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Le peintre Raphaël victime du coronavirus ?

20 juillet 2020

Autoportrait de Raphaël peint en 1506 (source : Galerie des Offices à Florence)

On fête cette année, avec, reconnaissons-le, la plus grande discrétion, le 500ème anniversaire de la disparition du peintre et architecte italien de la Renaissance, Raffaello Sanzio, mort le 6 avril 1520 à Rome. Fils de Giovanni Santi, lui-même peintre officiel à la cour du duc d’Urbino, le petit Raphaël s’est retrouvé orphelin dès ses 11 ans. Placé en apprentissage à 17 ans auprès du maître Le Pérugin, à Pérouse, il reprend peu après l’atelier de son père à Urbino et à 21 ans, il s’installe à Florence.

A cette époque, la République florentine vient tout juste de rappeler les deux autres grands maîtres de la Renaissance italienne que sont Michel Ange et Léonard de Vinci. Ce dernier reçoit d’ailleurs dans son atelier le jeune Raphaël qui y réalise une série de vierges et de madones.

Portrait d’une jeune femme (La Fornarina) peint par Raphaël en 1518 (source : Galleria Nazionale d’Arte Antica di Palazzo Barberini, Rome)

En 1508, le pape Jules II l’appelle à Rome où il le charge de la décoration de plusieurs chambres de son palais. C’est là que Raphaël rencontre Margherita Luti, surnommé « la Fornarina » car fille d’un boulanger, une femme d’une grande beauté qui restera son amante jusqu’à sa mort.

En 1514, le nouveau pape, Léon X, un Médicis, lui confie la poursuite du chantier de la Basilique Saint-Pierre ainsi que la conduite des fouilles des vestiges antiques. Deux chantiers que Raphaël mènera de front tout en exécutant l’un de ses chef d’œuvre, la Transfiguration.

A sa mort prématuré, survenue le jour de son 37e anniversaire, à la suite de fortes fièvres, sa gloire est immense et on organise en son honneur des funérailles grandioses au Vatican. Il fut d’ailleurs longtemps considéré comme l’un des plus grands peintres que la Terre ait porté. Trente ans après sa mort, en 1550, Giorgio Vasari n’hésite pas à écrire dans son ouvrage publié sous le nom Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes : «  Quand Raphaël mourut, la peinture disparut avec lui. Quand il ferma les yeux, elle devint aveugle ». L’hommage est peut-être excessif mais il n’en demeure pas moins que Raphaël reste, cinq siècles plus tard, une figure reconnue de cette Renaissance italienne qui a su renouveler et moderniser la représentation artistique comme cela avait rarement été fait jusque-là.

Vue des chambres de Raphaël (source : Musées du Vatican)

Il n’en demeure pas moins que la disparition aussi subite du célèbre peintre décédé brutalement dans la force de l’âge, en a étonné plus d’un. A l’époque, et toujours selon les indiscrétions de son premier biographe Giorgio Vasari, il se murmurait que le jeune peintre s’épuisait en virées nocturnes pour contenter ses innombrables maîtresses. Le mois de mars 1520 ayant été particulièrement glacial à Rome, ses « fréquentes sorties nocturnes dans le froid », même entrecoupées d’activités physiques revigorantes, seraient à l’origine de ce qui serait de nos jours considéré comme une forme de pneumonie.

Vierge à la rose, toile de Raphaël (source : Musée du Prado, Madrid)

Car le jeune prodige de la peinture et de l’architecture italienne était particulièrement précieux aux yeux du souverain pontife qui, de crainte de perdre cet artiste inestimable, a donc immédiatement envoyé à son chevet les meilleurs praticiens du cru. Faute néanmoins d’avoir été mis dans la confidence de ses nombreuses incursions dans la nuit et le froid, les médecins en question se sont mépris sur leur diagnostic, voyant dans l’origine de cette forte fièvre « un excès d’humeur » qu’il convenait de soigner par la saignée, alors considérée comme le remède miracle en cas de doute. Mortellement affaibli par ses saignées à répétition, le peintre ne s’en est pas remis et est donc passé de vie à trépas, au grand désespoir de son mécène papal tant attentionné.

Mais voilà que, 500 ans plus tard, il se murmure qu’en réalité, le célèbre peintre de la renaissance serait mort d’une atteinte infectieuse liée à une forme de coronavirus, confirmant que le maître était bel et bien précurseur en tout point. C’est une étude italienne, publiée dans la revue scientifique Internal and Emergency Medicine par trois chercheurs de l’université de Milan Bicocca, sous la conduite de Michele Augusto Riva, qui révèle l’affaire en revenant en détail sur les circonstance de la mort de Raphaël.

Publié le 14 juillet 2020, l’article date néanmoins du début de l’année, avant donc le pic de l’épidémie actuelle de CoVid-19 dans le nord de l’Italie, mais il résonne d’une étrange actualité. Selon les chercheurs italiens, les symptômes qui ont conduit au décès du grand peintre avec an particulier une forte fièvre continue qui a duré une à deux semaines alors que l’homme était affaibli mais suffisamment conscient pour préparer son testament et mettre de l’ordre dans ses affaires, sont assez caractéristiques d’une pneumonie occasionnée par un coronavirus comparable à celui qui fait actuellement trembler la terre entière.

Détail de La Transfiguration, peint par Raphaël en 1519 (source : Pinacoteca Vaticana, Rome)

Les maladies sexuellement transmissibles dont la syphilis qui avaient jusqu’alors été invoquées, au vu de la vie assez dissolue de l’artiste, sont à écarter, selon ces chercheurs, en raison de la période d’incubation de 8 à 15 jours qui a été observée. Sont également écartées les diagnostics de maladies intestinales mais aussi d’hépatite virale aiguë (faute de tout symptôme d’insuffisance hépatique) ainsi que la peste ou le typhus alors absents localement. En revanche, la responsabilité des saignées effectuées à mauvais escient et qui ont manifestement aggravé l’état sanitaire du peintre jusqu’à hâter son trépas, est clairement mise en évidence. Fort heureusement, on considérera qu’il y a désormais prescription et que la réputation des médecins en question ne devrait pas être trop entachée par cette révélation quelque peu tardive de leur incompétence manifeste…

L. V.

Dette publique française : c’est grave, docteur ?

2 juin 2020

La dette publique de la France correspond en principe à l’ensemble des emprunts que devront rembourser l’État français lui-même mais aussi les collectivités territoriales et tous les organismes publics dont ceux qui gèrent la sécurité sociale. Au troisième trimestre 2019, cette dette s’élevait à la somme astronomique de 2415 milliards d’euros, dépassant pour la première fois le produit intérieur brut annuel du pays, autrement dit l’ensemble des richesses produites au cours de l’année 2019 en France.

Un dessin signé Ixène (source © Pinterest)

Le chiffre n’est pas anodin puisque, rapporté à la population française il représente quand même 36 000 € par an soit 3 000 € par Français et par mois. Une donnée à rapprocher du salaire annuel net moyen en France qui, en 2015 (derniers chiffres publiés à ce jour) s’élevait 26 634 € par an, soit un peu plus de 2 200 € par mois. Un rapprochement qui indique sans la moindre équivoque qu’il reviendra aux générations futures de payer notre train de vie actuel…

Evolution de la dette publique française en milliards d’euros et en pourcentage du PIB (source © Wikipedia)

Et avec la crise économique qui se profile après trois d’inactivité due au Covid-19, tout indique que la richesse nationale va connaître un repli significatif en France au cours de l’année 2020. Le 6 mai dernier, la Commission européenne a rendu publiques ses prévisions pour l’année et annonce un repli moyen du PIB de 7,4 % dans l’Union européenne, mais qui pourrait atteindre 8,2 % pour la France, presque autant que l’Espagne et l’Italie… Un tel recul serait d’ailleurs du jamais vu dans notre pays depuis les années de guerre de 1939-45 !

Prévisions d’évolution du PIB dans les pays européens en 2020 (infographie © Statista / données UE)

Selon une analyse d’Alternatives économiques, les recettes publiques de l’État devraient baisser de 84 milliards d’euros au cours de l’année 2020, du fait principalement de la réduction des rentrées d’impôts sur les revenus et sur les bénéfices des entreprises, conséquence directe de la baisse de l’activité économique. Inversement, tout indique que les dépenses publiques seront en hausse, pour payer les transferts sociaux rendus nécessaires par la crise économique et sociale, une hausse évaluée à 66 milliards sur l’année. Avec de telles prévisions, la part des dépenses publiques dépassera pour la première fois la barre des 60 % du PIB national, un record alors que la France se distingue déjà par rapport à l’ensemble de ses voisins européens par un taux de dépenses publiques particulièrement élevé.

Un dessin signé Kak (source © L’Opinion)

Avec de tels chiffres, le montant du déficit public de la France, qui était déjà de 72 milliards d’euros en 2019, soit grosso modo 3 % de son PIB, devrait passer à 222 milliards, ce qui représente pas loin de 10 % du PIB : on est bien loin des fameux critères de Maastricht !

Mais le plus inquiétant sans doute est que ce déficit exceptionnel, combiné à une forte baisse du PIB, va se traduire mécaniquement par une hausse significative de notre niveau d’endettement qui pourrait ainsi atteindre 117 % du PIB selon les prévisions actuelles. On reste bien loin des valeurs déjà enregistrées au Japon, en Grèce ou même aux États-Unis, mais on atteint quand même un niveau très supérieur à celui de la plupart des pays…

Le commun des mortels est toujours surpris de constater qu’un pays peut s’endetter au-delà du montant des richesses qu’il crée dans le même temps. En réalité, plus que la dette elle-même, c’est l’évolution du patrimoine public qu’il convient de prendre en compte. S’endetter n’est pas un problème en soi et est même considéré par de nombreux économistes comme le signe d’une gestion dynamique : la dette d’aujourd’hui permet d’investir pour créer les richesses de demain.

Le point important à prendre en compte n’est donc pas le niveau de la dette, mais plutôt celui du patrimoine public, autrement dit les bâtiments et les infrastructures, qui en principe tend à s’accroître. Mais force est de constater que depuis 2008, alors que le niveau d’endettement s’accroît d’année en année, la valeur du patrimoine public net (le patrimoine moins la dette) ne cesse de baisser ! Alors qu’il approchait les 60 % du PIB en 2008, il est tombé à 16,8 % en 2014 et tout indique que cette baisse s’est poursuivie depuis.

Un dessin signé Ranson (source © France TV info)

La vulnérabilité de notre pays vient en réalité du fait que cet endettement croissant ne sert guère aux investissements d’avenir. Il y a bien longtemps déjà que ce n’est plus l’État qui investit pour créer les infrastructures qui permettront le développement des prochaines décennies. L’essentiel de l’investissement public se fait désormais via les collectivités territoriales (qui elles ne sont pas autorisées à s’endetter outre mesure puisque, contrairement à l’État, leur budget annuel doit nécessairement être équilibré) et surtout par le privé, au travers notamment des partenariats public-privé.

Du coup, comme on le voit dans les projections pour l’année 2020, si l’État continue à s’endetter, dans des proportions que certains commencent à juger quelque peu alarmantes, ce n’est pas pour assurer les investissements du futur, mais c’est de plus en plus pour payer ses propres coûts de fonctionnement et notamment la hausse inexorable des dépenses sociales.

Un dessin signé Weyant (source © blog P. Dorffer)

En 1980, les dépenses sociales représentaient 20 % du PIB national alors que cette part est montée à 31,2 % en 2018, une des plus élevées du monde. Ces dépenses sont destinées à la fois à la santé publique (avec, comme on l’a vu lors de la crise du Covid-19 des résultats plus que mitigés par comparaison avec d’autres pays), aux prestations sociales (où notre pays se caractérise de fait par un des taux de pauvreté les plus faibles du monde, grâce à l’importance de ces transferts sociaux) mais aussi à la prise en charge des pensions de retraite et de la vieillesse. Un modèle social très protecteur auquel les Français sont particulièrement attachés et qui a fait ses preuves durant les crises récentes, mais dont la pérennité mérite néanmoins une vigilance toute particulière au vu des prévisions actuelles qui ne sont guère rassurantes…

L. V.

Dentifrice : un code secret ?

21 mai 2020

L’information virale circule actuellement sur Facebook et certains de vos amis bien intentionnés vous l’ont sans doute diffusée : les tubes de dentifrice présentent à leur extrémité un petit carré de couleur et, bien entendu, celui-ci a une signification soigneusement tenue secrète par les fabricants. Les publicités sur les pâtes dentifrice sont pourtant légions à la télévision ou ailleurs. Mais aucune d’entre elle ne mentionne ce code couleur mystérieux…

Heureusement, votre ami bien intentionné l’a décrypté pour vous et vous en donne la clé pour que vous puissiez agir en consommateur éclairé et responsable :

Vert : naturel

Bleu : naturel + médecine

Rouge : naturel + composition chimique

Noir : pur produit chimique

Diabolique ! Forcément, sitôt le message reçu, vous vous précipitez dans votre salle de bain pour examiner avec soin l’extrémité de votre tube de dentifrice Colgate et repérer le fameux petit rectangle rouge qui existe effectivement en bas du tube, au niveau de son extrémité aplatie.

Un tube de dentifrice Colgate avec son petit carré rouge…

Faut-il paniquer pour autant et hurler au complot de la part des firmes qui fabriquent et commercialisent ces pâtes dentifrice ? Il est vrai que les intérêts économiques en jeu ne sont pas minces. On consommerait ainsi, rien qu’en France, pas moins de 189 millions de tubes de dentifrice chaque année, selon Planetoscope, ce qui représentait en 2013, un marché d’un peu plus de 400 millions d’euros, réalisé à 80 % en grandes surfaces.

C’est en 1892 que le dentiste Washington Sheffield a eu l’idée, pour vendre sa pâte dentifrice, d’utiliser des tubes souples en étain, en s’inspirant des tubes de couleur des peintres de l’époque. Jusque-là, ce produit était plutôt commercialisé dans des pots en porcelaine. Mais l’entreprise américaine Colgate lui a emboîté le pas et s’est mis, à partir de 1896, à se lancer dans la distribution commerciale à grande échelle de tubes souples de dentifrice qui se sont depuis imposés comme le format traditionnel, d’abord en aluminium et désormais en plastique.

Alors, vaut-il mieux acheter du dentifrice avec un petit carré vert ou noir ? En réalité, comme beaucoup d’informations qui circulent sur internet et sur les réseaux sociaux, cet avertissement n’a pas le moindre fondement. C’est l’association 60 millions de consommateurs qui a pris le temps de la décrypter en détail dans un article publié sur son site le 18 mars 2019.

