va falloir désormais jongler avec les horaires pour procéder à toutes ces démarches administratives pourtant indispensables.

Un dessin signé Charmag

A moins d’être retraité, on ne voit pas très bien en effet comment une personne ayant des horaires de travail habituels pourrait être en mesure de se rendre en mairie aux heures d’ouverture qui se limitent désormais aux seules plages horaires de 8h30 à 12h et de 13h30 à 17h, du lundi au vendredi exclusivement…

Si le but de la manœuvre était de diminuer la masse salariale du personnel municipal, on aurait pu imaginer qu’il lui soit accordé une demi-journée de congé hebdomadaire en l’échange de la permanence du samedi matin, et il serait d’ailleurs étonnant que ceci ne soit pas déjà le cas jusqu’à présent. En revanche, décider délibérément de rendre la mairie inaccessible à tout habitant de Carnoux disposant d’une activité salariée, relève d’une volonté manifeste d’exclusion difficilement compréhensible.

C’est en tout cas un bien mauvais signal, pour le moins contradictoire, à l’heure où la commune investit une somme non négligeable dans la rénovation et l’extension de l’hôtel de ville en affichant comme objectif que « les travaux vont permettre une amélioration notable du service rendu à l’usager grâce à une meilleure fonctionnalité des locaux et à un cadre plus qualitatif ».

« Les locaux destinés à l’accueil du public gagneront en volume, en fonctionnalité et en esthétique » était-il annoncé fièrement dans le Messager n°47. De quoi se réjouir en effet pour le citoyen-usager, mais à quoi bon un cadre aussi somptueux si son accès est désormais impossible pour le Carnussien qui travaille ? A moins que l’objectif soit de confirmer que Carnoux doit devenir une simple cité dortoir pour population vieillissante, dans laquelle seuls les retraités sont les bienvenus et peuvent bénéficier des services publics municipaux ?

L.V. 

Logement social : encore un petit effort !

5 janvier 2018

C’est un vieux serpent de mer qui resurgit périodiquement : en région PACA où le foncier est cher, la plupart des maires préfèrent privilégier les villas cossues et les immeubles de grand standing plutôt que de favoriser la construction de logement social. Face à ce constat qui ne date pas d’hier, il a fallu attendre le gouvernement de Lionel Jospin pour qu’enfin soit votée une loi, dite SRU, adoptée le 13 décembre 2000, dont l’article 55 impose aux communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France) situées dans une grosse agglomération (plus de 50 000 habitants avec une ville centre de plus de 15 000 habitants) de disposer d’une proportion d’au moins 20 % de logement social.

Un dessin publié dans Témoignage chrétien

L’objectif paraît modeste quand on sait que plus de 50 % de la population est éligible au logement social et peine de plus en plus à se loger dans ces agglomérations. Dans une commune comme La Ciotat, ce pourcentage dépasse même 70 % comme le reconnait volontiers le maire Patrick Boré pour La Provence. D’où la nécessité de rehausser encore cet objectif qui est passé en janvier 2013 à 25 % sous l’impulsion de Cécile Duflot, alors ministre du logement.

Mais les élus locaux ne sont pas tous très respectueux de la loi et nombre d’entre eux préfèrent payer les amendes prévues plutôt que de se conformer à des textes qu’ils jugent trop contraignants et défavorables à leurs intérêts, partant du principe que leur électorat traditionnel voit d’un mauvais œil le développement de logements sociaux, qui s’accompagne nécessairement d’un rajeunissement de la population, donc d’une demande accrue de services publics à assurer, voire d’un brassage social qui fait peur.

Chantier en cours (photo © Reuters)

C’est ainsi que la région PACA s’était distinguée lors du bilan triennal 2011-2013 en accueillant pas moins de 88 communes carencées selon les critères de la loi SRU, ce qui représentait 40 % des communes épinglées à l’échelle nationale ! Et les élus locaux ne comptaient pas s’arrêter en si bon chemin, sautant sur l’opportunité offerte par un nouveau texte de loi afin de tenter de s’affranchir de leurs obligations réglementaires. C’est ainsi qu’en juillet dernier, comme nous l’avions déjà évoqué ici, la métropole Aix-Marseille-Provence avait adopté une liste de 28 communes carencées qu’elle estimait devoir être exemptées de toute obligation au prétexte que leur desserte en transports publics était insuffisante pour y implanter des logements sociaux supplémentaires…

Pierre Dartout, nouveau Préfet de Région (source : Made in Marseille)

La ficelle était manifestement un peu trop grosse et le nouveau Préfet de Région, Pierre Dartout, l’a rappelé dès sa prise de fonction le 11 décembre, après deux mois de vacance à ce poste suite au départ précipité de Stéphane Bouillon, muté à Lyon en remplacement de son collègue à qui était reproché le cafouillage ayant conduit au double assassinat de la gare Saint-Charles. Du fait de la forte attractivité de la région PACA où la démographie est en hausse, les priorités de l’État telle que les a rappelées le nouveau Préfet sont « Le logement et l’accessibilité, la mobilité et les transports, ainsi que la cohésion sociale ».

