Archive for avril 2014

KATULU n° 38

29 avril 2014

Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les lecteurs de Katulu dans le numéro 38 de février-mars 2014

La gauche n’a plus droit à l’erreur

Michel Rocard (ancien premier ministre) et Pierre Larrouturou (économiste)

Ph1_RocardLes auteurs analysent la situation en France maintenant que la gauche est au pouvoir et qu’elle a toutes les cartes en main. François Hollande compte sur la reprise de la croissance mais peut on y croire ?

La justice sociale n’est pas un luxe, c’est le seul moyen de sortir de la dépendance de la dette. L’humanité commence à comprendre les limites de la croissance. La lutte contre la pollution et la limitation de la production de CO2 devrait être le moteur d’un nouveau mode de vie. La relation entre les dépense publiques et la croissance n’est pas évidente : les auteurs analysent ce que sont pour eux les sept fuites qui ruinent l’efficacité de la dépense publique. Ce n’est pas de la croissance que viendra la justice sociale, mais d’un surcroît de justice sociale que viendront la stabilité économique et la prospérité.

Suivent neuf propositions pour éviter la récession, redonner de l’air à nos économies et à nos finances publiques. Il faut lutter contre le chômage et construire un nouveau mode de développement. Le partage du travail actuel est un non sens. La cause fondamentale de la crise c’est le chômage, elle est due à notre mauvaise gestion de notre productivité.

Confiteor

Jaume Cabre

 » Confiteor  » est une confession épistolaire adressée à une femme, Sara, l’amour du narrateur Adrià Ardevol, enfant unique d’une famille bourgeoise. Ce roman est l’expression de notre péché originel, l’aveu de la culpabilité humaine, très hispanique par son caractère religieux rigide et tragique.

Le roman est construit comme une enquête douloureuse sur le secret des activités du père d’Adrià. Il dit de lui  » Je l’admirais, c’est la raison pour laquelle j’ai tant de mal à parler de lui, ni le justifier, ni le condamner « . En effet son père est le  » vautour en quête de charognes « , le spoliateur des Juifs, des Nazis, de tous ceux qui étaient ruinés et avaient besoin d’argent. L’enfant souffre des silences de sa mère à la  » facette impitoyable « . Il confie :  » à la maison, il n’y eut jamais d’amour « .

Ph2_ConfiteorIl s’agit d’un récit qui se distille par intervalles comme si l’auteur par politesse épargnait ses lecteurs. L’horreur apparaît à petite dose mais lancinante, insistante. Il déclenche cette fascination morbide et ces questions éternelles. Pourquoi ? Comment survivre ? Tous les tons et tous les genres se côtoient. Il y a la fraîcheur, la vivacité, la curiosité de l’enfance. Il y a les expressions familières voire vulgaires qui nous plongent dans la cruauté de l’homme. Il y a l’arrogance dans l’étalage savant des cultures anciennes (araméen, grec, latin) puis le mélange vivant des langues européennes (allemand, italien, catalan).

Il faut tout cela et encore les pauses intimistes, les pages d’amour ou d’amitié, les dialogues avec les paysagesPh3_Cabre poétiques pour supporter le poids du Mal contenu dans ce roman. La seule grandeur de l’homme demeure la liberté de la mort et la fenêtre sur l’Art qui défie l’Éternel et se drape d’une certaine beauté. Ce roman célèbre la culture, la musique, la peinture, l’écriture. Mais l’auteur n’oublie pas que l’art naît de l’insatisfaction et que :  » Écrire c’est AUSSI revivre l’Enfer « .

 » Un livre qui ne mérite pas d’être relu ne méritait pas davantage d’être lu « . Ce livre-ci mérite d’être relu

Faillir être flingué

Céline Minard

Ph4_MinardUn western d’un genre spécial, une épopée dans la conquête de l’Ouest, le parcours de personnages très différents, en famille ou solitaires pour arriver «  à la ville  » qu’ils vont construire, où ils vont poser définitivement leurs maigres bagages.

Un récit où les hommes se confrontent dans leur originalité respective (émigrés, cow-boys, indiens), où la nature est souveraine…

Un livre original, d’une belle écriture, qui dépayse… et qui est un très bon moment de lecture.

N’hésitez pas à l’ouvrir !

La tête en friche

Nathalie Léger

Ph5_TeteFriche » C’est une rencontre pas ordinaire, entre amour et tendresse ; elle est passée en douceur de mon écorce à mon cœur « 

Peut-être avez-vous vu le film ? Lisez le livre !

Un moment merveilleux, une écriture très originale, une histoire racontant  » les choses de la vie  » entre deux générations, deux cultures… et un sentiment de douceur, de sérénité vous envahit lorsque vous fermez ces pages.

Grâce et dénuement

Alice Fernay

Une plongée dans le quotidien d’une famille gitane sédentarisée en bordure d’une grande agglomération, de manière illégale. La grand-mère, Angéline, ses 5 fils, les belles-filles et les enfants, vivant tous ensemble en caravanes, pauvres, illettrés, crevant de faim.

Ph6_FernayEsther, bibliothécaire, une  » gadgé « , décide de prendre contact avec  » la vieille Angéline  » et lui propose de venir faire la lecture aux enfants, non scolarisés.

C’est cette aventure qui nous est contée, d’une manière poétique : un bijou d’écriture.  » L’écriture c’est une voix…un écrivain a une voix propre qui doit faire entendre une singularité,… on éprouve, on ressent… c’est indéfinissable « .

Une étude de caractères, des mœurs et des valeurs du monde des  » gens du voyage  » tout en nuance et en vérité.  » Alice Fernay excelle à faire entendre les voix intérieures de ses personnages, leurs sentiments, leurs désirs brimés, leurs solitaires affrontements avec la fatalité « .

Un véritable coup de cœur ! Qui donne envie de se plonger dans les autres écrits de cette romancière.

Immortelle randonnée

Jean Christophe Rufin

Ce roman raconte l’histoire d’un homme qui entreprend, malgré lui, le parcours du chemin de Compostelle :  » le chemin est une alchimie du temps sur l’âme « , il a un pouvoir d’attraction intense. C’est le roman de la quête vers  » autre chose pourquoi le faire ? Dans quels buts ? « .  » Chacun fait son chemin comme il l’entend  » mais au fond,  » ils n’ont pas pris le chemin, le chemin les a pris  » car  » les choses s’imposent à vous  » ;  » j’ai senti le chemin agir puissamment en moi et me convaincre, pour ne pas dire me vaincre « .

Ph7_Rufin » Le marcheur prend conscience d’une autre présence celle de son corps « ,  » ces méprisables organes, besoins, désagréments montent des profondeurs du corps et finissent par occuper les étages nobles « . Ce roman c’est aussi de très belles descriptions de la nature ; on reconnaît le membre de l’Académie Française !

 » Mais les transformations physiques du pèlerin ne sont rien à côté de sa métamorphose spirituelle « , tel est le principe des initiations et  » la spiritualité apparaît comme une planche de salut « .  » Je ne saurais pas expliquer en quoi le chemin agit et ce qu’il représente vraiment Je sais seulement qu’il est vivant et qu’on ne peut rien en raconter sauf le tout, comme je m’y suis employé. Mais, même pour cela d’ici peu, je vais reprendre la route. « 

Une très belle écriture, un témoignage d’une sincérité étonnante. A lire sans réticence !

