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Payer l’impôt ? Quelle drôle d’idée !

7 décembre 2017

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’impôt ? A priori, ce sacré Charlemagne n’y est pour rien et d’ailleurs, à vrai dire, on ne sait pas très bien… Mais il semblerait que la notion d’impôt, ce tribut que l’on paye à l’État pour alimenter le budget de la Nation et permettre le fonctionnement des services publics, soit une notion ancienne, instauré sous une forme ou sous une autre depuis que l’Homme vit en société. Dès l’instant où la vie en communauté fait émerger des castes spécialisées, de guerriers destinés à défendre le clan contre les razzias ennemies, ou de religieux permettant d’intercéder avec les Dieux, il faut bien subvenir à leurs besoins et l’instauration de l’impôt devient nécessaire.

Dans l’Égypte antique, les paysans étaient déjà lourdement taxés par l’impôt et dans la France du Moyen-Age, la situation de ces derniers n’est guère meilleure. A la corvée, un impôt en nature qui consiste à donner du temps de travail en échange de la protection du seigneur local, succède, surtout à partir du XIe siècle, la taille qui se paye en espèce et à laquelle s’ajoute bientôt la dîme, un autre impôt en nature payé à l’Église ou au seigneur, puis la gabelle, un impôt indirect payé sur certaines denrées de première nécessité comme les draps, le vin ou sel, sans compter bien sûr les droits d’octroi de péage ou de douane…

Le Paiement de la dîme (tableau de Pierre Bruegel le Jeune / musée des Beaux-Arts de Bruges)

Face à cette pression fiscale croissante, les gueux se révoltent, comme l’a rappelé un certain professeur Raymond Butcher, enseignant à la Harvard Business School, dans une conférence intitulée « Les révoltes fiscales, toujours ? », présentée devant le Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise et dont Médiapart s’est fait l’écho.

Le sujet ne manque pas d’intérêt car il montre à quel point le rapport à l’impôt a évolué dans la société française depuis l’Ancien Régime. Une des premières révoltes fiscales que notre pays ait connues et que fait revivre cet érudit est celle des Cabochiens en 1413. A l’époque, le Roi Charles VI qui venait de convoquer les États Généraux pour obtenir de lever de nouveaux impôts permettant de faire face au train de vie dispendieux de la cour, se heurte à une révolte populaire, menée par un certain Simon Caboche, à la tête de la toute puissante corporation des bouchers. Prélude à la Révolution de 1789, les insurgés s’emparent de la Bastille, comme avant eux, en 1382, l’avait déjà fait le Peuple de Paris à l’occasion de la révolte des Maillotins, déjà en rébellion contre un taux d’imposition jugé exorbitant.

La révolte des Nu-pieds (gravure éditée à Rouen)

Et ceci n’est que l’un des épisodes d’une longue série de révoltes populaires contre le poids jugé exorbitant des impôts. En 1637, sous le règne de Louis XIII, ce sont les Croquants du Périgord qui se soulèvent : une véritable jacquerie paysanne contre laquelle il faudra mobiliser plus de 3000 soldats pour en venir à bout. Et deux ans plus tard, ce sont les Nu-pieds de Normandie, ces ancêtres des Sans-dents, qui se révoltent à leur tour contre l’instauration de la gabelle sur le sel. Là encore, la répression est sanglante et sans pitié.

Il y aura bien d’autres révoltes populaires par la suite, contre une fiscalité jugée excessive. On pourrait même entrevoir une lointaine filiation entre ces soulèvements plus ou moins spontanés et le mouvement des Bonnets Rouges qu’a connu récemment la Bretagne pour protester, avec succès, contre l’instauration de l’écotaxe pour les poids lourds.

Manifestation violente des Bonnets Rouges devant le portique écotaxe de la RN12 (photo © Eric Rannou / Le Télégramme de Brest)

Mais la thèse que développe le professeur Butcher est quelque peu différente. Selon lui, le peuple s’est désormais résigné à payer l’impôt et n’en est plus à rassembler fourches et gourdins pour aller affronter les forces de l’ordre afin de protester contre la pression fiscale. En revanche, et toujours selon lui, « les réticents, les contestataires et les pourfendeurs de l’impôt sont aujourd’hui les actionnaires, les milliardaires, les banques, le CAC 40, les fonds d’investissement et leur partie la plus mystérieuse, les hedge funds, en français les fonds spéculatifs ».

Les Pigeons, un mouvement de défense des entrepreneurs français qui maîtrise bien sa communication… (source : Le Monde)

Certes, comme le souligne le conférencier, ces privilégiés ne se rebellent pas ouvertement contre la pression fiscale, encore que les exemples soient nombreux de mouvements de protestations de la sorte : qu’on se rappelle les fameux Pigeons, ces patrons qui avaient réussi à faire reculer le gouvernement Ayrault dans sa tentative de rééquilibrer la taxation des revenus du capital, ou encore le Rassemblement des contribuables français du poujadiste boursicoteur Nicolas Miguet dont les affiches fleurissent régulièrement dans nos rues pour hurler à la spoliation d’État.

Mais selon R. Butcher, la pratique de ceux qui refusent l’impôt est devenue plus insidieuse : plutôt que de protester contre la taxation, le plus efficace, pour ces hommes d’affaires, généralement proches du pouvoir, est plutôt d’user de leur influence et de leurs réseaux pour faire en sorte d’échapper à la pression fiscale en toute légalité.

Dessin de Deligne publié dans La Croix

Il cite pour exemple, en appui à sa démonstration, le dossier LuxLeaks, ce scandale financier dénoncé en novembre 2014 à la suite des investigations du Consortium international des journalistes d’investigation du Center for Public Integrity : des milliards d’euros de recettes fiscales évaporées grâce à des accords fiscaux conclus de gré à gré entre le gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg et plus de 300 multinationales, parmi lesquelles Apple, Amazon, Ikéa, Pepsi, mais aussi BNP Paribas, Crédit Agricole, Axa, et bien d’autres encore.

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013 et président de la Commission européenne depuis 2014, se rit de la lutte contre les paradis fiscaux… (photo © Francois Lenoir / Reuters)

Le principe de cette fraude fiscale à grande échelle était des plus simples puisqu’il reposait tout simplement sur des accords secrets passés entre l’État du Luxembourg, dont le premier ministre n’était autre que Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et des centaines de multinationales afin de faire bénéficier à ces dernières de taux d’imposition dérisoires, parfois inférieurs à 1 %. Libre ensuite à ces entreprises de gérer leur organisation interne de manière à rapatrier au Luxembourg l’essentiel de leurs recettes européennes, grâce à des jeux d’écritures, et les voilà quasiment exemptes d’imposition grâce au bon docteur Juncker qui a alors beau jeu de pointer du doigt les États en déficit budgétaire pour cause de rentrées fiscales insuffisantes…

Tout le monde peut constater l’ampleur de cette évasion fiscale massive que pratiquent les multinationales, mais aussi la timidité avec laquelle sont pointés du doigts les paradis fiscaux sans qui ne pourrait se faire ce détournement de fonds qui siphonne les rentrées fiscales des États et rend si difficile la mise en œuvre de politique publiques ambitieuses.

Dessin de Bar (source : BarActu)

L’Union européenne vient d’ailleurs tout juste de publier une nouvelle liste noire de 17 pays considérés comme paradis fiscaux parmi lesquels les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, la Corée du Sud, Panama ou encore la Tunisie et la Mongolie. Aucun pays européen ne figure sur cette liste bien évidemment, pas même l’île de Jersey et encore moins le Luxembourg, la Suisse ou l’Irlande. L’honneur est donc sauf, même si certaines mauvaises langues ont la désagréable impression qu’on se moque du monde. Même le très libéral commissaire européen à la fiscalité Pierre Moscovici considère que cette liste reste « une réponse insuffisante face à l’ampleur de l’évasion fiscale à l’échelle mondiale ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.

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Ciel d’apocalypse en Bretagne et fournaise portugaise

18 octobre 2017

Le ciel au-dessus des toits de Rennes, lundi 16 octobre après-midi (photo © Marie Dufay / AFP)

Voilà encore de bien étranges manifestations du changement climatique global que l’on peut observer et dont les médias se sont largement fait l’écho. Ce lundi 16 octobre 2017, les Bretons ont eu la surprise d’observer un ciel plombé couleur jaune sépia plongeant leur quotidien dans une lumière crépusculaire et glauque alors que le thermomètre marquait 19 °C à Brest, à 8h du matin, et jusqu’à 25 °C dans la journée, des températures pour le moins inhabituelles à cette période de l’année.

Cette sinistre coloration jaunâtre du ciel, s’accompagnant d’une odeur prononcée de cendre, a plongé plusieurs villes bretonnes dans une ambiance quasi apocalyptique qui a beaucoup fait jaser sur les réseaux sociaux. Cette situation découle directement du flux d’air orienté du sud et correspondant au déplacement de l’ouragan Ophelia. Ces vents qui soufflaient lundi jusqu’à 130 km/h se sont chargés, lors de leur passage sur les côtes nord-africaines, de très nombreuses particules sableuses qu’ils ont charriés à travers toute la péninsule ibérique puis dans leur traversée du Golfe de Gascogne.

Ciel jaune et températures élevées pour la saison en Bretagne heures (photo © David Vincent / AP)

De nombreux records de chaleur ont été battus du fait de cette arrivée d’air subtropical poussé par la tempête Ophelia. On a ainsi relevé plus de 30 °C à Pau ou Mont-de-Marsan et même 31 °C à Vic-en-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées. A Calais, le thermomètre a affiché jusqu’à 26 °C, soit 10 °C de plus que les normales saisonnières. A Uccle, près de Bruxelles, la station météo qui date de 1833 n’avait jamais enregistré un tel record de chaleur (25,7 °C) à une période aussi tardive de l’année…

Après la Bretagne, c’est le sud de l’Angleterre qui a été frappé par le même phénomène. Dans l’après-midi du 16 octobre, la ville de Londres elle-même a été plongée dans cette atmosphère irréelle et angoissante occasionnée par un ciel orangé.

En parallèle, la tempête s’est renforcée en poursuivant sa route vers les côtes irlandaises. A la mi-journée, des rafales soufflant à 190 km/h ont été enregistrées à la pointe sud de l’île. De nombreuses toitures se sont envolées et on déplore trois morts, pour la plupart écrasés suite à la chute d’arbres. Le soir, environ 360 000 foyers étaient privés d’électricité. Cette tempête est sans doute une des pires qu’ait connue l’Irlande depuis le passage de l’ouragan Debbie en 1961, qui avait fait 11 victimes.

Passage de l’ouragan Ophelia sur les côtes irlandaises

Mais en Bretagne comme en Angleterre, l’air n’était pas seulement chargé de particules sableuses d’origine saharienne. Il charriait aussi les cendres des gigantesques incendies qui ravagent actuellement le Portugal, attisés par ces vents violents qui balaient les côtes de la péninsule ibérique. Des centaines de départs de feu se sont ainsi déclarés dimanche 15 octobre dans le nord et le centre du Portugal, ainsi que dans la région espagnole voisine de Galice. Certains semblent d’origine criminelle mais la plupart sont liés à l’imprudence, et tous ont été attisés par les vents violents de l’ouragan Ophelia, se propageant rapidement du fait de l’extrême sécheresse de la végétation après des mois de déficit pluviométrique.

A ce jour, on estime à 350 000 hectares au moins la superficie qui est ainsi partie en fumée au Portugal lors de cet épisode, et le bilan humain est particulièrement lourd avec 4 morts en Espagne et 41 au Portugal. Plus de 3000 pompiers ont été mobilisés pour lutter contre les flammes, avec même l’aide de bombardiers d’eau italiens.

Feu de forêt dans la région de Leiria, le 18 juin 2017 (photo © Patricia De Melo Moreira / AFP)

Déjà, en juin dernier, le pays avait été victime d’un gigantesque incendie qui avait provoqué la mort de 64 personnes dans la région de Leiria. Provoqué par la foudre alors que les températures au sol dépassaient les 40 °C, le feu avait progressé à une vitesse phénoménale parmi les forêts de pins et d’eucalyptus, piégeant de nombreux habitants dans leur maison ou sur les routes. Un véritable désastre malgré la mobilisation de 2000 pompiers volontaires.

A côté de ces feux de forêts catastrophiques, l’incendie qui a menacé Carnoux cet été paraît bien anodin même s’il aurait pu avoir lui-aussi des conséquences dramatiques. Et bien d’autres se sont produit récemment à travers le monde. Ainsi, la Californie qui fait l’objet depuis le 8 octobre de violents incendies, les pires peut-être que cette région a connu depuis 1933, même si en septembre 2015 déjà, la Californie avait été ravagée par les flammes, déplorant alors la destruction de plus de 600 bâtiments dont de nombreuses maisons d’habitation.

Maison en flamme dans la région de Napa en Californie le 9 octobre 2017 (photo © AFP)

Depuis le début du mois d’octobre, 22 départs de feu ont été notés et le dernier bilan disponible à ce jour fait état de 86 000 hectares brûlés avec près de 5 000 maisons réduites en cendres. Plus de 600 000 personnes ont dû être évacuées en catastrophe et au moins 41 mort sont à déplorer, ainsi que 88 disparus. Un très lourd bilan donc et des images d’apocalypse là aussi comme le montrent les photos aériennes : des lotissements entiers ont été totalement rayés de la carte suite au passage des flammes.

Fourgon postal distribuant le courrier dans les ruines de Santa Rosa, Californie, le 10 octobre 2017 (capture video © Douglas Thron)

Le photographe Douglas Thron, filmant avec son drone les ruines de la ville de Santa Rosa, dans le nord de la Californie, a néanmoins eu la surprise d’y repérer une activité insolite, celle du fourgon de la Poste venant consciencieusement distribuer le courrier dans les boîtes aux lettres, seules vestiges non calcinés au milieu d’un champ de ruines. Contrairement à la Poste de Carnoux, qui n’est plus que l’ombre d’un service public bien chancelant, la Poste californienne fait preuve d’un niveau de résilience remarquable…

L.V.

Le feu de Carnoux vu de l’espace…

17 septembre 2017

Le 19 août dernier, l’incendie qui a ravagé le versant boisé situé entre Aubagne et Carnoux, menaçant gravement plusieurs maisons situées en limite nord de Carnoux, le long de l’avenue Jean Bart, a laissé de sinistres traces. Plusieurs centaines d’hectares d’espaces boisés et de garrigues sont partis en fumée, laissant un paysage noirci de cendres et d’arbres calcinés qui rappellera pour de longs mois le souvenir de cet événement. Trois semaines plus tard, lorsque les premières grosses pluies de la saison se sont abattues sur Carnoux, la forte odeur de brûlé a brutalement envahi toute la ville, comme un ultime rappel du sinistre qui a bien failli transformer toute la ville en un gigantesque brasier…

Zones brûlées sur les hauteurs de Carnoux (photo prise le 27 août 2017)

Il suffit de se promener sur les hauteurs de Carnoux comme chacun ou presque l’a fait depuis cette date pour observer les ravages du feu. Mais lorsqu’on prend un peu de hauteur, l’effet est d’autant plus saisissant. Un des outils permettant une telle observation est la famille de satellites Sentinel, qui constituent le volet spatial du programme Copernicus initié par l’Union européenne. Le déploiement de cette batterie de satellites européens, commencé il y a maintenant une dizaine d’années, est encore en cours mais plusieurs satellites sont d’ores et déjà opérationnels.

