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Climat : une COP de retard ?

20 décembre 2019

Renaud Muselier inaugurant une station d’autopartage à Drommel en février 2019 (source Région PACA)

C’est le nouveau cheval de bataille de Renaud Muselier : le Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, après avoir tenté de faire rentrer dans les têtes que sa région ne s’appelle plus PACA mais Région Sud, tente de faire croire que sa collectivité a désormais « une COP d’avance ». Un beau slogan qui ne veut pas dire grand chose mais qui fait simplement référence au Plan climat territorial adopté en 2017 et qui comprend 100 mesures ciblées plus ou moins en fonction de la préservation du cadre naturel et de la transition énergétique.

Un premier bilan établi à l’issue de l’exercice 2018 indique qu’un peu plus de la moitié des actions identifiées auraient déjà été réalisées et la quasi totalité déjà engagées pour un montant de 400 millions d’euros, correspondant à 20 % du budget de la collectivité. Les mauvais esprits y verraient la démonstration que 80 % du budget de la Région s’inscrit en dehors de cette stratégie vertueuse de transition écologique en faveur d’un moindre impact environnemental, notant par exemple que seul « 29 % du Fonds d’Investissement aux Entreprises Régionales est attribué à des entreprises identifiées comme respectueuses de l’environnement » , ce qui laisse entendre que l’essentiel des subventions régionales bénéficie à des entreprises qui se soucient comme d’une guigne de leur impact environnemental…

Les plus critiques pourraient même se demander en quoi la volonté de la Région d’investir 576 millions d’euros en 20 ans pour développer l’irrigation agricole des domaines viticoles relève bien d’une transition écologique plus respectueuse d’une saine gestion des ressources naturelles renouvelables. Des esprits chagrins pourraient aussi s’interroger sur l’impact écologique des 400 000 € investis pour améliorer l’aménagement touristique des plages, ou sur celui des 25 millions d’euros qui seront dépensés par la Région pour déployer le très haut débit et qui font partie des mesures phares affichées par la Région en faveur de la lutte contre le changement climatique mondial…

Notre Terre sombre, mais l’orchestre continue à jouer…

Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir la chance de vivre dans une région aussi en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique et qui a même poussé l’innovation jusqu’à prôner « la guerre du feu », laquelle consiste, contrairement à ce que les plus exaltés pourraient imaginer, non pas à mettre le feu à l’ancien Monde, mais plus modestement à recruter 110 jeunes pendant les vacances scolaires pour surveiller les massifs forestiers et alerter en cas de fumée suspecte.

Même rapportée à ses véritables proportions, cette initiative régionale a du moins le mérite de montrer qu’en matière de lutte contre le réchauffement climatique, les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer, surtout pour pallier l’inaction des États et des multinationales qui nous gouvernent. Car, du côté de ces derniers acteurs, il ne faut malheureusement pas s’attendre à des miracles. Quatre ans après la tenue de la COP 21 et de l’accord de Paris qui l’a conclue, le bilan de la dernière COP 25, organisée par le Chili et qui vient de se clôturer en Espagne est totalement désespérant.

Une COP 25 qui restera dans les annales pour sa durée plus que pour ses résultats (photo © Ccnucc / actu-environnement)

Les engagements qui avaient été pris en 2016 pour tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de contenir autant que possible sous la barre des 2 °C l’augmentation de la température mondiale moyenne, ont tous volé en éclat. Force est désormais de constater que ces émissions sont allègrement repartis à la hausse dans la majorité des pays, y compris en France et que nos gouvernants s’en moquent éperdument, à l’image de notre Président, Emmanuel Macron, qui n’a même pas jugé utile de faire le déplacement à Madrid, estimant pour se justifier qu’ « il s’agit juste d’une COP purement technique et de transition » !

Manifestation à Madrid pendant la tenue de la COP 25, en présence de Greta Thunberg (photo © Gabriel Bouys / AFP / Le Devoir)

On se demande bien pourquoi un événement aussi insignifiant a autant mobilisé les foules, et notamment les jeunes, alors qu’il n’a débouché sur aucune décision sinon de vagues ébauches de proposition pour essayer de bidouiller un marché carbone permettant à tout un chacun de spéculer sur les émissions de CO2 en rachetant à ses voisins le droit de polluer allègrement tout en laissant les autres compenser à sa place. Et pourtant, ce sont pas moins de 500 000 personnes qui se mobilisées et ont manifesté durant ces deux semaines qu’a duré la COP 25 pour essayer d’attirer l’attention sur les enjeux planétaires en cause.

