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Réfugiés : doit-on les laisser se noyer ?

25 avril 2017

Le Cercle Progressiste Carnussien propose, le jeudi 11 mai 2017 à 18h30 salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, une conférence sur la question humanitaire du sauvetage en mer Méditerranée de personnes qui fuient les conflits armés et la misère économique.

Depuis l’an 2000, ce sont plus de 30 000 personnes qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre les côtes européennes. La traversée entre la Libye et l’Italie en fait l’axe migratoire le plus mortel au monde. Pour la seule année 2015, ce sont 2 892 personnes qui ont péri sur cette route.

Face à cette tragédie, la société civile européenne s’est mobilisée pour créer en 2015 SOS MEDITERRANEE, une association européenne de sauvetage en mer Méditerranée.

Cette conférence qui s’appuiera sur des extraits du film « Les migrants ne savent pas nager » et sur des vidéos réalisées par l’association SOS Méditerranée sera animée par Pierre CALFAS, bénévole de l’association.

Crédit photo : Federica Mameli

Grâce à des dons privés venus d’Italie, de France et d’Allemagne, SOS Méditerranée a affrété un bateau, l’Aquarius, qui navigue entre les côtes libyennes et l’Italie et recueille à son bord des adultes et des enfants que des passeurs ont entassés sur de frêles embarcations inadaptées pour affronter un voyage long (plus de 30 heures) et périlleux.

Quand on sait que le sort de ces malheureuses personnes fait l’objet d’un marchandage initié par des soit disant passeurs qui les réduisent avant leur départ en situation de quasi esclavage, la question humanitaire qui se pose est bien celle de notre responsabilité collective. Doit-on les laisser se noyer sans rien faire ?

En effet, les embarcations surchargées ne laissent que peu d’espoir d’atteindre les côtes hospitalières  de l’Italie et, pour de nombreux passagers, c’est la mort qui les frappe après moins de 20 mn passées dans l’eau.

Sauvetage en mer près de Lesbos en décembre 2016 (crédit photo Laurin Schmid)

En France, cette année 2017, le sauvetage en mer a été classé Cause Nationale. Deux associations sont reconnues pour leur engagement, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) et SOS Méditerranée.

Au-delà de l’aspect humanitaire du sauvetage en mer, c’est aussi la question de la désespérance de populations qui est soulevée et à laquelle Pierre CALFAS pourra apporter son analyse fondée sur une rare expérience en matière de développement économique et social, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Nous vous attendons nombreux à cette conférence qui traitera d’un sujet auquel nul ne peut être insensible.

Michel Motré

Président du Cercle Progressiste Carnussien

SOS Méditerranée reconnue Grande cause nationale 2017

8 février 2017

blog391_phsauvetage2SOS Méditerranée, jeune association civile de sauvetage en haute mer spécialisée dans l’aide aux migrants en détresse en Méditerranée, vient tout juste de se voir décerner, aux côtés de la SNCM, le prestigieux label de Grande cause nationale 2017, dédié au sauvetage en mer. Une belle consécration pour cette ONG qui a été créée en 2015 seulement, dans un bel élan de la société civile européenne mobilisée face à l’urgence humanitaire en Méditerranée où au moins 46 000 personnes, hommes, femmes et enfants ont péri en mer depuis une quinzaine d’années en cherchant à rejoindre l’Eldorado européen…

blog391_phsauvetage3Déjà en décembre 2015, l’ONG s’était vue remettre le Prix de la Société Civile par le Comité économique et social européen (CESE), en remerciement de ses efforts pour améliorer la vie des migrants et favoriser leur insertion dans la société européenne. Selon le CESE, ce prix récompense des manifestations exemplaires de solidarité en Europe, qui se sont avérées extrêmement efficaces sur le terrain.blog391_phaquarius

Grâce à la solidarité de milliers d’Européens, SOS Méditerranée, dont les équipes se partagent entre Marseille, Berlin et maintenant Palerme, a ainsi pu affréter l’Aquarius, un navire de 77 mètres de long. Depuis février 2016, l’Aquarius assure sans discontinuer sa mission vitale de sauvetage sur l’axe migratoire le plus mortel au monde, entre la Libye et l’Italie.

En 11 mois de présence en mer et 79 opérations, 12 087 personnes ont ainsi été recueillies par SOS Méditerranée à bord de l’Aquarius : près de 8 000 vies sauvées par les équipes de sauvetage sur des embarcations en détresse et 4 000 personnes prises en charge après transbordement d’un autre navire. Outre les 11 membres d’équipage, l’Aquarius embarque également 6 sauveteurs volontaires qui sont des marins professionnels, ainsi qu’une équipe médicale de 7 à 8 personnes mobilisée par Médecins Sans Frontières. Il faut noter qu’une seule journée de mission sur L’Aquarius coûte 11 000 €.

