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Des prix Nobel d’économie très suspects…

21 novembre 2022

Décidément, l’attribution du prix Nobel à un économiste est souvent sujet à débat… La récompense attribuée au Français Jean Tirole en 2014 avait attiré l’attention sur les pratiques peu orthodoxes de ce dernier pour gonfler sa rémunération malgré son statut de fonctionnaire. En 2018, on avait vu cette prestigieuse distinction honorer les élucubrations totalement fantaisistes d’un William Nordhaus expliquant avec beaucoup d’aplomb qu’un peu de réchauffement climatique n’est pas si mauvais pour l’économie mondiale et qu’il vaut mieux ne pas trop se presser pour enclencher la transition écologique.

L’attribution du prix Nobel d’économie, toujours source de fierté nationale, ici en 2014 (dessin © Rémi Grégeois)

De quoi largement alimenter le scepticisme de ceux qui estiment que l’économie est plus affaire de préjugés et d’idéologie que de sciences : les mathématiques y sont beaucoup utilisées pour bâtir de beaux modèles numériques mais ces derniers reposent bien souvent sur des hypothèses au doigt mouillé et des croyances préétablies mais jamais vérifiées par l’expérience ! D’ailleurs, Alfred Nobel lui-même, se méfiait beaucoup, dit-on, des théories économiques auxquelles il ne croyait pas beaucoup. L’économie, comme les mathématiques, ne font pas partie des domaines qu’il avait retenues dans son testament et pour lequel il légua sa fortune, en vue de récompenser annuellement les plus méritants.

C’est en 1968 seulement que la Banque de Suède proposa d’instituer, à l’occasion de son tricentenaire, un « prix de sciences économiques à la mémoire d’Alfred Nobel », également décerné par l’Académie royale des sciences de Suède, ce qui lui confère une certaine aura de respectabilité, même si le palmarès de cette récompense laisse souvent songeur quant à la manière dont les banquiers voient l’économie…

Annonce de l’attribution du prix Nobel d’économie 2022 (photo © Anders Wiklund / TT News Agency / AFP / Le Point)

Et le cru 2022 de cette récompense, décerné le 10 octobre 2022 à Ben Bernanke, qui fut président de la banque centrale américaine (FED) entre 2006 et 2014, et à ses compatriotes Douglas Diamond et Philip Dybvig, récompensés pour leurs travaux sur les crises financières et les banques, s’inscrit parfaitement dans la lignée de ces distinctions qui laissent le quidam pantois. Le consultant international Georges Nurdin, lui-même docteur en sciences économiques, s’exclame ainsi dans une de ses chroniques du magazine Capital : « c’est l’hôpital qui se moque de la charité ! »

Ce n’est pas formellement pour son action à la tête de la FED durant la crise des subprimes que l’Américain Bern Bernanke a ainsi été mis à l’honneur, mais plutôt pour ses travaux de recherche antérieurs, portant en particulier sur l’analyse de la crise économique de 1929, dont il a tiré les conclusions en les appliquant en 2008. Selon lui, et en simplifiant un peu, le monde se partage entre les bons banquiers qui, grâce à leurs investissements financiers irriguent l’économie mondiale et font prospérer l’humanité, et les stupides épargnants qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et ne peuvent s’empêcher de se précipiter au guichet de leur banque en cas de rumeur inquiétante afin d’essayer de sauver ce qui peut l’être de leurs petites économies, accélérant du même coup l’effondrement du système bancaire en cas de crise comme on l’a observé en 1929. Si le système financier est régulièrement sujet à des krachs, ce n’est donc pas la faute des banquiers mais simplement celle des petits épargnants qui ne savent pas garder leur sang-froid.

Attention au risque de panique en cas de crise financière : un dessin signé Deligne (source © Urtikan)

De coup, la solution est simple : en cas de crise, il suffit d’empêcher que les gens puissent retirer leur épargne ni accéder à leurs comptes courants, et d’attendre la fin de l’orage pour voir ce qu’il leur reste… Une recette qui a d’ailleurs depuis été appliquée lors de la crise financière qui a frappé Chypre en 2012. Non seulement les épargnants ont vu leurs dépôts bancaires gelés puis taxés exceptionnellement de 6,75 % mais de surcroît le FMI, la Banque centrale européenne et l’Union européenne, appelés à la rescousse, ont imposé au pays une politique d’austérité et de privatisation massive, qui s’est traduite pratiquement par des coupes drastiques dans les salaires des services publics et les allocations, une forte augmentation de la TVA, des cotisations de la sécurité sociale et des taxes diverses sur le tabac, l’alcool, l’essence, les jeux ou l’immobilier. A chacun donc de payer pour sauver le système bancaire !

Crise des subprimes : comment les banquiers s’en sont sortis… (source © Saxkal)

C’est en tout cas ce que reproche Georges Nurdin dans son éditorial au vitriol qui rappelle qu’en 2007, ce ne sont pas les petits épargnants qui sont à l’origine de la crise des subprimes mais bien les banques et elles-seules. Grâce à l’abolition en 1999 de la loi qui, depuis 1933 et suite, justement à la crise de 1929, empêchait les banques de spéculer avec l’argent de leurs clients, des centaines de millions d’épargnants se sont retrouvés à leur insu, détenteurs d’actifs pourris, les fameuses subprimes, bien cachées au sein de fonds structurés et ceci avec la bénédiction de la FED.

Lorsque la bulle spéculative a explosé, entraînant la faillite de la banque Lehman Brothers, ce ne sont pas les petits épargnants qui ont provoqué la crise en tentant de retirer leurs billes, mais bien les banques et elles-seules, qui se méfiant des actifs pourris détenues par les unes et les autres, ont refusé de se prêter de l’argent entre elles, ne permettant plus à celles qui en avaient besoin, d’accéder à l’argent nécessaire pour rembourser non pas les petits épargnants mais les fonds vautours venus réclamer leurs marges habituelles. Ce sont donc les banques qui en 2008 ont non seulement provoqué la crise, mais l’ont amplifié et fait ensuite payer à la Terre entière.

Bern Bernanke, ex-président de la banque fédérale américaine et désormais prix Nobel d’économie (photo © Tim Schaffer / Reuters / Landov / NPR)

Et ceci grâce à la complicité du même Bern Bernanke, aujourd’hui récompensé par cette fameuse breloque, qui a donc couvert le système en empêchant les banques de faire faillite malgré leur comportement nocif. Au lieu de profiter de la situation pour assainir le système, faire le tri parmi les actifs détenus par les unes et les autres, et surtout revenir à une démarche plus saine qui permet de séparer les banques de dépôt de celles qui spéculent, il a décidé d’arroser tout le monde par une masse de liquidité, faisant tourner la planche à billets à plein régime. Une démarche qui se poursuit depuis 15 ans et qui a conduit le système au bord du gouffre, avec des taux d’endettement colossaux et une inflation en pleine reprise. Un bilan qui vaut bien un prix Nobel assurément !

L. V.

Suède : l’extrême droite au gouvernement

20 septembre 2022

La Suède fait partie de ces pays scandinaves longtemps considérés comme les modèles les plus aboutis de la social-démocratie européenne, dotés d’un État très protecteur, d’une vie politique plutôt apaisée et consensuelle, et d’un niveau de prélèvement fiscal élevé. La réforme du système de retraite, dont les principes avaient été fixés dès 1991 par un gouvernement social-démocrate et qui a finalement été adoptée en 1999 à l’issue d’un très long processus de dialogue social est l’exemple même de cette capacité de certains pays à dégager des compromis politiques solides et relativement équilibrés qui évitent le conflit.

A partir des années 2010, la Suède s’est montrée très accueillante envers les mouvements migratoires, bénéficiant de sa bonne réputation de pays ouvert, au système de protection social généreux et à l’activité économique plutôt florissante. En 2014, 80 000 réfugiés ont ainsi été accueillis, venant principalement de Syrie et en 2016, ce nombre s’est élevé à 120 000 environ. Entre 2000 et 2022, le nombre de résidents nés à l’étranger a doublé en Suède, atteignant 2 millions, ce qui représente un cinquième de la population.

Manifestation en septembre 2015 à Stockholm en faveur de l’accueil des réfugiés politiques… (photo © Jonathan Nackstrand / AFP / L’Express)

Dès 2010, des émeutes survenues dans la banlieue de Stockholm attisent une amorce de discours xénophobe, permettant à un nouveau parti de faire son entrée au Parlement : les Démocrates de Suède, qui comme son nom ne l’indique pas est clairement marqué à l’extrême droite et est même, à l’origine ouvertement néofasciste. Élection après élection, ce parti ouvertement xénophobe a grignoté du terrain, passant de 5,7 % des suffrages exprimés en 2010 à 20,5 % lors des dernières législatives qui avaient lieu le 11 septembre 2022, le jour anniversaire de l’attaque islamiste contre le World Trade Center, comme par un fait exprès, faisant ainsi entrer au Parlement pas moins de 73 députés sur les 349 sièges du Riksdag, le Parlement suédois…

Jimmie Åkesson, le leader du parti d’extrême droite les Démocrates Suédois (photo © Maja Suslin / TT News Agency / Reuters / Yahoo)

Un petit séisme politique et une incontestable victoire pour son porte-parole, Jimmie Åkesson, qui est à la tête des Démocrates de Suède depuis 17 ans maintenant et qui a progressivement amené ce parti néo-nazi vers la normalisation, allant jusqu’à refuser de siéger au Parlement européen dans le même groupe que Marine Le Pen et ses élus frontistes, c’est dire ! Ce résultat électoral place de fait ce parti d’extrême droite en deuxième position, derrière le Parti social-démocrate du Premier ministre sortant, Magdalena Andersson, crédité de 30,3 % des voix.

Cette dernière avait accédé à ce poste, occupé pour la première fois en Suède par une femme, le 29 novembre 2021, il y a moins d’un an donc, à la faveur d’une crise qui confirme, s’il en était besoin, que la vie politique, même en Suède, n’est jamais un long fleuve tranquille ! En 2018, le premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven, avait été reconduit dans ses fonctions, grâce à une coalition (minoritaire) de centre gauche dans laquelle il s’appuyait aussi sur les Verts et le Parti de gauche. En juin 2021, ce dernier avait retiré sa confiance et fait chuter le gouvernement, non pas sur la gestion du la crise du Covid, pour laquelle le pays s’était singularisé par un confinement a minima, mais sur une question d’encadrement des loyers pour les logements neufs. Revenu malgré tout à la barre en juillet, Stefan Löfven avait néanmoins démissionné quelques mois plus tard, en novembre 2021 après qu’une élection interne du Parti social-démocrate a choisi de le remplacer à sa tête par Magdalena Andersson.

 
Magdalena Andersson, Premier ministre socio-démocrate sortant de Suède (source © Terra Femina)

Celle-ci n’est pas une débutante, elle qui était déjà ministre des finances dans le premier gouvernement de Stefan Löfven dès 2014, avant d’être élue, en 2020 présidente du comité monétaire et financier du Fonds monétaire international. Son élection comme Premier ministre, le 24 novembre 2021 se fait in extremis, après un ralliement de dernière minute du Parti de gauche. Mais elle est contrainte à la démission avant même de se présenter au roi, suite à la défection des Verts, qui refusent toute alliance avec le Parti du centre, pourtant appoint indispensable pour adopter le budget… Qu’à cela ne tienne, elle s’accroche et se fait réélire Premier ministre le 29 novembre : toute comparaison avec Borgen, la série qui se déroule au Danemark, serait bien entendu purement fortuite, est-il besoin de le préciser ?

Depuis son accession au pouvoir, Magdalena Andersson est obsédée par les effets de l’invasion russe en Ukraine et a conduit un changement majeur en matière de politique étrangère, tournant le dos à des décennies de neutralité pour demander l’adhésion de son pays à l’OTAN. Mais c’est à un autre sujet qu’elle doit sa défaite (relative) aux dernières législatives, à savoir la question de l’immigration. Le pays a en effet dû faire face, en avril 2022 à de violentes émeutes dans plusieurs villes du pays, en réponse à des provocations organisées par Rasmus Paludan, leader du parti d’extrême droite Stram Kurs (« ligne dure ») qui s’amuse à brûler des exemplaires du coran en public dans des quartiers à forte proportion d’immigrés de confession musulman. L’effet est garanti et les émeutes qui en ont résulté ont fait pas moins de 40 blessés dont 26 policiers, provoquant un débat houleux à travers le pays et faisant le jeu de la droite qui a axé toute la campagne des législatives sur la question sécuritaire et la place des immigrés dans la société suédoise.

Émeutes à l’issue d’une manifestation contre l’extrême droite, le 15 avril 2022, à Örebro, en Suède (photo © Kicki Nilsson / AFP / L’Express)

Les partis traditionnels de droite, Modérés, Chrétiens-démocrates et Libéraux, ont donc largement emboité le pas des Démocrates de Suède de Jimmie Åkesson, ce qui explique finalement le bon score de ce dernier qui a pu surfer sur ses thèmes de campagne de prédilection, la question de l’Ukraine ou du changement climatique étant quasiment passées à la trappe… Globalement, les partis de droite ont perdu du terrain à l’issue de ces élections, contrairement aux sociaux-démocrates qui en ont plutôt gagné. Mais pas suffisamment pour que la coalition sortante de gauche puisse se maintenir au pouvoir, elle qui finit avec 173 députés alors que la majorité est fixée à 175… Magdalena Andersson a donc été contrainte de démissionner bien que son parti finisse en tête de ces élections et c’est le chef des Modérés, Ulf Kristersson, dont le parti finit à la troisième place et perd deux sièges avec à peine 19,10 % des suffrages exprimés, qui pourrait former le prochain gouvernement en s’appuyant sur une coalition de droite dans laquelle l’extrême droite des Démocrates de Suède sera le parti dominant… Une situation explosive mais qui vient couronner les efforts de Jimmie Åkesson qui a tout fait pour banaliser l’image de son part et se rapprocher de la droite classique tandis que celle-ci dérivait de plus en plus vers ses thèses sécuritaires et nationalistes.

Le chef des Modérés, Ulf Kristersson, fêtant la victoire de la coalition de droite et d’extrême-droite, le soir des élections du 11 septembre 2022 (photo © Fredrik Sandberg / TT News Agency / AFP / RTL)

Un schéma qui n’est pas sans rappeler ce qu’il se passe en Italie où les élections générales sont justement prévue cette semaine, le 25 septembre 2022 : le centre-droit de Forza Italia pourrait ainsi revenir au pouvoir à la faveur d’une alliance avec les forces de droite voire d’extrême droite de la Ligue et de Frères d’Italie. Et la situation française n’est pas non plus très éloignée de cette configuration au vu de la stratégie portée par Éric Ciotti qui brigue la présidence des Républicains (LR) afin d’opérer un rapprochement avec l’extrême droite et espérer ainsi faire accéder en 2027 son champion, Laurent Wauquiez, à la Présidence de la République. En politique comme ailleurs, le pire n’est jamais sûr mais il est parfois bon de regarder ce qui se passe chez nos voisins pour s’en prémunir…

L. V.

Les Français, ignares en matière de changement climatique ?

27 août 2022

En matière de politique publique, l’adhésion des populations est un point essentiel, surtout dans un pays comme la France qui se targue de démocratie et où la mauvaise humeur du peuple a plus d’une fois conduit nos responsables politiques à une piteuse reculade, voire à une fuite éperdue lorsque la révolte devenait trop violente…La crise des gilets jaunes, fin 2018, tout comme celle des bonnets rouges en 2013, sont là pour nous rappeler que l’esprit insurrectionnel n’est jamais très loin lorsque le gouvernement s’attaque à certains sujets qui fâchent.