Les pays insulaires directement menacés par l’élévation du niveau des océans ont bien tenté de se faire entendre pour demander une aide de la part des pays les plus émetteurs. Mais peine perdue. Malgré le délai de 42 heures supplémentaires que se sont octroyé les organisateurs de ce sommet raté, rien de concret n’en est sorti.

Un dessin signé Hervé Pinel publié dans Les Echos

Les nations les plus productrices de gaz à effet de serre que sont la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Australie, le Canada ou le Brésil n’ont rien lâché et tout porte à croire que l’on est désormais bien ancré sur une trajectoire qui se traduira par une augmentation d’au moins 3,2 °C de la température moyenne à l’échelle mondiale.

De grandes décisions ont malgré tout été prises… (dessin signé Ysope)

« La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d’une ambition plus grande », a déploré avec euphémisme le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Une belle catastrophe écologique et humaine en prospective mais que, promis, juré, tout le monde se targue de conjurer lors de la prochaine COP prévue à Glasgow en 2026. Encore une année de perdue dans cette course contre la montre où chacun craint avant tout de prendre un faux départ…

L. V.

Marseille qui s’élève, Marseille qui s’effondre…

25 novembre 2018

Tour La Marseillaise (photo © Tangram architectes)

Le 25 octobre 2018 était inaugurée en grandes pompes à Marseille la nouvelle tour conçue par l’architecte Jean Nouvel, baptisée fièrement La Marseillaise et qui s’élève désormais à 135 m de hauteur sur les quais d’Arenc, en bordure de mer et aux côtés de la tour effilée conçue par Zaha Hadid pour y abriter le siège de la CMA-CGM, dans le périmètre de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée.

Une merveille architecturale, toute en légèreté et en transparence, qui se joue de la lumière grâce à ses 3850 pare-soleils multicolores en béton fibré à ultra-hautes performances permettant de donner une apparence changeante à la façade vitrée de 16 000 m2 selon un nuancier tricolore du plus bel effet cocardier mais dont les 30 nuances oscillent, selon le concepteur entre le bleu azur de la mer et du ciel provençal, le blanc des nuages et du calcaire des calanques et, bien sûr, le rouge des toits de tuiles romanes. Une prouesse technologique donc, parfaitement intégrée dans son univers méditerranéen : bravo l’artiste !

Tour La Marseillaise (photo © Gilles Guerin / France 3 Provence Alpes)

Un chantier mené rondement en tout cas à l’issue de 3 ans et demi de travaux confiés au groupe Vinci Construction, même si le projet était en gestation depuis le début des années 2000, et qui est sensé concrétiser pour son promoteur, Marc Piétri, président de Constructa, le renouveau du dynamisme économique de la cité phocéenne. Un projet phare en tout cas, qui a coûté la bagatelle de 210 millions d’euros, mais qui, de fait a été financé pour l’essentiel par de l’argent public.

Marc Piétri, élevé par Manuel Vals au rang de commandeur de la Légion d’honneur, le 1er juin 2017, aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de Renaud Muselier (photo © DR / Destimed)

Ce qui a en effet permis au projet de prendre son envol en 2012 n’est pas une décision d’un investisseur privé mais bien celle de la Métropole MPM, alors dirigée par Eugène Caselli, qui avait engagé la collectivité en réservant d’un coup 12 des 27 étages du futur gratte-ciel, pour la modique somme de 6,7 millions d’euros par an sur douze ans, soit un peu plus de 80 millions au total. Et ce n’est pas tout car, comme l’explique notamment Capital, ce sont deux autres structures publiques qui lui ont emboité le pas, dont la Chambre de commerce et d’industrie, un organisme pourtant en pleine tempête, qui s’interroge sur son avenir, se plaint d’être étranglée financièrement par les récentes décisions gouvernementales, licencie à tour de bras et n’avait pas vraiment besoin de locaux supplémentaires, mais qui n’a pas pu résister à la tentation de s’installer dans les deux derniers étages de la tour emblématique, avec vue imprenable sur la rade…

Celui qui l’a suivi n’est autre que la Ville de Marseille qui, bien que lourdement endettée et disposant elle aussi de très nombreux locaux répartis un peu partout, a décidé d’engager 4,8 millions d’euros pour réserver des bureaux afin d’y loger gracieusement, moyennant une modique participation aux charges de 62 000 € par an, le siège du Conseil mondial de l’Eau (une structure associative fondée en 1996, dont Loïc Fauchon, dirigeant depuis 27 ans de la Société des eaux de Marseille, fut le président et Martine Vassal la trésorière), mais aussi le Plan Bleu (un programme des Nations unies consacré à l’environnement) et la Banque mondiale. Un geste d’amitié, pris en toute discrétion par Jean-Claude Gaudin en personne, s’appuyant sur une vague délibération cadre de 2014 : à Marseille, comme chacun sait, l’amitié n’a pas de prix…

