Posts Tagged ‘Front National’

Législatives : la Gauche peut-elle être au second tour dans la 9ème ?

5 juin 2017

C‘est en effet la question que l’on peut se poser à une semaine du premier tour des élections législatives, alors que le député LR sortant, Bernard Deflesselles, semble être le seul des 15 candidats réellement en campagne, multipliant les tracts et les courriers en vue de se faire réélire pour son cinquième mandat consécutif, même s’il paraît n’avoir toujours pas très bien saisi en quoi consistait la fonction de député.

Bernard Deflesselles en compagne, avec le soutien des maires de la circonscription, dont celui de Carnoux (source : site internet du candidat)

Son premier tract laissait entendre qu’il se positionnait comme maire auxiliaire des 9 communes de l’Est marseillais qui composent sa circonscription, son rôle principal étant d’aider ses amis les maires à boucler leur budget municipal et à réaliser leurs projets. Quant au courrier qu’il vient d’adresser à chacun des électeurs de son fief, il indique qu’en réalité sa fonction s’apparente plutôt à celle d’une assistante sociale dont le seul souci est d’apporter satisfaction à chacun de ceux qui viennent le solliciter pour lui exposer leurs petits tracas quotidiens. Vous êtes en mal de logement, votre fils galère pour trouver un stage, votre grande tante n’arrive pas à trouver une place en maison de retraite ou votre petite-fille en crèche, alors n’hésitez-pas à prendre rendez-vous auprès de Super Deflesselles dont les permanences sont grandes ouvertes, « dans un souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange ».

Et si vraiment vous n’avez pas besoin de ses conseils et de son entregent, lui a tout cas « a besoin de votre aide et de votre soutien ». Dans quel but ? Mais pour se faire réélire tout simplement et continuer à goûter les privilèges de la fonction. Contrairement à ce que certains croient encore, pour un professionnel de la politique comme Bernard Deflesselles, un député n’est pas là pour servir et représenter ses concitoyens en participant à l’élaboration des lois et au contrôle de l’action gouvernementale. Il est simplement là pour se servir lui-même et rendre service à ses amis et sa clientèle.

Et pourtant, tout indique que c’est ce même Bernard Deflesselles qui sera une nouvelle fois réélu haut la main à l’issue du second tour des législatives le 18 juin prochain. Parce que les chiffres sont têtus et que les règles de cette confrontation électorale sont ce qu’elles sont, ce que nombre de ses adversaires semblent n’avoir pas encore bien intégré. Pour être élu dans un tel suffrage et face à 14 autres candidats, la première des priorités est d’être présent au second tour. Pour cela, il est nécessaire de rassembler sur son nom au moins 12,5 % des suffrages, calculés non pas par rapport au nombre de votants, mais par rapport au nombre d’inscrits.

Bernard Deflesselles, soutenu par 8 des 9 maires de sa circonscription (source : compte Facebook B. Deflesselles)

Pour le deuxième tour des élections présidentielles, le 7 mai dernier, il y avait 96 958 inscrits sur la circonscription et il n’y a pas de raison que ce chiffre évolue beaucoup un mois plus tard. Il faut donc, pour espérer se qualifier au second tour, rassembler sur son nom au moins 12 120 voix, ou, à défaut, se retrouver parmi les deux candidats arrivés en tête du premier tour.

Pour les présidentielles, le taux de participation dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône était de près de 80 % au premier tour et d’un peu moins de 75 % au second. Mais pour les législatives, le taux de participation est traditionnellement très inférieur. En 2007, il était de 59,6 % et en 2012 de 59 % au premier tour (pour tomber à moins de 50 % au second tour qui avait opposé, rappelons-le, Bernard Deflesselles à la candidate du Front National, Joëlle Mélin). Supposons donc, hypothèse plutôt optimiste, que l’on atteigne, en 2017 encore, ce taux de participation de 59 %. Pour espérer se qualifier au second tour, il faut donc rassembler sur son nom, à l’issue du premier tour, au moins 21,64 % des suffrages exprimés.

Le député sortant ne devrait pas avoir trop de mal à y parvenir, même si son score s’érode d’élection en élection, lui qui avait recueilli plus de 27 000 voix en sa faveur en 2007 et 19 000 en 2012. Même si son champion, François Fillon n’avait récolté qu’un peu moins de 17 000 voix lors des récentes présidentielles, on voit mal comment l’électorat de Bernard Deflesselles, plutôt âgé et très conservateur, pourrait ne pas se mobiliser une nouvelle fois en sa faveur.

L’avocat ciotaden Hervé Itrac lors d’une réunion du Front National (photo © La Marseillaise)

Du côté du Front National, les choses sont plus incertaines car le candidat, Hervé Itrac, élu municipal d’opposition à La Ciotat ne dispose pas de la notoriété locale de celle qui sera sa suppléante. Mais l’expérience montre que pour cet électorat, ce n’est pas le candidat qui compte mais plutôt l’étiquette. Or, en 2012, le FN avait recueilli plus de 12 000 voix à l’issue du premier tour, tandis que Marine Le Pen en a rassemblé sur son nom, le 23 avril dernier, près du double (21 236 très exactement), arrivant d’ailleurs en tête sur cette circonscription. Il serait donc vraiment surprenant qu’une telle dynamique ne permette pas au candidat FN de se qualifier pour le second tour des prochaines législatives…

Reste à savoir si un autre des 13 candidats restant en lice a la moindre chance de venir troubler ce face-à-face en se qualifiant dans le cadre d’une triangulaire. En toute objectivité, seuls deux d’entre eux pourraient éventuellement y prétendre, les autres n’ayant comme ambition principale que de se faire un nom, de troubler le jeu (c’est le cas de l’inévitable trublion, Christian Musumeci, qui cherche cette fois à duper les électeurs en se faisant passer pour un candidat En marche, après avoir en 2012 porté l’étiquette Gauche socialiste, le tout pour le plus grand profit du député sortant !) et/ou de récolter de l’argent pour leur parti. Il s’agit, comme nous l’avons déjà signalé ici, de Sylvie Pillé pour La France insoumise et de Sylvie Brunet, candidate de La République en marche.

Tract de campagne de Sylvie Brunet (source : compte Twitter S. Brunet)

Il n’est jamais facile de faire des pronostics avant une échéance électorale, surtout dans le contexte électoral actuel de forte recomposition à gauche de l’échiquier politique, et ceci d’autant plus que le parti d’Emmanuel Macron se veut justement en dehors de ce positionnement classique. Rappelons néanmoins que le Président de la république nouvellement élu avait recueilli sur son nom un peu plus de 13 500 suffrages lors du premier tour de la Présidentielle et sur l’ensemble de la circonscription, son score variant entre 16 et 20 % selon les communes. En appliquant simplement le taux de participation probable des législatives, ce gisement se réduit à seulement 10 000 voix. Il est possible que la dynamique actuelle incite de nouveaux électeurs à se mobiliser en faveur de cette candidate pour aider le Président récemment élu à se forger une majorité comme l’exige la tradition républicaine, mais la faible notoriété de la candidate rend quand même peu probable un raz de marée en sa faveur.

Sylvie Pillé, avec son père, l’ex-résistant FTP Serge Lesou, lors d’une commémoration à Moscou le 9 mai 2015 (source : blog de Lucien Pons)

Quant à la candidate de La France insoumise, elle pourrait logiquement prétendre à un score un peu supérieur si l’on s’en tient aux chiffres du premier tour des Présidentielles qui, dans cette circonscription, avait placé Jean-Luc Mélenchon en troisième position avec 20,54 % des suffrages exprimés, soit un peu plus de 15 800 voix en sa faveur (avec d’ailleurs de fortes disparités puisque son score varie selon les communes de 11,3 % à Cassis jusqu’à plus de 25 % à Aubagne !). Mais ce score reste encore inférieur au seuil nécessaire pour se qualifier. Il faudrait donc, pour que la présidente d’ATTAC Aubagne puisse être présente au second tour, qu’elle rassemble sur son nom davantage de suffrages que n’avait réussi à en obtenir Jean-Luc Mélenchon lui-même, ou alors que la mobilisation lors de cette élection soit significativement supérieure à ce qui est attendu.

On le voit, les jeux ne sont pas encore faits et une surprise est toujours possible. Il n’en reste pas moins que la configuration actuelle conduit tout droit les électeurs de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône vers un n-ième arbitrage au second tour entre la droite républicaine et le Front National…

L.V. 

Publicités

Législatives : le maire de Carnoux s’engage !

24 mai 2017

Cette fois au moins les choses sont claires : Jean-Pierre Giorgi s’engage clairement dans la prochaine campagne électorale pour soutenir le député sortant, ex-UMP et désormais étiqueté Les Républicains, l’inoxydable Bernard Deflesselles. Chaque habitant de Carnoux a en effet reçu dans sa boîte aux lettres un courrier envoyé le 20 mai dernier, avant même le lancement officiel de la campagne des législatives 2017. Dans cette enveloppe, un carton d’invitation signé de Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux-en-Provence et vice-président de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui invite chacun de ses concitoyens à une réunion publique de soutien au député sortant, candidat une nouvelle fois à sa réélection.

Le procédé est pour le moins inédit et montre à quel point le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône compte principalement sur le réseau des élus locaux pour assurer sa n-ième réélection. Curieusement, le carton d’invitation ne comporte aucun logo du parti politique au nom duquel se présente Bernard Deflesselles, pas plus que le moindre indice quant aux idées qu’il compte défendre. Les seuls éléments dont lui, son suppléant et son soutien se gargarisent, sont les autres mandats électoraux qu’ils détiennent, histoire de bien se positionner avant tout comme des notables locaux ancrés dans le paysage politique et solidement reliés par les services qu’ils se rendent mutuellement.

Il est d’ailleurs curieux de constater que le député sortant se gargarise de son mandat électoral de vice-président de la Région PACA, alors même que la loi actuelle sur le cumul des mandats lui interdit désormais de jumeler ces deux postes. Va t-il lui aussi, à l’instar de son chef de file Christian Estrosi, quitter son mandat d’élu régional sitôt réélu député, alors même que les élections régionales ne datent que de 18 mois ? Ou bien ne se présente t-il à la députation que pour placer son second, le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, qui devrait alors abandonner non seulement son mandat de maire mais aussi celui de vice-président du Conseil départemental ? Décidément, nos élus locaux ont bien du mal à admettre que cette vieille habitude qui consiste à manger dans tous les râteliers à la fois commence à peser sur la démocratie française…

Réunion LR à Carnoux le 28 octobre 2016 animée par Bernard Deflesselles et Jean-Pierre Giorgi (source : compte Facebook de Bernard Deflesselles)

En tout cas, on ne peut que se réjouir de voir que le maire de Carnoux, qui autrefois pensait bon de se présenter comme apolitique, n’a désormais plus de scrupule à annoncer clairement la couleur de ses choix politiques, même si on a encore un peu de mal à les situer tout à fait clairement. Après avoir parrainé Nicolas Dupont-Aignan lors des récentes présidentielles, voila qu’il revient semble t-il à sa famille politique d’origine, lui qui était l’un des premiers élus locaux à se prononcer en faveur de la candidature de François Fillon, en octobre dernier, alors que son ami Bernard Deflesselles était à l’époque un fervent supporter de Jean-François Copé, « Monsieur 0,3 % ».

On notera d’ailleurs au passage que c’est une des conseillères municipales de Carnoux, Colette Géreux, élue en 2014 sur la liste de Jean-Pierre Giorgi, qui conduira la liste Debout la France, à l’occasion de ces législatives. Peut-être les Carnussiens recevront-ils bientôt un autre carton d’invitation aimablement envoyé par notre maire, en vue de venir soutenir également cette candidature ?

15 candidats déclarés mais pour l’instant, seul Deflesselles est visible à Carnoux

Une chose est sûre en tout cas, avec pas moins de 15 candidatures déclarées dans cette circonscription, on ne peut pas dire que les électeurs n’auront pas le choix. Il y en a pour tous les goûts ! Outre ces deux candidats de Droite, rappelons, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, que la France insoumise sera représentée par Sylvie Pillé-Lesou, par ailleurs président d’Attac Pays d’Aubagne et la République en marche, le mouvement politique fraîchement créé par notre nouveau Président, par Sylvie Brunet, ex conseillère municipale de Cassis et également investie par le MODEM.

Pour une fois, ce n’est pas Joëlle Mélin qui représentera le Front National. Il faut dire qu’elle cumule un nombre impressionnant de mandats électoraux : élue depuis 1998 à la Région PACA (dont elle a, elle aussi, démissionné récemment, la Région n’étant jamais qu’une simple antichambre où les élus entrent et sortent avec une grande aisance, malgré les indemnités plutôt confortables dont ils y bénéficient), conseillère municipale d’Aubagne et bien sûr élue au Conseil de territoire du Pays d’Aubagne, mais aussi députée européenne depuis mai 2014, n’en jetez plus ! Cela ne l’empêchera pas de se présenter quand même à la députation, comme suppléante de l’avocat Hervé Itrac, conseiller municipal d’opposition à La Ciotat.

Les premiers tracts du FN commencent à arriver dans les boîtes…

Voilà en tout cas le quatuor de ceux qui ont a priori une chance de se retrouver au second tour. Logiquement, Bernard Deflesselles, au vu de sa solide et ancienne implantation dans le réseau de notables locaux où tout le monde se serre les coudes, a de fortes chances de se qualifier malgré son bilan totalement insignifiant et ses manières d’ancien régime, lui qui en est encore à employer son épouse comme attachée parlementaire malgré l’affaire Fillon, ainsi que le révélait récemment le média indépendant Mefi.

