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Rappel : l’école en débat à Carnoux !

15 mars 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 16 mars 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Elle prendra la forme d’une table-ronde animée par quatre intervenants, ayant tous une expérience éducative en milieu scolaire et qui proposeront des pistes de réflexion et d’action pour améliorer notre système éducatif qui fait l’objet de nombreuses critiques et interrogations.

Si le sujet vous interpelle, n’hésitez-pas à venir participer à ce débat citoyen sur le fonctionnement de notre système éducatif, plus que jamais au coeur des enjeux de notre société ! L’accès y est gratuit et sans restriction, en dehors du nombre de places limité qu’offre la salle mise à disposition par la commune.

Prochaine conférence : école et société, comment lever le malentendu ?

19 février 2017

L’école et l’éducation constituent à la fois un enjeu politique et un terrain de conflits qu’il faut aborder clairement sans s’abriter derrière des faux fuyants ou des présupposés non explicites. On peut y retrouver tous les choix qui dépendent de convictions philosophiques ou religieuses, d’idéologies (surtout lorsqu’elles prétendent ne pas en être), d’intérêts personnels ou de groupes, de situations sociales. Transformer des usagers en clients, par exemple, n’est pas anodin : pouvons-nous être sereinement des consommateurs d’école ?

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Nous sommes bien au cœur de la politique, entendue dans son sens de choix de vie sociale et de rapports entre individus et collectivités (ou de communautés ?). Choix pour lesquels, aujourd’hui, on ne peut plus se contenter d’une démocratie représentative (soumise aux aléas médiatiques et politiciens) influencée par des experts sans contrôle et des sondages sans lisibilité laissant cours à toute démagogie et à un « clanisme » constituant d’écuries présidentielles… Repenser l’École ne peut être le privilège d’aucun spécialiste !

dessinchatLe Cercle Progressiste Carnussien cherche à faire vivre les valeurs citoyennes et toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Pour cela les conférences du CPC sont devenues, au fil des ans, un lieu de rencontre permettant l’information et la participation au débat entre citoyens sur l’évolution des institutions qui permettent la vie en société. L’École, à travers ses différentes composantes (maternelle, primaire, secondaire, université) a été et demeure un enjeu majeur pour l’apprentissage de la vie collective, pour la transmission des savoirs, pour l’étude les grandes questions d’aujourd’hui et de celles qui sont devant nous…

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles, cela même si les critères généraux retenus ne sont pas pleinement pertinents. En effet, comment comparer la performance des élèves français à leurs condisciples coréens ou chinois quand on sait que ces derniers suivent aussi des cours  supplémentaires organisés après l’école !dessinfayot

Plusieurs sujets peuvent être mis en débat : L’école est-elle sélective ? Comment donner à tous l’envie d’apprendre ? Comment concevoir un enseignement qui favorise le fait d’apprendre et de réussir ensemble ? Comment avoir confiance dans l’école et dans sa capacité à faire réussir ? Pourquoi enregistre-t-on une augmentation sensible des demandes d’inscription dans l’enseignement privé ? Fait-on le choix d’une école pour les bons élèves ou d’une école pour tous ? Comment motiver les élèves pour l’école ? Comment construire une société d’avenir  pour tous les élèves ? Et la liste n’est pas exhaustive...

Cependant des voies d’avenir, des projets se dessinent pour améliorer l’efficacité de l’École. Certes les défis sont énormes, mais il y a des raisons d’espérer. Le thème retenu est ce point crucial autour duquel s’orienteront les échanges : École et Société, comment lever le malentendu ?

La conférence débutera sous forme d’une table ronde alimentée par quatre courtes interventions mettant en lumière des solutions ponctuelles qui surgissent dans l’école. Ces initiatives parfois ignorées ou marginalisées contredisent le fatalisme ambiant. Leur dévoilement permettra d’échapper aux lieux communs qui polluent le débat et fourniront des pistes à explorer pour l’avenir.

afficheconfecoleLes quatre intervenants, Laurent Mauneau (professeur des écoles spécialisé, enseignant référent pour la scolarisation des élèves handicapés), Michel Motré (instituteur puis professeur en zone d’éducation prioritaire et enfin inspecteur pédagogique régional en arts plastiques, ex-directeur de la délégation académique à la formation et à l’innovation pédagogique), Michel Neumayer (ex professeur en collège, puis formateur d’adultes, animateur du GFEN en Provence, le Groupe français pour l’éducation nouvelle, et membre du Lien international d’éducation nouvelle) et Jacques Tonnelle (ex professeur de mathématiques, formateur à l’IUFM et au DEA Didactique des mathématiques) exposeront des initiatives (expérimentations, innovations ou pratiques pédagogiques) probantes visant à éclairer le public avant que s’engage l’échange avec la salle.

L’École pourrait peut-être participer, par ses pratiques, (conseils, coopératives, élaboration des projets, productions d’élèves, apprentissage du débat…) de l’émergence d’une démocratie délibérative et participative? À condition que des zones de pouvoir (que peut-on décider dans la classe, dans l’école…?) soient instaurées et de ne pas sombrer dans la réunionnite aiguë. Resterait aussi à évaluer les réformes qui ont avorté ou ont été abandonnées. Peut être, aussi, à condition que se constitue une nouvelle association de chasseurs, défenseurs d’une écologie de la pensée : les chasseurs d’idées reçues…

dessinreformeNe pas oublier : vous êtes donc invités cordialement à cet échange ouvert à tous qui se tiendra jeudi 16 mars 2017 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, à partir de 18h30.

J. Tonnelle

Exercices attentat-intrusion : entre panique et rigolade…

17 octobre 2016

blog352_phvigipirateDepuis les récents attentats de Paris et de Nice, l’affaire est entendue : nous sommes en guerre! Le Premier ministre en personne l’a affirmé et les candidats à la primaire de la Droite ne cessent de le répéter tous les jours, histoire d’entretenir la peur, toujours bonne conseillère pour élire des représentants conservateurs. Si un jour le pays devait se retrouver soumis aux bombardements de l’aviation ennemie où à l’assaut de troupes aux sol, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain et comme cela se produit en ce moment même à Alep ou au Yémen, il faudra sans doute inventer un nouveau concept pour décrire une véritable situation de guerre, mais passons…

Toujours est-il que face à une situation de guerre, les populations doivent se préparer. Les professionnels de la protection civile tentent depuis des décennies de développer en milieu scolaire l’établissement de PPMS (plans particuliers de mise en sécurité) et la réalisation d’exercices de prévention pour aider élèves et enseignants à acquérir les bons réflexes en cas de crise face à un risque extérieur tel qu’une inondation, un séisme ou l’explosion d’un site industriel proche, à l’image de ce qui se fait dans de nombreux autres pays.

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Jusqu’à présent, le bilan de cette politique de prévention en milieu scolaire était resté très mitigé et rares sont les parents à en accepter les règles de base. On l’a encore vu lors des inondations du Var en 2010, lorsque certains principaux de collèges ont failli se faire molester par des parents d’élèves qui refusaient d’admettre que leur enfant était plus en sécurité dans l’établissement que sur les routes inondées. On l’a revu en 2014 dans ce même département lorsqu’une petite fille s’est noyée avec sa mère après que celle-ci l’a arrachée à son école en signant une décharge au personnel enseignant…

blog352_phafficheToujours est-il que lorsque le risque concerne le terrorisme, le niveau d’acceptation de la population semble nettement supérieur. Dès le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, des exercices avaient eu lieu pour inciter les élèves à se barricader dans leur classe en cas d’intrusion. Le site du Ministère de l’Éducation nationale détaille à l’envie, plaquettes pédagogiques à l’appui, les consignes de sécurité à appliquer dans tous les établissements scolaires placés en « vigilance renforcée » et même en « alerte attentat » pour ceux d’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes.

Le risque d’attentat semble désormais être devenu la priorité numéro 1 de tous les établissements scolaires et des exercices attentat-intrusion se sont déroulés dans la plupart des écoles, collèges et lycées du pays mi-octobre, histoire de frapper les esprits juste avant les vacances de la Toussaint !blog352_phreunion

Le bilan de ces exercices sera, n’en doutons-pas, examiné à la loupe par les technocrates du Ministère et leurs multiples conseillers techniques en prévention et en communication. La Presse s’est néanmoins fait échos de certains exercices manifestement mal maîtrisés comme celui qui s’est déroulé au collège Lise Ophion en Guyane où les forces de l’ordre n’avaient pas été prévenues. L’arrivée de faux terroristes cagoulés, en réalité des agents du personnel enseignant, a déclenché une belle panique et il a fallu toute la persuasion des gendarmes arrivés en renfort pour calmer les élèves devenus hystériques et soigner ceux qui s’étaient blessés en voulant s’enfuir : manifestement, les consignes de prévention avaient été mal assimilées et il va falloir réviser… Un autre exercice organisé le 4 octobre par le Port de Calais (hors milieu scolaire donc) avait lui-aussi failli tourner au drame suite à l’intervention inopinée des forces de l’ordre prêts à tirer dans le tas en croyant à une véritable attaque terroriste. Être dans un pays en guerre comporte effectivement certains dangers, même quand on se contente de faire des exercices…

Ceci dit, les exercices attentat-intrusion qui se sont déroulés cette semaine, ont plutôt dans l’ensemble tourné à la franche rigolade, même si certains élèves en sont sortis légèrement ébranlés. Un reportage de La Voix du Nord raconte ainsi comment s’est déroulé l’exercice au collège Jean Moulin. Tout y avait été soigneusement préparé par l’équipe enseignante. Élèves et parents d’élèves étaient prévenus pour éviter toute réaction inappropriée mais le signal de déclenchement avait été codé « L’élève Myriam Dupont est arrivée au bureau de la CPE ».

