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Revenir à 90 km/h : est-ce judicieux ?

12 octobre 2019

Le 28 juin 2018, un agent du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine remplace un panneau de limitation de vitesse (photo © Nicolas Legendre / Le Monde)

Le 1er juillet 2018 est entrée officiellement en vigueur une mesure qui a fait couler beaucoup d’encre et déclenché bien des passions, certains considérant même que cette disposition est l’une des causes de la révolte des Gilets jaunes qui s’en est ensuivi. Jusque-là, la vitesse maximale autorisée était de 90 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central et hors agglomération. Désormais cette vitesse maximale a été réduite à 80 km/h, en vertu d’un nouveau plan de lutte contre l’insécurité routière qui avait été adopté en Comité interministériel le 9 janvier 2018.

La mesure partait assurément d’un bon sentiment puisqu’il s’agissait de faire baisser la mortalité routière, laquelle avait connu un recul constant jusqu’en 2013, mais était repartie à la hausse depuis 2014. De ce point de vue, la question de la vitesse autorisée est un sujet de débat qui a connu moult rebondissements et suscite bien des controverses.

Rappelons que les premières limitations de vitesse sur route datent quasiment des débuts de l’automobile avec l’ordonnance de 1893 prise par le Préfet de Police de Paris, Louis Lépine, qui fixe à 20 km/h la vitesse maximale autorisée hors agglomération. Le premier code de la route qui voit le jour en 1922 ne fixe cependant pas de vitesse maximale autorisée unique à l’échelle nationale et d’ailleurs il faudra attendre 1937 pour que le compteur de vitesse soit rendu obligatoire dans les véhicules !

Accident de la circulation survenu en août 2019 dans l’Hérault (source © SDIS 34 / France 3 Régions)

L’augmentation inexorable du nombre de tués sur les routes, avec un pic atteint en 1972 de 18 034 morts, oblige les autorités à prendre des mesures plus draconiennes. En 1973, le Premier Ministre Pierre Messmer, fixe donc à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur routes hors agglomération (et à 120 km/h sur autoroutes). Alliée avec la ceinture de sécurité devenue désormais obligatoire et avec des taux d’alcoolémie maximaux autorisés, la disposition est manifestement efficace puisque dès lors, la courbe des tués commence à diminuer. En 1974, les vitesses maximales sont stabilisées à 130 sur autoroute, 110 sur routes à chaussées séparées et 90 sur les autres routes, après qu’une brève expérimentation faisant passer la vitesse autorisée de 120 à 140 km/h sur autoroute se soit traduite par un doublement des accidents constatés, confirmant au passage que la vitesse est un facteur important.

Les limitations de vitesse en France (source © Legipermis)

De nombreuses recherches ont d’ailleurs permis de quantifier cette relation, les plus connues étant les travaux du chercheur suédois Goran Nilsson qui établit en 1982 une formule issue d’une analyse statistique très poussée, d’où il ressort en gros qu’une augmentation de 1 % de la vitesse maximale autorisée se traduit statistiquement par une hausse de 2 % des accidents matériels, de 3 % des accidents corporels et de 4 % des accidents mortels.

Radar de contrôle de vitesse (photo © Thomas Jouhannaud / La Montagne)

 

La formule a été depuis beaucoup discutée car elle est forcément dépendante de nombreux autres facteurs et liée au contexte local. Elle n’en reste pas moins confirmée dans ses grandes tendances, le lien entre la vitesse et le taux de mortalité sur les routes étant difficilement contestable, même si l’alcool au volant et la présence d’obstacles sur les routes sont deux autres facteurs accidentogènes majeurs, eux-mêmes cependant aggravés lorsque la vitesse est excessive. De fait, le renforcement des contrôles de vitesse à partir du début des années 2000 a fait très significativement baisser le nombre de morts sur les routes qui est passé de plus de 8 000 en 2001 à 3 250 en 2013.

Manifestation de motards contre le 80 km/h en avril 2018 à Bordeaux (photo © Guillaume Bonnaud / Maxppp / France Bleu)

 

Et pourtant, l’abaissement de la vitesse maximale hors agglomération de 90 à 80 km/h instaurée en 2018 a déclenché une mini-révolution. Les défenseurs de la mesure ont beau plaider qu’en roulant à 80 km/h, l’automobiliste perd seulement une seconde au kilomètre, soit une minute sur 60 kilomètres, ce qui rend l’impact quasi insignifiant sur les temps de parcours, l’effet psychologique a été fort et très mal perçu, surtout en milieu rural, le plus impacté par les trajets hors agglomération.

Alors qu’il était prévu d’attendre juin 2020 pour établir un bilan de cette mesure, le gouvernement a donc été obligé de faire machine arrière et d’introduire, dans le projet de loi mobilités, adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale le 17 septembre 2019, une clause permettant aux conseils départementaux et aux maires qui le souhaitent de revenir à 90 km/h. Une quarantaine de départements annoncent être tentés par cette possibilité, à l’image de Jean-Marie Bernard, président LR des Hautes-Alpes, qui, selon La Gazette des Communes, dénonce « une décision unilatérale venue de Paris, prise sans concertation, avec des impacts important sur la vie des administrés ».

Jean-Marie Bernard (au centre) partisan du retour aux 90 km/h (source © Alpes du Sud)

Sauf qu’il ne sera peut-être pas si simple de faire jouer cette clause. L’article 15 bis B de la loi en gestation précise en effet que « cette décision prendra la forme d’un arrêté motivé, pris après avis de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d’une étude d’accidentalité portant sur chacune des sections de route concernées ». Pour aider les élus à prendre leur décision, ils pourront s’appuyer sur des études établies par le comité d’experts du Conseil national de la sécurité routière (CNSR), « un outil extrêmement complet, scientifique, qui pose des critères de bon sens basés sur l’historique de l’accidentologie, la géométrie de la voie, le caractère dégagé ou non des intersections, les usages de la voie ». Quant à l’avis de la Commission départementale de la sécurité routière, présidée par le Préfet, son avis n’est que consultatif et les départements pourront donc largement s’asseoir dessus ainsi que l’ont prévu les Sénateurs lors des débats.

Les élus locaux qui vont devoir prendre ces décisions commencent à se dire que leur responsabilité risque d’être engagée dans cette affaire. A partir du moment où les études factuelles d’accidentologie montrent que le fait de rehausser la vitesse limite autorisée sur des tronçons de route départementales risque de se traduire par une recrudescence de la mortalité routière, surtout sur les tronçons les plus circulés, les belles lignes droites a priori sans obstacle, et que le Préfet aura bien insisté sur l’étendue de ces risques tout en émettant un avis défavorable, les élus locaux auront-ils le courage d’augmenter malgré tout la vitesse autorisée alors que leur responsabilité pénale pourrait être mise en cause en cas d’accident ? L’avenir le dira, mais la question mérite d’être posée…

L. V.

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Serre-Ponçon, le barrage qui attire les convoitises

6 août 2019

Vue aérienne du barrage de Serre-Ponçon (photo © Christophe Ben / L’Energeek)

Achevé en 1959 et mis en eau jusqu’en 1961, le barrage de Serre-Ponçon, édifié en travers du lit de la Durance, un peu en aval de sa confluence avec l’Ubaye, constitue le plus important plan d’eau artificiel en France, en volume du moins, avec une capacité de près de 1,3 milliard de m3, sinon en étendue puisque sa superficie (28 km2) est très inférieure à celle du lac du Der, situé en Champagne.

Il faut dire que le site se prête admirablement à la réalisation d’un barrage, envisagé dès 1897 mais pour lequel il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle avant de disposer des compétences techniques nécessaires à sa construction. Mesurant 630 m de longueur pour 124 m de hauteur, l’ouvrage est un mastodonte dont le volume représente 14 millions de m3 de remblais, soit l’équivalent de plus de 5 fois la pyramide de Khéops.

Pendant la construction du barrage, le ballet des camions (source © L’Ubaye en cartes)

Certes, les engins de terrassement dans les années 1950 ont fortement gagné en capacité depuis l’Ancienne Égypte. Mais il a fallu pour la conception de cet ouvrage hors normes par les ingénieurs d’EDF et de Coyne et Bellier maîtriser parfaitement les techniques d’injections pour assurer l’étanchéité des fondations et des ancrages, mais aussi celles de la construction de grands ouvrages en terre compactée, sur la base de l’expérience acquise notamment aux États-Unis.

Situé à la limite des deux départements voisins des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, le lac de retenue a noyé les villages d’Ubaye et de Savines, reconstruit plus en hauteur. A l’origine, cet ouvrage a été conçu pour remplir trois objectifs complémentaires : maîtriser le risque de crues qui peuvent être catastrophiques comme l’avaient notamment montré les grandes inondations de 1843 et 1856, produire de l’hydroélectricité et développer l’irrigation.

Vue du canal EDF de la Durance (source © EDF)

Soixante ans après sa réalisation, force est de constater que l’ouvrage a parfaitement rempli sa mission et continue à offrir ses services à toute la région. Outre son effet régulateur sur les crues de la Durance, le barrage de Serre-Ponçon constitue la tête de pont de toute une chaine Durance-Verdon constituée de 23 barrages et 33 usines hydroélectriques, le long du canal EDF qui court sur 250 km entre Serre-Ponçon et l’étang de Berre. Ce canal permet d’irriguer de l’ordre de 120 000 hectares et d’alimenter en eau potable plus de 3 millions d’habitants dont toute l’agglomération marseillaise, fournissant 27 % de l’eau potable consommée dans toute la région PACA. Les 15 centrales hydroélectriques situées directement le long du canal totalisent une puissance de 2000 MW (dont 360 MW pour la seule centrale de Serre-Ponçon), soit l’équivalent de deux tranches de centrales nucléaires et produisent chaque année environ 6 milliards de kWh, ce qui représente 10 % de la production hydroélectrique française.

Plage au bord du lac à Savines (source © SMADESEP)

Mais au-delà de ces objectifs qui ont justifié la construction de telles infrastructures, le lac de Serre-Ponçon est surtout devenu un haut-lieu du tourisme local. Sous l’impulsion du Syndicat mixte d’aménagement et de développement de Serre-Ponçon, créé en 1997, les berges ont été aménagées sur plus de 11 km avec 9 plages publiques et 10 ports et pontons publics, à tel point que près de 40 % de l’activité touristique des Hautes-Alpes est désormais concentrée autour du lac.

Des activités économiques connexes se sont même développées en bénéficiant de cet écosystème artificiel si particulier. Il en est ainsi de l’exploitation des sédiments qui s’accumulent dans la cuvette. Chaque année un carrier local, La Routière du Midi, extrait les alluvions dont les gros éléments, de bonne qualité car issus du Massif des Ecrins, servent à l’empierrement des chaussées. Quant aux sédiments les plus fins, dont on extrait chaque année de l’ordre de 1 million de m3, ils sont mélangés avec des déchets verts pour obtenir un compost très recherché comme support de culture et terreau de jardin.

Face à un tel succès et alors que le changement climatique en cours trace des perspectives de plus en plus alarmantes quant au risque de raréfaction des ressources en eau, on conçoit que le devenir de cet aménagement hydraulique suscite moult réflexions. Alors que la concession accordée à EDF pour l’exploitation du barrage court encore pour une bonne quinzaine d’années, se pose d’ores et déjà la question de son renouvellement, l’Union Européenne poussant la France à ouvrir à la concurrence l’exploitation de ses quelques 150 gros barrages hydroélectriques.

