Archive for décembre 2014

Malaise dans le ciel malaisien…

30 décembre 2014

Et de trois ! C’est le troisième avion de ligne malaisien en un an qui vient à son tour de disparaître des écrans radar. A croire qu’une véritable malédiction s’est abattue sur la flotte aérienne de ce pays !

Parti le dimanche 28 décembre à 5h20 de Surabaya, à l’Est de l’île indonésienne de Java, le vol QZ 8501 de la compagnie malaisienne Air Asia n’est jamais parvenu à sa destination, Singapour, et s’est abîmé en mer. D’après Le Monde, cet Airbus A320, dont le co-pilote était un Français, transportait 162 personnes, équipage compris. Vers 6h, le pilote a demandé à se dérouter car il traversait une zone où les conditions climatiques étaient mauvaises, et cinq minutes plus tard il avait disparu des écrans radar… Les restes de l’appareil et plusieurs corps ont été rapidement retrouvés en mer.

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Pour la compagnie malaisienne low-cost Air Asia, créée en 2001 et en plein essor, il s’agit de son premier crash aérien. Mais l’affaire ne manque pas de rappeler que deux autres crash aériens ont impliqué en 2014 des appareils d’une autre compagnie malaisienne concurrente, la Malaysia Airlines. Le dernier en date, celui du vol MH 17, reliant Amsterdam à Kuala Lumpur, avait eu lieu au dessus de l’espace aérien ukrainien, le 17 juillet dernier. Abattu en plein vol par un missile tiré soit par des milices pro-russes soit par l’armée urkrainienne (les deux parties s’accusant mutuellement…), l’avion s’était écrasé avec ses 298 passagers sans aucun survivant.

Débris du crash du vol MH 17 en Ukraine (juillet 2014)

Débris du crash du vol MH 17 en Ukraine (juillet 2014)

Quant au premier de ces accident, il s’agit du vol MH 370, parti de Kuala Lumpur le 8 mars 2014 avec 239 passagers en direction de Pékin et dont on n’a jamais retrouvé la trace depuis. Malaise du pilote ou détournement volontaire par l’équipage, toutes les hypothèses ont été envisagées pour expliquer que l’avion ait amorcé un demi-tour avant de disparaître des écrans de contrôle. Toujours est-il que l’épave n’a jamais été retrouvée malgré l’importance des recherches menées, ce qui laisse la place à toutes les élucubrations, même les plus invraisemblables.

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Lorsque le Boeing 777 quitte l’espace aérien malaisien, ce 8 mars à 1h19, le pilote lance un dernier message « Good night Malaysia 370 » et coupe peu après tous les systèmes de communication, y compris automatiques. Dès lors, toutes les hypothèses sont envisageables. L’une de celle qui revient souvent et qui a été récemment détaillée par Robert Chaudenson, est celle du pilote kamikaze qui détourne volontairement son appareil pour tenter de l’écraser sur la base américaine de Diogo Garcia, dans le Pacifique, au large de l’île Maurice.

Porte-avions américain sur l'île de Diego Garcia

Porte-avions américain sur l’île de Diego Garcia

Ces trois petites îles minuscules appartiennent à l’archipel des Chagos, ancienne possession britannique, cédée par Maurice aux Américains qui en ont fait une énorme base aéro-navale stratégique après avoir expulsé sans ménagements les pêcheurs qui y habitaient par intermittence. Devenue depuis un centre majeur d’écoute et de renseignement, cette base militaire constitue sans doute un des lieux les mieux protégés au monde. Rien n’a pour l’instant filtré mais il ne paraît en effet pas invraisemblable que si l’avion s’est dirigé en direction de cette cible, il a été immédiatement repéré et abattu à distance pour éviter tout risque. Ce ne serait malheureusement pas le premier exemple d’un vol civil abattu et pour lequel les autorités militaires refusent d’admettre leur responsabilité, et cela expliquerait sans doute pourquoi aucun vestige n’a pu être officiellement retrouvé.

Toujours est-il que beaucoup se demandent, à la lumière de cette succession d’accidents invraisemblables, si le ciel de Malaisie ne porte pas la poisse. D’autant que le pays a été soumis ces dernières semaines à un véritable déluge qui s’est traduit par des inondations catastrophiques causant au moins cinq morts et provoquant de gros dommages. Comme le chantait déjà Alain Chamfort, il y a décidément un véritable malaise en Malaisie…

L. V. LutinVertPetit

Un nouvel avenir pour l’agriculture française ?

29 décembre 2014

Les médias n’en ont guère parlé mais l’adoption par le Parlement français, le 11 septembre 2014, de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, traduit peut-être un premier tournant dans les orientations de la politique agricole française.

Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt

Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt

Après des décennies marquées par le triomphe du productivisme à tout crin qui a vu disparaître la quasi totalité des exploitations agricoles familiales traditionnelles (le nombre d’exploitations agricoles, qui était de 2,5 millions dans les années 1960, est tombé à 515 000 en 2013) et qui s’est traduit par un appauvrissement sans précédent des paysages, des sols et de la biodiversité, cette loi met en effet pour la première fois l’accent sur la nécessité d’un certain rééquilibrage en faveur d’une agriculture plus respectueuse de son environnement.

Certes, la présentation du projet par les services du ministère de l’agriculture fait encore la part belle à ce souci d’augmenter sans cesse la compétitivité de notre industrie agro-alimentaire pour peser toujours davantage dans la compétition mondiale, au risque de ravager ce qui reste de nos ressources naturelles et de ruiner les agricultures paysannes encore survivantes dans les pays les moins avancés.

Xavier Beulin, richissime président de la FNSEA

Xavier Beulin, richissime président de la FNSEA

Il faut dire que le gouvernement a été contraint de faire de grosses concessions aux puissants lobbies agro-industriels, y compris sur des points aussi structurant que la définition même de ce qu’est un agriculteur ! Car pour le nabab Xavier Beulin, inamovible président de la FNSEA, « celui qui a 2 hectares, trois chèvres et deux moutons, n’est pas un agriculteur ». Ce riche céréalier, à la tête d’une exploitation céréalière de 500 ha et d’un atelier disposant d’un quota de 150 000 litres de lait, préside également le groupe agro-industriel Sofiproteol, un holding financier dont le chiffre d’affaire atteint 7 milliards d’euros et dont les activités s’étendent de la semence à la production de volaille bas de gamme pour la restauration collective, en passant par le contrôle des huiles Lessieur et la production de diester, un agrocarburant, largement subventionné…

Réélu à l’unanimité en février 2014 à la tête de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire à la tête de la quasi totalité des chambres d’agricultures, ce « Crésus du terroir-caisse » comme l’a surnommé Périco Legasse dans Marianne, adore les montres de luxe et se déplace en jet privé. Ardent défenseur des OGM et d’une agro-industrie mondialisée, son premier souci n’est évidemment pas la défense des petits paysans. On ne s’étonnera donc pas de voir que, sur la seule année 2013, plus de 1200 exploitations agricoles françaises ont encore disparu. L’important, aux yeux de Xavier Beulin, est plutôt de défendre le projet de ferme des 1000 vaches que son ami Michel Ramery cherche à implanter dans la Somme.

Blog133_PhLivreBoveOn comprend qu’avec de tels représentants du monde agricole, le ministre Stéphane Le Foll n’ait pas pu aller jusqu’au bout de ses projets visant à réorienter l’agriculture française vers davantage d’agro-écologie. La réforme de la politique agricole commune aurait pu l’y aider mais là aussi les batailles d’arrière-garde ont été rudes comme le relate José Bové dans son livre « Hold-up à Bruxelles », paru en février 2014 et dans lequel il raconte ses combats contre les différents lobbies de l’agro-industrie durant son mandat de député au parlement européen entre 2009 et 2014. Il y explique notamment comment il s’est battu pied-à-pied pour essayer (sans succès) de plafonner les aides européennes en deçà du seuil de 300 000 euros annuel, ce qui paraît pourtant le bon sens même !

Bref, on conçoit que réformer la politique agricole française n’est pas une sinécure et l’on se contentera donc des avancées de cette nouvelle loi d’avenir pour l’agriculture qui contient de fait de formidables avancées dont on ne peut que se réjouir. Est ainsi actée la nécessité d’un recul des pesticides dont l’usage va être désormais interdit près des lieux sensibles tels qu’écoles, crèches, centres aérés, hôpitaux ou maisons de retraite. La protection des origines des produits alimentaires sort renforcée de même que les pratiques de l’agro-écologie qui s’appuient sur le recours à l’assolement ou l’amélioration de la qualité des sols par des organismes vivants, à l’encontre des pratiques encouragées depuis des décennies. L’enseignement agricole lui-même va devoir évoluer pour que les futurs professionnels s’imprègnent de ces nouvelles pratiques qui correspondent à une véritable révolution culturelle !

Vers une agriculture française plus respectueuse de son environnement ?

Vers une agriculture française plus respectueuse de son environnement ?

Même la FNSEA l’admet : désormais, « le vert est dans le fruit » … L’avenir dira si ce changement radical de cap tient ses promesses et aboutit à une reconversion progressive de notre agriculture vers des pratiques plus raisonnées. En tout cas, cette loi d’avenir pour l’agriculture restera sans conteste une des belles réussites de ce gouvernement, si décrié par ailleurs, et il serait injuste de ne pas le reconnaître !

L. V. LutinVertPetit

Joyeux Noël !!!!

25 décembre 2014

 

Nous souhaitons à tous nos fidèles lecteurs un joyeux Noël avec le sourire… et le concours de ces quelques dessins d’actualité diffusés sur le net. Merci aux dessinateurs talentueux qui les ont réalisés !

Les joies de la communication numérique (Deligne) Blog131_DessinNoel1

Les préoccupations économiques qui gâchent la fête (Tartrais) Blog131_DessinNoel2

La tentation islamiste pour les jeunes déboussolés (Miss Lilou) Blog131_DessinNoel3

Le sentiment d’insécurité encore et toujours (Boursier) Blog131_DessinNoel4

Les préjugés sexistes encore bien ancrés (Gros) Blog131_Dessin5

Les 35 heures : un bilan finalement très positif !

22 décembre 2014

Tel est en effet le constat d’un rapport parlementaire qui vient d’être approuvé à une large majorité le 9 décembre 2014. Quinze ans après les lois Aubry I (1998) et II (2000), il était bien temps en effet de dresser le bilan du passage aux 35 heures, une politique que la Droite et le patronat n’ont eu de cesse de vilipender souvent davantage sur la base d’a priori idéologiques plutôt qu’à partir d’une véritable analyse factuelle. Pourtant, c’est un député UDI qui a initié et présidé cette commission d’enquête sur « l’impact de la réduction progressive du temps de travail ».

Martine Aubry le 24 juin 1998 au ministère de l'Emploi à Paris, lors d'une conférence de presse sur la réduction de la durée du travail à 35 heures hebdomadaires (archives AFP)

Martine Aubry le 24 juin 1998 au ministère de l’Emploi à Paris, lors d’une conférence de presse sur la réduction de la durée du travail à 35 heures hebdomadaires (archives AFP)

Manifestement, ce travail d’analyse rétrospective n’était pas inutile, à l’heure où le ministre de l’économie Emmanuel Macron s’interroge lui-même sur l’opportunité d’abroger ces fameuses lois Aubry et de revenir à une durée légale de 39 heures de travail hebdomadaire. En effet, le rapport d’enquête montre que le passage aux 35 heures a été « la politique la plus efficace et la moins coûteuse qui ait été conduite depuis les années 1970 », rien de moins !