Pas question donc de laisser les élus se faufiler entre les mailles du filet de la loi SRU. Selon TPBM, le nouveau ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, avait ainsi transmis au Préfet de Région, dès le 8 novembre, une liste de 72 communes jugées carencées, en recommandant d’y renforcer les sanctions financières et de reprendre en main la délivrance des permis de construire dans les secteurs à plus forts enjeux. A l’échelle nationale, ce serait ainsi 269 communes qui seraient désormais considérées comme carencées, dont 79 pour la région Ile-de-France, l’autre mauvais élève de la classe…

A Neuilly non plus, on n’est pas très favorable au logement social : un dessin signé Cambon, publié par Urtikan

Ce chiffre est légèrement inférieur à celui issu du bilan précédent, ce qui tend à montrer que les choses vont en s’améliorant. De fait, sur les 183 communes de la région PACA qui sont concernées par cet article de la loi SRU, 13 disposent déjà du taux légal de logement social et 4 en sont exemptées car plus de la moitié de leur territoire est inconstructible du fait de risques naturels ou technologiques (c’est notamment le cas de Saint-Victoret, fortement impactée par les nuisances de l’aéroport de Marignane). Parmi les autres, 24 ont effectivement atteint les objectifs fixés pour la période considérée, objectifs à la fois quantitatifs (en nombre de logements sociaux produits) mais aussi qualitatifs (pour respecter en particulier les objectifs de logements destinés aux catégories de population à plus faibles revenus).

Quant aux 142 communes restantes, les préfets des départements concernés les ont examinées au cas par cas et ont fait preuve d’indulgence pour 70 d’entre elles, en s’appuyant sur le fait que des contrats de mixité sociale ou des conventions en vue d’acquérir des terrains pour la constructions de logements avaient été signés, gages d’un minimum de bonne volonté. Carnoux, qui avait demandé à être exemptée au titre du critère d’insuffisance de desserte en transports publics se trouve ainsi écartée de la liste des communes carencées, bien que n’ayant pas atteint les objectifs fixés. La commune pourrait même désormais être considérée comme ne relevant plus de la loi SRU, de même que trois autres communes des Bouches-du-Rhône, si les informations avancées par Marsactu sont confirmées par le décret attendu pour fin 2017.

Carnoux : désormais exempté malgré un taux de logements sociaux très insuffisant ?

Même si le ministre s’est montré un poil plus exigeant que la commission nationale chargée du suivi de la loi SRU en ajoutant in extremis 8 communes supplémentaires dont Ceyreste et Peypin, cette liste de 72 communes considérées comme carencées est donc loin de refléter l’application stricte des critères de la loi. En atteste notamment le fait que des communes comme Cassis, qui est pourtant très loin d’atteindre l’objectif fixé, ne figure pas sur la liste, pas plus que Nice (où le taux de logement social ne dépasse pas 13 %), Toulon, Aix ou même Marseille (qui n’a atteint que 13 % de son objectif fixé pour la dernière période triennale).

Quant aux 72 communes considérées comme carencées, dont la liste a été publiée à l’occasion du Comité régional de l’habitat et de l’hébergement qui s’est tenu à Marseille le 22 décembre, 24 d’entre elles se situent dans les Bouches-du-Rhône dont 22 sur le territoire de la Métropole où 72 000 demandes de logements sociaux sont en souffrance alors qu’on n’y a construit en 2016, pourtant considéré comme un crû exceptionnel, que 5 000 nouveaux logements de ce type. C’est en tout cas toujours les Alpes-Maritimes qui tiennent la corde, avec 25 communes carencées, mais les Bouches-du-Rhône font néanmoins pire que le Var où seules 15 communes ont finalement été épinglées !

Un dessin signé Delucq, publié dans le Huffington Post

Sur ces 24 communes, certaines verront leurs sanctions financières fortement renforcées. C’est le cas notamment d’Éguilles dont le montant des pénalités sera multiplié par 5 tandis qu’il sera multiplié par 3,5 pour Carry-le-Rouet, le montant de ces pénalités étant reversé soit à l’intercommunalité soit à l’Établissement foncier régional. De plus, le Préfet pourra désormais se substituer au maire pour la délivrance des permis de construire au bénéfice d’organismes HLM dans certains secteurs à enjeux, et il pourra même se réserver le droit d’attribuer lui-même la majeure partie des logements ainsi construits pour limiter la tendance de nombreux élus locaux à détourner l’esprit de la loi en distribuant les nouveaux logements selon des critères plus clientélistes que réellement sociaux.

