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La douche écolo qui vous en fait voir de toutes les couleurs

17 mai 2017

Ségolène Royal et Gabriel Della-Monica, le fondateur de Smart & Blue

« L’écologie ne doit pas être punitive » disait Ségolène Royale pour justifier l’abandon totalement injustifiable de l’écotaxe poids lourds. Encore ministre de l’écologie la semaine dernière, comme elle l’était déjà en 1992, l’auteur de cette sentence mémorable serait, aux dernières nouvelles, toujours à la recherche d’un point de chute pour se recaser après que sa candidature à la tête du Programme des Nations Unies pour l’Environnement a été écartée… Pour autant, affirmer que les changements de comportements individuels en faveur d’une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux ne passent pas par la contrainte mais par l’adhésion et la conviction, voila assurément une idée qui ne manque pas de bon sens…

Pommeau de douche connecté Hydrao First (photo © Erwan Lecomte / Sciences et Avenir)

C’est ce côté ludique qu’a voulu explorer la jeune entreprise grenobloise Smart & Blue, un nom qui fleure bon le terroir alpin, en développant son dernier produit, elle qui se présente comme le « leader des technologies innovantes et connectées pour une gestion intelligente de l’eau potable », rien que ça ! L’idée, il est vrai ne manque pas d’originalité puisqu’elle consiste ni plus ni moins qu’à prendre sa douche en couleur, grâce à un pommeau intelligent dont les buses sont équipées de LED polychromes qui éclairent l’eau du bain de toutes les couleurs.

L’objectif n’est bien évidemment pas de transformer sa salle de bain en boîte de nuit, mais tout simplement d’inciter à économiser l’eau de la douche. Quand on ouvre le robinet, les LED éclairent l’eau du jet en vert. Jusque là, tout va bien, à condition de ne pas faire couler plus de 10 litres d’eau, un volume normalement largement suffisant pour se laver correctement, comme le savent tout ceux qui ont un jour testé les douches à l’ancienne, constituées d’un simple seau d’eau et d’un récipient adapté, bol en plastique ou calebasse selon les usages locaux.

A partir de ce volume fatidique de 10 l, le jet d’eau passe au bleu. Rien de bien inquiétant encore, mais à partir de 20 l, l’eau de la douche passe au rose, puis au rouge et au-delà de 40 l, le rouge se met à clignoter. Rassurez-vous, il n’arrivera rien de plus grave au-delà, mais après un tel festival de couleur, même le consommateur le plus endurci et le plus rétif aux économies d’eau sera incité à tourner le robinet et à attraper sa serviette pour se sécher. Selon le concepteur du système, le Français moyen n’utilise pas moins de 80 l pour sa douche quotidienne, au point que pour une famille de 4 personnes l’eau de la douche représente près de 40 % de la consommation quotidienne d’eau : l’enjeu n’est donc pas mince !

Répartition de la consommation de l’eau domestique par type d’usage en France (source © Centre d’information sur l’eau)

Bien évidemment, un concept aussi novateur, commercialisé sous le nom d’Hydrao First et déjà récompensé par plusieurs prix  n’a pas besoin d’électricité pour fonctionner car cela rendrait l’empreinte environnementale du dispositif nettement moins séduisante, sans compter le risque d’hydrocution : le système utilise simplement une turbine intégrée qui tourne sous l’effet du jet d’eau et qui fournit l’énergie nécessaire à l’éclairage des lampes. Un dispositif astucieux et par ailleurs totalement branché.

L’appli smart shower

Car bien entendu, un tel bijou de technologie est forcément connecté. Une appli adaptée permet de paramétrer sur son smartphone ses propres seuils de réglage des changements de couleurs mais aussi de suivre l’historique de consommation de ses 200 dernières douches et de comparer sa consommation par rapport à sa douche de référence. De quoi occuper les amateurs de statistiques, et de quoi attiser les conversations familiales car bien entendu l’appli n’est pas en mesure de faire la distinction en fonction de l’utilisateur. Impossible désormais, avec un tel mouchard à la maison, de se prélasser tranquillement sous la ouche sans se faire ensuite vertement remarquer qu’on a sérieusement fait baisser la moyenne familiale et fortement augmenter la facture d’eau et d’électricité.

Suivi de consommation (photo Sciences & Avenir)

Tout se paye en effet et on sait illico en sortant de la salle de bain combien nous ont coûté ces quelques minutes passées sous la douche. Pas autant certes que le pommeau lui-même car ce gadget futuriste est quand même vendu pour près de 90 € et on a intérêt à se doucher souvent pour espérer amortir un jour un tel investissement…

C’est en tout cas une excellente affaire pour son concepteur dont la société vient de recevoir une nouvelle récompense lors d’un salon professionnel qui s’est tenu à Las Vegas en janvier dernier pour ses deux dernières nouveautés Hydrao Drop et Hydrao Loop. Toujours connectée à la même application Smart Shower, cette dernière est un pommeau de douche dont le design très élaboré rappelle vaguement le signe mathématique de l’infini, mais dont les fonctionnalités sont tout à fait comparables à celle du pommeau d’entrée de gamme Hydrao First, avec néanmoins une efficacité accrue en matière d’économie d’eau, pour la modique somme de 169 €.

Hydrao Loop, dernier né de la gamme au look futuriste

On peut bien sûr ironiser sur l’aspect gadget de ces innovations mais on est bien obligé de reconnaitre que son inventeur, l’ingénieur en télécom Gabriel Della-Monica, a su faire d’une idée originale un beau succès commercial. Installée au sein du pôle de haute technologie nano et microélectronique de Grenoble, la société Smart & Blue a mis 2 ans pour développer le produit, disponible à la vente depuis 2015. Deux ans plus tard, la société a déjà embauché plus de 10 salariés et est en plein développement. Quant à la fabrication, elle est sous-traitée à une entreprise industrielle qui favorise l’intégration des travailleurs handicapés : un bel exemple de la French Tech qui réussit en mettant en avant ses valeurs de responsabilité sociale et environnementale. Le cas n’est pas si fréquent et mérite d’être salué !

L.V.

Qui donc a écrit le programme d’Emmanuel Macron ?

1 mai 2017

On a beaucoup reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir fait l’effort de rédiger un programme cohérent, piochant ses idées à droite et au gauche au gré des opportunités. L’honnêteté oblige à reconnaître que ce n’est pas le cas. Présenté le 2 mars 2017, le programme du candidat d’En marche, désormais en lice pour le second tour de la présidentielle, est au contraire très structuré.

Celui qui en a coordonné l’élaboration : Jean Pisani-Ferry. Un économiste, qui a démissionné en janvier 2017 de son poste de commissaire général de France Stratégie, pour rejoindre à 65 ans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, de 26 ans son cadet. Peu connu du grand public, cet ingénieur de Supélec qui a été aussi conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter au ministère de l’Économie, et expert auprès de la Commission européenne et du FMI, professeur à l’Ecole polytechnique et à l’Université libre de Bruxelles, est issu d’une lignée prestigieuse de grands serviteurs de l’État. Il est en effet le fils de l’ancien ministre du général de Gaulle et de François Mitterand, Edgard Pisani. Il est aussi, comme son nom l’indique, l’arrière petit-neveu de Jules Ferry en personne, excusez du peu…

Jean Pisani-Ferry, le 25 juin 2014 à Paris ( photo © T. A. Clary AFP/Archives)

Nommé en 2013 par François Hollande commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry avait déjà eu l’occasion de travailler avec Emmanuel Macron lors de la campagne de 2012, et ce dernier lui avait confié en 2014, alors qu’il était ministre de l’économie, la rédaction d’un rapport sur « les domaines prioritaires d’investissement ».

Sa rigueur et son honnêteté, que ceux qui le côtoient s’accordent à lui reconnaître, ont fait percevoir sa présence auprès du candidat d’En marche comme un gage de sérieux. D’autant qu’il considère qu’un programme politique ne doit pas être un simple « catalogue de propositions » mais doit correspondre à une vision construite et prospective de l’action politique, comme le détaille un article des Echos qui rapporte ses propos : « Il ne faut pas se tromper de diagnostic. Le candidat ne peut pas tout prévoir, mais je crois beaucoup à ce que les Américains appellent le mandat, le capital politique donné par les électeurs pour être investi dans des choses difficiles ».

Dessin de Miss Lilou

Pour cela, il faut que l’intention du candidat soit clairement comprise. « On vit une époque que l’on peut qualifier de réactionnaire au sens où il y a une croyance que revenir en arrière peut être une solution à nos problèmes », analyse-t-il. « Face à cela, il faut construire l’utopie du monde de demain ».

A une semaine du second tour de la présidentielle, il n’est donc pas inintéressant de s’attacher à la vision de la société de demain que porte Jean Pisani-Ferry. Chargé en 2013 d’élaborer une stratégie à 10 ans pour la France, son rapport remis en juin 2014, est une somme ambitieuse, enrichie de nombreux échanges avec les partenaires sociaux et la société civile, qui balaie l’avenir de la France à l’horizon 2025. S’appuyant sur un diagnostic approfondi de la situation du pays et de ses points d’entrave, la rapport identifie 8 objectifs principaux parmi lesquels le besoin de réconcilier les citoyens avec la démocratie, la nécessité de combattre les discriminations en vue d’une égalité républicaine, le besoin de refonder une politique sociale lisible qui vise le plein emploi effectif, ou encore la mise en oeuvre d’un développement responsable et durable.

25 juin 2014 : Jean Pisani-Ferry remet à François Hollande le rapport prospectif sur la France dans 10 ans (photo © Elysée)

La prospective n’est pas un exercice facile, surtout dans un monde complexe et mouvant. La manière dont les politiques, parmi lesquels Emmanuel Macron, se sont emparés des propositions issues de cette analyse, est naturellement discutable, et chacun aura son opinion sur le sujet. Néanmoins, le diagnostic posé et les pistes explorées, non seulement lors de l’élaboration de ce rapport et des différentes notes thématiques qui le prolongent, mais aussi dans le cadre des débats qui ont été organisés dans de nombreuses villes par France Stratégie pour enrichir les échanges, tout ceci représente une matière à réflexion d’un grand intérêt.

Une interview de Jean Pisani-Ferry, réalisée pour l’association Réso Hebdo Eco en octobre 2016, alors qu’il était encore à la tête de France Stratégie, permet d’en retrouver quelques points saillants. Il y explique notamment comment la situation française du travail s’est dégradée par rapport à d’autres pays européens : non seulement le taux de chômage y est plus élevé (autour de 10 % alors qu’il est plus proche de 5 % chez nos voisins allemands, autrichiens ou danois) mais le taux d’emploi (qui mesure le nombre d’actifs occupés par rapport à la population totale en âge de travailler) y est plus faible : 64 % en France contre 76 % en Allemagne, Suède ou Pays-Bas.

Or, non seulement le travail est plus rare en France, mais les enquêtes montrent que la qualité du travail y est aussi moindre, en termes de rythmes d’activité, de charge de travail, de compatibilité avec la vie familiale ou d’autonomie des salariés. Et ceci alors que la France est l’un des pays qui consacre les moyens budgétaires les plus importants en matière de politique publique de l’emploi : 108 milliards d’euros par an ! Une des causes de faiblesse pointée par Jean Pisani-Ferry est le faible niveau de compétence d’une partie de la population active française, alors que les niveaux de coût salarial du pays exigeraient que la main d’oeuvre soit au contraire au top en matière de compétence professionnelle.

Un des intérêts d’une telle approche prospective sur le long terme est d’identifier les axes sur lesquels il importe d’investir en matière de politique publique en trouvant le bon équilibre entre dispositifs d’ampleur nationale et outils de formation et d’accompagnement pilotés de manière plus locale et plus proche du terrain. Pour répondre à l’ampleur des défis qui nous attendent, que ce soit face au changement climatique, à la nécessaire transition énergétique, au besoin de maintenir une forte cohésion sociale, à la nécessité de renforcer le niveau de formation et de compétence de chacun, les réponses ne peuvent être que globales et de long terme. Elles doivent s’appuyer sur un diagnostic approfondi et partagé, permettant de mobiliser un débat citoyen éclairé.

Bref, tout le contraire des idées simplistes qui laisseraient entendre qu’il n’y a qu’à supprimer l’immigration et sortir de l’Europe pour que, comme par miracle, la prospérité revienne pour chacun. « Il faut lutter contre la trumpisation des débats » dit Jean Pisani-Ferry. Ce n’est sans doute pas inutile en effet…

L.V.  

Eden, la Méhari écologique du XXIe siècle

18 avril 2017

Tous les fans de Deux-Chevaux, Dyane et Méhari connaissent le 2CV Méhari Club de Cassis (MCC), dont l’aventure a commencé dans les années 1980. Les frères Marquès ont d’abord personnalisé des Méhari en belles voitures de plage avant de lancer un catalogue complet de pièces détachées de toute la gamme des 2CV, Dyane et Méhari.

Devant le succès, Citröen SA leur a confié en 1998 les outillages d’origine du quai de Javel, afin de reproduire les pièces de la Méhari. Le même passage de relais a eu lieu en 2000 pour la 2CV.

Méhari 4 x 4 de 1979 (photo © Citroën)

Aujourd’hui, la famille Marquès a cédé son fond industriel et commercial à une nouvelle organisation financière, épaulée par la Banque Publique d’Investissement. Elle est pilotée par MM Julien V. et Stéphane W. (deux bons camarades de Terminale…), dûment diplômés et expérimentés en industrie auto. Avec courage, ils lancent l’Eden.

L’Eden, c’est à la base l’historique Méhari, lancée en 1968, il y a près de 50 ans, avec sa carrosserie en plastique moulé, fixée sur un châssis et munie d’une suspension et d’une motorisation issus de la mythique 2CV (qui, elle, date de 70 ans !). Mais contrairement à ses aînées, l’Eden est équipée d’une nouvelle motorisation entièrement électrique, alimentée par une batterie ion-lithium de dernière génération.

L’Eden, écologique et tout électrique, entièrement montée à Cassis et partiellement fabriquée à Carnoux…

Il s’agit bien d’une nouvelle voiture, dûment homologuée depuis mars 2016 pour la France et l’Europe, classée véhicule utilitaire à 4 places. Offrant une autonomie de 120 km, la batterie se recharge en moins de 4 h sur une simple prise électrique domestique. La voiture est entièrement montée à Cassis, dans les locaux agrandis du MCC (qui occupent 8 000 m2 sur un terrain de 10 hectares) et, cerise sur le gâteau, plusieurs des pièces, dont le châssis et une sellerie très variée sont fabriqués à Carnoux même.

La E-Méhari de Citroën

La Méhari cassidaine se distingue en tout cas très nettement de sa petite sœur relookée E-Mehari que Citroën vient tout juste de dévoiler, un véhicule électrique également, directement inspiré de la Bluesummer de Bolloré et qui, elle, sera fabriquée à Rennes, avec un objectif de 1000 exemplaires, pour un prix de vente qui devrait revenir à 25 000 €, hors coût de location des batteries (79 € par mois). Même une fois déduit le bonus écologique qui s’élève à 6 000 € pour l’achat d’un véhicule électrique, l’investissement reste élevé pour un véhicule au confort minimaliste !

L’Eden devrait d’ailleurs être proposée à la vente pour un prix assez comparable, mais avec une carrosserie identique à celle d’origine, ce qui devrait plaire aux nostalgiques des années 1960… C’est d’ailleurs là-dessus que compte manifestement le 2CV-Mehari Club de Cassis puisque la présentation officielle de l’Eden s’est faite à l’occasion de la 40e édition du salon Rétromobile, qui s’est tenu Porte de Versailles début février 2016 et que le lancement commercial a eu lieu lors de l’édition suivante du salon, en février 2017.

Présentation du concept-car Eden au salon Rétromobile en février 2016 (photo © G. Pelletier)

Nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette belle création industrielle, qui allie avec bonheur la tradition mythique et l’esprit de la 2CV avec la dernière modernité écologique : 10 kW seulement et un entretien quasiment inexistant ! Et de surcroît, une conduite 100 % plaisir, cheveux au vent et selon l’esprit de liberté des belles années.