Vue sur les Docks depuis l’intérieur de la tour (photo © Tangram architectes)

Quant aux 12 étages restant, qui ne sont pas payés directement par le contribuable, la moitié d’entre eux ont été réservés par trois groupes industriels dont l’activité est très étroitement liée aux marchés publics des collectivités, à savoir l’opérateur de télécommunication Orange, dont le nom s’étale désormais en grandes lettres sur le fronton du stade Vélodrome, le groupe de restauration collective Sodexo (qui assurera bien entendu la restauration dans la tour de bureaux) et la SNEF, un bureau d’études spécialisé dans l’énergie et le génie électrique.

Le reste des 38 000 m2 de bureaux, a été partagé entre le promoteur lui-même, Constructa qui s’est arrogé tout le 27ème étage, et les deux principaux financeurs de l’opération (aux côtés de la Caisse des dépôts), l’assureur Swiss Life REIM et le financier CEPAC, autrement dit la Caisse d’Epargne régionale. La société Haribo, qui s’est offert un étage et demi, constitue finalement le seul groupe privé non directement lié aux collectivités à l’origine du projet, qui viendra s’installer dans ces nouveaux locaux : un bien maigre bilan pour une opération qui était supposée attirer de nouveaux opérateurs économiques sur Marseille…

Recherche des victimes sous les gravats des deux immeubles effondrés, rue d’Aubagne (photo © Loïc Aedo / Le Moniteur)

Pour autant et malgré ce sérieux bémol, les Marseillais pouvaient légitiment considérer avec une certaine fierté ce nouveau monument qui vient s’insérer dans le paysage local même si la facture pour le contribuable est pour le moins salée. Il n’en fut pas de même lorsque, quelques jours plus tard, le 5 novembre, les feux de l’actualité se sont de nouveau braqués sur la cité phocéenne pour y observer avec consternation l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne, ensevelissant sous les amas de décombres 8 personnes et nécessitant la démolition, par les pompiers de l’immeuble adjacent, qui lui-même menaçait ruine.

L’épisode a fait grand bruit et a rappelé, s’il en était besoin, l’incurie de la municipalité dirigée depuis 23 ans par un maire en décalage complet avec les besoins de ses concitoyens, lui qui croyait malin de lancer à l’un de ses opposant, l’élu Front de Gauche Christophe Pellicani, croisé sur place l’après-midi même du drame devant les ruines des deux immeubles effondrés : « Oh, t’y es pas sous les décombres, toi ? ». Du Pagnol, qui n’a fait rire que lui, d’autant qu’il a aggravé son cas quelques jours plus tard en se permettant de vanter sa politique en matière d’éradication de l’habitat indigne, estimant avait investi pas moins de 35 millions d’euros dans ce domaine, depuis 2005…

Jean-Claude Gaudin rue d’Aubagne après le drame, en compagnie de son adjointe (à gauche de la photo) Arlette Fructus (photo © AFP)

Un montant ridicule et qui n’est manifestement pas à l’échelle du problème comme les médias se sont évertués à le démontrer dans les jours qui ont suivi, en particulier Libération qui a publié un excellent dossier hors-série sur le sujet, particulièrement documenté et approfondi. On y apprend notamment que dès 2015, l’inspecteur général Nicol avait parfaitement analysé l’ampleur du désastre dans son rapport sur la requalification du parc immobilier privé à Marseille, pointant la vétusté de quelques 40 000 logements, soit 13 % du parc de résidences principales de la ville, et déplorant la faible efficacité des services municipaux qui ne prononcent qu’un nombre dérisoire d’arrêtés de péril imminent chaque année.

Une autre étude, publiée en 2014 par l’urbaniste Sandra Comptour, estimait que 48 % des immeubles du quartier de Noailles « nécessitent une réhabilitation pérenne à court ou à moyen terme », dont bien sûr celui du 63 rue d’Aubagne, propriété de Marseille Habitat, sous arrêté de péril depuis 2006 mais qui n’avait fait l’objet d’aucune intervention depuis, laissé vide et les fenêtres battantes jusqu’à ce qu’il s’effondre le 5 novembre 2018, sous la poussée de ses voisins encore plus bancal que lui.