Dans la cuvette du lac, des lieux insolites : ancien viaduc de chemin de fer construit en 1903 (photo © Sylvie Damagnez)

Du coup, les collectivités territoriales s’intéressent de très près au sujet. C’est le cas notamment du Conseil départemental des Hautes-Alpes qui vient d’adopter à l’unanimité, vendredi 12 juillet 2019, une délibération appelant le Département à se porter candidat à la gestion des barrages hydroélectriques situés sur son territoire. Serre-Ponçon est bien entendu en ligne de mire mais d’autres sites également, y compris le barrage du Sautet, pourtant situé dans l’Isère mais qui empiète sur le territoire de 3 communes des Hautes-Alpes.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte, permet en effet désormais aux collectivités locales de prendre des participations dans des Sociétés d’économie mixte (SEM) hydroélectriques créées spécifiquement avec des entreprises privées spécialisées pour exploiter les barrages. Une voie que le Département des Hautes-Alpes souhaiterait mettre en œuvre comme il l’affiche ostensiblement et un exemple qui pourrait d’ailleurs bien être suivi par d’autres collectivités, y compris peut-être la Région PACA elle-même, elle qui s’enorgueillit d’avoir « une COP d’avance », sans que personne ne sache très bien ce que peut bien vouloir signifier un tel slogan publicitaire…

Les élus départementaux des Hautes-Alpes ont en tout cas parfaitement perçu toute l’importance que devraient prendre demain des ouvrages hydrauliques comme le barrage de Serre-Ponçon, dans un monde où les ressources en eau deviennent rares alors qu’elles n’ont jamais été aussi précieuses pour le développement économique, agricole, touristique mais aussi comme source d’énergie renouvelable. Un bon pari sur l’avenir sans aucun doute !

L. V.

Métropole lyonnaise : modèle ou exception ?

16 mai 2019

L’organisation territoriale française n’en finit pas d’évoluer et semble encore bien loin de se stabiliser. Initiées en 2009 à l’initiative de François Fillon alors premier ministre de Nicolas Sarkozy, les métropoles étaient supposées devenir des collectivités territoriales à part entière, regroupant sur leur territoire les compétences de l’intercommunalité, du Département et même partiellement de la Région. Une vision particulièrement intégratrice donc, mais largement mise à mal dans sa traduction législative au travers des lois finalement adoptées en 2010, 2014, 2015 et 2017.

Carte des métropoles française au 1er janvier 2018 (source : Wikipedia)

Dix ans plus tard, la situation est pour le moins confuse… On dénombre à ce jour 22 métropoles françaises, soit plus du double de ce qui était imaginé à l’époque. La première d’entre elles, créée au 31 décembre 2011, celle de Nice, a été la seule à se constituer de manière volontaire en application de la loi de 2010, par fusion entre la communauté urbaine et 3 communautés d’agglomération. Neuf autres ont suivi en 2015, créée automatiquement dans des pôles urbains de plus de 650 000 habitants, à Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg, Montpellier, Toulouse. La loi de 2017 a permis d’élargir cette création à des pôles urbains plus modestes et de créer 9 métropoles supplémentaires qui concernent les agglomérations de Dijon, Orléans, Saint-Étienne, Toulon, Clermont-Ferrand, Metz, Tours, Brest et Nancy.

Territoires respectifs de la Métropole de Lyon et du Département résiduel du Rhône

A ces 19 métropoles de droit commun, s’est ajoutée à partir du 1er janvier 2015 celle de Lyon, la seule qui possède le statut de collectivité territoriale à part entière car créée par fusion entre un établissement public de coopération intercommunale, l’ancienne Communauté urbaine du Grand Lyon, et une large partie du Département du Rhône, ce dernier se réduisant désormais à sa portion congrue limitée aux seuls territoires restés en dehors de la métropole lyonnaise. Cette métropole de Lyon est pour l’instant la seule à rassembler, sur son territoire, un aussi large panel de compétences puisqu’elle a récupéré toutes celles qu’exerçait l’ancien Conseil départemental avant son repli territorial.

Ce n’est pas du tout les cas des deux dernières métropoles existantes, créées toutes les deux au 1er janvier 2016 et qui pour l’instant font figures de bricolage inachevé, à savoir celles du Grand Paris et celle d’Aix-Marseille-Provence. Dans les deux cas en effet, de fortes résistances se sont exprimées pour maintenir un échelon supplémentaire, sous forme d’établissements publics territoriaux, niveau intermédiaire entre les Communes et la Métropole, tandis que les Départements comme la Région gardaient toutes leurs prérogatives.

Sur l’aire marseillaise où le Conseil départemental des Bouches-du Rhône et la Métropole sont désormais dirigés par la même personne, en l’occurrence Martine Vassal, une fusion des deux structures commence à se dessiner, même si cela suppose de régler le sort des 29 communes de la partie arlésienne du Département, jusqu’à présent hors Métropole, soit en envisageant de réduire le Département à cette seule zone sur le modèle lyonnais, soit en la rattachant à l’aire métropolitaine qui engloberait dans cette hypothèse la totalité de l’actuel Département des Bouches-du-Rhône.

Les communes des Bouches-du-Rhône hors territoire métropolitain (source infographie © La Provence)

C’est dire si le modèle lyonnais est scruté à la loupe même si la plupart des autres métropoles refusent catégoriquement jusqu’à présent et pour différentes raisons, une éventuelle fusion avec leur Département. En novembre 2017, la Cour des Comptes s’était déjà penchée sur le sujet dans son rapport sur les finances publiques locales dont tout un chapitre était consacré à l’état d’avancement de la réforme territoriale, les magistrats conseillant d’ « évaluer le caractère reproductible de la création de la métropole de Lyon à partir d’un bilan en termes d’efficacité  et d’efficience des politiques publiques métropolitaines et départementales ». La Cour des Comptes regrettait le caractère très inachevé de la réforme puisque la quasi-totalité des métropoles ne sont que des communautés urbaines modifiées qui continuent de cohabiter avec toutes les autres strates territoriales préexistantes.

Michel Mercier et Gérard Collomb en 2014 (source © Lyon Mag)

Son souci d’évaluation en tout cas a été exaucé puisque le sujet a fait l’objet d’un rapport d’information sénatorial qui vient d’être rendu public, le 10 avril 2019 et qui analyse précisément ce qu’a apporté le processus de métropolisation à Lyon avec 4 ans de recul. Fruit de la volonté politique de deux hommes, Michel Mercier et Gérard Collomb, alors respectivement président du Département et de la Métropole, cette fusion apparaît, au yeux des sénateurs comme ayant été très positive pour le territoire puisque les finances des deux collectivités sont particulièrement saines après 4 ans d’activité. La Métropole a pu faire des économies significatives sur sa masse salariale et ses dépenses de fonctionnement. De son côté, le Département qui était empêtré dans des problème de fort endettement et d’emprunts toxiques à gérer, a pu retrouver une forte capacité d’autofinancement et de réelles marges de manœuvre.

Dessin de Lasserpe paru dans La lettre du cadre territorial en février 2019

Une opération plutôt bénéfique pour le territoire donc, mais qui n’est pas forcément reproductible ailleurs. En effet, les sénateurs mettent en évidence plusieurs éléments particulièrement favorables qui expliquent largement ce succès. Les deux collectivités jouissent d’une démographie très dynamique avec une augmentation de la population d’environ 10 % pour chacune d’elles entre 2006 et 2016, et un revenu fiscal par ménage sensiblement supérieur à celui de la moyenne nationale. Chacune des deux collectivité est plus riche que la moyenne des départements français et ses recettes fiscales ont fortement progressé durant les dernières années, ce qui constitue incontestablement un facteur très positif et explique largement la bonne santé financière de ces deux structures.

Réunion de l’Assemblée des Départements de France le 17 octobre 2018 à Paris (source © Public Sénat)

Rien ne prouve donc qu’une opération de fusion entre le Département des Bouches-du-Rhône et la Métropole marseillaise aboutirait à un résultat aussi favorable. Il n’en reste pas moins qu’une telle opération, sous réserve qu’elle soit aussi bien préparée et accompagnée qu’elle l’a été dans le Rhône, outre qu’elle présente l’avantage d’une réelle simplification et d’une rationalisation de l’organisation territoriale locale, n’est pas non plus forcément synonyme de chaos comme le hurlent sur tous les tons et à qui veut l’entendre les élus de l’Assemblée des Départements de France qui craignent pour l’avenir de leurs structures et de leur pouvoir…

L. V.

A qui son plus beau rond-point ?

15 février 2019

Ils fleurissent partout les ronds-points. Le moindre village en compte plusieurs : les uns très simples, en talus recouverts d’herbes sauvages, d’autres très sophistiqués, de vrais petits mausolées à la gloire de je ne sais qui, bâtis de bories, plantés d’oliviers centenaires, de vignes ou autres essences.

Celui des Barles, à l’entrée de Carnoux, avec sa vasque, n’avait pas à rougir ! Un petit rafraichissement aurait peut-être suffi. Mais non. On casse et on refait ! Coût : 52.000 € HT subventionné à 70 % par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Ce Conseil départemental, il est formidable ! C’est le vrai Papa noël des maires. Il les cajole en subventionnant à tire larigot des travaux dont on se demande parfois l’utilité et l’urgence.

Au moment où il faudrait investir massivement des fonds publics dans la transition énergétique, isoler tous les bâtiments publics et privés, développer les énergies renouvelables pour sauver la planète voilà une maigre consolation. Nous allons succomber au réchauffement climatique mais nous aurons dans chaque ville et village des milliers de beaux ronds-points tout neufs.

De surcroît, celui de Carnoux n’est même pas stratégique : aucun groupe de gilets jaunes n’a estimé utile de l’occuper !!

                                                                                                                      A. B.

Inondation : tous à l’eau en région PACA !

19 novembre 2018

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, que son Président Renaud Muselier tient désormais à appeler Région Sud, est plutôt réputée pour ses étés ensoleillés que pour son climat pluvieux. Ainsi, la ville de Marseille, qui se caractérise par plus de 2800 heures d’ensoleillement par an en moyenne et autour de 515 mm de cumul de précipitation annuelle, soit deux fois moins qu’à Brest, Besançon, Aurillac ou encore Biarritz, est davantage réputée comme un lieu où l’on risque l’insolation ou le mistral, voire les feux de forêt, que l’inondation.

Vaison-la-Romaine après la crue de l’Ouvèze du 22 septembre 1992 (photo archives © DR)

Et pourtant, les événements de ces dernières années ont montré à plusieurs reprises que la région était particulièrement vulnérable au risque d’inondation, non seulement en période automnale, à l’occasion des fameux épisodes méditerranéens, alimentés par les masses d’air chaud et humide qui se développent au-dessus de la mer encore chaude, mais aussi sous l’effet de violents orages estivaux.