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L’association se réjouit donc de cette reconnaissance comme Grande cause nationale 2017, qui va lui permettre de conforter son statut de réseau associatif agissant sur le plan national et européen, mais aussi de disposer d’une caution visible de l’État, de favoriser sa communication auprès d’un large public et de faciliter ainsi son appel à la générosité et aux dons.

Le site internet de l’association fourmille de témoignages au quotidien permettant de s’imprégner des actions de sauvetage en mer réalisés chaque jour par les équipes de l’Aquarius. Une magnifique leçon de courage et de dévouement au service de nos voisins du Sud.

J. Tonnelle

Trémargat, bel exemple de commune solidaire et citoyenne

29 décembre 2016

Petite commune rurale nichée dans l’arrière-pays breton, le Kreiz Breizh, un pays de landes et de bois caillouteux, un des coins les plus pauvres de la péninsule, la petite commune de Trémargat, perdue au fin fond des Côtes d’Armor, n’en finit pourtant pas de faire parler d’elle. Mise en exergue dans les années 1960 comme un symbole de ces bourgs ruraux exposés à un exode rural inéluctable, passée de 269 habitants en 1962 à 152 seulement en 1990, la petite commune bretonne a pourtant réussi à remonter la pente et fait la une de nombreux médias, de Rue89 à La Croix en passant par Basta ! le magazine associatif militant du net.

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Ce nouvel élan doit beaucoup à l’installation de plusieurs couples de néoruraux, des anciens soixante-huitards venus s’installer ici pour élever des chèvres dans une logique totalement opposée à l’agriculture intensive alors en vogue en Bretagne. C’est le cas de la maire actuelle, Yvette Clément, arrivée ici en 1976 avec son mari François, avec qui elle a développé, sur les terres pauvres de ce pays boisé et vallonné, un élevage qui compte 150 brebis aujourd’hui.

Malgré l’exode rural il reste désormais 14 exploitations agricoles en activité à Trémargat et les nouveaux arrivants ont fait mieux que s’intégrer : ils ont réussi à redynamiser complètement le petit village breton devenu une vitrine de la gestion participative, au même titre que la commune de Saillans dans la Drôme !

Le tournant date de 1995. Jusque là, la mairie était traditionnellement aux mains de la même famille de génération en génération et son rôle principal se limitait à entretenir la voirie municipale. Mais « à quoi bon mettre des pavés s’il n’y a personne pour les lancer ? » s’est dit Eric Hamon autour de qui s’est agrégée une petite équipe de nouveaux venus débordant d’idées pour faire revivre le petit village sur le déclin en aidant à accueillir de nouveaux agriculteurs et des randonneurs venus profiter de ce coin de nature préservée. Leur slogan : « Vivre, participer et accueillir dans un environnement préservé et de qualité ».

Mais c’est surtout leur méthode qui a révolutionné la vie du village. Depuis cette date en effet, chaque maire ne fait qu’un seul mandat mais reste dans l’équipe suivante pour faire profiter les autres de son expérience. Et les élus ne sont pas les seuls à s’investir : le programme fait l’objet d’un débat public avant les élections et tout est discuté en commission extra-municipale, ce qui permet à chacun de s’investir réellement dans la gestion des affaires publiques. Et quand on parle d’investissement, cela va jusqu’à mettre la main à la pâte…

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

C’est ainsi que la petite place devant l’église a été entièrement refaite par les habitants volontaires eux-même. Le projet initial conçu par un bureau d’étude et qui faisait la part belle au goudron avec bordure en ciment et mobilier urbain classique, a été abandonné et chacun s’est retroussé les manches pour transformer la petite place en un théâtre de verdure engazonné avec pergola en bois construite localement et arbres fruitiers, le tout pour une somme dérisoire !

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

En 1995, un des premiers actes de l’équipe municipale fraîchement élue a été de racheter le café du village en pleine décrêpitude et sur le point de fermer alors qu’il n’y avait déjà plus décole au village et que l’unique épicier partait en retraite. Il fallait donc impérativement conserver un lieu de vie où se retrouver et c’est ce qu’est devenu depuis le « Trèmargad Kafé ». La municipalité en a profité pour aménager deux logements sociaux à l’étage et à transformé l’ancien commerce sur le déclin en un café multiservice avec gîte d’étape attenant. C’est désormais une association qui a repris le flambeau depuis 2008, mais le café est devenu le centre de la vie sociale du village, avec soirées tarot, débats animés et concerts variés.

