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Un CV qui fait le buzz

22 octobre 2022

Au Canada comme dans le monde anglo-saxon en général, il est fréquent de de commencer à travailler quand on est adolescent, et pas seulement pour des jobs d’été mais souvent pour de vrais boulots à temps partiel, le week-end et le soir après l’école. Chez nos amis québécois par exemple, la législation n’impose pas un âge minimum pour accéder au marché de l’emploi. Elle demande simplement l’autorisation parentale pour les enfants de moins de 14 ans et impose des charges horaires maximales jusqu’à 16 ans, mais pas au-delà. De très nombreux adolescents commencent donc à travailler régulièrement des 13-14 ans pour faire du gardiennage, de la vente en magasin, livrer les journaux ou faire la nounou.

Jeune adolescente canadienne au travail (source © RTL)

Au point que les services de l’État se croient obligés de rappeler régulièrement aux parents quelques conseils de base pour éviter que leur enfant ne s’adonne en totalité à une telle activité professionnelle, certes lucrative et gage d’autonomie personnelle, mais qui peut venir fâcheusement empiéter sur le temps scolaire et les périodes de repos nécessaires… En tout cas, dans un tel contexte, les médias regorgent de conseils en tous genre pour aider les parents angoissés à guider leur progéniture dans la rédaction de leur curriculum vitae, ce précieux sésame qui donne accès au monde du travail, même quand on n’a que 14 ans et aucune expérience professionnelle à faire valoir…

Mais évidemment, rien de tel en France où le travail des enfants est davantage réglementé. Sans remonter jusqu’au décret impérial de 1813 qui interdit le travail des enfants de moins de 10 ans dans les mines où ils faisaient pourtant merveille grâce à leur petite taille, il a quand même fallu attendre 1892 pour qu’une loi limite à 10 heures la durée maximum quotidienne de travail des enfants de moins de 13 ans, à une période où le travail était encore autorisé à partir de 12 ans… Il a ainsi fallu attendre 1936 pour que la scolarité devienne obligatoire jusqu’à 14 ans, puis 16 ans à partir de 1959.

Le jeune stagiaire, un auxiliaire devenu indispensable en entreprise : un dessin signé Schwartz pour le Rectorat de Rennes (source © CFTC)

Mais l’Éducation nationale, sous la pression ambiante, s’est mis en tête de pousser les enfants à s’imprégner du monde du travail qui les attend (ou pas) en rendant obligatoire des stages de découverte en entreprise au cours de la classe de 3ème et parfois dès la 4ème. Depuis 2019, ces séquences de découverte du monde professionnel sont en effet ouvertes avant même l’âge de 14 ans, comme si les enfants n’avaient rien de plus urgent à apprendre que la manière dont fonctionne le milieu professionnel.

Les nouvelles générations à la découverte du monde du travail : un dessin de Jiho, publié dans Marianne en 2015

Pour pouvoir trouver un tel stage d’observation, même limité à quelques jours, encore faut-il faire acte de candidature. Et voilà que les entreprises sollicitées se mettent à exiger des jeunes collégiens non seulement une lettre de motivation, mais même un véritable cv, comme s’ils étaient candidats pour un véritable recrutement ! Un curriculum vitae à 14 ans, quand on est encore au collège, quel sens cela peut-il bien y avoir ? C’est justement la question que s’est posée cette maman d’élève de Joué-les-Tours qui du coup s’est piquée au jeu et s’est chargée elle-même de rédiger le cv de son rejeton puis de la partager sur son propre réseau professionnel via l’application Linkedin.

Du coup, l’exercice, traité avec une bonne dose d’ironie et d’autodérision, a fait le buzz et le cv du petit Loulou a largement circulé, alors même qu’il n’a pas été rédigé par le principal intéressé comme sa mère le revendique haut et fort ! On y apprend ainsi que le jeune collégien, malgré son jeune âge, a déjà enchaîné 3 contrats à durée déterminée. Le premier était naturellement une « création de poste », de bébé cela va de soi, au cours de laquelle le jeune Loulou, outre de faire ses premières dents a « mis en place les processus internes au bon fonctionnement d’une famille et coaché [ses] parents sur l’optimisation de leur temps libre ».

Le cv du jeune Loulou, rédigé par sa maman… (source © France Bleu)

S’en est suivi un deuxième CDD de « poseur de questions » couronné par un beau succès personnel de « meilleur déguisement de Spiderman au carnaval de l’école en février 2014 ». Et depuis 2019, notre impétrant bénéficie donc d’un nouveau contrat à durée déterminée (c’est du moins ce que sa mère espère) de « geek à capuche », « champion du monde de la coupe de cheveux improbable » qui « essaie de survivre à l’adolescence, au réchauffement climatique et à [ses] parents frappadingues ». Un cv qui ne dira pas grand-chose des compétences du candidats, sinon qu’il baragouine un peu le Chinois, se débrouille en programmation et est plus doué pour le « codage de trucs bizarres » que pour le « rangement de [sa] chambre » ou le « vidage du lave-vaisselle », mais on s’en serait évidemment douté…

Il n’y a pas de souci à se faire naturellement pour le jeune Loulou qui a déjà reçu plusieurs offres de stages selon les médias qui ont largement relayé l’exercice potache de sa mère pleine d’humour. Il y a d’ailleurs gros à parier que d’autres parents d’élèves vont se piquer au jeu et que les DRH des entreprises sollicitées pour accueillir des élèves de 3ème en stage de découverte du mode du travail n’ont pas fini de s’amuser et de se faire passer les cv les plus drôles. D’ici à ce que la rédaction de cv devienne une épreuve obligatoire du Bac, il n’y a sans doute pas beaucoup à attendre…

L. V.

L’évaluation évolue…

25 janvier 2022

C’est l’histoire de deux hommes, tous les deux prénommés François et qui habitent dans le même village. L’un est chauffeur de taxi et l’autre est le curé de la paroisse.

Le hasard voulut qu’ils meurent tous les deux le même jour. Ils se retrouvent donc ensemble à la porte du paradis et se présentent devant le Seigneur. Celui-ci dit accueille François, le chauffeur de taxi, et lui dit : « Entre, mon fils, tu as mérité ta place au Paradis. Voici ta tunique brodée d’or et ton bâton de platine ».

Arrive ensuite François le prêtre. Le Seigneur consulte ses registres et lui dit : « viens, mon fils, tu peux entrer. Voici ta tunique de lin et ton bâton de chêne ». Le prêtre est un peu surpris et se dit qu’il doit y avoir une confusion. Alors il se lance : « Écoutez, Seigneur, je ne voudrais pas dire du mal de mon prochain, mais quand même… François, je le connais bien, vous savez, on est du même village. C’était un homme violent. Il n’était pas croyant et il était toujours bourré. Il conduisait comme un dingue et il avait sans arrêt des accidents. Et pourtant, vous lui donnez la tunique brodée d’or et le bâton de platine…

(source © France Bleu)

Et moi, moi qui ait célébré la messe tous les dimanches, moi qui me suis efforcé de propager la foi chrétienne et qui suis toujours resté dans le droit chemin, moi, vous me donnez la tunique de lin et le bâton de chêne… Ce n’est pas possible, il doit y avoir une erreur… »

Alors, Dieu consulte de nouveau ses registres et lui dit : « Non, mon fils, il n’y a pas d’erreur. C’est simplement que nous avons changé notre mode d’évaluation. Chaque fois que tu servais la messe, le dimanche, tout le monde s’endormait. Chaque fois qu’il conduisait comme un fou, tout le monde priait avec ferveur… Cela s’appelle la méthode d’évaluation par indicateurs quantitatifs de performance ».

Les indicateurs de performance : l’alpha et l’oméga des nouveaux canons de l’évaluation… (source © Business Economics Performance)

Bien sûr, l’histoire est éculée mais la méthode d’évaluation, elle, est en vogue dans certains milieux professionnels, pour évaluer la performance individuelle des salariés. Partant du principe que « tout ce qui peut être mesuré peut être amélioré », comme l’avait déjà formulé le consultant américain d’origine autrichienne, Peter Drucker, devenu professeur de management, ces fameux indicateurs quantifiés sont un outil idéal pour pressurer les travailleurs sur la base d’indicateurs qui présentent toutes les apparences de la plus totale objectivité puisqu’ils sont aisément quantifiables et vérifiables. Le stakhanovisme fonctionnait déjà sur les mêmes bases dans l’URSS stalinienne de 1935, en mettant en avant la productivité des travailleurs modèles, quitte à enjoliver un peu l’affaire par un zeste de propagande…

Alekseï Stakhanov, le mineur russe à hautes performances, glorifié par le régime stalinien dans les années 1930 (source © Histoire)

Toujours est-il que si vous avez vaguement le sentiment de vous faire profondément entuber par votre chef, à l’occasion de votre prochain entretien annuel d’évaluation, vous pourrez repenser à l’histoire des deux François : à défaut de convaincre votre supérieur de la nécessité de vous augmenter, cela vous permettra au moins de vous détendre durant l’entretien. C’est toujours ça de gagné…

L. V.

Elyze : la lettre aux électeurs perdus

15 janvier 2022

La politique n’intéresse plus les jeunes, tout le monde le sait et l’affirme haut et fort. A moins de 3 mois de la prochaine élection présidentielle, chacun est persuadé que les moins de trente ans ne se déplaceront pas dans les bureaux de vote, sachant que moins de 20 % d’entre eux avaient voté à tous les tours lors des élections de 2017, présidentielles et législatives comprises.

L’abstention des jeunes, reflet d’une défiance ou d’une indifférence ? Un dessin signé Olivero (source © Huffington Post)

Et pourtant, certains se démènent pour inciter les plus jeunes électeurs à se prononcer lors des consultations électorales qui, quoi qu’on en pense et quoi qu’on vote, restent, pour les citoyens vivant en régime démocratique, un des moyens les plus déterminants de peser sur les grands choix de société susceptibles d’influer tant sur notre vie quotidienne que sur notre avenir commun, C’est le cas de ces jeunes entrepreneurs âgés de 19 à 24 ans, qui viennent de lancer, le 2 janvier 2022, une application pour smartphone qui fait fureur. Elyze, téléchargée plus de 600 000 fois en quelques jours, a justement pour objet d’aider les jeunes électeurs à s’y retrouver parmi les propositions des multiples candidats aux prochaines présidentielles, et surtout à retrouver le chemin des urnes le 10 avril prochain.

Parmi ces jeunes accros de la démocratie qui se démènent pour réconcilier les jeunes et la vie politique, Grégoire Cazcarra, 21 ans, étudiant en école de commerce, et François Mari, 19 ans, inscrit à HEC Paris, se sont retrouvés au sein du mouvement associatif Les Engagés, un mouvement citoyen créé en 2017 à Bordeaux, en réaction à ce second tour des législatives qui a vu plus de la moitié des électeurs français bouder carrément les bureaux de vote.

L’équipe conceptrice de l’application pour smartphone Elyze (photo © Grégoire Cazcarra – Elyze.app / France 3 régions)

Décidés à tout faire pour amener les jeunes générations à s’impliquer davantage dans le processus électoral démocratique, ils se sont associés notamment avec le youtubeur Gaspard Guermonprez et avec Wallerand Moullé-Berteaux, 24 ans, fondateur du média numérique Le Crayon, pour créer, avec l’appui de nombreux bénévoles, cette appli Elyze, dépourvue de publicité et disponible gratuitement sur Appel Store et Play Store, qui fait un tabac depuis son ouverture au public.

Réalisée sur le modèle de Tinder, l’appli destinée à favoriser les rencontres amoureuses et qui fait défiler des partenaires potentiels, Elyze met en avant des propositions issues des programmes politiques des différents candidats à l’élection présidentiels. Sur l’écran défilent ainsi des propositions comme « réduire à 32 heures le temps de travail hebdomadaire », « permettre la destitution des élus à tout moment », « rétablir de bonnes relations politiques avec la Russie », « réduire le nombre de fonctionnaires », ou encore « instaurer le droit de vote à 16 ans » ou bien « instaurer la gratuité des transports en commun ».

Elyze, l’appli politique qui cartonne… (photo © Magali Cohen / Hans Lucas / Libération)

Pour chacune d’elles, l’utilisateur décide s’il est d’accord ou non avec la proposition, sans savoir bien entendu de qui elle émane. Lorsqu’elle lui semble floue, la rubrique « en savoir plus » permet de préciser les contours de la proposition et de mieux la contextualiser. Au bout de 50, une première tendance se dessine mais on peut poursuivre le jeu jusqu’à 500 propositions. Et peu à peu se dessine le profil des candidats de qui on se trouve objectivement le plus proche, l’application les présentant sur un podium avec les 3 candidats qui se dégagent, classés par affinité avec nos choix programmatiques.

Le résultat est bluffant, ce qui explique sans doute le succès inouï d’Elyze, d’autant qu’on peut ensuite compléter son approche soit en balayant les propositions des uns et des autres, classées par grandes thématiques (environnement, éducation, économie, culture, international, institutions et territoires, etc.), soit en consultant le profil plus détaillé de chacun des candidats déclarés ou de celui avec qui on a le plus «matché », tout comme le fait Tinder pour décrire les particularités du partenaire qui a retenu notre attention.

Quelques écrans de l’application Elyze (source © RTL)

L’outil est ludique à souhait mais en même temps pédagogique car reposant sur un travail d’analyse très fouillé des déclarations des différents candidats, mené de manière aussi « neutre, apolitique et apartisane » que le revendiquent ses créateurs, ce qui en fait tout l’intérêt, et promet quelques surprises au citoyen paresseux qui se repose sur ses préjugés et découvre à cette occasion des propositions pour le moins surprenantes de la part de certains des candidats à la magistrature suprême…

Conçu pour réconcilier les jeunes avec la politique et les amener à s’intéresser aux enjeux de la prochaine présidentielle, Elyze a incontestablement réussi son pari et bien au-delà de sa cible initiale car chaque citoyen accro à son smartphone ne pourra que se prendre au jeu et se laisser porter par les propositions qui défilent, jusqu’à découvrir, parfois avec surprise, avec quel candidat il a le plus d’affinités en termes de proposition. Une manière finalement assez rationnelle d’orienter son vote.

Un dessin signé Cambon à l’occasion du second tour des présidentielles 2017 (source © C3V maison citoyenne)

Mais chacun sait bien qu’une élection ne se joue pas que sur la qualité d’un programme et la cohérence des propositions du candidat, la couleur de son parti ou celle de sa cravate n’étant pas non plus totalement étranger au choix final de l’électeur. Comme en matière de rencontres amoureuses, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas toujours…

L. V.

Conseil municipal des jeunes : quand les voisins montrent la voie…

5 janvier 2022

Carnoux n’a jamais spécialement brillé pour son inventivité citoyenne mais, en ce qui concerne la responsabilisation, la participation des jeunes et leur formation à la vie démocratique, elle est bonne dernière de la classe. Il y a seulement quelques jours, fin décembre, la mise en place de conseils des jeunes par la ville de Roquefort-la-Bédoule ainsi que par la Métropole elle-même, vient de pointer notre grand retard dans le domaine.

La plupart des villes alentour se sont dotés, ces dernières années d’un Conseil municipal des jeunes. La municipalité de Carnoux, reste, pour sa part, fermée aux différentes initiatives que sont les commissions extramunicipales, les conseils de quartiers, les conseils de jeunes, les ateliers thématiques ouverts ou les budgets participatifs ciblés. Car les conseils municipaux de jeunes (CMJ) sont aussi, souvent, dotés de budgets leurs permettant de faire réaliser leurs projets par les services municipaux.

Le Conseil municipal des jeunes, une instance incontournable de la vie démocratique locale… (source © Ville de Valbonne Sophia-Antipolis)

Les CMJ sont des écoles pratiques de la démocratie. Ils permettent de donner la parole aux jeunes, de les faire participer à la vie de la commune, de penser et réaliser des projets, de représenter les autres, bref, de devenir citoyen. En général, les CMJ participent aux forums des associations, au Téléthon, à des visites du conseil régional, du Sénat, de l’Assemblée Nationale, voire du Parlement Européen.