Cette réduction du temps de travail a ainsi permis la création de 350 000 emplois entre 1998 et 2001, ce qui constitue un résultat remarquable au vu des résultats des autres politiques de lutte contre le chômage qui ont été testées. Surtout, le coût de cette mesure s’avère relativement modeste par rapport à d’autres mesures de réduction de charges ou d’aides à l’emploi. Les rapporteurs l’ont évalué à 2 milliards d’euros pour les entreprises et à 2,5 milliards pour les comptes publics, ce qui représente un coût total de 12 800 € par emploi créé, très inférieur à celui de la plupart des autres dispositifs d’aide à la création d’emploi. A titre de comparaison, l’indemnité nette annuelle d’un chômeur revenait en 2011 à 12 744 € !

Pour les entreprises en tout cas, cette réforme, qui s’est accompagnée d’un gel des salaires pendant 18 mois et souvent davantage, assorti d’aides de l’État, a eu des effets très positifs sur l’augmentation de la productivité en introduisant davantage de souplesse via l’annualisation du temps de travail, ce qui a permis de réduire de manière significative le recours aux heures supplémentaires.

Blog129_PhTachesDe surcroît, le rapport pointe du doigt les retombées sociales très positives de cette politique de réduction du temps de travail qui est d’ailleurs largement plébiscitée par la majorité des cadres et des professions intermédiaires du privé. Cette évolution a en effet permis à de nombreux hommes de trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale en s’investissant davantage dans les responsabilités ménagères, tandis qu’un nombre important de femmes ont pu revenir vers une activité à temps plein. Ce rééquilibrage n’est pas le moindre des effets induits positifs d’une mesure qui a aussi permis à nombre de salariés d’accéder à de nouvelles activités sportives, culturelles ou associatives, qui se sont développées en parallèle avec, là aussi, des retombées économiques intéressantes.

Manifestants du secteur hospitalier en faveur des 35 heures en septembre 2001 (crédit photo D. FAGET/ AFP)

Manifestants du secteur hospitalier en faveur des 35 heures en septembre 2001 (crédit photo D. FAGET/ AFP)

Tout n’est pas rose cependant et le rapport n’élude pas certaines conséquences dommageables liées notamment à un regain de stress au travail puisqu’il faut souvent faire le même volume de travail en moins de temps qu’auparavant, ce qui se traduit par des cadences accrues, sources de tensions, très palpables en particulier dans les petites structures (sans parler des entreprises de moins de 20 salariés qui n’ont pas pu bénéficier de cette réforme). Les désorganisations consécutives au passage aux 35 heures dans la fonction publique hospitalière sont également analysées par le rapport mais ce dernier rappelle que d’autres facteurs concomitants ont aussi contribué à cette désorganisation. Restent enfin les salariés les moins qualifiés qui semblent avoir globalement peu bénéficié de cette mesure de réduction du temps de travail. Restent aussi les inégalités profondes qui subsistent entre catégories professionnelles avec en particulier une fonction publique territoriale où certains sont très en deçà des 1600 heures de travail annuel correspondant aux 35 heures, ce qui pose un vrai problème de justice sociale entre salariés.

Et maintenant : faut-il tirer profit de cette expérience pour évoluer progressivement vers les 32 heures comme certains le préconisent ? Le rapport met en tout cas en avant plusieurs facteurs qui plaident en faveur d’une nouvelle évolution du temps de travail, rappelant notamment qu’entre 1998 et 2002 la croissance du PIB a été supérieure en France que dans les autres pays de la zone Euro, et que le passage aux 35 heures y a manifestement contribué. Il rappelle aussi que si l’Allemagne a, mieux que la France, supporté la crise de 2008, c’est en recourant largement à des pratiques de chômage partiel : en 2009, le PIB de l’Allemagne a fortement reculé, davantage encore que celui de la France, mais l’Allemagne a réussi à conserver ses emplois alors que la France en a détruit 280 000 !

Barbara Romagnan, députée PS du Doubs

Barbara Romagnan, députée PS du Doubs

La rapporteuse, Barbara Romagnan, est en tout cas persuadée que la réduction du temps de travail, couplée à un effort accru en matière de formation professionnelle, constitue une voie à explorer pour résoudre le chômage de masse auquel la France est désormais exposée. Face à la crise actuelle, elle estime qu’ « il faut envisager la poursuite de la tendance historique de réduction du temps de travail » et elle défend « une espèce de compte épargne temps dans lequel on puisse mettre des jours pour les utiliser à d’autres moments de sa vie ».

La sociologue Dominique Méda

La sociologue Dominique Méda

Elle cite en particulier deux auteurs, l’Américaine Juliette Schor (La véritable richesse, 2013), et la Française Dominique Méda (Réduire le temps de travail reste la solution, 2013) qui « considèrent que la réduction de la norme de travail à temps complet est l’un des principaux moyens de rendre effective l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, en promouvant la prise en charge, par les hommes, d’une plus grande partie des activités familiales et domestiques. (.) À l’instar de l’économiste Jean Gadrey, ces chercheuses inscrivent leur raisonnement dans une réflexion globale sur la nécessité d’engager nos sociétés dans la reconversion écologique qu’exige la prise en compte des engagements de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Au moyen d’une production plus propre, exigeant davantage de travail, ces auteurs imaginent une configuration où ce plus grand volume de travail serait réparti sur l’ensemble de la population active. Le défi consisterait, dès lors, à associer à cette vaste redistribution du travail sa « désintensification », de façon à permettre à chacun d’accéder à un emploi décent. Une telle perspective exige des politiques publiques audacieuses, servies par une information objective et de qualité, – et c’est à quoi le rapport présent souhaiterait avoir contribué. » Un beau défi pour notre société en effet…

L. V. LutinVert

Procès Xynthia : le verdict qui fait peur aux élus…

19 décembre 2014

Après cinq semaines d’un procès qui s’était achevé le 17 octobre dernier, le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne a rendu, vendredi 12 décembre, son verdict qui était très attendu par les familles des 29 victimes mortes noyées dans leur maison dans la nuit du 27 au 28 février 2010 à La Faute-sur-Mer. Et ce verdict est particulièrement sévère pour René Marratier, maire de la commune pendant 25 ans de 1989 à 2014 et réélu conseiller municipal en mars dernier : il écope de quatre ans de prison ferme, davantage encore que ce qu’avait requis le procureur de la République à son encontre !

René Marratier à l'issue de l'énoncé du verdict - Photo G. Gobet (AFP)

René Marratier à l’issue de l’énoncé du verdict – Photo G. Gobet (AFP)

Il faut dire que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas anodins puisque il est très largement responsable de l’urbanisation à outrance de sa commune où ont été construites d’innombrables maisons de plain-pied en zone inondable qui se sont révélées des pièges mortels pour leurs habitants, principalement des retraités et leurs petits-enfants, au cours de cette nuit tragique lorsque les digues de protection ont été submergées. L’audience a en effet clairement démontré la constance dont a fait preuve cet élu durant sa longue carrière politique pour masquer le risque à ses concitoyens afin de ne pas gêner sa frénésie d’urbanisation, ainsi que l’énergie qu’il a développée pour s’opposer systématiquement et pendant plus de 10 ans à toutes les mises en garde des services de l’État en freinant autant que possible la mise en place d’un plan de prévention des risques dans cette zone où le risque d’inondation était pourtant parfaitement connu et identifié.

Son ancienne adjointe à l’urbanisme, Françoise Babin, par ailleurs promoteur immobilier et propriétaire de nombreux terrains rendus opportunément constructibles, écope elle aussi d’une condamnation sévère à deux ans de prison ferme, tandis que son fils, Philippe, est condamné à dix-huit mois de prison ferme pour défaut d’entretien et de surveillance de la digue. Le jugement détaille sur plus de 300 pages tous les errements répétés de ces élus obnubilés par le développement à tout prix de leur commune où pas moins de 781 nouvelles maisons ont été construites entre 1989 et 2012 (alors que la population de la commune était d’un peu plus de 900 habitants en 2010). Et ce document est accablant pour les élus incriminés !

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer le 2 mars 2010 - photo AFP

Recherche de victimes à La Faute-sur-Mer le 2 mars 2010 – photo AFP

Les associations de victimes ont plutôt bien accueilli ce jugement relativement sévère mais qui paraît largement justifié par l’ampleur des défaillances constatées. Et pourtant, les prévenus ne semblent pas en avoir véritablement tiré les leçons. L’ex-maire de La Faute-sur-Mer a annoncé immédiatement qu’il allait faire appel de ce jugement et n’hésite pas à dénoncer « un scandale d’État », dans un entretien accordé au Journal du dimanche ! Il se considère comme un lampiste alors que les audiences du Tribunal ont mis en évidence le rôle central qu’il a joué pendant des années pour contester pied à pied les analyses concordantes qui insistaient sur la nécessité de mieux protéger les habitations contre le risque de submersion marine et d’avertir du danger les populations potentiellement exposées.

Plus grave, de nombreux élus locaux et même l’Association des maires ruraux de France se sont également élevés contre ce jugement considéré comme profondément injuste à l’encontre d’un des leurs qui se serait dévoué corps et âme en faveur de l’intérêt de sa commune. Certains s’inquiètent même déjà d’un risque de crise grave des vocations si l’on met trop la pression sur les pauvres élus qui n’en peuvent plus de l’avalanche de normes que leur imposent les technocrates de l’État.

Ainsi, le maire UMP de Port-Vendres dans les Pyrénées-Orientales s’est dit « écoeuré et outré » par ce jugement. Il faut dire que sa commune de 4000 habitants est en attente de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle suite aux dernières inondations qui ont fait un mort dans la région. Il reconnaît néanmoins que cette affaire a pesé dans la décision qu’il vient de prendre de refuser un permis de construire pour un restaurant situé en zone inondable.

Comme quoi, ce jugement aura peut-être le mérite de pousser les élus locaux à prendre davantage au sérieux l’impact des risques naturels sur leur territoire et de sortir de leur attitude schizophrène qui consiste à combattre par tous les moyens les services de l’État lorsqu’ils alertent sur le risque puis à se tourner vers ce même État pour exiger des réparations et des aides au titre de la solidarité nationale une fois la catastrophe arrivée…

Corinne Lepage, avocate des parties civiles lors du procès Xynthia (photo AFP)

Corinne Lepage, avocate des parties civiles lors du procès Xynthia (photo AFP)

C’est d’ailleurs ce point qu’a tenu à souligner l’ancienne ministre Corinne Lepage, qui a suivi de près ce dossier en tant qu’avocate des parties civiles et qui explique aujourd’hui dans un article de la Gazette des Communes que ce jugement ne doit surtout pas être considéré comme une attaque en règle contre des élus locaux victimes expiatoires d’un État tout puissant et d’une Justice vengeresse qui leur feraient payer leur propre incapacité à protéger leurs concitoyens contre les forces de la Nature. La décentralisation est passée par là et ce sont désormais les collectivités qui sont aux manettes en matière d’aménagement du territoire et de prévention contre les inondations, même si les services de l’État continuent à les accompagner. En l’occurrence, ce procès n’est donc pas celui des maires ruraux dépassés par des éléments naturels déchaînés et une réglementation extravagante. C’est plus prosaïquement celui de quelques élus dévoyés qui pendant de longues années se sont réfugiés dans le déni le plus obtus et se sont acharnés à combattre toutes les mesures de prévention préconisées par les services de l’État tout en empêchant par tous les moyens que la population concernée soit tenue informée du risque auquel elle était exposée dans cette « cuvette de la mort » pourtant clairement identifiée comme telle depuis des années.