Les trois immeubles des 63, 65 et 67 rue d’Aubagne photographiés par Google Street View quelques mois avant leur effondrement (photo © Google Street View / Le Monde)

Un rapport d’expertise plus qu’alarmant, signé par l’architecte Richard Carta le 19 octobre 2018 après examen de l’état du n° 65 rue d’Aubagne, analysé en détail par La Marseillaise, indique sans ambiguïté la gravité de la situation et conclut à la nécessité d’évacuer au moins le 1er étage, précisant que « les locataires ne pourront réintégrer leur appartement qu’après la mise en place d’un étaiement complet du rez-de-chaussée par une entreprise qualifiée ». L’adjoint délégué, Julien Ruas signe dans la foulée un « arrêté de péril imminent », qui fait obligation aux copropriétaires de « faire réaliser les travaux nécessaires d’urgence », dans un délai de 21 jours, manifestement excessif puisque l’immeuble s’écroule 18 jours plus tard, sans que rien n’ait été fait entre temps…

Toujours est-il que ce drame humain a véritablement constitué un électrochoc pour le microcosme marseillais, mettant cruellement en lumière les limites du système Gaudin. Ses services se sont depuis affairés à essayer de rattraper le temps perdu en multipliant les démarches d’évacuation dans de nombreuses autres copropriétés menaçant ruine : plus de 700 personnes auraient dû ainsi quitter précipitamment leur logement au 14 novembre selon les informations recueillies par Libération.

Manifestation en mémoire des victimes de l’effondrement à Marseille le 14 novembre 2018 (photo © Sylvain Thomas / AFP)

Mais pendant ce temps, la colère gronde dans ce quartier du centre-ville qui a le net sentiment de n’être pas écouté et d’avoir été laissé pour compte par une équipe municipale qui sait bien que ce n’est pas là que se trouvent ses électeurs : dans le bureau de vote le plus proche, comme le rappelle le Canard enchaîné, la candidate de Gaudin, Solange Biaggi, avait péniblement rassemblé 20 suffrages sur son nom lors du premier tour des législatives de 2017…

La riposte politique s’organise et Renaud Muselier a dû pousser à la démission l’un des vice-présidents de la Région, pourtant l’un de ses proches, l’avocat Xavier Cachard, qui se trouve être malencontreusement l’un des propriétaires de l’immeuble effondré au 65 rue d’Aubagne. Pour faire bonne mesure, il a poussé aussi vers la sortie Arlette Fructus, une proche de Jean-Claude Gaudin dont elle est adjointe, en charge précisément du logement, et par ailleurs présidente de Marseille Habitat.

Dans le quartier de Noailles, des banderoles qui mettent directement en cause le maire de Marseille (photo © Photo France3 Provence)

Pas sûr néanmoins que cela suffise pour apaiser les esprits. Quelques jours après la catastrophe, mercredi 14 novembre, plus de 10 000 manifestants ont marché de Noailles jusqu’au Vieux Port, venant hurler leur colère devant les fenêtres closes de la mairie, criant « Gaudin, démission ! Gaudin en prison ! ». Une violence verbale à laquelle le maire vieillissant n’a guère été habitué mais qui traduit bien le ras le bol des habitants du quartier face à une équipe municipale qui n’a manifestement jamais fait du logement social sur Marseille un de ses dossiers prioritaires…

L. V. 

Biomasse bois : 3 projets retenus en PACA

3 mars 2018

Le bois, source renouvelable d’énergie (photo © Frédéric Douard)

C’est un communiqué du Ministère de la transition écologique et solidaire qui l’a annoncé, le 28 février 2018 : la deuxième tranche de l’appel à projets lancé en vue de soutenir, via un complément de rémunération, des projets de développement d’unités de production de biomasse, a retenu 11 projets dont trois qui se situent en région PACA : un beau succès pour le développement de la production énergétique à partir de la biomasse forestière dans notre région !

La première tranche de cet appel à projets lancé en février 2016 visait explicitement à encourager à la fois les projets de méthanisation, autrement dit la production de biogaz à partir de déchets ou de matière végétale brute, mais aussi la production directe d’électricité à partir de la combustion du bois. Ce développement de la biomasse en France est une nécessité comme l’affirme Nicolas Hulot : « La France a voté en décembre dernier une loi mettant fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures sur tout notre territoire. En parallèle, notre pays doit monter en puissance sur le développement des énergies renouvelables pour répondre aux objectifs fixés dans le Plan climat. Les projets annoncés aujourd’hui répondent à cette ambition de soutenir des filières créatrices d’emplois ».