On se souvient en particulier de la crue torrentielle de l’Ouvèze en septembre 1992 qui a causé 47 morts à Vaison-la-Romaine, des fortes crues du Rhône en septembre 2002 et décembre 2003, des inondations du bassin de l’Argens dans le Var en juin 2010 (26 morts et un milliard d’euros de dommages), novembre 2011 puis à nouveau janvier et novembre 2014, ou encore celles de Cannes à Mandelieu en octobre 2015. Cette année aussi, les cours d’eau ont débordé dans la basse vallée de l’Argens ou dans celle du Préconil, faisant encore 2 morts à Sainte-Maxime en octobre 2018.

Un véhicule et ses deux occupants emportés suite aux inondations de la Garonnette entre Sainte-Maxime et Roquebrune-sur-Argens, le 11 octobre 2018 (photo © Philippe Arnassan / Nice Matin)

La liste est longue de ces événements dévastateurs et traumatisants pour les populations. A chaque nouvelle crue, comme cela a encore été le cas dans l’Aude voisine cette année, les populations feignent de découvrir qu’elles sont exposées à un risque, rare certes, mais loin d’être exceptionnel à l’échelle d’une vie humaine même si la mémoire humaine, aussi défaillante que sélective, fait dire à chaque nouvel épisode qu’on n’a jamais vu cela de mémoire d’homme…

De fait, une étude récente publiée par l’INSEE indique que dans l’ensemble de la région PACA ce sont près d’un million de personnes, soit 19 % de la population régionale, qui habitent en zone potentiellement inondable, parmi lesquelles plus de 42 000 sont considérées comme particulièrement exposées, avec une chance sur deux d’être affectées par une inondation en 40 ans… Pourtant, les zones inondables qui ont été prises pour référence de cette étude, à savoir l’atlas des zones inondables et le périmètre d’extension de la crue de Rhône de 2003, ne couvrent que 10 % de la superficie régionale !

Superposition des densités de population et des zones inondables en région PACA (source INSEE, 2016)

A croire donc que l’homme construit préférentiellement en zone inondable… Cela est moins vrai dans des départements comme les Hautes-Alpes ou les Bouches-du-Rhône où seulement 10 % de la population est installée en zone inondable, bien qu’avec localement de fortes concentrations comme dans la vallée de l’Huveaune ou celle de la Cadière du côté de Marignane. En revanche, dans le Vaucluse ou les Alpes maritimes, c’est 30 % des habitants qui vivent en zone inondable, comme à Nice où plus de 200 000 personnes se sont installées dans le lit de certains fleuves côtiers comme le Paillon ou le Magnan.

L’étude très fouillée réalisée par l’INSEE, à partir du croisement de fichiers de données datant de 2016, est d’autant plus intéressante qu’elle permet une analyse très fine des populations et des logements, mais aussi des activités économiques ainsi exposées au risque inondation. On y apprend ainsi qu’une maison de retraite sur cinq en région PACA est située en zone inondable et même une sur quatre dans le Vaucluse, les Alpes de Haute-Provence ou les Alpes maritimes. On se souvient encore des 3 pensionnaires de la maison de retraite de Biot, construite en bordure de la Brague, qui avaient trouvé la mort le soir du 3 octobre 2015 et de tous ceux qui ont dû être évacués en urgence dans des conditions souvent particulièrement traumatisantes…

Maison de retraite de Biot, inondée le 3 octobre 2015 (Photo Sébastien Botella / PQR / Nice-Matin)

De même, l’étude de l’INSEE met en évidence que dans la région pas moins de 23 % des écoles maternelles sont construites en zone inondable et la proportion atteint même 42 % dans un département comme le Vaucluse ! Ce n’est pas pour autant que les enfants y sont forcément en danger car certains établissements, bien que situés en zone inondable, peuvent avoir été conçus pour résister aux crues, à tel point que les enfants y courent souvent moins de risque que sur le trajet vers leur domicile, mais le chiffre n’est néanmoins guère rassurant…

Camping de la basse vallée de l’Argens dans le Var, après l’inondation du 15 juin 2010 (photo archives © DR)

On aimerait croire que la recrudescence des événements récents très médiatisés et le renforcement des politiques de prévention du risque inondation se traduisent par un coup de frein à l’urbanisation en zone inondable. Mais les chiffres ne plaident guère en ce sens puisque 17,5 % des logements construits depuis 2010 l’ont été en zone inondable. Certes, cette proportion était plutôt de l’ordre de 19 % dans les années 1990-2000, mais dans les Alpes maritimes la construction en zone inondable continue de progresser, du fait d’une pression foncière forte.

Quant aux touristes, qui sont nombreux en région PACA, leur exposition au risque inondation est également élevée puisque 25 % des emplacement de camping sont en zone inondable, avec même une proportion de 40 % dans les Alpes maritimes. Dans les Hautes-Alpes, 45 % des logements situés en zone inondable sont des résidences secondaires ou des habitations saisonnières…

Zone industrielle et commerciale de la Palud à Fréjus, inondée en novembre 2011 (photo © Patrice Clémente / Nice Matin)

Les activités économiques elles-mêmes sont fortement exposées au risque inondation avec de l’ordre de 27 % des entreprises situées en zone inondable, soit près de 460 000 emplois potentiellement exposés en cas de débordement des cours d’eau. Dans une commune comme Cavaillon, c’est 70 % des salariés qui travaillent en zone inondable et cette proportion atteint 77 % à Nice, 86 % à Digne-les-Bains ou encore 95 % à Marignane. En moyenne, le nombre d’emplois au km2 est deux fois plus élevé en zone inondable qu’ailleurs, comme si, en région PACA comme ailleurs, l’homme était inconscient du risque ou préférait s’en accommoder…

L.V. 

Une centrale électrique en construction sur le canal de Craponne

31 juillet 2018

Le canal de Craponne fait partie de ces éléments structurants de l’aménagement du territoire buccorhodanien et préfigure les grands transferts d’eau du Canal de Marseille et du Canal de Provence.

Gravure représentant Adam de Craponne

Son concepteur, Adam de Craponne, né en 1526 à Salon-de-Provence, est un ingénieur de la Renaissance, chargé en 1552 par le roi Henri II de renforcer les fortifications de Metz contre les attaques de l’empereur Charles Quint. En 1554 et à l’issue de longues négociations, un arrêté du Parlement de Provence lui confère le droit de détourner les eaux de la Durance jusqu’à Salon, et de là, jusqu’à la mer. Adam de Craponne finance lui-même la majeure partie des travaux mais contracte également plusieurs emprunts, notamment auprès de son ami Nostradamus, alors établi dans la ville de Salon où il travaille à la rédaction de ses Prophéties.

Les travaux de percement du canal commencent dès 1554, en partant de la basse Durance, près de La Roque d’Anthéron. La dénivelée entre la Durance et Salon étant de 30 m, Adam de Craponne conçoit 3 barrages-réservoirs munis de vannes, permettant de réguler le débit et de stocker l’eau. Une douzaine de ponts sont également nécessaires pour rétablir les voies de passages recoupées par l’ouvrage.

Canal de Craponne à Charleval (carte postale ancienne)

Prudent, l’ingénieur commence par creuser un ouvrage de taille modeste, puis l’élargit à partir de 1557 pour lui donner son gabarit final de 5,50 m. Le tracé suit la vallée de la Durance côté sud, passe par Charleval puis franchit le pertuis de Lamanon et l’eau arrive à Salon en 1559, permettant d’alimenter les fontaines de la ville.

L’ouvrage connaît d’emblée un fort succès auprès des populations locales et des riverains à qui Craponne accorde un droit d’eau pour éviter d’avoir à acheter leurs parcelles. De nombreux moulins à blé et à huile sont construits sur les berges du canal pour rentabiliser l’opération et l’ouvrage est rapidement prolongé par plusieurs branches vers Pélissanne, Lançon-de-Provence, Cornillon et Saint-Chamas.

Fontaine place de l’hôtel de ville à Salon, surmontée d’une statue d’Adam de Craponne

Dès le départ, Adam de Craponne avait prévu une branche annexe permettant de desservir, depuis le réservoir de Lamanon, la ville d’Arles. Il meurt empoisonné en 1576 et son frère Frédéric cède les droits d’eau à deux géomètres de Salon, les frères Ravel, véritables maîtres d’œuvre du chantier, qui poursuivent le projet initial. En 1582, l’eau de la Durance, après avoir desservi Eyguières et Saint-Martin-de-Crau arrive à Pont-de-Crau et son acheminement jusqu’au coeur de la ville d’Arles nécessite la réalisation d’un aqueduc qui ne sera achevé qu’en 1587.

Ce vaste réseau de canaux dans lequel l’eau de la Durance s’écoule gravitairement jusqu’à l’étang de Berre et au Rhône continue d’irriguer, 4 siècles plus tard, toute la plaine aride de la Crau, un milieu naturel très spécifique où l’eau excédentaire alimente, année après année, une nappe souterraine qui s’est formée artificiellement dans les anciennes alluvions graveleuses déposées par la Durance avant que son cours ne soit modifié, il y a deux millions d’années. Cette réserve souterraine d’eau, d’origine largement artificielle, est devenue une ressource stratégique précieuse pour l’alimentation en eau potable et l’activité industrielle du secteur.

Passage du canal de Craponne à Pélissanne (source © Belrando)

Au-delà de son rôle très bénéfique pour l’alimentation en eau et surtout l’irrigation agricole de toute cette région qui s’étend au sud des Alpilles, le canal de Craponne a été largement exploité pour l’énergie hydraulique et on a compté jusqu’à 35 moulins et usines installés sur ses berges, un patrimoine usinier largement tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle mais qui est en train de connaître de nouveaux développements.

En effet, un groupement d’intérêt économique (GIE) a été constitué en 2014 entre l’Association syndicale constituée d’office (ASCO) des Arrosants de la Crau (laquelle compte pas moins de 1800 membres, tous bénéficiaires des droits d’eau du canal et qui se cotisent pour en assurer l’entretien), et la Société du Canal de Provence (SCP), ceci dans l’objectif de construire une mini centrale hydroélectrique de 1,5 MW sur le canal, au niveau du partiteur d’Eyguières.

Partiteur d’Eyguières sur le canal de Craponne (source © Contrat de canal Crau – Sud Alpilles)

L’association syndicale, propriétaire des droits d’eau, a emprunté la somme de 4,5 millions d’euros destinée à l’investissement, en bénéficiant de la garantie apportée par SCP, laquelle assure la maîtrise d’œuvre du projet et sera associée à l’exploitation de la future centrale dont les travaux sont en cours depuis fin 2017. Une conduite forcée de 2,60 m de diamètre va être enterrée sur une longueur de 460 m, le long du canal pour relier la prise d’eau à la future turbine.

Chantier de la conduite forcée le long du canal de Craponne à Eyguières (source © France 3)

Si tout va bien, celle-ci devrait être opérationnelle mi-2019 et permettra de produire, en dehors de la période hivernale du 1er novembre au 28 février pendant laquelle le canal est à sec, de l’ordre de 5 GWh par an, de quoi couvrir les besoins en électricité de 850 personnes environ. On est très loin des 6 500 GWh produits annuellement par la chaine, gérée par EDF, de 29 centrales hydroélectriques et 16 barrages installés sur l’axe Durance-Verdon, mais cela devrait quand même rapporter une recette de 300 à 350 k€ par an, tout en participant au développement de la production locale d’énergie renouvelable. Adam de Craponne, en bon ingénieur et homme d’affaire avisé qu’il était, aurait sans aucun doute apprécié cette nouvelle mise en valeur de son ouvrage hydraulique toujours opérationnel, plus de 400 ans après son achèvement !