L. V. LutinVert 

Europe, économie, austérité… une conférence du CPC

17 décembre 2014

La prochaine conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien est d’ores et déjà programmée pour le début de l’année prochaine. Elle se déroulera à Carnoux-en-Provence, lundi 19 janvier 2015, à 18h30 en salle Tony Garnier.

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C’est Alain Beitone, professeur en sciences économiques et sociales au lycée Thiers à Marseille, qui s’efforcera de nous éclairer sur le choix des politiques économiques mises en œuvre par les différents pays européens et de répondre à la question que se pose chaque citoyen : l’austérité est-elle nécessaire, inévitable, efficace ? Autant d’interrogations auquel nous avons souvent bien du mal à répondre dans un domaine complexe où les intérêts des uns et des autres ne convergent pas nécessairement et où les décisions sont parfois dictées par des considérations idéologiques ou des a priori plus ou moins justifiés.

En France comme dans plusieurs pays européens, le taux de chômage progresse et la récession nous guette. En réponse, les gouvernements ont tendance à baisser toujours davantage les charges sociales et la fiscalité des entreprises tout en comprimant les dépenses publiques. Mais cette démarche est-elle la plus appropriée pour sortir de ce marasme économique qui détruit peu à peu notre tissu social ? D’autres voies sont-elles possibles comme le prétendent certains ?

Gageons que le débat sera intéressant et que le conférencier aura besoin de faire appel à tous ses talents de pédagogue pour aborder un tel sujet qui ne peut nous laisser indifférent en tant que citoyen. Visions politiques et stratégies économiques sont plus que jamais liées dans une société mondialisée : à chacun de se faire sa propre opinion et c’est justement l’objectif de cette conférence-débat, ouverte à tous gratuitement, que de nous permettre de mieux comprendre les enjeux de ces questions qui nous touchent directement.

L. V. LutinVert

25 ans après la chute du mur, Carnoux rallie le Bloc de l’Est…

15 décembre 2014

C’est France 3 qui l’a annoncé dès le 8 octobre 2014 mais tous les médias locaux de La Marseillaise à La Provence en passant par Marsactu ont largement relayé l’information : 21 élus Divers Droite, emmenés par le maire de Gémenos, Roland Giberti, ont quitté le groupe majoritaire constitué par Guy Tessier à la communauté urbaine Marseille Provence Métropole pour rejoindre ce qu’ils n’ont pas hésité à qualifier eux-mêmes de nouveau « Bloc de l’Est ». Le choc est plutôt rude pour les électeurs de ces communes toutes très à droite, de voir ainsi se reconstituer, à l’initiative de leurs propres élus locaux, une entité pourtant farouchement combattue pendant toute la durée de la Guerre froide et que l’on croyait disparue depuis la chute du mur de Berlin début novembre 1989, il y a tout juste 25 ans.

En réalité, le nom officiel du nouveau groupe d’élus créé par M. Giberti et auquel se sont ralliés comme un seul homme les élus de Carnoux, Cassis, Roquefort-La Bédoule, Ceyreste et La Ciotat, est l’Entente pour l’intérêt des communes (EPIC). Le message est donc clair : au diable l’intérêt communautaire et vive le repli identitaire pour préserver ses intérêts personnels. Le combat pour une aire métropolitaine plus solidaire et plus intégrée n’est pas encore gagné…

Roland Giberti annonçant la création du groupe EPIC dans l'hémicycle de MPM (Photo Patrick Di Domenico - copyright Journal La Marseillaise)

Roland Giberti annonçant la création du groupe EPIC dans l’hémicycle de MPM (Photo Patrick Di Domenico – copyright Journal La Marseillaise)

Avec cette nouvelle scission, annoncée en séance le 9 octobre dernier, la Droite, pourtant largement majoritaire parmi les élus de MPM, se retrouve encore plus divisée… Sur les 18 communes qui composent l’actuelle communauté urbaine, 13 ont une majorité clairement affichée à droite, mais seuls 5 d’entre eux siègent encore dans le groupe du président UMP Guy Tessier, l’Union pour un avenir métropolitain (UPAM), qui n’a donc plus de majorité absolue ! En effet, 17 élus de Marignane et Plan-de-Cuques avaient reformé dès le mois d’avril leur groupe indépendant dénommé Ensemble pour l’avenir.

Répartition des élus de MPM (illustration publiée par marsactu)

Répartition des élus de MPM (illustration publiée par marsactu)

A MPM comme ailleurs, la Droite brille donc désormais par ses divisions mais, que ses électeurs se rassurent, ces divisions ne reflètent aucunement d’éventuelles divergences de conviction politique ou de vision stratégique quant au développement de notre territoire métropolitain. Ces chamailleries relève simplement de la volonté de chacun d’affirmer son indépendance pour défendre son pré carré. C’est d’ailleurs ainsi que le maire de Gemenos a justifié son initiative : « Les 6 communes du bloc de l’est ne sont pas assez entendues. La création de ce groupe est le seul moyen de défendre efficacement notre bassin de vie. Au sein de l’assemblée on parle trop rarement, voire pas du tout de nos communes…Nous ne mordons pas encore, s’il le faut, on le fera ». Guy Tessier et Jean-Claude Gaudin sont donc prévenus : si MPM n’arrose pas nos communes riches à la hauteur des subventions qu’y déverse le Conseil Général, certains pourraient renâcler à voter tout ce qu’on leur demande…

Guy Tessier, président de MPM

Guy Tessier, président de MPM

Guy Tessier a d’ailleurs bien compris le message puisqu’il analyse ainsi cette crise d’identité territoriale au sein de son ex-majorité : « En étudiant les comptes, j’ai constaté sous la dernière mandature 300 % d’augmentation pour les dotations des pays de l’Est, alors peut être, avec un milliard et demi de dette, serons-nous appelés à rééquilibrer. Je ne veux pas continuer dans une course folle avec le recours à l’emprunt, on est tous solidaires ». Alors, caprice de riches face à une ville de Marseille exsangue ou accentuation des délires identitaires à l’heure où certains tentent de faire émerger une vision partagée de l’espace métropolitain ?

Une chose est sûre : cette scission révèle la petitesse de nos élus locaux tout occupés à leurs chicaneries d’égos plutôt que de s’attacher à construire ensemble l’avenir de notre territoire. Car les vraies raisons de ce petit séisme politique local semblent à chercher plutôt dans la manière dont se sont déroulées deux élections récentes qui ont laissé des traces. La première, que chacun a en tête, est celle des sénatoriales qui a vu l’échec de la liste UMP conduite par Jean-Claude Gaudin qui n’a eu que trois élus sur les cinq espérés, autant que celle de Jean-Noël Guérini qui a très largement bénéficié du vote favorable de nombreux élus de droite des communes périphériques. Les maires de La Ciotat et de Cassis, Patrick Boré et Danièle Millon, qui figuraient tous les deux sur la liste UMP, auraient très mal vécu cette déroute et les trahisons qu’elle révèle au grand jour…

Michel Amiel, sénateur-maire des Pennes-Mirabeau

Michel Amiel, sénateur-maire des Pennes-Mirabeau

Ces mêmes sénatoriales ont vu l’élection, sur la liste Guérini, de Michel Amiel, maire des Pennes-Mirabeau, lequel avait durant l’été remporté une autre élection en étant renouvelé à la tête du Centre de gestion départemental des Bouches-du-Rhône, un organisme qui participe activement à les gestion des avancements de carrières des fonctionnaires publics territoriaux. Il avait pour cela manifestement eu le soutien de nombreux élus de droite et ceci au détriment d’un candidat UDI qui n’était autre que Roland Giberti ! Le genre de défaite amère qui laisse des traces et explique le ressentiment de ce dernier face à ses collègues de droite aussi peu solidaires.

Roland Giberti et Jean-Pierre Giorgi, les deux conjurés du 9 octobre 2014 (photo Ted Altier)

Roland Giberti et Jean-Pierre Giorgi, les deux conjurés du 9 octobre 2014 (photo Ted Altier)

Décidément, une joyeuse bouillabaisse que révèle ce petit épisode de notre vie politique locale… Heureusement que notre maire, Jean-Pierre Giorgi, se tient soigneusement à l’écart de toute activité politique comme il se plait à le répéter en toute occasion…

L. V. LutinVert

KATULU ? n° 41

13 décembre 2014

Voici un bref aperçu des livres que les lecteurs de Katulu ont évoqués lors de leur dernière réunion de novembre 2014. Le texte plus détaillé des lecteurs de Katulu est téléchargeable Katulu41_Nov2014. Si vous aussi avez envie d’échanger autour de vos dernières lectures et de faire partager vos coups de cœur littéraires, n’hésitez pas à rejoindre le groupe de lecture Katulu qui se réunit à Carnoux le deuxième jeudi de chaque mois. Un récent article, paru dans La Provence le 14 novembre 2014,  fait état des activités du groupe de lecture Katulu ?, qui est affilié au Cercle Progressiste Carnussien :

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Un auteur : Andréa Camilleri

Ph1AndreaCamilleriNé en 1925 à Porto Empedocle, sur la côte sud de la Sicile, près d’Agrigente, fils d’une famille de la grande bourgeoisie mais désargentée, Andrea fait des études de lettres à Palerme, puis à Rome. Il reçoit un premier prix de poésie en 1947, à 22 ans, et obtient en 48 un prix pour une œuvre théâtrale qui a été perdue « Giudizio a mezzanote ». En 1950, Il commence une première carrière d’enseignant d’art dramatique et de metteur en scène. Il travaille en même temps à la télé et à la radio, où il produit « les enquêtes du commissaire Maigret » pour la RAI.

En 1978, il crée le personnage de Salvo Montalbano, commissaire de police qui a quelques points communs avec Maigret : il est bougon et adore manger, les romans de Camilleri étant un véritable hymne à la cuisine sicilienne. Entre 1978 et 2014 il a écrit pas moins de 93 romans mettant presque tous en scène Salvo Montalbano. C’est en 1999 qu’il obtient le prix du « mystère de la critique » pour « le meilleur roman étranger »avec : « La forme de l’eau » .

Camilleri s’amuse à jouer avec les mots. Son langage est un mélange d’italien « officiel », d’italien dialectal pur et du dialecte sicilien. Enfin, le plus complexe pour le traducteur, est le niveau intermédiaire, celui de l’italien sicilianisé qui est à la fois celui du narrateur (Montalbano) et celui de la plupart des personnages.

Faites connaissance avec Salvo Montalbano, ses collègues Catarè, Fazio, Mimi Augello, son restaurant favori San Calogero, et sa villa les pieds dans l’eau à Marinella. Je vous envie pour cette trouvaille ! Mais prenez garde, cette littérature est hautement addictive !!

