Posts Tagged ‘Economie’

Marseille, nouveau roi du coffre-fort numérique ?

22 juillet 2017

Longtemps reconnue mondialement pour son rôle de port colonial, puis pour celui de cerveau de la French connexion et pour sa réputation déplorable de violence urbaine, Marseille tente depuis des années de se forger une nouvelle image de port d’accueil pour le tourisme de la croisière de luxe. Mais c’est dans un tout autre domaine que la ville est en train de connaître un développement inattendu : celui des data centers, ces coffres-forts modernes où sont stockées physiquement les milliards de données numériques que l’on a tendance à imaginer évaporées sur un nuage éthéré, le fameux « Cloud »…

Salle blanche pour le stockage des baies informatiques

Car la tendance actuelle en informatique est d’avoir des ordinateurs de plus en plus puissants mais paradoxalement de plus en plus vides, ce qui génère des flux de données croissant et totalement gigantesques à travers la planète entière. Les logiciels et le stockage de données, qui prend de plus en plus de place, sont désormais hébergés sur des serveurs situés on ne sait où, chez un prestataire informatique qui conserve de manière sécurisée nos données personnelles.

Un tel service d’hébergement des données numériques personnelles (nos photos, la vidéo des premiers pas du petit dernier, nos courriels, nos fiches de paies et autres papiers administratifs, nos fichiers numériques, etc.) est même fourni gratuitement par la plupart des fournisseurs d’accès internet, bien trop contents de récupérer ainsi à bon compte toutes nos données personnelles qui seront ensuite valorisées pour développer des sollicitations commerciales adaptées à nos centres d’intérêts personnels. C’est aussi un service payant qu’offrent de plus en plus de prestataires, tels que la Poste ou la Caisse d’Epargne, sous le nom de « coffres-forts numériques ».

Il s’est ainsi créé un nouveau marché très juteux, celui du stockage sécurisé de données numériques. Du fait de l’importance vitale de toutes ces données numériques qu’il convient d’archiver pour de longue durées tout en en conservant une parfaite traçabilité et en étant sûr de pouvoir les retrouver et les exploiter à tout moment, de nombreux prestataires sont ainsi apparus qui proposent de garantir la disponibilité, l’intégrité et la pérennité de ces données, moyennant juste rétribution…

Comme les château-forts d’antan, ces nouveaux coffres-forts numériques que sont les data centers sont conçus avec de multiples barrières de sécurité successives, ainsi que l’explique Fabrice Coquio, président d’Interxion France, un groupe néerlandais fondé en 1988, qui héberge les serveurs informatiques de plus de 200 clients dont Microsoft, Amazon, Facebook, Twitter, Yahoo, etc.

Comme tout château fort qui se respecte, il faut bien entendu une muraille solide, avec plusieurs niveaux de protections successifs : l’enceinte du bâtiment, protégée par barrières infra-rouges et vidéo surveillance avec détection de mouvement et vision nocturne, le bâtiment lui-même, équipé de sas d’accès sous alarmes, d’accès anti-effraction et de vidéo surveillance, les salles de stockage ensuite, protégées par contrôle d’accès et par système biométrique, et enfin les baies qui sont les systèmes informatiques dans lesquels sont stockées les données numériques, elles-mêmes rassemblées au sein de cubes fermés à l’aide d’un code ou d’un système de clé.

Autout du château s’étendent bien entendu, les douves, matérialisées ici par les systèmes de sécurisation des réseaux, sous forme de fibre noire cryptée qui fait transiter les données grâce à des signaux encodés. Quant aux armées qui gardent le château, ce sont les agents de sécurité habilités qui assurent une veille sur site 24h/24. Enfin, le donjon qui est consitué par le poste de pilotage et de commande par lequel transitent toutes les informations nécessaires à la maintenance du bâtiment.

Les bâtiments du premier data center d’Interxion implanté à Marseille depuis 2015 (source © Interxion)

Reste à savoir où implanter ces châteaux-forts de l’ère numérique. Et c’est là que Marseille se révèle, parmi d’autres, comme un emplacement particulièrement favorable. La présence de 13 câbles sous-marins qui arrivent ici en font en effet un point névralgique pour les échanges digitaux et télécoms entre l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie. Les grands acteurs du Cloud ont bien repéré cette spécificité et l’activité tend donc à se développer.

C’est ainsi que la société Interxion y a ouvert en 2015 son huitième centre français de stockage, dans les locaux d’un ancien site SFR basé à la Joliette. Un investissement de 45 millions d’euros pour une surface utile qui sera portée à terme à 5 700 m² et une puissance électrique installée de 6 MW. Et ce n’est pas fini puisque cette société, numéro 2 mondial, qui exploite désormais 45 data centers à travers l’Europe, compte ouvrir deux nouveaux sites marseillais mitoyens, dans le secteur du cap Janet, à l’Estaque.

La halle Freyssinet du Cap Janet et la base U-boot attenante (photo © Kariyou)

Une maquette du futur centre MRS2 dans la halle Freyssinet rénovée (source © Interxion)

Le premier, dont la première pierre vient d’être posée à l’occasion d’un grand raout officiel en présence de Jean-Claude Gaudin, de Gérard Gazay et de Christine Cabau-Woehrel, présidente du Grand Port maritime de Marseille, se développera dans les locaux désaffectés des anciens ateliers de réparation navale Fouré-Lagadec, inoccupés depuis 1995. Il s’agit d’une vaste halle Freyssinet, c’est à dire conçue sur le modèle du gigantesque hangar à trois nefs surmontées de voûtes cylindriques minces que l’ingénieur Eugène Freyssinet avait conçu et réalisé en 1929 pour abriter les voies de la gare d’Austerlitz. Un ouvrage de référence, inscrit depuis 2012 au titre des monuments historiques, et dont la conception a inspiré un très grand nombre de hangars militaires, aéroportuaires et industriels à travers tout le pays.

Sur ce site, la demande de permis de construire a été déposée en vue d »aménager courant 2017 dans ce bâtiment 4 000 m² de salles blanches destinées au stockage sécurisé de données informatiques, et ceci pour un coût d’investissement évalué à 70 millions d’euros.

Vue aérienne du site de la base de sous-marins après la guerre

Quant au troisième site convoité par Intexion qui souhaite y aménager 10 000 m² de stockage supplémentaire, il s’agit ni plus ni moins que du bâtiment voisin, une ancienne base de sous-marins allemands datant de la seconde guerre mondiale, le « U-bootbunker Martha ». En réalité, cet imposant complexe en béton armé de 208 m de longueur et 45 m de largeur, dont la construction a été lancée en janvier 1943 et qui devait accueillir une vingtaine de sous-marins militaires, n’a jamais servi. Les travaux ont été stoppés en août 1944, suite au débarquement allié en Provence, avant même que le chenal d’accès des sous-marins ne soit creusé. La bâtiment n’a donc jamais été opérationnel, sauf ponctuellement pour y assurer la détention de prisonniers de guerre allemands, dont les fresques dessinées sur les murs peur meubler leur captivité sont encore visibles sur les parois.

Ce bâtiment, resté en l’état depuis sa construction, intéresse a plus haut point l’amateur de châteaux forts qu’est le directeur de la société Interxion. Véritable bunker massif construit sur le modèle des bases de Lorient, Brest et La Rochelle, il est surmonté d’une dalle de toit en béton armé de près de 6 m d’épaisseur, capable de résister à des bombes d’une tonne comme la Royal Air Force en avait fait l’expérience à Lorient. Quant aux murs, leur épaisseur varie entre 90 cm et 2,85 m pour ceux qui sont situés face à la mer et qui étaient susceptibles d’être bombardés depuis le large.

Une structure parfaitement adaptée donc à l’usage envisagé, d’autant que les salles de maintenance prévues par les ingénieurs allemands à l’étage, pourront facilement être aménagées en salles blanches. Une belle opportunité également pour le Grand Port maritime de Marseille qui se demande depuis plus de 70 ans ce qu’il pourrait bien faire de ce vestige historique aussi délabré qu’encombrant et dont la déconstruction coûterait une fortune. Une petite inquiétude néanmoins pour l’approvisionnement en électricité de ce château fort futuriste qui aura besoin en permanence d’une puissance électrique de 8 mégawatts, à comparer aux 50 MW que consomment l’ensemble des serveurs informatiques de Google et aux 100 MW produits par une tranche de réacteur nucléaire. De quoi se rappeler que le numérique commence à prendre une part non négligeable dans notre empreinte carbone globale…

L.V.  

Alternatives économiques : l’éco pour les nuls !

7 juillet 2017

Fondé en 1980 par l’économiste Denis Clerc en réaction au fameux slogan de Margaret Thatcher, « There is no alternative », le magazine Alternatives économiques, plus connu par les habitués sous son petit nom d’Alter Eco, est devenue une référence pour tous ceux qui ne sont pas complètement séduits par la doxa dominante du néolibéralisme le plus débridé. Edité par une société coopérative et diffusé à raison de 90 000 exemplaires payants chaque mois en moyenne, c’est devenu le deuxième magazine économique le plus lu en France, après Les Echos : une véritable référence donc en la matière qui vise à concilier le social et l’économique, dans un format très pédagogique et qui s’adresse à un très large lectorat.

Le dernier numéro d’Alter Eco va encore plus loin dans l’art de rendre accessible à tous certaines notions apparemment obscures qui font que le domaine de l’économie passe généralement pour rébarbatif et réservé aux seuls initiés. Le dossier du mois est en effet intitulé « Les (gros) mots de l’économie ». Trappe à liquidité, destruction créatrice, stagnation séculaire ou aléa moral : autant de termes parfaitement abscons pour qui n’a pas suivi un master d’économie ou ne sort pas de 2 mois de révisions fébriles en prévision de passer son bac en série ES.

L’idée de la réadction pour rendre abordable ces notions est non seulement de les expliciter par un texte d’une page, parfaitement limpide et souvent plein d’humour voire de poésie (Ah, le poéme en alexandrins sur la stagnation séculaire, un bijou d’anthologie !), mais surtout de demander à des dessinateurs d’illustrer chacune de ces notions par une planche de bande dessinée.

Le résultat est totalement bluffant et il faut vraiment se précipiter sur ce numéro double juillet-août d’Alter Eco qui assurément devrait devenir collector. Un exemple parmi d’autres pour vous donner envie de lire ce dossier où vous découvrirez aussi que la maladie hollandaise n’a rien à voir avec la frénésie pathologique de notre dernier Président de la République à escompter une soudaine et bienvenue inversion de la courbe du chômage, et où vous apprendrez stupéfait que ce bon vieux Adam Smith, outre le fait qu’il pourrait commettre des maladresses s’il se retrouvait de nos jours dans une rame de métro, n’a jamais vraiment assimilé le marché à une main invisible autorégulatrice comme on le lui attribue généreusement (et de manière perfide).

Un extrait du n° 370 d’Alternatives économiques…

Sur les externalités négatives, par exemple, l’explication est des plus limpides, basée sur l’exemple de l’agriculteur qui booste sa production à grands coûts de pesticides, provoquant pollution des nappes et des cours d’eau, avec toutes les répercussions environnementales et sanitaires qui en découlent, mais dont les coûts induits n’entrent évidemment en rien dans le bilan de son exploitation agricole. Une démonstration magistralement illustrée par Fabrice Erre, lui-même enseignant et auteur de bandes dessinées qui tient par ailleurs un blog intitulé Une année au lycée. Une adresse qui mérite le détour également et dont les dessins nous plongent actuellement dans l’ambiance des épreuves du baccalauréat : un petit extrait pour la route :

Dessin signé Fabrice Erre paru sur son blog à la date du 6 juillet 2017

Avec de tels professeurs aussi pédagogues, on se demande bien comment la France a bien pu tomber aussi bas dans le classement international PISA…

L. V. 

Insecticides tueurs d’abeille : Hulot a failli avaler de travers

2 juillet 2017

Lors de l’annonce du premier gouvernement d’Edouard Philippe le 17 mai dernier, peu après l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, nombreux étaient ceux qui pariaient que le nouveau ministre d’État à la transition écologique et solidaire, l’ex animateur de télé Nicolas Hulot, peu connu pour ses qualités diplomatiques et son art du compromis, ne ferait pas de vieux os à ce poste. Beaucoup se demandaient même s’il arriverait à battre le record de longévité d’Alain Bombard, resté secrétaire d’État pendant 32 jours avant d’être débarqué pour ses déclarations à l’emporte pièce sur la chasse à courre, voire celui de Léon Schwartzenberg, éphémère ministre de la santé de Michel Rocard, éjecté 9 jours après sa nomination pour avoir tenu des propos peu consensuels sur l’euthanasie.

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire (crédit photo Villard / SIPA)

Et pourtant, contre toute attente, Nicolas Hulot non seulement a été confirmé dans ses fonctions lors de la formation du second gouvernement Philippe, mais il est toujours à son poste un mois et demi plus tard, alors que d’autres poids-lourds de cet attelage, dont François Bayrou, Richard Ferrand ou encore Marielle de Sarnez ont déjà mordu la poussière… Pour quelqu’un qui déclarait voilà peu à propose de sa toute nouvelle charge ministérielle « j’espère que ce ne sera pas qu’un job d’été », c’est plutôt encourageant…

Et voilà même qu’il vient d’engranger la satisfaction de voir arbitrer en sa faveur un désaccord majeur avec le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, l’ex député socialiste de la Manche, Stéphane Travert. Par comparaison avec les énormes couleuvres avalées par ses prédécesseurs à ce poste ingrat, dont Ségolène Royal qui avait dû laisser Manuel Valls lui imposer de laisser Alteo continuer de déverser en plein Parc national des Calanques ses eaux industrielles riches en métaux lourds et fortement alcalines, c’est donc plutôt un bon début.

Rappelons pour mémoire que les députés avaient adopté en mars 2016, à l’occasion de l’examen en deuxième lecture à l’Assemblée nationale de la loi Biodiversité, un amendement prévoyant d’interdire l’usage des insecticides à base de néonicoticoïdes, dont il a été largement prouvé la nocivité sur le système nerveux des abeilles. Un pas en avant que tous les défenseurs de l’environnement et surtout les apiculteurs attendaient depuis des années en observant année après année l’effondrement des colonies d’abeilles et autres pollinisateurs (bourdons et papillons notamment) : la production de miel qui était d’environ 30 000 tonnes par an il y a 20 ans, a péniblement atteint 15 000 tonnes en 2015…

Des ruches françaises de moins en moins productives (infographie AFP)

La particularité de ces substances actives (clothianidine et imidaclopride, produites par Bayer, et thiaméthoxame synthétisé par la firme Syngenta), commercialisées notamment sous les noms de Gaucho et Cruiser, est qu’elles ont un effet systémique, c’est à dire qu’elles envahissent tout le système de la plante, de la sève au pollen. Il suffit donc d’en enrober les graines pour contaminer toute la plante durant toute sa croissance, ce qui évite à l’agriculteur d’avoir ensuite à traiter ces cultures par des aspersions répétées comme avec d’autres produits.

Le gain de temps et les économies qui en résultent expliquent pourquoi ces insecticides ont été autant plébiscités jusqu’à constituer désormais un tiers des insecticides utilisés dans le monde. On l’utilise en particulier pour protéger les cultures de blé, d’orge ou de betterave contre les attaques de pucerons verts. Le hic, c’est que les pollinisateurs qui viennent butiner sur ces champs absorbent ces substances qui ont une action nocive puissante sur leur système nerveux et les désorientent, leur empêchant de rejoindre leur colonie, d’où la perte constatée de plus de 300 000 ruches chaque année, une véritable hécatombe qui ne se limite bien évidemment pas aux seules abeilles domestiques mais touche tous les insectes pollinisateurs.