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

Harper Lee

Ph8_HarperLeePublié en 1960 ce roman est couronné par le prix Pulitzer et devient un best-seller aux USA. En 1962 un film est tiré de ce roman  » Du silence et des ombres  » avec Grégory Peck incarnant le personnage principal.

Le décor des années 1930, dans un petit village du Sud des USA, pendant la grande dépression économique. La ségrégation raciale, malgré les lois, est une réalité sans merci.

La trame de ce livre est la vie d’un père, procureur, représentant la justice de son pays, et de ses deux enfants qu’il élève seul, après le décès de son épouse. Il est confronté, lors du procès d’un homme noir, à l’impossibilité de faire éclater la vérité… car un Blanc ne peut-être condamné, même s’il est coupable, quand on a trouvé un bouc émissaire noir… L’originalité de ce roman : c’est la petite fille du procureur, âgée de 9 ans, qui est la narratrice de cette histoire. Son regard d’enfant, son intuition et son intelligence de petite fille découvrent le monde de la haine raciale, des préjugés qui vont jusqu’au meurtre.

On comprend le succès de ce livre en 1960, en pleine lutte des Noirs pour revendiquer leur droit à vivre dans l’égalité avec les Blancs, portée par Martin Luther King… et on a le sentiment parfois que cette histoire est encore d’actualité !

Un livre magnifique, par les valeurs qu’il défend, par son écriture… A lire absolument.

Le crime du Padre Amaro

José-Maria Eça de Queiroz

Ph9_PadreAmadoC’est en 1875 que parait son premier roman  » le crime du Padre Amaro  » violente diatribe contre le célibat des prêtres. Son style est fluide, avec des descriptions sans lourdeur, une ironie et une dérision tempérées de tendresse pour ses personnages, empêtrés dans leurs contradictions et n’ayant pas le courage de rompre une bonne fois avec les traditions d’un pays en décadence et sous la coupe d’un clergé tout puissant. Ce récit c’est un peu sa propre histoire qu’il met en scène, celle d’amours illicites et de la naissance d’un bâtard. Situé dans une petite ville au nord de Lisbonne, le roman donne à voir toute une galerie de portraits plus truculents les uns que les autres.

Vieilles bigotes, chanoines ne pensant qu’à manger ou à forniquer, gendarme amoureux qui épie à la longe vue la femme du pharmacien, le bedeau qui élève une fille anormale et le Padre Amaro, jeune ecclésiastique sans réelle vocation et qui ne résistera pas au charme discret de la jeune Amanda.

Dès le premier chapitre on est pris par le réalisme des scènes et l’auteur saura nous tenir en haleine jusqu’à la fin. Une pépite à découvrir !

Tout ce que je suis

Anna Funder

Ce roman (prix du meilleur livre 2012 par l’Autralian Book Industry) tire sa force de la vérité, puisque les cinq personnages ont tous existé, héros plus ou moins célèbres de la résistance allemande.

Ph10_AnnaFunderL’auteur reconstitue la vie quotidienne de ces jeunes gens qui luttent contre l’ascension du fascisme au lendemain de la grande guerre de 1914 et sont obligés de fuir leur pays lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. On suit leur destinée, leurs amours, leurs peurs, leurs nuits d’insomnies, les soupçons, car parmi eux il y a un traître et si l’un tombe, tous sont liés, car bien qu’exilés à Londres ils sont sans cesse épiés.

Dora Fabian, l’héroïne du livre, qui était la plus engagée l’a payé de sa vie ; elle a été assassinée à Londres en 1935, empoisonnée, et ses bourreaux ont essayé de faire croire à un suicide.  » Qui suis je ? Personne  » avait elle coutume de répéter.

Ce roman essaie de faire revivre  » un si beau visage de l’oubli  » ainsi que ce petit groupe de personnes qui tentent de résister à une organisation allemande qui finira par les briser.

La voleuse de livres

Markus Zusak

Ph11_VoleuseLivresL’histoire se situe en Allemagne, pendant la seconde guerre mondiale. L’auteur a choisi un narrateur particulier  » La Mort « . C’est la rencontre de Liesel, l’héroïne,  » la voleuse de livres « , avec la Mort à travers la mort des siens et sa propre mort.

La beauté et la brutalité sont énoncées avec beaucoup de détachement : les horreurs de la guerre présentées par la persécution des juifs et à l’opposé la beauté de l’humanité.  » J’aurais aimé parler à la voleuse de la violence et de la beauté, j’aurais voulu lui demander comment une chose peut être à la fois si belle et si laide. Mais rien de tel n’est sorti de ma bouche  » (La Mort).

Le sujet abordé est aussi celui de la résistance allemande. Il existait des mouvements, tels que La Rose Blanche, mais aussi de nombreux actes isolés de simples citoyens qui, au péril de leur vie, ont aidé les populations persécutées.

Ce livre célèbre l’amour de la lecture, les liens familiaux et la solidarité humaine.  » C’est un roman magistral à vous couper le souffle  » (The Guardian).  » De quoi attendrir la mort elle-même  » (Le Monde des Livres).

Raboliot

Maurice Genevoix

Rencontre avec cet écrivain né en 1890, mort en 1980, classé parmi les écrivains réalistes et régionalistes. Il commence de brillantes études et est sur le point d’écrire sa thèse quand la guerre éclate. Blessé en 1915 à Eparges il traîne d’hôpital en hôpital puis contracte la grippe espagnole en 1919. Il en réchappe de justesse et revient chez son père pour se consacrer à l’écriture.

Ph12_RaboliotAprès un beau succès avec  » Ceux de 14  » il obtient le prix Goncourt en 1925 avec  » Raboliot « . C’est un roman où on apprend beaucoup sur le patois solognot. C’est une sorte de jeu de  » gendarmes et voleurs  » : d’un côté, le clan des bracos (braconniers) dont Raboliot, et de l’autre, celui des gardes chasse.

Raboliot est, par certains côtés, un anti héros : il a femme et enfants (3) et délaisse le travail de bûcheron comme attiré par la nuit, le risque, la pose de collets au nez et à la barbe des gardes avec comme seule compagnie sa chienne Aïcha. Pris en flagrant délit de braconnage, Raboliot refuse de se soumettre et de payer l’amende. Il se réfugie en forêt, abandonnant sa maison sa femme et ses enfants. Il va vivre plusieurs mois en vrai homme des bois, ne parlant plus à personne. On tue sa chienne alors c’est le drame…

Une histoire d’une autre époque qui n’est pas sans charme…

Marie-Antoinette RICARD

Laguiole : le village qui s’est fait voler son nom…

27 avril 2014

A défaut d’être heureuse, la mondialisation est néanmoins formidable ! Le village aveyronnais de Laguiole, dont la réputation séculaire repose sur la fabrication de ses fameux couteaux ornés d’une abeille à la jonction du manche et de la lame, en fait l’expérience depuis plusieurs années… Le premier coutelier se serait installé à Laguiole en 1829 et a été suivi de nombreux autres, qui ont peu à peu bâti la réputation du village.

Blog69_Ph3Les couteaux de Laguiole, comme ceux de Thiers, sont recherchés pour leur solidité et leur haut niveau de perfection, mais n’ont rien du stéréotype, chaque coutelier fabricant des formes nouvelles et variées. A partir de 1840 apparaissent des couteaux pliants munis également d’un poinçon puis, à partir de 1880, d’un tire-bouchon. Le motif de l’abeille, gravé sur la « mouche », partie métallique située à l’extrémité du ressort, en principe forgée avec le ressort mais désormais soudée, apparaît vers 1908. Ce motif n’est cependant pas exclusif et de nombreux laguioles sont ornés de dessins très différents dont le trèfle à quatre feuilles.