Bravo, longue vie et prospérité à l’Eden !

Léonide G.

Vinci victime d’un petit coup de mou : les zadistes en cause ?

9 mars 2017

L’affaire est déjà ancienne puisqu’elle s’est produite le mardi 22 novembre 2016. Elle avait alors fait la une de tous les médias et suscité de doctes interrogations de la part des plus brillants analystes boursiers, suscitant même l’intérêt du Canard enchaîné avant que ce dernier ne vienne fourrer son bec dans le cursus professionnel d’une certaine Pénélope Fillon.

Xavier Huillard, le PDG de Vinci

Ce jour-là, à 16h05, alors que Xavier Huillard, le PDG du géant du BTP (et heureux gestionnaire d’une bonne partie du réseau autoroutier français) Vinci, est en train de faire un beau discours devant la fondation de l’Ecole Polytechnique, un communiqué de presse est adressé à une poignée de journalistes et de sites économiques. L’agence de presse spécialisée Bloomberg relaie aussitôt l’information à destination des opérateurs boursiers.

Le message en question se présente comme un communiqué officiel du groupe Vinci et explique que le directeur financier du groupe, Christian Labeyrie, vient d’être limogé après la découverte d’erreurs comptables portant sur un montant total de 3,5 milliards d’euros, entraînant une révision des comptes consolidés de l’exercice 2015 et du premier trimestre 2016.

Le groupe Vinci, une véritable galaxie…

Immédiatement, la bourse s’enflamme et l’action Vinci dévisse, grâce à l’action zélée des automates de marchés qui vendent aussitôt à tour de bras sous l’effet de cette nouvelle alarmante. A 16h27, alors que les cotations venaient tout juste de reprendre après avoir été automatiquement stoppées pour éviter le désastre, un nouveau faux communiqué est diffusé, confirmant que des informations comptables explosives ont été dérobées au groupe. Le cours de Vinci poursuit alors sa dégringolade vertigineuse.

En quelques minutes, le cours de l’action a ainsi perdu 18 % de sa valeur, tombant de 61,81 à 49,93 euros. La valorisation du groupe est passée en moins d’un quart d’heure d’environ 36 milliards d’euros à 29 milliards, soit une perte quasi instantanée de plus de 7 milliards d’euros !

Le groupe Vinci finit par réagir et publie alors, à 16h49, un communiqué officiel sur son site pour démentir les deux précédents. Le cours de l’action remonte et clôture finalement la séance à 17h en baisse de 4 % seulement.

Une demi-heure plus tard, cet acte de sabotage boursier est revendiqué par un groupe de militants qui expliquent avoir agi en représailles contre la forte implication de Vinci dans le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, et pour quelques autres turpitudes du groupe de BTP sur certains de ses chantiers à l’étranger.

Bien entendu, une enquête est aussitôt ouverte par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Elle met d’ailleurs rapidement en évidence que les communiqués étaient des faux grossiers, des « hoax » pour emprunter le jargon anglicisant du monde de la finance. Le premier émanait d’un domaine internet « vinci-group » loué auprès du gestionnaire de noms de domaines Gandi pour la modique somme de 22,50 € par un certain Thomas Moulaert qui avait fourni comme numéro de téléphone celui de la mairie de Roermond, paisible bourgade hollandaise.

Quant au contact indiqué sur le communiqué et qui était sensé correspondre au service de presse de Vinci, il s’agit d’un numéro correspondant à une carte prépayée issue d’un opérateur virtuel indien domicilié à Londres, mais bien sûr personne ne s’est donné la peine de vérifier tout ceci avant de diffuser l’information…

Trois mois plus tard, si l’on en croît un article récent du Monde, l’Autorité des marchés financiers n’est guère plus avancée même si de nombreux articles à travers le monde ont décortiqué en détail ce cas de figure remarquable de « hoaxcrash » qui consiste ni plus ni moins qu’en un simple canular téléphonique à 7 milliards d’euros. Un beau coup de maître mais qui n’est pas si rare que cela, puisque la presse spécialisée cite de multiples autres exemples assez comparables. La bourse n’est décidément qu’une vaste loterie soumis aux humeurs joueuses de certains…

Les transactions boursières qui ont été réalisées sur le titre Vinci pendant les quelques minutes de folie qui ont vu le titre jouer allègrement au yoyo ont bien évidemment été analysées à la loupe mais il semble bien que rien de particulier n’ait été décelé et tout semble donc désigner les zadistes de Notre-Dame des Landes comme les auteurs de ce canular, sans même qu’ils se soient enrichis au passage.

Un geste de militant donc, selon toute vraisemblance, comme celui de ces faucheurs de chaises qui se sont permis de faire main basse sur le mobilier de plusieurs agences bancaires de BNP Paribas, promettant de rendre les chaises à leur propriétaire dès lors que ce dernier rendra les milliards d’euros soustraits via l’évasion fiscale que cette banque pratique à grande échelle.

Opération réquisition dans une agence de BNP-Paribas (photo Attac)

En tout cas, la mésaventure du groupe Vinci aura au moins servi aux autorités boursières françaises à prendre conscience du risque et à prendre les mesures qui s’imposent. La plus spectaculaire d’entre elles consiste ni plus ni moins qu’à rappeler aux journalistes qu’il leur est conseillé de vérifier leurs sources face à de tels communiqués. Une démarche salutaire en effet. Vinci trouvera peut-être qu’il a payé un peu cher pour que son affaire débouche sur une telle recommandation qui est sans doute déjà largement enseignée dans les écoles de journalisme, mais manifestement le groupe Vinci cherche plutôt à faire profil bas après sa mésaventure largement médiatisée.

Qu’on se rassure cependant : à ce jour l’action du groupe est remontée à plus de 70 € et le chiffre d’affaire du groupe devrait s’approcher en 2017 des 40 milliards d’euros, pour un résultat d’exploitation qui a dépassé les 4 milliards sur l’exercice 2016. Le petit incident boursier du 22 novembre n’est donc qu’une péripétie sans importance pour le géant du BTP. Qu’est-ce 7 milliards d’euros de nos jours ? Cela représente tout juste le montant total de l’aide sociale à l’enfance qui est alloué chaque année sur l’ensemble du territoire national, une broutille !

L.V. 

Xavier Beulin, un paysan presque comme les autres…

8 janvier 2017

Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et richissime patron du groupe industriel Avril, s’est fait épinglé récemment par Mediapart dont les enquêteurs ont recherché en vain quelles étaient les terres sur lesquelles ce représentant de la profession agricole pouvait bien exercer ses talents, lui qui se revendique comme « paysan », ainsi qu’il a encore tenté de le faire croire devant un groupe d’éleveurs en colère à Saint-Brieuc en juillet 2015…

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Un paysan pour le moins atypique en tout cas, qui avait fait sensation en se présentant lors du congrès de Metz de la FNSEA en 2006 « en costard de banquier, pompes anglaises, attaché case Lancel ». Dirigeant de la Sofiprotéol, rebaptisée Avril en 2015 pour des raisons de pur marketing, le fringant patron de l’agro-business qui voyage en jet privé, bluffe tout le monde et prend la tête en 2010 de la FNSEA pourtant traditionnellement aux mains des éleveurs. Il y est réélu triomphalement en 2014, aucun autre candidat n’osant même se présenter contre lui, et il est déjà en train de préparer sa propre succession à l’occasion des prochaines échéances prévues en mars 2017.

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Il faut dire que le groupe Sofiproteol, alias Avril, qu’il dirige, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaire qui dépasse 6 milliards d’euros, trustant plus de la moitié de la production française de colza et de tournesol. Il s’agit donc d’un géant de l’agroalimentaire, propriétaire notamment des marques d’huiles Lesieur et Puget, mais aussi du leader des œufs Matines, d’un des principaux centre d’abattage de porc (société Abera en Bretagne), ou encore de Sanders, premier fournisseur français d’aliment pour bétail, bref un des symboles de la concentration et de l’industrialisation à outrance des exploitations agricoles.

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Le groupe se revendique également leader européen de l’oléochimie et n°1 mondial de la glycérine végétale, tout en se placant comme un acteur majeur sur le marché européen de la production de biocarburants au travers de ses filiales Saipol et Expur. Pour la multinationale agro-industrielle, les biocarburants, c’est un peu la poule aux œufs d’or, fruit d’un long travail de lobbying auprès des autorités en charge de la politique agricole tant à Paris qu’à Bruxelles, sachant que Xavier Beulin est également vice président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, qui appointe pas moins de 18 lobbyistes auprès de l’Union européenne!

Champ de colza en production (photo T. Creux)

Champ de colza en production (photo T. Creux)

C’est en 1992 qu’une première réforme de la Politique agricole commune a autorisé l’exploitation de cultures oléagineuses pour produire du carburant, en principe pour valoriser les terres laissées en jachère. Et en 2003, une directive européenne a été adoptée, obligeant les distributeurs de carburants à incorporer un certain pourcentage de biocarburant dans le diesel. Histoire d’encourager au maximum la filière, la France a alors choisi d’aller encore plus loin que ces objectifs européens en imposant un taux d’incorporation de 7 % de biodiesel dans le gazole, taux qui est passé à 8 % en 2015. Certains véhicules d’entreprises ou de collectivités roulent même d’ores et déjà avec un carburant composé de 30 % de biodiesel, ce qui assure de confortables débouchés pour la filière.

En France, on utilise principalement pour cela le colza et le tournesol. La graine est d’abord broyée pour séparer l’huile, les résidus formant des tourteaux riches en protéines, qui sont valorisés pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à l’huile, elle est transformée en diester via une réaction chimique qui fait intervenir du méthanol et donne de la glycérine comme sous-produit. Schématiquement, une tonne d’huile brute additionnée de 100 kg de méthanol donne une tonne de diester et 100 kg de glycérine végétale.

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Une véritable manne en tout cas pour Avril, ex-Sofiproteol, qui contrôle l’essentiel de la filière de production de biodiesel sous sa marque Diester®, d’autant que ces cultures d’oléagineux destinés à la production de biocarburant ont été largement subventionnées par l’Europe, à hauteur de 45 €/ha jusqu’en 2010 ! Beaucoup de voix sélèvent désormais pour dénoncer cette filière qui entraîne une hausse importante du cours des matières premières oléagineuses au détriment de l’alimentation. Le bilan écologique du procédé est lui-même fortement remis en cause puisque l’on estime qu’il faut 1,2 litres de pétrole pour produire 1 litre de biodiesel, ce que reconnaissent d’ailleurs les acteurs de la filière qui cherchent actuellement d’autres voies pour la production de biocarburant, en particulier en valorisant les déchets verts voire l’exploitation de microalgues.

Mais c’est surtout le coût pour le contribuable français qui fait l’objet de vives critiques. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2012 estimait ainsi que l’exonération fiscale dont bénéficient les producteurs de biodiesel a coûté à l’État plus de 1,8 milliards d’euros entre 2005 et 2010. Sur la même période, les investissement productifs de la filière avoisinent les 500 millions d’euros… Les contribuables français ont donc payé près de quatre fois les investissements des entreprises comme Sofiprotéol-Avril qui a ainsi bénéficié à elle seule de 50 millions d’euros d’exonération fiscale pour l’année 2013 ! Cela n’a pas empêché le gouvernement Ayrault de renouveler fin 2012 pour trois ans les agréments qui permettent aux producteurs d’agrocarburants de bénéficier de cette défiscalisation massive.

Comme le souligne un article très documenté du Monde, il a fallu attendre le 1er avril 2016 pour que le gouvernement décide enfin de supprimer cette niche fiscale, tout en publiant quelques mois plus tard un arrêté ouvrant la voie à une requalification du biodiesel pour le faire bénéficier de la défiscalisation réservée aux biocarburants dits « avancés »…

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

Assurément, le travail de lobbying dans lequel excelle Xavier Beulin s’avère payant, bien davantage en tout cas que celui de simple exploitant agricole qui lui sert de paravent syndical. Car l’enquête de Médiapart au siège de sa société agricole réserve bien des surprises. Sur les 25 ha achetés en 2009 par le président de la FNSEA qui est sensé y exploiter l’EARL Quadrige, fondée la même année avec son frère et deux cousins, on ne trouve q’une grange avec la boîte aux lettres de la société. Xavier Beulin lui-même, bien qu’officiellement exploitant, n’y met jamais les pieds. Il réside habituellement dans une luxueuse résidence du très chic 8 ème arrondissement de Paris, à deux pas des bureaux de sa société Sofiproteol-Avril. S’il a pu néanmoins conserver son statut d’associé exploitant dans le Loiret, c’est surtout en profitant de sa fonction de vice-président de la FDSEA locale et un peu en arguant qu’il possède sa résidence principale (en réalité une ville avec piscine située dans un quartier résidentiel d’Orléans) à une distance raisonnable…

Que le monde agricole en tout cas se rassure : la crise du foncier à laquelle elle est soumise ne touche pas trop son porte-parole. Propriétaire également d’un immeuble de rapport en plein centre d’Orléans et d’une résidence de vacances dans un quartier huppé près de Tunis, Xaver Beulin semble vivre assez bien de ses 25 ha de terre caillouteuse… Il possède même des parts dans une société civile immobilière gérée par son épouse, ce qui lui permet de toucher de l’ordre de 200 000 € par an de la part du Carrefour Market d’Ingré qui y est implanté, histoire sans doute de fluidifier les relations entre la profession agricole et la Grande distribution.

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Quant à sa société Avril, elle fait l’objet actuellement d’une pétition contre son projet d’implanter à Bruz, près de Rennes, un centre de formation sur des terres agricoles, dans une commune où les trois-quart des exploitations ont déjà disparu en 30 ans. Alors qu’un reportage de Franck Vescovacci, diffusé sur France 5, le 6 décembre dernier, rappelle qu’en France 60 000 ha de terres agricoles sont transformées chaque année en hypermarchés, lotissements, stades de football, immeubles de bureaux ou parking, alors que des associations comme Terre de Liens se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder en périphérie des centres urbains des terres encore exploitables, alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, il serait peut-être temps que les agriculteurs se ressaisissent et se donnent enfin un porte-parole qui défende réellement l’avenir de la profession et non pas celui de sa propre société industrielle…

L.V.  lutinvert1small

Insensé : Amazon expérimente les supermarchés sans caissière !

22 décembre 2016

Depuis plusieurs années, nous constatons que la plupart des enseignes de la grande distribution, Auchan, Carrefour, Leroy-Merlin, Alinéa pour ne citer que celles qui sont proches de Carnoux, devancées en cela par les gérants des réseaux d’autoroute, substituent progressivement aux caisses de paiement traditionnelles des appareils d’enregistrement automatiques individuels portables réservés aux adhérents ou des caisses équipées de scanners.

Un nouveau pas vient d’être franchi à Seattle aux États-Unis avec la création d’un magasin du géant de la distribution en ligne Amazon qui expérimente un nouveau concept de commerce dépourvu de caisse. Sur son site internet, Amazon affirme tester un magasin physique d’environ 170 m2, où il propose des produits alimentaires de base (pain, lait, fromages, chocolats) ainsi que des plats à emporter.

Amazon : Go, l'enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Amazon : Go, l’enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Accessible pour l’instant aux seuls employés du groupe, le magasin dénommé « Go » promet aux consommateurs qu’ils n’auront « jamais à y faire la queue » : après avoir utilisé l’application mobile du groupe pour rentrer dans le magasin, ils pourront remplir leur caddie comme dans n’importe quel supermarché, puis partir sans avoir à passer à la caisse.

Cela fonctionne grâce à des technologies d’intelligence artificielle intégrées à des smartphones qui « détectent automatiquement quand les produits sont pris ou remis dans les rayons, et en gardent la trace dans un panier virtuel. Quand vous avez fini vos courses, vous pouvez simplement quitter le magasin. Peu après, nous facturerons votre compte Amazon et vous enverrons un reçu », détaille le distributeur.