Selon elle, cette infox ne date pas d’hier puisqu’elle circule sur la toile depuis le 11 septembre 2013. Durant la seule année 2015, elle a été partagée pas moins de 185 000 fois sur Facebook. Et depuis quelques semaines, elle circule de nouveau avec une vigueur renouvelée, confirmant, s’il en était besoin, la forte sensibilité de nos concitoyens à ces questions sanitaires et environnementales.

On peut néanmoins s’interroger au passage sur les stéréotypes un peu grossiers caractérisant ces pseudo codes couleur : ce qui serait chimique ne pourrait donc être ni naturel ni à destinée médicale ? L’information serait plus crédible si elle faisait la distinction entre des produits d’origine naturelle (qui n’en sont pas moins pour autant des composés d’éléments chimiques !) et des produits de synthèse (qui ne sont pas forcément plus nocifs pour autant, certains produits naturels étant parfaitement mortels selon les doses). Où l’on voit que, même en tant que consommateur plus ou moins averti, chacun reste prisonnier de ses préjugés et de ses idées reçues !

Chaîne de fabrication de tubes de dentifrice (source © Made in China)

Chaîne de fabrication de tubes de dentifrice (source © Made in China)

En tout état de cause, l’enquête menée par 60 millions de consommateurs auprès de plusieurs fabricants de tubes dentifrices le confirme sans le moindre doute : ces petits carrés de différentes couleurs qui existent généralement à l’extrémité des tubes ne sont là que pour permettre par contrôle optique de vérifier que le tube est bien positionné correctement dans la ligne de production, laquelle est désormais largement automatisée. Il ne s’agit donc que de repères optiques destinés aux différentes machines, pour détecter avec précision l’extrémité du tube afin de couper, plier et souder l’emballage au bon endroit.

Quant au choix de la couleur, il dépend simplement du bon vouloir de l’industriel et de ses contraintes techniques. Le rouge et le noir sont souvent retenus, non par hommage au roman de Stendhal et encore moins en fonction de la composition du contenu, mais tout simplement car ils permettent d’assurer un bon contraste visuel avec l’emballage lui-même, qui est généralement blanc à son extrémité.

Pour le consommateur, rien ne sert donc de scruter à la loupe les indices pourtant discret de ce guide de fabrication. Il suffit de lire la composition de la pâte dentifrice qui figure obligatoirement sur l’emballage, même si sa lecture nécessite, elle-aussi, une excellente acuité visuelle.

Se brosser les dents, un geste quotidien… (source © Fotolia / Medisite)

Et de ce point de vue, il existe effectivement une grande variété de composition selon les gammes de produits. La plupart contiennent désormais des composés à base de fluor, souvent sous forme de fluorure de sodium, destiné à lutter contre les caries en contribuant à former sur les dents une couche de fluorapatite qui protège l’émail des attaques acides. Selon plusieurs études, cette efficacité est d’ailleurs assez comparable d’une marque à l’autre et varie peu en fonction du prix du produit. Pour le reste, et en dehors de l’eau qui constitue l’élément principal de la pâte dentifrice, la composition du produit comprend généralement des excipients sous forme d’agents polissant (tels que la silice, le bicarbonate de sodium ou des phosphates de calcium), mais aussi des agents humectants, des agents moussants, des agents de blanchiement, des épaississants et, bien entendu, des conservateurs, des colorants et des arômes de toutes sortes qui font la différence principale d’un produit à l’autre… N’oubliez-pas quand même de recrachez après vous être lavé les dents !

L. V.

Le ver spaghetti manipulateur

16 mai 2020

Ver gordien passablement emmêlé… (source © Images du pays des ours)

De loin, on dirait un plat de spaghettis, emmêlés jusqu’à faire des nœuds compliqués. L’apparence est trompeuse mais l’objet nettement moins appétissant lorsqu’on sait qu’il s’agit en réalité de nématomorphes, une famille de vers ronds, non segmentés (contrairement aux vers de terre par exemple), tout comme leurs cousins les nématodes, lesquels constitue une part importante de la diversité biologique sur Terre, en nombre sinon en masse, puisqu’on considère que 80 % des animaux vivant, sur terre comme dans l’eau, sont des nématodes.

Les nématomorphes se présentent donc sous forme de longs spaghettis, leur tête étant de même diamètre que leur corps, à savoir de 0,5 à 2,5 mm, pour une longueur totale qui peut varier entre 10 et 70 cm. La femelle est plus longue que le mâle et les accouplements de ces vers tournent rapidement à l’orgie, pouvant donner lieu à la formation d’un véritable plat de spaghettis grouillant et savamment emmêlé à la manière d’un nœud gordien, d’où le surnom de « ver gordien ».

On en connaît quelques centaines d’espèces mais toutes ont en commun la particularité que leur larve vit en parasite d’un autre animal, souvent un insecte. Elle pénètre dans le corps de son hôte à l’aide de sa trompe munie de crochets qui lui sert de bouche et se développe jusqu’à se transformer en individu filiforme qui finit par sortir car son stade adulte vit plutôt en milieu aquatique, tel le dragonneau, Gordius aquaticus, que l’on retrouve fréquemment dans les eaux claires du Buech.

Frédéric Thomas, désormais directeur de recherches du CNRS sur le cancer (source © Pour la Science)

L’une de ces espèces, Paragordius tricuspidatus, a été tout particulièrement étudiée par une équipe de chercheurs, dirigée par Frédéric Thomas et qui est à l’origine de plusieurs publications scientifiques à ce sujet, ayant même eu l’honneur d’un article de vulgarisation dans Libération en 2006. Cette équipe mixte rattachée au CNRS et à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) s’est d’ailleurs malicieusement dénommée OPM, pour « organismes parasitiquement modifiés ».

Il faut dire que ce ver gordien est un sacré lascar. Sa larve parasite 9 espèces d’insectes, principalement des grillons, des sauterelles voire des mantes religieuses dont elles se repaissent de l’intérieur, dévorant peu à peu toute leur masse adipeuse tandis qu’elles se développent sous forme d’un long filament qui finit par quitter l’enveloppe passablement dépouillée mais encore vivante de son hôte, généralement en perforant de l’intérieur son apex abdominal, comme on peut le voir sur une vidéo concernant une mante religieuse parasitée. Un spectacle impressionnant puisque la taille du ver qui atteint facilement 15 cm de longueur est très supérieure à celle de l’insecte qui l’abritait, un peu comme si on avait soi-même avalé un tuyau d’arrosage…

A partir de là, la seule obsession du ver gordien est alors de se reproduire, ce qui l’oblige à rejoindre d’autres congénères et pour cela à changer de milieu car l’accouplement des adultes ne peut se faire que dans l’eau libre, celle d’une rivière, d’une mare, ou à défaut d’une piscine, où on les retrouve fréquemment dans le Sud de la France et où les chercheurs de l’IRD ont l’habitude de les observer.

Gordius aquaticus sortant du corps d’une sauterelle dans la vallée du Buech (source © Nature Montagne)

Sauf que pour rejoindre sans encombres un tel milieu aquatique, lorsqu’on est prisonnier du corps d’un grillon qui déteste l’eau et ne sait pas nager, il faut ruser. Et c’est là qu’on découvre que les nématomorphes sont en réalité de dangereux manipulateurs. En étudiant les échanges de protéines qui se produisent entre le ver et le cerveau du grillon qui l’héberge involontairement, les chercheurs de l’IRD cherchent justement à décrypter les mécanismes complexes qui poussent l’insecte des bois à brusquement se diriger vers un point d’eau dont les reflets l’attirent inexorablement, et à sauter de lui-même dans la mare ou la piscine, pour ce qui s’apparente pour lui à un suicide, mais qui est pour le ver gordien la délivrance tant attendue qui lui permet de rejoindre le milieu aquatique désiré.

L’opération n’est d’ailleurs pas sans danger, car un grillon ou une sauterelle qui se débat frénétiquement à la surface de l’eau pour ne pas sombrer attire forcément l’attention de ses prédateurs, truite, gardon ou grenouille. Mais il en faut davantage pour freiner notre ver rond qui, à ce stade, ne pense plus qu’aux ébats érotiques qui l’attendent maintenant qu’il a rejoint l’élément aquatique. Les chercheurs de l’IRD ont ainsi observé que même si la bestiole est gobée avec le pauvre grillon en voie de perdition, elle arrivera à se sortir sans encombre de ce mauvais pas en s’extirpant du cadavre de l’insecte malencontreusement gobé, en remontant par le tube digestif de son prédateur puis en ressortant par le premier orifice venu, bouche, narine ou branchie…

Ver gordien à sa sortie d’un criquet parasité (source © Wikipedia)

Il faut dire que son heure est comptée car plaisir d’amour ne dure pas. Une fois sorti de son hôte garde-manger, le ver gordien ne peut plus se nourrir et sa seule obsession est donc l’accouplement. Le mâle n’y survivra pas et meurt d’extase ou d’épuisement tandis que la femelle expire à son tour en se vidant de ses œufs : les histoires d’amour finissent souvent tragiquement…

Larve de phrygane avec son fourreau protecteur (source © Esoxiste)

Mais pour le ver gordien, un nouveau cycle débute. Les jeunes larves à peine écloses ont toutes les chances de finir dans l’estomac d’une phrygane, un petit insecte volant mais dont la larve vit en milieu aquatique, généralement protégée par un fourreau tissé sur lequel viennent se coller des petits débris formant une sorte de blindage. Devenues adultes, les phryganes ainsi parasitées servent à leur tour de proie à d’autres insectes gloutons dont les grillons ou les sauterelles qui se font ainsi parasités à leur insu avant d’être poussés au suicide sous l’effet de leur hôte manipulateur. Tout compte fait, l’homme n’a rien inventé en matière de manipulation mentale…

L. V.

Pandémie : la Suède fait cavalier seul…

18 avril 2020

Alors que l’épidémie mondiale de Covid-19 bat encore son plein, ce sont selon un article du Monde en date du 17 avril 2020, pas moins de 4,5 milliards de personnes dans 110 pays qui sont actuellement soumis à un confinement généralisé, malgré les dramatiques conséquences économiques et sans doute sociales qui en résultent. Du jamais vu à une telle échelle. Partout dans le monde, avec de légères variantes selon les gouvernements, les cultures locales et surtout le niveau d’acceptation de la population, les consignes sont les mêmes : « Restez chez vous ! ».

Un dessin signé Yelch (source © Pinterest)

Partout désormais les frontières sont fermées, les avions cloués au sol, le trafic routier fortement ralenti, les écoles et les restaurants fermées, les travailleurs confinés à domicile et même les bateaux de croisière sont à l’arrêt. Quelques pays ont bien essayé de passer outre cette politique d’immobilisation générale, cette règle de confinement générale qui nous vient de Chine, la seule réputée de nature à « s’en sortir sans sortir »…

Le premier ministre britannique Boris Johnson, lors d’un point presse sur le Convid-19 le 18 mars 2020 (photo © Eddie Mulholland/ Reuters / Courrier international)

La Grande-Bretagne en particulier a longtemps résisté, visant une stratégie d’immunité collective : plutôt que de protéger la population contre le virus, l’idée était de le laisser faire son œuvre jusqu’à ce que plus de la moitié des Britanniques aient été infestés et aient donc développé des anticorps permettant de faire barrière à la propagation de l’épidémie. Sauf que le 24 mars 2020, face à la propagation rapide de la maladie, le pays s’est finalement résolu à battre en retraite et à annoncer un confinement généralisé. Après avoir longtemps adopté une attitude de déni face au risque sanitaire, le premier ministre, Boris Johnson, annonçait trois jours plus tard être lui-même atteint du Covid-19, avant d’être hospitalisé quelques jours plus tard et même placé en soins intensif le 6 avril.

Tous les pays d’Europe sont donc désormais confinés, tous sauf un : ce dernier pays qui résiste envers et contre tout n’est pourtant pas constitué d’irréductibles Gaulois mais plutôt de descendants des Vikings puisqu’il s’agit de la Suède. Alors que tous ses voisins norvégiens, danois et finlandais se sont progressivement claquemurés depuis maintenant plus d’un mois, les Suédois continuent à n’en faire qu’à leur tête et à refuser tout confinement imposé.

Dans ce pays, le premier cas a été détecté le 31 janvier 2020 et le 22 mars, le bilan faisait état d’un peu moins de 2000 personnes infectées et de 21 morts. A la même date, on en était en France à près de 20 000 cas avérés et de l’ordre de 860 morts déclarés. Il faut dire que le pays est 6 fois moins peuplé que la France, avec un peu plus de 10 millions d’habitants contre 67 en France, et surtout une densité de population sensiblement plus faible.

Nombre de nouveaux cas avérés de Covid-19 identifiés par jour depuis le début de l’épidémie en France et en Suède (source © Wikipédia)

Un mois plus tard, au 17 avril 2020, on dénombre désormais près de 110 000 cas de Covid-19 en France (et désormais près de 19 000 décès en comptant ceux survenus dans les EHPAD). A cette même date, le nombre total de cas enregistrés en Suède est d’un peu moins de 14 000 pour environ 1500 morts constatés. Ramenés à la population respective des deux pays, force est donc de constater que les Suédois ne s’en sortent pas si mal, malgré tous les oiseaux de mauvais augures, et notamment ceux des pays limitrophes, qui ne se sont pas privés de dénigrer une inconscience collective et criaient à la catastrophe annoncée faute de respecter les règles de confinement devenues la norme mondiale depuis le début de cette pandémie…

Et pourtant, ce n’est pas la fameuse hydrochloroquine du bon professeur Raoult qui peut expliquer ce bilan plus qu’honorable puisque le gouvernement suédois a décidé début avril de ne plus y recourir, en dehors des essais cliniques, à cause des effets secondaires jugés excessifs.

Mais si les Suédois n’ont pas cédé à l’injonction du confinement général, ils n’ont pas pris pour autant à la légère cette épidémie, d’autant que le système hospitalier suédois est loin d’être pléthorique puisqu’on n’y compte que 2,2 lits d’hôpital pour 1000 habitants contre 6 en France.

A Stockholm le 27 mars 2020 (photo © TT News Agency / Reuters / Le Monde)

Dès le 12 mars, les rassemblements de plus de 500 personnes étaient interdits, une mesure étendue le 27 mars à tous les groupes de plus de 50 personnes, et le 18 mars, quasiment en même temps qu’en France, les lycées et les universités ont fermé leurs portes. Les stations de ski ont été fermées à leur tour et les visites dans les maisons de retraite sont désormais interdites, comme en France. Le 1er avril, les recommandations à la population ont été rappelées avec force pour inciter chacun à maintenir une distance de sécurité dans les transports en commun, les restaurants ou les commerces.

