Archive for septembre 2013

Terre de liens : une nouvelle ferme près de chez nous…

25 septembre 2013

Chaque semaine en France, 1300 hectares de terre agricole ou d’espace naturel disparaissent sous le bitume ou le béton, au profit de la construction d’infrastructures ou de bâtiments. Le nombre d’exploitations agricoles ne cesse de diminuer et les jeunes agriculteurs qui souhaiteraient s’installer sont obligés de s’endetter sur de très longues périodes, du fait d’un prix du foncier qui augmente de manière excessive, surtout à proximité des agglomérations urbaines.

Paradoxalement, la demande de produits issus d’une agriculture biologique de proximité commence à apparaître, surtout dans les grands centres urbains. Mais l’offre ne suit pas : à peine 3,5 % des terres agricoles françaises sont en agriculture biologique, ce qui oblige à recourir à des importations massives dont le bilan carbone n’est guère flatteur. Pourtant, l’objectif affiché officiellement est que d’ici 2020, 20 % des terres agricoles soient reconverties en agriculture biologique…

Face à ce constat, l’association Terre de liens (http://terredeliens.org) a souhaité mettre en place des solutions concrètes pour lutter contre cette disparition des terres agricoles, faciliter l’accès des agriculteurs au foncier et développer une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement et basée sur un rapport étroit entre producteurs et consommateurs.

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Le département des Bouches-du-Rhône est particulièrement exposé à cette disparition rapide de l’agriculture familiale de proximité, sous l’effet d’une spéculation foncière effrénée et d’une urbanisation très rapide. C’est pourquoi l’association a décidé d’y soutenir un projet de rachat d’un terrain agricole fertile, situé sur Aubagne, aux Jonquiers, en bordure de la zone d’activité des Paluds, ancienne exploitation qui était menacée par une extension du parking d’Alinea. La Communauté d’agglomération d’Aubagne et du Pays de l’Etoile s’est associée au projet et a procédé au rachat des bâtiments existants.

Quant au terrain, qui a pu être soustrait à la spéculation immobilière grâce à une intervention de la Safer, l’enjeu pour Terre de liens est maintenant de s’en porter acquéreur pour le mettre à disposition d’un couple de maraîchers d’Aubagne, dans le cadre d’une exploitation en agriculture biologique avec distribution en circuit court au travers d’une Amap (association de maintien de l’agriculture paysanne). Pour cela, Terres de liens a lancé une souscription sous formes d’actions d’un montant nominal de 102 €. L’argent ainsi placé peut être retiré à tout moment, moyennant toutefois une durée minimale de dépôt de 5 ans pour pouvoir bénéficier d’une réduction d’impôt (qui est actuellement de 18 % du montant souscrit pour l’impôt sur le revenu).

L’initiative mérite d’être soutenue si l’on souhaite pouvoir continuer à disposer d’une agriculture maraîchère de qualité à proximité de nos centres urbains. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut contribuer à faire pousser une ferme près de chez soi !..

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Politique agricole : le cri d’alarme d’un agronome engagé.

23 septembre 2013

Certains se souviennent encore de René Dumont, professeur à l’Ecole nationale d’agronomie de Paris et auteur de nombreux ouvrages sur les échecs des politiques agricoles mises en œuvre dans de nombreux pays du Tiers-monde. Ce grand pédagogue n’avait pas hésité à présenter sa candidature aux élections présidentielles de 1974 pour attirer l’attention des Français sur l’impasse dans laquelle nous conduit la société de consommation en général et certaines pratiques agricoles en particulier.

Quarante ans plus tard, un de ses successeurs à la tête de la même chaire d’agronomie comparée dans ce qui est devenu entre temps AgroParistech, également expert auprès de nombreux organismes internationaux dont la FAO et la Banque mondiale, lance à son tour un véritable cri d’alarme quant aux inepties qui caractérisent nos politiques agricoles tant au Nord qu’au Sud de la planète. « Famine au Sud, malbouffe au Nord », tel est le titre de son ouvrage, paru en 2012 aux éditions  NiL et paru relativement inaperçu aux yeux des médias.

