Posts Tagged ‘Front National’

Robert Ménard en croisade contre les crottes de chien…

1 mai 2016

Élu maire de Béziers en 2014, l’ancien journaliste Robert Ménard n’en finit pas de faire parler de lui. Il faut dire que l’homme a des idées sur tout, fruit d’un parcours pour le moins sinueux qui donne le tournis : issu d’une famille pied-noir et fils de militant OAS, son éducation religieuse a failli le conduire à la prêtrise. Il y renonce in extremis pour embrasser la cause anarchiste puis trotskiste avant d’adhérer à la Ligue communiste révolutionnaire qu’il quittera bientôt pour rejoindre le Parti socialiste. Il en démissionne six moins après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, alors que ce dernier s’était pourtant porté témoin de moralité en sa faveur dans un procédure juridique.

Robert Ménard en avril 2000 en campagne pour Reporters sans frontières

Robert Ménard en avril 2000 en campagne pour Reporters sans frontières

A cette époque, le jeune journaliste animait une radio libre avant de rejoindre Radio France Hérault en 1983, puis de créer, aux côtés de Rony Braumann et Jean-Claude Guillebaud, Reporters sans frontières, destinée à promouvoir la liberté d’information et l’indépendance des journalistes. Une belle aventure qui le conduira à être promu chevalier de la Légion d’honneur en 2008, sur proposition de Bernard Kouchner, mais qui révélera aussi son penchant à l’autoritarisme et son inclinaison pour les thèses les plus conservatrices. Les deux autres co-fondateurs de Reporters sans frontières quittent d’ailleurs l’organisation respectivement en 1993 et 1995, Rony Braumann déclarant alors : « J’ai vu l’autre Ménard, le petit tyran domestique, sortir de sa chrysalide. Il a un ego exagérément enflé, qui le pousse à être excessif ».

En 2008, Robert Ménard quitte à son tour l’association pour prendre la tête du très improbable Centre pour la liberté d’expression à Doha, une totale oxymore dans un des pays où la liberté de la presse est la moins respectée, le centre lui-même étant aux ordres de la famille régnante qatarie… Il en démissionnera d’ailleurs rapidement pour revenir au journalisme et animer des émissions à grande écoute sur i-Télé ou RTL.BloG297_PhLivre

En parallèle, il s’éloigne définitivement des idées de gauche pour embrasser des thèses nettement réactionnaires et se rapprocher de l’extrême-droite. Il écrit en 2011 avec son épouse un livre intitulé Vive Le Pen !, ce qui a le mérite de la clarté, et nul n’est donc surpris par ses déclarations lors de la campagne municipale de 2014 au cours de laquelle il confie : « Je n’ai pas la carte [du FN] et je ne la prendrai jamais, pas plus que celle d’un autre parti. Cela dit, je suis d’accord avec 80 % de leurs idées, notamment celles sur l’immigration ».

Depuis son élection à la mairie de Béziers, l’ancien journaliste ne rate pas une occasion de faire parler de lui et semble s’être lancé dans une véritable croisade hygiéniste destinée à épurer les rues de sa ville, au point de se voir surnommer par certains « déporteur sans frontières ». Faute d’avoir pu se faire élire à la tête de la communauté d’agglomération, son action est nécessairement limitée et il compense cette paralysie par une gesticulation permanente destinée à créer la polémique.

Dès le début de son mandat, le nouveau maire de Béziers débarque le chef de la police municipale et s’emploie à muscler et à armer cette dernière dont les effectifs sont rapidement doublée tandis qu’elle se dote d’un véritable arsenal comme l’annoncent fièrement des affiches placardées sur les murs de la ville. Un couvre-feu est instauré pour les mineurs, les mosquées de la ville sont contraintes de signer une charte draconienne et le maire annonce en fanfare la création d’une milice locale, la fameuse garde biterroise, dont la mise en œuvre a été suspendue par décision de justice.

Robert Ménard, maire de Béziers (photo P. Guyot / AFP)

Robert Ménard, maire de Béziers (photo P. Guyot / AFP)

Dès le mois de mai 2014, un arrêté municipal est pris, interdisant d’étendre en journée le linge aux balcons et fenêtres donnant sur les rues du centre-ville, arrêté qui ne sera jamais appliqué. Un autre suivra qui interdit de cracher dans la rue, puis un suivant obligeant les habitants à balayer le trottoir devant leur pas-de-porte. On en passe, et des meilleurs, le maire s’attaquant même à la pollution visuelle que constituerait la présence de paraboles sur certaines façades.

En mai 2015, une nouvelle polémique s’installe à l’occasion d’une émission de télévision au cours de laquelle le maire se vante de tenir un fichier ethnique des élèves scolarisés en primaire et maternelle dans sa ville, statistiques qui lui permettent d’affirmer, sur la base d’une analyse des prénoms de ces enfants, que près de 65 % d’entre eux serait d’origine musulmane.

Blog297_PhPanneauCette polémique qui finira au tribunal et se soldera par un non-lieu en faveur du maire lui a manifestement donné des ailes puisque l’édile vient de récidiver en décidant cette fois de constituer un fichier ADN des chiens de la ville. Rassurez-vous, il ne s’agit pas de préparer la solution finale pour déporter nos animaux de compagnie mais simplement de pouvoir repérer, à partir des déjections canines retrouvées sur la chaussée, les maîtres indélicats qui n’auront pas fait l’effort de les ramasser et qui se verront alors verbaliser.

Un arrêté municipal de mai 2014 a en effet instauré une verbalisation de 35 € pour tout propriétaire d’un chien pris en flagrant délit d’abandon de déjection sur la voie publique. Restait néanmoins à régler le cas des maîtres indélicats adeptes du « pas vu, pas pris ». Faute de pouvoir y affecter les nombreuses recrues de la futur garde biterroise toujours dans les limbes, le maire compte pour cela s’appuyer sur le nec plus ultra du génie génétique et l’a fait savoir récemment lors d’une de ses conférences de presse dont il est si friand. Une annonce qui a eu un large écho national et a inspiré nombre de caricaturistes…Blog297_DessinBaudry

C’est une société bordelaise d’analyse génétique, Animagene, qui lui a soufflé l’idée, faute d’avoir pu convaincre Alain Juppé de l’adopter pour sa bonne ville de Bordeaux. Il s’agit ni plus ni moins que d’obliger chaque propriétaire de chien à se rendre chez son vétérinaire pour établir, à ses frais, un profil ADN de son animal. A défaut de ce sésame, il s’exposerait à une amende de 38 € à chaque fois que son chien, en quête d’un réverbère pour lever la patte voudrait pointer son museau dehors, au risque de croiser un représentant de la redoutable police municipale biterroise lourdement armée.

Du coup, chaque fois que les pandores repéreront sur le trottoir du centre ville une crotte de chien abandonnée, ils sortiront leurs éprouvettes et procéderont aux prélèvements de rigueur, expédiés aussitôt dans les laboratoires de la société Animagene qui établira le code génétique du corps du délit, moyennant un contrat passée avec la ville pour un montant de 50 000 € pour la première année. Il ne restera plus alors qu’à comparer le résultat avec les données du le fichier municipal pour identifier sans contestation possible le fautif qui sera passible d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 450 €.