Le premier, Sentinel-1A, avait été lancé de Kourou le 3 avril 2014 et a bien failli exploser en vol avant même de pouvoir déployer ses capteurs, tout ça à cause d’un banal accident de la circulation. Heureusement, les opérateurs de l’agence spatial européenne avaient alors réussi, grâce à un léger coup d’accélérateur bien placé, à éviter de justesse le satellite américain Acrimsat, qui passait malencontreusement par là au mauvais moment. Les routes de l’espace sont plus dangereuses qu’on ne le croit…

Vue du satellite Sentinel 2 (source © ESA/ATG medialab)

Depuis, d’autres satellites ont été déployés : le petit frère, Sentinel-1B, en avril 2016, mais aussi les deux sœurs jumelles Sentinel-2A, lancé le 23 juin 2015 par Véga depuis Kourou et Sentinel-2B, qui vient de s’envoler depuis Baïkonour le 7 mars 2017, propulsé par le lanceur russe Rockot. Ce sont ces deux derniers satellites qui nous intéressent tout particulièrement car ils disposent de 13 bandes spectrales allant du visible au moyen infra-rouge et permettant de prendre des clichés avec une résolution de 10 à 60 m. A eux deux, ils permettent de couvrir la quasi totalité des terres émergées avec des prises de vues espacées de 5 jours seulement, ce qui en fait des mouchards particulièrement efficaces.

Les clichés pris dans l’infra-rouge sont surtout utiles pour analyser l’occupation des sols car cette technique permet notamment de mettre en évidence certaines distinctions qui n’apparaissent pas aussi clairement dans le spectre visible. Elle permet en particulier de détecter des différences de température mais aussi d’humidité des sols, de couvert végétal et bien d’autres éléments très utiles notamment dans l’agriculture et le suivi des catastrophes naturelles.

Vue satellite de l’incendie du 19 août entre Aubagne et Carnoux (7 septembre 2017 – source © Sentinel hub)

Une partie des données issues de ces observations satellitaires étant en libre accès sur l’application Sentinel hub, il est assez aisé de rechercher, via un outil de visualisation ouvert à tous, des images d’archives prises par Sentinel 2. Celle du 7 septembre 2107 ne manque pas d’intérêt puisque prise quelques jours seulement après l’incendie qui est venu lécher la commune de Carnoux. Le cliché est assez spectaculaire car la restitution via l’exploitation de plusieurs canaux infrarouges met parfaitement en évidence les surfaces brûlées. On y décèle clairement le point de départ de l’incendie et sa propagation jusqu’aux portes de Carnoux, ainsi que les coupe-feux qui ont permis aux pompiers d’en stopper la progression.

Les plus curieux (et bien entendu les Varois) seront naturellement enclins à déplacer le curseur vers la droite de la carte, ce qui permet de mettre en évidence les foyers qui se sont déclarés cet été dans le département voisin qui a, cette année, payé un très lourd tribut avec 3 660 hectares de forêts ravagées par le feu en juillet-août 2017.

Vue satellite des deux incendies du 25 juillet et du 2 septembre aux alentours de La Londe-les-Maures, dans le Var (14 septembre 2017 – source © Sentinel hub)

 On y repère notamment les trois plus importants d’entre eux qui ont eu lieu le 24 juillet à la Croix-Valmer (518 ha) et à Artigues (1 704 ha) et le 25 juillet entre La Londe–les-Maures et Bormes-les-Mimosas (1 418 ha), suivi d’un autre qui s’est déclaré le 2 septembre entre Hyères et La Londe (460 ha). On est loin des chiffres de l’année 2003 où près de 19 000 hectares étaient partis en fumée dans le seul département du Var, causant la mort de 3 pompiers et de 4 autres personnes, mais ce nouvel été meurtier vient rappeler, si besoin était, à quel point les espaces méditerranéens sont vulnérables aux feux de forêt.

Vue satellite de l’incendie du 11 août dans le Cap Corse (30 août 2017 – source © Sentinel hub)

Et si l’on prend la peine de se décaler un peu vers le sud-est jusqu’aux rivages corses, la photo satellite met en évidence d’autres zones calcinées, en particulier au droit du cap Corse. Une tâche noirâtre barre entre Pietracorbara et Sisco toute la largeur de ce que certains irrévérencieux ont comparé à un doigt d’honneur tendu vers la métropole : c’est la signature de l’incendie qui s’est déclenché près de Nonza, sur la côte ouest, dans la nuit du 10 au 11 août 2017 et qui a traversé le cap Corse dans toute sa largeur, brûlant au passage plus de 2000 ha de forêts et de maquis, et obligeant à évacuer pas moins d’un millier de personnes.

Un autre incendie est particulièrement visible sur ces images satellite et montre à quel point les habitations situés en lisière de zone boisée peuvent être exposées : il s’agit de celui d’Olmeta-di-Tuda qui a parcouru de l’ordre de 2200 ha entre le 24 et le 29 juillet et a été arrêté in extremis en bordure des lotissements de la zone très urbanisée de Biguglia, au sud de Bastia.

Vue satellite de l’incendie du 24 juillet au sud de Bastia (30 août 2017 – source © Sentinel hub)

De nombreuses autres images tout aussi spectaculaires sont visibles sur ce site, envoyées depuis l’espace par les satellites Sentinel, dont celles des récents cyclones qui ont ravagé les Antilles et le sud des États-Unis, venant opportunément nous rappeler à quel point les aménagements faits par l’Homme sont vulnérables face aux éléments naturels…

L.V.  

Le bateau des militants anti-immigration bloqué en Méditerranée

1 septembre 2017

Bateau de migrants en perdition repéré par un avion luxembourgeois (photo © EUNAVDOR MED / Reuters)

La question des flux migratoires à travers la Méditerranée est de celles qui alimentent tous les fantasmes et suscite les controverses les plus acharnées. Une chose est sûre : le phénomène a considérablement augmenté ces dernières années, en lien direct avec l’instabilité politique et les nombreux conflits qui ont éclaté dans plusieurs pays du sud de la Méditerranée. En 2008, on estimait à un peu moins de 60 000 le nombre de migrants arrivés dans l’année via la Méditerranée. Jusqu’en 2013, ce nombre n’a guère été dépassé, avec toutefois de très fortes fluctuations d’une année sur l’autre au gré des vicissitudes économico-politiques chez nos voisins du sud.

En 2014, ce nombre est brusquement monté au-delà de 200 000 pour atteindre carrément le chiffre de 1 million en 2015 ! Dès 2016, la fièvre est fortement retombée pour se stabiliser autour de 350 000. Quant aux 6 premiers mois de l’année 2017, les chiffres provisoires font état de 111 000 migrants débarqués en Europe depuis les rivages méditerranéens, pour l’essentiel sur les côtes italiennes, dont 2 360 au moins sont morts en tentant la traversée.

Des chiffres qui permettent donc de fortement relativiser l’ampleur de ce que certains assimilent un peu vite à une véritable invasion totalement incontrôlée et de nature à modifier en profondeur l’équilibre démographique européen. Mais un phénomène suffisamment significatif pour faire tourner la tête de nombre de militants d’extrême-droite arc boutés sur la défense de l’Europe chrétienne contre ces hordes de barbares islamisés.

Manifestation du mouvement Génération identitaire à Paris le 28 mai 2016 (capture video Youtube)

Parmi eux, le groupuscule lyonnais Génération identitaire, qui ne cache pas son attachement à l’idéologie ultra-nationaliste de l’extrême droite et au traditionalisme catholique qu’il brandit comme rempart contre l’arrivée de migrants. Créé en 2012 suite à la dissolution du mouvement Jeunesse identitaire qui venait d’être condamné car émanation directe du mouvement Unité radicale, lui-même dissout en 2002 après que l’un de ses sympathisants eut tenté d’assassiner Jacques Chirac, alors Président de la République, ce mouvement politique Génération identitaire se définit comme une « communauté de combat » qui se revendique ouvertement de la Reconquista et prône sans complexe la résistance par tous les moyens contre l’arrivée de populations de confession musulmane.

Ces joyeux drilles ont lancé en juin 2017 une collecte en ligne via la plateforme PayPal afin de financer leur projet, curieusement intitulé « Defend Europe », et qui consiste en toute simplicité à « sauver l’Europe de l’immigration clandestine » en préparant « une grande mission de sauvetage en Méditerranée (.) pour contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains ».

Dans l’esprit de ces militants qui ne s’arrêtent guère à la complexité des situations géopolitiques au sud de la Méditerranée, les associations humanitaires comme SOS Méditerranée, qui s’efforcent de venir en aide aux migrants en détresse entassés sur des canots mal dimensionnés pour affronter la traversée, ne sont ni plus ni moins que les complices des passeurs qui leur envoient leur cargaison de migrants à récupérer.

Le navire Aquarius transportant des migrants au port de Catane en Sicile, le 21 mars 2017, après une opération de secours (photo © Giovanni Isolino / AFP)

Génération identitaire est ainsi persuadé que l’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée est en liaison radio directe avec les organisations de passeurs qui lui indiquent où et quand venir réceptionner les chaloupes de migrants pour les conduire directement dans les camps d’accueil.

Le C-Star au large des côtes libyennes, le 5 août 2017 (photo © Angelos Tzortzinis / AFP)

Le plan de ces militants anti-émigration est donc simple : affréter un navire, le C-Star, pour pister l’Aquarius et démontrer sa collusion avec les passeurs, mais aussi intercepter des bateaux de migrants, les couler et remettre leurs occupants entre les mains des garde-côtes libyens. Objectif affiché : terroriser les filières d’émigration et « fermer l’autoroute de l’immigration en Méditerranée ».

Ce que semblent oublier ces justiciers des temps modernes, comme le rappelle un article très documenté du Monde, c’est que l’action des associations qui œuvrent en Méditerranée pour venir en aide aux migrants est très fortement encadrée. Leurs navires ne peuvent intervenir qu’après demande explicite du centre de coordination de sauvetage en mer, basé à Rome, qui coordonne toutes les actions de secours sur zone. Elles se doivent aussi de rendre des comptes, lors de chaque opération de sauvetage, à de multiples autorités dont l’Agence européenne de garde-côtes Frontex mais aussi le ministère italien de l’Intérieur et celui de la Santé qui devront ensuite prendre le relai pour la prise en charge des migrants à terre.

Bateau rempli de migrants au large des côtes italiennes (photo © MaxPPP)

Toutes les communications et les mouvements de leurs bateaux sont donc étroitement surveillés, ce qui laisse bien peu de place à d’éventuelles échanges avec les passeurs eux-mêmes, ainsi d’ailleurs qu’a pu le constater le C-Star lui-même après avoir suivi l’Aquarius et lui avoir même foncé dessus, le 5 août dernier, au risque de l’éperonner, au mépris de tous les règlements maritimes.

Au-delà, la mission du C-Star interroge quant à son intérêt, voire sa légalité. L’idée même de penser tarir le flot de migrants en rendant la traversée encore plus périlleuse qu’elle ne l’est déjà, témoigne simplement d’une méconnaissance des motivations profondes des migrants.

En 2013, la marine italienne avait lancé la mission Mare nostrum qui avait permis de secourir 150 000 personnes et d’arrêter 351 passeurs, mais avait dû stopper l’opération à cause des nombreuses critiques considérant que cela provoquait un appel d’air en faveur d’un mouvement migratoire accru. Or l’arrêt de la mission en 2014 a coïncidé au contraire avec un très fort développement du nombre de candidats au départ, sans aucune relation naturellement avec les efforts de la marine italienne, mais du fait simplement de l’aggravation de la situation politique dans plusieurs pays du sud. En revanche, si le flot de migrant n’a pas baissé, le taux de mortalité dans leurs rangs a plus que doublé, confirmant a posteriori à quel point l’opération de secours était indispensable.

Bateau de migrant secouru par la marine italienne dans le cadre de l’opération Mare Nostrum en 2014 (photo © Marina militare / Reuters)

Quant à renvoyer, comme le souhaite Génération identitaire, les migrants dans les mains des garde-côtes libyens, c’est contraire à la Convention de Genève et cela revient le plus souvent à les condamner à une mort quasi certaine, d’autant que la plupart de ces garde-côtes sont de simples milices régionales qui n’obéissent en rien au gouvernement d’union nationale reconnu par les Nations-Unies alors qu’elles sont en revanche souvent fortement liées aux réseaux de passeurs…

Les solutions simplistes prônées par les militants de Génération identitaire semblent donc bien mal adaptées à un phénomène autrement plus complexe à gérer. Leur projet semble d’ailleurs désormais prendre l’eau de toute part. Une première pétition avait déjà conduit l’organisme PayPal à bloquer la cagnotte récoltée pour financer la mission. Une seconde a ensuite poussé le Crédit Mutuel à fermer le compte de l’association moyennant un préavis de 2 mois, comme le permet la loi.

Manifestants bloquant l’accès du C-Star au port de Catane le 29 juillet 2017 (capture écran Twitter)

Quant au bateau, il a été un temps immobilisé sur l’île de Chypre où une partie de l’équipage a même été interpellée avant d’être relâchée. Début août, il a été empêché d’accoster dans le port de Catane, en Sicile, grâce à la mobilisation de nombreux militants associatifs locaux qui brandissaient des pancartes indiquant « closed for racists ». Même en Tunisie, où le navire était venu se ravitailler dans le port de Zarsis, l’équipage s’est vu refuser l’accostage par les marins locaux syndiqués à l’Union générale tunisienne du travail.

Décidément, la bataille navale autour des migrants perdus en Méditerranée ne fait que commencer…

L.V.  

Xavier Beulin, un paysan presque comme les autres…

8 janvier 2017

Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et richissime patron du groupe industriel Avril, s’est fait épinglé récemment par Mediapart dont les enquêteurs ont recherché en vain quelles étaient les terres sur lesquelles ce représentant de la profession agricole pouvait bien exercer ses talents, lui qui se revendique comme « paysan », ainsi qu’il a encore tenté de le faire croire devant un groupe d’éleveurs en colère à Saint-Brieuc en juillet 2015…

blog378_phbeulinfnsea

Un paysan pour le moins atypique en tout cas, qui avait fait sensation en se présentant lors du congrès de Metz de la FNSEA en 2006 « en costard de banquier, pompes anglaises, attaché case Lancel ». Dirigeant de la Sofiprotéol, rebaptisée Avril en 2015 pour des raisons de pur marketing, le fringant patron de l’agro-business qui voyage en jet privé, bluffe tout le monde et prend la tête en 2010 de la FNSEA pourtant traditionnellement aux mains des éleveurs. Il y est réélu triomphalement en 2014, aucun autre candidat n’osant même se présenter contre lui, et il est déjà en train de préparer sa propre succession à l’occasion des prochaines échéances prévues en mars 2017.

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Il faut dire que le groupe Sofiproteol, alias Avril, qu’il dirige, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaire qui dépasse 6 milliards d’euros, trustant plus de la moitié de la production française de colza et de tournesol. Il s’agit donc d’un géant de l’agroalimentaire, propriétaire notamment des marques d’huiles Lesieur et Puget, mais aussi du leader des œufs Matines, d’un des principaux centre d’abattage de porc (société Abera en Bretagne), ou encore de Sanders, premier fournisseur français d’aliment pour bétail, bref un des symboles de la concentration et de l’industrialisation à outrance des exploitations agricoles.