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Ce titre est révélateur des liens étroits qui existent entre ces deux espaces désormais globalisés. Notre agriculture, fortement mécanisée, excessivement consommatrice d’intrants chimiques et largement subventionnée, détruit l’environnement, menace notre santé et celle des agriculteurs, tout en provocant, par l’exportation à bas prix de nos excédents de production, une concurrence qui détruit les exploitations agricoles dans les pays du Sud, alimentant paradoxalement la malnutrition et l’émigration…

Marc Dufumier n’est bien évidemment pas le premier à faire ce constat et à expliquer les effets pervers de cette course à la mécanisation et aux intrants chimiques qui nous conduit droit dans le mur. Pourtant, ce petit livre, pédagogique et convaincant, est d’une telle limpidité que sa lecture devrait être recommandée à tous les décideurs politiques et à tous les citoyens qui se préoccupent un tant soit peu de l’avenir de l’humanité ! A l’heure où l’on décide des évolutions de la Politique agricole commune pour les années 2014-2020 (laquelle PAC consomme au passage 40 % du budget européen, une paille !), alors que la qualité des eaux, dans les rivières mais aussi dans les nappes souterraines, est de plus en plus menacée par les nitrates et les pesticides d’origine agricole, il est en effet étonnant que des sujets aussi cruciaux ne fassent pas davantage débat au sein de notre société.

Or le livre de M. Dufumier ne se contente pas de constater les failles du système existant mais il détaille les stratégies alternatives qui devraient être mises en œuvre pour sortir de ce processus mortifère. A ses yeux, la voie du salut passe par le développement de l’agro-écologie, seule capable de garantir à long terme, au Nord comme au Sud, des rendements conséquents dans un environnement préservé, avec une économie de proximité riche en emplois et une nourriture de qualité pour tous.  Contrairement à ce que soutiennent les puissants lobbies des industries chimiques et agro-alimentaires, l’agriculture biologique conduite de manière intelligente n’est pas un doux rêve d’écologique attardé comme l’expose de manière argumentée et convaincante, cet expert mondialement reconnu des systèmes agricoles. Serons-nous capable d’entendre son message ?

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Rappel : Conférence du CPC lundi 23 septembre

20 septembre 2013

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Le Carnussien Vigilant Masqué.... Clic...

Gros succès des « moules-plastiques » à la Grande braderie de Lille !

9 septembre 2013

Chaque année, la Grande braderie de Lille constitue un des évènements de la rentrée et attire un nombre impressionnant de visiteurs. L’édition 2013, qui s’est terminée le 1er septembre dernier n’a pas fait exception. Les « moules-frites » y étant traditionnellement très consommées, la braderie s’est terminée comme les années précédentes par la constitution de pyramides géantes de coquilles de moules édifiées devant certains restaurants. On estime ainsi que la quantité de frites ingérées pendant les deux jours de la braderie est de l’ordre de 30 tonnes et celles de moules est comprise entre 400 et 500 tonnes, ce qui prouve que les chineurs de Lille ont bon appétit !

Blog39_Ph1 Il vaut mieux d’ailleurs car l’association MED (Méditerranée en danger), en s’appuyant sur des résultats publiés par des chercheurs en écotoxicologie de l’université de Gand, a calculé qu’à cet occasion ce ne sont pas moins de 150 millions de fragments de plastiques qui ont aussi transité par les estomacs des bradeurs lillois, de quoi réfréner un peu l’appétence pour les moules-frites traditionnelles… Selon ces chercheurs qui ont disséqué le contenu des estomacs de moules pêchées en Mer du Nord, on trouve en effet de 1 à 2 fragments de plastique par gramme de chair de moule. Comme la chair de moule constitue en moyenne 30 % du poids total de la moule, le calcul est vite fait…

Pourquoi une telle quantité de plastique dans les moules ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’organismes qui pour se nourrir filtrent chaque jour près de 25 l d’eau de mer. Or celle-ci contient de plus en plus de microparticules plastiques qui se retrouvent donc absorbées par ces mollusques marins. Ces microparticules proviennent principalement des sacs et emballages plastiques qui sont jetés et se décomposent progressivement dans les océans. Elles viennent aussi des fibres de textile synthétiques et de microbilles utilisées dans certains produits cosmétiques ou détergents notamment, ces microparticules étant trop fines pour être retenues dans la plupart des stations d’épuration et se retrouvant donc finalement dans le milieu naturel marin.