Stock de copeaux de bois destinés à la filière bois énergie (photo © Richard Mayer / La Gazette)

A l’échelle mondiale, on estime que l’électricité produite à partir de la biomasse représente de l’ordre de 58 GW mais que cette puissance pourrait atteindre 86 GW d’ici 2021, ce qui représente un potentiel de croissance remarquable. En France, c’est moins de 1 % de l’électricité produite qui provient de la biomasse, même si cette fillière représentait déjà en 2014 de l’ordre de 7,5 % de la production d’électricité d’origine renouvelable (loin derrière l’hydroélectricité et l’éolien, mais devant le solaire néanmoins).

Le principe de la filière bois-énergie est des plus simples puisqu’il se limite à faire brûler le bois pour chauffer de l’eau et produire de la vapeur qui actionnera une turbine comme dans n’importe quelle centrale électrique. Il faut environ 4 tonnes de bois pour produire autant d’électricité qu’avec une tonne de pétrole, mais le CO2 qui est relâché dans l’atmosphère à cette occasion correspond à la seule quantité qui a été séquestrée durant la croissance des arbres, d’où un bilan neutre en termes d’émission de gaz à effet de serre, contrairement à ce qui se passe via l’utilisation d’un combustible fossile.

Digesteur à méthanisation de Marnay Energie à Feux dans le Cher, construite par Xergi (photo © Xergi)

Dans le cadre de la méthanisation, le procédé est plus complexe puisqu’on récupère d’abord le biogaz issu de la fermentation de la matière organique utilisée (déchets organiques, résidus végétaux, boues issues de stations d’épuration, ou déchets provenant de certaines activités agro-industrielles) et que c’est ce biogaz qui sert ensuite soit pour produire de l’électricité soit pour se chauffer.

Toujours est-il que l’on est désormais rentré dans un véritable processus visant à encourager ce type de production en France et cet appel à projets du ministère y contribue. Ce sont en effet 45 dossiers de candidatures qui ont été reçus à l’occasion de cette seconde tranche de l’appel à projet, sachant que la troisième tranche sera ouverte à compter du 29 juin 2018 et devrait permettre de sélectionner encore de nouveaux projets industiels.

Le ministre Nicolas Hulot visitant la plateforme expérimentale Gaya à Saint-Fons (production de biométhane à partie de biomasse sèche) le 26 juillet 2017 (photo © ENGIE)

Sur les 11 projets ainsi retenus, 2 correspondent à des installations de méthanisation prévues respectivement en Bretagne et dans le Médoc. Tous les autres sont des projet bois-énergie pour des puissances installées unitaires supérieures à 300 kW, l’ensemble des projets totalisant une puissance globale installée de près de 53 MW (à comparer avec une tranche de réacteur nucléaire de type Fessenheim dont la puissance nominale est de 900 MW).

La plus ambitieuse de ces installations est justement prévue dans les Bouches-du-Rhône, à Tarascon, portée par la société marseillaise Bio-Watt, pour une puissance totale de 25 MW. Les deux autres projets implantés en région PACA sont d’ampleur nettement plus limitée avec des puissances visées oscillant entre 1MW pour le projet de Campus SAG Sud Luberon à Villelaure, dans le Vaucluse, et 1,2 MW pour celui porté par la société Pérénia à Clans, une commune forestière située dans la vallée de la Tinée, dans les Alpes-Maritimes.

Ces désignations interviennent alors que le projet de plus grande centrale biomasse de France prévu à Gardanne, porté initialement par le groupe énergétique allemand E.ON puis repris par sa filiale, la société Uniper France Power, continue à faire polémique. Pour rappel, le Tribunal administratif de Marseille avait annulé le 8 juin 2017 l’autorisation d’exploitation accordée par l’État en 2012, au motif que l’étude d’impact n’analysait pas « les effets négatifs indirects et permanents du projet sur les espaces forestiers de la zone d’approvisionnement » de la centrale, située dans un rayon de 400 km.