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Le groupe se revendique également leader européen de l’oléochimie et n°1 mondial de la glycérine végétale, tout en se placant comme un acteur majeur sur le marché européen de la production de biocarburants au travers de ses filiales Saipol et Expur. Pour la multinationale agro-industrielle, les biocarburants, c’est un peu la poule aux œufs d’or, fruit d’un long travail de lobbying auprès des autorités en charge de la politique agricole tant à Paris qu’à Bruxelles, sachant que Xavier Beulin est également vice président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, qui appointe pas moins de 18 lobbyistes auprès de l’Union européenne!

Champ de colza en production (photo T. Creux)

Champ de colza en production (photo T. Creux)

C’est en 1992 qu’une première réforme de la Politique agricole commune a autorisé l’exploitation de cultures oléagineuses pour produire du carburant, en principe pour valoriser les terres laissées en jachère. Et en 2003, une directive européenne a été adoptée, obligeant les distributeurs de carburants à incorporer un certain pourcentage de biocarburant dans le diesel. Histoire d’encourager au maximum la filière, la France a alors choisi d’aller encore plus loin que ces objectifs européens en imposant un taux d’incorporation de 7 % de biodiesel dans le gazole, taux qui est passé à 8 % en 2015. Certains véhicules d’entreprises ou de collectivités roulent même d’ores et déjà avec un carburant composé de 30 % de biodiesel, ce qui assure de confortables débouchés pour la filière.

En France, on utilise principalement pour cela le colza et le tournesol. La graine est d’abord broyée pour séparer l’huile, les résidus formant des tourteaux riches en protéines, qui sont valorisés pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à l’huile, elle est transformée en diester via une réaction chimique qui fait intervenir du méthanol et donne de la glycérine comme sous-produit. Schématiquement, une tonne d’huile brute additionnée de 100 kg de méthanol donne une tonne de diester et 100 kg de glycérine végétale.

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Une véritable manne en tout cas pour Avril, ex-Sofiproteol, qui contrôle l’essentiel de la filière de production de biodiesel sous sa marque Diester®, d’autant que ces cultures d’oléagineux destinés à la production de biocarburant ont été largement subventionnées par l’Europe, à hauteur de 45 €/ha jusqu’en 2010 ! Beaucoup de voix sélèvent désormais pour dénoncer cette filière qui entraîne une hausse importante du cours des matières premières oléagineuses au détriment de l’alimentation. Le bilan écologique du procédé est lui-même fortement remis en cause puisque l’on estime qu’il faut 1,2 litres de pétrole pour produire 1 litre de biodiesel, ce que reconnaissent d’ailleurs les acteurs de la filière qui cherchent actuellement d’autres voies pour la production de biocarburant, en particulier en valorisant les déchets verts voire l’exploitation de microalgues.

Mais c’est surtout le coût pour le contribuable français qui fait l’objet de vives critiques. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2012 estimait ainsi que l’exonération fiscale dont bénéficient les producteurs de biodiesel a coûté à l’État plus de 1,8 milliards d’euros entre 2005 et 2010. Sur la même période, les investissement productifs de la filière avoisinent les 500 millions d’euros… Les contribuables français ont donc payé près de quatre fois les investissements des entreprises comme Sofiprotéol-Avril qui a ainsi bénéficié à elle seule de 50 millions d’euros d’exonération fiscale pour l’année 2013 ! Cela n’a pas empêché le gouvernement Ayrault de renouveler fin 2012 pour trois ans les agréments qui permettent aux producteurs d’agrocarburants de bénéficier de cette défiscalisation massive.

Comme le souligne un article très documenté du Monde, il a fallu attendre le 1er avril 2016 pour que le gouvernement décide enfin de supprimer cette niche fiscale, tout en publiant quelques mois plus tard un arrêté ouvrant la voie à une requalification du biodiesel pour le faire bénéficier de la défiscalisation réservée aux biocarburants dits « avancés »…

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

Assurément, le travail de lobbying dans lequel excelle Xavier Beulin s’avère payant, bien davantage en tout cas que celui de simple exploitant agricole qui lui sert de paravent syndical. Car l’enquête de Médiapart au siège de sa société agricole réserve bien des surprises. Sur les 25 ha achetés en 2009 par le président de la FNSEA qui est sensé y exploiter l’EARL Quadrige, fondée la même année avec son frère et deux cousins, on ne trouve q’une grange avec la boîte aux lettres de la société. Xavier Beulin lui-même, bien qu’officiellement exploitant, n’y met jamais les pieds. Il réside habituellement dans une luxueuse résidence du très chic 8 ème arrondissement de Paris, à deux pas des bureaux de sa société Sofiproteol-Avril. S’il a pu néanmoins conserver son statut d’associé exploitant dans le Loiret, c’est surtout en profitant de sa fonction de vice-président de la FDSEA locale et un peu en arguant qu’il possède sa résidence principale (en réalité une ville avec piscine située dans un quartier résidentiel d’Orléans) à une distance raisonnable…

Que le monde agricole en tout cas se rassure : la crise du foncier à laquelle elle est soumise ne touche pas trop son porte-parole. Propriétaire également d’un immeuble de rapport en plein centre d’Orléans et d’une résidence de vacances dans un quartier huppé près de Tunis, Xaver Beulin semble vivre assez bien de ses 25 ha de terre caillouteuse… Il possède même des parts dans une société civile immobilière gérée par son épouse, ce qui lui permet de toucher de l’ordre de 200 000 € par an de la part du Carrefour Market d’Ingré qui y est implanté, histoire sans doute de fluidifier les relations entre la profession agricole et la Grande distribution.

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Quant à sa société Avril, elle fait l’objet actuellement d’une pétition contre son projet d’implanter à Bruz, près de Rennes, un centre de formation sur des terres agricoles, dans une commune où les trois-quart des exploitations ont déjà disparu en 30 ans. Alors qu’un reportage de Franck Vescovacci, diffusé sur France 5, le 6 décembre dernier, rappelle qu’en France 60 000 ha de terres agricoles sont transformées chaque année en hypermarchés, lotissements, stades de football, immeubles de bureaux ou parking, alors que des associations comme Terre de Liens se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder en périphérie des centres urbains des terres encore exploitables, alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, il serait peut-être temps que les agriculteurs se ressaisissent et se donnent enfin un porte-parole qui défende réellement l’avenir de la profession et non pas celui de sa propre société industrielle…

L.V.  lutinvert1small

Le référendum, moyen d’expression démocratique pertinent ?

8 novembre 2016

On entend beaucoup en ce moment les candidats à la Présidence de la République évoquer la notion de référendum, mais est-ce bien un moyen d’expression démocratique pertinent ?

blog355_phreferendumD’abord, qu’est-ce que le référendum ?

Le référendum est une procédure de vote permettant de consulter directement les électeurs sur une question ou un texte, qui ne sera adopté qu’en cas de réponse positive.

Comme le rappelle le site officiel Vie Publique, la Constitution prévoit quatre cas de référendum :

  • pour l’adoption d’un projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent (art. 11 de la Constitution) ;
  • pour l’adoption d’un projet de loi tendant à autoriser la ratification d’un traité (art. 11) ;
  • pour réviser la Constitution (art. 89). Toutefois, aucune révision constitutionnelle, même approuvée par référendum, ne peut porter sur « la forme républicaine du gouvernement » au niveau local,
  • pour soumettre à la décision des électeurs d’une collectivité territoriale, un projet d’acte relevant de sa compétence (art. 72-1).

A quoi sert un référendum ?

Le référendum est, avant tout, un instrument de « démocratie directe » car il permet au peuple d’intervenir directement dans la conduite de certains domaines de la politique nationale ou locale. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs proposent de recourir davantage au référendum, notamment pour faire évoluer certains secteurs de la vie sociale difficiles à réformer.

Montage publié sur http://www.tropicalboy.fr/ (l'authenticité du propos reste à vérifier...)

Montage publié sur http://www.tropicalboy.fr/ (l’authenticité du propos reste à vérifier…)

C’est ainsi que Nicolas Sarkozy, candidat aux primaires de la droite et du centre, s’il est élu à l’élection présidentielle, projette de soumettre aux Français deux sujets : l’internement des « fichés S » jugés dangereux et la suspension du droit « automatique » au regroupement familial.

Pour l’ensemble des candidats aux mêmes primaires, ce sont plus de treize questions qui sont envisagées. Mais toutes ne semblent pas relever du champ constitutionnel d’exercice de ce mode d’interrogation avec pour conséquence l’absence de certitude sur ce qu’il adviendrait de la procédure. Cela concerne les deux propositions ci-dessus, ou encore « réformer l’organisation des territoires en rapprochant les régions et les départements »….

Dans le cadre de nouvelle Loi Travail, le texte prévoit la mise en place de référendum d’entreprises. Ces derniers seraient initiés par des syndicats représentants moins de 30 % des salariés. Pour qu’il soit validé, le référendum doit être approuvé par plus de 50 % des suffrages exprimés par les salariés. Les syndicats majoritaires ne pourront s’opposer au résultat.

Est-ce que le référendum est un instrument pertinent ?

Pour amorcer une réponse à cette question, nous pouvons déjà nous appuyer sur le référendum du 27 avril 1969 par lequel le président de Gaulle a soumis au peuple « la création de Régions et la réforme du Sénat avec fusion avec le Conseil économique et social ».

Affiche de campagne pour le référendum de 1969

Affiche de campagne pour le référendum de 1969

Les Français ont répondu à 52,41 % des suffrages exprimés NON et comme le président avait mis en jeu son maintien au pouvoir, il a ensuite démissionné le 28 avril 1969. En réalité, les Français ont répondu à une question qui n’était pas posée et ont voté contre le Général de Gaulle !

blog355_phtraite-de-lisbonnePlus près de nous, concernant le référendum de 2005 relatif à la Constitution européenne, les Français ont répondu NON à 54,67 % des suffrages exprimés car ils déjugeaient son volet social, mais c’est ensuite par un vote au Parlement que la France a ratifié le traité européen.

Dernièrement, en Grande-Bretagne, le vote relatif à sa sortie de l’Union Européenne a obtenu un vote positif à avec plus de 52 % de OUI, avec les conséquences que l’on connaît dont la démission du Premier ministre Cameron.

Nous pouvons aussi évoquer le référendum portant sur la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes près de Nantes dont le résultat favorable reste contesté.

Quels enseignements peut-on en tirer ?

Le contexte dans lequel les électeurs, quel que soit le niveau auquel se situe la consultation, joue un rôle majeur : besoin de renouvellement politique en 1969, cadre social insuffisant en 2005, repli identitaire et rejet de l’immigration en Grande-Bretagne en 2016, difficultés dans l’entreprise…

La question posée doit être sans ambiguïté et porter sur un sujet constitutionnellement compatible.

Jean-Marc Sauvé, premier vice-président du Conseil d’État

Jean-Marc Sauvé, premier vice-président du Conseil d’État

Pour conclure, on peut se référer à l’Intervention de Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, lors du colloque organisé par la Société de législation comparée le 4 novembre 2011 sur le thème : « théorie et pratiques du référendum ».

« Le bon gouvernement de la cité impose de savoir conjuguer les atouts et prévenir les inconvénients des différents modes de démocratie existants, direct et indirect. Tout gouvernement doit prendre appui sur deux piliers. Le premier est celui de l’adhésion populaire aux grands choix structurant la vie collective, adhésion qui peut s’exprimer par la voie du référendum et qui remplit une fonction d’authentification et d’approbation de ces choix, indispensable en démocratie. Le second remplit une fonction plus stratégique d’anticipation, de projection dans l’avenir et, parfois même, de rupture avec l’opinion plus ou moins exprimée du plus grand nombre. Une telle prise de risque relève d’une éthique de responsabilité qui est la marque des grandes démocraties. »

MM

José Manuel Barroso, le traître de l’Europe

25 août 2016

Quelques semaines seulement après le référendum qui a vu les Britanniques décider majoritairement de quitter l’Union européenne, voici que cette dernière subit une nouvelle claque ! L’ancien président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Barroso, a en effet annoncé le 8 juillet dernier qu’il rejoignait désormais les rangs de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, comme directeur de ses activités internationales, basé justement à Londres.

Dessin de Gros publié dans Marianne (juillet 2016)

Dessin publié dans Marianne (juillet 2016)

Celui qui fut pendant 10 ans, jusqu’à son remplacement en 2014 par le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, le principal dirigeant de l’Union européenne, est donc recruté, pour son carnet d’adresses et sa parfaite connaissance des rouages bruxellois, par la grande banque américaine pour négocier le maintien des conditions avantageuses de son implantation dans la City londonienne malgré le Brexit. L’avenir des établissements bancaires basés à Londres dépend en effet étroitement du maintien de leur « passeport européen » qui leur permet d’offrir leurs services au sein de l’ensemble du marché intérieur européen.

José Manuel Barroso (photo J. N. Larsen /SCANPIX)

José Manuel Barroso (photo J. N. Larsen /SCANPIX)

Pour de telles négociations avec les fonctionnaires européens qu’il a lui-même nommés, José Manuel Barroso est assurément bien placé et d’ailleurs il ne s’en cache pas : « Evidemment, je connais bien l’UE et relativement bien aussi l’environnement britannique. Si mes conseils peuvent être utiles dans de pareilles circonstances, je suis prêt à aider ». Tant d’altruisme désintéressé force l’admiration…

Certes, la banque Goldman Sachs ne s’est guère distinguée jusque là par son haut niveau d’éthique. C’est même l’un des principaux acteurs de la crise des subprimes, qui avait engrangé en 2007 plus de 10 milliards de dollars de profits, sur le dos de clients floués à qui avaient été vendus des crédits immobiliers convertis en produits financiers toxiques. La banque a largement contribué au déclenchement de la crise financière mondiale et à ses conséquences économiques dévastatrices sur plusieurs économies européennes, dont le Portugal, dirigé justement par le même Barroso qui fut premier ministre de ce pays de 2002 à 2004. Goldman Sachs a d’ailleurs été contrainte de payer une amende de 5 milliards de dollars pour que la Justice américaine accepte de renoncer aux poursuites engagées à son égard dans cette affaire. En revanche, la banque n’a jamais été inquiétée pour les tripatouillages financiers qu’elle avait réalisés pour le compte de l’État grec au début des années 2000, pour aider le gouvernement alors en place à masquer son déficit budgétaire et entrer dans l’Euro…

Blog336_PhBarroso

Mais rien de tout cela ne semble toucher le moins du monde le sieur Barroso qui ne voit guère que son intérêt personnel et s’en félicite : « Après avoir passé plus de 30 ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale ». Il n’est d’ailleurs pas le premier à faire ainsi des allers-retours avec la banque d’affaires américaine qui a compté aussi parmi ses salariés Mario Monti, ancien banquier central et premier ministre italien, mais aussi Mario Draghi, actuel président de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, ex- banquier central et premier ministre grec, ou encore Donald Sutherland, ancien commissaire européen.