L. V. 

Sainte-Martine, payez pour nous !

16 mai 2018

Devenue en avril 2015 Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, à la suite de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, mis en examen en 2011 pour trafic d’influence, prise illégale d’intérêt et association de malfaiteurs, mais toujours en attente de son jugement, Martine Vassal sort le grand jeu en bourrant les boîtes aux lettres du département d’un épais document couleur de 84 pages tout à sa gloire et qui ressemble furieusement à un tract de campagne XXL intégralement payé par le contribuable.

Ce numéro spécial du bulletin d’information départemental rebaptisé « Accents de Provence », s’intitule en effet sobrement « Martine Vassal & sa majorité : 3 ans d’actions et de promesses tenues ». Et sa lecture est des plus instructives pour le citoyen lambda qui imaginait naïvement que le rôle du Conseil départemental et de ses 7000 agents consistait pour l’essentiel, et comme le prévoit la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales, à gérer les aides sociales, la construction et la maintenance des collèges ainsi que la voirie départementale.

Sur un budget global de 2,6 milliards d’euros adopté en 2018, dont 2,2 millions uniquement pour son fonctionnement, la part majeure des dépenses du Département concerne bien en effet l’aide sociale qui absorbe pas moins de 1,3 milliards d’euros. Il faut néanmoins atteindre la page 70 de cet épais document de propagande pour apprendre que la collectivité dépense 285 millions d’euros pour l’aide aux personnes âgées (pardon, « le Bel âge »), et 275 millions pour les personnes en situation de handicap, mais il n’y a pas un mot sur les quelques 70 000 allocataires du RSA alors que leur soutien par les allocations versées par le Département est essentiel.

Extrait du numéro spécial d’Accents de Provence, à la gloire de Martine Vassal (source © CD 13)

De même, seules quelques pages tout à la fin de l’épais dossier rappellent que le Département gère et entretient quand même plus de 3 000 km de routes départementales et quelque 135 collèges publics, investissant pas moins de 2500 € par an pour chacun des 97 000 collégiens du département.

Mais le but de cette plaquette est tout autre : il vise à démontrer que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’est en réalité qu’une agence de financement au service des élus locaux et de leurs projets. Elle passe ainsi en revue, territoire par territoire, toutes les réalisations rendues possibles grâce au financement du Département. C’est un véritable catalogue à la Prévert de tout ce qui a pu être réalisé, commune par commune, avec l’aide financière du Département, qui se monte jusqu’à 70 % du montant total de certains investissements : piscines, salles de spectacle, ronds-points, crèches municipales, écoles, musées, installations sportives, épiceries, caméras de vidéosurveillance, églises et même mairies : aucun aménagement public dans le département ne semble pouvoir se faire sans l’aide précieuse du Conseil départemental, même pour ceux qui relèvent sans conteste de la stricte compétence communale.

L’exemple de notre commune est d’ailleurs emblématique. Alors que le budget communal est excédentaire depuis des années sans aucun recours à l’emprunt, et que la ville est déjà totalement saturée d’équipements publics du dernier cri, la commune de Carnoux continue de réclamer, année après année, de nouvelles subventions du Département pour poursuivre ses investissements. Le groupe scolaire municipal, pourtant plutôt récent et déjà l’un des mieux équipés du Département, a ainsi fait l’objet de multiples réfections et embellissements, de même que les installations sportives municipales très largement dimensionnées.

Le centre-ville a été entièrement refait, toujours grâce aux subventions du Département, alors même qu’il est bien loin de présenter le même degré de vétusté que de nombreux quartiers de Marseille ou même d’Aubagne. Tout le réseau électrique et l’éclairage urbain ont été entièrement remplacés avec enfouissement total des lignes électriques, ce qui contribue incontestablement à l’embellissement du cadre de vie carnussien mais pourrait difficilement être étendu à l’ensemble des villes du département vu le montant des investissements nécessaires pour cela, subventionnés pour l’essentiel grâce à la générosité du contribuable buco rhodanien.

Extrait du bulletin municipal de Carnoux Le Messager n°51, avril 2018 (source © Commune de Carnoux-en-Provence)

Et ne parlons même pas du chantier pharaonique d’extension de l’hôtel de ville, dernière étape des 12 travaux de Giorgi. Là aussi, c’est le Département qui paiera la moitié de la note comme le confirme le numéro spécial de la revue Accents qui évoque un montant global du projet de 4,44 millions d’euros, subventionné à hauteur de 50 % par le Conseil départemental. D’ailleurs, les éléments budgétaires qui figurent dans la dernière livraison du Messager d’avril 2018 confirment s’il en était besoin, que les recettes d’investissement de la commune de Carnoux dépendent à près de 60 % des subventions d’autres collectivités, au premier rang desquelles le Département, le maire s’inquiétant même ouvertement d’une disparition éventuelle de cette collectivité, au risque pour les communes « de perdre le soutien financier sans faille du Département et donc de réduire leurs capacités d’action ».

Sur ce plan, Carnoux n’est pas un cas isolé. On apprend en effet, toujours dans le bilan à mi-parcours de Martine Vassal, que même la richissime commune de Gemenos, dont le maire ne sait plus comment dépenser son budget et est allé jusqu’à distribuer des bons d’achats à ses concitoyens, réclame sa part du gâteau et a obtenu une subvention du Département pour l’extension de sa crèche municipale, au titre de la solidarité territoriale en faveur des petites communes rurales sans doute…

Martine Vassal dans l’église de Châteauneuf-les-Martigues en février 2017 (source © Twitter)

Bien entendu, il n’est pas question de soupçonner la moindre volonté de clientélisme dans toutes ces subventions distribuées à tour de bras. Du temps où elle était dans l’opposition, Martine Vassal a suffisamment accusé Jean-Noël Guérini de faire des chèques aux élus locaux de certaines communes périphériques en fonction de considérations purement électoralistes pour qu’elle soit désormais au-dessus de tout soupçon, au moins sur ce plan.

D’ailleurs, l’arrivée au pouvoir de Martine Vassal, toujours deuxième adjointe au maire de Marseille où elle est élue depuis 2001 aux côtés de Jean-Claude Gaudin, s’est traduite par un net rééquilibrage des subventions départementales en faveur de la cité phocéenne, comme le rappelle le dernier numéro d’Accents. En politique en effet, il ne faut jamais injurier l’avenir et Martine Vassal n’est pas trop mal placée pour ambitionner succéder dans 2 ans à Jean-Claude Gaudin au fauteuil de maire de Marseille, maintenant que ce dernier a confirmé qu’il ne briguerait pas un ultime mandat.

Désormais, le Département investit aussi sur Marseille (extrait d’Accents de Provence n° 243, avril 2018)

S’il n’est pas totalement sûr que Martine Vassal sera bien candidate à la mairie de Marseille, en revanche, on ne voit pas très bien, en dehors peut-être de ses ennuis judiciaires, ce qui pourrait l’empêcher de remplacer très prochainement Gaudin à la tête de la métropole Aix-Marseille-Provence et elle ne cache d’ailleurs pas ses ambitions dans ce domaine, elle qui est déjà première vice-présidente de cette institution.

La logique voudrait que le Département et la Métropole fusionnent sur le territoire métropolitain comme cela s’est fait en 2015 dans le Rhône sous l’égide de l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, devenu depuis ministre de l’Intérieur. Les deux collectivités étant déjà dirigées par les mêmes équipes, une telle fusion simplifierait quelque peu la répartition des compétences sur l’agglomération métropolitaine sans introduire de bouleversement politique majeur, ce qui ne serait manifestement pas pour déplaire à « Sainte-Martine » même si tous les élus locaux s’y opposent, on se demande bien pourquoi…

L.V. 

A Paris comme à Marseille, le Préfet qui s’attaque aux cas d’eau

25 février 2018

En France, selon une tradition républicaine solidement établie, les Préfets restent rarement très longtemps au même poste, histoire d’éviter qu’ils s’engluent dans le réseau de notabilité locale au risque de perdre le recul nécessaire à ceux qui sont d’abord chargés de faire appliquer localement les règles de la Nation et les orientations du Gouvernement. Rares sont donc sans doute ceux qui se souviennent encore du nom de celui qui fut Préfet des Bouches-du-Rhône et Préfet de Région à Marseille entre juin 2013 et juillet 2015.

Martine Vassal à La Ciotat le 17 juin 2015 en présence de Patrick Boré (au centre) et de Michel Cadot (à droite), encore préfet des Bouches-du-Rhône (source © TPBM)

Gageons néanmoins que la Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, élue à ce poste prestigieux en remplacement de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, s’en souvient parfaitement. Car c’est bel et bien le Préfet Michel Cadot, haut fonctionnaire austère, issu de la promotion Voltaire de l’ENA, tout comme François Hollande, et qui fut un temps directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie au Ministère de l’Intérieur, qui est à l’origine des ennuis judiciaires dans lesquels elle est désormais empêtrée.

Petit retour en arrière, pour ceux qui l’auraient oublié : en 2013, après avoir confié pendant 53 ans sans discontinuer (un record !) la distribution de l’eau potable à la SEM (Société des Eaux de Marseille, désormais entièrement entre les mains de Véolia), la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole avait remis en jeu cette délégation de service publique, pour se mettre enfin en conformité avec la loi. Et surprise, le 31 octobre 2013, trois des 4 lots (un pour l’eau potable et deux concernant l’assainissement, représentant quand même la bagatelle de 3,2 milliards d’euros) ont été attribués de nouveau à la SEM pour 15 ans supplémentaires, au terme d’une procédure manifestement entachée de très nombreuses irrégularités, ainsi que nous l’avions déjà évoqué ici.

Outré par de telles pratiques, le Préfet Cadot a donc saisi immédiatement la Cour Régionale des Comptes qui avait rendu très rapidement ses conclusions, totalement accablantes. Rendu public après les élections municipales de mars 2014, le rapport met tout particulièrement en cause le rôle de Martine Vassal, alors simple conseillère départementale mais déjà adjointe au maire de Marseille et surtout présidente de la commission Agglomération éco-responsable de MPM. A ce titre, c’est elle qui a présenté devant les élus de la commission d’examen des offres les conclusions de l’analyse des offres après avoir participé en direct aux négociations avec les entreprises, orientant sans difficulté la décision en faveur de la SEM.

