Archive for octobre 2014

La Faute-sur-Mer, c’est la faute à Voltaire…

27 octobre 2014

Le procès des responsables de la Faute-sur Mer (Vendée), où 29 personnes avaient perdu la vie lors de la tempête Xynthia dans la nuit du 27 au 28 février 2010, vient de s’achever et il est riche d’enseignements !

Réné Marratier, ancien maire de La Faute-sur-Mer © PHOTO FRANCK DUBRAY / "OUEST FRANCE"

Réné Marratier, ancien maire de La Faute-sur-Mer © PHOTO FRANCK DUBRAY / « OUEST FRANCE »

L’ancien maire, René Marratier, a comparu avec deux de ses adjoints devant le tribunal correctionnel pour « homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et manquement grave à l’obligation d’information des populations », aux côtés d’un promoteur immobilier local et d’un fonctionnaire de l’ancienne Direction départementale de l’Équipement.

Ce procès, qui a duré cinq semaines et a été fortement médiatisé, est exemplaire car il jette une lumière crue sur la manière dont est gérée au jour le jour la question des risques naturels dans une petite commune de 800 habitants, par une équipe municipale fortement appréciée puisque le maire a même failli être réélu lors des dernières élections municipales de mars 2014 !

Petit retour en arrière sur cette nuit tragique de février 2010 où 51 personnes ont péri sur la côte atlantique, du fait de la tempête Xynthia. Le phénomène météorologique avait été bien anticipé et largement annoncé par Météo-France, avec des vents violents qui ont atteint jusqu’à 242 km/h au Pic du Midi. Mais son impact sur la côte atlantique, où le vent a soufflé à 160 km/h au maximum, a surpris les habitants. En effet, ces vents violents mais pas exceptionnels se sont conjugués à un coefficient de marée élevé (102), ce qui s’est traduit par une surcote marine particulièrement élevée, de l’ordre de 1,50 m. C’est ce phénomène de submersion marine qui a créé les plus gros dégâts, avec de multiples ruptures de digues érigées tout le long du littoral charentais et vendéen.

La Faute-sur-Mer après la tempête Xynthia © MaxPPP – 2014

La Faute-sur-Mer après la tempête Xynthia © MaxPPP – 2014

A La Faute-sur-Mer, le bilan est particulièrement lourd dans ce que certains ont depuis rebaptisé « la cuvette mortifère » : un immense lotissement situé à 1m sous le niveau de la mer, en contrebas d’une digue qui borde un fleuve côtier, le Lay. Vers 3 heures du matin, alors que tout le monde dort, la digue est submergée et le lotissement est envahi par l’eau. Les pavillons de plain-pied sont surtout occupés par des retraités dont certains gardent leurs petits-enfants en cette période de vacances scolaires. Beaucoup sont piégés dans leur maison où l’eau glacée s’engouffre après avoir fait exploser les baies vitrées. Certains passeront une partie de la nuit dans le noir, perchés sur une table, accrochés à un meuble ou réfugiés sur la toiture à attendre les secours au milieu des hurlements de détresse. Mais 29 personnes, dont les âges s’échelonnent entre 3 et 87 ans, ne survivront pas à cette terrible nuit…

Recherches des disparus à La Faute-sur-Mer, le 2 mars 2010 © PHOTO ARCHIVES AFP FRANK PERRY

Recherches des disparus à La Faute-sur-Mer, le 2 mars 2010 © PHOTO ARCHIVES AFP FRANK PERRY

Quatre ans plus tard, dans la salle des congrès des Sables-d’Olonne, transformée en palais de justice pour accueillir les nombreuses parties civiles défendues notamment par la députée européenne Corine Lepage, cette ambiance de cauchemar est revenue hanter les survivants. Mais au delà de l’émotion, ces cinq semaines de procès ont surtout mis en évidence la manière dont les élus locaux ont fait fi pendant des années de toutes les mises en garde afin de minimiser le risque d’inondation pour pouvoir construire toujours davantage. La Faute-sur-Mer est en cela typique de ces villages de la Baie de l’Aiguillon et d’ailleurs où l’appât du gain a transformé d’anciens prés marécageux où les vaches pataugeaient régulièrement en d’immenses lotissements pour retraités et vacanciers.

Entre 1989 (date à laquelle René Marratier a accédé au fauteuil de maire) et 2010, plus de 2 500 pavillons ont ainsi été construits à la Faute-sur-Mer. Face à une telle fièvre bâtisseuse, les services de l’État ont tiré la sonnette d’alarme et ont prescrit dès 2001 un plan de prévention du risque inondation. Mais les élus veillent au grain et négocient pied à pied avec les techniciens de la DDE pour retarder autant que possible la mise en œuvre de cette mesure réglementaire, tout en s’efforçant d’en minimiser les effets. A partir de 2007, la ténacité des services de l’État finit par imposer des côtes minimales de plancher pour les nouvelles maisons, interdisant de fait la construction de nouveaux rez-de-chaussée habitables. Mais le maire passe outre et continue à accorder une quinzaine de permis de construire sans respecter ces prescriptions.

Sauvetages à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES AFP

Sauvetages à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES AFP

Il est d’ailleurs bien secondé dans cette démarche par sa première adjointe et présidente de la commission d’urbanisme, Françoise Babin, également poursuivie pour « homicides involontaires aggravés et mise en danger d’autrui par violation manifestement délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence ». Il faut dire que cette dernière est d’autant plus concernée par ces projets d’urbanisation qu’elle se trouve être justement propriétaire des parcelles devenues par bonheur constructibles, de même que son fils, Philippe Babin, également poursuivi, et qui est précisément à la tête de l’agence immobilière qui a réalisé la majorité des transactions : le hasard fait bien les choses dans cette affaire, même si la justice n’a finalement pas retenu le délit de prise illégale d’intérêt…

La Faute-sur-Mer au lendemain du passage de Xynthia, le 1er mars © PHOTO JEAN-PIERRE MULLER / AFP

La Faute-sur-Mer au lendemain du passage de Xynthia, le 1er mars © PHOTO JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Autre coïncidence, Philippe Babin est en même temps président de l’association responsable de l’entretien de la digue de protection qui a été submergée en février 2010, provoquant l’inondation brutale du lotissement. Un autre prévenu, Patrick Maslin (décédé avant la fin du procès), était également à la fois conseiller municipal et patron de deux entreprises de construction qui ont justement réalisé la plupart des pavillons du lotissement, le hasard encore… Dans une de ces maisons, dont le permis de construire a été délivré par le maire en décembre 2007 et qui a été construite par l’entreprise de Patrick Maslin, quatre personnes ont trouvé la mort en 2010…

Ce risque d’inondation était clairement identifié et les différents préfets qui se sont succédés ont mis tout leur poids dans la balance pour freiner cette course au bétonnage en zone inondable et imposer non seulement le plan de prévention des risques mais aussi un plan communal de sauvegarde afin d’anticiper sur l’organisation des secours en cas de catastrophe. Mais ils se sont sans cesse heurtés aux élus locaux qui s’appuyaient sur leur soi-disant parfaite connaissance du terrain pour nier tout risque, accusant les techniciens de porter une vision technocratique sans lien avec la réalité.