Il ne semble pas que ces plastiques soient réellement dangereux pour la santé humaine (encore que les études de toxicité en la matière ne paraissent pas très nombreuses…) car ils seraient rapidement rejetés par notre organisme, mais ils sont manifestement plus gênants pour les organismes marins qui y sont directement exposés. Au passage, on constate que la majorité des sacs à usage unique présentés par la grande distribution comme biodégradables ne résolvent pas le problème, loin s’en faut ! Plus de 90 % de ces sacs sont en réalité « oxo-fragmentables ». Ils sont fabriqués en ajoutant aux polymères des additifs minéraux oxydants qui provoquent une fragmentation du produit sous l’effet de la chaleur et de la lumière. Un sac se fragmente ainsi en une multitude de petits éléments qui se dispersent dans les sols et les eaux pour atterrir finalement dans le milieu marin… et dans nos estomacs. Certains fragments se fixeraient même sur les racines des plantes.

Blog39_Ph2 Pourtant, les véritables sacs biodégradables à base d’amidon de maïs ou de pomme de terre existent. Ils sont signalés par un label de type OK compost qui garantit leur conformité à la norme européenne de biodégradabilité et de compostabilité EN 13432. Ce label, délivré par l’AIB International à Bruxelles, ne peut pas être obtenu par les sacs photodégradables, oxo-dégradables ou fragmentables, tous assimilés aux sacs plastiques classiques et qui devraient d’ailleurs être interdits en France début 2014, comme ils le sont déjà depuis plusieurs années dans d’autres pays européens. Les moules de la Mer du Nord risquent de perdre leur arrière-goût de plastique…

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Conférence du Cercle Progressiste Carnussien

6 septembre 2013
Pierre Stambul

Pierre Stambul

Pierre Stambul, né en 1950, est professeur de mathématiques à Marseille  à la retraite. Il se dit juif laïc, athée et antisioniste. Son judaïsme est principalement issu du souvenir du génocide nazi dont ont souffert ses parents résistants pendant la guerre. Il milite depuis 2002 dans l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) dont il est le co-président contre le sionisme.

Dans sa conférence, il nous dira pourquoi il préfère le mot « guerre » au mot « conflit » dans la situation qui se vit en Israël/Palestine, comment la colonisation de la Palestine par Israël aboutit à une situation d’apartheid où les droits fondamentaux des palestiniens sont bafoués. « Comment le sionisme n’est pas seulement criminel pour les Palestiniens mais comment il est suicidaire pour les Juifs. »

Il parlera de son livre : « Israël – Palestine – Du refus d’être complice à l’engagement« .

Pierre StambulLivre

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Syrie : qu’irions-nous faire dans cette galère ?

3 septembre 2013

Avant même que les experts de l’ONU ne remettent leur rapport, les Etats-Unis estiment avoir suffisamment de preuves de l’implication du régime de Bachar el-Assad dans les attaques aux gaz sarin qui auraient fait autour de 1500 victimes, dont plus de 400 enfants, le 21 août 2013 dans la banlieue de Damas et ils envisagent sérieusement des attaques ciblées contre le régime syrien. Le parlement anglais a refusé de s’associer à une telle intervention mais le gouvernement français, fort de son récent succès au Mali, semble prêt à emboîter le pas aux Américains malgré l’opposition mainte fois répétée des Russes et des Chinois qui bloquent toute intervention commune sous l’égide des Nations-Unies. Est-ce le début d’un engrenage qui pourrait nous conduire à un conflit généralisé, sous l’effet du jeu des alliances respectives, comme cela avait été le cas en 1914, suite aux provocations des nationalistes serbes face à l’empire austro-hongrois ?