Manifestation des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre 2018 (photo © AFP / La Dépêche)

C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique l’extrême prudence de nos dirigeants, voire leur frilosité que beaucoup jugent excessive, à imposer des mesures qui permettraient de lutter plus efficacement contre l’aggravation du changement climatique et ceci malgré l’urgence de la situation. L’été 2022, comme plusieurs autres ces dernières années, vient pourtant encore nous rappeler que le réchauffement climatique global n’est pas qu’une lubie de spécialiste mais a des effets désormais bien visibles sur notre vie quotidienne.

En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 personnes tirées au sort dans un échantillon représentatif de la population française, avait mené à bien un travail intense de débats et de réflexion et établi une série de 149 propositions de bon sens, destinées à adapter nos modes de consommation, de production, de déplacement, de nourriture et de logement, en vue de limiter notre impact climatique et se donner une chance de ne pas trop dépasser les seuils au-delà duquel on sait d’ores et déjà que le réchauffement global risque de conduire au chaos généralisé.

Intervention d’Emmanuel Macron lors de la Convention citoyenne pour le climat (photo © Lemouton / SIPA / 20 minutes)

Mais le gouvernement, qui s’était engagé à ce que ces propositions soient soumisse « sans filtre » à adoption directe ou à référendum, s’est bien vite empressé de remiser ce brûlot au fond d’un placard, estimant manifestement que l’opinion publique n’était pas prête à mettre en œuvre des mesures pourtant identifiées comme nécessaires par un groupe de citoyen lambda pour peu qu’il prenne la peine de creuser un minimum le sujet.

De fait, une étude récente, publiée le 27 juin 2022 par l’OCDE, vient conforter cette impression que la population française dans son ensemble est loin d’être convaincue par la nécessité de prendre des mesures volontaristes pour tenter de réduire enfin nos émissions de gaz à effet de serre. Certes, les pseudo-scientifiques climato-sceptiques à la Claude Allègre ont désormais quasiment disparu du paysage médiatique et les médias eux-mêmes peuvent difficilement se voir reproché de ne pas en faire assez sur le problème de la perte de biodiversité et sur les effets délétères du changement climatique.

Comment concilier politiques climatiques et justice sociale ? Un dessin signé Notto

Cette vaste enquête de l’OCDE a été menée auprès de plus de 40 000 citoyens du monde entier, issus de 20 pays différents, les plus concernés puisque émettant à eux seuls de l’ordre de 72 % des gaz à effet de serre de la planète. Et ses résultats sont assez consternant pour les Français qui se classent parmi les plus climato-sceptiques, au-delà même des États-Unis ou de l’Australie. Malgré tout le battage médiatique auquel nous sommes soumis, seule une petite moitié des Français (57 %) se dit effectivement persuadée de l’existence d’un lien entre le réchauffement climatique observé et l’activité humaine ! Pire encore, 12 % des Français se disent même convaincus que le réchauffement climatique est une pure chimère… Par comparaison, 84 % des Chinois et des Japonais ont parfaitement intégré ce lien entre activité humaine et changement climatique, de même que 80 % des Espagnols et des Anglais. En France, manifestement, la vulgarisation des sujets scientifiques a encore des marges de progression…

Selon cette enquête, plus de 80 % des Français ont bien intégré que le réchauffement climatique allait se traduire par une aggravation des périodes de sécheresse et une montée du niveau de la mer, même si cette proportion est plutôt de l’ordre de 90 % dans bon nombre de pays, voire supérieure en Indonésie par exemple. Mais curieusement ils ne sont pas moins de 63 % à penser que ce changement climatique est lié à des éruptions volcaniques plus fréquentes ! Force est de constater que la plupart des Danois, des Allemands ou même des Sud Coréens sont, ce ce point de vue, nettement moins crédules que nous…

Des stratégies personnelles liées à une mauvaise compréhension des mécanismes du changement climatique… Un dessin signé Wingz

Quant à déterminer les facteurs qui permettent de caractériser la source des gaz à effets de serre (GES) responsable de ce changement climatique, les Français sont systématiquement ceux des pays développés qui fournissent le plus fort taux de mauvaises réponses. Ainsi ils ne sont que 72 % à avoir intégré que produire de la viande de bœuf émet davantage de GES que produire des pâtes ou du poulet. Seuls 62 % des Français interrogés sont en capacité d’affirmer que l’empreinte environnementale de l’avion est supérieur à celle du train ou du bus. Et seuls 50 % ont compris que l’émission de GES de l’énergie nucléaire était inférieure à celle du gaz ou du charbon : étonnant dans un pays champion du monde du recours à l’électricité d’origine nucléaire et dont le gouvernement se bat pour tenter d’imposer cette réalité à ses voisins européens…

Dans un autre registre, un Français sur deux ignore que les USA sont le pays du monde qui émet le plus de GES par tête d’habitant et 40 % d’entre eux ne savent pas que c’est la Chine qui est le plus gros émetteur mondial de GES. Un niveau d’information aussi faible sur un sujet dont on nous rebat pourtant les oreilles à longueur de journée interroge de fait sur la capacité de notre pays à prendre les décisions qui s’imposent en la matière et surtout à les faire accepter par l’opinion publique. Nombre de scientifiques se sont d’ailleurs émus de ce constat, parmi lesquels François Gemenne, spécialiste des questions de migrations environnementales et climatique qui déplore qu’en France, la science soit devenue « affaire de croyance et d’opinion politique, ce qui est dramatique pour la démocratie ».

Toute l’ambiguïté de la lutte contre le changement climatique, un dessin d’Alexandre Magnin

Pas très rassurant en effet quant à l’acceptation collective de politiques publiques plus volontaristes en matière environnementale, d’autant que, sur ce point, les Français rejoignent les autres, comme le souligne l’OCDE qui constate que « dans tous les pays, le soutien aux politiques climatiques dépend des perceptions des citoyens concernant trois facteurs clés : l’efficacité perçue des politiques en matière de réduction des émissions, leur impact distributif présumé sur les ménages à faibles revenus (préoccupations en matière d’inégalité), et leur impact direct anticipé (gains et pertes) sur le revenu disponible du ménage ». Autrement dit, chacun est d’accord pour s’investir mais à condition que cela soit efficace, que l’effort soit équitablement réparti et que les conséquences sur son pouvoir d’achat et son niveau de confort personnel soit minimes. Une équation pas si facile à résoudre…

L. V.

Droit à l’avortement : la menace américaine

8 juillet 2022

Le droit des femmes à l’avortement est un long combat qui s’est toujours heurté au conservatisme et au fondamentalisme religieux, qu’il soit catholique, protestant, orthodoxe, juif ou musulman… Aux États-Unis d’Amérique, pays conservateur par excellence, l’avortement était interdit partout en 1973, jusqu’à la publication de ce fameux arrêt Roe vs Wade, rendu par la Cour suprême, avec l’accord de sept des neuf juges qui la composaient à l’époque.

Un dessin signé de l’Algérien Dilem (source © Cartooning for Peace)

Jane Roe était une jeune Texane de 21 ans qui souhaitait avorter de son troisième enfant après avoir abandonné le précédent et qui avait donc engagé une procédure judiciaire pour cela, l’interruption volontaire de grossesse étant alors totalement illégale et quasi impossible aux USA. Après trois ans de bataille judiciaire acharnée contre l’État du Texas, représenté par l’avocat Henry Wade, la Cour suprême avait donc tranché le 22 janvier 1973, en reconnaissant que le 14e amendement de la Constitution américaine garantissait un droit des femmes à avorter et que les États ne pouvait pas les en priver.

Depuis, la même Cour avait précisé, en 1992, que ce droit était valable tant que le fœtus n’est pas considéré comme « viable », soit jusqu’à 22 à 24 semaines de grossesse. Mais malgré cet arrêt, le droit à l’avortement aux USA reste fragile et soumis à de multiples attaques de la part des lobbies fondamentalistes. Le 1er septembre 2021, le Texas a ainsi adopté une nouvelle loi qui interdit l’IVG quatre semaines après la fécondation, et ceci même en cas d’inceste ou de viol. A ce jour, ce sont pas moins de 31 États sur les 50 que compte les USA qui ont ainsi introduit des propositions de lois restreignant le droit à l’avortement.

Un dessin signé Large (source © Twitter)

Et voila que le 3 mai 2022, une fuite délibérée a révélé que la Cour suprême était en train de concocter une décision remettant en cause ce fameux arrêt de 1973 et laissant chaque État décider de sa position en matière de droit à l’avortement. Une décision qui a finalement été confirmée le 24 juin dernier, votée par cinq des neufs juges, dont le fameux juge Clarence Thomas, 74 ans, nommé à ce poste en 1991 par Georges W. Bush, et qui ne cache pas sa volonté de revoir toutes les jurisprudences un tant soit peu libérales, y compris celles autorisant les rapports entre personnes du même sexe. Son collègue, Samuel Alito, également nommé par Bush, l’a rejoint dans cette décision, de même que les trois juges nommés par Donald Trump, à savoir l’ultra religieuse Amy Coney Barett, le conservateur Neil Gorsuch et le juge Brett Kavanaugh, lui-même accusé d’agression sexuelle. Le président de la Cour suprême, John Roberts, ne les a pas suivis mais avait lui-même approuvé une loi du Mississippi, interdisant l’avortement au-delà de 15 semaines…

Le président des États-Unis, Joe Biden, en visioconférence le 1er juillet 2022 avec des gouverneurs après la décision de la Cour suprême révoquant le droit à l’avortement (photo © Tom Brenner / Reuters / RFI)

Cette offensive conservatrice contre le droit des femmes à disposer de leur corps a bien entendu déclenché de nombreuses protestations indignées. Le président Joe Biden lui-même a dénoncé sans équivoque cette « décision terrible et extrême » qui « chamboulera des vies », tout en reconnaissant son impuissance, dans le rapport de forces actuel, à s’y opposer faute de majorité progressiste suffisante au Sénat et à la Chambre des représentants. Il appelle d’ailleurs ses compatriotes à profiter des élections de mid-term qui se profilent en novembre prochain, pour conforter sa majorité et lui permettre de revenir sur cette décision.

En attendant, trois nouveaux États se sont déjà appuyés sur l’arrêt du 24 juin pour interdire l’avortement et 19 avaient déjà anticipé la décision des juges suprêmes. On estime désormais que plus de la moitié des États, principalement dans le sud et le centre du pays, le plus conservateur, devraient restreindre fortement le droit à l’IVG à très court terme. Pourtant, l’on considère qu’environ 25 % des femmes américaines ont eu recours un jour à l’avortement et que un million d’entre elles en bénéficie chaque année pour différentes raisons, suite à un viol, à une grossesse non désirée ou pour des raisons de pathologie.

Un dessin de Chapatte, publié dans le Canard enchaîné

Il est donc étonnant qu’il puisse ainsi se dégager une telle majorité politique pour imposer à ces femmes des conditions qui vont totalement à l’encontre de leur souhait le plus profond, et ceci pour des raisons purement idéologiques voire strictement religieuses. A l’instar d’autres nations, les États-Unis d’Amérique, malgré leur long attachement à un parcours démocratique, libéral et progressiste, ont bien du mal à lutter contre ces vieux démons du fondamentalisme le plus obtus et le plus rétrograde qui constitue une menace permanente contre les avancées, même les plus intimes, de la société humaine. Et tout laisse à penser que d’autres pays ne sont pas à l’abri d’un tel risque de retour en arrière : «Rien n’est jamais acquis à l’Homme… » rappelait le poète !

L. V.

Cet été, sous-traitez la gestion de vos mails…

30 juin 2022

Avec le télétravail, voilà une situation qui n’est pas prête de s’arranger ! Tout le monde est devenu accro aux nouveaux outils de communication numérique et chacun passe sa vie sur son smartphone ou devant son ordinateur pour ne pas rater d’une seconde le dernier message reçu, même si son contenu est aussi futile qu’inutile…Dans le milieu professionnel il est désormais considéré comme un outrage de la dernière espèce que de ne pas répondre dans la minute à un e-mail, comme si chaque message exigeait une réponse immédiate, quitte à dire simplement qu’on a bien reçu le message et qu’on prend le temps de le traiter…

Il est loin le temps où tout se gérait par courrier et où chacun avait la patience d’attendre quelques jours, voire quelques semaines, avant de recevoir une réaction à sa demande. Être connecté en permanence pour pouvoir répondre à tout moment à n’importe quel message même le plus anodin, de son patron comme de ses subordonnés ou de ses partenaires, est en passe de devenir une exigence de base, au risque de faire baisser considérablement la productivité des professionnels, désormais incapables de se concentrer plus de 5 minutes sur un travail minutieux ou la rédaction d’une note de fond, sans devoir tout interrompre sur le champ pour tapoter sur son clavier « Bonjour, j’ai bien reçu votre proposition et je vous en remercie. Je ne manquerai pas de vous recontacter dès que possible à ce sujet et je vous adresse, en attendant, mes plus cordiales salutations… »

Un dessin de Gérard Mathieu dans la Charte pour un bon usage de la messagerie informatique dans la vie professionnelle (source © ORSE)

Cette nouvelle plaie des temps modernes est devenue tellement intrusive que plus personne ne s’étonne désormais de recevoir sur les coups de 2 heures du matin, dans la nuit du dimanche au lundi, un mail de son patron qui confirme qu’il a bien lu votre note et qu’il vous propose d’en parler de vive voix à l’occasion… Et en période estivale, même quand on est en vacances, en train de buller sur la plage, de réparer la toiture de sa vieille maison de campagne qui tombe en ruine au fin fond de la Lozère, ou de se retrouver autour d’un feu de camp au soir d’une méharée dans le désert, la tentation est grande de quand même jeter un coup d’œil à ses mails professionnels, histoire de s’assurer qu’il n’est rien arrivé d’exceptionnel en votre absence au bureau…

Lire ou ne pas lires ses mails pendant ses congés, telle est la question… Un dessin signé Alsy (source ©
Les Moutons / France 3 Régions)

Et vous voila parti pour une petite heure, ou une longue nuit, à prendre connaissance de toutes sortes de futilités que vous auriez tout aussi bien pu attendre une semaine ou deux avant de découvrir. Sauf que la pratique s’est tellement généralisée que, selon un sondage récent, au moins 55 % des personnes interrogées reconnaissent consulter leurs e-mails professionnels pendant leur congés ! Le droit à la déconnexion est encore un long combat, peut-être même perdu d’avance…

Le droit à la déconnexion, pas encore totalement entré dans les mœurs : un dessin signé Wingz, pour la CFDT banques et assurances

C’est en tout cas fort de ce constat que l’Office national islandais du tourisme a eu l’idée de développer, au bénéfice des voyageurs qui viennent passer leurs vacances en Islande, un service de messagerie permettant de générer des messages personnalisés d’absence, histoire que ses visiteurs puissent garder l’esprit tranquille, lâcher les rênes et profiter à fond des merveilles naturelles de cette île aux paysages grandioses, sans être en permanence pollués par les messages intempestifs du bureau.