En 2013 déjà, la Commission européenne avait décidé de limiter l’utilisation professionnelle de produits phytosanitaires contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes sur certaines cultures et également d’interdire la mise sur le marché de semences traitées ainsi que les utilisations non-professionnelles. Il lui avait bien fallu en effet tenir compte de l’avis de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (AESA) qui avait constaté, au vu des inombrables études scientifiques concordantes sur le sujet, l’effet désastreux de ces substances sur les populations d’abeilles.

A l’époque, ces restrictions d’usage, entrées en vigueur au 1er décembre 2013, portaient sur 75 cultures différentes dont notamment des cultures fruitières (abricots, poires, pommes, pêche et nectarines, prunes), des cultures de fruits à coque (noix, noisettes amandes) ou des cultures de fruits rouges (fraises, myrtilles), jugées particulièrement attractives pour les abeilles. Mais il ne s’agissait que d’un moratoire temporaire car de nombreux pays, dont le Royaume-Uni en pointe sur ce dossier, s’étaient alors battus bec et ongles pour empêcher toute mesure d’interdiction définitive.

C’est donc en attendant que l’Europe se mette d’accord sur des mesures plus fermes sur le sujet que la France a débattu de la question à l’occasion du vote de la loi Biodiversité, d’autant que ce moratoire na manifestement pas eu les effets escomptés puisque les ventes d’insecticides néonicotinoïdes ont bondi en France, passant de 387 tonnes en 2013 à 508 en 2014, soit un gain de 31 % en un an !

Le débat a été houleux en 2016, avec même une intervention du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, fortement aiguillé par les principales fédérations professionnelles agricoles des producteurs de blé, de maïs, d’oléagineux et de betteraves incitant par courrier les députés à ne surtout pas décider d’interdiction brutale de ces produits jugés indispensables pour garantir la compétitivité des filières. Il s’était finalement soldé par une interdiction à compter du 1er septembre 2018 sur l’ensemble des cultures mais avec possibilité d’accorder des dérogations jusqu’en 2020, histoire de laisser du temps à chacun de s’adapter, et éventuellement aux changements de majorité de revenir en arrière…

Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation crée le buzz en annonçant vouloir revenir sur l’interdiction prochaine des néonicotinoïdes (crédit photo BFMTV)

C’est bien d’ailleurs ce qui a failli se passer puisque dès sa nomination au ministère de l’agriculture et poussé par les lobbies agricoles et de l’agrochimie, Stéphane Travert est aussitôt monté au créneau en déclarant le 26 juin 2017, moins d’une semaine après son entrée en fonction, vouloir revenir sur cette interdiction prochaine des néonicotinoïdes, qu’il juge excessive par rapport aux obligations européennes et surtout gênante pour les intérêts de la profession.

Cette déclaration a aussitôt fait bondir son collègue Nicolas Hulot qui a immédiatement tweeté qu’il n’était pas question de revenir sur les engagements votés il y a un an, et déclarant : « Nous ne reviendrons pas sur ces acquis. Je veux être le garant de ce qu’ont fait mes prédécesseurs ». Sur un tel sujet, on ne l »imaginait pas en effet se déjuger lui qui avait toujours été en pointe dans ce combat contre les insecticides tueurs d’abeilles. En revanche, la position du chef du gouvernement, Edouard Philippe, était plus attendu. Cet ancien directeur des affaires publiques d’AREVA est en effet réputé peu sensible aux questions environnementales, au point d’avoir voté contre la loi Biodiversité en 2016, et contre la loi sur la Transition énergétique.

Et pourtant, ce même Edouard Philippe a signifié le jour même à son ministre de l’agriculture que le débat avait déjà été tranché et qu’il n’était pas question de revenir en arrière sur cette interdiction prochaine des insecticides néonicotinoïdes. Première victoire donc pour le nouveau ministre Nicolas Hulot, mais nul doute que le combat ne fait que commencer et qu’il aura d’autres occasions de monter au créneau pour éviter d’avaler trop de couleuvres sur les nombreux chantiers qui s’ouvrent devant lui… Pas de vacances donc pour Monsieur Hulot !

L. V.  

Fondation Louis Vuitton : merci les contribuables !

24 juin 2017

Jeunes Chinoises accro aux sacs Louis Vuitton…

LVMH : Louis Vuitton Moët Hennessy… Des lettres qui symbolisent le summum du luxe à la française, destiné à tous les snobinards de la planète, du riche émir qatari au parvenu de la mafia russe en passant par tous ces riches touristes asiatiques qui se pressent sur les Champs-Elysées pour acquérir à prix d’or un sac siglé destiné à exposer à tous leur réussite sociale.

Le groupe date de 1987, créé par le rapprochement de la firme Louis Vuitton, spécialisée en maroquinerie de luxe et issue d’une fabrique de malles fondée en 1854, et de la société de spiritueux qui regroupe des marques prestigieuses comme le cognac Hennessy (qui s’exporte depuis 1859 en Chine), mais aussi le champagne Moët et Chandon et la marque de parfums Christian Dior rachetée au groupe Boussac peu auparavant.

Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH, en 2015 (photo © Eric Piemont/AFP)

C’est ce dernier fleuron du luxe français qui attise la convoitise du requin de la finance qu’est Bernard Arnault, lequel venait d’acquérir en 1984 ce qui restait de l’empire textile Boussac – Saint Frères. Dès 1989, Bernard Arnault prend ainsi le contrôle de LVMH, via la Financière Agache, et rassemble sous le nom de holding Christian Dior, les activités liées au parfum et à la haute-couture, qui s’enrichissent en 1997 à l’occasion de l’acquisition de Sephora. A l’issue d’une bataille juridico-financière féroce, l’impitoyable Bernard Arnault se débarasse progressivement des autres actionnaires et devient propriétaire principal du groupe LVMH en 1990. Tout le reste de l’histoire de cette société n’est qu’une longue succession d’OPA hostiles et de rachats à la hussarde pour permettre aux groupe de racheter des marques réputées et s’imposer progressivement comme le géant mondial du luxe.

L’affiche du film de François Ruffin, à charge contre Bernard Arnault

Détenu à 46,7 % par Bernard Arnault, son PDG, le groupe LVMH emploie de l’ordre de 125 000 personnes dans le monde, détient près de 4000 magasins disséminés à travers la planète et a engrangé en 2016 un chiffre d’affaire de 37,6 milliards d’euros. Champion de l’optimisation fiscale, LVMH serait le groupe français qui détient le plus de filiales implantées dans des paradis fiscaux, avant même BNP Paribas, pourtant assez fort dans ce domaine. Le groupe s’est également diversifié dans les médias, en rachetant notamment Les Echos et Le Parisien, histoire de manipuler l’opinion publique au gré de ses intérêts, tout en pesant de tout son poids sur les autres médias via le marché publicitaire de ses marques de luxe, LVMH constituant le principal annonceur publicitaire en France…

Epinglé par le journaliste et désormais député La France insoumise, François Ruffin, dans son film satirique « Merci, patron ! », le milliardaire Bernard Arnault se défend mollement en reconnaissant que « le groupe LVMH est l’illustration, l’incarnation de ce que, pour ces observateurs d’extrême gauche, l’économie libérale produit de pire ». Et voila que certains commencent à s’interroger sur les dessous d’une autre affaire qui concerne cette fois la Fondation Louis Vuitton.

Créée en 2006 pour faire contrepoids à la fondation installée dans l’ancienne Bourse du Commerce, à deux pas des Halles qui est dirigée par son rival de toujours, l’autre milliardaire François Pinault, la Fondation Louis Vuitton se présente comme un outil de mécénat artistique, né de la rencontre avec l’architecte Franck Gehry, concepteur du musée Guggenheim à Bilbao. Grâce à son entregent et en moins de 2 mois, le patron de LVMH obtient que la Ville de Paris lui cède gratuitement une parcelle de 1 ha dans le Bois de Boulogne pour une durée de 55 ans. Le permis de construire, qui fera l’objet d’un recours jusque devant le Conseil d’État, mais en vain, est attribué en un temps record et la starchitecte Franck Gehry peut laisser libre court à son imagination délirante pour concevoir ce que les observateurs qualifient selon leur inspiration de « bateau à voile », de « baleine-obus » ou de « nuage ».

Le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton (source FLV)

Achevé fin 2013, le bâtiment bénéficie d’une inauguration en grandes pompes le 27 octobre 2014 en présence du chef de l’État, François Hollande, lequel a préféré venir inaugurer cet établissement privé plutôt que le Musée des Confluences à Lyon, comprenne qui pourra… A l’époque, tout le monde s’extasie devant l’originalité de cet écrin, même si les entreprises chargées de sa construction pour le moins atypique reconnaissent que « jamais un bâtiment n’aura été aussi complexe à construire pour satisfaire le génie d’un architecte ». Il faut recourir aux calculateurs de Dassault Aviation pour dimensionner les milliers de pièces à assembler dont 19 000 plaques de béton fibré toutes différentes et les 12 voiles en verre, moulées sur mesure dans un four spécial.

Inauguration du bâtiment par François Hollande vu par le dessinateur Na !

Un travail de titan qui a un coût, maintenu soigneusement caché… On parle à l’époque d’une facture dépassant les 100 millions d’euros. Mais selon l’universitaire Jean-Michel Tobelem, spécialiste du mécénat d’entreprise et dont la tribune publiée dans Le Monde en octobre 2014 sous le titre « Le mécénat d’entreprise sans la générosité » avait fait quelques vagues, le coût est plutôt de l’ordre de 400 à 500 millions, sans commune mesure avec les 75 millions d’euros qu’a coûté par exemple l’aménagement du Centre Pompidou à Metz. Mais à l’époque chacun n’a d’yeux que pour l’extrême générosité du milliardaire : « C’est un cadeau de Bernard Arnault aux Parisiens », comme le répètent en boucle ses thuriféraires.

Un chantier d’une grande complexité technique (source : Fondation Louis Vuitton)

Mais un cadeau de luxe : selon les dernières estimations dévoilées par Emmanuel Lévy dans l’hebdomadaire Marianne, le chantier pharaonique aurait finalement coûté la bagatelle de 775,8 millions d’euros ! Et ceci sans compter les coûts de fonctionnement qui se seraient élevés en 2015 à près de 80 millions d’euros, quasiment la moitié de ceux du Louvre qui reçoit pourtant 10 fois plus de visiteurs. Rapporté au nombre de visiteurs, cela représente quand même 80 € par tête de pipe. On comprend dans ces conditions pourquoi l’entrée est si chère : 14 € par personne, seuls les enfants de moins de 3 ans pouvant y entrer gratuitement. Dans le monde du luxe, il convient d’apprendre très jeune que tout se paye, et cher…

Le pire c’est que ce sont les contribuables français qui payent la plus grande part de ce geste de générosité du délicieux Bernard Arnault. Grâce aux dispositions législatives issues de la loi Aillagon de 2003, les plus généreuses du monde en faveur du mécénat d’entreprise, 60 % des sommes investies sont déduites de l’impôt sur les sociétés. En 2015, LVMH a ainsi siphoné à lui seul 10 % de l’enveloppe affectée.

Le bâtiment de la Fondation Louis Vuitton coloré par Daniel Buren en mai 2016 (photo © Philippe Guignard / Air Images / Fondation Louis Vuitton)

Et ce n’est pas tout puisque le groupe a également adressé à Bercy une demande de remboursement de la totalité de la TVA payée dans le cadre du chantier, soit la bagatelle de 130 millions d’euros supplémentaire. Au final, c’est donc près de 80 % du coût du projet qui sera payé non pas par le richissime propriétaire de LVMH mais bien par le contribuable français, tandis que le groupe de luxe cultive son image de généreux mécène éclairé qui se glorifie d’avoir réalisé « un acte philanthropique majeur vis-à-vis de Paris ». On reste en effet confondu devant un tel savoir faire en matière de communication…

L.V. 

Trump place les États-Unis au ban de l’humanité

3 juin 2017

Finalement, personne n’aura été capable de convaincre le président des États-Unis, l’insaisissable Donald Trump, que l’avenir de la planète pouvait justifier un minimum de sacrifice vis-à-vis des intérêts économiques américains à court terme. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Dès leur première rencontre et la poignée de main musclée avec le nouveau président français, Emmanuel Macron, ce dernier avait insisté pour que Donald Trump prenne le temps de la réflexion avant d’annoncer la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, qui avait été adopté par 195 pays à l’issue de la COP 21 en décembre 2015 et était entré en vigueur moins d’un an plus tard, le 4 novembre 2016, après que 146 pays, dont les États-Unis, l’aient ratifié.

Poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron lors du sommet de l’OTAN, le 25 mai 2017 à Bruxelles (photo © Reuters)

Le sujet avait été au coeur des discussions lors du sommet du G7 à Taormina où les autres chefs d’États présents avaient tenté de convaincre le magnat de l’immobilier américain, devenu président de la première puissance économique mondiale, que l’avenir de la planète méritait peut-être réflexion. Dans son pays même, de très nombreuses voix, dont celle de sa propre fille Ivanka, s’étaient élevées pour tenter de convaincre le président Trump de revenir sur sa promesse de campagne. Les PDG de très grosses entreprises américaines, dont Facebook, Google, Apple, ou encore Exxon ont également pris position en faveur du respect de l’Accord de Paris qui engage les États-Unis à diminuer d’ici 2015 de 26 à 28 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 2005, tout en contribuant au fonds de solidarité destiné à aider les pays émergents dans leur effort d’adaptation. Les maires de 75 villes représentant 42 millions d’habitants, ainsi que les gouverneurs de 12 États abritant 102 millions d’Américains, ont aussi publiquement appelé Trump à respecter cet accord.

Certains avaient d’ailleurs cru déceler lors de l’une de ses intervention post-élection une amorce de revirement sur le sujet mais avaient vite déchanté lorsqu’il était revenu, en mars dernier, sur le dispositif mis en place par Barak Obama pour tenter de limiter le développement des centrales thermiques (Clean Power Plan). Nicolas Hulot, qui n’était alors pas encore ministre de la transition écologique et solidaire n’avait pas mâcher ses mots : « Si un jour la notion d’écocide est reconnue en droit international, Donald Trump sera coupable de crimes contre l’humanité ». Même le pape François y était allé de sa mise en garde…

Le président américain Donald Trump annonçant que son pays allait quitter l’Accord de Paris sur le climat, le 1er juin 2017 à Washington (photo © Brendan Smialowski / AFP)

Mais Donald Trump n’a eu cure de tous ces avertissements et a donc annoncé jeudi 1er juin 2017 que les États-Unis se retiraient dès à présent de l’Accord de Paris, justifiant sa décision par sa volonté de faire passer en priorité les intérêts américains à court terme, devant l’avenir de l’humanité à plus long terme : « J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris ». On se saurait être plus clair en effet, ni se montrer plus égoïste… Pour quelqu’un qui est à la tête d’une fortune personnelle gigantesque, au point de préférer ne pas loger à la Maison Banche mais plutôt dans l’une de ses luxueuses demeures dont les photos qui circulent sur le net laissent béats, voilà qui en dit long sur son sens des responsabilités…

Une des 120 pièces de la maison de campagne de Donald Trump à Mar-a-lago (Floride)

C’est d’ailleurs le maire de Pittsburgh qui s’en est étranglé d’indignation, au point de rappeler que rien n’empêche les villes américaines de poursuivre leurs efforts et respecter leurs engagements malgré les déclarations du chef de l’État : « En tant que maire de Pittsburgh, je peux vous assurer que nous suivrons les directives de l’accord de Paris pour nos administrés, notre économie et notre avenir ».