Photomontage paru dans Mefi

Le candidat FN devrait également passer sans encombre le 1er tour au vu du résultat de Marine Le Pen arrivée en tête dans la circonscription lors des toutes récentes présidentielles. Reste à savoir si le match se résumera à un duel entre ces deux favoris ou s’il se terminera en triangulaire avec l’un des deux outsiders, soit la candidate de la France insoumise qui compte sur le joli score de Jean-Luc Mélenchon pour espérer se qualifier, soit Sylvie Brunet qui espère surfer sur la dynamique Macron malgré sa faible notoriété…

Dessin de Piet paru dans Rue89 Strasbourg

Mais qu’espèrent donc les 11 autres candidats qui vont venir troubler le jeu et dont aucun n’a bien évidemment la prétention de rassembler sur son nom plus de 12,5 % des inscrits (ce qui suppose plus de 20 % des suffrages exprimés au vu des taux de participation habituels pour ce type d’élection), seuil nécessaire pour se maintenir au second tour, sauf à être parmi les deux premiers ? Manifestement, certains d’entre eux sont là principalement pour grappiller des voix et empêcher qu’un autre candidat ne soit élu. On se souvient du trublion Christian Musumeci qui déjà en 2012 se présentait sous l’étiquette improbable de « gauche socialiste » et recueillait près de 4 % des voix, juste assez pour éliminer Gilles Grandjean du 2ème tour et ouvrir grand la voie à Bernard Deflesselles. Le poisson pilote est de retour et tentera cette année encore la même stratégie, sans doute sous une autre étiquette car il a les idées larges, mais peu importe, c’est le résultat qui compte.

A gauche, d’autres candidats viendront évidemment compliquer le jeu, avec notamment Stéphanie Harkane qui se présentera avec l’étiquette PS, Boualam Aksil (écologiste), Raymond Lloret (du collectif citoyen « C’est à nous », en pointe dans le combat contre les boues rouges) ou encore Patricia Pawiak (Parti Radical de Gauche/Génération Ecologie), tous bien entendu armés de bonnes intentions et de fortes convictions, mais dont la présence ne servira qu’à affaiblir les candidatures de gauche les plus solides pour faciliter la réélection de Bernard Deflesselles.

Dessin d’Hector publié dans Agoravox

N’oublions-pas non plus l’inévitable représentant de Lutte Ouvrière, François Otchakovsky-Laurens, un parti qui annonce ouvertement son mépris de la démocratie parlementaire mais qui n’oublie jamais de se présenter aux élections, histoire d’alimenter la caisse du parti. Rappelons en effet que chaque parti qui remporte plus de 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions touche ensuite pendant 5 ans un joli pactole correspondant chaque année à 1,42 € pour chaque suffrage reçu, ce qui représente de l’ordre de 35 millions d’euros versés ainsi chaque année aux différents partis, sans compter bien sûr les 40 millions qu’ils touchent en fonction du nombre de leurs représentants effectivement élus !).

On conçoit qu’une telle manne aiguise les appétits et suscite autant de vocations à l’approche des élections législatives. Ajoutons donc pour faire bonne mesure à notre liste de candidats dans la 9ème circonscription une représentante du FN tendance Le Pen père (Parti de la France), une certaine Elisabeth Lalesart, mais aussi une adepte de l’UPR, le parti de François Asselineau dont les couleurs seront portées localement par Elodie Sery, et encore deux soi-disant écologistes, Christophe Amouroux (Parti Animaliste) et Nicolas Lapeyre (Confédération pour l’Homme, l’Animal et la Planète).

Avec un tel choix, espérons du moins que le taux de participation sera supérieur à celui de 2012 où à peine plus d’un électeur sur deux avait jugé bon de se déplacer au second tour…

L.V.  

Vote FN : des élus locaux qui n’en peuvent plus…

22 mai 2017

Daniel Delomez, maire d’Annezin (crédit photo © La Voix du Nord)

L’histoire avait fait le buzz sur internet au soir du premier tour des élections présidentielles, rapportée par de nombreux médias. Daniel Delomez, maire Divers Gauche de la petite ville d’Annezin (5500 habitants) située à proximité de Béthune dans le Pas-de-Calais avait piqué une colère noire en constatant que 38 % de ses concitoyens avaient voté pour Marine Le Pen (et près de 20 % pour Jean-Luc Mélenchon). C’est un journaliste du quotidien local, l’Avenir de l’Artois, qui avait recueilli son cri du coeur dimanche 23 avril à l’issue du dépouillement : « C’est catastrophique ! Il est possible que je démissionne car je ne veux pas consacrer ma vie à des connards ».

Relayée par le journaliste sur Twitter, la petite phrase a eu beaucoup de succès. Trop manifestement au goût de l’élu qui depuis a affirmé regretter cette analyse à chaud, manifestement trop impulsive. Assailli de coups de téléphone et de nombreuses injures, le maire d’Annezin est revenu à un comportement plus mesuré et dit regretter désormais ses paroles un peu excessives. En tout cas il ne démissionnera pas, ainsi que Libération l’a confirmé, et ses « connards » d’électeurs devront donc supporter encore quelques années sa mauvaise humeur passagère.

Toujours est-il que l’édile a fait des émules et que d’autres que lui se sont lâchés au vue de ce score fleuve du FN. C’est notamment le maire de la petite commune de Haute-Corse, Castello-di-Rostino (414 habitants) qui a durement apostrophé ses concitoyens, lesquels avaient voté à plus de 61 % pour Marine Le Pen au second tour des présidentielles.

Le village de Castello-di-Rostino

Son texte, publié notamment sur Facebook, est pourtant nettement plus mesuré que celui de son collègue des Hauts-de-France. Évoquant la cérémonie du 8 mai 1945, prévue au lendemain de l’échéance électorale, il écrit ainsi : « Au lendemain d’une consultation électorale où la commune a donné une large majorité à la candidate représentant le parti de l’idéologie fasciste et tournant le dos aux valeurs universelles de la liberté et de la dignité humaine, ma conscience politique et le respect dû à ces hommes dont les noms sont inscrits, pas par hasard, mais au terme du sacrifice ultime, sur le monument aux morts, ne m’autorisent pas à lire le message commémoratif. La honte me submerge. Ce sont les excuses de la commune que je présenterai devant le monument aux morts, à l’égard de ceux qui ont sacrifié leur propre vie pour nous libérer d’une idéologie obscure dont est issue la candidate à la présidence de la République ».

Un message murement réfléchi donc et fortement moralisateur, que tous ceux qui avaient voté Front National, n’ont guère dû apprécié…

Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefant (crédit photo © GAZETTE )

C’est sur un tout autre ton que s‘est exprimé entre les deux tours Eric Gold, maire adjoint Divers Gauche de la petite commune du Puy-de-Dôme, Saint-Priest-Bramefant, près de Vichy. Constatant que 155 de ses concitoyens avaient glissé dans l’urne un bulletin au nom de Marine Le Pen, il s’était laissé aller sur son compte Facebook à une apostrophe bien sentie et personnalisée de ceux qui avaient ainsi franchi le pas. Quelques extraits de sa diatribe rapportée notamment par Libération et Le Canard enchaîné :

« A toi, Pierrick, qui pense que l’on ne peut plus sortir tranquille, je veux simplement te rappeler que la dernière fois que quelqu’un s’est fait molester à Saint-Priest tu n’étais pas né… A toi Emile, qui pestes contre toutes ces aides sociales, je te rappelle que tu es celui qui a bénéficié des plus gros montants au titre de l’aide de la collectivité pour l’habitat et que ta mère perçoit l’APA […] A toi Daniel, qui veut faire payer les fraudeurs, je te rappelle que bosser au black, ce n’est pas la règle […] A toi, Marcel qui honoreras de ta présence la cérémonie du 8 Mai, pense à ceux qui dans les années sombres, ont fui la guerre comme d’autres le font aujourd’hui…» Une liste adressée à huit électeurs de Marine Le Pen qui se termine ainsi : «aux 143 autres, qui souhaitent une petite phrase avec leur prénom, je me tiens à leur disposition.»

Un dessin du regretté Charb

Bien évidemment, l’élu a pris le soin de changer les prénoms, mais il semblerait que chacun se soit largement reconnu. L’un d’entre eux le lui a dit d’ailleurs clairement depuis : « Tu as été dur avec moi, mais tu as été bon, je pense que je ne voterai plus FN ». Tous bien entendu n’ont pas été aussi sensibles à cette remontrance de leur maire adjoint (qui vient en fait tout juste de laisser son poste de maire pour prendre la tête de la communauté de communes), ancien professeur des écoles de son état. Ce dernier souhaitait d’ailleurs initialement que son texte soit l’émanation collective de l’ensemble des maires du secteur, mais aucun d’entre eux n’a eu le courage de le suivre dans son entreprise pédagogique, de peur de se mettre à dos un électorat qui vote FN par frustration et par crainte du déclassement mais qui reste souvent proche de ses élus locaux. Ceci dit, l’élu qui a ainsi mis les pieds dans le plat, a depuis retiré son texte de son compte Facebook et reconnaît lui-même que son initiative a suscité « une certaine gêne » dans sa commune, on veut bien le croire…

Voilà en tout cas une démarche que ne risque pas d’adopter le maire de Carnoux où le Front National est pourtant arrivé une fois de plus en tête, au premier comme au second tour de ces même élections présidentielles. A la surprise générale, celui qui jusque là se disait apolitique et aurait pu justement s’appuyer sur une telle posture pour fustiger les valeurs que soutient le parti d’extrême droite, après avoir clairement dit qu’il voterait pour François Fillon, avait en effet apporté son parrainage à Nicolas Dupont-Aignan, celui-là même qui avait signé un accord de gouvernement avec le Front National en vue de se placer comme premier ministre de Marine Le Pen en cas de succès de cette dernière. Voilà au moins un positionnement de notre maire qui a dû être apprécié par la majorité d’électeurs frontistes présents sur la commune !

L.V.  

La région PACA orpheline de ses élus…

11 mai 2017

Les responsables politique n’arrêtent pas de déplorer l’inconstance des électeurs qui changent d’avis à chaque échéance et s’acharnent à dégager ceux-là même qu’ils viennent tout juste d’élire pour les représenter. Effet pervers d’une société de consommation qui transforme les citoyens en acheteurs impulsifs et sensibles aux effets de mode, vite lassés par la triste réalité et sans cesse à la recherche du changement ? Ou simple habitude de téléspectateur toujours prompt à zapper pour changer de discours ?

Christian Estrosi et Marion Maréchal Le Pen en décembre 2015 (photo © A. Lorente / Capa Pictures / Europe 1)

Toujours est-il que les électeurs de la région PACA sont actuellement plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, la jeune Marion Maréchal Le Pen, devenue du coup la chef de son opposition régionale, voila que ces deux ténors de la vie politique locale annoncent quasi simultanément leur retrait des fonctions que leur a confiées le peuple, laissant entendre que le job ne les intéresse déjà plus et qu’ils ont envie de passer à autre chose !

Marion Maréchal Le Pen avec sa tante lors de son élection à la région PACA en 2015 (photo © D. Jacovides / Bestimage)

Pour ce qui est de la chef de file de l’opposition régionale frontiste, c’est par un courrier adressé le 9 mai au journal Vaucluse-Matin qu’elle a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux législatives et d’abandonner son fauteuil à la Région PACA ainsi que son poste au bureau national du FN. Un véritable séisme au lendemain de la lourde défaite de sa tante Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui traduit sans doute un certain malaise au sein de ce parti politique où des divergences de vue commencent à apparaître.

Il est vrai que la présidente du FN n’avait pas caché son agacement face à la popularité croissante de sa nièce et face à son positionnement politique ultraconservateur, allant même jusqu’à affirmer, en pleine campagne électorale, qu’elle n’envisageait certainement pas de lui confier un ministère en cas de victoire électorale : difficile d’imaginer pire signe de défiance !

Marion Maréchal Le Pen met néanmoins plutôt en avant des raisons beaucoup plus personnelles pour expliquer ce brusque (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à 22 ans la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française. Cinq ans plus tard, alors qu’elle vient de divorcer, elle affirme aspirer à passer plus de temps auprès de sa fille de 3 ans et vouloir s’orienter vers une carrière professionnelle plus classique. On serait bien en peine de lui reprocher de telles motivations, même si celles-ci sont manifestement renforcées par une certaine déception devant la médiocrité des jeux politiciens auxquels elle s’est trouvée confrontée.

Marion Maréchal Le Pen, une mère célibataire épuisée qui démissionne (photo © J. Demarthon / AFP)

Pourtant, sa décision n’a pas manqué de faire réagir fortement son grand-père et ex-président du Front national qui a aussitôt condamné son geste par une diatribe sans appel : « Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles. J’espère qu’elle les a mesurées. En pleine bataille politique, je trouve cette décision désolante ». On comprend en effet qu’avec de tels mentors, on ait parfois envie de jeter l’éponge…

Quant au président de la Région PACA, le niçois Christian Estrosi, que son mentor Nicolas Sarkozy avait récemment qualifié de « branleur« , sa décision de quitter la présidence de l’exécutif régional moins de 18 mois après y avoir été élu, paraît pour le moins incompréhensible. Voilà en effet qu’après avoir démissionné il y a moins d’un an de son poste de maire de Nice, qu’il avait troqué contre celui de 1er adjoint avec son affidé Philippe Pradal, il annonce, le soir même du second tour des élections présidentielles, que ce même Philippe Pradal vient lui-même de démissionner et que, heureux hasard, ses amis du conseil municipal lui ont fait savoir qu’ils étaient tout disposés à réélire Christian Estrosi maire de Nice.

Christian Estrosi annonçant publiquement sa démission devant sa permanence à Nice le 8 mai 2017 (photo © P.O. Casabianca / France 3)

Là aussi, on apprend par la même occasion que l’heureux élu, remarié depuis peu à une chroniqueuse de 20 ans sa cadette, va être prochainement papa et qu’il commence à se lasser de ses allers retours fréquents entre sa bonne ville de Nice et celle de Marseille qu’il n’apprécie guère.

Bien entendu, cette démission fracassante n’est officiellement pas justifiée uniquement par simple convenance personnelle. Christian Estrosi, en habile politicien qu’il est, met d’abord en avant la victoire d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu au deuxième tour et dont il se serait bien vu devenir ministre : dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête en région PACA comme cela avait été le cas au 1er tour, il considère avoir rempli sa mission et pouvoir désormais passer à autre chose. Chacun reconnaîtra en effet que c’est grâce à lui et à lui seul que les 2 350 000 électeurs de la région PACA se sont exprimés à plus de 55 % en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 : bravo l’artiste !