Aurores boréales au dessus du Mont Kirkjufell, en Islande (source © National Geographic)

L’originalité du dispositif est que les proposés mis à contribution pour générer vos messages de réponse pendant que vous vous prélassez dans une source d’eau thermale perdue au milieu de nulle part, sont des petits chevaux islandais, cette race emblématique du pays, trop souvent assimilée à des poneys. On les voit donc, sur la vidéo de promotion de l’Office du tourisme islandais, en train de tapoter plus ou moins nerveusement du sabot, sur d’immenses claviers d’ordinateurs en pleine nature. Une prestation déjà adoptée par plusieurs milliers de touristes et dont le nom en soit est tout un programme : « Outhorse your email », autrement dit « sous-traitez vos e-mail » avec un jeu de mots des plus subtils sur ces chevaux en extérieur qui s’en chargent à votre place…

Faites écrire vos mails professionnels par un cheval islandais… (source © kbd.news)

Bien évidemment, le résultat de leur piétinement quelque peu aléatoire risque de laisser assez perplexe votre patron qui voulait savoir de toute urgence si vous serez bien rentré à temps pour l’accompagner le 18 à 9H45 pour aller signer ce fameux contrat. Le message de réponse lui indique en effet qu’un cheval islandais se permet de l’informer que la personne qu’il cherche à contacter est momentanément indisponible, le tout suivi du message énigmatique suivant, tapé par le cheval lui-même : « jjjjjjklmù*2222222222 »

Il n’est pas absolument certain que ce message le rassure totalement sur la fiabilité voire la bonne santé mentale de son employé temporairement absent, mais l’essentiel est que ce dernier passe de bonnes vacances aussi reposantes que dépaysantes dans les étendues sauvages et verdoyantes islandaises. C’est en tout cas le message que cherche manifestement à véhiculer l’office de tourisme de ce pays, Visit Iceland, lequel en profite pour truffer sa vidéo promotionnelle de paysages tous plus attractifs les uns que les autres : savoir bien communiquer ne consiste pas seulement à répondre à ses mails en temps et en heure : c’est un vrai métier…

L. V.

Déménager en vélo, c’est possible !

17 juin 2022

En ville, l’encombrement de l’espace urbain transforme parfois la livraison ou le déménagement en un véritable casse-tête. Autant le rail ou la voie fluviale peuvent-être de bonnes solutions pour le transport de marchandises sur de longues distances, autant le fameux « dernier kilomètre » peut s’avérer acrobatique. Il faut bien se rendre à l’évidence : dans les centre-villes résidentiels, la camion de livraison n’a plus sa place. Sens interdits, espaces piétonniers, pistes cyclables, plots anti-stationnement et, de plus en plus, horaires très limités réservés aux livraisons, rendent très délicate l’organisation d’un simple déménagement ou la moindre livraison. Un comble à l’heure où se développe la commande en ligne sur internet…

Faut-il alors en revenir à des solutions simples et largement éprouvées de transport par vélo ? L’idée est loin d’être neuve. Au début du XXe siècle, la bicyclette était devenue dans bien des pays un mode de transport très courant pour livrer le pain, le lait ou bien d’autres marchandises à domicile. Rien de plus facile en effet que de bricoler la fixation de paniers sur son cadre de vélo, d’y adjoindre une petite carriole, voire de le transformer en triporteur.

Livreur de lait en triporteur à Paris (source © Jean Ferrier / Occitan Aveyron)

En France, la Poste a poursuivi jusqu’à aujourd’hui ce transport du courrier par vélo en site urbain mais, il faut bien le reconnaître, l’usage était un peu tombé en désuétude de venir livrer en bicyclette des marchandises un tant soit peu encombrantes alors que les véhicule utilitaires permettaient de le faire en toute sécurité, plus rapidement et au moindre effort… A tel point que l’on en venait à s’étonner de voir dans de nombreux pays en développement, en Afrique et surtout en Asie, la quantité invraisemblable de marchandise que certains arrivent à transporter sur leur vélo en se faufilant partout, même dans une circulation dense…

Une légère surcharge pour ce livreur à bicyclette ? (source © Soolide)

Mais depuis quelques années, la mode des livraisons urbaines en vélo revient en force dans nos rues. Les livreurs de pizzas ou de plats préparés à domicile se déplacent de plus en plus souvent en deux-roues, ce qui leur permet bien souvent de gagner du temps dans leurs déplacements y compris aux heures de pointe. Avec une glacière attachée dans le dos, les coursiers à vélo de la société Deliveroo, parmi bien d’autres enseignes concurrentes, ont largement contribué à populariser ce système de livraison à domicile à la force du mollet, tout en mettant en évidence la fragilité du modèle économique qui lui est attaché et l’extrême précarité des travailleurs impliqués.

Coursiers de la société Deliveroo en vélo, pour le meilleur et pour le pire… (source © Food and sens)

Mais l’on voit fleurir désormais bien d’autres dispositifs de livraison plus sophistiqués, montés sur deux (ou trois) roues, avec ou sans assistance électrique. Le système du triporteur, déjà très répandu dans nos rues il y a plus d’un siècle, est en train de connaître un nouveau développement. Le modèle classique avec sa grosse caisse cubique posée sur un essieu à l’avant du guidon connaît un regain de popularité. Mais il cohabite désormais avec des dispositifs nettement plus sophistiqués commercialisés notamment par la société Yokler, spécialiste du triporteur utilitaire à assistance électrique avec sa caisse arrière qui permet de porter jusqu’à 150 kg de charge utile dans un bloc sécurisé, de quoi achalander les petites supérettes même en plein centre ville, là où aucun camion de livraison ne pourrait s’aventurer.

Livraison de magasin en ville par triporteur modèle Yockler U (source © Yockler)

La société Petit Forestier, spécialisée dans le transport de produits frais, a de son côté développé et commercialisé un triporteur à assistance électrique équipé d’un caisson frigorifique capable d’enfourner jusqu’à 250 kg de marchandises qu’il peut livrer à la vitesse de 15 km/h dans les rues même les plus encombrées d’un site urbain, sans problème de parking : le rêve du livreur !

Triporteur développé par la société Petit Forestier (source © Transport info)

De plus en plus fort : l’ingénieur français Charles Levillan a, quant à lui, inventé un système astucieux qui permet de transporter à vélo un chargement fixé sur une palette en bois, ce support de base de la logistique moderne qui permet de transférer rapidement n’importe quelle charge d’un camion à un entrepôt via un transpalette.

Dispositif BicyLift permettant de transporter un chargement sur palette derrière un vélo (source © FlexiModal)

Sa remorque BicyLift, brevetée et commercialisée par la société FlexiModal, permet de transporter jusqu’à 180 kg de charge utile sur une simple palette en bois tractée par un vélo. Un simple bras métallique léger se glisse dans les interstices de la palette auquel on raccorde le châssis de la remorque qui permet de soulever la charge grâce à un vérin intégré, puis d’accrocher le tout à la roue arrière du vélo, et c’est parti pour un véritable déménagement en vélo… Demain les camions de déménagement n’auront peut-être finalement plus lieu d’être dans les centre-villes urbains !

L. V.

Jean-Pierre Giorgi toujours fan de Nicolas Dupont-Aignan

2 mars 2022

A un peu plus d’un mois du premier tour des présidentielles, la course aux parrainages est sur le point de se terminer. Vendredi 4 mars à 18 heures, seuls les candidats disposant de leurs fameuses 500 signatures, pourront donc se présenter. Et comme à chaque élection, on a entendu les mêmes polémiques de candidats se plaignant du caractère discriminatoire de ce filtre qui empêcherait certains de concourir à l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour ou encore Marine Le Pen, pourtant crédités d’un score plus qu’honorable dans les sondages et qui tous ambitionnent d’atteindre le second tour de cette élection, ont ainsi eu des sueurs froides pour boucler leur liste de soutiens.

Un dessin signé Deligne, publié dans Nice Matin

La règle n’est pourtant pas nouvelle puisqu’elle date de 1962, lorsqu’il a été décidé que le Président de la République serait élu au suffrage universel. Le seuil initial avait d’ailleurs été fixé à 100 signatures seulement, puis porté à 500 en 1976 au vu du nombre pléthorique de 12 candidatures enregistrées en 1974 ! Mais la liste des élus habilités à fournir leur parrainage a aussi été revue et dépasse désormais les 42 000 : députés, sénateurs, élus au Parlement européen, maires (y compris les maires d’arrondissement), conseillers départementaux et régionaux, cela fait en effet beaucoup de monde.

Au point que l’inénarrable Jean Lassalle, crédité au mieux de 1,5 % des intentions de vote, fanfaronne en estimant qu’il s’agit d’une simple formalité et se moque allègrement de ses concurrents à la peine en déclarant : « si on n’est pas capable d’avoir 500 signatures sur un panel de 42 000 élus, alors on n’a rien à faire dans cette compétition »…

Un dessin signé Man, publié dans le Midi libre

De fait, alors même que le recueil des formulaires se poursuit encore pendant quelques jours, 10 candidats déclarés ont d’ores et déjà dépassé la barre fatidique. Certains, comme Valérie Pécresse, forte des milliers d’élus locaux étiquetés LR, survolent même le jeu avec bientôt 2500 signatures en sa faveur, de même que la socialiste Anne Hidalgo avec ses 1318 formulaires validés au 1er mars tandis que le chef de l’État sortant, bien que toujours pas déclaré candidat à sa succession mais ultra favori des sondages, en aligne 1785 à la même date. Même des candidats pourtant aussi marginalisés que Nathalie Artaud, la représentante de Lutte ouvrière, n’a au aucun mal à obtenir ses 568 signatures, et ceci bien avant Jean-Luc Mélenchon : comprenne qui pourra…

Il faut dire que ces formulaires de parrainage, qui correspondent à un acte individuel des élus, ne valent pas forcément soutien politique. Nombre d’élus le revendiquent d’ailleurs ouvertement, à la manière de François Bayrou qui dit apporter son parrainage à Marine Le Pen, estimant que la démocratie serait écornée si celle que les sondages placent actuellement en deuxième place des intentions de vote devait être empêchée à se présenter. Jean-Luc Mélenchon lui-même, a utilisé son statut de député pour parrainer son adversaire du Nouveau parti anticapitaliste, Philippe Poutou. Mais ce sera sans doute insuffisant pour repêcher ce dernier qui rame encore très en deçà du seuil fatidique, de même d’ailleurs que la finaliste de la Primaire populaire, Christiane Taubira, partie très tardivement à la pêche aux soutiens.

Un dessin signé KAK, publié dans l’Opinion

La liste des parrainages, désormais publique depuis 2016 et consultable sur le site du Conseil constitutionnel, où elle a été mise à jour deux fois par semaine durant toute la campagne, montre d’ailleurs que bien des parrainages se sont dispersés, parfois au bénéfice d’illustres inconnus ou de non-candidats avérés comme Michel Barnier, François Hollande ou encore Thomas Pesquet. Cette liste révèle aussi qu’à peine un élu sur quatre a pris la peine de remplir et de renvoyer son formulaire de parrainage, ce qui montre que l’abstention n’est pas réservée aux seuls citoyens de base…

Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône, seuls 123 élus ont joué le jeu. Marine Le Pen tire bien son épingle du jeu avec 15 parrainages dans ce département, presque le double d’Eric Zemmour, tandis que Emmanuel Macron en récolte plus de 30 et Valérie Pécresse près de 40. Le communiste Fabien Roussel bénéficie de 13 parrainages quand Jean-Luc Mélenchon n’en engrange que 2, tout comme Christiane Taubira qui bénéficie de celui du Maire de Marseille en personne, Benoît Payan.

Extrait de la liste des parrainages publiée par le Conseil constitutionnel

Curieusement, comme en 2017, on constate que le maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, n’a pas accordé son parrainage à Valérie Pécresse comme l’ont fait tous les élus locaux de droite du secteur, de Bernard Deflesselles à Danielle Milon, en passant par Gérard Gazay ou Sophie Joissains. Comme en 2017, c’est à Nicolas Dupont-Aignan, le député de l’Essonne, président du mouvement nationaliste Debout la France, qu’il a fourni son précieux sésame pour l’élection présidentielle.

En 2017, Nicolas Dupont-Aignan se voyait déjà Premier ministre de Marine Le Pen (photo © Geoffroy Van der Hasselt / AFP / L’Express)

Entre les deux tours de la dernière élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, avait pourtant éberlué la France entière en annonçant son ralliement opportuniste à Marine Le Pen, laquelle avait confirmé dès le lendemain qu’elle le nommerait Premier ministre en cas de victoire du Rassemblement national au second tour. On aurait donc pu penser qu’un tel positionnement à l’extrême droite aurait quelque peu refroidi notre maire, lequel se positionnait alors ouvertement comme soutien du candidat LR François Fillon, n’hésitant pas à déclarer en novembre 2016 à un journaliste du Monde qu’il n’était « pas du tout de gauche, pas du tout d’extrême droite » et qu’il envisageait « d’appuyer François Fillon à la primaire ».

Il s’en était d’ailleurs expliqué cet été avec Cristele Chevalier et Jacques Boulesteix, alors élu de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, reconnaissant que « c’est un type sympathique, rencontré par hasard, par l’intermédiaire d’un Carnussien », à qui il a apporté son parrainage tout en l’avertissant qu’il ne votera pas pour lui. Un positionnement un peu particulier mais que Jean-Pierre Giorgi assume sans complexe, considérant que cela relève de la stratégie politique la plus élémentaire, quoi qu’en pensent ses propres électeurs, sur la base du raisonnement suivant : « de toute façon, il ne passera pas, mais il peut pomper des voix à Le Pen, c’est pour ça que je l’ai parrainé ».

Jean-Pierre Giorgi réelu en 2020 pour son quatrième mandat à Carnoux-en-Provence (photo © RA / La Provence)

Il faut donc se méfier du parrainage des hommes politiques qui ne vaut pas approbation, loin s’en faut, puisque le maire de Carnoux l’affirme avec force : « Jamais je ne voterai Dupont-Aignan, pas plus que Marine Le Pen ou Eric Zemmour ». Ce qui ne l’empêche donc pas de redonner, cette année encore, son parrainage au leader de Debout la France, dont on ne sait d’ailleurs plus très bien ce qui le distingue vraiment de ses concurrents d’extrême-droite.

Mais après tout, puisque c’est un « type sympathique » et que le but est d’affaiblir le vote en faveur de Marine Le Pen, pourquoi chercher plus loin ? De mauvais esprits pourraient certes arguer que ce genre d’attitude tacticienne vient quelque peu dévaloriser la crédibilité de nos élus et renforcer la défiance des citoyens, mais quand on a le culte de la performance, comme le revendique notre maire, il est bien connu que la fin justifie les moyens !

L. V.

Radar-poubelle : le vrai du faux…

27 janvier 2021

Dans le cas de la bombe atomique, dixit un expert, Boris Vian, la seule chose qui compte, c’est l’endroit où ce qu’elle tombe… Pour ce qui est du radar routier, son efficacité est aussi liée à son emplacement puisque l’objectif avoué est de faire respecter les limitations de vitesse sur les tronçons de voirie les plus accidentogènes. Mais si on veut que l’engin soit aussi efficace en termes de rapport financier, ne serait-ce que pour couvrir les frais de maintenance qui sont colossaux, mieux vaut aussi qu’il ne soit pas trop visible…

Et pour ne pas trop exposer le radar aux yeux de l’automobiliste rancunier, surtout en ces temps de révolte populaire où certains Gilets jaunes n’hésitent pas à larguer leur bombe de peinture sur la caméra de ces petits bijoux de technologie, rien ne vaut un bon camouflage.

Un radar mobile artistiquement décoré près de Manosque (source © radars-autos)

La police belge, qui contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ne manque ni d’humour ni d’imagination, applique depuis bien longtemps ce principe, n’hésitant pas à camoufler ses radars dans d’innocentes poubelles nonchalamment disposées en bord de route. Testés dès l’été 2008, ces radars-poubelles disposés dans des containers à roulettes que l’on peut déplacer à sa guise et qui sont reliés par câble à une voiture de police bien camouflée elle aussi, font merveille sur les routes belges où elles éblouissent régulièrement les automobilistes.