blog351_dessinexerciceAu signal, chaque enseignant était tenu de fermer la porte de la classe, de la bloquer avec un bureau, d’éteindre la lumière et de demander aux élèves de se mettre au sol sans bouger en attendant la fin de l’alerte. Certains ne peuvent s’empêcher de ricaner mais la prof les recadre et la tension monte d’un cran quand des pas se font entendre dans le couloir, que quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Là, on ne rigole plus et celui qui ne peut s’empêcher de tousser se fait tancer par ses camarades apeurés…

L’exercice a duré 20 minutes et manifestement, les élèves de ce collège en sont sortis vaguement inquiets. Les enseignants aussi, qui ont constaté à cette occasion que les portes de deux des salles de classe ne fermaient pas à clé… Certains des élèves affirment d’ailleurs qu’en cas de véritable attaque ils n’auraient certainement pas pu s’empêcher de paniquer et de tenter de sauter par la fenêtre plutôt que de rester sagement allongé dans le noir et en silence, à attendre que tout se termine. Acquérir les bons réflexes et les appliquer en cas de crise n’est pas si naturel qu’on pourrait le croire…

Après l'exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Après l’exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Dans l’Eure et en Seine-Maritime, où la plupart des établissements scolaires ont procédé à l’exercice attentat-intrusion le jeudi 13 octobre, les réflexions recueillies auprès des élèves par Normandie Actu sur les réseaux sociaux ne manque pas d’intérêt non plus, ainsi que celles émises par un groupe de collégiens sur le blog du Monde des collégiens. On y retrouve le côté potache des élèves qui confirment que l’exercice avait été suffisamment annoncé pour ne créer aucune surprise lors de son déclenchement, sinon par le choix du signal utilisé : « Au début, on a cru qu’un chat maléfique s’était emparé du micro et s’était mis à miauler. Mais non, c’était l’alarme en cas d’intrusion ».

Le début amuse tout le monde : c’est le branle-bas de combat, il faut éteindre la lumière, bloquer les portes en poussant les tables, se coucher par terre ou sous les tables : « Nous sommes assis par terre. Chacun veut choisir sa place (nos chances de survie diminuent) », « Ce matin à l’alerte attentat on rigolait tous on prenait des snaps », « Nous apercevons notre professeur en train de ramper par terre. Il faut fermer les yeux et respirer profondément plusieurs minutes pour ne pas céder au besoin irrésistible de rire ».

En cours d'exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

En cours d’exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

Ensuite, c’est l’ennui qui gagne car l’exercice se prolonge : « On joue à pierre-feuille-ciseau. La prof nous toise de son regard de fer », « Il ne se passe rien. C’est pas très intéressant, là non plus. Ah, si : sous les tables, coincés dans une position très peu confortable, nous avons une vue imprenable sur tous les chewing-gums en décomposition des années 2000 (il paraît même que quelqu’un est resté collé à la table par les cheveux) », « je me suis tapé une sieste de 30min pdt le PPMS c‘est plutôt cool », « Déjà le truc de ppms, rien foutre pendant une heure c’était grave long », « On commence à s’impatienter. Forte envie de faire des bruitages (dans la salle à côté, il ont dépassé le stade de l’envie) ».

Confinement des élèves pendant l'exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Confinement des élèves pendant l’exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Manifestement, tous les enseignants n’ont pas mis le même zèle pour préparer l’exercice : « Mdr en #ppms le directeur à enfoncer la porte », « La prof nous fait sauter par la fenêtre pour faire le ppms », « Dans tous les snaps ya tlm en #ppms et nous on est assis le prof nous raconte sa vie, et cherche les directives sur internet bah ». « Pendant le PPMS le lycée a coupé tout le réseau c’était galère » mais ailleurs : « je tweet en direct de sous une table, le PPMS c’est beau ».

En tout cas, l’angoisse n’est jamais très loin, surtout quand l’exercice devient un peu trop réaliste : « Quelqu’un se cogne la tête contre une chaise (dans un jeu, on aurait perdu une vie). Sous la porte, nous voyons l’ombre de pas dans le couloir », « On fait l’exercice d’alerte attentat au lycée, on est tous silencieux et là t’a une meuf elle pète en plein ppms et qui dit désolée, c’est le stress », « Au ppms on avait tellement peur avec Mathilde qu’on se donnait la main ». Entre angoisse et fous rires, l’intrusion de l’état de guerre en milieu scolaire ne va pas de soi…

L.V.  LutinVert1Small

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L.V.  LutinVertPetit

Le petit plus du miel ardéchois…

2 avril 2016

Pot of honey and wooden stick.Parmi les nouvelles qui circulent sur la toile, en voici une qui a fait un joli buzz et qui mérite d’être évoquée ici ! L’affaire se passe en Ardèche, près d’Aubenas et est racontée avec force détails en date du 16 mars 2016, sur le site du Daily Béret sous le titre alléchant : « Ardèche : Le succès de son miel bio était dû à la plantation de cannabis de son voisin ». En voici quelques extraits qui ne manquent pas de saveur :

Rémy P. est un apiculteur dépassé par son succès, où plutôt était car sa production vient d’être stoppée net par les autorités ardéchoises. Son miel contenait en effet une quantité importante de THC (tétra-hydro-cannabinol), le composé psycho-actif du cannabis, estimée selon un expert local à « un bon quart de joint bien chargé par tartine ». D’où provenait cette substance illégale ? De la plantation tout aussi illégale de son voisin, qui sous couvert de cultiver la châtaigne maintenait également un cheptel de près de 200 pieds de cannabis, cachés parmi les arbres et autres végétaux de son domaine de plusieurs hectares. « Les abeilles devaient butiner les plantes du voisin, au lieu de butiner les châtaigniers.. » conjecturait le jeune apiculteur lors d’un point presse.Blog290_PhAbeille

C’est un père de famille albenassien qui a découvert le pot-aux-roses en faisant passer un bilan sanguin à ses deux enfants de 7 et 9 ans. « Théo et Théa sont habituellement des enfants très excités, leur mère et moi avons beaucoup de difficultés à canaliser leur énergie. Mais depuis quelques temps, ils étaient très calmes… Trop calmes même; Théo s’est mis à écouter du Sinsemilia en boucle dans sa chambre et un dimanche, Théa a regardé une motte de beurre fondre pendant 5 heures d’affilé, en rigolant. On s’est beaucoup inquiétés » déclarait-il, admettant que lui-même et sa femme avaient également développé « un certain penchant » pour ce miel.

Mais si beaucoup se félicitent de l’arrêt de la production du « space miel », ce n’est pas le cas de tous les consommateurs, à l’instar de Jean-Tristan Spliffe, 45 ans, l’un des plus gros clients de Rémy qui lui se déclare très déçu. « Avec ce miel je me sens beaucoup mieux, je n’ai plus mes douleurs matinales, je suis de meilleure humeur et j’avais même arrêté de boire ! Là, je sais pas ce que je vais devenir.. j’étais à un pot et demi par jour, arrêter d’un coup va être dur, très dur.. » confiait-il, ajoutant que « si les abeilles trouvent ça bon, c’est que ça peut pas être mauvais pour les gens ».

Blog290_PotsMielExaminé en laboratoire, ce miel spécial s’est révélé particulièrement concentré en molécules psycho-actives, comme le résume Océane, une jeune lycéenne, consommatrice malgré elle : « Les miels, il y en a des clairs, il y en a des foncés. Avec celui-là c’est clair : t’es défoncé ! »

Même si la justice n’a pas encore tranché, Rémy P ne pense pas être inquiété, contrairement à son voisin qui a déjà été incarcéré : « Je suis un apiculteur moi, pas un dealer. Si je deviens responsable des faits et gestes de chacune de mes abeilles alors on va où là ? ». Réponse le 31 avril prochain au tribunal de moyenne instance d’Aubenas.

Mazette, il s’en passe de belles dans les campagnes ardéchoises ! En tout cas, l’histoire n’est pas passée inaperçue et même les internautes marocains s’y sont intéressés puisque le sujet a été relayé par le site Le Desk qui s’est dit qu’il y avait peut-être là des débouchés intéressants pour les petits producteurs de cannabis du Rif…

Bien entendu, l’histoire était trop belle pour être vraie et a fait l’objet d’une mise au point sur l’édition ardéchoise du Dauphiné, qui précise que le Daily Béret est un site satirique dont il convient de ne pas prendre toutes les informations pour argent comptant…

Ceci dit, il n’est pas impossible que ce beau canular sorti avant même le 1er avril ait été inspiré par une autre information qui a également circulé sur internet début mars, annoncé par le site Newsweed, qui se présente comme le premier magasine d’information sur la consommation légale de cannabis, puis reprise par plusieurs médias dont Marie-Claire… On y apprend qu’un jeune apiculteur de 39 ans, serrurier de formation et fervent militant pour le cannabis thérapeutique qu’il utilise pour soigner son hyperactivité apprend à ses abeilles à faire du miel à partir de plants de cannabis !

Blog290_PhAbeilleCanabisSe faisant appeler Nicolas Trainerbees – tout un programme – il se dit passionné par le dressage des animaux et a développé une « technique d’entraînement pour que les abeilles recueillent la résine et l’utilisent dans leur ruche ». Nicolas et ses abeilles ont ainsi créé le premier échantillon de miel de cannabis, dénommé en toute simplicité cannahoney, un produit qui cumulerait les bienfaits pour la santé du miel et du cannabis. Selon cette source, le miel ainsi produit serait bel et bien psycho-actif mais en revanche, le THC et les autres cannabinoïdes butinés par les abeilles n’auraient pas d’effet direct sur ces dernières du fait de leur absence de système endocrinien. Des informations bien difficiles à vérifier en l’état d’autant que l’apiculteur en question serait sur le point de déménager dans un autre pays : on se demande bien pourquoi…

L.V.  LutinVertPetit

Réforme de l’orthographe : faut-il vraiment s’alarmer ?