Comme le pointe la journaliste Sharon Gaudin du Monde à propos de cette initiative : « Le prix à payer d’une société technologique est-il celui de la déshumanisation ? ». Pour l’analyste Patrick Moorhead, « le paiement automatique en sortie est une caractéristique du magasin du futur. Il s’agit de la façon ultime d’utiliser la technologie dans la vente. La limite d’un tel dispositif réside néanmoins dans la capacité du système à facturer sans erreur le client, ce qui se présente comme le plus grand challenge ». Après tout, les humains ne sont pas les seuls à faire des erreurs, lesquelles sont d’ailleurs intégrées par une pondération des prix (à la hausse bien sûr, rassurez-vous !).

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les arguments qui sous-tendent cette démarche ? Ce sont d’abord ceux du gain de temps pour le consommateur et de la disparition des sources de contrariété : attente en caisse, problèmes de paiement avec une carte de crédit qui ne fonctionne pas, automate récalcitrant… mais les opérateurs oublient aussi de citer la fidélisation des clients, l’enregistrement d’habitudes d’achat et, ce qui est encore plus préoccupant, la suppression de postes d’employés.

C’est cette dernière conséquence sur la quelle nous souhaitons insister non sans avoir auparavant souligné un paradoxe. De quoi s’agit-il ? Ceux qui se sont rendus dans un supermarché aux USA ont généralement constaté et apprécié la présence en bout de caisse d’une personne (étudiant, retraité ou autre) qui range méticuleusement vos achats dans vos cabas ou dans de grands sacs en papier.

Ce service supplémentaire dont le coût est intégré au prix des produits contribue à l’humanisation d’un espace de commerce déserté de longue date par les responsables de secteurs et où l’on ne rencontre que les personnes en charge de l’achalandage des rayons. Ce travail qui relève des « petits boulots » offre à une population socialement très modeste un petit revenu ou un complément de revenu qui permet de mieux subsister.

Self-scanning chez Auchan

Self-scanning chez Auchan

Avec la disparition des caisses, sonne aussi la fin de ces emplois d’aide aux personnes (aide au chargement de produits encombrants ou lourds dans le véhicule). Même si l’on vante pour les clients les gains de temps, ce qui apparaît le plus préjudiciable socialement c’est la disparition des hôtes et très majoritairement des hôtesses de caisse. Déjà avec le « scanning », le client devient caissier, parfois aidé par quelques employé(e)s dédié(s)s à cette mission ou au contrôle des achats.

Que va-t-il advenir de ces milliers d’agents de caisse si le système expérimenté par Amazon s’étend ? Et d’abord, qui sont ces agents ? Pour la plupart en France ce sont des femmes (entre 60 % et 80 %) dont la situation professionnelle a fait l’objet du film Discount sorti en janvier 2015.blog371_phaffichediscount

Comme le décrit la journaliste Sandra Lorenzo dans le Huffington Post : « La caissière est une femme que les sociologues, comme Sophie Bernard, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Dauphine et auteure de « Être caissière », comparent souvent à un ouvrier spécialisé, « l’OS du tertiaire », avance-t-elle. Autrement dit, un employé sans qualification et sans formation spécifique comme cet ouvrier, symbole de l’ère industrielle « dont on exige seulement qu’il suive le rythme de la machine qu’il sert « selon la définition d’Alternatives Economiques. Leur machine à elles, c’est la caisse.

Les horaires flexibles sont aussi un des traits caractéristiques de ce métier. « Les caissières sont souvent embauchées en CDI mais avec un temps partiel imposé », explique Sophie Bernard. Les ressources humaines du supermarché s’adaptent aux rythmes des clients et privilégient donc le temps partiel pour coller au mieux aux besoins du magasin, ainsi leur emploi du temps varie souvent d’une semaine sur l’autre sans beaucoup de visibilité. « Payées au SMIC horaire, elles ont la possibilité de faire des heures complémentaires si l’affluence de clients le justifie. Peu d’entre elles le refusent, elles en ont besoin financièrement et cela peut-être un gage de leur motivation dans l’espoir un jour de décrocher un temps plein. »

blog371_phcaissierOutre le fait qu’elles travaillent avec une machine et qu’elles travaillent en horaires décalés, « la répétitivité des gestes, la soumission à des cadences » rappellent aussi le quotidien des ouvriers, souligne encore Sophie Bernard. A une différence près, et elle est de taille, « les caissières le revendiquent, elles ne travaillent pas en usine, elles sont en contact direct avec les clients et ne peuvent donc pas être remplacées par des machines », ajoute-t-elle. Mais cette dernière affirmation est-elle pérenne ?

La sociologue, Marlène Benquet, auteure de « Encaisser! Enquête en immersion dans la grande distribution » et d’un récit sur une grève dans un hypermarché marseillais intitulé « Les damnées de la caisse » a cherché à comprendre pourquoi. Les caissières sont au « carrefour du triple mouvement de féminisation, tertiairisation et précarisation du salariat » écrit-elle. Dans les années 1970, être caissière devient une activité professionnelle principale (et non plus d’appoint pour le ménage) et dans le même temps, l’activité se précarise à cause de « l’extension du travail à temps partiel », ainsi que le résume Jean-Michel Denis sur la plateforme Cairn.blog371_phlivreencaisser

Cette précarisation n’explique pas tout. Marlène Benquet montre qu’il s’agit aussi d’une profession placée « sous contrôle » aussi bien de sa hiérarchie que des clients et des autres caissières elles-mêmes. Un phénomène accentué par l’arrivée des caisses automatiques. Sophie Bernard a étudié ce phénomène. « La temporalité a complètement changé, analyse-t-elle, aujourd’hui une caissière peut être en charge d’une petite dizaine de caisses à la fois avec très peu de moment de pause comme c’était le cas entre chaque client à une caisse traditionnelle. Elles doivent avoir une attention permanente pour s’assurer que les clients n’ont pas de problème et qu’ils ne volent pas ».

La question qui se pose est bien sûr celle de l’emploi de personnes peu ou pas qualifiées. Même si en amont, la conception et la réalisation de nouvelles caisses automatiques ou de dispositifs numériques se substituant aux caisses requièrent de faire appel à plus de techniciens et d’ingénieurs, leur nombre ne saurait compenser le déficit d’emploi d’hôtesses de caisse.

blog371_phcaissiereauchanC’est donc bien un choix économique et social qui prévaut dont les premières victimes seront encore une fois les personnes les plus faiblement qualifiées qui viendront alors grossir le nombre des personnes en recherche d’emploi…. s’il en existe encore quelques-uns d’accessibles ! Moins de personnel cela signifie pour les groupes de la grande distribution moins de gestion des ressources humaines (les machines travaillent à toute heure et ne font pas grève), moins de charges sociales à payer et une accélération du flux de client et donc des rentrées financières.

Alors, réfléchissons bien lorsque nous faisons nos courses : Est-ce que pour le consommateur le gain de temps aux caisses est plus important que la suppression de postes de travail pour des personnels qui contribuent à humaniser un service et à créer de la richesse solidaire par le biais des charges sociales liées à leurs emplois ?

Maroiller

Encore un traitement de faveur pour Alteo !

1 décembre 2016

Décidément, l’usine d’alumine Alteo de Gardanne qui continue depuis plus de 50 ans de rejeter en mer ses effluents toxiques au large de Cassis, n’a pas fini de faire parler d’elle : le sujet a même fait l’objet d’une discussion spécifique à l’occasion de l’examen en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi de finance pour 2017 !

Vue de l'usine d'alumine Alteo à Gardanne

Vue de l’usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans la discussion d’un projet de loi de finances, il y a toujours un moment de défoulement, celui des articles non rattachés qui permet aux parlementaires de déposer leurs amendements les plus hétéroclites et parfois de les faire adopter, à la faveur d’un malentendu ou d’un relâchement de l’attention générale.

Le député Olivier Faure

Le député Olivier Faure

Le crû 2017 n’a pas failli à la tradition et on y a donc débattu (longuement) de deux amendements quasi identiques portés par un député socialiste de Seine-et-Marne, un certain Olivier Faure, visant à aligner le paiement de la redevance de l’usine Alteo sur la règle commune.

L’histoire ne dit pas pourquoi un obscur élu de Combs-la Ville s’intéresse à un tel sujet, mais un petit retour en arrière s’impose pour comprendre le but de la manœuvre.

Comme toute entreprise polluante qui rejette dans le milieu naturel des substances toxiques, Alteo est soumise à une redevance perçue par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) selon le principe pollueur-payeur. Le montant annuel de cette redevance est basé sur le volume rejeté de polluants organiques traditionnels mais aussi de matières en suspension. Sont également pris en compte dans le calcul la toxicité aiguë et 8 métaux et métalloïdes (arsenic, cadmium, chrome, nickel, cuivre, mercure, etc.) ainsi que d’autres paramètres tels que les nitrites, les nitrates, ou encore la température des rejets et, depuis 2016, 16 substances dangereuses pour l’environnement.

La formule de calcul est identique pour toutes les entreprises, sauf pour l’usine d’alumine de Gardanne qui a bénéficié en 2006, lors du vote de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques d’un traitement de faveur taillé sur mesure. Certains parlementaires bienveillants ont alors convaincu leurs collègues d’appliquer un taux plafond plus faible pour les matières en suspension lorsque le rejet se fait au large des côtes, configuration qui concerne exclusivement la seule usine de Gardanne, alors aux mains de Péchiney. La canalisation issue de l’usine de Gardanne rejetait à cette date de l’ordre de 250 000 tonnes de boues rouges chaque année dans la Méditerranée, à quelques km de la côte et a donc bénéficié de cette mesure inédite, très avantageuse.

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Malgré ce traitement de faveur, le site a vu sa redevance augmenter progressivement du fait de l’augmentation des taux sur les autres polluants, jusqu’à atteindre en 2012 le montant annuel de 2,6 millions d’euros. Rapportée au chiffre d’affaire de l’entreprise, la somme n’était pas énorme, mais elle a néanmoins été jugée excessive par l’industriel qui, plutôt que de tenter de diminuer la charge polluante de ses rejets, a préféré actionner ses relais politiques.

Avec d’ailleurs un succès incontestable, puisque un amendement parlementaire déposé en 2012 à l’occasion de la loi de finance rectificative a créé un taux plafond moins important pour les rejets au large des côtes concernant le paramètre de toxicité aiguë (matières inhibitrices), ce qui a permis une nouvelle fois de dégonfler la facture pour le site industriel provençal passé entre temps dans les mains du propriétaire actuel, le fonds d’investissement HIG European Capital Partners.

Et voila qu’en 2015, les procédures nationales pour évaluer la toxicité des rejets évoluent. Basées jusque là sur une évaluation de la sensibilité d’organismes caractéristiques des eaux douces, la méthode s’appuie désormais sur l’examen de l’impact sur d’autres organismes plus adaptées au milieu marin, des bactéries luminescentes. Une aubaine pour Alteo qui, du fait de ce changement de méthodologie et grâce à l’application du plafonnement spécifique dont elle bénéficie, verrait ainsi le montant annuel de sa redevance passer de 1,8 millions d’euros à 300 000 €.

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Une misère qui rendrait d’un coup totalement inutiles les efforts que l’industriel est sensé développer pour réduire à terme la toxicité de ces rejets : à quoi bon investir de l’argent dans de la recherche pour polluer moins quand on peut polluer autant qu’on veut pour un montant dérisoire ? L’amendement du député de Seine-et-Marne avait donc pour but de maintenir un minimum de décence en faisant en sorte que la redevance de l’industriel soit divisée par 3 et non par 6, ce qui restait plutôt bienveillant.

Mais c’était encore trop pour les amis d’Alteo dont le secrétaire d’État Christian Eckert, qui est aussitôt monté au créneau pour défendre les intérêts du fonds d’investissement anglo-saxon, estimant bien naturellement qu’ « une telle disposition ferait peser un risque significatif sur l’avenir de cette entreprise qui serait très largement compromis ». L’ange gardien d’Alteo, le député François-Michel Lambert, qui s’est targué jadis d’une certaine fibre écologiste, a bien évidemment fait sonner la charge. Absent de l’hémicycle, il a aussitôt dépêché un député ami (élu dans le Val d’Oise) pour plaider la cause de l’industriel et sauver les 400 emplois évidemment menacés, son porte-parole estimant sans rire : « je pense qu’il vaut mieux négocier avec l’entreprise les moyens et les investissements nécessaires pour traiter ces rejets ». Entre amis, on s’arrange…

Le député Olivier Faure ne s’est pas laisser démonter par les arguments fallacieux et les chiffres totalement fantaisistes avancés par son collègue. Il a courageusement tenté d’argumenter en expliquant : « Il ne s’agit pas de pénaliser outre mesure cette entreprise, d’autant que ce sont les agences de l’eau qui fixent le taux et qu’elles ont le souci de maintenir l’emploi. Même si était voté le taux le plus élevé, la taxe ne pourrait être supérieure  à 500 000 € (…) les calanques n’ont pas besoin de continuer à être polluées. Oui à une baisse de la redevance, mais pas à n’importe quelles conditions. Continuer à stimuler les efforts me paraît la bonne mesure ».

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Car en réalité, l’Agence de l’Eau n’applique pas les plafonds qui sont fixés par la loi mais reste très en deçà pour calculer le montant des redevances. Comme l’explique Laurent Roy, directeur de l’Agence RMC pour Actu-Environnement, le taux appliqué à Alteo était 30 fois inférieur au plafond réglementaire pour les matières en suspension et à 25 % du plafond fixé pour la toxicité aiguë. Certes, le conseil d’administration a souhaité que l’Agence se rapproche progressivement de ces plafonds mais on voit qu’il n’y avait pas péril en la demeure pour Alteo…

Et pourtant, contre toute attente, c’est encore le lobby pro-industriel qui a gagné cette bataille : l’amendement introduit par Olivier Faure, malgré toute sa mesure, a été rejeté. On imagine la joie au siège d’Alteo qui vient de recevoir, au gré de cet échange parlementaire, un signal très positif pour continuer à polluer allégrement les fonds marins en toute impunité et à moindre frais : champagne !

L.V.  lutinvert1small

Emploi : les recettes ne se valent pas toutes…

13 novembre 2016

Il est beaucoup question en cette période de précampagne électorale des solutions que les uns et les autres envisagent pour faire baisser le taux de chômage en France.

blog357_dessinhollandeMalgré la fameuse inversion de la courbe du chômage tant attendue par François Hollande et qui commence enfin à se concrétiser puisque le taux de chômage vient de repasser sous la barre des 10 %, l’emploi reste une des principales préoccupations de la société française et sera sans doute un des déterminants majeurs pour les prochaines élections présidentielles en mars 2017.

Une inquiétude qui se comprend aisément quand on voit la vitesse à laquelle la courbe du chômage a progressé ces dernières années, passant d’un taux de 7,2 % fin 2007, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy et grimpant ensuite de manière continue jusqu’à atteindre 9,7 % lors de son départ de l’Elysée en 2012. La crise économique mondiale est largement responsable de cette forte dégradation de la situation de l’emploi, mais chacun voit bien que des causes plus structurelles liées à la désindustrialisation massive du pays ont renforcé cette vulnérabilité qui n’est d’ailleurs pas propre à la France. En dehors du cas particulier de l’Allemagne, la France est en effet dans la moyenne des pays européens et fait même beaucoup mieux que certains pays comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne.

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Face à un tel constat chacun y va de sa potion magique. Les primaires de la droite mettent en avant des solutions liées avant tout à la baisse des charges sociales et à l’augmentation de la durée du travail. Des solutions qui ont d’ailleurs été déjà largement explorées. La loi sur les 35 heures a d’ores et déjà été partiellement détricotée et la durée hebdomadaire moyenne de travail effectif est désormais en France de 39,6 heures, légèrement supérieure, soit dit en passant, à celle observée en Allemagne.