Or la Cour Régionale des Comptes pointe un conflit d’intérêt manifeste puisque Martine Vassal était à l’époque trésorière du Forum mondial de l’eau, une association destinée à défendre les intérêts des multinationales françaises de l’eau au premier rang desquelles Véolia, et dont le président, un certain Loïc Fauchon, lui-même ancien secrétaire général de la Ville de Marseille, est par ailleurs PDG de la SEM. Pendant la précédente réunion du Forum mondial de l’eau qui s’était comme par hasard tenue à Marseille en mars 2012, en pleine phase de renégociation du contrat de la SEM, Martine Vassal s’était montrée particulièrement proche de Loïc Fauchon…

Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Loïc Fauchon (de gauche à droite) et Martine Vassal lors de la clôture du Forum mondial de l’eau en 2012 (crédit photo © Christophe Taamourte / 6th Water World Forum)

L’affaire avait été jugée alors si grave et susceptible d’être constitutive d’infractions pénales, que le Procureur de la République avait été saisi. On avait finalement appris, en 2015, que ce dernier avait transféré le dossier au Parquet national financier, créé suite à l’affaire Cahuzac pour juger les faits d’évasion fiscale et de corruption. Ceci n’avait pas empêché Martine Vassal de devenir entre temps 2ème adjointe au maire de Marseille, puis Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, et finalement première Vice-Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence : des postes clés dans le cadre de la réorganisation territoriale de l’agglomération marseillaise et qui la placent en position idéale pour succéder, peut-être même avant la fin de son mandat, à un Jean-Claude Gaudin vieillissant.

Le nouveau siège social de Véolia à Aubervilliers (crédit photo © C. Majani / Véolia)

Sauf que depuis, l’affaire a prospéré… Le 12 janvier 2015, le Parquet national financier ouvre donc une enquête préliminaire pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits. Le siège parisien de Véolia est perquisitionné en avril et le 10 novembre de la même année, un procureur accompagné d’enquêteurs de la Division économique et financière de la Police Judiciaire de Marseille, frappent à la porte du bureau de Martine Vassal pour une perquisition en bonne et due forme, avant d’aller visiter son domicile dans l’après-midi, puis de s’intéresser au bureau du Directeur général des services de MPM et au siège de la Société des Eaux de Marseille.

Et les choses ne s’en arrêtent pas là puisque le 22 juin 2017, la présidente du Conseil Départementale est placée en garde à vue pendant 15 heures dans les locaux de la Brigade financière, ainsi d’ailleurs que son grand ami Loïc Fauchon. Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin en personne, est lui-même longuement entendu par les enquêteurs ce même jour, comme simple témoin car une mise en garde à vue aurait nécessité la levée préalable de son immunité parlementaire alors qu’il détenait encore à cette date un mandat de sénateur.

Depuis, rien n’a filtré quant aux suites judiciaires de cette affaire qui risque de déboucher sur un renvoi devant le tribunnal correctionnel, à moins que le dossier ne soit finalement classé sans suite… Quoi qu’il arrive, l’image de vertu que voulait donner Martine Vassal en arrivant à la tête du Département risque d’en être quelque peu écornée, elle qui disait vouloir en finir avec « le clientélisme » de son prédécesseur et déclarait vouloir placer son mandat « sous le signe de la transparence et de l’équité »…

Le Préfet Michel Cadot (crédit photo © P. Magnien / 20 minutes)

Et pendant ce temps là, le Préfet Cadot, à l’origine de ce coup de pied rageur dans la fourmilière, poursuivait sa carrière comme Préfet de Police de Paris. Le 17 avril 2017, il chute malencontreusement de son Vélib et se déboîte la hanche, au point de demander à être remplacé à son poste par son collègue Michel Delpuech qui venait pourtant tout juste d’être nommé Préfet de Région Ile de France en remplacement de Jean-François Carenco. Et c’est donc finalement Michel Cadot lui-même qui est nommé le 14 juin 2017 à ce poste de Préfet de Paris, Préfet de Région, et qui se retrouve illico confronté aux nouvelles frasques de Véolia, cette fois dans le cadre d’un contrat lié à l’exploitation de la station d’épuration de Valenton pour le compte du SIAAP, le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne, qui gère les eaux usées de près de 9 millions de Franciliens.

En l’occurrence, le contrat d’exploitation de cette immense station d’épuration représente 397 millions d’euros sur 12 ans et, curieusement, le marché a été remporté par Véolia face à son éternel concurrent Suez, alors que son offre était pourtant plus chère (de 37 millions quand même !).

Vue de l’usine du SIAAP à Valenton (crédit photo © Emmanuel Riche / ODYSEE pour le SIAAP)

Cette fois, c’est le Tribunal administratif qui a été saisi de l’affaire, avec du coup une réaction beaucoup plus rapide que dans l’affaire marseillaise. Une première ordonnance a été rendue le 15 novembre 2017 par le Tribunal administratif qui met bien en évidence des éléments constitutifs d’un délit de favoritisme dans l’attribution de ce marché dont l’application a donc été suspendue par les juges à compter du 28 novembre, le temps pour le SIAAP de remédier aux irrégularités constatées.

Mais le Préfet Cadot n’a pas accepté d’en rester là et a fait appel, afin d’obtenir l’annulation du contrat et permettre de relancer l’appel d’offre sur des bases plus saines. En l’occurrence, la stratégie du Préfet est plus globale et vise la reconfiguration complète de la gouvernance territoriale du Grand Paris, encore en plein chantier. Il n’en demeure pas moins que ses attaques insistantes contre les bonnes vieilles habitudes de Véolia et sa proximité avec certains élus locaux ne doivent pas manquer d’en agacer certains…

L.V.  

Dominique Tian pris la main dans le sac

27 janvier 2018

Dominique Tian (photo © Kenzo Tribouillard / AFP)

Le premier adjoint au maire de Marseille, Dominique Tian, risque fort de ne jamais succéder à Jean-Claude Gaudin comme premier magistrat de la ville. Député depuis 14 ans dans les beaux quartiers de Marseille, Dominique Tian, qui faisait partie de l’équipe de campagne de François Fillon après avoir soutenu Bruno Le Maire, avait déjà annoncé qu’il démissionnerait de son poste de premier adjoint une fois réélu député pour la quatrième fois, loi sur le non cumul des mandats oblige.

Mais pas de chance pour lui car il a été sèchement battu aux dernières élections législatives, par une parfaite inconnue de 37 ans, Claire Pitollat, ingénieur de son état. Et voilà que le pauvre Dominique Tian vient de se voir condamné en première instance à une lourde peine par le Tribunal correctionnel de Paris pour « blanchiement de fraude fiscale et déclaration mensongère de patrimoine ».

L’affaire, que nous avions déjà évoquée ici, remonte à 2012, alors que le député fraîchement réélu à l’Assemblée nationale remplit sa déclaration de patrimoine en se gardant bien de mentionner qu’il détient plus de 1,5 millions d’euros sur un compte en Suisse ainsi qu’un hôtel 3 étoiles à Bruxelles. De simples peccadilles aux yeux de celui qui se présente d’abord comme un « homme d’affaires », d’obédience ultra-libérale comme le relate Marsactu à l’issue d’une de ses visites chez ses amis de l’association libérale Contribuables associés, dénonçant à cors et à cris « l’oppression fiscale », désireux de faire disparaître le statut de la fonction publique territoriale et auteur en 2011 d’un rapport au vitriol dénonçant la fraude aux cotisations et prestations sociales.

Dessin de Soulcié, publié par Anti-K

Créée en 2013 suite à l’affaire Cahuzac qui avait menti pour dissimuler son compte en Suisse, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d’intérêts des responsables publics français. Dotée de pouvoirs élargis par rapport à la commission qu’elle remplace, ainsi que l’explique Le Monde, la HATVP peut croiser les déclarations de patrimoine avec les fichiers des services fiscaux, ce qui lui a permis de prendre la main dans le sac plusieurs parlementaires parmi lesquels le sénateur LR de la Haute-Marne Bruno Sido, condamné à six mois de prison avec sursis et 60 000 euros d’amende en avril 2016, pour avoir également omis de signaler l’existence de son compte bancaire en Suisse.

En avril 2015, la Haute autorité a ainsi déclenché une enquête administrative à l’encontre de Dominique Tian. Celui-ci indique pour sa défense que le compte en Suisse lui vient d’un héritage de son père, « un chef d’entreprise marseillais exerçant dans l’univers des soins et des retraites » selon les informations de La Provence et qu’il avait tenté de négocier une régularisation dans le cadre du dispositif de rapatriement des capitaux mis en place en 2013 par le ministre du budget d’alors, Bernard Cazeneuve. Quant à l’hôtel belge, l’élu prétend qu’il ne lui appartient pas en propre mais à une de ses sociétés : la nuance est subtile…

Toujours est-il que le premier adjoint de Marseille a dû comparaître devant la 11e chambre du Tribunal correctionnel de Paris le 1er décembre 2017. Après plus de cinq heures d’audience, le procureur de la République Pierre Jeanjean a alors requis une peine de prison de 12 mois avec sursis à l’encontre du 1er adjoint au maire de Marseille, ainsi qu’une amende de 300 000 euros et une peine d’inégibilité de cinq ans.

Le jugement avait été mis en délibéré et vient d’être rendu ce vendredi 26 janvier 2018, en des termes plutôt sévères pour le prévenu puisque la présidente, Bénédicte de Perthuis, tient à enfoncer le clou en précisant que « les faits commis sont d’une particulière gravité », traduisant « une violation de la loi et de l’égalité devant l’impôt » par « un élu de la République » dont le comportement aurait dû être « exemplaire ». Ces faits, a ajouté la présidente du tribunal, ne peuvent que « nourrir la méfiance des citoyens envers ceux qui les représentent ».

De fait, Dominique Tian a été condamné à douze mois de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et une amende record de 1,45 million d’euros. Le jugement est sévère et bien entendu le premier adjoint au maire de Marseille a immédiatement hurlé au scandale et au lynchage politique, tout en annonçant qu’il faisait appel du jugement. Une stratégie qui lui permet de gagner du temps puisque l’appel est suspensif, ce qui lui permet de conserver son mandat électif pendant les 8 à 12 mois que vont durer les procédures, quitte à pousser ensuite le bouchon jusque devant la Cour de Cassation, de quoi tenir jusqu’aux prochaines élections municipales…

Pas sûr cependant que cela suffira pour lui permettre de rester dans la course de la succession à Jean-Claude Gaudin. Une course qui semble désormais bien lancée depuis les déclarations fracassantes du Président du Conseil régional, Renaud Muselier, qui tire désormais à l’arme lourde contre le bilan du « mauvais maire » qui a effectué « deux mandats de trop », l’accusant en vrac pour sa « politique de l’immobilisme » et sa « cohabitation politico-mafieuse » avec Jean-Noël Guérini…

Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin, le 26 janvier 2018 (photo © Frédéric Speich pour La Provence)

« Je n’ai pas pour habitude de répondre aux insultes, aux injures et aux outrances », a aussitôt Jean-Claude Gaudin selon Le Monde. D’autres l’ont fait à sa place, parmi lesquels la Présidente du Conseil départemental, Martine Vassal, l’autre élue de droite qui brigue également le fauteuil du maire sans le dire et qui s’est donc ostensiblement affichée aux côté de Jean-Claude Gaudin vendredi dernier en lui rappelant mielleusement devant la presse, comme le rapporte La Provence : « Jean-Claude, tu as profondément transformé Marseille depuis vingt-cinq ans (…) Tu peux désormais compter sur ceux que tu as lancés dans le grand bain de la politique ».

Voilà qui a au moins le mérite de la clarté et laisse entrevoir pour les prochaines élections municipales à Marseille une bataille sanglante entre élus de la majorité républicaine… A condition du moins que Martine Vassal ait elle-même réglé ses propres ennuis judiciaires puisqu’elle est toujours en attente d’une décision dans le cadre de l’affaire sur les marchés publics de l’eau qui l’avait conduite en garde à vue en juin 2017.