A partir des années 1960, cette fabrication traditionnelle de prestige disparaît quasiment du territoire français, sous l’effet de l’essor de la production industrielle qui prend le relais. Il faut attendre 1987 pour que la production reprenne sur la commune de Laguiole, à l’initiative du maire et de quelques habitants qui créent alors la Forge de Laguiole pour relancer la production locale. D’autres entreprises de couteliers, installées à Laguiole ou à Thiers, lui emboîtent alors le pas et tentent de perpétuer cette tradition du couteau de Laguiole.

Blog69_Ph2Mais un produit manufacturé comme le couteau de Laguiole ne peut pas bénéficier d’une appellation d’origine contrôlée et le fait d’être fabriqué là où s’est forgé sa réputation ne garantie en rien la qualité de sa production. Fort de cette constatation, un homme d’affaire du Val-de-Marne, Gilbert Szajner, dépose en 1993 la marque Laguiole pour 38 classes différentes de produits manufacturés, dont les fameux couteaux mais aussi du linge de maison, des briquets ou des barbecues. Moyennant une redevance, il accorde alors à différentes entreprises le droit de commercialiser sous le nom de Laguiole, des produits d’importation fabriqués à bas coût en Chine ou au Pakistan notamment. C’est ce qui explique qu’on trouve désormais partout en grande surface et à un prix très abordable ces couteaux de Laguiole, fabriqués à l’autre bout du monde et en grande série mais qui bénéficient d’une image favorable car supposés représenter le fleuron d’un artisanat d’art français soigné et issue d’une tradition aveyronnaise séculaire de couteliers orfèvres.

Face à cette mascarade commerciale, le village de Laguiole contre attaque en 1997 et engage une action en justice contre l’homme d’affaire usurpateur. Malheureusement, le droit commercial ne fait pas bon ménage avec la morale et après une interminable bataille judiciaire, le petit village de l’Aveyron vient d’être débouté par la Cour d’appel de Paris, au motif que, selon le Code de propriété intellectuelle, « peuvent constituer une marque de fabrique, de commerce ou de service les noms patronymiques et géographiques ».

Par conséquent, les magistrats estiment que le chef d’entreprise est en droit de continuer à accorder, contre redevance, des licences à des entreprises françaises ou étrangères qui peuvent commercialiser sous le nom Laguiole des produits d’importation. En revanche, par suite de ce jugement, les habitants de la commune ne peuvent plus, eux, utiliser le nom de leur village pour fabriquer des produits manufacturés portant le label « Laguiole », en dehors du fameux couteau rehaussé d’une abeille qui était déjà produit en dehors du village. Dans le même temps, le village de Laguiole s’est aussi vu interdire par le même homme d’affaire l’utilisation d’un nouveau logo. L’affaire est désormais en appel devant une agence européenne, l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur. En attendant de déposer un éventuel pourvoi en cassation, le village aveyronnais de 1300 habitants, condamné à verser 100 000 euros à son adversaire, en appelle au Président de la République et à la solidarité des autres communes de France !

Le 19 septembre 2012, les habitants de la commune démontent symboliquement la plaque Laguiole © AFP/JOSE A. TORRES

Le 19 septembre 2012, les habitants de la commune démontent symboliquement la plaque Laguiole © AFP/JOSE A. TORRES

Dans le cadre de la nouvelle loi Consommation du 17 mars 2014, il est envisagé de créer des Indications géographiques protégées, ce qui permettrait à une collectivité de s’opposer au dépôt d’une marque de nature à spolier son propre patrimoine. Mais bien entendu la loi ne sera pas rétroactive et cela ne réglera pas le problème du village aveyronnais de Laguiole, victime de la mondialisation et de la rapacité d’un homme d’affaire qui s’enrichit en surfant sur la notoriété acquise grâce au travail acharné de plusieurs générations de couteliers du terroir.

L.V. LutinVertPetit

Insécurité à Carnoux et ailleurs : fantasmes et réalités

19 avril 2014

En février 2014, dans l’un de ses inénarrables messages à la population, le major Sarkissian, chef de la brigade de gendarmerie de Carnoux, annonçait d’un ton alarmiste une augmentation spectaculaire du nombre de cambriolages dans la commune, lié à  » un déferlement de personnes issues des Gens du Voyage « . Présent lors de l’assemblée générale du CIQ des Barles, ce même officier de gendarmerie n’hésitait pas à diffuser des consignes de sécurité draconiennes, laissant penser aux habitants du quartier qu’ils sont quasiment en état de siège :  » Vous êtes en lisière de foret, c’est par là qu’arrivent les personnes ayant des intentions malveillantes, a t-il expliqué. Ils peuvent rester tapis derrière un buisson durant des heures, épiant vos allées et venues… Alors, je vous le répète, ne laissez pas vos volets ouverts même pour aller chercher le pain ! « 

Dessin de Lasserpe - http://lasserpe.blogs.sudouest.fr

Dessin de Lasserpe – http://lasserpe.blogs.sudouest.fr

Un mois plus tard, cependant, le ton a radicalement changé. A en croire les propos du même major Sarkissian tenus lors de la journée annuelle d’inspection et rapportés dans La Provence du 14 avril 2014,  » la délinquance générale a diminué de 16 %, la délinquance de proximité a baissé de 22 %  » et  » on note une baisse des cambriolages « . Nous voilà donc rassurés ! Ou au contraire suspicieux quant à la réalité de ces statistiques menés sur des populations somme toute bien modestes comme l’indiquent les chiffres transmis tout récemment aux CIQ. On y constate effectivement plutôt une baisse de la délinquance, des vols et des cambriolages entre 2011 et 2013 : faut-il l’attribuer au changement de ministre de l’Intérieur, à une meilleure efficacité des gendarmes ou simplement au hasard ? Bien malin qui pourrait le dire. Une chose est sûre en tout cas, c’est que la Police de la Route a considérablement renforcé son action avec plus de 2 000 infractions verbalisées en 2013 (dont 1 332 pour vitesse excessive), soit plus du double qu’en 2012 : les automobilistes au moins seront rassurés quant à un accroissement incontestable de la répression à leur égard !

DessinDroopyQuoi qu’il en soit, il est incontestable, et les débats de la dernière campagne municipale l’ont encore confirmé, que les questions liées au sentiment d’insécurité prennent de plus en plus de place dans notre société, et pas seulement à Carnoux. Les médias et certains responsables politiques attisent à loisir cette peur, quitte à désigner des boucs émissaires, en jouant sur les émotions d’une population qui se sent agressée et tend à se replier sur elle-même. Ce réflexe n’est pas nouveau et est typique des sociétés en crise. Il est largement alimenté par les évolution récentes de notre société, soumise à des inégalités croissantes, à des difficultés économiques, à un vieillissement de la population, à un accroissement des valeurs individualistes et mercantiles.

Laurent Mucchielli

Laurent Mucchielli

Autant de facteurs qui méritent d’être analysés pour comprendre d’où provient ce sentiment d’insécurité et d’impuissance face à des actes de délinquance qui sont bien réels mais dont les plus nombreux ne sont pas forcément ceux que l’on croit. C’est à cette démarche scientifique que s’est attelé depuis de nombreuses années le sociologue Laurent Mucchielli. Directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’université Aix-Marseille, il dirige notamment le programme de recherche intitulé  » Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux « . Spécialiste des violences urbaines, il a publié plusieurs ouvrages dont  » La violence des jeunes en question  » et, plus récemment  » L’invention de la violence. Des peurs, des chiffres, des faits « . Il tient également un blog très documenté sur cette thématique.