Dans ces conditions, il ne voit plus bien à quoi il lui servirait de rester encore à la tête de la Région PACA jusqu’à la fin de son mandat puisque, comme il l’affirme lui-même « Plus de 80 % des 250 engagements que nous avions pris ont été tenus ou sont en cours de réalisation ». A se demander même s’il y aura besoin de lui trouver un successeur : maintenant que tout a déjà été fait, autant attendre les prochaines élections régionales en 2021…

Renaud Muselier devrait succéder à Christian Estrosi à la présidence de la Région PACA (photo © B. Horvat / AFP archives)

On se demande bien d’ailleurs à quoi va pouvoir s’occuper d’ici là le pauvre Renaud Muselier qui devrait lui succéder à ce poste ? C’est le problème avec les coureurs motocyclistes : toujours trop pressés d’arriver !

En moins de 18 mois, le bilan est impressionnant, surtout dressé par Christian Estrosi en personne et complaisamment relayé par La Provence. Le grand homme a ainsi réussi, comme chacun a pu le constater « une politique culturelle audacieuse et une liberté artistique préservée », « la lutte contre les déserts médicaux pour préserver nos territoires ruraux », « une nouvelle politique de l’emploi tournée vers le monde de l’entreprise » et même « la captation des fonds européens ». On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne a choisi de quitter l’Europe : c’est parce que Christian Estrosi a siphoné en quelques mois tous les crédits européens au profit de la région PACA !

Christian Estrosi testant un portique expérimental installé en gare des Arcs (photo © MAXPPP)

Et ce n’est pas tout : notre surhomme a aussi  réussi la « mise sous pression de la SNCF qui nous a permis de faire des économies substantielles ». Il ne fait évidemment pas allusion aux portiques de sécurité qui vont être installés dans 47 gares de la région pour la modique somme de 5,1 millions d’euros par an en coût de fonctionnement (sans même compter le montant des investissements nécessaires), mais simplement à ses relations orageuses avec la SNCF dont il fait trembler les dirigeants, sans que les usagers des TER aient bien entendu constaté la moindre amélioration quant à la régularité du trafic. L’important est d’instaurer le rapport de force…

Et n’oublions pas le point d’orgue du bilan de notre motodidacte : « le retour de la formule 1 dans notre pays et dans notre région ». Voila en effet une victoire qui mérite d’être saluée comme il se doit tant elle a changé la vie quotidienne des habitants de la région. Comment pourra t-on survivre au triste départ d’un tel héros régional ?

L.V. 

La France dit non au Front National

8 mai 2017

Comme il y a 15 ans, en 2002, les Français ont clairement rejeté l’aventure que leur proposait le Front National qualifié pour le deuxième tour de ces élections présidentielles. Moins massivement cependant qu’en 2002, il faut bien le reconnaître ! A l’époque, plus de 25 millions d’électeurs français s’étaient exprimés en faveur du président sortant, Jacques Chirac, malgré les nombreuses affaires judiciaires pendantes qui lui collaient aux basques et qui lui valurent, quelques années plus tard, une condamnation infamante à 2 ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics et abus de confiance. Son adversaire de l’époque, Jean-Marie Le Pen, n’avait alors recueilli qu’un peu plus de 5 millions de voix, soit moins de 18 % des suffrages exprimés : un rejet net et sans bavure, traduisant une véritable mobilisation du front républicain !

Dessin de presse de Large

Hier, le rejet du Front National a été sans ambiguïté non plus puisque les chiffres, encore provisoires, montrent qu’Emmanuel Macron a gagné ces élections avec un peu plus de 66 % des suffrages exprimés, ce qui le rapproche du rêve giscardien de représenter « deux Français sur trois »…

Certes, ce rejet massif des idées du Front National est loin de concerner toute la France. La commune de Carnoux-en-Provence s’est distinguée une nouvelle fois hier en plaçant en tête Marine Le Pen avec 51,8 % des suffrages exprimés. Un score qui montre d’ailleurs que le Front National est en nette progression puisque la présidente du Front National a recueilli hier dans notre ville pas moins de 1891 voix, soit 340 de plus que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, finaliste des élections régionales en décembre 2015, il y a moins de 18 mois.

Carte de France du résultat des élections présidentielles (infographie publiée par Le Monde)

La carte de France des résultats du 2ème tour de ces élections présidentielles ne manque d’ailleurs pas d’intérêt. Deux départements seulement ont placé Marine Le Pen en tête (l’Aisne et le Pas de Calais), mais on y voit nettement le très fort ancrage du Front National dans le tiers nord et nord-est de la France ainsi que dans le sud-est. Au premier tour, Marine Le Pen était arrivée en tête dans les Bouches-du-Rhône comme sur l’ensemble de la Région PACA, ce qui n’a pas été le cas au second tour. On observe néanmoins localement des scores très élevés du Front National qui a frôlé la première place dans le département du Var où il est arrivé largement en tête au deuxième tour dans des villes comme Fréjus, Brignoles ou Draguignan, ce qui confirme un ancrage territorial très fort dans ce secteur.

Marine Le Pen aura donc échoué comme son père à concrétiser cette victoire du 1er tour qui lui avait permis d’éliminer de la course ses deux challengers de droite (François Fillon) comme de gauche (Jean-Luc Mélenchon). Son score pourtant a presque doublé par rapport à celui de Jean-Marie Le Pen en 2002 puisque plus de 10 millions de Français ont glissé dimanche un bulletin à son nom dans la petite enveloppe marron. Rapporté au nombre d’inscrits sur les listes électorales (un peu plus de 47,5 millions de Français en 2017), cet engouement reste très minoritaire et on voit mal comment ce parti, qui suscite une telle force de rejet auprès de la majorité de la population, pourrait arriver à gouverner un jour le pays, sauf à imaginer que le taux d’abstention, qui atteint déjà des records, ne progresse encore…

Mais le constat vaut aussi pour le gagnant de ces élections qui n’a finalement recueilli sur son nom qu’un peu plus de 20 millions de voix, soit moins d’un Français sur deux inscrit sur les listes électorales : 43,6 % exactement. C’est un peu mieux que François Hollande en 2012 qui avait rassemblé sur son nom 39,1 % des suffrages rapportées au nombre d’inscrits, mais très comparable au score obtenu par Nicolas Sarkozy en 2007 (42,7%). Sauf que François Hollande comme Nicolas Sakozy avant lui savaient pouvoir compter sur une majorité solide grâce à l’ancrage du parti qui les soutenaient.

Emmanuel Macron prononçant son discours de rassemblement au soir de son élection, le 7 mai 2017 (photo © L. Bonaventure / POOL / AFP)

Pour le nouveau Président de la République élu hier, les choses risquent d’être plus compliquées et les élections législatives des 9 et 16 juin prochains ne s’annoncent pas de tout repos. On a bien vu, dès hier soir, à quel point les ténors de la vie politique, droite et gauche confondues, bien que tous balayés à l’issue du premier tour de ces élections, avaient repris du poil de la bête et se présentaient déjà en opposants convaincus et fermement décidés à rendre la vie impossible au futur pouvoir exécutif, malgré le discours d’ouverture et d’apaisement de ce dernier. Chaque camp cherchant à faire élire au parlement le maximum de ses affidés afin de bloquer autant que possible toute décision qui lui paraîtrait contraire à ses intérêts ou à sa vision des choses, nul besoin d’être devin pour imaginer qu’Emmanuel Macron aura besoin de beaucoup de diplomatie pour arriver à tenir un cap cohérent dans un tel contexte.

François Baroin (ici avec Thierry Solère, François Jacob et Jean-François Copé) espère bien prendre sa revanche aux législatives et devenir premier ministre de cohabitation (photo © archives AFP)

Rien n’exclut pour l’instant que la droite LR sorte largement en tête des prochaines élections législatives, et on peut compter sur la hargne d’un François Baroin et de ses lieutenants pour s’y employer de toutes leurs forces, en s’appuyant pour cela sur l’excellent ancrage territorial de la plupart des barons locaux. Rappelons en effet, pour ceux qui l’auraient déjà oublié, que ce scénario était de très loin le plus vraisemblable il y a quelques mois encore, alors que François Fillon caracolait en tête des sondages, avant que le Canard enchaîné ne dévoile à la France estomaquée que le petit père La Vertu n’était pas aussi irréprochable qu’on le pensait. Mais maintenant que ce boulet électoral a été arraché des pieds de la droite, nul doute que celle-ci va promptement relever la tête et récupérer son électorat traditionnel…

Dessin de presse de Martin Vidberg

Pour ce qui est de la gauche qui vomit le nouveau président, beaucoup trop libéral à son goût, celle qui s’est partagée au premier tour entre Jean-Luc Mélenchon (majoritairement), Benoit Hamon (modestement), Philippe Poutou et Nathalie Arthaud (plus marginalement), tout l’enjeu est de savoir comment elle compte se positionner à l’occasion des prochaines élections. Unie derrière des candidats communs dans une dynamique de recomposition à la manière allemande du parti Die Linke, elle pourrait assurément peser de manière substantielle sur ces élections et envoyer à l’Assemblée nationale des bataillons de députés sur lesquels le nouveau président devra nécessairement compter, quitte à infléchir sa politique. Au vu des personnalités de ceux qui la dirigent et de l’histoire des mouvements qui la composent, une telle hypothèse est néanmoins bien peu probable à ce stade…

Tout laisse donc penser que le quinquennat qui commence ne sera pas un long fleuve tranquille. Sauf à ce qu’Emmanuel Macron arrive à gagner son pari d’envoyer au parlement une majorité En marche représentative de son positionnement et fortement renouvelée grâce à un fort recours à la société civile, en dehors de ce cas de figure, on peut d’ores et déjà craindre que le nouveau président ne soit obligé de composer avec une majorité de droite frustrée et revancharde qui ne lui fera pas de cadeau. Bon courage Monsieur le Président !

L.V.  

FN : ils en ont parlé…

29 avril 2017

Un dîner en famille – dessin de presse de Caran d’Ache publiée dans le Figaro le 14 février 1898

Chacun se souvient du célèbre dessin du caricaturiste Caran d’Ache en plein débat sur l’affaire Dreyfus qui divisait alors la France en deux camps irréconciliable, provoquant querelles et déchirements au sein même des foyers, jusqu’à transformer les repas familiaux en batailles rangées…

A une semaine du deuxième tour des élections présidentielles qui verront s’affronter la présidente du Front National et un candidat centriste qui se veut « en marche » mais ni à gauche ni à droite, bien qu’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée auprès de François Hollande et ancien ministre du gouvernement Valls, voilà que ce climat de guerre civile larvée reprend de la vigueur…

Il faut dire que tout concourt à dramatiser la situation, avec un Front National arrivé en tête du premier tour dans plusieurs régions françaises, dont PACA où Marine Le Pen a engrangé plus de 28 % des sufrages exprimés, et des reports de voix qui s’annoncent cahotiques. L’accord de gouvernement que vient de passer Nicolas Dupont-Aignan avec le Front National est ressenti par beaucoup comme un véritable coup de tonnerre dans le paysage politique français alors que rien n’annonçait un tel ralliement dans son discours jusque là. Les élus qui, comme le maire de Carnoux Jean-Pierre Giorgi, lui ont apporté leur parainnage pour qu’ils puissent présenter sa candidature, doivent s’en mordre les doigts…

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen annonçant leur alliance, samedi 29 avril 2017 (photo © G. Van der Hasselt / AFP)

Quant aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, rien n’indique que leurs voix se porteront en majorité sur le candidat d’En marche lors du second tour. Leur leader a en effet fortement évolué depuis 2002, lorsqu’il appelait sans la moindre hésitation à voter en faveur de Jacques Chirac, estimant que ce « devoir républicain » était une nécessité absolue pour toute « conscience de gauche ». Mais 15 ans plus tard, il n’est plus question de front républicain en faveur d’Emmanuel Macron, alors même qu’ils sont issus tous les deux des rangs du Parti socialiste ! Aurait-il perdu entre temps sa conscience de gauche, lui qui avait déjà rejeté avec dédain toute participation éventuelle aux primaires de la gauche ? Comprenne qui pourra…

Bref, dans un tel climat, mieux vaut ne pas aborder les sujets politiques en famille ! Parmi les très nombreuses vidéos engagées qui circulent sur le net pour mettre en garde contre l’arrivée possible au pouvoir du Front National, nous vous conseillons ce court-métrage savoureux, sobrement intitulé Raclure, réalisé par Maxime Péméja et Clara Collange, qui met en scène justement un de ces dîners de famille qui dégénère.

L’ambiance est pourtant plutôt à la fête pour cette famille attablée autour d’une raclette, deux mois seulement après l’installation à l’Elysée de Marine Le Pen. Evan, le fils aîné, engagé dans l’armée depuis 4 ans, est tout fier d’annoncer sa récente nomination au grade de sous-lieutenant et explique que sa compagnie va être envoyée à Calais pour y nettoyer la ville des migrants qui l’encombrent. Sophie, la nouvelle copine du petit frère s’étonne un peu d’une décision aussi radicale, et c’est parti pour une discussion un peu animée comme on les aime dans les chaumières dès qu’il s’agit de débat d’idées…

Photo extraite de la video

Les positions sont tranchées mais pas caricaturales et chacun se retrouvera facilement dans cet échange où s’affrontent deux visions opposées mais totalement sincères vis à vis de la gestion des migrants bloqués à Calais et, bien au-delà, sur l’attitude à adopter face aux flux migratoires. La mise en scène est soignée et les dialogues réalistes. On est dans un débat d’idées et de valeurs, mais à l’échelle humaine. Le père, boulanger, s’inquiète pour la baisse d’activité de sa boutique, du fait de la concurrence du kebab qui a ouvert en face de chez lui. La mère, s’enorgueillit d’avoir privilégié la présence auprès de ses enfants à sa carrière professionnelle et aspire tout simplement au bonheur de la vie.