L.V.  

Logement social : encore un petit effort !

5 janvier 2018

C’est un vieux serpent de mer qui resurgit périodiquement : en région PACA où le foncier est cher, la plupart des maires préfèrent privilégier les villas cossues et les immeubles de grand standing plutôt que de favoriser la construction de logement social. Face à ce constat qui ne date pas d’hier, il a fallu attendre le gouvernement de Lionel Jospin pour qu’enfin soit votée une loi, dite SRU, adoptée le 13 décembre 2000, dont l’article 55 impose aux communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France) situées dans une grosse agglomération (plus de 50 000 habitants avec une ville centre de plus de 15 000 habitants) de disposer d’une proportion d’au moins 20 % de logement social.

Un dessin publié dans Témoignage chrétien

L’objectif paraît modeste quand on sait que plus de 50 % de la population est éligible au logement social et peine de plus en plus à se loger dans ces agglomérations. Dans une commune comme La Ciotat, ce pourcentage dépasse même 70 % comme le reconnait volontiers le maire Patrick Boré pour La Provence. D’où la nécessité de rehausser encore cet objectif qui est passé en janvier 2013 à 25 % sous l’impulsion de Cécile Duflot, alors ministre du logement.

Mais les élus locaux ne sont pas tous très respectueux de la loi et nombre d’entre eux préfèrent payer les amendes prévues plutôt que de se conformer à des textes qu’ils jugent trop contraignants et défavorables à leurs intérêts, partant du principe que leur électorat traditionnel voit d’un mauvais œil le développement de logements sociaux, qui s’accompagne nécessairement d’un rajeunissement de la population, donc d’une demande accrue de services publics à assurer, voire d’un brassage social qui fait peur.

Chantier en cours (photo © Reuters)

C’est ainsi que la région PACA s’était distinguée lors du bilan triennal 2011-2013 en accueillant pas moins de 88 communes carencées selon les critères de la loi SRU, ce qui représentait 40 % des communes épinglées à l’échelle nationale ! Et les élus locaux ne comptaient pas s’arrêter en si bon chemin, sautant sur l’opportunité offerte par un nouveau texte de loi afin de tenter de s’affranchir de leurs obligations réglementaires. C’est ainsi qu’en juillet dernier, comme nous l’avions déjà évoqué ici, la métropole Aix-Marseille-Provence avait adopté une liste de 28 communes carencées qu’elle estimait devoir être exemptées de toute obligation au prétexte que leur desserte en transports publics était insuffisante pour y implanter des logements sociaux supplémentaires…

Pierre Dartout, nouveau Préfet de Région (source : Made in Marseille)

La ficelle était manifestement un peu trop grosse et le nouveau Préfet de Région, Pierre Dartout, l’a rappelé dès sa prise de fonction le 11 décembre, après deux mois de vacance à ce poste suite au départ précipité de Stéphane Bouillon, muté à Lyon en remplacement de son collègue à qui était reproché le cafouillage ayant conduit au double assassinat de la gare Saint-Charles. Du fait de la forte attractivité de la région PACA où la démographie est en hausse, les priorités de l’État telle que les a rappelées le nouveau Préfet sont « Le logement et l’accessibilité, la mobilité et les transports, ainsi que la cohésion sociale ».

Pas question donc de laisser les élus se faufiler entre les mailles du filet de la loi SRU. Selon TPBM, le nouveau ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, avait ainsi transmis au Préfet de Région, dès le 8 novembre, une liste de 72 communes jugées carencées, en recommandant d’y renforcer les sanctions financières et de reprendre en main la délivrance des permis de construire dans les secteurs à plus forts enjeux. A l’échelle nationale, ce serait ainsi 269 communes qui seraient désormais considérées comme carencées, dont 79 pour la région Ile-de-France, l’autre mauvais élève de la classe…

A Neuilly non plus, on n’est pas très favorable au logement social : un dessin signé Cambon, publié par Urtikan

Ce chiffre est légèrement inférieur à celui issu du bilan précédent, ce qui tend à montrer que les choses vont en s’améliorant. De fait, sur les 183 communes de la région PACA qui sont concernées par cet article de la loi SRU, 13 disposent déjà du taux légal de logement social et 4 en sont exemptées car plus de la moitié de leur territoire est inconstructible du fait de risques naturels ou technologiques (c’est notamment le cas de Saint-Victoret, fortement impactée par les nuisances de l’aéroport de Marignane). Parmi les autres, 24 ont effectivement atteint les objectifs fixés pour la période considérée, objectifs à la fois quantitatifs (en nombre de logements sociaux produits) mais aussi qualitatifs (pour respecter en particulier les objectifs de logements destinés aux catégories de population à plus faibles revenus).

Quant aux 142 communes restantes, les préfets des départements concernés les ont examinées au cas par cas et ont fait preuve d’indulgence pour 70 d’entre elles, en s’appuyant sur le fait que des contrats de mixité sociale ou des conventions en vue d’acquérir des terrains pour la constructions de logements avaient été signés, gages d’un minimum de bonne volonté. Carnoux, qui avait demandé à être exemptée au titre du critère d’insuffisance de desserte en transports publics se trouve ainsi écartée de la liste des communes carencées, bien que n’ayant pas atteint les objectifs fixés. La commune pourrait même désormais être considérée comme ne relevant plus de la loi SRU, de même que trois autres communes des Bouches-du-Rhône, si les informations avancées par Marsactu sont confirmées par le décret attendu pour fin 2017.

Carnoux : désormais exempté malgré un taux de logements sociaux très insuffisant ?

Même si le ministre s’est montré un poil plus exigeant que la commission nationale chargée du suivi de la loi SRU en ajoutant in extremis 8 communes supplémentaires dont Ceyreste et Peypin, cette liste de 72 communes considérées comme carencées est donc loin de refléter l’application stricte des critères de la loi. En atteste notamment le fait que des communes comme Cassis, qui est pourtant très loin d’atteindre l’objectif fixé, ne figure pas sur la liste, pas plus que Nice (où le taux de logement social ne dépasse pas 13 %), Toulon, Aix ou même Marseille (qui n’a atteint que 13 % de son objectif fixé pour la dernière période triennale).

Quant aux 72 communes considérées comme carencées, dont la liste a été publiée à l’occasion du Comité régional de l’habitat et de l’hébergement qui s’est tenu à Marseille le 22 décembre, 24 d’entre elles se situent dans les Bouches-du-Rhône dont 22 sur le territoire de la Métropole où 72 000 demandes de logements sociaux sont en souffrance alors qu’on n’y a construit en 2016, pourtant considéré comme un crû exceptionnel, que 5 000 nouveaux logements de ce type. C’est en tout cas toujours les Alpes-Maritimes qui tiennent la corde, avec 25 communes carencées, mais les Bouches-du-Rhône font néanmoins pire que le Var où seules 15 communes ont finalement été épinglées !

Un dessin signé Delucq, publié dans le Huffington Post

Sur ces 24 communes, certaines verront leurs sanctions financières fortement renforcées. C’est le cas notamment d’Éguilles dont le montant des pénalités sera multiplié par 5 tandis qu’il sera multiplié par 3,5 pour Carry-le-Rouet, le montant de ces pénalités étant reversé soit à l’intercommunalité soit à l’Établissement foncier régional. De plus, le Préfet pourra désormais se substituer au maire pour la délivrance des permis de construire au bénéfice d’organismes HLM dans certains secteurs à enjeux, et il pourra même se réserver le droit d’attribuer lui-même la majeure partie des logements ainsi construits pour limiter la tendance de nombreux élus locaux à détourner l’esprit de la loi en distribuant les nouveaux logements selon des critères plus clientélistes que réellement sociaux.

Comme quoi, la mixité sociale, dans l’agglomération marseillaise comme ailleurs, mais manifestement plus ici que dans la majeure partie du pays, ne va pas de soi…

L.V.  

Aix-Marseille : du rififi à la métropole

3 janvier 2018

Deux ans tout juste après sa création au 1er janvier 2016, et à l’occasion de son dernier conseil métropolitain qui s’est tenu le jeudi 14 décembre au palais du Pharo, la métropole Aix-Marseille-Provence vient d’adopter son budget primitif pour l’exercice 2018, sur la base de son rapport d’orientations budgétaires. Un numéro de haute voltige et qui a bien failli tourner à l’empoignade générale. Il a fallu pas moins de 2 heures de franches discussions agrémentées de passes d’armes peu amènes pour que le projet de budget concocté par l’adjoint au budget, Jean Montagnac, par ailleurs maire de Carry-le-Rouet, et son acolyte aux finances, l’adjoint marseillais Roland Blum, finisse par être adopté, mais avec 36 abstentions et 33 votes contre, ce qui n’est pas si fréquent dans ce genre d’assemblée.

Conseil métropolitain AMP du 14 décembre 2017 pour le vote du budget (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

D’autant que les votes ne reflètent aucune logique politique. Certains élus socialiste dont Eugène Caselli ont voté pour, de même que des conseillers ex-Front national, tandis que les élus aixois pourtant tous LR ont voté contre. Maryse Joissains, à son habitude, était totalement déchaînée, pleurnichant une fois de plus « puisque nous sommes maltraités et mal-aimés, laissez-nous quitter cette métropole » ! Son premier adjoint, Gérard Bramoullé, a fait également dans la surenchère, affirmant avec grandiloquence : « C’est un budget mortifère économiquement, injuste territorialement et fragile légalement. Sur notre territoire, nos investissements vont s’effondrer ».

Face à tant de mauvaise foi, l’ex-sénateur Jean-Claude Gaudin s’en étranglait, tonnant en aparté, selon La Provence : « Ceux qui ont voté contre le budget sont de farouches opposants à la Métropole alors qu’ils en sont les plus grands bénéficiaires ». Il aurait même été encore plus cash dans ses échanges avec Gérard Bramoullé qui a vertement critiqué le budget et voté contre, allant jusqu’à lui dire selon Marsactu : « Vous critiquez mais vous prenez le pognon ». Du coup, les représailles n’ont pas tardé puisque dès le 24 décembre La Provence annonçait que le Président de la Métropole avait retiré à l’adjoint de Maryse Joissains sa délégation métropolitaine au territoire numérique et à l’innovation technologique. A Marseille, on a le sang chaud et la vengeance ne se fait pas attendre…

Maryse Joissains et son adjoint Gérard Bramoullé (photo © La Marseillaise)

Il faut dire que Jean-Claude Gaudin avait quelques raisons de se sentir agacé par les jérémiades des riches Aixois qui refusent toute solidarité avec le reste de l’agglomération et ont tout fait en 2016 pour plomber d’avance la future métropole en engageant pendant qu’ils en avaient encore la possibilité de très lourds investissements dont la somptueuse Arena à 70 millions d’euros et la salle des musiques actuelles (pour 20 millions supplémentaires), sachant pertinemment qu’il reviendrait à la Métropole d’assumer ces coups partis.