A l’invitation du Cercle Progressiste Carnussien, Laurent Mucchielli viendra faire part de ses réflexions et de son expertise, lors d’une conférence-débat qui aura lieu à la salle Tony Garnier à Carnoux, lundi 12 mai 2014.

AfficheConfDelinquance_A4coulUne belle occasion d’analyser de manière objective ce qui relève de la réalité de cette délinquance qui fait peur et des fantasmes qui y sont liés. Une occasion aussi de débattre sereinement des évolutions souhaitables en matière de lutte contre cette délinquance, à partir de l’expérience de participation citoyenne mise en place depuis plusieurs années sur Carnoux. En tout cas, un beau moment de débat citoyen en perspective qui ne devrait pas manquer d’intéresser de nombreux Carnussiens !

L.V. 

LutinVertPetit

 

KATULU n° 37

16 avril 2014

Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les lecteurs de Katulu dans le numéro 37 de janvier 2014…

La grâce des brigands

Véronique Ovaldé

C’est l’histoire d’une jeune écrivaine de 31 ans, Maria Cristina, dont le premier roman (son autobiographie quelque peu arrangée) fut publié lorsqu’elle avait 17 ans, roman de la culpabilité qu’elle porte en elle dés son jeune âge.

Véronique Ovaldé copyright Patrice Normand / l'Olivier

Véronique Ovaldé copyright Patrice Normand / l’Olivier

Élevée, dans un petit village Canadien, Lapérousse, isolé du monde moderne, par un père mutique, une mère bigote (près de la folie) et une sœur jalouse, elle se réfugie dans les livres. Elle obtient une bourse et part à 16 ans en Californie, à Los-Angeles qui dans les années 70 est synonyme de liberté. Elle y découvre la vie, une vie faite de solitude, d’amour, de pauvreté, de richesses, de violence ; une vie où elle se libère et semble éclore comme un bourgeon au soleil… C’est tout ce cheminement que l’auteur décrit dans un style particulier auquel il faut s’habituer : de longues phrases, des dialogues sans ponctuation, le malaise qui sourd à chaque page…

Rattrapée par son passé, après 10 ans de rupture avec sa famille, Maria Cristina se sent obligée de reprendre la route pour Lapérouse. La culpabilité toujours, mais qui ouvrira un autre chemin… « Une splendide variation sur le thème des perdants (ou brigands) magnifiques ». L’auteur serait « une tisseuse de songes. Ses livres sont des contes modernes, des fables contemporaines où le loufoque côtoie la tragédie ». Aux lecteurs d’en décider… !

 

Bilbo le Hobbit

John Ronald Reuel Tolkien

PhBilboPublié presque par hasard, en 1937, c’est un succès énorme. L’auteur invente une mythologie, une terre : la terre du milieu, des races : les hobbits, les orques, les trolls, les gobelins, les nains, les elfes. Il crée des langues (il est par ailleurs professeur de philologie) avec leur vocabulaire (2000 mots pour le quenya) et leur grammaire.

Les Hobbits sont des êtres de petite taille aux pieds couverts de fourrure. Ils aiment leur tranquillité, boire, faire la fête, fumer leur pipe. Pour quelle raison alors, Bilbo quitte t-il un jour son confortable « trou » creusé dans la falaise pour suivre des nains à la recherche d’un trésor qui leur a été volé par un dragon ? Aidé par le magicien Gandalf il parviendra à rendre leur trésor aux nains et le dragon sera tué.

Non dénué d’humour, le texte s’adresse aux adolescents, mais le succès prouve qu’il intéresse toutes les générations. Il traite de la lutte du bien contre le mal incarné par les orques, les gobelins, les wargs (sorte de loups énormes). Le Hobbit demandait une suite : en effet, que deviendra l’anneau magique que Bilbo a trouvé ? Bénéfique dans « le Hobbit » cet anneau va s’avérer maléfique dans « le Seigneur des anneaux » dont le ton, beaucoup plus sombre, en fait un livre d’adultes.

Tour de l’Ardèche avec mon âne et ma mule.

Viviane Daguet-Lievens

Viviane pratique la randonnée depuis plusieurs années, avec pour compagnons son âne Balthazar et sa mule Nina. C’est une alerte septuagénaire, aussi attachée à ses compagnons de route qu’au bonheur inspiré par la nature.PhDaguet

Dans ce tour de l’Ardèche de 450 km, elle nous emmène par les chemins découvrir la beauté des paysages, les plaisirs simples : dormir dans la forêt, danser sous la pluie, humer le vent. Ses rencontres avec les anciens nous font ressortir la richesse de ces vies de labeur qui ont construit les faïsses et de beaux chemins caladés. Accueillie dans de modestes maisons, mais aussi dans un trois étoiles aux Vans, Viviane accompagnée de son sac à dos à quatre pattes, nous transporte de la veillée partagée avec Simone, 85 ans, au lit d’ Éric, 35 ans.

Un agréable moment de lecture, en toute simplicité, qui fleure bon la belle Ardèche.

 

La fin des temps

Huraki Murakami

« La fin des temps », publié en 1985 au Japon, en France en 1992, est le récit de deux mondes, l’un futuriste, l’autre vraiment fantastique. Le monde « futuriste » est le résultat de la domination de l’informatique et des essais sur les humains de manipulations du cerveau. A la suite de ces expériences et de nombreuses luttes entre des grands groupes compétiteurs de l’informatique, on verra surgir des êtres fantastiques, entre animal et humain : les ténébrides, jamais décrits vraiment mais dangereux.

PhFinTempsL’expérience va cependant plus ou moins mal se terminer dans la mesure où le héros à un certain moment n’aura plus que quelques heures à vivre dans le monde réel avant de sombrer dans un autre monde que personne ne connait ! Cet autre monde ou plutôt cette ville définie par un mur, dont on ne peut s’enfuir est un monde parfait où le héros a comme mission de lire les rêves en caressant des crânes de licornes. Mais là, chacun a perdu son cœur, ses souvenirs, à la suite de la rupture avec son ombre, « il n’y a plus d’amour, plus de joie, plus de béatitude…plus de nature »…Un livre qui oblige le lecteur à partir dans des mondes imaginaires, qui ont des codes bien définis. Une réflexion sur la nature humaine complexe qu’on ne maîtrise pas facilement même avec des avancées scientifiques extraordinaires. A noter que ce livre a été écrit au début de l’informatique et ce qui est décrit dans ce roman ne date pas, tant il est farfelu.

 

La marque de Windfield 

Ken Follett

L’auteur de l’inoubliable fresque des « Piliers de la terre », nous emmène dans cet ouvrage au cœur de l’Angleterre victorienne. En 1866, plusieurs élèves du collège Windfield sont témoins d’un drame au cours duquel l’un des leurs trouve la mort. Mais cette noyade est-elle vraiment accidentelle ? PhFolettCette journée va marquer à jamais les destins d’Edward, riche héritier d’une grande banque, de Hugh, son cousin pauvre et réprouvé, et de Micky Miranda, fils d’un milliardaire sud-américain.

Autour de ces personnes, des dizaines d’autres évoluent, dans cette société où les affaires de pouvoir et d’argent, de débauche et de famille se mêlent, derrière une façade de respectabilité.