Annie Monville

La nostalgie heureuse

Amélie Nothomb

Entre le souvenir, l’oubli, le re-souvenir, la création du souvenir, chacun crée son monde ; et lorsque l’on retrouve les lieux et les personnes qui ont empli vos souvenirs, le monde « recréé » peut s’écrouler ou bien se transformer en « nostalgie heureuse ».

Ph2AmelieNothombC’est à cette expérience que nous invite Amélie Nothomb dans ce récit de son retour au Japon, après 16 ans d’absence, son 22ème ouvrage, paru en 2013 . Un livre tout en douceur ! L’Amélie excentrique est remisée dans son appartement parisien ! A travers ces lignes l’expérience des retrouvailles devient universelle. Qui n’a pas vécu de tels instants ?

Des pages émouvantes, amusantes, subtiles… L’angoisse de ne plus reconnaître les lieux, les personnes… Le désespoir des transformations, des maisons rasées, des villes modernes… Mais dans la rue de son enfance c’est « la rencontre avec le caniveau », seul survivant encore présent !« La nostalgie heureuse désigne l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur…ce sont deux termes qui s’excluent en Occident, c’est un oxymore. Alors qu’au Japon c’est une évidence ! »Ph3_Nostalgie

Une leçon de vie ! « Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique (.) Il s’agit d’écrire ce son avec les moyens du langage (.). On élague pour mettre à nu le trouble qui nous a gagnés ». N’est-ce pas cela la poésie ?

Marie-Antoinette Ricard

Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre

Shani Boianjiu

Le livre s’ouvre sur le portrait de 3 adolescentes de 17 ans (l’autoritaire, l’espiègle, la dépressive) en classe terminale, qui s’ennuient dans un village, créé de toute pièce par le gouvernement israélien à la frontière libanaise et qui n’a aucune vie.

Ph4ShaniPropulsées dès 18 ans dans le monde monotone et brutal de l’armée, elles découvrent toute la violence d’un pays en alerte permanente. Chacune traverse à sa manière ces deux années qui laisseront une trace dans la quête de leur identité profonde.

Un réquisitoire cinglant contre l’armée : amateurisme, bêtise et absurdité des consignes, rigidité, sexualité débridée allant jusqu’au viol… Le rappel comme « réserviste », trois ans plus tard est une expérience encore plus déprimante ! Un retour à la vie civile, souvent sans intérêt, où chacune se cherche. Après ces années, nombre de jeunes partent à l’étranger.

Une peinture d’Israël qui laisse un profond malaise. Un récit compliqué, confus, dans lequel il est difficile d’entrer., avec « des ellipses, des retours en arrière et des digressions surprenantes ». Les critiques anglo-saxonne qualifient ce premier roman de brillant ! A vous de juger !

Marie-Antoinette Ricard

Sur les épaules de Darwin 

les battements du temps

Jean Claude Ameisen

Ph6_LivreAmeisen« Monter sur les épaules des géants. Pour voir plus loin, et redécouvrir, ensemble notre commune humanité ». Un gros livre qui ne se lit pas comme un roman mais comme une succession de découvertes dans des domaines les plus divers. Depuis l’histoire de l’univers, des étoiles, des planètes, des plantes, des êtres vivants, et l’homme dans tout cela.

C‘est une succession d’histoires basées sur des résultats scientifiques souvent récents. Beaucoup de descriptions des nouvelles découvertes en neurobiologie, en particulier de la mémoire. Beaucoup de chapitres sur les oiseaux : leurs chants très élaborés, le rôle des couleurs dans le cadre de la recherche du partenaire, les stratégies de cachette pour mettre de côté des graines pour l’hiver et comment se méfier des oiseaux voleurs. La construction des splendides jardins que construisent les oiseaux jardiniers. Qu’est ce qui séduit les oiselles ?Darwin se posait déjà la question : quelles sont chez les oiseaux, les mammifères, les prémisses de ce qui nous a rendus humains.

Ph5_AmeisenUn livre impossible à résumer mais où l’on apprend beaucoup de choses. L’écriture proche de l’oral : on entend parler Jean Claude Ameisen ce qui n’est pas anormal puisque ce sont ses émissions du samedi matin à 11 h sur France Inter.

Un livre très facile à lire mais à petites doses sur une longue période et à y revenir. On y apprend des tas de choses qu’on va nécessairement oublier, au moins en partie quand la mémoire aura fait le tri !!!

Cécile Tonnelle

La grande nageuse

Olivier Frebourg

Hymne à l’amour, à la mer et à la Bretagne : la mer est omniprésente bien que ce ne soit pas un livre sur la mer ; elle sert plutôt de lien à l’amour et à la découverte. Elle est à la fois ce qui rapproche et ce qui sépare.Ph8_LivreNageuse

Un roman d’amour entre le narrateur qui n’a pas de nom et Marion. Marion est une belle silencieuse. Avec son long corps souple de nageuse, elle ne se sent vraiment bien que dans la mer. Lui exerce sa passion pour l’océan d’une autre manière : engagé dans la marine, la mer est son métier ; Marion devient sa source d’inspiration, son modèle. Il la regarde avec un œil de peintre.

Ph7_FrebourgMais ce qui les a réunis va les séparer. Marion passe de plus en plus de temps au fond de l’eau, et lui le plus clair de son temps dans l’atelier qu’il a aménagé au fond de son jardin : « c’est bizarre le mariage, nous sommes ensemble et nous traçons notre chemin différemment » jusqu’au drame !

« Frebourg raconte avec justesse la beauté d’un instant d’intimité et l’angoisse devant la part d’étrangeté de l’autre » .

Suzanne Bastit

 

Le maire de Carnoux en guerre (sélective) contre l’affichage sauvage

10 décembre 2014

C’est le journal La Provence du 3 décembre 2014 qui le raconte : en marge du dernier conseil municipal a été abordé le problème de l’enlèvement récent d’affiches dans la ville de Carnoux, et le maire, Jean-Pierre Giorgi, a clamé haut et fort sa ferme volonté d’interdire désormais tout affichage sauvage sur la commune, déclarant en conseil municipal : « Après concertation de la gendarmerie et de la police municipale, la décision a été prise d’enlever toutes les affiches. Cependant l’affichage sera permis uniquement lorsqu’elles émaneront d’associations caritatives et humanitaires et uniquement à des endroits autorisés » .

Extrait d'un article paru dans La Provence le 3 décembre 2014

Extrait d’un article paru dans La Provence le 3 décembre 2014

Rappelons les faits. Plusieurs événements étaient en effets organisés les deux derniers week-ends de novembre : marché de Noël, loto, conférence… Ce qui est le signe que l’activité associative est diverse et variée à Carnoux. Mais le vendredi 21 novembre, la police municipale a enlevé toutes affiches annonçant ces manifestations au prétexte qu’il y avait trop de pancartes sur le mail et aux entrées de la ville. Le tout sans même bien entendu songer à en avertir les responsables : à Carnoux, la concertation ne se fait qu’avec la gendarmerie et la police municipale, pas avec les acteurs associatifs …

AfficheConfReseau_A4coulLe Cercle Progressiste Carnussien a, parmi d’autres, fait les frais de ce magistral coup de balai. Il organisait une conférence ce lundi le 1er décembre, ouverte et gratuite comme d’habitude. Ses affiches, soigneusement attachées sur les arbres le long du mail, ont été arrachées par la police municipale quelques heures seulement après avoir été mises en place et sans que personne ne songe même à nous le signaler.

La conférence ainsi annoncée portait sur l’échange de savoirs et de services, un thème porteur de valeurs humanistes et visant à développer l’esprit de partage dans l’espace de la vie locale qui en a bien besoin. L’action caritative et fraternelle dans notre société consumériste se nourrit d’une information et d’une réflexion à partir des expériences existantes. C’était effectivement le sens de ce rendez-vous, qui a eu lieu comme prévu et qui a permis de faire connaître aux Carnussiens présents une démarche originale favorisant le lien social par l’échange de savoirs et de compétences. C’est aussi cela la culture : apprendre à se connaître à travers des projets communs pour éviter la défiance, la suspicion et finalement le rejet de cet autre « qui ne pense pas comme moi » mais qui est aussi digne que moi.

Comme pour toute activité qui réclame temps, énergie et volonté en vue de saisir la complexité de notre société et d’en améliorer le fonctionnement local, notre association cherche légitimement à sortir de l’isolement et à faire partager ses initiatives le plus largement possible. Aussi, la décision du maire d’interdire désormais tout affichage permettant de faire connaître les initiatives des associations locales est perçue comme un véritable acte de censure relevant de l’autoritarisme. Le panneau lumineux municipal étant en panne à cette date, le seul lieu d’affichage public autorisé proposé par la mairie est un panneau minuscule situé devant la poste et pour lequel il convient de déposer en mairie une demande : après plusieurs jours d’attente, si le maire en est d’accord et si une place se libère sur le panneau, vous aurez peut-être la chance de voir votre affichette visible au milieu d’une nuée d’informations diverses et variées…

A Carnoux, un seul panneau d'affichage public pour 7000 habitants... et c'est la mairie qui a la clé...

A Carnoux, un seul panneau d’affichage public pour 7000 habitants… et c’est la mairie qui a la clé…

L’affaire n’en restera sans doute pas là et en tout cas le Cercle Progressiste Carnussien ne s’avoue pas vaincu. Certes, l’affichage sauvage est interdit par la loi et nul ne blâmerait notre maire de veiller à ce que la règle soit appliquée à la lettre. Encore faudrait-il que ce soit le cas. Sur quelle base légale s’appuie en effet notre édile pour procéder à un tri sélectif entre les évènements qui sont autorisés à s’afficher et ceux qui sont traqués par la police ? Pourquoi laisser dès le 23 novembre le Rotary Club couvrir la ville de ses affiches annonçant le marché de Noël juste après avoir arraché toutes celles des autres associations ? Certaines associations seraient-elles plus associatives que d’autres ?

Affichage sauvage toléré à Carnoux ? Photo prise le 5 décembre 2014...

Affichage sauvage toléré à Carnoux ? Photo prise le 5 décembre 2014…

Que dire aussi des affiches purement commerciales collées sauvagement sur les panneaux d’abribus et qui étaient encore en place le 5 décembre dernier comme en atteste la photo ci-dessus : la commune n’aurait-elle pas les coordonnées du gérant qui exploite la salle municipale de l’Artea afin de lui faire part de cette décision récente annoncée en conseil municipal ?

La loi impose à chaque commune de disposer d’un nombre minimum d’espaces publics d’affichage permettant la libre expression des acteurs locaux afin de faciliter la vie associative. Pour quelle raison la commune de Carnoux serait-elle seule à s’affranchir de cette obligation légale ? Quand la commune acceptera t-elle enfin de disposer des panneaux d’affichage accessibles devant les principaux lieux de passage de la ville ? En tant que citoyen, nous apprécions que nos élus s’efforcent de faire appliquer les lois de la République, encore faudrait-il qu’ils ne prennent pas la liberté de les interpréter à leur guise et de les appliquer de manière trop sélective…

S. J.

Relaxe d’Emmanuel Giboulot : matière à réflexion…

8 décembre 2014

Emmanuel Giboulot, c’est ce viticulteur bourguignon, qui avait été condamné en avril 2014 à une amende pour avoir refusé en 2013 de traiter ses 10 hectares de vignes contre la flavescence dorée et qui vient finalement d’être relaxé par la Cour d’appel de Dijon, jeudi 4 décembre 2014.