Dessin de Kanar publié dans Alternatives économiques

C’est là tout le paradoxe de cette déclaration de Donald Trump qui va en réalité à l’encontre non seulement de l’opinion publique américaine, désormais favorable à plus de 70 % au maintien dans l’Accord de Paris, mais surtout des intérêts de l’économie américaine largement engagée dans la transition énergétique. On considère ainsi que les énergies renouvelables représentent dès à présent de l’ordre de 770 000 emplois aux États-Unis, 10 fois plus que le secteur du charbon que Donald Trump cherche à favoriser, et surtout que la vitesse de création des emplois y est 17 fois plus importante que dans le reste de l’économie américaine.

Un dessin signé JM (source : actu en dessin)

C’est bien d’ailleurs ce qui inquiète les Américains car la décision de Donald Trump risque de les freiner sur ce marché de la transition énergétique dans lequel la Chine s’est, elle, résolument engagée et se pose désormais en leader mondial, aux côtés de l’Union européenne qui, jusque-là, a été en pointe du combat politique contre le réchauffement climatique global. C’est donc peut-être un revirement géostratégique auquel nous assistons actuellement avec cette position totalement incohérente et irresponsable du chef de l’État américain, même si cette décision est davantage une posture électoraliste qu’un choix stratégique.

Car en réalité, cette dénonciation est pour l’instant largement rhétorique, ne serait-ce que parce que la procédure choisie par Donald Trump pour sortir de l’accord, par la voie de la dénonciation, ne sera effective qu’en novembre 2020, soit juste à la fin de son mandat présidentiel ! En revanche, sa portée symbolique est colossale et son impact sur le reste de la planète va être redoutable, en particulier pour les pays les plus pauvres qui comptaient fermement sur le fameux Fonds vert doté annuellement de 100 milliards de dollars pour les aider à engager leur propre transition énergétique et à s’adapter aux effets déjà bien visibles du changement climatique global.

La façade de la mairie de Paris illuminée en vert le 2 juin 2017 (photo © DR)

Pas sûr que le simple éclairage en vert de l’Hôtel de Ville de Paris, décidé illico par Anne Hidalgo, suffise pour contrebalancer les effets d’une telle décision…

L.V.  

La douche écolo qui vous en fait voir de toutes les couleurs

17 mai 2017

Ségolène Royal et Gabriel Della-Monica, le fondateur de Smart & Blue

« L’écologie ne doit pas être punitive » disait Ségolène Royale pour justifier l’abandon totalement injustifiable de l’écotaxe poids lourds. Encore ministre de l’écologie la semaine dernière, comme elle l’était déjà en 1992, l’auteur de cette sentence mémorable serait, aux dernières nouvelles, toujours à la recherche d’un point de chute pour se recaser après que sa candidature à la tête du Programme des Nations Unies pour l’Environnement a été écartée… Pour autant, affirmer que les changements de comportements individuels en faveur d’une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux ne passent pas par la contrainte mais par l’adhésion et la conviction, voila assurément une idée qui ne manque pas de bon sens…

Pommeau de douche connecté Hydrao First (photo © Erwan Lecomte / Sciences et Avenir)

C’est ce côté ludique qu’a voulu explorer la jeune entreprise grenobloise Smart & Blue, un nom qui fleure bon le terroir alpin, en développant son dernier produit, elle qui se présente comme le « leader des technologies innovantes et connectées pour une gestion intelligente de l’eau potable », rien que ça ! L’idée, il est vrai ne manque pas d’originalité puisqu’elle consiste ni plus ni moins qu’à prendre sa douche en couleur, grâce à un pommeau intelligent dont les buses sont équipées de LED polychromes qui éclairent l’eau du bain de toutes les couleurs.

L’objectif n’est bien évidemment pas de transformer sa salle de bain en boîte de nuit, mais tout simplement d’inciter à économiser l’eau de la douche. Quand on ouvre le robinet, les LED éclairent l’eau du jet en vert. Jusque là, tout va bien, à condition de ne pas faire couler plus de 10 litres d’eau, un volume normalement largement suffisant pour se laver correctement, comme le savent tout ceux qui ont un jour testé les douches à l’ancienne, constituées d’un simple seau d’eau et d’un récipient adapté, bol en plastique ou calebasse selon les usages locaux.

A partir de ce volume fatidique de 10 l, le jet d’eau passe au bleu. Rien de bien inquiétant encore, mais à partir de 20 l, l’eau de la douche passe au rose, puis au rouge et au-delà de 40 l, le rouge se met à clignoter. Rassurez-vous, il n’arrivera rien de plus grave au-delà, mais après un tel festival de couleur, même le consommateur le plus endurci et le plus rétif aux économies d’eau sera incité à tourner le robinet et à attraper sa serviette pour se sécher. Selon le concepteur du système, le Français moyen n’utilise pas moins de 80 l pour sa douche quotidienne, au point que pour une famille de 4 personnes l’eau de la douche représente près de 40 % de la consommation quotidienne d’eau : l’enjeu n’est donc pas mince !

Répartition de la consommation de l’eau domestique par type d’usage en France (source © Centre d’information sur l’eau)

Bien évidemment, un concept aussi novateur, commercialisé sous le nom d’Hydrao First et déjà récompensé par plusieurs prix  n’a pas besoin d’électricité pour fonctionner car cela rendrait l’empreinte environnementale du dispositif nettement moins séduisante, sans compter le risque d’hydrocution : le système utilise simplement une turbine intégrée qui tourne sous l’effet du jet d’eau et qui fournit l’énergie nécessaire à l’éclairage des lampes. Un dispositif astucieux et par ailleurs totalement branché.

L’appli smart shower

Car bien entendu, un tel bijou de technologie est forcément connecté. Une appli adaptée permet de paramétrer sur son smartphone ses propres seuils de réglage des changements de couleurs mais aussi de suivre l’historique de consommation de ses 200 dernières douches et de comparer sa consommation par rapport à sa douche de référence. De quoi occuper les amateurs de statistiques, et de quoi attiser les conversations familiales car bien entendu l’appli n’est pas en mesure de faire la distinction en fonction de l’utilisateur. Impossible désormais, avec un tel mouchard à la maison, de se prélasser tranquillement sous la ouche sans se faire ensuite vertement remarquer qu’on a sérieusement fait baisser la moyenne familiale et fortement augmenter la facture d’eau et d’électricité.

Suivi de consommation (photo Sciences & Avenir)

Tout se paye en effet et on sait illico en sortant de la salle de bain combien nous ont coûté ces quelques minutes passées sous la douche. Pas autant certes que le pommeau lui-même car ce gadget futuriste est quand même vendu pour près de 90 € et on a intérêt à se doucher souvent pour espérer amortir un jour un tel investissement…

C’est en tout cas une excellente affaire pour son concepteur dont la société vient de recevoir une nouvelle récompense lors d’un salon professionnel qui s’est tenu à Las Vegas en janvier dernier pour ses deux dernières nouveautés Hydrao Drop et Hydrao Loop. Toujours connectée à la même application Smart Shower, cette dernière est un pommeau de douche dont le design très élaboré rappelle vaguement le signe mathématique de l’infini, mais dont les fonctionnalités sont tout à fait comparables à celle du pommeau d’entrée de gamme Hydrao First, avec néanmoins une efficacité accrue en matière d’économie d’eau, pour la modique somme de 169 €.

Hydrao Loop, dernier né de la gamme au look futuriste

On peut bien sûr ironiser sur l’aspect gadget de ces innovations mais on est bien obligé de reconnaitre que son inventeur, l’ingénieur en télécom Gabriel Della-Monica, a su faire d’une idée originale un beau succès commercial. Installée au sein du pôle de haute technologie nano et microélectronique de Grenoble, la société Smart & Blue a mis 2 ans pour développer le produit, disponible à la vente depuis 2015. Deux ans plus tard, la société a déjà embauché plus de 10 salariés et est en plein développement. Quant à la fabrication, elle est sous-traitée à une entreprise industrielle qui favorise l’intégration des travailleurs handicapés : un bel exemple de la French Tech qui réussit en mettant en avant ses valeurs de responsabilité sociale et environnementale. Le cas n’est pas si fréquent et mérite d’être salué !

L.V.

Qui donc a écrit le programme d’Emmanuel Macron ?

1 mai 2017

On a beaucoup reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir fait l’effort de rédiger un programme cohérent, piochant ses idées à droite et au gauche au gré des opportunités. L’honnêteté oblige à reconnaître que ce n’est pas le cas. Présenté le 2 mars 2017, le programme du candidat d’En marche, désormais en lice pour le second tour de la présidentielle, est au contraire très structuré.

Celui qui en a coordonné l’élaboration : Jean Pisani-Ferry. Un économiste, qui a démissionné en janvier 2017 de son poste de commissaire général de France Stratégie, pour rejoindre à 65 ans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, de 26 ans son cadet. Peu connu du grand public, cet ingénieur de Supélec qui a été aussi conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter au ministère de l’Économie, et expert auprès de la Commission européenne et du FMI, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université libre de Bruxelles, est issu d’une lignée prestigieuse de grands serviteurs de l’État. Il est en effet le fils de l’ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterand, Edgard Pisani. Il est aussi, comme son nom l’indique, l’arrière petit-neveu de Jules Ferry en personne, excusez du peu…

Jean Pisani-Ferry, le 25 juin 2014 à Paris ( photo © T. A. Clary AFP/Archives)

Nommé en 2013 par François Hollande commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry avait déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la campagne de 2012, et ce dernier lui avait confié en 2014, alors qu’il était ministre de l’économie, la rédaction d’un rapport sur « les domaines prioritaires d’investissement ».

Sa rigueur et son honnêteté, que ceux qui le côtoient s’accordent à lui reconnaître, ont fait percevoir sa présence auprès du candidat d’En marche comme un gage de sérieux. D’autant qu’il considère qu’un programme politique ne doit pas être un simple « catalogue de propositions » mais doit correspondre à une vision construite et prospective de l’action politique, comme le détaille un article des Echos qui rapporte ses propos : « Il ne faut pas se tromper de diagnostic. Le candidat ne peut pas tout prévoir, mais je crois beaucoup à ce que les Américains appellent le mandat, le capital politique donné par les électeurs pour être investi dans des choses difficiles ».

Dessin de Miss Lilou

Pour cela, il faut que l’intention du candidat soit clairement comprise. « On vit une époque que l’on peut qualifier de réactionnaire au sens où il y a une croyance que revenir en arrière peut être une solution à nos problèmes », analyse-t-il. « Face à cela, il faut construire l’utopie du monde de demain ».

A une semaine du second tour de la présidentielle, il n’est donc pas inintéressant de s’attacher à la vision de la société de demain que porte Jean Pisani-Ferry. Chargé en 2013 d’élaborer une stratégie à 10 ans pour la France, son rapport remis en juin 2014, est une somme ambitieuse, enrichie de nombreux échanges avec les partenaires sociaux et la société civile, qui balaie l’avenir de la France à l’horizon 2025. S’appuyant sur un diagnostic approfondi de la situation du pays et de ses points d’entrave, la rapport identifie 8 objectifs principaux parmi lesquels le besoin de réconcilier les citoyens avec la démocratie, la nécessité de combattre les discriminations en vue d’une égalité républicaine, le besoin de refonder une politique sociale lisible qui vise le plein emploi effectif, ou encore la mise en oeuvre d’un développement responsable et durable.

25 juin 2014 : Jean Pisani-Ferry remet à François Hollande le rapport prospectif sur la France dans 10 ans (photo © Elysée)

La prospective n’est pas un exercice facile, surtout dans un monde complexe et mouvant. La manière dont les politiques, parmi lesquels Emmanuel Macron, se sont emparés des propositions issues de cette analyse, est naturellement discutable, et chacun aura son opinion sur le sujet. Néanmoins, le diagnostic posé et les pistes explorées, non seulement lors de l’élaboration de ce rapport et des différentes notes thématiques qui le prolongent, mais aussi dans le cadre des débats qui ont été organisés dans de nombreuses villes par France Stratégie pour enrichir les échanges, tout ceci représente une matière à réflexion d’un grand intérêt.

Une interview de Jean Pisani-Ferry, réalisée pour l’association Réso Hebdo Eco en octobre 2016, alors qu’il était encore à la tête de France Stratégie, permet d’en retrouver quelques points saillants. Il y explique notamment comment la situation française du travail s’est dégradée par rapport à d’autres pays européens : non seulement le taux de chômage y est plus élevé (autour de 10 % alors qu’il est plus proche de 5 % chez nos voisins allemands, autrichiens ou danois) mais le taux d’emploi (qui mesure le nombre d’actifs occupés par rapport à la population totale en âge de travailler) y est plus faible : 64 % en France contre 76 % en Allemagne, Suède ou Pays-Bas.

Or, non seulement le travail est plus rare en France, mais les enquêtes montrent que la qualité du travail y est aussi moindre, en termes de rythmes d’activité, de charge de travail, de compatibilité avec la vie familiale ou d’autonomie des salariés. Et ceci alors que la France est l’un des pays qui consacre les moyens budgétaires les plus importants en matière de politique publique de l’emploi : 108 milliards d’euros par an ! Une des causes de faiblesse pointée par Jean Pisani-Ferry est le faible niveau de compétence d’une partie de la population active française, alors que les niveaux de coût salarial du pays exigeraient que la main d’oeuvre soit au contraire au top en matière de compétence professionnelle.

Un des intérêts d’une telle approche prospective sur le long terme est d’identifier les axes sur lesquels il importe d’investir en matière de politique publique en trouvant le bon équilibre entre dispositifs d’ampleur nationale et outils de formation et d’accompagnement pilotés de manière plus locale et plus proche du terrain. Pour répondre à l’ampleur des défis qui nous attendent, que ce soit face au changement climatique, à la nécessaire transition énergétique, au besoin de maintenir une forte cohésion sociale, à la nécessité de renforcer le niveau de formation et de compétence de chacun, les réponses ne peuvent être que globales et de long terme. Elles doivent s’appuyer sur un diagnostic approfondi et partagé, permettant de mobiliser un débat citoyen éclairé.

Bref, tout le contraire des idées simplistes qui laisseraient entendre qu’il n’y a qu’à supprimer l’immigration et sortir de l’Europe pour que, comme par miracle, la prospérité revienne pour chacun. « Il faut lutter contre la trumpisation des débats » dit Jean Pisani-Ferry. Ce n’est sans doute pas inutile en effet…

L.V.  

Eden, la Méhari écologique du XXIe siècle

18 avril 2017

Tous les fans de Deux-Chevaux, Dyane et Méhari connaissent le 2CV Méhari Club de Cassis (MCC), dont l’aventure a commencé dans les années 1980. Les frères Marquès ont d’abord personnalisé des Méhari en belles voitures de plage avant de lancer un catalogue complet de pièces détachées de toute la gamme des 2CV, Dyane et Méhari.

Devant le succès, Citröen SA leur a confié en 1998 les outillages d’origine du quai de Javel, afin de reproduire les pièces de la Méhari. Le même passage de relais a eu lieu en 2000 pour la 2CV.

Méhari 4 x 4 de 1979 (photo © Citroën)

Aujourd’hui, la famille Marquès a cédé son fond industriel et commercial à une nouvelle organisation financière, épaulée par la Banque Publique d’Investissement. Elle est pilotée par MM Julien V. et Stéphane W. (deux bons camarades de Terminale…), dûment diplômés et expérimentés en industrie auto. Avec courage, ils lancent l’Eden.