Une discussion passionnée en famille…

Pas de vision idéologique donc, mais des échanges du quotidien entre membres d’une même famille dont les visions diffèrent en raison de leur sensibilité propre. Et pourtant, cela suffit à faire exploser le consensus festif du dîner familial. Car, d’argument en argument, les choses dégénèrent rapidement tandis que le fromage bouillonne dans le plat à raclette… Les portes finissent par claquer et le paisible climat de convivialité du début ne résiste pas à cette discussion animée où chacun se renvoie à la figure des arguments de plus en plus radicaux.

A regarder et à faire circuler sans modération en cette période de banalisation de la vision de la société que propose le Front National, dans laquelle priment la recherche de la sécurité individuelle, le repli sur soi et le rejet de l’étranger que l’on affuble de tous les maux. Pas sûr que cette vidéo suffira à convaincre ceux qui ont voté Front National ou qui s’apprêtent à le faire dimanche prochain de modifier leur choix. A défaut de vouloir peser sur le cours des élections, elle a surtout le mérite d’inciter chacun à s’interroger sur son positionnement, dans un domaine où rien n’est tout blanc ou tout noir, mais surtout affaire d’équilibre et dicernement car, comme le disait Raymond Aron, « voter, ce n’est pas choisir entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable ».

Bravo en tout cas aux jeunes réalisateurs de ce court-métrage qui mérite d’être largement diffusé !

L.V.  

Dimanche 42 avril 2017, jour d’élection…

27 avril 2017

Ce premier tour de l’élection présidentielle 2017 subsistera probablement dans les annales de la vie politique française, au même titre que le 21 avril 2002, resté gravé dans toutes les mémoires comme le symbole de la montée du Front National dont le leader d’alors, Jean-Marie Le Pen, avait réussi à se qualifier pour le second tour, éliminant sèchement le premier ministre socialiste sortant, Lionel Jospin, pourtant crédité d’un excellent bilan économique.

Souvenirs, souvenirs : les résultats du 1er tour de la présidentielle 2002

                    Un dessin de Na !

Quinze ans plus tard, le scénario se répète mais cette fois le cataclysme est encore plus fort puisque la fille et héritière de Jean-Marie Le Pen a réussi à éliminer dès le premier tour de l’élection présidentielle, non seulement le candidat du Parti socialiste, le pauvre Benoît Hamon qui termine l’aventure électorale avec à peine plus de 6 % des suffrages exprimés, mais aussi l’ancien premier ministre LR de Nicolas Sarkozy, François Fillon, qui était pourtant donné archi-gagnant de cette élection il y a quelques mois seulement : un 21 avril double donc, comme n’ont pas manqué de le faire observer de nombreux chroniqueurs…

En 2002, des millions de Français (de gauche), traumatisés par cette percée spectaculaire de l’extrême-droite, avaient aussitôt battu le pavé pour exprimer leur aversion des idées lepénistes et assurer de leur soutien le candidat de la droite, le bienheureux Jacques Chirac, élu dans un fauteuil au deuxième tour avec un score stalinien de 82,2 %. A Carnoux même, une poignée de militants avaient tenu à exprimer leur mobilisation contre les idées frontistes, sous l’œil goguenard des élus municipaux qui fêtaient dans le même temps la déroute de la gauche.

Manifestation contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, place de la Bastille le 1er mai 2002 (photo P. Wojazer / Reuters)

En 2017, le climat a beaucoup évolué et tout le monde s’attendait à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle, d’autant que les instituts de sondage avaient fait un travail remarquable en prédisant de manière extrêmement fiable les résultats de ce premier tour. La seule incertitude résidait dans sa position face au candidat Emmanuel Macron qui est finalement arrivé en tête avec près d’un million de voix supplémentaires.

Evolution des sondages avant le 1er tour de la présidentielle (données publiées par France soir © T. Saint-Cricq, K. Tian, J. Bonnard, C. Malplat / AFP)

Comme en 2002, l’écart  avec le troisième homme est modeste, sauf que Marine Le Pen a quand même engrangé près de 7,7 millions de suffrages exprimés là où son père en 2002 n’en avait recueilli que 4,8… C’est dire à quel point les idées du Front National se sont ancrées et diffusées dans tout le pays. Et quasiment personne n’a jugé utile de descendre dans la rue pour protester contre l’expression de ce vote inspiré en partie par le repli sur soi et la peur de l’étranger.

Les premiers sondages annoncent Emmanuel Macron vainqueur au second tour mais avec un score qui sera selon toute vraisemblance très inférieur à celui de Jacques Chirac en 2002 et d’ailleurs rien n’est encore joué d’avance !

Un duel Macron / Le Pen pour le 2ème tour (Montage photo L’Express – photos C. Platiau et P. Laurenson / Reuters)

Car le paysage politique français paraît s’être complètement brouillé, laissant apparaître de nouvelles lignes de fracture largement inédites. La candidate du Front National a fait ses meilleurs scores dans les zones rurales et périurbaines, avec une position hégémonique dans certaines régions comme les Hauts-de-France, le Grand Est ou encore la région PACA. A Carnoux, elle est ainsi arrivée largement en tête du premier tour avec 32,3 % des voix quand le candidat d’En marche arrive troisième à moins de 18 %.

En revanche, ses scores ont été très faibles dans les grandes métropoles comme Lyon (8,8 %), Strasbourg (12 %), Rennes (6,7 %) ou encore Paris (moins de 5 % !). Ceci confirme à quel point est en train de se creuser en France le fossé entre les métropoles dynamiques et le monde de la ruralité, des banlieues et des petites villes de province qui se sent délaissé, exclu, déclassé. Dans ce paysage, Marseille fait un peu figure d’exception pour avoir placé en tête Jean-Luc Mélenchon, juste avant la dirigeante frontiste, confirmant en tout cas l’aversion viscérale de cette ville pour une vision économique libérale.

Le 2ème tour vu par le dessinateur suisse Chapatte (dessin paru dans le Courrier international)

Par beaucoup d’aspects, cette élection a montré en effet la forte émergence de ces deux pôles : d’un côté une gauche assez radicale qui a rarement été aussi plébiscitée dans les suffrages puisque ses deux représentants, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, s’ils avaient été unis, auraient largement viré en tête à l’issue du premier tour, et de l’autre une extrême-droite qui atteint des sommets, avec en commun un même rejet du libéralisme, de l’orthodoxie budgétaire, de la financiarisation, de l’ouverture des frontières et plus largement des élites qui dirigent le monde.

Cette nouvelle recomposition du paysage politique français a fait le jeu du candidat de centre droit qu’est Emmanuel Macron (si tant est qu’on puisse le classer selon ce type de critère sans doute un peu périmé), bien aidé en cela par la décrédibilisation de son challenger, l’ex Premier Ministre François Fillon, le donneur de leçon à la moralité douteuse.

Mais dans un tel contexte, le second tour pourrait réserver bien des surprises. Si certains, à gauche comme à droite, ont d’ores et déjà apporté sans barguigner leur soutien à Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National, ce n’est pas (encore ?) le cas du candidat malheureux Nicolas Dupont-Aignan, lequel n’a même pas réussi à atteindre le seuil fatidique de 5 % qui lui aurait permis d’être remboursé de ses frais de campagne.

Jean-Luc Mélenchon, arrivé en tête du 1er tour à Marseille (photo © maxppp)

Plus troublant, c’est aussi le cas du leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui, après avoir fait une campagne remarquée se soldant par un score inespéré, est apparu lui-même hésitant, au soir du premier tour à donner une consigne de vote. Pour quelqu’un qui a combattu toute sa vie contre les idées de l’extrême-droite, une telle position est pour le moins déroutante, surtout après les nombreuses convergences qui sont apparus tout au long de la campagne sur les visions économique de ces deux partis situés aux deux extrêmes de l’échiquier politique…

Après un tel séisme, la recomposition du paysage politique français est en marche, mais nul doute qu’elle sera douloureuse et semée d’embûches. Bien malin qui pourrait en prédire l’issue !

L.V. 

Emmanuel Macron, en marche vers le pouvoir ?

8 avril 2017

Décidément, rien ne se passe comme prévu lors de cette campagne pour l’élection présidentielle de 2017… A deux semaines seulement du premier tour, il paraît bien difficile de faire le moindre pronostic.

La seule certitude, c’est que la gauche en sera très vraisemblablement éliminée dès le premier tour, sauf à ce que l’un des deux candidats en lice se désiste ou que les deux finissent par trouver un accord. Mais un tel scénario devient chaque jour plus improbable, chacun s’arcqueboutant sur ses positions. Benoît Hamon, bien que vainqueur incontesté de la primaire de la gauche et bénéficiant du ralliement de Yannick Jadot, lui-même désigné à l’issue de primaires internes aux écologistes, est à la peine dans les sondages qui le créditent désormais d’à peine 10 % des intentions de vote.

Dessin de Wingz

Face à lui, Jean-Luc Mélanchon est dans une dynamique positive qui lui a permis depuis un mois de passer de 10 à 15 % des intentions de vote, comme si les électeurs de gauche avaient déjà oublié son refus hautain de participer à la primaire de la gauche. Il n’en reste pas moins que le socle de leur électorat commun reste stable et ne dépasse pas 25 %. Cela pourrait être suffisant pour être qualifié au second tour, à condition que ces voix se portent sur un candidat unique. Dispersées entre deux candidats, quelle que soit la répartition entre les deux, c’est la certitude qu’aucun candidat de gauche ne sera qualifié pour le second tour, au grand dam de millions d’électeurs de gauche qui devront donc se résigner à ne pas être représentés, une fois de plus, du fait de la stratégie suicidaire des dirigeants de ce courant politique.

Selon toute vraisemblance, le résultat de cette élection uninominale à deux tours se jouera donc entre la représentante du Front national, Marine Le Pen, et ses deux outsiders dans les sondages. François Fillon, grand gagnant des primaires de la droite en novembre dernier, est désormais englué dans le discrédit suite à sa méthode de défense déplorable et à l’arrogance extrême dont il a fait preuve pour répondre aux multiples reproches sur sa cupidité financière. Mis en examen pour détournement de fonds publics, il s’enferre dans ses mensonges successifs, tentant vainement d’accréditer la thèse d’un complot imaginaire ourdi à son encontre par le fameux « cabinet noir » de l’Elysée, avec la complicité des médias et de la justice.

Et pourtant, comme pour Marine Le Pen, elle-même sous le coup de multiples affaires judiciaires, ces accusations semblent ne guère troubler son électorat puisque les derniers sondages indiquent une remontée des intentions de vote en sa faveur, le créditant d’un score de l’ordre de 20 %, dépassant même les 30 % chez les électeurs de plus de 50 ans qui sont, comme chacun sait, les plus assidus à voter.

Un second tour laissant le choix entre François Fillon et Marine Le Pen n’est donc pas à exclure. Néanmoins, force est de constater que l’OVNI Emmanuel Macron est en train de se rapprocher, dans les intentions de vote, de la candidate du Front national, avec pas moins de 24 % selon les derniers sondages. Personne ne sait trop bien comment positionner ce candidat dont les soutiens politiques vont de Robert Hue à Alain Madelin en passant par François Bayrou et désormais Manuel Valls. Sa ligne politique le situe néanmoins sans ambiguïté à gauche de François Fillon et à droite de Benoît Hamon, dans cet espace centriste qui a eu, jusque là, bien du mal à s’affirmer dans le paysage politique de la Cinquième République et qui pourrait donc peut-être arriver à se faire une place au soleil à l’occasion de ces élections présidentielles qui s’annoncent si atypiques…

Dessin de Gros publié dans Marianne du 17 mars 2017

C’est d’ailleurs un des points faibles de la candidature d’Emmanuel Macron : beaucoup se demandent en effet sur quelle majorité il compte s’appuyer pour gouverner au cas où il serait élu. Dans cette hypothèse, certains en sont même déjà à imaginer une situation de cohabitation avec un gouvernement de droite, tant le parti LR est confiant dans sa victoire lors des prochaines législatives, face à une gauche totalement atomisée et à un FN traditionnellement handicapé dans le cadre d’un scrutin majoritaire uninominal à deux tours.

Dessin de Placide

Et pourtant, ce ne sont pas les candidats qui manquent à Emmanuel Macron pour s’aligner lors des élections législatives du mois de juin. Plus de 14 000 personnes se seraient ainsi portées candidates ! Mais la commission d’investiture présidée par l’ex-UMP Jean-Paul Delevoye a fixé un cahier des charges très strict, exigeant pour les 577 candidats investis le respect de la stricte parité hommes-femmes (alors que seules 15 % des offres de service reçues sont féminines !) ainsi qu’un équilibre entre élus et représentants de la société civile, mais aussi entre gauche, droite et centre : un vrai casse-tête donc !

Les 14 premiers candidats investis par En marche (photo extraite du site de campagne En marche)

C’est sans doute la raison pour laquelle le mouvement En marche retarde autant que possible ses procédures d’investiture, afin de ne pas polluer la campagne présidentielle. Pourtant, lors de son invitation sur le plateau de l’Emission politique de France 2, le 5 avril dernier, Emmanuel Macron s’est résolu à dévoiler une liste de 14 candidats d’ores et déjà investis par son parti pour les prochaines législatives. On y retrouve notamment Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du RAID qui avait dirigé l’assaut contre l’Hyper Casher, mais aussi Mounir Mahjoubi, l’ancien président du Conseil national numérique, Hughes Renson, ancien conseiller pour les affaires sociales du Président Jacques Chirac, ou encore Elisabeth Toutut-Picard, directrice adjointe du CHU de Toulouse.

Jean Viard, candidat aux prochaines législatives (photo issue du site de campagne En marche)

Parmi ces 14 premières candidatures ainsi dévoilées se trouve en particulier le sociologue Jean Viard, qui était intervenu à Carnoux à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 27 juin 2008, pour une conférence sur l’évolution des rythmes de travail et de notre rapport au temps. Fondateur et co-directeur des éditions de l’Aube à la Tour-d’Aygues, dans le Vaucluse (où il se portera candidat lors des prochaines élections législatives), il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire, les rapports entre urbain et rural, la ville de Marseille ou encore l’essor du Front national. Ex-directeur du CEVIPOF, le Centre d’études de la vie politique française, une unité de recherche rattachée au CNRS, Jean Viard a aussi été élu en 2008 conseiller municipal de Marseille et vice-président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole jusqu’en mars 2014. Alors porte-parole du socialiste Patrick Mennucci, le voici donc désormais engagé dans le camp de l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, en marche, qui sait, vers une victoire électorale prochaine ? L’avenir le dira prochainement…

L.V.  