Emmanuel Giboulot (photo AFP / Jeff Pachoud)

Emmanuel Giboulot (photo AFP / Jeff Pachoud)

Son cas a été très largement médiatisé puisque même le New York Times l’a évoqué dans un éditorial et que le quotidien Le Monde lui a consacré plusieurs articles en avril et en décembre 2014. Une pétition lancée par l’Institut pour la protection de la santé naturelle, association basée à Bruxelles, et très largement relayée par de nombreux acteurs, a rassemblé plus de 540 000 signatures, tandis qu’une page Facebook dédiée recueillait près de 130 000 « likes ».

« C’est une victoire de la mobilisation citoyenne, c’est être lanceur d’alerte », a ainsi déclaré, devant son comité de soutien, le viticulteur à l’issue du prononcé de l’arrêt de la cour. « Il y a une prise de conscience de plus en plus importante quant à l’importance de réduire l’usage des pesticides, qui me donne des espoirs pour l’avenir de l’agriculture », ajoute-t-il, interrogé par Le Monde. Bref, cet arrêt de justice a été salué par la quasi totalité des défenseurs de l’environnement comme une victoire symbolique du pot de terre porté par un adepte de l’agriculture biologique, contre le pot de fer que représenterait le rouleau compresseur de l’industrie agrochimique aidée par les oukases des fonctionnaires bornés des services préfectoraux. Une bataille exemplaire donc mais qui mérite peut-être d’en décortiquer un peu plus en détail les tenants et les aboutissants car tout n’est peut-être pas aussi simple qu’on ne le souhaiterait…

Cicadelle de la vigne

Cicadelle de la vigne

L’affaire remonte à juin 2013, lorsqu’est pris un arrêté préfectoral imposant à tous les viticulteurs de Côte d’Or de traiter leurs vignes contre la flavescence dorée, à titre préventif et alors que les foyers de cette maladie ne sont pas avérés localement. Il faut dire que cette maladie, apparue en France en 1949 et causée par un champignon de type phytoplasme, est mortelle pour la vigne : lorsqu’un plant de vigne est atteint, tout le vignoble situé dans un rayon de 1 km est directement menacé car la maladie se répand par l’intermédiaire d’un insecte vecteur, la cicadelle (Scaphoideus titanus), importée d’Amérique du Nord.

Depuis 1987, deux arrêtés ministériels ont été pris pour organiser à l’échelle nationale la lutte contre cette maladie que certains comparent au phylloxera qui a détruit une large partie du vignoble français entre 1860 et 1900. Répandue surtout dans le sud-est de la France, cette maladie se propage désormais sur tout le territoire, y compris en Bourgogne où des parcelles ont dû être arrachées en Saône-et-Loire en 2011 et 2012, ce qui explique la vigilance des services techniques de l’État rattachés désormais à la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) et qui craignent alors une propagation vers la Côte d’Or voisine.

Vigne atteinte de flavescence doréee

Vigne atteinte de flavescence doréee

En 2013, lorsqu’est pris un arrêté imposant le traitement des vignes de Côte d’Or, Emmanuel Giboulot refuse d’obtempérer, jugeant le risque insuffisamment caractérisé. Ses arguments ne manquent pas de bon sens car les traitements connus ne sont pas anodins. En agriculture biologique, le seul traitement autorisé est le Pyrevert, à base de pyrèthre, un insecticide efficace contre la cicadelle mais à large spectre et qui détruit bien d’autres insectes auxiliaires, remettant complètement en cause l’équilibre de l’écosystème auquel veille ce vigneron qui conduit son exploitation en biodynamie. Paradoxalement, le traitement conventionnel disponible est nettement plus ciblé, mais de fait interdit en agriculture biologique…

Ce refus d’obtempérer est jugement suffisamment grave par les services de l’État – d’autant que quelques ceps contaminés ont bien été observés dans le département en octobre 2013 – pour que le vigneron récalcitrant soit assigné en justice. Risquant 30 000 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement, M. Giboulot est finalement condamné le 7 avril 2014 par le Tribunal correctionnel de Dijon à une amende de 1 000 € dont la moitié avec sursis. Une peine totalement symbolique donc puisque son montant est très inférieur à celui du traitement qu’il a ainsi économisé (ce que ne manquent d’ailleurs pas de relever ses détracteurs, soulignant que l’affaire a été un formidable coup de publicité pour ce personnage très médiatique!).

La relaxe prononcée par la Cour d’appel n’aura toutefois pas valeur de jurisprudence car la loi a évolué depuis, ce qui confirme a posteriori que la démarche des services de l’État manquait en effet sans doute de discernement. De fait, les arrêtés pris en 2014 pour rendre le traitement obligatoire ont été nettement plus ciblés, portant uniquement sur les communes réellement menacées, ce qui aurait permis de diminuer d’un tiers la quantité d’insecticide épandu.

Dominique Técher, "vigneron-paysan" à Pomerol (photo Jean-Pierre Stahl)

Dominique Técher, « vigneron-paysan » à Pomerol (photo Jean-Pierre Stahl)

Au delà de cette évolution plutôt positive, M. Giboulot plaide pour un accroissement des recherches en vue de mettre au point des traitements alternatifs. Les essais qu’il propose, à base de silice ou de kaolinite qui perturbent quelque peu le développement des larves de cicadelles, ne paraissent néanmoins guère convaincantes à ce stade. En revanche, d’autres voies mériteraient d’être explorées si l’on en croit une source relayée par Le Monde qui cite les réflexions de Dominique Técher, un vigneron de Pomerol dans le Bordelais et ancien membre de la commission départementale de lutte contre la flavescence dorée, qui préconise plutôt d’agir à la source, considérant qu’il est illusoire d’espérer éradiquer la cicadelle à coup d’insecticide. Il considère qu’il faudrait plutôt faire porter les efforts sur les plants de vigne eux-même en s’assurant de ne planter aucun cep contaminé, ce qui nécessiterait une meilleure traçabilité des pépiniéristes et la généralisation des pratiques de chauffe à 50 °C avant de planter, même si cela se traduit par des surcoûts. « Mais ça vaut mieux que d’arroser tout un département de pesticides ! » conclue t-il…

Comme quoi le débat lancé par cette affaire de la flavescence dorée mérite en effet réflexion… On comprend bien que le débat qui agite les viticulteurs confrontés à ce type de fléau ne se résume pas à un simple choix idéologique et économique quant aux méthodes à employer et qu’il est important qu’ils puissent trouver à leurs côté des chercheurs éclairés et des services techniques ouverts, et pas seulement des marchands de produits insecticides dont l’unique objectif est d’augmenter leur chiffre d’affaire. Il est temps d’admettre que l’agriculture concerne chacun d’entre nous et mérite des investissements publics adaptés !

L. V. LutinVertPetit

Échanger savoirs, biens et services, c’est possible !

6 décembre 2014

AfficheConfReseau_A4coulNous étions une trentaine de personnes lors de cette nouvelle conférence du Cercle progressiste carnussien, ce lundi 1er décembre 2014, pour écouter et interroger Rosemarie Ott, présidente de RESAU, le Réseau d’échanges réciproques des savoirs aubagnais, ainsi que Isabelle Martin Schnoering, présidente du Ciotasel, le Système d’échange local de La Ciotat.

Rosemarie Ott nous a rappelé l’origine des Réseaux d’échanges réciproques des savoirs (RERS) devenus aujourd’hui FOrmation Réciproque, Echanges de Savoirs et Création Collective (FORESCO). En 1971 dans la ville nouvelle d’Evry, une institutrice, Claire Héber-Suffrin, met en place une nouvelle forme pédagogique pour éveiller les enfants au savoir et à l’échange de ce que chacun sait, pour le partager et favoriser la relation entre les enfants nais aussi avec les adultes. L’expérience mise en place sur la commune d’Evry va alors diffuser avec l’aide des réseaux de l’éducation populaire pour devenir aujourd’hui un mouvement national et international avec plus de 100 000 « réseauteurs » partageant une charte : on doit être à la fois donneur et receveur de savoir.

Ph2_Blog

Le RESAU d’Aubagne a été créé en 1989 par une animatrice sociale de la ville. Il bénéficie depuis d’un local prêté par un bailleur social dans le quartier du Charrel. Ce local demeure encore aujourd’hui le lieu principal des rencontres. L’association organise de nombreux moments d’échanges collectifs : l’atelier cuisine, l’atelier peinture sur soie, les activités créatives, des jeux de société, l’atelier d’écriture, des sorties organisées à Marseille ou les marches du lundi matin etc.

En ce qui concerne les échanges individuels chaque adhérent (il n’y a pas de cotisation payante) est demandeur et offreur au moins d’un savoir, et il est souhaitable que le temps passé en offre soit équivalent au temps passé en demande, même s’il n’existe pas de hiérarchie entre les savoirs échangés. C’est à l‘équipe d’animation de veiller à cet équilibre. Tout échange de savoir doit en effet être formalisé par un médiateur de l’équipe qui met en relation offreur et demandeur et fixe avec eux les modalités d’échange (où, quand comment, à quelle fréquence, avec quels moyens pédagogiques ?) puis effectue le bilan.

Le premier objectif de RESAU demeure la sortie de l’isolement, le plaisir de se connaître, d’être reconnu, d’échanger et de passer de bons moments de convivialité.

Les références : R.E.S.AU. – BP 511 – 13681 Aubagne Cedex – tel : 04.42.03.11.93

Isabelle Martin Schnoering et Rosemarie Ott

Isabelle Martin Schnoering et Rosemarie Ott

Isabelle Martin Schnoering nous a ensuite présenté ce qu’était un SEL. Cette forme d’économie parallèle avec une monnaie locale restreinte aux participants du réseau, existe depuis très longtemps. D’abord formalisés en Ecosse depuis les années 1980, puis en France en Ariège en 1994, on compte aujourd’hui environ 300 à 400 SEL en France qui partagent une même charte.

Ciotasel regroupe aujourd’hui 260 adhérents, avec un renouvellement annuel de participants d’environ 30 %. Son but est proche de celui des réseaux d’échange de savoirs : sortir de l’isolement, favoriser les rencontres de personnes qu’on ne côtoie pas naturellement et échanger des biens ou des services sans rémunération monétaire en euros.

La monnaie d’échange est le grain de sel. Une heure de service correspond à 60 grains de sel. Tout service a la même valeur, basée sur le temps passé. Par exemple : une heure de ménage égale une heure de cours de maths ou de conversation anglaise. Le nouvel adhérent (l’adhésion : 7 € pour une personne et 10 € pour un couple) est crédité de 300 grains de sel pour rentrer dans le système et obtenir la liste des services et des personnes qui les rendent. Il y a ensuite beaucoup de souplesse : on peut posséder plus ou moins de grains de sel sur son compte, certains étant momentanément fortement créditeurs et d’autres déficitaires…

Depuis 2009 tout est organisé via un site internet, y compris l’adhésion et toute la communication par l’intermédiaire d’une gazette qui paraît chaque semaine. La mairie prête une salle 2 fois par semaine pour des ateliers libres ou pour une permanence le jour du marché. Des soirées sont aussi organisées où chacun apporte un plat qui sera partagé avec tous. Sont organisés aussi des trocs où la valeur des objets est affichée en grains de sel.