29 mars 2016

Les Français adorent les polémiques et celle qui concerne la mise en œuvre de la dernière évolution des règles orthographiques en est un bel exemple ! Souvenons-nous, c’était le 29 janvier 2016 que la mèche a été allumée, par l’intermédiaire d’un reportage de 2 mn 10 diffusé dans le journal télévisé de TF1. Il était expliqué qu’une nouvelle réforme de l’orthographe allait entrer en vigueur à la prochaine rentrée à l’occasion d’une refonte des manuels scolaires, réforme allant bien entendu dans le sens d’une simplification de certaines règles jugées obsolètes et inutilement compliquées. Il sera désormais licite d’écrire « porte-monnaie » sans trait d’union, de supprimer le « i » muet à « oignon », d’enlever l’accent circonflexe sur les mots « coût » ou « maîtresse », et même de remplacer par un f le ph de « nénuphar ».

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Dessin de Gros, publié dans Marianne (février 2016)

Forcément, une telle annonce s’est aussitôt traduite par une lever de bouclier de la part de tous les bien-pensants persuadés qu’une telle simplification n’était rien de moins que la signature d’une décadence inéluctable de notre pays et l’expression du laxisme abêtissant de la Gauche au pouvoir. Le frontiste Florian Philippot, parmi de nombreux autres politiciens s’est illustré dans l’hystérie collective qui s’en est suivie, déclamant à qui voulait l’entendre : « Face à l’infâme et bête réforme, devant laquelle quelques démagogues se pâment, parce que le français est notre âme, #Jesuiscirconflexe »…Blog289_DessinChat

Dans la foulée, les réseaux sociaux se sont déchaînés contre une telle volonté qui ne peut conduire qu’à une régression inédite de la pensée intellectuelle française et la ruine de notre belle civilisation. Les humoristes bien entendu se sont emparés du sujet et s’en sont donnés à coeur joie pour rajouter un peu d’huile sur le feu.

Blog289_DessinBaionette

Pourtant, si l’on veut bien sortir de ces anathèmes un peu excessifs, force est de constater que l’ampleur de cette évolution n’est pas si majeure que certains ont voulu le faire croire et qu’en tout état de cause le gouvernement actuel n’y est strictement pour rien ! Il n’est pas inutile en effet de préciser que cette modification, qui, contrairement à ce qu’affirment certains, n’a pas non plus le moindre lien avec le projet de réforme du collège mis en œuvre par le ministère de l’Éducation nationale, date en fait de juin 1990 ! A l’époque, c’est Michel Rocard qui avait chargé le tout nouveau Conseil supérieur de la langue française de « formuler des propositions claires et précises sur l’orthographe du français ». L’idée était à l’époque, comme le rappelle Pierre Breteau dans Le Monde, de « proposer des retouches et aménagements, correspondant à l’évolution de l’usage, et permettant un apprentissage plus aisé et plus sûr ».

Blog289_DessinInfameParticipaient alors à ce Conseil des personnalités comme Eric Orsenna, Bernard Pivot, Jean Daniel, Jean-Luc Godard ou encore l’académicien Maurice Druon qui n’est pas spécialement connu pour ses idées révolutionnaires… De fait, les recommandations issues de ces réflexions, validées par l’Académie française et publiées au Journal officiel le 6 décembre 1990, sont pour le moins mesurées puisqu’elles ne portent au final que sur environ 2400 mots (soit moins de 4 % du vocabulaire disponible en langue française) pour lesquels il est désormais admis deux orthographes, l’actuelle graphie restant d’usage.

Pas de quoi donc fouetter un chat avec cette nouvelle rectification orthographique qui n’est que la dernière en date d’une longue série puisque notre langue ne cesse d’évoluer au fil du temps. L’accent circonflexe constitue bel et bien l’un des points concernés mais il n’est pas question, loin s’en faut, de faire disparaître cet appendice bien que d’usage relativement récent puisqu’il n’est apparu dans la langue française qu’en 1740 comme le rappelle Laurent Nunez dans Marianne.

Blog289_DessinChomageCe fameux accent circonflexe qui cristallise toutes les protestations ne sera en réalité plus obligatoire uniquement sur les lettres i et u (le chômage n’en sera donc pas allégé pour autant, malgré certaines affirmations prématurées…) et encore seulement lorsqu’il ne marque pas une terminaison verbale ou permet une distinction de sens (entre « mur » et « mûr » par exemple, mais aussi entre « jeune » et « jeûne »), ainsi que le détaille Juliette Laborde dans Libération. Les académiciens ont donc parfaitement fait la distinction entre l’accent circonflexe témoin d’une graphie ancienne (dans le mot « hôpital » par exemple) et son homologue ajouté au fil du temps sans véritable justification (comme dans « piqûre » ou « chaîne »).

Quelques mots pourront aussi être simplifiés en particulier pour supprimer certaines aberrations qui exigent actuellement de mettre deux f à « souffler » et un seul à « boursoufler », alors que ces mots sont manifestement de la même famille. Quelques accents incongrus pourront également être assouplis et on pourra désormais écrire indifféremment « sècheresse » ou « sécheresse », ce qui ne devrait pas constituer une révolution majeure, de même qu’il sera dorénavant toléré d’écrire « ils se sont laissé faire » sans accorder au pluriel le passé composé…Blog289_DessinJeune

On se demande bien en fait pourquoi cette réforme qui est donc en vigueur depuis maintenant plus de 25 ans sans avoir fait beaucoup de vagues jusqu’à présent, a déclenché un tel tollé à l’occasion de ce brusque coup de projecteur de la part de certains médias ! En réalité, l’évolution ne vient pas de l’Éducation nationale puisque les programmes officiels intègrent déjà cette réforme au moins depuis 2008, mais bel et bien des éditeurs de manuels scolaires. En bons commerçants, ces derniers poussent en effet à la roue pour que les programmes évoluent rapidement afin de pouvoir refourguer à nos chères têtes blondes de nouveaux manuels sans cesse revisités et remaniés, gage de profits toujours renouvelés grâce à un fabuleux marché captif. Ce sont donc eux qui ont brusquement décidé d’éditer de nouveaux manuels pour la prochaine rentrée scolaire prenant en compte cette nouvelle évolution orthographique, et qui l’ont fait bruyamment savoir à la France entière… Encore un mauvais coup de la notion d’obsolescence programmée qui guide les lois du marketing en vigueur dans notre société de consommation !

L.V.  LutinVertPetit

A fumé…

3 mars 2016

Depuis le 1er octobre 2015, jeter son mégot par terre est passible à Paris d’une amende de 68 euros. Du coup, la mairie de Paris multiplie les campagnes publicitaires pour attirer l’attention des fumeurs sur la nécessité de ne pas jeter leurs mégots sur la voie publique, estimant à pas moins de 350 tonnes le poids total des mégots déversés chaque année dans les rues de la capitale…

Blog282_PhAfficheParis

Plus de 30 000 poubelles spéciales munies d’un éteignoir et de sacs non inflammables ont été mises en place depuis 2013 afin d’inciter les fumeurs au bon geste. Il faut dire que le filtre qui constitue l’essentiel d’un mégot de cigarette est un redoutable polluant qui met en moyenne une douzaine d’années à se dégrader en relargant progressivement une partie des 4000 substances nocives présentes, dont la nicotine mais bien d’autres molécules dont l’éthyphénol, des métaux lourds et de l’acide cyanhydrique.

Blog282_PhDechetsCes produits nocifs se retrouvent via les réseaux d’eaux pluviales dans les cours d’eau. On considère ainsi que les mégots constituent à eux seuls 30 à 40 % des déchets présents dans la Mer Méditerranée ! Or une expérience a montré qu’un seul mégot jeté dans un litre d’eau suffit à tuer en 4 jours seulement la moitié des petits poissons qui s’y trouvent…

Pour inciter les fumeurs à perdre l’habitude de jeter leur mégot par terre, tout a été essayé comme l’explique une étude détaillée du site stop-tabac. Des filtres biodégradables ont été inventés en remplaçant les fibres plastiques d’acétate de cellulose par des produits moins pérennes, mais cela ne règle qu’une partie du problème car les polluants les plus toxiques sont relachés d’autant plus vite dans la nature… Les cendriers plus nombreux mis à disposition ne font pas tout non plus car l’observation montre qu’on trouve souvent plus de mégot autour du cendrier qu’à l’intérieur… Décidement, jeter son mégot au sol ou l’enfouir soigneusement dans la terre ou dans le sable de la plage reste un réflexe bien ancré chez la plupart des fumeurs !

Blog282_PhUrneLondres

Face à ce dilemme, citons quand même la trouvaille de l’association anglaise de protection de l’environnement hubbub qui a eu l’idée d’installer dans les rues de Londres d’étranges cendriers transparents en forme d’urnes ornées d’une question existentielle telle que : « Qui est le meilleur joueur du monde ? », « Qui gagnera le derby londonien de samedi ? » ou encore « Qui gagnera tel match de la Coupe du monde de rugby ? » Autant de questions auxquelles les sujets de sa Majesté sont invités à répondre, en déposant leurs mégots dans le trou de droite ou de gauche, en fonction de la réponse.Blog282_PhUrne

L’accumulation de mégots visibles derrière la vitre transparente permet aisément de constater qu’en ce qui concerne l’élection enfumée du meilleur joueur du monde, c’est Cristiano Ronaldo qui est en tête pour le moment, devant Lionel Messi.