interview de Bachar el-Assad  (source : agence Reuters)

interview de Bachar el-Assad (source : agence Reuters)

A première vue pourtant, les choses paraissent simples : un dictateur sanguinaire, Bachar el-Assad (dont on oublie parfois qu’il a été élu président de la république syrienne par un référendum populaire en juillet 2000, reconduit à cette même fonction en mai 2007 et reçu en grandes pompes par Nicolas Sarkosy lors des cérémonies du 14 juillet 2008), réprime avec la plus extrême brutalité les mouvements de protestation sociale et politique de son peuple depuis mars 2011, n’hésitant pas pour sauver son pouvoir à recourir aux bombardements et désormais aux gaz chimiques (la Syrie étant un des rares pays à n’avoir jamais signé la convention internationale sur les armes chimiques).

dessin de Chappatte paru dans Le Temps

dessin de Chappatte paru dans Le Temps

En réalité, comme souvent au Proche-Orient, les choses sont probablement plus complexes qu’il n’y paraît. La révolte populaire contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad est aussi celle d’une majorité sunnite contre la minorité alaouite (une branche dissidente du chiisme) qui détient la majorité des postes à responsabilité au sein de l’armée et de l’appareil sécuritaire depuis que le parti Baas a pris le contrôle du pays à la suite d’un coup d’état en 1963. Le caractère peu démocratique du régime ne fait guère de doute, l’état d’urgence y étant toujours en vigueur depuis 1973 !

Mais l’opposition depuis les années 1980 est notamment incarnée par les Frères musulmans qui ont privilégié les actions violentes, ce qui a permis au pouvoir de renforcer la répression y compris à l’encontre de l’opposition démocratique. Quant aux mouvements qui combattent actuellement le pouvoir de Bachar el-Assad, ils sont principalement d’obédience sunnite et certains sont clairement des groupes jihadistes proches d’Al-Qaida, ce qui leur vaut le soutien des pays chantres du wahabisme, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que le soutien (plus modéré) de la Turquie. En face, le pouvoir en place se targue d’une politique laïque qui lui vaut le soutien des chrétiens, lesquels constitueraient près de 10 % de la population syrienne, dont une forte proportion de grecs orthodoxes, ce qui explique en partie la bienveillance de Moscou à l’égard de ce régime. L’appartenance des Alaouites au monde chiite explique par ailleurs le fort engagement de la république islamique d’Iran mais aussi de son allié libanais du Hezbollah aux côtés du régime de Bachar el-Assad.

combattants de l'opposition (source : FreedomHouse2)

combattants de l’opposition (source : FreedomHouse2)

Bref, on se retrouve peu ou prou dans le schéma de l’Irak, longtemps dominé par une minorité sunnite dans le cadre du régime baassiste fort de Saddam Hussein, soutenu pendant des années par les pays occidentaux (y compris dans sa guerre contre l’Iran qui a fait 1 million de morts) et qui est désormais aux mains de la majorité chiite suite à l’intervention militaire américaine… et plongée dans un chaos indescriptible dont la population fait malheureusement les frais avec son lot quotidien d’attentats. La Syrie connaît depuis 2012 une véritable guerre civile qui aurait déjà fait de l’ordre de 100 000 morts et on ne peut évidemment qu’appeler de nos vœux toute initiative en faveur d’une évolution du régime vers davantage de liberté et de justice sociale. Cela ne signifie pas qu’une intervention militaire étrangère, aussi ciblée soit-elle, serait forcément le meilleur moyen d’y parvenir : les exemples récents de l’Afghanistan, du Liban, de la Lybie ou de l’Irak sont malheureusement là pour nous rappeler que l’option militaire n’est pas toujours la meilleurs voie vers l’apaisement dans un contexte aussi complexe…

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