Le Conseil municipal des jeunes n’est pas un gadget

C’est un organisme qui peut interpeller le maire et le conseil municipal. Les conseils municipaux des jeunes sont clairement encouragés par l’article 55 de la Loi du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté.

Les jeunes ne peuvent pas être réduits à des utilisateurs de services communaux. Aider les jeunes, notamment scolarisés est une chose. C’est un devoir municipal de base. Les responsabiliser et leur ouvrir la citoyenneté, en est une autre, qui nécessite beaucoup plus d’inventivité de la part d’une municipalité.

Affiche pour susciter des candidatures au Conseil municipal des jeunes créé en 2010 à Saint-Marcellin, ville de 7000 habitants dans l’Isère (source © Ville de Saint-Marcellin)

66 % des communes de la taille de Carnoux ont un conseil municipal des jeunes

A la décharge de Carnoux, comme l’indique l’étude de l’INJEP d’avril 2021, c’est toute la région PACA qui est en retard, même si notre ville est certainement largement en retard elle-même par rapport aux autres communes de la région.  26 % des communes françaises ont un conseil municipal des jeunes en fonction, 66 % dans la strate de population de Carnoux ! Pour 50 % de ces communes, il s’agit de « permettre aux jeunes de faire un apprentissage de la vie citoyenne ».

78 % des communes entre 5000 et 20000 habitants ont doté leur conseil de jeunes d’un budget. 94 % de leurs habitants jugent positifs le CMJ, tout comme 92 % des élus et 91 % des jeunes. Son rôle semble d’ailleurs apprécié puisque 29 % des décisions ont même été changées grâce au conseil municipal des jeunes…

Alors pourquoi pas un conseil municipal des jeunes à Carnoux ? « Aux jeunes, ne traçons pas un seul chemin, ouvrons leur toutes les routes », disait Léo Lagrange…

JBx

A Cassis, le Conseil municipal des jeunes à la une du bulletin municipal de février 2015 (source © Ville de Cassis)

A Cassis : Créé en 2015, le conseil municipal des jeunes est composé de 18 jeunes élus, élèves de CM2 des écoles cassidennes, élus pour deux ans par les jeunes Cassidens du CP au CM2, qu’ils soient scolarisés ou non à Cassis. Il travaille dans deux commissions : « culture et sports » et « environnement et citoyenneté ». Les élections désignant les élus se déroulent comme celles auxquelles participent leurs parents : authentique bureau de vote, vérification d’identité, enveloppes et bulletins, passage à l’isoloir, urne, listes électorales, émargement et tampon sur la carte d’électeur…

A Roquefort-La Bedoule: C’est lors du dernier conseil municipal, en décembre 2021, qu’a été décidé la création prochaine d’un conseil municipal des jeunes, qui devrait voir le jour à la rentrée de septembre 2022, afin d’initier de jeunes Bedoulens à l’exercice de la démocratie locale et à la conception des projets locaux, tout en représentant la jeunesse lors de cérémonies officielles. Une structure qui sera dotée d’un budget de 2000 € et qui devrait permettre de favoriser l’implication des plus jeunes dans la vie de leur commune.

Le Conseil municipal des jeunes d’Aubagne nouvellement élu en janvier 2020 (source © Ville d’Aubagne)

A Aubagne : Le conseil municipal des jeunes a été créé en 2015. Peuvent être candidats les jeunes aubagnais en classe de 5e et de 4e dans l’un des 4 collèges de la ville. Ils sont élus pour 2 ans et ont la possibilité de présenter des projets en conseil municipal. En 2018, les élus du CMJ aubagnais ont bénéficié d’un financement Erasmus qui leur a permis de se rendre à Marseille, Paris et Bruxelles pour découvrir le fonctionnement des institutions, dont le Parlement européen.

A La Bouilladisse : C’est samedi 20 novembre 2021, dans la salle des fêtes de la Mairie, que s’est réuni le nouveau conseil municipal des jeunes. Composé de 27 jeunes conseillers municipaux, il a élu à sa tête Lilou Fremaux, âgée de 13 ans et collégienne en quatrième à Roquevaire.

A Gémenos : Depuis novembre 2015, une quinzaine de jeunes Gémenossiennes et Gémenossiens de CM1, CM2 et 6e, élus au conseil municipal de la jeunesse, peuvent proposer des actions au conseil municipal. Ils ont suggéré des modifications ou créations dans la commune, notamment en ce qui concerne les pistes cyclables. Ils ont aussi agi pour la création d’un spectacle, souhaité des actions de solidarité, récolté des fonds pour une association « Au nom d’Andréa », et des fournitures scolaires pour une action humanitaire au Bénin.  Les jeunes élus souhaitent être associés aux commissions adultes des transports. Ils souhaitent également organiser des ateliers cuisine, ce qui entretient le lien intergénérationnel.

A La Ciotat, le Conseil municipal des jeunes a été mis en place dès 2007, ici en juin 2018 (source © La Provence)

A La Ciotat: Le conseil municipal des jeunes citoyens fonctionne depuis 2007. Il se réunit une fois par mois par commission de travail, et deux fois par an en réunion plénière pour expliquer et voter l’avancée des projets. Ses propositions font l’objet de négociations, montages financiers et programmations avec le Conseil municipal et une enveloppe budgétaire, attribuée en concertation avec les différents services municipaux, leur est allouée. Le CMJC, renouvelé en 2021, est composé de 30 collégiens pour un mandat de 2 ans. Les jeunes élus ont souhaité présenter des projets autour de 3 thématiques : « écologie et développement durable », « social » et « sport et loisirs ».

A la Métropole Aix-Marseille-Provence : Après le Département des Bouches-du-Rhône et la Région PACA, c’est au tour de la Métropole d’adopter, lors de sa séance du 16 décembre 2021 et dans une belle unanimité, le principe de créer en son sein un « Conseil des jeunes métropolitains » qui devrait rassembler 60 jeunes, âges de 18 à 25 ans, et qui seront donc associés, à partir d’avril 2022, à la définition des politiques publiques et à la mise en œuvre des projets d’aménagement sur le territoire métropolitain. « Il est important d’associer les jeunes à la vie institutionnelle » a déclaré à cette occasion la Présidente Martine Vassal, « d’autant que certains projets sont longs, prennent du temps, et que c’est aussi pour les jeunes que nous travaillons ».

Grippe espagnole de 1918 : la grande oubliée

17 novembre 2021

Publié en 2018, aux éditions Vendémiaire, l’ouvrage de Freddy Vinet, universitaire spécialisé dans la gestion des catastrophes et des risques naturels, a fait du bruit. Intitulé « La Grande grippe », il revenait en effet sur les raisons qui ont fait de cette « pire épidémie du siècle » une des grandes oubliées de l’Histoire, alors même que l’expérience montre que c’est en s’appuyant sur les leçons du passé que l’on gère le mieux les catastrophes du présent, par nature imprévisibles. Le déclenchement peu après, de la pandémie de Covid-19, alors même que l’humanité entière s’était persuadée que ces grandes épidémies mondiales n’étaient plus que de lointains souvenirs, venait pourtant à point nommé rappeler à tout un chacun que « rien n’est jamais acquis en matière de lutte anti-infectieuse »…

Comment en effet peut-on avoir à ce point perdu la mémoire d’une telle pandémie qui aurait causé, en à peine plus d’un an, d’avril 2018 à juin 2019, probablement de l’ordre de 50 à 100 millions de morts, qui plus est principalement des adultes dans la force de l’âge, soit 2 à 5 % de la population mondiale de l’époque ? Il faut remonter à la Peste noire de 1348 pour retrouver des bilans aussi effroyables, c’est dire ! Même la pandémie de Covid-19 dont on nous rebat quotidiennement les oreilles depuis bientôt 2 ans, n’a pas encore atteint officiellement les 5 millions de morts, même si ce chiffre est très probablement sous-évalué, dans un monde où la population mondiale est néanmoins passée, grosso modo de 1,8 à 7,8 milliards d’habitants.

Pourtant quand la grippe fait son apparition dans les médias de l’époque, à partir de mai 2018 (alors même qu’elle fait déjà des ravages depuis mars-avril dans nombre de camps d’instruction militaire, surtout aux États-Unis, où le transfert de troupes vers les champs de bataille européens vire parfois à l’hécatombe), on la traite par la dérision. L’Espagne faisant partie des pays affectés, à l’image de son roi, Alphonse XIII, contaminé comme ses ministres à la suite d’un office religieux, les journaux commencent à parler de « la grippe espagnole » que les chansonniers surnomment même « l’espagnolette », sans même se rendre compte que dans le même temps, certaines unités combattantes française sont décimées par cette grippe particulièrement contagieuse.

Un entrepôt utilisé en 1918 aux États-Unis pour garder des malades de la grippe en quarantaine (source © Universal History Archive / Getty images / France Culture)

Mais c’est surtout à l’automne 1918 que la Grande grippe fait des ravages en France, frappant village après village, au gré des déplacements des personnes contaminées. En octobre, la surmortalité est partout manifeste et on commence par endroits à manquer de cercueils. Après un troisième pic de l’épidémie en mars-avril 2019 et malgré quelques répliques jusqu’en 2021, le spectre de la Grande grippe finit par s’éloigner mais le bilan est lourd. En France, on estime ainsi à 250 000 le nombre de personnes fauchées, souvent de jeunes adultes, alors que le bilan de la dernière grande épidémie de choléra qui avait sévi en 1832, était d’environ 100 000 décès.

Et, comme pour la pandémie actuelle de Covid-19, l’impact est mondial. Toute l’Europe est touchée, l’Allemagne comme la France, et même la Suisse, pays neutre, où deux-tiers des soldats tombés pendant la Grande Guerre sont morts de la grippe. Aux États-Unis, on considère désormais que la grippe a alors tué plus de 600 000 personnes, et dans le grand nord canadien, certains villages sont été fortement décimés. Les chiffres manquent de précision pour de nombreux pays dont la Chine ou l’ancien empire ottoman, mais en Inde par exemple, l’administration coloniale a estimé le nombre de décès à environ 18,5 millions, pour une population totale de 308 millions d’habitants.

Un médecin militaire suisse examinant un malade en 1918 (photo © Keystone / Photopress archive / Le Temps)

Du fait de la généralisation des déplacements, renforcée encore par le conflit mondial alors en cours, rares sont les pays qui ont pu échapper à l’épidémie. Dès le mois d’août 2018, la ville de Dakar est contaminée par l’arrivée d’un navire brésilien et celle de Freetown, en Sierra Leone, par un bâtiment britannique. La propagation de l’épidémie se fait par les bateaux sur les côtes puis par le trafic ferroviaire et par les déplacements quotidiens de ville en ville. Le Japon, qui avait fermé ses ports aux navires européens est contaminé par un bateau russe. En novembre 1918, un navire en provenance de Nouvelle-Zélande, introduit le virus dans tout l’archipel des Fidji avant de contaminer les Samoas occidentales où un quart de la population meurt en quelques semaines !

A l’échelle mondiale, on estime désormais qu’un tiers de la population a alors été contaminé par la grippe. Heureusement, le taux de létalité reste modeste, sans doute de l’ordre de 8 %, et même très en deçà en Europe ou aux États-Unis où l’on considère que 2 à 4 % des personnes malades sont décédées, souvent en quelques jours seulement, du fait de complications respiratoires liées à des surinfections par pneumocoques, mais aussi du fait de surréactions immunitaires.

En 1918 déjà, aux États-Unis, le port du masque commence à se généraliser pendant l’épidémie de grippe espagnole (photo © C. Raymond / Médiapart)

A l’époque, le virus de la grippe n’est pas encore identifié et il a fallu attendre 1933 pour que des chercheurs britanniques arrivent à l’isoler chez l’homme, ouvrant la voix au développement de la vaccination pour la grippe saisonnière. Il a fallu ensuite que les chercheurs aillent exhumer des cadavres de soldats américains morts de la grippe espagnole pendant la grande guerre, après avoir vainement tenté d’exploiter ceux de villages inuits décimés à plus de 80 % par l’épidémie, pour enfin arriver à reconstituer, à la fin des années 1990, le virus grippal à l’origine de l’hécatombe de 1918. Il s’agissait d’une souche de type A (H1N1), née de la combinaison d’une souche humaine (H1) et d’une souche aviaire de type N1. Ce virus s’est avéré particulièrement dangereux car la population, alors exposée à une grippe saisonnière de type H3N8 n’était pas immunisée, mais bien entendu, les conditions d’hygiène, de promiscuité et de désorganisation des services de santé civils, liées à la guerre mondiale alors en vigueur ont constitué un facteur aggravant incontestable.

En 1918 déjà, certains ne jurent que par la quinine pour combattre la grippe, mais l’alcool a aussi ses adeptes… (caricature parue dans le Pêle-mêle le 2 février 1919 – source © Gallica)

Curieusement, cette souche H1N1, présente dans la grippe saisonnière jusqu’en 1957, a quitté la scène à cette date au profit d’une souche de type A (H2N2) à l’origine de la grippe dite « asiatique » qui aurait fait de l’ordre de 100 000 morts en France. Depuis, bien d’autres alertes se sont produites parmi lesquelles le grippe de Hong Kong en 1969, la grippe porcine en 1976, le SARS en 2003 qui marque l’arrivée des coronavirus qui nous sont désormais si familiers, la grippe aviaire en 2006, ou encore la grippe « mexicaine » de 2009, marquée en France par un beau fiasco médiatico-politique à l’origine de bien des difficultés prophylactiques actuelles.

Malgré les progrès de la science, nous n’avons pas fini d’être confrontés à de nouvelles maladies infectieuses et il est essentiel d’apprendre des errements du passé pour mieux se préparer à gérer les crises de demain. Encore faut-il ne pas perdre la mémoire des catastrophes d’hier…

L. V.

La future cité scolaire internationale de Marseille

3 novembre 2021

Marseille, cité cosmopolite s’il en est, constituée d’un amalgame de populations issues des quatre coins du Monde et où l’on dénombre pas moins de 70 consulats étrangers, disposera bientôt d’une cité scolaire internationale où il sera possible d’étudier en manipulant plusieurs langues de la primaire jusqu’au lycée. Ce concept de cité scolaire internationale est pourtant loin d’être nouveau puisqu’on dénombre au moins sept autres établissements comparables, parmi lesquels le lycée international de Saint-Germain-en-Laye, qui avait été créé pour accueillir notamment les enfants des officiers de l’OTAN alors installés en région parisienne, mais aussi le lycée international des Pontonniers à Strasbourg, celui de l’Est parisien, implanté à Noisy-le-Grand, la cité scolaire internationale de Grenoble ouverte depuis 2001 ou encore celle de Lyon, ouverte dans le sillage de l’implantation du siège d’Europol et dont le bâtiment en forme de point d’interrogation renversé accueille à Gerland pas moins de 48 nationalités différentes.

Vue de la cité scolaire internationale de Lyon, à Gerland, près de la confluence entre la Saône et le Rhône (source © Lyon Capitale)

C’est en 2018 que le Conseil régional PACA a délibéré pour acter le lancement de cette future cité scolaire internationale qui devrait venir renforcer l’offre scolaire existante dans plusieurs autres lycées de la région qui accueillent déjà des sections internationales, sans oublier la Cité scolaire internationale de Manosque déjà opérationnelle, de même que le Centre international de Valbonne à Sophia-Antipolis. Et l’implantation de ce futur établissement au cœur du projet Euroméditerranée, à deux pas de la gare maritime et au pied de la tour CMA-CGM, dans un quartier paupérisé et dégradé du centre-ville marseillais en pleine restructuration, est significative de cette volonté de tourner la page au passé et d’orienter la ville de Marseille vers un avenir moderne et résolument mondialisé.