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Quant à la baisse des charges pour les entreprises, elle a été également pratiquée, via notamment le dispositif du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mis en place par François Hollande suite à une proposition de Louis Gallois, et qui s’est traduit par la distribution de plus de 28 milliards d’euros aux entreprises pour les seules années 2013 et 2014, de l’ordre de 10 milliards d’euros par an depuis. Un coût très élevé pour les finances de l’État et qui va encore augmenter de 3 milliards d’euros en 2017 puisque le taux vient d’être relevé pour le prochain exercice.

Un rapport commandé par France Stratégie (l’ex Commissariat au Plan) à deux centres de recherche indépendants, vient justement d’apporter un éclairage récent sur l’évaluation de ce dispositif entré en vigueur au 1er janvier 2013 mais pour lequel on manquait jusqu’à présent de recul pour dresser une véritable évaluation à partir d’observations effectives. C’est désormais chose faite, à partir d’un retour d’expérience sur les deux premières années de mise en œuvre du CICE et le bilan n’est pas des plus flatteurs…

Remise de l'édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Remise de l’édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Alors que le gouvernement attendait de ce dispositif qu’il permette la création d’au moins 200 000 emplois, la réalité se situe plutôt entre 50 000 et 100 000, ce qui n’est pas négligeable pour un système qui n’a pas encore donné sa pleine mesure, mais reste loin des objectifs initiaux. Il n’en reste pas moins que le dispositif s’avère particulièrement coûteux pour l’État avec un coût moyen estimé à 240 000 € pour chaque emploi créé, ce qui est énorme. Rappelons en effet au passage que le coût moyen d’indemnisation d’un chômeur en France revient à environ 15 000 € par an…

En comparaison, le passage aux 35 heures hebdomadaires impulsé en 1997 par Martine Aubry dans le gouvernement Jospin avait eu un effet nettement plus efficace comme l’a encore récemment confirmé un rapport parlementaire. Ce sont en effet pas moins de 220 000 emplois qui avaient pu être créés en deux ans grâce à ce dispositif (et même 350 000 si on observe l’effet jusqu’en 2005), pour un coût très faible évalué à environ 12 000 € par emploi créé.

blog357_dessinsarkoCertes la palme en la matière revient à la solution qu’avaient mise en place Nicolas Sarkozy et son premier ministre François Fillon, via la fameuse loi TEPA instaurée dès son accession à la Présidence en 2007. Basée sur sa célèbre promesse du « travailler plus pour gagner plus », la défiscalisation des heures supplémentaires avait réalisé la prouesse de supprimer plus de 30 000 emplois pour le coût faramineux de 130 000 € par emploi perdu, un véritable exploit !

De ce point de vue, le CICE n’est donc pas si catastrophique qu’il n’y paraît même si de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le fait qu’il ait surtout bénéficié à la grande distribution et à des entreprisse comme La Poste plutôt qu’à l’industrie manufacturière en vue d’améliorer la compétitivité de cette dernière à l’export, ce qui était quand même l’objectif initial principalement visé.

L’effet bénéfique majeur apporté par le CICE et que reconnaît bien volontiers le patronat, est d’avoir permis aux entreprises de fortement augmenter leurs marges bénéficiaires. Tombées en 2013 un peu en dessous de 30 %, elles sont remontées depuis à 32,7 % ce qui constitue une hausse spectaculaire dont les patrons se réjouissent selon l’adage énoncé par l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, disparu il y a tout juste un an : « les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

En l’occurrence, force est de constater, comme le fait l’analyse de France Stratégie, que les investissements en question se font toujours attendre… Aucun frémissement n’est détecté dans ce domaine. En réalité, les montants colossaux versés par l’État au titre du CICE ont souvent servi à pallier les difficultés de trésorerie des entreprises confrontées aux frilosités du système bancaire, et ont permis d’alimenter largement les confortables dividendes versés aux actionnaires. Pour les investissements et les créations d’emplois, on attendra encore un petit peu…

L.V.  lutinvert1small

L’ogre Monsanto va t-il disparaître ?

15 octobre 2016

Pour quiconque s’intéresse un tant soit peu au fonctionnement de l’agriculture moderne et à ses effets délétères sur l’environnement, la firme américaine Monsanto, leader mondial des semences OGM, fait figure de repoussoir universel ! On ne compte plus les reportages qui dénoncent le rôle de cette multinationale toute puissante qui contrôle une large part du marché mondial des semences et poursuit en justice les paysans qui s’obstinent à vouloir produire leurs propres semences à partir d’une sélection de leur récolte, comme des générations de paysans l’ont fait avant eux. En France, une loi récente a redonné un peu d’espace de liberté aux agriculteurs dans ce domaine, mais dans de nombreux pays, Monsanto n’hésite pas à les traduire en justice pour cela afin d’assurer sa suprématie commerciale.

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Pour la plupart des tenants d’une agriculture raisonnée et les défenseurs de l’environnement, le nom de Monsanto est détesté. La firme fait d’ailleurs l’objet depuis le 12 octobre 2016 d’un procès retentissant, accusée de « violations des droits humains, crimes contre l’humanité et écocide » par un tribunal international citoyen qui siège à La Haye. Son crime : avoir commercialisé des produits dangereux responsables de la mort de milliers de personnes. Parmi ces produits toxiques, les polychlorobiphényles (PCB), le Lasso (un herbicide cancérigène, interdit en Europe depuis 2006), le glyphosate (un herbicide connu sous la marque Roundup et dont l’Union européenne vient de prolonger l’autorisation d’usage !) ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, le fameux « agent orange », un puissant défoliant pulvérisé par avion au-dessus des forêts par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

blog351_dessintribunalCertes, ce procès, pour le financement duquel a été monté une vaste opération de financement citoyen, est largement symbolique et d’ailleurs la firme Monsanto a refusé d’y participer pour se défendre. Les membres du tribunal n’en sont pas moins des juges professionnels aguerris en matière de droit pénal international et parmi le comité de direction de cette initiative, on retrouve de vrais spécialistes du sujet, dont l’avocate et ancienne ministre de l’environnement Corine Lepage, la journaliste Marie-Monique Robin, auteur du documentaire « Le monde selon Monsanto » ou encore l’ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.

Au delà du cas Monsanto, emblématique des pires excès du business de l’agro-alimentaire industriel, responsable de l’empoisonnement de milliers de personnes sur la planète, mais aussi de l’accélération de la perte de biodiversité, l’enjeu de ce tribunal est aussi de mettre en évidence l’ampleur des stratégies de désinformation, de corruption et de lobbying qui ont permis à la firme américaine d’imposer ses produits à travers le monde entier malgré leurs effets redoutables sur la santé humaine et sur l’environnement.

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Et voila que l’on apprend que la firme Monsanto est sur le point de disparaître, rachetée par un de ses concurrents, le géant allemand Bayer, pour la modique somme de 59 milliards d’euros ! Il faut dire que la firme américaine avait eu un petit coup de mou avec une baisse de 15 % de son bénéfice en 2015, mais elle avait déjà annoncé la suppression de 3 600 emplois d’ici 2018, histoire de redresser la barre…

En tout cas, la fusion du leader des semences et du roi des pesticides ne va pas passer inaperçue dans le paysage agricole mondial… Le chiffre d’affaire annuel des deux sociétés est de 23  milliards d’euros et elles comptent pas moins de 140 000 salariés à travers le monde. Mais surtout, après la fusion, le groupe contrôlera 24 % du marché mondial des pesticides et 30 % de celui des semences. De quoi se placer en bonne position dans le grand Monopoly mondial auquel jouent les six grands qui se partagent le marché.

blog351_phbourseEn décembre 2015, les deux géants américains Dow Chemical et Dupont de Nemours avaient déjà fusionné pour 130 millions de dollars. Monsanto avait alors tenté de racheter le suisse Syngenta dont les frasques judiciaires ont déjà été évoquées ici, mais c’est finalement le Chinois ChemChina qui l’a absorbé pour la somme conséquente de 43  milliards de dollars. Les trois mastodontes ainsi créés vont désormais contrôler à eux trois 60 % des semences et 75 % des produits phytosanitaires vendus sur la planète. Pas très rassurant pour l’avenir des agriculteurs et celui de notre environnement…

Du coup, il paraît probable que le nom de Monsanto, honni à travers toute la planète par des cohortes de petits agriculteurs et les défenseurs de la biodiversité, va disparaître, histoire de se refaire une virginité. On peut d’ailleurs faire confiance aux communicants pour dénicher un autre nom que celui de Bayer dont la réputation n’est pas moins ternie par des décennies de bonnes affaires.

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Rappelons en effet au passage que cette dernière société, dont selon une analyse d’Agoravox, les principaux actionnaires sont désormais des fonds d’investissement américains, est l’héritière de la firme allemande IG Farben, qui fournissait le Reich en Zyklon B, pour l’alimentation des chambres à gaz des camps d’extermination, après avoir été l’inventeur du gaz moutarde largement utilisé sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. La société avait d’ailleurs été condamnée lors du procès de Nuremberg pour avoir acheté des déportés du camp d’Auschwitz à des fins de cobayes. Ses produits phares que sont les insecticides Gaucho et Regent, accusés d’exterminer les abeilles, sont également de sinistre mémoire, mais chacun sait bien qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs…blog351_dessinfusion

La stratégie d’intégration menée par Bayer et Monsanto ne manque en tout cas pas de clairvoyance. En fournissant à la planète entière semences, engrais et pesticides mais aussi de plus en plus conseils techniques et encadrement, ils transforment peu à peu les agriculteurs en de simples opérateurs industriels totalement à leur merci. Et s’ils tombent malades du fait de l’ingestion massive des produits toxiques utilisés pour les traitements phytosanitaires, c’est encore Bayer qui leur vendra à prix d’or les médicaments anti-cancéreux dont ils ont besoin.

blog351_dessindangerLa fusion entre Monsanto et Bayer laisse en effet entrevoir un avenir radieux pour la profitabilité des actionnaires du monstre ainsi créé qui maîtrisera à la fois la production alimentaire mais aussi les traitements pharmaceutiques nécessaires pour corriger les dégâts collatéraux malencontreusement causés par une industrie agroalimentaire peu regardante en matière environnementale. La tentation serait même grande pour arrondir les dividendes des actionnaires, d’introduire dans les semences des modifications génétiques porteuses de maladies dont la firme fournirait en parallèle le traitement médical approprié. Un vrai jackpot en perspective !

L.V. LutinVert1Small

Primaires de la Droite : la chasse aux fonctionnaires est ouverte !

12 octobre 2016

Alors que la campagne des primaires de la Droite et du Centre bat son plein, à six mois des prochaines élections présidentielles, les candidats en lice se lancent dans une surenchère délirante pour savoir qui supprimera le plus de postes de fonctionnaires. Pour Nicolas Sarkozy, la barre a été fixée à 300 000 fonctionnaires dont il convient de supprimer le poste dans les meilleurs délais, histoire d’alléger les dépenses publiques puisque, comme chacun sait, le fonctionnaire est une espèce nuisible envahissante qu’il est nécessaire d’éradiquer. François Fillon estime quant à lui que c’est 500 000 postes de fonctionnaires qu’il faut supprimer sans attendre : qui dit mieux ?

blog350_phsarkozyPour Nicolas Sarkozy, comme toujours, les choses sont simples et même de plus en plus simplistes maintenant qu’il s’est mis en tête que sa cible était le peuple et son ennemi les élites de la République : « Nous ne pouvons pas continuer à avoir autant d’emplois publics en France, à rebours de nos voisins européens. Ce n’est d’ailleurs pas une question d’idéologie ou de dogme. C’est incontournable et, au fond, cela ne devrait même pas être un sujet de clivage entre la gauche et la droite ».

Il se vante d’ailleurs d’avoir supprimé pas moins de 150 000 postes de fonctionnaires entre 2007 et 2012. Mais il n’a pas eu de chance car, selon lui, « A l’époque, 95 % des régions étaient à gauche et 70 % des départements étaient à gauche. Dans le même temps où on réduisait de 150 000 les effectifs de l’Etat, les collectivités territoriales de gauche les augmentaient d’autant ».

Avec un tel personnage, il n’est pas toujours facile de faire la part des choses tant il prend ses aises avec la vérité… Une chose est sûre, il y a bien eu de nombreuses suppressions de postes dans les forces de sécurité et on en paye largement le prix aujourd’hui, alors que les ténors de droite accusent de laxisme le gouvernement qui fait ce qu’il peut pour former de nouveaux policiers afin de remplacer les postes disparus.

Blog325_DessinSarkoClownRappelons ainsi pour mémoire que ce sont pas moins de 12 650 postes de policiers et de gendarmes qui ont été supprimés entre 2007 et 2012, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, auxquels il faut ajouter 3 900 suppressions de postes du fait de la fusion entre les renseignements généraux et la DST pour créer la nouvelle DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), mais aussi 54 000 postes de militaires en application de la loi de programmation militaire votée en 2009. Soit quant même plus de 70 000 postes en moins pour les forces de sécurité et du renseignement, un chiffre qui est rarement mis en avant par les candidats aux primaires de la Droite…

Quant aux 150 000 postes qui auraient été créés par les collectivités territoriales dans le même temps, la vérité mérite d’être nuancée comme l’a bien rappelé Libération. L’essentiel de ces « créations de postes » résulte en réalité des transferts de compétences qui ont été opérés à partir de 2006 en application des lois de décentralisation de 2004. Si l’on fait abstraction des effets de ces simples transferts de compétences de l’État vers les collectivités territoriales, la hausse des effectifs dans les régions se limite à 1 200 postes et à 7 400 dans les départements, mais tout de même 80 000 dans les communes qui, elles, étaient loin d’être systématiquement gérées par des élus de gauche à cette période ! Mais le candidat Sarkozy ne s’encombre pas de ce genre de détails…

Plusieurs des candidats de droite souhaitent revenir sur la suppression du jour de carence en cas d’arrêt maladie, jour de carence qui avait été instauré au 1er janvier 2012 mais que François Hollande a fini par supprimer en 2014 après une évaluation peu concluante de son efficacité. Sarkozy, s’il revient au pouvoir, a promis de revenir sur cette mesure en doublant la mise avec cette fois deux jours de carence, la prise en charge ne se faisant qu’à partir du 3ème jour d’arrêt maladie.

Dans le privé, il existe en effet 3 jours de carence mais là aussi la vérité oblige à dire que les deux tiers des salariés du privé bénéficient en fait du rachat de ces 3 jours de carence par la caisse de prévoyance de leur entreprise si bien qu’ils ne s’en aperçoivent même pas. Cette mesure concerne en particulier les cadres (à 82 %) et principalement les salariés des grandes entreprises (à 77 %). L’objectif de la Droite est donc simplement d’étendre à la fonction publique une injustice qui touche principalement les ouvriers des PME : une belle mesure sociale effectivement !

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Autre marotte de Nicolas Sarkozy et de son rival ultralibéral François Fillon : faire travailler plus longtemps les fonctionnaires dont l’emploi n’aura pas été supprimé. Il s’agit notamment de faire passer la durée hebdomadaire de travail de 35 à 37 heures et même à 39 heures pour les volontaires selon Nicolas Sarkozy. Quant à la retraite, « il faudra non seulement continuer à retarder l’âge du départ avec une première étape à 63 ans dès 2020, puis une seconde à 64 ans en 2025, mais aussi organiser la convergence des règles de calcul des pensions», estime Sarkozy qui souhaite également supprimer les régimes spéciaux.

blog350_dessin35hSur la question du temps de travail, la Gazette des communes rappelle que le rapport publié il y a quelques mois par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a calculé que le temps moyen de travail des fonctionnaires s’élève à 1 584 heures par an, légèrement inférieure à la durée réglementaire fixée à 1 607 heures, l’écart venant pour l’essentiel de certaines professions telles que les infirmières, les policiers ou les agents de maintenance, qui bénéficient de régimes particuliers du fait de leur cycle de travail atypique les obligeant à travailler de nuit ou le dimanche.