Pas évident dans ces conditions de dégager des marges de manœuvre pour investir enfin dans les grands équipements structurants qui justifient effectivement d’agir à l’échelle métropolitaine. D’autant que 53 % du budget de fonctionnement de la Métropole est purement et simplement reversé aux communes membres, sous forme d’attributions de compensation, soit un montant énorme de 705 millions d’euros auquel s’ajoutent 90 millions de fonds de concours. C’est deux fois plus que dans les autres métropoles et cela plombe le budget en attendant que la métropole intègre effectivement les compétences correspondantes, ce qui devrait être le cas dès 2018 pour certaines d’entre elles.

Jean-Claude Gaudin, président de la Métropole AMP jusqu’à quand ? (photo © Charles Platiau / Reuters)

Jusqu’à fin 2019 en effet, et contrairement aux autres métropoles françaises, la plupart des compétences normalement dévolues à la métropole, sont en fait déléguées aux anciennes intercommunalités, désormais dénommées Conseils de territoire. Cette situation transitoire résulte en effet des fortes réticences des anciennes intercommunalités à se fondre dans un ensemble métropolitain et, de fait, rend la structure métropolitaine quasi inopérante, chaque Conseil de territoire raisonnant à sa propre échelle et cherchant seulement à se tailler une part du gâteau supérieure à celle du voisin. Ceci explique largement l’attitude des élus aixois, même s’ils ne sont pas les plus mal servis puisque leur dotation globale (fonctionnement + investissement) s’élève pour 2018 à 175 millions d’euros contre 210 millions pour l’ancienne CUM pourtant nettement plus peuplée et 28 millions pour l’ex Pays d’Aubagne.

Du fait de cette priorité donnée par chacun des maires des 92 communes membres aux équipements de proximité, il ne reste pas grand-chose pour mettre en branle les grands chantiers métropolitains et en particulier celui des transports publics. Le budget d’investissement pour 2018 a finalement été arrêté à la somme ridiculement faible de 400 millions d’euros (hors budgets annexes), ce qui représente une baisse de 22 % par rapport à 2017 ! Sur ce montant, seuls 86 millions sont destinés aux transports alors que l’agenda de la mobilité métropolitain avait chiffré les besoins à 3,5 milliards d’euros d’ici 2025 : on est loin du compte !

Bien entendu, Jean-Claude Gaudin soutient que tout le problème vient de l’État qui ne se montre pas assez généreux, lui dont la dotation devrait être amputée de 10,3 millions en 2018 dans le cadre de l’effort demandé aux collectivités pour participer au redressement des comptes de la Nation. Mais on voit bien que ce n’est pas là le nœud du problème, d’autant que la Région a prévu d’injecter pas moins de 120 millions d’euros via le Contrat régional d’équilibre territorial, tandis que le Département (dont la Présidente, Martine Vassal, ambitionne désormais de remplacer dès 2018 Jean-Claude Gaudin à la tête de la Métropole, ainsi que l’a affirmé Marsactu) devrait prendre en charge plus de la moitié des 390 millions d’euros nécessaires aux différents chantiers de contournement routier de Marseille.

Le plan du futur réseau de transports collectifs issu de l’Agenda de la mobilité métropolitaine adopté en décembre 2016 (source : AGAM)

Difficile en tout cas de donner un signal plus négatif pour l’avenir de la Métropole Aix-Marseille-Provence dont les ressources financières ne sont manifestement pas à la hauteur de ses ambitions et dont le montant de la dette devrait atteindre 1,9 milliards d’euros dès 2020. De quoi alimenter les critiques du sénateur FN, Stéphane Ravier, qui ironisait en plein débat budgétaire : « Nous avons déjà sombré dans le ridicule et prochainement dans les abysses des déficits budgétaires »… Heureusement, en juin 2017, l’agence de notation Fitch a attribué à la Métropole la note A+ qui lui permet d’emprunter à bon compte : on respire !

L.V.  

Le Bateau bleu bientôt au bord des Calanques…

3 septembre 2017

Décidément, les projets architecturaux fleurissent à Marseille. Alors que les travaux battent leur plein dans le cadre de l’opération Euroméditerranée, que le réaménagement de la Porte d’Aix avance à grands pas et que sont désormais quasiment achevées les constructions réalisées autour du stade Vélodrome réhabilité et agrandi, deux projets retiennent l’attention, tous deux pilotés par l’architecte Jean Nouvel.

Cet architecte français mondialement connu, s’était fait un nom au début des années 1980 avec la conception de l’Institut du Monde Arabe à Paris, avec ses spectaculaires façades à moucharabieh. C’est lui également qui a dirigé la réhabilitation de l’Opéra de Lyon, la construction du Musée des arts premiers, quai Branly à Paris, la tour Agbar à Barcelone ou encore le Louvre d’Abou Dhabi.

Les futures Tours d’Arenc dont la Marseillaise à droite (source © Constructa)

A Marseille, c’est son équipe qui a été retenue pour réaliser une des trois tours d’Arenc initiées par le promoteur Constructa dans le périmètre d’Euroméditerranée, entre le Silo et la tour CMA-CGM. Cette tour, pompeusement dénommée La Marseillaise est actuellement en cours de construction depuis fin 2014. Le noyau central en béton est désormais achevé, donnant à la tour sa hauteur définitive de 135 m, un peu moins que celle de la CMA-CGM, mais davantage que ses deux futures voisines.

Avancement du chantier de La Marseillaise (août 2017 – source © Vinci construction)

La tour H99, qui culminera comme son nom ne l’indique pas précisément à 99,90 m de hauteur, conçue par l’architecte Jean-Baptiste Pietri, comprendra 130 appartements de grand standing, répartis sur 27 étages avec vues panoramiques sur la ville et sur la baie de Marseille. Quant à la troisième, la tour Horizon, imaginée par Yves Lion, elle est prévue pour s’arrêter à 113 m de hauteur et pour abriter 200 chambres d’hôtels et 150 chambres de résidence de tourisme réparties sur 35 étages, mais le projet est encore en attente d’investisseurs.

La tour Marseillaise, quant à elle, prend forme rapidement. Ses 31 étages sont désormais en plein travaux mais la façade a déjà revêtu son apparence définitive avec ses couleurs qui oscillent, au gré de l’éclairage, entre les trois couleurs symboliques que sont, paraît-il, le bleu (comme les couleurs de l’OM, naturellement), le blanc (des nuages, forcément) et le rouge (des tuiles provençales, bien sûr). Une tour qui abritera, d’ici fin 2018, 35 000 m² de bureau, dont la moitié a été préemptée pour les services de la Métropole Aix-Marseille-Provence, le reste se partageant entre la Caisse d’Epargne, la Sodexo, la Chambre de commerce et d’industrie et Orange. Que du beau monde qui se retrouvera chaque midi dans un restaurant inter-entreprises de 2 800 m².

Et l’architecte Jean Nouvel ne compte pas s’arrêter en si beau chemin puisqu’il pilote un autre projet d’envergure, toujours dans la cité phocéenne mais cette fois à Saint-Just, juste en face du Dôme et du Bateau bleu, un bâtiment emblématique conçu par le Britannique William Aslop et qui abrite le siège du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Achevés tous les deux en 1994, le Bateau bleu et le Dôme, la plus grande salle de spectacle marseillaise, flottaient jusque là dans l’environnement inachevé de la ZAC Saint-Just, qui s’étend de part et d’autre de l’avenue Alexandre Flemming. Fin 2011, le promoteur Amétis s’est porté acquéreur d’une vaste parcelle de 8700 m², située juste en face, à l’angle avec le boulevard Maréchal Juin, tandis qu’un autre projet d’immeuble de bureau voyait le jour sur la parcelle adjacente côté sud, l’îlot Meyer.

Vue aérienne montrant l’implantation du projet (source © Amétis)

Le projet conçu en 2014 par Jean Nouvel, et dont les travaux ont débuté fin 2016, comprendra plus de 500 logements en accession à la propriété, en locatif social ou libre et pour étudiants, répartis en 7 bâtiments de 8 à 16 étages et dont la hauteur culminera à près de 50 m, un peu en dessous de son illustre voisin puisque le Bateau bleu monte à 66 m… Un parking, destiné en partie aux usagers du Dôme voisin, prendra place sous les immeubles et un cheminement piétonnier souterrain facilitera l’accès à la station de métro toute proche.

Façade en arc de cercle face au Bateau bleu (source © Amétis)

Baptisé en toute simplicité « Les Calanques », cet ensemble architectural ne manque pas d’originalité puisqu’il se présente comme un îlot de plusieurs bâtiments en arc de cercle dont la façade extérieure, côté boulevards, ressemblera à un immense mur bleu à haute performance acoustique, rappelant furieusement la couleur originale du Bateau bleu voisin, mais l’isolant des éclats de voix des conseillers départementaux en plein débat, et surtout du bruit de la circulation environnante.

Maquette du projet (source © Ateliers Jean Nouvel – ideom)

Des balcons végétalisés sur une cour parsemée de rochers (source © Amétis)

En partie centrale et autour d’une cour intérieure végétalisée comme un jardin méditerranéen aménagé autour d’un bassin central, les 546 appartements se déploieront sous forme de terrasses étagées. De nombreux enrochements calcaires, évoquant le paysage des calanques voisines, seront disposés au pied du mur de façade végétalisé, histoire de créer en plein centre urbain, un paysage minéral et végétal rustique.

Les différents logements de ce projet immobilier ambitieux ne seront livrés qu’entre 2019 et 2020 mais il est probable, si l’on se réfère aux nombreuses polémiques initiées lors de la construction du Bateau bleu, que ce nouveau projet architectural aussi coloré que végétalisé et qui devrait se voir de loin, n’a pas fini de faire jaser sur la Cannebière…

L.V.  

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L. V.  

Départementales 2015 : quels enseignements en tirer ?

5 avril 2015

Beaucoup a déjà été écrit sur ces premières élections départementales qui viennent de se dérouler les 22 et 29 mars derniers, sur la base de cantons démographiquement plus équilibrés et en imposant la parité hommes/femmes. Politiquement, le principal enseignement est clair : la Gauche qui gérait, parfois depuis de nombreuses années, 61 des 101 départements français, n’en détient plus que 34. Seul le département de la Lozère, acquis à la Droite depuis 50 ans, bascule à gauche ! La stratégie de l’UMP qui avait fait liste commune avec l’UDI dès le premier tour de ces élections a manifestement été payante, par opposition à la Gauche qui s’est présentée à ces élections de manière totalement désunie.

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L’exemple de notre canton de La Ciotat est de ce point de vue caricatural avec la présence au 1er tour de deux listes de gauche, conduites pourtant par deux alliés des dernières municipales. Pour la troisième fois consécutive, après les précédentes cantonales de 2011 et les législatives de 2012, le second tour s’est résumé à un duel entre la Droite et le Front National !

Sur notre canton, le taux de participation a été particulièrement faible au premier tour, malgré le volume massif de subventions accordées par le Département depuis des années à notre commune. Rien d’étonnant néanmoins à cette désaffection, à la lecture du programme des candidats qui pour la plupart évoquaient principalement des idées générales d’ordre national et sans aucun rapport avec les compétences effectives du Département !