Il semblerait néanmoins que le côté ludique de ces sondages aurait tendance à inciter certains à augmenter leur consommation de cigarettes pour avoir la satisfaction de voir grandir le tas du côté où penche leur préférence… Il n’y a décidément pas de solution miracle pour développer certains comportements civiques !

L.V.  LutinVertPetit

Philippe Meirieu : constats amers d’un pédagogue engagé…

20 octobre 2015
Philippe Meirieu

Philippe Meirieu

Philippe Meirieu fait partie de ces experts de l’Éducation Nationale que le monde entier nous envie, toujours sur la brèche pour donner son point de vue dans tous les médias à chaque fois que resurgit un débat sur les soubresauts de notre système d’enseignement. Omniprésent à la télévision, auteur d’innombrables ouvrages sur le sujet, présent à tous les colloques et signataire d’une multitude d’articles, sa biographie est tout bonnement époustouflante.

Dans le dernier article en date sur son bloc-note, un entretien daté du 31 août 2015, il décortique même en détail les thèses développées par Alain Juppé dans son récent livre consacré à l’école, tout en reconnaissant de pas l’avoir encore lu, ce qui ne l’empêche pas de disserter longuement et avec brio sur son supposé contenu : c’est dire la maestria du personnage !

Chercheur en pédagogie et professeur émérite des université en sciences de l’éducation, c’est à ce titre qu’il a été longuement auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le service public de l’éducation, les repères républicains et les difficultés des enseignants. Le détail de cette audition, datée du 16 avril dernier, est également accessible sur son site et est particulièrement éloquent.

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D’abord instituteur puis professeur de philosophie et de français en lycée professionnel avant d’enseigner les sciences pédagogiques à l’université, son parcours lui a incontestablement permis de porter un regard expert sur l’évolution du comportement des élèves, et son constat est sans appel : « L’École est en crise (…). Il faut aujourd’hui refaire l’ École pour pouvoir faire la classe. Chaque fois qu’un enseignant arrive dans sa classe, les codes scolaires et les principes qui régissent l’École sont à réaffirmer et à reconstruire. En réalité, je crois que les enseignants vivent aujourd’hui dans la difficulté, voire dans la dépression. Ils ont le sentiment d’être davantage contrôlés que soutenus par leur hiérarchie. » .

Blog239_Dessin4Selon lui, et ce constat est manifestement partagé par un grand nombre de professionnels de l’enseignement, la difficulté principale vient du hiatus entre les valeurs prônées par lÉcole républicaine et celles dans lesquelles baigne chaque élève au sein d’une société où l’on met en avant l’individualisme, la recherche du profit immédiat et la satisfaction des besoins consuméristes. « L’École se veut un lieu de pensée, de réflexion et de temps long, alors que la société promeut l’immédiateté et la satisfaction sans délai de la pulsion. (…) L’École promeut le respect de la compétence quand beaucoup de médias font triompher la dérision. Elle valorise la parole tenue alors que les élèves font l’expérience au quotidien de la désinvolture généralisée. Elle se veut le lieu de la culture désintéressée alors que, partout, règne l’utilitarisme immédiat. ».

Philippe Meirieu résume ce hiatus en une jolie formule qu’il met dans la bouche de ses élèves :  « Pourquoi se prendre la tête dans une société qui nous invite systématiquement à prendre notre pied ? ».

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Marcel Gauchet, philosophe et historien

Un entretien entre Philippe Meirieu et Marcel Gauchet, daté de 2011 et publié dans Le Monde, détaille de manière assez saisissante le malaise des enseignants confrontés à cet état d’esprit. Le philosophe Marcel Gauchet y fait le constat suivant : « Nous sommes en proie à une erreur de diagnostic : on demande à l’école de résoudre par des moyens pédagogiques des problèmes civilisationnels résultant du mouvement même de nos sociétés, et on s’étonne qu’elle n’y parvienne pas… ». Les rapports entre la famille et l’école ont fortement évolué, de même que le rapport au savoir et à l’autorité, ce qui modifie complètement la place de l’enseignement.

Ce que Philippe Meirieu illustre ainsi : « Dans l’ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une « pédagogie de garçon de café », courant de l’un à l’autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail. Il est vampirisé par une demande permanente d’interlocution individuée. Il s’épuise à faire baisser la tension pour obtenir l’attention. Dans le monde du zapping et de la communication « en temps réel », avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de « faire l’école ». ».

Blog239_Dessin5On sent le vécu dans ce témoignage, et nul doute que bien des enseignants se reconnaîtront dans cette description…

L.V. LutinVertPetit

Changement climatique : les lycéens précurseurs

9 mai 2015
Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Le défi du changement climatique prend de l’ampleur. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » reconnaissait déjà Jacques Chirac lors du sommet de la Terre à Johannesburg. C’était en 2002 et depuis la situation n’a fait que s’aggraver.

Un récent rapport publié en mars 2015 par le ministère de l’écologie et intitulé « Changement climatique et niveau de la mer : de la planète aux côtes françaises » met notamment l’accent sur un des aspects du dossier, à savoir l’inexorable montée du niveau des océans. Quasiment stable avec un taux moyen d’élévation de 0,5 mm/an au cours des 3 derniers millénaires, cette élévation atteint désormais 3,2 mm/an depuis 1993, sous l’effet combiné de la dilatation thermique de l’eau et de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. La différence paraît minime mais cela pourrait néanmoins se traduire par une augmentation du niveau de la mer de l’ordre de 80 cm d’ici 2100, ce qui est loin d’être anodin pour certaines zones littorales fortement peuplées. De fortes disparités régionales sont constatées mais l’impact de cette élévation du niveau moyen des mers se traduit par un risque accru de submersion marine et d’érosion côtière. Les conséquences de ce phénomène peuvent être assez lourdes comme le montrent le bilan de la tempête Xynthia en 2010 (avec une cinquantaine de décès à déplorer) ou l’ampleur du recul du trait de côte qui a atteint une vingtaine de mètres sur plusieurs sites en Aquitaine lors des seules tempêtes de l’hiver 2013-14 par exemple.

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Et bien entendu, les variations du niveau des mers ne sont que l’une des multiples manifestions de ce changement climatique global qui est maintenant observé depuis plusieurs années. Les scientifiques ont largement alerté sur le sujet mais il reste maintenant à en tirer les conséquences pour tenter d’en limiter autant que possible les effets et s’y adapter au mieux. C’est là le rôle des décideurs politiques et c’est manifestement le maillon le plus faible de la chaîne car celui qui a le plus de mal à raisonner au delà du court-terme !

Blog172_PhLogoCOP21Après une série d’occasions ratées de parvenir à des accords globaux sur le sujet, vital pour notre survie à long terme, le prochain sommet mondial qui doit se tenir à Paris à la fin de l’année est présenté par certains comme celui de la dernière chance. Cette 21ème Conférence des parties de la convention-cadre des Nations-Unies sur le climat, COP 21 de son petit nom, s’est en effet donné pour objectif (très ambitieux…) d’adopter le premier accord universel contraignant en vue de contenir en deçà de 2 °C l’augmentation moyenne des températures.

La France, pays hôte de ce prochain sommet, est sensée montrer l’exemple avec l’adoption de la loi de transition énergétique qui fixe comme objectif de réduire d’ici 2030 de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre et de 30 % sa consommation d’énergie fossile, tout en augmentant à 32 % sa part d’énergies renouvelables. Et pour faire bonne mesure, la France s’engage aussi à réduire d’ici 2050 de 50 % sa consommation totale d’énergie et de réduire de 75 % (par rapport à 1990) ses émissions de gaz à effet de serre.

Nul ne sait encore ce qu’il ressortira de ce prochain sommet des Nations-Unies à Paris mais une répétition générale de cet événement vient d’avoir lieu, le 6 mai 2015 au Bourget, jouée par des lycéens issus de 14 établissements d’Ile de France qui viennent de tenir leur propre COP 21. Cette simulation en vraie grandeur a été coorganisée par la DRIEE, une direction régionale des services de l’État rattachée au ministère de l’écologie, et par l’Éducation nationale, avec le soutien de la région Île-de-France.

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 - photo ©P. Devernay

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 – photo ©P. Devernay

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

L’affaire a été préparée durant toute l’année scolaire dans chacun des lycées qui participent à l’évènement et qui se sont familiarisés peu à peu avec les réalités du réchauffement climatique, les enjeux en cause et surtout les stratégies en présence. Chaque lycée représente la délégation d’un pays et a donc préparé avec soin ses arguments en tenant compte de la réalité socio-économique et politique du pays en question, afin d’être en mesure de défendre sa position lors du jour J. Accompagnés de leurs professeurs, certains sont allés jusqu’à rencontrer les conseillers diplomatiques dans les ambassades pour peaufiner leurs arguments !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Cet intense travail de préparation portait aussi naturellement sur la capacité à s’exprimer en public, avec aisance et conviction, dans un cadre qui, sans être celui où se tiendra la véritable conférence des Nations-Unis, n’en est pas moins intimidant, en présence des ministres Ségolène Royal et Najat Vallaud-Belkacem. Le résultat est assez bluffant et les ministres elles-mêmes se sont dites impressionnées par la qualité des débats et des argumentaires comme on peut le constater sur la vidéo diffusée sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

Cop21-Logo-1ACertes, le résultat de ces « négociations » n’est pas tout à fait à la hauteur des ambitions affichées puisqu’il débouche sur un accord en vue de réduire à seulement 2,8 °C le réchauffement global d’ici 2030 (ce qui est en deçà des ambitions affichées à ce jour) et à 1 m l’élévation du niveau des mers. Mais ce résultat n’en est pas moins réaliste si l’on considère, comme l’ont fait les lycéens, les positions intransigeantes de certains États. Ainsi le Canada qui exclut obstinément toute réduction de ses émissions de gaz à effets de serre liées à l’exploitation des schistes bitumineux, ou la Chine qui refuse catégoriquement toute contrainte environnementale qui réduirait sa croissance économique, ou encore l’Arabie Saoudite qui conditionne sa participation à un éventuel Fonds Vert à un juste retour financier en sa faveur…

Bref, les positions des uns et des autres étant ce qu’elles sont, cette répétition générale ne fait que confirmer à quel point il sera difficile d’obtenir fin 2015 un accord à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes collectivement confrontés…

L . V . PetitLutinVert

Recherche universitaire : vers la désexcellence ?