L’Eden, c’est à la base l’historique Méhari, lancée en 1968, il y a près de 50 ans, avec sa carrosserie en plastique moulé, fixée sur un châssis et munie d’une suspension et d’une motorisation issus de la mythique 2CV (qui, elle, date de 70 ans !). Mais contrairement à ses aînées, l’Eden est équipée d’une nouvelle motorisation entièrement électrique, alimentée par une batterie ion-lithium de dernière génération.

L’Eden, écologique et tout électrique, entièrement montée à Cassis et partiellement fabriquée à Carnoux…

Il s’agit bien d’une nouvelle voiture, dûment homologuée depuis mars 2016 pour la France et l’Europe, classée véhicule utilitaire à 4 places. Offrant une autonomie de 120 km, la batterie se recharge en moins de 4 h sur une simple prise électrique domestique. La voiture est entièrement montée à Cassis, dans les locaux agrandis du MCC (qui occupent 8 000 m2 sur un terrain de 10 hectares) et, cerise sur le gâteau, plusieurs des pièces, dont le châssis et une sellerie très variée sont fabriqués à Carnoux même.

La E-Méhari de Citroën

La Méhari cassidaine se distingue en tout cas très nettement de sa petite sœur relookée E-Mehari que Citroën vient tout juste de dévoiler, un véhicule électrique également, directement inspiré de la Bluesummer de Bolloré et qui, elle, sera fabriquée à Rennes, avec un objectif de 1000 exemplaires, pour un prix de vente qui devrait revenir à 25 000 €, hors coût de location des batteries (79 € par mois). Même une fois déduit le bonus écologique qui s’élève à 6 000 € pour l’achat d’un véhicule électrique, l’investissement reste élevé pour un véhicule au confort minimaliste !

L’Eden devrait d’ailleurs être proposée à la vente pour un prix assez comparable, mais avec une carrosserie identique à celle d’origine, ce qui devrait plaire aux nostalgiques des années 1960… C’est d’ailleurs là-dessus que compte manifestement le 2CV-Mehari Club de Cassis puisque la présentation officielle de l’Eden s’est faite à l’occasion de la 40e édition du salon Rétromobile, qui s’est tenu Porte de Versailles début février 2016 et que le lancement commercial a eu lieu lors de l’édition suivante du salon, en février 2017.

Présentation du concept-car Eden au salon Rétromobile en février 2016 (photo © G. Pelletier)

Nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette belle création industrielle, qui allie avec bonheur la tradition mythique et l’esprit de la 2CV avec la dernière modernité écologique : 10 kW seulement et un entretien quasiment inexistant ! Et de surcroît, une conduite 100 % plaisir, cheveux au vent et selon l’esprit de liberté des belles années.

Bravo, longue vie et prospérité à l’Eden !

Léonide G.

Vinci victime d’un petit coup de mou : les zadistes en cause ?

9 mars 2017

L’affaire est déjà ancienne puisqu’elle s’est produite le mardi 22 novembre 2016. Elle avait alors fait la une de tous les médias et suscité de doctes interrogations de la part des plus brillants analystes boursiers, suscitant même l’intérêt du Canard enchaîné avant que ce dernier ne vienne fourrer son bec dans le cursus professionnel d’une certaine Pénélope Fillon.

Xavier Huillard, le PDG de Vinci

Ce jour-là, à 16h05, alors que Xavier Huillard, le PDG du géant du BTP (et heureux gestionnaire d’une bonne partie du réseau autoroutier français) Vinci, est en train de faire un beau discours devant la fondation de l’Ecole Polytechnique, un communiqué de presse est adressé à une poignée de journalistes et de sites économiques. L’agence de presse spécialisée Bloomberg relaie aussitôt l’information à destination des opérateurs boursiers.

Le message en question se présente comme un communiqué officiel du groupe Vinci et explique que le directeur financier du groupe, Christian Labeyrie, vient d’être limogé après la découverte d’erreurs comptables portant sur un montant total de 3,5 milliards d’euros, entraînant une révision des comptes consolidés de l’exercice 2015 et du premier trimestre 2016.

Le groupe Vinci, une véritable galaxie…

Immédiatement, la bourse s’enflamme et l’action Vinci dévisse, grâce à l’action zélée des automates de marchés qui vendent aussitôt à tour de bras sous l’effet de cette nouvelle alarmante. A 16h27, alors que les cotations venaient tout juste de reprendre après avoir été automatiquement stoppées pour éviter le désastre, un nouveau faux communiqué est diffusé, confirmant que des informations comptables explosives ont été dérobées au groupe. Le cours de Vinci poursuit alors sa dégringolade vertigineuse.

En quelques minutes, le cours de l’action a ainsi perdu 18 % de sa valeur, tombant de 61,81 à 49,93 euros. La valorisation du groupe est passée en moins d’un quart d’heure d’environ 36 milliards d’euros à 29 milliards, soit une perte quasi instantanée de plus de 7 milliards d’euros !

Le groupe Vinci finit par réagir et publie alors, à 16h49, un communiqué officiel sur son site pour démentir les deux précédents. Le cours de l’action remonte et clôture finalement la séance à 17h en baisse de 4 % seulement.

Une demi-heure plus tard, cet acte de sabotage boursier est revendiqué par un groupe de militants qui expliquent avoir agi en représailles contre la forte implication de Vinci dans le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, et pour quelques autres turpitudes du groupe de BTP sur certains de ses chantiers à l’étranger.

Bien entendu, une enquête est aussitôt ouverte par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Elle met d’ailleurs rapidement en évidence que les communiqués étaient des faux grossiers, des « hoax » pour emprunter le jargon anglicisant du monde de la finance. Le premier émanait d’un domaine internet « vinci-group » loué auprès du gestionnaire de noms de domaines Gandi pour la modique somme de 22,50 € par un certain Thomas Moulaert qui avait fourni comme numéro de téléphone celui de la mairie de Roermond, paisible bourgade hollandaise.

Quant au contact indiqué sur le communiqué et qui était sensé correspondre au service de presse de Vinci, il s’agit d’un numéro correspondant à une carte prépayée issue d’un opérateur virtuel indien domicilié à Londres, mais bien sûr personne ne s’est donné la peine de vérifier tout ceci avant de diffuser l’information…

Trois mois plus tard, si l’on en croît un article récent du Monde, l’Autorité des marchés financiers n’est guère plus avancée même si de nombreux articles à travers le monde ont décortiqué en détail ce cas de figure remarquable de « hoaxcrash » qui consiste ni plus ni moins qu’en un simple canular téléphonique à 7 milliards d’euros. Un beau coup de maître mais qui n’est pas si rare que cela, puisque la presse spécialisée cite de multiples autres exemples assez comparables. La bourse n’est décidément qu’une vaste loterie soumis aux humeurs joueuses de certains…

Les transactions boursières qui ont été réalisées sur le titre Vinci pendant les quelques minutes de folie qui ont vu le titre jouer allègrement au yoyo ont bien évidemment été analysées à la loupe mais il semble bien que rien de particulier n’ait été décelé et tout semble donc désigner les zadistes de Notre-Dame des Landes comme les auteurs de ce canular, sans même qu’ils se soient enrichis au passage.

Un geste de militant donc, selon toute vraisemblance, comme celui de ces faucheurs de chaises qui se sont permis de faire main basse sur le mobilier de plusieurs agences bancaires de BNP Paribas, promettant de rendre les chaises à leur propriétaire dès lors que ce dernier rendra les milliards d’euros soustraits via l’évasion fiscale que cette banque pratique à grande échelle.

Opération réquisition dans une agence de BNP-Paribas (photo Attac)

En tout cas, la mésaventure du groupe Vinci aura au moins servi aux autorités boursières françaises à prendre conscience du risque et à prendre les mesures qui s’imposent. La plus spectaculaire d’entre elles consiste ni plus ni moins qu’à rappeler aux journalistes qu’il leur est conseillé de vérifier leurs sources face à de tels communiqués. Une démarche salutaire en effet. Vinci trouvera peut-être qu’il a payé un peu cher pour que son affaire débouche sur une telle recommandation qui est sans doute déjà largement enseignée dans les écoles de journalisme, mais manifestement le groupe Vinci cherche plutôt à faire profil bas après sa mésaventure largement médiatisée.

Qu’on se rassure cependant : à ce jour l’action du groupe est remontée à plus de 70 € et le chiffre d’affaire du groupe devrait s’approcher en 2017 des 40 milliards d’euros, pour un résultat d’exploitation qui a dépassé les 4 milliards sur l’exercice 2016. Le petit incident boursier du 22 novembre n’est donc qu’une péripétie sans importance pour le géant du BTP. Qu’est-ce 7 milliards d’euros de nos jours ? Cela représente tout juste le montant total de l’aide sociale à l’enfance qui est alloué chaque année sur l’ensemble du territoire national, une broutille !

L.V. 

Xavier Beulin, un paysan presque comme les autres…

8 janvier 2017

Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et richissime patron du groupe industriel Avril, s’est fait épinglé récemment par Mediapart dont les enquêteurs ont recherché en vain quelles étaient les terres sur lesquelles ce représentant de la profession agricole pouvait bien exercer ses talents, lui qui se revendique comme « paysan », ainsi qu’il a encore tenté de le faire croire devant un groupe d’éleveurs en colère à Saint-Brieuc en juillet 2015…

blog378_phbeulinfnsea

Un paysan pour le moins atypique en tout cas, qui avait fait sensation en se présentant lors du congrès de Metz de la FNSEA en 2006 « en costard de banquier, pompes anglaises, attaché case Lancel ». Dirigeant de la Sofiprotéol, rebaptisée Avril en 2015 pour des raisons de pur marketing, le fringant patron de l’agro-business qui voyage en jet privé, bluffe tout le monde et prend la tête en 2010 de la FNSEA pourtant traditionnellement aux mains des éleveurs. Il y est réélu triomphalement en 2014, aucun autre candidat n’osant même se présenter contre lui, et il est déjà en train de préparer sa propre succession à l’occasion des prochaines échéances prévues en mars 2017.

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Il faut dire que le groupe Sofiproteol, alias Avril, qu’il dirige, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaire qui dépasse 6 milliards d’euros, trustant plus de la moitié de la production française de colza et de tournesol. Il s’agit donc d’un géant de l’agroalimentaire, propriétaire notamment des marques d’huiles Lesieur et Puget, mais aussi du leader des œufs Matines, d’un des principaux centre d’abattage de porc (société Abera en Bretagne), ou encore de Sanders, premier fournisseur français d’aliment pour bétail, bref un des symboles de la concentration et de l’industrialisation à outrance des exploitations agricoles.

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Le groupe se revendique également leader européen de l’oléochimie et n°1 mondial de la glycérine végétale, tout en se placant comme un acteur majeur sur le marché européen de la production de biocarburants au travers de ses filiales Saipol et Expur. Pour la multinationale agro-industrielle, les biocarburants, c’est un peu la poule aux œufs d’or, fruit d’un long travail de lobbying auprès des autorités en charge de la politique agricole tant à Paris qu’à Bruxelles, sachant que Xavier Beulin est également vice président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, qui appointe pas moins de 18 lobbyistes auprès de l’Union européenne!

Champ de colza en production (photo T. Creux)

Champ de colza en production (photo T. Creux)

C’est en 1992 qu’une première réforme de la Politique agricole commune a autorisé l’exploitation de cultures oléagineuses pour produire du carburant, en principe pour valoriser les terres laissées en jachère. Et en 2003, une directive européenne a été adoptée, obligeant les distributeurs de carburants à incorporer un certain pourcentage de biocarburant dans le diesel. Histoire d’encourager au maximum la filière, la France a alors choisi d’aller encore plus loin que ces objectifs européens en imposant un taux d’incorporation de 7 % de biodiesel dans le gazole, taux qui est passé à 8 % en 2015. Certains véhicules d’entreprises ou de collectivités roulent même d’ores et déjà avec un carburant composé de 30 % de biodiesel, ce qui assure de confortables débouchés pour la filière.

En France, on utilise principalement pour cela le colza et le tournesol. La graine est d’abord broyée pour séparer l’huile, les résidus formant des tourteaux riches en protéines, qui sont valorisés pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à l’huile, elle est transformée en diester via une réaction chimique qui fait intervenir du méthanol et donne de la glycérine comme sous-produit. Schématiquement, une tonne d’huile brute additionnée de 100 kg de méthanol donne une tonne de diester et 100 kg de glycérine végétale.

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Une véritable manne en tout cas pour Avril, ex-Sofiproteol, qui contrôle l’essentiel de la filière de production de biodiesel sous sa marque Diester®, d’autant que ces cultures d’oléagineux destinés à la production de biocarburant ont été largement subventionnées par l’Europe, à hauteur de 45 €/ha jusqu’en 2010 ! Beaucoup de voix sélèvent désormais pour dénoncer cette filière qui entraîne une hausse importante du cours des matières premières oléagineuses au détriment de l’alimentation. Le bilan écologique du procédé est lui-même fortement remis en cause puisque l’on estime qu’il faut 1,2 litres de pétrole pour produire 1 litre de biodiesel, ce que reconnaissent d’ailleurs les acteurs de la filière qui cherchent actuellement d’autres voies pour la production de biocarburant, en particulier en valorisant les déchets verts voire l’exploitation de microalgues.

Mais c’est surtout le coût pour le contribuable français qui fait l’objet de vives critiques. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2012 estimait ainsi que l’exonération fiscale dont bénéficient les producteurs de biodiesel a coûté à l’État plus de 1,8 milliards d’euros entre 2005 et 2010. Sur la même période, les investissement productifs de la filière avoisinent les 500 millions d’euros… Les contribuables français ont donc payé près de quatre fois les investissements des entreprises comme Sofiprotéol-Avril qui a ainsi bénéficié à elle seule de 50 millions d’euros d’exonération fiscale pour l’année 2013 ! Cela n’a pas empêché le gouvernement Ayrault de renouveler fin 2012 pour trois ans les agréments qui permettent aux producteurs d’agrocarburants de bénéficier de cette défiscalisation massive.

Comme le souligne un article très documenté du Monde, il a fallu attendre le 1er avril 2016 pour que le gouvernement décide enfin de supprimer cette niche fiscale, tout en publiant quelques mois plus tard un arrêté ouvrant la voie à une requalification du biodiesel pour le faire bénéficier de la défiscalisation réservée aux biocarburants dits « avancés »…

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

Assurément, le travail de lobbying dans lequel excelle Xavier Beulin s’avère payant, bien davantage en tout cas que celui de simple exploitant agricole qui lui sert de paravent syndical. Car l’enquête de Médiapart au siège de sa société agricole réserve bien des surprises. Sur les 25 ha achetés en 2009 par le président de la FNSEA qui est sensé y exploiter l’EARL Quadrige, fondée la même année avec son frère et deux cousins, on ne trouve q’une grange avec la boîte aux lettres de la société. Xavier Beulin lui-même, bien qu’officiellement exploitant, n’y met jamais les pieds. Il réside habituellement dans une luxueuse résidence du très chic 8 ème arrondissement de Paris, à deux pas des bureaux de sa société Sofiproteol-Avril. S’il a pu néanmoins conserver son statut d’associé exploitant dans le Loiret, c’est surtout en profitant de sa fonction de vice-président de la FDSEA locale et un peu en arguant qu’il possède sa résidence principale (en réalité une ville avec piscine située dans un quartier résidentiel d’Orléans) à une distance raisonnable…

Que le monde agricole en tout cas se rassure : la crise du foncier à laquelle elle est soumise ne touche pas trop son porte-parole. Propriétaire également d’un immeuble de rapport en plein centre d’Orléans et d’une résidence de vacances dans un quartier huppé près de Tunis, Xaver Beulin semble vivre assez bien de ses 25 ha de terre caillouteuse… Il possède même des parts dans une société civile immobilière gérée par son épouse, ce qui lui permet de toucher de l’ordre de 200 000 € par an de la part du Carrefour Market d’Ingré qui y est implanté, histoire sans doute de fluidifier les relations entre la profession agricole et la Grande distribution.