Installation d’un radar dans une poubelle par la police belge à Huy-Waremme (photo © E.D. / La Meuse)

Évoqué sur ce blog en 2013, le dispositif s’est généralisé outre-Quiévrain. En 2017, France-Inter faisait ainsi état d’une nouvelle acquisition par la police belge de 15 nouveaux radars ultra-modernes du modèle NK7, de fabrication australienne dernier cri, qui se dissimulent aisément dans le mobilier urbain. Capables d’enregistrer jusqu’à six excès de vitesse simultanément dans les deux sens de circulation le tout sans même émettre de flash donc sans se faire repérer des automobilistes distraits, ces radars ont été notamment installés le long de le RN 58, certains d’entre eux étant disposés juste de l’autre côté de la frontière française dans la petite ville de Comines-Warneton.

Un radar belge camouflé dans une poubelle (photo © Bastien Deceuninck / Radio France )

Forcément, la police française ne peut rester indifférente à un engin aussi sophistiqué qui fonctionne grâce à la technologie infra-rouge, de jour comme de nuit, et qui n’exige même pas la présence d’un humain à proximité puisqu’il peut être piloté à distance via la 4G. La société belge qui le commercialise, Securoad, a d’ailleurs engagé une procédure de demande d’homologation auprès du Laboratoire national de métrologie et d’essais, à toutes fins utiles… D’autant que ce radar n’est pas nécessairement destiné à finir dans une poubelle comme en Belgique, mais peut aussi être fixé plus conventionnellement sur un vulgaire trépied.

Devant un tel engouement de la police belge pour les radars poubelles et en attendant que leurs homologues français cèdent à cette mode contagieuse, certains petits malins ont eu l’idée de déguiser leur propre poubelle en faux radar. La presse s’était déjà fait l’écho en septembre 2016 de l’initiative d’un habitant de Castelnau-le-Lez, près de Montpellier, qui avait collé sur sa poubelle un autocollant en forme de face avant de radar. Un procédé jugé extrêmement dissuasif paraît-il, qui incitait la majorité des automobilistes à ralentir leur vitesse dans ce tronçon de route limité à 50 km/h le long des voies du tramway.

Une poubelle déguisée en radar à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier
(photo © N. Bonzom / Maxele Presse / 20 minutes)

Et depuis, de nombreux autres l’ont imité, d’autant que ces stickers en forme de radar sont en vente libre sur internet. Le dernier en date est un habitant de la petite commune de Longues-sur-Mer, près de Bayeux, dans le Calvados. Excédé de voir les voiture traverser à vive allure le hameau du Planet où il réside alors que la vitesse sur ce tronçon de la RD 514 en direction du Port-en-Bessin y est limitée à 70 km/h, il a donc collé sur sa poubelle le fameux autocollant offert par son beau-frère pour Noël. Et force est de constater que ça marche ! Outre le fait d’alimenter toute les conversations du bistrot local et d’attirer nombre de médias à l’affût d’un sujet original, la poubelle customisée produit un effet bœuf sur les automobilistes de passage qui ne peuvent s’empêcher de donner un grand coup de frein quand ils l’aperçoivent.

Un automobiliste freine devant la poubelle déguisée en faux radar à Longues-sur-Mer (photo © La Renaissance Le Bessin / actu.fr)

Alors que certains s’inquiètent de constater que la peur du gendarme n’est plus ce qu’elle était, il suffit peut-être tout bonnement de remplacer les braves pandores par de simples poubelles recouvertes d’un autocollant : de sérieuses économies en perspective pour la Sécurité routière…

L. V.

Covid-19 : Mauricette s’est fait vacciner…

28 décembre 2020

On attendait la nouvelle avec impatience depuis le début de cette pandémie virale : quand allait-on enfin disposer d’une solution vaccinale pour éviter le confinement généralisé qui paralyse la moitié de la planète et ravage l’activité mondiale depuis bientôt un an ? Rarement pourtant les équipes de recherche médicale ont œuvré avec autant de rapidité et d’efficacité pour arriver à mettre au point un vaccin contre ce fameux coronavirus SARS-CoV-2 dont on ignorait tout l’an dernier à la même période et pour lequel tous les spécialistes s’accordaient à dire que la recherche d’un vaccin serait particulièrement ardue.

Modélisation du coronavirus SARS-CoV-2 avec ses protéines proéminentes (source © Science et Vie)

Et pourtant, force est de constater que la mise au point de vaccins contre ce virus mondialisé s’est faite au pas de charge. Dès le 17 mars 2020, la société pharmaceutique américaine Pfizer annonçait un partenariat avec la firme allemande BioNTech pour développer un vaccin révolutionnaire à base d’ARN messager. Les tests de phase III, initiés en avril 2020 sur un échantillon de 44 000 personnes font l’objet de publications dès le mois de juillet et le vaccin est autorisé le 2 décembre 2020 au Royaume-Uni, le 11 aux États-Unis et le 21 décembre en Europe qui avait déjà précommandé des millions de doses, sans compter les nombreux autres vaccins en phase de test ou déjà autorisés pour certains d’entre eux.

C’est dimanche 27 décembre donc que les premiers Français ont commencé à être vaccinés selon un protocole établi à l’avance et qui cible en priorité et en toute logique les personnes âgées vivant en EHPAD ainsi que le personnel soignant qui y travaille. Les deux premiers établissements retenus sont l’unité de soins de longue durée de l’hôpital René Muret à Sevran en Seine-Saint-Denis et l’EHPAD de Champmaillot à Dijon. Dans les deux cas, les médias étaient présents pour donner un retentissement maximum à ces premières vaccinations.

C’est donc une dame de 78 ans, prénommée Mauricette, ancienne aide ménagère de son état, qui a ainsi reçu la première dose de vaccin délivrée sur le territoire national, dans l’établissement de Sevran où elle réside, devant les caméras et en présence du patron de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, l’ancien ministre Martin Hirsch, qui n’a pas pu s’empêcher de commenter l’évènement en lâchant sur Twitter : «  Une petite piqûre pour l’infirmière, un grand pas pour l’immunité, nous espérons ». Une déclaration historique à la hauteur de l’évènement, suivi, juste après, par la vaccination d’un cardiologue de Sevran, âgé de 65 ans qui, au moment de recevoir l’injection salvatrice a déclaré avoir « une pensée pour tous ceux qui ont laissé leur peau dans ce truc-là ».

Mauricette vaccinée contre le Covid-19 devant les caméras le 21 décembre 2020 (photo © Thomas Samson / AFP / Le Parisien)

Trente minutes après la première vaccination, et alors que la campagne se poursuivait pour une vingtaine de résidents et soignants de l’hôpital de Sevran, le chef du service de gériatrie de l’établissement faisait savoir urbi et orbi, que Mauricette se portait comme un charme. De quoi peut-être rassurer les innombrables complotistes et sceptiques, persuadés que le vaccin injecté n’est que du liquide physiologique vendu à prix d’or par des laboratoires pharmaceutiques assoiffés de bénéfices pour leurs actionnaires, avec la complicité active des responsables politiques.

Au point que le Chef de l’État français, Emmanuel Macron s’est cru obligé de le marteler : « Je l’ai dit, je le répète : le vaccin ne sera pas obligatoire. Ayons confiance en nos chercheurs et médecins. Nous sommes le pays des Lumières et de Pasteur, la raison et la science doivent nous guider ». Un message qui n’est sans doute pas inutile en effet tant est forte la défiance des Français envers leurs élites, qu’elles soient scientifiques ou encore plus politiques. Un sondage réalisé par Ipsos en octobre 2020 indiquait que seuls 54 % d’entre eux se disaient prêts à se faire vacciner contre le SARS-CoV-2, alors que cette proportion s’élevait à 73 % dans l’ensemble du panel testé, issu de 15 pays différents et dépassait largement les 80 % dans des pays aussi différents que le Royaume-Uni, l’Australie, le Brésil ou la Chine !

Le vaccin sans danger, en principe… Dessin d’actualité de Karim (source © Blagues et dessins)

Chacun a encore en mémoire le fiasco de la vaccination contre la grippe A (H1N1). Comme pour le Covid-19, la coopération internationale avait permis de mettre très rapidement au point plusieurs vaccins, une bonne douzaine au total. Trois d’entre eux, produits respectivement par Sanofi-Pasteur, GlaxoSmithKline et Novartis, ont reçu une autorisation de mise en vente par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.

La ministre de la santé de l’époque, une certaine Roselyne Bachelot, se démène alors pour faire savoir que la France a commandé pas moins de 94 millions de doses, pour un montant colossal de 712 millions d’euros, avec une commande optionnelle de 34 millions de doses supplémentaires pour 2010. Les centres de vaccination sont ouverts à compter du 12 novembre 2009 un peu partout, accessibles à tous mais avec une priorité pour les professionnels de la santé, des secours et de la sécurité. Un dispositif dimensionné pour permettre de vacciner 6 millions de personnes par mois !

Roselyne Bachelot vaccinée contre la grippe A devant les caméras en 2009 (photo © SIPA / Challenges)

Sauf que la campagne de vaccination de 2009 a été un flop total. A peine plus de 5 millions de Français se sont fait vacciner jusqu’en juin 2010, date à laquelle les centres de vaccination totalement désertés ont fini par fermer leurs portes. En janvier 2010, Roselyne Bachelot confirme d’ailleurs qu’elle est obligée de renoncer à se faire livrer 50 millions de doses commandées mais pas encore fournies tandis qu’il en reste encore autour de 40 millions en stock dont on ne sait pas que faire… Quelques uns seront revendues au Qatar et en Égypte, mais globalement l’affaire se solde par un fiasco financier retentissant. Un rapport d’enquête du Sénat fustige d’ailleurs le rôle des lobbies et les relations déséquilibrées qui ont conduit les responsables politiques à accepter de la part des laboratoires pharmaceutiques des contrats commerciaux trop contraignants.

Que faire des vaccins inutilisés ? Un dessin de Chaunu dans Ouest-France

Une chose est sûre : même si Roselyne Bachelot a réussi à rebondir après cet échec cuisant, l’affaire a laissé des traces et on sent que les autorités sanitaires marchent sur des œufs pour tenter d’aborder cette nouvelle campagne vaccinale dans un climat plus favorable. Pas question donc de rendre cette vaccination obligatoire pour ne pas exacerber les méfiances. Transparence absolue sur les conditions commerciales négociées à l’échelle européenne. Et un rôle majeur accordé aux médecins généralistes qui en 2009 avaient mené la charge contre la campagne de vaccination dont ils s’étaient sentis exclus. Cette fois, ils sont mis en avant pour essayer de convaincre leurs patients que le vaccin n’est pas seulement une pompe à fric pour les lobbies pharmaceutiques ou, pire, une arme d’infection massive comme en sont persuadés de nombreux complotistes : bon courage quand même…

L. V.

Ultracrepidarianiste toi-même !

12 septembre 2020

Bon, le terme n’est pas encore franchement entré dans la langue courante et fleure bon le pédantisme. Pas si facile de glisser dans la conversation courante ce mot à rallonge qu’est l’ultracrepidarianisme. Même les joueurs les plus avertis auront bien du mal à le caser sur une grille de scrabble avec leur sept malheureuses lettres. On entendra plus fréquemment une cagole marseillaise traiter son vis-à-vis de « bouffon », mais tout compte fait, l’esprit n’est pas si différent, et elle aura nettement plus de chance de se faire comprendre de son interlocuteur…

Portrait de l’essayiste britannique William Hazlitt (source © Wikipédia)

A en croire Wikipedia, la version anglaise du terme, ultracrepidarian, aurait été utilisée pour la première fois en 1819 par le critique littéraire britannique William Hazlitt, en référence à la locution latine quelque peu tombée en désuétude depuis : « Sutor, ne ultra crepidam », autrement dit : « Cordonnier, tiens-t’en à la sandale ». Une expression un peu énigmatique mais qui renvoie à une anecdote savoureuse rapportée par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Il y raconte comment le peintre grec Apelle de Cos s’est retrouvé interpellé par un cordonnier signalant qu’il avait fait une erreur dans la représentation d’une sandale, ce que le peintre corrigea aussitôt. Encouragé, le cordonnier se permit alors de critiquer d’autres éléments de la fresque, ce à quoi le peintre vexé répondit vertement « ne supra crepidam sutor judicaret », ce qu’on pourrait traduire par « un cordonnier ne devrait pas donner son avis au delà de la sandale », à l’origine de la locution latine que le bon sens paysan a transcrit de manière tout aussi imagé par : « chacun son métier et les vaches seront bien gardées ».

Alexandre le Grand et Campaspe dans l’atelier du peintre Apelle, tableau peint vers 1740 par Giambattista Tiepolo (source © Getty Center, Los Angeles)

Toujours est-il que l’actualité médiatique et le développement des réseaux sociaux n’arrêtent pas de remettre au goût du jour cette maxime antique. C’est ainsi que le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein consacrait justement sa chronique, le 3 septembre dernier, sur le média en ligne Brut, à cette notion d’ultracrepidarianisme, qui, selon lui, se répand fortement grâce au développement des réseaux sociaux et encore plus à l’occasion des débats scientifiques comme ceux qui agitent la société depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19.

« Alors que le confinement avait commencé depuis quelques jours », témoigne ainsi le philosophe, « je voyais des tweets écrits par des personnalités politiques, parfois de très haut rang, qui commençaient par : “Je ne suis pas médecin, mais je pense…” etc. Et, après cette déclaration honnête d’incompétence, s’ensuivaient des injonctions sur ce qu’il fallait faire ou penser à propos de tel ou tel traitement au tout début de l’épidémie. Et ça m’avait étonné qu’on puisse avoir autant d’assurance alors même qu’on vient de déclarer qu’on est incompétent »…

Le philosophe des sciences Étienne Klein (source © France Inter)

Affirmer une opinion sur un sujet auquel on ne connaît pas grand-chose relève de l’activité quotidienne et de l’art même de la conversation entre amis. Il n’en reste pas moins que quand cette affirmation provient de quelqu’un qui fait autorité et qui possède une grande notoriété du fait de ses engagements politiques, de ses exploits sportifs ou de ses succès artistiques ou littéraires, la parole n’a pas le même impact et ses répercussions peuvent même faire des ravages si la personne en question se permet de dire n’importe quoi. Les saillies d’un Jair Bolsonaro ou d’un Donald Trump à l’occasion de cette crise sanitaire en sont de bons exemple, mais de nombreuses personnalités françaises se sont aussi récemment illustrées dans cet exercice…

En poussant le raisonnement, Étienne Klein met justement en avant la prudence qui, par contraste, caractérise généralement la compétence véritable. Un expert scientifique qui connaît parfaitement son sujet mettra justement un point d’honneur à exprimer ses doutes et les lacunes de connaissances ou les points qui restent à établir, tout en sachant définir de manière très précise ce qui relève de la certitude et ce qui reste à démontrer ou à déterminer.

Et force est de constater que ce qui semble évident pour le commun des mortels n’est pas forcément aussi simple qu’il n’y paraît pour qui s’astreint à approfondir le sujet. On se heurte alors rapidement, surtout en matière de risque, qu’il soit sanitaire, naturel, technologique et de tout autre nature à la notion d’incertitude. Comment définir des politiques publiques adaptées, qui soient à la fois efficaces mais aussi acceptables par la société, lorsque l’on ne connaît pas avec certitude l’ampleur du risque et encore moins l’effet des mesures qui sont envisagées ?

Même les sommités scientifiques peuvent être tentées par un peu d’ultracrepidarianisme (dessin signé Antoine Chéreau / source © Urtikan)

Dans son dernier ouvrage publié en juillet 2020, Le goût du vrai, Étienne Klein cite l’exemple d’une vérité scientifique parfaitement contre-intuitive qui explique justement pourquoi le citoyen lambda mais aussi l’homme politique en vue se laisse parfois aller à des affirmations péremptoires qui lui paraissent être basées sur le bon sens même, alors qu’elles relèvent en réalité d’une erreur d’analyse.