Dans l'épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Dans l’épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Quant à l’épicerie, c’est aussi la mairie qui a pris le taureau par les cornes en préemptant une maison qui se libérait dans le centre bourg. Une petite étude de marché a confirmé que les habitants ne voulaient pas du tout d’une supérette qui vende les mêmes produits qu’en grande surface, deux fois plus cher, mais au contraire des produits bio issus majoritairement des exploitations locales. Les vendeurs sont des bénévoles qui se relaient pour tenir la boutique moyennant un accès aux produits à prix coûtant. Il fallait un chiffre d’affaire de 30 000 € pour équilibrer le budget et dès la première année en 2013, il s’est élevé à 75 000 € : un vrai succès !

Depuis 2012, la commune a rompu son contrat avec EDF pour l’alimentation électrique municipale et est désormais abonnée chez Enercoop, ce qui lui garantit, pour un prix à peine supérieur, une énergie 100 % renouvelable et a du coup incité la coopérative bretonne à installer symboliquement à Trémargat son siège social.

Le village de Trémargat a désormais tout du laboratoire pratique de mise en œuvre des démarches de solidarité, de démocratie participative et d’écologie citoyenne. La quasi totalité des exploitants agricoles sont adhérents du Centre d’étude pour le développement d’une agriculture plus autonome (Cedapa), qui prône une agriculture durable, à l’herbe, sans intrant et à taille humaine. A Trémargat désormais, presque tout est bio, même le restaurant qui offre chaque jour pour 12 € un menu à base exclusive d’ingrédients produits localement à partir de l’agriculture biologique. Seuls deux agriculteurs récalcitrants restent adeptes des schémas traditionnels ultra-productivistes, mais du coup on ne les voit jamais au bourg, qu’ils traversent, dit-on, en 4 x 4.

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Reste néanmoins à assurer l’avenir de la commune maintenant que les premiers néo-ruraux installés dans les années 1970 commencent à partir en retraite. Pour cela, le petit village de 200 habitants n’a pas hésité à se lancer dans l’élaboration d’un PLU (Plan local d’urbanisme), un exercice réservé habituellement aux communes de plus grande taille. Une quarantaine de parcelles ont ainsi été rendues constructibles et la mairie en a profité pour protéger les zones humides et les haies bocagères, et empêcher certains travaux de labour.

Mais les habitants ont souhaité aller plus loin encore et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une société civile immobilière, dans laquelle la commune et les habitants pourraient prendre des parts et qui achèterait des terres. Financée par 140 associés, venus parfois de l’extérieur, détenteurs d’une ou plusieurs parts à 100 €, la SCI a ainsi acquis une parcelle de 21 hectares sur la commune voisine pour faciliter l’installation d’un couple de jeunes éleveurs qui était à la recherche de pâturage pour ses brebis allaitantes et ses vaches laitières.

« La ferme de 21 hectares d’un agriculteur partant à la retraite était à vendre 65 000 €. La SCI l’a achetée, pour la louer au prix de 100 € l’hectare par an. Il n’y a aucun risque, car si l’exploitation ne marche pas, la SCI peut louer à nouveau les terres », explique l’un des trois gérants de la SCI. Appuyée par la commune, via une association de soutien, la SCI aide actuellement un jeune couple de maraîchers bio à s’implanter et soutient l’agrandissement d’un boulanger-paysan. « Cette nouvelle acquisition se fait sans emprunt bancaire grâce au capital collecté, notamment auprès d’habitants de Saint-Brieuc, séduits par notre démarche et désireux de trouver des produits frais de qualité sur leur marché », ajoute le gérant.

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

A Trémargat, tout n’est pas idyllique, comme l’explique à Basta ! une jeune agricultrice, membre du conseil municipal : « Ça ne se fait pas tout seul. Il y a des clashs, des désaccords, des débats interminables, des projets qui n’aboutissent pas, des gens qui ne participent pas. Mais dans l’ensemble ça fonctionne. Car la plupart des gens vivent là, partagent un même état d’esprit et sont emportés par cette dynamique collective. Ça donne envie de s’impliquer à son tour. »

Se concerter, décider et agir ensemble : à Trémargat, c’est devenu un réflexe. D’autres communes voisines s’intéressent à la démarche et tentent de copier le modèle : pourquoi-pas à Carnoux aussi ?

L.V.  lutinvert1small

Migrants : comment dépasser l’émotion et envisager l’avenir ?