Les portes entre la Commission européenne et le monde des affaires sont de manière générale grandes ouvertes comme l’ont montré aussi le parcours de l’ancienne commissaire européenne à la concurrence Neellie Kroes, désormais conseillère de la société Uber, ou celui de l’ex commissaire au commerce extérieur Karel De Gucht, par ailleurs accusé de fraude fiscale et actuellement salarié d’Arcelor Mittal.

L'ancien commissaire européen Karel de Gucht

L’ancien commissaire européen Karel de Gucht

Certes, il existe des règles pour éviter les risques de conflits d’intérêt dans les 18 mois qui suivent la fin de poste au sein de la Commission européenne. Mais ces règles paraissent bien légères puisque sur 117 demandes de collaboration reçues par la Commission actuelle de la part d’anciens collaborateurs, aucune n’a été refusée !

Le brave José Manuel Barroso, quant à lui, n’a même rien eu à demander puisqu’il n’était plus en poste depuis près de 2 ans. Sa situation n’était pas pour autant précaire puisqu’il percevait plus de 200 000 € annuel grâce au cumul de pas moins de 22 fonctions, toutes obtenues grâce à ses éminentes responsabilités antérieures. Pour autant, son passage chez Goldman Sachs ne va certes pas améliorer la considération que portent les citoyens européens dans leurs représentants politiques. De ce point de vue, son image dans l’opinion publique était déjà déplorable. On se souvient du rôle méprisable qu’il avait joué en mars 2003 en organisant avec Georges Bush et Tony Blair le sommet des Açores destiné à donner le feu vert de l’invasion en Irak. Mais il restera surtout de cet ancien maoïste converti au néolibéralisme poussé à l’outrance, son travail incessant de sape du service public, lui le chantre de l’austérité budgétaire et de la mondialisation heureuse, le promoteur du traité transatlantique de libre-échange, pourtant promu Grand officier de la Légion d’honneur en 2014 par François Hollande en personne…

Barroso décoré de la Légion d'honneur par François Hollande en juillet 2014

Barroso décoré de la Légion d’honneur par François Hollande en juillet 2014

L’avenir bancaire de l’ex président de la Commission européenne sera sans doute très profitable, sinon pour le bien public et l’image des institutions européennes, du moins pour sa carrière personnelle et les dividendes de la grande banque d’affaires américaines. L’épisode n’en est pas moins révélateur des dérives profondes d’un système de collusion entre affairisme mondial et institutions politiques européennes. Le secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Fekl, ne s’y est pas trompé, lui qui a tweetté sitôt ce pantouflage rendu public : « Desservir les citoyens, se servir chez Goldman Sachs : Barroso, représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer ». Un sacré défi en perspective…

L.V. LutinVert1Small

Le FMI s’inquiète des excès du néolibéralisme

4 août 2016

On aura finalement tout vu : après avoir été pendant des années le champion des politiques néolibérales, imposant à tour de bras des crues d’austérité et de privatisation via ses fameux plans d’ajustement structurel, voila que le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète désormais des risques induits sur les économies occidentales par ces mêmes politiques néolibérales, alors même que la plupart des dirigeants européens, y compris ceux issus des rangs du Parti socialiste français, s’appliquent à mettre en œuvre de telles politiques malgré leurs effets catastrophiques ! Une analyse intéressante du journaliste économique et financier Emmanuel Lévy, intitulée Le libéralisme à bout de souffle, publiée dans Marianne le 3 juin 2016 et reproduite ici in extenso.

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

« Dans cette période de crise, le gouvernement est le problème ». On considère souvent la phrase choc du discours d’investiture à la Maison-Blanche de Ronald Reagan prononcé en janvier 1981 comme le coup d’envoi de la contre-révolution libérale. Épuisé par la stagnation des années 70, faible croissance et forte inflation, le modèle keynésien de l’Etat-providence montrait d’évidentes faiblesses, et notamment, marqueur parmi les marqueurs, celle de la baisse de la productivité, gage de croissance.

Trente-cinq ans plus tard, ce cycle s’inverse : outre la multiplication des crises et la hausse des inégalités, le néolibéralisme doit à son tour assumer le recul de la productivité aux Etats-Unis, signe manifeste de son essoufflement.

Blog329_DessinPlantu

Une récente étude du FMI vient d’enfoncer le clou. Intitulée « Néolibéralisme : survendu ? », elle confirme le revirement académique entamé à la fin des années 2000, plus sensible de l’autre côté de l’Atlantique qu’en Europe. Car le FMI fut le fer de lance de la politique néolibérale, inspirée par les économistes monétaristes, avec à leur tête Milton Friedman. Connue sous le sobriquet de « consensus de Washington » (siège du FMI), la potion à administrer alors était simple et universelle : excédents budgétaires, démantèlement des politiques sociales, privatisations et ouvertures à la concurrence, liberté de circulation des capitaux.

Blog329_DessinBourse

Ce sont ces mêmes points qui sont taillés en pièces par l’étude. L’ouverture et la libre circulation des capitaux ? Il existe une forte probabilité pour que cela « s’achève par unecrise financière laquelle, souvent, débouche sur une baisse de la production ». Réduire la dette ? Oui, répondent les auteurs, mais ils insistent sur le risque de récession des politiques d’austérité.

Confirmant les analyses d’Olivier Blanchard, ex-chef économiste de l’institution, les chercheurs du FMI notent que « les périodes de consolidation budgétaire débouchent en moyenne davantage sur un recul plutôt que sur une hausse de la croissance », et, calculent-ils, 1 % du PIB de réduction budgétaire « induit une hausse de 1,5 % du chômage de long terme ».

Blog329_DessinGrece

Dans le cas grec, le FMI semble bien décidé à appliquer ce que ses économistes prônent. Alors que les  institutions européennes, BCE et Commission main dans la main, appliquent mordicus la potion magique des années 80, le FMI milite, lui, pour la fin de l’austérité, l’annulation d’une partie de la dette, etc.

Dommage qu’en France nos politiques demeurent eux aussi confits dans une idéologie des années 80. La folie, expliquait Albert Einstein, c’est de « recommencer la même chose et en attendre des résultats différents ».

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

Blog327_PhBuldozer

Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

Brexit : un passager clandestin de l’Europe saute à la mer…

25 juin 2016

L’événement aura marqué profondément les esprits en pleine confrontation sportive de l’Euro 2016 : le Royaume-Uni vient de décider à une large majorité de près de 52 % de quitter l’Union européenne. C’est une grande première depuis les tout débuts de la construction européenne et son élargissement tous azimuths, le début de la fin pour le radeau européen qui tangue de plus en plus fort ?Blog316_PhRadeau

Il faut reconnaître que, depuis des décennies, les rapports entre le Royaume-Uni et les autres pays de l’Union européenne ne sont pas si simples, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron avait traité le royaume britannique de « passager clandestin de l’Europe », quelques jours seulement avant la tenue du référendum. Déjà au début des années 1950, lorsqu’il avait été question de créer la Communauté économique du charbon et de l’acier, amorce de la construction européenne, les Britanniques ont refusé d’y participer et ont aussitôt lancé leur projet concurrent de zone de libre échange, l’AELE, avec 6 autres pays dont la Suisse et la Norvège qui n’ont toujours pas rejoint l’Union européenne à ce jour.

Margaret Thatcher

Margaret Thatcher

Après l’échec de cette construction opportuniste et sans lendemain, c’est Charles de Gaulle qui par deux fois, en 1961 et 1967, a mis son véto à l’entrée du Royaume-Uni dans CEE. Il a donc fallu attendre 1973 pour que ce pays intègre enfin la construction européenne mais avec la ferme volonté d’y servir d’abord ses propres intérêts comme l’exprima crûment Margaret Thatcher en 1979 avec son célèbre « I want my money back ».

On a connu position plus altruiste… Mais les Britanniques finiront par obtenir gain de cause en 1984, obtenant des arrangements pour contribuer de manière allégée au budget de la Politique agricole commune. Depuis le début de la construction européenne, il semble en fait que le Royaume Uni ait toujours eu pour principale préoccupation de vouloir empêcher cette construction de se développer et ait pour cela longtemps hésité entre la détruire de l’intérieur ou de l’extérieur. Depuis que ce pays a mis le pied dans l’édifice, il a donc tout fait pour essayer d’en contourner les règles et d’affaiblir autant que possible toute construction sociale ou politique de cet espace communautaire.

Pour cela, il a constamment cherché à négocier des dérogations, sous forme d’opting out, qui sont des dispenses de participation à l’espace Schengen, à l’espace de liberté, de sécurité et de justice, à la charte des droits fondamentaux et surtout à la zone euro. A chaque fois, les Britanniques ont tenté d’imposer leur point de vue ultralibéral et, quant ils n’y ont pas pleinement réussi, ils ont négocié une dérogation pour ne pas être soumis aux règles communes…

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

Dans ces conditions, le résultat du référendum du 23 juin est assez logique même s’il constitue un véritable camouflet pour celui qui l’avait organisé, le premier ministre David Cameron. Ce dernier avait voulu surfer sur les sentiments europhobes de son électorat conservateur en tapant du poing sur la table à Bruxelles pour négocier des conditions encore plus avantageuses pour son pays. Mais il ne pensait pas que la plaisanterie irait aussi loin et se retrouve désormais obligé d’annoncer sa propre démission à la suite d’un tel résultat. A force de critiquer l’Europe, il a fini par convaincre son propre électorat de la nécessité d’en sortir, au grand regret des milieux d’affaire londoniens qui, eux, avaient bien compris tout l’intérêt de se maintenir dans l’Union européenne…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Dans cette affaire, les caricatures n’ont pas manqué de part et d’autre. L’ancien maire de Londres, l’opportuniste Boris Johnson, s’y est distingué en se moquant allègrement de « ces eurocrates qui nous gouvernent et qui nous pourrissent la vie », les accusant de se concentrer sur la normalisation de la courbure des bananes plus que sur les priorités du peuple britannique. La campagne a avivé les pires sentiments xénophobes et nationalistes, culminant avec l’assassinat en pleine rue de la député travailliste Jo Cox une semaine avant le scrutin. Elle a aussi mis en évidence les contradictions du camp conservateur au point que pas moins du tiers des membres du gouvernement ont fait campagne pour le Brexit, à l’inverse du chef du gouvernement…

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l'UE (© Getty)

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l’UE (© Getty)

Les travaillistes eux-mêmes, pourtant traditionnellement pro-européens, se sont montrés assez partagés dans cette campagne. Leur nouveau leader, Jeremy Corbyn, a timidement prôné le maintien dans l’Union européenne dont il critique pourtant à longueur de temps les dérives néolibérales, reconnaissant que la situation serait encore bien pire si le Royaume-Uni était livré à lui-même et à ses propres démons, mais laissant à Tony Blair ou au nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, le soin de porter le discours anti Brexit.

Bien malin qui pourrait dire désormais quelles vont être les conséquences de ce vote. Les plus immédiates se sont traduites par un net fléchissement des marchés boursiers, celui de la City ayant paradoxalement moins réagi car les transactions qui y sont opérées touchent finalement assez peu le marché européen lui-même. La livre devrait voir son cours baisser par rapport à celui de l’euro et la Banque centrale d’Angleterre a déjà annoncé son intention d’injecter pas moins de 326 milliards d’euros pour en stabiliser le cours : la note est pour le moins salée !

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

En Ecosse, qui a voté à 62 % pour le maintien dans l’Union européenne, les conséquences risquent d’être un peu rudes, même s’il est trop tôt pour savoir si cela pourrait accélérer une nouvelle velléité d’indépendance après le référendum perdu de 2014. Gibraltar, qui a voté à 95 % contre le Brexit, pourrait aussi remettre sur le tapis la question de son éventuel rapprochement avec l’Espagne, tandis que l’Irlande pourrait voir une nouvelle frontière physique s’établir entre le Nord et le Sud, ce qui constituerait un formidable retour en arrière pour ce pays encore meurtri par des décennies de guerre civile…

Une véritable onde de choc donc que ce référendum, d’autant que chacun perçoit bien que, s’il avait eu lieu dans les mêmes termes, dans un autre pays européen dont la France, le résultat n’aurait peut-être pas été très différent…

L.V.  LutinVert1Small

Le coup de gueule de la citoyenne Nicole Ferroni

6 mai 2016

Ceux qui écoutent la matinale de France Inter ont déjà entendu cette voix gouailleuse et inimitable, au débit de mitraillette, qui s’exprime pendant quelques minutes le mercredi juste avant le journal de 9 h, celle de Nicole Ferroni dont les billets d’humeur, toujours bien tournés, sont généralement assez décapants.

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Fille de prof et elle-même agrégée, Nicole Ferroni a enseigné les sciences de la Vie et de la Terre à Luynes, Pertuis mais aussi dans les quartiers nord de Marseille avant de démissionner avec pertes et fracas de l’Education nationale en 2011, complètement écoeurée par les dérives au quotidien de l’institution. « Cette année, je ne manifeste pas, je démissionne », écrit-t-elle alors dans une lettre ouverte qui lui vaudra un portrait dans le Monde : « Je dois beaucoup à Sarkozy ! S’il n’avait pas supprimé des postes, dont le mien, je n’aurais peut-être pas imaginé une telle reconversion ».

Blo298_PhAfficheCette reconversion en question n’est pas banale puisque l’agrégée est devenue humoriste ! Elle pratiquait déjà le théâtre en amateur avec un certain succès et avait monté son propre one-woman-show, intitulé « l’oeuf, la poule ou Nicole ? » qu’elle a joué pour la première fois à Marseille fin 2010. Une reconversion parfaitement réussie donc pour cette jeune Aubagnaise qui participe avec succès à partir de février 2011 à l’émission de Laurent Ruquier « On ne demande qu’à en rire », avant de devenir chroniqueuse dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter depuis 2013 tout en montant ses propres spectacles humoristiques.

Certains de ses billets d’humeur resteront dans les annales comme celui du 16 décembre 2015 dans lequel elle faisait allusion, face au PDG de Véolia Antoine Frérot, aux pratiques de corruption qui parfois rendent les marchés de distribution d’eau un peu troubles : « Vous faites l’un des plus beaux métiers du monde : amener de l’eau. Et cette eau doit servir à arroser les plantes et moins les élus et les actionnaires car les actionnaires, ça ne pousse pas. Ou quand ça pousse, ça pousse le bouchon un peu trop loin ».

Le 14 avril dernier, Nicole Ferroni a posté sur sa page Facebook une courte vidéo de 2 mn 30, enregistrée dans son jardin, dans laquelle elle dénonçait une directive européenne en cours d’adoption et visant à réformer le droit des affaires. Un sujet on ne peu plus austère et a priori pas du genre à mobiliser les foules. Et pourtant, la vidéo en question, a été visionnée plus de 12 millions de fois en quelques jours, au point d’inspirer la rédaction d’un article du Monde afin d’expliquer les causes d’un tel succès…

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Il faut dire que le Parlement européen avait fait très fort en prévoyant d’adopter une directive destinée à renforcer encore le secret des entreprises quelques jours seulement après les révélations de l’affaire des Panama papers sur la création de comptes off shore dans un paradis fiscal… De nombreux lanceurs d’alerte avaient d’ailleurs mis en garde contre une telle décision totalement incongrue. La journaliste Elise Lucet, rédactrice en chef du magazine « Cash Investigation » avait lancé dès 2015 une pétition qui avait recueilli plus de 500 000 signatures de citoyens jugeant l’initiative dangereuse pour la démocratie car rendant de fait impossible le travail des journalistes enquêtant sur les pratiques illicites des multinationales.