Il est exact que la durée moyenne du temps de travail est légèrement supérieure dans le privé (1 684 heures annuelles), l’écart se traduisant généralement par des jours de congés ou de RTT supplémentaires (7 en moyenne). Mais quand François Fillon affirme qu’obliger les fonctionnaires à passer à 39 heures hebdomadaires permettrait de supprimer automatiquement 600 000 postes, c’est largement exagéré. Un rapport de la Cour des Comptes a d’ailleurs fait le calcul et estime que dans le meilleur des cas, en supposant une parfaite fluidité dans la réorganisation des services pour s’adapter à ces nouveaux rythmes, le gain ne serait que de 27 000 postes sur un an !blog350_phfillon

« Est-ce que la France peut continuer à emprunter sur les marchés internationaux pour payer les salaires des fonctionnaires. Ça ne peut pas durer. On consacre 57 % de la richesse nationale à la dépense publique » : encore une déclaration choc de François Fillon en campagne pour les primaires !

Petite précision : la dépense publique n’est pas liée aux seuls salaires des fonctionnaires. Celle-ci représente certes 41 %  des dépenses totales dans la fonction publique d’État mais seulement 25 % dans la territoriale. La part de la masse salariale de tous les fonctionnaires français (hors militaires) ne représente en réalité que 13 % de la richesse nationale, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, d’autant que sur les 10 dernières années, les traitements progressent moins vite pour les fonctionnaires (0,2 % par an en moyenne dans la fonction publique d’Etat en euros constants) que dans le privé (0,5 % en moyenne).

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il avait été instauré le principe de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite. On a vu ce que donnait une telle politique sur l’évolution des effectifs de la police mais les Républicains souhaitent désormais l’étendre aux collectivités territoriales, quitte à réformer la Constitution puisque celle ci garantie actuellement la libre administration des collectivités et ne permet donc pas d’imposer ce type de mesure par la loi.

blog350_dessinsomme

Quant aux fonctionnaires d’État, Nicolas Sarkozy a trouvé comment en diminuer encore le nombre : il suffit de supprimer les contrôles du fisc et de l’inspection du travail dans les entreprises et les exploitations agricoles ! Une mesure radicale en effet qui permet de donner carte blanche aux fraudeurs de toute sorte. Pas sûr qu’une telle approche soit de nature à rétablir l’équilibre des comptes de la Nation mais on reconnaît bien là la solidarité de l’avocat d’affaire, doublement mis en examen, envers ceux qui, comme lui, ont l’habitude de prendre certaines libertés avec l’interprétation des lois.

L.V.  LutinVert1Small

Dividendes : les actionnaires se régalent, les salariés trinquent…

11 septembre 2016

Le monde économique est en crise et le taux de rendement des obligations est en baisse : 1,5 % seulement pour les bons du Trésor américains sur 10 ans et même des taux négatifs pour leurs équivalents allemands ! Alors, pour attirer les investisseurs, les grosses entreprises se montrent très généreuses sur le versement des dividendes à leurs actionnaires, histoire de récompenser leur fidélité et de les inciter à conserver leurs actions… Plusieurs analyses parues récemment dans la presse et notamment un article de Laszlo Perelstein publié dans la Tribune détaillent l’ampleur du phénomène.

Assemblée générale des actionnaires de l'Oréal, le 20 avril 2016

Assemblée générale des actionnaires de l’Oréal, le 20 avril 2016

C’est ainsi qu’au 30 juin 2016 les 500 plus grosses entreprises côtées en bourse aux États-Unis et regroupées au sein du S&P 500 affichaient en moyenne un taux de rendement des dividendes très attractif de 2,24 % tandis que celui des entreprises prises en compte par l’indice européen Stoxx 600 atteignait 3,1 % et même, pour les 40 locomotives du CAC 40 français, le taux mirobolant de 4,05 %… Comme l’expliquaient benoîtement en 2015 les analystes financiers d’Allianz Global Investors, « les dividendes peuvent constituer un substitut attrayant aux coupons obligataires, en particulier durant les périodes de répression financière ».

Du coup, toutes les grandes multinationales s’engouffrent dans la brèche, Apple en tête qui a versé les plus gros dividendes en 2015 après avoir interrompu cette pratique entre 1995 et 2012. Des firmes comme le géant pharmaceutique Pfizster ou le fabricant de jouets Mattel ont ainsi versé en 2015 sous forme de dividende payé rubis sur l’ongle à leurs actionnaires, un montant supérieur à leur profit annuel ! Et le cas n’est pas isolé puisqu’il concerne plus de 40 des 500 plus grosses entreprises américaines…

blog342_dessincaterpillarBien évidemment, l’opération n’est pas indolore car les montants en cause sont faramineux même si cela ne représente souvent que quelques euros par action. C’est ainsi que la firme pétrolière Shell a été amenée à réduire de 2 milliards de dollars ses projets d’investissements et de 3 milliards ses coûts d’exploitation afin de servir en priorité l’appétit de ses actionnaires, tandis que son concurrent ExxonMobil baissait d’un quart le montant de ses investissements en 2016 après l’avoir déjà diminué de 20 % en 2015. Quant au fabricant d’engins de chantier Caterpillar, il a procédé en juin 2015 à une augmentation de 10 % du montant des dividendes versés à ses actionnaires avant d’annoncer trois mois plus tard la supression de 10 000 emplois, soit 9 % de ses effectifs totaux.

Il faut bien en effet trouver quelque part l’argent pour rémunérer les actionnaires et forcément on coupe en priorité dans les investissements et dans les salaires (du personnel, pas des dirigeants).

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

En France, où le grand patronat se plaint en permanence de la crise de liquidité et de l’étranglement des charges sociales qui ne lui permettent pas d’investir pour développer son appareil industriel, cette course aux dividendes prend des proportions tout à fait étonnantes. Le dernier rapport du gestionnaire d’actifs Henderson Global Investors qui porte sur le second trimestre 2016 est éloquent à cet égard. Après les États-Unis et les Pays-Bas, « les dividendes français ont enregistré la troisième hausse la plus rapide au monde, en augmentation de 11,2%, et tous les secteurs ont réalisé de bons résultats ».

C’est bien simple, la France est devenue le plus gros payeur de dividende d’Europe, hors Royaume-Uni puisque désormais les analystes financiers considèrent ce pays comme extra-européen… Toujours selon les experts d’Henderson, « les dividendes totaux français ont atteint 40 milliards de dollars US, en hausse de 13,9 % », avec une pensée toute particulière pour les gros pourvoyeurs de dividendes que sont Total (malgré la baisse des cours du pétrole et la fermeture de ses raffineries…) et Saint-Gobain, mais aussi des grands groupes bancaires qui, à l’image de la Société Générale, de BNP-Paribas ou du Crédit Agricole ont augmenté leurs distributions de dividendes de 50 à 70 % ! Voilà qui confirme que la crise financière et celle des liquidités est loin derrière nous, au moins pour ce qui concerne les actionnaires…

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Pour l’année 2015, c’est ainsi un total de 35 milliards d’euros que les sociétés françaises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires sous forme de dividendes, soit presque autant que le fameux montant de 40 milliards d’exonération de charges consenti par le budget de la Nation pour leur venir en aide sous forme d’allègement de cotisations sociales. Une baisse sensible néanmoins par rapport à l’année 2014 pour laquelle les actionnaires du CAC 40 avaient quand même perçu pour près de 46 milliards d’euros de dividendes versés en cash, grâce, il est vrai, à deux opérations exceptionnelles liées d’une part à la sortie partielle de Nestlé du capital de L’Oréal et, d’autre part, à une distribution d’actions Hermès par LVMH. Si l’on excepte ces opérations exceptionnelles, la hausse est de 11,2 % d’une année sur l’autre.

Le pire c’est que ces dividendes versés par les grandes sociétés françaises sert pour l’essentiel à rémunérer des investisseurs étrangers. L’actionariat du CAC 40 est en effet à 45 % étranger, constitué principalement de fonds de pension anglo-saxons et de fonds souverains du Moyen-Orient et de Chine. Certes, le patronat tempère cette analyse en rappelant qu’une partie de cet argent a été gagné en dehors de nos frontières et qu’il est donc normal qu’il y retourne, à l’instar de Danone par exemple, qui ne réalise que 10 % de son chiffre d’affaires en France. On peut quand même s’interroger sur l’intérêt à long terme d’un tel dispositif pour l’avenir de l’économie française…

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Les actionnaires sont donc à la fête. Mais est-ce bien raisonnable ? Pour la même année 2015 en effet, le bénéfice cumulé dégagé par ces mêmes entreprises du CAC 40 s’élève à 55,21 milliards d’euros, en baisse de 12,8 % par rapport à 2014. Certes, ces moins bons résultats sont surtout dus aux lourdes pertes enregistrées par Engie (ex GDF-Suez) ou encore Arcelor Mittal (pour ce qui est des banques, rassurez-vous, tout va pour le mieux…).

Du coup, la part du bénéfice reversée sous forme de dividendes atteint des proportions importantes, largement supérieures à 80 % pour la plupart de ces sociétés, et ceci au détriment des montants consacrés à l’investissement en vue de moderniser l’outil de travail et le rendre plus compétitif à l’avenir. Hors banques et assurances, l’investissement total des sociétés du CAC 40 a été ainsi de 83 milliards d’euros en 2014, contre 86 milliards en 2013 et 92 milliards en 2012 : une baisse constante qui augure mal de l’avenir de nos principales entreprises…

Ce décalage est d’autant plus choquant que, dans le même temps, les salaires stagnent. En un an, le SMIG n’a augmenté que de 0,5 % et la croissance en France a été proche de 0. En économie comme ailleurs, il n’y a pas de miracle et il faut bien prendre d’un côté ce que l’on donne de l’autre. Si le groupe Total maintient en 2015 ses versement de dividendes au même niveau qu’en 2014 (5,7 milliards d’euros toute de même!) alors que son résultat est en baisse de 18 %, il faudra compenser cette générosité en baissant de 17 % les investissements et en supprimant encore 2000 emplois dans le monde. Même chose pour Sanofi qui a déjà supprimé plus de 5 000 emplois depuis 2008 et prévoit une nouvelle charrette de 600 suppressions de poste sur 3 ans, tout en reversant cette année encore à ses actionnaires plus de la moité de ses bénéfices, soit la coquette somme de 3,8 milliards d’euros.

L’économiste Keynes estimait déjà en son temps qu’il faudrait « euthanasier les actionnaires ». Peut-on vraiment lui donner tort quand on voit à quels excès conduit le fonctionnement des systèmes boursiers acuels ?

L.V.  LutinVert1Small

Les dirigeables du futur conçus à Istres ?

17 août 2016
Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Les images spectaculaires du ballon dirigeable Hindenburg, plus grand dirigeable commercial jamais réalisé, affecté au transport de passagers entre l’Europe et les États-Unis et fleuron de la société allemande Zeppelin, qui s’est écrasé en 1937 dans le New Jersey, faisant 35 morts, avait paru sonné le glas de cette technologie. Il faut dire que l’accident, filmé en direct par plusieurs chaînes de télévision et survenu après seulement 14 mois de service actif, était particulièrement spectaculaire, du fait de l’embrasement rapide des 155 000 m³ d’hydrogène contenus dans la gigantesque enveloppe…

Et pourtant, malgré cet accident spectaculaire et la suprématie bien assise d’autres modes de transport aérien plus souples que sont l’avion et l’hélicoptère, voilà que le recours aux ballons dirigeables redevient d’actualité. Il faut dire que les dirigeables consomment dix fois moins qu’un avion et vingt fois moins qu’un hélicoptère pour la même charge et la même distance. Leur rayon d’action est beaucoup plus important que celui des hélicoptères et, contrairement aux avions, ils n’ont pas besoin de piste pour décoller ou atterrir : un argument d’actualité quand on voit comment il devient délicat aujourd’hui de construire une piste d’aéroport en France… Certes, les dirigeables sont beaucoup moins rapides que l’avion et l’hélicoptère, et ne peuvent pas voler en cas d’orage ou de vents violents, ce qui limite leur champ d’action.

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

En tout cas, Américains et Britanniques se sont de nouveau emparés de cette technologie et développent de nombreux projets. En Grande-Bretagne, la société Hybrid Air Vehicles (HAV) vient ainsi tout juste de sortir de ses hangars, le 6 août dernier, sa dernière réalisation en chantier depuis 2 ans, l’Airlander 10, un mastodonte de 92 m de long, 44 m de large et quelques 26 m de haut pour un volume total de 38 000 m3 d’hélium. Russes et Canadiens ont aussi développé des programmes mais qui semblent plus ou moins à l’arrêt, suite à certains déboires, de même que le projet de CargoLifter, un dirigeable de 242 m de long, presque aussi gros que le mythique Hindenburg, porté par ABB et Siemens en Allemagne : en 2000, le consortium a mis la clef sous la porte du fait des difficultés techniques et financières rencontrées.

Maquette du site aéronautique d'Istres (image CCIMP)

Maquette du site aéronautique d’Istres (image CCIMP)

Mais pour une fois, la France n’est pas en reste. C’est même en Provence que les choses se passent, à Istres, où l’ex communauté d’agglomération Ouest-Provence a racheté à Dassault Aviation un terrain et un hangar de 300 mètres de long. Ce nouveau « AirShip Village », est mis à disposition des constructeurs, avec l’appui du pôle de compétitivité Safe Cluster. Né en décembre 2015 du rapprochement des pôles de compétitivité Pégase et Risques, Safe réunit une communauté de près de 600 membres composée d’entreprises et d’organismes de recherche et de formation, issus majoritairement des secteurs de la sécurité, de la protection environnementale et de l’industrie aéronautique et spatiale.

L’objectif visé est ambitieux puisqu’il s’agit de développer une nouvelle filière aéronautique qui pourrait créer pas moins de 3 000 emplois d’ici 2030, en plus des 8 500 emplois déjà existant sur le site d’Airbus Helicopters (ex Eurocopter, lui même issu de l’ancienne société Sud Aviation) à Marignane. Ce programme a en tout cas été retenu par le gouvernement au titre des « Plans de la nouvelle France industrielle » lancée en mai 2015 par le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

Projet Stratobus de Thalès

Projet Stratobus de Thalès

Pour l’heure, ce sont quatre entreprises qui ont été retenues par le pôle Safe pour concevoir et assembler leurs futurs appareils sur le nouveau site d’Istres. Parmi elles, la société d’armement Thalès porte, via une de ses filiales Thalès Alenia Space, le projet de Stratobus, un dirigeable stationnaire volant à 20 000 m d’altitude pour assurer des missions permanentes d’observation et de télécommunication sans consommer d’énergie fossile grâce à une alimentation solaire.

Projet DCL de Flying Whales

Projet DCL de Flying Whales

Un autre projet, le Dirigeable à charge lourde (DCL) est quant à lui porté par la PME Flying Whales associé à l’avionneur chinois AVIC. Ensemble, ils veulent construire des dirigeables rigides capables de transporter 60 tonnes de fret en soute à une vitesse de croisière de 100 km/h. L’Office nationales des forêts (ONF) s’est déjà montré intéressée par ce projet pour transporter des grumes de bois pouvant être chargées et déchargées en vol stationnaire, quelle que soit la topographie du terrain. Une alternative à l’hélicoptère aussi flexible d’utilisation mais pour un coût d’exploitation à la tonne transportée dix à vingt fois plus faible.

Maquette de l'Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Maquette de l’Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Citons aussi l’entreprise grenobloise Airstar qui propose, de son côté, de construire un dirigeable « filoguidé » : l’Aerolifter. Deux versions de cet appareil ont été imaginées pour transporter des charges de deux ou quatre tonnes sur de petites distances de l’ordre de 2 km, principalement en zone montagneuse. Ce dirigeable serait piloté pour rejoindre sa zone d’opération puis ensuite guidé par un câble relié au sol, lui permettant de transporter des charges de 2 à 4 tonnes, avec des applications potentielles notamment sur les lignes aériennes électriques à haute tension ou le ravitaillement des refuges.