Destructions de maisons à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES XAVIER LEOTY

Destructions de maisons à La Faute-sur-Mer © PHOTO ARCHIVES XAVIER LEOTY

Malheureusement, la tempête Xynthia a rappelé tout ce petit monde clientéliste et avide au gain au sens des réalités. Dans le lotissement où 29 personnes ont péri, ce sont 472 maisons qui ont dû être rachetées par l’État pour un coût de 118 millions d’euros, puis purement et simplement démolies : un beau gâchis ! L’ancien maire et son adjointe ont bien tenté à la barre de se dédouaner de toute responsabilité, alternant déni brutal et perte de mémoire, leurs vaines tentatives ne semblent guère avoir convaincu, leur discours rappelant la chansonnette de Gavroche sur les barricades de Paris :

On est laid à Nanterre / C’est la faute à Voltaire, / Et bête à Palaiseau, / C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire, / C’est la faute à Voltaire, / Je suis petit oiseau, / C’est la faute à Rousseau.

Le jugement est désormais mis en délibéré jusqu’au 12 décembre, chacun des prévenus risquant cinq ans d’emprisonnement. Le procureur a requis 30 000 euros d’amende et quatre ans de prison contre l’ancien maire, dont trois ans ferme. Plus que l’ampleur des peines qui seront prononcées, ce procès a d’ores et déjà eu le mérite de mettre en avant la responsabilité des élus locaux, dont la seule ambition semble être l’urbanisation à outrance de leur fief électoral, quitte à mettre en danger leur population alors qu’ils sont les garants de leur sécurité. Le problème dépasse largement le territoire de la Faute-sur-Mer puisque 17 millions de Français vivent actuellement en zone inondable !

Le comportement des élus jugés pour le drame de Xynthia est malheureusement emblématique de celui de la grande majorité de leurs pairs qui cherchent d’abord à défendre leurs intérêts à court terme ainsi que celui de leurs administrés et électeurs, quitte à prendre des risques sur le long terme. Tout élu local, de par sa fonction même, a du mal à résister au clientélisme et il préférera souvent accorder un permis de construire en zone à risque plutôt que de faire un mécontent : avec un peu de chance, le risque ne se produira pas dans la durée du mandat… C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pendant les 21 ans où René Marratier a été sans cesse triomphalement réélu !

L. V. LutinVertPetit

Des vélos gros comme des autos

22 octobre 2014

Circuler à vélo en ville constitue un sport dangereux. Qui ne l’a jamais pratiqué ne peut pas imaginer l’angoisse du cycliste frôlé par une voiture ou un camion lancé à pleine vitesse et qui se retrouve coincé contre la bordure de trottoir à deux doigts de perdre l’équilibre et de glisser sous les roues de l’automobiliste qui bien évidemment ne se rend compte de rien…

Blog111_PhPisteA Carnoux, la piste cyclable que nous appelions de nos vœux il y a cinq ans déjà n’a toujours pas vu le jour en dehors d’un petit tronçon de quelques centaines de mètres réalisé grâce à l’insistance des services techniques de la communauté urbaine. Pourtant, les accotements viennent tout juste d’être refaits le long de la RD 41E entre l’entrée Est de la commune et le rond-point des Barles et l’occasion était idéale pour améliorer la situation et diminuer le risque pris par les dizaines de cyclistes qui chaque jour trompent la mort sur ce tronçon. Mais manifestement, l’idée n’a pas effleuré nos décideurs politiques locaux…

Faudra t-il alors envisager des démonstrations de force pour réclamer qu’enfin le plan de circulation dans Carnoux accorde un peu plus de considération aux modes de déplacement doux que sont le vélo et la marche à pied ?

Pour ce qui est de la place des cyclistes sur la chaussée, l’exemple pourrait venir de Riga, capitale de la Lettonie, où un groupe de militants de l’organisation russe Let’s bike it ont organisé une démonstration originale à l’occasion de la journée internationale sans voiture, le 22 septembre dernier.

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Leur objectif était de montrer à tous que circuler à vélo en ville pouvait constituer une solution alternative intéressante pour décongestionner nos centre villes car un vélo prend infiniment de place sur la chaussée qu’une voiture, ne produit pas d’émission polluante ni de nuisance sonore, et de surcroit permet d’entretenir la santé grâce à l’effort physique développé.

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Pour se rendre plus visibles, le groupe de cyclistes lettons a eu l’idée d’habiller leur vélo d’un cadre lui donnant la silhouette d’une voiture et ils se sont promenés en ville au milieu du flot de circulation entourés de leur crinoline métallique colorée qui ne manquait pas d’attirer l’attention !

Belle initiative dont il conviendrait peut-être de s’inspirer pour rappeler à nos élus qu’à Carnoux aussi le vélo pourrait prendre davantage de place si on voulait bien aménager un minimum l’espace public pour faciliter son usage : avis aux amateurs !

L. V.LutinVertPetit

Corruption dans les collectivités territoriales : une réalité troublante !

20 octobre 2014

C’est un véritable pavé dans le marigot des élus locaux que vient de lancer le Service central de prévention de la corruption ! En effet, son rapport 2013, intitulé « La prévention de la corruption en France », remis en juin dernier au Premier Ministre, contient un chapitre entier consacré à « la prévention de la corruption dans les collectivités territoriales », et il n’est pas tendre pour nos élus locaux… 

Blog110_PhSCPC

Créé en 1993, le SCPC est l’autorité nationale de lutte contre la corruption, reconnu par les différentes instances internationales. Son rapport corrobore largement d’autres études antérieures dont un rapport anti-corruption de l’Union européenne, diffusé en février 2014. L’analyse n’est donc pas nouvelle mais elle est jette un regard particulièrement sévère sur les pratiques de nombreux élus locaux qui semblent avoir bien du mal à résister à la tentation…

Blog110_PhRapportLe rapport précise que la corruption ne découle pas des lois de décentralisation car les faits de corruption de certains élus locaux existaient déjà avant, mais le cadre actuel a tendance à les faire prospérer, avec un rôle de contrôle de l’État qui s’amoindrit au fil du temps sous les effets conjugués de la baisse des effectifs dans la fonction publique d’État et d’un poids grandissant de l’influence des barons locaux du fait du cumul des mandats. La conséquence directe de cette généralisation de la corruption dans les collectivités territoriales est une méfiance croissante de la part des citoyens électeurs face à une classe politique très largement discréditée.

Deux domaines retiennent particulièrement l’attention du SCPC : la commande publique et l’urbanisme, même si les pratiques de corruption peuvent concerner bien d’autres secteurs, depuis l’attribution des logements sociaux jusqu’aux actions de mécénat voire de coopération décentralisée, en passant par les aides aux entreprises et aux associations, ou encore la gestion des sociétés publiques locales et autres offices d’HLM… Le champ de la tentation est vaste !

Blog110_Dessin2En matière de commande publique (qui représente pas moins de 20 % du PIB de l’Union européenne !), les exemples de contournements du Code des marchés publics sont innombrables : cahiers des charges rédigé sur mesure pour favoriser telle entreprise amie, critères d’attribution subjectifs ou imprécis, collusion entre l’assistant à maîtrise d’ouvrage et l’un des candidats, modification de la commande en cours d’exécution, facturation de prestations fictives, absence de contrôle, signature d’avenants injustifiés, absence de recours en cas de défaillance, etc. L’imagination dans ce domaine ne connaît pas de bornes et les exemples de délits de favoritisme sont légion.

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Dans le domaine de l’urbanisme, et en particulier de l’urbanisme commercial, le tableau dépeint par le SCPC est encore plus effrayant : corruption active ou passive, trafic d’influence, prise illégale d’intérêt… toute la palette du droit pénal est mobilisée tant la décision des élus est déterminante sur ces dossiers et tant l’ampleur des flux financiers en jeu est conséquente !