18 décembre 2016

afficheconfrefugies_a4coulMalgré de nombreuses manifestations culturelles se déroulant ce même jour, à la même heure, un public fidèle et intéressé était présent au clos Blancheton pour écouter les propos du conférencier, Jean-Pierre Cavalié, délégué régional de la CIMADE, sur ce sujet d’actualité ô combien préoccupant.

En préambule, il est remarqué la « frilosité » des responsables politiques pour aborder ce thème d’une façon claire-voyante et il est donc nécessaire de replacer le propos dans un aspect historique, plus global, et de l’étayer par une réflexion philosophique indispensable.

La CIMADE a été créée en 1939 suite aux conséquences de la guerre d’Espagne et des événements précurseurs du conflit qui allait embraser l’Europe. Ces événements ont eu pour effet la présence sur le sol français de réfugiés arrivés dans le Sud et dans l’Est du pays. Ce sont des volontaires, émus par la situation de ces populations déplacées qui ont spontanément élaboré une structure pour gérer l’accueil de ces réfugiés. Ceux-ci (espagnols, allemands, italiens) depuis 1938 étaient regroupés dans 200 camps (enfermement administratif).

Arrivée de réfugiés espagnols au camp de concentration de Bram, à 25 km de Carcassonne

Arrivée de réfugiés espagnols au camp de concentration de Bram, à 25 km de Carcassonne

A ce jour, la CIMADE poursuit son action en intervenant dans plus de 400 camps, et prend en compte la gestion des réfugiés pour leur faciliter les démarches administratives en vue de leur régularisation et leur insertion dans la société.

Le phénomène migratoire est mondial. Un récent rapport des Nations- Unies estime à un milliard le nombre de migrants, soit le septième de la population de la planète. Il est difficile de discriminer les raisons de ces migrations qui peuvent être climatiques, politiques ou économiques.

Ainsi, pour le continent Africain, la désertification de certaines zones est due à un phénomène climatique, avec pour conséquence des pertes économiques catastrophiques, phénomène auquel s’ajoute l’adoption d’un modèle de développement inadapté qui résulte de choix politiques et humains.

La désertification, une des causes des migrations (photo B. Bannon / HCR)

La désertification, une des causes des migrations (photo B. Bannon / HCR)

Il est néanmoins possible de modifier les comportements et d’agir pour prévenir ce genre de conséquences. Cependant il n’est pas possible d’endiguer tous ces mouvements migratoires ; reste à adopter une politique d’accueil en conformité avec les conventions internationales.

Mais celles-ci sont souvent interprétées en fonction de choix politiques spécifiques, comme en France à partir de 1984, où le tournant d’un libéralisme économique a été pris, avec pour conséquence d’accorder un statut de « demandeur d’asile » à tout réfugié, avec les conséquences administratives complexes qu’elles impliquent.

Le conférencier, Jean-Pierre Cavalié, avec le président du CPC, Michel Motré

Le conférencier, Jean-Pierre Cavalié, avec le président du CPC, Michel Motré

Il est donc question de concevoir la notion d’hospitalité, c’est ce qu’ont élaboré aux États-Unis, des membres appartenant à des églises, en créant le mouvement « sanctuaire » dans les années 80, assurant ainsi une protection aux réfugiés. Ces créateurs étaient très marqués par la résurgence d’un néo-esclavagisme lié aux excès du libéralisme économique.

Le principal souci d’un réfugié est d’obtenir un visa renouvelable pour poursuivre son séjour dans le pays d’accueil et cela explique pourquoi ceux qui ne l’obtiennent pas passent dans la clandestinité.

En Europe, en 2015, une attitude généreuse avait prévalu pour l’accueil des migrants devant l’émotion suscitée par leur sort, mais très vite des réactions hostiles ont eu pour conséquence la fermeture des frontières. Des mouvements de citoyens, sur la base du volontariat mettent au point des programmes d’accueil des réfugiés afin de les intégrer plus facilement dans la société.

La projection d’un documentaire sur l’expérience de Sheffield, ville moyenne de Grande-Bretagne, démontre qu’une bonne intégration est possible et bénéfique pour tous. La volonté des réfugiés de s’intégrer, en plus de l’aide reçue par ceux-ci sous forme de formations (apprentissage de la langue) dispensées par des volontaires, la mise à disposition de logements inoccupés, la participation aux différentes structures locales, a permis une intégration dans de bonnes conditions.