Un volume passionnant, qui dépeint les caractères tant masculins que féminins avec rigueur et un réalisme noir. Une écriture fluide qui rend la lecture tellement agréable.

 

Une biographie de Marseille

François Thomazeau

PhThomazeauIl s’agit, en fait d’une quête, jour après jour, au hasard des rencontres, d’un objet, d’un vestige. L’auteur pose des questions aux uns aux autres qui peu à peu dévoilent ce que fût Marseille depuis les Gaulois. Il nous fait participer à ses recherches. Il se pose des questions qui le font avancer, dans le temps et dans la connaissance de la ville ! C’est un puzzle qu’il tente d’assembler. Le style du roman est léger, «un roman policier», familier, plein d’humour, de détails truculents, de référence à Marseille ! « Mais à quel moment Marseille, la ville pure, intègre, grecque, envers et contre tous, bascule dans ce qu’elle est encore aujourd’hui, une ville ouverte et cosmopolite ».

Il décrit précisément le détail des faits historiques : la présence des Gaulois, des Romains, les Forbins dont il raconte l’histoire de façon claire et précise. « Cette fougue désordonnée, animale, vaine et cruelle, fait aussi partie de l’âme marseillaise. A croire que le mistral rend fou ! ». « A moins que ce ne soit le simoun ou le sirocco ! ». « Au fond d’elle-même, Marseille est restée grecque, le regard tourné vers les îles, suivant le vol des gabians et des oiseaux migrateurs ».

Enfin il va évoquer le peuple qui « n’est apparu à Marseille qu’en 1789 et…l’histoire tient enfin compte de lui ; à défaut des livres d’histoire il a laissé son empreinte dans le nom des rues, Caisserie, Bonneterie, Chapeliers égrenant ces mille et un métiers du Marseille d’antan ». On voit aussi l’importance de la religion, « il y a autant de couvents que d’auberges » car Marseille a toujours été une ville pieuse : « croyants mais prudents ».

 

Découverte d’un écrivain : Fred Vargas

PhFredVargasFred Vargas, de son vrai nom Frédérique Audoin Rozeau, est née à Paris en juin 1957, dans une famille bourgeoise, père écrivain et mère chimiste. Elle fait des études d’archéologie et rédige un mémoire sur « La peste au moyen-âge ». Entre 1986 et 2011, elle a écrit 14 romans policiers, plus quelques ouvrages scientifiques comme un mémoire sur « les ossements animaux au monastère de la Charité sur Loire ». Presque tous ses romans ont été primés. En 2008, 2009 et 2010 elle a fait partie des 10 écrivains ayant le plus vendu de livres dans l’année (plus d’un million en 2008).

Fred Vargas a donné naissance à un commissariat parisien avec ses flics plus ou moins marginaux : le commissaire Jean Baptiste Adamsberg, un rêveur « pelleteur de nuages », qui flaire la solution de l’enquête en flânant sur les bords de Seine. Adrien Danglard son bras droit qui, au contraire de son chef, a une culture immense. Violette Retancourt, la grosse enquêtrice dévouée. Veyrenc, qui s’exprime en alexandrins etc.. Les enquêtes sont des balades entre la Provence, le Québec ou la Normandie, bourrées de digressions et où le crime n’apparaît parfois qu’au milieu du livre !

Fred Vargas aime à réveiller nos vieilles terreurs : la peste dans « Pars vite et reviens tard », les revenants dans « L’armée furieuse », les vampires, les loups… Elle affectionne les marginaux, clodos, vieux misanthropes, présents dans presque tous ses romans.

Pour aborder la première fois les romans de Fred Vargas, commencez par « Pars vite et reviens tard », où vous ferez connaissance avec un vieux crieur public (ancien marin) qui chaque matin, recueille dans une boite placée sur le tronc d’un arbre, des nouvelles, annonces, questions, ou développements philosophiques que des inconnus y ont glissés. Il lit ces textes chaque jour à heure fixe et… pour savoir ce qu’il adviendra, lisez mais, sachez le, ce sera cataclysmique !

Marie-Antoinette Ricard

Traité de libre-échange transatlantique : les négociations qui font peur…

14 avril 2014

Qui a entendu parler du TAFTA ? Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle molécule pharmaceutique, mais de l’acronyme de  » Transatlantic free trade agreement « , un traité de libre-échange en cours de négociation depuis juillet 2013, dans une relative discrétion pour ne surtout pas effrayer les citoyens européens à quelques semaine des élections au Parlement européen.

Blog67_Ph4L’idée ne date pas d’hier puisque la première résolution transatlantique entre les Etats-Unis et l’Europe avait été prise dès 1990 pour promouvoir l’économie de marché et rejeter toute idée de protectionnisme. En 1997, le scénario se précise avec la négociation secrète du fameux accord multilatéral sur l’investissement (AMI) entre 29 pays membres de l’OCDE : divulgué in extremis, le projet soulève une vague de protestation citoyenne sans précédent qui oblige les négociateurs à remiser prestement leur copie…

Depuis, la crise économique et financière de 2008 a creusé son trou mais les affaires reprennent et dès le 26 mars 2009, le Parlement européen adopte une nouvelle résolution appelant de ses vœux la création, d’ici 2015, d’un vaste marché transatlantique sans entrave permettant aux grandes entreprises de commercer en toute liberté dans cet immense espace de 800 millions de consommateurs. A l’époque, les Etats-Unis sont davantage attirés par le marché asiatique et ne s’impliquent que mollement dans l’affaire, mais ils se rendent rapidement compte que la Chine est plus coriace qu’ils ne l’imaginaient, ce qui les incite à se replier sur le marché européen plus modeste mais stratégique : un accord transatlantique permettrait en effet de soumettre 40 % du commerce mondiale aux normes américaines et de leur assurer ainsi une position dominante dans les négociations avec le reste du monde.

Les négociateurs du traité (photo Press Office Ustr.gov)

Les négociateurs du traité (photo Press Office Ustr.gov)

Ainsi, en janvier 2013, dans son discours sur l’état de l’Union, Barak Obama annonce avec gourmandise que ce processus d’accord transatlantique offrira des  » millions d’emplois américains bien payés « . Du coup, la Commission européenne, dirigée par l’ultra-libéral Jose Manuel Barroso, lance les discussions dès juin 2013, et ceci dans la plus grande discrétion de la part de la Commission qui refuse de rendre publics les termes du mandat de négociation ! L’ex-ministre déléguée au commerce extérieur, Nicole Bricq, a ainsi essuyé une fin de non recevoir lorsqu’elle a demandé que soit divulgué le mandat de négociation confié par la Commission au commissaire européen Karel de Gucht. En face en revanche, les américains, grâce aux écoutes tous azimut de la NSA, ne perdent pas une miette des dissensions intra-européennes et sont en position de force pour avancer leurs pions.

Si les citoyens européens sont pour le moins écartés du débat, de crainte qu’ils n’en perçoivent pas tout l’intérêt (pour le commerce mondial, sinon pour l’intérêt général), les entreprises multinationales, elles, sont à la manœuvre. Car l’enjeu de ces négociations n’est pas tant de faire disparaître les dernières barrières douanières qui subsistent encore entre les deux continents, que de s’attaquer enfin aux  » obstacles non tarifaires  » qui constituent les vraies  » entraves au libre-échange « .