Projet d’implantation de la future cité scolaire internationale de Marseille (source © Bouygues Bâtiment sud-est / Le Moniteur)

Nul doute en effet que l’implantation d’un tel complexe destiné à accueillir près de 2200 élèves du CP à la terminale pour bénéficier d’un environnement d’enseignement international et clairement élitiste, contribuera à l’attractivité du territoire pour les cadres des multinationales que beaucoup rêvent d’attirer à Marseille. Cinq langues y seront pratiquées en plus du français, selon des parcours de formations bilingues avec enseignement de plusieurs matières dont la littérature et l’histoire-géographie en langue étrangère.

Pour Renaud Muselier, l’objectif du projet, qui a finalement pris la place du projet avorté d’université régionale des métiers, ce fameux Campus A qui ne verra sans doute jamais le jour, est qu’il « confortera l’attractivité, la compétitivité économique et le rayonnement international de Provence-Alpes-Côte d’Azur ». Il ne s’agit plus seulement d’ouvrir l’esprit des jeunes générations à la culture de l’autre mais plus prosaïquement de gagner des places dans la guerre économique mondiale… Le recteur de l’académie, Bernard Beignier lui-même ne dit d’ailleurs pas autre chose en affirmant « l’objectif est de faire en sorte que des familles du monde entier aient envie de venir s’installer sur notre territoire et que celles déjà présentes souhaitent y rester ».

Maquette d’un des bâtiments de la future Cité scolaire internationale de Marseille (source © Rudy Ricciotti & Roland Carta / Made in Marseille)

Le futur établissement, qui comprendra un lycée de 30 classes, un collège de 24 classes (soit plus de 700 collégiens), une école élémentaire de 15 classes, ainsi qu’un réfectoire et un internat de 200 lits, ne sera manifestement pas destiné à accueillir les enfants du quartier et on imagine d’avance que la carte scolaire sera allègrement détournée en jouant sur les différentes options de langues étrangères. Pierre-Marie Ganozzi, l’adjoint au Maire de Marseille, s’en inquiète d’ailleurs déjà, lui qui se débat pour offrir aux enfants de ces quartiers défavorisés une offre éducative de qualité dans des établissements scolaires publics délaissés depuis des années.

La future cité scolaire internationale n’ouvrira pas ses portes avant la rentrée 2024. Mais depuis le 25 octobre 2021, le chantier a été officiellement lancé avec la pose de la première pierre, en présence notamment de Claude Chirac, la fille de l’ancien Président de la République décédé en 2017 et dont l’établissement portera donc le nom. On sait en réalité depuis février 2021 à quoi ressemblera ce futur établissement.

Une des cours intérieures de la future Cité scolaire internationale de Marseille (source © Rudy Ricciotti & Roland Carta / Made in Marseille)

Des trois équipes qui avaient concouru en vue de sa conception, c’est celle portée par les architectes Rudy Ricciotti et Roland Carta qui a en effet été retenue et c’est Bouygues qui construira les deux enceintes accolées, agencées chacune avec sa cour intérieure sous forme d’un vaste patio abritée du soleil et du mistral. A l’image de la technique retenue pour le Mucem, Rudy Ricciotti a imaginé en treillis ajouré en béton fibré haute performances en forme de moucharabieh pour abriter les façades extérieures. Il est annoncé le recours à des matériaux biosourcés, notamment pour les menuiseries, les isolants et même les cloisons à base de paille de lin, avec bien entendu une « conception bioclimatique du bâtiment » qui sera relié à la boucle à eau de mer Thassalia pour rafraîchir les salles de cours en été et les réchauffer l’hiver.

Une salle de classe de la future Cité scolaire internationale de Marseille (source © Rudy Ricciotti & Roland Carta / Made in Marseille)

Bref, une merveille architecturale à venir, assurément, qui coûtera quand même au contribuable la modique somme de 100 millions d’euros, financés à 49 % par la Région, 37 % par le Département et 14 % par la Ville de Marseille. Un bâtiment dont les architectes vantent la sobriété énergétique et la modestie des coûts d’exploitation et de maintenance, ce qui devrait faire les affaire de Bouygues puisque c’est ce dernier qui sera rémunéré par la collectivité, dans le cadre d’un marché global de performance, pour en assurer l’entretien pour à peine 5,4 millions d’euros par an, une paille (de lin)  !

L. V.

Un festival de la connerie à Marseille…

18 octobre 2021

Décidemment, Marseille fait le buzz en ce moment, et pas seulement pour la mode pittoresque du règlement de comptes entre caïds des cités ou pour ses grèves dantesques des poubelles. La semaine dernière, la cité phocéenne était ainsi le théâtre, entre l’enterrement grandiose de Bernard Tapie et un n-ième voyage présidentiel d’Emmanuel Macron venu au chevet d’une métropole en phase terminale, d’un événement culturel exceptionnel, du genre de ceux que le monde entier nous envie et qui a fait les choux gras de tous les humoristes branchés, à la manière d’un Guillaume Meurisse déchaîné sur France Inter.

C’est en effet à Marseille que s’est déroulé, du 11 au 16 octobre 2021 la Semaine de la Pop Philosophie consacrée à une réflexion approfondie rassemblant les meilleurs spécialistes français d’un sujet qui touche tout un chacun puisqu’il s’agissait de débattre des « Constellations de la connerie ». Au programme de cette semaine studieuse et d’une très haute tenue intellectuelle, philosophes, sociologues, universitaires, journalistes mais aussi psychologues, linguistes, politologues ou encore historiens étaient ainsi invités à disséquer les ressorts de la connerie humaine sous tous ses aspects.

Pas moins de 15 conférences-débats étaient ainsi organisées sur différents lieux de Marseille et des environs, à l’initiative de Jacques Serrano, fondateur de cette Semaine de la Pop Philosophie qui se déroule chaque année depuis 2009 à Marseille. Artiste lauréat de la Villa Médicis Hors les Murs et réalisateur de films publicitaires, Jacques Serrano est aussi l’initiateur des rencontres Place Publique entre intellectuels et professionnels du monde artistique.

Maxime Rovere et Jacques Serrano (source © Frequence Mistral)

Cette saison XIII de la pop philosophie était centrée comme les précédentes sur un objet iconoclaste issu de la culture populaire et médiatique, en l’occurrence la connerie humaine, celle qu’Albert Einstein, fin connaisseur, jugeait infinie, davantage peut-être même que l’étendue de l’Univers. Un objet d’étude dont chacun forcément fait l’expérience au quotidien, comme victime parfois, comme acteur bien souvent.

La conférence inaugurale de ce cycle, qui avait lieu lundi 11 octobre au théâtre de La Criée traitait ni plus ni moins que de la « psychologie de la connerie en politique ». Vaste sujet de débat entre spécialistes reconnus du sujet, parmi lesquels une ancienne ministre, Najat Vallaud-Belkacem, mais aussi un psychiatre, un professeur de sciences politiques et un psychologue, Jean-François Marmion, auteur notamment en 2019 d’une Histoire universelle de la connerie qui fera date dans les annales de la pensée.

Najat Vallaud-Belkacem, intervenante experte en psychologie de la connerie en politique (photo © Sandrine Thesillat / Panoramic / Bestimage / Gala)

Le lendemain, la réflexion intellectuelle sur la connerie humaine s’est encore approfondie avec une conférence animée par le philosophe Maxime Rovere qui a tenté de répondre à cette question angoissante : « Que faire des cons ? ». Vaste sujet de débat pour celui qui a écrit dans un précédent ouvrage : « Les cons sont partout, mais aucun philosophe n’en a jusqu’à présent formulé le concept (…) Le problème n’est pas la connerie, ce sont les cons. En effet, qui peut dire sérieusement qu’on doit les anéantir – à part peut-être les plus dangereux, les pires des cons eux-mêmes ? Il s’agit d’une maladie extrêmement contagieuse, ou plus exactement, d’une pathologie des interactions, apte à faire déchoir n’importe qui de sa propre intelligence : et c’est ainsi que chacun se retrouve être le con ou la conne d’un autre » : terrible constat…

Une pathologie contagieuse donc, et dont la transmission mondialisée passe en partie par les réseaux sociaux mais aussi peut-être par les médias eux-mêmes. C’est en tout cas l’objet de cet autre débat sur « la médiaconnerie » animée par Isabelle Barbéris, chercheuse associée au CNRS et Alain Léauthier, de Marianne, journal partenaire de ces Constellations de la connerie, lequel n’hésite pas à se remettre en question en s’interrogeant ainsi : « Si l’Internet rend con, comme il est d’usage de le répéter, les médias ont peut-être leur responsabilité dans cet affaissement de l’intelligence collective ».

Des conférences d’une haute tenue sur la connerie dans tous ses états (source © Semaine de la pop philosophie / Made in Marseille)

L’histoire de la connerie humaine a été largement disséquée au cours de cette semaine de débats intellectuels intense, avec notamment une conférence qui s’est tenue jeudi 14 octobre au MUCEM sur « la connerie, un moteur de l’Histoire » au cours de laquelle le sociologue Jean-François Dortier s’est interrogé doctement sur le rôle incontestable de la connerie dans les grandes évolutions historiques des sociétés humaines, s’appuyant sur l’analyse d’un illustre penseur Winston Churchill, persuadé en son temps que « la part de bêtise est toujours plus grande que celle de la malice dans les affaires humaines ».

Une indulgence que ne partage pas forcément le journaliste scientifique Laurent Testot, auteur de l’essai intitulé Cataclysmes. Une histoire environnementale de l’humanité, qui s’interroge ainsi : « le propre de l’humain n’est-il pas, à la réflexion, sa prodigieuse propension à la connerie et conséquemment sa capacité à s’auto-illusionner ? ». De quoi en effet alimenter sa conférence qui s’est tenue vendredi 15 octobre dans les murs du Museum d’histoire naturelle et qui portait ni plus ni moins que sur « une histoire globale de la connerie ».

Laurent Testot, annonciateur de cataclysmes liés à la connerie humaine… (source © Le Télégramme)

Une réflexion d’ailleurs largement confortée par celle de Jean-Paul Demoule, un archéologue, qui s’est penché le lendemain sur « la préhistoire de la connerie », prolongeant une analyse historique déjà amorcée en 1986 par le regretté François Cavanna dans son ouvrege de référence Et le singe devint con. Avec le recul que permet désormais l’analyse historique, « c’est bien la connerie, en effet, qui a permis à un primate, parmi 181 autres, de prendre possession de la planète au point d’agir sur son climat et d’enclencher la sixième extinction massive des espèces ». Un magnifique triomphe de la connerie humaine donc, d’autant plus remarquable que cette même espèce de « primates réputés intelligents » est capable, dans le même temps, de porter sur elle-même ce regard rempli d’humour et d’auto-dérision pour analyser, avec autant de finesse que de rigueur dialectique, cette catastrophe annoncée à laquelle nous conduit cette connerie humaine dont nous sommes si fiers !

L. V.

Échanges sur la laïcité à Carnoux

8 octobre 2021

Comment aborder la laïcité et les valeurs de la République dans notre système éducatif moderne et plus largement dans notre société ouverte et multiculturelle, exposée aux quatre vents de la mondialisation et confrontée à bien d’autres influences sociales, politiques, religieuses ou économiques ?

Un sujet brûlant d’actualité qui servira de socle de réflexion pour cette nouvelle conférence du Cercle Progressiste Carnussien qui se tiendra vendredi 8 octobre à 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, rue Tony Garnier à Carnoux-en-Provence.

Animée par Michel Motré, ancien inspecteur d’Académie et ancien inspecteur pédagogique régional, par ailleurs Président du Cercle Progressiste Carnussien qui fête cette année ses 20 ans d’existence, cette conférence-débat permet de renouer avec le cycle des conférences organisées régulièrement à Carnoux par le CPC, après une longue parenthèse liée à l’épidémie de Covid-19.

Comme à l’accoutumée, l’accès y est libre et gratuit et les échanges seront suivis par un apéritif offert par le Cercle Progressiste Carnussien.

Steiner : spiritualisme intuitif ou fumisterie sectaire ?

30 septembre 2021

Il est des noms qui provoquent inévitablement la controverse. Celui de Rudolph Steiner et de ses fameuses écoles en fait assurément partie. Régulièrement, les médias de tous pays s’interrogent sur les fondement de ces fameuses écoles Steiner-Waldorf qui ne touchent pourtant qu’une infime minorité d’élèves. On compterait ainsi en France pas plus de 22 écoles affiliées à ce mouvement, avec de l’ordre de 2500 élèves concernées, 3 seulement de ces établissements étant sous contrat avec l’État et la plupart d’entre eux s’arrêtant au stade de l’enseignement primaire voire du jardin d’enfant. Au Québec, où l’enseignement Steiner fait l’objet de vives polémiques, seules 4 écoles sont concernées, tandis qu’on en recense 119 aux États-Unis et jusqu’à 232 en Allemagne où elles sont plutôt bien intégrées dans le système éducatif officiel.

Dans les écoles Steiner, l’accent est mis sur les activités artistiques et ludiques (source © Fédération des écoles Rudolf Steiner de Suisse / Le Courrier)

En 2000, un rapport de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, se basant sur une inspection des écoles françaises qui se réclament de cette approche pédagogique, pointait notamment des risques d’endoctrinement ainsi qu’un taux de vaccination anormalement bas au sein de ces établissements. Un ancien professeur d’une école Steiner, Grégoire Perra, publie de son côté depuis 2009 un blog critique sur l’approche anthroposophique et ses « délires cosmologiques » qui sous-tendent les enseignements dispensés dans ces écoles, dont la dimension spirituelle, qui mélange allégrement concepts hindous, influence chrétienne et théories new age, n’est pas forcément explicite pour les parents d’élèves.

Rudolf Steiner sur la colline de Dornach lors de la construction du Goetheanum (source © Société anthroposophique de France)

Pour comprendre l’origine de ce mouvement anthroposophique dont l’influence va bien au-delà des seuls écoles Steiner, il faut sans doute remonter à l’histoire même de son fondateur, Rudolf Steiner, né en 1961 en Croatie, alors partie intégrante de l’empire austro-hongrois. Étudiant à l’École supérieure technique de Vienne, il ne termine pas ses études, s’intéresse à la philosophe, puis s’attache à l’exégèse des œuvres scientifiques de Goethe avant de soutenir en 1891 son doctorat de philosophe sous le titre pompeux de « Vérité et science ». Installé à Berlin comme journaliste et conférencier, il s’imprègne des milieux littéraires bohèmes d’avant-garde, du mouvement ouvrier naissant et des approches religieuses réformatrices au sein de la Société théosophique, devenant en 1907 le dirigeant du rite de Memphis-Misraïm en Allemagne.

C’est en 1913 que le docteur Steiner, qui multiplie les conférences un peu partout dans le monde, quitte ce mouvement pour fonder la Société anthroposophique, dont le siège se trouve, aujourd’hui encore au Goetheanum à Dornach, près de Bâle en Suisse, dans une sorte de temple en béton armé, reconstruit à partir de 1925 sur la base de plans dessinés par Steiner lui-même, après que le premier bâtiment ait été détruit par un incendie criminel. C’est d’ailleurs à Dornach que Steiner s’est éteint, en mars 1925, laissant inachevée le rédaction de son autobiographie…

Façade du Goetheanum à Dornach en Suisse (source © Société d’histoire de Mutzig)

Il est bien difficile aujourd’hui de faire abstraction dans l’approche anthroposophique de ce qui relève des croyances et connaissances de l’époque, la dimension raciste par exemple n’étant pas absente de la pensée de Steiner et certaines de ses affirmations pseudoscientifiques faisant forcément sourire. Chez Steiner, la dimension spirituelle, qui est très marquée, découle principalement de la réalité perceptible par les organes sensoriels de l’homme mais est prédominante sur la rationalité matérielle. Il est persuadé qu’il existe, derrière le monde visible, un monde invisible, de prime abord inaccessible aux sens, et il croit fermement en la réincarnation, au karma, et à l’unité du cosmos. Selon lui, la nature de l’homme est une combinaison de son corps physique, soumis au lois mécaniques du règne minéral, de son corps de vie, où opèrent les forces de la croissance et de la reproduction comme dans le règne végétal, de son corps astral occulte, animé par les pulsions, désirs et passions du règne animal, et enfin son corps individuel qui se réincarne.