Vue de l’unité de la centrale thermique de Provence, à Gardanne destinée à produire de l’électricité à partir de la biomasse (photo © Serge Guéroult / La Provence)

Il faut dire que le projet était particulièrement ambitieux, voire totalement démesuré pour ses détracteurs qui évoquent « un véritable aspirateur à forêts » destiné à raser les châtaigneraies des Cévennes et à faire disparaître toute la forêt méditerranéenne… Il consistait à transformer, moyennant un investissement de 265 millions d’euros, la tranche 4 de l’ancienne centrale à lignite de Gardanne, en une vaste centrale à biomasse, d’une puissance de 150 MW (soit 6 % de la consommation totale de la région PACA), capable de brûler d’ici 2024, 850 000 tonnes de bois par an, dont 445 000 tonnes provenant de boisements locaux, le reste étant a priri constitué de déchets verts et de bois recyclé.

Les deux parcs naturels régionaux du Luberon et du Verdon sont vent debout contre ce projet de centrale à biomasse, au grand dam du Président de la Région, Renaud Muselier, qui menace du coup de leur couper les vivres, estimant dans un communiqué que « l’écologie doit être mise au service de l’économie pour faire de la croissance verte un atout ». Mettre l’écologie au service de l’économie, les écologistes apprécieront certainement…

En juillet 2017, Nicolas Hulot a malgré tout décidé de faire appel du jugement du Tribunal administratif. Quant aux parcs naturels régionaux, ils ont fini par rentrer dans le rang. Comme l’a raconté Reporterre, le 29 septembre dernier, les deux PNR réunis à Valensole ont accepté de signer un protocole d’accord avec Uniper, décidant de l’abandon de leurs poursuites devant le Tribunal administratif et de l’accompagnement de la nouvelle étude d’impact qui s’est du coup déroulé fin 2017 dans la plus grande discrétion. L’association France Nature Environnement PACA, elle-même très opposée au projet a aussi rendu les armes, effrayée par les baisses de subvention annoncées par la Région. Un passage en force donc et qui a déjà permis à l’unité de biomasse de produire 250 MWh au cours de 2200 heures de fonctionnement accumulés pendant les phases d’essais en 2017.

Pour l’instant, 55 % de la ressource utilisée à Gardanne est importée, pour l’essentiel de plantations d’eucalyptus situées en Espagne et au Brésil, 20 % étant issu de la production forestière locale, le reste provenant de déchets de récupération et de bois en fin de vie. Un progrès sans doute par rapport au charbon qui alimentait jusque là cette centrale thermique, l’une des 4 dernières encore en activité dans l’hexagone, mais qui est encore loi d’apaiser toutes les craintes des défenseurs locaux de l’environnement !

L.V.  

La région PACA orpheline de ses élus…

11 mai 2017

Les responsables politique n’arrêtent pas de déplorer l’inconstance des électeurs qui changent d’avis à chaque échéance et s’acharnent à dégager ceux-là même qu’ils viennent tout juste d’élire pour les représenter. Effet pervers d’une société de consommation qui transforme les citoyens en acheteurs impulsifs et sensibles aux effets de mode, vite lassés par la triste réalité et sans cesse à la recherche du changement ? Ou simple habitude de téléspectateur toujours prompt à zapper pour changer de discours ?

Christian Estrosi et Marion Maréchal Le Pen en décembre 2015 (photo © A. Lorente / Capa Pictures / Europe 1)

Toujours est-il que les électeurs de la région PACA sont actuellement plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, la jeune Marion Maréchal Le Pen, devenue du coup la chef de son opposition régionale, voila que ces deux ténors de la vie politique locale annoncent quasi simultanément leur retrait des fonctions que leur a confiées le peuple, laissant entendre que le job ne les intéresse déjà plus et qu’ils ont envie de passer à autre chose !

Marion Maréchal Le Pen avec sa tante lors de son élection à la région PACA en 2015 (photo © D. Jacovides / Bestimage)

Pour ce qui est de la chef de file de l’opposition régionale frontiste, c’est par un courrier adressé le 9 mai au journal Vaucluse-Matin qu’elle a annoncé sa décision de ne pas se représenter aux législatives et d’abandonner son fauteuil à la Région PACA ainsi que son poste au bureau national du FN. Un véritable séisme au lendemain de la lourde défaite de sa tante Marine Le Pen au deuxième tour des présidentielles et qui traduit sans doute un certain malaise au sein de ce parti politique où des divergences de vue commencent à apparaître.

Il est vrai que la présidente du FN n’avait pas caché son agacement face à la popularité croissante de sa nièce et face à son positionnement politique ultraconservateur, allant même jusqu’à affirmer, en pleine campagne électorale, qu’elle n’envisageait certainement pas de lui confier un ministère en cas de victoire électorale : difficile d’imaginer pire signe de défiance !