Ce qui est directement visé, via ce jargon de technocrate, c’est l’harmonisation, et bien sûr le nivellement par le bas, de toutes les réglementations nationales en matière de production agricole et industrielle, de protection des données numériques, de droits du travail, de prévention des risques environnementaux et sanitaires, etc. Toutes ces normes instaurées pour protéger le consommateur sont en effet vécues comme autant de contraintes insupportables qui réduisent le profit des entreprises multinationales. Le projet d’accord vise ni plus ni moins qu’à instaurer la suprématie des droits des investisseurs sur les droits démocratiques des états dont les législations pourraient alors être contestées devant les tribunaux.

C’est sur la base d’accords du même type que le géant du tabac Philip Morris poursuit actuellement l’Uruguay et l’Australie pour leurs lois anti-tabac qui priveraient le cigarettier américain d’une partie de ses profits… De même, c’est en se basant sur l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain) que la société américaine Lone Pine Ressources Inc. réclame 250 millions de dollars au Canada en raison du moratoire décidé par la province du Québec sur l’extraction d’huile et de gaz de schiste pour protéger son environnement. Autre exemple, celui de l’assureur néerlandais Achema qui n’a pas hésité à attaquer en justice le gouvernement slovaque, lequel avait remis en cause en 2006 la privatisation du régime de santé et a dû, pour cela, verser à l’assureur fin 2012 une somme de 22 millions d’euros pour compenser la baisse des profits de ce dernier !

Blog67_Ph3Certes, le gouvernement français a obtenu de la Commission européenne que la Culture ne soit pas intégrée dans les points de discussion. Mais bien d’autres champs sont menacés par cet accord négocié en catimini. Les appellations contrôlées et la traçabilité des produits agricoles sont ainsi dans le collimateur, ce qui menace directement l’agriculture traditionnelle de qualité et ouvre grand la porte aux importations massives de cultures OGM, de veau aux hormones et de poulet désinfecté à l’eau de Javel.

La protection des données individuelles, garante de la liberté d’expression et d’association et à laquelle les démocraties européennes sont farouchement attachées, serait aussi gravement menacée dans une telle optique car les géants du net (Google en tête) cherchent par tous les moyens à assouplir les règles d’utilisation de ces données personnelles pour leur plus grand profit.

Face à de telles menaces, l’inertie du gouvernement français est plutôt inquiétante, même si de nombreux dirigeants socialistes s’inquiètent ouvertement des risques et si la Gauche de manière générale tire fortement la sonnette d’alarme, d’Hubert Védrine à Jean-Luc Mélanchon, en passant par Gérard Filoche ou José Bové. Même à droite,

Jean Arthuis (photo Philippe Matsas/Opale)

Jean Arthuis (photo Philippe Matsas/Opale)

certains comme Xavier Bertrand ou le sénateur centriste Jean Arthuis, ancien ministre de l’économie et fervent partisan de l’Europe, sont vent debout contre cette démarche qui risque de faire la part belle aux multinationales américaines. Ce dernier énumère ainsi sept bonnes raisons pour lesquelles il s’appose à cet accord de libre-échange, n’hésitant pas à déclarer au Figaro :  » je m’oppose à la signature d’un accord avec une puissance qui espionne massivement et systématiquement mes concitoyens européens, ainsi que les entreprises européennes « , au moins les choses sont claires !

Voilà en tout cas un sujet qui mériterait de réels débats citoyens à quelques semaines des prochaines élections européennes prévues le 25 mai 2014…

L.V.LutinVertPetit

 

Charlie Hebdo se déchaîne contre le Front National…

11 avril 2014

Après les succès électoraux du Front National aux dernières élections municipales, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, jamais à court de munitions quand il s’agit de tirer à boulets rouges contre l’extrême-droite, a sorti la grosse artillerie et s’en donne à coeur joie ! Son  » offre spéciale gueule de bois électorale  » offre une réduction sur le montant des abonnements pour les habitants des 572 villes de plus de 10 000 habitants désormais gouvernées par un maire UMP ou d’extrême droite. Un joli coup médiatique de la part de ce journal satirique qui cible ainsi de nouveaux électeurs sans grand risque économique car son offre n’était valable que jusqu’au 8 avril…

Le dernier numéro de Charlie Hebdo s’adresse ainsi directement aux habitants de Fréjus où le nouvel élu Front National, David Rachline, vient de s’installer dans le fauteuil de maire, avec un article spécial en forme de premier bulletin municipal d’une ville passée au FN.

Blog66_Ph1

La ficelle est bien sûr un peu grosse et le ton des articles ne devrait guère attirer de nouveaux lecteurs ayant contribué au basculement de la ville de Fréjus vers l’extrême-droite. Le pseudo éditorial du nouveau maire est plus que caricatural et les références au parti nazi sont partout présentes, entretenant à dessein la confusion entre la nouvelle équipe municipale et les chemises brunes hitlériennes, ce qui ne manquera sans doute pas de heurter les paisibles retraités varois qui ont voté en grand nombre pour le Front National, non seulement à Fréjus mais aussi dans plusieurs autres villes, qu’elles aient basculé dans l’escarcelle du FN, comme Cogolin ou Le Luc, ou qu’elles soient passées à l’UMP comme Brignoles.

Blog66_Ph2Certes les lecteurs de Charlie Hebdo sont habitués à ce ton caustique et à ces excès de langage dans des satires à l’emporte-pièce où rien ne doit être pris au premier degré. L’humour et la dérision ne sont pas les armes les moins efficaces face à des dérives autoritaires et populistes.  Les saillies de Charlie Hebdo contre les fantasmes ultra-sécuritaires sont même plutôt bien vues, telles les déclarations du nouveau maire de Fréjus commentant ses premières décisions :  » de nouvelles caméras de vidéosurveillance sont installées, pour filmer les anciennes caméras de surveillance qui ont été la cible de dégradation de la part de pigeons allochtones « …

Blog66_Ph3Le racisme au quotidien et l’esprit étroit de clocher font aussi l’objet d’attaques au vitriol de la part de Charlie Hebdo, mettant en scène l’incendie  » du restaurant de kebab de la rue Robert Ménard « , ravagé par les flammes malgré l’intervention précoce des pompiers, présent avant même le déclenchement du feu et  » malgré l’aide de la population qui a courageusement essayé d’éteindre les flammes avec des bottes de pailles et du petit bois « … Pas sûr cependant que cette caricature pour le moins outrancière suffise à faire réfléchir des électeurs décomplexés pour lesquels le vote Front National est désormais clairement assumé…

L.V.LutinVertPetit

 

Petite fable politique…au pays des souris

9 avril 2014

Blog65_PhDouglas1971Cette histoire du Pays des souris, initialement écrite par Clarence Gillis, a été rendue célèbre en 1944 par le canadien Thomas Douglas, premier ministre de la province de la Saskatchewan de 1944 à 1961 et, à ce titre, premier chef d’un gouvernement socialiste en Amérique du Nord. Il fut notamment à l’origine de l’assurance maladie universelle au Canada et dirigea le Nouveau parti démocrate à l’échelle fédérale.

Le Pays des Souris était un lieu où vivaient toutes les petites souris, là où elles naissaient, jouaient et mourraient. Et elles vivaient à peu près comme vous et moi. Elles avaient même un parlement. Et tous les quatre ans étaient organisées des élections. Elles avaient l’habitude de se rendre aux urnes pour déposer leur bulletin. Certaines s’y faisaient même conduire en chariot, un privilège qu’elles n’avaient que tous les 4 ans, comme vous et moi. Et à chaque élection toutes les petites souris prirent l’habitude d’aller aux urnes et d’élire un gouvernement. Un gouvernement constitué d’énormes et gras chats noirs.