Quelques étapes sont particulièrement sensibles, dont l’élaboration du PLU (plan local d’urbanisme) qui permet de rendre –ou non- constructibles certaines parcelles, dont la valeur peut ainsi être soudainement multiplier par 100 ! La tentation est grande alors de dévoyer la prise de décision pour favoriser ses proches ou ses soutiens politiques (ou a contrario pour nuire à un opposant). La loi ALUR, élaborée par Cécile Duflot, avait bien prévu d’éloigner la tentation en conférant aux intercommunalités le soin d’élaborer les PLU, mais les maires se sont battus bec et ongle pour conserver leurs prérogatives, ce qu’ils ont fini par obtenir via des procédures dérogatoires.

Blog110_Dessin1Un exemple parmi d’autres : un maire décide de prévoir un espace réservé pour une aire d’accueil des gens du voyage à côté du terrain d’un opposant, ce qui en diminue d’office la valeur de 30 %. Un proche du maire s’empresse de racheter la parcelle à vil prix et le PLU est révisé dans la foulée pour supprimer l’espace réservé… Le rapport abonde ainsi d’exemples très concrets qui donnent le vertige quant au fonctionnement de certains élus dont la probité laisse manifestement à désirer. D’ailleurs l’actualité judiciaire locale confirme que ces pratiques sont plus courantes qu’on ne l’imagine…

Blog110_Dessin4Face à ces risques, le rapport du SCPC propose toute une kyrielle de recommandations qui pourrait permettre d’éviter la plupart de ces dérives. Il dénonce en particulier le cumul des mandats et des fonction, pointant « la vision accumulative de la carrière politique locale » qui amène « à la constitution de fiefs électoraux quasi inexpugnables en limitant l’émergence d’une offre politique concurrente ». Il fustige au passage les agendas surchargés des élus cumulards, ce qui les empêche d’approfondir les dossiers et de mener une véritable réflexion stratégique à long terme. Il s’en prend aussi au cumul des mandats dans le temps, qui amène progressivement les élus à perdre le sens de la probité et de l’intérêt général.

Bref, un rapport salutaire qui pourrait permettre, s’il était suivi d’effets, de réconcilier les Français avec la vie politique locale et de réintroduire davantage de probité et d’efficacité dans la gestion des affaires publiques locales. Chiche ?

L. V. LutinVertPetit

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (deuxième partie)

19 octobre 2014

Blog109_Ph3Comme nous l’avons évoqué dans le précédent article, l’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits académiques (langue, mathématiques, histoire et sciences naturelles) et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées1 ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Qu’entend-t-on par projet ?

Les projets constituent des activités à visées éducatives, sportives et culturelles. Intégrés au projet de formation de l’école, ils sont pour partie financés par la dotation municipale (ou du district) et pour le complément par les parents et les communautés. Précisons que le terme « communauté » recouvre des acceptions variables : le quartier, un groupe de bienfaiteurs, des associations ou des professionnels (entreprises : des compagnies informatiques de la Silicon Valley sont partenaires de plusieurs écoles du secteur).

Le jardin des sens

Le jardin des sens

Ainsi, dans une école de Californie du district de San José qui dispose d’un jardin pédagogique, ce sont les parents qui se chargent, avec l’aide rare des services municipaux, des plantations et de l’entretien de cet espace. Outre l’investissement en temps des parents, les dépenses occasionnées pour des achats de matériels (fongibles) et, s’agissant du jardin, de plantes sont déductibles des taxes (impôts) payées par le foyer.

Pour d’autres types de projets éducatifs, financés par des communautés, les enfants sont les premiers acteurs. Plusieurs formes de mobilisation existent :

  • – Marcher selon un circuit situé dans l’espace de jeu de l’école puis comptabiliser le nombre de tours réalisés, chaque tour permettant de lever des fonds auprès des donateurs. Ce Walk-a-thon (en référence au Téléthon) permet de financer des visites et des sorties culturelles.

  • – Solliciter les amis ou les voisins afin qu’ils fassent un don (toujours déductible des impôts) pour la mise en place d’un projet. Cela rappelle aux plus anciens des actions caritatives qui prenaient la forme de vente de timbres destinés à financer les pupilles de l’école publique ou de quêtes à l’occasion d’évènements tragiques (aide pour les enfants de Madagascar par exemple).

Enfin, il est fréquent que les parents soient sollicités pour conduire des activités culturelles. Ainsi, récemment, ai-je pu connaître cette expérience avec une classe de 1st grade à l’occasion d’un projet en arts plastiques. Informée par les parents d’une élève de mes compétences dans cette discipline, l’enseignante a souhaité que je conduise plusieurs séances d’enseignement. Je n’ai pas eu à justifier de mon parcours professionnel. J’ai simplement pris soin d’informer la maîtresse des objectifs d’apprentissage visés. Elle a ensuite exploité, dans le cadre de son programme les résultats de ce travail.

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Pour d’autres projets conduits en partenariat avec des associations, les parents volontaires peuvent être investis, au-delà de l’accompagnement de visites comme cela se pratique en France, cela afin de renforcer l’intégration des parents dans l’École.

Que retenir de cela ?

Le système éducatif aux USA est décentralisé. Cette organisation confère aux états des marges d’initiative et de responsabilité, notamment financières, qui se traduisent dans les faits par une disparité des horaires d’enseignement, et donc des salaires des maîtres, des programmes et des supports pédagogiques. Les dates des congés sont aussi déterminées par les états. Si le principe d’un accès à l’éducation est garanti, les contenus comme les modalités d’enseignement varient d’un état à l’autre, voire au sein d’un même état, d’un district à l’autre. La valeur des formations dans l’enseignement public dépend des priorités fixées par chacun des états.

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L’enseignement scolaire public aux USA est organisé sur le rythme d’une semaine de cinq jours, avec un allègement le mercredi après-midi. L’horaire se répartit, selon les écoles, sur des tranches horaires allant généralement de 8H15 à 14H45 dans le public ou de 8H30 à 15h30 dans le privé. Le nombre d’enfants par classe est aussi décidé au niveau du district : moins de 25 élèves par classe dans le public et jusqu’à 40 dans le privé. Le choix fédéral de créer des conditions favorables à l’apprentissage a pour conséquence de contraindre les parents à prendre en charge l’enfant dès la fin de la classe ou bien de l’inscrire à une garderie payante et chère.

La France, animée du souci d’offrir à tous les enfants, sans discrimination, un cadre propice à l’Éducation, a choisi une organisation différente du temps scolaire afin qu’il favorise les apprentissages et pour cela a décidé de la mise en place d’activités éducatives complémentaires dans les écoles. De plus, ces dernières sont prises en charge par l’Etat et les collectivités territoriales afin de ne pas alourdir les charges des familles, là encore pour éviter toute sélection par l’argent.

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d'école aux USA

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d’école aux USA

L’enseignement primaire aux USA est centré sur les apprentissages dans les domaines académiques. Les autres enseignements sont organisés, en fonction des écoles, selon des projets qui se distribuent sur plusieurs périodes durant l’année. Par exemple, le projet annuel arts d’une école sera composé de cinq temps répartis sur l’année. Pour ce faire, il est régulièrement fait appel à des partenariats.