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Quant à sa société Avril, elle fait l’objet actuellement d’une pétition contre son projet d’implanter à Bruz, près de Rennes, un centre de formation sur des terres agricoles, dans une commune où les trois-quart des exploitations ont déjà disparu en 30 ans. Alors qu’un reportage de Franck Vescovacci, diffusé sur France 5, le 6 décembre dernier, rappelle qu’en France 60 000 ha de terres agricoles sont transformées chaque année en hypermarchés, lotissements, stades de football, immeubles de bureaux ou parking, alors que des associations comme Terre de Liens se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder en périphérie des centres urbains des terres encore exploitables, alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, il serait peut-être temps que les agriculteurs se ressaisissent et se donnent enfin un porte-parole qui défende réellement l’avenir de la profession et non pas celui de sa propre société industrielle…

L.V.  lutinvert1small

Insensé : Amazon expérimente les supermarchés sans caissière !

22 décembre 2016

Depuis plusieurs années, nous constatons que la plupart des enseignes de la grande distribution, Auchan, Carrefour, Leroy-Merlin, Alinéa pour ne citer que celles qui sont proches de Carnoux, devancées en cela par les gérants des réseaux d’autoroute, substituent progressivement aux caisses de paiement traditionnelles des appareils d’enregistrement automatiques individuels portables réservés aux adhérents ou des caisses équipées de scanners.

Un nouveau pas vient d’être franchi à Seattle aux États-Unis avec la création d’un magasin du géant de la distribution en ligne Amazon qui expérimente un nouveau concept de commerce dépourvu de caisse. Sur son site internet, Amazon affirme tester un magasin physique d’environ 170 m2, où il propose des produits alimentaires de base (pain, lait, fromages, chocolats) ainsi que des plats à emporter.

Amazon : Go, l'enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Amazon : Go, l’enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Accessible pour l’instant aux seuls employés du groupe, le magasin dénommé « Go » promet aux consommateurs qu’ils n’auront « jamais à y faire la queue » : après avoir utilisé l’application mobile du groupe pour rentrer dans le magasin, ils pourront remplir leur caddie comme dans n’importe quel supermarché, puis partir sans avoir à passer à la caisse.

Cela fonctionne grâce à des technologies d’intelligence artificielle intégrées à des smartphones qui « détectent automatiquement quand les produits sont pris ou remis dans les rayons, et en gardent la trace dans un panier virtuel. Quand vous avez fini vos courses, vous pouvez simplement quitter le magasin. Peu après, nous facturerons votre compte Amazon et vous enverrons un reçu », détaille le distributeur.

Comme le pointe la journaliste Sharon Gaudin du Monde à propos de cette initiative : « Le prix à payer d’une société technologique est-il celui de la déshumanisation ? ». Pour l’analyste Patrick Moorhead, « le paiement automatique en sortie est une caractéristique du magasin du futur. Il s’agit de la façon ultime d’utiliser la technologie dans la vente. La limite d’un tel dispositif réside néanmoins dans la capacité du système à facturer sans erreur le client, ce qui se présente comme le plus grand challenge ». Après tout, les humains ne sont pas les seuls à faire des erreurs, lesquelles sont d’ailleurs intégrées par une pondération des prix (à la hausse bien sûr, rassurez-vous !).

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les arguments qui sous-tendent cette démarche ? Ce sont d’abord ceux du gain de temps pour le consommateur et de la disparition des sources de contrariété : attente en caisse, problèmes de paiement avec une carte de crédit qui ne fonctionne pas, automate récalcitrant… mais les opérateurs oublient aussi de citer la fidélisation des clients, l’enregistrement d’habitudes d’achat et, ce qui est encore plus préoccupant, la suppression de postes d’employés.

C’est cette dernière conséquence sur la quelle nous souhaitons insister non sans avoir auparavant souligné un paradoxe. De quoi s’agit-il ? Ceux qui se sont rendus dans un supermarché aux USA ont généralement constaté et apprécié la présence en bout de caisse d’une personne (étudiant, retraité ou autre) qui range méticuleusement vos achats dans vos cabas ou dans de grands sacs en papier.

Ce service supplémentaire dont le coût est intégré au prix des produits contribue à l’humanisation d’un espace de commerce déserté de longue date par les responsables de secteurs et où l’on ne rencontre que les personnes en charge de l’achalandage des rayons. Ce travail qui relève des « petits boulots » offre à une population socialement très modeste un petit revenu ou un complément de revenu qui permet de mieux subsister.

Self-scanning chez Auchan

Self-scanning chez Auchan

Avec la disparition des caisses, sonne aussi la fin de ces emplois d’aide aux personnes (aide au chargement de produits encombrants ou lourds dans le véhicule). Même si l’on vante pour les clients les gains de temps, ce qui apparaît le plus préjudiciable socialement c’est la disparition des hôtes et très majoritairement des hôtesses de caisse. Déjà avec le « scanning », le client devient caissier, parfois aidé par quelques employé(e)s dédié(s)s à cette mission ou au contrôle des achats.

Que va-t-il advenir de ces milliers d’agents de caisse si le système expérimenté par Amazon s’étend ? Et d’abord, qui sont ces agents ? Pour la plupart en France ce sont des femmes (entre 60 % et 80 %) dont la situation professionnelle a fait l’objet du film Discount sorti en janvier 2015.blog371_phaffichediscount

Comme le décrit la journaliste Sandra Lorenzo dans le Huffington Post : « La caissière est une femme que les sociologues, comme Sophie Bernard, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Dauphine et auteure de « Être caissière », comparent souvent à un ouvrier spécialisé, « l’OS du tertiaire », avance-t-elle. Autrement dit, un employé sans qualification et sans formation spécifique comme cet ouvrier, symbole de l’ère industrielle « dont on exige seulement qu’il suive le rythme de la machine qu’il sert « selon la définition d’Alternatives Economiques. Leur machine à elles, c’est la caisse.

Les horaires flexibles sont aussi un des traits caractéristiques de ce métier. « Les caissières sont souvent embauchées en CDI mais avec un temps partiel imposé », explique Sophie Bernard. Les ressources humaines du supermarché s’adaptent aux rythmes des clients et privilégient donc le temps partiel pour coller au mieux aux besoins du magasin, ainsi leur emploi du temps varie souvent d’une semaine sur l’autre sans beaucoup de visibilité. « Payées au SMIC horaire, elles ont la possibilité de faire des heures complémentaires si l’affluence de clients le justifie. Peu d’entre elles le refusent, elles en ont besoin financièrement et cela peut-être un gage de leur motivation dans l’espoir un jour de décrocher un temps plein. »

blog371_phcaissierOutre le fait qu’elles travaillent avec une machine et qu’elles travaillent en horaires décalés, « la répétitivité des gestes, la soumission à des cadences » rappellent aussi le quotidien des ouvriers, souligne encore Sophie Bernard. A une différence près, et elle est de taille, « les caissières le revendiquent, elles ne travaillent pas en usine, elles sont en contact direct avec les clients et ne peuvent donc pas être remplacées par des machines », ajoute-t-elle. Mais cette dernière affirmation est-elle pérenne ?

La sociologue, Marlène Benquet, auteure de « Encaisser! Enquête en immersion dans la grande distribution » et d’un récit sur une grève dans un hypermarché marseillais intitulé « Les damnées de la caisse » a cherché à comprendre pourquoi. Les caissières sont au « carrefour du triple mouvement de féminisation, tertiairisation et précarisation du salariat » écrit-elle. Dans les années 1970, être caissière devient une activité professionnelle principale (et non plus d’appoint pour le ménage) et dans le même temps, l’activité se précarise à cause de « l’extension du travail à temps partiel », ainsi que le résume Jean-Michel Denis sur la plateforme Cairn.blog371_phlivreencaisser

Cette précarisation n’explique pas tout. Marlène Benquet montre qu’il s’agit aussi d’une profession placée « sous contrôle » aussi bien de sa hiérarchie que des clients et des autres caissières elles-mêmes. Un phénomène accentué par l’arrivée des caisses automatiques. Sophie Bernard a étudié ce phénomène. « La temporalité a complètement changé, analyse-t-elle, aujourd’hui une caissière peut être en charge d’une petite dizaine de caisses à la fois avec très peu de moment de pause comme c’était le cas entre chaque client à une caisse traditionnelle. Elles doivent avoir une attention permanente pour s’assurer que les clients n’ont pas de problème et qu’ils ne volent pas ».

La question qui se pose est bien sûr celle de l’emploi de personnes peu ou pas qualifiées. Même si en amont, la conception et la réalisation de nouvelles caisses automatiques ou de dispositifs numériques se substituant aux caisses requièrent de faire appel à plus de techniciens et d’ingénieurs, leur nombre ne saurait compenser le déficit d’emploi d’hôtesses de caisse.

blog371_phcaissiereauchanC’est donc bien un choix économique et social qui prévaut dont les premières victimes seront encore une fois les personnes les plus faiblement qualifiées qui viendront alors grossir le nombre des personnes en recherche d’emploi…. s’il en existe encore quelques-uns d’accessibles ! Moins de personnel cela signifie pour les groupes de la grande distribution moins de gestion des ressources humaines (les machines travaillent à toute heure et ne font pas grève), moins de charges sociales à payer et une accélération du flux de client et donc des rentrées financières.

Alors, réfléchissons bien lorsque nous faisons nos courses : Est-ce que pour le consommateur le gain de temps aux caisses est plus important que la suppression de postes de travail pour des personnels qui contribuent à humaniser un service et à créer de la richesse solidaire par le biais des charges sociales liées à leurs emplois ?

Maroiller

Encore un traitement de faveur pour Alteo !

1 décembre 2016

Décidément, l’usine d’alumine Alteo de Gardanne qui continue depuis plus de 50 ans de rejeter en mer ses effluents toxiques au large de Cassis, n’a pas fini de faire parler d’elle : le sujet a même fait l’objet d’une discussion spécifique à l’occasion de l’examen en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi de finance pour 2017 !

Vue de l'usine d'alumine Alteo à Gardanne

Vue de l’usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans la discussion d’un projet de loi de finances, il y a toujours un moment de défoulement, celui des articles non rattachés qui permet aux parlementaires de déposer leurs amendements les plus hétéroclites et parfois de les faire adopter, à la faveur d’un malentendu ou d’un relâchement de l’attention générale.

Le député Olivier Faure

Le député Olivier Faure

Le crû 2017 n’a pas failli à la tradition et on y a donc débattu (longuement) de deux amendements quasi identiques portés par un député socialiste de Seine-et-Marne, un certain Olivier Faure, visant à aligner le paiement de la redevance de l’usine Alteo sur la règle commune.

L’histoire ne dit pas pourquoi un obscur élu de Combs-la Ville s’intéresse à un tel sujet, mais un petit retour en arrière s’impose pour comprendre le but de la manœuvre.

Comme toute entreprise polluante qui rejette dans le milieu naturel des substances toxiques, Alteo est soumise à une redevance perçue par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) selon le principe pollueur-payeur. Le montant annuel de cette redevance est basé sur le volume rejeté de polluants organiques traditionnels mais aussi de matières en suspension. Sont également pris en compte dans le calcul la toxicité aiguë et 8 métaux et métalloïdes (arsenic, cadmium, chrome, nickel, cuivre, mercure, etc.) ainsi que d’autres paramètres tels que les nitrites, les nitrates, ou encore la température des rejets et, depuis 2016, 16 substances dangereuses pour l’environnement.

La formule de calcul est identique pour toutes les entreprises, sauf pour l’usine d’alumine de Gardanne qui a bénéficié en 2006, lors du vote de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques d’un traitement de faveur taillé sur mesure. Certains parlementaires bienveillants ont alors convaincu leurs collègues d’appliquer un taux plafond plus faible pour les matières en suspension lorsque le rejet se fait au large des côtes, configuration qui concerne exclusivement la seule usine de Gardanne, alors aux mains de Péchiney. La canalisation issue de l’usine de Gardanne rejetait à cette date de l’ordre de 250 000 tonnes de boues rouges chaque année dans la Méditerranée, à quelques km de la côte et a donc bénéficié de cette mesure inédite, très avantageuse.

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Malgré ce traitement de faveur, le site a vu sa redevance augmenter progressivement du fait de l’augmentation des taux sur les autres polluants, jusqu’à atteindre en 2012 le montant annuel de 2,6 millions d’euros. Rapportée au chiffre d’affaire de l’entreprise, la somme n’était pas énorme, mais elle a néanmoins été jugée excessive par l’industriel qui, plutôt que de tenter de diminuer la charge polluante de ses rejets, a préféré actionner ses relais politiques.

Avec d’ailleurs un succès incontestable, puisque un amendement parlementaire déposé en 2012 à l’occasion de la loi de finance rectificative a créé un taux plafond moins important pour les rejets au large des côtes concernant le paramètre de toxicité aiguë (matières inhibitrices), ce qui a permis une nouvelle fois de dégonfler la facture pour le site industriel provençal passé entre temps dans les mains du propriétaire actuel, le fonds d’investissement HIG European Capital Partners.

Et voila qu’en 2015, les procédures nationales pour évaluer la toxicité des rejets évoluent. Basées jusque là sur une évaluation de la sensibilité d’organismes caractéristiques des eaux douces, la méthode s’appuie désormais sur l’examen de l’impact sur d’autres organismes plus adaptées au milieu marin, des bactéries luminescentes. Une aubaine pour Alteo qui, du fait de ce changement de méthodologie et grâce à l’application du plafonnement spécifique dont elle bénéficie, verrait ainsi le montant annuel de sa redevance passer de 1,8 millions d’euros à 300 000 €.

blog363_dessin

Une misère qui rendrait d’un coup totalement inutiles les efforts que l’industriel est sensé développer pour réduire à terme la toxicité de ces rejets : à quoi bon investir de l’argent dans de la recherche pour polluer moins quand on peut polluer autant qu’on veut pour un montant dérisoire ? L’amendement du député de Seine-et-Marne avait donc pour but de maintenir un minimum de décence en faisant en sorte que la redevance de l’industriel soit divisée par 3 et non par 6, ce qui restait plutôt bienveillant.

Mais c’était encore trop pour les amis d’Alteo dont le secrétaire d’État Christian Eckert, qui est aussitôt monté au créneau pour défendre les intérêts du fonds d’investissement anglo-saxon, estimant bien naturellement qu’ « une telle disposition ferait peser un risque significatif sur l’avenir de cette entreprise qui serait très largement compromis ». L’ange gardien d’Alteo, le député François-Michel Lambert, qui s’est targué jadis d’une certaine fibre écologiste, a bien évidemment fait sonner la charge. Absent de l’hémicycle, il a aussitôt dépêché un député ami (élu dans le Val d’Oise) pour plaider la cause de l’industriel et sauver les 400 emplois évidemment menacés, son porte-parole estimant sans rire : « je pense qu’il vaut mieux négocier avec l’entreprise les moyens et les investissements nécessaires pour traiter ces rejets ». Entre amis, on s’arrange…

Le député Olivier Faure ne s’est pas laisser démonter par les arguments fallacieux et les chiffres totalement fantaisistes avancés par son collègue. Il a courageusement tenté d’argumenter en expliquant : « Il ne s’agit pas de pénaliser outre mesure cette entreprise, d’autant que ce sont les agences de l’eau qui fixent le taux et qu’elles ont le souci de maintenir l’emploi. Même si était voté le taux le plus élevé, la taxe ne pourrait être supérieure  à 500 000 € (…) les calanques n’ont pas besoin de continuer à être polluées. Oui à une baisse de la redevance, mais pas à n’importe quelles conditions. Continuer à stimuler les efforts me paraît la bonne mesure ».