Le premier ministre suédois Stefan Löfven (photo © Petras Malukas / AFP / La Croix)

Mais pour autant, les écoles et les collèges continuent à fonctionner normalement. Cafés, restaurants, cinémas et jardins publics restent ouverts et rien n’empêche de les fréquenter. En fait, le gouvernement suédois, dirigé par le social-démocrate et ex-syndicaliste Stefan Löfven, part du principe que les citoyens sont informés et responsables, et sont donc en capacité de comprendre et d’appliquer les mesures de santé publique sans que la contrainte soit nécessaire. Comme l’exprime la ministre des Affaires étrangères, « Notre modèle est basé sur la responsabilité personnelle et la confiance dans les décisions prises par les agences gouvernementales. C’est valable en temps de crise comme en temps normal ».

De fait, force est de constater qu’à Stockholm il y a désormais 70 % de gens en moins dans les rues du centre-ville et 50 % en moins dans les transports en commun, ce qui confirme que les citoyens ont bien adapté leurs comportements à la situation. Un tiers des Suédois sont d’ailleurs actuellement en télétravail. Un résultat qui explique sans doute la relative retenue constatée dans la propagation du virus et qui repose donc largement sur la responsabilité collective et le sens des responsabilités de chacun. Des qualités qui expliquent par exemple que le taux de vaccination atteigne 98 % en Suède, alors que la vaccination n’y est pas obligatoire : de quoi faire rêver les épidémiologistes français qui se plaignent sans cesse de la mauvaise volonté de nos compatriotes à suivre les directives sanitaires nationales…

L. V.

Faut-il vraiment désinfecter les rues ?

13 avril 2020

Après Nice, Cannes, Menton, Istres, c’est la maire d’Aix-en-Provence qui a annoncé dès le vendredi 27 mars 2020 le lancement d’une campagne de désinfection systématique des rues de la ville pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Une mesure prise en accord avec Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui a donc demandé à ses équipes de débuter immédiatement la désinfection des rues à Aix-en-Provence, Marseille et même Cassis.

Désinfection dans les rues d’Aix-en-Provence (photo © P. Biolatto / Ville d’Aix / Radio France)

Elle-même atteinte par le Covid-19 mais rapidement soignée grâce aux bons soins du docteur Raoult, la présidente de la Métropole ne pouvait pas rester les bras croisés face à cette pandémie survenue, qui plus est, en même temps qu’un revers électoral sévère au premier tour des élections municipales de Marseille où sa liste, pourtant donnée grande gagnante, n’était arrivée qu’en deuxième position.

Martine Vassal annonçant, depuis son domicile le 25 mars 2020 la gratuité des transports pendant 2 mois (source Facebook / site Martine Vassal)

Dès le 25 mars 2020, elle annonçait donc dans La Provence, outre deux mois d’abonnement gratuit aux transports publics de la RTM, le versement d’une prime exceptionnelle de 1000 € aux agents du Conseil Départemental et de la Métropole, et donc le lancement d’une campagne massive de désinfection des rues de l’agglomération, autant de mesures dans lesquelles seuls les esprits les plus retords pourraient déceler de potentielles visées électoralistes.

Dès le 27 mars donc, les équipes techniques de la Métropole, habillés comme des experts après un essai nucléaire qui aurait mal tourné, bottés, casqués et gantés, avec leur combinaison spatiale blanche, et leurs visières de sécurité, se sont répandus dans les rues d’Aix-en-Provence pour pulvériser à grand coup de Kärcher, les chaussées, trottoirs, bancs publics et même les lampadaires et le parvis des églises, le tout devant les caméras des services de communication de la ville qui relaye largement l’information sur son site municipal.

Désinfection en cours place Estrangin, à Marseille (source : Facebook / Made in Marseille)

Le même jour, les opérations de désinfection ont commencé à Marseille, devant l’hôpital de la Timone, à l’entrée du CHU devenu un lieu ultra-médiatique de la ville, mais aussi aux alentours des stations de métro les plus proches, ainsi que sur le boulevard Baille, la place Castellane, le cours Pierre Puget ou encore la rue de Rome et la rue Paradis. Des opérations qui se sont poursuivies samedi 28 mars dans le centre ville de Marseille, aux alentours de la gare Saint-Charles et sur la Canebière notamment, ainsi que dans le secteur de Belsunce.

Contrairement à la métropole de Toulouse ou à celle de Nice qui ont lancé une opération similaire en utilisant de l’eau de Javel diluée, les services de communication de la Métropole Aix-Marseille-Provence assurent que « la désinfection est assurée avec un produit virucide conforme aux normes européennes présentant une biodégradabilité primaire d’au moins 80 % ». Lequel ? Selon le site toujours bien informé, Made in Marseille, il s’agirait d’un détergent désinfectant et désodorisant, parfumé à la lavande comme il se doit, commercialisé sous le nom de Sanogerme, à base de chlorure de didécyldiméthylammonium, un sel antibactérien utilisé notamment en milieu hospitalier, et de chlorure de benzalkonium, un antiseptique utilisé dans certains produits pharmaceutiques et lingettes.

Désinfection dans les rues de Cannes : un impact environnemental manifestement sous-estimé… (photo © Clement Tiberghien / MaxPPP / Nice Matin)

Toujours est-il que le Ministère de la Santé s’est interrogé sur le bénéfice, non pas seulement électoraliste, mais aussi sanitaire d’une telle opération et a saisi dès le 26 mars le Haut Conseil pour la Santé Publique (HCSP), lequel vient de remettre son avis scientifique sur le sujet, le 4 avril 2020. Cet avis, rendu public le 7 avril, confirme en tout cas ce que tous les responsables politiques, surtout les plus démagogiques d’entre eux, avaient perçu d’instinct : « c’est un outil de communication majeur montrant que les collectivités locales, les responsables politiques, voire les industriels, sont mobilisés pour protéger la population », « l’effet psychologique pour le public est réel » et, cerise sur le gâteau, « le coût de la mesure parait faible ». Pourquoi s’en priver alors ?

Pour tenter de répondre à cette question et comme pour toute question de santé publique, les experts du HCSP ont comparé les bénéfices attendus (autres que purement électoraux) par rapport aux risques potentiels encourus. Leur avis est d’une grande clarté et pour le moins tranché…

Les bénéfices d’une désinfection des rues sont jugés plus qu’incertains par le HCSP. Ce dernier rappelle à ce sujet que le principal mode de transmission avéré du virus se fait par l’émission de gouttelettes en cas de toux ou d’éternuement, lorsque les distances de sécurité ne sont pas respectées. Les effets de transmission indirecte par toucher de surface contaminées n’ont pas été prouvés à ce jour, même si on a pu constater que le virus restait actif pendant quelques heures voire quelques jours sur certaines surface selon la nature du matériau support et les conditions atmosphériques, sans pour autant qu’on sache si un simple contact avec ces surfaces est réellement de nature à permettre une infection. Le HCSP rappelle quand même que le réservoir qui permet au virus de se développer est l’homme et pas son environnement, une évidence que l’on aurait presque tendance à oublier !

Désinfection dans une salle de classe à Rmeileh (Liban) (photo © Mahmoud Zayyat / AFP / France Culture)

En revanche, les risques liés à la pulvérisation sous pression de produits désinfectant dans l’espace public sont parfaitement connus et incontestables. L’eau de Javel, hypochlorite de sodium pour les intimes, le désinfectant le plus utilisé car le moins coûteux et le plus facile à se procurer, même si des tensions apparaissent alors que les ventes de ce produit ont augmenté de plus de 80 % ces dernières semaines, est un produit éminemment nocif, à l’origine de très nombreuses intoxications et son impact environnemental sur les organismes aquatiques et la végétation est loin d’être négligeable, la toxicité de certains des sous-produits issus de sa dégradation étant jugée préoccupante. Toute pulvérisation massive du produit à proximité d’un milieu aquatique, lorsque le ruissellement direct ou via le réseau pluvial le met en contact rapide avec une rivière ou la mer est donc fortement déconseillée.

Dans ces conditions, l’avis du HCSP est donc sans équivoque et indique qu’il n’est pas « recommandé de mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie », tout en formulant au passage une autre évidence, à savoir qu’il ne faut surtout pas remettre en suspension la poussière du sol en utilisant des appareils de type souffleurs de feuilles. Cela va sans dire mais il n’est parfois pas inutile de rappeler certaines évidences dans un monde où la panique à tendance à prendre le pas sur une rationalité minimale...

L. V.

Coronavirus : mieux vaut en rire…

31 mars 2020

En cette période de pandémie mondiale de Covid-19, certains ont tendance à se laisser aller au pessimisme ambiant, voire à la panique généralisée. Mais heureusement, l’humour aide parfois à ne pas dramatiser inutilement la situation et à prendre son mal en patience en attendant des jours meilleurs. Et de ce point de vue, certains ne manquent pas d’imagination… Petit florilège non exhaustif du talent de quelques dessinateurs de presse, histoire de tuer le temps avant que le virus ne nous tue !

L. V.

Surtout ne pas paniquer, même si le contexte est quelque peu anxiogène : un dessin signé Patrick Chapatte et publié dans le journal suisse Le Temps)

 

Les grands événements sportifs affectés par l’épidémie : la course cycliste Milan San Rémo a dû être annulée, un dessin du Belge Sondron (source Le Courrier International)

 

Le contrôle des attestations de déplacement dérogatoire, un vrai casse-tête pour les forces de l’ordre : un dessin signé Na !

 

Un appel gouvernemental à aller aider les agriculteurs pour les travaux des champs : heureusement que certains ont l’esprit civique développé… (source Blog Médiapart Monkeyman)

 

Braver le confinement, un geste inconscient… Humour noir signé Ranson

La crise sanitaire a pour effet de renforcer les liens familiaux, en général du moins : un dessin de Sébastien Lacombre (source Le Journal de Saône-et-Loire)

 

Faire des provisions en période de confinement, une bataille mémorable… (source Facebook / Pleine Vie)

 

L’épidémie de Covid-19 a permis à de nombreux travailleurs d’expérimenter le télétravail, avec malgré tout ses limites… (source D. Parreaux / France Bleu)

 

Pendant le confinement, les joies de l’école à la maison, un calvaire pour certains parents… Un dessin signé Philippe Tastet

 

Un effet positif de la pandémie mondiale : le niveau de pollution est en baisse significative… Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

 

Rien ne sera plus comme avant : les effets inattendus de cette crise sanitaire sur les schémas de pensée de nos dirigeants ? Un dessin signé Soulcié, publié dans Marianne le 20 mars 2020

Covid-19 : la guerre…des chiffres

22 mars 2020

Nous sommes en guerre… Le Président de la République, Emmanuel Macron, l’a martelé avec gravité lors de sa dernière allocution télévisée, lundi 16 mars 2020, tout en demandant à chacun de rester soigneusement confiné à la maison. Une guerre de tranchée pour l’instant, où chacun vit retranché à domicile. Comme le titre astucieusement le Canard Enchaîné, c’est « l’immobilisation générale » ! Une guerre dans laquelle chacun a tendance à se refermer derrière ses frontières : la période n’incite guère à l’ouverture vers autrui, et tant pis pour les populations en détresse qui errent sur les routes à la recherche d’un hypothétique refuge en ces temps troublés…

Un dessin satirique signé Kanar, publié le 14 mars 2020 par Alternatives économiques

Dans de telles circonstances, l’incertitude règne. Mais une chose est sûre néanmoins, rarement crise sanitaire aura été autant commentée et documentée en temps réel, dans la plupart des pays désormais touchés. Par rapport à la grippe espagnole, qui avait pourtant fait autour de 50 millions de morts à travers le monde entre 1918 et 1920, dont 250 000 en France, la pandémie dénommée désormais Covid-19, apparue fin 2019 dans la ville chinoise de Wuhan fait en effet nettement plus couler d’encre.

Patients atteints par le H1N1 en 1918, pris en charge dans un entrepôt de l’armée américaine au Kansas (source © NYPL Science / France Culture)

Il faut dire que lorsque les premiers cas de H1N1 commencent à faire des ravages dans le Kansas, début 1918, les États-Unis sont en guerre et que la censure militaire incite plutôt au black out, surtout lorsque l’un des premiers foyers épidémiques se déclare sur une base militaire du Kansas où les jeunes recrues recevaient leur formation avant d’embarquer pour l’Europe où ils ont propagé rapidement l’épidémie dès leur débarquement à Bordeaux en avril 1918. Tous les pays en guerre seront fortement touchés par cette pandémie qui causera bien davantage de décès que la guerre elle-même. Mais si elle est restée dans l’Histoire sous le nom de grippe espagnole, c’est précisément parce que l’Espagne, non engagée dans le conflit mondial, a été l’un des rares pays à laisser ses médias parler librement de l’épidémie dont les conséquences faisaient l’objet d’une censure sévère partout ailleurs.

Rien de tel en 2019 et du coup le monde entier a pu suivre, jour après jour, le développement de l’épidémie dans tous les pays touchés, y compris en Chine où le pouvoir, bien que peu démocratique et plutôt adepte d’un contrôle strict de l’information, a malgré tout largement communiqué sur le sujet. Premier pays touché, c’est aussi celui qui a réussi le premier à enrayer totalement l’épidémie sur son sol au prix de mesures très drastiques de confinement. Depuis le 22 janvier 2020, date à laquelle a été initié le confinement de plus de 20 millions de personnes de la province de Hebei, le nombre de cas a fortement progressé pour commencer à se stabiliser environ un mois plus tard, fin février.

Évolution du nombre de cas confirmés de Covid-19 en Chine continentale (source infographie © Wikipedia)

La Chine n’enregistre, depuis plusieurs jours déjà, plus aucun nouveau cas autochtone, et s’attache désormais à se protéger contre les personnes potentiellement contaminées qui débarquent sur son sol. Un premier bilan de l’épidémie dans ce pays peut donc être considéré comme un ordre de grandeur fiable et s’élève à plus de 80 000 cas enregistrés pour 3255 morts à ce jour, mais encore plus de 5000 malades sous observation. Sur cette base statistique, on pourrait donc estimer le taux de mortalité des personnes contaminées à environ 4 %, sachant que ce taux est environ le double chez les personnes de plus de 70 ans et atteint même de l’ordre de 15 % chez les plus de 80 ans. Il vaudrait mieux d’ailleurs parler de taux de létalité car la notion de taux de mortalité se calcule en toute rigueur par rapport à la population totale et est, bien évidemment, infiniment plus faible !