Ainsi qu’il l’expose dans un texte accessible sur le site Les mardis de la philo, « Imaginons que dans une population donnée apparaisse une nouvelle maladie, qui affecte une personne sur mille. Les symptômes de cette pathologie n’étant ni visibles ni ressentis, nul ne sait dire qui est malade et qui ne l’est pas. Mais les chercheurs s’activent et finissent par mettre au point un test de dépistage dont l’efficacité est de 95 %. Cela signifie que sur cent personnes positives à ce test, en moyenne quatre-vingt-quinze sont effectivement malades et cinq sont ce qu’on appelle des «faux positifs» (c’est-à-dire sont positifs au test sans être malades). Soit maintenant une personne qui se révèle positive au test : quelle est la probabilité qu’elle soit malade? Si vous réalisez un sondage dans votre entourage, vous constaterez que la proportion de ceux qui répondent «95 %» à cette question est très élevée. Or, la bonne réponse est… seulement de 2 % ! 

Test de dépistage du Covi-19 à Provins : toute ressemblance avec la situation imaginée serait bien entendu purement fortuite… (photo © Arnaud Journois / Le Parisien)

Autrement dit, une personne positive au test a quatre-vingt-dix-huit chances sur cent de ne pas être malade ! Ce résultat violemment contre-intuitif s’obtient à l’issue d’un raisonnement qui est pourtant simple : si l’on applique le test de dépistage à mille personnes, en moyenne 5 % d’entre elles – c’est-à-dire cinquante – seront des faux positifs, alors qu’une seule parmi elles est vraiment malade. La proportion de malades parmi les personnes positives au test sera donc bien égale à un cinquantième, soit 2%. Conclusion : pour le cas de figure ici envisagé (qui ne correspond pas, je le précise, à la situation actuelle), il apparaît qu’un test efficace à 95 %, ce qui semble être un bon score, en réalité ne sert à rien, contrairement à ce que notre cerveau tend à croire spontanément. Preuve que ce dernier peut être victime, ici ou ailleurs, de biais cognitifs. Preuve également que la science ne se confond ni avec la déclinaison en roue libre de l’intuition, qu’elle prend souvent à contre-pied, ni avec le fameux « bon sens », qu’elle contredit presque toujours ».

Une réflexion à méditer et à garder en mémoire lorsque l’on assiste aux débats pseudo-scientifiques qui fleurissent de nos jours sur les médias de toutes sortes…

L. V.

Accidents de trottinettes : une publication scientifique contestée

28 août 2020

Dessin de Charb, publié dans Charlie Hebdo (source © Ma dose de science)

Qu’est-ce qu’une vérité scientifique ? Vaste débat, digne de faire transpirer plus d’un lycéen à l’occasion de l’épreuve de philosophie du Baccalauréat… La crise sanitaire du Covid-19 aura du moins permis de mettre largement le débat sur la table, à force de voir les plus éminents spécialistes de santé publique s’invectiver quant aux bienfaits supposés d’un traitement à l’hydroxychloroquine contre le coronavirus SARS-CoV-2.

Et chacun, a pu se rendre compte à cette occasion que la vérité scientifique n’est pas si figée que le profane ne l’imagine. En réalité, elle se construit au jour le jour, au fil de l’avancée des recherches, et peut faire l’objet de vigoureuses controverses tant qu’elle n’a pas été dûment prouvée et validée par la communauté scientifique dans son ensemble. C’est d’ailleurs à cela que sont supposé servir les innombrables revues scientifiques internationales qui se sont multipliées ces dernières décennies et qui permettent de diffuser en temps quasi réel les avancées scientifiques du moment et les hypothèses formulées par les équipes scientifiques du monde entier : chacun peut ainsi en prendre connaissance, les confronter avec ses propres résultats, tester par d’autres voies les hypothèses formulées et se prononcer à son tour, faisant ainsi progresser la connaissance scientifique vers un consensus globalement accepté.

Les revues internationales, nouveaux baromètres de la notoriété scientifique des chercheurs (source © Les Echos)

Sauf que, comme tous les domaines, la science n’est pas à l’abri des passions humaines et des dérives mercantiles. On a longtemps reproché au chercheur d’être un rat de laboratoire, préoccupé par des lubies qui n’intéressent personnes et totalement hermétique à la notion de rentabilité. Pour l’obliger à se montrer productif et mesurer son rendement effectif, on n’a rien trouvé de mieux que d’évaluer sa productivité à l’aune du nombre de ses publications scientifiques dans des revues internationales à comité de lecture.

Du coup, on a assisté ces dernières années à une véritable explosion du nombre des publications scientifiques. En 1990, on recensait environ 500 000 articles ainsi publiés annuellement dans le monde, et de l’ordre de 800 000 en 2000. Cinq ans plus tard, en 2015, ce nombre avait déjà grimpé à 1 800 000 publications en un an, et la production ne fait que s’accélérer ! Ce sont chaque jours plus de 5 000 publications scientifiques qui sont ainsi mises en ligne ou éditées, les Chinois étant d’ailleurs désormais en tête du classement des auteurs les plus prolixes.

La course à la publication, l’obsession actuelle des chercheurs… (source © Nexus)

Cette course à la publication, devenue le moteur des carrières scientifiques, a pris une telle parce que les chercheurs sont désormais presque obligés de payer pour pouvoir accéder à ces revues indispensables à la reconnaissance de leur travail par leurs pairs. Le principe de ces revues est en effet de disposer d’un comité de lecture composé de scientifiques reconnus qui prennent le temps de relire soigneusement les papiers qui leur sont soumis, afin d’en vérifier la qualité et dialoguent avec les auteurs jusqu’à ce que le document soit jugé suffisamment fiable, rigoureux et innovant pour justifier sa publication dans la revue.

Un processus efficace mais particulièrement lourd, qui justifie que celui qui soumet un tel article participe aux frais qu’une telle démarche ne manque pas d’occasionner. Avec bien évidemment toutes les dérives que peut engendrer un tel dispositif qui a conduit à voir fleurir dans certains pays un grand nombre de revues scientifiques, pas toujours très regardantes sur la qualité scientifique des projets qui leur sont soumis. Rien qu’en Inde, on recenserait pas moins de 300 éditeurs de revues scientifiques de toute nature !

C’est ainsi que l’obscure revue indienne Asian Journal of Medicine and Health n’a pas hésité à publier mi-juillet 2020 sur son site, un article cosigné par 8 médecins et chercheurs, français pour la plupart et membres du collectif Laissons les médecins prescrire, qui vante les mérites d’un traitement à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine pour soigner les formes les moins graves de Covid-19. Une publication qui a donné l’impression à nombre de praticiens et spécialistes français du sujet que l’éditeur ne s’était montré guère exigeant dans son travail de relecture.

Didier Raoult « avec ou sans qui nous ne serions rien » (photo © Gérard Julien / AFP / L’Express)

Du coup, certains de ces scientifiques ont décidé de soumettre à leur tour une proposition de publication à cette même revue scientifique spécialisée. Contrairement à celle de leurs confrères qui ne faisaient finalement que répéter ce que la professeur Raoult répétait depuis des mois sur tous les plateaux télé, leur contribution était nettement plus novatrice puisqu’elle tendait à démontrer l’efficacité d’un traitement à base d’hydroxychloroquine dans la prévention des accidents de trottinette qui sont en passe de devenir, comme chacun le sait, un véritable fléau en matière de santé publique.

Un angle d’attaque particulièrement original donc, cosigné par par moins de neuf éminents chercheurs de la communauté scientifique internationales, parmi lesquels un certain Didier Lembrouille, du Département de médecine nucléaire compliante de la SFR en Guyane, mais aussi Sylvano Trottinetta du collectif bien connu « Laissons les vendeurs de trottinettes prescrire », Otter F. Hantome, de l’Université de Melon, Manis Javanica, un spécialiste des chauves-souris au Timor oriental, ou encore Némo Macron, domicilié au Palais de l’Élysée à Paris, avec ses maître Emmanuelle et Brigitte.

Némo, le chien d’Emmanuel Macron, l’un des coauteurs de l’étude (source © Voici)

L’étude elle-même, décrite dans la publication, se réfère à une série d’expériences effectuées sur deux groupes de 6 personnes, chargés de descendre en trottinette une forte pente terminée par un mur en briques. Aucun accident à déplorer dans le groupe traité préventivement à l’hydroxychloroquine, sinon un participant décédé avant même de monter sur l’engin. En revanche, deux personnes sont décédées dans le groupe témoin, ce qui démontre, sans conteste possible, l’intérêt évident d’un tel traitement prophylactique.

Les accidents de trottinette, un nouveau fléau de société, dessin de Miss Lilou (source © Blagues et dessins)

Bref, sans même lire le contenu de l’article en détail, il apparaît assez clairement que l’opération a tout d’un canular totalement loufoque. Toute la publication est d’ailleurs un ramassis d’absurdités et de fausses références toutes aussi ineptes l’une que l’autre, les auteurs n’hésitant pas à citer Picsou Magazine comme référence bibliographique, et concluent en évoquant la fine remarque du célèbre scientifique Jean-Claude Dusse : « on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher ».

Et pourtant, transmis le 24 juillet à la prestigieuse revue scientifique indienne, ses auteurs sont avisés six jours plus tard et après avoir versé les 85 dollars exigés, que leur texte va être soumis à un comité de relecture composé de trois scientifiques internationaux, lesquels ne demandent en fin de compte que quelques précisions mineures et totalement annexes, dont le lieu des expérimentations évoquées dans l’article. Ce à quoi, il leur est répondu qu’il s’agit en effet d’un oubli et que l’étude a eu lieu à Montcuq.

Après quelques allers-retours, la publication est définitivement acceptée le 12 août et mise en ligne trois jours plus tard sur le site de le revue médicale indienne, annonçant ainsi dans sa conclusion péremptoire, qu’au vu des résultats énoncés, la combinaison d’hydroxychloroquine et d’azithromycine mérite d’être utilisée massivement pour la prévention des accidents de trottinette partout dans le monde. Une évidence médicale parfaitement intuitive qui semble en effet relever du simple bon sens et qui n’a en tout cas pas soulevé de question de la part du trio de relecteurs chevronnés.

Début de l’article mis en ligne le 15 août 2020 par l’Asian Journal of Medicine and Health (source © Le blog de Michaêl)

Il faudra une campagne massive de messages diffusés par les auteurs de l’article sur les réseaux sociaux à l’occasion du week-end du 15 août pour que la supercherie éclate au grand jour et que la revue médicale indienne se rende compte qu’elle a été quelque peu abusée par une bande de joyeux lurons à l’esprit taquin. La publication est finalement retirée (elle a été sauvegardée par certains et sa lecture est édifiante…) mais Didier Lembrouille et Némo, le chien présidentiel, peuvent se vanter d’avoir clairement démontré que certaines revues scientifiques peu regardantes sont prête à diffuser n’importe quoi. Comme quoi, toute vérité scientifique demande à être examinée avec un minimum d’esprit critique…

L. V.

La balançoire bat des records

24 août 2020

Quoi de plus innocent qu’une balançoire ? Une planche attachée par deux cordes à une branche d’arbre, et il suffit de s’élancer ! Ce jeu, qui agrémente de nombreux jardins publics pour le grand bonheur des plus petits,n’est pas récent puisque la tradition le fait remonter à la plus haute antiquité grecque, du temps d’Œbalus, roi de Laconie et père de Pénélope (l’épouse d’Ulysse, pas celle de Fillon, bien entendu).

Satyre poussant la balançoire, dessin figurant sur un vase trouvé en 1816 à Chiusi et conservé au musée de Berlin (source © Enkidoublog)

Les jeux icariens lancèrent alors l’usage de l’escarpolette, une simple corde attachée entre deux arbres et sur laquelle on se balance. Une tradition largement reprise par les Romains lors des fêtes des vendanges, et dont l’objectif semble être de permettre une purification par l’air lors du balancement.

Au XVIIIe siècle, l’escarpolette avait perdu cette signification bacchique mais restait néanmoins un jeu empreint de frivolité comme en attestent les tableaux de Fragonard qui a représenté plusieurs situations de badinage amoureux, liées à ce qui n’était alors qu’un divertissement. Son célèbre tableau où l’on voit une jeune femme mutine, poussée par ce que l’on suppose être son mari, plus ou moins masqué par l’ombre des arbres et tirant sur les cordes pour donner de l’élan au mécanisme, s’élever jusqu’à envoyer élégamment valser sa mule, tandis que son amant, rouge d’excitation, ne perd rien du spectacle des jambes de la belle, affalé dans les buissons au pied de la balançoire.

Détail du tableau de Jean-Honoré Fragonard, « Les Hasards heureux de l’escarpolette », vers 1767 – huile sur toile, Wallace Collection, Londres (source © Wikimédia Commons)

« Jeune fille à la balançoire », huile sur bois peintre en 1845 par Paul Delaroche – Nantes, Musée d’Arts (source © Réunion des Musées Nationaux)

 

Une légèreté et un sentiment de liberté que l’on retrouve dans nombre d’œuvres artistiques représentant des enfants ou des jeunes filles se balançant nonchalamment, comme celle représentée par le peintre Paul Delaroche vers 1845, simplement suspendue sur un morceau d’étoffe attachée à la branche d’un arbre, le dispositif le plus simple qui puisse exister.

Krishna enfant sur une balançoire, miniature indienne datée vers 1755

Et l’Occident n’est pas le seul à avoir trouver de l’attrait à ce jeu de balancement. On connaît ainsi, dans la tradition indienne, de multiples représentation de Krishna enfant ou adulte, profitant des joies de la balançoire, seul ou accompagné de sa bonne amie Radha. Quel que soit le contexte culturel, il semble bien que le fait de se balancer, assis sur une planche ou sur une simple corde, ne soit jamais totalement dénué d’une certaine sensualité…

Mais les jeux de l’amour et du hasard associés à l’escarpolette d’antan ont bien souvent laissé place à une volonté de griserie et de frisson.

Balançoire russe, mieux que la roulette… (source © Circus concept)

Le cirque s’est emparé de la balançoire pour en faire un outil de propulsion permettant de faire de la voltige aérienne. La balançoire russe permet ce type d’acrobatie comme le montrent de nombreuses videos sur internet. Et chacun voudrait aller toujours plus haut, toujours plus vite. Sur une balançoire comme dans de nombreux domaines, le jeu et le divertissement badin s’effacent progressivement devant le geste sportif, la volonté de dépassement de soi, la recherche du record…

Sur la balançoire du bout du monde, à 2600 m d’altitude, face au volcan Tungurahua (photo © Mike Theiss / National Geographic / Amusing Planet)

On a ainsi aménagé des balançoires dans les lieux les plus improbables pour les amateurs de sensations fortes. L’une d’elles est la Casa del Arbol, perchée à 2600 m d’altitude au bord d’une falaise qui surplombe un canyon, près de la petite ville de Baños, en Equateur, à 180 km de la capitale Quito. Cette région volcanique très escarpée et proche de la forêt amazonienne est un haut lieu du tourisme sportif avec de nombreuses activités telles que le rafting ou le canyoning, mais la « balançoire du bout du monde » fait partie des attractions locales qui ne laissent pas indifférent. Attachées à une cabane, elle même perchée sur un arbre au bord du vide, les balançoires s’élancent directement au dessus du vide et donnent l’impression de voler en plein ciel, sans aucune sécurité spécifique : ce n’est pas le moment de lâcher les cordes !