Cela soulève deux questions. La première, qui est évoquée (discrètement) dans les projets pour l‘Éducation par les partis politiques conservateurs français, est relative au recentrage de l’enseignement sur les disciplines dites fondamentales. Cela aurait pour conséquence de laisser à l’initiative des écoles le choix d’assurer ou non les autres enseignements réduits au rang d’activités (arts et culture). La vigilance doit être de mise car, une fois de plus, c’est le principe d’égalité des enfants devant la formation qui pourrait être remis en question.

La seconde concerne l’enseignement en partenariat et l’apport d’associations ou de parents dans la conduite de projets. Un récent séminaire inter-académique qui s’est tenu début octobre 2014 Toulon a mis en évidence les bénéfices d’une meilleure implication des parents dans l’École et ceux de l’appui d’associations reconnues d’utilité publique, mais sans que ces dernières, pas plus que les parents, ne se substituent aux enseignants.

L’ouverture de l’École aux parents demeure un sujet sensible dans notre pays. Afin de lever les réticences, la Ministre à insisté sur cette nécessité et les bénéfices enregistrés dans la circulaire de rentrée 2014. Le partenariat avec les institutions sportives, culturelles – scientifiques et artistiques -, avec les organismes de santé ainsi qu’avec les associations est aussi encouragé.

En France, il n’y a pas lieu de craindre un démantèlement de l’École des-lors que cette ouverture et ces partenariats se construisent dans le respect des objectifs assignés à la formation et qu’il est fait appel à des compétences complémentaires à celles des enseignants qui demeurent les garants des principes qui fondent l’École républicaine, dont la laïcité constitue un des premiers piliers.

Michel Motré

Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional d’arts plastiques honoraire.

1  Programme par une équipe de formateurs en arts plastiques

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (1ère partie)

18 octobre 2014

Quand en France, et à Marseille en particulier, la mise en place des nouvelles organisations du temps scolaire fait l’objet de débats, et se traduit parfois par l’adoption de choix insensés au regard de l’objectif d’améliorer le rythme des apprentissages, il apparaît opportun d’observer comment fonctionnent les écoles à l’étranger.

La situation de l’enseignement primaire dans les écoles publiques des USA nous éclaire sur des choix qui feraient réagir plus d’un parent et plus d’un enseignant en France.

Une école maternemme en 1895

Une école maternemme en 1895

Tout d’abord, les enfants aux Etats Unis ne sont scolarisés dans les écoles publiques qu’à partir de 5 ans dans les kindergartens (jardins d’enfants). Des écoles privées scolarisent dès 3 ans (pre-school) pour un coût très élevé.

Cela rappelle la situation qui a prévalu en France avant guerre, surtout dans les territoires ruraux, même si les écoles maternelles ont été officiellement créées à partir des années 1880.

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Avant cette première année de scolarité appelée Kindergarten, les enfants sont gardés à leur domicile par un parent ou une personne rétribuée par la famille, ou alors ils fréquentent un jardin d’enfant privé (daycare) qui peut les accueillir dès la fin du congé de maternité (6 semaines en moyenne). Le coût de cette prestation est très élevé (environ 1400 $ par mois (≈1100€) et parfois plus pour les nourrissons !), même si une compensation de 600$ pour l’année et par enfant est versée aux familles. Notons qu’aux USA, il est assez fréquent qu’un seul parent travaille. Parmi les facteurs qui expliquent ce constat, particulièrement pour des familles aux revenus faibles ou moyens, figurent les charges élevées liées à la scolarisation des enfants ainsi que la faiblesse des aides sociales.

Comment sont organisées les journées de classe et quel est le coût pour les familles ?

Les horaires des kindergartens sont variables d’un État à l’autre, d’un district à l’autre. Ainsi, en Californie, Union district de San José, l’horaire hebdomadaire est d’environ 22H, alors qu’il est moindre pour d’autres états, 20H dans l’Ohio par exemple.

En primaire, les cours débutent à 8H15 et finissent à 14H40 sauf le mercredi où ils se terminent à 13H15. Le repas de midi peut être pris sur place et coûte environ 3$ (≈2,40€). Cela ne vaut pas plus au regard des pizzas réchauffées ou des hotdogs frits servis et qui contribuent à accroître la tendance à l’obésité.

Pour les classes de First Grade – notre équivalent Cours Préparatoire (CP) -, les enseignements académiques concernent la langue, les mathématiques, l’histoire et les sciences naturelles. Ils sont essentiellement axés sur la maîtrise du langage –lire et écrire–, avec un accent mis sur la compréhension, et pour les mathématiques, sur la maîtrise de la numération et les bases du calcul –addition et soustraction-. Notons qu’à l’entrée en 1st grade, les enfants maîtrisent souvent les bases de déchiffrage en lecture.

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L’éducation physique est intégrée à la formation, quant aux arts, ils font l’objet de projets. S’ajoute, une forme particulière d’enseignement civique avec notamment, chaque semaine, un salut au drapeau. Enfin, il existe une bibliothèque (équivalent de nos B.C.D.) et chaque classe dispose d’un coin lecture avec des ouvrages consultables sur place.

En début d’année, dans la plupart des écoles publiques, les familles versent en moyenne une somme de 250$ (≈200€) par enfant, plus pour ceux qui le peuvent, moins et parfois rien pour les plus modestes. Cet apport des familles sert à l’achat de matériels informatiques et de logiciels pédagogiques, ainsi que d’ouvrages pour la bibliothèque. Si dans les écoles publiques françaises, les parents peuvent être invités à verser leur obole à la caisse des écoles ou au foyer socio-éducatif, les sommes versées sont très modestes et ne concernent pas des investissements en matériel ou en supports scolaires, ces derniers étant à la charge des collectivités territoriales ou de l’État.

Pourquoi est-il fait appel aux parents dont les enfants fréquentent les écoles publiques ? Il faut à ce sujet signaler que les subventions versées par chaque État de l’Union pour le fonctionnement des écoles publiques est variable. Chaque État fixe des priorités et parmi celles-ci, le fonctionnement des prisons constitue un des premiers postes de dépense, avant l’éducation ! On prête à Victor Hugo cette citation « Ouvrir une école c’est fermer une prison », position qui mériterait d’être prise en compte par ceux qui gouvernent. Ces choix ont pour effets, notamment, la différence des horaires entre états et donc des conséquences sur les rémunérations des enseignants ainsi que sur les charges des familles.

Cette disparité étatsunienne n’est pas unique et d’ailleurs elle inspire les chantres de la régionalisation de l’Éducation en France. Pour être complet, signalons que les sommes payées par les familles qui scolarisent leurs enfants dans les écoles publiques aux USA ne sont pas comparables avec celles versées aux écoles privées ; souvent 10 000$ (≈8000€), jusqu’à 30 000$ par an (près de 23 800€)  et 18 500$ (≈14 700€) par an pour des écoles franco-américaines, hors coût de la garderie.

Ecole Steiner aux Etats-Unis

Ecole Steiner aux Etats-Unis

L’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits fondamentaux ou académiques et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Après la classe, c’est-à-dire après 14H40 ou 13H15 le mercredi, les enfants sont pris en charge par leur famille (ou une personne rémunérée). Quand les deux parents travaillent, les enfants peuvent être inscrits à une garderie (after school care). Il existe dans certaines écoles qui disposent d’un local (club house) dédié à cette fin, sinon les parents doivent s’enquérir d’une structure externe, associative, communautaire voire religieuse. Dans la « garderie » de l’école, les enfants bénéficient d’activités culturelles (artistiques et scientifiques) ainsi que d’une aide aux devoirs. Le coût mensuel est de varie de 350 à 500$ (≈280 à 400€).