Conférence de presse à Béziers avec la mallette pour les prélèvements ADN

Conférence de presse à Béziers avec la mallette pour les prélèvements ADN

Blog297_DessinKarakLa méthode serait déjà en vigueur dans certaines villes américaines et Londres compte également la mettre en œuvre dès le mois de septembre prochain, moyennant l’instauration d’une amende qui s’élèverait pour les contrevenants à l’équivalent de 108 € selon une enquête de BFMTV. D’autres collectivités pourraient l’envisager quant on sait que l’on ramasse chaque année 55 tonnes de crottes de chiens sur les trottoirs de Paris ou Berlin !

Bien entendu, le maire de Béziers assure qu’il n’a rien contre les chiens, mais qu’il veut simplement responsabiliser les maîtres et diminuer l’intervention de ses équipes de nettoyage dont les deux moto-crottes coûtent la bagatelle de 70 000 € chaque années au budget municipal.

Il l’affirme d’ailleurs avec conviction à l’attention de ses électeurs : « J’ai un chien… simplement je me comporte en citoyen soucieux des autres. Et donc quand mon chien fait une crotte, je la ramasse ». Espérons pour lui en effet qu’il est irréprochable sur ce plan car, à force d’encourager la délation et de durcir la répression, le moindre oubli pourrait lui coûter cher, politiquement s’entend…

L. V.  LutinVertPetit

Aix-Marseille : la métropole enfin opérationnelle ?

17 avril 2016

Après des années d‘atermoiements et de déchirements aussi impitoyables que pathétiques, dans lesquels certains de nos élus locaux se sont illustrés par une puérilité confondante, le pompon vient d’être décroché haut-la-main par Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, dont le conseil municipal a décidé le 29 mars dernier de déposer plainte contre l’État français devant la Commission européenne, au prétexte que la Métropole serait « une vaste connerie » et qu’elle aurait « été constituée sans aucune concertation et sans tenir compte de l’opposition de la majorité des maires du territoire », ce qui « porte atteinte au principe de libre administration des collectivités territoriales ». Après des années de concertation, de multiples conférences métropolitaines et d’innombrables débats acharnés, on reste baba devant un tel argument…

Maryse Joissains-Masini, maire d'Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Mais heureusement, cela ne devrait plus bloquer la mise en place de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence, officiellement créée comme le prévoyait la loi au 1er janvier 2016 et dont le premier président, Jean-Claude Gaudin a été réélu le 17 mars, 10 jours après avoir démissionné, son élection initiale ayant été pour le moins houleuse et contestée. Pour cette deuxième tentative, l’élection a été un peu plus sereine et le sénateur-maire de Marseille, qui aura 77 ans dans quelques mois, a été réélu dans un fauteuil avec 152 voix sur 239 votants. Les autres suffrages se sont répartis de manière assez attendue entre le sénateur-maire du Front national, Stéphane Ravier, le maire PCF de Martigues Gaby Charroux et l’élue marseillaise PS Florence Masse.

Lors de cette même réunion du conseil métropolitain, il a été procédé à l’élection des 26 vice-présidents dont 6 sont désignés d’office comme présidents des nouveaux conseils de territoires qui sont ni plus ni moins que les 6 anciennes intercommunalités que la métropole n’a pas encore réussi à faire disparaître, loin s’en faut. On y retrouve donc l’inévitable maire d’Aix-en-Provence et ex-présidente de la Communauté du Pays d’Aix, Maryse Joissains, mais aussi Guy Tessier pour le territoire de l’ancienne communauté urbaine MPM ou encore Sylvia Barthélémy pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, ce qui relativise fortement l’ampleur du changement apporté par la nouvelle métropole… Histoire d’ajouter encore un peu à la confusion, la première vice-présidente de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence n’est d’ailleurs autre que Martine Vassal, par ailleurs présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il est décidément bien difficile de sortir de la logique de cumul des mandats… On retrouve d’ailleurs dans la liste de ces nouveaux vice-présidents de la métropole naissante les maires de La Ciotat (Patrick Boré), de Cassis (Danielle Milon), d’Aubagne (Gérard Gazay) ou de Gemenos (Roland Giberti), tous également élus au Conseil départemental ou à la région PACA.

Rélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Réélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Des tractations entre Gauche et Droite avaient eu lieu avant l’élection, histoire de se répartir les postes entre gens de bonne compagnie, tout en excluant bien entendu les élus du Front national qui n’ont donc aucun représentant au sein du bureau de la métropole, bureau constitué du président, des 26 vice-présidents et de 8 autres élus. Mais tout ne s’est pas forcément déroulé comme prévu et certains dont le maire socialiste de Vitrolles, Loïc Gachon, ou celui de Miramas, Jean-François Vigouroux, ont été devancés lors de l’élection par des candidats surprises de Droite qui n’ont pas hésité à fouler aux pieds l’accord politique passé entre Jean-Claude Gaudin et Jean-David Ciot. Voilà qui augure bien mal d’une réelle volonté de travailler ensemble pour l’intérêt général du territoire mais confirme que nos élus locaux sont décidément de grands enfants toujours aussi facétieux…

Chacun des membres du nouveau bureau s’est vu attribuer une délégation. Sans surprise, Patrick Boré sera en charge des activités portuaires et Danielle Milon du tourisme, tandis que Gérad Gazay se voit confier les zones d’activité et Roland Giberti l’eau et l’assainissement. C’est l’élu marseillais Roland Blum, déjà adjoint aux finances de la ville de Marseille qui sera en charge des finances tandis que le président de l’association des maires des Bouches-du-Rhône et opposant irréductible à la métropole, Georges Cristani, par ailleurs maire de Mimet, hérite de la délégation des équipements d’intérêt métropolitain…

Jusqu’en 2020, les conseils de territoires, autrement dit les anciennes intercommunalités conserveront une large partie de leurs prérogatives malgré la perte de leur statut de personnalité juridique. Ils seront en particulier chargés d’élaborer leur plan local d’urbanisme à l’échelle intercommunale, même si la métropole devra procéder à leur approbation officielle et veiller à leur cohérence globale via l’élaboration d’un schéma de cohérence territoriale (SCOT), dont la réalisation devra impérativement être engagée avant la fin de l’année. La transition vers une métropole omnipotente sera donc progressive. C’est d’ailleurs le cas dans la plupart des domaines. Ainsi, en matière d’eau et d’assainissement, ou pour ce qui concerne la gestion des déchets, la compétence de la métropole se limite pour l’instant à l’élaboration d’un schéma global de mise en cohérence mais la compétence opérationnelle continue d’être assumée par les intercommunalités, voire par les communes pour celles qui n’ont pas encore souhaité les transférer. Qu’on se le dise, la métropole ne se fera pas du jour au lendemain, les maires y veillent…