Il existe également des systèmes périphériques par exemple « la route des SEL » qui permet l’hébergement solidaire. On va ainsi pouvoir bénéficier dans une autre ville de l’accueil d’un adhérent et accueillir chez soi l’adhérent d’un autre SEL ce qui agrandit évidemment le cercle du réseau et permet des échanges souvent très positifs.

De nombreuses questions ont alors fusé. Rosemarie Ott et Isabelle Martin Schnoering ont détaillé la façon dont les associations fonctionnent, les difficultés de renouvellement des dirigeants, mais aussi le bonheur de ces rencontres où le fondement même de la rencontre humaine est reconnu et promu. Le verre de l’amitié a permis de prolonger l’échange avec des anciens et nouveaux venus, dans une ambiance très conviviale.

C. G.

KATULU ? n° 40

1 décembre 2014

Voici un bref aperçu des livres que les lecteurs de Katulu ont évoqués lors de leur dernière réunion de septembre-octobre 2014. Le texte plus complet des lecteurs de Katulu est téléchargeable Katulu40_Oct2014. Si vous aussi avez envie d’échanger autour de vos dernières lectures et de faire partager vos coups de cœur littéraires, n’hésitez pas à rejoindre le groupe de lecture Katulu qui se réunit à Carnoux le deuxième jeudi de chaque mois.

Au revoir là-haut

Pierre Lemaitre

Prix Goncourt 2013

Ph1_LivreLemaitrePierre Lemaitre a reçu le Prix Goncourt 2013 pour ce roman qui raconte une escroquerie montée par d’anciens combattants de la Grande Guerre : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. ».Ph3_Lemaitre

2 novembre 1918 : l’armistice est proche, et les poilus de moins en moins convaincus de prolonger le combat. Mais, sur la cote 113, le lieutenant d’Aulnay-Pradelle, un aristocrate « terriblement civilisé et foncièrement brutal », veut encore monter à l’assaut, attaquer, conquérir (surtout les médailles pour après). La scène d’ouverture d’Au revoir là-haut raconte une bataille de trop, qui vire à la boucherie. Trois hommes en sortiront vivants : le lieutenant et, quelques pas derrière lui, Albert Maillard et Édouard Péricourt, un rêveur et un artiste. Et ensuite ? C’est le temps de la démobilisation, du retour à la vie civile– le temps où la France, occupée à glorifier ses morts, oublie les survivants.

Ph2_TranchéeAlbert Maillard, enseveli après avoir été poussé dans un trou par son chef doit sa vie à Édouard Péricourt, mais ce dernier, déjà blessé à la jambe, est frappé par un éclat d’obus qui lui enlève toute sa mâchoire inférieure. Va s’en suivre une relation très intense entre ces deux hommes : Édouard, homosexuel, artiste, ne veut pas retourner dans sa famille bourgeoise. Albert va alors se débrouiller pour le faire passer pour mort. Pas facile de vivre quand on n’a pas de véritables papiers et quand on refuse toute tentative de prothèse pour refermer ce trou béant au milieu du visage. A partir d’une idée d’Édouard, Ils vont tous les deux monter une escroquerie basée sur la vente de projets de monuments aux morts.

De son côté, le lieutenant Pradelle dont la famille est ruinée, cherche à reconstruire le château familial au prix d’escroquerie et de manipulations. Il monte une affaire très lucrative autour de la restitution aux familles de leurs morts. Les deux histoires vont s’enchevêtrer. Elles seront menées tambour battant avec un suspense très tendu dans l’une et l’autre histoire, jusqu’au dénouement, inattendu, qui vient terminer ce roman en beauté.

C’est évidemment un roman qui traite de l’après guerre par le petit bout de la lorgnette mais qui décrit de façon magistrale l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Cécile Tonnelle

Charlotte

Charlotte

David Foenkinos

Prix Renaudot 2014

Ph4_CharlotteSalomonCe roman est l’histoire de Charlotte Salomon, née en 1917 et décédée en 1943 à 26 ans ! Ce livre happe immédiatement le lecteur : on s’attache à cette jeune juive, artiste, dont l’œuvre a séduit l’auteur. Depuis très longtemps il souhaitait la faire connaître au grand public et il avait une profonde admiration pour elle ! Pour lui la rencontre de cette artiste est remplie d’émotion, il est obsédé par sa destinée et veut retrouver son œuvre. Dés le début on est saisi d’une sorte de frayeur qui dure tout au long du livre, on a peur pour la vie de Charlotte qui est si attachante.

David Foenkinos et un autoportrait de la peintre Charlotte Salomon (1940)  © C. Helie

David Foenkinos et un autoportrait de la peintre Charlotte Salomon (1940)  © C. Helie

A Berlin dans les années 14, c’est la guerre qui s’annonce avec son lot d’horreurs. La tante de l’héroïne qui s’appelait également Charlotte s’est donnée la mort en se jetant d’un pont. Dans cette famille le drame du suicide se reproduit d’une génération à l’autre. La sœur de la jeune femme qui s’est suicidée s’appelle Franziska. Infirmière durant le conflit, elle rencontre un jeune chirurgien qui deviendra son mari, Albert Salomon. De leur union naîtra une petite fille que l’on prénommera Charlotte en hommage à la tante décédée. Un jour Franziska se donne la mort à son tour !

Charlotte Salomon et ses grands-parents

Charlotte Salomon et ses grands-parents

Charlotte Salomon devient l’héroïne du roman, on ne lui divulguera pas la mort de sa mère ! Son père se remarie avec une cantatrice célèbre. Ils sont juifs mais la famille ne pratique pas la religion. La jeune fille découvre l’art à travers ses grands parents très cultivés. Ces derniers, voyant le nazisme monter décident de quitter l’Allemagne et se réfugient en France à Villefranche-sur-Mer chez « une américaine d’origine Allemande Ottilie Moore » qui aura une grande place dans la vie de Charlotte ! Celle-ci découvre l’amour sous les traits d’Alfred, professeur de chant de Paula, sa belle-mère. Elle rejoint finalement ses grands-parents en France où elle sera arrêtée en déportée.

« Présenté comme un long poème, le texte est construit de phrases brèves qui tiennent toutes en moins d’une ligne ; conçu ainsi, selon l’auteur pour permettre des pauses respiratoires au lecteur comme à l’écrivain tant l’horreur est au bout de chaque page, dans chaque mot. »

Josette Jegouzo

LE GRAND CŒUR

JEAN CHRISTOPHE RUFIN

Ph7_Livre RufinUn livre magnifique : Parce qu’il réveille un monde magique, lointain. Le temps de Charles VII. Une France du Moyen–Age avec ses Princes frondeurs, sa guerre de Cent Ans, ses chevaliers, ses héros, Jeanne D’Arc, ses plus humbles ou ses bourgeois, parmi lesquels Jacques Cœur, grand découvreur de l’argent roi, du commerce et de l’industrie.

Jean-Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin

Dans ce roman J. C. Rufin réveille les campagnes avec ses châteaux, les villes endormies : Bourges, Orléans, Montpellier ; les fleuves, les ports, la mer, les îles de Chio, la Sicile et s’ouvre à l’Orient. Lorsque le livre se referme, le lecteur rêve encore. Ce voyage palpite longtemps sous ses prunelles grâce à la magie des descriptions précises. On sent les parfums qui s’exhalent des nuits chaudes d’été, on sent le froid piquant des hivers On entend le feu crépiter dans les cheminées et les grandes cuisines, le galop du cheval, le roulis de la galée.a scène s

On est ébloui par l’éclat des vêtements, des pierreries des bijoux, des reflets des soieries de la richesse des drapés de velours. On guette les bruits furtifs ou les pas lourds de menace des espions, des bourreaux qui rôdent dans les coursives de châteaux, de cloîtres, de douves, de pont-levis et qui n’épargnent personne même pas les favoris du Roi.

Sculpture sur la façade du palais de Jacques Coeur à Bourges

Sculpture sur la façade du palais de Jacques Coeur à Bourges

Des personnages hauts en couleur se détachent, nous fascinent : le Roi Charles VII, ses ambiguïtés, son inconstance, sa méchanceté. La psychologie de chacun est fouillée quelques détails précis pour souligner leurs contradictions vibrantes de réalisme, éclatantes de vérité et de vie

Le sentiment de bassesse et de duplicité est inhérent à la nature humaine. L’auteur le ressent à l’égal de son héros comme une souillure interne, intime, comme notre malheur existentielle. Jacques Cœur s’incarne dans la politique, l’art, la richesse, la gloire, mais aussi dans le dénuement, la solitude, la peur. Il est dans chacune de ces situations toujours aussi vrai, égal. Sa liberté fait vérité. Il nous rappelle nos doutes, nos inconstances,nos contradictions.

Cette lecture mélange le romanesque et la philosophie. Au delà, cet art nous rapproche de l’universel. Toutes les époques ont leurs lots de corruptions, leurs violences, leurs injustices, leurs frivolités. Tous les hommes sont avant tout leurs peurs, leurs souvenirs d’enfance, leurs rêves. Découvrir cette solidarité, cette fraternité à travers ce dialogue ressuscité de Jacques Cœur avec J. C. Rufin est un bonheur, un défi d’éternité. D’ailleurs notre survie ne procède-t-elle pas que de l’art ?

Nicole Bonardo

Chronique d’une mort annoncée

Gabriel Garcia Marquez (1981)

Gabriel Garcia Marquez

Gabriel Garcia Marquez

Gabriel García Márquez, mort le 17 avril 2014 à 87 ans, est un écrivain colombien très populaire, au style truculent, qui a reçu en 1982 le prix Nobel de littérature. Son œuvre est marquée par une imagination fertile et constitue une chronique à la fois réaliste et épique de l’Amérique latine dans laquelle il mélange allégrement souvenirs d’enfance, histoire familiale et obsessions personnelles.

La scène du roman se déroule dans une ville d’Amérique du sud. Les frères Vicario ont annoncé à tous qu’ils allaient tuer Santiago Nasar pour venger leur sœur, Angela Vicario, qui s’était mariée la veille et qui avait été répudiée dès sa nuit de noce par son mari pour défaut de virginité. Angela Vicario ne voulait pas se marier mais elle y a été contrainte entre autre par sa mère compte tenu de la somme d’argent tout à fait conséquente que le prétendant avait mis dans le marché.

Les frères Vicario commencent par torturer leur sœur pour lui faire avouer qui est l’auteur de ce dépucelage. Elle évoque Santiago Nasar, ce qui paraît impossible. Mais elle avait parlé et les frères n’avaient plus qu’à le tuer pour sauver l’honneur. Par un ensemble de faits extérieurs, inhabituels : la noce énorme où tout le village avait été convié, l’arrivée d’un évêque qui ne fait qu’un tour sur un bateau sans en descendre, tout le monde pense qu’il s’agit d’une farce. Mais finalement, les frères Vicario, contre leur volonté première de ne rien faire, sont contraints d’agir pour l’honneur et tuent Santiago Nasar dans des conditions ignobles, avec des couteaux de cuisine, le tout dans une surabondance de détails et de dires qui ne se recoupent pas forcément… C’est le drame qu’on n’a pas pu éviter, sur un malentendu, avec un innocent qui ne comprendra jamais pourquoi il est mort. Honneur et fatalité…Ph10_LivreMarquez

Un livre étonnant, dans une atmosphère chaude, pesante, sans vraiment de suspens parce qu’on sait dès le titre qu’il y aura un mort, mais on voudrait savoir pourquoi et comment c’est possible. C’est avant tout un enchevêtrement burlesque de contre-temps et d’imprévus. Une écriture extraordinaire. Un très bon moment de lecture.