Une balançoire dans le Wansheng Ordovician Park, près de Chongqing, pour ceux qui ont le coeur bien accroché (source © French China)

Un art de l’extrême que les Chinois semblent cultiver eux aussi puisque les visiteurs du Wansheng Ordovician Park, un site touristique près de Chongqing, dans le comté de Yunyang, au sud-ouest de la Chine, propose de son côté des balançoires accrochées à un portique de 21 m de hauteur, lui-même perché au sommet d’une falaise de plusieurs centaine de mètres de dénivelée. Une expérience qui met les nerfs à rude épreuve, au point qu’il est désormais proposé une « pilule du regret » pour ceux qui se rendent compte, mais un peu tard, alors que la balançoire est à son plus haut point au dessus du vide, que ce n’est décidément pas fait pour eux et qu’ils auraient mieux fait de faire gentiment la queue devant le stand de barbe à papa plutôt que de vouloir faire les malins en s’asseyant sur cette planche vraiment peu sécurisée…

Quoi qu’il en soit, les Chinois semblent apprécier l’exercice puisque d’autres balançoires du même type ont été installées fin 2018 au bord d’une autre falaise de 198 m de hauteur, près du mont Tianzishan à Qingyuan, dans la province du Guangdong, toujours au sud-ouest de la Chine. Après une période d’essai qui a quand même duré quatre mois, selon le média French China, les balançoires ont été ouvertes au public pour le plus grand bonheur des amateurs de sensations fortes.

La plus haute balançoire du monde, récement inaugurée en Chine (source © Euronews)

Et voilà que les Chinois, qui cherchent toujours à se démarquer pour impressionner la Terre entière, viennent de mettre en service, en juillet 2020, la plus haute balançoire du monde, homologuée par le Livre Guiness des Records. L’installation n’a, à première vue, rien d’une balançoire. C’est en réalité un immense arc de 100 m de hauteur formé d’un assemblage de tubes métalliques peints aux couleurs de l’arc en ciel et qui est perché au sommet d’une falaise. Un mât métallique peint en jaune et culminant à 108 m a été implanté à quelque distance.

Prêts pour le départ ? Et c’est parti pour un vol plané en plein ciel… (source © Euronews)

Les amateurs de sensations fortes se hissent dans la tour de lancement jusqu’à la plateforme de départ située à 88 m de hauteur. Là ils sont harnachés par groupe de trois, en position allongée, et ils sont propulsés au bout d’un câble attaché au sommet de l’arche, ce qui leur permet d’atteindre la vitesse maximale de 130 km/h et d’avoir l’impression de voler en plein ciel au dessus du vide ! On est loin de l’escarpolette de Fragonard ou de l’éléphant de la comptine enfantine « qui se balançait sur une toile d’araignée » ! Foin de la poésie et de la badinerie, la balançoire n’est plus un jeu d’enfant ni un divertissement d’amoureux, mais rentre dans le registre des sports de l’extrême : on aura tout vu…

L. V.

Les castors viennent d’installer la télé…

18 août 2020

Il se passe de drôles de choses chez nos amis canadiens. C’est la chaîne publique canadienne CBC (Canadian Broadcasting Corporation) ou SRC pour les francophones (Société Radio-Canada), créée en 1936, qui a rapporté, le 10 août dernier, ces faits troublants. Un certain Brian Edwards qui circulait sur la route du lac Onion, dans l’Ontario, au nord de Thunder Bay, un matin de mai 2020, s’est pincé en apercevant, au sommet d’une hutte de branchage et de boue construite par une tribu de castors locaux, une antenne parabolique flambant neuve.

Hutte de castors à Thunder Bay, dans l’Ontario, équipée d’une antenne parabolique depuis fin mai 2020 (photo © Heather Kitching / CBC)

Après réflexion, il s’est dit que tout cela n’avait finalement rien de surprenant. La Ligue nationale de hockey envisageait de reprendre ses activités après une longue interruption liée à la pandémie de Covid-19 et le moment était donc bien choisi pour des fans du sport national canadien, fussent-ils castors, pour enfin équiper leur demeure d’un dispositif performant pour capter les émissions. Passant régulièrement devant le site, notre homme à déclaré s’attendre chaque matin à croiser un castor en train de régler l’orientation de l’antenne pour en améliorer la performance…

Castor canadiensis dans son élément naturel (photo © Shutterstock / BioParc)

Informés de la situation, les journalistes de la CBC mènent l’enquête auprès des installateurs d’antennes locaux. Un porte parole de la société Bell Canada, principal fournisseur d’accès canadien en matière de télécommunication et accès internet, leur répond par mail qu’il ne trouve pas cette hutte de castors dans sa base de données mais qu’il arrive parfois que certains clients déplacent leur installation de leur maison principale vers leur résidence secondaire. Une hypothèse très probable en effet car on sait le castor assez friand de la vie au grand air, près des lacs plutôt qu’en site urbain.

Une spécialiste des castors, qui les étudie depuis une vingtaine d’années, confirme en tout cas que ces gros rongeurs sont techniquement tout à fait capables de manipuler sans aide une petite antenne parabolique et de venir l’installer sur le toit de leur maison, habitués qu’ils sont à faire feu de tout bois et à utiliser pour leurs chantiers de construction tout ce qui leur tombe sous la main. Elle fait part néanmoins de ses doutes quant à leur capacité à orienter correctement l’antenne pour assurer une réception optimale de leurs émissions favorites.

Un castor du Canada en train de réunir les matériaux pour la constructioon de sa hutte (source © Ecopays de Cocagne)

L’affaire est d’autant plus curieuse qu’en cherchant bien, les journalistes de la CBC se rendent compte que ce n’est pas la première fois que l’on repère des antennes paraboliques sur des huttes de castor. C’est même plutôt une situation fréquente à en juger par le nombre de témoignages que l’on peut retrouver sur les réseaux sociaux…

Une maison de castor déjà équipée d’une antenne parabolique en 2014 (source © Meanwhile in Canada / CBC)

Jules et Bertrand, les deux castors ex-mascottes de Bell Canada

Il faut dire que jusqu’en 2008, la mascotte de Bell Canada était justement un duo de castors de synthèse, dénommés Frank et Gordon pour les anglophones, plus prosaïquement Jules et Bertrand pour les francophones. Créés par Buzz Images, les deux castors de synthèse ont débuté en 2005 une carrière québécoise qui s’est rapidement élargie à tout le Canada à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver en 2006, et qui a connu un grand succès populaire en matière de communication d’entreprise, avant d’être brutalement licenciés en 2008, avec nombre de salariés de l’entreprise en pleine restructuration.

Document de communication de l’opérateur Bell Canada agrémenté de sa mascotte castor (source © Wikipedia)

Toujours est-il que ce ne sont pas ces deux castors accro à la télécommunication qui ont installé une antenne parabolique sur le toit de leur demeure, mais plus simplement un certain Grant Carlson. Résidant près du lac Onion, il a pris son kayak, le 25 mai dernier, est s’est rendu près de la hutte de castors qu’il avait repérée pour y installer (gratuitement, faut-il le préciser ?) une antenne parabolique sur le toit de ses voisins castors. L’un d’entre eux a d’ailleurs pointé le bout de son nez pour voir ce que le pseudo installateur trafiquait ainsi sur le toit de sa maison, mais Grant ne lui a pas fait signer de contrat de garantie.

Un canular typiquement canadien donc, imaginé par un homme quelque peu déprimé de voir son activité d’organisateur de réception de mariages en plein marasme du fait de la pandémie de Covid-19, avec son lot d’annulation de mariages en cascades. Désœuvré et quelque peu désespéré par cette crise sanitaire qui obligeait chacun à rester cloîtré chez lui devant la télé, il a décidé de faire un geste pour ses voisins castors en leur offrant cette belle antenne parabolique : avec la télé, la solitude et le repli sur soi sont moins difficiles à supporter, comme l’a expliqué Grant Carlson aux médias : un beau geste altruiste, donc…

L. V.

Le peintre Raphaël victime du coronavirus ?

20 juillet 2020

Autoportrait de Raphaël peint en 1506 (source : Galerie des Offices à Florence)

On fête cette année, avec, reconnaissons-le, la plus grande discrétion, le 500ème anniversaire de la disparition du peintre et architecte italien de la Renaissance, Raffaello Sanzio, mort le 6 avril 1520 à Rome. Fils de Giovanni Santi, lui-même peintre officiel à la cour du duc d’Urbino, le petit Raphaël s’est retrouvé orphelin dès ses 11 ans. Placé en apprentissage à 17 ans auprès du maître Le Pérugin, à Pérouse, il reprend peu après l’atelier de son père à Urbino et à 21 ans, il s’installe à Florence.

A cette époque, la République florentine vient tout juste de rappeler les deux autres grands maîtres de la Renaissance italienne que sont Michel Ange et Léonard de Vinci. Ce dernier reçoit d’ailleurs dans son atelier le jeune Raphaël qui y réalise une série de vierges et de madones.

Portrait d’une jeune femme (La Fornarina) peint par Raphaël en 1518 (source : Galleria Nazionale d’Arte Antica di Palazzo Barberini, Rome)

En 1508, le pape Jules II l’appelle à Rome où il le charge de la décoration de plusieurs chambres de son palais. C’est là que Raphaël rencontre Margherita Luti, surnommé « la Fornarina » car fille d’un boulanger, une femme d’une grande beauté qui restera son amante jusqu’à sa mort.

En 1514, le nouveau pape, Léon X, un Médicis, lui confie la poursuite du chantier de la Basilique Saint-Pierre ainsi que la conduite des fouilles des vestiges antiques. Deux chantiers que Raphaël mènera de front tout en exécutant l’un de ses chef d’œuvre, la Transfiguration.

A sa mort prématuré, survenue le jour de son 37e anniversaire, à la suite de fortes fièvres, sa gloire est immense et on organise en son honneur des funérailles grandioses au Vatican. Il fut d’ailleurs longtemps considéré comme l’un des plus grands peintres que la Terre ait porté. Trente ans après sa mort, en 1550, Giorgio Vasari n’hésite pas à écrire dans son ouvrage publié sous le nom Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes : «  Quand Raphaël mourut, la peinture disparut avec lui. Quand il ferma les yeux, elle devint aveugle ». L’hommage est peut-être excessif mais il n’en demeure pas moins que Raphaël reste, cinq siècles plus tard, une figure reconnue de cette Renaissance italienne qui a su renouveler et moderniser la représentation artistique comme cela avait rarement été fait jusque-là.

Vue des chambres de Raphaël (source : Musées du Vatican)

Il n’en demeure pas moins que la disparition aussi subite du célèbre peintre décédé brutalement dans la force de l’âge, en a étonné plus d’un. A l’époque, et toujours selon les indiscrétions de son premier biographe Giorgio Vasari, il se murmurait que le jeune peintre s’épuisait en virées nocturnes pour contenter ses innombrables maîtresses. Le mois de mars 1520 ayant été particulièrement glacial à Rome, ses « fréquentes sorties nocturnes dans le froid », même entrecoupées d’activités physiques revigorantes, seraient à l’origine de ce qui serait de nos jours considéré comme une forme de pneumonie.

Vierge à la rose, toile de Raphaël (source : Musée du Prado, Madrid)

Car le jeune prodige de la peinture et de l’architecture italienne était particulièrement précieux aux yeux du souverain pontife qui, de crainte de perdre cet artiste inestimable, a donc immédiatement envoyé à son chevet les meilleurs praticiens du cru. Faute néanmoins d’avoir été mis dans la confidence de ses nombreuses incursions dans la nuit et le froid, les médecins en question se sont mépris sur leur diagnostic, voyant dans l’origine de cette forte fièvre « un excès d’humeur » qu’il convenait de soigner par la saignée, alors considérée comme le remède miracle en cas de doute. Mortellement affaibli par ses saignées à répétition, le peintre ne s’en est pas remis et est donc passé de vie à trépas, au grand désespoir de son mécène papal tant attentionné.

Mais voilà que, 500 ans plus tard, il se murmure qu’en réalité, le célèbre peintre de la renaissance serait mort d’une atteinte infectieuse liée à une forme de coronavirus, confirmant que le maître était bel et bien précurseur en tout point. C’est une étude italienne, publiée dans la revue scientifique Internal and Emergency Medicine par trois chercheurs de l’université de Milan Bicocca, sous la conduite de Michele Augusto Riva, qui révèle l’affaire en revenant en détail sur les circonstance de la mort de Raphaël.

Publié le 14 juillet 2020, l’article date néanmoins du début de l’année, avant donc le pic de l’épidémie actuelle de CoVid-19 dans le nord de l’Italie, mais il résonne d’une étrange actualité. Selon les chercheurs italiens, les symptômes qui ont conduit au décès du grand peintre avec an particulier une forte fièvre continue qui a duré une à deux semaines alors que l’homme était affaibli mais suffisamment conscient pour préparer son testament et mettre de l’ordre dans ses affaires, sont assez caractéristiques d’une pneumonie occasionnée par un coronavirus comparable à celui qui fait actuellement trembler la terre entière.

Détail de La Transfiguration, peint par Raphaël en 1519 (source : Pinacoteca Vaticana, Rome)

Les maladies sexuellement transmissibles dont la syphilis qui avaient jusqu’alors été invoquées, au vu de la vie assez dissolue de l’artiste, sont à écarter, selon ces chercheurs, en raison de la période d’incubation de 8 à 15 jours qui a été observée. Sont également écartées les diagnostics de maladies intestinales mais aussi d’hépatite virale aiguë (faute de tout symptôme d’insuffisance hépatique) ainsi que la peste ou le typhus alors absents localement. En revanche, la responsabilité des saignées effectuées à mauvais escient et qui ont manifestement aggravé l’état sanitaire du peintre jusqu’à hâter son trépas, est clairement mise en évidence. Fort heureusement, on considérera qu’il y a désormais prescription et que la réputation des médecins en question ne devrait pas être trop entachée par cette révélation quelque peu tardive de leur incompétence manifeste…

L. V.

Dette publique française : c’est grave, docteur ?

2 juin 2020

La dette publique de la France correspond en principe à l’ensemble des emprunts que devront rembourser l’État français lui-même mais aussi les collectivités territoriales et tous les organismes publics dont ceux qui gèrent la sécurité sociale. Au troisième trimestre 2019, cette dette s’élevait à la somme astronomique de 2415 milliards d’euros, dépassant pour la première fois le produit intérieur brut annuel du pays, autrement dit l’ensemble des richesses produites au cours de l’année 2019 en France.

Un dessin signé Ixène (source © Pinterest)

Le chiffre n’est pas anodin puisque, rapporté à la population française il représente quand même 36 000 € par an soit 3 000 € par Français et par mois. Une donnée à rapprocher du salaire annuel net moyen en France qui, en 2015 (derniers chiffres publiés à ce jour) s’élevait 26 634 € par an, soit un peu plus de 2 200 € par mois. Un rapprochement qui indique sans la moindre équivoque qu’il reviendra aux générations futures de payer notre train de vie actuel…

Evolution de la dette publique française en milliards d’euros et en pourcentage du PIB (source © Wikipedia)

Et avec la crise économique qui se profile après trois d’inactivité due au Covid-19, tout indique que la richesse nationale va connaître un repli significatif en France au cours de l’année 2020. Le 6 mai dernier, la Commission européenne a rendu publiques ses prévisions pour l’année et annonce un repli moyen du PIB de 7,4 % dans l’Union européenne, mais qui pourrait atteindre 8,2 % pour la France, presque autant que l’Espagne et l’Italie… Un tel recul serait d’ailleurs du jamais vu dans notre pays depuis les années de guerre de 1939-45 !

Prévisions d’évolution du PIB dans les pays européens en 2020 (infographie © Statista / données UE)

Selon une analyse d’Alternatives économiques, les recettes publiques de l’État devraient baisser de 84 milliards d’euros au cours de l’année 2020, du fait principalement de la réduction des rentrées d’impôts sur les revenus et sur les bénéfices des entreprises, conséquence directe de la baisse de l’activité économique. Inversement, tout indique que les dépenses publiques seront en hausse, pour payer les transferts sociaux rendus nécessaires par la crise économique et sociale, une hausse évaluée à 66 milliards sur l’année. Avec de telles prévisions, la part des dépenses publiques dépassera pour la première fois la barre des 60 % du PIB national, un record alors que la France se distingue déjà par rapport à l’ensemble de ses voisins européens par un taux de dépenses publiques particulièrement élevé.