Steiner était notamment persuadé que chacun peut, par la méditation, accéder aux mondes supérieurs de la pensée. Au cours de son apprentissage, l’élève abandonne la forme conceptuelle de la pensée ordinaire et atteint le stade intuitif de la « vision claire et exacte ». C’est cette intuition qui a guidé Rudolf Steiner dans tous les domaines où il a tenté de s’investir, la pédagogie n’étant que l’un d’entre eux. C’est en 1919, dans l’ambiance révolutionnaire qui règne alors dans l’Allemagne en crise, qu’il inaugure ainsi un établissement scolaire mixte à Stuttgart, pour 256 élèves issus principalement des familles ouvrières de la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria.

Projet de nouvelle école Steiner à Saint-Genis-Laval près de Lyon (source © Pierre Piessat – Tectus Architectes / La Tribune)

Cet établissement, dont la première promotion prépare le baccalauréat lorsque Steiner disparaît en 1925, connaîtra finalement un incontestable succès. Les premières années sont basées sur un enseignement avant tout oral, symbolique et artistique, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture étant volontairement repoussés à plus tard et les notions abstraites dont les mathématiques pas introduites avant l’âge de 12 ans alors que l’apprentissage des langues étrangères débute dès 7 ans. Les matières scientifiques sont abordées principalement par l’observation et le vécu, mais il est couramment reproché à cet enseignement de ne pas accorder la place nécessaire à certaines théories scientifiques de base comme le modèle physique de l’atome, la théorie de l’évolution ou la tectonique des plaques.

Mais Rudolf Steiner a abordé bien d’autres domaines que l’élaboration de cette approche pédagogique particulière et qui fait débat, beaucoup y voyant une pratique plutôt fructueuse basée sur des bases théoriques très douteuses. Il est notamment à l’origine d’une véritable médecine anthroposophique non conventionnelle, dans laquelle les maladies infantiles sont considérées comme « dette karmique », ce qui justifie le refus de la vaccination. Le cancer y est traité à l’aide d’un extrait de gui blanc, sur la foi d’une intuition de Rudolf Steiner, produit commercialisé par l’entreprise suisse Weleda, fondée en 1921, qui continue à développer des produits cosmétiques mais aussi à visée pharmaceutique et diététique, toujours selon les préceptes de l’anthroposophie.

Champ de vigne en biodynamie (source © Bio à la une)

Steiner s’est aussi aventuré dans le domaine de l’agriculture en inventant la biodynamie, système de production agricole dont il a posé les bases dogmatiques en 1924. Réfutant a priori toute vérification expérimentale, la biodynamie se contente d’ajouter à l’agriculture biologique classique certains principes ésotériques liés notamment à l’influence supposée des rythmes lunaires et planétaire, qui relèvent simplement de la pensée magique et dont nul n’a jamais pu démonter l’efficacité. Cela n’empêche pas qu’en France, l’association Demeter, créée en 1979, annonce avoir certifié en 2019 pas moins de 400 exploitations en biodynamie, dont les deux-tiers en viticulture : un beau succès pour ce qui ne repose que sur de simples intuitions d’un philosophe autrichien du siècle dernier, largement autodidacte en la matière, et dont les conceptions spirituelles paraissent pour le moins étranges à un esprit rationnel contemporain…

L. V.

Végétalisation, phylogénie et Charlemagne…

7 septembre 2021

Pourquoi ces termes hétéroclites rassemblés dans ce titre ? Car un lien existe bien entre ces sujets, rattachant le présent, la botanique et le passé.

Végétalisation : un récent article paru sur ce blog évoquait un aspect d’une reconquête des espaces urbains afin de répondre à la prise de conscience des enjeux de développement durable, liés en particulier au dérèglement climatique et à la perte de biodiversité en milieu urbain. Les arguments écologistes prennent un relief nouveau avec ces tentatives de végétalisation. De New York à Marseille, de Madrid à Milan, dans de nombreuses métropoles on assiste à un verdissement des villes sous l’impulsion des municipalités, des collectivités ou d’initiatives d’associations locales. C’est même le cas à Carnoux-en-Provence avec « Un jardin se crée à Carnoux » qui contribue à l’initiation des jeunes élèves, à la découverte des plantes de notre région, en plantant divers végétaux faisant découvrir, avec les enseignants de l’école élémentaire, à l’occasion d’ateliers, les vertus de la permaculture et des différentes techniques de jardinage.

Exemple d’agriculture urbaine en toiture, la ferme Nature Urbaine (photo © Remon Haazen / SIPA / Madame Figaro)

Pour les citadins il est difficile de s’adonner au jardinage, l’espace foncier étant limité, mais des solutions ont été trouvées et nombreux sont les toits terrasses, toits de parkings, balcons, bacs dans les cours d’immeubles qui permettent des cultures hors sol, pour un simple agrément personnel ou exploiter un potager ou fournir des herbes aromatiques.

Mais, savons-nous comment nos plantes actuelles sont apparues et ont évolué pour fleurir nos jardins ou participer à notre alimentation?

Phylogénie : c’est l’étude des liens de parenté (relations phylogénétiques ou phylétiques) entre les êtres vivants et ceux qui ont disparu. C’est ainsi que les botanistes, à partir du classement des familles de végétaux par leurs caractéristiques, ont pu remonter le temps et estimer l’apparition des premiers végétaux terrestres à environ 500 millions d’années. Une équipe scientifique britannique fonde ses hypothèses sur l’horloge moléculaire, c’est-à-dire sur le fait que les génomes de différentes espèces divergent en raison des mutations génétiques à une vitesse constante. C’est en combinant les données génétiques des espèces actuelles et en reliant leur histoire à celles des fossiles, connus et datés, que les chercheurs ont été conduits à revoir la chronologie des plantes terrestres. Ainsi selon Mark Puttick, biologiste évolutionniste, « nos résultats montrent que l’ancêtre des plantes terrestres était vivant au milieu de la période cambrienne, ce qui correspond à un âge similaire à celui des premiers animaux terrestres connus ».

Une liste exhaustive classe selon une hiérarchie codifiée (ordre, famille, genre, espèce) les végétaux qui existent sur notre terre. Dès l’Antiquité les hommes ont accordé une grande importance aux végétaux qui assurent leur nourriture. Dans la Bible, le livre des Nombres – chapitre 11, verset 5 – évoque ainsi « les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail ».

Détail d’une fresque murale égyptienne datée du XIII au XIe siècle avant notre ère, évoquant les premières cultures céréalières (source © Le Point)

Des vertus autres que nourricières sont accordées aux plantes. Le poireau était cultivé dans l’Égypte ancienne où il symbolisait la victoire : le pharaon Kheops en offrait à ses meilleurs guerriers. Hérodote rapporte que le premier conflit social connu de l’histoire de l’humanité fut provoqué par la ration d’ail supprimée aux ouvriers égyptiens construisant la pyramide de Khéops.

La joubarbe ou « barbe de Jupiter » (plante à fleurs roses), d’après une croyance populaire suggérait que la plante éloignait la foudre, attribut de Jupiter; c’est pourquoi la joubarbe des toits était plantée sur les toits des habitations autrefois.

La Joubarbe des toits, Sempervivum tectorum (source © Wikipedia)

L’histoire démontre que les hommes ont toujours voulu, par nécessité, au cours du temps développer l’agriculture, que se soit dans les champs ou dans de simples potager, leur survie en dépendait. Certains monarques éclairés, dans le passé ont encouragé le perfectionnement des techniques agricoles tandis que bien des responsables politiques contemporains modernes cherchent désormais à favoriser le « verdissement » des villes. Ainsi, à Lyon, dans l’entre-deux-guerres, les architectes Tony Garnier (bien connu à Carnoux) et Le Corbusier prônent un verdissement massif et indifférencié de l’environnement des villes, dans le cadre d’une politique sociale visant à améliorer les conditions de vie des classes populaires.

Beaucoup plus loin dans le passé Charlemagne fut un de ces monarques attaché au bien-être de ses sujets en assurant leur subsistance…

Charlemagne, l’empereur à la barbe fleurie, selon un portait de Louis-Félix Amiel peint en 1837 (source © L’Histoire par l’image)

Charlemagne : empereur à « la barbe fleurie ». Serait-ce là son seul lien à la végétalisation des espaces, celle de sa pilosité ? Non, « fleurie » signifiait dans les textes anciens « blanche ». Alors quel rapport avec nos espaces contemporains à verdir ?

Charlemagne est aussi le nom de l’un des quatre prestigieux lycées d’État créés en 1804 sur ordre de Bonaparte (loi du 11 floréal an X -1er mai 1802). Les bâtiments du lycée sont ceux de l’ancienne maison professe des Jésuites, construite à partir de la fin du XVIe siècle et qui fut le quartier général de la Ligue ainsi qu’un foyer d’intrigues contre Henri III. Située dans le Marais, rue Saint-Antoine, dans le 4ème arrondissement de Paris, cette bâtisse a ainsi été le témoin du passage d’illustres ecclésiastiques qui ont marqué l’Histoire de France au temps de l’Ancien régime et, depuis le début du XIXe siècle, a vu passer de nombreux élèves qui ont ensuite laissé leur nom dans la politique, les lettres, l’art, la science….

Le lycée Charlemagne dispose d’une grande cour, très minérale, avec peu, voire pas d’espaces verts. Dans le cadre des orientations pédagogiques visant à favoriser les initiatives d’éducation au développement durable, la direction du lycée a contacté l’association Veni Verdi afin d’accompagner les élèves dans un projet de végétalisation du lycée, à travers la construction de bacs de culture et la plantation de végétaux comestibles et d’ornement. Ces ateliers consisteront en la construction et l’aménagement de 6 bacs de culture dans la cour principale.

Simulation du volume des bacs prévus dans la cour du lycée Charlemagne (source © VeniVerdi)

Informé de ce projet, un ancien élève du Lycée, issu du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, s’est proposé de s’associer à ce projet en suggérant de réintroduire les plantes cultivées à l’époque Carolingienne. Un retour vers futur en quelque sorte !

En effet Charlemagne fit promulguer le Capitulaire de Villis, ou plus exactement le Capitulare de Villis vel curtis imperii qui est un acte législatif datant de la fin du VIIIe siècle ou du début du IXe siècle contenant la liste d’une centaine de plantes, arbres, arbustes ou simples herbes dont la culture est préconisée, ordonnée, dans les jardins du domaine royal. C’est une longue énumération de plantes, d’herbes, d’arbres fruitiers, de plantes textiles et tinctoriales (pour la teinture) que les domaines royaux se doivent de cultiver.

Jardin médiéval de Castelnaud en Dordogne (source © perigord.com)

Pour en citer quelques unes : genévrier sabine, échalote, oignon, ciboule, poireau, ail, ciboulette, scille maritime, glaïeul & iris, lis, ammi élevé, aneth, cerfeuil, céleri, carvi, coriandre, cumin, carotte, fenouil, livèche, panais, persil, anis vert, chervis, maceron, bardane, aurone, estragon, balsamite, tanaisie, souci, chicorée, cardon, laitue, camomille, chou, chou-rave, roquette, cresson, radis & raifort, moutarde, sisymbre, bette, brède, arroche, coloquinte, melon, concombre, gourde, pois chiche, pois, fenugrec, fève, mongette, garance, menthes (mentha & mentastrum), pouliot (peludium), cataire, dictame de Crète, sauge, romarin, sauge sclarée, sarriette, épurge, lin cultivé, guimauve, mauve, mauve musquée, cabaret, pavot, nigelle, roses, rue, joubarbe des toits.

Ce projet de végétalisation de la cour du lycée Charlemagne est l’un des nombreux qui voient le jour dans le monde et dans notre environnement proche. En plus de son intérêt écologique et pédagogique, il nous permet de voyager dans le temps et dans notre histoire, enrichissant nos connaissances d’une façon ludique.

La Couronne de Charlemagne, près de Cassis, et un pied d’Origanum dictamnus

Pour ceux qui auraient l’opportunité de faire une balade au pied de « la Couronne de Charlemagne » (ou « Bau Redon », montagne située dans les Bouches-du-Rhône au dessus de Cassis), ils pourront certainement y trouver une des plantes citées dans le capitulaire de Villis, dont le dictame (Origanum dictamnus) proche de l’origan et de la marjolaine, plante emblématique de la Méditerranée.

C. M.

Les références scientifiques de cet article ont été aimablement fournies par Monsieur Louis Justin Joseph, retraité du Muséum d’Histoire naturelle.

Les lecteurs curieux de connaître la totalité des végétaux cités dans le Capitulaire, et les plantes des jardins médiévaux, peuvent inscrire un commentaire à la fin de cet article et il leur sera répondu.

Se mettre à table aux Baumettes…

3 septembre 2021

La prison des Baumettes à Marseille n’a pas forcément très bonne réputation. Construite entre 1933 et 1938, sur les plans de l’architecte Gaston Castel, architecte en chef des Bouches-du-Rhône jusqu’en 1941 et conçue pour abriter 1264 détenus dans des bâtiments d’un peu plus de 3 hectares, elle en hébergeait pas moins de 1770 en 2016, dans des conditions telles que que le Conseil de l’Europe l’a un jour qualifié « d’endroit répugnant » !

La prison des Baumettes lors de sa mise en service à la fin des années 1930 (source © Crimino Corpus)

Mais ce haut-lieu de l’univers carcéral, construit selon le même plan que son homologue parisien de Fresnes, avec trois quartiers distincts, celui des hommes, celui des femmes et l’infirmerie, chaque quartier étant isolé par une enceinte et un chemin de ronde, est en pleine mutation. C’est Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux, qui a posé en novembre 2013 la première pierre de l’extension, dénommée Baumettes II. Livré en 2017, ce nouvel ensemble accueille la maison d’arrêt pour femmes avec 94 places et une nouvelle maison d’arrêt pour hommes, pourvue de 479 places.

Maquette du projet des Baumettes 2 (à gauche), dans le prolongement du site historique (source © Tourisme-Marseille)

Cette première étape maintenant achevée, il est prévu de raser définitivement les bâtiments d’origine pour y édifier à la place un tout nouvel établissement, Les Baumettes III, dont le chantier, confié à Eiffage, devrait débuter en 2022 pour une livraison escomptée fin 2024. Cette nouvelle structure, qui comprend 30 000 m³ de surface de plancher sur un terrain de 4,3 ha, devrait permettre d’accueillir 740 détenus. La porte d’entrée emblématique du centre pénitentiaire sera conservée pour satisfaire les nostalgiques du patrimoine carcéral local, mais le mur d’enceinte sera rehaussé d’un écran pare-vu pour limiter les nuisances sonores et visuelles dans le voisinage.

L’enceinte historique des Baumettes conservée mais rehaussée dans le projet retenu (source © Groupe 6 / Agence publique pour l’immobilier de la Justice)

Mais il n’y a pas que l’architecture des Baumettes qui évolue. La prison s’ouvre aussi sur l’extérieur et devrait accueillir, dès 2022 si tout va bien, le premier restaurant d’application en milieu carcéral, sur le modèle du restaurant The Clink (qui signifie justement la prison en argot britannique), ouvert en 2014 au milieu de la cour de la prison de Brixton, dans le sud de Londres. L’établissement est ouvert à tous, à l’exception de la famille ou des proches des détenus, et les convives paient normalement leur repas comme dans n’importe quel autre établissement, sauf que les cuisiniers comme les serveurs sont des prisonniers, en fin de peine, qui préparent ainsi leur réinsertion.