En cas d’épidémie, on stocke… Humour belge, signé Oli

Maintenant que l’épidémie s’est propagée quasiment dans le monde entier, la courbe chinoise sert en quelque sorte d’étalon pour comparer la situation avec les autres pays. Certains comme la Corée du Sud, commencent aux-aussi à voir le nombre de cas se stabiliser. Mais il n’en est encore rien en France où l’épidémie s’est déclarée nettement plus tard, dans la dernière semaine du mois de février, et où on est encore dans une phase de développement très rapide de la maladie. Avec près de 13 000 cas déclarés au 20 mars 2020, on enregistre actuellement une progression de 15 à 20 % du nombre de cas chaque jour, ce qui reste considérable (mais comparable à ce qui est observé dans les autres pays au même stade. Le nombre de décès, toujours au 20 mars, atteint 450, ce qui correspond à un taux de létalité d’environ 3,5 % qui reste donc très comparable à celui observé en Chine sur un échantillon statistique plus représentatif.

Mais les chiffres disponibles d’un pays à l’autre montrent des situations somme toute assez contrastées. L’Italie en particulier fait pâle figure avec un nombre de morts (4032 le 20 mars 2020) qui dépasse désormais celui de la Chine alors que curieusement, le nombre de cas de Covid-19 confirmés est de 47 000 à cette même date, soit deux fois moins qu’en Chine. Un tel écart étonne car il signifie que le taux de létalité apparent du virus en Italie est quasiment deux fois plus important qu’en Chine. Plusieurs explications peuvent bien entendu expliquer un tel écart, et il est sans doute trop tôt pour en tirer des conclusions, mais cela pourrait signifier soit que les populations touchées sont plus vulnérables (car plus âgées ou moins bien prises en charge, surtout lorsque les structures hospitalières sont débordées), soit plus vraisemblablement que le dépistage de la contamination est moins efficace, ce qui n’a rien d’étonnant pour un virus qui se caractérise par de nombreux cas de porteurs sains asymptomatiques.

Carte mondiale des cas recensés au 20 mars 2020, compilation Johns Hopkins University CSSE (source infographie © efficiens.com)

Un tel écart se retrouve d’ailleurs lorsqu’on observe les chiffres selon les pays, comme le permet notamment le site très documenté efficiens.com. L’OMS estime actuellement ce taux de létalité à 3,4 % au niveau mondial alors qu’en Corée du Sud ce taux est actuellement de 0,7 % et même 0,2 % en Allemagne tandis qu’il atteint par exemple 4,5 % au Royaume-Uni et 7,5 % en Iran. En réalité ceci s’explique par les pratiques de santé publique qui font que certains pays, dont la Corée, ont pratiqué un dépistage systématique, maximisant donc automatiquement le nombre de cas déclarés positifs. Sachant qu’une personne sur deux en moyenne, bien que porteuse du virus, ne développe aucun symptôme, on peut en déduire que dans un pays comme la France ou l’Italie, où ce dépistage systématique n’est pas la règle, le nombre de cas est sans doute très supérieur à celui connu, ce qui signifie que le taux de létalité est en réalité nettement moindre que celui qui découle des chiffres officiels.

Le navire de croisière Diamond Princess en quarantaine dans le port de Yokohama le 17 février 2020 (photo © Kyodo news / Getty Image / insider.com)

De ce point de vue, la situation du bateau de croisière Diamond Princess, dont les passagers et l’équipage ont été mis en quarantaine, dans le port de Yokohama, dès la découverte d’un premier cas à bord, début février, constitue un cas d’école très instructif. Sur les 3711 personnes à bord, 634 ont été testées positives dont 51,7 % se sont révélées asymptomatiques pendant la période d’observation et il y a eu au total 7 décès, ce qui correspond à un taux de létalité effectif de 1,1 % seulement, mais qui aurait été plus proche de 2,3 % en cas de dépistage non systématique.

En matière de santé publique, les chiffres divulgués demandent donc, comme toujours, à être manipulés avec une grande prudence. Mais il est pour le moins réconfortant de constater que jamais sans doute une pandémie de cette nature n’a été aussi bien documentée en temps réel et n’a fait l’objet, à l’échelle mondiale, de telles mesures de prévention : à quelque chose, malheur est bon…

L. V.

Après 1336, 1083…

18 janvier 2020

Emballages de thé commercialisé par Scop-TI sous la marque 1336 (photo © Martin Flaux / Made in Marseille)

1336, c’est le nom commercial des produits issus de cette coopérative de production SCOP-TI (Société coopérative provençale de thés et d’infusion) basée à Gemenos et qui a pris le relais, en 2014, de la société Fralib, une filiale du géant de l’agroalimentaire Unilever, après 1336 jours de mobilisation acharnée de ses employés. Depuis mai 2015, les boîtes de sachets de thé et d’infusions aux couleurs pastel issues des chaînes de production de Gemenos viennent remplir les rayons des magasins tout en continuant d’arborer fièrement le slogan quelque peu engagé des ex-FRALIB : « éveille les consciences, réveille les papilles ».

Et voilà qu’une autre entreprise au nom tout aussi codé de 1083, fait beaucoup parler d’elle à son tour, alors que son fondateur, Thomas Huriez, vient de publier un livre, intitulé en bon franglais burlesque Re-made en France, dans lequel il se fait le chantre d’une nouvelle relocalisation en France de la production textile.

Informaticien de formation, Thomas Huriez s’ennuyait ferme dans son job de responsable informatique dans une école de commerce à Grenoble et rêvait d’arriver à concilier son engagement professionnel avec ses valeurs éthiques, une équation pas toujours aisée à résoudre. En 2007, il franchit le pas en démissionnant et se lance à 32 ans dans la création d’une société de commerce de vêtements éthiques, Modetic, qu’il installe dans sa ville natale de Romans-sur-Isère. Une ville qui fut capitale française de la chaussure avant que cette filière ne transfert la totalité de sa production sous d’autres cieux, là où la main d’œuvre se contente de salaires de misère.

La nouvelle société du jeune entrepreneur tente de commercialiser, via internet et dans son magasin de Romans, différentes marques de mode issues du commerce équitable et/ou fabriquées à base de textiles bio. Mais le secteur est en crise et peine à décoller, les consommateurs préférant acheter dans des circuits plus classiques des marques produites à l’autre bout du monde, dans des conditions sociales et écologiques déplorables, mais vendues beaucoup moins chères. Partant de ce constat, Thomas Huriez se pique de vouloir reconstituer une filière locale de fabrication de textiles, d’abord des chaussettes et des tee shirts, avant de s’attaquer aux jeans.

La filature Valrupt dans les Vosges, où ont été tissés les premiers jeans 1083, reprise par Modetic fin 2018 (source © Les Echos)

Sauf qu’à force de délocalisation, on ne sait plus fabriquer en France des jeans, de même qu’on a perdu le tour de main pour faire des soudures et de la chaudronnerie à usage nucléaire, mais ceci est une autre histoire… En 2012, la société Modetic crée ainsi la marque 1083 pour commercialiser sa propre gamme de vêtements made in France. 1083 et la petite borne rouge qui lui sert de logo pointent sur la distance maximale qui sépare à vol d’oiseau les deux points les plus éloignés de l’Hexagone. Le concept est donc limpide : n’acheter que des vêtements et des baskets produits à moins de 1083 km de votre domicile plutôt que d’importer par container des habits qui ont fait plusieurs fois le tour du Monde au gré des vicissitudes des filières textiles mondialisées.

Pour démarrer, Modetic a fait appel au financement participatif via la plate forme de crowfunding Ulule. Il faut au minimum 150 pré-commandes pour lancer la chaîne de fabrication mais l’engouement est tel que les commandes affluent et dépassent rapidement le millier, attestant d’un réel engouement d’une partie des consommateurs pour le textile éthique made in France.

En juillet 2014, Thomas Huriez se prépare pour une traversée de la France en vélo après avoir rapidement gagné son pari de vendre plus de 1083 jeans made in France… (photo © Florence Gotschaux / France Bleu)

Mais il n’est pas si simple de retrouver des approvisionnements français et locaux pour le tissage, les ateliers de confection et les machines. Il a fallu ouvrir une école pour former de nouveau en France du personnel compétent afin de redévelopper la filière. Les rivets étaient jusque-là importés, mais la société est en train de mettre en place des sources locales d’approvisionnement. Quant au coton utilisé, il vient de Tanzanie, du Bénin ou du Mali mais est certifié 100 % bio et sans OGM. Et l’entreprise s’efforce de recréer une filière de tissage du lin, une plante textile dont la France est le premier producteur mondial alors que la dernière filature a fermé ses portes en 2005…

Un jean et des baskets made in France (source © Modetic)

Sur le plan économique, la concurrence avec les pays asiatiques est rude. Pour fabriquer un jean basique, selon une étude réalisée par l’Institut de la Mode pour l’Union des industries textiles et publiée notamment par Fashion network, il faut compter environ 1,20 € de main d’œuvre au Bangladesh, 2,70 € en Chine, 4 € au Maroc ou en Tunisie, 7 € au Portugal, et pas moins de 12,50 € en France. A cela, il faut ajouter le prix du tissu, de l’ordre de 3 € pour du tissu asiatique et 6 € pour un tissu euro-méditerranéen, ainsi que celui des fournitures qui ne dépasse guère 1 €. Quant aux droits de douane et aux coûts de transport, ils sont naturellement supérieurs pour les marchandises importées et peuvent atteindre près de 1,50 € pour des jeans importés de Chine, du Vietnam ou du Maroc, alors qu’ils sont quasi inexistant pour un pantalon fabriqué en France ou en Turquie.

A première vue, un jean fabriqué en France revient donc 2 à 3 fois plus cher que son équivalent importé de Chine. Sauf que les distributeurs en Europe vendent leurs produits avec des marges très confortables, n’hésitant pas à les mettre en vente à 8 voire 10 fois leur prix de revient. Moyennant un autre modèle de circuit de distribution dans lequel le vêtement est vendu à 2 ou au maximum 4 fois le prix de revient, on arrive finalement à retrouver des produits compétitifs et plus satisfaisants pour nombre de consommateurs. Comme quoi, la désindustrialisation en France n’est pas une fatalité et que les coûts de main d’œuvre ne sont pas, loin s’en faut, le seul paramètre à prendre en compte !

Schéma de principe du cycle de vie d’un jean Infini (source © 1083)

D’autant qu’une marque comme 1083 ne manque pas d’imagination pour satisfaire les attentes de ses clients, allant jusqu’à leur vendre son propre tissu et ses patrons pour leur permettre de coudre eux-mêmes leur jean, ou à commercialiser des jeans consignés qui peuvent être rendus après usage, moyennant la récupération d’une consigne de 20 €, afin d’assurer le recyclage du produit… Modetic va très loin dans le concept du jean recyclable, en concevant des modèles à partir de fibres de polyester recyclé (issu de bouteilles plastiques usagées et de déchets récupérés en mer) qui sont filées en Espagne, teintes en Ardèche et tissées en Saône-et-Loire, les jeans eux-mêmes étant confectionnés à Marseille !

La marque 1083 étant loin d’être le seul acteur sur ce créneau du jean éco-responsable, plus ou moins éthique, fabriqué au moins partiellement en France ou du moins en Europe, et de plus en plus recyclable, on sent que quelque chose est en train de bouger dans le domaine textile : il ne tient plus qu’au consommateur d’encourager cette démarche par son geste d’achat. Thomas Huriez affirme avoir créé 7 emplois en vendant depuis 2013 environ 7000 jeans made in France et rappelle qu’il se vend chaque année en France de l’ordre de 88 millions de jeans : de quoi recréer pas mal d’emplois en effet…

L.V.

Gare au gorille ! Les risques du GPS…

28 novembre 2019

Ce jeudi 14 novembre 2019, les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse étaient placés en vigilance orange pluie, orage et inondation. Des trombes d’eau se sont abattus sur l’agglomération marseillaise, comme c’est fréquent à cette période de l’année. A La Ciotat, où il est tombé 63 mm en quelques heures dans l’après-midi, les infiltrations à travers la toiture d’un immeuble ancien ont provoqué l’effondrement d’un faux plafond, sans faire de victime heureusement, les 8 occupants ayant été évacué juste à temps.

Une voiture plongée dans les eaux du Vieux-Port, sur les indications du GPS (photo © Alban Poitevin / France Télévision)

En revanche, une voiture immatriculée dans le Vaucluse et avec trois personnes à bord, a connu une belle mésaventure. Aveuglé par les trombes d’eau qui s’abattaient sur la chaussée et suivant aveuglément les indications de son GPS manifestement pressé de couper au plus court, le conducteur a foncé directement dans le Vieux-Port où son véhicule s’est enfoncé irrémédiablement dans les flots. Heureusement, les trois occupants ont pu s’extraire immédiatement de la voiture engloutie et s’en sont tirés indemnes. Ce sont ensuite des plongeurs guidés par les marins-pompiers de Marseille qui ont pu repérer l’épave gisant au fond du port, et l’extraire de l’eau…

A Marseille, on ne repêche pas que des sardines dans le Vieux-Port (photo © Alban Poitevin / France Télévision)

Une mésaventure malheureusement pas si rare qu’on pourrait le croire, maintenant que tout un chacun conduit les yeux rivés sur l’écran de son GPS. Europe 1 avait relayé en janvier 2018 une histoire très comparable survenue à des automobilistes circulant près de la ville de Burlington, dans le Nord-Est des États-Unis, pas très loin de la frontière canadienne. Roulant sous la pluie et par un léger brouillard tout en suivant avec confiance les indications de l’application mobile Waze, ils avaient terminé leur course dans le lac Champlain et avaient eux-aussi pu s’en tirer sans trop de dommage, sinon pour leur véhicule.

Une Toyota Yaris repêchée dans un lac canadien par suite d’une erreur de GPS (source © Caradisiac)

En 2016, selon le site Caradisiac, c’était une jeune Canadienne de 23 ans qui avait de même engagé sa Toyota Yaris dans un lac de l’Ontario, en circulant de nuit, les yeux braqués sur son GPS. La voiture avait emprunté à vive allure une rampe de mise à l’eau et avait terminé sa course à plus de 30 m du bord. Heureusement, l’occupante avait pu, là aussi, ouvrir à temps sa vitre et s’extraire de son véhicule pour regagner la terre ferme à la nage dans une eau à 4 °C.

Si les exemples de ce type sont si nombreux, c’est que les indications fournis par les GPS ne sont jamais fiables à 100 %. Mais cela traduit aussi le fait que conduire en se concentrant sur les indications fournies par le GPS provoque une baisse de vigilance et une moindre attention portée à la route, à tel point que nombreux sont ceux qui alertent sur le risque accru d’accidents liés à la conduite assistée par GPS.