Quant au dernier projet retenu, le dirigeable multi-mission A-N 2000 imaginé par la société A-NSE, il consiste à développer une machine pour le marché de la sécurité et de la surveillance (avec radars et caméras embarqués), capable également de transporter du fret (entre 8 et 12 tonnes) à une vitesse de croisière d’environ 130 km/h.

Bref, le nouveau pôle dirigeable en cours de développement à Istres, sous l’égide du cluster Safe, fait partie de ces lieux de recherche appliquée où nos ingénieurs phosphorent à plein tubes et d’où sortiront peut-être certaines des innovations du futur en matière de transport aérien. Qui a dit que la France n’avait plus d’idée ?

L.V.  LutinVert1Small

Le FMI s’inquiète des excès du néolibéralisme

4 août 2016

On aura finalement tout vu : après avoir été pendant des années le champion des politiques néolibérales, imposant à tour de bras des crues d’austérité et de privatisation via ses fameux plans d’ajustement structurel, voila que le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète désormais des risques induits sur les économies occidentales par ces mêmes politiques néolibérales, alors même que la plupart des dirigeants européens, y compris ceux issus des rangs du Parti socialiste français, s’appliquent à mettre en œuvre de telles politiques malgré leurs effets catastrophiques ! Une analyse intéressante du journaliste économique et financier Emmanuel Lévy, intitulée Le libéralisme à bout de souffle, publiée dans Marianne le 3 juin 2016 et reproduite ici in extenso.

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

« Dans cette période de crise, le gouvernement est le problème ». On considère souvent la phrase choc du discours d’investiture à la Maison-Blanche de Ronald Reagan prononcé en janvier 1981 comme le coup d’envoi de la contre-révolution libérale. Épuisé par la stagnation des années 70, faible croissance et forte inflation, le modèle keynésien de l’Etat-providence montrait d’évidentes faiblesses, et notamment, marqueur parmi les marqueurs, celle de la baisse de la productivité, gage de croissance.

Trente-cinq ans plus tard, ce cycle s’inverse : outre la multiplication des crises et la hausse des inégalités, le néolibéralisme doit à son tour assumer le recul de la productivité aux Etats-Unis, signe manifeste de son essoufflement.

Blog329_DessinPlantu

Une récente étude du FMI vient d’enfoncer le clou. Intitulée « Néolibéralisme : survendu ? », elle confirme le revirement académique entamé à la fin des années 2000, plus sensible de l’autre côté de l’Atlantique qu’en Europe. Car le FMI fut le fer de lance de la politique néolibérale, inspirée par les économistes monétaristes, avec à leur tête Milton Friedman. Connue sous le sobriquet de « consensus de Washington » (siège du FMI), la potion à administrer alors était simple et universelle : excédents budgétaires, démantèlement des politiques sociales, privatisations et ouvertures à la concurrence, liberté de circulation des capitaux.

Blog329_DessinBourse

Ce sont ces mêmes points qui sont taillés en pièces par l’étude. L’ouverture et la libre circulation des capitaux ? Il existe une forte probabilité pour que cela « s’achève par unecrise financière laquelle, souvent, débouche sur une baisse de la production ». Réduire la dette ? Oui, répondent les auteurs, mais ils insistent sur le risque de récession des politiques d’austérité.

Confirmant les analyses d’Olivier Blanchard, ex-chef économiste de l’institution, les chercheurs du FMI notent que « les périodes de consolidation budgétaire débouchent en moyenne davantage sur un recul plutôt que sur une hausse de la croissance », et, calculent-ils, 1 % du PIB de réduction budgétaire « induit une hausse de 1,5 % du chômage de long terme ».

Blog329_DessinGrece

Dans le cas grec, le FMI semble bien décidé à appliquer ce que ses économistes prônent. Alors que les  institutions européennes, BCE et Commission main dans la main, appliquent mordicus la potion magique des années 80, le FMI milite, lui, pour la fin de l’austérité, l’annulation d’une partie de la dette, etc.

Dommage qu’en France nos politiques demeurent eux aussi confits dans une idéologie des années 80. La folie, expliquait Albert Einstein, c’est de « recommencer la même chose et en attendre des résultats différents ».

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

Blog327_PhBuldozer

Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

De nouvelles noisettes pour les maires…

13 juin 2016

Blog313_PhLogoL’Association des maires de France (AMF), vieille institution fondée en 1907, regroupe près de 34 500 maires, soit la quasi totalité d’entre eux, toutes étiquettes politiques confondues. Le président actuel en est François Baroin, sénateur de l’Aube et maire de Troyes (encore un cumulard), professionnel de la politique depuis son plus jeune âge, élu à 24 ans et resté député pendant près de 20 ans avant de se faire élire au Sénat. Chiraquien pur sucre, porte parole du gouvernement Juppé en 1995 alors que la moitié de la France était dans la rue pour manifester contre sa politique, il soutient Fillon en 2012 mais vient de se rallier à Nicolas Sarkozy dont il espère devenir premier ministre en 2017. Tout sauf un opportuniste donc.

François Baroin au 99e Congrès annuel des Maires de France

François Baroin au 99e Congrès annuel des Maires de France

Chaque année, le Congrès des Maires de France permet à nos élus de se retrouver, pas seulement pour se raconter des histoires de maires, mais d’abord et avant tout pour faire front commun contre l’État, généralement accusé de tous les maux et dont nos édiles ont un peu tendance à oublier qu’ils en sont le premier représentant local, agent de l’État en charge notamment de fonctions de police, de sécurité civile ou liées à l’état civil.

En novembre 1995, le 99ème Congrès des Maires de France avait dû être annulé pour cause d’attentat à Paris et il vient donc de se dérouler avec quelques mois de retard début juin 2016. Comme à l’accoutumé, les maires présents et leur président en tête étaient remontés comme une pendule contre l’État vampire qui depuis quelque temps, pour tenter de revenir à un certain équilibre budgétaire, diminue la dotation globale de fonctionnement accordée chaque année aux collectivités locales sur le budget de la Nation.

Il est toujours spectaculaire de constater l’extrême souplesse idéologique dont sont capables les élus de droite qui, à l’instar de François Baroin, reprochent au gouvernement d’être incapable de réduire davantage ses dépenses tout en l’attaquant chaque fois qu’il cherche à les restreindre… Rappelons en effet que le programme des Républicains prévoit de diminuer de 100 voire 200 milliards d’euros les dépenses de l’État. Le gouvernement de Manuel Valls a réussi péniblement à les baisser de 50 milliards depuis 2014 mais déjà les élus de droite (comme de gauche) sont vent debout contre toute baisse de la dotation qui est consacrée à la dépense publique dans leur fief électoral. Bonjour la cohérence !

Blog227_PhTractAMFDéjà en septembre dernier, en prévision justement de la tenue du congrès de l’AMF, cette dernière avait orchestré une vaste opération de propagande nationale assortie d’une pétition sur le thème fédérateur « Touche-pas à ma commune ». Notre maire, Jean-Pierre Giorgi, avait d’ailleurs été un des fidèles relais de cette campagne, alors même que le budget de Carnoux-en-Provence est très largement excédentaire depuis des années, bénéficiant à plein non seulement des largesses de la Nation mais aussi de celles de la Région et surtout du Département qui subventionne sans compter le moindre investissement communal.

Une bonne part de ce récent congrès de l’AMF a donc tourné autour de cette question. Les maires s’estiment en effet victimes d’une véritable spoliation orchestrée par le gouvernement. Depuis 2014, les lois de finance prévoient de fait une diminution progressive de leur dotation budgétaire pour tenter de réguler le déficit budgétaire qui se creuse et dans lequel les collectivités locales participent de manière croissante.

Pour l’ensemble des collectivités locales, le montant de la dotation globale de fonctionnement versée par l’État s’élevait en 2012 à 41,5 milliards d’euros dont 13,5 destinés aux seules communes. En 2014, la loi de finance a décidé une première diminution de 1,5 milliard d’euros de cette dotation et a programmé de poursuivre cette baisse au rythme d’une diminution annuelle de 3,67 milliards d’euros suplémentaires chaque année jusqu’en 2017.

Les maires au congrès de l'AMF (photo S. de Sakutin / AFP)

Les maires au congrès de l’AMF (photo S. de Sakutin / AFP)

D’où la colère des élus locaux qui voient diminuer une partie de leurs recettes et donc de leurs capacités de dépense publique car, bien entendu, ils se sont tous engagés, la main sur le coeur à ne pas augmenter les impôts locaux ! Il n’est pas question en effet de donner aux concitoyens électeurs l’impression qu’ils devront contribuer davantage pour rénover l’école ou refaire la voirie. Mieux vaut pour cela laisser faire l’État qui se chargera de taxer les mêmes concitoyens mais via l’imposition nationale, ce qui permet à l’élu local de hurler avec les loups contre l’impéritie du gouvernement (de gauche en plus !) qui est incapable de saine gestion et accable le pays de taxes iniques…

François Hollande au 99e Congrès annuel des Maires de France le 2 juin 2016 à Paris (photo C. Petit-Tesson / AFP)

François Hollande au 99e Congrès annuel des Maires de France le 2 juin 2016 à Paris (photo C. Petit-Tesson / AFP)

Le jeu a parfaitement fonctionné lors du récent Congrès des Maires de France, à l’issue duquel François Hollande a bien été obligé de venir faire amende honorable devant les élus locaux déchaînés en lâchant un petit cadeau aux maires qui verront donc la diminution de leur dotation pour 2017 divisée par deux, soit un milliard supplémentaire ainsi accordé aux communes et intercommunalités françaises. Une petite lâcheté qui creusera un peu plus le déficit du budget national dont le fardeau pèse déjà sur les épaules des futures générations de Français. Cette nouvelle entorse à la rigueur budgétaire s’accompagne par ailleurs d’une décision nettement plus justifiée qui vise à reconduire en 2017 le fonds exceptionnel pour l’investissement des communes, qui sera porté à 1,2 milliard d’euros, soit 200 millions de plus qu’en 2016.

François Baroin avec François Hollande au congrès des maires (photo S. Gauthier / La Gazette)

François Baroin avec François Hollande au congrès des maires (photo S. Gauthier / La Gazette)

Les maires repartent donc du congrès satisfaits de voir que leur stratégie a payé puisqu’ils ont obtenu de nouveaux subsides de l’État à force de pleurer misère. Pourtant, dans le même temps, on apprenait par la Gazette des communes et Libération que les maires, soi disant aux abois, sont en réalité en train de se constituer une belle cagnotte ! En 2014, ils avaient mis en dépôt auprès du Trésor public, un montant de 30,6 milliards d’euros, ce qui représente quand même plus de deux années de dotation globale de fonctionnement, soit un magot conséquent. Mais en 2015, alors même que les maires se disaient étranglés par la baisse des dotations de l’État et incapables de faire face à leurs engagements budgétaires, le montant de cette cagnotte mise en dépôt a encore augmenté jusqu’à atteindre la somme colossale de 35,1 milliards d’euros !

Plutôt que de cagnotte, le président de l’AMF, en bon communicant, préfère parler de simples « noisettes ». Des réserves qui représentent tout de même 4,5 milliards d’euros supplémentaires épargnés durant l’exercice 2015 alors que les mêmes élus locaux tendaient leur sébile à l’État au prétexte qu’ils étaient dans l’incapacité de faire face à leurs engagements : comprenne qui pourra…

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Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas puisque La Croix fait état d’un sondage réalisé par Odoxa et diffusé avant le congrès des maires qui révèle que 80 % des Français considèrent que leurs maires font encore trop de dépenses inutiles et une majorité (55 %) estime qu’ils pourront très bien faire face aux baisses de dotations. Mais à quoi bon se refréner quand il suffit de crier pour obtenir toujours davantage ?

L.V. LutinVertPetit

Industrie automobile : les voitures ne se cachent plus pour mourir…

11 juin 2016

Décidément, certains canulars ont la vie dure ! Sans doute parce qu’ils sont tellement vraisemblables qu’on finit par y croire vraiment… Voilà que circulent de nouveau des messages qui véhiculent une information datant de deux ans et qui à l’époque avait déjà fait du buzz mais qui relèvent néanmoins plus du fantasme et de l’intoxication que de l’information objective, même si le sujet soulève de bien légitimes interrogations quant aux excès de notre société de consommation…Blog312_PhParkingVert

C’est un blog américain Zero Hedge, spécialisé dans le traitement des circuits financiers, qui avait lancé la pseudo information en mai 2014, très vite (trop vite peut-être) reprise et traduite en français sur le site Réseau international. Photos aériennes à l’appui, montrant d’immenses parkings en plein air où sont parquées des millions de voitures neuves, l’auteur affirme que les constructeurs automobiles à travers la planète, confrontés à la crise économique et au déclin des ventes de véhicules, stockent leur production d’invendus tout en continuant à produire pour faire tourner leurs usines comme si de rien n’était.

Ces immenses parkings repérés en de multiples lieux de la planète, au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne et même près de Saint-Petersburg en Russie, seraient la preuve que l’industrie automobile serait devenue incapable d’écouler sa production mais préférerait la stocker dans d’immenses cimetières en plein air, laissant les voitures rouiller inexorablement plutôt que de baisser leur prix de vente. La morale est évidente : le capitalisme est devenu fou et la logique productiviste poussée à son paroxysme n’est plus sous contrôle…

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Une telle appréciation ne manque certes pas de crédibilité venant d’un milieu qui défraie régulièrement la chronique avec les augmentations de salaire délirantes que s’octroient les grands patrons du secteur, de Carlos Ghôn (PDG de Renault, 9ème patron le mieux payé de la planète avec plus de 3 millions d’euros en 2014) à Carlos Tavares (PDG de PSA qui vient tout juste de doubler son salaire sous les applaudissements du MEDEF, avec une rémunération globale qui a dépassé 5 millions d’euros pour l’année 2015).

Stockage de voitures neuves en Espagne

Stockage de voitures neuves en Espagne

Il n’en reste pas moins que cette interprétation de ces vastes « cimetières où vont mourir les voitures invendues » est pour le moins erronée même si elle repose comme toujours sur une part de réalité. La plupart des photos aériennes accessibles en 2014 via Google Earth datait encore des années 2008-2009, période au cours de laquelle les courbes de vente des véhicules neufs avait effectivement subi un sérieux coup d’arrêt suite à la crise économique mondiale. Des constructeurs comme Chrysler ou Land Rover ont effectivement dû stocker, parfois sur des périodes de 2 voire 3 ans, des milliers de véhicules neufs trouvant difficilement preneurs.

Véhicules neufs entreposés sur une piste d'aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Véhicules neufs entreposés sur une piste d’aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Mais in fine, ces voitures ont bel et bien été vendues, même si parfois cela s’est fait par des circuits parallèles à des prix bradés. Et l’on peut faire confiance aux stratèges de l’industrie automobile mondialisée pour ajuster au plus près leurs cadences de production afin de limiter autant que possible leur stock qui coûte cher, ainsi que tout manager l’apprend dans les écoles de commerce… De plus en plus et grâce à la robotisation des unités de production, la construction d’une voiture ne débute qu’à partir du moment où elle est commandée, précisément dans le but de limiter ces coûts de stockage !

Il n’en reste pas moins que les véhicules sortant des chaînes et destinés parfois à un marché plus ou moins lointain doivent être parqués, souvent à proximité des plateformes logistiques et des installations portuaires et bien évidemment à ciel ouvert pour en limiter le coût, le temps d’organiser leur acheminement. Ce sont ces aires de stockage qui apparaissent sur les photos illustrant l’article publié dans Zero Hedge.