Un soutien officiel de la part de Jean-Pierre Giorgi à la liste UMP

Un soutien officiel de la part de Jean-Pierre Giorgi à la liste UMP

A Carnoux, la Gauche, malgré sa désunion a fait un score honorable avec près de 400 voix. On ne peut pas en dire autant de la liste UMP, pourtant ouvertement soutenue par notre maire qui avait pris soin de déléguer une de ses adjointes comme suppléante et qui avait obligeamment posé en personne sur la photo des tracts de campagne, démentant une fois encore son prétendu apolitisme. Avec seulement 854 voix au premier tour, l’équipe Boré – Milon obtient un score dérisoire sur notre commune ! D’ailleurs, le FN y est arrivé largement en tête au premier tour avec plus de 1000 suffrages exprimés en faveur de Vesselin Bratkov, qui n’avait obtenu que 418 voix au dernières élections municipales l’an dernier, et ceci sans même faire campagne puisqu’il n’a tenu aucune réunion publique sur Carnoux et que ses interventions en conseil municipal attestent surtout de sa méconnaissance profonde de la gestion des affaires publiques.

Jean-Noël Guérini, futur ex-président du Département

Jean-Noël Guérini, futur ex-président du Département

Dans les Bouches-du-Rhône, département aux mains de la Gauche depuis 60 ans et présidé depuis 1998 par Jean-Noël Guérini, ces élections constituent un vrai séisme politique. La poussée du FN a été fortement contenue, avec seulement deux élus sur le canton de Berre mais la Droite UMP-UDI enregistre une victoire incontestable avec 32 élus sur 58 et Martine Vassal, adjointe au maire de Marseille, a été élue dès le premier tour au poste de présidente du département, malgré les soupçons de conflit d’intérêt qui pèsent sur elle et qu’a soulevés récemment la Cour Régionale des Comptes. La Gauche a fait un score plutôt honorable avec 24 élus, surtout en comparaison du Var voisin où aucun représentant de la gauche ne figure dans la nouvelle assemblée départementale : les deux seuls candidats de gauche présents au second tour se sont fait balayer suite à une interprétation locale de la stratégie du « ni, ni » qui a conduit les électeurs de droite à se reporter massivement sur le Front National qui comprend désormais 6 représentants dans ce département…

Martine Vassal, nouvelle présidente du département (photo SIPA)

Martine Vassal, nouvelle présidente du département (photo SIPA)

D’ailleurs, sur les 4108 conseillers départementaux élus, seuls 62 (soit 1,5 % d’entre eux !) appartiennent au Front National, ce qui constitue un revers incontestable pour ce parti, arrivé en tête du premier tour dans 43 départements, avec un score national moyen supérieur à 25 % et qui s’était maintenu au deuxième tour dans plus de la moitié des cantons restant à pourvoir. Bien implanté désormais dans plusieurs départements, dont celui de Vaucluse où il va jouer les arbitres entre Gauche et Droite qui ont le même nombre d’élus, le FN ne dirigera cependant aucun département, contrairement au Parti Communiste qui garde le Val-de-Marne malgré un score national assez faible (1,3 % au premier tour et 5 % en additionnant les voix du Front de Gauche).

Cette élection confirme en tout cas certaines évolutions du paysage politique national qui se dessinent depuis déjà plusieurs années. L’électorat FN s’est manifestement élargi vers les jeunes et surtout les couches populaires. Traduisant jusque là surtout une aspiration à l’ordre et à la sécurité voire à des tentations de repli identitaire, le vote FN semble de plus en plus motivé par d’autres ressorts parmi lesquels figure une forte méfiance vis-à-vis des élites en général et du personnel politique en particulier, mais aussi contre les institutions européennes et les multinationales, ce qui contribue clairement à siphonner une partie de l’électorat de gauche…

Ajoutons à cela la lente dérive individualiste de notre société où les citoyens se transforment de plus en plus en consommateurs davantage soucieux de leur confort personnel que de solidarité et l’on comprend aisément que la Gauche soit à la peine, surtout en période de grave crise économique et sociale qui se traduit par une crainte généralisée de déclassement. Dans ce contexte, la Droite a beau jeu de tirer à boulets rouges sur le gouvernement même si elle semble bien en peine de proposer la moindre alternative crédible, lui reprochant aujourd’hui de faire ce qu’elle-même avait mis en œuvre lorsqu’elle était au pouvoir…

Le programme du Conseil national de la résistance : un modèle à suivre ?

Le programme du Conseil national de la résistance : un modèle à suivre ?

Et pendant ce temps-là, « la maison brûle » : non seulement notre pays doit faire face à des mutations économiques majeures qui se traduisent par une désindustrialisation rapide et un chômage de masse, mais se profile aussi à un horizon de plus en plus rapproché le défi colossal du changement climatique et de la transition énergétique, tandis que les conditions sociales se dégradent pour une grande partie de la population avec de réelles difficultés de logement, voire de santé pour certains, et une aggravation des écarts de richesse entre les nantis et les autres. Une véritable situation de crise qui demanderait un sursaut républicain et l’union des intelligences pour trouver ensemble les bonnes solutions, comme la France avait su le faire au sortir de la seconde guerre mondiale.

On est loin de ce schéma malheureusement et les comportements des différents partis lors de ces dernières élections départementales ne donnent guère l’espoir qu’on s’achemine vers un tel processus…

L. V. PetitLutinVert

Élections départementales 2015 : le retour des cumulards ?

24 février 2015

Blog163_Logo13Les médias n’en parlent guère, mais dans moins d’un moins se déroulera le premier tour des élections départementales, le dimanche 22 mars. Pourtant, le sujet devrait passionner chacun des citoyens que nous sommes car l’échelon départemental est après la commune celui auquel les Français sont le plus viscéralement attachés. Nous avons tous appris à l’école l’histoire de la création des départements en pleine euphorie révolutionnaire, à l’époque où la maille du découpage administratif prenait en compte la distance qu’un cavalier pouvait parcourir dans la journée pour se rendre à la préfecture. Rappelons-nous le tollé soulevé lorsqu’il a été question de supprimer le numéro du département sur les plaques d’immatriculation des voitures…

Pourquoi alors tant d’indifférence, alors que nous allons vivre dans quelques semaines un changement important dans le mode de scrutin de nos ex conseillers généraux, autrefois renouvelés par moitié tous les trois ans à l’occasion d’élections dites cantonales ? Place désormais au Conseil départemental dont les membres vont être élus pour 6 ans sous forme de binômes : pour chaque canton se présenteront obligatoirement un homme et une femme, avec leurs deux suppléants, un grand progrès pour la parité ! Les cantons eux-mêmes ont été redécoupés afin de permettre une représentation nettement plus équitable entre zones urbaines et rurales. Jusqu’à présent en effet, les secteurs densément peuplés étaient nettement sous-représentés par rapport aux campagnes et il était temps de rééquilibrer un peu la situation…

Extrait de la nouvelle carte des cantons des Bouches-du-Rhône

Extrait de la nouvelle carte des cantons des Bouches-du-Rhône

Carnoux fait désormais partie d’un canton élargi qui englobe les communes voisines de Cassis, Roquefort-La Bédoule, La Ciotat, Ceyreste, Cuges-les-pins et Gémenos, tandis que la ville d’Aubagne a été réunifiée au sein d’un autre canton qui intègre également La Penne-sur-Huveaune et Roquevaire. En 2011, lors des dernières élections, c’est Roland Giberti, maire de Gémenos, qui avait été très largement élu dans le canton d’Aubagne-Est auquel Carnoux était alors rattaché. La Gauche, qui se présentait en ordre dispersé, avait été éliminée dès le premier tour, et le second tour s’était réduit à un duel entre UMP et Front National. Même situation dans le canton voisin de La Ciotat où la Gauche, pourtant nettement majoritaire, s’était déchirée en 3 listes rivales et avait donc logiquement été balayée également dès le premier tour, laissant le maire de La Ciotat, Patrick Boré, cueillir une victoire facile au second tour face au candidat FN.

Danièle Milon, Patrick Boré et Sophie Gébelin (adjointe au maire de Carnoux), candidats UMP © Photo Fr. G. parue dans La Provence le 21 février 2015

Danièle Milon, Patrick Boré et Sophie Gébelin (adjointe au maire de Carnoux), candidats UMP © Photo Fr. G. parue dans La Provence le 21 février 2015

Cette année, la situation est encore plus favorable à la Droite puisque le nouveau canton ne comporte que des communes toutes dirigées, parfois depuis très longtemps, par des municipalités de Droite. Le tandem qui se présente au nom de l’UMP est d’ailleurs constitué de deux maires bien en place, ceux de La Ciotat et de Cassis, qui devraient être élus dans un fauteuil, sans même avoir besoin de faire campagne. D’autant qu’en face, la Gauche n’a rien retenu de la cuisante leçon reçue en 2011 et se présente de nouveau en ordre dispersé ! Le Parti socialiste, les Verts et Nouvelle Donne n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour tenter de monter une liste commune de Gauche, mais le Front de Gauche n’a rien voulu entendre et présentera contre toute logique sa propre liste face à une liste conduite par une socialiste, les Verts et Nouvelle Donne ayant préférer jeter l’éponge… La socialiste Christine Abattu et le communiste Karim Ghendouf avait pourtant réussi à faire liste commune lors des dernières élections municipales l’an dernier, mais l’alliance n’était manifestement que de façade !

Karim Ghendouf et Christine Abattu alliés ou adversaires ? © Photo C. Sollier pour La Provence (novembre 2013)

Karim Ghendouf et Christine Abattu alliés ou adversaires ? © Photo C. Sollier pour La Provence (novembre 2013)

Les règles du jeu étant ce qu’elles sont, il faut recueillir au moins 12,5 % des inscrits, soit probablement plus de 20 % des suffrages exprimés, pour espérer atteindre le second tour. Tout laisse donc penser que le second tour de ces prochaines élections départementales sur notre canton opposera une fois de plus l’UMP au Front National : bis repetita placent

A défaut de tout suspens et au risque de désespérer encore davantage les citoyens les plus républicains, ces élections départementales ont toutes les chances d’aboutir dans notre secteur à un triomphe des cumulards. Sur notre canton, Patrick Boré et Danièle Milon, déjà tous deux maires de leur commune et vice-présidents de la Communauté urbaine, vont selon toute vraisemblance se retrouver de surcroît élus au Département, tandis que dans le canton voisin d’Aubagne, la liste UMP est conduite par Gérard Gazay et Syvia Barthélémy, déjà respectivement maire d’Aubagne et présidente de la Communauté d’agglomération…

Blog163_PhCG13Depuis le temps qu’il est question de restreindre le cumul des mandats, on voit bien à quel point les élus locaux ont du mal à se plier à cette exigence démocratique ! Un tel mélange des genres, pourtant dénoncé par tous ceux qui tentent de lutter contre la corruption, est d’autant plus choquant que le Département est devenu le principal financeur des communes, subventionnant très largement la plupart de leurs projets d’investissement. Il suffit pour s’en persuader de regarder le nombre de panneaux blancs et bleus Blog163_PhPanneauqui fleurissent en ce moment au centre-ville de Carnoux et qui indiquent à quel point les chantiers en cours sont très largement soutenus financièrement par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Dans ces conditions, on comprend bien que tous les maires souhaitent se faire élire conseillers départementaux selon le vieil adage qui rappelle qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même… A quand la fin du clientélisme parmi nos élus locaux ?

L. V.  LutinVertPetit