Maquette montrant l’insertion paysagère des futurs bâtiments des Baumettes III (source © Groupe 6 / APIJ)

Le concept lui-même a déjà été partiellement mis en œuvre à la prison des Baumettes qui a lancé, il y a quelques années déjà, une formation professionnelle de pizzaïolo avec un four construit dans l’enceinte de la prison, pour former les détenus et faciliter leur réinsertion une fois purgé leur peine. En 2019, une expérience éphémère a été initiée sur le site de Coco Velten, près de la Porte d’Aix, dans les anciens locaux de la Direction des Routes, rue Bernard du Bois, transformés en un lieu d’accueil sous forme de résidence hôtelière à vocation sociale, artistique et économique.

Deux fois par semaine et jusqu’en juin 2019, une dizaine de détenus des Baumettes, sélectionnés au sein de la Structure d’accompagnement vers la sortie (SAS) et en formation avec l’AFPA (Agence nationale pour la formation professionnelle) se sont ainsi relayés en cuisine et en salle, épaulés par l’association d’insertion Les Tables de Cana, avec à la clé l’obtention d’un diplôme de commis de cuisine.

Détenus en aménagement de peine officiant dans la cuisine des Beaux Mets à Coco Velten (photo © Antoine Tomaselli / La Provence)

Ce restaurant éphémère, opportunément dénommé « Les Beaux Mets » , dont le concept a ainsi été testé hors les murs, va donc bientôt rouvrir, a priori au deuxième semestre 2022, mais cette fois dans l’enceinte même des Baumettes, au sein de la structure SAS, porté par l’administration pénitentiaire et l’association Départ, qui œuvre à la réinsertion des détenus. L’accès y sera réservé aux prisonniers purgeant des courtes peines ou à qui il ne reste plus qu’une peine de moins de 2 ans à accomplir, avec également une formation diplômante à la clé, dans le domaine de la restauration où les entreprises peinent souvent à recruter de la main d’œuvre.

Ouvert 4 jours par semaine et uniquement pour le déjeuner, le futur restaurant des Baumettes devrait permettre d’employer une vingtaine de détenus et une dizaine de personnes en phase de réinsertion, en cuisine comme en salle, avec, bien évidemment un protocole de sécurité très strict impliquant notamment de payer à l’avance puisqu’il est interdit d’introduire du liquide dans l’enceinte de la prison.

Le centre pénitentiaire des Baumettes, bientôt haut-lieu de la gastronomie marseillaise ? (photo © Frédéric Speich / La Provence)

Le projet devrait avant tout faciliter la réinsertion de ceux qui en bénéficieront et diminuer leur taux de récidive. L’expérience anglaise de The Clink, par laquelle sont passés pas moins de 1800 détenus, a ainsi permis de diviser par 4 le taux de récidive, ce qui est remarquable et a pu être vérifié sur d’autres expériences comparables, dont celle du restaurant In Galera, installé dans la prison de Bollate à Milan. Mais le projet a aussi pour ambition de changer le regard sur la prison des Baumettes en y faisant venir des personnes extérieures pour un bon repas servi par des détenus enfin désireux de se mettre à table…

L. V.

Rwanda : le génocide refait parler de lui

24 mai 2021

Il est des événements historiques qui frappent les esprits et continuent à hanter les mémoires, des années plus tard. Assurément, le génocide qui fit environ de l’ordre de 800 000 morts au Rwanda en à peine trois mois, entre le 7 avril et le 17 juillet 1994 en fait partie et n’a pas fini d’empoisonner les relations entre ce petit État africain et la France, longtemps accusée par le gouvernement de Paul Kagame de s’être faite le complice de ces massacres.

Réfugiés rwandais fuyant vers le Tanzanie le 30 mai 1994 (photo © Jeremiah Kamau / Reuters / Le Monde)

Comme pour la guerre d’indépendance en Algérie, pour laquelle les blessures de part et d’autres restent vives, bien des années après la fin des événements, les historiens ont encore du mal à analyser les faits de manière totalement objective tant les passions restent fortes. On l’a encore vu récemment avec la publication en janvier dernier du rapport de Benjamin Stora, destiné à ouvrir des pistes pour la réconciliation entre les peuples français et algériens mais qui a été reçu plus que fraîchement, tant par les autorités gouvernementale algériennes héritières du FLN que par les associations qui entretiennent la mémoire pied-noir. Cette analyse historique est pourtant indispensable pour porter un regard plus distancié sur les faits du passé et faciliter leur analyse dépassionnée par les différentes parties, en vue de retisser des liens de confiance pour l’avenir.

C’est à un exercice assez comparable que s’est livré l’historien Vincent Duclert, en réponse à une lettre de mission du Président de la République française, qui lui avait confié le 5 avril 2019, 25 ans seulement après le début du génocide rwandais, le pilotage d’une commission chargé d’explorer les archives françaises de cette période pour mieux analyser le rôle de la France dans ce drame et permettre aux jeunes générations de comprendre les ressorts et le déroulement de ce génocide.


Remise officielle du rapport sur le génocide au Rwanda par la commission présidée par Vincent Duclert (photo © SIPA / Le JDD)

L’exercice n’était pas des plus aisés dans le climat de tension qui règne depuis cette date entre les deux pays, mais la publication du rapport, rendu public deux ans plus tard, le 26 mars 2021, a été plutôt bien accueillie à Kigali qui a apprécié l’objectivité de la commission concluant que si « rien ne vient démontrer » que la France s’est rendue complice, elle porte néanmoins des « responsabilités lourdes et accablantes » dans la tragédie en étant « demeurée aveugle face à la préparation du génocide ». Un mois plus tard, le 19 avril 2021, un second rapport, commandé par le gouvernement rwandais à un cabinet d’avocats américain, ne dit d’ailleurs pas autre chose.

Incontestablement, cette analyse historique objective et convergente, réalisée par les deux pays, devrait grandement faciliter le rapprochement entre la France et le Rwanda et l’on ne peut que se réjouir de voir les deux régimes abandonner le terrain des poursuites judiciaires et des représailles diplomatiques pour accepter enfin de regarder les faits avec la lucidité nécessaire qui permet d’objectiver le passé pour mieux construire l’avenir.

Les présidents Paul Kagame et Emmanuel Macron à New York, le 18 septembre 2020 (photo © Twitter Présidence du Rwanda / Jeune Afrique)

Pourtant, le sujet était particulièrement sensible comme en témoigne la réaction de certains responsables politiques français, à l’instar de celui qui était alors Premier ministre, Édouard Balladur, lequel s’obstine à se dire en désaccord total avec l’analyse de la commission présidée par Vincent Duclert et continue d’affirmer haut et fort que la France n’a pas à s’excuser pour cela…

Il est vrai que la situation à l’époque n’était pas des plus simples et que décortiquer les multiples raisons qui ont conduit à une telle situation génocidaire demande de se replonger dans le contexte historique. Pour ceux qui hésiteraient à se farcir la lecture des 992 pages du rapport de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsie, on ne pourra que recommander la lecture du 16e chapitre d’un petit ouvrage disponible en livre de poche et qui décortique de manière limpide en 20 pages seulement et sous forme d’une « conférence sur le Rwanda » les tenants et les aboutissants de cet épisode tragique.

Publié en 1998 et traduit en français en 2000, cet opuscule, sobrement titré Ebène – Aventures africaines est une remarquable introduction pour qui cherche à connaître l’histoire récente de l’Afrique, vue par un journaliste polonais, Ryszard Kapuściński, qui a sillonné les pistes africaines, du Ghana à l’Éthiopie, assistant en direct aux soubresauts politiques de ce vaste continent depuis la fin des années 1950 et contant avec talent ses multiples rencontres au hasard de ses périples.

Son exposé sur la situation rwandaise revient sur la singularité de ce pays minuscule, isolé par son relief montagneux, et qui a la particularité de ne comporter qu’une seule ethnie, alors que le Nigéria en compte 250 et le Congo pas moins de 300 ! Cette tribu des Banyaruandas est néanmoins structurée, comme en Inde, sous forme de castes. On en compte trois : celle des Hutus, constituée d’agriculteurs et qui forment 85 % de la population, celle des Tutsis, qui sont des propriétaires de bétail, et celle des Twas, ouvriers et domestiques, qui ne représentent que 1 % de la population.

Les colons belges, qui ont hérité du pays à l’issue de la Première guerre mondiale, se sont naturellement appuyés sur la caste des Tutsis qui était celle de l’élite politique du royaume préexistant, avant de se heurter aux aspirations à l’indépendance de cette dernière dans les années 1950. L’administration coloniale se met alors à soutenir les Hutus, traditionnellement vassalisés et considérés comme plus dociles. En 1959, attisée par le pouvoir colonial, la révolution éclate et les paysans Hutus massacrent des dizaines de milliers de Tutsis, ce qui leur permet de prendre naturellement le pouvoir lors de l’indépendance en 1962.

Les colons belges s’appuient sur l’aristocratie traditionnelle Hutu (archive / extrait YouTube)

De nombreux Tutsis se sont enfuis dans les pays environnants où ils se regroupent dans des camps de fortune. En 1963 puis en 1965, ils tentent des incursions depuis le Burundi voisin (où la classe dominante tutsie a pu conserver le pouvoir lors de l’indépendance), ce qui se solde par de nouveaux massacres de leurs frères restés au pays, avec un bilan d’au moins 20 000 morts, quasiment sans témoins… En représailles, les Tutsis au pouvoir au Burundi se déchaînent contre les Hutus après que ces derniers aient tenté de faire leur propre révolution. On estime alors à environ 100 000 le nombre de Hutus tués au Burundi en 1972, tandis que près d’un million d’entre eux viennent chercher refuge au Rwanda.

Une situation explosive qui permet au général rwandais Juvénal Habyarimana de prendre le pouvoir par un putsch en 1973 et d’instaurer un régime de fer tout en privatisant les richesses nationales au profit de son clan. Pendant ce temps, les descendants des milliers de Tutsis qui s’étaient enfuis du pays en 1959 et vivaient dans des camps de réfugiés à l’étranger s’enrôlent dans différents mouvements militaires et aident notamment Yoweri Museveni à prendre le pouvoir en Ouganda en 1986. Le 30 septembre 1990, cette diaspora militaire tutsie, organisée sous le nom de Front patriotique du Rwanda (FPR), bien formée et fortement motivée, quitte ses casernes pour attaquer le Rwanda.

Paniqué, le Président Habyarimana appelle à l’aide François Mitterrand, expliquant que des troupes anglophones venues d’Ouganda menacent les frontières de son petit pays francophone. Les parachutistes français débarquent à Kigali et les attaquants tutsis se retirent illico dans le nord-est du Rwanda pour éviter l’affrontement. Une situation de statut quo qui va durer 3 ans et demi, pendant lesquels certains partisans du compromis envisagent de créer un gouvernement de coalition avec les adversaire tutsis tandis que le clan du dictateur fanatique Habyarimana monte la population contre les Tutsis, qualifiés de cancrelats par les médias gouvernementaux, en inculquant dans toutes les têtes la nécessité d’un génocide pour en finir une fois pour toute avec ceux qui sont présentés comme une race étrangère d’origine nilotique.

Miliciens Hutus à l’entraînement, le 27 juillet 1994 à Butare (photo © Hocine Zaourar / AFP / RFI)

L’armée gouvernementale se prépare et ses effectifs passent de 5 000 à 35 000 hommes, largement armée et équipée par l’allié français, tandis que se constitue une milice paramilitaire sous le nom d’Interhamwe (signifiant « frappons ensemble »), fortement encadrée idéologiquement et surexcitée par les messages vengeurs de la Radio des Mille Collines. En 1993, les pays africains voisins forcent le Président Habyarimana à lancer des négociations, mais le 6 avril 1994, son avion présidentiel est abattu au retour d’une réunion internationale, ce qui donne le signal de départ pour le massacre des Tutsis, préparé de longue date et mis en œuvre par la population elle-même, chauffée à blanc par l’idéologie politique gouvernementale.

Jeune Rwandais sur les lieux d’un massacre, le 19 juillet 1994 (photo © Corinne Dufka / Reuters / LICRA)

Le 4 juillet 1994, les troupes du FPR, à l’issue d’une progression rapide (au cours de laquelle de nombreuses exactions ont aussi été commises), s’emparent de Kigali, forçant les militaires et les miliciens hutus à battre en retraite dans le Zaïre voisin (devenu depuis la République démocratique du Congo) où environ 2 millions de Hutus trouvent également refuge pour éviter les représailles. La Mission des Nations-Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), pourtant présente sur place, se révèle incapable d’intervenir, faute de consignes adaptées, et le contingent belge, qui constitue la moitié des effectifs, finit par se retirer le 21 avril 1994.

Militaires français de l’opération Turquoise protégeant un convoi humanitaire le 4 juillet 1994 (photo © Nicolas José / SIPA / Le Point)

La France pousse pour la mise sur pied d’une nouvelle mission et envoie en attendant, à partir du 22 juin 1994, ses propres troupes sous le nom d’opération Turquoise. Une intervention militaire très critiquée, du fait de la proximité de l’État français avec les génocidaires, de même que celle d’autres pays, dont Israël, accusé d’avoir fourni des armes à l’armée rwandaise pendant toute la durée du génocide.

On comprend que, dans un tel contexte, les relations entre la France et le gouvernement rwandais, toujours aux mains du FPR, ne puissent être totalement apaisées, même 25 ans après ce génocide dramatique qui a traumatisé durablement tout un peuple. Après le temps de la politique, celui de l’Histoire est néanmoins peut-être en train de prendre le relai grâce à ce travail de réflexion et d’analyse, et cela mérite d’être souligné…

L. V.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’hydrogène sans jamais oser le demander…

16 décembre 2020

Tout le monde s’intéresse à l’hydrogène souvent présenté comme un des éléments de la transition énergétique vers une société décarbonée, capable de se passer des énergies fossiles et de maîtriser ses émissions de gaz à effet de serre. On n’y est pas encore et les tergiversations récentes de notre Président de la République qui hésite fortement à mettre en œuvre les propositions issues de la Convention citoyenne sur le Climat, qu’il a pourtant lui-même constituée, confirme, s’il en était besoin, que le chemin sera encore long et parsemé d’embûches…

Un dessin d’actualité signé Ysope

Pour ceux en tout cas qui s’interrogent sur le potentiel que représente d’hydrogène pour contribuer à cette révolution énergétique que beaucoup appellent de leurs vœux, on recommandera la lecture d’une note de synthèse rédigée par l’astrophysicien Jacques Boulesteix, par ailleurs conseiller municipal de Carnoux. Une synthèse claire et pédagogique qui permet de mieux appréhender les formidables atouts que représente l’hydrogène, ce gaz très répandu dans notre environnement et qui peut servir aussi bien de combustible sans émission de CO2 dans une chaudière ou un moteur, que de source d’électricité dans une pile à combustible dont le rendement est très supérieur à celui d’un groupe électrogène classique.

Graphique extrait de la note de Jacques Boulesteix sur l’hydrogène

Mais pour autant, l’hydrogène n’est pas la panacée miraculeuse que certains imaginent. Sa production, en dehors de cas très favorables où on arrive à l’extraire de manière native, passe pour l’essentiel par des opérations lourdes de vaporeformage à partir de gaz naturel, un procédé peu coûteux mais catastrophique en termes d’émission de gaz à effet de serre. Quant à l’alternative bien connue qui consiste à réaliser une hydrolyse de l’eau, son bilan énergétique n’est guère reluisant…

Certes, les chercheurs et les industriels du monde entier s’échinent à contourner ces obstacles physico-chimiques pour trouver le Graal qui permettra demain (peut-être) de produire de l’hydrogène bon marché, en grosses quantités, sans impact environnemental et avec un bilan énergétique favorable. De multiples pistes sont pour cela explorées allant de la valorisation de la biomasse à partir de déchets plus ou moins fermentescibles jusqu’à la production par photosynthèse à partir de micro algues.