7 février 2015

Blog153_PhExcellence« Au royaume des slogans de l’époque, voici la nouvelle tromperie : il faut être excellent. Pour réussir dans tous les secteurs de la vie, pour briller en société, un seul objectif : devenir le meilleur. On est en pleine héroïsation de l’individu. De tous ? Mais parvenir au rang de « héros » en reconnaissance de services rendus est forcément réservé à quelques uns : les gagnants, les astucieux, les débrouillards. Ce principe fallacieux s’applique déjà à la recherche, l’enseignement, l’administration et aux services publics. Sous quelles formes ? Avec quels bénéfices ? Que signifie pour la dignité humaine de ne pas être excellent ? Et tous les secteurs de notre vie sont potentiellement visés par la charge déshumanisante de la course effrénée à la performance. »

Décrire et dénoncer les risques de l’« excellence » qui « exprime le dépassement de soi et des autres, l’accroissement continu des performances, la réussite dans un monde où seuls les plus forts seraient appelés à survivre », tel est l’ambition de cette charte de la désexcellence que viennent de publier une série d’enseignants-chercheurs de l’université libre de Bruxelles (CharteDesexcellence).

L'Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l'Excellence ?

L’Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l’Excellence ?

L’initiative est intéressante qui met en garde contre les excès de ce mantra incantatoire mis en avant par la pensée néolibérale et les pratiques managériales depuis les années 1980 : la recherche à tout prix de l’excellence a certes des vertus en matière d’émulation et d’amélioration de la productivité, mais ses effets pervers ne doivent pas être non plus sous-estimés, liées à l’hyper-compétition, à la dévalorisation de certains savoirs, au primat de l’évaluation selon des critères strictement économiques et au triomphe de la communication et du faire savoir sur le savoir-être et le savoir-faire.

Blog153_PhRechercheLongtemps abrité de cette épidémie qui a d’abord contaminé le monde de l’entreprise, le milieu universitaire de l’enseignement supérieur et de la recherche se retrouve confronté à cette nouvelle doxa, dans la foulée des accords de Bologne, qui ont consacré la mise en compétition des universités européennes. Du coup les impératifs de recherche et de formation tendent à devenir secondaires face à d’autres préoccupations qui consistent à «  soigner son image de marque, transformer son institution en machine de guerre capable d’absorber les meilleurs crédits, les meilleurs enseignants-chercheurs, le plus grand nombre d’étudiants, et renforcer son positionnement sur les scènes nationales et internationales ».

Blog153_DessinChercheurC’est ce que dénoncent avec beaucoup de conviction ces enseignants-chercheurs qui constatent que ces « indicateurs d’excellence » qui se sont multipliés masquent en réalité une baisse de la qualité du travail universitaire, qui se traduit par un « formatage des champs et des objets de recherche, la multiplication des résultats invalides et des fraudes, un manque de recul et d’esprit critique, la construction d’une relation marchande à l’apprentissage, la substitution des savoirs instrumentaux aux connaissances et à la réflexion, etc ».

Cette réflexion les amène à appeler, non sans ironie, à la « désexcellence » ! Il s’agit ni plus ni moins que de s’opposer « au dévoiement actuel des universités » en invitant à se préoccuper de la qualité effective du travail comme le ferait un artisan soucieux de donner un sens à ce qu’il conçoit ou fabrique. Cette démarche met aussi en avant un recentrage sur des valeurs telles que le partage, le désintéressement, l’honnêteté intellectuelle, la solidarité, des notions qui paraissent souvent bien éloigné du monde actuel de la recherche universitaire où chacun piétine allégrement son voisin et la déontologie pour essayer d’émerger dans ce qui ressemble de plus en plus à une jungle où tous les coups semblent permis.Blog153_DessinShadock

Les auteurs de la charte en ont d’ailleurs tellement conscience qu’ils conseillent un usage très prudent de leur propre manifeste pour tendre vers « une université de service public, démocratique et accessible » : seuls les professionnels disposant d’une réelle marge de manœuvre sont invités à s’emparer de cette charte, ce qui en dit long sur la précarité d’une grande partie des chercheurs actuels !

S.J.

Échanger savoirs, biens et services, c’est possible !

6 décembre 2014

AfficheConfReseau_A4coulNous étions une trentaine de personnes lors de cette nouvelle conférence du Cercle progressiste carnussien, ce lundi 1er décembre 2014, pour écouter et interroger Rosemarie Ott, présidente de RESAU, le Réseau d’échanges réciproques des savoirs aubagnais, ainsi que Isabelle Martin Schnoering, présidente du Ciotasel, le Système d’échange local de La Ciotat.

Rosemarie Ott nous a rappelé l’origine des Réseaux d’échanges réciproques des savoirs (RERS) devenus aujourd’hui FOrmation Réciproque, Echanges de Savoirs et Création Collective (FORESCO). En 1971 dans la ville nouvelle d’Evry, une institutrice, Claire Héber-Suffrin, met en place une nouvelle forme pédagogique pour éveiller les enfants au savoir et à l’échange de ce que chacun sait, pour le partager et favoriser la relation entre les enfants nais aussi avec les adultes. L’expérience mise en place sur la commune d’Evry va alors diffuser avec l’aide des réseaux de l’éducation populaire pour devenir aujourd’hui un mouvement national et international avec plus de 100 000 « réseauteurs » partageant une charte : on doit être à la fois donneur et receveur de savoir.

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Le RESAU d’Aubagne a été créé en 1989 par une animatrice sociale de la ville. Il bénéficie depuis d’un local prêté par un bailleur social dans le quartier du Charrel. Ce local demeure encore aujourd’hui le lieu principal des rencontres. L’association organise de nombreux moments d’échanges collectifs : l’atelier cuisine, l’atelier peinture sur soie, les activités créatives, des jeux de société, l’atelier d’écriture, des sorties organisées à Marseille ou les marches du lundi matin etc.

En ce qui concerne les échanges individuels chaque adhérent (il n’y a pas de cotisation payante) est demandeur et offreur au moins d’un savoir, et il est souhaitable que le temps passé en offre soit équivalent au temps passé en demande, même s’il n’existe pas de hiérarchie entre les savoirs échangés. C’est à l‘équipe d’animation de veiller à cet équilibre. Tout échange de savoir doit en effet être formalisé par un médiateur de l’équipe qui met en relation offreur et demandeur et fixe avec eux les modalités d’échange (où, quand comment, à quelle fréquence, avec quels moyens pédagogiques ?) puis effectue le bilan.

Le premier objectif de RESAU demeure la sortie de l’isolement, le plaisir de se connaître, d’être reconnu, d’échanger et de passer de bons moments de convivialité.

Les références : R.E.S.AU. – BP 511 – 13681 Aubagne Cedex – tel : 04.42.03.11.93

Isabelle Martin Schnoering et Rosemarie Ott

Isabelle Martin Schnoering et Rosemarie Ott

Isabelle Martin Schnoering nous a ensuite présenté ce qu’était un SEL. Cette forme d’économie parallèle avec une monnaie locale restreinte aux participants du réseau, existe depuis très longtemps. D’abord formalisés en Ecosse depuis les années 1980, puis en France en Ariège en 1994, on compte aujourd’hui environ 300 à 400 SEL en France qui partagent une même charte.

Ciotasel regroupe aujourd’hui 260 adhérents, avec un renouvellement annuel de participants d’environ 30 %. Son but est proche de celui des réseaux d’échange de savoirs : sortir de l’isolement, favoriser les rencontres de personnes qu’on ne côtoie pas naturellement et échanger des biens ou des services sans rémunération monétaire en euros.

La monnaie d’échange est le grain de sel. Une heure de service correspond à 60 grains de sel. Tout service a la même valeur, basée sur le temps passé. Par exemple : une heure de ménage égale une heure de cours de maths ou de conversation anglaise. Le nouvel adhérent (l’adhésion : 7 € pour une personne et 10 € pour un couple) est crédité de 300 grains de sel pour rentrer dans le système et obtenir la liste des services et des personnes qui les rendent. Il y a ensuite beaucoup de souplesse : on peut posséder plus ou moins de grains de sel sur son compte, certains étant momentanément fortement créditeurs et d’autres déficitaires…

Depuis 2009 tout est organisé via un site internet, y compris l’adhésion et toute la communication par l’intermédiaire d’une gazette qui paraît chaque semaine. La mairie prête une salle 2 fois par semaine pour des ateliers libres ou pour une permanence le jour du marché. Des soirées sont aussi organisées où chacun apporte un plat qui sera partagé avec tous. Sont organisés aussi des trocs où la valeur des objets est affichée en grains de sel.

Il existe également des systèmes périphériques par exemple « la route des SEL » qui permet l’hébergement solidaire. On va ainsi pouvoir bénéficier dans une autre ville de l’accueil d’un adhérent et accueillir chez soi l’adhérent d’un autre SEL ce qui agrandit évidemment le cercle du réseau et permet des échanges souvent très positifs.

De nombreuses questions ont alors fusé. Rosemarie Ott et Isabelle Martin Schnoering ont détaillé la façon dont les associations fonctionnent, les difficultés de renouvellement des dirigeants, mais aussi le bonheur de ces rencontres où le fondement même de la rencontre humaine est reconnu et promu. Le verre de l’amitié a permis de prolonger l’échange avec des anciens et nouveaux venus, dans une ambiance très conviviale.