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Car en réalité, l’Agence de l’Eau n’applique pas les plafonds qui sont fixés par la loi mais reste très en deçà pour calculer le montant des redevances. Comme l’explique Laurent Roy, directeur de l’Agence RMC pour Actu-Environnement, le taux appliqué à Alteo était 30 fois inférieur au plafond réglementaire pour les matières en suspension et à 25 % du plafond fixé pour la toxicité aiguë. Certes, le conseil d’administration a souhaité que l’Agence se rapproche progressivement de ces plafonds mais on voit qu’il n’y avait pas péril en la demeure pour Alteo…

Et pourtant, contre toute attente, c’est encore le lobby pro-industriel qui a gagné cette bataille : l’amendement introduit par Olivier Faure, malgré toute sa mesure, a été rejeté. On imagine la joie au siège d’Alteo qui vient de recevoir, au gré de cet échange parlementaire, un signal très positif pour continuer à polluer allégrement les fonds marins en toute impunité et à moindre frais : champagne !

L.V.  lutinvert1small

Emploi : les recettes ne se valent pas toutes…

13 novembre 2016

Il est beaucoup question en cette période de précampagne électorale des solutions que les uns et les autres envisagent pour faire baisser le taux de chômage en France.

blog357_dessinhollandeMalgré la fameuse inversion de la courbe du chômage tant attendue par François Hollande et qui commence enfin à se concrétiser puisque le taux de chômage vient de repasser sous la barre des 10 %, l’emploi reste une des principales préoccupations de la société française et sera sans doute un des déterminants majeurs pour les prochaines élections présidentielles en mars 2017.

Une inquiétude qui se comprend aisément quand on voit la vitesse à laquelle la courbe du chômage a progressé ces dernières années, passant d’un taux de 7,2 % fin 2007, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy et grimpant ensuite de manière continue jusqu’à atteindre 9,7 % lors de son départ de l’Elysée en 2012. La crise économique mondiale est largement responsable de cette forte dégradation de la situation de l’emploi, mais chacun voit bien que des causes plus structurelles liées à la désindustrialisation massive du pays ont renforcé cette vulnérabilité qui n’est d’ailleurs pas propre à la France. En dehors du cas particulier de l’Allemagne, la France est en effet dans la moyenne des pays européens et fait même beaucoup mieux que certains pays comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne.

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Face à un tel constat chacun y va de sa potion magique. Les primaires de la droite mettent en avant des solutions liées avant tout à la baisse des charges sociales et à l’augmentation de la durée du travail. Des solutions qui ont d’ailleurs été déjà largement explorées. La loi sur les 35 heures a d’ores et déjà été partiellement détricotée et la durée hebdomadaire moyenne de travail effectif est désormais en France de 39,6 heures, légèrement supérieure, soit dit en passant, à celle observée en Allemagne.

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Quant à la baisse des charges pour les entreprises, elle a été également pratiquée, via notamment le dispositif du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mis en place par François Hollande suite à une proposition de Louis Gallois, et qui s’est traduit par la distribution de plus de 28 milliards d’euros aux entreprises pour les seules années 2013 et 2014, de l’ordre de 10 milliards d’euros par an depuis. Un coût très élevé pour les finances de l’État et qui va encore augmenter de 3 milliards d’euros en 2017 puisque le taux vient d’être relevé pour le prochain exercice.

Un rapport commandé par France Stratégie (l’ex Commissariat au Plan) à deux centres de recherche indépendants, vient justement d’apporter un éclairage récent sur l’évaluation de ce dispositif entré en vigueur au 1er janvier 2013 mais pour lequel on manquait jusqu’à présent de recul pour dresser une véritable évaluation à partir d’observations effectives. C’est désormais chose faite, à partir d’un retour d’expérience sur les deux premières années de mise en œuvre du CICE et le bilan n’est pas des plus flatteurs…

Remise de l'édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Remise de l’édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Alors que le gouvernement attendait de ce dispositif qu’il permette la création d’au moins 200 000 emplois, la réalité se situe plutôt entre 50 000 et 100 000, ce qui n’est pas négligeable pour un système qui n’a pas encore donné sa pleine mesure, mais reste loin des objectifs initiaux. Il n’en reste pas moins que le dispositif s’avère particulièrement coûteux pour l’État avec un coût moyen estimé à 240 000 € pour chaque emploi créé, ce qui est énorme. Rappelons en effet au passage que le coût moyen d’indemnisation d’un chômeur en France revient à environ 15 000 € par an…

En comparaison, le passage aux 35 heures hebdomadaires impulsé en 1997 par Martine Aubry dans le gouvernement Jospin avait eu un effet nettement plus efficace comme l’a encore récemment confirmé un rapport parlementaire. Ce sont en effet pas moins de 220 000 emplois qui avaient pu être créés en deux ans grâce à ce dispositif (et même 350 000 si on observe l’effet jusqu’en 2005), pour un coût très faible évalué à environ 12 000 € par emploi créé.

blog357_dessinsarkoCertes la palme en la matière revient à la solution qu’avaient mise en place Nicolas Sarkozy et son premier ministre François Fillon, via la fameuse loi TEPA instaurée dès son accession à la Présidence en 2007. Basée sur sa célèbre promesse du « travailler plus pour gagner plus », la défiscalisation des heures supplémentaires avait réalisé la prouesse de supprimer plus de 30 000 emplois pour le coût faramineux de 130 000 € par emploi perdu, un véritable exploit !

De ce point de vue, le CICE n’est donc pas si catastrophique qu’il n’y paraît même si de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le fait qu’il ait surtout bénéficié à la grande distribution et à des entreprisse comme La Poste plutôt qu’à l’industrie manufacturière en vue d’améliorer la compétitivité de cette dernière à l’export, ce qui était quand même l’objectif initial principalement visé.

L’effet bénéfique majeur apporté par le CICE et que reconnaît bien volontiers le patronat, est d’avoir permis aux entreprises de fortement augmenter leurs marges bénéficiaires. Tombées en 2013 un peu en dessous de 30 %, elles sont remontées depuis à 32,7 % ce qui constitue une hausse spectaculaire dont les patrons se réjouissent selon l’adage énoncé par l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, disparu il y a tout juste un an : « les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

En l’occurrence, force est de constater, comme le fait l’analyse de France Stratégie, que les investissements en question se font toujours attendre… Aucun frémissement n’est détecté dans ce domaine. En réalité, les montants colossaux versés par l’État au titre du CICE ont souvent servi à pallier les difficultés de trésorerie des entreprises confrontées aux frilosités du système bancaire, et ont permis d’alimenter largement les confortables dividendes versés aux actionnaires. Pour les investissements et les créations d’emplois, on attendra encore un petit peu…

L.V.  lutinvert1small

L’ogre Monsanto va t-il disparaître ?

15 octobre 2016

Pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au fonctionnement de l’agriculture moderne et à ses effets délétères sur l’environnement, la firme américaine Monsanto, leader mondial des semences OGM, fait figure de repoussoir universel ! On ne compte plus les reportages qui dénoncent le rôle de cette multinationale toute puissante qui contrôle une large part du marché mondial des semences et poursuit en justice les paysans qui s’obstinent à vouloir produire leurs propres semences à partir d’une sélection de leur récolte, comme des générations de paysans l’ont fait avant eux. En France, une loi récente a redonné un peu d’espace de liberté aux agriculteurs dans ce domaine, mais dans de nombreux pays, Monsanto n’hésite pas à les traduire en justice pour cela afin d’assurer sa suprématie commerciale.

blog351_dessinprince

Pour la plupart des tenants d’une agriculture raisonnée et les défenseurs de l’environnement, le nom de Monsanto est détesté. La firme fait d’ailleurs l’objet depuis le 12 octobre 2016 d’un procès retentissant, accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide » par un tribunal international citoyen qui siège à La Haye. Son crime : avoir commercialisé des produits dangereux responsables de la mort de milliers de personnes. Parmi ces produits toxiques, les polychlorobiphényles (PCB), le Lasso (un herbicide cancérigène, interdit en Europe depuis 2006), le glyphosate (un herbicide connu sous la marque Roundup et dont l’Union européenne vient de prolonger l’autorisation d’usage !) ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, le fameux « agent orange », un puissant défoliant pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

blog351_dessintribunalCertes, ce procès, pour le financement duquel a été monté une vaste opération de financement citoyen, est largement symbolique et d’ailleurs la firme Monsanto a refusé d’y participer pour se défendre. Les membres du tribunal n’en sont pas moins des juges professionnels aguerris en matière de droit pénal international et parmi le comité de direction de cette initiative, on retrouve de vrais spécialistes du sujet, dont l’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corine Lepage, la journaliste Marie-Monique Robin, auteur du documentaire « Le monde selon Monsanto » ou encore l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.

Au delà du cas Monsanto, emblématique des pires excès du business de l’agro-alimentaire industriel, responsable de l’empoisonnement de milliers de personnes sur la planète, mais aussi de l’accélération de la perte de biodiversité, l’enjeu de ce tribunal est aussi de mettre en évidence l’ampleur des stratégies de désinformation, de corruption et de lobbying qui ont permis à la firme américaine d’imposer ses produits à travers le monde entier malgré leurs effets redoutables sur la santé humaine et sur l’environnement.

blog351_phepandage

Et voila que l’on apprend que la firme Monsanto est sur le point de disparaître, rachetée par un de ses concurrents, le géant allemand Bayer, pour la modique somme de 59 milliards d’euros ! Il faut dire que la firme américaine avait eu un petit coup de mou avec une baisse de 15 % de son bénéfice en 2015, mais elle avait déjà annoncé la suppression de 3 600 emplois d’ici 2018, histoire de redresser la barre…

En tout cas, la fusion du leader des semences et du roi des pesticides ne va pas passer inaperçue dans le paysage agricole mondial… Le chiffre d’affaire annuel des deux sociétés est de 23  milliards d’euros et elles comptent pas moins de 140 000 salariés à travers le monde. Mais surtout, après la fusion, le groupe contrôlera 24 % du marché mondial des pesticides et 30 % de celui des semences. De quoi se placer en bonne position dans le grand Monopoly mondial auquel jouent les six grands qui se partagent le marché.

blog351_phbourseEn décembre 2015, les deux géants américains Dow Chemical et Dupont de Nemours avaient déjà fusionné pour 130 millions de dollars. Monsanto avait alors tenté de racheter le suisse Syngenta dont les frasques judiciaires ont déjà été évoquées ici, mais c’est finalement le Chinois ChemChina qui l’a absorbé pour la somme conséquente de 43  milliards de dollars. Les trois mastodontes ainsi créés vont désormais contrôler à eux trois 60 % des semences et 75 % des produits phytosanitaires vendus sur la planète. Pas très rassurant pour l’avenir des agriculteurs et celui de notre environnement…

Du coup, il paraît probable que le nom de Monsanto, honni à travers toute la planète par des cohortes de petits agriculteurs et les défenseurs de la biodiversité, va disparaître, histoire de se refaire une virginité. On peut d’ailleurs faire confiance aux communicants pour dénicher un autre nom que celui de Bayer dont la réputation n’est pas moins ternie par des décennies de bonnes affaires.

blog351_dessinmariage

Rappelons en effet au passage que cette dernière société, dont selon une analyse d’Agoravox, les principaux actionnaires sont désormais des fonds d’investissement américains, est l’héritière de la firme allemande IG Farben, qui fournissait le Reich en Zyklon B, pour l’alimentation des chambres à gaz des camps d’extermination, après avoir été l’inventeur du gaz moutarde largement utilisé sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. La société avait d’ailleurs été condamnée lors du procès de Nuremberg pour avoir acheté des déportés du camp d’Auschwitz à des fins de cobayes. Ses produits phares que sont les insecticides Gaucho et Regent, accusés d’exterminer les abeilles, sont également de sinistre mémoire, mais chacun sait bien qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…blog351_dessinfusion

La stratégie d’intégration menée par Bayer et Monsanto ne manque en tout cas pas de clairvoyance. En fournissant à la planète entière semences, engrais et pesticides mais aussi de plus en plus conseils techniques et encadrement, ils transforment peu à peu les agriculteurs en de simples opérateurs industriels totalement à leur merci. Et s’ils tombent malades du fait de l’ingestion massive des produits toxiques utilisés pour les traitements phytosanitaires, c’est encore Bayer qui leur vendra à prix d’or les médicaments anti-cancéreux dont ils ont besoin.

blog351_dessindangerLa fusion entre Monsanto et Bayer laisse en effet entrevoir un avenir radieux pour la profitabilité des actionnaires du monstre ainsi créé qui maîtrisera à la fois la production alimentaire mais aussi les traitements pharmaceutiques nécessaires pour corriger les dégâts collatéraux malencontreusement causés par une industrie agroalimentaire peu regardante en matière environnementale. La tentation serait même grande pour arrondir les dividendes des actionnaires, d’introduire dans les semences des modifications génétiques porteuses de maladies dont la firme fournirait en parallèle le traitement médical approprié. Un vrai jackpot en perspective !

L.V. LutinVert1Small

Primaires de la Droite : la chasse aux fonctionnaires est ouverte !

12 octobre 2016

Alors que la campagne des primaires de la Droite et du Centre bat son plein, à six mois des prochaines élections présidentielles, les candidats en lice se lancent dans une surenchère délirante pour savoir qui supprimera le plus de postes de fonctionnaires. Pour Nicolas Sarkozy, la barre a été fixée à 300 000 fonctionnaires dont il convient de supprimer le poste dans les meilleurs délais, histoire d’alléger les dépenses publiques puisque, comme chacun sait, le fonctionnaire est une espèce nuisible envahissante qu’il est nécessaire d’éradiquer. François Fillon estime quant à lui que c’est 500 000 postes de fonctionnaires qu’il faut supprimer sans attendre : qui dit mieux ?

blog350_phsarkozyPour Nicolas Sarkozy, comme toujours, les choses sont simples et même de plus en plus simplistes maintenant qu’il s’est mis en tête que sa cible était le peuple et son ennemi les élites de la République : « Nous ne pouvons pas continuer à avoir autant d’emplois publics en France, à rebours de nos voisins européens. Ce n’est d’ailleurs pas une question d’idéologie ou de dogme. C’est incontournable et, au fond, cela ne devrait même pas être un sujet de clivage entre la gauche et la droite ».

Il se vante d’ailleurs d’avoir supprimé pas moins de 150 000 postes de fonctionnaires entre 2007 et 2012. Mais il n’a pas eu de chance car, selon lui, « A l’époque, 95 % des régions étaient à gauche et 70 % des départements étaient à gauche. Dans le même temps où on réduisait de 150 000 les effectifs de l’Etat, les collectivités territoriales de gauche les augmentaient d’autant ».

Avec un tel personnage, il n’est pas toujours facile de faire la part des choses tant il prend ses aises avec la vérité… Une chose est sûre, il y a bien eu de nombreuses suppressions de postes dans les forces de sécurité et on en paye largement le prix aujourd’hui, alors que les ténors de droite accusent de laxisme le gouvernement qui fait ce qu’il peut pour former de nouveaux policiers afin de remplacer les postes disparus.