Robert Ménard en croisade contre les crottes de chien…

1 mai 2016

Élu maire de Béziers en 2014, l’ancien journaliste Robert Ménard n’en finit pas de faire parler de lui. Il faut dire que l’homme a des idées sur tout, fruit d’un parcours pour le moins sinueux qui donne le tournis : issu d’une famille pied-noir et fils de militant OAS, son éducation religieuse a failli le conduire à la prêtrise. Il y renonce in extremis pour embrasser la cause anarchiste puis trotskiste avant d’adhérer à la Ligue communiste révolutionnaire qu’il quittera bientôt pour rejoindre le Parti socialiste. Il en démissionne six moins après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, alors que ce dernier s’était pourtant porté témoin de moralité en sa faveur dans un procédure juridique.

Robert Ménard en avril 2000 en campagne pour Reporters sans frontières

Robert Ménard en avril 2000 en campagne pour Reporters sans frontières

A cette époque, le jeune journaliste animait une radio libre avant de rejoindre Radio France Hérault en 1983, puis de créer, aux côtés de Rony Braumann et Jean-Claude Guillebaud, Reporters sans frontières, destinée à promouvoir la liberté d’information et l’indépendance des journalistes. Une belle aventure qui le conduira à être promu chevalier de la Légion d’honneur en 2008, sur proposition de Bernard Kouchner, mais qui révélera aussi son penchant à l’autoritarisme et son inclinaison pour les thèses les plus conservatrices. Les deux autres co-fondateurs de Reporters sans frontières quittent d’ailleurs l’organisation respectivement en 1993 et 1995, Rony Braumann déclarant alors : « J’ai vu l’autre Ménard, le petit tyran domestique, sortir de sa chrysalide. Il a un ego exagérément enflé, qui le pousse à être excessif ».

En 2008, Robert Ménard quitte à son tour l’association pour prendre la tête du très improbable Centre pour la liberté d’expression à Doha, une totale oxymore dans un des pays où la liberté de la presse est la moins respectée, le centre lui-même étant aux ordres de la famille régnante qatarie… Il en démissionnera d’ailleurs rapidement pour revenir au journalisme et animer des émissions à grande écoute sur i-Télé ou RTL.BloG297_PhLivre

En parallèle, il s’éloigne définitivement des idées de gauche pour embrasser des thèses nettement réactionnaires et se rapprocher de l’extrême-droite. Il écrit en 2011 avec son épouse un livre intitulé Vive Le Pen !, ce qui a le mérite de la clarté, et nul n’est donc surpris par ses déclarations lors de la campagne municipale de 2014 au cours de laquelle il confie : « Je n’ai pas la carte [du FN] et je ne la prendrai jamais, pas plus que celle d’un autre parti. Cela dit, je suis d’accord avec 80 % de leurs idées, notamment celles sur l’immigration ».

Depuis son élection à la mairie de Béziers, l’ancien journaliste ne rate pas une occasion de faire parler de lui et semble s’être lancé dans une véritable croisade hygiéniste destinée à épurer les rues de sa ville, au point de se voir surnommer par certains « déporteur sans frontières ». Faute d’avoir pu se faire élire à la tête de la communauté d’agglomération, son action est nécessairement limitée et il compense cette paralysie par une gesticulation permanente destinée à créer la polémique.

Dès le début de son mandat, le nouveau maire de Béziers débarque le chef de la police municipale et s’emploie à muscler et à armer cette dernière dont les effectifs sont rapidement doublée tandis qu’elle se dote d’un véritable arsenal comme l’annoncent fièrement des affiches placardées sur les murs de la ville. Un couvre-feu est instauré pour les mineurs, les mosquées de la ville sont contraintes de signer une charte draconienne et le maire annonce en fanfare la création d’une milice locale, la fameuse garde biterroise, dont la mise en œuvre a été suspendue par décision de justice.

Robert Ménard, maire de Béziers (photo P. Guyot / AFP)

Robert Ménard, maire de Béziers (photo P. Guyot / AFP)

Dès le mois de mai 2014, un arrêté municipal est pris, interdisant d’étendre en journée le linge aux balcons et fenêtres donnant sur les rues du centre-ville, arrêté qui ne sera jamais appliqué. Un autre suivra qui interdit de cracher dans la rue, puis un suivant obligeant les habitants à balayer le trottoir devant leur pas-de-porte. On en passe, et des meilleurs, le maire s’attaquant même à la pollution visuelle que constituerait la présence de paraboles sur certaines façades.

En mai 2015, une nouvelle polémique s’installe à l’occasion d’une émission de télévision au cours de laquelle le maire se vante de tenir un fichier ethnique des élèves scolarisés en primaire et maternelle dans sa ville, statistiques qui lui permettent d’affirmer, sur la base d’une analyse des prénoms de ces enfants, que près de 65 % d’entre eux serait d’origine musulmane.

Blog297_PhPanneauCette polémique qui finira au tribunal et se soldera par un non-lieu en faveur du maire lui a manifestement donné des ailes puisque l’édile vient de récidiver en décidant cette fois de constituer un fichier ADN des chiens de la ville. Rassurez-vous, il ne s’agit pas de préparer la solution finale pour déporter nos animaux de compagnie mais simplement de pouvoir repérer, à partir des déjections canines retrouvées sur la chaussée, les maîtres indélicats qui n’auront pas fait l’effort de les ramasser et qui se verront alors verbaliser.

Un arrêté municipal de mai 2014 a en effet instauré une verbalisation de 35 € pour tout propriétaire d’un chien pris en flagrant délit d’abandon de déjection sur la voie publique. Restait néanmoins à régler le cas des maîtres indélicats adeptes du « pas vu, pas pris ». Faute de pouvoir y affecter les nombreuses recrues de la futur garde biterroise toujours dans les limbes, le maire compte pour cela s’appuyer sur le nec plus ultra du génie génétique et l’a fait savoir récemment lors d’une de ses conférences de presse dont il est si friand. Une annonce qui a eu un large écho national et a inspiré nombre de caricaturistes…Blog297_DessinBaudry

C’est une société bordelaise d’analyse génétique, Animagene, qui lui a soufflé l’idée, faute d’avoir pu convaincre Alain Juppé de l’adopter pour sa bonne ville de Bordeaux. Il s’agit ni plus ni moins que d’obliger chaque propriétaire de chien à se rendre chez son vétérinaire pour établir, à ses frais, un profil ADN de son animal. A défaut de ce sésame, il s’exposerait à une amende de 38 € à chaque fois que son chien, en quête d’un réverbère pour lever la patte voudrait pointer son museau dehors, au risque de croiser un représentant de la redoutable police municipale biterroise lourdement armée.

Du coup, chaque fois que les pandores repéreront sur le trottoir du centre ville une crotte de chien abandonnée, ils sortiront leurs éprouvettes et procéderont aux prélèvements de rigueur, expédiés aussitôt dans les laboratoires de la société Animagene qui établira le code génétique du corps du délit, moyennant un contrat passée avec la ville pour un montant de 50 000 € pour la première année. Il ne restera plus alors qu’à comparer le résultat avec les données du le fichier municipal pour identifier sans contestation possible le fautif qui sera passible d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 450 €.

Conférence de presse à Béziers avec la mallette pour les prélèvements ADN

Conférence de presse à Béziers avec la mallette pour les prélèvements ADN

Blog297_DessinKarakLa méthode serait déjà en vigueur dans certaines villes américaines et Londres compte également la mettre en œuvre dès le mois de septembre prochain, moyennant l’instauration d’une amende qui s’élèverait pour les contrevenants à l’équivalent de 108 € selon une enquête de BFMTV. D’autres collectivités pourraient l’envisager quant on sait que l’on ramasse chaque année 55 tonnes de crottes de chiens sur les trottoirs de Paris ou Berlin !

Bien entendu, le maire de Béziers assure qu’il n’a rien contre les chiens, mais qu’il veut simplement responsabiliser les maîtres et diminuer l’intervention de ses équipes de nettoyage dont les deux moto-crottes coûtent la bagatelle de 70 000 € chaque années au budget municipal.

Il l’affirme d’ailleurs avec conviction à l’attention de ses électeurs : « J’ai un chien… simplement je me comporte en citoyen soucieux des autres. Et donc quand mon chien fait une crotte, je la ramasse ». Espérons pour lui en effet qu’il est irréprochable sur ce plan car, à force d’encourager la délation et de durcir la répression, le moindre oubli pourrait lui coûter cher, politiquement s’entend…

L. V.  LutinVertPetit

Aix-Marseille : la métropole enfin opérationnelle ?

17 avril 2016

Après des années d‘atermoiements et de déchirements aussi impitoyables que pathétiques, dans lesquels certains de nos élus locaux se sont illustrés par une puérilité confondante, le pompon vient d’être décroché haut-la-main par Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, dont le conseil municipal a décidé le 29 mars dernier de déposer plainte contre l’État français devant la Commission européenne, au prétexte que la Métropole serait « une vaste connerie » et qu’elle aurait « été constituée sans aucune concertation et sans tenir compte de l’opposition de la majorité des maires du territoire », ce qui « porte atteinte au principe de libre administration des collectivités territoriales ». Après des années de concertation, de multiples conférences métropolitaines et d’innombrables débats acharnés, on reste baba devant un tel argument…

Maryse Joissains-Masini, maire d'Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Mais heureusement, cela ne devrait plus bloquer la mise en place de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence, officiellement créée comme le prévoyait la loi au 1er janvier 2016 et dont le premier président, Jean-Claude Gaudin a été réélu le 17 mars, 10 jours après avoir démissionné, son élection initiale ayant été pour le moins houleuse et contestée. Pour cette deuxième tentative, l’élection a été un peu plus sereine et le sénateur-maire de Marseille, qui aura 77 ans dans quelques mois, a été réélu dans un fauteuil avec 152 voix sur 239 votants. Les autres suffrages se sont répartis de manière assez attendue entre le sénateur-maire du Front national, Stéphane Ravier, le maire PCF de Martigues Gaby Charroux et l’élue marseillaise PS Florence Masse.

Lors de cette même réunion du conseil métropolitain, il a été procédé à l’élection des 26 vice-présidents dont 6 sont désignés d’office comme présidents des nouveaux conseils de territoires qui sont ni plus ni moins que les 6 anciennes intercommunalités que la métropole n’a pas encore réussi à faire disparaître, loin s’en faut. On y retrouve donc l’inévitable maire d’Aix-en-Provence et ex-présidente de la Communauté du Pays d’Aix, Maryse Joissains, mais aussi Guy Tessier pour le territoire de l’ancienne communauté urbaine MPM ou encore Sylvia Barthélémy pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, ce qui relativise fortement l’ampleur du changement apporté par la nouvelle métropole… Histoire d’ajouter encore un peu à la confusion, la première vice-présidente de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence n’est d’ailleurs autre que Martine Vassal, par ailleurs présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il est décidément bien difficile de sortir de la logique de cumul des mandats… On retrouve d’ailleurs dans la liste de ces nouveaux vice-présidents de la métropole naissante les maires de La Ciotat (Patrick Boré), de Cassis (Danielle Milon), d’Aubagne (Gérard Gazay) ou de Gemenos (Roland Giberti), tous également élus au Conseil départemental ou à la région PACA.

Rélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Réélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Des tractations entre Gauche et Droite avaient eu lieu avant l’élection, histoire de se répartir les postes entre gens de bonne compagnie, tout en excluant bien entendu les élus du Front national qui n’ont donc aucun représentant au sein du bureau de la métropole, bureau constitué du président, des 26 vice-présidents et de 8 autres élus. Mais tout ne s’est pas forcément déroulé comme prévu et certains dont le maire socialiste de Vitrolles, Loïc Gachon, ou celui de Miramas, Jean-François Vigouroux, ont été devancés lors de l’élection par des candidats surprises de Droite qui n’ont pas hésité à fouler aux pieds l’accord politique passé entre Jean-Claude Gaudin et Jean-David Ciot. Voilà qui augure bien mal d’une réelle volonté de travailler ensemble pour l’intérêt général du territoire mais confirme que nos élus locaux sont décidément de grands enfants toujours aussi facétieux…

Chacun des membres du nouveau bureau s’est vu attribuer une délégation. Sans surprise, Patrick Boré sera en charge des activités portuaires et Danielle Milon du tourisme, tandis que Gérad Gazay se voit confier les zones d’activité et Roland Giberti l’eau et l’assainissement. C’est l’élu marseillais Roland Blum, déjà adjoint aux finances de la ville de Marseille qui sera en charge des finances tandis que le président de l’association des maires des Bouches-du-Rhône et opposant irréductible à la métropole, Georges Cristani, par ailleurs maire de Mimet, hérite de la délégation des équipements d’intérêt métropolitain…

Jusqu’en 2020, les conseils de territoires, autrement dit les anciennes intercommunalités conserveront une large partie de leurs prérogatives malgré la perte de leur statut de personnalité juridique. Ils seront en particulier chargés d’élaborer leur plan local d’urbanisme à l’échelle intercommunale, même si la métropole devra procéder à leur approbation officielle et veiller à leur cohérence globale via l’élaboration d’un schéma de cohérence territoriale (SCOT), dont la réalisation devra impérativement être engagée avant la fin de l’année. La transition vers une métropole omnipotente sera donc progressive. C’est d’ailleurs le cas dans la plupart des domaines. Ainsi, en matière d’eau et d’assainissement, ou pour ce qui concerne la gestion des déchets, la compétence de la métropole se limite pour l’instant à l’élaboration d’un schéma global de mise en cohérence mais la compétence opérationnelle continue d’être assumée par les intercommunalités, voire par les communes pour celles qui n’ont pas encore souhaité les transférer. Qu’on se le dise, la métropole ne se fera pas du jour au lendemain, les maires y veillent…