Maintenant, si vous pensez que c’est étrange que les souris élisent un gouvernement de chats, observez l’histoire du Canada durant les 90 dernières années et vous verrez qu’elles ne sont pas plus stupides que nous.

Je n’ai rien contre les chats noirs. Ils étaient de bons compagnons. Ils conduisaient leur gouvernement avec dignité. Ils promulguaient de bonnes lois. C’est à dire… des lois qui étaient bonnes pour les chats. Mais ces lois qui étaient bonnes pour les chats, n’étaient pas bonnes pour les souris.

Une de ces lois disaient que l’entrée des trous de souris devait être suffisamment grande pour qu’un chat puisse passer sa patte à l’intérieur. Une autre loi disait que les souris ne pouvaient se mouvoir qu’à certaines vitesses afin que les chats puissent les attraper sans effort excessif.

Toutes ces lois étaient bonnes pour les chats, mais elles étaient dures pour les souris. Et lorsque les souris ne purent plus les supporter, elles décidèrent qu’il y avait quelque chose à faire. Alors elles se rendirent en masse aux urnes. Elles votèrent contre les chats noirs. Et élirent des chats blancs…

Il faut dire que les chats blancs firent une campagne géniale. Ils dirent :  » Ce dont le pays des Souris a besoin, c’est une vision d’avenir « . Ils dirent aussi :  » Le problème au pays des Souris, c’est que les trous de souris sont ronds. Si vous nous élisez, nous créerons des entrées carrées. » Et c’est ce qu’ils firent.

Et les entrées carrées furent deux fois plus grandes que les rondes. Et ainsi les chats purent y mettre les deux pattes.

Blog65_VideoEt la vie devint plus dure que jamais. Et quand elles ne purent le supporter, elles votèrent contre les chats blancs et élirent de nouveau les chats noirs. Pour plus tard revenir aux chats blancs… et de nouveau les noirs. Elles essayèrent même avec des chats moitié blancs, moitié noirs et appelèrent ça une coalition.

Elles essayèrent même un gouvernement fait de chats tachetés. C’étaient des chats qui essayaient de parler comme des souris, mais qui mangeaient comme des chats.

Vous voyez mes amis, le problème n’était pas la couleur des chats. Le problème est qu’ils étaient des CHATS. Et comme ils étaient des chats, naturellement, ils avaient des intérêts de chats et non de souris.

Puis arriva de très loin une petite souris qui avait une idée.

Mes amis, soyez toujours attentifs à un humble compagnon qui a une idée. Elle dit aux autres souris : « Regardez les gars : pourquoi continuons-nous à élire un gouvernement constitué de chats ? Pourquoi n’élisons-nous pas un gouvernement constitué de souris ?  »  » Oohhh !  » dirent-ils.  » C’est une communiste. »

Alors ils la mirent en prison.

Mais j’aimerais vous rappeler ceci : vous pouvez enfermer une souris ou un homme, mais vous ne pouvez pas enfermer une idée.

 

Thomas C. DOUGLAS (1904-1986)

Regarder la video

Guerre d’Algérie : les aveux tardifs du général Aussaresses

7 avril 2014
Défilé militaire à Alger de la 10ème division parachutiste du général Massu (été 1957)

Défilé militaire à Alger de la 10ème division parachutiste du général Massu (été 1957)

Janvier 1957 : alors que la violence des attentats du FLN s’accentue, s’engage la bataille d’Alger. Le général Massu, à la tête de 10 000 parachutistes, s’installe à Alger et y proclame la loi martiale. Secondé par le commandant Paul Aussaresses et le lieutenant-colonel Roger Trinquier, il traque les militants indépendantistes du FLN et fait régner la terreur dans les rues d’Alger, internant les détenus dans des centres de rétention où l’armée française pratique la torture. La méthode heurte plusieurs autorités militaires dont le général Jacques Pâris de Bollardière qui demande à être relevé de ses fonctions, mais elle s’avère efficace et aboutit à un sérieux affaiblissement des réseaux du FLN, même si elle contribue aussi à souder la population algérienne contre l’armée coloniale.

Suite à l’affaiblissement du FLN sous les coups de cette  » contre-terreur  » et comme les attentats se poursuivent malgré tout, les paras du général Massu s’attaquent aux militants du Parti communiste algérien qu’ils accusent de soutenir clandestinement le FLN. Le 11 juin 1957, le jeune professeur de mathématiques Maurice Audin est arrêté et transféré au centre de détention d’El Biar. Il y est rejoint le lendemain par un autre militant communiste, directeur du journal Alger républicain, Henri Alleg. Ce dernier est torturé pendant un mois puis emprisonné mais il ressort vivant et publie dès 1958  » La question « , un livre autobiographique qui dénonce les actes de torture pratiqués à Alger par l’armée française et qui sera censuré à sa sortie.

Maurice Audin (photo AFP)

Maurice Audin (photo AFP)

En revanche, Maurice Audin disparaît le 21 juin 1957 et son corps ne sera jamais retrouvé. Sa veuve, Josette Audin, harcèle les autorités militaires qui finissent par prétendre qu’il s’est évadé, version officielle qui ne sera jamais démentie. Josette Audin alerte l’opinion publique et de nombreux intellectuels se mobilisent autour de cette affaire. Dès 1958, Pierre Vidal-Naquet publie un livre,  » L’Affaire Audin « , qui établit clairement l’assassinat du jeune militant lors d’un interrogatoire mené par le lieutenant Charbonnier.

Blog64_PhLivreDeniauCinquante-sept ans plus tard, la vérité est enfin connue sur ce qu’il s’est réellement passé, et la thèse établie dès 1958 par Pierre Vidal-Naquet est confirmée, grâce aux confidences recueillies par Jean-Charles Deniau et publiées dans son dernier ouvrage intitulé  » La Vérité sur la mort de Maurice Audin « . Ces aveux tardifs proviennent de Paul Aussaresses en personne, devenu depuis général, et qui est décédé le 3 décembre 2013 à l’âge de 95 ans. Il reconnaît ainsi que le jeune professeur de mathématique a été torturé puis délibérément assassiné à coups de couteau, avec  » la couverture pleine et entière du pouvoir politique « . Son corps a ensuite été jeté dans une fosse de la banlieue algéroise, une version confirmée par un ancien sergent de la 10ème division parachutiste, Paul Misiri.

Reste une question : pourquoi avoir tué ce jeune militant dont l’implication dans le soutien au FLN était manifestement bien modeste ?  » Pour l’exemple  » répond Paul Aussaresses, qui confirme avoir en cela obéi aux ordres du général Massu en personne. Avec du recul, l’explication paraît bien dérisoire et montre surtout à quel point les services secrets français était à l’époque, en pleine guerre froide, totalement obnubilés par l’obsession anticommuniste. Même si le Parti communiste algérien a soutenu le FLN, sa participation à la lutte armée est restée très marginale et il paraît évident que les tortionnaires de Maurice Audin ont exagéré le rôle de ce jeune militant, victime d’une période trouble où certains officiers de l’armée française ont montré un visage bien peu glorieux.

LutinVertPetit

 L.V.