Cours de langue dispensé à des réfugiés syriens

Cours de langue dispensé à des réfugiés syriens

Il est même constaté, souvent, une revitalisation de certaines villes, l’économie locale étant dopée par cet afflux de population. Ce modèle a certes ses limites car l’on peut constater la confrontation des opinions sur la nécessité de partager la richesse dans un système où la concurrence pour l’accès aux emplois est vive. La bonne santé économique de l’Allemagne a permis, à ce jour, d’accueillir un grand nombre de réfugiés sans problèmes majeurs, mais ce modèle s’essouffle.

Dessin de Gros paru dans Marianne le 11 novembre 2016

Dessin de Gros paru dans Marianne le 11 novembre 2016

Autre exemple frappant d’intégration réussie, celui d’un village au sud de la Sicile, quasiment abandonné par sa population, qui a accepté d’accueillir des réfugiés devenus peu à peu majoritaires. Ils ont redonné vie et prospérité à la localité en réussissant même à chasser les pratiques mafieuses passées.

En France, la petite ville de Rosans, dans les Hautes-Alpes, a été le lieu d’une concertation exemplaire avec la population partagée en deux camps sur l’installation de réfugiés dans la cité. De nombreuses réunions informatives et une écoute attentive de chaque opinion ont permis de désamorcer les conflits et oppositions, aboutissant à un collectif qui a suscité la créativité d’une économie sociale basée sur l’égalité.

On aurait pu citer d’autres exemples, dont celui de Barcelonnette, qui accueille 40 personnes en demande d’asile. Il n’en demeure pas moins que le casse-tête réglementaire au niveau de l’Europe pour administrer le phénomène migratoire reste un handicap. Il est donc nécessaire de revoir la conception de l’Europe dans ce domaine.

Arrivée de migrants syriens à Munich en Allemagne en septembre 2015 (photo C. Stache / AFP)

Arrivée de migrants syriens à Munich en Allemagne en septembre 2015 (photo C. Stache / AFP)

Les principales difficultés du processus de prise en charge aux passages des frontières subsistent, liées notamment au respect des lois et conventions (convention de Genève qui date de 1951 !), à l’application des procédures de demande d’asile, aux conditions de traitement humain des personnes dans le respect de leur dignité (hébergement, nourriture, santé, équipements), à l’action de la justice (qui normalement doit statuer dans les 48 heures pour donner suite à une procédure du droit d’asile), à la protection des mineurs, etc.

Il faut savoir qu’une demande d’asile est traitée en préfecture par la « plate-forme asile » ; les organismes tels que l’OFI et OFPRA orientent ensuite le demandeur dans un centre d’accueil dans l’attente de la décision. Dans le cas favorable, ce droit d’asile est accordé pour une durée de dix ans et parfois définitivement. En France le taux d’accord du droit d’asile est de 33 % alors qu’il atteint 80 % en Allemagne. Des marges de progrès existent donc.

En conclusion de cet exposé, Jean-Pierre Cavalié, démontre que le phénomène migratoire est « le thermomètre de l’état du monde » reflet de toutes les crises, conflits et changements de mode de vie sur la planète. Il faudra s’habituer à vivre avec une « migration pendulaire » où des populations viendront chercher protection, se former, travailler dans un pays pour ensuite, dans une certaine proportion, retourner dans leur pays d’origine en absence de conflit armé ou de crise économique grave.

Une assemblée très attentive lors de la conférence du 8 décembre 2016

Une assemblée très attentive lors de la conférence du 8 décembre 2016

Nombre de français sont eux-mêmes installés provisoirement ou définitivement à l’étranger avec des conséquences bénéfiques pour tous. Il est donc nécessaire de faire prendre conscience le plus tôt possible que l’hospitalité est une tradition ancienne qui doit être valorisée.

Le public, à l’issue de la conférence, a pu continuer à s’entretenir avec le conférencier, manifestant ainsi sa soif d’information sur ce sujet d’actualité, mais un verre à la main, offert comme à l’accoutumée par les organisateurs du Cercle Progressiste Carnussien.

CM.

Cette semaine, l’accueil des migrants au programme !

5 décembre 2016

Réfugiés, migrants : comment dépasser l’émotion et envisager l’avenir ? Tel est le titre de la prochaine conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien et qui sera animée jeudi 8 décembre par Jean-Pierre Cavalié, délégué régional de la CIMADE, une association de solidarité qui, depuis des décennies, accompagne réfugiés politiques, migrants et demandeurs d’asile dans leur quête d’un avenir stable.