Que retenir de ces informations ?

S’agissant de l’Éducation, le modèle économique et social qui prévaut aux USA diffère du modèle français. Aux USA, le respect de la liberté individuelle, principe fondamental qui se décline à tous les échelons de la société et de son organisation, conduit à privilégier les initiatives des individus (éducation, santé, cotisations pour la retraite…). Ce choix peut entraîner des charges de fonctionnement lourdes pour chaque citoyen, notamment en matière d’éducation, que l’appartenance à une communauté peut cependant atténuer. Le corollaire est que les taxes (impôts) sont peu élevées.

En France, où le principe de solidarité est constitutif des fondements de République (Égalité et Fraternité), la part des charges individuelle est bien plus modeste. L’État centralisé et ses instances décentralisées (Communes, Départements et Régions) contribuant au fonctionnement des services publics dont celui de l’Éducation. La contrepartie de ce choix politique se retrouve dans la pression fiscale élevée pour les familles aux revenus moyens et élevés.

Michel Motré

Vers une troisième révolution industrielle et une société du partage ?

13 octobre 2014

Le capitalisme triomphant après la chute du mur de Berlin aurait-il du plomb dans l’aile ? C’est ce que prétend notamment Jérémy Rifkin, essayiste américain prolixe, spécialiste de prospective et conseiller de très nombreuses personnalités politiques à travers le monde.

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L’un de ses ouvrages, publié en 2012, annonce ainsi « la troisième révolution industrielle » qui pourrait permettre ni plus ni moins que de répondre à long terme au triple défi de la crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique. Les nouvelles technologies pourraient révolutionner totalement notre mode de fonctionnement, comme il s’efforce de le démontrer dans son dernier livre au titre à rallonge : « La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipsé du capitalisme ». Tout un programme !Blo109_PhLivre

Bien évidemment, résumer en quelques lignes une analyse aussi complexe sans la caricaturer serait une gageure ! Une des intuitions que développe J. Rifkin, est que notre système de production industriel va être complètement remis en cause par le développement rapide des nouvelles technologies liées à internet et aux échanges gratuits et rapides de masses considérables de données, avec des implications dans tous les secteurs d’activité. On en voit d’ailleurs déjà les effets par exemple dans l’industrie du disque qui vient de s’effondrer sous nos yeux du fait de la possibilité offerte d’échanger gratuitement des fichiers numériques musicaux via internet. De même, le développement du livre numérique et l’offensive d’Amazon n’ont fait qu’une bouchée des librairies américaines et s’attaquent désormais au reste du monde.

Autre exemple :  en matière énergétique, Rifkin est persuadé que nous assistons à une révolution avec le développement à des coûts de plus en plus abordables, des technologies qui permettent de capter et de stocker les énergies renouvelable solaires, éoliennes ou marémotrices. Il estime même que le développement des imprimantes 3D ouvre la voie à la fabrication chez soi de multiples objets  dont nous avons besoin, ce qui risque de changer complètement les circuits de production.

Blog109_Dessin1Face à de telles mutations, c’est tout notre modèle de société qui va devoir s’adapter. Le travail de masse, rendu possible par le développement de la société industrielle, et qui est en train de se déliter avec une augmentation inéluctable du chômage, risque de n’être plus qu’un souvenir. L’évolution, qui se dessine déjà largement, privilégie des emplois hautement qualifiés dans le domaine de l’économie de la connaissance et des emplois de service peu qualifiés et faiblement rémunérés à l’autre bout de la chaîne. Mais  le temps du travail pour tous paraît menacé, de telle sorte que Rifkin imagine un nouveau contrat social dans lequel il faudra nécessairement partager le travail (en passant par exemple aux 30 heures par semaine, comme le préconisent de nombreux économistes), prévoir un revenu minimal de base pour chacun, et renforcer l’économie sociale ainsi que l’engagement associatif pour permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place dans la société.

Blog109_DessinCroissanceLa croissance ne peut plus être le moteur de notre développement dans un monde fini. Rifkin rejoint en cela de nombreux autres analystes, dont Thomas Piketty qui a récemment montré que les taux de croissance rapide que nous avons connus ces dernières décennies sont l’exception et non la règle, si l’on regarde l’évolution humaine sur le long terme.

Face à ces mutations, nos comportements devront s’adapter. Mais Rifkin n’est pas inquiet, persuadé que les nouvelles générations ont déjà largement amorcé cette évolution, grâce au développement des réseaux sociaux. Il constate en effet que, de plus en plus, nous sommes intéressés davantage par l’accès aux biens plutôt qu’à leur possession, ce qui rend possible le développement de systèmes d’appropriation en commun, un peu sur le modèle de ce qui s’est fait pendant des générations où les paysans disposaient d’un accès commun au four, au puits ou au canal d’irrigation, infrastructures gérées et entretenues de manière collective.

Or Rifkin constate le développement actuel de pratiques qui procèdent d’une approche similaire, depuis le covoiturage jusqu’au jardin collectif en passant par l’échange d’appartements ou la machine à laver commune dans certains écoquartiers. Il cite ainsi l’exemple des jouets pour enfants : de plus en plus de parents, plutôt que d’acheter des jouets dont leur enfant se lassera rapidement et qui encombreront le grenier pour les générations à venir, les empruntent soit à des amis soit sur des sites internet dédiés. Outre l’intérêt pratique et économique de cette approche, elle permet à l’enfant d’intégrer l’idée que les jouets ne sont pas uniquement des objets que l’on s’approprie mais aussi des expériences auxquelles on accède pour un temps donné et que l’on partage avec d’autres : toute une nouvelle philosophie à explorer !  Ph109_PhJouets

Bien entendu, de tels bouleversement n’iront pas de soi et Rifkin se garde bien d’affirmer comment sera notre monde de demain, car nul ne peut prédire comment se feront toutes ces évolutions même si l’on en voit déjà les prémisses. Il conseille en tout cas aux entreprises de les anticiper et de se recentrer sur la transmission de l’information et sur la gestion des flux. Ainsi des producteurs et distributeurs d’électricité qui auront de plus en plus à gérer des transferts plutôt qu’à produire eux-mêmes de manière centralisée : une telle évolution est déjà en marche outre-Rhin, mais encore bien loin des modes de pensée d’EDF !