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Toujours est-il qu’un troisième conseil métropolitain vient d’avoir lieu, le jeudi 7 avril, date à laquelle les 240 délégués métropolitaines étaient convoqués au Parc Chanot pour examiner pas moins de 41 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Peu à peu, les choses sérieuses commencent même si une large partie des débats a tourné autour de la constitution des groupes politiques. En attendant l’adoption du futur règlement intérieur, nos élus locaux se sont en effet déchirés autour du seuil nécessaire pour pouvoir constituer un groupe dans la nouvelle métropole, la barre fixée à 20 paraissant trop haute pour certains. Un indice supplémentaire confirmant que la volonté de travailler ensemble n’est pas encore perçue comme parfaitement naturelle dans la nouvelle métropole…

Pour le reste, le nouveau président a dû faire procéder aux votes à main levée après avoir constaté que les votes électroniques conduisaient à un écrasante majorité d’abstentions, attribuée comme il se doit à un bug informatique, à moins que cela ne traduise le fait que la majorité qui lui est acquise n’est pas si solide qu’il n’y paraît puisque certains se réfugient dans l’abstention dès lors qu’on leur accorde un peu de discrétion…

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Le point d’orgue de ce conseil métropolitain était le débat d’orientation budgétaire, prélude au vote du premier budget de la métropole qui devrait être adopté lors de la prochaine réunion du conseil prévue le 28 avril prochain. Les budgets d’investissement votés fin 2015 par les anciennes intercommunalités prévoyaient un montant global de l’ordre de 600 millions d’euros, mais il faudra se contenter de 400 dans ce premier budget métropolitain, ce qui a fait grincer des dents l’opposition socialiste et communiste. L’encien président socialiste de la communauté urbaine, Eugène Caselli, regrette le « retard pris par la métropole pour mettre en place ses structures techniques, humaines et financières ». Il évoque les urgences auxquelles il s’agit de répondre, « en matière de transport, de développement économique, de grands projets structurants, de contraintes financières et sociales et devront s’inscrire dans uns stratégie globale et pluriannuelle pour l’ensemble du territoire lors de la construction du budget 2017 ». Il estime pour sa part que « les investissements publics n’ont pas vocation à se porter uniquement sur les ronds points, les stades ou les salles de spectacle ». L’élu frontiste Stéphane Ravier, en rajoute une louche en affirmant que la métropole est « un monstre technocratique difficile à gouverner » dont la solvabilité « n’est pas garantie ». Quant au maire PRG de Grans, Yves Vidal, il en est déjà à estimer qu’il faut « solliciter l’État pour éviter la faillite dans 2 ans ».

Même Jean-Claude Gaudin reconnaît d’ailleurs qu’ « on n’arrivera pas à réaliser tout ce qui est prévu »… Autant d’optimisme et d’enthousiasme ne devrait pas manquer de conforter la population de l’aire métropolitaine dans le grand espoir qu’elle porte envers cette nouvelle structure de gouvernance !

L.V.  LutinVertPetit

Devinette : qui a dit ?

14 décembre 2015

« Les musulmans ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique en France »

Développons un peu la pensée du personnage inconnu qui affirme avec vigueur ce positionnement destructeur et déstructurant, et qui place la croyance comme étant un critère objectif pour hiérarchiser les Français, pour définir le traitement que la République pourtant déclarée Une et Indivisible doit accorder à ses citoyens : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne ».

« Et dans ces conditions, si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique .

Blog258_DessinChapatte

« Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam », poursuit cette catholique pratiquante, qui a été cinq ans élève à l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud.

« Il n’y a aucun phénomène d’islamophobie en France », juge encore ce personnage demandant à ce qu’on « sorte de la culture de l’excuse ».

Blog258_PhPresentCes affirmations tranchées sont prononcées par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen dans un entretien au quotidien de l’extrême droite catholique Présent, paru le samedi 21 novembre. La députée de Vaucluse, récente tête de liste du Front national aux régionales en Paca, estime que les musulmans « ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique » en France.

Lindignation ne suffit pas, il faut comprendre le message subliminal de Marion Maréchal – Le Pen. En réalité, elle ne subordonne pas seulement les musulmans aux prescriptions de la religion catholique (en tout cas à l’idée qu’elle s’en fait) mais l’ensemble de la société, y compris la République elle-même. C’est en cela que la distinction qu’elle opère dépasse le débat religieux. La vision partagée dans le journal cité, et confirmée pour l’essentiel sur RTL, s’inscrivent dans une continuité, notamment au regard d’une longue interview, publiée il y a quelques semaines et passée inaperçue.

Une vision du monde inquiétante

En octobre dernier, Marion Maréchal-Le Pen a été l’invitée d’une émission diffusée sur Radio Courtoisie (en partenariat avec le site ultra catholique Le Salon beige). Dans ce « libre journal de la Résistance » (sic) la nièce de Marine Le Pen a pu, durant près d’une heure et demie, livrer le fond de sa pensée politique.

En territoire médiatique ami, les masques tombent, et face à des interviewers complaisants, dans le cadre d’une conversation entre gens du même bord, la députée de Vaucluse s’est alors totalement dévoilée, révélant une pensée politique et une vision du monde pour le moins inquiétante. De ce long entretien, trois moments sont les plus politiquement révélateurs. Marion Maréchal-Le Pen dans le texte, c’est tout à la fois effrayant et accablant.

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Premier temps fort de l’entretien, le mariage civil, qu’il faudrait démolir. « Pourquoi garder le faux mariage et le PACS ? », commence par demander Grégoire Boucher à Marion Maréchal-Le Pen. Réponse : « Y a une aberration qui est un héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement. A quel titre ? Je ne sais pas. Je trouve ça scandaleux, après tout on pourrait recevoir un sacrement sans devoir demander l’autorisation à la République française ». Et d’ajouter: « Je vous signale qu’un certain nombre de musulmans n’ont pas ces complexes sans que la République en soit choquée… (…) Le complexe c’est pas leur truc… En revanche, c’est vrai qu’il y a énormément de mariages musulmans qui sont fêtés et qui ne sont pas passés par la mairie civile en amont sans que la République n’y trouve rien à redire ou s’en donne les moyens… Et peut-être que les catholiques ne devraient plus se laisser faire et réagir afin de forcer le débat à ce sujet-là ».

Deuxième temps fort, la suprématie de la religion catholique sur la République et les Droits de l’Homme. « On a des gens qui iront mourir contre nous pour Allah, a-t-on en face envie de mourir pour la République ou pour la laïcité (noter l’interviewer qui ajoute ‘Pas moi’) quand on voit comment ces termes ont été vidés de leur sens ? »…

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d'Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Le débat ainsi posé, Marion Maréchal-Le Pen s’en prend à l’Église catholique, notamment à la Conférence des évêques de France, au motif qu’elle aurait renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions : « Au prétexte d’un relativisme que moi je combats, y compris en politique, pas seulement dans le domaine spirituel, qui voudrait qu’il n’y ait pas de vérité que finalement tout se vaut (…) et que finalement croire le Coran, la Torah ou la Bible serait équivalent à partir du moment où l’on croit. Je ne crois pas que Jésus Christ soit venu mourir sur terre pour porter un message qui aurait été remplacé quelques siècles plus tard par le prophète Mahomet ». Et de conclure : « La grande erreur de l’Église catholique c’est de tout mettre sur le même plan, parce que dans ces conditions, il n’y a pas de vérité, s’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien, pas de mal, donc plus rien n’a de sens ».