Ce phénomène, bien connu en matière de sécurité routière, est désigné par les spécialistes sous le nom de « cécité d’inattention », à la suite de sa description dès 1992 par Irvin Rock et Arien Mack. Quand on se concentre sur une tâche donnée, on devient moins réceptif aux autres stimuli et il arrive que l’on ne perçoive plus des éléments pourtant bien visibles et qui devraient nous alerter.

Une des expériences les plus célèbres qui met en évidence ce phénomène a été réalisée par les psychologues Daniel Simons (Université de l’Illinois) et Christopher Chabris (Université d’Harvard). Elle consiste à demander à des sujets de regarder une courte vidéo d’un match de basket. Les cobayes doivent compter les passes faites par une des équipes ou encore évaluer le nombre de passes aériennes et le nombre de passes par rebond. La plupart des personnes testées donnent une réponse satisfaisante quant au nombre de passes effectuées.

En revanche, lorsqu’on leur demande s’ils ont remarqué quelque chose d’insolite au cours de l’extrait de match visionné, plus de la moitié d’entre eux n’avaient tout simplement pas vu le comédien déguisé en gorille qui traversait tout l’écran au milieu des joueurs, comme si de rien n’était, s’arrêtant même pour se frapper la poitrine de ses deux poings !

L’expérience est si démonstrative qu’elle fut même utilisée par la télévision britannique dans le cadre d’une campagne de sensibilisation des automobilistes quant au risque de non-perception d’un cycliste ou d’un piéton lorsqu’on a l’attention accaparée par l’écran de son GPS (ou lorsqu’on en concentré sur une conversation téléphonique). En voiture, le GPS est un outil bien utile, mais attention à ne pas lui accorder plus d’attention qu’il ne le mérite, au risque de se retrouver dans le Vieux-Port, ou de percuter un gorille basketteur…

L. V.

Dans le Doubs, absinthe-toi !

2 octobre 2019

Affiche créée par les frères Mourgue vers 1900 pour la distillerie d’absinthe Bourgeois à Pontarlier (source : absinthes.com)

Contrairement au Pastis de Marseille, mis au point en 1932 par Paul Ricard, l’absinthe, auquel cet alcool anisé est apparenté, garde une image quelque peu sulfureuse dans l’inconscient collectif. C’est en 1915, en pleine guerre, que la fabrication de l’absinthe a été interdite en France, au prétexte que cet alcool pouvait rendre fou, sous la pression des ligues antialcooliques, mais aussi des viticulteurs qui se plaignaient de la concurrence de cet alcool fort alors si apprécié.

Pourtant, l’usage d’extraits d’absinthe à des fins médicales est connu depuis l’Antiquité égyptienne et s’est transmis au cours des siècles. Les vins d’absinthe, obtenus par macération de raisins avec des feuilles d’absinthe (Artemisia absinthium, une plante de la famille des Astéracées) étaient appréciés pour leurs vertus médicinales au XVIe siècle. Mais c’est une rebouteuse suisse du canton de Neuchâtel, Henriette Henriod, qui est réputée avoir inventé la recette de l’absinthe distillée, recette qui a permis au major Dubied d’ouvrir en 1797 la première distillerie d’absinthe apéritive à Couvet, en Suisse, avec l’aide de son gendre Henri-Louis Pernod.

En 1805, ce dernier prend ses distances avec son beau-père et fonde sa propre société, Pernod Fils, qui ouvre une distillerie à Pontarlier, dans le Doubs. La ville devient la capitale de l’absinthe et en 1900 on compte pas moins de 25 distilleries qui font travailler plus du tiers des habitants ! Dès 1830, cet apéritif à base d’absinthe (la grande et la petite, Artemisia pontica), d’anis vert, de fenouil, de mélisse et d’hysope, qui titre entre 68 et 72° d’alcool, devient particulièrement populaire auprès des soldats qui colonisent l’Algérie, leurs officiers étant persuadés que cela aide à combattre la malaria et la dysenterie.

En 1870, c’est devenu l’apéritif de loin le plus consommé en France. On le déguste dans des verres spéciaux évasés, sur lesquels on pose une cuillère percée avec un sucre à travers duquel percole l’eau très fraîche qui sert à diluer la liqueur. Un véritable rituel auquel s’adonneront de nombreux poètes et artistes tels que Verlaine ou Van Gogh, au point que cet apéritif finira par concentrer les foudres des ligues antialcooliques jusqu’à son interdiction totale. Ce n’est qu’en 1988 qu’un décret signé par Michel Rocard, lèvera cette interdiction d’utilisation dans les produits alimentaires de la thuyone, principale molécule présente dans l’huile essentielle d’absinthe, tandis que la Suisse autorisera de nouveau la distillation de l’absinthe à partir de 2005.

L’incendie de l’usine Pernod à Pontarlier le 11 août 1901 (photo DR)

En 1910, on produisait en France 36 millions de litres d’absinthe annuellement. L’incendie causé par la foudre qui avait ravagé l’usine Pernod de Pontarlier, le dimanche 11 août 1901, n’était alors plus qu’un mauvais souvenir. Ce jour-là pourtant, la totalité de la production avait dû être rejetée pour éviter que les cuves d’alcool n’explosent sous l’effet de la chaleur. 600 000 litres d’absinthe se sont ainsi déversés dans le Doubs, pour le plus grand bonheur des riverains en aval qui remplissaient leur verre en puisant directement dans la rivière.

La source de la Loue à Ouhans

Cette catastrophe technologique et économique est d’ailleurs à l’origine d’une très belle démonstration scientifique qui est restée dans les annales de l’hydrogéologie. Elle a en effet permis de démontrer de manière magistrale ce que beaucoup pressentaient depuis longtemps, à savoir que les sources karstiques de la Loue, situés à 12 km de Pontarlier, sont alimentées principalement par une résurgence des pertes du Doubs qui se produisent dans le lit de la rivière en aval immédiat de Pontarlier. L’hydrogéologue Eugène Fournier avait déjà tenté de démontrer cette thèse par des essais de coloration, mais le sinistre de l’usine Pernod l’a confirmé puisque la source de la Loue a pris une belle teinte verte et une forte odeur anisée, 48 heures seulement après l’incendie.

Le chimiste André Berthelot en a tiré une communication à l’Académie des Sciences, dans laquelle il analyse en détail le phénomène, insistant au passage sur la vulnérabilité de ces résurgences karstiques qui fournissent une eau ayant circulé très rapidement dans des conduits souterrains sans réelle filtration et qui sont donc particulièrement sensibles à des pollutions même survenues à distance.

La grande sécheresse de l’été 1906 qui a suivi a permis à Eugène Fournier de faire des observations plus précises sur l’origine des communications entre les deux bassins versants et de repérer certaines des failles qui expliquent les pertes du Doubs. Le lit de la rivière s’était alors asséché sur plus de 2 km de long comme cela arrive périodiquement et comme cela s’est encore produit tout récemment durant l’été 2018.

Le lit du Doubs à sec en août 2018 (photo T. Martinez / France 3 Régions)

De longue date d’ailleurs, les industriels qui exploitent la force du courant le long du Doubs, se sont mobilisés pour tenter de colmater ces pertes par où l’eau s’infiltre et va se déverser vers le bassin de la Loue (qui est d’ailleurs un affluent du Doubs). C’est souvent après une forte crue que ces communications se réactivent, provoquant des assecs spectaculaires comme cela a été le cas en 2018 avec quatre tronçons concernés dont un de près de 14 km autour de Pontarlier.

Essai de coloration à la fluorescéine dans le Doubs en septembre 2018 (source : Info Routes Haut-Doubs 25 / Facebook / 20 minutes)

Des nouvelles études avec des colorations (à la fluorescéine cette fois, et non pas à la liqueur d’absinthe) ont été réalisées en septembre 2018 par les services de l’État pour mieux comprendre la géographie de ces circulations souterraines. Un ancien bras de dérivation, permettant au Doubs de contourner les zones de pertes, pourrait être réactivé et des aménagements sous forme de margelle ont été construits autour de certaines des pertes identifiées afin d’en conserver le fonctionnement naturel tout en permettant au Doubs de garder un débit d’étiage suffisant pour ne pas voir tous ses poissons se dessécher sur place dans un lit où l’on marche à pied sec. Un beau défi pour la gestion de ce cours d’eau qui risque d’être de plus en plus exposé à ce type de risque sous l’effet du changement climatique…

L. V.

Faut-il remplacer les élections par un tirage au sort ?

30 septembre 2019

Un dessin signé Déligne (source : Les Crises)

Dans six mois auront lieu en France les prochaines élections municipales : l’occasion de s’interroger une fois de plus sur la légitimité et la représentativité des élus à qui nous déléguons le soin de gouverner les affaires publiques, quitte à les critiquer vertement pour cela. En France comme dans la plupart des pays occidentaux, la démocratie représentative est en crise avec des taux d’abstention souvent élevés, des élus déconsidérés et des citoyens qui ne leur font plus guère confiance. Revirements idéologiques, comportements opportunistes, promesses non tenues, dérives affairistes ou autocratiques, autant de maux qui amènent le citoyen à se défier du politique, même élu à la majorité.

Dessin publié dans Télérama en mai 2014

Faut-il alors abandonner le mode électif pour revenir au tirage au sort ? L’idée parait saugrenue, mais certains y pensent sérieusement, rappelant que le dispositif du tirage au sort a été la base du système démocratique athénien pendant deux siècles et demi ! Les Italiens y ont eu largement recours au Moyen-Age et à la Renaissance et Montesquieu lui-même considérait que le tirage au sort était l’outil de la démocratie alors que, pour lui, le mode électif était celui de l’oligarchie.

N’oublions pas que c’est sous la Révolution Française, en 1791, qu’a été instauré le tirage au sort pour la constitution des jurys d’assises, toujours en vigueur dans notre pays et dans bien d’autres de par le monde. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cet exemple dont il a pu apprécier le mode de fonctionnement et l’efficacité, que l’avocat Paul Le Fèvre plaide pour utiliser le tirage au sort comme mode de désignation de représentants du peuple en complément du dispositif électoral classique, et ceci en réponse aux attentes sociétales qui se sont exprimées notamment via le mouvement des gilets jaunes.

Contrairement au sondage, qui se contente d’interroger des citoyens anonymes et totalement déresponsabilisés, les invitant à répondre rapidement et sans réflexion préalable à des questions souvent orientées, consulter des assemblées de citoyens désignés par tirage au sort permet de les former et de leur donner accès à toute l’information nécessaire pour leur permettre de porter un jugement éclairé sur des dossiers même complexes.

De nombreuses assemblées consultatives ont ainsi été constituées dans des contextes très différents et permettent de confirmer que la méthode peut donner des résultats à la hauteur des enjeux. C’est le cas par exemple des budgets participatifs mis en place dans de nombreuses communes dont Aubagne mais aussi Pont-de-Claix, près de Grenoble, qui dès 2004 a constitué un comité de 40 citoyens tirés au sort (dont 7 jeunes) pour donner un avis sur les choix budgétaires municipaux et élaborer un budget participatif destiné à financer des projets dans les quartiers de la ville.

En novembre 2010, des citoyens islandais votent pour les candidats qui formeront l’Assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution (photo © Jon Svavarsson / Presse Canadienne)

En 2010, en Islande, 1000 personnes ont été tirées au sort pour former une Assemblée nationale éphémère chargée de dégager les grands points de révision de la constitution. En Irlande, en 2012, une commission constitutionnelle a vu le jour, composée de 33 responsables politiques élus et de 66 citoyens tirés au sort, représentatifs de l’électorat irlandais. Cette commission a préparé les évolutions de la constitution sur différents sujets de société comme l’âge légal du vote, le mariage des couples homosexuels ou la place des femmes en politique.

Réunion d’une assemblée citoyenne constituée par tirage au sort en Irlande en novembre 2016 (photo © Dimitri Courant / La Vie des Idées)

Un des atouts majeurs du tirage au sort est de permettre une meilleure représentativité de la population dans sa diversité alors que le système électif favorise certaines catégories socio-professionnelles. Il suffit pour s’en convaincre de regarder le profil des élus par exemple à l’Assemblée nationale issue des élections de 2017 : 76 % des députés sont des cadres et des professions intellectuelles supérieures (ils étaient 81,5 % dans ce cas dans la mandature précédente !) alors que ces catégories ne représentent que 17,5 % de la population française. Inversement, employés et ouvriers qui constituent près de la moitié des Français ne sont que 4,6 % au Parlement. Quant aux femmes, et malgré les règles incitatives, elles ne représentent encore que 39 % des députés…

Juin 2017 : de nombreux chefs d’entreprises à l’Assemblée Nationale, de quoi inquiéter les syndicats. Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

Utiliser le tirage au sort pour désigner des assemblées de citoyens chargés de réfléchir à des sujets de société ou à des projets d’intérêt local, d’élaborer des questionnements qui pourraient être ensuite soumis à référendum, ou encore de contrôler le bon fonctionnement des institutions formées d’élus, voilà qui mérite en effet la réflexion. Ce pourrait en tout cas être une voie à explorer pour redonner du souffle à notre système démocratique en mobilisant l’intelligence collective, et éviter certaines dérives individualistes et cyniques vers des extrêmes.

Participer comme citoyen éclairé et informé à des débats de société oblige à s’intéresser à ces sujets dans toute leur complexité, à écouter et chercher à comprendre les avis divergents, à s’impliquer dans la gestion des affaires publiques, à faire preuve de responsabilité dans la prise de décision. Bref, tout l’inverse de la simple discussion de comptoir où chacun balance son opinion à tort et à travers. Alors, chiche ?

L. V.

A quand la réutilisation des eaux usées ?

12 septembre 2019

La France va-t-elle prochainement manquer de ressources en eau ? On pourrait en effet le craindre à voir les arrêtés de restriction qui s’accumulent cet été comme c’était d’ailleurs déjà le cas l’an dernier : le 5 septembre 2019, le site ministériel Propluvia recensait pas moins de 201 arrêtés préfectoraux sécheresse en vigueur, répartis dans 87 départements, soit la quasi-totalité du territoire national, avec néanmoins une plus forte concentration dans 45 départements en situation de crise avec interdiction totale ou partielle de l’irrigation, notamment dans le Loiret, l’Eure-et-Loir, la Vendée, l’Indre, l’Allier, le Lot ou encore le Tarn.

Cartes des arrêtés de sécheresse en France métropolitaine le 10 septembre 2019 (source © Propluvia)

Les projections prenant en compte les impacts du changement climatique n’incitent guère à l’optimisme. Elles convergent en effet pour indiquer que les débits d’étiage des cours d’eau et surtout le niveau des nappes souterraines sont amenés à baisser de manière très significative dans les décennies à venir, aggravant très probablement les situations de sécheresse chronique, lorsqu’il faut se réduire à limiter certains usages pour ne pas voir s’assécher totalement les cours d’eau.