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Toujours est-il qu’un troisième conseil métropolitain vient d’avoir lieu, le jeudi 7 avril, date à laquelle les 240 délégués métropolitaines étaient convoqués au Parc Chanot pour examiner pas moins de 41 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Peu à peu, les choses sérieuses commencent même si une large partie des débats a tourné autour de la constitution des groupes politiques. En attendant l’adoption du futur règlement intérieur, nos élus locaux se sont en effet déchirés autour du seuil nécessaire pour pouvoir constituer un groupe dans la nouvelle métropole, la barre fixée à 20 paraissant trop haute pour certains. Un indice supplémentaire confirmant que la volonté de travailler ensemble n’est pas encore perçue comme parfaitement naturelle dans la nouvelle métropole…

Pour le reste, le nouveau président a dû faire procéder aux votes à main levée après avoir constaté que les votes électroniques conduisaient à un écrasante majorité d’abstentions, attribuée comme il se doit à un bug informatique, à moins que cela ne traduise le fait que la majorité qui lui est acquise n’est pas si solide qu’il n’y paraît puisque certains se réfugient dans l’abstention dès lors qu’on leur accorde un peu de discrétion…

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Le point d’orgue de ce conseil métropolitain était le débat d’orientation budgétaire, prélude au vote du premier budget de la métropole qui devrait être adopté lors de la prochaine réunion du conseil prévue le 28 avril prochain. Les budgets d’investissement votés fin 2015 par les anciennes intercommunalités prévoyaient un montant global de l’ordre de 600 millions d’euros, mais il faudra se contenter de 400 dans ce premier budget métropolitain, ce qui a fait grincer des dents l’opposition socialiste et communiste. L’encien président socialiste de la communauté urbaine, Eugène Caselli, regrette le « retard pris par la métropole pour mettre en place ses structures techniques, humaines et financières ». Il évoque les urgences auxquelles il s’agit de répondre, « en matière de transport, de développement économique, de grands projets structurants, de contraintes financières et sociales et devront s’inscrire dans uns stratégie globale et pluriannuelle pour l’ensemble du territoire lors de la construction du budget 2017 ». Il estime pour sa part que « les investissements publics n’ont pas vocation à se porter uniquement sur les ronds points, les stades ou les salles de spectacle ». L’élu frontiste Stéphane Ravier, en rajoute une louche en affirmant que la métropole est « un monstre technocratique difficile à gouverner » dont la solvabilité « n’est pas garantie ». Quant au maire PRG de Grans, Yves Vidal, il en est déjà à estimer qu’il faut « solliciter l’État pour éviter la faillite dans 2 ans ».

Même Jean-Claude Gaudin reconnaît d’ailleurs qu’ « on n’arrivera pas à réaliser tout ce qui est prévu »… Autant d’optimisme et d’enthousiasme ne devrait pas manquer de conforter la population de l’aire métropolitaine dans le grand espoir qu’elle porte envers cette nouvelle structure de gouvernance !

L.V.  LutinVertPetit

Devinette : qui a dit ?

14 décembre 2015

« Les musulmans ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique en France »

Développons un peu la pensée du personnage inconnu qui affirme avec vigueur ce positionnement destructeur et déstructurant, et qui place la croyance comme étant un critère objectif pour hiérarchiser les Français, pour définir le traitement que la République pourtant déclarée Une et Indivisible doit accorder à ses citoyens : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne ».

« Et dans ces conditions, si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique .

Blog258_DessinChapatte

« Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam », poursuit cette catholique pratiquante, qui a été cinq ans élève à l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud.

« Il n’y a aucun phénomène d’islamophobie en France », juge encore ce personnage demandant à ce qu’on « sorte de la culture de l’excuse ».

Blog258_PhPresentCes affirmations tranchées sont prononcées par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen dans un entretien au quotidien de l’extrême droite catholique Présent, paru le samedi 21 novembre. La députée de Vaucluse, récente tête de liste du Front national aux régionales en Paca, estime que les musulmans « ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique » en France.

Lindignation ne suffit pas, il faut comprendre le message subliminal de Marion Maréchal – Le Pen. En réalité, elle ne subordonne pas seulement les musulmans aux prescriptions de la religion catholique (en tout cas à l’idée qu’elle s’en fait) mais l’ensemble de la société, y compris la République elle-même. C’est en cela que la distinction qu’elle opère dépasse le débat religieux. La vision partagée dans le journal cité, et confirmée pour l’essentiel sur RTL, s’inscrivent dans une continuité, notamment au regard d’une longue interview, publiée il y a quelques semaines et passée inaperçue.

Une vision du monde inquiétante

En octobre dernier, Marion Maréchal-Le Pen a été l’invitée d’une émission diffusée sur Radio Courtoisie (en partenariat avec le site ultra catholique Le Salon beige). Dans ce « libre journal de la Résistance » (sic) la nièce de Marine Le Pen a pu, durant près d’une heure et demie, livrer le fond de sa pensée politique.

En territoire médiatique ami, les masques tombent, et face à des interviewers complaisants, dans le cadre d’une conversation entre gens du même bord, la députée de Vaucluse s’est alors totalement dévoilée, révélant une pensée politique et une vision du monde pour le moins inquiétante. De ce long entretien, trois moments sont les plus politiquement révélateurs. Marion Maréchal-Le Pen dans le texte, c’est tout à la fois effrayant et accablant.

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Premier temps fort de l’entretien, le mariage civil, qu’il faudrait démolir. « Pourquoi garder le faux mariage et le PACS ? », commence par demander Grégoire Boucher à Marion Maréchal-Le Pen. Réponse : « Y a une aberration qui est un héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement. A quel titre ? Je ne sais pas. Je trouve ça scandaleux, après tout on pourrait recevoir un sacrement sans devoir demander l’autorisation à la République française ». Et d’ajouter: « Je vous signale qu’un certain nombre de musulmans n’ont pas ces complexes sans que la République en soit choquée… (…) Le complexe c’est pas leur truc… En revanche, c’est vrai qu’il y a énormément de mariages musulmans qui sont fêtés et qui ne sont pas passés par la mairie civile en amont sans que la République n’y trouve rien à redire ou s’en donne les moyens… Et peut-être que les catholiques ne devraient plus se laisser faire et réagir afin de forcer le débat à ce sujet-là ».

Deuxième temps fort, la suprématie de la religion catholique sur la République et les Droits de l’Homme. « On a des gens qui iront mourir contre nous pour Allah, a-t-on en face envie de mourir pour la République ou pour la laïcité (noter l’interviewer qui ajoute ‘Pas moi’) quand on voit comment ces termes ont été vidés de leur sens ? »…

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d'Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Le débat ainsi posé, Marion Maréchal-Le Pen s’en prend à l’Église catholique, notamment à la Conférence des évêques de France, au motif qu’elle aurait renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions : « Au prétexte d’un relativisme que moi je combats, y compris en politique, pas seulement dans le domaine spirituel, qui voudrait qu’il n’y ait pas de vérité que finalement tout se vaut (…) et que finalement croire le Coran, la Torah ou la Bible serait équivalent à partir du moment où l’on croit. Je ne crois pas que Jésus Christ soit venu mourir sur terre pour porter un message qui aurait été remplacé quelques siècles plus tard par le prophète Mahomet ». Et de conclure : « La grande erreur de l’Église catholique c’est de tout mettre sur le même plan, parce que dans ces conditions, il n’y a pas de vérité, s’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien, pas de mal, donc plus rien n’a de sens ».

Blog258_DessinMariageQuelle laïcité ?

Enfin, dernier temps fort de l’entretien, la question de la fonction et de l’utilisation de la laïcité républicaine, que la députée frontiste évoque de manière surprenante : « La laïcité est un outil utile contre la propagation (…) des revendications de certains musulmans. En revanche, il ne faut pas tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire la religion de la laïcité, qui voudrait que l’on rejette la religion de toute sphère publique. La France est un pays chrétien, d’identité chrétienne, de racines chrétiennes, qu’elle a ce titre un héritage, des traditions, à connotation religieuse, en particulier catholique, et que la laïcité ne doit s’en prendre à cela ».

Conclusion logique, une fois encore : « Je combats la laïcité vue par la gauche parce que c’est une laïcité aseptisée, on supprime tout ce qui peut avoir une référence à nos racines catholiques dans le cadre de la sphère privée ! (ne voulait-elle pas dire publique ? S’agit-il d’un lapsus ?) C’est le débat que l’on a eu sur les crèches dans les mairies ».

Que retenir de ce pot-pourri?

La pensée dévoilée de Marion Maréchal-Le Pen est d’essence contre-révolutionnaire. Elle est celle que portent, depuis 1789, tous les courants politiques extrémistes antirépublicains, qui ont tenté, par tous les moyens, notamment sous le régime de Vichy, de restaurer une France catholique au-dessus de tout, y compris et surtout au-dessus de la République bâtie sur la Déclaration des Droits et l’Homme et du Citoyen.

Blog258_PhLePenTerrible passage que celui où Marion Maréchal-Le Pen, encouragée par son interviewer, juge qu’il n’y a pas de raison de mourir pour la République et la laïcité. La certaine idée de la France que se fait la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (entre Charles Maurras et son ami Jacques de Guillebon, intellectuel catholique ultra qui serait devenu son inspirateur) est encore plus réactionnaire que celle de l’ancêtre fondateur du Front national qui lui, n’avait jamais subordonné son action à une vision intégriste du catholicisme français appliquée à la sphère publique.

Au-delà de la manifestation de la tradition ultra-catholique, l’entretien est aussi instructif en ce qu’il acte une formidable opération de préemption des concepts et droits républicains.

Une position catholique intégriste

D’abord en ce que Marion Maréchal-Le Pen ne reconnaît pas le mariage civil et républicain, n’accordant de valeur qu’au seul mariage muni des sacrements de l’Église catholique. Le mariage républicain, facteur de cohésion civile, serait par nature impur d’un point de vue catholique. D’où l’appel lancé, de manière assez subtile, à une certaine forme de désobéissance civile, en invitant les catholiques de son bord à imiter certains musulmans afin de « forcer le débat ».

Manifestation à Paris de l'extrême-droite catholique en décembre 2011

Manifestation à Paris de l’extrême-droite catholique en décembre 2011

Nous sommes donc clairement en présence de la manifestation d’une position catholique intégriste, désireuse d’imposer à l’ensemble de la société, à rebours de toute considération de la liberté absolue de conscience, une vision de « la vérité » en politique qui ne se discute pas. Le tout au nom des « racines catholiques de la France » (notion encore plus étroite que « racines chrétiennes » puisqu’elle exclut de facto les protestants.

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Il en est de même pour la laïcité, que Marion Maréchal-Le Pen détourne de son but pour en faire une arme de destruction massive identitaire. A l’entendre, la laïcité serait désormais le moyen pour les gens de son bord d’imposer un champ politique qui serait régi par les prescriptions d’un catholicisme intégral, seul qualifié pour être porteur de cette « vérité » qui permet de distinguer le bien et le mal, attendu que le Coran et la Torah (protégés qu’ils sont par le relativisme auquel aurait succombé, selon la députée frontiste, la Conférence des évêques de France) ne sont pas cette vérité. La laïcité de Marion Maréchal-Le Pen, c’est donc un outil identitaire dont on doit user contre tous ceux qui ne croient pas au seul Dieu catholique porteur de « vérité », sinon, comme elle le dit, « pourquoi Jésus serait-il venu mourir sur terre ? ». Tout se tient.

Ces éléments relatifs à la pauvre et simplette pensée politique de Marion Maréchal-Le Pen, aussi inquiétante qu’accablante, sont-ils de nature à éclairer les électeurs de PACA avant de passer dans les isoloirs ? Les résultats des élections régionales du dimanche 13 décembre 2015 ne le disent pas. Bien d’autres raisons ont pu écarter la prétention du FN d’accéder à la tête de la Région. Aurait-on pu imaginer vivre dans une région gouvernée par une présidente qui pense que l’idée qu’elle se fait de son Dieu est au-dessus de tout, y compris la République et ses lois ? Ce n’était vraiment pas une expérience à tenter cette fois-ci, mais la menace demeure pour les scrutins à venir !

S.J.

Dérèglement climato-politique sévère…

10 décembre 2015

Blog256_DessinPingouinQui pourra désormais affirmer que le dérèglement climatique est une vue de l’esprit après l’incompréhensible et dévastateur « tsunami » qui dimanche soir 6 décembre a plongé le Nord-est de la France dans un froid « extrême » comparable à celui qui sévit dans les régions polaires, tandis que le Sud-est subissait au même instant une vague de chaleur inédite, tout aussi « extrême », et dont les températures rivalisent avec celles des zones les plus désertiques de notre si belle planète.

Face à un tel accablement, aucune solution satisfaisante ne semble pouvoir enrayer ce phénomène inquiétant.

Blog256_DessinUrnePour autant, faut-il se résigner à en subir toutes les conséquences ? Si tel n’est pas le cas, alors il me semble que même si cela est déjà douloureux à formuler (et peut être impossible à accepter ?), seul un sursaut républicain digne de ce nom paraît susceptible de réparer un tel désordre.

Souvenons nous du passé lorsqu’une telle décision avait permis d’éviter sans doute le pire. Il s’agissait alors de contrer le père. Voilà maintenant que cela concerne la fille et la petite-fille…

Blog256_DessinPesteUn tel engagement verrait sa récompense dans le fait d’apporter un peu plus de douceur au nord et un peu plus de fraîcheur au sud. Et ceci, avec l’ultime espoir de rendre à nouveau fréquentables ces deux magnifiques régions sans plus avoir peur ni d’y grelotter de froid, ni d’y suffoquer de chaud !

Cela dépend de nous tous. Après, il sera trop tard. Et, il ne faut surtout pas perdre de vue que les cycles climatiques ne se renouvellent qu’après de très longues périodes d’alternance. Une raison de plus pour ne pas les perturber davantage par des erreurs de jugements irréversibles .

G.R.

Régionales 2015 : la Gauche existe-t-elle encore en PACA ?