Comme quoi, la mixité sociale, dans l’agglomération marseillaise comme ailleurs, mais manifestement plus ici que dans la majeure partie du pays, ne va pas de soi…

L.V.  

Cercle, vous avez dit cercle ? Pourquoi ?

15 décembre 2017

Quand il s’est agi en 2001 de nommer notre association, c’est le terme de « cercle » qui fut choisi en référence au patronyme de nombreuses associations nées du désir de sociabilité au milieu du XIXème siècle dans notre région, Provence et Pays Niçois, ainsi qu’en Gascogne.

Le Cercle républicain à Gordes fondé en 1912 (source : atlas obscura)

Ces cercles, autrefois appelés aussi « chambrées », se sont constitués différemment selon leur localisation, citadine, périurbaine ou rurale, et aussi selon les valeurs qui les sous-tendent : républicaines (en opposition aux réactionnaires, royalistes ou dévots), de bienfaisance, religieuses, culturelles, corporatistes et économiques ou encore liées à une origine commune comme c’est le cas du Cercle Garibaldi fondé par des travailleurs sardes des (ex-)chantiers navals de La Ciotat. On peut ainsi trouver plusieurs cercles au sein d’une même commune avec une distinction à la fois géographique et idéologique. Ainsi à Fuveau, situé en haut près de l’église, on trouve le Cercle St-Michel créé en 1877 qui promeut la culture et la tradition provençale et, en bas, le Cercle Philarmonique qui depuis 1835 développe une éducation musicale et instrumentale.

Le point commun entre toutes ces associations est la solidarité manifestée d’abord entre membres, qui se concrétise par la création de coopératives et de mutuelles d’aide, puis tournée aussi vers les habitants du village ou de la ville.

Le Cercle des Travailleurs à Roquefort-La Bédoule

A Roquefort-La-Bédoule, il existe toujours le Cercle républicain des Travailleurs. Comment s’est-il constitué ? Deux ans après l’adoption de la constitution de 1875 qui renforçait la République, les libertés et la démocratie, les monarchistes et les cléricaux ligués contre la IIIème République naissante, créèrent le Cercle catholique des ouvriers (cercle qui fait partie de ceux que l’on nomme les cercles blancs). Cela conduisit alors républicains et démocrates du même lieu à s’établir en association de défense de la jeune République. Ainsi naquit en 1879 le Cercle républicain (classé parmi les cercles rouges) qui s’implanta au plus près des usines à La Bédoule, alors hameau de Roquefort.

Brochure éditée en 2014 par le Pays d’art et d’histoire de la Provence Verte (source DRAC)

Dans le Haut-Var, subsistent des cercles à visées coopératives (alimentaires et vinicoles) et économiques pour la plupart installés dans des salles attenantes à des bars, dont les activités sont maintenant orientées vers des organisations de fêtes, de jeux (pétanque) et de loisirs comme la chasse, la pêche ou la musique.

Les cercles constituent des associations qui souvent faute de locaux dédiés, requièrent de la bonne volonté conjuguée à une passion certaine. Elément de l’idéal républicain, le cercle constitue une réponse toute simple au fait d’individualisme et à l’esprit de liberté qui caractérise le Provençal.

Créé en 2001 avec le statut d’association Loi 1901, le Cercle Progressiste Carnussien s’inscrit dans ce droit fil. Il est porteur des valeurs de la société citoyenne et de toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Par ses activités, il s’attache à :

  • favoriser l’information, la participation et les rencontres entre citoyens,
  • créer des lieux permanents de débats relatifs à l’évolution de la Société, tant sur les aspects sociaux, culturels, éducatifs, économiques que sur les grands enjeux planétaires,
  • développer la démocratie participative.

Le Cercle de l’Union à Auriol (source : Pierre Chabert – « Rouges » et « Blancs » : Cercles en Provence)

Quant à l‘idée de progrès, elle est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières (XVIIIème siècle) qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissances dotant les êtres humains des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d’Ancien Régime …et cela demeure une acception valide !

Le progressisme à l’heure actuelle s’attache à défendre des idéaux comme l’égalité entre les humains, quels que soient leurs origines, leurs nationalités et leur sexe, ainsi que la laïcité. Dans le domaine économique, il défend les valeurs sociales et écologistes. Philosophiquement, les courants progressistes prônent l’humanisme et le rationalisme. En quelques mots, progressiste s’oppose à réactionnaire.

Les cercles en Provence constituent un ensemble d’assemblées et de lieux où la transmission de savoirs se conjugue avec le sens de la convivialité. Cercles Républicains, de l’Union, des Travailleurs, de la Renaissance ou Progressistes, ce sont tous des exemples vivants de sociabilité.

Michel Motré

Références :

Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence, 2006

Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.