Le petit cycle de l’eau (source © Office International de l’Eau)

Dans un tel contexte, beaucoup songent à réutiliser davantage les eaux usées traitées, celles qui sont rejetées dans le milieu naturel en sortie des stations d’épuration. Contrairement à ce que croient 52 % des Français (selon les chiffres du dernier baromètre réalisé par le Centre d’information sur l’eau), ces eaux usées traitées ne sont en effet pas réinjectées directement dans les réseaux d’eau potable : la notion de « cycle de l’eau » est parfois imaginée de manière excessivement réductrice…

Encore que, les techniques modernes les plus abouties de traitement des eaux, par nano-filtration ou par osmose inverse, associées à des méthodes de désinfection par rayons ultra-violets et par ozonation, permettent désormais d’envisager une telle réutilisation directe. La station de Windhoek, en Namibie, exploitée depuis 2002 par Véolia, utilise une telle approche et réinjecte directement les eaux traitées pour approvisionner 300 000 habitants en eau potable. La ville de Singapour, quant à elle, qui doit gérer une forte demande en eau sur un territoire très densément peuplé mais particulièrement exigu, réinjecte également une bonne partie des eaux usées traitées dans les circuits de potabilisation.

Usine de traitement des eaux de Windhoek en Namibie (source © Paris Match)

Sans forcément aller jusqu’à utiliser ces eaux usées traitées pour la boisson, cette technique de leur réutilisation (« reuse » en anglais) est particulièrement développée dans certains pays où les ressources en eau sont rares. En Californie, au Koweit ou en Israël, la part des eaux usées traitées qui est utilisée pour l’irrigation, l’arrosage des golfs, le refroidissement des installations industrielles, la lutte contre les incendies ou encore le nettoyage des voiries atteint ainsi des proportions très significatives (jusqu’à 70 % en Israël par exemple, et de l’ordre de 10 % en Espagne).

Les eaux usées traitées idéales pour arroser les golfs, sauf en France… (photo © Mongpro / Actu-Environnement)

En France, cette proportion se situe plutôt autour de 0,1 % ! Autant dire qu’il existe dans notre pays un véritable frein qui bloque manifestement le processus… Et ce n’est certes pas l’Union européenne qui est à l’origine de ce blocage, elle qui a adopté en 1991 une directive on ne peut plus vague, se contentant d’indiquer que « les eaux usées seront réutilisées lorsque cela se révèle approprié ». Sauf que la France a introduit, via un arrêté de 2010, des conditions excessivement contraignantes qui rendent quasiment impossible, principalement pour des raisons sanitaires, la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation, que ce soit pour l’agriculture ou pour les espaces verts.

Les Assises de l’Eau, qui se sont tenues cette année, pourraient peut-être permettre de faire évoluer la situation, puisque l’un des objectifs affiché est de « tripler les volumes d’eaux non conventionnelles réutilisées d’ici 2025 en facilitant leurs usages ». Les mauvaises langues ironiseront que trois fois zéro, cela fait toujours zéro. Mais les plus optimistes pourront mettre en avant quelques projets qui commencent à se développer sur le territoire national.

Bassin de stockage et installation de traitement des eaux usées de Roquefort-des-Corbières réutilisées pour l’irrigation des vignes (photo © Dronestudio / Le Moniteur)

Ainsi, le golf de Sainte-Maxime, dans le Var, est arrosé depuis 2006 par les eaux issues de la station d’épuration de la ville, laquelle a été équipée d’un traitement supplémentaire par filtre à sable et désinfection UV. De même, les eaux usées traitées de Clermont-Ferrand sont utilisées pour irriguer plus de 700 ha de terres dans la Limagne. Tout récemment, à Roquefort-des-Corbières, dans l’Aude, ce sont 15 ha de vignes qui sont désormais arrosées avec l’eau issue de la station d’épuration communale.

Lac de retenue de Jaunay en Vendée, bientôt réalimenté en eaux usées traitées (source © Département de Vendée)

En Vendée, la ville des Sables d’Olonne est particulièrement exposée au manque d’eau et connait depuis plusieurs années de réelles difficultés d’approvisionnement, aggravées par l’affluence touristique estivale. C’est pourquoi la ville s’est attelé depuis 2012 à étudier une alternative consistant à recueillir les eaux usées traitées en sortie de la station du Petit-Plessis, au Château d’Olonne et à les acheminer, après traitement complémentaire par ultrafiltration ou par électrodialyse jusqu’au lac de barrage du Jaunay, à 25 km de là, qui constitue la principale réserve d’eau potable pour toute la ville. Le coût du projet a été évalué à 17 millions d’euros et les travaux pour la construction d’un démonstrateur sont programmés prochainement.

Il y a fort à parier qu’avec le changement climatique et l’accroissement des pressions de toutes sortes sur les ressources en eau, ce genre de projet risque de se multiplier dans les années à venir : santé !…

L. V.

Le gaz hilarant ne fait pas rire tout le monde…

7 septembre 2019

Gaz hilarant : l’expression est plutôt sympathique et prête à sourire. Elle désigne le protoxyde d’azote ou oxyde nitreux N2O. Découvert en 1793 par le chimiste Joseph Priestley, connu pour avoir également isolé l’oxygène, le dioxyde de carbone ou encore l’ammoniac, ce produit a été utilisé dès le milieu du XIXe siècle comme analgésique et anesthésique dans les cabinets dentaires. On a trouvé depuis lors des produits plus efficaces pour cela, mais le protoxyde d’azote continue à être utilisé comme produit anesthésiant en milieu médical dans certains cas.

Utilisation de protoxyde d’azote comme anesthésiant (photo © Bettmann/Getty – Coll. J. Doyen – BIU Santé – Institut Pasteur / Sciences et vie)

Bien évidemment, ce n’est pas l’évocation des séances chez le dentiste qui ont conféré à ce produit chimique le surnom de gaz hilarant, mais plutôt le fait que son inhalation déforme nos différents sens et produit une sensation passagère de désinhibition et d’hystérie. On ne connait pas précisément les mécanismes neurologiques en jeu, mais c’est un fait, inhaler du protoxyde d’azote génère la bonne humeur et le rire.

Consommation de gaz hilarant en soirée (source © Psychomédia)

Au XIXe siècle, le produit était même utilisé pour cela comme attraction sur les champs de foire : les badauds n’hésitaient pas à mettre la main au portefeuille pour se payer quelques bouffées de protoxyde d’azote, histoire de se détendre les zygomatiques, au point que le poète britannique Robert Southey, qui avait participé dès 1799 à des expérimentations du chimiste Humphry Davy sur les effets du gaz hilarant écrivait : « je suis sûr que l’air au paradis doit être fait de cet extraordinaire gaz de plaisir ».

Forcément, de telles propriétés attirent et l’on observe actuellement un regain d’intérêt pour l’utilisation récréative de ce gaz, au point que plusieurs maires se sont cru obligés de prendre des arrêtés spécifiques, ces derniers mois, pour interdire sur le territoire de leur commune la vente aux mineurs de cartouches de protoxyde d’azote, ainsi que leur utilisation à des fins d’inhalation et leur abandon sur la voie publique.

Ce sont deux maires de l’agglomération lilloise qui ont ouvert le bal début juillet, mais du fait de l’emballement médiatique qui s’en est ensuivi, bien d’autres leur ont emboîté le pas, à l’image du maire de Nîmes ou celui d’Aulnay-sous-Bois. Un député du Nord a déposé une proposition de loi pour interdire la vente du N2O aux mineurs et le maire de Montpellier a écrit cet été à la ministre de la santé pour exiger une réglementation plus stricte de la distribution de ce produit.

C’est un rapport sur les tendances récentes dans le domaine des substances psychoactives, publié le 20 décembre 2018 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui avait tiré la sonnette d’alarme. Outre une tendance très nette à l’augmentation de la consommation de cocaïne par les jeunes, ce rapport indique, sans pouvoir quantifier le phénomène, que la consommation de protoxyde d’azote est en train de faire un tabac chez les jeunes générations.

Très utilisé il y a une vingtaine d’années dans les soirées techno et les free parties, le produit s’est invité dans les soirées étudiantes et en boîte de nuit, avec un développement sensible, depuis quelques années, de la consommation chez les plus jeunes, étudiants et lycéens, souvent associé à l’alcool ou à d’autres produits psychoactifs comme la cocaïne ou l’ecstasy. Selon Clément Gérome, chargé d’études à l’OFDT et interrogé par La Croix, la raison en est simple : « C’est un gaz très facile d’accès et très bon marché. Cela séduit un certain nombre de jeunes qui n’ont pas le sentiment de consommer de la drogue et qui ignorent la dangerosité potentielle de son usage ».

Siphon à crème chantilly, l’arme du crime…

De fait, le protoxyde d’azote ne sert pas que pour les anesthésies locales. C’est aussi un produit industriel utilisé comme comburant pour améliorer le rendement des moteurs dans les fusées et les bolides de course, mais surtout comme gaz de pressurisation d’aérosol, pour des produits ménagers conditionnés en spray et notamment pour les siphons à crème chantilly. Pour ce dernier usage, on trouve très facilement dans le commerce de petites cartouches de protoxyde d’azote vendues par paquets de 10 pour la somme dérisoire de 8 ou 9 €. Il suffit de percer ces cartouches pour transférer le gaz dans un ballon de baudruche afin de faciliter son inhalation et l’on se met à planer pour pas cher…

A tel point que l’on retrouve désormais sur les plages et dans les espaces publiques lors des rassemblements festifs de jeunes, des centaines de ces cartouches vides qui jonchent le sol. C’est d’ailleurs sans doute la raison principale qui justifie la réaction ulcérée de tous ces élus locaux qui demandent une politique de répression plus rigoureuse contre ce nouvel effet de mode, même si les raisons sanitaires sont plus souvent invoquées que les impacts environnementaux.

Cartouches de protoxyde d’azote abandonnées après usage

De fait, inhaler ainsi du protoxyde d’azote n’est pas sans risque. Le danger principal est de se brûler les lèvres ou la gorge car le gaz est à très basse température. Le risque d’asphyxie n’est pas non plus exclu si l’on inhale directement le protoxyde d’azote sans le mélanger un tant soit peu avec l’oxygène de l’air. Mais l’on signale aussi de nombreux effets indésirables associés, détaillés sur le site du ministère de la santé, drogues-info-services, tels que nausées, vomissements, maux de tête, crampes abdominales, diarrhées, somnolence et baisse de la vigilance, vertiges ou encore acouphènes. A plus forte dose, le gaz peut engendrer un état de confusion et de désorientation, avec des difficultés à parler et à coordonner ses mouvements, voire des irrégularités cardiaques et des troubles moteurs.

Campagne de prévention contre l’usage du gaz hilarant à Aulnay-sous-Bois

En cas d’usage régulier et à fortes doses, le protoxyde d’azote peut aussi entraîner des pertes de mémoire, des hallucinations visuelles, des troubles du rythme cardiaque et même une carence en vitamine B12, à l’origine de troubles neurologiques tels que des engourdissements des doigts ou des orteils, une difficulté à se mouvoir et des troubles de l’équilibre voire une anémie. Ces troubles peuvent apparaître tardivement, après plusieurs mois d’utilisation mais sont généralement réversibles.

Comme tous les produits psychoactifs, des campagnes de prévention et d’information sont donc nécessaires pour éviter les abus et les risques qui y sont associés, même si la dangerosité du produit reste malgré tout assez relative par rapport à d’autres substances et certaines conduites à risques. Une question d’équilibre à trouver, entre répression hystérique et permissivité aveugle…

L. V.

A Marseille, des braqueurs dévalisés

4 août 2019

Dans notre société moderne, où la performance et la compétitivité ont été érigées en valeurs suprêmes, l’adaptabilité et la flexibilité sont devenues indispensables. Quelle que soit l’activité qu’on pratique, il ne faut pas hésiter à évoluer pour s’adapter, et ceci vaut aussi pour les malfrats. Quand les voitures deviennent trop sophistiquées à voler, on se rabat sur les téléphones portables. Le braquage des banques étant devenu trop risqué, beaucoup se contentent donc des commerces de proximité. Les anciennes du hard discount, nouveaux temples de la consommation, en font les frais et l’on ne compte plus le nombre de supermarchés qui se sont fait dévaliser ces dernières années.

Avec plus ou moins de succès cependant comme l’illustre cette histoire, qui avait fait la une de La Provence, dimanche 16 septembre 2018, et qui avait eu les honneurs du JT de TF1 le soir même. Les faits datent déjà de plusieurs mois mais l’hebdomadaire Marianne les a fait ressurgir à la faveur de la pause estivale et ils ne manquent pas de piquant.

Le magasin Lidl braqué en septembre 2018 (photo © Denis Trossero / La Provence)

Reportons-nous donc quelques mois en arrière, en ce samedi soir, 15 septembre 2018, sur le marché aux puces des Arnavaux dans le 15e arrondissement de Marseille, un lieu haut en couleurs, qualifié de « centre commercial » sur son site Internet et qui se tient depuis 1988 dans les anciens locaux industriels d’Alstom. Une véritable cour des miracles où tout se vend et tout s’achète, produits alimentaires, vielles fripes, antiquités ou marchandises tombées du camion.

Le marché aux puces des Arnavaux à Marseille et la galerie des antiquaires (source © Tourisme à Marseille)

Il est près de 20 h en ce samedi soir de fin d’été et il a y encore de nombreux clients dans le Lidl du Cap Janet situé juste à l’entrée du marché aux puces. C’est alors que se gare sur le parking du magasin une grosse BMW noire. Deux hommes en surgissent, armés l’un d’un fusil à pompe, l’autre d’un pistolet. Ils s’engouffrent dans le Lidl, à visage découvert et exigent des employées qu’elles leur remettent l’intégralité du contenu des trois caisses encore ouvertes. Sous la menace de leurs armes, ils se font également ouvrir le coffre du magasin et en vident le contenu dans plusieurs sacs.

Dans les travées du marché aux puces des Arnavaux (photo © Thierry Garro / La Provence)

Un beau butin finalement, évalué à 15 000 euros selon les dires du procureur de la République, Xavier Tabareux. Tenant en joue les employés et le vigile du magasin, les deux malfrats manifestement chevronnés reculent prestement et regagnent leur véhicule pour y mettre à l’abri le fruit de leur larcin dans le coffre de la BMW.