Blog258_DessinMariageQuelle laïcité ?

Enfin, dernier temps fort de l’entretien, la question de la fonction et de l’utilisation de la laïcité républicaine, que la députée frontiste évoque de manière surprenante : « La laïcité est un outil utile contre la propagation (…) des revendications de certains musulmans. En revanche, il ne faut pas tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire la religion de la laïcité, qui voudrait que l’on rejette la religion de toute sphère publique. La France est un pays chrétien, d’identité chrétienne, de racines chrétiennes, qu’elle a ce titre un héritage, des traditions, à connotation religieuse, en particulier catholique, et que la laïcité ne doit s’en prendre à cela ».

Conclusion logique, une fois encore : « Je combats la laïcité vue par la gauche parce que c’est une laïcité aseptisée, on supprime tout ce qui peut avoir une référence à nos racines catholiques dans le cadre de la sphère privée ! (ne voulait-elle pas dire publique ? S’agit-il d’un lapsus ?) C’est le débat que l’on a eu sur les crèches dans les mairies ».

Que retenir de ce pot-pourri?

La pensée dévoilée de Marion Maréchal-Le Pen est d’essence contre-révolutionnaire. Elle est celle que portent, depuis 1789, tous les courants politiques extrémistes antirépublicains, qui ont tenté, par tous les moyens, notamment sous le régime de Vichy, de restaurer une France catholique au-dessus de tout, y compris et surtout au-dessus de la République bâtie sur la Déclaration des Droits et l’Homme et du Citoyen.

Blog258_PhLePenTerrible passage que celui où Marion Maréchal-Le Pen, encouragée par son interviewer, juge qu’il n’y a pas de raison de mourir pour la République et la laïcité. La certaine idée de la France que se fait la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (entre Charles Maurras et son ami Jacques de Guillebon, intellectuel catholique ultra qui serait devenu son inspirateur) est encore plus réactionnaire que celle de l’ancêtre fondateur du Front national qui lui, n’avait jamais subordonné son action à une vision intégriste du catholicisme français appliquée à la sphère publique.

Au-delà de la manifestation de la tradition ultra-catholique, l’entretien est aussi instructif en ce qu’il acte une formidable opération de préemption des concepts et droits républicains.

Une position catholique intégriste

D’abord en ce que Marion Maréchal-Le Pen ne reconnaît pas le mariage civil et républicain, n’accordant de valeur qu’au seul mariage muni des sacrements de l’Église catholique. Le mariage républicain, facteur de cohésion civile, serait par nature impur d’un point de vue catholique. D’où l’appel lancé, de manière assez subtile, à une certaine forme de désobéissance civile, en invitant les catholiques de son bord à imiter certains musulmans afin de « forcer le débat ».

Manifestation à Paris de l'extrême-droite catholique en décembre 2011

Manifestation à Paris de l’extrême-droite catholique en décembre 2011

Nous sommes donc clairement en présence de la manifestation d’une position catholique intégriste, désireuse d’imposer à l’ensemble de la société, à rebours de toute considération de la liberté absolue de conscience, une vision de « la vérité » en politique qui ne se discute pas. Le tout au nom des « racines catholiques de la France » (notion encore plus étroite que « racines chrétiennes » puisqu’elle exclut de facto les protestants.

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Il en est de même pour la laïcité, que Marion Maréchal-Le Pen détourne de son but pour en faire une arme de destruction massive identitaire. A l’entendre, la laïcité serait désormais le moyen pour les gens de son bord d’imposer un champ politique qui serait régi par les prescriptions d’un catholicisme intégral, seul qualifié pour être porteur de cette « vérité » qui permet de distinguer le bien et le mal, attendu que le Coran et la Torah (protégés qu’ils sont par le relativisme auquel aurait succombé, selon la députée frontiste, la Conférence des évêques de France) ne sont pas cette vérité. La laïcité de Marion Maréchal-Le Pen, c’est donc un outil identitaire dont on doit user contre tous ceux qui ne croient pas au seul Dieu catholique porteur de « vérité », sinon, comme elle le dit, « pourquoi Jésus serait-il venu mourir sur terre ? ». Tout se tient.

Ces éléments relatifs à la pauvre et simplette pensée politique de Marion Maréchal-Le Pen, aussi inquiétante qu’accablante, sont-ils de nature à éclairer les électeurs de PACA avant de passer dans les isoloirs ? Les résultats des élections régionales du dimanche 13 décembre 2015 ne le disent pas. Bien d’autres raisons ont pu écarter la prétention du FN d’accéder à la tête de la Région. Aurait-on pu imaginer vivre dans une région gouvernée par une présidente qui pense que l’idée qu’elle se fait de son Dieu est au-dessus de tout, y compris la République et ses lois ? Ce n’était vraiment pas une expérience à tenter cette fois-ci, mais la menace demeure pour les scrutins à venir !

S.J.

Dérèglement climato-politique sévère…

10 décembre 2015

Blog256_DessinPingouinQui pourra désormais affirmer que le dérèglement climatique est une vue de l’esprit après l’incompréhensible et dévastateur « tsunami » qui dimanche soir 6 décembre a plongé le Nord-est de la France dans un froid « extrême » comparable à celui qui sévit dans les régions polaires, tandis que le Sud-est subissait au même instant une vague de chaleur inédite, tout aussi « extrême », et dont les températures rivalisent avec celles des zones les plus désertiques de notre si belle planète.

Face à un tel accablement, aucune solution satisfaisante ne semble pouvoir enrayer ce phénomène inquiétant.

Blog256_DessinUrnePour autant, faut-il se résigner à en subir toutes les conséquences ? Si tel n’est pas le cas, alors il me semble que même si cela est déjà douloureux à formuler (et peut être impossible à accepter ?), seul un sursaut républicain digne de ce nom paraît susceptible de réparer un tel désordre.

Souvenons nous du passé lorsqu’une telle décision avait permis d’éviter sans doute le pire. Il s’agissait alors de contrer le père. Voilà maintenant que cela concerne la fille et la petite-fille…

Blog256_DessinPesteUn tel engagement verrait sa récompense dans le fait d’apporter un peu plus de douceur au nord et un peu plus de fraîcheur au sud. Et ceci, avec l’ultime espoir de rendre à nouveau fréquentables ces deux magnifiques régions sans plus avoir peur ni d’y grelotter de froid, ni d’y suffoquer de chaud !

Cela dépend de nous tous. Après, il sera trop tard. Et, il ne faut surtout pas perdre de vue que les cycles climatiques ne se renouvellent qu’après de très longues périodes d’alternance. Une raison de plus pour ne pas les perturber davantage par des erreurs de jugements irréversibles .

G.R.

Régionales 2015 : la Gauche existe-t-elle encore en PACA ?