C. G.

Échanges de savoirs : une nouvelle conférence du CPC

22 novembre 2014

Une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien aura lieu à Carnoux-en-Provence, lundi 1er décembre 2014, à 18h30 en salle Tony Garnier. Ce sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement des réseaux d’échange de savoir et autres initiatives associatives d’échanges de services entre citoyens. Face à une emprise croissante de l’argent qui régit toutes nos activités quotidiennes même celles qui sont à la source de nos liens sociaux, de nombreuses initiatives ont en effet vu le jour pour proposer une autre approche moins mercantile et plus humaine.

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C’est une de ces initiatives que viendra nous exposer Rosemarie Ott, présidente du RESAU, le Réseau d’échange réciproque de savoirs aubagnais, une association créée en 1990 mais qui est affiliée à un mouvement datant des années 1970, celui des RERS (réseaux d’échange réciproque de savoirs), désormais le FORESCO. Dans cette démarche, l’idée est que chacun est porteur de savoirs et de compétences dans des domaines variés et complémentaires, sans qu’il n’y ait forcément de hiérarchie entre ces connaissances. Chacun peut donc à la fois donner et recevoir, par exemple aider quelqu’un à s’améliorer en jardinage et en échange recevoir non pas une rémunération mais des cours d’anglais ou de cuisine.

Ces réseaux d’échange de savoirs sont en effet caractérisés par l’absence de rémunération. L’important, c’est la solidarité et le lien social qui se créent au travers de ces échanges d’expérience et de compétences personnelles.

Dans le système des SEL ou systèmes d’échanges locaux, qui seront aussi évoqués lors de la conférence du 1er décembre, l’échange est matérialisé par une sorte de paiement mais avec une monnaie virtuelle, ce qui permet de hiérarchiser davantage les services rendus et de les valoriser à leur juste prix, de telle sorte qu’on se rapproche d’une démarche économique et pas seulement pédagogique et sociale.

« Échanger savoirs, biens et services, c’est possible ! », tel est le titre de cette nouvelle conférence du Cercle : venez nombreux pour ce moment privilégié d’échange, ouvert à tous gratuitement, et qui permettra de découvrir de nouvelles approches propres à recréer ce lien social qui fait tant défaut dans notre société soumise à l’individualisme et au consumérisme…

L. V. LutinVertPetit

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (deuxième partie)

19 octobre 2014

Blog109_Ph3Comme nous l’avons évoqué dans le précédent article, l’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits académiques (langue, mathématiques, histoire et sciences naturelles) et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées1 ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Qu’entend-t-on par projet ?

Les projets constituent des activités à visées éducatives, sportives et culturelles. Intégrés au projet de formation de l’école, ils sont pour partie financés par la dotation municipale (ou du district) et pour le complément par les parents et les communautés. Précisons que le terme « communauté » recouvre des acceptions variables : le quartier, un groupe de bienfaiteurs, des associations ou des professionnels (entreprises : des compagnies informatiques de la Silicon Valley sont partenaires de plusieurs écoles du secteur).

Le jardin des sens

Le jardin des sens

Ainsi, dans une école de Californie du district de San José qui dispose d’un jardin pédagogique, ce sont les parents qui se chargent, avec l’aide rare des services municipaux, des plantations et de l’entretien de cet espace. Outre l’investissement en temps des parents, les dépenses occasionnées pour des achats de matériels (fongibles) et, s’agissant du jardin, de plantes sont déductibles des taxes (impôts) payées par le foyer.

Pour d’autres types de projets éducatifs, financés par des communautés, les enfants sont les premiers acteurs. Plusieurs formes de mobilisation existent :

  • – Marcher selon un circuit situé dans l’espace de jeu de l’école puis comptabiliser le nombre de tours réalisés, chaque tour permettant de lever des fonds auprès des donateurs. Ce Walk-a-thon (en référence au Téléthon) permet de financer des visites et des sorties culturelles.

  • – Solliciter les amis ou les voisins afin qu’ils fassent un don (toujours déductible des impôts) pour la mise en place d’un projet. Cela rappelle aux plus anciens des actions caritatives qui prenaient la forme de vente de timbres destinés à financer les pupilles de l’école publique ou de quêtes à l’occasion d’évènements tragiques (aide pour les enfants de Madagascar par exemple).

Enfin, il est fréquent que les parents soient sollicités pour conduire des activités culturelles. Ainsi, récemment, ai-je pu connaître cette expérience avec une classe de 1st grade à l’occasion d’un projet en arts plastiques. Informée par les parents d’une élève de mes compétences dans cette discipline, l’enseignante a souhaité que je conduise plusieurs séances d’enseignement. Je n’ai pas eu à justifier de mon parcours professionnel. J’ai simplement pris soin d’informer la maîtresse des objectifs d’apprentissage visés. Elle a ensuite exploité, dans le cadre de son programme les résultats de ce travail.

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Pour d’autres projets conduits en partenariat avec des associations, les parents volontaires peuvent être investis, au-delà de l’accompagnement de visites comme cela se pratique en France, cela afin de renforcer l’intégration des parents dans l’École.

Que retenir de cela ?

Le système éducatif aux USA est décentralisé. Cette organisation confère aux états des marges d’initiative et de responsabilité, notamment financières, qui se traduisent dans les faits par une disparité des horaires d’enseignement, et donc des salaires des maîtres, des programmes et des supports pédagogiques. Les dates des congés sont aussi déterminées par les états. Si le principe d’un accès à l’éducation est garanti, les contenus comme les modalités d’enseignement varient d’un état à l’autre, voire au sein d’un même état, d’un district à l’autre. La valeur des formations dans l’enseignement public dépend des priorités fixées par chacun des états.

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L’enseignement scolaire public aux USA est organisé sur le rythme d’une semaine de cinq jours, avec un allègement le mercredi après-midi. L’horaire se répartit, selon les écoles, sur des tranches horaires allant généralement de 8H15 à 14H45 dans le public ou de 8H30 à 15h30 dans le privé. Le nombre d’enfants par classe est aussi décidé au niveau du district : moins de 25 élèves par classe dans le public et jusqu’à 40 dans le privé. Le choix fédéral de créer des conditions favorables à l’apprentissage a pour conséquence de contraindre les parents à prendre en charge l’enfant dès la fin de la classe ou bien de l’inscrire à une garderie payante et chère.

La France, animée du souci d’offrir à tous les enfants, sans discrimination, un cadre propice à l’Éducation, a choisi une organisation différente du temps scolaire afin qu’il favorise les apprentissages et pour cela a décidé de la mise en place d’activités éducatives complémentaires dans les écoles. De plus, ces dernières sont prises en charge par l’Etat et les collectivités territoriales afin de ne pas alourdir les charges des familles, là encore pour éviter toute sélection par l’argent.

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d'école aux USA

Espace de jeu (ouvert) dans une cour d’école aux USA

L’enseignement primaire aux USA est centré sur les apprentissages dans les domaines académiques. Les autres enseignements sont organisés, en fonction des écoles, selon des projets qui se distribuent sur plusieurs périodes durant l’année. Par exemple, le projet annuel arts d’une école sera composé de cinq temps répartis sur l’année. Pour ce faire, il est régulièrement fait appel à des partenariats.

Cela soulève deux questions. La première, qui est évoquée (discrètement) dans les projets pour l‘Éducation par les partis politiques conservateurs français, est relative au recentrage de l’enseignement sur les disciplines dites fondamentales. Cela aurait pour conséquence de laisser à l’initiative des écoles le choix d’assurer ou non les autres enseignements réduits au rang d’activités (arts et culture). La vigilance doit être de mise car, une fois de plus, c’est le principe d’égalité des enfants devant la formation qui pourrait être remis en question.

La seconde concerne l’enseignement en partenariat et l’apport d’associations ou de parents dans la conduite de projets. Un récent séminaire inter-académique qui s’est tenu début octobre 2014 Toulon a mis en évidence les bénéfices d’une meilleure implication des parents dans l’École et ceux de l’appui d’associations reconnues d’utilité publique, mais sans que ces dernières, pas plus que les parents, ne se substituent aux enseignants.

L’ouverture de l’École aux parents demeure un sujet sensible dans notre pays. Afin de lever les réticences, la Ministre à insisté sur cette nécessité et les bénéfices enregistrés dans la circulaire de rentrée 2014. Le partenariat avec les institutions sportives, culturelles – scientifiques et artistiques -, avec les organismes de santé ainsi qu’avec les associations est aussi encouragé.

En France, il n’y a pas lieu de craindre un démantèlement de l’École des-lors que cette ouverture et ces partenariats se construisent dans le respect des objectifs assignés à la formation et qu’il est fait appel à des compétences complémentaires à celles des enseignants qui demeurent les garants des principes qui fondent l’École républicaine, dont la laïcité constitue un des premiers piliers.

Michel Motré

Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional d’arts plastiques honoraire.

1  Programme par une équipe de formateurs en arts plastiques

Comment fonctionne l’école primaire aux USA ? (1ère partie)

18 octobre 2014

Quand en France, et à Marseille en particulier, la mise en place des nouvelles organisations du temps scolaire fait l’objet de débats, et se traduit parfois par l’adoption de choix insensés au regard de l’objectif d’améliorer le rythme des apprentissages, il apparaît opportun d’observer comment fonctionnent les écoles à l’étranger.

La situation de l’enseignement primaire dans les écoles publiques des USA nous éclaire sur des choix qui feraient réagir plus d’un parent et plus d’un enseignant en France.