Structure moléculaire d’une hydrogénase modifiée (source © Labo BIP CNRS)

Il est d’ailleurs à noter que cette dernière voie est notamment explorée par une équipe marseillaise du Laboratoire de bioénergétique et ingénierie des protéines. Celle-ci travaille sur des micro-algues vertes et des cyanobactéries qui produisent de l’hydrogène lors de la photosynthèse, sous l’effet d’enzymes appelées hydrogénases. Mais ce processus est très transitoire car les hydrogénases sont inhibées par l’oxygène qui est également produit pendant la photolyse de l’eau. L’équipe de chercheurs a donc testé (et breveté) des mutations bien spécifiques des hydrogénases afin de permettre à l’hydrogène formé de diffuser vers l’extérieur afin d’orienter ainsi la photosynthèse vers la production d’hydrogène plutôt que d’oxygène.

L’avenir dira si ces recherches permettront d’ouvrir la voie vers un nouveau mode de production plus propre de l’hydrogène. Mais ce n’est pas le seul obstacle qui reste à lever pour une large exploitation de l’hydrogène, loin s’en faut. Celui du stockage et du transport de l’hydrogène n’est pas simple non plus, comme le précise Jacques Boulesteix dans sa note. Mais là aussi des équipes locales sont à pied d’œuvre pour chercher des solutions.

Hysilabs, la start-up qui cherche à révolutionner le transport de l’hydrogène (photo © G. Vanlede / La Provence)

C’est en particulier le cas de la société Hysilabs, une start-up initiée par deux chercheurs qui se sont rendus compte qu’il était possible de combiner l’hydrogène gazeux avec des hydrures pour le transporter sous forme liquide en s’affranchissant des inconvénients du transport et du stockage sous forme de gaz fortement comprimé. La petite start-up basée à Aix-en-Provence a levé pour plus de 2 millions d’euros de fonds en 2018 pour poursuivre ses développements et proposer des solutions industrielles clé en main telles que l’alimentation d’une tour de télécommunication sur le plateau de l’Arbois par un générateur électrique à l’hydrogène.

Démonstrateur Jupiter 1000 à Fos-sur-mer d’injection de gaz dans le réseau (photo © Jérôme Cabanel / GRT gaz / actu-environnement)

Et l’on pourrait citer aussi le projet Jupiter 1000, un démonstrateur industriel piloté par GRT gaz et d’autres partenaires à Fos-sur-Mer, permettant de transformer par électrolyse de l’électricité renouvelable en hydrogène mais aussi en méthane grâce au recyclage de CO2 issu de la capture de fumées industrielles du secteur. Une installation qui permet d’injecter dans le réseau jusqu’à 25 m3/h de méthane et 200 m3/h d’hydrogène.

Qui a dit que l’agglomération marseillaise était à la traîne en matière de recherche et développement de pointe ?

L. V.

Mais où sont les motocrottes d’antan ?

21 novembre 2020

On se plaint souvent que le journalisme d’investigation serait en voie de disparition, effacé au profit de médias racoleurs, versant dans le sensationnel et le superficiel. Le journaliste à l’ancienne, qui prend le temps de fouiller dans les archives, d’interroger les témoins, de croiser ses sources et de remonter pas à pas le fil de ses enquêtes, creusant sans relâche sous la surface des choses pour débusquer, sinon la Vérité, du moins des convictions : tout cela serait-il en train de s’effacer dans un monde qui ne vibre plus qu’à l’immédiateté, où le seul enjeu qui vaille est de sortir l’information plus vite que les autres et de l’exprimer en le moins de mots possible pour que chacun puisse en prendre connaissance avant tout le monde ?

Le journaliste David Castello Lopes au micro d’Europe 1 (source © Europe 1)

Heureusement, il existe encore de véritables journalistes d’investigation, capables comme David Castello-Lopes, de creuser à fond un sujet en remontant dans le temps pour bien en saisir toute la genèse et l’évolution. Responsable du développement des nouveaux formats audiovisuels pour Le Monde (tout un programme), il est aussi réalisateur de la série « Depuis quand » sur Canal +, une chronique savoureuse sur l’origine des objets, des tics de langage et des mots. Et il anime également une chronique intitulée « Les origines », dans l’émission « Historiquement votre », diffusée sur Europe1, dans laquelle il s’interroge avec délectation sur les raisons qui ont conduit à créer tel ou tel produit ou objet de notre quotidien.

Son goût immodéré de savoir et sa soif inextinguible de connaissance qui le poussent ainsi à s’interroger sur l’origine des choses l’a ainsi conduit à mener l’enquête afin de répondre à la question existentielle suivante : « Pourquoi les motocrottes parisiennes ont-elles disparu ? ». Une question qui n’est pas si futile qu’il n’y paraît. Chacun se souvient en effet de ces motos rutilantes peintes en vert et blanc, imaginées et mises en œuvre par le maire de Paris d’alors, un certain Jacques Chirac, sous forme d’une force de frappe moderne, rapide et efficace, destinée à se déployer sur les trottoirs de la capitale pour y faire disparaître en un tour de main les déjections canines en train de devenir le fléau des villes modernes.

Une motocrotte en action à Paris (source © Paris zigzag)

Ces motos, des Yamaha XT 250, avaient subi une profonde transformation pour les métamorphoser en engins futuristes d’une technicité redoutable avec leur bras articulé muni d’un aspirateur avec brosse ultra-rapide, leur réservoir embarqué destiné à servir de réceptacle pour étrons canins et leur seau d’eau propre pour rincer la chaussée après usage. De vrais petits bijoux de technologie, enfourchés par des pilotes émérites tout de vert vêtus, écologistes avant l’heure et qui pourchassaient la crotte de chien à longueur de trottoir.

Il faut dire que Jacques Chirac jouait là sa crédibilité de grand élu de la Nation, lui qui après avoir démissionné en 1976 de son poste de premier ministre et qui, bien que député de la Corrèze, s’était lancé à la conquête du fauteuil de maire de la capitale, un poste qui n’avait pas été pourvu depuis plus d’un siècle et qu’il remporta (de justesse) en mars 1977 après avoir axé l’essentiel de sa campagne sur le thème de la propreté en ville et de la résorption des quelques 20 tonnes de déjections canines qui finissent, bon an mal an, dans les rues de la capitale.

Jacques Chirac, élu maire de Paris en mars 1977 (photo © Henri Bureau / Sygma / Corbis / Getty / Le Parisien)

Les motocrottes, mises au point avec l’aide de l’incontournable Jean-Claude Decaux, l’ami intime de tout maire qui se respecte, constituent donc l’arme la plus aboutie qui soit pour mener cette guerre de reconquête contre les déjections canines qui empoisonnent la vie du promeneur parisien. Les habitants de la capitale ne s’y trompent pas, d’ailleurs, eux qui rebaptisent spontanément ces aspirateur à caca montés sur deux roues des « chiraclettes »…

Dans les années 1980, ces engins redoutables et bien visibles sont partout dans les rues de Paris, pour traquer le moindre étron intrus. Une tâche pas si facile qu’il n’y paraît et qui demande du doigté de la part du chauffeur, lequel doit positionner son aspirateur parfaitement à l’aplomb de la crotte rebelle pour bien la gober sans l’étaler. Tout un art qui fait que les candidats ne se bousculent pas pour conduire des engins aussi voyants pour mener à bien une tâche répétitive et exigeant beaucoup de concentration tout en s’attirant les quolibets de certains malappris.

La chiraclette en action, pas si facile d’usage qu’il n’y paraît… (photo © Mairie de Paris / Le Monde)

Quand le socialiste Bertrand Delanoë est élu maire de Paris en mars 2001, environ 120 motocrottes sillonnent encore les rues de la capitale. Mais la nouvelle équipe municipale se rend vite compte que cette belle opération de communication est en réalité un gouffre financier. Le dispositif coûte en effet à lui seul pas moins de 4,5 millions d’euros par an. L’écologiste Yves Contassot, devenu adjoint au maire en charge de l’environnement et de la propreté urbaine, calcule que cela revient à 12 € le kilo de caca ramassé !

Après les motocrottes, une nouvelle invention plus légère, mobile et écologique, qui reste néanmoins à tester (source © Retrouvailles 24)

Le 11 avril 2002 à minuit, l’heure du crime, un des deux hangars dans lesquels sont entreposées les précieuses motocrottes s’embrase mystérieusement et 64 engins sont réduits en cendre. Le coup est rude pour la brigade de nettoyage motorisée patiemment formée entretenue par les anciennes équipes chiraquiennes. C’est alors le coup de grâce et en 2004, la dernière motocrotte encore en action ramasse son dernier étron avant de filer dans les oubliettes de l’Histoire.

Distributeur de sacs pour déjections canine à Paris en 2001 (source © La Dépêche)

A leur place, une toute autre stratégie a été mise en place par la nouvelle municipalité : une amende de 150 € pour tout propriétaire de chien qui ne ramasserait pas les déjections de son animal familier, malencontreusement oubliées sur la voie publique. C’est beaucoup moins spectaculaire et l’effet en termes de communication électorale est sans commune mesure, mais c’est redoutablement efficace et nettement moins coûteux pour la collectivité !

Encore une fausse bonne idée dont on aurait peut-être pu faire l’économie d’un test en vraie grandeur aux frais du contribuable…

L. V.

Port-Miou, le château restauré à neuf

29 septembre 2020

Entrée de la calanque de Port-Miou le long de la Presqu’île (source © JCF Boat)

La calanque de Port-Miou, la plus à l’Est du massif des Calanques, est en fait la seule calanque du massif qui se situe non pas sur le territoire marseillais mais sur celui de sa voisine Cassis. Formant un abri naturel idéal sous forme d’un long bassin étroit de 1,4 km de longueur dont l’entrée est largement protégée par le promontoire que constitue la Presqu’île, cette calanque a servi de tout temps de port. D’où son nom d’ailleurs, qui viendrait, paraît-il du latin Portum Melior, autrement dit le meilleur port, bien meilleur en tout cas que celui de Cassis même, qui, au XVIIe siècle, était tellement mal entretenu que les navires préféraient aller se charger dans la calanque voisine où les galères royales avaient aussi habitude de faire escale.

La calanque de Port-Miou et ses rangées de bateaux de plaisance (source © Sun plaisance Location)

Vers 1630 y est installée une madrague, autrement dit un filet fixe de grandes dimensions, qui servait alors pour la pêche côtière au thon. A partir de 1720, l’exploitation des carrières destinées à extraire la pierre de Cassis commence à se développer dans le secteur. Ce calcaire urgonien dur et compact, renfermant de nombreux moules de rudistes et qui forme une bonne partie des falaises du massif est alors très prisé pour la construction en pièce de taille. Ce matériau servira notamment pour l’édification du phare de Cassis ou celui du Planier à Marseille, mais aussi pour une partie des quais d’Alexandrie et la voûte du tunnel du Rove. En revanche, la légende selon laquelle le socle de la statue de la Liberté à New-York serait en pierre de Cassis est bien entendu une pure galéjade…

Vestige des trémies de chargement à la Pointe de Cacau, Cassis (source © Mapio)

A Port-Miou toutefois, l’exploitation de pierres de tailles est restée assez modeste. Des trémies de chargement de blocs de pierre y ont bien été construits vers 1850 mais c’est à partir de 1895 que le site connaît un début d’exploitation industrielle majeure avec l’arrivée du groupe belge Solvay qui se porte acquéreur de toute la rive nord de la calanque. Alors en pleine guerre économique avec les soudières locales fonctionnant selon le procédé inventé en 1791 par le chimiste français Nicolas Leblanc, le Belge Ernest Solvay, inventeur en 1860 d’un procédé concurrent de fabrication de la soude à l’ammoniac visait le marché florissant des savonneries de Marseille, mais aussi l’exportation vers les savonneries espagnoles et italiennes. Il construit une usine à Salin-de-Giraud, à proximité de celle de son concurrent Péchiney et il démarre à Port-Miou, à partir de 1907, l’exploitation du calcaire.

Manifestation contre la carrière Solvay de Port-Miou en 1910 (source © Cassis Forum)

A l’époque, le carbonate de calcium extrait à Cassis était concassé sur place puis chargé via une trémie dans des chalands qui transportaient les blocs jusqu’à l’usine de Salin-de-Giraud. Après mélange, en présence d’ammoniac, au chlorure de sodium extrait localement dans les salines de Camargue, le procédé permet d’obtenir du bicarbonate de sodium puis, après chauffage, de la soude. Cette technique, qui est toujours utilisée de nos jours, est moins polluante que le procédé Leblanc, d’autant qu’elle permet de recycler l’ammoniac et d’obtenir comme sous-produit du chlorure de calcium utilisé comme sel de déneigement.

Malgré son avantage technique, le baron Solvay se heurte néanmoins à une forte opposition locale avec même, le 13 mars 1910, une manifestation rassemblant 3000 personnes, défenseurs de l’environnement avant l’heure, l’accusant de venir saccager la beauté de ce site naturel préservé. Cela n’empêcha pas Solvay d’extraire bon an mal an, de l’ordre de 80 000 puis, mécanisation aidant, 100 000 tonnes de calcaire par an et ceci jusqu’en fin 1982. A partir de 1975 en effet, la municipalité alors dirigée par Gilbert Rastoin, fait pression pour que cesse l’exploitation jugée gênante pour les activités touristiques en plein essor.

Photo d’archive du château de Port Miou (source © Fondation du Patrimoine)

La rive nord de la calanque, qui sert de passage à des centaines de milliers de randonneurs chaque année, se rendant vers la calanque voisine de Port Pin ou vers celle d’En Vau, appartient toujours à Solvay. Mais, l’issue de longues batailles juridiques et d’une expropriation, la Ville de Cassis a finalement racheté en 2010 la vieille bâtisse qui s’y trouve et que l’on appelle localement « château » du fait de sa tour carrée arrogante. Édifié en 1810 par un ancien marquis cassidain, paraît-il dans le but d’y loger sa maîtresse, le bâtiment a longtemps servi à abriter la douzaine d’ouvriers en charge de l’exploitation de la carrière. Fortement dégradé au fil du temps, le bâtiment menaçait ruine, même s’il servait encore d’annexe à la capitainerie du port de plaisance qu’est devenue la calanque de Port-Miou avec ses 455 anneaux.

Le château avant les travaux de restauration (source © Fondation du Patrimoine)

En mai 2017, des travaux de restauration de cet étrange édifice ont donc été engagé, pilotés par Acta Vista, une association qui développe depuis 2002 des chantiers d’insertion et de formation qualifiante aux métiers du patrimoine, dédiés aux personnes les plus éloignées de l’emploi. Le projet de restauration a duré 3 ans et vient tout juste de s’achever, permettant à l’ancien château de Port-Miou de retrouver tout son éclat.

Le rez-de-chaussée du bâtiment continuera à être utilisé comme annexe de la capitainerie tandis que le premier étage entre les bureau administratifs de la capitainerie et des locaux pour différentes associations environnementales œuvrant sur place. Le deuxième étage quant à lui constituera la première maison du parc car le Parc National des Calanques, pourtant créé en 2012, n’en est toujours pas pourvu.

Travaux de rénovation du toit de la tour (source © Acta Vista)

Le coût global du chantier s’est élevé à 2, 3 millions d’euros selon TPBM, financé largement par de multiples fondations d’entreprises ainsi que la Fondation du Patrimoine qui a royalement apporté 9 000 €. Une quarantaine de salariés en formation s’est investi sur le chantier dans le cadre d’une formation qualifiante. Les deux premières années, le groupe encadré par un maçon tailleurs de pierre et un accompagnateur socio-professionnel, s’est chargé de la maçonnerie et du gros œuvre avant de s’attaquer en troisième année aux aménagement intérieur tandis que d’autres groupes se formaient sur la menuiserie et la métallerie.