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

C’est d’ailleurs ce qui a fait réagir Nicole Ferroni qui est tombée de sa chaise en écoutant les arguments surréalistes des eurodéputées Constance Le Grip et Virginie Rosière qui défendent la directive au prétexte que cela répondrait à une demande des PME. « C’est cela qui m’a le plus choquée parce que c’était hypocrite et démagogique. J’ai pas mal de proches qui sont des petits entrepreneurs et leur souci principal, ce n’est pas le secret des affaires ».

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

On se doute bien en effet que l’objectif d’une telle décision répond plutôt aux souhaits des multinationales et des actionnaires privés qui veulent pouvoir échapper tranquillement aux prélèvements fiscaux et faire leurs petites affaires tranquillement à l’abri de la curiosité malsaine du grand public. Pour vivre heureux, vivons cachés, telle est la devise des grands patrons qui redoutent avant tout d’avoir à s’expliquer au grand jour sur leurs pratiques managériales, leur stratégie commerciale ou leur niveau de rémunération…

Officiellement, le but de ce texte est en réalité de protéger les entreprises européennes contre l’espionnage industriel, ce qui part d’un bon sentiment, mais le texte est rédigé de telle sorte que des journalistes ou des asociations voulant alerter contre certaines dérives affairistes se trouveront du coup empêchés de le faire du fait de ce texte qui érige en dogme le secret des affaires. A l’heure où le secret bancaire commence enfin à se fissurer sous les coups de boutoirs portés par l’administration américaine, voila un bien mauvais signal de la part des instances européennes…

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Bien évidemment, les 12 millions de personnes qui ont visionné la vidéo de Nicole Ferroni n’ont pas spécialement ému nos eurodéputés qui ont voté le 14 avril la directive européenne à une très large majorité de 77 %. Et qu’on ne vienne pas dire que les Français ont fait de la résistance par rapport à leurs collègues européens ultralibéraux puisque les eurodéputés français, malgré les absents habituels, ont voté ce texte à 81%! Le détail de ce vote, analysé dans un article du Monde, montre que seuls les Verts et le Front de Gauche se sont opposés à ce texte, trois députés socialistes s’étant par ailleurs abstenus. Tous les autres, Renaud Muselier et le Front national en tête, ont voté comme un seul homme en faveur de ce renforcement de l’opacité dans le domaine économique.

Le résultat du vote...

Le résultat du vote…

« Mon boulot de chroniqueuse ne permet pas de changer les choses, mais de dire aux politiques qu’on n’est pas dupe, qu’on sait, qu’on les voit », considère Nicole Ferroni qui a tenu à diffuser sur sa page Facebook le détail du vote de nos représentants à Strasbourg. « Je suis un peu une alerteuse, je pointe du doigt ». Mission accomplie et de belle manière, même si ce genre de sursaut citoyen ne semble guère émouvoir nos représentants parlementaires ! Comme le rappelait le regretté Coluche, « Ca fait beaucoup marrer les gens de voir qu’on peut se moquer de la politique, alors que dans l’ensemble, c’est surtout la politique qui se moque de nous » .

L.V.  LutinVertPetit

Jeux financiers : la transparence fiscale à la trappe !

18 février 2016
Jérôme Kerviel en marche entre Rome et Paris en mars 2014 (photo G. Bouys /AFP)

Jérôme Kerviel en marche entre Rome et Paris en mars 2014 (photo G. Bouys /AFP)

Une information judiciaire pour «faux, usage de faux, et escroquerie au jugement» a été ouverte à la suite de plaintes de l’ex-trader Jérôme Kerviel contre son ancien employeur, la Société générale. Depuis que Jérôme Kerviel a arpenté la France afin de «dénoncer la tyrannie des marchés financiers» avec l’espoir que marcher peut faire changer les consciences, le feuilleton à rebondissements montre encore et toujours le bout de son nez dans l’actualité médiatique. Pendant ce temps, les mêmes médias ignorent assez largement une autre question étroitement liée : la transparence fiscale.

On commence à bien connaître le rôle des paradis fiscaux aujourd’hui. L’or des dictateurs, l’argent du crime, l’évasion fiscale y trouvent refuge. Ils menacent la stabilité financière, la redistribution et la démocratie. Que font nos gouvernants face à cette situation où l’opacité est reine et qui est une source d’inégalité face à l’impôt et de pauvreté dans les pays en difficulté ? L’évasion fiscale peut-elle se régler au niveau national ?

L’enfer des paradis fiscaux

En offrant l’opacité juridique et financière aux acteurs financiers peu scrupuleux, les paradis fiscaux ont un rôle particulièrement nocif sur les sociétés et leur développement. Leur existence développe évidemment les velléités de contournement de l’impôt par la fraude et l’évasion fiscale. Elle sape ainsi la discipline fondamentale de sociétés civilisés où chacun contribue au financement des politiques publiques et d’intérêt général. Les capacités de régulation et de redistribution des États sont ainsi fragilisées, alors que le pauvre doit supporter une part supplémentaire du poids de l’impôt.

Et lorsque l’on se penche sur ces conséquences dans les États les plus vulnérables, alors on observe une véritable hémorragie fiscale qui constitue un obstacle majeur au développement des pays pauvres. L’impact de l’opacité financière a des répercussions plus globales au niveau économique puisqu’elle contribue au développement de comportements irresponsables dans le secteur financier et favorise l’instabilité financière. Son rôle catalyseur dans l’explosion de la crise financière de 2008 en offre une malheureuse illustration.

Sans oublier que les territoires opaques, parfaitement taillés pour les besoins des entreprises multinationales qui veulent échapper à l’impôt, constituent également un trésor pour la criminalité internationale qui vient y blanchir son argent sale. De même que les individus corrompus du monde peuvent y dissimuler tranquillement leurs pots de vin…

Blog277_PhLivreFraudeurs, repentis… Régularisez-vous !

Le livre « Les Paradis fiscaux » de Christian Chavagneux publié en 2006, puis réédité en 2007 et en poche en 2012 a encore et toujours de beaux jours devant lui. A cet égard, l’auteur ironise : « écrire un livre sur les paradis fiscaux présente un avantage : on est toujours dans l’actualité !»

Pourtant, l’administration fiscale attend que les fraudeurs se signalent spontanément. Début décembre 2013, Bercy affirmait avoir reçu plus de 8.500 demandes de régularisation en 3 mois. Une goutte d’eau là où les estimations avançaient un chiffre de 80 000 comptes de Français non déclarés, rien que pour la Suisse ! Des comptes bien protégés par de savants montages financiers ou des sociétés écrans.

Blog277_Dessin1Mais après l’affaire Cahuzac, après la publication de la circulaire Cazeneuve sur la régulation fiscale et après le vote d’une loi sur le sujet, l’atmosphère de lutte contre la fraude fiscale aura au moins permis cela : une volonté affichée de transparence. La France est-elle à l’offensive contre les paradis fiscaux et l’argent caché ? Oui, concède Eurodad, un groupe européen d’ONG : « la France donne de la voix ». Mais pour de maigres résultats, car « la mise en œuvre des mesures annoncées reste un problème de taille ». Manque de moyens, manque de soutien… La France semble bien à la peine de révolutionner le système. Pourquoi ?

Promesses et engagements ne font pas bon ménage

« Les banques françaises devront rendre publique, chaque année, la liste de toutes leurs filiales (…) pays par pays. Elles devront indiquer la nature de leurs activités. » En avril 2013, c’est par ces mots que François Hollande saluait la mise en place d’une nouvelle obligation de transparence pour les banques françaises. Le même cadre a été adopté au niveau européen, peu après. À l’époque, le président de la République faisait connaître sa volonté de voir cette disposition, « demain, étendue aux grandes entreprises ». Comme dans le cas des banques, « ces informations seront publiques et à la disposition de tous », et pas seulement à la seule discrétion de l’administration fiscale.

Blog277_PhManifCes déclarations avaient soulevé un grand espoir parmi les ONG réunies au sein de la plate-forme Paradis fiscaux et judiciaires. Elles demandent, en effet, depuis plus de dix ans la mise en place de ce type d’obligation, appelée « reporting pays par pays », afin de vérifier si les impôts payés par les entreprises correspondent à leur activité réelle.

« C’est un outil indispensable pour déterminer, au cas par cas, si l’implantation des entreprises tricolores dans les paradis fiscaux et judiciaires est une manière de servir leurs clients locaux ou de soustraire des ressources financières au Trésor public français », relève Grégoire Niaudet, chargé du plaidoyer international au Secours catholique – Caritas France. Dans ce cadre, les entreprises auraient dû divulguer leur chiffre d’affaires, leurs profits, le nombre de salariés et les impôts payés par chaque filiale. Grâce à ces données, les fonctionnaires de Bercy auraient pu réclamer des comptes aux firmes indélicates.

Le reporting pays par pays : une bataille à forts enjeux 

La revue Alternatives Economiques n° 312 définissait le reporting en avril 2012 : « Combien le groupe Total réalise-t-il de profits et paye-t-il d’impôts en Angola ? Cette information, aujourd’hui confidentielle, sera peut-être demain disponible. La Commission européenne propose en effet d’avancer sur le sujet du reporting pays par pays, c’est-à-dire sur l’obligation de rendre transparents les profits et les impôts payés par les multinationales européennes dans chacun des pays où elles sont implantées. Un moyen de lutter en particulier contre la corruption et l’évasion fiscale généralisée »

Pascal Canfin

Pascal Canfin

Pascal Canfin, alors député européen Europe Écologie Les Verts, y expliquait (en 2012) que « le texte de la directive correspondante, une loi européenne, est actuellement en discussion au Parlement européen. Une étape importante car ce dernier pourrait donner encore plus d’ambition à la proposition de la Commission européenne. En effet, celle-ci limite pour l’instant l’obligation de reporting pays par pays aux seuls secteurs de l’énergie, des mines et des activités forestières. Ces secteurs sont certes les plus exposés aux pratiques de corruption et de détournement. Mais, ne serait-ce qu’au nom de l’égalité de traitement, toutes les multinationales qui travaillent dans les pays en développement devraient être soumises à cette même transparence, quelle que soit leur activité. Ne serait-il pas ainsi intéressant de connaître de manière détaillée la rentabilité des activités portuaires du groupe Bolloré en Afrique ? »

Pascal Canfin poursuivait : « Par ailleurs, l’évasion fiscale, deuxième cible après la corruption du reporting pays par pays, est loin d’être réservée aux seuls secteurs liés à l’exploitation des ressources naturelles. La libéralisation des flux financiers permet des stratégies d’évitement qui sapent les recettes fiscales des pays développés, mais aussi et surtout des pays en développement. Le montant qui échappe à l’impôt dans ces pays en raison de l’évasion fiscale est évalué à dix fois le montant de l’aide publique au développement versée par tous les pays riches. Le combat qui se mène actuellement en Europe pourBlog277_PhUE imposer la transparence fiscale est donc capital. Je m’emploie à réunir au Parlement européen une majorité pour généraliser le reporting pays par pays à toutes les sociétés multinationales ayant leur siège en Europe. Le vote au Parlement est prévu en juillet 2012. La législation sera ensuite négociée avec les représentants des États membres au Conseil de l’Union pour une entrée en vigueur en 2014. Pour ne pas laisser passer cette opportunité de gagner un combat mené par les ONG depuis plus d’une décennie, il est indispensable cependant que la société civile se mobilise pleinement. C’est maintenant que l’affaire se joue. Et les multinationales, qui accroissent les pressions sur les États et les parlementaires, l’ont bien compris ».

Douche froide

Depuis, l’enthousiasme est retombé chez les ONG alors qu’un sérieux coup de canif a été porté à la promesse présidentielle, fin 2015. Les députés débattent alors du projet de loi de finances rectificatif. Celui-ci comporte bien une disposition qui instaure le « reporting pays par pays », mais seulement pour les entreprises au chiffre d’affaires supérieur à 40 millions d’euros ou employant plus de 250 salariés. Surtout – véritable chiffon rouge pour les ONG -, l’obligation n’est valable qu’auprès de l’administration fiscale, pas du grand public.

Devant tant de timidité, une poignée de députés socialistes et écologistes réagissent, avec le soutien du Front de gauche. Ainsi Pascal Cherki, Éric Alauzet, Dominique Potier ou Yann Galut font adopter, le 4 décembre, un amendement sur l’obligation de rendre publiques les données pays par pays.

Photo L. Bonaventure / AFP

Photo L. Bonaventure / AFP

Le texte part ensuite au Sénat, qui le rejette. De retour à l’Assemblée pour une seconde lecture, le 15 décembre, il est de nouveau adopté par 28 députés qui l’emportent dans l’hémicycle face à 24 opposants. Mais, c’est sans compter avec Christian Eckert, le secrétaire d’État au Budget. Ce dernier réclame tout de suite une suspension de séance, le temps de rappeler quelques députés absents et de prendre langue avec d’autres. À sa demande, l’Assemblée examine donc un nouvel amendement annulant l’obligation de rendre public les résultats du « reporting pays par pays ». À 1h30 du matin, 25 députés suivent alors la volonté du gouvernement, avec quatre voix de majorité.

Opacité maintenue

Pour le secrétaire d’État au Budget, les entreprises françaises ne doivent pas être les seules à lever le voile sur leur activité. « Le gouvernement n’a pas souhaité s’engager dans cette voie, car cela aurait créé des inégalités entre nos entreprises et leurs concurrentes européennes et des contraintes supplémentaires, qui jouent négativement sur l’attractivité de la France au moment où l’emploi est une préoccupation majeure », s’est-il justifié (Les Échos, du 17 décembre 2015).

L’argument de la compétitivité hexagonale laisse cependant de marbre Lucie Watrinet, chargée de plaidoyer au CCFD – Terre solidaire : « Ce coup de force de l’exécutif ralentit dangereusement la lutte contre l’évasion fiscale. C’est d’autant plus triste qu’en 2013, la France a été à la pointe dans ce domaine. » Le combat continue. La prochaine échéance est prévue pour l’été 2016. Un amendement favorable à la publication citoyenne des résultats des « reporting pays par pays » sera introduit lors de l’examen de la loi sur la transparence de la vie économique, préparée par Michel Sapin, le ministre des Finances. « Le match risque d’être serré mais, grâce à l’appui du public, nous avons constamment gagné du terrain ces dernières années », relève Lucie Watrinet.

Transparence...

Transparence…

Délibération à Bruxelles

Les ONG s’activent aussi à Bruxelles et à Strasbourg. Les eurodéputés ont voté à quatre reprises en faveur d’un « reporting pays par pays ». Les institutions européennes fonctionnant au consensus, la mesure doit encore obtenir l’aval de la Commission européenne et des États avant d’entrer en vigueur. « Pour le moment, il y a clairement un blocage de leur part. Nous avons reçu des soutiens supplémentaires de Belgique et d’Italie dans notre lutte contre une transparence réduite à un dialogue entre entreprises et administration fiscale », s’enthousiasme Manon Aubry, responsable de plaidoyer chez Oxfam France.