Une école maternemme en 1895

Une école maternemme en 1895

Tout d’abord, les enfants aux Etats Unis ne sont scolarisés dans les écoles publiques qu’à partir de 5 ans dans les kindergartens (jardins d’enfants). Des écoles privées scolarisent dès 3 ans (pre-school) pour un coût très élevé.

Cela rappelle la situation qui a prévalu en France avant guerre, surtout dans les territoires ruraux, même si les écoles maternelles ont été officiellement créées à partir des années 1880.

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Avant cette première année de scolarité appelée Kindergarten, les enfants sont gardés à leur domicile par un parent ou une personne rétribuée par la famille, ou alors ils fréquentent un jardin d’enfant privé (daycare) qui peut les accueillir dès la fin du congé de maternité (6 semaines en moyenne). Le coût de cette prestation est très élevé (environ 1400 $ par mois (≈1100€) et parfois plus pour les nourrissons !), même si une compensation de 600$ pour l’année et par enfant est versée aux familles. Notons qu’aux USA, il est assez fréquent qu’un seul parent travaille. Parmi les facteurs qui expliquent ce constat, particulièrement pour des familles aux revenus faibles ou moyens, figurent les charges élevées liées à la scolarisation des enfants ainsi que la faiblesse des aides sociales.

Comment sont organisées les journées de classe et quel est le coût pour les familles ?

Les horaires des kindergartens sont variables d’un État à l’autre, d’un district à l’autre. Ainsi, en Californie, Union district de San José, l’horaire hebdomadaire est d’environ 22H, alors qu’il est moindre pour d’autres états, 20H dans l’Ohio par exemple.

En primaire, les cours débutent à 8H15 et finissent à 14H40 sauf le mercredi où ils se terminent à 13H15. Le repas de midi peut être pris sur place et coûte environ 3$ (≈2,40€). Cela ne vaut pas plus au regard des pizzas réchauffées ou des hotdogs frits servis et qui contribuent à accroître la tendance à l’obésité.

Pour les classes de First Grade – notre équivalent Cours Préparatoire (CP) -, les enseignements académiques concernent la langue, les mathématiques, l’histoire et les sciences naturelles. Ils sont essentiellement axés sur la maîtrise du langage –lire et écrire–, avec un accent mis sur la compréhension, et pour les mathématiques, sur la maîtrise de la numération et les bases du calcul –addition et soustraction-. Notons qu’à l’entrée en 1st grade, les enfants maîtrisent souvent les bases de déchiffrage en lecture.

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L’éducation physique est intégrée à la formation, quant aux arts, ils font l’objet de projets. S’ajoute, une forme particulière d’enseignement civique avec notamment, chaque semaine, un salut au drapeau. Enfin, il existe une bibliothèque (équivalent de nos B.C.D.) et chaque classe dispose d’un coin lecture avec des ouvrages consultables sur place.

En début d’année, dans la plupart des écoles publiques, les familles versent en moyenne une somme de 250$ (≈200€) par enfant, plus pour ceux qui le peuvent, moins et parfois rien pour les plus modestes. Cet apport des familles sert à l’achat de matériels informatiques et de logiciels pédagogiques, ainsi que d’ouvrages pour la bibliothèque. Si dans les écoles publiques françaises, les parents peuvent être invités à verser leur obole à la caisse des écoles ou au foyer socio-éducatif, les sommes versées sont très modestes et ne concernent pas des investissements en matériel ou en supports scolaires, ces derniers étant à la charge des collectivités territoriales ou de l’État.

Pourquoi est-il fait appel aux parents dont les enfants fréquentent les écoles publiques ? Il faut à ce sujet signaler que les subventions versées par chaque État de l’Union pour le fonctionnement des écoles publiques est variable. Chaque État fixe des priorités et parmi celles-ci, le fonctionnement des prisons constitue un des premiers postes de dépense, avant l’éducation ! On prête à Victor Hugo cette citation « Ouvrir une école c’est fermer une prison », position qui mériterait d’être prise en compte par ceux qui gouvernent. Ces choix ont pour effets, notamment, la différence des horaires entre états et donc des conséquences sur les rémunérations des enseignants ainsi que sur les charges des familles.

Cette disparité étatsunienne n’est pas unique et d’ailleurs elle inspire les chantres de la régionalisation de l’Éducation en France. Pour être complet, signalons que les sommes payées par les familles qui scolarisent leurs enfants dans les écoles publiques aux USA ne sont pas comparables avec celles versées aux écoles privées ; souvent 10 000$ (≈8000€), jusqu’à 30 000$ par an (près de 23 800€)  et 18 500$ (≈14 700€) par an pour des écoles franco-américaines, hors coût de la garderie.

Ecole Steiner aux Etats-Unis

Ecole Steiner aux Etats-Unis

L’enseignement aux USA se centre sur les apprentissages dits fondamentaux ou académiques et laisse à l’initiative des écoles la conduite de projets sportifs, scientifiques, artistiques et culturels dont beaucoup sont réalisés en partenariat avec des associations spécialisées ou des bénévoles (parents ou communautés). Plusieurs sont réalisés hors temps scolaire.

Après la classe, c’est-à-dire après 14H40 ou 13H15 le mercredi, les enfants sont pris en charge par leur famille (ou une personne rémunérée). Quand les deux parents travaillent, les enfants peuvent être inscrits à une garderie (after school care). Il existe dans certaines écoles qui disposent d’un local (club house) dédié à cette fin, sinon les parents doivent s’enquérir d’une structure externe, associative, communautaire voire religieuse. Dans la « garderie » de l’école, les enfants bénéficient d’activités culturelles (artistiques et scientifiques) ainsi que d’une aide aux devoirs. Le coût mensuel est de varie de 350 à 500$ (≈280 à 400€).

Que retenir de ces informations ?

S’agissant de l’Éducation, le modèle économique et social qui prévaut aux USA diffère du modèle français. Aux USA, le respect de la liberté individuelle, principe fondamental qui se décline à tous les échelons de la société et de son organisation, conduit à privilégier les initiatives des individus (éducation, santé, cotisations pour la retraite…). Ce choix peut entraîner des charges de fonctionnement lourdes pour chaque citoyen, notamment en matière d’éducation, que l’appartenance à une communauté peut cependant atténuer. Le corollaire est que les taxes (impôts) sont peu élevées.

En France, où le principe de solidarité est constitutif des fondements de République (Égalité et Fraternité), la part des charges individuelle est bien plus modeste. L’État centralisé et ses instances décentralisées (Communes, Départements et Régions) contribuant au fonctionnement des services publics dont celui de l’Éducation. La contrepartie de ce choix politique se retrouve dans la pression fiscale élevée pour les familles aux revenus moyens et élevés.

Michel Motré

Si l’homme ne change pas, le monde ne changera pas…

4 septembre 2014

Nous sommes entrés dans l’ère de l’accélération globalisée. Vitesse et court terme sont devenus la norme de la société. Mis sous tension par l’accélération financière et technologique, nous tentons encore de suivre un rythme qui nous mène pourtant vers des catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées. Mais certains d’entre nous ont décidé de ne pas céder à l’injonction d’’immédiateté, en expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre ». Chaque jour partout dans le monde, en Europe, en Amérique Latine, aux États-Unis ou en même en Inde, ils travaillent à redonner du sens au temps. À la marge du modèle dominant, ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain. Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.

En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, le réalisateur Philippe Borrel est allé à la découverte d’initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. Le film passionnant qu’il en a tiré est actuellement visible sur Arte (jusqu’au 9 septembre 2014).

Bunker Roy

Bunker Roy

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire. En Europe, les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques. À Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Urgence_Ph1L’ « Université aux pieds nus » du Rajasthan, est un exemple éclairant. Après ses études à Delhi, Bunker Roy décide de s’installer à Tilona pour venir en aide aux populations défavorisées de la région. Il souhaite agir concrètement de façon à ce que les villageois puissent accéder aux savoirs techniques et médicaux et gagner ainsi leur indépendance. Inspiré par les préceptes du Mahatma Gandhi, qui prône la simplicité en toute chose, il fonde en 1972, avec sa femme Aruna, le Barefoot-college, littéralement l’Université aux pieds nus. Il part du principe qu’avec un minimum de compétences et de savoirs concrets, les villageois ont la possibilité de se prendre en main et d’aider eux même leur communauté.

Sa première action concrète, il la réalise en installant des pompes à eau, essentielles dans une région où l’eau est rare et porteuse de maladies, puis il apprend aux villageois à les installer et les réparer. L’opération est un succès car non seulement elle permet aux habitants d’accéder à une eau saine, mais également donne la chance à une communauté d’Intouchables, qui se sont cotisés pour acquérir une pompe, d’accéder à leur indépendance et de dépasser leur condition sociale, fait rare en Inde. Ce succès encourage Bunker Roy, et de nouveaux enseignements sont organisés.

Ici, l’enseignement délivré est dépouillé de toute théorie « inutile ». Aucun diplôme n’est délivré pour que les bénéficiaires ne soient pas tentés de les marchander ou de quitter le village. Dans cet enseignement basé sur l’observation, la répétition des gestes, les ateliers pratiques, avec de nombreux spécialistes du monde entier, médecins ou ingénieurs, qui viennent transmettre bénévolement leur savoir aux élèves. Ceux-ci rentrés chez eux les transmettront à d’autres étudiants ou à d’autres personnes bien souvent illettrées dans leur village.  Plus qu’un campus, c’est une communauté, un engagement participatif ou l’on apprend non pas pour soi, mais pour servir les autres, dans un respect des traditions et avec « une vision durable ». Les programmes évoluent en permanence, en fonction des propositions et des besoins.