8 décembre 2015
Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a fait l’effet d’une douche froide pour plus d’un électeur de gauche en région PACA comme dans le Nord-Picardie. Dans ces deux régions en effet où le Front National est arrivé largement en tête à l’issue du premier tour, voilà que les listes de gauche dont les scores ne sont pourtant pas ridicules, décident contre toute attente de se saborder et de se retirer avant même le deuxième tour, ne laissant à leurs électeurs d’autre choix qu’entre la peste et le choléra, voter pour le Front National ou pour la Droite soi disant républicaine mais dont le discours politique est à bien des égards aussi clivant et ultra-sécuritaire, le positionnement social largement aussi conservateur, et le programme économique beaucoup plus libéral que celui de l’extrême-Droite…

En région PACA, il est vrai que la stratégie de la Gauche était pour le moins périlleuse. La majorité sortante s’était offert le luxe de se présenter désunie alors que socialistes, écologistes et communistes travaillaient main dans la main depuis des années aux destinées du Conseil régional. Dans le cadre d’une élection au scrutin proportionnel à deux tours où il suffisait de recueillir 10 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, le raisonnement n’était pas absurde.

Vu le contexte politique général, les résultats ne sont guère brillants pour les candidats de gauche, mais pas non plus catastrophiques. En 2010, la liste socialiste conduite par Michel Vauzelle avait obtenu 25,8 % des suffrages au premier tour contre seulement 16,4 % à celle de Christophe Castaner en 2015. Mais ce sont surtout leurs alliés qui ont beaucoup perdu : en 2010, les écologistes avaient fait un score très honorable de près de 11 % tandis que le Front de Gauche dépassait les 6 %, alors que leur liste unie en 2015 a péniblement atteint 6,4 %, à peine davantage que la liste OVNI de l’Alliance écologiste indépendante…

Et pourtant, malgré ce score globalement décevant mais pas ridicule de la Gauche, force est de constater que la Droite n’a guère de raison de pavoiser : le score de la liste LR-UDI conduite par Christian Estrosi en 2015 est rigoureusement identique à celui de son prédécesseur Thierry Mariani en 2010 : 26,55 % des suffrages exprimés pour le premier contre 26,60 % pour le second !

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Le grand vainqueur de ces élections est donc bien sans contexte le Front National qui remporte 40,7 % des suffrages dès le premier tour, sans même compter les quelques voix grappillées par l’Union des Droites de Jacques Bompard. En 2015, ce sont près de 700 000 électeurs de la région PACA qui ont voté dès le premier tour pour la jeune Marion Maréchal-Le Pen alors que son grand-père en 2010 n’avait recueilli, malgré sa notoriété et son expérience politique incontestables, que moins de 300 000 voix… La poussée du Front National peut difficilement être niée ! Sur la commune de Carnoux-en-Provence, le nombre d’électeurs du Front National a doublé entre 2010 et 2015, atteignant désormais 47,5 % des suffrages exprimés.

Face à une telle percée, il paraît désormais bien difficile de refuser à une telle majorité d’électeurs la possibilité d’exercer le pouvoir dans un régime démocratique. C’est pourtant ce à quoi s’emploie toute la classe politique, au point que le Parti socialiste a exigé de ses candidats qu’ils se désistent en faveur de la Droite dont ils combattent pourtant les idées, et ceci dans les trois régions où le FN est arrivé en tête au premier tour. Manuel Valls avait déjà annoncé la couleur avant même les élections mais il est pour le moins surprenant qu’il ait été suivi aussi docilement par les têtes de liste au moins dans le Nord-Picardie et en PACA où Christophe Castaner a appelé sans le moindre état d’âme à voter pour la liste de Christian Estrosi.

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour... (photo B. Langlois / AFP)

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour… (photo B. Langlois / AFP)

Une telle attitude de la part du PS est proprement stupéfiante tant elle apporte de l’eau au moulin du Front National qui répète à l’envie depuis des années que le PS et l’ex-UMP sont des alliés indéfectibles qui appliquent exactement les mêmes politiques et sont prêts à tout pour se partager le pouvoir au détriment des candidats extérieurs au « système ». Venant d’un premier ministre qui applique depuis qu’il est au pouvoir le programme et les idées de la Droite, une telle décision n’est pas vraiment surprenante, mais il est quand même étonnant que sa majorité l’ait suivi sans rechigner dans un tel renoncement.

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Reste à savoir si les électeurs de gauche accepteront aussi facilement d’aller voter sur commande pour des candidats comme Christian Estrosi ou Xavier Bertrand qui annoncent clairement qu’ils n’ont pas la moindre intention d’infléchir pour autant leur programme politique. Sur un département comme les Bouches-du-Rhône où la Gauche a obtenu nettement plus de voix que la Droite, la pilule est amère pour les électeurs de gauche qui se voient ainsi privés de toute représentation politique au Conseil Régional pour les six ans à venir !

Dans une démocratie représentative, il est d’abord attendu des responsables politiques qu’ils représentent les idées de leurs électeurs et en défendent les intérêts de manière globale. Décider de manière unilatérale de ne pas se présenter au second tour alors qu’ils en avaient la possibilité revient à trahir totalement la confiance que leur avaient fait les milliers d’électeurs qui leur ont accordé leur suffrage. Pas sûr que cela contribuera à redonner envie de voter aux millions de Français, plus d’un sur deux, qui ont renoncé à aller voter dimanche dernier…

L.V.  LutinVertPetit

Jean-Marie Le Pen ou la chute d’un épouvantail bien commode…

17 juin 2015

Cette fois, c’est donc fait : Jean-Marie Le Pen s’est fait virer de son propre parti qu’il avait fondé il y a plus de 40 ans, en 1972. Exclu de son parti par sa propre fille à l’issue du bureau politique du Front National le 4 mai dernier, quel extraordinaire destin, digne des meilleures tragédies grecques ou de la pièce skakespearienne Le roi Lear ! Certes, le « Menhir » n’est pas encore mort et il continue de s’exprimer, mais c’est quand même un sacré bouleversement du paysage politique…

Le Pen père et fille le 1er mai 2015 (photo P. Wojazer / REUTERS)

Le Pen père et fille le 1er mai 2015 (photo P. Wojazer / REUTERS)

Son apparition impromptue sur la tribune lors de la fête traditionnelle du 1er mai, au moment précis où sa fille allait entamer son discours officiel, son attitude provocatrice dans son habit rouge vif que tous les photographes ont immortalisés et les acclamations qu’il a déclenchées, tout cela a donc été la goutte de trop qui a fait déborder le vase et poussé Marine Le Pen à cette décision radicale, elle qu’on voit ronger son frein, l’ai profondément agacé en arrière plan des photos…

L’éviction du trublion d’extrême-droite dont les saillies verbales et les dérapages en tout genre rythmaient la vie politique française depuis des décennies, change en tout cas la donne. Pas forcément pour le gros des troupes du FN qui dans leur grande majorité ne voulaient plus le voir et s’étaient ralliés au discours plus policé de sa fille, mais assurément pour tous ceux, Droite et Gauche confondus, qui voyaient en Jean-Marie Le Pen un repoussoir bien pratique, un épouvantail à électeurs, qui pour rien au monde n’auraient voté pour un parti jugé xénophobe, antisémite et pétainiste, voire fascisant.

Photomontage diffusé sur Twitter

Photomontage diffusé sur Twitter

Car Jean-Marie Le Pen n’hésitait pas à endosser tous ces rôles au détour de ses diatribes et de ses bons mots, comme si son ambition était davantage de faire parler de lui et de faire plaisir à ses copains négationnistes ou nostalgiques de l’OAS, plutôt que de convaincre et de rassembler pour dégager une majorité autour de lui. Son credo : « mieux vaut perdre avec ses idées que gagner avec celles des autres ». Une belle posture qui l’a effectivement toujours maintenu éloigné du pouvoir. Déjà en 1988, il n’avait pas hésité à s’opposer frontalement à la stratégie d’alliance portée par Bruno Mégret, au point d’aboutir à la scission du parti, à la perte de ses principaux cadres et à son affaiblissement durable, après des élections régionales où le FN avait pourtant fait des scores remarquables.

C’est sans doute François Mitterrand qui le premier avait compris à quel point une telle stratégie de l’épouvantail rendait le FN finalement bien utile. En mettant en avant Le Pen dans les médias, il favorisait les votes d’extrême-droite, affaiblissant d’autant la droite républicaine qui perdait ainsi une partie de son électorat classique. Certes en 2002, la stratégie a conduit à l’élimination de la Gauche dès le premier tour des présidentielles, mais le score somme toute modeste de Jean-Marie Le Pen au second tour, a confirmé que l’adhésion à ses idées restait assez marginale dans le pays.Blog197_PhLePenColere

Depuis que Marine Le Pen a pris les rênes du parti, les choses sont en train de changer. Les scores du FN augmentent régulièrement, grâce au ralliement de tous les déçus du système qui rejettent en bloc la mondialisation, les élites et les partis politiques traditionnels. Jusque là, une forte majorité de Français affirmaient avec conviction que, jamais au grand jamais, ils ne voteraient Front national, considéré comme un parti nationaliste et raciste. Mais la disparition de l’épouvantail Jean-Marie Le Pen et la stratégie de dédiabolisation à laquelle s’applique sa fille change totalement la donne. Le programme économique du parti s’est clairement déporté à gauche, l’antisémitisme a été banni du discours officiel qui se recentre sur une apologie du rôle de l’État, de la laïcité et de la redistribution. Des arguments qui font mouche parmi les classes populaires qui se sentent exclues par la mondialisation financière et par les effets du multiculturalisme que les élites prônent tout en s’en protégeant !

Les outrances de Jean-Marie Le Pen empêchaient jusqu’à présent au Front National de drainer suffisamment de mécontents pour constituer une majorité. Pas sûr que sa disparition ne soit finalement une si bonne nouvelle pour les démocrates de tout poil qui s’inquiètent de la progression de ce parti, élection après élection…

L.V. LutinVertPetit

Mathématiques électorales : abstentionnistes, attention !

11 mars 2015

Blog168_PhUrne

Les élections départementale se profilent dans un horizon très proche, avec un premier tour le 22 mars. En dépit du contexte national peu réjouissant et de chicaneries locales peu encourageantes, un petit calcul élémentaire nous invite à nous méfier de la tentation de l’abstention…

Alors, même si cela chagrine le citoyen convaincu qui souhaiterait d’autres procédures pour faire vivre une démocratie plus convaincante, n’oublions-pas d’aller voter les 22 et 29 mars…

Comment faire gagner le Font National, ou l’influence de l’abstention sur les résultats en pourcentage…

Prenons l’exemple d’un bureau de vote de 2.000 électeurs : sur 2.000 électeurs, 1.000 s’abstiennent ou votent blanc et 1.000 s’expriment. Sur la base des résultats des dernières élections européennes du 25 mai 2014, la répartition nationale des suffrages exprimés serait alors la suivante :

Gauche social-démocrate : 14 % 140 suffrages

Ecologistes EELV 6 % 60 suffrages

Front de gauche : 4 % 40 suffrages

Nouvelle donne : 3 % 30 suffrages

Total gauche : 27 % 270 suffrages 27 %

Droite UMP : 20 % 200 suffrages

Ecologistes de droite : 3 % 30 suffrages

Total droite : 23 % 230 suffrages 23 %

Centre : 7 % 70 suffrages 7 %

Divers : 18 % 180 suffrages 18 %

Front national : 25 % 250 suffrages 25 %

Les électeurs du Front national, dégoûtés de l’action des politiques, veulent envoyer un message de rejet global de la classe politique. On peut donc supposer que ce sont les plus motivés et donc ceux qui votent le plus. Le Front national fait, à peu de votants près, le plein de ses suffrages. Pour définir le mandat donné par le peuple, ce qui compte, ce n’est pas le taux de participation, mais le pourcentage des suffrages exprimés. Dans ces pourcentages, puisque ce sont surtout les électeurs des partis de gouvernement qui s’abstiennent, le Front national est sur-représenté par rapport à son poids réel dans l’opinion.

Blog168_DessinDeligne

Cela est-il impossible à changer ? Non.

Si la participation augmente : si 100 électeurs de gauche supplémentaires (5 % des 2.000 inscrits) se décident à voter, le nombre de suffrages exprimés est alors de 1.100, parmi lesquels 370 se prononcent pour la gauche. Le pourcentage de gauche passe à 370/1100 soit 33,6 %. Le Front national, avec le même nombre de suffrages, n’obtient plus que 250/1100 soit 22,7 %.

De même, si 100 électeurs de droite supplémentaires (5 % des inscrits) se décident à voter, la participation à droite est de 330 au lieu de 230. Le pourcentage de droite passe alors à 30 %. Le Front national, avec le même nombre de suffrages, n’obtient que 22,7 %.

Si 200 électeurs supplémentaires, 100 de gauche et 100 de droite, décident de voter, le pourcentage de gauche passe à 30,8 % et celui de la droite à 27,5 %. Le Front national descend à 20,8 %. Il est largement distancé, et perd le titre de premier parti de France, expression qui ne signifie rien dans un pays où les élections majeures sont toutes au scrutin majoritaires à deux tours, donc, où, pour gagner, il faut une coalition. Rappelons d’ailleurs après d’autres que le pic de suffrages obtenu jusqu’à présent à une élection nationale par le Front National n’est jamais que de 6,4 millions de voix (obtenues par Marine le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, soit nettement davantage que son père qui avait été qualifié pour le second tour en 2002 avec 5,5 millions de voix), ce qui est à rapporter aux 46 millions de citoyens français inscrits sur les listes électorales…

Blog168_DessinAbstention

Si la participation diminue : si 100 électeurs de gauche supplémentaires (5 % des inscrits) s’abstiennent, l’inverse se produit : le pourcentage de gauche passe à 170/1100 soit 18,8 %, et celui du Front national à 27,7 %. De même, si 100 électeurs de droite supplémentaires (5 % des inscrits) s’abstiennent, le pourcentage de droite passe à 11,8 %, et celui du Front national passe à 27,7 %.

Si 200 électeurs supplémentaires (10 % des inscrits), 100 de gauche et 100 de droite, décident de ne pas voter, la gauche passe à 21,25 % et la droite à 16,25 %. Le Front national pèse alors 31,25 %, c’est-à-dire 83,3% de l’ensemble gauche-droite. Il est en position hégémonique.