Marion Maréchal Le Pen met néanmoins plutôt en avant des raisons beaucoup plus personnelles pour expliquer ce brusque (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à 22 ans la plus jeune députée de toute l’histoire de la République française. Cinq ans plus tard, alors qu’elle vient de divorcer, elle affirme aspirer à passer plus de temps auprès de sa fille de 3 ans et vouloir s’orienter vers une carrière professionnelle plus classique. On serait bien en peine de lui reprocher de telles motivations, même si celles-ci sont manifestement renforcées par une certaine déception devant la médiocrité des jeux politiciens auxquels elle s’est trouvée confrontée.

Marion Maréchal Le Pen, une mère célibataire épuisée qui démissionne (photo © J. Demarthon / AFP)

Pourtant, sa décision n’a pas manqué de faire réagir fortement son grand-père et ex-président du Front national qui a aussitôt condamné son geste par une diatribe sans appel : « Qu’en pleine bataille législative, l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement défaille, cela peut avoir des conséquences terribles. J’espère qu’elle les a mesurées. En pleine bataille politique, je trouve cette décision désolante ». On comprend en effet qu’avec de tels mentors, on ait parfois envie de jeter l’éponge…

Quant au président de la Région PACA, le niçois Christian Estrosi, que son mentor Nicolas Sarkozy avait récemment qualifié de « branleur« , sa décision de quitter la présidence de l’exécutif régional moins de 18 mois après y avoir été élu, paraît pour le moins incompréhensible. Voilà en effet qu’après avoir démissionné il y a moins d’un an de son poste de maire de Nice, qu’il avait troqué contre celui de 1er adjoint avec son affidé Philippe Pradal, il annonce, le soir même du second tour des élections présidentielles, que ce même Philippe Pradal vient lui-même de démissionner et que, heureux hasard, ses amis du conseil municipal lui ont fait savoir qu’ils étaient tout disposés à réélire Christian Estrosi maire de Nice.

Christian Estrosi annonçant publiquement sa démission devant sa permanence à Nice le 8 mai 2017 (photo © P.O. Casabianca / France 3)

Là aussi, on apprend par la même occasion que l’heureux élu, remarié depuis peu à une chroniqueuse de 20 ans sa cadette, va être prochainement papa et qu’il commence à se lasser de ses allers retours fréquents entre sa bonne ville de Nice et celle de Marseille qu’il n’apprécie guère.

Bien entendu, cette démission fracassante n’est officiellement pas justifiée uniquement par simple convenance personnelle. Christian Estrosi, en habile politicien qu’il est, met d’abord en avant la victoire d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu au deuxième tour et dont il se serait bien vu devenir ministre : dans la mesure où Marine Le Pen n’est pas arrivée en tête en région PACA comme cela avait été le cas au 1er tour, il considère avoir rempli sa mission et pouvoir désormais passer à autre chose. Chacun reconnaîtra en effet que c’est grâce à lui et à lui seul que les 2 350 000 électeurs de la région PACA se sont exprimés à plus de 55 % en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 : bravo l’artiste !

Dans ces conditions, il ne voit plus bien à quoi il lui servirait de rester encore à la tête de la Région PACA jusqu’à la fin de son mandat puisque, comme il l’affirme lui-même « Plus de 80 % des 250 engagements que nous avions pris ont été tenus ou sont en cours de réalisation ». A se demander même s’il y aura besoin de lui trouver un successeur : maintenant que tout a déjà été fait, autant attendre les prochaines élections régionales en 2021…

Renaud Muselier devrait succéder à Christian Estrosi à la présidence de la Région PACA (photo © B. Horvat / AFP archives)

On se demande bien d’ailleurs à quoi va pouvoir s’occuper d’ici là le pauvre Renaud Muselier qui devrait lui succéder à ce poste ? C’est le problème avec les coureurs motocyclistes : toujours trop pressés d’arriver !

En moins de 18 mois, le bilan est impressionnant, surtout dressé par Christian Estrosi en personne et complaisamment relayé par La Provence. Le grand homme a ainsi réussi, comme chacun a pu le constater « une politique culturelle audacieuse et une liberté artistique préservée », « la lutte contre les déserts médicaux pour préserver nos territoires ruraux », « une nouvelle politique de l’emploi tournée vers le monde de l’entreprise » et même « la captation des fonds européens ». On comprend mieux pourquoi la Grande-Bretagne a choisi de quitter l’Europe : c’est parce que Christian Estrosi a siphoné en quelques mois tous les crédits européens au profit de la région PACA !