Blog109_PhRifkinVReste aussi à convaincre les responsables politiques d’accompagner ces mutations et d’y préparer les esprits. Sur ce terrain, Rifkin est manifestement moins optimiste, bien qu’il s’emploie depuis de nombreuses années à conseiller certains dirigeants européens et américains (ou peut-être justement à cause de cela ?). Leur capacité à anticiper les évolutions et à mettre en œuvre les comportements les mieux adaptés pour y faire face dans l’intérêt général, ne paraît en effet pas au centre des préoccupations de nos élus, trop occupés à gérer le quotidien et leur avenir politique à court terme pour oser lever un peu le nez du guidon. Comme souvent, c’est plutôt de la société civile que viendront les germes de ces évolutions futures…

L. V. LutinVertPetit

Grand marché transatlantique : la mobilisation s’organise…

11 octobre 2014

Déjà évoqué sur ce même blog, le projet de traité transatlantique en cours de négociation entre les USA et l’Europe (Grand marché transatlantique, TAFTA ou TTIP en anglais) concerne « l’harmonisation, et bien sûr le nivellement par le bas, de toutes les réglementations nationales en matière de production agricole et industrielle, de protection des données numériques, de droits du travail, de prévention des risques environnementaux et sanitaires, etc. Toutes ces normes instaurées pour protéger le consommateur sont en effet vécues comme autant de contraintes insupportables qui réduisent le profit des entreprises multinationales. Le projet d’accord vise ni plus ni moins qu’à instaurer la suprématie des droits des investisseurs sur les droits démocratiques des états dont les législations pourraient alors être contestées devant les tribunaux. »

Blog108_Dessin5Il s’agit de permettre aux multinationales de pouvoir attaquer en justice les États lorsqu’elles considèrent que des mesures réglementaires limitent leur activité commerciale. Ce traité est en train de se négocier sans aucune consultation démocratique. Ainsi, il n’en a guère été question ni pendant la campagne présidentielle ni lors des dernières élections européennes…

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L’exemple de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les USA, le Mexique et le Canada est un indicateur de ce qui pourrait se passer avec le  traité en gestation. En 20 ans le Canada a été attaqué 30 fois par des firmes privées américaines, le plus souvent pour contester des mesures introduites au niveau fédéral, provincial ou municipal en vue de protéger la santé publique ou l’environnement. L’État du Canada a été systématiquement condamné. Quant au Mexique, 5 plaintes ont été déposées contre lui par les firmes américaines, et à chaque fois c’est le Mexique qui a perdu. Par contre aucune des plaintes déposées contre les USA par des firmes canadiennes ou mexicaines n’a abouti. Il apparaît ainsi clairement que ce traité est un outil qui favorise la position dominante des entreprises commerciales américaines, en s’appuyant sur le droit des USA.

Blog108_Dessin4Face à un tel risque pour l’Europe, comment infléchir les négociations en course ?  L’expérience montre que les citoyens peuvent jouer un rôle important  en incitant les médias à percer le secret des négociations, et en intervenant auprès des représentants élus, nationaux ou européens. Faisons jouer la démocratie. Souvenons-nous : « En 1997, le scénario se précise avec la négociation secrète du fameux accord multilatéral sur l’investissement (AMI) entre 29 pays membres de l’OCDE : divulgué in extremis, le projet soulève une vague de protestation citoyenne sans précédent qui oblige les négociateurs à remiser prestement leur copie ». Face au danger de perte de notre indépendance, comment ne pas réussir à trouver une majorité d’élus pour repousser un tel projet ?

Allons plus loin. L’analyse du mandat confié par les 28 gouvernements de l’Union européenne à la Commission pour négocier avec les USA ce grand marché transatlantique fait surgir de nombreuses interrogations qui doivent objectivement troubler les responsables politiques, à commencer par le maire  de notre commune. Ainsi, les réglementations prises au niveau municipal, départemental ou régional sont directement visées par ce projet dès lors qu’elles produisent des normes considérées par les firmes privées comme des « obstacles inutiles à la concurrence » ou « plus rigoureuses qu’il est nécessaire » (Article 4). Le mandat va jusqu’à enlever aux juridictions officielles au profit d’instances privées d’arbitrage le pouvoir de trancher un différend entre firmes privées et pouvoirs publics, lorsqu’une firme privée estime qu’une législation ou une réglementation va à l’encontre de la libéralisation et de la protection des investissements (Article 23)

Blog108_Dessin2Ceci implique qu’une simple délibération municipale pourrait être attaquée devant une instance privée d’arbitrage si elle est perçue par un investisseur américain comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut » (ce qui est la définition de l’investissement aux USA). Cela signifie aussi que toute réglementation sociale, sanitaire, alimentaire, environnementale ou technique, dès lors qu’elle contrarie une multinationale, pourrait être attaquée devant un mécanisme d’arbitrage privé, avec de forte chance d’être considérée comme une entrave au droit du commerce et donc rejetée. L’affaire Tapie a récemment montré dans quel sens penchent habituellement les décisions prises par ce genre d’instance…

Blog108_Dessin3Cependant tout n’est pas perdu. Pour l’instant les négociations n’ont pas abouti. Le traité n’est pas encore signé et il ne deviendra effectif que si le Parlement européen et tous les parlements des différents pays européens le ratifient, ce qui peut s’avérer compliqué pour peu que les opinions publiques se mobilisent.

De fait, des pétitions circulent et plusieurs associations militantes et organisations syndicales de toute l’Europe appellent à une journée d’action le samedi 11 octobre 2014 pour stopper les négociations en cours du TAFTA, du CETA (accord avec le Canada) et d’autres accords de libre-échange, et à promouvoir des politiques commerciales alternatives qui fassent des droits des peuples, de la démocratie et de l’environnement une priorité. Il est encore temps de faire reculer ce projet qui va manifestement à l’encontre de l’intérêt général, alors soyons citoyens vigilants !

C. G.

Le Major Sarkissian prend la mouche…

9 octobre 2014

Après nous avoir terrorisé en période préélectorale avec ses messages alarmistes incitant chaque habitant de Carnoux à se terrer chez lui, toutes portes et volets soigneusement clos, voilà que le Major Sarkissian, chef de brigade de gendarmerie de Carnoux-en-Provence, est de retour avec ses messages alambiqués. Le dernier en date, diffusé à tous les  » voisins vigilants  » de la commune n’est pas piqué des vers :

 » Major SARKISSIAN communique à l’ensemble des habitants qui adhérent à PARTICIPATION CITOYENNE que des contrôles vont être mis en place vendredi samedi dimanche de 7 à 19 heures. De la présence et des contrôles effectués en simultané sur les 2 communes – Je vous demande de ne pas hésiter à signaler tout problème, tout fait pouvant vous paraître anormal – pendant ces 3 jours même une mouche qui serait pas du pays ne doit pas passer à travers – Le but recherché n’est pas de tracasser l’habitant mais d’empêcher que « l étranger au sens large » qui aurait l’idée de ………… se dise que ce n’est pas un endroit pour faire de la brocante ces 3 jours là – Donc si vous voyez – vous ne dérangez pas – on fait le 17 Merci de votre collaboration »

Major SARKISSIAN

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Pour ceux qui ne seraient pas habitués à décrypter ce langage martial, précisons qu’il ne s’agit pas d’un message codé, comme pourrait le laisser croire la ponctuation assez déroutante employée dans ce texte et qui lui confère un style très original. Non, il s’agit bien d’un document officiel émanant d’un officier de la Gendarmerie Nationale dans l’exercice de ses fonctions et destiné à informer les citoyens. De quoi au juste ? Là bien sûr, il faut un peu interpréter car le texte est pour le moins sibyllin…

Une mouche tsé-tsé : traquée par les gendarmes de Carnoux ?

Une mouche tsé-tsé : traquée par les gendarmes de Carnoux ?

Une lecture un peu distraite pourrait laisser croire que les forces de gendarmerie de Carnoux vont être mobilisées tout le week-end à chasser les mouches qui auraient l’impudence de voler dans notre espace aérien. S’agirait-il d’une campagne préventive contre un risque d’invasion de mouches tsé-tsé, vectrices de la trypanosome ? Après la dengue et le chikungunya, voilà encore un fléau issu de pays lointains qui viendrait troubler notre quiétude provençale ?