8 décembre 2015
Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a fait l’effet d’une douche froide pour plus d’un électeur de gauche en région PACA comme dans le Nord-Picardie. Dans ces deux régions en effet où le Front National est arrivé largement en tête à l’issue du premier tour, voilà que les listes de gauche dont les scores ne sont pourtant pas ridicules, décident contre toute attente de se saborder et de se retirer avant même le deuxième tour, ne laissant à leurs électeurs d’autre choix qu’entre la peste et le choléra, voter pour le Front National ou pour la Droite soi disant républicaine mais dont le discours politique est à bien des égards aussi clivant et ultra-sécuritaire, le positionnement social largement aussi conservateur, et le programme économique beaucoup plus libéral que celui de l’extrême-Droite…

En région PACA, il est vrai que la stratégie de la Gauche était pour le moins périlleuse. La majorité sortante s’était offert le luxe de se présenter désunie alors que socialistes, écologistes et communistes travaillaient main dans la main depuis des années aux destinées du Conseil régional. Dans le cadre d’une élection au scrutin proportionnel à deux tours où il suffisait de recueillir 10 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, le raisonnement n’était pas absurde.

Vu le contexte politique général, les résultats ne sont guère brillants pour les candidats de gauche, mais pas non plus catastrophiques. En 2010, la liste socialiste conduite par Michel Vauzelle avait obtenu 25,8 % des suffrages au premier tour contre seulement 16,4 % à celle de Christophe Castaner en 2015. Mais ce sont surtout leurs alliés qui ont beaucoup perdu : en 2010, les écologistes avaient fait un score très honorable de près de 11 % tandis que le Front de Gauche dépassait les 6 %, alors que leur liste unie en 2015 a péniblement atteint 6,4 %, à peine davantage que la liste OVNI de l’Alliance écologiste indépendante…

Et pourtant, malgré ce score globalement décevant mais pas ridicule de la Gauche, force est de constater que la Droite n’a guère de raison de pavoiser : le score de la liste LR-UDI conduite par Christian Estrosi en 2015 est rigoureusement identique à celui de son prédécesseur Thierry Mariani en 2010 : 26,55 % des suffrages exprimés pour le premier contre 26,60 % pour le second !

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Le grand vainqueur de ces élections est donc bien sans contexte le Front National qui remporte 40,7 % des suffrages dès le premier tour, sans même compter les quelques voix grappillées par l’Union des Droites de Jacques Bompard. En 2015, ce sont près de 700 000 électeurs de la région PACA qui ont voté dès le premier tour pour la jeune Marion Maréchal-Le Pen alors que son grand-père en 2010 n’avait recueilli, malgré sa notoriété et son expérience politique incontestables, que moins de 300 000 voix… La poussée du Front National peut difficilement être niée ! Sur la commune de Carnoux-en-Provence, le nombre d’électeurs du Front National a doublé entre 2010 et 2015, atteignant désormais 47,5 % des suffrages exprimés.

Face à une telle percée, il paraît désormais bien difficile de refuser à une telle majorité d’électeurs la possibilité d’exercer le pouvoir dans un régime démocratique. C’est pourtant ce à quoi s’emploie toute la classe politique, au point que le Parti socialiste a exigé de ses candidats qu’ils se désistent en faveur de la Droite dont ils combattent pourtant les idées, et ceci dans les trois régions où le FN est arrivé en tête au premier tour. Manuel Valls avait déjà annoncé la couleur avant même les élections mais il est pour le moins surprenant qu’il ait été suivi aussi docilement par les têtes de liste au moins dans le Nord-Picardie et en PACA où Christophe Castaner a appelé sans le moindre état d’âme à voter pour la liste de Christian Estrosi.

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour... (photo B. Langlois / AFP)

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour… (photo B. Langlois / AFP)

Une telle attitude de la part du PS est proprement stupéfiante tant elle apporte de l’eau au moulin du Front National qui répète à l’envie depuis des années que le PS et l’ex-UMP sont des alliés indéfectibles qui appliquent exactement les mêmes politiques et sont prêts à tout pour se partager le pouvoir au détriment des candidats extérieurs au « système ». Venant d’un premier ministre qui applique depuis qu’il est au pouvoir le programme et les idées de la Droite, une telle décision n’est pas vraiment surprenante, mais il est quand même étonnant que sa majorité l’ait suivi sans rechigner dans un tel renoncement.

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Reste à savoir si les électeurs de gauche accepteront aussi facilement d’aller voter sur commande pour des candidats comme Christian Estrosi ou Xavier Bertrand qui annoncent clairement qu’ils n’ont pas la moindre intention d’infléchir pour autant leur programme politique. Sur un département comme les Bouches-du-Rhône où la Gauche a obtenu nettement plus de voix que la Droite, la pilule est amère pour les électeurs de gauche qui se voient ainsi privés de toute représentation politique au Conseil Régional pour les six ans à venir !

Dans une démocratie représentative, il est d’abord attendu des responsables politiques qu’ils représentent les idées de leurs électeurs et en défendent les intérêts de manière globale. Décider de manière unilatérale de ne pas se présenter au second tour alors qu’ils en avaient la possibilité revient à trahir totalement la confiance que leur avaient fait les milliers d’électeurs qui leur ont accordé leur suffrage. Pas sûr que cela contribuera à redonner envie de voter aux millions de Français, plus d’un sur deux, qui ont renoncé à aller voter dimanche dernier…

L.V.  LutinVertPetit

Jean-Marie Le Pen ou la chute d’un épouvantail bien commode…

17 juin 2015

Cette fois, c’est donc fait : Jean-Marie Le Pen s’est fait virer de son propre parti qu’il avait fondé il y a plus de 40 ans, en 1972. Exclu de son parti par sa propre fille à l’issue du bureau politique du Front National le 4 mai dernier, quel extraordinaire destin, digne des meilleures tragédies grecques ou de la pièce skakespearienne Le roi Lear ! Certes, le « Menhir » n’est pas encore mort et il continue de s’exprimer, mais c’est quand même un sacré bouleversement du paysage politique…

Le Pen père et fille le 1er mai 2015 (photo P. Wojazer / REUTERS)

Le Pen père et fille le 1er mai 2015 (photo P. Wojazer / REUTERS)

Son apparition impromptue sur la tribune lors de la fête traditionnelle du 1er mai, au moment précis où sa fille allait entamer son discours officiel, son attitude provocatrice dans son habit rouge vif que tous les photographes ont immortalisés et les acclamations qu’il a déclenchées, tout cela a donc été la goutte de trop qui a fait déborder le vase et poussé Marine Le Pen à cette décision radicale, elle qu’on voit ronger son frein, l’ai profondément agacé en arrière plan des photos…

L’éviction du trublion d’extrême-droite dont les saillies verbales et les dérapages en tout genre rythmaient la vie politique française depuis des décennies, change en tout cas la donne. Pas forcément pour le gros des troupes du FN qui dans leur grande majorité ne voulaient plus le voir et s’étaient ralliés au discours plus policé de sa fille, mais assurément pour tous ceux, Droite et Gauche confondus, qui voyaient en Jean-Marie Le Pen un repoussoir bien pratique, un épouvantail à électeurs, qui pour rien au monde n’auraient voté pour un parti jugé xénophobe, antisémite et pétainiste, voire fascisant.