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Le sujet est complexe et d’actualité. Il suscite de multiples interrogations et bien des réactions, parfois épidermiques. Les situations, souvent dramatiques, qui poussent certains à abandonner leur patrie, leur maison, leur famille parfois, la plupart du temps sans espoir de retour, pour courir les routes et les océans, souvent au péril de leur vie, obligent à nous interroger sur ce processus qui pousse ainsi à l’exode et sur la manière d’y faire face.

Faut-il avoir peur de ces arrivées de réfugiés comme nous y incitent certains responsable politiques ? N’y a t-il pas moyen d’éviter ces situations en améliorant, par la diplomatie et l’aide au développement économique, les conditions de vie dans les pays d’origine de ces populations ? L’Europe est-elle bien efficace dans ses politiques d’accueil de ces migrants ? Nos capacités et nos procédures d’accueil de ces familles, chassées par la guerre et poussées par la misère, sont-elles à la hauteur des enjeux et font-elles honneur à notre sens humain ?

Autant de questions qui pourront être débattues avec le délégué de la CIMADE à l’occasion de cet échange ouvert à tous qui aura lieu jeudi 8 décembre à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux (rue Tony Garnier, derrière l’hôtel de ville). Venez nombreux !

Accueil des réfugiés et des migrants : en débat à Carnoux

31 octobre 2016

Réfugiés, migrants : comment dépasser l’émotion et envisager l’avenir ? Pourquoi migrants et réfugiés ont-ils mauvaise presse ? De quoi avons-nous réellement peur ? Pourquoi quittent-ils leur pays au risque de leur vie ? Comment les accueillir dignement ? Autant de questions que l’actualité nous incite à nous poser sur un sujet délicat où se mêlent considérations politiques, culturelles, morales et économiques. Un sujet délicat où les a priori et les préjugés jouent un rôle non négligeable…

Jean-Pierre Cavalié, lors d'une précédente intervention à Carnoux le 18 mai 2009

Jean-Pierre Cavalié, lors d’une précédente intervention à Carnoux le 18 mai 2009

Pour éclairer ces phénomènes et en débattre nous avons invité Jean-Pierre Cavalié de la Cimade, une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile, qui interviendra, à l’invitation du Cercle Progressiste Carnussier, dans la salle du Clos Blancheton, le jeudi 8 décembre 2016, à partir de 18h30, pour une conférence-débat destinée à apporter un éclairage humaniste et positif sur ces questions difficiles et qui suscitent inévitablement la polémique.

Depuis la nuit des temps, les migrations sont pour l’homme une manière courageuse de manifester sa volonté de surmonter l’adversité et d’avoir une vie meilleure. Aujourd’hui, en raison de la mondialisation et des progrès des communications et des transports, le nombre de personnes qui désirent s’installer dans d’autres régions et qui en ont les moyens a considérablement augmenté. Et l’exil provoqué par la guerre provoque un afflux qui inquiète et génère de nouvelles peurs.

Cette nouvelle ère est porteuse aussi bien de problèmes que de possibilités pour les sociétés du monde entier. Elle met aussi en relief la relation entre les migrations et le développement de même que les possibilités de co-développement qu’offrent les migrations, c’est-à-dire les possibilités d’amélioration concertée de la situation économique et sociale aussi bien dans les régions d’origine que dans celles de destination. Un exemple : ne faisant presque plus d’enfants, les Allemands seraient plus naturellement accueillants, selon leurs intérêts bien compris !

Mais les dynamiques de mobilité humaine se sont complexifiées ces dernières années et les mouvements de migrants et de réfugiés se recoupent désormais de plusieurs manières (exil économique, nécessité de sauver sa peau). Afin d’endiguer les migrations « irrégulières » et de limiter les abus des systèmes d’asile, de nombreux Etats ont introduit une série de mesures destinées à prévenir et à dissuader les ressortissants étrangers d’arriver sur leur territoire et de soumettre des demandes d’asile.

Pour le cas français, en revanche, on ne peut nier qu’existent chez nous une misère, une précarité accrue et un sentiment d’abandon d’une partie de la population. Même si de nombreux anonymes ont été d’une générosité exemplaire dans l’aide aux réfugiés, cette misère ambiante n’est pas pour rien dans une crainte qui vaut ses succès au Front national.

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D’autres questions que celles évoquées plus haut n’ont pas de réponses satisfaisantes : Le mouvement de réfugiés va-t-il se tarir ? Les mesures prises face à la crise migratoire sont-elles à la hauteur des besoins ? Comment penser et multiplier les capacités d’accueil ? Y a-t-il une politique européenne satisfaisante face aux migrations ? Comment les droits de l’homme, et en particulier de droit d’asile sont-ils respectés ? Comment répondre à notre désir d’hospitalité, avec quel accompagnement et quelle issue ? Quelle part l’hospitalité peut-elle avoir dans les programmes politiques ?