A vrai dire, on ne sait pas trop après qui vont courir les forces de l’ordre ce week-end dans les rues de Carnoux, mais au moins on est prévenu. Si on a la peau un peu bronzée, ce n’est pas le moment de traîner sur la place, au moins jusqu’à 19 heures. Bien entendu, toute interprétation xénophobe de ce message serait purement fortuite et sans aucun rapport avec les intentions louables de ce brave Major Sarkissian. Qu’il soit en tout cas chaleureusement remercié pour sa verve toute méridionale et son bon sens rassurant, du moins jusqu’à un certain point…

L. V. LutinVertPetit

La sobriété heureuse, ça commence peut-être comme ça !

8 octobre 2014

Sobriete_Ph2Tout dernièrement, j’ai acheté un pantalon en grande surface. C’est un pantalon noir, 100 % coton, avec toutes les poches normales plus deux grandes poches latérales… parfait, juste ce que je voulais. Marque T…X. Prix 22 euros ! Pour aboutir à un tel prix certainement ce pantalon a été confectionné dans un pays où la main d’œuvre n’est pas chère…

Supposons que, sur ces 22 euros, 6 euros aillent à la grande surface ; 4 euros servent à payer le déchargement du bateau (salaire des dockers, plus-value de l’entreprise et gain du capital), le chargement dans un camion (salaire du chauffeur et plus-value de l’entreprise), le transport du port à la grande surface (idem), le déchargement du camion (idem). Soit donc 10 euros payés à des personnes intervenant sur le sol français.

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Restent 12 euros qui vont servir à payer des personnes intervenant dans le pays producteur ou sur mer, c’est-à-dire l’agriculteur qui a semé le coton, qui l’a arrosé… mais aussi les gens qui ont récolté le coton (le coton n’est pas lourd : pour récolter les 500 g qui vont servir à fabriquer le pantalon, il faudra réaliser cette récolte sur au moins 10 m²), le transport du coton jusqu’à l’usine fabriquant le tissu (salaire du chauffeur et plus-value de l’entreprise), le lavage du coton (salaire des ouvrières, plus-value de l’entreprise et gain du capital), le filage (idem), le tissage (idem), la teinture (idem), le transport du tissu jusqu’à l’usine fabriquant le pantalon (salaire du chauffeur et plus-value de l’entreprise), la confection du pantalon (salaire des ouvrières, plus-value de l’entreprise et gain du capital), le transport du pantalon jusqu’au port (salaire du chauffeur et plus-value de l’entreprise), le déchargement du camion (idem), le chargement du bateau (salaire des dockers, plus-value de l’entreprise et gain du capital), le transport réalisé par le bateau (salaire des marins, plus-value de l’entreprise et gain du capital).

Quand on aura enlevé le gain des patrons et des fournisseurs de capitaux que restera-t-il aux travailleurs agricoles, aux ouvrières, aux simples marins ? Probablement à peine de quoi ne pas mourir de faim !

Ce monde du fric est vraiment pourri à la racine !

J’ai un vieux pantalon un peu délavé mais encore très correct, presque toutes les poches sont percées, je vais l’amener chez des couturières (ce sont des artisans), pour me remettre les poches en état. Il leur faudra rapporter et coudre des morceaux d’étoffes,  elles vont en avoir pour au moins 2 heures de travail. Le smic horaire est de 9,53 euros, elles vont donc probablement me demander de payer au moins 25 euros (alors que le pantalon neuf du magasin coûte 22 euros seulement) !

J’irai quand même leur apporter mon vieux pantalon pour qu’elles le remettent en état. Je ne leur parlerai pas de tout ça et je payerai le prix qu’elles me diront.

Mais vont-elles avoir encore longtemps du travail ?

Jean Denimes

Carnoux réinvente l’eau ferrugineuse…

7 octobre 2014

A Carnoux, en ce moment, le Merlançon en voit de toutes les couleurs. Le Merlançon, c’est cette rivière qui vient de La Bédoule et qui rejoint l’Huveaune à Aubagne, grossie au passage par un petit cours d’eau qui suit le vallon de Carnoux et qu’on voit sur quelques centaines de mètres en sortie de la commune, le long de la route départementale, juste après le rond-point des Barles. Pour beaucoup, ce n’est qu’un simple exutoire pluvial, qui a d’ailleurs été détourné et partiellement bétonné pour laisser passer la route, après avoir été busé dans quasiment toute la traversée de Carnoux. Bien triste sort pour ce cours d’eau pourtant quasi pérenne qui draine tout le vallon de Carnoux !

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Depuis quelques jours, le lit de la rivière a pris une teinte orangée des plus étranges.

Bourvil et l'eau ferrugineuse (archives INA)

Bourvil et l’eau ferrugineuse (archives INA)

Faute d’information diffusée par les services techniques de la mairie, on se perd en conjectures sur l’origine de cette couleur qui rappelle furieusement l’eau ferrugineuse dont on croyait jadis qu’elle permettait de lutter contre les addictions alcooliques et que Bourvil avait mis à l’honneur dans son célèbre sketch !

A défaut, on pourrait craindre une fuite de la canalisation qui traverse Carnoux pour aller déverser ses boues rouges dans les fonds marins au large de Cassis. A moins qu’il ne s’agisse des effets d’une célébration locale de la fête indienne de Holi au cours de laquelle chacun s’asperge d’eau colorée, qui toujours finit à la rivière… Ou plus prosaïquement du rejet discret de quelques pots de peinture ou d’un autre produit encore plus nocif dans le réseau pluvial communal.

Merlancon1_6oct2014Car chacun sait ou devrait savoir que ce que nous appelons prosaïquement « bouches d’égout » à Carnoux ne sont en réalité que des regards sur le réseau pluvial qui conduisent donc tout ce qui s’y déverse, directement et sans le moindre traitement, vers l’Huveaune en passant par le Merlançon. Seules nos eaux usées sont retraitées avant d’être rejetées à la mer, mais il s’agit là d’un autre réseau, branché en sortie des habitations et qui n’a aucun lien avec celui qui draine nos eaux pluviales communales.

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A la sortie de Carnoux, l’eau qui s’écoule est redevenue claire, mais le lit reste durablement coloré d’un orange vif du plus bel effet. Espérons au moins que cette couleur festive, bien que manifestement artificielle, attire l’attention de nos élus sur le sort de ce cours d’eau quelque peu délaissé et qui mériterait qu’on lui redonne un lit un peu plus naturel au moins sur les quelques centaines de mètres où les Carnussiens ont accepté de ne pas l’enterrer. Rappelons-nous qu’un ruisseau busé, non seulement perd toutes ses qualités de milieu naturel mais surtout devient une bombe à retardement en cas de forte crue, lorsque les canalisations se mettent en charge !

L. V. LutinVertPetit

Moustique tigre : un cas de dengue à Aubagne

6 octobre 2014

Le moustique tigre, Aedes albopictus, est désormais présent et bien implanté dans les Bouches-du-Rhône depuis au moins 2009. Signalé dans les Alpes-Maritimes depuis 2004, il a désormais colonisé toute la vallée du Rhône et on l’a même aperçu cette année jusqu’en Gironde, ce qui tend à confirmer que cet insecte s’acclimate très bien dans nos contrées... Tout va bien pour lui, merci !

Moustique tigre à l'action...