Blog312_PhVoituresNeuves

Une source relayée par France Info faisait état en 2014 de 9 millions de véhicules neufs en stock à l’échelle mondiale. Ce chiffre paraît même sous-évalué si l’on en croit les données diffusées par Auto Plus dans un article datant de fin 2013 et qui indiquait que ce stock pour la seule Europe s’approchait des 5 millions après avoir atteint le chiffre record de 5,5 millions de véhicules au plus fort de la crise de 2008.

Depuis cette date, le marché de l’automobile est bien reparti avec, pour la France, 2,3 millions de voitures neuves vendues annuellement et une hausse de 13 % des ventes au cours de l’année 2015. Dans le même temps ont été vendues en Chine 24,5 millions de véhicules neufs au cours de la seule année 2015 et 18 millions sur l’ensemble des pays européens : manifestement la culture de la bagnole a encore de beaux jours devant elle malgré le réchauffement climatique de la planète…

L.V.  LutinVertPetit

Les Paluds : une zone inondable qui a du mal à l’admettre…

5 juin 2016

Le nom des lieux-dits est souvent révélateur de la réalité de leur configuration naturelle. Le mot « palud », qui dérive en ligne droite du vocable latin palus, -udis désignant un marais est répertorié dès le XIIIe siècle pour désigner une plaine inondable marécageuse et a donné lieu à une riche toponymie un peu partout en France, avec son corollaire bien connu de « paludisme » qui désigne la maladie (également dénommée malaria) transmise par les moustiques qui s’y développent habituellement.

Zone d'activité des Paluds à Aubagne

Zone d’activité des Paluds à Aubagne

A Aubagne, la zone d’activité des Paluds qui regroupe plus de 600 entreprises sur une superficie d’environ 120 hectares est la parfaite illustration de ces zones industrielles et commerciales qui ont poussé comme des champignons dans les années 1970-80 en périphérie des zones urbaines et à proximité des grands axes de communication mais au mépris total de leur environnement naturel.

Petit retour en arrière : en 1437, la baronnie d’Aubagne, alors rattachée au Comté de Provence, fut vendue par le Roi René à son ami Charles de Castillon, histoire de renflouer ses caisses (déjà à l’époque, les barons locaux devaient faire face à ce problème récurrent de déficit public mais pouvaient compter sur leur réseau de relations pour y faire face…). A partir de 1454 et sous l’impulsion du nouveau seigneur local, on entreprend donc d’assécher la plaine marécageuse des Paluds en creusant de multiples fossés, les filholos en patois provençal local, fossés qui convergent vers un axe de drainage central, la Maïre, laquelle conduit les eaux vers l’Huveaune.

Extrait du cadastre napoléonien à l'est d'Aubagne (début du XIXe siècle)

Extrait du cadastre napoléonien à l’est d’Aubagne (début du XIXe siècle)

Selon des éléments recueillis par Sandra Rouqueirol, archiviste communale aubagnaise, deux membre du conseil municipal, les « obriers de la Palun » étaient alors chargés de veiller à ce que ces canaux soient entretenus et curés régulièrement. Dès 1472, les terres nouvellement drainées sont attribuées en fermage et 10 ans plus tard les premières vignes commencent à produire tandis que les travaux de drainage s’étendent progressivement aux marais voisins de Cuges et de Gémenos. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, la ville d’Aubagne connaît un essor économique notable grâce en partie à la production agricole issue de ces terres particulièrement riches de la vallée de l’Huveaune où l’on cultive la vigne mais aussi câpres, abricots et fraises. Jusque dans les années 1950, toute la plaine située à l’Est d’Aubagne est une zone agricole exploitée de manière très intensive qui contribue fortement à l’approvisionnement de l’agglomération marseillaise et au-delà.

Carte du réseau hydrographique autour d'Aubagne

Carte du réseau hydrographique autour d’Aubagne

Mais dans les années 1960, la société a d’autres préoccupations et les paysans d’Aubagne vendent en masse leurs terres pour permettre la réalisation à partir de 1967 d’une immense zone industrielle et commerciale sur le site des Paluds. Pourquoi s’échiner à cultiver des fraises et des salades, même sur des terres extrêmement fertiles et bien irriguées, alors que l’on peut s’enrichir facilement en revendant à prix d’or ce foncier pour y installer hypermarchés et magasins de revente qui permettent d’approvisionner toute la région avec des produits fabriqués à l’autre bout du monde pour un coût dérisoire ?

Il n’en reste pas moins que cette ancienne plaine alluviale marécageuse, désormais drainée, reste très vulnérable aux crues de l’Huveaune. Ce petit fleuve côtier qui prend sa source dans le massif de la Sainte-Baume et se jette dans la mer à Marseille après un parcours de 48 km est, comme tous les cours d’eau méditerranéens, sujet à des crues violentes dont la plus ancienne connue par les archives date de 1518.

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Depuis le XVe siècle, on a gardé la mémoire d’une vingtaine de crues largement débordantes, la plus importante semblant être celle d’octobre 1892. Durant le XXe siècle, quatre épisodes majeurs ont été enregistrés, en 1907, 1935, 1960 et 1978 (sans compter l’orage du 26 août 1986 qui avait fait une victime sur un de ses affluents entre La Bédoule et Carnoux). En 1978, le débit de l’Huveaune à Aubagne n’a toutefois pas dépassé 90 m³/s alors qu’il avait atteint plus du double de cette valeur en 1935. D’autres inondations ont été observées en 2000, 2003 et 2008, mais avec des débordements très limités.

L'Huveaune à l'entrée d'Aubagne en 2008

L’Huveaune à l’entrée d’Aubagne en 2008

Cette période assez longue sans crue majeure de l’Huveaune a sans aucun doute facilité la transformation de sa plaine alluviale en une vaste zone largement urbanisée, segmentée par plusieurs talus autoroutiers et couverte en partie par les immenses hangars et bâtiments industriels de la zone des Paluds, sans compter les parkings et voiries imperméabilisées.

Autant d’éléments qui augmentent le risque car ils accélèrent les ruissellements et rendent le secteur très vulnérable en cas d’inondation. Les inondations récentes sur d’autres bassins versants montrent en effet que les zones industrielles et commerciales concentrent à elles seules souvent plus de la moitié des dommages matériels en cas d’inondation. Lors des inondations de l’Argens le 15 juin 2010, les dégâts observés sur la seule zone d’activité de La Palud (encore un homonyme…) à Fréjus avaient été évalués à plus de 100 millions d’euros, une zone d’activité déjà inondée en 2006 et qui a connu de nouvelles inondations en 2011 et deux fois en 2014 !

La zone d'activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

La zone d’activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

Pour mieux gérer le risque inondation sur le bassin de l’Huveaune jugé particulièrement vulnérable, les services de l’État ont engagé des études hydrauliques à partir de 2012 et prescrit en 2015 la réalisation d’un plan de prévention du risque inondation (PPRI) actuellement en phase de concertation depuis le 12 avril 2016, l’ouverture de l’enquête publique étant envisagée pour septembre prochain.

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

A cette occasion a été modélisé l’impact d’une crue centennale, c’est à dire un événement qui a une chance sur cent de se produire chaque année, très supérieure donc à la dernière crue encore dans les mémoires, celle de 1978, qui était relativement modeste. Le résultat est spectaculaire (voir la video) et confirme que la zone des Paluds serait très largement sous les eaux, ce qui incite les services de l’État à proposer, dans le futur PPRI de réglementer de manière très stricte les constructions dans ce secteur. Une partie importante de la zone d’activité actuelle se trouverait ainsi en zone rouge, ce qui rend quasiment impossible toute nouvelle construction en dehors de certaines extensions d’ampleur limitée.

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Depuis que ces résultats ont été portés à connaissance de la commune et de l’agglomération du Pays d’Aubagne, début 2014 (après les élections pour ne pas perturber le jeu électoral…), les élus locaux ne décolèrent pas et tentent par tous les moyens de freiner le processus. Le dernier épisode en date a eu lieu la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée générale des propriétaires de la zone d’activité réunis en assemblée syndicale libre, une sorte de syndic de copropriété. Comme l’a abondamment rapporté La Provence, on y a vu à la tribune trois élus locaux de poids, Bernard Deflesselles (député et 1er vice-président de la Région), Gérard Gazay (maire d’Aubagne et vice-président du Département mais aussi de la Métropole) et Sylvia Barthélémy (président du Territoire et vice-présidente de la Métropole et du Département), tous soutenant fermement la lutte des chefs d’entreprises contre toute tentative de l’État de vouloir imposer des mesures contraignantes du fait du risque d’inondation.

Les responsables de l'ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Les responsables de l’ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Une telle mesure serait, à les entendre, de nature à provoquer ni plus ni moins que « la disparition de la ZI des Paluds à court terme ». Les chefs d’entreprises soutenus par nos élus sont donc prêts à tout pour obtenir « l’assouplissement des contraintes imposées par le PPRI » et ont d’ores et déjà sollicité une rencontre avec le préfet pour négocier de tels arrangements. La question n’est pas de savoir si les activités industrielles et commerciales sont effectivement menacées en cas de forte inondation et comment mieux se préparer pour limiter autant que possible les dommages comme les y invite le PPRI.

Non, l’important est d’éviter à tout prix que l’État puisse afficher ce risque et imposer toute contrainte réglementaire qui en découlerait. La politique de l’autruche a fait ses preuves et il sera toujours temps, en cas de grosse catastrophe, de se retourner vers les assurances et la solidarité nationale pour se faire indemniser, tandis que les mêmes élus locaux se répandront en imprécations devant les médias complaisants, pour reprocher à l’État son incapacité à avoir su prévenir le risque…

Zone d'activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Zone d’activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Une telle attitude peut paraître étonnante alors même que le sud de la région parisienne connaît une de ses plus fortes crues depuis 30 ans et que les médias passent en boucle des images de zones d’activité régulièrement sous les eaux du fait d’une sous-estimation du risque d’inondation lors de leur aménagement.

Une attitude qui rappelle étrangement celle du maire de La Faute-sur-Mer qui s’était opposé avec obstination (et succès!) pendant des années aux efforts des services de l’État pour tenter d’imposer sur sa commune un PPRI de nature à en réglementer l’urbanisation. Son obstination avait largement contribué à la situation catastrophique qu’a connue sa commune lors du passage de la tempête Xynthia avec 29 morts à déplorer. Mais il est vrai que son procès en appel s’est conclu, contre toute attente, par un verdict des plus cléments, l’élu ayant échappé à toute peine de prison. Manifestement, le message a été entendu cinq sur cinq par nos propres élus locaux…

L.V.  LutinVertPetit

M. Deflesselles, le député qui affiche sa mauvaise foi…

8 mai 2016

Député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône depuis 17 ans, Bernard Deflesselles vient de distribuer dans les quelques 70 000 boîtes aux lettres de ses électeurs une luxueuse plaquette couleur de 8 pages intitulée « Journal de mandat » et destinée à rendre compte de son travail de parlementaire.Blog299_PhPlaquette

Certains esprits chagrins pourraient certes s’étonner d’une telle parution à un an des prochaines élections législatives prévues en juin 2017, pour lesquelles il souhaite naturellement se représenter, en espérant que son champion, Jean-François Copé, aura été à cette date élu triomphalement Président de la République… Mais on ne peut bien évidemment que se féliciter d’une telle initiative de la part de notre représentant local à l’Assemblée nationale et saluer le caractère pédagogique de ce document de communication édité grâce à l’argent de nos impôts.

Rendre compte de son mandat est bien en effet la moindre des choses pour un parlementaire élu. Malheureusement, on a beau lire et relire le document en question, on ne trouvera pas une seule ligne indiquant quel a été le travail de Monsieur Deflesselles au cours de ces quatre années de mandature à l’Assemblée nationale ! Aussi incroyable que cela puisse paraître et au risque de laisser croire que notre député n’a guère brillé par son assiduité sur les bancs du Parlement, le lecteur ne trouvera pas un mot parmi ces 8 pages de texte pour savoir quelle aura été la position de notre élu sur les multiples débats et les innombrables projets de lois qui auront été débattus durant ces quatre années…

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d'Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d’Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

On comprendra bien entendu que notre député est trop modeste pour mettre ainsi en avant sa participation à la Commission des affaires européennes qui l’a amené à être co-signataire, en novembre 2015, d’un rapport parlementaire d’information que d’ailleurs personne n’a lu sur les négociations internationales relatives au changement climatiques. Cette question est manifestement jugée sans aucun intérêt pour notre député qui préfère dans le bilan de sa contribution à la préservation de l’environnement mettre en avant son rôle décisif qui a permis de poser du gazon synthétique sur le terrain de foot de Carnoux et d’acquérir un 4 x 4 pour une association de Gemenos, sans compter son soutien indéfectible à la Foire aux bestiaux de Beaudinard. Effectivement, voila des actions remarquables qui confirment le rôle visionnaire de notre député en matière environnementale…

A vrai dire, M. Deflesselles montre au travers de ce document que le rôle d’un député, contrairement à ce que pourrait croire un citoyen mal informé, n’a aucun rapport avec le vote des lois de la République mais se caractérise avant tout par son « souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange avec chacun ». A lire son bilan d’activité, force est d’ailleurs de constater que sa principale fonction est de satisfaire les doléances de ses grands amis, les « Maires de la circonscription » en finançant à discrétion, grâce à l’argent public que représente sa réserve parlementaire, l’embellissement des écoles et la pose des caméras vidéo. Une telle clarification n’est pas inutile à un an des prochaines législatives et permet finalement d’en relativiser les enjeux : on croit élire un député alors qu’il s’agit simplement de choisir une assistante sociale…

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l'UMP lors des élections départementales de 2015

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l’UMP lors des élections départementales de 2015

Ceci dit, la lecture de cette belle plaquette en quadrichromie éditée sur fonds publics laisse quand même perplexe car l’essentiel de son contenu s’apparente davantage à un tract de campagne. Pas moins de 4 pages sont consacrées à critiquer vertement la politique menée le gouvernement actuel et à développer le programme politique de la Droite républicaine. Pour quelqu’un qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité gouvernementale, ce côté donneur de leçons est pour le moins étonnant car notre député ne fait pas dans la nuance…

On pensait, manifestement à tort, que la politique économique menée sous la présidence de François Hollande ne se distinguait guère de celle conduite par son prédécesseur, largement dictée par les contraintes extérieures de la mondialisation et des décisions prises à Bruxelles. Mais M. Deflesselles veut absolument nous persuader du contraire, quitte à déformer la réalité des chiffres.

On apprend ainsi que la politique de M. Hollande « a fabriqué plus de 650 000 chômeurs en 3,5 ans ». C’est peut-être lui attribuer plus de pouvoir qu’il n’en a car jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas lui qui a déclenché ce mouvement de fond du chômage de masse qui mine notre économie depuis des années. Pourquoi d’ailleurs faire commencer la courbe du chômage à décembre 2012, à une date où la France comptait déjà 3,1 millions de chômeurs (et encore ne s’agit-il là que de ceux répertoriés en catégorie A, le nombre total de sans emplois étant à cette date plus proche de 5,3 millions) ?

Evolution du nombre de chômeurs en France (catégorie A uniquement)

Evolution du taux de chômage en France (source : INSEE)

On pourrait par exemple remonter à mai 2007, date de l’arrivée au pouvoir d’un certain Nicolas Sarkozy, à une période où la France comptait 2,1 millions de chômeurs (et 4,5 toutes catégories confondues) : sur les derniers 3 ans et demi de son quinquennat, le nombre de chômeurs en catégorie A a augmenté de 780 000, soit davantage que pendant la même durée sous François Hollande ! Faut-il pour autant en attribuer la paternité à la politique économique de son gouvernement que M. Deflesselles soutenait alors ? C’est sans doute aller un peu vite en besogne et oublier bien d’autres facteurs qui entrent en jeu…

Sur les questions fiscales, les affirmation de notre député sont également pour le moins étranges. Affirmer que François Hollande serait responsable d’une augmentation de 60 milliards d’euros de la fiscalité dont 19 milliards pour l’année 2012 est pour le moins caricatural. La vérité oblige à dire en toute objectivité que cette augmentation de 19 milliards pour l’exercice 2012 a été décidée par le gouvernement de François Fillon, au même titre que les 8 milliards d’augmentation décidées par ce même gouvernement en 2011. Autant de mauvaise fois laisse pantois ! Faut-il vraiment prendre les gens pour des imbéciles et déformer outrageusement la vérité pour se faire élire député ?