Mais c’était sans compter sur le sens de l’opportunisme des vendeurs de cigarettes à la sauvette qui ont justement élu domicile sur ce même parking et à qui rien n’a évidemment échappé. Une quarantaine d’entre eux se ruent sur les braqueurs. Un Caddy est lancé sur la voiture et c’est alors une mêlée indescriptible, le « oaï » comme on dit par ici : les coups pleuvent.

Un des malfrats tente de se mettre en volant et tire plusieurs coups de feu en l’air en espérant faire fuir la meute mais c’est peine perdue. Son complice est trainé hors de la voiture par la foule déchaînée, est abreuvé d’injures et sérieusement tabassé. Le braqueur qui est au volant se fait arracher son arme par un des revendeurs de cigarettes. Pris de panique, il tente de se dégager en enclenchant la marche arrière et roule sur son complice déjà bien amoché, avant d’arriver à prendre la fuite.

Quand la police et les pompiers finissent par arriver sur les lieux, ils récupèrent un des malfrats, couvert de sang et les vêtements déchirés, un homme de 52 ans, Albanais, bien connu des services de police pour de nombreux autres vols et agressions. En revanche, la foule en furie a disparu comme par enchantement, ainsi d’ailleurs que la totalité du butin que les deux braqueurs ont dû abandonner sur place mais qui n’a pas été perdu pour tout le monde.

Dessin de Pinel publié dans Marianne n° 1168 du 2 août 2019

Quelques témoins sont encore présents qui permettront aux enquêteurs de reconstituer la scène mais aucun n’acceptera de signer de déposition par peur des représailles. Marseille n’est pas le Far West, mais quand même… Outre l’Albanais que les policiers cueillent sans qu’il oppose la moindre résistance, trop heureux d’être encore en vie après ce lynchage en règle, on dénombre quatre autres blessés dont un papy qui s’est pris un coup de crosse dans la mêlée, un homme atteint par un plomb à la jambe et deux autres légèrement touchés par des éclats, ainsi que deux femmes en état de choc.

La BMW noire sera retrouvée le lendemain, carbonisée. Il s’agissait d’une voiture volée munie de fausse plaques d’immatriculation. Quant au braqueur en fuite, il tente de se mettre au vert quelque temps en Algérie mais il est arrêté dès sa descente d’avion à Marignane le 10 octobre 2018. A 46 ans, lui non plus n’était pas un novice, mais il avait sous-estimé les risques pris à vouloir dévaliser la trésorerie d’un supermarché aux abords du marché aux puces de Marseille, dans un secteur où il vaut mieux ne pas tenter les passants en se promenant, même armé, avec 15 000 € à la main.

Dessin signé Ysope (source © Over-Blog)

Si l’affaire a fait se gausser la France entière, les responsables politiques locaux sont restés très discrets, à l’exception de Samia Ghali qui réclamait dès 2012 des manœuvres de l’armée dans les rues du quartier pour les pacifier et qui a déclaré « C’est Ali Baba et les 40 voleurs. J’ai honte, ce sont les voyous qui font la loi, par la République, pas la France » avant de fustiger les lenteurs de la transformation de ce quartier pourtant inclus dans le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée.

Il faut dire que, selon Marianne, le propriétaire des puces des Arnavaux, destinées à être délocalisées dans le cadre de cette vaste opération de requalification urbaine, n’est pas pressé de vendre et fait tranquillement monter les enchères en attendant. Au moins, les braqueurs du quartier sont désormais prévenus et savent qu’il y a un minimum de précaution à prendre quand on opère dans le quartier…

L. V.

A Marseille, le métro craint que les immeubles ne lui tombent sur la tête…

15 juillet 2019

Nos ancêtres les Gaulois, lithographie du XIXe siècle (photo © Selva / Leemage)

La légende de nos ancêtres les Gaulois ne craignant qu’une chose, que le ciel ne leur tombe sur la tête, est tenace bien que sans doute largement excessive. Popularisée par les bandes dessinées d’Astérix, cette croyance a néanmoins un fond de vérité, puisqu’elle résulte du témoignage d’un historien grec, Arrien, auteur de l’Anabase d’Alexandre, qui relate les campagnes d’Alexandre le Grand en s’appuyant notamment sur les mémoires d’un de ses généraux, Ptolémée.

Selon ce témoignage, l’histoire se passe en 335 avant J. C., plusieurs siècles donc avant la conquête de la Gaule par Jules César. Les Gaulois dont il est question sont en réalité des Celtes de la Gaule cisalpine, autrement dit du nord de l’Italie, plus précisément de la petite ville d’origine étrusque nommée Adria, située à l’embouchure du Pô et qui a donné son nom à la mer Adriatique toute proche. Ces farouches guerriers sont des mercenaires habitués à louer leurs services à Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, qui avait établi à cet endroit une garnison militaire devenue centre de recrutement.

Alexandre le Grand à la bataille d’Issos, détail d’une mosaïque de Pompéi, conservée au musée de Naples

Quelque peu désœuvrés depuis la chute de son fils, Denys le Jeune, quelques années auparavant, ces guerriers gaulois viennent en fait dans l’idée de se faire recruter par le nouveau roi de Macédoine qui s’apprête à partir à l’assaut de l’empire Perse et de conquérir l’Asie. Alexandre les invite à un banquet et leur demande ce qu’ils craignent le plus, persuadé qu’ils répondront diplomatiquement en indiquant qu’ils redoutent avant tout les foudres du souverain tout puissant Alexandre le Grand.

C’est pourquoi la réponse des guerriers celtes, indiquant qu’ils n’ont peur que d’une chose, à savoir que le ciel leur tombe sur la tête, est restée dans les mémoires et dans les chroniques historiques. Faut-il cependant y voir l’expression d’une véritable croyance propre à la cosmogonie celtique qui se traduirait par une réelle peur que les puissances célestes viennent s’abattre sur les fiers guerriers gaulois ? En réalité et vu le contexte, Alexandre et son général Ptolémée traduisent plutôt cette affirmation ambiguë comme un acte de provocation de leurs invités, une manière de dire qu’ils n’ont peur de personne, pas même du roi de Macédoine… Ils en déduisent que ces Gaulois ne sont que des vantards, mais que leur vaillance mérite de les incorporer dans l’armée d’Alexandre…

Malgré la tradition qui prétendrait que nous serions tous lointains descendants de ces guerriers arrogants, la crainte que le ciel ne nous tombe sur la tête, n’est plus guère répandue de nos jours dans ce qui était autrefois le territoire de la Gaule transalpine.

Population réfugiée à la station de métro Lamarck pendant une alerte aérienne en 1944 (photo © Doisneau / coll. J. Robert / Ktakafka)

Certes, les circonstances nous rappellent parfois que le danger peut venir du ciel. Lors des bombardements allemands, puis surtout alliés, qui ont durement meurtri plus d’une ville française durant la dernière guerre mondiale, la population française avait pris l’habitude de se réfugier dans les caves et, à Paris, dans les stations de métro en espérant y être à l’abri des bombes. Cela ne sera pas toujours suffisant à en juger par le nombre incroyable de victimes civiles du fait de ces bombardements, y compris d’ailleurs dans les stations de métro comme celle de Pont-de-Sèvres, où 80 personnes ont trouvé la mort début 1943 suite à un raid audacieux de la Royal Air Force visant les usines Renault à Boulogne-Billancourt mais ayant arrosé un peu large.

Civils tués par un bombardement anglais le 4 avril 1943 à la station de métro Pont-de-Sèvres (photo Berliner Verlag archives ; source © Alamy Images)

Mais voilà que de nos jour certaines stations de métro non seulement ne constituent plus des abris sûrs contre les menaces venues du ciel, mais doivent même être fermées à cause de ces mêmes menaces. En l’occurrence, c’est le cas de la station Jules Guesde, située dans le 2e arrondissement de Marseille, laquelle a fait l’objet d’un arrêté municipal de police, le mercredi 19 juin 2019, ordonnant l’évacuation de 42 habitants et la fermeture sine die de la station de métro. La raison évoquée est que 3 immeubles vétustes de la rue de la Butte, située à deux pas de la Porte d’Aix et de l’Hôtel de Région, menacent de s’effondrer, sur l’entrée de la station de métro !

Périmètre de sécurité déployé place Jules-Guesde (photo © Emilio Guzman / Marsactu)

Une partie des immeubles branlants qui bordent la place avaient pourtant déjà été démolis en 2017 dans le cadre de l’opération Euroméditerranée qui intègre ce secteur, mais ceux des numéros 4, 6 et 8 de la rue de la Butte, menacent désormais ruine, d’où la prise de ce nouvel arrêté de péril imminent par les services de la Ville de Marseille, sérieusement échaudés depuis l’effondrement de la rue d’Aubagne qui avait fait 8 morts le 5 novembre 2018 et provoqué un véritable séisme politique.

Les derniers habitants ont donc été évacués dans l’urgence et les entrées des trois immeubles soigneusement cadenassées voire murées comme le relate La Provence. Un périmètre de sécurité a été mis en place tout autour de la zone jugée dangereuse, qui inclut donc l’entrée de la station de métro, interdisant tout accès à cette dernière. Le site de la RTM (Régie des transports marseillais) confirme laconiquement que la station est fermée au public mais que les rames de la ligne 2 continuent d’y circuler normalement, sans toutefois marquer l’arrêt.

L’entrée du n°4 rue de la Butte murée à côté de la station Jules Guesdes (photo © La Provence)

Quant à savoir combien de temps durera une telle situation sans doute très handicapante pour tous ceux qui habitent ou travaillent aux alentours, bien malin qui pourrait le dire. « Nous vous tiendrons informés de sa réouverture » assure aimablement la RTM sur son site, ce qui est bien en effet la moindre des choses, et on l’en remercie chaleureusement par avance.

Un nouveau drame a en tout cas peut-être été évité à Marseille grâce à cette mesure de sécurité préventive. A quelques mois des élections municipales, l’effondrement de ces immeubles sur une bouche de métro à la sortie des bureaux du Conseil Régional aurait sans doute été quelque peu malvenue…

L. V.

Cela aussi concerne le Monde !!

29 juin 2019

Un dessin signé Chrib

« On est chez nous » ! « On est chez nous » ! Nous l’avons entendu maintes fois ce mot d’ordre lors des meetings de campagne du Rassemblement National, de Marine Le Pen à Jordan Bardella ! Mais parmi tous ces gens qui criaient, certains ignorants et de bonne foi, d’autres moins et carrément politiciens et démagogues, combien d’entre eux possèdent un patronyme qui se termine en « a », « i », « ez », « off », « ian » « ski » ou « poulos » ? Ils sont les descendants de parents ou grands-parents qui venaient de loin et qui ont dû subir à l’époque de leur arrivée en France, les mêmes arguments bêtes et méchants : « on est chez nous », « on est chez nous » !! Alors, ignorance de l’histoire ? Mémoire courte ?

Un dessin signé Visant

Le problème des migrations est complexe. On ne peut pas y répondre de manière simpliste comme le font certains politiciens et certains penseurs de « l’invasion » ou du « grand remplacement ». Ils sont continuellement invités sur les chaînes télé et y déversent n’importe quels chiffres, pourvu qu’ils impressionnent !

Pourquoi ne pas inviter plus fréquemment des scientifiques, historiens, sociologues, démographes dont l’objectivité et le sérieux de leurs recherches scientifiques viendraient sûrement remettre les pendules à l’heure ?

Le droit de quitter un pays ou son pays est inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et depuis les années 1990, le monde est entré dans une ère de migrations de masse. Ces migrations aux origines diverses (inégalités de développement économique, crises politiques, guerres, démographie galopante) ne concernent pour le moment que 3,4 % de la population de la planète mais elles représentent une tendance profonde de l’humanité qui évolue plus rapidement que les actions de régulation.

Un dessin de l’Algérien Ghir Hak, (source © GAG)

Toutes les politiques de dissuasion, de répression mises en place n’ont aucunement inversé le sens des flux migratoire Sud-Nord.

Un dessin signé Deligne (source © Pinterest)

En Europe, la fermeture des frontières à l’immigration de travail entre 1974 et 2004 a eu pour effet l’accélération du regroupement familial et le développement de l’immigration irrégulière. Une vision exclusivement sécuritaire de la gestion à court terme de ce phénomène migratoire a abouti aux morts aux frontières et en mer, aux camps, aux murs, au maintien en situation irrégulière de millions de migrants. Les États, désireux de garder leur souveraineté pour rassurer leurs opinions publiques semblent ne pas avoir compris qu’aujourd’hui, la mobilité est devenue un facteur essentiel du développement humain.

Face à cette incompétence des États, de l’Europe, une gouvernance mondiale des migrations devrait pouvoir se mettre en place. Pour le moment, le seul et unique droit universel à la mobilité mis en œuvre concerne les réfugiés (convention de Genève en 1951) instaurant le droit d’asile.

Quand instaurera-t-on de véritables politiques du vivre ensemble ?

Quand reconnaitra-t-on que la mobilité est le droit de l’homme du 21e siècle ?

Quand prendra-t-on en compte les intérêts des migrants, les intérêts des pays de départ et les intérêts des pays d’accueil ?

Un dessin signé Lounis (source © GAG)

Le pacte mondial sur l’immigration et l’asile adopté en septembre 2016 par l’Assemblée générale des Nations Unies tend à aller dans ce sens. Il comporte des dispositions relatives aux migrations et à l’asile. Il propose une meilleure gestion et sécurisation des parcours migratoires. Il propose une contrainte juridique et morale aux États.

Cela ouvre une perspective plus sereine pour les générations futures que l’exacerbation de la haine de l’autre, le racisme et l’ouverture de camps comme seule politique.

Ceux qui racontent que par miracle, on va arrêter l’immigration vous mentent. Ne les croyez plus. Ils sont à contre-courant de l’histoire. Ils sont sans perspective politique viable à moyen et long terme.

                                                                                                                                              AB

A l’école, le serment de la souris

16 juin 2019

Notre société est abreuvée d’information. Grâce aux outils numériques et aux nouvelles technologies de l’information, jamais nous n’avons eu accès à autant de données. Et ceci sans même avoir à se déplacer : un simple ordinateur portable relié à internet ou un smartphone donnent accès à une masse d’informations à laquelle les érudits les plus assidus des plus grandes bibliothèques du monde n’auraient jamais pu imaginer pouvoir un jour accéder.