Urgence_Ph2Parmi les programmes les plus ambitieux pour former des personnes dans les pays en voie de développement : la maitrise de l’énergie solaire. Pour recruter les stagiaires, un comité du Barefoot Collège « énergie et environnement »  visita plusieurs villages, détermina avec leurs habitants une cotisation mensuelle à verser pour le projet et deux personnes furent désignées, de préférence des femmes dans la quarantaine, jugées plus réceptives aux enseignements et fidèles à leur communauté. Elles furent ensuite envoyées 6 mois en formation sur le campus où des spécialistes en énergie solaire leur inculquèrent les savoirs nécessaires pour manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs, installer des panneaux solaires correctement, être capable de les entretenir, et construire des lampes solaires.

La plupart étant illettrées, et ne parlant pas forcément la langue de la région, elles apprirent par mimétisme, grâce à des dessins, à des photos ou encore lors d’ateliers de montage. A l’issue de leur formation et de retour chez elles, elles mirent en place les installations électriques, établissant ensuite un atelier électronique de maintenance du matériel, et formant à leur tour d’autres villageois à l’énergie solaire. Chaque habitant qui bénéficiait de ces infrastructures devait reverser ensuite une certaine somme à la communauté, dont le total serait utilisé pour étendre le réseau. Le projet était ainsi complètement autofinancé…

Ce programme fut dès le départ un succès, qui a depuis changé la vie de nombreux villages, permettant notamment, grâce aux lanternes électrique, la mise en place de cours du soir ou les commerces nocturnes. Mais il a également permis à de nombreuses femmes, les « chasseuses de soleil » (elles composent 80 % des élèves formés), de s’émanciper et d’accéder à un statut qu’elles n’auraient jamais imaginé avoir. En tout ce sont plus de 800 écoles et 315 villages dans le pays qui ont tiré parti de ce programme.

Urgence_Ph3En observant cette réussite, de nombreux pays s’y sont intéressés. Ainsi, depuis 2004 le Barefoot College exporte son enseignement vers d’autres pays émergents avec notamment l’aide du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Ce programme a ainsi permis à des femmes d’installer des panneaux photovoltaïques dans des villages d’Ethiopie, d’Afghanistan, du Bénin, de Bolivie, du Bhoutan, du Cameroun, de Gambie, du Malawi, du Mali, de Mauritanie, du Rwanda, de la Sierra Léone, de la Tanzanie et plus récemment au Sénégal, à Djibouti et au Soudan.

Les ruraux montrent par là leur capacité à résoudre leurs propres problèmes et à s’émanciper, grâce à un enseignement adéquat. Le Barefoot College démontre ainsi que l’accès à l’apprentissage n’est plus inaccessible pour une certaine couche de la population. Bien plus qu’un centre de formation, Le Barefoot College est une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins indiens ou étrangers cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.

Nous ne vivons pas en Inde, mais ne devrait-on pas s’inspirer de cette réalisation de mise en commun des compétences et travailler à inventer un avenir meilleur par des initiatives semblables ? Faudrait-il se résoudre à dépendre de la seule « bonne volonté » des hommes politiques ? Le lobbying du peuple est-il possible ?

C. G.

Bientôt une université régionale des métiers à Marseille

12 juillet 2014

Blog87_Ph1On déplore souvent qu’en France, contrairement à l’Allemagne, l’apprentissage ne soit pas assez développé. Il semble bien en effet que les entreprises françaises soient plus réticentes que leurs concurrentes d’Outre-Rhin à s’engager dans la formation de leurs jeunes recrues. Le sujet a d’ailleurs été largement abordé lors de la récente conférence sociale où il a été constaté une chute dramatique des contrats d’apprentissage et de professionnalisation dont le nombre a baissé de 14 % lors du premier trimestre 2014 ! De nouvelles mesures financières ont d’ailleurs été annoncées par le gouvernement pour favoriser le recrutement d’apprentis par les entreprises avec un objectif affiché d’atteindre le chiffre de 500 000 apprentis à la rentrée 2017 (contre 435 000 actuellement et 1,5 millions en Allemagne…).

cognitif-humourD’autres initiatives se développent aussi à l’initiative des collectivités territoriales et notamment des régions qui sont en première ligne en matière d’aide au développement économique. Saluons à cet égard l’initiative de la Région PACA qui vient de signer, le 13 juin dernier, un protocole d’engagement avec la Chambre régionale des métiers, l’État et la Caisse des dépôts et consignations en vue de lancer la création d’une future Université régionale des métiers qui devrait ouvrir ses portes à Marseille en 2019.

Ce futur  » campus des artisans  » sera construit dans le secteur d’Arenc, au cœur du périmètre d’Euroméditerranée. Le coût de l’investissement est évalué à 105,5 millions d’euros, payé pour l’essentiel (69,3 M€) par la Région PACA et par l’État pour 15,9 M€ via les crédits du Programme des investissements d’avenir (l’ex Grand emprunt). Ce dernier injecte au total près de 330 M€ dans la réalisation d’une soixantaine de projets visant à promouvoir ainsi l’apprentissage. Le solde du montage financier pour l’université régionale des métiers sera pris en charge par la communauté urbaine MPM, les chambres des métiers et Erilia (réseau Habitat en région des Caisses d’épargne, société chargée de réaliser une unité d’hébergement de 150 chambres pour l’accueil des stagiaires).

Blog87_Ph3Le chantier de ce vaste projet devrait débuter en 2016 sur deux parcelles situées juste derrière le Dock des Suds. Le complexe ainsi créé regroupera trois centres de formation existants (dont le CFA des Compagnons du devoir), l’Institut régional de formation à l’environnement et au développement durable (actuellement à l’Arbois) mais aussi plusieurs centres de ressources dont l’Observatoire régional des métiers ainsi que le siège des organisations professionnelles de l’artisanat.

Blog87_Ph2Au total, ce sont 1 200 apprentis qui pourront être accueillis sur cette nouvelle structure, soit 341 places supplémentaires par rapport à l’état actuel. Sept filières professionnelles seront concernées : bâtiment et écoconstruction, santé (optique et dentaire), services administratifs, tertiaire (commerce, tourisme, vente), électricité/électronique/électrotechnique, métiers d’art, recyclage. Un beau projet, idéalement situé, qui devrait largement contribuer à redonner de l’attractivité aux filiales de formation professionnelle par l’apprentissage et favoriser ainsi l’accès à l’emploi de nombreux jeunes de la région.

L. V. LutinVertPetit

 

Dictée…

15 novembre 2009

Ce petit texte, que je vous laisse savourer, a été trouvé dans un vieil almanach :

Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.

De ce mariage, est né un fils aux yeux pers.
Monsieur est le père, Madame est la mère.
Les deux font la paire.

Le père, quoique père, est resté Lamère,  mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère.
Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il  est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.

Aucun des deux n’est maire.
N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc  pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.
Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur  Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.

La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd.
Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du  bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.

Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y  perd !

Fin

Des reflexions sur l’école

27 mars 2009
Dans la cour de l'école...

Dans la cour de l’école…

Je suis très inquiète sur la manière dont les responsables officiels envisagent l’apprentissage : leçon, exercice d’application et très vite, évaluation. Comme si toutes les recherches en éducation, les travaux et les avancées de ces dernières décennies étaient caduques !

Il me revient en mémoire un petit film qui nous avait été projeté il y a bien longtemps lors d’un congrès ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) pédagogie Freinet, film qui avait été tourné par des grands parents, observateurs attentifs de leur petit fils. Celui-ci, tout juste âgé d’un an et encore quelque peu tremblant sur ses jambes se trouvait devant un obstacle qu’il voulait franchir, en l’occurrence, une simple marche d’escalier qui lui barrait la route du jardin. Nous l’avons vu faire ses essais, de face, assis mais il ne touchait pas le sol, alors, il se tournait comme pour descendre une échelle et, à plat ventre, se laissant glisser tout doucement, il arrivait à ses fins. Ce récit assez « sec » ne rend compte ni du temps passé, ni de l’observation attentive de la situation, ni de la perplexité, ni de la joie de la réussite qu’on pouvait lire sur le visage de l’enfant. Bien sûr on peut dire qu’un apprentissage « intellectuel » est très différent de celui de la marche ou… de la parole et qu’un « modèle » est indispensable.

Le problème se situe peut-être d’abord dans la détermination du « sujet » à franchir une étape, à acquérir une nouvelle capacité.

« On ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif » disait Célestin Freinet.

Personnellement, j’ai eu la chance au cours de ma longue vie professionnelle d’enseignante d’avoir une année, seulement trois enfants au CP (parmi une classe à 3 niveaux) donc en apprentissage de la lecture (apprentissage redouté s’il en est et par les maîtres et par les parents). A partir de leurs textes imprimés, des lettres de leurs correspondants, des albums, ils développaient chacun des stratégies différentes. L’un lançait des hypothèses selon le sens général, jouant sur les synonymes, un autre assemblait laborieusement les lettres selon une méthode voisine de la « syllabique », la troisième faisait feu de tout bois et vérifiait ses hypothèses trop hardies par un examen de la lettre initiale. Toujours est-il que chacun avait son analyse et la proposait aux autres lors des séances de lecture collective, analyses qui s’échangeaient, s’affinaient et se perfectionnaient au fur et à mesure que leurs acquis progressaient. Et quelle fierté quand la réussite était là !

Je suis sûre que les méthodes d’apprentissage de l’enfance contribuent à forger les adultes de demain. Les essais et les erreurs sont nécessaires pour que la connaissance avance, les savants et les chercheurs en usent fréquemment. D’un côté se trouveront des adultes debout, confiants dans leur force de vie, cherchant eux-mêmes les moyens de résoudre leurs problèmes, de l’autre des adultes obéissants remettant leur sort en des mains plus « qualifiées ».

Quelle société future désirons-nous ?

Maggy Portefaix