L’ONG vient de montrer dans un rapport récent que l’évasion fiscale était l’un des principaux moteurs de l’accroissement des inégalités. Selon ce rapport, les 62 personnes les plus riches de la planète possèdent désormais autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. L’urgence est là.

Le gouvernement veut éviter aux entreprises françaises d’avoir à divulguer les détails de l’activité de leurs filiales. Les ONG maintiennent la pression, mais le fait est là : la transparence fiscale n’est pas encore devenue réalité. Cette transparence devrait pourtant permettre au citoyen de mesurer les dysfonctionnements qui altèrent les budgets publics et d’y porter remède en éclairant ses choix politiques, mais la démocratie a encore du chemin à faire…

Squoten

Accueil des réfugiés : que faire ?

28 octobre 2015

Blog241_PhBodrumL’image du petit noyé de 3 ans dont le corps flottait sur une plage de Bodrum a réveillé la compassion du monde entier. Cette émotion immédiate, planétaire, irrépressible a suscité une manière de tsunami de solidarité. Et c’est heureux. Mais fut-il durable ? Engendra-t-il une compassion concrète et agissante ? Nous aida-t-elle à nous souvenir que des centaines d’enfants de l’âge du petit Aylan sont morts et continuent de mourir noyés ?

L’irruption de cette image révèle la fragilité du monde et interroge notre humanité. Comment dès lors affronter la crise posée par le déplacement des réfugiés et par les migrations plus généralement ? En quoi sommes-nous concernés ? Pour y répondre lucidement et efficacement il faut s’extraire de la pure compassion ainsi que des raisonnements fallacieux qui aboutissent à ignorer une réalité insupportable.

Qui a dit que ce serait facile ?

Qui a jamais pensé que l’accueil de centaines de milliers de réfugiés en Europe se ferait sans tension ni casse-tête ? Pourtant, des dizaines d’initiatives rapportées par les journaux désireux de s’en faire échos prouvent que cette tâche est réalisable. Dans de petits villages français et italiens des groupes de personnes offrent gîte et petits boulots à une poignée de migrants déboussolés. Souvent sans publicité. Temporairement, et dans l’urgence. En attendant que des structures adéquates prennent le relais ! L’Allemagne s’est surprise elle-même, inquiète et fière d’avoir été transformée en « terre promise » par des marcheurs exténués. Mais aucun des Européens qui s’engagent dans l’accueil ne prétend que la tâche est légère.

Un monde qui se cherche

La société est devenue inégalitaire, belliqueuse et irrespirable face aux crises économique, sociale, environnementale sans oublier celle qui frappe le gouvernement des hommes. L’indifférence et le relativisme imprègnent une époque de “glaciation des rapports humains”. Le manque de perspectives politiques, l’individualisme dont se nourrit l’ultralibéralisme, et les représentations de l’autre véhiculées par la sphère médiatique (dont le pouvoir d’influence s’accroît régulièrement) ont des effets dévastateurs sur la qualité du « vivre ensemble ». Cela produit des effets inquiétants : recentrage sur les problèmes du quotidien, frilosité face à l’engagement personnel, désillusion face à la captation des pouvoirs.

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Par ailleurs, il est devenu difficile d’imposer certains droits qui, autrefois, n’étaient pas problématiques. Par exemple, le droit à la mobilité, qui est une liberté fondamentale. L’enjeu en est l’égalité : la détermination d’une vie entière par le lieu de naissance est une injustice immense qui doit pouvoir être corrigée !

Réactions positives

Devant la contradiction entre la générosité immédiate qui s’impose et la prudence réfléchie qui s’impose tout autant, nous ne savons échanger qu’invectives et insultes croisées. Les uns sont désignés comme des naïfs irresponsables ; les autres, comme des peureux sans cœur ni humanité. On a entendu des maires qui s’inquiétaient à voix haute des capacités de leurs communes : ils ont parfois été traités avec mépris. Des initiatives d’associations ou de simples familles pour donner asile aux migrants sont parfois moquées. Au milieu de ces criailleries déshonorantes, il devient impossible de chercher, en toute bonne foi, un point d’équilibre « raisonnable » entre le souhaitable et le possible.

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Malgré ce « débat » caricatural et sans débouché, il faut chercher l’accueil humanitaire tout simple ailleurs, dans les actes de citoyens de base comme on l’a évoqué. La philosophie pratiquée étant celle-ci : il n’est pas question de se claquemurer, ou de renvoyer ces familles chez elles, sur la route ou vers les bombes, sans autre forme de procès. Pourquoi ? Par fraternité, mais aussi pour une autre raison encore. A ceux qui empilent craintes, angoisses et « bon sens » contre l’accueil des réfugiés, cette solidarité a déjà opposé une force terriblement efficace : l’imagination. Et la mobilisation s’étend, silencieusement. Sans doute ces européens imaginatifs pressentent-ils que notre avenir commun se joue ici. L’Europe politique serait-elle introuvable ? Non ces européens actifs, déterminés et lucides répondent présents!

Responsabilités politiques et médiatiques

Sur fond de tragédie, de morts d’enfants et de migrants noyés par milliers, nous avons pu vérifier à quel point nos démocraties étaient malades. La désunion européenne brille de mille feux. Des responsables politiques démunis se renvoient les quotas à la figure, tout en criant « sus à Daech » ! Épargnant soudain Bachar Al Assad, le premier responsable de cet exode.

Des migrants secourus par l'armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Des migrants secourus par l’armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Mais on fustige un peu facilement l’égoïsme barricadé et la division pathétique de l’Europe. Une Europe incapable de s’entendre sur une solidarité minimale à l’endroit de l’autre, poussé vers l’exode. Ces symptômes d’une « maladie démocratique » sont déjà inquiétants par eux-mêmes. Or il faut y ajouter le pouvoir ensorcelant – pour ne pas dire décérébrant – des images. Ces dernières semaines, il a atteint son maximum. Les chaînes de télévision ont diffusé en boucle des images aussi troublantes que mensongères. On y a vu des foules d’hommes, de femmes et d’enfants cherchant tragiquement une « route possible », entre la Hongrie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche. De longues colonnes de familles exténuées cheminent le long des autoroutes, dans des gares, à travers champs.

Blog241_PhFamille2Pourquoi parler d’images (involontairement) « mensongères » ? Parce qu’elles suggèrent une idée de déferlement, d’invasion incontrôlable. Elles détruisent du même coup la vérité que tentent désespérément de rappeler les commentateurs. Cette vérité « vraie », celle des chiffres, c’est que ces migrations vers l’Europe sont d’un étiage relativement modeste, rapporté à la population du Vieux Continent (autour de 1 % de cette dernière), et qu’il n’y a pas de quoi s’affoler. Disons que l’effet de sens généré par le passage en continu de ces images nourrit mécaniquement une « croyance » si inquiète qu’aucune vérité chiffrée ne pourra plus ébranler. Il s’agit bel et bien d’ensorcellement. Faut-il se consoler en songeant que cette puissance des images peut produire un ensorcellement positif ?

Entre ces vraies-fausses images d’invasion et le plan rapproché du petit noyé de Bodrum, notre conscience s’est trouvée secouée et souffletée. Nous avons été si violemment jetés d’un sentiment à l’autre, aller-retour, que notre raison en fut comme anéantie. De là vient cet étrange somnambulisme des démocraties européennes qui traversent, bras tendus et yeux mi-clos, cette tragédie.

Squoten Jeallnec

Plats cuisinés : mais d’où vient la viande ?

25 août 2015

Blog220_PhFindusSouvenons-nous du scandale des lasagnes au bœuf à base de viande de cheval : c’était en février 2013 et nous avons déjà largement oublié… Oublié en particulier que ce sont tous les grands noms de l’agro-alimentaire et de la grande distribution avec ses propres marques de distributeurs qui ont été concernés et qui ont dû retirer à la hâte leurs produits truffés de cheval de réforme d’origine roumaine : Findus, bien sûr, mais aussi Nestlé, Panzani, Thiriet, Picard, Auchan, Casino, Carrefour, Cora, Monoprix, Système U…

Un telle fraude aurait dû pourtant déclencher une réaction massive des consommateurs et des responsables politiques qui d’ailleurs à l’époque réclamaient tous en chœur une traçabilité plus rigoureuse de la viande utilisée dans les plats cuisinés. François Hollande lui-même, en visite au salon de l’agriculture, avait appelé de ses vœux la mise en place sans délai d’un étiquetage approprié.

Benoît Hamon, ancien ministre de la consommation

Benoît Hamon, ancien ministre de la consommation

Quelques mois plus tard, en juin 2013, le député socialiste Germain Peiro, très remonté sur le sujet, déposait un amendement en ce sens. Et là, surprise : Benoît Hamon, alors ministre délégué à la consommation, s’opposait à cet amendement, de peur de heurter le très libéral José-Manuel Barroso, qui en tant que président de la Commission européenne, avait légèrement froncé les sourcils… « Si le signal donné est de voter une disposition contraire aux textes européens, cela mettra le gouvernement français en difficulté » s’était ainsi justifié le ministre… Si son but était de rendre encore plus détestable l’Union européenne aux yeux des consommateurs français, il ne pouvait pas mieux dire !

En octobre 2013, alors qu’étaient inculpés d’anciens cadres de la société Spanghero, largement impliquée dans le trafic de ce fameux minerai de viande de cheval qui a servi à assaisonner une bonne partie des lasagnes européennes du moment, le gouvernement français se voit obligé de se montrer plus favorable à une nouvelle initiative parlementaire issue des rangs du sénat et visant à indiquer sur les plats cuisinés l’origine des produits carnés utilisés, mais cette initiative fera long feu…

Installations de l'ex société Spanghero (photo Rumeau)

Installations de l’ex société Spanghero (photo Rumeau)

Depuis, la société Spanghero, vendue puis mise en redressement judiciaire, a changé de raison sociale et s’appelle désormais La Lauragaise. Poursuivis pour escroquerie et trafic en bande organisée, deux anciens cadres de la société attendent toujours d’être jugés. Un trafic qui a porté quand même sur 50 000 t de viande de cheval vendue frauduleusement pour du bœuf à travers toute l’Europe (dont 800 t en France) !

Fin 2013, une nouvelle directive européenne a finalement été prise pour tenter de répondre au scandale qui venait de secouer le petit monde de l’agro-alimentaire. Cette directive, qui est entrée en vigueur à compter du 1er avril 2015, impose désormais d’indiquer le lieu d’élevage et d’abattage (mais pas de naissance) des animaux (porc, mouton et volaille) dont la viande est vendue emballée, fraîche comme surgelée, étendant en cela la pratique déjà imposée depuis 2002 pour la viande de bœuf suite à la crise de la vache folle.

Les choses progressent donc, mais rien n’est encore fait pour la viande utilisée dans les plats cuisinés. Aux yeux de la Commission européenne, obliger les industriels à indiquer l’origine de la viande qu’ils emploient serait en effet excessivement coûteux et contraignant. Les consommateurs devront donc refréner leur curiosité et se contenter d’avaler ce qui se présente sans trop se poser de questions…

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Certes, la loi consommation, adoptée en France le 17 mars 2014, prévoit, parmi un ensemble d’autres mesures, de rendre obligatoire l’indication d’origine de la viande dans les plats cuisinés, mais on attend toujours la parution du décret d’application qui la rendrait exécutoire ! Il est décidément bien difficile pour le consommateur de savoir ce qu’il mange à partir du moment où il s’en remet à l’industrie agro-alimentaire et à ses petits plats mitonnés…

L.V.  LutinVertPetit

Des banquiers millionnaires par centaines !

10 juillet 2015

C’est le magazine économique Les Echos qui l’affirme : « Les millionnaires des banques européennes n’ont pas vu passer la crise ». Les Grecs seront sans doute fortement soulagés de l’apprendre, ainsi bien sûr que l’ensemble des contribuables européens qui ont mis la main à la poche depuis 2008 pour sauver les établissements bancaires de la faillite.

En tout cas tout va bien pour les plus gros salariés du secteur bancaire qui émargent à des niveaux stratosphériques. C’est en fait la première fois cette année que l’Autorité bancaire européenne oblige les banques de l’Union européenne à rendre public le nombre de leurs salariés qui ont gagné en 2014 chacun plus de 1 million d’euros, autrement dit plus de 83 000 € chaque mois, près de 60 fois le SMIC !

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Et le résultat est totalement rassurant pour la bonne santé financière de nos établissements bancaires. Rien qu’en France, les trois seules banques qui ont déjà communiqué leurs chiffres (BNP Paribas, Natixis et la Société générale) dénombrent à elles seules pas moins de 277 salariés qui émargent au dessus de cette barre symbolique. En 2012, l’Autorité bancaire européenne s’était déjà essayé à l’exercice et n’avait comptabilisé, parmi l’ensemble des banques françaises, que 177 salariés touchant plus de 1 million d’euros par an : une misère ! On voit donc que les plus grands établissements bancaires français n’ont pas hésité à récompenser leurs meilleurs éléments par des augmentations salariales substantielles, confirmant une fois de plus que le coût du travail n’est pas le seul frein au développement de l’activité économique, au moins pour les cadres dirigeants…

Blog205_DessinBalance

D’ailleurs, de manière générale, les banques françaises payent plutôt bien leurs employés puisque le salaire annuel moyen brut y est de l’ordre de 52 000 euros, nettement au dessus de la moyenne qui s’établit actuellement en France à environ le double du SMIC, soit un peu moins de 35 000 euros par an.

Blog205_DessinBanquierEt pourtant, les banquiers français ne semblent pas être forcément les mieux servis par rapport à leurs homologues des autres pays européens. Ainsi, la première banque d’affaires européenne, la britannique HSBC, bien connue pour les pratiques peu regardantes de sa filiale suisse, compte pas moins de 320 millionnaires, dont une poignée de dirigeants qui perçoivent chacun entre 7 et 9 millions d’euros annuels. Ils n’étaient que 180 l’année précédente à émerger au dessus de la barre de 1 million d’euros : une belle progression pour cette banque florissante ! Mais la palme du plus grand nombre de salariés millionnaires revient à la banque allemande Deutsche Bank, dans laquelle on dénombre pas moins de 816 employés millionnaires, avec là aussi, quelques très gros salaires compris entre 6 et 9 millions d’euros annuels…

Blog205_DessinBNP1Ces données confirment en tout cas que le secteur bancaire n’est manifestement pas très affecté par les crises financières qui mettent à genoux certaines économies nationales. Les scandales qui les touchent régulièrement les ont pourtant contraintes à payer pour plus de 190 milliards d’euros d’amendes depuis la crise de 2008 comme l’a comptabilisé récemment Le Monde. On se souvient par exemple de l’amende record de 9 milliards de dollars infligée en 2014 à BNP Paribas pour avoir violé l’embargo sur le commerce du pétrole. Mais du coup, ces chiffres sont à relativiser quand on s’aperçoit qu’ils ne sont finalement que du même ordre de grandeur que le salaire sur une année d’un seul cadre d’une banque européenne !

En matière salariale comme dans d’autres domaines, l’égalité de traitement ne semble pas vraiment à l’ordre du jour et le secteur bancaire tire bien son épingle du jeu…

L.V. LutinVertPetit

Les Grecs disent non à l’austérité !