Cécile Tonnelle

« Mémé »

Philippe Torreton

Philippe Torreton est un comédien que j’apprécie tout particulièrement. Acteur français né à Rouen en 1965, issu d’une famille simple et chaleureuse, il entre en 1990 à la Comédie Française comme pensionnaire et a reçu le prix du Meilleur acteur en 1997. Au cinéma, également il a été récompensé par le César du meilleur Acteur, en 1997, grâce à son rôle dans « Capitaine Conan » de Bertrand Tavernier. Engagé politiquement, il a soutenu Ségolène Royal en 2007 et est élu conseiller municipal à Paris en 2008.

Philippe Torreton © MAXPPP/Voix Du Nord/ Johan Ben Azzouz - 2014

Philippe Torreton © MAXPPP/Voix Du Nord/ Johan Ben Azzouz – 2014

Dans ce livre, Philippe Torreton a voulu rendre un vibrant hommage à sa grand-mère qui a remplacé sa mère souvent durant l’enfance. Il a gardé pour elle un amour profond, immense : « Mémé ça ne se dit plus mais c’était ma mémé » dit-il ! Née en 1914 en pleine campagne normande, Denise Porte était sa grand-mère maternelle, membre émérite de ces « gens de peu » d’hier, valeureux, démunis, se contentant d’un presque rien que les gens de la ville et d’aujourd’hui ne sauraient supporter. Elle a débuté ouvrière dans une usine puis a repris la ferme toute seule, divorcée, une vie de labeur : « au pays de mémé on ne reste pas sans rien faire, c’est comme ça, toute une vie à s’user pour assurer l’ordinaire, chaque jour comme une tâche, une vie de labeur, s’arrêter c’est tomber » ; « jeune on t’a donné le nécessaire, adulte tu n’avais que l’utile et à la fin de ta vie il ne te restait que l’indispensable » ; « tu as tout donné ».

Ph12_LivreMéméCe livre nous permet de retrouver des détails de l’évolution de la France à travers le XXéme siècle : « pour toi. l’argent doit aider comme un outil mais tu savais que tes enfants étaient infectés de la fièvre acheteuse, urbains que nous étions, on devait tout acheter. Il fallait meubler le vide, s’équiper, changer de pneus, de frigidaire, de cartables, de télévision, de literie, d’ampoules, de vélos, de crèmerie, de coiffure, d’apparence…Ces besoins répandus comme des pesticides nous faisaient croire que l’on vivrait mieux ! »

J’ai aimé l’écriture de ce livre, qui est belle, avec beaucoup d’énumérations, un vocabulaire riche, de la poésie ! Beaucoup d’émotion : « j’aimerais encore maintenant ouvrir la porte de sa cuisine et l’embrasser ! » ou encore : sur son tombeau, « j’aurais planté un arbre, pour que ses racines te prennent et t’aspirent et te fasse monter dans ses feuilles, comme çà le vent t’aurait fait chanter et les petits auraient pu continuer à grimper sur toi ! »

Josette Jégouzo

Elle marchait sur un fil

Philippe Delerm

La musique de Philippe Delerm dans un roman ? Une musique différente qui se laisse écouter avec autant de plaisir même si le tragique affleure tout au long de ces lignes.

Philippe Delerm  © BALTEL/SIPA

Philippe Delerm  © BALTEL/SIPA

A cinquante ans, Marie se retrouve seule. Elle doit s’inventer une autre vie si elle veut vivre, ce qui ne paraît pas toujours certain. En tâtonnant parmi ce qui reste de sa vie passée, son métier (critique littéraire), son fils, sa petite fille, une maison en Bretagne, une amie, un voisin âgé, elle rencontre un groupe de jeunes en vacances qui se préparent à devenir comédiens. Elle veut réaliser avec eux la création d’une pièce de théâtre. Elle veut monter avec eux le spectacle qu’elle avait imaginé pour son fils. Ce fils comédien qui, après quelques années dans le monde du spectacle, avait tout abandonné pour devenir architecte.

La relation mère-fils est l’une des trames essentielles de ce livre : décrite avec délicatesse, justesse, culpabilité. Quelle influence le désir des parents peut avoir sur un enfant ? Le regard de la mère sur le fils devenu adulte, le regard du fils vis à vis d’une mère délaissée. Un fossé d’interprétations réciproques, de non-dits, d’explications difficiles voire impossibles…

Une femme en équilibre sur un fil. Son spectacle sera monté mais le rêve tourne à la tragédie… « Une vue plongeante sur les grands moments de vide, de doute et de rêve qui font une vie d’adulte ».

Marie-Antoinette Ricard

CE QU’IL ADVINT DU SAUVAGE BLANC

FRANCOIS GARDE

Éditions GALLIMARD 2012

Ph15_LivreSauvageCe roman est en fait un récit à deux voix : celle du narrateur Octave De Vallombreuse dont le voyage est un métier et de Narcisse, 18 ans, un matelot français abandonné sur une plage d’Australie et retrouvé dix sept ans plus tard. Le récit s’écoule entre 1861 et 1868. Une histoire fondée sur une contradiction :comment croire qu’un sauvage puisse être blanc ou qu’un blanc puisse devenir sauvage ?

Narcisse Pelletier

Narcisse Pelletier

Tout le récit est une énigme. Notre narrateur Octave est un scientifique. Sa démarche consiste donc, dès qu’il recueille Narcisse à Sydney, à l’observer, à annoter scrupuleusement ses moindres faits et gestes, car Narcisse a perdu l’usage de notre langue. Cette extrême rigueur aboutit à des non certitudes, des hypothèses jamais vérifiées et finalement à un silence que seul l’imagination soutient

Ainsi le lecteur est face à un narrateur qui s’en tient strictement aux faits objectifs donc face à une très mince réalité et un récit autobiographique réduit à notre imaginaire ou celui de notre auteur. La question posée – et qui est aussi l’intérêt de ce livre- est dans le : qui sommes nous ? et que sait on de soi-même ? Ne sommes nous pas le fruit de notre environnement ? Comment ne pas devenir ce que les autres nous imposent, ou ce que la Nature nous oblige et Narcisse nous murmure « Parler c’est mourir ».

Parler c’est nous réduire. La vie dure, au sein de la grande Nature, inflige la modestie. Le silence nous protège, nous libère. La sagesse est patience. A quoi bon par le langage ampoulé, travestir et réduire la grandeur de Dame Nature ? Ce qu’il advint … La science vaut ici bien peu !

François Garde (© C. Hélie-Gallimard)

François Garde (© C. Hélie-Gallimard)

Ce récit est bouleversant. On réapprend le naturel. On sourit de nos conventions étriquées, on admire la force et l’ingéniosité de l’homme rendu à ses instincts primitifs. Le silence…et quelques confidences pudiques nous disent bien plus que de longs discours. Notre imagination nous entraîne dans ces contrées lointaines sans le poids de la civilisation au tréfonds de notre conscience intime si souvent endormie, étouffée.

On ne peut que déplorer les petits arrangements des marins qui ont abandonné notre héros, on critique ces scientifiques pédants qui se moquent du travail respectueux de Vallombreuse. Mais on remercie ce vicomte voyageur savant, curieux qui se demande si souvent « lequel de nous deux est l’apprenti ? » Et qui sent bien que l’histoire de NARCISSE est plus grande que Narcisse.

Je vous recommande donc ce livre comme plaidoyer pour le retour à la pureté et l’innocence.

Nicole Bonardo

Sans oublier

Ariane Bois

Grand reporter au sein du groupe Marie Claire et critique littéraire pour divers magazines, Ariane Bois a déjà publié deux romans salués par la critique et par des prix littéraires.

Ph17_LivreLorsqu’elle apprend l’accident qui a coûté la vie à sa mère, une jeune femme voit sa vie exploser. Jusque là, sa vie s’écoulait de façon plutôt agréable entre son mari, ses enfants et son travail dans une agence de publicité. Mais elle a été meurtrie par le décès de son frère. « coté deuil je ne suis pas tout à fait vierge, j’ai enterré mon frère 14 jours après son vingtième anniversaire ». Sa mère journaliste, venait de partir en Sibérie pour un reportage. Avant de partir elle lui a juste dit « J’ai peur d’avoir froid là-bas », je lui ai répondu« fais attention aux pingouins quand tu traverseras la banquise. »

Dans un premier temps, lorsqu’elle apprend que sa mère fait partie des victimes, elle doit gérer l’urgence : s’occuper de son père anéanti, faire rapatrier le corps de l’URSS, se battre avec l’Administration, accueillir le cercueil plombé, recevoir les effets personnels de sa mère sentant le carburant de l’hélicoptère.

La jeune femme voit ensuite sa vie exploser, une onde de choc qui la laisse incapable de reprendre son travail, de s’occuper de ses enfants de 3 et 6 ans, elle en perd un au Jardin du Luxembourg, manque de noyer le second. Tout lui indique qu’elle est une mauvaise mère, une mauvaise épouse, qu’elle est dangereuse. « comment pourrait-elle s’occuper des enfants alors qu’elle est elle-même une enfant apeurée ». On a besoin du regard de sa mère pour élever ses enfants. Elle écrit l’effondrement d’une femme malgré l’amour de son mari qui pourtant l’écoute mais il a l’intelligence de la laisser prendre son chemin tout en la mettant en garde sur le danger de sa conduite irrationnelle.

Ariane Bois

Ariane Bois

En chute libre, elle craque et part au hasard, se cache dans un hôtel et finalement se retrouve au Chambon-sur-Lignon, le seul village français désigné Juste. Par un hasard inouï, elle va comprendre le secret de sa mère : « celle de l’enfant juive caché pendant la guerre et sauvée par une famille dans ce village ».

Cette lecture m’a énormément touchée ; cette sorte de moment après la mort de ma mère qui m’a laissée désemparée. Maintenant je suis seule au monde ai-je dit à mon mari et à mes enfants qui ont été surpris car elle était malade et je disais toujours que ce n’était plus ma mère. Elle l’est redevenue en partant.

Suzanne Bastit

Viva

Patrick Deville

L’auteur, Patrick Deville, dirige actuellement la Maison des Écrivains Étrangers et Traducteurs de St Nazaire. Né en 1957, il a publié 5 romans aux Éditions de Minuit et 6 au Seuil. Il a vécu longtemps à l’étranger (Moyen Orient, Afrique, Amérique Latine). En 2013 il a reçu le Prix Fémina pour « Peste et Choléra ».

Ph19_Deville

« Viva » nous emmène au Mexique en 1937, là où débarque Léon Trotsky et où séjourne Malcolm Lowry qui tente d’écrire ce qui deviendra un chef-d’œuvre de renommée mondiale « Au-dessous du volcan ».