Un dessin signé Kak (source © L’Opinion)

Avec de tels chiffres, le montant du déficit public de la France, qui était déjà de 72 milliards d’euros en 2019, soit grosso modo 3 % de son PIB, devrait passer à 222 milliards, ce qui représente pas loin de 10 % du PIB : on est bien loin des fameux critères de Maastricht !

Mais le plus inquiétant sans doute est que ce déficit exceptionnel, combiné à une forte baisse du PIB, va se traduire mécaniquement par une hausse significative de notre niveau d’endettement qui pourrait ainsi atteindre 117 % du PIB selon les prévisions actuelles. On reste bien loin des valeurs déjà enregistrées au Japon, en Grèce ou même aux États-Unis, mais on atteint quand même un niveau très supérieur à celui de la plupart des pays…

Le commun des mortels est toujours surpris de constater qu’un pays peut s’endetter au-delà du montant des richesses qu’il crée dans le même temps. En réalité, plus que la dette elle-même, c’est l’évolution du patrimoine public qu’il convient de prendre en compte. S’endetter n’est pas un problème en soi et est même considéré par de nombreux économistes comme le signe d’une gestion dynamique : la dette d’aujourd’hui permet d’investir pour créer les richesses de demain.

Le point important à prendre en compte n’est donc pas le niveau de la dette, mais plutôt celui du patrimoine public, autrement dit les bâtiments et les infrastructures, qui en principe tend à s’accroître. Mais force est de constater que depuis 2008, alors que le niveau d’endettement s’accroît d’année en année, la valeur du patrimoine public net (le patrimoine moins la dette) ne cesse de baisser ! Alors qu’il approchait les 60 % du PIB en 2008, il est tombé à 16,8 % en 2014 et tout indique que cette baisse s’est poursuivie depuis.

Un dessin signé Ranson (source © France TV info)

La vulnérabilité de notre pays vient en réalité du fait que cet endettement croissant ne sert guère aux investissements d’avenir. Il y a bien longtemps déjà que ce n’est plus l’État qui investit pour créer les infrastructures qui permettront le développement des prochaines décennies. L’essentiel de l’investissement public se fait désormais via les collectivités territoriales (qui elles ne sont pas autorisées à s’endetter outre mesure puisque, contrairement à l’État, leur budget annuel doit nécessairement être équilibré) et surtout par le privé, au travers notamment des partenariats public-privé.

Du coup, comme on le voit dans les projections pour l’année 2020, si l’État continue à s’endetter, dans des proportions que certains commencent à juger quelque peu alarmantes, ce n’est pas pour assurer les investissements du futur, mais c’est de plus en plus pour payer ses propres coûts de fonctionnement et notamment la hausse inexorable des dépenses sociales.

Un dessin signé Weyant (source © blog P. Dorffer)

En 1980, les dépenses sociales représentaient 20 % du PIB national alors que cette part est montée à 31,2 % en 2018, une des plus élevées du monde. Ces dépenses sont destinées à la fois à la santé publique (avec, comme on l’a vu lors de la crise du Covid-19 des résultats plus que mitigés par comparaison avec d’autres pays), aux prestations sociales (où notre pays se caractérise de fait par un des taux de pauvreté les plus faibles du monde, grâce à l’importance de ces transferts sociaux) mais aussi à la prise en charge des pensions de retraite et de la vieillesse. Un modèle social très protecteur auquel les Français sont particulièrement attachés et qui a fait ses preuves durant les crises récentes, mais dont la pérennité mérite néanmoins une vigilance toute particulière au vu des prévisions actuelles qui ne sont guère rassurantes…

L. V.

Dentifrice : un code secret ?

21 mai 2020

L’information virale circule actuellement sur Facebook et certains de vos amis bien intentionnés vous l’ont sans doute diffusée : les tubes de dentifrice présentent à leur extrémité un petit carré de couleur et, bien entendu, celui-ci a une signification soigneusement tenue secrète par les fabricants. Les publicités sur les pâtes dentifrice sont pourtant légions à la télévision ou ailleurs. Mais aucune d’entre elle ne mentionne ce code couleur mystérieux…

Heureusement, votre ami bien intentionné l’a décrypté pour vous et vous en donne la clé pour que vous puissiez agir en consommateur éclairé et responsable :

Vert : naturel

Bleu : naturel + médecine

Rouge : naturel + composition chimique

Noir : pur produit chimique

Diabolique ! Forcément, sitôt le message reçu, vous vous précipitez dans votre salle de bain pour examiner avec soin l’extrémité de votre tube de dentifrice Colgate et repérer le fameux petit rectangle rouge qui existe effectivement en bas du tube, au niveau de son extrémité aplatie.

Un tube de dentifrice Colgate avec son petit carré rouge…

Faut-il paniquer pour autant et hurler au complot de la part des firmes qui fabriquent et commercialisent ces pâtes dentifrice ? Il est vrai que les intérêts économiques en jeu ne sont pas minces. On consommerait ainsi, rien qu’en France, pas moins de 189 millions de tubes de dentifrice chaque année, selon Planetoscope, ce qui représentait en 2013, un marché d’un peu plus de 400 millions d’euros, réalisé à 80 % en grandes surfaces.

C’est en 1892 que le dentiste Washington Sheffield a eu l’idée, pour vendre sa pâte dentifrice, d’utiliser des tubes souples en étain, en s’inspirant des tubes de couleur des peintres de l’époque. Jusque-là, ce produit était plutôt commercialisé dans des pots en porcelaine. Mais l’entreprise américaine Colgate lui a emboîté le pas et s’est mis, à partir de 1896, à se lancer dans la distribution commerciale à grande échelle de tubes souples de dentifrice qui se sont depuis imposés comme le format traditionnel, d’abord en aluminium et désormais en plastique.

Alors, vaut-il mieux acheter du dentifrice avec un petit carré vert ou noir ? En réalité, comme beaucoup d’informations qui circulent sur internet et sur les réseaux sociaux, cet avertissement n’a pas le moindre fondement. C’est l’association 60 millions de consommateurs qui a pris le temps de la décrypter en détail dans un article publié sur son site le 18 mars 2019.

Selon elle, cette infox ne date pas d’hier puisqu’elle circule sur la toile depuis le 11 septembre 2013. Durant la seule année 2015, elle a été partagée pas moins de 185 000 fois sur Facebook. Et depuis quelques semaines, elle circule de nouveau avec une vigueur renouvelée, confirmant, s’il en était besoin, la forte sensibilité de nos concitoyens à ces questions sanitaires et environnementales.

On peut néanmoins s’interroger au passage sur les stéréotypes un peu grossiers caractérisant ces pseudo codes couleur : ce qui serait chimique ne pourrait donc être ni naturel ni à destinée médicale ? L’information serait plus crédible si elle faisait la distinction entre des produits d’origine naturelle (qui n’en sont pas moins pour autant des composés d’éléments chimiques !) et des produits de synthèse (qui ne sont pas forcément plus nocifs pour autant, certains produits naturels étant parfaitement mortels selon les doses). Où l’on voit que, même en tant que consommateur plus ou moins averti, chacun reste prisonnier de ses préjugés et de ses idées reçues !

Chaîne de fabrication de tubes de dentifrice (source © Made in China)

Chaîne de fabrication de tubes de dentifrice (source © Made in China)

En tout état de cause, l’enquête menée par 60 millions de consommateurs auprès de plusieurs fabricants de tubes dentifrices le confirme sans le moindre doute : ces petits carrés de différentes couleurs qui existent généralement à l’extrémité des tubes ne sont là que pour permettre par contrôle optique de vérifier que le tube est bien positionné correctement dans la ligne de production, laquelle est désormais largement automatisée. Il ne s’agit donc que de repères optiques destinés aux différentes machines, pour détecter avec précision l’extrémité du tube afin de couper, plier et souder l’emballage au bon endroit.

Quant au choix de la couleur, il dépend simplement du bon vouloir de l’industriel et de ses contraintes techniques. Le rouge et le noir sont souvent retenus, non par hommage au roman de Stendhal et encore moins en fonction de la composition du contenu, mais tout simplement car ils permettent d’assurer un bon contraste visuel avec l’emballage lui-même, qui est généralement blanc à son extrémité.

Pour le consommateur, rien ne sert donc de scruter à la loupe les indices pourtant discret de ce guide de fabrication. Il suffit de lire la composition de la pâte dentifrice qui figure obligatoirement sur l’emballage, même si sa lecture nécessite, elle-aussi, une excellente acuité visuelle.

Se brosser les dents, un geste quotidien… (source © Fotolia / Medisite)

Et de ce point de vue, il existe effectivement une grande variété de composition selon les gammes de produits. La plupart contiennent désormais des composés à base de fluor, souvent sous forme de fluorure de sodium, destiné à lutter contre les caries en contribuant à former sur les dents une couche de fluorapatite qui protège l’émail des attaques acides. Selon plusieurs études, cette efficacité est d’ailleurs assez comparable d’une marque à l’autre et varie peu en fonction du prix du produit. Pour le reste, et en dehors de l’eau qui constitue l’élément principal de la pâte dentifrice, la composition du produit comprend généralement des excipients sous forme d’agents polissant (tels que la silice, le bicarbonate de sodium ou des phosphates de calcium), mais aussi des agents humectants, des agents moussants, des agents de blanchiement, des épaississants et, bien entendu, des conservateurs, des colorants et des arômes de toutes sortes qui font la différence principale d’un produit à l’autre… N’oubliez-pas quand même de recrachez après vous être lavé les dents !

L. V.

Le ver spaghetti manipulateur

16 mai 2020

Ver gordien passablement emmêlé… (source © Images du pays des ours)

De loin, on dirait un plat de spaghettis, emmêlés jusqu’à faire des nœuds compliqués. L’apparence est trompeuse mais l’objet nettement moins appétissant lorsqu’on sait qu’il s’agit en réalité de nématomorphes, une famille de vers ronds, non segmentés (contrairement aux vers de terre par exemple), tout comme leurs cousins les nématodes, lesquels constitue une part importante de la diversité biologique sur Terre, en nombre sinon en masse, puisqu’on considère que 80 % des animaux vivant, sur terre comme dans l’eau, sont des nématodes.

Les nématomorphes se présentent donc sous forme de longs spaghettis, leur tête étant de même diamètre que leur corps, à savoir de 0,5 à 2,5 mm, pour une longueur totale qui peut varier entre 10 et 70 cm. La femelle est plus longue que le mâle et les accouplements de ces vers tournent rapidement à l’orgie, pouvant donner lieu à la formation d’un véritable plat de spaghettis grouillant et savamment emmêlé à la manière d’un nœud gordien, d’où le surnom de « ver gordien ».

On en connaît quelques centaines d’espèces mais toutes ont en commun la particularité que leur larve vit en parasite d’un autre animal, souvent un insecte. Elle pénètre dans le corps de son hôte à l’aide de sa trompe munie de crochets qui lui sert de bouche et se développe jusqu’à se transformer en individu filiforme qui finit par sortir car son stade adulte vit plutôt en milieu aquatique, tel le dragonneau, Gordius aquaticus, que l’on retrouve fréquemment dans les eaux claires du Buech.

Frédéric Thomas, désormais directeur de recherches du CNRS sur le cancer (source © Pour la Science)

L’une de ces espèces, Paragordius tricuspidatus, a été tout particulièrement étudiée par une équipe de chercheurs, dirigée par Frédéric Thomas et qui est à l’origine de plusieurs publications scientifiques à ce sujet, ayant même eu l’honneur d’un article de vulgarisation dans Libération en 2006. Cette équipe mixte rattachée au CNRS et à l’IRD (Institut de recherche pour le développement) s’est d’ailleurs malicieusement dénommée OPM, pour « organismes parasitiquement modifiés ».

Il faut dire que ce ver gordien est un sacré lascar. Sa larve parasite 9 espèces d’insectes, principalement des grillons, des sauterelles voire des mantes religieuses dont elles se repaissent de l’intérieur, dévorant peu à peu toute leur masse adipeuse tandis qu’elles se développent sous forme d’un long filament qui finit par quitter l’enveloppe passablement dépouillée mais encore vivante de son hôte, généralement en perforant de l’intérieur son apex abdominal, comme on peut le voir sur une vidéo concernant une mante religieuse parasitée. Un spectacle impressionnant puisque la taille du ver qui atteint facilement 15 cm de longueur est très supérieure à celle de l’insecte qui l’abritait, un peu comme si on avait soi-même avalé un tuyau d’arrosage…

A partir de là, la seule obsession du ver gordien est alors de se reproduire, ce qui l’oblige à rejoindre d’autres congénères et pour cela à changer de milieu car l’accouplement des adultes ne peut se faire que dans l’eau libre, celle d’une rivière, d’une mare, ou à défaut d’une piscine, où on les retrouve fréquemment dans le Sud de la France et où les chercheurs de l’IRD ont l’habitude de les observer.

Gordius aquaticus sortant du corps d’une sauterelle dans la vallée du Buech (source © Nature Montagne)

Sauf que pour rejoindre sans encombres un tel milieu aquatique, lorsqu’on est prisonnier du corps d’un grillon qui déteste l’eau et ne sait pas nager, il faut ruser. Et c’est là qu’on découvre que les nématomorphes sont en réalité de dangereux manipulateurs. En étudiant les échanges de protéines qui se produisent entre le ver et le cerveau du grillon qui l’héberge involontairement, les chercheurs de l’IRD cherchent justement à décrypter les mécanismes complexes qui poussent l’insecte des bois à brusquement se diriger vers un point d’eau dont les reflets l’attirent inexorablement, et à sauter de lui-même dans la mare ou la piscine, pour ce qui s’apparente pour lui à un suicide, mais qui est pour le ver gordien la délivrance tant attendue qui lui permet de rejoindre le milieu aquatique désiré.

L’opération n’est d’ailleurs pas sans danger, car un grillon ou une sauterelle qui se débat frénétiquement à la surface de l’eau pour ne pas sombrer attire forcément l’attention de ses prédateurs, truite, gardon ou grenouille. Mais il en faut davantage pour freiner notre ver rond qui, à ce stade, ne pense plus qu’aux ébats érotiques qui l’attendent maintenant qu’il a rejoint l’élément aquatique. Les chercheurs de l’IRD ont ainsi observé que même si la bestiole est gobée avec le pauvre grillon en voie de perdition, elle arrivera à se sortir sans encombre de ce mauvais pas en s’extirpant du cadavre de l’insecte malencontreusement gobé, en remontant par le tube digestif de son prédateur puis en ressortant par le premier orifice venu, bouche, narine ou branchie…

Ver gordien à sa sortie d’un criquet parasité (source © Wikipedia)

Il faut dire que son heure est comptée car plaisir d’amour ne dure pas. Une fois sorti de son hôte garde-manger, le ver gordien ne peut plus se nourrir et sa seule obsession est donc l’accouplement. Le mâle n’y survivra pas et meurt d’extase ou d’épuisement tandis que la femelle expire à son tour en se vidant de ses œufs : les histoires d’amour finissent souvent tragiquement…

Larve de phrygane avec son fourreau protecteur (source © Esoxiste)

Mais pour le ver gordien, un nouveau cycle débute. Les jeunes larves à peine écloses ont toutes les chances de finir dans l’estomac d’une phrygane, un petit insecte volant mais dont la larve vit en milieu aquatique, généralement protégée par un fourreau tissé sur lequel viennent se coller des petits débris formant une sorte de blindage. Devenues adultes, les phryganes ainsi parasitées servent à leur tour de proie à d’autres insectes gloutons dont les grillons ou les sauterelles qui se font ainsi parasités à leur insu avant d’être poussés au suicide sous l’effet de leur hôte manipulateur. Tout compte fait, l’homme n’a rien inventé en matière de manipulation mentale…

L. V.

Pandémie : la Suède fait cavalier seul…

18 avril 2020

Alors que l’épidémie mondiale de Covid-19 bat encore son plein, ce sont selon un article du Monde en date du 17 avril 2020, pas moins de 4,5 milliards de personnes dans 110 pays qui sont actuellement soumis à un confinement généralisé, malgré les dramatiques conséquences économiques et sans doute sociales qui en résultent. Du jamais vu à une telle échelle. Partout dans le monde, avec de légères variantes selon les gouvernements, les cultures locales et surtout le niveau d’acceptation de la population, les consignes sont les mêmes : « Restez chez vous ! ».