Un enfant de 8 ans surfant sur internet (photo © Rex Features REX/ SIPA / 20 minutes)

Sauf que toutes ces données ne se valent pas ! Rumeurs, canulars, fausses informations, opinions délictueuses pullulent sur la toile et jamais sans doute nous n’avons été autant exposés à toutes ces « fake news » et autres « hoax » qu’il est parfois bien difficile d’identifier. Accéder à tout ce savoir sans se faire manipuler, voilà un enjeu majeur pour nos sociétés démocratiques…

Et cela commence dès l’école, car les plus jeunes sont aussi parmi les plus gros consommateurs de ces circuits de diffusion de l’information. Ainsi, selon une étude publiée en avril 2019 par l’HADOPI (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet), les trois-quarts des adolescents de 14 ans utilisent régulièrement un ordinateur, tout comme la moitié des enfants de 8 à 10 ans. Avant même d’entrer au collège, 83 % des jeunes internautes d’une dizaine d’années se connectent pour regarder des vidéos, 59 % pour faire des recherches sur Internet, 19 % pour envoyer des messages et 11 % pour échanger des courriels. Certains d’entre eux (3 à 5 %), ont même déjà pris l’habitude de commenter des blogs, participer à des forums, ou publier des images en ligne.

Un dessin signé Manuel Lapert (source © caricatures.fr)

C’est pour cette raison que l’Éducation nationale est de plus en plus vigilante pour inculquer dès l’école primaire l’esprit critique nécessaire pour consulter avec profit toutes ces données si aisément accessibles mais aussi potentiellement dangereuses si l’on n’est pas en mesure d’en mesurer la fiabilité. Être capable de discerner un fait d’une simple rumeur voire d’une manipulation délibérée s’apprend dès le plus jeune âge. Depuis maintenant 30 ans est ainsi organisée une « semaine de la presse et des médias dans l’école », justement pour inciter les élèves, de la maternelle jusqu’en classes préparatoires, à s’intéresser aux médias avec un œil critique et développer leur esprit d’investigation. Lors de la dernière session, qui s’est déroulée du 18 au 23 mars 2019 et qui avait pour thème « l’information sans frontières », près de 4 millions d’élèves répartis dans plus de 18 000 établissements scolaires français se sont ainsi mobilisés pour mieux comprendre le fonctionnement des médias, développer leur goût pour l’actualité mais aussi leur jugement critique et ainsi forger leur identité de citoyen.

 

Une démarche pour laquelle de nombreux enseignants sont particulièrement attentifs car elle se situe au cœur des apprentissages. L’une de ces institutrices, ancienne journaliste, enseignant en Haute-Savoie en classe de CM2, Rose-Marie Farinella, a ainsi été mise à l’honneur récemment par la MAIF qui évoque sa méthode pédagogique dans sa dernière lettre d’information.

Un programme ambitieux puisqu’il s’articule en 16 séances de trois-quarts d’heure chacune. La première étape consiste à comprendre ce qu’est une information et à la caractériser : un simple slogan publicitaire relevant d’une vague promesse diffère d’une véritable information fiable et vérifiable… Les élèves consultent différents médias et interrogent des journalistes pour se familiariser avec les 5 questions-clés qui permettent classiquement au chroniqueur de synthétiser les faits : qui ?, quoi ?, où ?, quand ? et pourquoi ?

Rose-Marie Farinella intervenant dans une classe (extrait vidéo © Hygiène mentale)

Puis les élèves apprennent à analyser et décortiquer des informations, ce qui suppose de se renseigner sur l’auteur de l’article, sur la date de publication, sur la date à laquelle l’événement s’est déroulé, mais aussi sur le média qui publie l’article et ses règles déontologiques, autant d’éléments que l’on a parfois tendance à zapper lorsqu’on surfe sur internet, au risque de prendre pour argent comptant ce qui ne sont que des fake news pourtant déjà identifiées comme telles.

Pour appréhender tous ces concepts, l’enseignante incite les élèves à s’exercer via des jeux de rôle. Nos journalistes en herbe apprennent à couvrir des faits divers, comme un accident de la route par exemple, mais aussi des sujets plus clivant, tels qu’une manifestation contre la chasse : certains élèves jouent le rôle des chasseurs, d’autres celui des écologistes, et les apprentis journalistes tentent de rapporter leurs différents points de vue sans prendre parti. Un bon moyen de comprendre que tous les témoignages ne se valent pas : certains évoquent des faits, tandis que d’autres relèvent d’une opinion. Or, rester objectif dans le traitement de l’information n’est pas si simple qu’il n’y paraît lorsqu’on a soi-même des convictions et des valeurs !

Les Hoaxbusters, chasseurs de canulars (extrait vidéo © Hygiène mentale)

L’apprentissage concerne aussi le traitement de l’image. Rose-Marie Farinella encourage donc ses élèves à recontextualiser l’image et à se poser la question du cadrage en se demandant ce qui peut se trouver « hors champ ». Pour cela, rien ne vaut la mise en pratique. Les élèves sont envoyés en reportage photo dans les rues voisines de l’école, avec pour mission de montrer ce qui est le plus esthétique ou le plus laid. Ils manipulent également le logiciel Photoshop, pour se rendre compte de la facilité avec laquelle on peut truquer une image. Puis vient le temps de la réflexion sur les intentions de ceux qui produisent de fausses informations : veulent-elles nous faire rire, nous convaincre, simplement générer de l’audience, ou cherchent-elles délibérément à nuire ?

Une partie de ces cours a été filmée par l’enseignante et on peut les visionner sur la chaîne Youtube Hygiène mentale, animée par Christophe Michel de l’Observatoire zététique, une association qui s’intéresse aux phénomènes paranormaux et qui veille donc précisément à démêler le vrai du faux dans les nombreuses informations qui circulent à ce sujet sur la toile. On y voit notamment les investigateurs en herbe au travail dans leur salle de classe, affublés de masques qu’ils ont eux-mêmes confectionnés avec des coupures de presse, des masques de « hoaxbusters » ou chasseurs de canulars en bon français.

On les voit aussi, à la fin du cycle de formation, prononcer solennellement le « serment de la souris » : « Je jure sur la souris de mon ordinateur qu’avant d’utiliser ou de retransmettre une information, toujours je la vérifierai ! ». Presque aussi classe que le serment d’Hippocrate, et en tout cas bien utile pour garantir un esprit critique à ces futurs citoyens…

L. V.

Petit rappel : conférence sur les biens communs…

22 mai 2019

Ce jeudi 23 mars 2019 se tiendra à Carnoux une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien. Ouverte à tous et volontairement conviviale, elle sera animée par Thierry Fellmann, chercheur en économie, et portera sur la gestion du bien commun : enjeux de la transition énergétique et numérique, innovations sociétales alternatives au tout marché, nouvelles formes d’économies axées sur le partage et la solidarité, la notion de « biens communs » autour de ressources partagées interroge sur les finalités du développement et renvoie à des modalités d’action reposant sur des coopérations entre acteurs divers.

De quoi s’interroger sur notre vision même de la société, basée sur un cadre éthique plus coopératif. Un échange intellectuellement stimulant et qui amène nécessairement à envisager des approches concrètes à mettre en œuvre tant au niveau local qu’à une échelle plus globale.

La conférence, qui se tiendra dans la salle communale du Clos Blancheton, rue Tony Garnier à Carnoux, jeudi 23 mai 2019 à partir de 18h30, est d’accès libre et gratuit : n’hésitez-pas à venir nombreux !

Partenariats public-privé : le début de la fin ?

3 mai 2019

Le principe du partenariat public-privé n’est pas nouveau puisque certains n’hésitent pas à l’illustrer par l’exemple historique du canal d’irrigation construit à partir de 1554 par Adam de Craponne pour amener l’eau de la Durance jusqu’à Salon-de-Provence ! De fait, la puissance publique, souvent impécunieuse, n’a jamais hésité à recourir au financement des opérateurs privés pour la construction voire la gestion de grandes infrastructures d’intérêt général. Les contrats de concession, très répandus dans le domaine de la distribution de l’eau potable notamment, constituent d’ailleurs, de fait, une forme de partenariat public-privé.

Mais à partir de la fin des années 1990, les libéraux européens et tout particulièrement les équipes de Tony Blair en Grande-Bretagne se mettent à utiliser massivement cette pratique du partenariat public-privé, instauré dès 1992 par John Major. Jusqu’en 2010, plus de 700 projets de ce type vont ainsi être lancés dans ce pays et la France  emboite le pas à partir de 2002 en permettant aux différents ministères dont la Défense nationale puis la Justice et la Santé de confier au privé le soin de construire à sa place les grandes infrastructure, dont le pays a besoin : gendarmerie, prisons, hôpitaux, etc.

Une ordonnance de 2004 met en place les « contrats de partenariat » et étend le dispositif aux collectivités territoriales. En 2008, le ministère de l’économie évalue à 10 milliards d’euros l’enjeu de ce qu’il est alors convenu d’appeler les PPP et en 2011 le ministre de la Justice programme la construction de 25 nouveaux établissements pénitentiaires, tous prévus en PPP !

Un dessin de Boris publié dans la revue A babord

Il faut dire que le système est séduisant tant pour l’État, fortement endetté et dont les marges de manœuvre pour investir tout en respectant les critères de Maastricht sont devenues très limitées, que pour les collectivités locales. Pour un élu qui s’est engagé durant sa campagne électorale à embellir et équiper son territoire tout en jurant ses grands dieux que cela se fera sans la moindre imposition supplémentaire, c’est la recette miracle.

Le PPP permet en effet à la puissance publique de lancer la réalisation d’un projet sans avoir besoin de le financer ! La conception comme la réalisation du projet sont transférées à une grande entreprise privée qui prend à son compte la totalité des coûts et qui se charge même de l’exploitation et de l’entretien de l’équipement pendant une certaine durée (souvent 20 à 30, voire 40 ans) au cours de laquelle la collectivité (ou l’État) se contente de verser un loyer. Pour l’élu local, c’est donc le jackpot puisqu’il confie la réalisation du projet au privé avec la garantie d’une réalisation et donc d’une inauguration rapide, et qu’il laisse à ses successeurs éventuels le soin de régler les factures sur une durée parfois très longue. La réhabilitation du stade Vélodrome en est une bonne illustration…

Chantier de rénovation du stade Vélodrome à Marseille en 2012 (photo © CFC Construction / Batiactu)

Face à un tel succès, la Commission des lois du Sénat en 2014 puis la Cour des Comptes en 2015 finissent par s’alarmer en pointant certains des défauts du dispositif après avoir analysé plusieurs cas d’espèces qui se sont avérés de véritables fiascos. Ces rapports pointent notamment le fait que les PPP constituent en réalité « une bombe à retardement budgétaire souvent ignorée par des arbitrages de court terme », estimant que « le paiement différé est une facilité pour la personne publique qui peut la conduire à surestimer ses capacités d’investissement. De surcroît, au gré de l’exécution du contrat, le coût final du projet peut évoluer, malgré l’évaluation préalable ». De plus, « en concentrant la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre entre les mains du partenaire privé, ils conduisent d’une certaine manière à un renoncement par la personne publique à sa compétence de maîtrise d’ouvrage ». Enfin, conclus essentiellement avec des grands groupes, ils provoquent un « effet d’éviction des petites et moyennes entreprises et des très petites entreprises » qui en sont réduites au rôle peu enviable de sous-traitants.

Centre pénitentiaire de Riom (Puy-de-Dôme) construit en PPP par Spie Batignolles et livré en 2015 (photo © Gilles Aymard / Batiactu)

Le constat est sévère, au point d’ailleurs qu’en 2017 un nouveau rapport de la Cour des Comptes demande l’abandon pur et simple des PPP pour le programme immobilier pénitentiaire. Il faut dire que les cas sont nombreux qui montrent à quel point les PPP peuvent être dangereux pour la collectivité. Les exemples britannique abondent ainsi pour montrer que les entreprises bénéficiaires de tels contrats abusent en faisant payer très cher à la collectivité l’entretien des équipements puisque celui-ci leur incombe de fait, quasiment sans aucun droit de regard du commanditaire qui n’en devient propriétaire qu’à l’issue du contrat.

Avec du recul, les maîtres d’ouvrage publics s’aperçoivent ainsi qu’ils finissent par payer plusieurs fois le coût réel de l’équipement. Les entreprises s’endettent elles-mêmes pour en financer la construction et bien sûr elles répercutent la totalité du coût de cet endettement dans leur facturation, alors même que les établissements publics auraient accès à des taux de crédit bien plus avantageux.

Chantier de construction de l’hôpital d’Evry (Essonne) par Eiffage en 2012 (photo © C.G. / Batiactu)

Le centre hospitalier sud-francilien, construit en PPP par Eiffage dans l’Essonne fait partie de ces exemples qui ont été épinglés par un rapport parlementaire et par la Cour des Comptes : livré avec 8 mois de retard et plus de 8000 malfaçon relevées par huissier, il a fallu finalement mettre fin au contrat de PPP qui prévoyait le versement à Eiffage d’un loyer monstrueux de 48 millions d’euros chaque année pendant 30 ans, ce qui a permis à la collectivité de reprendre la main sur l’entretien et l’exploitation de l’équipement dans des conditions nettement plus satisfaisantes.

Cet exemple et de nombreux autres tout autant catastrophiques pour l’intérêt public n’ont pourtant pas empêché la Ville de Marseille de vouloir recourir à un PPP pour son projet de reconstruction de 34 écoles. Il a fallu un jugement du Tribunal administratif prononcé le 12 février 2019 pour obliger la commune à revoir sa position. En l’occurrence et selon Marsactu, ce sont 3 citoyens marseillais dont Alain Beitone, mais aussi le Conseil de l’ordre des architectes qui avaient saisi la Justice et qui ont obtenu gain de cause en montrant que la solution du PPP coûterait sensiblement plus cher à la collectivité que des marchés publics classiques passés sous maîtrise d’ouvrage publique.

Ecole Kalliste à Marseille, l’une des constructions Pailleron à reconstruire… (source © Marsactu)

Le 9 mars 2018, c’est la ministre de la Justice en personne, Nicole Belloubet, qui a annoncé officiellement l’abandon des PPP pour la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, et sa décision de passer désormais par des marchés de conception-réalisation qui garantissent une mise en concurrence plus ouverte et laissent davantage de latitude au maître d’ouvrage public.

Graphique montrant l’évolution du nombre de contrats de PPP passés annuellement en France et de leurs montants (source infographie © Le Moniteur)

Assiste-t-on alors à la fin des PPP comme certains le souhaiteraient pour l’intérêt public ? C’est en partie le constat dressé dans un article récent du Moniteur qui constate un très net déclin du nombre des PPP conclus depuis 2014, ainsi que des montants en jeu. Alors que plus de 130 contrats de partenariat avaient été conclus en France entre 2010 et 2013, seuls 5 « marchés de partenariat » (la nouvelle appellation depuis 2016) l’ont été en 2018. C’est peut-être une bonne nouvelle pour la démocratie et le bon usage des finances publiques…

L. V.