Photomontage diffusé sur Twitter

Photomontage diffusé sur Twitter

Car Jean-Marie Le Pen n’hésitait pas à endosser tous ces rôles au détour de ses diatribes et de ses bons mots, comme si son ambition était davantage de faire parler de lui et de faire plaisir à ses copains négationnistes ou nostalgiques de l’OAS, plutôt que de convaincre et de rassembler pour dégager une majorité autour de lui. Son credo : « mieux vaut perdre avec ses idées que gagner avec celles des autres ». Une belle posture qui l’a effectivement toujours maintenu éloigné du pouvoir. Déjà en 1988, il n’avait pas hésité à s’opposer frontalement à la stratégie d’alliance portée par Bruno Mégret, au point d’aboutir à la scission du parti, à la perte de ses principaux cadres et à son affaiblissement durable, après des élections régionales où le FN avait pourtant fait des scores remarquables.

C’est sans doute François Mitterrand qui le premier avait compris à quel point une telle stratégie de l’épouvantail rendait le FN finalement bien utile. En mettant en avant Le Pen dans les médias, il favorisait les votes d’extrême-droite, affaiblissant d’autant la droite républicaine qui perdait ainsi une partie de son électorat classique. Certes en 2002, la stratégie a conduit à l’élimination de la Gauche dès le premier tour des présidentielles, mais le score somme toute modeste de Jean-Marie Le Pen au second tour, a confirmé que l’adhésion à ses idées restait assez marginale dans le pays.Blog197_PhLePenColere

Depuis que Marine Le Pen a pris les rênes du parti, les choses sont en train de changer. Les scores du FN augmentent régulièrement, grâce au ralliement de tous les déçus du système qui rejettent en bloc la mondialisation, les élites et les partis politiques traditionnels. Jusque là, une forte majorité de Français affirmaient avec conviction que, jamais au grand jamais, ils ne voteraient Front national, considéré comme un parti nationaliste et raciste. Mais la disparition de l’épouvantail Jean-Marie Le Pen et la stratégie de dédiabolisation à laquelle s’applique sa fille change totalement la donne. Le programme économique du parti s’est clairement déporté à gauche, l’antisémitisme a été banni du discours officiel qui se recentre sur une apologie du rôle de l’État, de la laïcité et de la redistribution. Des arguments qui font mouche parmi les classes populaires qui se sentent exclues par la mondialisation financière et par les effets du multiculturalisme que les élites prônent tout en s’en protégeant !

Les outrances de Jean-Marie Le Pen empêchaient jusqu’à présent au Front National de drainer suffisamment de mécontents pour constituer une majorité. Pas sûr que sa disparition ne soit finalement une si bonne nouvelle pour les démocrates de tout poil qui s’inquiètent de la progression de ce parti, élection après élection…

L.V. LutinVertPetit

Mathématiques électorales : abstentionnistes, attention !

11 mars 2015

Blog168_PhUrne

Les élections départementale se profilent dans un horizon très proche, avec un premier tour le 22 mars. En dépit du contexte national peu réjouissant et de chicaneries locales peu encourageantes, un petit calcul élémentaire nous invite à nous méfier de la tentation de l’abstention…

Alors, même si cela chagrine le citoyen convaincu qui souhaiterait d’autres procédures pour faire vivre une démocratie plus convaincante, n’oublions-pas d’aller voter les 22 et 29 mars…

Comment faire gagner le Font National, ou l’influence de l’abstention sur les résultats en pourcentage…

Prenons l’exemple d’un bureau de vote de 2.000 électeurs : sur 2.000 électeurs, 1.000 s’abstiennent ou votent blanc et 1.000 s’expriment. Sur la base des résultats des dernières élections européennes du 25 mai 2014, la répartition nationale des suffrages exprimés serait alors la suivante :

Gauche social-démocrate : 14 % 140 suffrages

Ecologistes EELV 6 % 60 suffrages

Front de gauche : 4 % 40 suffrages

Nouvelle donne : 3 % 30 suffrages

Total gauche : 27 % 270 suffrages 27 %

Droite UMP : 20 % 200 suffrages

Ecologistes de droite : 3 % 30 suffrages

Total droite : 23 % 230 suffrages 23 %

Centre : 7 % 70 suffrages 7 %

Divers : 18 % 180 suffrages 18 %

Front national : 25 % 250 suffrages 25 %

Les électeurs du Front national, dégoûtés de l’action des politiques, veulent envoyer un message de rejet global de la classe politique. On peut donc supposer que ce sont les plus motivés et donc ceux qui votent le plus. Le Front national fait, à peu de votants près, le plein de ses suffrages. Pour définir le mandat donné par le peuple, ce qui compte, ce n’est pas le taux de participation, mais le pourcentage des suffrages exprimés. Dans ces pourcentages, puisque ce sont surtout les électeurs des partis de gouvernement qui s’abstiennent, le Front national est sur-représenté par rapport à son poids réel dans l’opinion.

Blog168_DessinDeligne

Cela est-il impossible à changer ? Non.

Si la participation augmente : si 100 électeurs de gauche supplémentaires (5 % des 2.000 inscrits) se décident à voter, le nombre de suffrages exprimés est alors de 1.100, parmi lesquels 370 se prononcent pour la gauche. Le pourcentage de gauche passe à 370/1100 soit 33,6 %. Le Front national, avec le même nombre de suffrages, n’obtient plus que 250/1100 soit 22,7 %.

De même, si 100 électeurs de droite supplémentaires (5 % des inscrits) se décident à voter, la participation à droite est de 330 au lieu de 230. Le pourcentage de droite passe alors à 30 %. Le Front national, avec le même nombre de suffrages, n’obtient que 22,7 %.

Si 200 électeurs supplémentaires, 100 de gauche et 100 de droite, décident de voter, le pourcentage de gauche passe à 30,8 % et celui de la droite à 27,5 %. Le Front national descend à 20,8 %. Il est largement distancé, et perd le titre de premier parti de France, expression qui ne signifie rien dans un pays où les élections majeures sont toutes au scrutin majoritaires à deux tours, donc, où, pour gagner, il faut une coalition. Rappelons d’ailleurs après d’autres que le pic de suffrages obtenu jusqu’à présent à une élection nationale par le Front National n’est jamais que de 6,4 millions de voix (obtenues par Marine le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, soit nettement davantage que son père qui avait été qualifié pour le second tour en 2002 avec 5,5 millions de voix), ce qui est à rapporter aux 46 millions de citoyens français inscrits sur les listes électorales…

Blog168_DessinAbstention

Si la participation diminue : si 100 électeurs de gauche supplémentaires (5 % des inscrits) s’abstiennent, l’inverse se produit : le pourcentage de gauche passe à 170/1100 soit 18,8 %, et celui du Front national à 27,7 %. De même, si 100 électeurs de droite supplémentaires (5 % des inscrits) s’abstiennent, le pourcentage de droite passe à 11,8 %, et celui du Front national passe à 27,7 %.

Si 200 électeurs supplémentaires (10 % des inscrits), 100 de gauche et 100 de droite, décident de ne pas voter, la gauche passe à 21,25 % et la droite à 16,25 %. Le Front national pèse alors 31,25 %, c’est-à-dire 83,3% de l’ensemble gauche-droite. Il est en position hégémonique.