6 juillet 2015

Le résultat du référendum qui s’est déroulé en Grèce ce dimanche 5 juillet 2015 est sans appel : avec plus de 61 % de non, les Grecs ont clairement choisi leur camp et renforcé sans détour la position de leur gouvernement dirigé par Aléxis Tsípras. C’est une victoire éclatante de la démocratie qui fait écho au résultat du référendum de 2005, lorsque les Français, comme les Néerlandais, s’étaient opposés à l’adoption du traité constitutionnel européen, garant d’une « concurrence libre et non faussée ». Dans les deux cas, le Peuple a largement voté contre les injonctions de l’élite économique, relayées sans nuance par les médias.

Scène de liesse à Athène après la victoire du non au référendum du 5 juillet (photo L. Gouliamaki / AFP)

Scène de liesse à Athène après la victoire du non au référendum du 5 juillet (photo L. Gouliamaki / AFP)

Les Grecs ne se sont pas pliés aux multiples pressions qu’ils subissent depuis des mois pour les inciter à rejeter le choix démocratique qu’ils avaient faits en portant au pouvoir le parti Syriza le 25 janvier dernier. Et pourtant, toutes les manœuvres politiques les plus ignobles ont été tentées pour dénigrer et humilier les représentants grecs élus démocratiquement. Ainsi, Xavier Bertrand, ancien ministre du travail de Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à traiter Aléxis Tsípras de « menteur » qui aurait commis « un vol à main armé contre les créanciers européens ».

La Droite française toute entière d’ailleurs se déchaîne contre le gouvernement grec accusé de tous les maux, et ses réactions suite au référendum de ce week-end sont proprement glaçantes. Hervé Morin estime ainsi que la Grèce a choisi délibérément de sortir de la zone Euro (alors que les sondages confirment que près de trois-quart des Grecs souhaitent fermement y rester !) et promet ce pays au chaos sans le moindre état d’âme. Christian Estrosi, avec toute la finesse qui le caractérise, estime lui aussi qu’il n’est pas question d’exprimer la moindre solidarité envers le peuple grec et n’hésite pas à assimiler la gauche radicale grecque au Front National de Marine Le Pen : comprenne qui pourra… Même tonalité du côté d’Alain Juppé qui ne pense qu’à sortir la Grèce au plus vite de l’Europe tout en réfléchissant déjà à la suppression de l’Impôt sur le fortune en France dès que la Droite reviendra au pouvoir, confirmant une fois de plus que sa fibre sociale reste pour le moins limitée…

Quant aux institutions européennes, elles n’ont pas arrêté de jeter de l’huile sur le feu, allant jusqu’à interdire aux représentants grecs de participer à la dernière réunion de l’Eurogroupe, le 27 juin dernier, un coup de force totalement antidémocratique, dénoncé par de nombreux observateurs politiques dont l’économiste Jacques Sapir, ce qui a poussé Aléxis Tsípras à organiser en catastrophe ce référendum qui s’est tenu 8 jours plus tard. Il faut dire que la situation avait été dramatisée à souhait avec ce fameux ultimatum du 30 juin à minuit, date à laquelle la Grèce devait rembourser un prêt de 1,6 milliard d’euros au FMI, sauf à se retrouver en défaut de paiement.

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre grec Aléxis Tsípras (photo A. Jocard / AFP)

La chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre grec Aléxis Tsípras (photo A. Jocard / AFP)

Pourtant, même le FMI s’était montré beaucoup moins intransigeant que les dirigeants européens, Angela Merkel en tête. Son rapport, dont la Commission européenne a tenté en vain d’empêcher la publication, confirmait en effet ce que répètent depuis des mois nombres d’économistes tels que les prix Nobel Paul Krugman et Joseph Stiglitz, mais aussi des spécialistes reconnus internationalement comme James Galbraith ou Thomas Piketty, à savoir que, sans une restructuration de la dette accompagnée d’une annulation d’une partie de cette dernière, la Grèce ne pourrait retrouver le chemin de la croissance. Il serait donc logique d’accorder à la Grèce ce qui fut, en 1953, accordé à l’Allemagne. Ce n’est pas autre chose que ce que réclament depuis leur arrivée au gouvernement Aléxis Tsípras et son ministre de l’économie Yanis Varoufakis ! Certains experts reconnaissent d’ailleurs bien volontiers que « la Grèce est le pays qui a mené le plus de réformes pendant la crise ».

Mais l’objectif des dirigeants européens, surtout en Allemagne, n’est pas de sauver la Grèce, seulement de limiter la casse pour les banques privées européennes et d’imposer une nouvelle cure d’austérité à ce pays qui est pourtant dans un état de récession jugé pire que celui qu’ont connu les États-Unis en 1930 ! Les manœuvres de la Banque centrale européenne dirigée par Mario Draghi, ont contribué à cette situation catastrophique en gelant le plafond de l’accès des banques grecques à la liquidité d’urgence, ce qui a conduit à la mise en place d’un contrôle des capitaux et à la fermeture des banques, de manière à peser sur le scrutin en faveur du « oui ». Une véritable ingérence dans la vie politique d’un État membre de la part d’une institution qui est clairement sorti de son strict rôle monétaire !

Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale et prix Nobel d'économie

Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale et prix Nobel d’économie

De ce point de vue, l’analyse de Joseph Stiglitz est sans ambiguïté : « Les dirigeants européens commencent enfin à révéler la vraie nature du débat sur la dette, et la réponse n’est pas plaisante : il s’agit de pouvoir et de démocratie, bien plus que de monnaie et d’économie […] Soyons clairs : la Grèce n’a profité de presque aucune des sommes qui lui ont été prêtées. Elles ont servi à rembourser les créanciers du secteur privé – dont les banques allemandes et françaises. La Grèce a obtenu guère mieux que des miettes, mais a payé un énorme prix pour préserver les systèmes bancaires de ces pays. Le Fonds monétaire international et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est demandé. Dans un schéma de commerce classique, l’argent qu’ils récupèrent serait probablement prêté à nouveau à la Grèce. […] Ce que l’on voit aujourd’hui, 16 ans après que l’eurozone a institutionnalisé les relations entre ses membres, est l’antithèse de la démocratie : de nombreux leaders européens veulent voir la fin du gouvernement de gauche mené par Aléxis Tsípras ».

Les dernières propositions de la Commission européenne, telles qu’elles sont connues au travers des éléments rendus publics lors du référendum, n’augurent en effet rien de bon pour l’avenir des Grecs, exigeant notamment une nouvelle hausse de la TVA, une baisse de 900 millions d’euros de l’aide sociale, une limitation des pré-retraites et l’abolition progressive de la retraite complémentaire, une augmentation de 4 à 6 % des prélèvements pour soins de santé sur les pensions, le gel des retraites jusqu’en 2021, une nouvelle législation sur les licenciements collectifs, une réduction des salaires dans le secteur public et la poursuite de la privatisation du secteur de l’électricité : un véritable programme d’ajustement structurel qui s’ajoute à des années de cures d’austérité qui ont déjà mis le pays à genoux !

Yanis Varoufakis, le 28 juin à Athènes (photo M. Djurica / Reuters)

Yanis Varoufakis, le 28 juin à Athènes (photo M. Djurica / Reuters)

Que va t-il maintenant se passer après ce non retentissant du peuple grec qui fait s’étrangler de fureur la plupart des dirigeants européens ? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais la démission du turbulent ministre des finances, Yanis Varoufakis, constitue sans conteste un geste d’apaisement stratégique très intelligent de la part du gouvernement grec qui ouvre ainsi la porte à une réouverture des négociations dans un climat plus apaisé. Espérons que nos responsables politiques, François Hollande en tête, sauront se montrer à la hauteur d’un tel enjeu et sauront faire retrouver à l’Europe la voie d’un comportement un peu plus solidaire et moins dogmatique !

L.V. LutinVertPetit

Traités de libre-échange avec le Canada et les USA : les élus s’inquiètent…

14 février 2015

Les médias ne s’en font pas beaucoup l’écho mais les négociations commerciales avec le Canada et les USA se poursuivent, malgré les fortes inquiétudes qu’elles suscitent dans les milieux altermondialistes et que nous avions déjà évoqué sur ce blog. Longtemps ignorés par la classe politique, voici que les parlementaires français commencent enfin à s’en préoccuper alors que de nombreux élus locaux ont déjà déclaré leur collectivité hors TAFTA (c’est le cas notamment de la Région PACA, du département de Vaucluse ou des communes de Martigues et de Gardanne). Le TAFTA ou transatlantic free tax agreement, c’est ce traité de libre échange en cours de négociation depuis juillet 2013 entre l’Union européenne et les États-Unis, tandis que le CETA (comprehensive economic trade agreement) a été négocié avec le Canada et signé le 26 septembre 2014, mais reste à ratifier par les états membres concernés.

Blog155_DessinAinsi que l’a rapporté notamment la Gazette des communes mais aussi plusieurs collectifs citoyens de veille, le Sénat, pourtant dominé par des élus plutôt conservateurs et libéraux, a en effet adopté à l’unanimité le 3 janvier 2015 et un peu à la surprise générale, une résolution européenne assez critique sur les deux accords en cours de négociation, après avoir enfin pris connaissance des 1634 pages du projet d’accord de libre-échange conclu avec le Canada .

Concernant cet accord CETA, la position du Sénat est assez gênante car l’Union européenne considère que les négociations sont achevées depuis octobre 2013 et qu’il ne reste plus aux États qu’à ratifier le texte sans broncher. C’est d’ailleurs justement là que le bât blesse car les parlementaires français auraient souhaité être davantage associés aux tractations qui se sont faites de manière relativement opaque !

Les critiques principales mises en avant dans cette résolution sont précisément celles que soulèvent depuis des années les opposants à ce type d’accord, à savoir la possibilité offerte aux entreprises multinationales de recourir à des tribunaux arbitraux privés pour attaquer les mesures environnementales, sociales ou sanitaires ainsi que les normes nationales instaurées par chaque État. Sur ce point, les sénateurs ont d’ailleurs reçu un soutien appuyé de la part du gouvernement français en la personne du secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Feckl, qui leur a déclaré « Vous demandez un renforcement de la transparence, une association plus étroite du Parlement, un contrôle démocratique effectif, ainsi que l’invention de nouveaux mécanismes de règlement des différends entre les investisseurs et les États. Le gouvernement partage le même état d’esprit et la même détermination à avancer ».

Blog155_DessinTaftaLe mécanisme de règlement des différents entre investisseurs et État constitue la pierre d’achoppement principale aux yeux des parlementaires français. Le fait de recourir pour cela à des tribunaux privés devant lesquels les multinationales pourront remettre en cause toute législation protégeant les citoyens ou l’environnement au détriment de leurs propres intérêts, revient en réalité à soumettre nos choix politiques souverains au bon vouloir des entrepreneurs privés et constitue une atteinte grave à la démocratie. L’exemple que tout le monde a en tête est celui de la fracturation hydraulique, désormais interdite en France, ce qui pourrait amener les sociétés pétrolières disposant de permis d’exploration de gaz de schiste à réclamer à l’État des indemnités de l’ordre de 1 milliard d’euros, une paille !

Matthias Fekl © Vincent Isore/IP3 press/MaxPPP

Matthias Fekl © Vincent Isore/IP3 press/MaxPPP

Là encore, le soutien du gouvernement exprimé par la voix de M. Feckl est total : « Votre préoccupation de garantir notre capacité à protéger l’intérêt public dans des domaines aussi divers que les services publics, la santé, la sécurité, l’environnement, l’alimentation ou la fiscalité est légitime, et je la partage pleinement. Je le dis devant le Sénat : il n’est pas acceptable que des juridictions privées, saisies par des entreprises multinationales, puissent remettre en cause des décisions démocratiques d’États souverains ».

Les sénateurs préconisent assez logiquement de privilégier plutôt le recours à des mécanismes d’arbitrage inter-étatiques comme ceux qui fonctionnent déjà au sein de l’OMC. Pas sûr cependant qu’ils soient entendus (même si, sur ce point, France et Allemagne sont en phase), car plusieurs États font pression sur l’Union européenne pour empêcher toute réouverture des négociations avec le Canada.

Blog155_DessinPoisson

Quant à l’accord en cours de discussion avec les État-Unis, le fameux TAFTA, les sénateurs réclament là aussi une certaine vigilance pour éviter d’y introduire ce type de recours, tout en poussant néanmoins à une avancée des négociations car les relations sont actuellement très déséquilibrées : les entreprises américaines peuvent dès à présent postuler à 85 % des appels d’offre européens alors que les opérateurs européens n’ont accès qu’à moins d’un tiers des marchés publics américains !

Signalons d’ailleurs que cette inquiétude du Sénat français quant au contenu des discussions en cours dans le cadre du mandat de négociation de juin 2013, n’est pas isolée. Elle a été notamment relayée par le Comité européen des régions, une instance consultative chargée justement d’associer les collectivités locales et territoriales ainsi que les populations qu’elles représentent au processus décisionnel de l’Union européenne.

Cécilia Malmström, commissaire européenne en charge des négociations du TAFTA

Cécilia Malmström, commissaire européenne en charge des négociations du TAFTA

Au point que la commissaire européenne chargée des négociations avec les USA, Cécilia Malmström est venue en personne à la session plénière de ce comité, le 12 février dernier, pour tenter de le rassurer quant à la transparence des négociations et à la prise en compte des intérêts des collectivités territoriales, concernant en particulier le respect de l’autonomie des services publics ou encore des normes et des valeurs européennes. Manifestement, elle n’a pas réussi à convaincre tout le monde, d’autant qu’elle n’a rien lâché quant à une éventuelle association de ce comité aux négociations, arguant de leur haut niveau de confidentialité, alors que la liste des points objet de discussion est longue et concerne directement les compétences des collectivités territoriales : fourniture d’eau et d’énergie, élimination des déchets et des eaux usées, services publics de santé et de protection sociale, services de secours, éducation préscolaire, éducation et enseignement supérieur, formation des adultes, formation continue, transports publics locaux, logement, aménagement et développement urbain. Encore une fois, l’Europe a bien du mal à accepter d’intégrer les citoyens et leurs représentants élus dans ses mécanismes décisionnels…

L. V.  LutinVertPetit

Petite leçon d’économie… (Partie 3 – le spectre de l’austérité)

30 janvier 2015

AfficheConfBeitone_A4coulCroissance effective, croissance potentielle

La croissance effective est la croissance qu’on mesure chaque année. En revanche la croissance potentielle indique le rythme de croissance de l’économie qu’on peut espérer obtenir si on utilise au mieux les facteurs de production (capital, travail). En imaginant qu’on se rapproche du plein emploi, qu’on utilise au mieux les capacités de production (par exemple, toutes les usines tournent…), la croissance potentielle mesure une production théorique.

Une politique conjoncturelle mal conduite peut se doubler d’un déficit très important du point de vue structurel. La croissance potentielle indique certains défauts comme une main-d’œuvre sous formée, une insuffisance de recherche et développement (R&D), un manque d’innovation. Les Européens ont compris cela puisqu’à l’issue du sommet de Lisbonne en 2000 il a été décidé de stimuler cette croissance potentielle. On a énoncé des objectifs tels que : 50 % d’une classe d’âge à Bac + 3 ; 3 % du PIB consacré à la R&D ; augmentation du taux d’emploi des femmes, etc. Et ceci à l’horizon 2010 ! Mais dix ans plus tard, le constat est implacable puisqu’aucun de ces objectifs n’a été atteint. Seule la Finlande a dépassé les 3 % du PIB pour la R&D. En 2010, les mêmes objectifs ont été réaffirmés, mais la promesse risque fort de ne pas être tenue. On peut lancer les paris !