Blog325_DessinSarkoClownRappelons ainsi pour mémoire que ce sont pas moins de 12 650 postes de policiers et de gendarmes qui ont été supprimés entre 2007 et 2012, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, auxquels il faut ajouter 3 900 suppressions de postes du fait de la fusion entre les renseignements généraux et la DST pour créer la nouvelle DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), mais aussi 54 000 postes de militaires en application de la loi de programmation militaire votée en 2009. Soit quant même plus de 70 000 postes en moins pour les forces de sécurité et du renseignement, un chiffre qui est rarement mis en avant par les candidats aux primaires de la Droite…

Quant aux 150 000 postes qui auraient été créés par les collectivités territoriales dans le même temps, la vérité mérite d’être nuancée comme l’a bien rappelé Libération. L’essentiel de ces « créations de postes » résulte en réalité des transferts de compétences qui ont été opérés à partir de 2006 en application des lois de décentralisation de 2004. Si l’on fait abstraction des effets de ces simples transferts de compétences de l’État vers les collectivités territoriales, la hausse des effectifs dans les régions se limite à 1 200 postes et à 7 400 dans les départements, mais tout de même 80 000 dans les communes qui, elles, étaient loin d’être systématiquement gérées par des élus de gauche à cette période ! Mais le candidat Sarkozy ne s’encombre pas de ce genre de détails…

Plusieurs des candidats de droite souhaitent revenir sur la suppression du jour de carence en cas d’arrêt maladie, jour de carence qui avait été instauré au 1er janvier 2012 mais que François Hollande a fini par supprimer en 2014 après une évaluation peu concluante de son efficacité. Sarkozy, s’il revient au pouvoir, a promis de revenir sur cette mesure en doublant la mise avec cette fois deux jours de carence, la prise en charge ne se faisant qu’à partir du 3ème jour d’arrêt maladie.

Dans le privé, il existe en effet 3 jours de carence mais là aussi la vérité oblige à dire que les deux tiers des salariés du privé bénéficient en fait du rachat de ces 3 jours de carence par la caisse de prévoyance de leur entreprise si bien qu’ils ne s’en aperçoivent même pas. Cette mesure concerne en particulier les cadres (à 82 %) et principalement les salariés des grandes entreprises (à 77 %). L’objectif de la Droite est donc simplement d’étendre à la fonction publique une injustice qui touche principalement les ouvriers des PME : une belle mesure sociale effectivement !

blog350_dessinprivilege

Autre marotte de Nicolas Sarkozy et de son rival ultralibéral François Fillon : faire travailler plus longtemps les fonctionnaires dont l’emploi n’aura pas été supprimé. Il s’agit notamment de faire passer la durée hebdomadaire de travail de 35 à 37 heures et même à 39 heures pour les volontaires selon Nicolas Sarkozy. Quant à la retraite, « il faudra non seulement continuer à retarder l’âge du départ avec une première étape à 63 ans dès 2020, puis une seconde à 64 ans en 2025, mais aussi organiser la convergence des règles de calcul des pensions», estime Sarkozy qui souhaite également supprimer les régimes spéciaux.

blog350_dessin35hSur la question du temps de travail, la Gazette des communes rappelle que le rapport publié il y a quelques mois par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a calculé que le temps moyen de travail des fonctionnaires s’élève à 1 584 heures par an, légèrement inférieure à la durée réglementaire fixée à 1 607 heures, l’écart venant pour l’essentiel de certaines professions telles que les infirmières, les policiers ou les agents de maintenance, qui bénéficient de régimes particuliers du fait de leur cycle de travail atypique les obligeant à travailler de nuit ou le dimanche.

Il est exact que la durée moyenne du temps de travail est légèrement supérieure dans le privé (1 684 heures annuelles), l’écart se traduisant généralement par des jours de congés ou de RTT supplémentaires (7 en moyenne). Mais quand François Fillon affirme qu’obliger les fonctionnaires à passer à 39 heures hebdomadaires permettrait de supprimer automatiquement 600 000 postes, c’est largement exagéré. Un rapport de la Cour des Comptes a d’ailleurs fait le calcul et estime que dans le meilleur des cas, en supposant une parfaite fluidité dans la réorganisation des services pour s’adapter à ces nouveaux rythmes, le gain ne serait que de 27 000 postes sur un an !blog350_phfillon

« Est-ce que la France peut continuer à emprunter sur les marchés internationaux pour payer les salaires des fonctionnaires. Ça ne peut pas durer. On consacre 57 % de la richesse nationale à la dépense publique » : encore une déclaration choc de François Fillon en campagne pour les primaires !

Petite précision : la dépense publique n’est pas liée aux seuls salaires des fonctionnaires. Celle-ci représente certes 41 %  des dépenses totales dans la fonction publique d’État mais seulement 25 % dans la territoriale. La part de la masse salariale de tous les fonctionnaires français (hors militaires) ne représente en réalité que 13 % de la richesse nationale, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, d’autant que sur les 10 dernières années, les traitements progressent moins vite pour les fonctionnaires (0,2 % par an en moyenne dans la fonction publique d’Etat en euros constants) que dans le privé (0,5 % en moyenne).

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il avait été instauré le principe de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite. On a vu ce que donnait une telle politique sur l’évolution des effectifs de la police mais les Républicains souhaitent désormais l’étendre aux collectivités territoriales, quitte à réformer la Constitution puisque celle ci garantie actuellement la libre administration des collectivités et ne permet donc pas d’imposer ce type de mesure par la loi.

blog350_dessinsomme

Quant aux fonctionnaires d’État, Nicolas Sarkozy a trouvé comment en diminuer encore le nombre : il suffit de supprimer les contrôles du fisc et de l’inspection du travail dans les entreprises et les exploitations agricoles ! Une mesure radicale en effet qui permet de donner carte blanche aux fraudeurs de toute sorte. Pas sûr qu’une telle approche soit de nature à rétablir l’équilibre des comptes de la Nation mais on reconnaît bien là la solidarité de l’avocat d’affaire, doublement mis en examen, envers ceux qui, comme lui, ont l’habitude de prendre certaines libertés avec l’interprétation des lois.

L.V.  LutinVert1Small

Dividendes : les actionnaires se régalent, les salariés trinquent…

11 septembre 2016

Le monde économique est en crise et le taux de rendement des obligations est en baisse : 1,5 % seulement pour les bons du Trésor américains sur 10 ans et même des taux négatifs pour leurs équivalents allemands ! Alors, pour attirer les investisseurs, les grosses entreprises se montrent très généreuses sur le versement des dividendes à leurs actionnaires, histoire de récompenser leur fidélité et de les inciter à conserver leurs actions… Plusieurs analyses parues récemment dans la presse et notamment un article de Laszlo Perelstein publié dans la Tribune détaillent l’ampleur du phénomène.

Assemblée générale des actionnaires de l'Oréal, le 20 avril 2016

Assemblée générale des actionnaires de l’Oréal, le 20 avril 2016

C’est ainsi qu’au 30 juin 2016 les 500 plus grosses entreprises côtées en bourse aux États-Unis et regroupées au sein du S&P 500 affichaient en moyenne un taux de rendement des dividendes très attractif de 2,24 % tandis que celui des entreprises prises en compte par l’indice européen Stoxx 600 atteignait 3,1 % et même, pour les 40 locomotives du CAC 40 français, le taux mirobolant de 4,05 %… Comme l’expliquaient benoîtement en 2015 les analystes financiers d’Allianz Global Investors, « les dividendes peuvent constituer un substitut attrayant aux coupons obligataires, en particulier durant les périodes de répression financière ».

Du coup, toutes les grandes multinationales s’engouffrent dans la brèche, Apple en tête qui a versé les plus gros dividendes en 2015 après avoir interrompu cette pratique entre 1995 et 2012. Des firmes comme le géant pharmaceutique Pfizster ou le fabricant de jouets Mattel ont ainsi versé en 2015 sous forme de dividende payé rubis sur l’ongle à leurs actionnaires, un montant supérieur à leur profit annuel ! Et le cas n’est pas isolé puisqu’il concerne plus de 40 des 500 plus grosses entreprises américaines…

blog342_dessincaterpillarBien évidemment, l’opération n’est pas indolore car les montants en cause sont faramineux même si cela ne représente souvent que quelques euros par action. C’est ainsi que la firme pétrolière Shell a été amenée à réduire de 2 milliards de dollars ses projets d’investissements et de 3 milliards ses coûts d’exploitation afin de servir en priorité l’appétit de ses actionnaires, tandis que son concurrent ExxonMobil baissait d’un quart le montant de ses investissements en 2016 après l’avoir déjà diminué de 20 % en 2015. Quant au fabricant d’engins de chantier Caterpillar, il a procédé en juin 2015 à une augmentation de 10 % du montant des dividendes versés à ses actionnaires avant d’annoncer trois mois plus tard la supression de 10 000 emplois, soit 9 % de ses effectifs totaux.

Il faut bien en effet trouver quelque part l’argent pour rémunérer les actionnaires et forcément on coupe en priorité dans les investissements et dans les salaires (du personnel, pas des dirigeants).

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

En France, où le grand patronat se plaint en permanence de la crise de liquidité et de l’étranglement des charges sociales qui ne lui permettent pas d’investir pour développer son appareil industriel, cette course aux dividendes prend des proportions tout à fait étonnantes. Le dernier rapport du gestionnaire d’actifs Henderson Global Investors qui porte sur le second trimestre 2016 est éloquent à cet égard. Après les États-Unis et les Pays-Bas, « les dividendes français ont enregistré la troisième hausse la plus rapide au monde, en augmentation de 11,2%, et tous les secteurs ont réalisé de bons résultats ».

C’est bien simple, la France est devenue le plus gros payeur de dividende d’Europe, hors Royaume-Uni puisque désormais les analystes financiers considèrent ce pays comme extra-européen… Toujours selon les experts d’Henderson, « les dividendes totaux français ont atteint 40 milliards de dollars US, en hausse de 13,9 % », avec une pensée toute particulière pour les gros pourvoyeurs de dividendes que sont Total (malgré la baisse des cours du pétrole et la fermeture de ses raffineries…) et Saint-Gobain, mais aussi des grands groupes bancaires qui, à l’image de la Société Générale, de BNP-Paribas ou du Crédit Agricole ont augmenté leurs distributions de dividendes de 50 à 70 % ! Voilà qui confirme que la crise financière et celle des liquidités est loin derrière nous, au moins pour ce qui concerne les actionnaires…

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Pour l’année 2015, c’est ainsi un total de 35 milliards d’euros que les sociétés françaises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires sous forme de dividendes, soit presque autant que le fameux montant de 40 milliards d’exonération de charges consenti par le budget de la Nation pour leur venir en aide sous forme d’allègement de cotisations sociales. Une baisse sensible néanmoins par rapport à l’année 2014 pour laquelle les actionnaires du CAC 40 avaient quand même perçu pour près de 46 milliards d’euros de dividendes versés en cash, grâce, il est vrai, à deux opérations exceptionnelles liées d’une part à la sortie partielle de Nestlé du capital de L’Oréal et, d’autre part, à une distribution d’actions Hermès par LVMH. Si l’on excepte ces opérations exceptionnelles, la hausse est de 11,2 % d’une année sur l’autre.

Le pire c’est que ces dividendes versés par les grandes sociétés françaises sert pour l’essentiel à rémunérer des investisseurs étrangers. L’actionariat du CAC 40 est en effet à 45 % étranger, constitué principalement de fonds de pension anglo-saxons et de fonds souverains du Moyen-Orient et de Chine. Certes, le patronat tempère cette analyse en rappelant qu’une partie de cet argent a été gagné en dehors de nos frontières et qu’il est donc normal qu’il y retourne, à l’instar de Danone par exemple, qui ne réalise que 10 % de son chiffre d’affaires en France. On peut quand même s’interroger sur l’intérêt à long terme d’un tel dispositif pour l’avenir de l’économie française…

blog342_dessinavidite

Les actionnaires sont donc à la fête. Mais est-ce bien raisonnable ? Pour la même année 2015 en effet, le bénéfice cumulé dégagé par ces mêmes entreprises du CAC 40 s’élève à 55,21 milliards d’euros, en baisse de 12,8 % par rapport à 2014. Certes, ces moins bons résultats sont surtout dus aux lourdes pertes enregistrées par Engie (ex GDF-Suez) ou encore Arcelor Mittal (pour ce qui est des banques, rassurez-vous, tout va pour le mieux…).

Du coup, la part du bénéfice reversée sous forme de dividendes atteint des proportions importantes, largement supérieures à 80 % pour la plupart de ces sociétés, et ceci au détriment des montants consacrés à l’investissement en vue de moderniser l’outil de travail et le rendre plus compétitif à l’avenir. Hors banques et assurances, l’investissement total des sociétés du CAC 40 a été ainsi de 83 milliards d’euros en 2014, contre 86 milliards en 2013 et 92 milliards en 2012 : une baisse constante qui augure mal de l’avenir de nos principales entreprises…

Ce décalage est d’autant plus choquant que, dans le même temps, les salaires stagnent. En un an, le SMIG n’a augmenté que de 0,5 % et la croissance en France a été proche de 0. En économie comme ailleurs, il n’y a pas de miracle et il faut bien prendre d’un côté ce que l’on donne de l’autre. Si le groupe Total maintient en 2015 ses versement de dividendes au même niveau qu’en 2014 (5,7 milliards d’euros toute de même!) alors que son résultat est en baisse de 18 %, il faudra compenser cette générosité en baissant de 17 % les investissements et en supprimant encore 2000 emplois dans le monde. Même chose pour Sanofi qui a déjà supprimé plus de 5 000 emplois depuis 2008 et prévoit une nouvelle charrette de 600 suppressions de poste sur 3 ans, tout en reversant cette année encore à ses actionnaires plus de la moité de ses bénéfices, soit la coquette somme de 3,8 milliards d’euros.

L’économiste Keynes estimait déjà en son temps qu’il faudrait « euthanasier les actionnaires ». Peut-on vraiment lui donner tort quand on voit à quels excès conduit le fonctionnement des systèmes boursiers acuels ?

L.V.  LutinVert1Small

Les dirigeables du futur conçus à Istres ?

17 août 2016
Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Les images spectaculaires du ballon dirigeable Hindenburg, plus grand dirigeable commercial jamais réalisé, affecté au transport de passagers entre l’Europe et les États-Unis et fleuron de la société allemande Zeppelin, qui s’est écrasé en 1937 dans le New Jersey, faisant 35 morts, avait paru sonné le glas de cette technologie. Il faut dire que l’accident, filmé en direct par plusieurs chaînes de télévision et survenu après seulement 14 mois de service actif, était particulièrement spectaculaire, du fait de l’embrasement rapide des 155 000 m³ d’hydrogène contenus dans la gigantesque enveloppe…

Et pourtant, malgré cet accident spectaculaire et la suprématie bien assise d’autres modes de transport aérien plus souples que sont l’avion et l’hélicoptère, voilà que le recours aux ballons dirigeables redevient d’actualité. Il faut dire que les dirigeables consomment dix fois moins qu’un avion et vingt fois moins qu’un hélicoptère pour la même charge et la même distance. Leur rayon d’action est beaucoup plus important que celui des hélicoptères et, contrairement aux avions, ils n’ont pas besoin de piste pour décoller ou atterrir : un argument d’actualité quand on voit comment il devient délicat aujourd’hui de construire une piste d’aéroport en France… Certes, les dirigeables sont beaucoup moins rapides que l’avion et l’hélicoptère, et ne peuvent pas voler en cas d’orage ou de vents violents, ce qui limite leur champ d’action.