Un dessin signé Yelch (source © Pinterest)

Partout désormais les frontières sont fermées, les avions cloués au sol, le trafic routier fortement ralenti, les écoles et les restaurants fermées, les travailleurs confinés à domicile et même les bateaux de croisière sont à l’arrêt. Quelques pays ont bien essayé de passer outre cette politique d’immobilisation générale, cette règle de confinement générale qui nous vient de Chine, la seule réputée de nature à « s’en sortir sans sortir »…

Le premier ministre britannique Boris Johnson, lors d’un point presse sur le Convid-19 le 18 mars 2020 (photo © Eddie Mulholland/ Reuters / Courrier international)

La Grande-Bretagne en particulier a longtemps résisté, visant une stratégie d’immunité collective : plutôt que de protéger la population contre le virus, l’idée était de le laisser faire son œuvre jusqu’à ce que plus de la moitié des Britanniques aient été infestés et aient donc développé des anticorps permettant de faire barrière à la propagation de l’épidémie. Sauf que le 24 mars 2020, face à la propagation rapide de la maladie, le pays s’est finalement résolu à battre en retraite et à annoncer un confinement généralisé. Après avoir longtemps adopté une attitude de déni face au risque sanitaire, le premier ministre, Boris Johnson, annonçait trois jours plus tard être lui-même atteint du Covid-19, avant d’être hospitalisé quelques jours plus tard et même placé en soins intensif le 6 avril.

Tous les pays d’Europe sont donc désormais confinés, tous sauf un : ce dernier pays qui résiste envers et contre tout n’est pourtant pas constitué d’irréductibles Gaulois mais plutôt de descendants des Vikings puisqu’il s’agit de la Suède. Alors que tous ses voisins norvégiens, danois et finlandais se sont progressivement claquemurés depuis maintenant plus d’un mois, les Suédois continuent à n’en faire qu’à leur tête et à refuser tout confinement imposé.

Dans ce pays, le premier cas a été détecté le 31 janvier 2020 et le 22 mars, le bilan faisait état d’un peu moins de 2000 personnes infectées et de 21 morts. A la même date, on en était en France à près de 20 000 cas avérés et de l’ordre de 860 morts déclarés. Il faut dire que le pays est 6 fois moins peuplé que la France, avec un peu plus de 10 millions d’habitants contre 67 en France, et surtout une densité de population sensiblement plus faible.

Nombre de nouveaux cas avérés de Covid-19 identifiés par jour depuis le début de l’épidémie en France et en Suède (source © Wikipédia)

Un mois plus tard, au 17 avril 2020, on dénombre désormais près de 110 000 cas de Covid-19 en France (et désormais près de 19 000 décès en comptant ceux survenus dans les EHPAD). A cette même date, le nombre total de cas enregistrés en Suède est d’un peu moins de 14 000 pour environ 1500 morts constatés. Ramenés à la population respective des deux pays, force est donc de constater que les Suédois ne s’en sortent pas si mal, malgré tous les oiseaux de mauvais augures, et notamment ceux des pays limitrophes, qui ne se sont pas privés de dénigrer une inconscience collective et criaient à la catastrophe annoncée faute de respecter les règles de confinement devenues la norme mondiale depuis le début de cette pandémie…

Et pourtant, ce n’est pas la fameuse hydrochloroquine du bon professeur Raoult qui peut expliquer ce bilan plus qu’honorable puisque le gouvernement suédois a décidé début avril de ne plus y recourir, en dehors des essais cliniques, à cause des effets secondaires jugés excessifs.

Mais si les Suédois n’ont pas cédé à l’injonction du confinement général, ils n’ont pas pris pour autant à la légère cette épidémie, d’autant que le système hospitalier suédois est loin d’être pléthorique puisqu’on n’y compte que 2,2 lits d’hôpital pour 1000 habitants contre 6 en France.

A Stockholm le 27 mars 2020 (photo © TT News Agency / Reuters / Le Monde)

Dès le 12 mars, les rassemblements de plus de 500 personnes étaient interdits, une mesure étendue le 27 mars à tous les groupes de plus de 50 personnes, et le 18 mars, quasiment en même temps qu’en France, les lycées et les universités ont fermé leurs portes. Les stations de ski ont été fermées à leur tour et les visites dans les maisons de retraite sont désormais interdites, comme en France. Le 1er avril, les recommandations à la population ont été rappelées avec force pour inciter chacun à maintenir une distance de sécurité dans les transports en commun, les restaurants ou les commerces.

Le premier ministre suédois Stefan Löfven (photo © Petras Malukas / AFP / La Croix)

Mais pour autant, les écoles et les collèges continuent à fonctionner normalement. Cafés, restaurants, cinémas et jardins publics restent ouverts et rien n’empêche de les fréquenter. En fait, le gouvernement suédois, dirigé par le social-démocrate et ex-syndicaliste Stefan Löfven, part du principe que les citoyens sont informés et responsables, et sont donc en capacité de comprendre et d’appliquer les mesures de santé publique sans que la contrainte soit nécessaire. Comme l’exprime la ministre des Affaires étrangères, « Notre modèle est basé sur la responsabilité personnelle et la confiance dans les décisions prises par les agences gouvernementales. C’est valable en temps de crise comme en temps normal ».

De fait, force est de constater qu’à Stockholm il y a désormais 70 % de gens en moins dans les rues du centre-ville et 50 % en moins dans les transports en commun, ce qui confirme que les citoyens ont bien adapté leurs comportements à la situation. Un tiers des Suédois sont d’ailleurs actuellement en télétravail. Un résultat qui explique sans doute la relative retenue constatée dans la propagation du virus et qui repose donc largement sur la responsabilité collective et le sens des responsabilités de chacun. Des qualités qui expliquent par exemple que le taux de vaccination atteigne 98 % en Suède, alors que la vaccination n’y est pas obligatoire : de quoi faire rêver les épidémiologistes français qui se plaignent sans cesse de la mauvaise volonté de nos compatriotes à suivre les directives sanitaires nationales…

L. V.

Faut-il vraiment désinfecter les rues ?

13 avril 2020

Après Nice, Cannes, Menton, Istres, c’est la maire d’Aix-en-Provence qui a annoncé dès le vendredi 27 mars 2020 le lancement d’une campagne de désinfection systématique des rues de la ville pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Une mesure prise en accord avec Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, qui a donc demandé à ses équipes de débuter immédiatement la désinfection des rues à Aix-en-Provence, Marseille et même Cassis.

Désinfection dans les rues d’Aix-en-Provence (photo © P. Biolatto / Ville d’Aix / Radio France)

Elle-même atteinte par le Covid-19 mais rapidement soignée grâce aux bons soins du docteur Raoult, la présidente de la Métropole ne pouvait pas rester les bras croisés face à cette pandémie survenue, qui plus est, en même temps qu’un revers électoral sévère au premier tour des élections municipales de Marseille où sa liste, pourtant donnée grande gagnante, n’était arrivée qu’en deuxième position.

Martine Vassal annonçant, depuis son domicile le 25 mars 2020 la gratuité des transports pendant 2 mois (source Facebook / site Martine Vassal)

Dès le 25 mars 2020, elle annonçait donc dans La Provence, outre deux mois d’abonnement gratuit aux transports publics de la RTM, le versement d’une prime exceptionnelle de 1000 € aux agents du Conseil Départemental et de la Métropole, et donc le lancement d’une campagne massive de désinfection des rues de l’agglomération, autant de mesures dans lesquelles seuls les esprits les plus retords pourraient déceler de potentielles visées électoralistes.

Dès le 27 mars donc, les équipes techniques de la Métropole, habillés comme des experts après un essai nucléaire qui aurait mal tourné, bottés, casqués et gantés, avec leur combinaison spatiale blanche, et leurs visières de sécurité, se sont répandus dans les rues d’Aix-en-Provence pour pulvériser à grand coup de Kärcher, les chaussées, trottoirs, bancs publics et même les lampadaires et le parvis des églises, le tout devant les caméras des services de communication de la ville qui relaye largement l’information sur son site municipal.

Désinfection en cours place Estrangin, à Marseille (source : Facebook / Made in Marseille)

Le même jour, les opérations de désinfection ont commencé à Marseille, devant l’hôpital de la Timone, à l’entrée du CHU devenu un lieu ultra-médiatique de la ville, mais aussi aux alentours des stations de métro les plus proches, ainsi que sur le boulevard Baille, la place Castellane, le cours Pierre Puget ou encore la rue de Rome et la rue Paradis. Des opérations qui se sont poursuivies samedi 28 mars dans le centre ville de Marseille, aux alentours de la gare Saint-Charles et sur la Canebière notamment, ainsi que dans le secteur de Belsunce.

Contrairement à la métropole de Toulouse ou à celle de Nice qui ont lancé une opération similaire en utilisant de l’eau de Javel diluée, les services de communication de la Métropole Aix-Marseille-Provence assurent que « la désinfection est assurée avec un produit virucide conforme aux normes européennes présentant une biodégradabilité primaire d’au moins 80 % ». Lequel ? Selon le site toujours bien informé, Made in Marseille, il s’agirait d’un détergent désinfectant et désodorisant, parfumé à la lavande comme il se doit, commercialisé sous le nom de Sanogerme, à base de chlorure de didécyldiméthylammonium, un sel antibactérien utilisé notamment en milieu hospitalier, et de chlorure de benzalkonium, un antiseptique utilisé dans certains produits pharmaceutiques et lingettes.

Désinfection dans les rues de Cannes : un impact environnemental manifestement sous-estimé… (photo © Clement Tiberghien / MaxPPP / Nice Matin)

Toujours est-il que le Ministère de la Santé s’est interrogé sur le bénéfice, non pas seulement électoraliste, mais aussi sanitaire d’une telle opération et a saisi dès le 26 mars le Haut Conseil pour la Santé Publique (HCSP), lequel vient de remettre son avis scientifique sur le sujet, le 4 avril 2020. Cet avis, rendu public le 7 avril, confirme en tout cas ce que tous les responsables politiques, surtout les plus démagogiques d’entre eux, avaient perçu d’instinct : « c’est un outil de communication majeur montrant que les collectivités locales, les responsables politiques, voire les industriels, sont mobilisés pour protéger la population », « l’effet psychologique pour le public est réel » et, cerise sur le gâteau, « le coût de la mesure parait faible ». Pourquoi s’en priver alors ?

Pour tenter de répondre à cette question et comme pour toute question de santé publique, les experts du HCSP ont comparé les bénéfices attendus (autres que purement électoraux) par rapport aux risques potentiels encourus. Leur avis est d’une grande clarté et pour le moins tranché…

Les bénéfices d’une désinfection des rues sont jugés plus qu’incertains par le HCSP. Ce dernier rappelle à ce sujet que le principal mode de transmission avéré du virus se fait par l’émission de gouttelettes en cas de toux ou d’éternuement, lorsque les distances de sécurité ne sont pas respectées. Les effets de transmission indirecte par toucher de surface contaminées n’ont pas été prouvés à ce jour, même si on a pu constater que le virus restait actif pendant quelques heures voire quelques jours sur certaines surface selon la nature du matériau support et les conditions atmosphériques, sans pour autant qu’on sache si un simple contact avec ces surfaces est réellement de nature à permettre une infection. Le HCSP rappelle quand même que le réservoir qui permet au virus de se développer est l’homme et pas son environnement, une évidence que l’on aurait presque tendance à oublier !

Désinfection dans une salle de classe à Rmeileh (Liban) (photo © Mahmoud Zayyat / AFP / France Culture)

En revanche, les risques liés à la pulvérisation sous pression de produits désinfectant dans l’espace public sont parfaitement connus et incontestables. L’eau de Javel, hypochlorite de sodium pour les intimes, le désinfectant le plus utilisé car le moins coûteux et le plus facile à se procurer, même si des tensions apparaissent alors que les ventes de ce produit ont augmenté de plus de 80 % ces dernières semaines, est un produit éminemment nocif, à l’origine de très nombreuses intoxications et son impact environnemental sur les organismes aquatiques et la végétation est loin d’être négligeable, la toxicité de certains des sous-produits issus de sa dégradation étant jugée préoccupante. Toute pulvérisation massive du produit à proximité d’un milieu aquatique, lorsque le ruissellement direct ou via le réseau pluvial le met en contact rapide avec une rivière ou la mer est donc fortement déconseillée.

Dans ces conditions, l’avis du HCSP est donc sans équivoque et indique qu’il n’est pas « recommandé de mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie », tout en formulant au passage une autre évidence, à savoir qu’il ne faut surtout pas remettre en suspension la poussière du sol en utilisant des appareils de type souffleurs de feuilles. Cela va sans dire mais il n’est parfois pas inutile de rappeler certaines évidences dans un monde où la panique à tendance à prendre le pas sur une rationalité minimale...

L. V.

Coronavirus : mieux vaut en rire…

31 mars 2020

En cette période de pandémie mondiale de Covid-19, certains ont tendance à se laisser aller au pessimisme ambiant, voire à la panique généralisée. Mais heureusement, l’humour aide parfois à ne pas dramatiser inutilement la situation et à prendre son mal en patience en attendant des jours meilleurs. Et de ce point de vue, certains ne manquent pas d’imagination… Petit florilège non exhaustif du talent de quelques dessinateurs de presse, histoire de tuer le temps avant que le virus ne nous tue !

L. V.

Surtout ne pas paniquer, même si le contexte est quelque peu anxiogène : un dessin signé Patrick Chapatte et publié dans le journal suisse Le Temps)

 

Les grands événements sportifs affectés par l’épidémie : la course cycliste Milan San Rémo a dû être annulée, un dessin du Belge Sondron (source Le Courrier International)

 

Le contrôle des attestations de déplacement dérogatoire, un vrai casse-tête pour les forces de l’ordre : un dessin signé Na !

 

Un appel gouvernemental à aller aider les agriculteurs pour les travaux des champs : heureusement que certains ont l’esprit civique développé… (source Blog Médiapart Monkeyman)

 

Braver le confinement, un geste inconscient… Humour noir signé Ranson

La crise sanitaire a pour effet de renforcer les liens familiaux, en général du moins : un dessin de Sébastien Lacombre (source Le Journal de Saône-et-Loire)

 

Faire des provisions en période de confinement, une bataille mémorable… (source Facebook / Pleine Vie)

 

L’épidémie de Covid-19 a permis à de nombreux travailleurs d’expérimenter le télétravail, avec malgré tout ses limites… (source D. Parreaux / France Bleu)

 

Pendant le confinement, les joies de l’école à la maison, un calvaire pour certains parents… Un dessin signé Philippe Tastet

 

Un effet positif de la pandémie mondiale : le niveau de pollution est en baisse significative… Un dessin signé Kak (source L’Opinion)

 

Rien ne sera plus comme avant : les effets inattendus de cette crise sanitaire sur les schémas de pensée de nos dirigeants ? Un dessin signé Soulcié, publié dans Marianne le 20 mars 2020