À mon Président

2 avril 2014

Une tribune de Jean Viard parue dans Libération le 2 avril 2014

Ph_Viard2« Tu vois, je te maintiens mon amitié en période de déroute. Il faut dire, que je l’ai vécue jusqu’à la lie, avec tes amis marseillais. J’ai appris, en voisin, la fin du parti d’Epinay, son absence de vision du monde, de pensée de l’entreprise, d’observation de la société, de compréhension du développement durable et de l’économie circulaire. Je me suis battu jusqu’au bout avec eux, sans amour, mais pour que les valeurs de gauche vivent.

Maintenant, il est temps de dire que le Parti socialiste est un parti dont le corpus idéologique est, à chaque période, importé de l’extérieur. Lui n’est qu’une machine électorale et une entreprise qui planifie les carrières, les amours et les haines. Et cela dure depuis l’assassinat de Jaurès. Les radicaux ont pensé 1936, merci à Jean Zay et à ses amis, les clubs de Francois Mitterrand, 1981. Mais depuis, le PS a produit ses propres cadres par les entourages des élus, les trotskistes ou les salariés d’organisations proches comme la MNEF. Pas de logiciel intellectuel en vue.

Rien sur le monde des ressources rares. Des ajustements à la marge sans nouveau récit productif. Rien sur la place nouvelle de l’entreprise, en particulier la micro-entreprise, celle du salarié patron acteur des professions libérales, de la civilisation internet, des micro-entrepreneurs. Rien sur nos familles discontinues, les femmes seules avec enfants (le vrai cœur de la pauvreté), les reversions de pensions des couples pacsés.

Alors on enflamme la société avec le mariage pour tous quand 55 % des bébés naissent hors mariage ! Que n’a-t-on simplement élargi le PACS !

Enfin, pourquoi s’obstiner sur les rythmes scolaires quand il s’agit de rassembler et de privilégier les écoles dans les quartiers populaires. Sortons de l’égalité formelle, donnons le pouvoir au conseil des parents de choisir le directeur et de le remercier. De décider des horaires en fonction du quartier. On a éduqué les parents mais on les traite toujours comme des enfants. Imposons 50 % d’hommes dans l’enseignement si on veut éduquer à l’égalité des genres !

Ph_ViardRien, enfin, sur le nouvel art de vivre de nos sociétés. Le travail reste fondateur mais il n’est plus au cœur du lien social. Quand 88 % du temps social est vécu hors travail il faut écouter Marx et Schumpeter: c’est la qualité du hors travail qui structure le travail. ll faut initier la jeunesse, toute la jeunesse au voyage, offrir des ordinateurs aux jeunes plutôt que des livres scolaires. Et penser le mode de vie des retraités comme une aventure positive. Il faut comprendre les bonheurs de la maison avec jardin à laquelle accèdent lentement les milieux ouvriers et cesser de la dénigrer avant de partir pour sa résidence secondaire.

Alors mon président, repartons des idées. Ton «pacte de responsabilité» est une politique nécessaire pour régénérer la Gauche et la France. L’entreprise doit devenir un monde de passions. Comme toutes les initiatives qui fleurissent partout. Car la société vit. Le bonheur individuel y est fort mais le malheur public considérable.

Et, les vrais défavorisés sont laissés en marge, car ils sont une somme de groupes sans liens et sans représentants : femmes seules avec enfants, enfants des immigrations récentes, personnes âgées solitaires, villes industrielles sans avenir.

La carte des succès du Front national nous dit cela très bien.

Appuie-toi, pour gouverner, sur des acteurs de la société civile, là où il faut avoir fait ses preuves pour parler économie, culture, santé, aménagement du territoire, temps libre.

Donne le logement à quelqu’un issu du monde social réel, Emmaus ou autres, pour qu’on cesse de faire de la construction une stratégie électorale. Et mets des politiques expérimentés uniquement pour les postes régaliens de l’État et à Matignon. Et si, dans douze mois, il n’y a pas d’amélioration, dissous la Chambre et donne sa chance à la Droite pour la fin de ton mandat afin que le peuple voie s’il y a quelque chose derrière la violence de leurs discours. Et reconstruis, autour de toi, un parti écolo-démocratique avec les ruines du PS, les foucades des Verts et les forces vives du pays.

Mais débarrasse-nous du socialisme municipal du Sud-Est ou du Nord qui injurie le mot socialisme lui-même.

Le logiciel de toutes les gauches européennes a changé. Pas en France.

La déroute d’hier peut te donner un destin.

Avec une pensée amicale et respectueuse. »

Jean Viard
Sociologue, directeur de recherches CNRS à Sciences-Po, ancien conseiller municipal de Marseille

Élections municipales 2014 : un résultat finalement mitigé…

1 avril 2014

Blog63_Ph1Au soir du deuxième tour des élections municipales, les commentaires ont été unanimes pour acter une sévère défaite de la Gauche et une victoire  » historique  » de la Droite en général, de l’UMP en particulier. Le basculement à droite de certains bastions comme Limoges qui avaient quasiment toujours voté à gauche a bien entendu renforcé cette impression.

Et pourtant, les chiffres officiels désormais rendus publics par le Ministère de l’intérieur conduisent à relativiser ce tableau binaire. Ce qui est sûr, c’est qu’il traduisent sans conteste une nouvelle poussée de l’abstention qui atteint 38,3 % au second tour, un niveau rarement atteint pour des élections municipales qui habituellement mobilisent fortement l’électorat. La plupart des commentateurs mettent en avant, pour expliquer un tel niveau d’abstention, la désillusion et la perte de confiance face aux responsables politiques, ce qui semble bien correspondre à un état d’esprit largement partagé et devrait pousser nos élus à plus d’humilité…

Au delà, force est de constater que, à l’échelle nationale, les résultats sont plus équilibrés qu’il n’y paraît au premier abord. Les statistiques publiées portent certes uniquement sur les villes de plus de 1000 habitants puisque sous ce seuil le mode de scrutin est différent et il n’y a pas de déclaration de nuance politique pour les listes. Pour autant, ces résultats sont parfaitement représentatifs puisqu’ils portent quand même sur plus de 10 millions de suffrages exprimés, ce qui leur confère une valeur statistique incontestable !

Sur la base de ces chiffres, les listes de droite ont ainsi recueilli 45,6 % des voix et la Gauche 41,6 %. Le reste se partage entre l’extrême-droite (6,9 %), l’extrême-gauche (0,05 %) et des listes classées sans étiquettes (5,9 %). L’écart entre la Droite et la Gauche, toutes tendances confondues, n’est donc pas si élevé qu’il n’y paraît… En nombre de sièges, la Droite aurait ainsi fait élire un peu moins de 24 000 conseillers municipaux contre plus de 18 000 pour la Gauche et 1 069 pour le Front National que certains annoncent de manière quelque peu excessive comme le grand vainqueur de ces élections !

Un dessin de Miss Lilou (leblogdesratons@gmail.com)

Un dessin de Miss Lilou (leblogdesratons@gmail.com)

Dans le détail, les données ne permettent pas de déterminer avec exactitude le nombre de conseillers élus en fonction de leur appartenance à tel ou tel parti, car nombre de candidats s’étaient présentés sur des listes d’union. Ainsi à gauche, les listes étiquetées socialistes ont fait élire 3 131 conseillers alors que les listes classées Union de la Gauche ou Divers Gauche totalisent 14 059 élus. De même à droite, les listes UMP n’ont eu en définitive que 3 005 conseillers élus ce qui relativise nettement ce supposé raz-de-marée de l’UMP !

L.V.LutinVertPetit