Blog147_DessinPacteOn doit s’interroger sur une telle impuissance. En fait il n’y a pas de volonté européenne qui puisse se traduire dans une telle politique. A contrario, imaginons Kennedy, arrivant au pouvoir, avec le même problème : il a une économie déprimée et une croissance potentielle en berne. Il annonce qu’il va lutter contre la pauvreté, et … lancer le programme Apollo pour reconquérir le prestige américain mis à mal par les succès des Soviétiques, à une époque où la guerre froide battait son plein. Comment imaginer qu’il aurait pu mettre d’accord le Wyoming, le Texas et la Californie avant de lancer le programme Apollo sans le pouvoir de l’État fédéral ? A ce jour le programme Apollo ne serait toujours pas commencé ! Cette petite fiction illustre un vrai défaut de gouvernance politique de la zone euro, situation encore aggravée par les politiques d’austérité mises en œuvre.

Que faire ?

La situation actuelle de l’UE génère un nouveau cercle vicieux, car le fait d’avoir une croissance lente pour des raisons conjoncturelles affaiblit la croissance potentielle. Et plus on a une croissance potentielle faible, moins on peut atteindre une croissance suffisante ! Notre pays a une croissance qui se situe au dessous de 0,5 %. Or, pour faire baisser le chômage en zone euro, il faut une croissance qui dépasse 1,5 %… C’est « le piège de la croissance basse », selon Michel Aglietta. Mais en dépit de la nasse dans laquelle on est tombé, on continue à nous dire – pour l’essentiel – qu’il faut continuer sur le chemin emprunté !

Blog147_DessinAusterite

Face à cette difficulté de taille, un panel très large d’économistes disent tous à peu près la même chose. Tout d’abord il est nécessaire d’arrêter la politique d’austérité, non pas pour tirer un trait sur le passé mais pour lutter contre les déséquilibres qui sont apparus. Il faut étaler l’apurement : la France a encore de vieilles dettes à 4 % alors qu’elle emprunte désormais à 1 % ! Actuellement on agit comme le médecin de Molière : on fait une saignée au malade en espérant qu’il se portera mieux, alors qu’il faudrait lui donner un peu de soupe pour éviter qu’il ne meure. S’il faut l’opérer, attendons qu’il soit plus en forme. On est actuellement dans une politique qui aggrave la situation. Et 80 % des économistes, toutes orientations politiques confondues, sont d’accord sur ce point.

Il faut ensuite soutenir l’activité économique à court terme. C’est d’autant plus faisable maintenant que Mario Draghi a annoncé que la BCE va procéder à un rachat massif des dettes. Des économistes orthodoxes comme ceux de la London School of Economics ont dit cela il y a cinq ans ! Il faut néanmoins souligner que la BCE a fait tout ce qu’elle a pu (à l’exception de la question de la dette publique) sur le plan monétaire. Voici un exemple illustratif (et qui remet en cause certains commentaires malveillants) : en 2014, la BCE a proposé aux banques de l’UE de leur prêter 400 milliards à 3 ans. Cette durée de 3 ans, c’est l’éternité pour les banques (qui sont habituées à ce que la BCE leur prête à 24h). Mais la BCE n’a réussi à prêter que 200 milliards car les banques n’en voulaient pas davantage !

Blog147_DessinBanques

Les banques ne veulent pas de cet argent pour une raison simple : elles ne prêtent pas ! Dans une économie déprimée, on ne finance pas une entreprise pour faire des investissements. De toute façon les entreprises ne sont pas très demandeuses, et les seules qui cherchent à emprunter sont celles qui sont au bord de la faillite. Concernant les ménages, ce n’est pas mieux : quand les salaires stagnent et que le chômage monte, ce n’est pas le moment d’emprunter pour acheter un logement. Certains affirment que les banques se « gavent », mais quand on leur propose de l’argent, elles n’en veulent pas. Deux ans auparavant lors de la fameuse opération de 1 000 milliards, les banques ont même remboursé … par anticipation. Comprenne qui pourra !

Blog147_DessinPretBanque

Ce qui fait défaut c’est le budget. Il faudrait un puissant mouvement de relance budgétaire par la dépense publique. Michel Aglietta a publié en 2013 un livre «  Un new deal pour l’Europe » dans lequel, il se réfère comme d’autres à la politique de relance de Roosevelt… Plusieurs raisons plaident pour agir dans le sens d’une telle relance. Aujourd’hui, un enjeu colossal réside dans le défi écologique. Le financement de la nécessaire transition écologique représente des sommes considérables. Il suffit de penser à l’isolation des bâtiments publics et des habitations. Le moyen d’y parvenir existe. Les économistes ont proposé une structure très simple : il s’agirait de mettre en place une banque publique européenne qui émettrait des titres de dette pouvant être rachetés sur le marché secondaire, si besoin, par la BCE. Avec cette procédure, on respecte le Traité, on finance la transition écologique et on relance l’économie. Si on décide que tous les HLM de France doivent disposer de doubles vitrages et d’une isolation en toiture, alors des commandes par centaines de millions seront faites à une multitude d’entreprises du bâtiment.

Il y a une autre façon de relancer l’économie. On assiste depuis trois décennies à un recul spectaculaire de l’investissement public dans la zone euro. Il y a 30 ans, dans l’équivalent de la zone euro actuelle, l’investissement public représentait 4 % du PIB. Aujourd’hui l’investissement public est tombé à 2 % du PIB. C’est la logique d’un retrait généralisé de l’État qui a conduit à ce résultat. Or, il y a quelques semaines le FMI a publié une étude dont le titre est « La relance de l’investissement public, c’est maintenant ! ». Et l’Europe fait la sourde oreille.

Blog147_DessinRelanceCette frilosité est hallucinante, car on a sur la table des propositions parfaitement limpides, réalisables et cohérentes. Il est possible de coupler le court terme et le long terme c’est-à-dire d’agir à la fois immédiatement et sur des enjeux plus lointains, très importants en termes d’infrastructure et de transition écologique. Les dépenses permises par l’investissement public auraient en outre un effet de soutien de la croissance potentielle. Et elles auraient un impact immédiat par le biais de la demande adressée à l’économie. La seule chose qui fait défaut c’est la volonté politique.

Cette absence de volonté provient de la quasi inexistence de forces politiques significatives qui soutiennent ce qui précède, de forces politiques qui aient le projet de dire « On peut faire autrement, et voilà comment ». Les mouvements sociaux libéraux ont déclaré leur impuissance en ne proposant que l’austérité et les mouvements critiques se sont complus dans une critique irrationnelle, en dépit d’efforts remarquables de certains économistes critiques, qui expliquent pourquoi il ne faut pas sortir de la zone euro, qu’il est possible de mettre en œuvre des politiques d’orientation progressiste, etc. Ils ne sont pas écoutés !

Alain Beitone à Carnoux

Alain Beitone à Carnoux

La zone euro est prise au piège d’un régime auto entretenu de basse croissance. Dans ce contexte, sortir de l’euro serait catastrophique. Cela aurait comme conséquence immédiate une dévaluation de la monnaie nationale de 30 %, ce qui augmenterait d’autant le prix des exportations et de la dette, et se traduirait par une forte baisse du pouvoir d’achat des ménages. En réalité, seuls un desserrement de l’étau financier au niveau de la banque européenne, une politique d’investissement public dans les états européens et une politique industrielle coordonnée au niveau européen, profitant des innovations liées à la transition énergétique devraient permettre de redynamiser l’économie. Mais cela ne peut se faire sans une volonté politique portée par tous les pays de l’Europe.

La politique d’austérité n’est pas efficace pour la relance d’un pays. Tous les économistes sont d’accord là-dessus. Il faut enfin espérer que l’arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce va faire bouger les gauches dans les différents pays attachés à la construction européenne. Cette Europe doit affirmer et mettre en place plus de solidarité car les structures de production sont de plus en plus imbriquées. Et la confiance joue un rôle déterminant.

Blog147_DessinDraghiIl faut croire que Mario Draghi a écouté notre conférence : la Banque européenne a finalement proposé d’injecter plus de mille milliards d’euros jusqu’en 2016 pour relancer l’économie européenne. On ne peut qu’espérer que les Européens, les acteurs économiques et politiques vont mettre cet argent à profit pour faire tourner l’économie et non pas pour augmenter le revenu des actionnaires…

Notes inspirées par la conférence, prises par Jacques Tonnelle

Le PIB britannique dopé par la prostitution ?

13 janvier 2015

La question paraît saugrenue et on peut se demander si elle ne relève pas d’une certaine mauvaise foi : celle d’économistes français forcés d’admettre que pour l’année 2014, le produit intérieur brut du Royaume Uni, cet indicateur économique classiquement utilisé pour évaluer la richesse d’un pays, a surclassé celui de la France. De 98 milliards d’euros très exactement, selon les chiffres annoncés par la Commission européenne elle-même, et qui sont encore provisoires.

Dessin d'Ares, Cuba

Dessin d’Ares, Cuba

Or dans le même temps, on apprend que le mode de calcul de cet indicateur économique a évolué. Signe des temps, les Britanniques prennent désormais en compte, pour le calcul de leur richesse nationale, les chiffres du trafic de drogue et ceux de la prostitution. Ce qui a permis d’ajouter de l’ordre de 100 milliards d’euros au produit intérieur brut de la Grande-Bretagne, juste ce qu’il fallait pour dépasser la France d’une courte tête… On voit d’emblée toute la richesse du débat quant à la suprématie réelle ou supposée de nos deux économies nationales : la France surclassée par la perfide Albion grâce au coup de pouce du crime organisé et de l’industrie du sexe ! On frôle la ligne blanche et on en reviendrait presque en ces temps anciens où les deux nations n’hésitaient pas à recourir aux corsaires pour se tirer la bourre…

En fait, c’est le Figaro qui a tiré la sonnette d’alarme en déplorant dans son édition du 6 janvier 2015 que le Royaume-Uni se classait pour l’année 2014 au cinquième rang des pays les plus riches de la planète, alors que quelques jours auparavant, François Hollande prétendait encore dans ses vœux aux Français, être à la tête de la cinquième puissance économique mondiale. Le coup est rude et les bonnes affaires des prostituées britanniques ne sont manifestement pas les seules responsables de ce déclassement national.

Force est de constater qu’en 2014, la croissance outre-Manche a atteint 3 % et l’inflation 1,5 % alors que ces deux indices plafonnaient en France autour de 0,4 %, une misère qui n’a permis d’accroître la richesse nationale que de 20 milliards d’euros par rapport à l’année précédente. A cela s’ajoute une très nette réévaluation de la livre sterling, d’environ 5,4 % par rapport à l’euro, ce qui contribue également à revaloriser la richesse britannique.

Graphique paru dans le Figaro du 6 janvier 2015

Graphique paru dans le Figaro du 6 janvier 2015

Ceci dit, ce n’est pas la première fois que la France doit céder le pas face à la puissance économique britannique. Les historiens considèrent même que cette dernière était constamment en tête depuis le XVIIIe siècle jusque dans les années 1970. Depuis, les deux courbes se croisent régulièrement. Les années fastes avaient permis à l’économie française de prendre un peu d’avance, rattrapée jusqu’à la crise financière de 2008 par le Royaume-Uni qui a fortement augmenté sa richesse grâce à ses activités financières florissante. Le krach de 2008 avait permis à la France de repasser en tête mais les deux courbes viennent donc de se croiser de nouveau.

En réalité, la notion même de PIB pour évaluer la richesse d’une nation est très controversée et d’autres indicateurs sont testés afin d’établir une image plus juste des choses. Car le PIB ne prend pas en compte un grand nombre d’activités (artistiques, associatives ou domestiques notamment) pourtant importantes dans une société mais qui ne font pas l’objet de transactions financières. Inversement, sont comptabilisées comme contribuant à la richesse nationale les dépenses de publicité ou liées à certaines activités polluantes voire à des accidents dont on voit mal en quoi ils accroissent notre puissance. Comme le soulignait volontiers le regretté Bernard Maris, quand on fait tourner son moteur alors qu’on est coincé dans les embouteillages, on contribue à la richesse nationale en brûlant du gas-oil, mais si on a la mauvaise idée de marcher à pied, alors notre contribution au PIB et à la croissance économique est nulle…

Dessin Colanopa

Dessin Colanopa

N’oublions-pas non plus que ce n’est pas seulement la richesse globale du pays qui compte mais plutôt le montant par habitant. De ce point de vue, France et Grande-Bretagne disposent de populations comparables et leur richesse par habitant s’établit pour l’année 2014 autour de 44 000 $/hab., loin derrière le champion toutes catégorie qu’est le Luxembourg avec une richesse nationale estimée à 117 000 $/hab., ou la Norvège qui frôle les 100 000 $/hab.

Une chose est sûre, ce n’est pas le PIB seul qui détermine s’il fait bon vivre dans un pays. D’autres critères telles que le niveau de sécurité, le taux de chômage, les inégalités sociales, le cadre de vie ou la liberté d’expression jouent de ce point de vue un rôle majeur et il est peut-être temps de passer enfin à d’autres indicateurs pour comparer les puissances économiques entre elles !

L. V. LutinVert 

Europe, économie, austérité… une conférence du CPC

17 décembre 2014

La prochaine conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien est d’ores et déjà programmée pour le début de l’année prochaine. Elle se déroulera à Carnoux-en-Provence, lundi 19 janvier 2015, à 18h30 en salle Tony Garnier.

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C’est Alain Beitone, professeur en sciences économiques et sociales au lycée Thiers à Marseille, qui s’efforcera de nous éclairer sur le choix des politiques économiques mises en œuvre par les différents pays européens et de répondre à la question que se pose chaque citoyen : l’austérité est-elle nécessaire, inévitable, efficace ? Autant d’interrogations auquel nous avons souvent bien du mal à répondre dans un domaine complexe où les intérêts des uns et des autres ne convergent pas nécessairement et où les décisions sont parfois dictées par des considérations idéologiques ou des a priori plus ou moins justifiés.

En France comme dans plusieurs pays européens, le taux de chômage progresse et la récession nous guette. En réponse, les gouvernements ont tendance à baisser toujours davantage les charges sociales et la fiscalité des entreprises tout en comprimant les dépenses publiques. Mais cette démarche est-elle la plus appropriée pour sortir de ce marasme économique qui détruit peu à peu notre tissu social ? D’autres voies sont-elles possibles comme le prétendent certains ?

Gageons que le débat sera intéressant et que le conférencier aura besoin de faire appel à tous ses talents de pédagogue pour aborder un tel sujet qui ne peut nous laisser indifférent en tant que citoyen. Visions politiques et stratégies économiques sont plus que jamais liées dans une société mondialisée : à chacun de se faire sa propre opinion et c’est justement l’objectif de cette conférence-débat, ouverte à tous gratuitement, que de nous permettre de mieux comprendre les enjeux de ces questions qui nous touchent directement.

L. V. LutinVert