Blog168_PhSloganEn cas d’une augmentation de participation, en même temps, du Front national de 5 % :

Avec 1 250 votants, l’ordre d’arrivée est, encore inversé.

Gauche : 370 voix, soit 29,6 %

Droite : 330 voix, soit 26,4 %

Front national : 300 voix, soit 24 %.

Conclusion : s’abstenir, c’est faire progresser le Front national. Un nombre relativement peu important, en plus ou en plus, change l’orientation de l’élection. Motiver des électeurs à aller voter, c’est faire reculer (en pourcentage des suffrages exprimés, la seule chose qui compte réellement) le Front national.

Jeandenim

Parlement européen : et ils sont où les Français ?…

5 octobre 2014

Subsidiarité : voilà bien une notion étroitement attachée au développement de l’union européenne, même si elle trouve ses origines plutôt dans le droit canon romain. Elle est définie de la manière suivante dans le Traité de Maastricht : «  Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire ». Autrement dit, ne relève de l’Europe que ce qui ne peut pas être traité à un échelon plus local. C’est bien évidemment le même principe, basé sur le bon sens, qui régit la décentralisation en France.

Il n’en reste pas moins que les élus locaux français ont une fâcheuse tendance à retourner le principe dans l’autre sens en reprochant à l’État et à l’Europe tout ce qui ne fonctionne pas bien à leur niveau : si le chômage et la pression fiscale augmentent, c’est bien entendu la faute du gouvernement et si le citoyen est confronté à une société de plus en plus complexe, c’est naturellement à cause de Bruxelles…

Blog105_ParlementStrasbourg

Pourtant, les élus locaux sont particulièrement bien représentés au Parlement européen, tout comme d’ailleurs au Sénat ou à l’Assemblée nationale, ce qui rend cette schizophrénie d’autant plus étonnante. Ce cumul des mandats est même une particularité toute française comme l’a montré récemment un rapport de la Fondation Robert Schumann qui précise qu’en décembre 2013, près de la moitié des parlementaires européens français (40,5 %) exerçait en parallèle au moins un mandat électif local. Cette proportion est nettement inférieure chez nos voisins : 22 % en Allemagne, 11 % en Espagne, 4 % au Royaume Uni et même 0 % en Pologne !

Il faudra désormais attendre la prochaine mandature, en 2019, pour voir, peut-être, évoluer la situation avec l’entrée en vigueur du projet de loi sur le non cumul des mandats. D’ici là, la situation ne s’est pas arrangée avec les dernières élections au Parlement européen en mai 2014. Sur les 74 députés européens élus à cette occasion, près de la moitié restent cumulards, et ceci malgré les discours officiels.

Ainsi, au Front national, pourtant très ouvertement hostile au cumul des mandats, 12 des 23 députés nouvellement élus sont aussi titulaires d’un mandat électif local. C’est le cas par exemple de Joëlle Mélin, conseillère régionale depuis 1998 et également conseillère municipale à Aubagne. Il en est de même pour Jean-Marie Le Pen, qui a même carrément omis de signaler au Parlement européen son mandat à la Région PACA…

À l’UMP, la situation est identique puisque la moitié des 20 députés élus à Strasbourg en mai dernier cumule d’autres mandats, à l’image de Rachida Dati, également maire d’arrondissement à Paris, ou de Jérôme Lavrilleux, en même temps conseiller général de l’Aisne (et par ailleurs mis en cause dans l’affaire Bygmalion, ce qui ne l’a pas pour autant incité à démissionner de ses mandats électifs…).

La Gauche est davantage gênée par ces situations de cumul et les présente souvent comme des états transitoires en attendant une régularisation. Ce qui n’empêche pas plusieurs socialistes de cumuler, à l’image d’Emmanuel Maurel également vice-président du Conseil régional d’Île-de-France. Seuls les six eurodéputés verts et leurs quatre collègues du Front de Gauche respectent scrupuleusement leur engagement de non-cumul.

Blog105_ParlementStrasbourgExtCette situation de cumul généralisé, spécificité de la classe politique française, est particulièrement handicapante pour l’influence de notre pays auprès des instances européennes comme le met en évidence le rapport de la Fondation Robert Schumann. En effet, le calendrier de travail des eurodéputés est particulièrement chargé puisqu’il ne laisse que 7 jours de libres pour d’autres activités parlementaires extérieures. Le fait de cumuler se traduit donc par une disponibilité et une influence moindre par rapport aux parlementaires d’autres pays. Ceci est parfaitement illustré par la répartition des postes à responsabilité au Parlement européens : aucun poste de coordinateur n’est revenu à un Français alors que les Allemands en détiennent 20 ! On imagine que ceci n’est pas totalement anodin dans la conduite des débats en commission…

Parallèlement, la Commission européenne, dans son dernier rapport sur la corruption, pointe clairement le cumul des mandats comme un des facteurs qui aggrave ce risque de corruption, s’appuyant pour cela sur les rapports du Service central de prévention de la corruption. L’actualité récente révélant les turpitudes de nombreux élus locaux français ne permet guère de contredire cette thèse…

C. M. et L. V.

Sommes-nous les otages du FN ?

14 juin 2014

Étranges frictions à la tête du FN. Depuis la déclaration controversée de Jean-Marie Le Pen sur Patrick Bruel, dimanche 8 juin, Marine Le Pen et son père s’écharpent par médias interposés. Que cache cette passe d’armes ? Décryptage d’Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie politique, co-auteur de  » Face au FN. Comprendre et agir  » (avec E. Poultreniez).

Erwan Lecoeur, sociologue

Erwan Lecoeur, sociologue

Pour le sociologue, le renvoi de balles entre Jean Marie et Marine qui envahit les médias depuis huit jours doit nous inciter à analyser le phénomène au lieu de nous réjouir à bon compte ! La question de fond à poser est plutôt celle-ci : Sommes-nous devenus otages (souvent consentants) du FN, de leur stratégie de communication et de leurs frasques médiatiques depuis trop longtemps ?

Squoten Jeallnec

Ph1LePenLa passe d’armes entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine n’a rien de très surprenant au regard de l’histoire mouvementée du Front national. Le FN est le parti français qui a connu le plus de scissions, de recompositions, de procès et de conflits ces quarante dernières années. Depuis sa création en 1972, le FN est composé de lignes politiques multiples et ces fractures sont encore bien présentes aujourd’hui.

Mais la dimension politique ou idéologique de ces échanges est à relativiser. Ce conflit familial et sémantique, entre un père et une fille, est avant tout porteur d’enjeux de communication et n’engage pas beaucoup plus.

Le FN, une entreprise de spectacle politique

Ces piques en apparence musclées entre les Le Pen montrent, une fois encore, que le FN est d’abord et surtout une petite entreprise de spectacle politique, plus qu’un véritable parti politique. Et l’audience accordée à ce conflit par les médias depuis plus de 24 heures montre que Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen sont bien les politiques les plus malins et les plus doués en communication.

Jean-Marie Le Pen a construit sa carrière politique à partir d’une règle de communication très simple : je lance des ballons en l’air et j’attends que les médias et mes adversaires politiques tapent dedans. Le FN se retrouve ainsi au centre de l’attention des journalistes.