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Il est exact d’affirmer que le taux de prélèvement fiscal est particulièrement élevé en France par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE mais il est pour le moins malhonnête de laisser entendre que ceci serait dû à un matraquage fiscal décidé brusquement lors de l’arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012. Il s’agit là d’un choix de société qui ne date pas d’hier, que l’OCDE constate d’ailleurs chaque année depuis le lancement de son étude comparative en 1965, et qui traduit le fait que notre pays possède un haut niveau de protection sociale et d’investissement public. Comment peut-on d’ailleurs réclamer des baisses de fiscalité tout en hurlant que les collectivités locales sont étranglées du fait des baisses de dotation de l’État ?

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

En matière de fiscalité, et contrairement à ce que laisse entendre M. Deflesselles, ce ne sont pas les impôts qui ruinent le Français puisque l’impôt sur le revenu en France est l’un des plus bas d’Europe tandis que le taux de TVA est plutôt inférieur à la moyenne. Quant à la fiscalité sur les entreprises, elle a très peu augmenté depuis 2011 et vient même de baisser grâce à différentes mesures prises justement par le gouvernement actuel dont la mise en place du Crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises.

L’OCDE elle-même le constate qui déplore que les entreprises ne soient pas assez ponctionnées et que ce soit les salariés qui supportent une lourde part du fardeau via les cotisations sociales particulièrement élevées en France. Sur ce point, l’argument de M. Deflesselles qui s’aligne sur les thèses xénophobes du Front national en reportant la faute à l’aide médicale apportée aux étrangers est totalement ignoble. Il oublie de préciser que le déficit des comptes sociaux est plombé avant tout par les profits indécents des grandes firmes pharmaceutiques et par la fraude aux prestations sociales du fait des entreprises elles-mêmes.

A l’heure où de plus en plus de Français se détournent de la vie politique et s’abstiennent de voter ou alors se reportent sur des votes protestataires extrémistes, peut-être serait-il temps que de vieux routards de la vie politique locale comme M. Deflesselles acceptent enfin de changer de pratique et de regarder la réalité telle qu’elle est, plutôt que de se complaire dans ce genre de discours idéologique totalement caricatural ?

L.V.  LutinVertPetit

Le coup de gueule de la citoyenne Nicole Ferroni

6 mai 2016

Ceux qui écoutent la matinale de France Inter ont déjà entendu cette voix gouailleuse et inimitable, au débit de mitraillette, qui s’exprime pendant quelques minutes le mercredi juste avant le journal de 9 h, celle de Nicole Ferroni dont les billets d’humeur, toujours bien tournés, sont généralement assez décapants.

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Fille de prof et elle-même agrégée, Nicole Ferroni a enseigné les sciences de la Vie et de la Terre à Luynes, Pertuis mais aussi dans les quartiers nord de Marseille avant de démissionner avec pertes et fracas de l’Education nationale en 2011, complètement écoeurée par les dérives au quotidien de l’institution. « Cette année, je ne manifeste pas, je démissionne », écrit-t-elle alors dans une lettre ouverte qui lui vaudra un portrait dans le Monde : « Je dois beaucoup à Sarkozy ! S’il n’avait pas supprimé des postes, dont le mien, je n’aurais peut-être pas imaginé une telle reconversion ».

Blo298_PhAfficheCette reconversion en question n’est pas banale puisque l’agrégée est devenue humoriste ! Elle pratiquait déjà le théâtre en amateur avec un certain succès et avait monté son propre one-woman-show, intitulé « l’oeuf, la poule ou Nicole ? » qu’elle a joué pour la première fois à Marseille fin 2010. Une reconversion parfaitement réussie donc pour cette jeune Aubagnaise qui participe avec succès à partir de février 2011 à l’émission de Laurent Ruquier « On ne demande qu’à en rire », avant de devenir chroniqueuse dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter depuis 2013 tout en montant ses propres spectacles humoristiques.

Certains de ses billets d’humeur resteront dans les annales comme celui du 16 décembre 2015 dans lequel elle faisait allusion, face au PDG de Véolia Antoine Frérot, aux pratiques de corruption qui parfois rendent les marchés de distribution d’eau un peu troubles : « Vous faites l’un des plus beaux métiers du monde : amener de l’eau. Et cette eau doit servir à arroser les plantes et moins les élus et les actionnaires car les actionnaires, ça ne pousse pas. Ou quand ça pousse, ça pousse le bouchon un peu trop loin ».

Le 14 avril dernier, Nicole Ferroni a posté sur sa page Facebook une courte vidéo de 2 mn 30, enregistrée dans son jardin, dans laquelle elle dénonçait une directive européenne en cours d’adoption et visant à réformer le droit des affaires. Un sujet on ne peu plus austère et a priori pas du genre à mobiliser les foules. Et pourtant, la vidéo en question, a été visionnée plus de 12 millions de fois en quelques jours, au point d’inspirer la rédaction d’un article du Monde afin d’expliquer les causes d’un tel succès…

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Il faut dire que le Parlement européen avait fait très fort en prévoyant d’adopter une directive destinée à renforcer encore le secret des entreprises quelques jours seulement après les révélations de l’affaire des Panama papers sur la création de comptes off shore dans un paradis fiscal… De nombreux lanceurs d’alerte avaient d’ailleurs mis en garde contre une telle décision totalement incongrue. La journaliste Elise Lucet, rédactrice en chef du magazine « Cash Investigation » avait lancé dès 2015 une pétition qui avait recueilli plus de 500 000 signatures de citoyens jugeant l’initiative dangereuse pour la démocratie car rendant de fait impossible le travail des journalistes enquêtant sur les pratiques illicites des multinationales.

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

C’est d’ailleurs ce qui a fait réagir Nicole Ferroni qui est tombée de sa chaise en écoutant les arguments surréalistes des eurodéputées Constance Le Grip et Virginie Rosière qui défendent la directive au prétexte que cela répondrait à une demande des PME. « C’est cela qui m’a le plus choquée parce que c’était hypocrite et démagogique. J’ai pas mal de proches qui sont des petits entrepreneurs et leur souci principal, ce n’est pas le secret des affaires ».

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

On se doute bien en effet que l’objectif d’une telle décision répond plutôt aux souhaits des multinationales et des actionnaires privés qui veulent pouvoir échapper tranquillement aux prélèvements fiscaux et faire leurs petites affaires tranquillement à l’abri de la curiosité malsaine du grand public. Pour vivre heureux, vivons cachés, telle est la devise des grands patrons qui redoutent avant tout d’avoir à s’expliquer au grand jour sur leurs pratiques managériales, leur stratégie commerciale ou leur niveau de rémunération…

Officiellement, le but de ce texte est en réalité de protéger les entreprises européennes contre l’espionnage industriel, ce qui part d’un bon sentiment, mais le texte est rédigé de telle sorte que des journalistes ou des asociations voulant alerter contre certaines dérives affairistes se trouveront du coup empêchés de le faire du fait de ce texte qui érige en dogme le secret des affaires. A l’heure où le secret bancaire commence enfin à se fissurer sous les coups de boutoirs portés par l’administration américaine, voila un bien mauvais signal de la part des instances européennes…

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Bien évidemment, les 12 millions de personnes qui ont visionné la vidéo de Nicole Ferroni n’ont pas spécialement ému nos eurodéputés qui ont voté le 14 avril la directive européenne à une très large majorité de 77 %. Et qu’on ne vienne pas dire que les Français ont fait de la résistance par rapport à leurs collègues européens ultralibéraux puisque les eurodéputés français, malgré les absents habituels, ont voté ce texte à 81%! Le détail de ce vote, analysé dans un article du Monde, montre que seuls les Verts et le Front de Gauche se sont opposés à ce texte, trois députés socialistes s’étant par ailleurs abstenus. Tous les autres, Renaud Muselier et le Front national en tête, ont voté comme un seul homme en faveur de ce renforcement de l’opacité dans le domaine économique.

Le résultat du vote...

Le résultat du vote…

« Mon boulot de chroniqueuse ne permet pas de changer les choses, mais de dire aux politiques qu’on n’est pas dupe, qu’on sait, qu’on les voit », considère Nicole Ferroni qui a tenu à diffuser sur sa page Facebook le détail du vote de nos représentants à Strasbourg. « Je suis un peu une alerteuse, je pointe du doigt ». Mission accomplie et de belle manière, même si ce genre de sursaut citoyen ne semble guère émouvoir nos représentants parlementaires ! Comme le rappelait le regretté Coluche, « Ca fait beaucoup marrer les gens de voir qu’on peut se moquer de la politique, alors que dans l’ensemble, c’est surtout la politique qui se moque de nous » .

L.V.  LutinVertPetit

Pêcheurs de déchets en Méditerranée

24 avril 2016

La Mer Méditerranée, comme malheureusement bien d’autres dans le monde, croule sous les déchets de toute sorte. Le constat n’est pas nouveau et nombreux sont ceux qui depuis des décennies tirent la sonnette d’alarme, dénonçant ce véritable 7ème continent qui flotte au large, agglomérat de déchets de toutes sortes. Les images spectaculaires des cadavres d’oiseaux éventrés sur l’île de Midway en plein milieu du Pacifique, dont le contenu stomacal révèle tout un bric-à-brac de déchets hétéroclites ayant conduit à leur mort par étouffement ont fait le tour du monde et en ont ému plus d’un.

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Mais rien n’y fait et nos déchets continuent année après année à se déverser en mer, sans d’ailleurs que cela résulte forcément d’une action volontaire de l’homme. Les plastiques qui s’envolent de nos décharges comme ceux que l’on abandonne dans nos rue sont poussés par le vent, véhiculés par les cours d’eau et finissent immanquablement dans la mer, exutoire naturel de tous les emballages imputrescibles que produit en quantité sans cesse croissante notre société de consommation devenue incontrôlable !

Un pêcheur retire un sac plastique de son filet de pêche près des côtes de Villajoyosa en Espagne (photo © P. Armestre / AFP)

Un pêcheur retire un sac plastique de son filet de pêche près des côtes de Villajoyosa en Espagne (photo © P. Armestre / AFP)

En Espagne, à plusieurs kilomètres des côtes, les pêcheurs remontent ainsi chaque jour dans leurs filets d’énormes quantités de déchets plastiques, au point que certains d’entre eux ont décidé de rapporter à terre tous ces matériaux afin de soulager un peu le milieu naturel où ils font des ravages parmi la faune aquatique. Et les volumes deviennent si importants qu’une véritable filiale de recyclage s’est progressivement mise en place pour valoriser tous ces déchets…

Des sacs plastiques vus par les tortues marines comme d'appétissantes méduses (affiche Surfrider)

Des sacs plastiques vus par les tortues marines comme d’appétissantes méduses (affiche Surfrider)

L’association Surfrider estime ainsi que 8 millions de tonnes de déchets sont rejetés chaque jour dans les océans (à comparer aux 400 000 tonnes d’ordures ménagères collectées annuellement par la seule ex-communauté urbaine MPM…), sur les 300 millions de tonnes de matière plastique produite annuellement de par le monde : des volumes considérables qui se fragmentent peu à peu et font des ravages dans les organismes de ceux qui les ingèrent, poissons, cétacés, oiseaux de mer ou tortues notamment. La Mer Méditerranée constitue l’un des sites les plus vulnérables du fait de son caractère fermé et de la densité d’urbanisation de ses franges littorales. L’Espagne à elle seule jette chaque année plus de 4 millions de bouteilles en plastique dont une partie finira inévitablement sa course en mer…

C’est un reportage de France 2 diffusé dans le 20 heures du 7 avril 2016 qui s’est fait l’écho récemment de l’histoire de ces 150 chalutiers espagnols qui ont accepté de passer une partie de leur temps en mer à trier les déchets remontés dans leurs filets plutôt que de les rejeter à l’eau comme le font tous leurs collègues. Le reportage montre à quelle vitesse se remplit le conteneur dans lequel sont déversés les déchets de toute sorte piégés dans les filets : bidon de lessive, bouteilles, canettes, sacs plastiques ou vêtement usagé… Pour 80 kg de poisson pêchés, 20 kg de déchet rapporté à terre par ces nouveaux éboueurs des mers qui trouvent là une bonne occasion de redorer leur image auprès du public tout en procédant à la sauvegarde de leur gagne-pain.

Javier Goyeneche, fondateur d'Ecoalf

Javier Goyeneche, fondateur d’Ecoalf

En réalité, le mouvement est plus ancien et plusieurs médias dont La Dépêche en avaient déjà fait leurs gros titres fin 2015. Tout est parti de la création en 2009 par Javier Goyeneche de la société madrilène Ecoalf, baptisée ainsi en référence à la naissance de son fils Alfredo qui l’aurait incité à développer une activité économique en faveur de la sauvegarde de notre planète pour les générations futures. Le personnage est charismatique, bon communicateur et persévérant, si bien que sa société a prospéré sur la base d’une idée simple mais bien exploitée : il s’agit de créer une nouvelle ligne de vêtements et accessoires fabriquée principalement à partir de fibres textiles issues de matériaux recyclés.

Ecoalf a ainsi développé des partenariats avec d’autres acteurs pour alimenter ses usines en vieilles bouteilles, pneus usagers et filets de pêche en fin de vie. « Là où d’autres voient des ordures, nous voyons une matière première et pouvons la transformer en tissus à travers des processus sophistiqués de recherche et développement », explique le fondateur d’Ecoalf, dont les doudounes ou sacs à dos sont en vente chez Harrods à Londres ou Bloomingdale’s à New York.

Une nouvelle gamme de vêtements Ecoalf

Une nouvelle gamme de vêtements Ecoalf

L’objectif de cette société est désormais de créer une nouvelle collection de vêtements haut-de-gamme, qui devrait être présentée en juin prochain à Florence, et qui serait issue exclusivement des déchets récupérés en mer par les chalutiers espagnols d’Alicante, de Valence et de Castellon dont les pêcheurs jouent les éboueurs des mers. C’est la société PET compania (filiale de l’Italien Dentis), une des grandes entreprises de recyclage en Espagne qui traite dans son usine de Chiva, près de Valence, les déchets collectés par les pêcheurs, afin d’en extraire le matériau constituant, le fameux PET ou polytéréphtalate d’éthylène. Ce matériau une fois soigneusement trié est réduit sous forme de petites perles appelées pellets qui sont ensuite transformées en fibre textile par la société espagnole Antex, basée à Girona en Catalogne.

C’est ce fil textile qu’Ecoalf utilise pour sa collection de maillots de bain, vestes, sacs, chaussons qui sera dans un premier temps constitué avec 35 % de déchets plastiques d’origine marine et 65 % d’origine terrestre, mais qui, à terme, devrait être réalisé à 100 % à partir de détritus collectés en mer. Une façon, pour Javier Goyeneche, de « faire prendre conscience aux gens de ce qui se passe au fond de la Méditerranée ».

Ségolène Royal en visite à La Villa Méditerranée, le 21 mars 2016

Ségolène Royal en visite à La Villa Méditerranée, le 21 mars 2016

Une belle leçon en tout cas qui prouve que l’économie du recyclage n’est pas une simple vue de l’esprit. Une histoire que Ségolène Royal avait certainement en tête lors de sa récente visite à Marseille, le 21 mars dernier, où elle s’est longuement attardée à l’exposition organisée à la Villa Méditerranée et intitulée « La mer, destination finale ? Projet sur les déchets plastiques », avant de signer le décret d’application précisant les modalités d’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques à usage unique. Un début de prise de conscience collective du danger que constituent nos déchets pour le milieu naturel marin ?

L.V.  LutinVertPetit