En adhérant aux appels de générosité, ne risquons-nous pas de faire prévaloir les « bonnes intentions » de façon un peu irréfléchie ?

Nul doute que le débat sera riche à l’occasion de cet échange le 8 décembre prochain !

S.J.

La guerre de l’eau aura bien lieu !

22 septembre 2016
Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Franck Vogel lors du festival Partances en 2012

Ingénieur agronome de formation et passionné de photographie, Franck Vogel fait partie de ces témoins infatigables qui consacrent leur vie à essayer d’attirer l’attention du grand public sur les grands défis environnementaux et géopolitiques qui menacent directement la stabilité de notre petite planète bleue. Ses photo-reportages sur le massacre des Albinos de Tanzanie, la disparition du peuple Aroumain en Albanie ou la situation des Tatars de Crimée, ainsi que ses photos du Rajasthan exposées sur les grilles du Jardin du Luxembourg ont largement contribué à le faire connaître.blog345_phlivre

Franck Vogel s’intéresse actuellement aux tensions liées à l’accès à l’eau sur les fleuves transfrontaliers et a déjà pu réaliser des reportages sur le Nil, le Brahmapoutre et le Colorado, qui ont donné lieu à de multiples publications et des expositions. Il vient aussi d’en tirer un livre dont le premier tome vient de sortir en septembre 2016 aux éditions de La Martinière et dont les médias ont largement rendu compte, en particulier au travers d’un article d’Anne-Sophie Nouvelle dans le Monde.

Le cas du Colorado ne manque pas d’intérêt en effet. Véritable artère vitale du Sud-ouest américain où il alimente pas moins de 27 millions d’habitants, ce fleuve puissant qui a su façonner à sa guise les gorges majestueuses du Grand Canyon, n’arrive même plus jusqu’à son embouchure dans la Mer de Cortez. La quasi-totalité de l’eau qui reste dans son lit est en effet captée juste avant la frontière avec le Mexique via le canal All American (tout un programme !) qui achemine toute l’eau restante vers l’Imperial Valley, une zone d’agriculture intensive dans le Sud de la Californie où 300 fermiers s’accaparent 70 % du débit du fleuve…

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le Colorado à la sortie du Grand Canyon (©F. Vogel)

Le delta du Colorado n’est plus désormais qu’une vaste étendue boueuse dans un paysage semi-désertique. Toute l’eau du fleuve est exploitée et souvent gaspillée pour alimenter en eau potable les nombreuses villes qui ont poussé comme des champignons dans le désert, parfois autour de lacs artificiels comme celui de Lake Vegas, mais aussi pour arroser les golfs et surtout irriguer les cultures. Comme dans de nombreuses régions françaises, c’est de l’ordre de 80 % des ressources en eau qui servent ainsi à l’irrigation agricole, dans un climat soumis à une très forte évaporation.

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Golf le long du lac artificiel de Lake Vegas alimenté par les eaux du Colorado (©F. Vogel)

Avec l’impact du réchauffement climatique, ce modèle de développement commence à voir ses limites et on assiste de plus en plus à des tempêtes de poussières qui ravagent le secteur, lorsque ce ne sont pas des incendies gigantesques qui détruisent des villes entières. Mais les agriculteurs que Franck Vogel a rencontrés ne voient que leur propre intérêt économique. On trouve en effet dans l’Imperial Valley des fermes d’élevage de 90 000 vaches en plein désert, mais aussi des champs de luzerne dont la production est exportée au Japon pour nourrir le bœuf de Kobé : un business très rentable qui se moque éperdument du gaspillage inouï des ressources locales en eau !

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Delta du Colorado (©F. Vogel)

Autre lieu, autre fleuve. Un géant de 6 500 km de long, tout aussi mythique mais bien davantage chargé d’histoire : le Nil.  Alimenté par ses deux principaux contributeurs, le Nil Blanc et le Nil Bleu, il traverse au total 11 pays dont le Soudan et l’Égypte, deux anciennes colonies britanniques aux paysages largement désertiques dès que l’on s’éloigne des rives du fleuve nourricier. Ce sont justement les Anglais  qui, en 1929 ont décidé du partage des eaux entre les différents pays. Amendé en 1959, cet accord est particulièrement favorable pour l’Égypte qui s’arroge ainsi 55,5 milliards de m3 par an tandis que le Soudan s’en réserve 18,2 milliards, ne laissant aux autres pays riverains que 13 % du volume d’eau qui s’écoule annuellement dans le fleuve !