Blog168_PhSloganEn cas d’une augmentation de participation, en même temps, du Front national de 5 % :

Avec 1 250 votants, l’ordre d’arrivée est, encore inversé.

Gauche : 370 voix, soit 29,6 %

Droite : 330 voix, soit 26,4 %

Front national : 300 voix, soit 24 %.

Conclusion : s’abstenir, c’est faire progresser le Front national. Un nombre relativement peu important, en plus ou en plus, change l’orientation de l’élection. Motiver des électeurs à aller voter, c’est faire reculer (en pourcentage des suffrages exprimés, la seule chose qui compte réellement) le Front national.

Jeandenim

Parlement européen : et ils sont où les Français ?…

5 octobre 2014

Subsidiarité : voilà bien une notion étroitement attachée au développement de l’union européenne, même si elle trouve ses origines plutôt dans le droit canon romain. Elle est définie de la manière suivante dans le Traité de Maastricht : «  Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire ». Autrement dit, ne relève de l’Europe que ce qui ne peut pas être traité à un échelon plus local. C’est bien évidemment le même principe, basé sur le bon sens, qui régit la décentralisation en France.

Il n’en reste pas moins que les élus locaux français ont une fâcheuse tendance à retourner le principe dans l’autre sens en reprochant à l’État et à l’Europe tout ce qui ne fonctionne pas bien à leur niveau : si le chômage et la pression fiscale augmentent, c’est bien entendu la faute du gouvernement et si le citoyen est confronté à une société de plus en plus complexe, c’est naturellement à cause de Bruxelles…

Blog105_ParlementStrasbourg

Pourtant, les élus locaux sont particulièrement bien représentés au Parlement européen, tout comme d’ailleurs au Sénat ou à l’Assemblée nationale, ce qui rend cette schizophrénie d’autant plus étonnante. Ce cumul des mandats est même une particularité toute française comme l’a montré récemment un rapport de la Fondation Robert Schumann qui précise qu’en décembre 2013, près de la moitié des parlementaires européens français (40,5 %) exerçait en parallèle au moins un mandat électif local. Cette proportion est nettement inférieure chez nos voisins : 22 % en Allemagne, 11 % en Espagne, 4 % au Royaume Uni et même 0 % en Pologne !

Il faudra désormais attendre la prochaine mandature, en 2019, pour voir, peut-être, évoluer la situation avec l’entrée en vigueur du projet de loi sur le non cumul des mandats. D’ici là, la situation ne s’est pas arrangée avec les dernières élections au Parlement européen en mai 2014. Sur les 74 députés européens élus à cette occasion, près de la moitié restent cumulards, et ceci malgré les discours officiels.

Ainsi, au Front national, pourtant très ouvertement hostile au cumul des mandats, 12 des 23 députés nouvellement élus sont aussi titulaires d’un mandat électif local. C’est le cas par exemple de Joëlle Mélin, conseillère régionale depuis 1998 et également conseillère municipale à Aubagne. Il en est de même pour Jean-Marie Le Pen, qui a même carrément omis de signaler au Parlement européen son mandat à la Région PACA…

À l’UMP, la situation est identique puisque la moitié des 20 députés élus à Strasbourg en mai dernier cumule d’autres mandats, à l’image de Rachida Dati, également maire d’arrondissement à Paris, ou de Jérôme Lavrilleux, en même temps conseiller général de l’Aisne (et par ailleurs mis en cause dans l’affaire Bygmalion, ce qui ne l’a pas pour autant incité à démissionner de ses mandats électifs…).

La Gauche est davantage gênée par ces situations de cumul et les présente souvent comme des états transitoires en attendant une régularisation. Ce qui n’empêche pas plusieurs socialistes de cumuler, à l’image d’Emmanuel Maurel également vice-président du Conseil régional d’Île-de-France. Seuls les six eurodéputés verts et leurs quatre collègues du Front de Gauche respectent scrupuleusement leur engagement de non-cumul.

Blog105_ParlementStrasbourgExtCette situation de cumul généralisé, spécificité de la classe politique française, est particulièrement handicapante pour l’influence de notre pays auprès des instances européennes comme le met en évidence le rapport de la Fondation Robert Schumann. En effet, le calendrier de travail des eurodéputés est particulièrement chargé puisqu’il ne laisse que 7 jours de libres pour d’autres activités parlementaires extérieures. Le fait de cumuler se traduit donc par une disponibilité et une influence moindre par rapport aux parlementaires d’autres pays. Ceci est parfaitement illustré par la répartition des postes à responsabilité au Parlement européens : aucun poste de coordinateur n’est revenu à un Français alors que les Allemands en détiennent 20 ! On imagine que ceci n’est pas totalement anodin dans la conduite des débats en commission…

Parallèlement, la Commission européenne, dans son dernier rapport sur la corruption, pointe clairement le cumul des mandats comme un des facteurs qui aggrave ce risque de corruption, s’appuyant pour cela sur les rapports du Service central de prévention de la corruption. L’actualité récente révélant les turpitudes de nombreux élus locaux français ne permet guère de contredire cette thèse…

C. M. et L. V.

Sommes-nous les otages du FN ?

14 juin 2014

Étranges frictions à la tête du FN. Depuis la déclaration controversée de Jean-Marie Le Pen sur Patrick Bruel, dimanche 8 juin, Marine Le Pen et son père s’écharpent par médias interposés. Que cache cette passe d’armes ? Décryptage d’Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie politique, co-auteur de  » Face au FN. Comprendre et agir  » (avec E. Poultreniez).

Erwan Lecoeur, sociologue

Erwan Lecoeur, sociologue

Pour le sociologue, le renvoi de balles entre Jean Marie et Marine qui envahit les médias depuis huit jours doit nous inciter à analyser le phénomène au lieu de nous réjouir à bon compte ! La question de fond à poser est plutôt celle-ci : Sommes-nous devenus otages (souvent consentants) du FN, de leur stratégie de communication et de leurs frasques médiatiques depuis trop longtemps ?

Squoten Jeallnec

Ph1LePenLa passe d’armes entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine n’a rien de très surprenant au regard de l’histoire mouvementée du Front national. Le FN est le parti français qui a connu le plus de scissions, de recompositions, de procès et de conflits ces quarante dernières années. Depuis sa création en 1972, le FN est composé de lignes politiques multiples et ces fractures sont encore bien présentes aujourd’hui.

Mais la dimension politique ou idéologique de ces échanges est à relativiser. Ce conflit familial et sémantique, entre un père et une fille, est avant tout porteur d’enjeux de communication et n’engage pas beaucoup plus.

Le FN, une entreprise de spectacle politique

Ces piques en apparence musclées entre les Le Pen montrent, une fois encore, que le FN est d’abord et surtout une petite entreprise de spectacle politique, plus qu’un véritable parti politique. Et l’audience accordée à ce conflit par les médias depuis plus de 24 heures montre que Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen sont bien les politiques les plus malins et les plus doués en communication.

Jean-Marie Le Pen a construit sa carrière politique à partir d’une règle de communication très simple : je lance des ballons en l’air et j’attends que les médias et mes adversaires politiques tapent dedans. Le FN se retrouve ainsi au centre de l’attention des journalistes.

Jean-Marie et Marine Le Pen au Parlement européen

Jean-Marie et Marine Le Pen au Parlement européen

Marine Le Pen a été formée à l’école de son père. Depuis qu’elle dirige le parti, elle a repris cette méthode pour faire parler d’elle, pour concentrer l’attention médiatique. Ainsi, contrairement aux apparences, Marine Le Pen devrait tirer nettement avantage du jeu de rôle qui se déroule entre elle et son père depuis dimanche, et cela pour deux raisons principales.

1. Elle se fait passer pour une voix critique du lepénisme

En réagissant très vite aux propos tenus par son père, par sa propre voix ou celle de son compagnon Louis Aliot, Marine Le Pen s’est imposée comme la seule voix critique du lepénisme historique. C’est un tour de force incroyable : elle est à la fois l’héritière de ce parti et de sa ligne politique, mais aussi sa première force critique.

De cette manière, alors qu’elle n’a aucune actualité politique particulière, elle occupe l’ensemble de l’espace médiatique en se glissant dans la peau de la principale opposante à la ligne traditionnelle, supposée plus raciste et antisémite du lepénisme, qu’elle se refuse pourtant à condamner sur le fond.

2. Elle poursuit sa stratégie de victimisation

Face aux propos de son père, Marine Le Pen fait du mégrétisme. Comme au temps de Bruno Mégret, les frasques de Jean-Marie Le Pen lui permettent de passer pour bien plus raisonnable et « soft » que lui, de s’en démarquer.

Ph4LePenEngagée dans une politique de dédiabolisation du parti depuis des années, Marine Le Pen se sert de son père pour montrer que son FN à elle tourne le dos à une ligne dure et sans avenir. Sur le fond pourtant, si l’on regarde attentivement les critiques qu’elle adresse à son père, elle ne remet pas en cause le fond du message. Elle évoque seulement une « faute politique » et parle de maladresse pour quelqu’un qui a son « expérience politique ».

Cette passe d’armes lui permet, une fois de plus, de faire passer le FN pour la victime d’un système politique et médiatique fondamentalement méchant et mensonger avec elle et ses proches. Et aussi de rappeler combien son père est injustement traité depuis des lustres : elle évoque les « interprétations malveillantes » de ses propos.

On retrouve, une fois de plus, le fondement du lepénisme : l’idée qu’une « vérité » portée par le FN, contre les « mensonges du système »…

Jean-Marie Le Pen, un « monstre » très utile

Depuis dimanche, en fait, nous assistons à un jeu de dupes lepéniste, à une mise en scène du passage de relais entre deux générations. On a un peu l’impression de suivre un match de tennis entre les Le Pen : père et fille se renvoient la balle. Certes, une seule personne en sortira vainqueur (Marine Le Pen) ; mais pour qu’il y ait match et pour pouvoir amuser le public et tenir les médias en haleine, il faut bien deux joueurs.

Ph5LePenAu FN, Jean-Marie Le Pen joue depuis toujours le rôle du « monstre ». Mais il est devenu un « monstre » très utile. En lâchant des déclarations fracassantes, il rassure la frange la plus radicale du parti et des militants, tout en permettant à Marine Le Pen de prendre ses distances vis-à-vis d’une ligne politique sulfureuse et de paraître plus accessible à un électorat plus large. Elle, c’est un « monstre plus gentil », une sorte de Casimir, pour les connaisseurs.

Au-delà du fait que ce conflit lui permet d’être au centre du jeu médiatique, on peut légitimement penser que Marine Le Pen va pouvoir utiliser ces bisbilles pour attirer vers elles des leaders européens, afin de constituer un groupe politique à Strasbourg. En prenant ses distances en apparence avec son père, elle devient aussi plus présentable au niveau européen.

Pour l’ensemble de ces raisons, encore une fois, nous aurions tous intérêt à laisser la famille Le Pen régler ses éventuels désaccords en privé, et laisser Jean-Marie Le Pen déblatérer ses saillies de son côté, en évitant de leur accorder autant d’importance. Car nous sommes devenus otages (souvent consentants) de leur stratégie de communication et de leurs frasques médiatiques depuis trop longtemps.

 

Charlie Hebdo se déchaîne contre le Front National…

11 avril 2014

Après les succès électoraux du Front National aux dernières élections municipales, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, jamais à court de munitions quand il s’agit de tirer à boulets rouges contre l’extrême-droite, a sorti la grosse artillerie et s’en donne à coeur joie ! Son  » offre spéciale gueule de bois électorale  » offre une réduction sur le montant des abonnements pour les habitants des 572 villes de plus de 10 000 habitants désormais gouvernées par un maire UMP ou d’extrême droite. Un joli coup médiatique de la part de ce journal satirique qui cible ainsi de nouveaux électeurs sans grand risque économique car son offre n’était valable que jusqu’au 8 avril…

Le dernier numéro de Charlie Hebdo s’adresse ainsi directement aux habitants de Fréjus où le nouvel élu Front National, David Rachline, vient de s’installer dans le fauteuil de maire, avec un article spécial en forme de premier bulletin municipal d’une ville passée au FN.

Blog66_Ph1

La ficelle est bien sûr un peu grosse et le ton des articles ne devrait guère attirer de nouveaux lecteurs ayant contribué au basculement de la ville de Fréjus vers l’extrême-droite. Le pseudo éditorial du nouveau maire est plus que caricatural et les références au parti nazi sont partout présentes, entretenant à dessein la confusion entre la nouvelle équipe municipale et les chemises brunes hitlériennes, ce qui ne manquera sans doute pas de heurter les paisibles retraités varois qui ont voté en grand nombre pour le Front National, non seulement à Fréjus mais aussi dans plusieurs autres villes, qu’elles aient basculé dans l’escarcelle du FN, comme Cogolin ou Le Luc, ou qu’elles soient passées à l’UMP comme Brignoles.

Blog66_Ph2Certes les lecteurs de Charlie Hebdo sont habitués à ce ton caustique et à ces excès de langage dans des satires à l’emporte-pièce où rien ne doit être pris au premier degré. L’humour et la dérision ne sont pas les armes les moins efficaces face à des dérives autoritaires et populistes.  Les saillies de Charlie Hebdo contre les fantasmes ultra-sécuritaires sont même plutôt bien vues, telles les déclarations du nouveau maire de Fréjus commentant ses premières décisions :  » de nouvelles caméras de vidéosurveillance sont installées, pour filmer les anciennes caméras de surveillance qui ont été la cible de dégradation de la part de pigeons allochtones « …

Blog66_Ph3Le racisme au quotidien et l’esprit étroit de clocher font aussi l’objet d’attaques au vitriol de la part de Charlie Hebdo, mettant en scène l’incendie  » du restaurant de kebab de la rue Robert Ménard « , ravagé par les flammes malgré l’intervention précoce des pompiers, présent avant même le déclenchement du feu et  » malgré l’aide de la population qui a courageusement essayé d’éteindre les flammes avec des bottes de pailles et du petit bois « … Pas sûr cependant que cette caricature pour le moins outrancière suffise à faire réfléchir des électeurs décomplexés pour lesquels le vote Front National est désormais clairement assumé…

L.V.LutinVertPetit