Vue du château de Port Miou restauré (source © Acta Vista)

Les deux niveaux inférieurs ont été entièrement rénovés ainsi que les façades, la maçonnerie extérieure, la toiture, les portes et fenêtres, mais aussi les planchers et les ouvrages annexes. Un vrai coup de neuf donc pour le château de Port-Miou, et un beau coup de pouce pour ces stagiaires devenus de vrais professionnels à l’issue de ce chantier mené qui plus est dans un cadre idyllique !

L. V.

Ultracrepidarianiste toi-même !

12 septembre 2020

Bon, le terme n’est pas encore franchement entré dans la langue courante et fleure bon le pédantisme. Pas si facile de glisser dans la conversation courante ce mot à rallonge qu’est l’ultracrepidarianisme. Même les joueurs les plus avertis auront bien du mal à le caser sur une grille de scrabble avec leur sept malheureuses lettres. On entendra plus fréquemment une cagole marseillaise traiter son vis-à-vis de « bouffon », mais tout compte fait, l’esprit n’est pas si différent, et elle aura nettement plus de chance de se faire comprendre de son interlocuteur…

Portrait de l’essayiste britannique William Hazlitt (source © Wikipédia)

A en croire Wikipedia, la version anglaise du terme, ultracrepidarian, aurait été utilisée pour la première fois en 1819 par le critique littéraire britannique William Hazlitt, en référence à la locution latine quelque peu tombée en désuétude depuis : « Sutor, ne ultra crepidam », autrement dit : « Cordonnier, tiens-t’en à la sandale ». Une expression un peu énigmatique mais qui renvoie à une anecdote savoureuse rapportée par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Il y raconte comment le peintre grec Apelle de Cos s’est retrouvé interpellé par un cordonnier signalant qu’il avait fait une erreur dans la représentation d’une sandale, ce que le peintre corrigea aussitôt. Encouragé, le cordonnier se permit alors de critiquer d’autres éléments de la fresque, ce à quoi le peintre vexé répondit vertement « ne supra crepidam sutor judicaret », ce qu’on pourrait traduire par « un cordonnier ne devrait pas donner son avis au delà de la sandale », à l’origine de la locution latine que le bon sens paysan a transcrit de manière tout aussi imagé par : « chacun son métier et les vaches seront bien gardées ».

Alexandre le Grand et Campaspe dans l’atelier du peintre Apelle, tableau peint vers 1740 par Giambattista Tiepolo (source © Getty Center, Los Angeles)

Toujours est-il que l’actualité médiatique et le développement des réseaux sociaux n’arrêtent pas de remettre au goût du jour cette maxime antique. C’est ainsi que le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein consacrait justement sa chronique, le 3 septembre dernier, sur le média en ligne Brut, à cette notion d’ultracrepidarianisme, qui, selon lui, se répand fortement grâce au développement des réseaux sociaux et encore plus à l’occasion des débats scientifiques comme ceux qui agitent la société depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19.

« Alors que le confinement avait commencé depuis quelques jours », témoigne ainsi le philosophe, « je voyais des tweets écrits par des personnalités politiques, parfois de très haut rang, qui commençaient par : “Je ne suis pas médecin, mais je pense…” etc. Et, après cette déclaration honnête d’incompétence, s’ensuivaient des injonctions sur ce qu’il fallait faire ou penser à propos de tel ou tel traitement au tout début de l’épidémie. Et ça m’avait étonné qu’on puisse avoir autant d’assurance alors même qu’on vient de déclarer qu’on est incompétent »…

Le philosophe des sciences Étienne Klein (source © France Inter)

Affirmer une opinion sur un sujet auquel on ne connaît pas grand-chose relève de l’activité quotidienne et de l’art même de la conversation entre amis. Il n’en reste pas moins que quand cette affirmation provient de quelqu’un qui fait autorité et qui possède une grande notoriété du fait de ses engagements politiques, de ses exploits sportifs ou de ses succès artistiques ou littéraires, la parole n’a pas le même impact et ses répercussions peuvent même faire des ravages si la personne en question se permet de dire n’importe quoi. Les saillies d’un Jair Bolsonaro ou d’un Donald Trump à l’occasion de cette crise sanitaire en sont de bons exemple, mais de nombreuses personnalités françaises se sont aussi récemment illustrées dans cet exercice…

En poussant le raisonnement, Étienne Klein met justement en avant la prudence qui, par contraste, caractérise généralement la compétence véritable. Un expert scientifique qui connaît parfaitement son sujet mettra justement un point d’honneur à exprimer ses doutes et les lacunes de connaissances ou les points qui restent à établir, tout en sachant définir de manière très précise ce qui relève de la certitude et ce qui reste à démontrer ou à déterminer.

Et force est de constater que ce qui semble évident pour le commun des mortels n’est pas forcément aussi simple qu’il n’y paraît pour qui s’astreint à approfondir le sujet. On se heurte alors rapidement, surtout en matière de risque, qu’il soit sanitaire, naturel, technologique et de tout autre nature à la notion d’incertitude. Comment définir des politiques publiques adaptées, qui soient à la fois efficaces mais aussi acceptables par la société, lorsque l’on ne connaît pas avec certitude l’ampleur du risque et encore moins l’effet des mesures qui sont envisagées ?

Même les sommités scientifiques peuvent être tentées par un peu d’ultracrepidarianisme (dessin signé Antoine Chéreau / source © Urtikan)

Dans son dernier ouvrage publié en juillet 2020, Le goût du vrai, Étienne Klein cite l’exemple d’une vérité scientifique parfaitement contre-intuitive qui explique justement pourquoi le citoyen lambda mais aussi l’homme politique en vue se laisse parfois aller à des affirmations péremptoires qui lui paraissent être basées sur le bon sens même, alors qu’elles relèvent en réalité d’une erreur d’analyse.

Ainsi qu’il l’expose dans un texte accessible sur le site Les mardis de la philo, « Imaginons que dans une population donnée apparaisse une nouvelle maladie, qui affecte une personne sur mille. Les symptômes de cette pathologie n’étant ni visibles ni ressentis, nul ne sait dire qui est malade et qui ne l’est pas. Mais les chercheurs s’activent et finissent par mettre au point un test de dépistage dont l’efficacité est de 95 %. Cela signifie que sur cent personnes positives à ce test, en moyenne quatre-vingt-quinze sont effectivement malades et cinq sont ce qu’on appelle des «faux positifs» (c’est-à-dire sont positifs au test sans être malades). Soit maintenant une personne qui se révèle positive au test : quelle est la probabilité qu’elle soit malade? Si vous réalisez un sondage dans votre entourage, vous constaterez que la proportion de ceux qui répondent «95 %» à cette question est très élevée. Or, la bonne réponse est… seulement de 2 % ! 

Test de dépistage du Covi-19 à Provins : toute ressemblance avec la situation imaginée serait bien entendu purement fortuite… (photo © Arnaud Journois / Le Parisien)

Autrement dit, une personne positive au test a quatre-vingt-dix-huit chances sur cent de ne pas être malade ! Ce résultat violemment contre-intuitif s’obtient à l’issue d’un raisonnement qui est pourtant simple : si l’on applique le test de dépistage à mille personnes, en moyenne 5 % d’entre elles – c’est-à-dire cinquante – seront des faux positifs, alors qu’une seule parmi elles est vraiment malade. La proportion de malades parmi les personnes positives au test sera donc bien égale à un cinquantième, soit 2%. Conclusion : pour le cas de figure ici envisagé (qui ne correspond pas, je le précise, à la situation actuelle), il apparaît qu’un test efficace à 95 %, ce qui semble être un bon score, en réalité ne sert à rien, contrairement à ce que notre cerveau tend à croire spontanément. Preuve que ce dernier peut être victime, ici ou ailleurs, de biais cognitifs. Preuve également que la science ne se confond ni avec la déclinaison en roue libre de l’intuition, qu’elle prend souvent à contre-pied, ni avec le fameux « bon sens », qu’elle contredit presque toujours ».

Une réflexion à méditer et à garder en mémoire lorsque l’on assiste aux débats pseudo-scientifiques qui fleurissent de nos jours sur les médias de toutes sortes…

L. V.

Biélorussie : une révolution en pantoufles…

26 juin 2020

En Europe, la démocratie s’est peu à peu imposée comme le modèle dominant, même si les comportements dictatoriaux et les dérives autoritaires ne sont pas totalement absentes de certaines pratiques locales du pouvoir. Il subsiste cependant au moins un pays, officiellement républicain, que chacun s’accorde à classer au rang des véritables dictatures : la Biélorrussie, ou Bélarus selon son nom officiel imposé par les autorités au monde entier…

On en parle peu, mais ce pays de près de 10 millions d’habitants, n’a vraiment rien d’un havre de démocratie républicaine. Coincé entre la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, la Russie et l’Ukraine, ce pays plus étendu que la Grèce et presque autant que le Royaume Uni, est une vaste plaine continentale sans débouché maritime mais couverte en partie de forêts. Une partie de ces dernières, au nord de l’Ukraine, reste d’ailleurs partiellement inaccessible à cause de l’irradiation rémanente consécutive à l’explosion de Tchernobyl…

Vue de Minsk, la capitale biélorusse (source © Kayak)

L’indépendance du pays date du 25 août 1991, après l’effondrement de l’URSS mais l’intermède démocratique n’est que de courte durée. Son président actuel, Alexandre Loukachenko, y a été élu pour la première fois en juillet 1994, avec alors 80 % des suffrages, contre son prédécesseur, Stanislas Chouchkievitch qu’il avait réussi à faire chuter suite à des accusations, apparemment infondées, de corruption.

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko le 9 mai 2020 à Minsk (photo © Sergueï Gapon / EPA / MAXPPP / La Croix)

En novembre 1996, après une campagne où les médias ont été fortement muselés, Loukachenko remporte haut la main un référendum qui lui permet d’étendre son mandat présidentiel de 4 à 7 ans et lui donne la possibilité de fermer le Parlement, ce qu’il s’empresse de faire. La police occupe le Parlement et emprisonne 89 des 110 députés considérés comme « déloyaux » et qui sont remplacés dans la foulée par des homes des main, tandis que les pouvoirs des services de renseignement, qui s’appellent toujours KGB en Biélorussie, sont considérablement renforcés.

L’Europe et les États-Unis protestent et refusent de reconnaître la légitimité d’un tel scrutin, d’autant que Loukachenko multiplie les provocations, jugeant en 1995 qu’Adolf Hitler n’avait pas eu que des mauvais côtés, et explusant à tour de bras en 1998 les ambassadeurs de la plupart des pays occidentaux ainsi qu’une délégation du FMI dont il avait traité les membres d’escrocs.

Réélu dès le premier tour en 2001, il l’est également en 2006, officiellement avec 82,6 % des voix, aux termes de campagnes tronquées et très éloignées des standards démocratiques internationaux. Sa quatrième réélection en décembre 2010 passe également comme une lettre à la poste avec un score officiel de 79,67 %, mais suscite néanmoins quelques manifestations populaires. Dès le lendemain, des centaines d’opposants sont arrêtés tandis que sept des neufs candidats à la Présidentielle sont purement et simplement jetés en prison.

Arrestation d’un manifestant le 19 juin 2020 à Minsk (photo © Sergueï Gapon / AFP / Le Monde)

A partir de 2011, des sanctions économiques sous forme de gels d’avoirs sont mises en œuvre par la communauté internationale à l’encontre des dirigeants biélorusses, mais cela n’empêche pas Loukachenko d’être réélu pour la cinquième fois en octobre 2015 avec plus de 80 % des voix. En novembre 2019, un simulacre d’élections législatives permet de purger du Parlement les deux seuls et uniques opposants à qui il a été tout simplement interdit de se représenter.

Et voilà qu’une nouvelle élection présidentielle se profile dans ce pays, prévue pour le 9 août 2020. Bien entendu, Loukachenko y fait figure de grand favori pour son sixième mandat consécutif. Depuis un an, un blogueur du nom de Sergueï Tikhanovski, dénonçait sur internet les dysfonctionnements d’un pays en voie de délabrement, n’hésitant pas à haranguer les passants lors de rassemblements improvisés et publiant des vidéo où il appelle à dire « Stop au cafard ». Bien entendu, le Président ne pouvait pas tolérer un tel désordre et il a fait jeter en prison, le 29 mai dernier ce trublion qui envisageait justement de présenter sa candidature à la Présidentielle. Une candidature désormais écartée puisque le casier judiciaire du citoyen Tikhanovski n’étant plus vierge, sa candidature est irrecevable : tout est tellement simple en dictature !

Le blogueur Sergueï Tikhanovski lors d’un rassemblement populaire le 24 mai 2020, 5 jours avant son arrestation (photo © Vasily Fedosenko / Reuters / Ouest France)

Le blogueur turbulent ne constitue cependant pas la seule menace potentielle pour le pouvoir en place qui craint aussi l’un des candidats déclaré à cette prochaine élection, un certain Viktar Babaryka, qui dirigea pendant 20 ans la banque russe Belgazprombank et qui avait recueilli sans difficulté quelque 400 000 signatures en appui de sa candidature aux Présidentielles, là où il en suffisait de 100 000. De quoi inquiéter suffisamment le Président Loukachenko qui, par précaution élémentaire, a donc fait arrêter son adversaire politique en l’accusant de corruption, profitant au passage de l’occasion pour prendre le contrôle de la banque : il n’y a pas de petit profit quand on est au pouvoir…

Cette fois cependant, une partie de la population a réagi et des manifestations se sont organisées, notamment dans les rues de la capitale Minsk, pour protester contre l’arrestation du blogueur Sergueï Tikhanovski qui avait manifestement réussi à acquérir une certaine popularité et à soulever quelques espoirs. Pour éviter la répression, selon France-Inter, ils se sont simplement massés silencieusement le long des trottoirs plutôt que de défiler dans les rues, certains d’entre eux brandissant des tongs ou des pantoufles et faisant mine d’écraser le cafard, conformément au mot d’ordre imagé de Sergueï Tikhanovski…

Manifestation de soutien aux potentiels candidats d’opposition, à Minsk le 31 mai 2020 (photo © Vasily Fedosenko / Reuters / Courrier International)

Bien entendu, le pouvoir ne pouvait rester inactif face à cette « révolution des pantoufles » et la répression contre les manifestants est impitoyable .140 d’entre aux ont été arrêtés et jetés en prison vendredi dernier, y compris, selon Le Monde un opposant notoire, Mikalay Statkevich, qui avait déjà purgé 5 ans de prison et qui se retrouve de nouveau sous les barreaux.

Étant donné le rapport de force, il n’est pas exclu que le Président Loukachenko parvienne à ses fins avec une n-ième réélection triomphale en août prochain, à condition de mater d’ici là toute velléité de révolte populaire. Il semble cependant que la jeunesse biélorusse soit cette fois bien décidée à ne pas s’en laisser conter, l’épisode de Covid-19 ayant poussé la population à comprendre à quel point le pouvoir était inconséquent. Pendant toute la crise sanitaire, le Président Loukachenko a traité le sujet avec désinvolture et minimisé le risque, au point que chacun a pu se rendre compte qu’il n’était guère crédible. Peut-être un espoir pour le retour vers un régime plus démocratique dans ce trou noir de l’Europe ?

L. V.

A Carnoux, le débat impossible, l’opposition muselée…

24 juin 2020

A Carnoux-en-Provence se tenait jeudi 18 juin 2020, le jour du 75ème anniversaire de l’appel à la résistance du Général De Gaulle, le second conseil municipal de la nouvelle mandature. Le premier, qui s’était tenu à huis clos le 28 mai dernier avait simplement permis d’élire le maire au sein du nouveau conseil municipal et de décider du nombre des adjoints. Vu les conditions sanitaires actuelles, cette deuxième réunion aurait pu être ouverte à un plus large public, mais le maire, Jean-Pierre Giorgi, en avait décidé autrement, menaçant même, au cas où des visiteurs s’invitent, de demander de nouveau le huis clos, quitte à ajourner purement et simplement la séance en cas de refus, jugeant le respect des règles de distanciation sanitaire plus important que celui du débat démocratique…

Une attitude très révélatrice de son choix des priorités pour cette séance dont l’ordre du jour prévoyait le fameux « débat des orientations budgétaires », un épisode primordial de la vie publique locale puisque ce débat, prévu par les textes réglementaires, est l’étape indispensable avant le vote du budget, lequel aura lieu le 2 juillet prochain. Lors de ce débat, le maire présente, comme la loi l’y invite, le contexte macroéconomique et l’état des marges de manœuvres financières locales ainsi que les grandes orientations qu’il compte mettre en avant pour établir le budget municipal pour l’année en cours.