Christian Estrosi testant un portique expérimental installé en gare des Arcs (photo © MAXPPP)

Et ce n’est pas tout : notre surhomme a aussi  réussi la « mise sous pression de la SNCF qui nous a permis de faire des économies substantielles ». Il ne fait évidemment pas allusion aux portiques de sécurité qui vont être installés dans 47 gares de la région pour la modique somme de 5,1 millions d’euros par an en coût de fonctionnement (sans même compter le montant des investissements nécessaires), mais simplement à ses relations orageuses avec la SNCF dont il fait trembler les dirigeants, sans que les usagers des TER aient bien entendu constaté la moindre amélioration quant à la régularité du trafic. L’important est d’instaurer le rapport de force…

Et n’oublions pas le point d’orgue du bilan de notre motodidacte : « le retour de la formule 1 dans notre pays et dans notre région ». Voila en effet une victoire qui mérite d’être saluée comme il se doit tant elle a changé la vie quotidienne des habitants de la région. Comment pourra t-on survivre au triste départ d’un tel héros régional ?

L.V. 

Elections européennes : un retraité de la politique tête de liste UMP !

24 mai 2014

Il est bien connu que les partis politiques ont pris l’habitude de recycler au Parlement européen leurs apparatchiks dont les talents sont sous-employés en raison de l’ingratitude de l’électorat. Mais là quand même, l’UMP a fait très fort en plaçant comme tête de liste pour les prochaines élections européenne dans la circonscription du Sud-Est quelqu’un qui avait été sèchement battu lors des dernières législatives en 2012 et qui avait alors annoncé haut et fort son retrait de la vie politique dont il se disait à jamais dégoûté.

Blog73_Ph1Ancien premier adjoint de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille, il avait déjà subi une sévère défaite en 2008, en réussissant l’exploit de perdre la présidence de la communauté urbaine de Marseille face au socialiste Eugène Caselli, alors que la Droite possédait une confortable majorité ! Éphémère secrétaire d’État aux affaires étrangères sous Jacques Chirac entre juin 2002 et mai 2005, il avait semble t-il assez mal vécu sa défaite électorale dans la 5ème circonscription des Bouches-du-Rhône et annonçait le 5 juillet 2012 qu’il ne briguerait pas la mairie de Marseille en 2014 et qu’il se retirait définitivement de la vie politique. Blog73_Ph3Son éviction de l’Institut du Monde Arabe en septembre 2012 n’était évidemment pas de nature à lui remonter le moral, même s’il ne semble pas y avoir laissé un souvenir impérissable…

Ce médecin et homme d’affaire habile, déjà épinglé par le Canard enchaîné pour une sombre histoire de villas défiscalisées, annonçait alors ni plus ni moins vouloir demander la nationalité de l’ile Maurice, paradis touristique mais aussi fiscal… Bien entendu, cette délocalisation n’avait aucun rapport avec une quelconque volonté d’évasion fiscale. Il s’agissait simplement de faciliter les affaires de Renaud Muselier qui expliquait benoîtement à l’époque que son seul souci était de développer des projets lucratifs dans le secteur médical et qu’il intervenait déjà depuis 7 ans comme promoteur à Maurice, confirmant au passage que la politique et les affaires peuvent faire bon ménage.

Blog73_Ph2Quelle surprise donc de le retrouver, un an et demi plus tard, sur la liste UMP pour les élections au Parlement européen, qui plus est en première place pour la grande circonscription du Sud-Est. Il n’a bien entendu fait que céder aux affectueuses pressions de ses amis et se réjouit d’être encore dans le jeu politique comme il le reconnaît sans ambiguïté :  » C’est un grand honneur, d’autant que l’Europe est un lieu de pouvoir important « . On ne saurait être plus clair en effet…

Cette fringale de pouvoir l’a même conduit à piquer la tête de liste à sa colistière, Françoise Grossetête, pourtant eurodéputée assidue. Mais la simple lecture de leur tract de campagne confirme en effet qu’il n’est nul besoin de bien connaître les dossiers européens pour briguer un poste sur la liste UMP dont le programme se résume à limiter l’immigration en supprimant l’espace Schengen, et bien sûr à  » dire non à François Hollande « , comme si c’était vraiment l’enjeu du débat ! Félicitation en tout cas à Renaud Muselier pour la grande souplesse dont il sait faire preuve dans ce nouveau rebondissement et souhaitons pour sa nouvelle carrière politique que ses électeurs n’auront pas la mémoire trop longue…

L.V. LutinVertPetit