éon Trotski et Natalia Sedova accueillis au Mexique par Frida Kahlo en 1937 (photo AFP)

éon Trotski et Natalia Sedova accueillis au Mexique par Frida Kahlo en 1937 (photo AFP)

Ce roman est d’une très grande intensité. On se sent un peu perdu au milieu des innombrables personnages que les destins croisés de Trostky et Lowry, côtoieront dans ce Mexique en bouillonnement politique et culturel : ce sera la rencontre avec Frida Kahlo (artiste peintre), Diégo Rivera (peintre muraliste), Tina Mondoti (photographe de génie), Fabian Llyod, neveu d’Oscar Wilde, connu sous le pseudonyme d’Arthur Cravan, Ret Marut, anarchiste, devenu Traven, Jan l’épouse de Lowry, Sandino, le révolutionnaire, qui donnera son nom au mouvement toujours actuel, « les Sandinistes », Antonin Arthaud et André Breton…et bien d’autres encore, politiques ou intellectuels.

Le fil rouge du livre : la vie de Trotsky, au cours de ses 3 années mexicaines,« dans la maison bleue » de Frida, s’achevant par son assassinat mais aussi de constants retours en arrière où toute sa vie défile.

Un livre qu’il est impossible de résumer tellement il est riche et touffus « en désordre, en quête de points de vue inédits et de coïncidences remarquables ». L’auteur « sans cesse mêle le reportage, les lectures, la rêverie, la flânerie et les images d’archives ». La lecture, même s’il est parfois difficile de s’y retrouver, est agréable car le style et l’écriture sont ceux d’un écrivain (non d’un journaliste).

Marie-Antoinette Ricard

Remonter la Marne

Jean Paul Kauffman

Nous connaissons tous Jean Paul Kauffman, journaliste, otage au Liban pendant 3 ans, et auteur de plusieurs livres. Dans son dernier ouvrage, l’auteur décide de « remonter la Marne », c’est à dire de partir de sa confluence avec la Seine aux abords de Paris pour atteindre ses sources sur le plateau de Langres, en effectuant cinq cents kilomètres à pied, au plus proche de la rive et en contemplation de la rivière.

Jean-Paul Kauffmann le long de la Marne (GERARD RONDEAU - AGENCE VU)

Jean-Paul Kauffmann le long de la Marne (GERARD RONDEAU – AGENCE VU)

Et il se sert de cette promenade de près de deux mois, à rythme lent, pour pénétrer l’âme des villes et villages traversés, pour prendre le temps de rencontrer les habitants et discuter avec eux de leurs préoccupations et attentions, pour observer le cours et le fil de l’eau, référence propice à la méditation : un enseignement d’apaisement et d’empathie.

Ph22_LivreDans sa promenade il rencontre ce qu’il appelle des « conjurateurs », des personnalités indociles qui refusent de sacrifier au pessimisme ambiant et qui par delà leurs souffrances et difficultés veulent aller de l’avant et prêcher pour la solidarité et l’entraide. Mais c’est aussi la traversée de pays qui semble laissé à l’abandon. Il redescend sur ses pas en bateau pour mieux appréhender les réalités aqueuses, ses tourbillons, son silence, sa flore, sa faune, en se laissant bercer par les bruits de l’eau et de ses abords…

Un livre difficile à résumer. Une ambiance paisible, une culture littéraire, historique et géographique qui transparaît dans tout le livre. Ce n’est pas un roman d’aventure mais le récit d’un voyage qu’on aimerait faire dans ces conditions, très bien écrit on ne peut laisser ce livre avant la fin !

Cécile Tonnelle

Sorti de rien

Irène Frain

SONY DSCIrène Frain, romancière, journaliste et historienne, est née en 1950 à Lorient, dans un environnement modeste, au sein d’une famille de cinq enfants. Son père, d’abord garçon de ferme puis maçon, est devenu professeur pour adultes après d’éprouvantes années de captivité en Allemagne, comme prisonnier de guerre. Sa mère était couturière et lui a inspiré son grand intérêt pour l’univers de la mode.

C’est avec une certaine humiliation qu’Irène Frain entend dans une conférence, peut-être par un journaliste, « qu’elle était sortie de rien » en faisant référence à cette modeste famille dont elle était issue. « Je me sentais salie à l’idée qu’on puisse se tromper sur mes origines ». L’émotion et la colère l’ont envahie après cet épisode, elle avait « envie d’exploser ». Mais quelques temps plus tard, elle reconnaissait finalement que cette affirmation blessante résumait en fait son histoire. Un jour sur un mail elle écrit « rienne » au lieu d’Irène ». Elle se sent investie d’un rôle, celui de rendre la dignité à sa famille.Ph24_Frain

Après l’évocation d’une Bretagne profonde mystérieuse un peu archaïque par ses légendes, son histoire, les Chevaliers de la Table ronde, les Contes de Merlin l’Enchanteur, de la forêt de Brocéliande, elle nous fait pénétrer dans cet univers étrange et poétique, le monde de la forêt « parsemée de mégalithes .»

Puis le viseur cible la famille proprement dite : « c’étaient des gens différents. Pragmatiques et en même temps poétiques ». « ils étaient pudiques, secrets, et quand ils parlaient, c’était souvent pour dire « non ». C’était leur force ».

Je vous laisse découvrir ce roman fort attachant qui m’a permis de mieux comprendre ma famille en Bretagne !! Roman fort poétique et généreux, à lire absolument !!!

Josette Jegouzo

Regard sur quelques livres

Mes coups de cœur, mes déceptions… Je vous fais partager quelques lectures ; mes commentaires n’engagent que ma vision personnelle, qui parfois peut sembler caricaturale, à l’emporte pièce ou émotionnelle. Ne vous fiez pas à moi pour ouvrir un livre !

Mes coups de cœur

le bouquiniste Mendel – Stephan Zweig –

Ph25_LivreÉditée en 1929, cette petite nouvelle a fait l’objet d’une traduction remaniée et rééditée en 2013 aux éditions Sillage. Un petit bijou d’écriture : le portrait d’un bouquiniste monomaniaque, à la mémoire prodigieuse, installé dans un café de Vienne où il délivre ses expertises érudites. Hors du monde et du temps, la guerre (1914-18) va le précipiter dans le monde des vivants, épreuve à laquelle il ne survivra pas. L’auteur fait revivre cet homme qu’il avait oublié « moi qui sais bien, pourtant, qu’on ne fait les livres que pour unir les hommes par-delà la mort et nous défendre ainsi contre les adversaires les plus implacables de toute vie : l’évanescence et l’oubli. ». Le souvenir, la nostalgie, le monde qui se transforme et bouleverse les hommes : les thèmes chers à S. Zweig en 60 pages ! Mais avec quel talent !

La fête de l’insignifiance Milan Kundera –

Ph26_LivreKundera porte sur l’humanité un regard sans concession, « armé plus que jamais de cette part de jeu, ce refus de l’esprit de sérieux » par le biais de conversations et réflexions entre 4 amis. Des pages qui surprennent de prime abord, relatant des événements cocasses et anodins comme le nombril dénudé des jeunes filles devenu le symbole du pouvoir de séduction ! Ou ce personnage se transformant en maître d’hôtel pakistanais et inventant une langue incompréhensible pour son entourage et pour lui-même ! Et c’est aussi Staline exerçant un certain humour devant le Soviet suprême ! « Drôle de rire inspiré par notre époque qui est convoquée parce qu’elle a perdu tout sens de l’humour ». Un livre bref mais qui me donne envie de me replonger dans « L’insoutenable légèreté de l’être », le chef d’œuvre de Kundera pour moi.

Un été avec Proust huit romanciers, biographes et universitaires

Ph27_LivreCe livre, petit format de 230 pages est, à l’origine, une série d’émissions produites par Laura El Makki et diffusées sur France Inter en 2013. Les huit participants à l’émission écrivent l’admiration qu’ils portent à « A la recherche du temps perdu » et réfléchissent aux questions que ce chef-d’œuvre sous-tend. Chacun a choisi un thème : le temps, les personnages, Proust et son monde, l’Amour, l’imaginaire, les lieux, Proust et les philosophes, les Arts. A chaque thème un petit texte de Proust . Ils souhaitent ainsi « éclairer les chemins de l’écriture, afin de faire surgir des mots, des phrases et des images qui peuvent parler à tous, au novice comme à l’initié, aux curieux et aux rêveurs…ouvrir nos yeux et nous laisser bercer par la rêverie proustienne ». Une lecture qui donne envie de lire ou de relire « A la recherche du temps perdu ».

Mes déceptions

La petite foule – Christine Angot –

Ph28_LivreC. Angot se place explicitement sous le patronage de La Bruyère et de ses caractères pour brosser les portraits des « gens » de notre époque, en quelques paragraphes ou quelques pages, parfois un chapitre, des gens « ordinaires » observés ici ou là, dans la rue, dans un magasin ou autres lieux quotidiens, des gens « connus » (sans jamais les nommer) des milieux politique, journalistique, culturel. Avec curiosité et envie j’ai ouvert ce livre louangé par nombre de critiques…mais pas tous et j’ai trouvé chez l’un d’eux ce que j’ai ressenti : « Tout ici tombe à plat…arrivé au bas de chaque portrait, on se dit : oui et alors ? Alors rien… »

A tel point que j’ai refermé ces pages avant d’avoir terminé la lecture de l’ensemble tellement je m’ennuyais !

La trahison d’Einstein – Éric-Emmanuel Schmitt –

Ph29_LivreOù l’auteur imagine le conflit moral d’un homme de génie, inventeur malgré lui de la machine à détruire le monde, sous la forme d’une pièce de théâtre. Joué au Théâtre Rive Gauche à Paris avec Francis Huster dans le rôle d’Einstein, le texte a sans doute une force…qu’il m’a été difficile de trouver en le lisant. Un texte que je trouve très superficiel, d’une grande banalité, qui semble avoir été écrit très vite…et ce n’est pas la première fois que j’ai cette impression dans les dernières publications de cet auteur.

Sagan 1954 – Anne Berest –

Ph30_LivrePour ma génération Françoise Sagan est un mythe ! Alors je n’ai pu résister en voyant le titre de ce livre.

Je voulais retrouver Sagan, je trouve un auteur qui relate ses états d’âme, ses difficultés pour écrire, ses problèmes personnels. Que ce travail lui ait permis de se transformer en s’appropriant Sagan, cela m’importe peu, ce n’est pas le sujet ! Sur Sagan, une redite de tout ce qui a pu être déjà écrit sur elle. Ce livre avait pour objectif de faire connaître Sagan aux jeunes générations…C’est vrai que je suis mal placée pour apprécier, question génération !!!

Ooana et Salinger – Frédéric Beigbeder –

Ph31_LivreEncore un auteur qui ne peut s’empêcher d’insérer sa vie personnelle dans celle de ses personnages. La publicité faite autour de ce livre mettant en exergue le travail de quatre années de recherches effectué pour l’écrire, est pour moi une arnaque. Un livre de journaliste, pas d’écrivain, sans style, confus dans sa construction (aller et retour constant entre le passé des personnages, le présent de l’auteur), affabulant sur la correspondance des deux protagonistes (reconnaissant in fine qu’il n’a pu avoir accès à aucun de ces documents) et terminant sur un chapitre consacré à sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse…laissant à croire qu’il a épousé le sosie d’Ooana !!! A la limite du grotesque !

Marie-Antoinette Ricard