Moustique tigre à l’action…

Du fait de sa remarquable capacité d’adaptation, les maladies pour lesquelles il sert d’hôte vecteur, se propagent également à grande vitesse dans le monde. C’est en particulier le cas du chikungunya et de la dengue. Cette dernière, souvent dénommée « grippe tropicale », est caractéristique des zones tropicales à subtropicales où elle toucherait 50 millions de personnes chaque année, d’après l’OMS, dont 500 000 atteintes de dengue hémorragique, mortelle dans 20 % des cas. Ainsi dans les seules Antilles françaises (Martinique et Guadeloupe), 86 000 cas de dengue ont été répertoriés en 2014, ce qui donne une idée de l’ampleur du phénomène.

Mais la dengue commence peu à peu à se propager aussi en Europe. Pour l’instant, la grande majorité des cas sont importés, c’est à dire se développent sur des personnes à leur retour de voyage dans un pays où ils ont été infectés. Cependant, deux premiers cas autochtones, c’est à dire touchant des personnes qui n’ont pas voyagé en dehors de la zone dans les 15 jours précédents, ont été signalés dès 2010 près de Nice. Et l’été 2014 voit se poursuivre la tendance inquiétante avec trois nouveaux cas déclarés.

Le premier a été signalé par l’ARS dans le Var, le 21 août 2014, ce qui a amené à placer ce département en niveau 2 du plan national anti-dissémination du chikungunya et de la dengue, avec mise en œuvre de mesures de démoustication dans les environs de la résidence du patient. Un deuxième cas a été signalé, toujours dans le Var, près de Toulon, le 12 septembre. Enfin, le 19 septembre, un troisième cas de dengue autochtone a été signalé, à Aubagne cette fois. Dans ce dernier cas il semblerait que le virus ait été importé par un voisin de la victime qui avait contracté la maladie au retour d’un séjour en Thaïlande et le virus a été transmis par un moustique local.

Représentation du virus de la dengue (source Atlanta 2010)

Représentation du virus de la dengue (source Atlanta 2010)

Dans les trois cas, les personnes affectées ont été rapidement guéries et leur cas n’inspire aucune inquiétude. Souvent bénigne, la maladie provoque une forte fièvre accompagnée de maux de tête intenses, de vomissements, de douleurs musculaires et articulaires, et d’une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole. La durée d’incubation est de 2 à 7 jours. On observe généralement une brève rémission 3 à 4 jours après les premiers symptômes, puis ceux-ci s’intensifient, avec parfois des saignements de nez ou des hémorragies conjonctivales, et les symptômes disparaissent rapidement au bout d’une semaine sans laisser de séquelle. Seule la forme hémorragique est réellement dangereuse.

Il n’existe pour l’instant aucun traitement ni vaccin contre la dengue même si de très nombreuses recherches sont en cours. La seule parade consiste donc à se protéger contre les moustiques et à supprimer les sites favorables à leur développement, à savoir tous les lieux humides avec un peu d’eau stagnante. La période d’activité des moustiques tigres dans nos régions s’étend principalement entre début mai et fin octobre, mais cet insecte s’avère remarquablement résistant au froid des périodes hivernales, ce qui explique qu’il s’adapte si bien à notre climat méditerranéen. Bref, un hôte encombrant avec qui il va falloir s’habituer à cohabiter en ces périodes de réchauffement climatique…

L. V. LutinVertPetit

Parlement européen : et ils sont où les Français ?…

5 octobre 2014

Subsidiarité : voilà bien une notion étroitement attachée au développement de l’union européenne, même si elle trouve ses origines plutôt dans le droit canon romain. Elle est définie de la manière suivante dans le Traité de Maastricht : «  Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire ». Autrement dit, ne relève de l’Europe que ce qui ne peut pas être traité à un échelon plus local. C’est bien évidemment le même principe, basé sur le bon sens, qui régit la décentralisation en France.

Il n’en reste pas moins que les élus locaux français ont une fâcheuse tendance à retourner le principe dans l’autre sens en reprochant à l’État et à l’Europe tout ce qui ne fonctionne pas bien à leur niveau : si le chômage et la pression fiscale augmentent, c’est bien entendu la faute du gouvernement et si le citoyen est confronté à une société de plus en plus complexe, c’est naturellement à cause de Bruxelles…

Blog105_ParlementStrasbourg

Pourtant, les élus locaux sont particulièrement bien représentés au Parlement européen, tout comme d’ailleurs au Sénat ou à l’Assemblée nationale, ce qui rend cette schizophrénie d’autant plus étonnante. Ce cumul des mandats est même une particularité toute française comme l’a montré récemment un rapport de la Fondation Robert Schumann qui précise qu’en décembre 2013, près de la moitié des parlementaires européens français (40,5 %) exerçait en parallèle au moins un mandat électif local. Cette proportion est nettement inférieure chez nos voisins : 22 % en Allemagne, 11 % en Espagne, 4 % au Royaume Uni et même 0 % en Pologne !

Il faudra désormais attendre la prochaine mandature, en 2019, pour voir, peut-être, évoluer la situation avec l’entrée en vigueur du projet de loi sur le non cumul des mandats. D’ici là, la situation ne s’est pas arrangée avec les dernières élections au Parlement européen en mai 2014. Sur les 74 députés européens élus à cette occasion, près de la moitié restent cumulards, et ceci malgré les discours officiels.

Ainsi, au Front national, pourtant très ouvertement hostile au cumul des mandats, 12 des 23 députés nouvellement élus sont aussi titulaires d’un mandat électif local. C’est le cas par exemple de Joëlle Mélin, conseillère régionale depuis 1998 et également conseillère municipale à Aubagne. Il en est de même pour Jean-Marie Le Pen, qui a même carrément omis de signaler au Parlement européen son mandat à la Région PACA…

À l’UMP, la situation est identique puisque la moitié des 20 députés élus à Strasbourg en mai dernier cumule d’autres mandats, à l’image de Rachida Dati, également maire d’arrondissement à Paris, ou de Jérôme Lavrilleux, en même temps conseiller général de l’Aisne (et par ailleurs mis en cause dans l’affaire Bygmalion, ce qui ne l’a pas pour autant incité à démissionner de ses mandats électifs…).

La Gauche est davantage gênée par ces situations de cumul et les présente souvent comme des états transitoires en attendant une régularisation. Ce qui n’empêche pas plusieurs socialistes de cumuler, à l’image d’Emmanuel Maurel également vice-président du Conseil régional d’Île-de-France. Seuls les six eurodéputés verts et leurs quatre collègues du Front de Gauche respectent scrupuleusement leur engagement de non-cumul.

Blog105_ParlementStrasbourgExtCette situation de cumul généralisé, spécificité de la classe politique française, est particulièrement handicapante pour l’influence de notre pays auprès des instances européennes comme le met en évidence le rapport de la Fondation Robert Schumann. En effet, le calendrier de travail des eurodéputés est particulièrement chargé puisqu’il ne laisse que 7 jours de libres pour d’autres activités parlementaires extérieures. Le fait de cumuler se traduit donc par une disponibilité et une influence moindre par rapport aux parlementaires d’autres pays. Ceci est parfaitement illustré par la répartition des postes à responsabilité au Parlement européens : aucun poste de coordinateur n’est revenu à un Français alors que les Allemands en détiennent 20 ! On imagine que ceci n’est pas totalement anodin dans la conduite des débats en commission…

Parallèlement, la Commission européenne, dans son dernier rapport sur la corruption, pointe clairement le cumul des mandats comme un des facteurs qui aggrave ce risque de corruption, s’appuyant pour cela sur les rapports du Service central de prévention de la corruption. L’actualité récente révélant les turpitudes de nombreux élus locaux français ne permet guère de contredire cette thèse…

C. M. et L. V.