Jean-Marie et Marine Le Pen au Parlement européen

Jean-Marie et Marine Le Pen au Parlement européen

Marine Le Pen a été formée à l’école de son père. Depuis qu’elle dirige le parti, elle a repris cette méthode pour faire parler d’elle, pour concentrer l’attention médiatique. Ainsi, contrairement aux apparences, Marine Le Pen devrait tirer nettement avantage du jeu de rôle qui se déroule entre elle et son père depuis dimanche, et cela pour deux raisons principales.

1. Elle se fait passer pour une voix critique du lepénisme

En réagissant très vite aux propos tenus par son père, par sa propre voix ou celle de son compagnon Louis Aliot, Marine Le Pen s’est imposée comme la seule voix critique du lepénisme historique. C’est un tour de force incroyable : elle est à la fois l’héritière de ce parti et de sa ligne politique, mais aussi sa première force critique.

De cette manière, alors qu’elle n’a aucune actualité politique particulière, elle occupe l’ensemble de l’espace médiatique en se glissant dans la peau de la principale opposante à la ligne traditionnelle, supposée plus raciste et antisémite du lepénisme, qu’elle se refuse pourtant à condamner sur le fond.

2. Elle poursuit sa stratégie de victimisation

Face aux propos de son père, Marine Le Pen fait du mégrétisme. Comme au temps de Bruno Mégret, les frasques de Jean-Marie Le Pen lui permettent de passer pour bien plus raisonnable et « soft » que lui, de s’en démarquer.

Ph4LePenEngagée dans une politique de dédiabolisation du parti depuis des années, Marine Le Pen se sert de son père pour montrer que son FN à elle tourne le dos à une ligne dure et sans avenir. Sur le fond pourtant, si l’on regarde attentivement les critiques qu’elle adresse à son père, elle ne remet pas en cause le fond du message. Elle évoque seulement une « faute politique » et parle de maladresse pour quelqu’un qui a son « expérience politique ».

Cette passe d’armes lui permet, une fois de plus, de faire passer le FN pour la victime d’un système politique et médiatique fondamentalement méchant et mensonger avec elle et ses proches. Et aussi de rappeler combien son père est injustement traité depuis des lustres : elle évoque les « interprétations malveillantes » de ses propos.

On retrouve, une fois de plus, le fondement du lepénisme : l’idée qu’une « vérité » portée par le FN, contre les « mensonges du système »…

Jean-Marie Le Pen, un « monstre » très utile

Depuis dimanche, en fait, nous assistons à un jeu de dupes lepéniste, à une mise en scène du passage de relais entre deux générations. On a un peu l’impression de suivre un match de tennis entre les Le Pen : père et fille se renvoient la balle. Certes, une seule personne en sortira vainqueur (Marine Le Pen) ; mais pour qu’il y ait match et pour pouvoir amuser le public et tenir les médias en haleine, il faut bien deux joueurs.

Ph5LePenAu FN, Jean-Marie Le Pen joue depuis toujours le rôle du « monstre ». Mais il est devenu un « monstre » très utile. En lâchant des déclarations fracassantes, il rassure la frange la plus radicale du parti et des militants, tout en permettant à Marine Le Pen de prendre ses distances vis-à-vis d’une ligne politique sulfureuse et de paraître plus accessible à un électorat plus large. Elle, c’est un « monstre plus gentil », une sorte de Casimir, pour les connaisseurs.

Au-delà du fait que ce conflit lui permet d’être au centre du jeu médiatique, on peut légitimement penser que Marine Le Pen va pouvoir utiliser ces bisbilles pour attirer vers elles des leaders européens, afin de constituer un groupe politique à Strasbourg. En prenant ses distances en apparence avec son père, elle devient aussi plus présentable au niveau européen.

Pour l’ensemble de ces raisons, encore une fois, nous aurions tous intérêt à laisser la famille Le Pen régler ses éventuels désaccords en privé, et laisser Jean-Marie Le Pen déblatérer ses saillies de son côté, en évitant de leur accorder autant d’importance. Car nous sommes devenus otages (souvent consentants) de leur stratégie de communication et de leurs frasques médiatiques depuis trop longtemps.

 

Charlie Hebdo se déchaîne contre le Front National…

11 avril 2014

Après les succès électoraux du Front National aux dernières élections municipales, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, jamais à court de munitions quand il s’agit de tirer à boulets rouges contre l’extrême-droite, a sorti la grosse artillerie et s’en donne à coeur joie ! Son  » offre spéciale gueule de bois électorale  » offre une réduction sur le montant des abonnements pour les habitants des 572 villes de plus de 10 000 habitants désormais gouvernées par un maire UMP ou d’extrême droite. Un joli coup médiatique de la part de ce journal satirique qui cible ainsi de nouveaux électeurs sans grand risque économique car son offre n’était valable que jusqu’au 8 avril…

Le dernier numéro de Charlie Hebdo s’adresse ainsi directement aux habitants de Fréjus où le nouvel élu Front National, David Rachline, vient de s’installer dans le fauteuil de maire, avec un article spécial en forme de premier bulletin municipal d’une ville passée au FN.

Blog66_Ph1

La ficelle est bien sûr un peu grosse et le ton des articles ne devrait guère attirer de nouveaux lecteurs ayant contribué au basculement de la ville de Fréjus vers l’extrême-droite. Le pseudo éditorial du nouveau maire est plus que caricatural et les références au parti nazi sont partout présentes, entretenant à dessein la confusion entre la nouvelle équipe municipale et les chemises brunes hitlériennes, ce qui ne manquera sans doute pas de heurter les paisibles retraités varois qui ont voté en grand nombre pour le Front National, non seulement à Fréjus mais aussi dans plusieurs autres villes, qu’elles aient basculé dans l’escarcelle du FN, comme Cogolin ou Le Luc, ou qu’elles soient passées à l’UMP comme Brignoles.

Blog66_Ph2Certes les lecteurs de Charlie Hebdo sont habitués à ce ton caustique et à ces excès de langage dans des satires à l’emporte-pièce où rien ne doit être pris au premier degré. L’humour et la dérision ne sont pas les armes les moins efficaces face à des dérives autoritaires et populistes.  Les saillies de Charlie Hebdo contre les fantasmes ultra-sécuritaires sont même plutôt bien vues, telles les déclarations du nouveau maire de Fréjus commentant ses premières décisions :  » de nouvelles caméras de vidéosurveillance sont installées, pour filmer les anciennes caméras de surveillance qui ont été la cible de dégradation de la part de pigeons allochtones « …

Blog66_Ph3Le racisme au quotidien et l’esprit étroit de clocher font aussi l’objet d’attaques au vitriol de la part de Charlie Hebdo, mettant en scène l’incendie  » du restaurant de kebab de la rue Robert Ménard « , ravagé par les flammes malgré l’intervention précoce des pompiers, présent avant même le déclenchement du feu et  » malgré l’aide de la population qui a courageusement essayé d’éteindre les flammes avec des bottes de pailles et du petit bois « … Pas sûr cependant que cette caricature pour le moins outrancière suffise à faire réfléchir des électeurs décomplexés pour lesquels le vote Front National est désormais clairement assumé…

L.V.LutinVertPetit