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

En tout cas, Américains et Britanniques se sont de nouveau emparés de cette technologie et développent de nombreux projets. En Grande-Bretagne, la société Hybrid Air Vehicles (HAV) vient ainsi tout juste de sortir de ses hangars, le 6 août dernier, sa dernière réalisation en chantier depuis 2 ans, l’Airlander 10, un mastodonte de 92 m de long, 44 m de large et quelques 26 m de haut pour un volume total de 38 000 m3 d’hélium. Russes et Canadiens ont aussi développé des programmes mais qui semblent plus ou moins à l’arrêt, suite à certains déboires, de même que le projet de CargoLifter, un dirigeable de 242 m de long, presque aussi gros que le mythique Hindenburg, porté par ABB et Siemens en Allemagne : en 2000, le consortium a mis la clef sous la porte du fait des difficultés techniques et financières rencontrées.

Maquette du site aéronautique d'Istres (image CCIMP)

Maquette du site aéronautique d’Istres (image CCIMP)

Mais pour une fois, la France n’est pas en reste. C’est même en Provence que les choses se passent, à Istres, où l’ex communauté d’agglomération Ouest-Provence a racheté à Dassault Aviation un terrain et un hangar de 300 mètres de long. Ce nouveau « AirShip Village », est mis à disposition des constructeurs, avec l’appui du pôle de compétitivité Safe Cluster. Né en décembre 2015 du rapprochement des pôles de compétitivité Pégase et Risques, Safe réunit une communauté de près de 600 membres composée d’entreprises et d’organismes de recherche et de formation, issus majoritairement des secteurs de la sécurité, de la protection environnementale et de l’industrie aéronautique et spatiale.

L’objectif visé est ambitieux puisqu’il s’agit de développer une nouvelle filière aéronautique qui pourrait créer pas moins de 3 000 emplois d’ici 2030, en plus des 8 500 emplois déjà existant sur le site d’Airbus Helicopters (ex Eurocopter, lui même issu de l’ancienne société Sud Aviation) à Marignane. Ce programme a en tout cas été retenu par le gouvernement au titre des « Plans de la nouvelle France industrielle » lancée en mai 2015 par le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

Projet Stratobus de Thalès

Projet Stratobus de Thalès

Pour l’heure, ce sont quatre entreprises qui ont été retenues par le pôle Safe pour concevoir et assembler leurs futurs appareils sur le nouveau site d’Istres. Parmi elles, la société d’armement Thalès porte, via une de ses filiales Thalès Alenia Space, le projet de Stratobus, un dirigeable stationnaire volant à 20 000 m d’altitude pour assurer des missions permanentes d’observation et de télécommunication sans consommer d’énergie fossile grâce à une alimentation solaire.

Projet DCL de Flying Whales

Projet DCL de Flying Whales

Un autre projet, le Dirigeable à charge lourde (DCL) est quant à lui porté par la PME Flying Whales associé à l’avionneur chinois AVIC. Ensemble, ils veulent construire des dirigeables rigides capables de transporter 60 tonnes de fret en soute à une vitesse de croisière de 100 km/h. L’Office nationales des forêts (ONF) s’est déjà montré intéressée par ce projet pour transporter des grumes de bois pouvant être chargées et déchargées en vol stationnaire, quelle que soit la topographie du terrain. Une alternative à l’hélicoptère aussi flexible d’utilisation mais pour un coût d’exploitation à la tonne transportée dix à vingt fois plus faible.

Maquette de l'Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Maquette de l’Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Citons aussi l’entreprise grenobloise Airstar qui propose, de son côté, de construire un dirigeable « filoguidé » : l’Aerolifter. Deux versions de cet appareil ont été imaginées pour transporter des charges de deux ou quatre tonnes sur de petites distances de l’ordre de 2 km, principalement en zone montagneuse. Ce dirigeable serait piloté pour rejoindre sa zone d’opération puis ensuite guidé par un câble relié au sol, lui permettant de transporter des charges de 2 à 4 tonnes, avec des applications potentielles notamment sur les lignes aériennes électriques à haute tension ou le ravitaillement des refuges.

Quant au dernier projet retenu, le dirigeable multi-mission A-N 2000 imaginé par la société A-NSE, il consiste à développer une machine pour le marché de la sécurité et de la surveillance (avec radars et caméras embarqués), capable également de transporter du fret (entre 8 et 12 tonnes) à une vitesse de croisière d’environ 130 km/h.

Bref, le nouveau pôle dirigeable en cours de développement à Istres, sous l’égide du cluster Safe, fait partie de ces lieux de recherche appliquée où nos ingénieurs phosphorent à plein tubes et d’où sortiront peut-être certaines des innovations du futur en matière de transport aérien. Qui a dit que la France n’avait plus d’idée ?

L.V.  LutinVert1Small

Le FMI s’inquiète des excès du néolibéralisme

4 août 2016

On aura finalement tout vu : après avoir été pendant des années le champion des politiques néolibérales, imposant à tour de bras des crues d’austérité et de privatisation via ses fameux plans d’ajustement structurel, voila que le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète désormais des risques induits sur les économies occidentales par ces mêmes politiques néolibérales, alors même que la plupart des dirigeants européens, y compris ceux issus des rangs du Parti socialiste français, s’appliquent à mettre en œuvre de telles politiques malgré leurs effets catastrophiques ! Une analyse intéressante du journaliste économique et financier Emmanuel Lévy, intitulée Le libéralisme à bout de souffle, publiée dans Marianne le 3 juin 2016 et reproduite ici in extenso.

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

« Dans cette période de crise, le gouvernement est le problème ». On considère souvent la phrase choc du discours d’investiture à la Maison-Blanche de Ronald Reagan prononcé en janvier 1981 comme le coup d’envoi de la contre-révolution libérale. Épuisé par la stagnation des années 70, faible croissance et forte inflation, le modèle keynésien de l’Etat-providence montrait d’évidentes faiblesses, et notamment, marqueur parmi les marqueurs, celle de la baisse de la productivité, gage de croissance.

Trente-cinq ans plus tard, ce cycle s’inverse : outre la multiplication des crises et la hausse des inégalités, le néolibéralisme doit à son tour assumer le recul de la productivité aux Etats-Unis, signe manifeste de son essoufflement.

Blog329_DessinPlantu

Une récente étude du FMI vient d’enfoncer le clou. Intitulée « Néolibéralisme : survendu ? », elle confirme le revirement académique entamé à la fin des années 2000, plus sensible de l’autre côté de l’Atlantique qu’en Europe. Car le FMI fut le fer de lance de la politique néolibérale, inspirée par les économistes monétaristes, avec à leur tête Milton Friedman. Connue sous le sobriquet de « consensus de Washington » (siège du FMI), la potion à administrer alors était simple et universelle : excédents budgétaires, démantèlement des politiques sociales, privatisations et ouvertures à la concurrence, liberté de circulation des capitaux.

Blog329_DessinBourse

Ce sont ces mêmes points qui sont taillés en pièces par l’étude. L’ouverture et la libre circulation des capitaux ? Il existe une forte probabilité pour que cela « s’achève par unecrise financière laquelle, souvent, débouche sur une baisse de la production ». Réduire la dette ? Oui, répondent les auteurs, mais ils insistent sur le risque de récession des politiques d’austérité.

Confirmant les analyses d’Olivier Blanchard, ex-chef économiste de l’institution, les chercheurs du FMI notent que « les périodes de consolidation budgétaire débouchent en moyenne davantage sur un recul plutôt que sur une hausse de la croissance », et, calculent-ils, 1 % du PIB de réduction budgétaire « induit une hausse de 1,5 % du chômage de long terme ».

Blog329_DessinGrece

Dans le cas grec, le FMI semble bien décidé à appliquer ce que ses économistes prônent. Alors que les  institutions européennes, BCE et Commission main dans la main, appliquent mordicus la potion magique des années 80, le FMI milite, lui, pour la fin de l’austérité, l’annulation d’une partie de la dette, etc.

Dommage qu’en France nos politiques demeurent eux aussi confits dans une idéologie des années 80. La folie, expliquait Albert Einstein, c’est de « recommencer la même chose et en attendre des résultats différents ».

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

Blog327_PhBuldozer

Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

De nouvelles noisettes pour les maires…

13 juin 2016

Blog313_PhLogoL’Association des maires de France (AMF), vieille institution fondée en 1907, regroupe près de 34 500 maires, soit la quasi totalité d’entre eux, toutes étiquettes politiques confondues. Le président actuel en est François Baroin, sénateur de l’Aube et maire de Troyes (encore un cumulard), professionnel de la politique depuis son plus jeune âge, élu à 24 ans et resté député pendant près de 20 ans avant de se faire élire au Sénat. Chiraquien pur sucre, porte parole du gouvernement Juppé en 1995 alors que la moitié de la France était dans la rue pour manifester contre sa politique, il soutient Fillon en 2012 mais vient de se rallier à Nicolas Sarkozy dont il espère devenir premier ministre en 2017. Tout sauf un opportuniste donc.

François Baroin au 99e Congrès annuel des Maires de France

François Baroin au 99e Congrès annuel des Maires de France

Chaque année, le Congrès des Maires de France permet à nos élus de se retrouver, pas seulement pour se raconter des histoires de maires, mais d’abord et avant tout pour faire front commun contre l’État, généralement accusé de tous les maux et dont nos édiles ont un peu tendance à oublier qu’ils en sont le premier représentant local, agent de l’État en charge notamment de fonctions de police, de sécurité civile ou liées à l’état civil.

En novembre 1995, le 99ème Congrès des Maires de France avait dû être annulé pour cause d’attentat à Paris et il vient donc de se dérouler avec quelques mois de retard début juin 2016. Comme à l’accoutumé, les maires présents et leur président en tête étaient remontés comme une pendule contre l’État vampire qui depuis quelque temps, pour tenter de revenir à un certain équilibre budgétaire, diminue la dotation globale de fonctionnement accordée chaque année aux collectivités locales sur le budget de la Nation.

Il est toujours spectaculaire de constater l’extrême souplesse idéologique dont sont capables les élus de droite qui, à l’instar de François Baroin, reprochent au gouvernement d’être incapable de réduire davantage ses dépenses tout en l’attaquant chaque fois qu’il cherche à les restreindre… Rappelons en effet que le programme des Républicains prévoit de diminuer de 100 voire 200 milliards d’euros les dépenses de l’État. Le gouvernement de Manuel Valls a réussi péniblement à les baisser de 50 milliards depuis 2014 mais déjà les élus de droite (comme de gauche) sont vent debout contre toute baisse de la dotation qui est consacrée à la dépense publique dans leur fief électoral. Bonjour la cohérence !

Blog227_PhTractAMFDéjà en septembre dernier, en prévision justement de la tenue du congrès de l’AMF, cette dernière avait orchestré une vaste opération de propagande nationale assortie d’une pétition sur le thème fédérateur « Touche-pas à ma commune ». Notre maire, Jean-Pierre Giorgi, avait d’ailleurs été un des fidèles relais de cette campagne, alors même que le budget de Carnoux-en-Provence est très largement excédentaire depuis des années, bénéficiant à plein non seulement des largesses de la Nation mais aussi de celles de la Région et surtout du Département qui subventionne sans compter le moindre investissement communal.

Une bonne part de ce récent congrès de l’AMF a donc tourné autour de cette question. Les maires s’estiment en effet victimes d’une véritable spoliation orchestrée par le gouvernement. Depuis 2014, les lois de finance prévoient de fait une diminution progressive de leur dotation budgétaire pour tenter de réguler le déficit budgétaire qui se creuse et dans lequel les collectivités locales participent de manière croissante.

Pour l’ensemble des collectivités locales, le montant de la dotation globale de fonctionnement versée par l’État s’élevait en 2012 à 41,5 milliards d’euros dont 13,5 destinés aux seules communes. En 2014, la loi de finance a décidé une première diminution de 1,5 milliard d’euros de cette dotation et a programmé de poursuivre cette baisse au rythme d’une diminution annuelle de 3,67 milliards d’euros suplémentaires chaque année jusqu’en 2017.

Les maires au congrès de l'AMF (photo S. de Sakutin / AFP)

Les maires au congrès de l’AMF (photo S. de Sakutin / AFP)

D’où la colère des élus locaux qui voient diminuer une partie de leurs recettes et donc de leurs capacités de dépense publique car, bien entendu, ils se sont tous engagés, la main sur le coeur à ne pas augmenter les impôts locaux ! Il n’est pas question en effet de donner aux concitoyens électeurs l’impression qu’ils devront contribuer davantage pour rénover l’école ou refaire la voirie. Mieux vaut pour cela laisser faire l’État qui se chargera de taxer les mêmes concitoyens mais via l’imposition nationale, ce qui permet à l’élu local de hurler avec les loups contre l’impéritie du gouvernement (de gauche en plus !) qui est incapable de saine gestion et accable le pays de taxes iniques…

François Hollande au 99e Congrès annuel des Maires de France le 2 juin 2016 à Paris (photo C. Petit-Tesson / AFP)

François Hollande au 99e Congrès annuel des Maires de France le 2 juin 2016 à Paris (photo C. Petit-Tesson / AFP)

Le jeu a parfaitement fonctionné lors du récent Congrès des Maires de France, à l’issue duquel François Hollande a bien été obligé de venir faire amende honorable devant les élus locaux déchaînés en lâchant un petit cadeau aux maires qui verront donc la diminution de leur dotation pour 2017 divisée par deux, soit un milliard supplémentaire ainsi accordé aux communes et intercommunalités françaises. Une petite lâcheté qui creusera un peu plus le déficit du budget national dont le fardeau pèse déjà sur les épaules des futures générations de Français. Cette nouvelle entorse à la rigueur budgétaire s’accompagne par ailleurs d’une décision nettement plus justifiée qui vise à reconduire en 2017 le fonds exceptionnel pour l’investissement des communes, qui sera porté à 1,2 milliard d’euros, soit 200 millions de plus qu’en 2016.

François Baroin avec François Hollande au congrès des maires (photo S. Gauthier / La Gazette)

François Baroin avec François Hollande au congrès des maires (photo S. Gauthier / La Gazette)

Les maires repartent donc du congrès satisfaits de voir que leur stratégie a payé puisqu’ils ont obtenu de nouveaux subsides de l’État à force de pleurer misère. Pourtant, dans le même temps, on apprenait par la Gazette des communes et Libération que les maires, soi disant aux abois, sont en réalité en train de se constituer une belle cagnotte ! En 2014, ils avaient mis en dépôt auprès du Trésor public, un montant de 30,6 milliards d’euros, ce qui représente quand même plus de deux années de dotation globale de fonctionnement, soit un magot conséquent. Mais en 2015, alors même que les maires se disaient étranglés par la baisse des dotations de l’État et incapables de faire face à leurs engagements budgétaires, le montant de cette cagnotte mise en dépôt a encore augmenté jusqu’à atteindre la somme colossale de 35,1 milliards d’euros !

Plutôt que de cagnotte, le président de l’AMF, en bon communicant, préfère parler de simples « noisettes ». Des réserves qui représentent tout de même 4,5 milliards d’euros supplémentaires épargnés durant l’exercice 2015 alors que les mêmes élus locaux tendaient leur sébile à l’État au prétexte qu’ils étaient dans l’incapacité de faire face à leurs engagements : comprenne qui pourra…

Blog313_DessinManif

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas puisque La Croix fait état d’un sondage réalisé par Odoxa et diffusé avant le congrès des maires qui révèle que 80 % des Français considèrent que leurs maires font encore trop de dépenses inutiles et une majorité (55 %) estime qu’ils pourront très bien faire face aux baisses de dotations. Mais à quoi bon se refréner quand il suffit de crier pour obtenir toujours davantage ?

L.V. LutinVertPetit