Ce moment est l’un des temps forts de la démocratie communale puisque c’est le moment où se construit le futur budget de la commune, sur la base des propositions de la majorité mais sous la forme d’un véritable débat, ouvert et pédagogique, avec l’opposition. Le débat ne donne pas lieu à un vote, mais il doit nourrir la réflexion de l’équipe municipale en vue de procéder aux derniers ajustements du projet de budget, sur lequel en revanche, les élus devront se prononcer par vote.

Sauf que à Carnoux, en ce 18 juin 2020, le débat n’a pas pu avoir lieu ! Le maire a comme à son habitude détaillé très longuement les orientations budgétaires qu’il compte mettre en avant pour l’élaboration du budget communal, ne faisant en réalité que répéter le texte que tous les conseillers municipaux avaient eu le loisir de découvrir plusieurs jours avant la réunion. Il a ensuite passé la parole à la salle pour lancer le débat. Aucun des 24 autres conseillers élus de la majorité n’a souhaité ajouté le moindre mot, pas plus d’ailleurs que les deux représentants de la liste de Di Rosa.

Extrait du site internet http://www.carnoux-citoyenne.fr/

Jacques Boulesteix a donc pris la parole au nom des deux élus de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, ainsi qu’il le relate lui-même sur le site créé à l’issue des élections, précisément pour rendre compte de son action et des débats en conseil municipal. Il a notamment rappelé que toutes les hypothèses sur laquelle s’appuyaient ces orientations et le projet de budget en découlant dataient d’avant la crise sanitaire du Covid-19 et a fortiori avant la crise économique et sociale qui se profile. Alors même que toutes les collectivités tentent d’ajuster leur action pour anticiper autant que possible cette crise, rien de tel ne semble avoir été prévu à Carnoux.

Extrait d’un article publié par La Provence le 24 juin 2020

Mais le maire de Carnoux ne supporte pas qu’on puisse remettre en cause son expertise technique en matière de construction budgétaire et n’envisage pas de devoir justifier ses orientations budgétaires face à une opposition qu’il considère par principe comme incompétente.

Après quelques minutes seulement d’intervention, il a donc commencé par interrompre Jacques Boulesteix à chacune de ses phrases avant de lui couper définitivement la parole, sous l’œil narquois des autres élus de la majorité, manifestement tous convaincus qu’un débat n’est qu’une perte de temps parfaitement inutile, du moment qu’ils ont la possibilité d’imposer leur point de vue puisqu’ils disposent d’une écrasante majorité.

A Carnoux, une opposition bâillonnée…

Face à une telle obstruction et n’étant plus en mesure de s’exprimer, Jacques Boulesteix a été contraint de quitter la salle. Le débat des orientations budgétaires pour l’exercice 2020 n’a donc pas eu lieu à Carnoux. C’est d’autant plus regrettable que l’état des finances de la Ville avec ses excédents budgétaires colossaux qui se reportent d’année en année autorisait justement des marges de manœuvres importantes pour aider au mieux vivre des Carnussiens face à une situation économique et sociale qui menace de se dégrader dans les prochains mois.

Mais circulez, il n’y a rien à voir ! Tel est le mot d’ordre de Jean-Pierre Giorgi, tout-puissant en son fief, au point qu’aucun des élus de sa liste n’ose ouvrir la bouche en conseil municipal, et qui ne supporte tout simplement pas qu’un autre élu, d’opposition qui plus est, se permette d’émettre des propositions et de susciter le débat.

Toute similitude avec une situation locale serait purement fortuite….

A la rigueur, il est toléré que l’on pose une question, naïve de préférence, histoire de permettre au maître (pardon, au maire) d’étaler sa bonne connaissance des rouages administratifs et de donner, avec un petit chouïa de condescendance, une leçon au malheureux incompétent qui a osé s’exprimer. Mais aller jusqu’à laisser penser qu’on aurait pu peut-être envisager différemment les orientations budgétaires pour la ville de Carnoux relève d’une outrecuidance inadmissible que M. Giorgi ne saurait tolérer. Qu’on se le dise ! Et tant pis pour le débat démocratique et la participation citoyenne : pas de ça à Carnoux…

L. V.

Un confinement mondial à géométrie variable

7 juin 2020

La pandémie mondiale de Covid-19 n’est pas encore achevée. En ce jour, dimanche 7 juin 2020, les chiffres qui circulent et que l’on peut retrouver sur différents médias dont Sortir à Paris, font état de près de 7 millions de cas confirmés dans le monde pour quasiment 400 000 morts attribués à cette épidémie virale. Le recul est désormais bien établi en Europe même si l’on a encore enregistré, dans les dernières 24 heures, 46 décès en France attribués au Covid-19 et encore un peu plus de 200 au Royaume-Uni. Mais il n’en est pas encore de même aux États-Unis où, même si le pic est passé depuis mi-avril, le nombre de morts était encore de 1 128 ces dernières 24 heures, pour un bilan provisoire qui dépasse désormais les 100 000 décès. Et la pandémie fait désormais rage en Amérique du Sud, notamment au Brésil où le nombre quotidien de victimes ne cesse d’augmenter de jour en jour, et a atteint 904 hier, avec sans doute des chiffres officiels très en deçà de la réalité effective.

Evolution des cas de Covid-19 en France jusqu’au 18 avril 2020 (source © IMHT)

Ceci dit, et même si l’heure n’en est pas encore à dresser des bilans, alors que le monde médical recherche encore un vaccin contre ce coronavirus tout en continuant à s’interroger sur l’efficacité éventuelle des traitements à base d’hydrochloroquine, les tentatives d’évaluation des stratégies de confinement mises en œuvre commencent à voir le jour. Jamais en effet l’humanité n’avait testé à une telle échelle le confinement massif de sa population.

Alors que les dernières décennies avaient au contraire été caractérisées jusque-là par une véritable explosion de la mobilité, voilà que brusquement, tout déplacement est devenu interdit. Sortir de chez soi pour aller acheter sa baguette de pain est devenu une aventure périlleuse qui a même valu à certains d’écoper d’une amende de 135 € pour avoir eu la malchance de rencontrer un policier zélé considérant que cela ne faisait pas partie des denrées alimentaires de base…

Un dessin signé Kristian (source © France Bleu)

Aller se promener sur la plage ou dans la colline, même de manière solitaire, est devenu en quelque semaines une activité profondément subversive et passible de poursuite. Et l’on ne parle même pas des régimes qui ont profité de la situation pour instaurer des dispositifs de traçage des moindres mouvements de leurs citoyens pour tenter de les suivre avec une précision inframétrique afin d’alerter tous ceux qui auraient malencontreusement croisé la route d’une personne suspectée d’être contagieuse.

Paradoxalement, une telle démarche de confinement généralisé n’aurait jamais été possible sans les outils de communication numérique qui ont permis d’une part d’informer la totalité de la population de ces règles fortement attentatoires aux libertés individuelles et évolutives d’une semaine à l’autre, mais aussi de mettre en place des solutions alternatives pour que les gens continuent à communiquer entre eux voire à poursuivre à distance une partie de leur activité professionnelle.

Contrôle policier à Paris pendant le confinement (source © Twitter Le Parisien)

Des outils qui permettent aussi, après coup, de dresser un bilan de la manière dont le confinement a été mis en œuvre d’un pays à l’autre. Le smartphone que chacun ou presque a désormais tout le temps dans sa poche, constitue avant tout un implacable mouchard. Chacun est désormais suivi en permanence dans ses moindres déplacements, au point même que certaines applications grand public en sont à compter le nombre de pas que nous faisons chaque jour, pour notre bien-être, bien entendu… Les utilisateurs qui acceptent de livrer leurs données de géolocalisation, et ils sont désormais très nombreux, alimentent de nombreux outils permettant désormais de suivre en masse les déplacements des individues.

Evolution du taux de fréquentation des centres commerciaux et lieux de loisir en France au début de l’épidémie de Covid-19 (source données © Google Maps / Colibree)

Google Maps a ainsi rendu public sous forme de données globalisées et anonymisées (pour respecter les différentes réglementations en vigueur sur la protection des données individuelles) les déplacements de millions de personnes dans le monde durant la crise sanitaire du Covid-19. On sait ainsi jour après jour quelle a été la fréquentation des lieux publics, rapportée à la fréquentation en temps habituel.

Ainsi, en France au plus fort de l’épidémie et jusqu’à début mai, le taux de fréquentation des centres commerciaux et lieux de loisir tels que cafés, restaurants, musées, bibliothèques, cinémas, parcs à thèmes, plages ou jardins publics était tombé à moins de 20 % de leur taux de fréquentation habituel. Normal puisque la plupart de ces établissements étaient alors fermés au public, contrairement aux magasins d’alimentation et pharmacie qui, eux, restaient accessibles, mais dont la fréquentation avait aussi baissé de 40 à 60 %.

La rue de Rome, grande artère commerçante de Marseille, déserte pendant le confinement (source © France3 Régions)

Une preuve, s’il en était besoin, que le confinement a été remarquablement respecté dans notre pays. Ces derniers jours, et toujours selon les observations de Google Maps à partir du positionnement de nos smartphones, le taux de fréquentation est redevenu habituel dans les parcs, commerces et pharmacies, mais reste inférieur de 40 % dans les centres commerciaux et centres de loisirs.

Des chiffres qui sont d’ailleurs confirmés par une analyse publiée par son concurrent, Apple, qui a rendu publiques des données très comparables basées non pas sur le géoréférencement des smartphones mais sur les recherches d’itinéraires, lesquelles ont chuté de 80 % voire davantage pendant la crise sanitaire, confirmant bien que les Français sont, dans leur immense majorité, restés chez eux pendant le confinement.

Evolution du nombre de recherches d’itinéraires en France pendant la crise sanitaire (source données © Apple / Labo FNAC)

Ces chiffres sont intéressants à analyser car ils sont disponibles dans le monde entier et permettent donc de comparer les stratégies mises en œuvre d’un endroit à l’autre. On retrouve par exemple chez nos voisins espagnols et italiens des tendances très comparables à ce que l’on observe en France. Curieusement, les chiffres sont également assez proches en Inde, un des rares pays du Sud a avoir pratiqué une politique très stricte de confinement, au prix de conséquences économiques et sociales d’ailleurs dramatiques.

Par comparaison, dans un pays comme l’Allemagne le taux de fréquentation des centres commerciaux et lieux de loisir n’a baissé que de 53 % au plus fort de l’épidémie, très loin donc des 82 % observés en France dans les même conditions. Au Danemark, cette baisse de fréquentation a été plus faible encore, de l’ordre de 29 %, tandis que la Suède observait une baisse minime, évaluée à 20 %. Des taux très comparables à ceux constatés à Hong Kong ou au Japon (- 25 %), sans même parler de la Corée du Sud où la fréquentation n’a été réduite que de 13 % pendant la crise sanitaire.

Les effets psychologiques du confinement ont peut-être été sous-estimés… Un dessin signé Deligne (source © Bado, le blog)

Ces chiffres confirment donc, s’il en était encore besoin, que les mesures de confinement global imposées en France ont été particulièrement sévères. Elles ont conduit à une paralyse totale de l’économie du pays pendant trois mois et à un climat de psychose généralisée, au point que nombre de parents ont refusé, à l’image du Premier ministre lui-même, d’envoyer leurs enfants à l’école lorsque celle-ci à rouvert ses portes.

Et pourtant, le bilan sanitaire de cette pandémie mondiale montre que la stratégie française n’a pas été particulièrement performante au vu du nombre de morts et par comparaison avec de nombreux autres pays. Tout laisse désormais à penser qu’une stratégie plus ciblée de lutte contre une telle épidémie aurait sans doute été plus efficace que cette immobilisation générale et indistincte, par ailleurs catastrophique par ses conséquences économiques et sociales, et ceci sans doute pour plusieurs années. Peut-être fera-t-on mieux la prochaine fois, à condition de savoir en tirer les enseignements ?

L. V.

Confinés de rire…

3 mai 2020

Quoi de mieux que le rire pour conjurer ses angoisses ? Lorsque chacun s’inquiète des conséquences de la crise sanitaire sur sa santé et celle de ses proches, mais aussi des répercussions économiques voire sociale, l’humour peut aider à dérider et à apaiser les craintes. Tous les sociologues en font le constat, c’est en cas de crise collective que fleurissent les meilleures blagues ! De ce point de vue, la pandémie de Covid-19 n’aura pas échappé à la règle et internet regorge de ces petites blagounettes faciles et de dessins humoristiques de plus ou moins bon goût qui prolifèrent pour tourner en dérision notre condition de confiné.

Source : Biba magazine

Petit florilège non exhaustif et pioché au hasard, en remerciant leurs auteurs respectifs d’accepter de partager ce petit moment de détente…

Comme après chaque fléau, on cherche les coupables… Des rumeurs insistantes circulent sur des erreurs de manipulation dans un laboratoire de recherche chinois, mais la malveillance n’est pas prouvée…

 

L’autre coupable désigné à la vindicte populaire, le pangolin bien sûr… Un dessin signé Sanaga

 

Le Covid-19, ennemi public n°1 : la maladie qui guérit de toutes les autres angoisses… Un dessin signé Antoine Chéreau

Le confinement dans la durée, cela demande un peu de patience… Un dessin signé AH du dessinateur belge Arnaud Ahache

Pour un confinement réussi, il faut avoir pensé en amont à stocker l’essentiel. Les spécificités culturelles peuvent influer sur ce choix… Un dessin signé Ixène, publié le 2 avril 2020 dans Familles chrétiennes

Être confiné chez soi, c’est aussi devoir cohabiter avec son chat : pas si facile au quotidien… Source : Biba magazine

Les joies du confinement, comme un air de nostalgie… Un dessin de Laurent Salles, publié dans l’Alsace

Dans la rue, le masque bientôt obligatoire ? De quoi susciter certaines interrogations légitimes… (Photomontage DR republié par le site Compétences relationnelles)

Le jardinage, une alternative au ravitaillement en grande surface ? Pas si simple… Un dessin signé Deligne

Au moins, jardiner est un bon dérivatif quand le confinement en famille devient tendu… (photomontage DR republié sur Facebook)

La pénurie de masques au début de la crise a pu générer quelques incompréhensions… Un dessin signé Espé du dessinateur Sébastien Portet


L’enseignement scolaire à distance, un vrai bonheur… (source : Cahiers Joséphine)

Les parents découvrent avec attendrissement comment leur progéniture s’épanouit au quotidien en découvrant avec avidité de nouveaux savoirs… Où comment les enseignants remontent dans l’estime des parents d’élèves… Un dessin du dessinateur Lapuss’ et de son compère Tartuff, extrait de la série En quarantaine

Les enfants confinés dans la durée : un véritable bonheur familial… (source : photomontage DR)

Le confinement, un handicap pour les carrières professionnelles ? (source : Le Lombrik)

Pendant le confinement, le télétravail devient la norme… Un dessin de Marc Large pour le quotidien Sud-Ouest

Attention car la gestion du confinement par le gouvernement pourrait lui donner de mauvaises idées… Un dessin signé Deligne


Et pendant ce temps-là, les relations internationales se poursuivent, dans un esprit de coopération fraternelle et solidaire… (source : Biba magazine)

Et après le confinement, que va-t-on faire ? Un dessin signé Antoine Chéreau et publié le 7 avril 2020 sur Urtikan

Et quelques pensées de circonstance, issues d’une longue réflexion, confinement oblige…