Cet accord pour le moins inégal contient de surcroît une clause qui accorde à l’Égypte un droit de veto pour empêcher tout projet de barrage en amont du fleuve. Une situation intenable que les pays de l’amont tentent désespérément de faire évoluer au travers de l’Initiative du Bassin du Nil lancée en 1999. Mais l’Égypte s’accroche à son privilège qu’elle juge inaliénable car il en va de la survie de sa population qui approche des 100 millions d’habitants.

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

Gorges du Nil Bleu près de Tissisat en Ethiopie (©F. Vogel)

En mai 2010, les pays de l’amont passent outre et décident de lancer la construction à la frontière de l’Éthiopie d’un nouveau barrage en amont du fleuve : le Barrage du Millénaire dont l’achèvement est programmé pour 2017. Un chantier pharaonique qui permettra de retenir 63 milliards de m3 d’eau et de produire de l’électricité grâce à une centrale de 6 000 MW, soit trois fois la puissance du barrage d’Assouan. Ce gigantesque chantier, dont l’accès est totalement interdit dans un rayon de 50 km à la ronde, a créé de très fortes tensions entre l’Éthiopie et ses voisins égyptiens qui ont été jusqu’à menacer de bombarder le futur barrage, au risque de déclencher une nouvelle guerre impliquant même Israël à qui les Éthiopiens proposent de louer les terres environnantes pour leur mise en valeur agricole. C’est en effet de cette région que viennent les Falachas, ces fameux Juifs noirs qui ont tant défrayé la chronique.

L’accord de Khartoum, signé en 2015, semble avoir quelque peu apaisé les tensions et écarté le spectre de la guerre. Mais on ne peut oublier qu’en 1983 un conflit sanglant avait déjà éclaté au sujet du barrage du canal de Jongleï, situé sur le Nil Blanc, au Sud Soudan, un autre chantier titanesque destiné à détourner une partie du fleuve pour limiter l’évaporation et qui a dû être abandonné en catastrophe, mais qui a largement alimenté la guerre civile, aboutissant à la partition de ce pays.

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Ferme en Egypte, propriété d’un prince saoudien (©F. Vogel)

Comme dans le Colorado, l’ex agronome qu’est Franck Vogel s’interroge sur la durabilité du modèle agricole qui se développe dans ces terres largement désertiques de la vallée du Nil. Les immenses fermes irriguées en plein désert posent question en effet, comme celle de Kadco, propriété d’un riche prince saoudien, où l’on cultive du trèfle destiné à nourrir les purs-sangs arabes des pays du Golfe, mais aussi du raisin de table exporté dans le monde entier.

L’eau est un bien précieux et rare, qui risque de le devenir de plus en plus avec les effets du réchauffement climatique et de l’augmentation démographique. « A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or » rappelle Hubert Reeves sur la couverture du livre de Franck Vogel, une réflexion qui mérite en effet d’être méditée…

L.V.  LutinVert1Small

Dom Helder Camara : paroles de sagesse

1 juin 2016

Disparu en 1999 à 90 ans, l’évêque brésilien Dom Helder Camara a fortement marqué l’Église de son temps et fut dans les années 60 à 80 une figure marquante de la Théologie de la Libération et plus largement des efforts d’émancipation des populations du Tiers-Monde. Proposé quatre ans de suite pour recevoir le Prix Nobel de la Paix, Dom Helder Camara fut aussi en butte à l’hostilité des factions les plus réactionnaires de l’Église catholique. Et pourtant, son procès en béatification ouvert en juillet 2013 est en bonne voie, sous l’impulsion de l’actuel pape François, le Saint-Siège ayant fait savoir début 2015 que « rien ne s’oppose » à l’ouverture de l’enquête en béatification qui est donc en cours.

Blog308_PhLivreAlors que l’on reparle ainsi de « l’évêque des pauvres », voici que vient de paraître aux éditions Bayard un livre passionnant qui propose une sélection de lettres écrites par Dom Helder Camara en 1964 et 1965, alors qu’il vient tout juste d’être nommé archevêque d’Olinda et de Recife et qu’il prend ses fonctions dans un contexte très particulier puisque survenant juste après le coup d’état militaire de l’armée brésilienne et en pleine préparation du Concile Vatican II.

Ces missives, traduites par le journaliste José de Broucker et soigneusement sélectionnées par Sophie Gallé-Soas, sont dites « interconciliaires » car rédigées entre deux sessions du concile, avec d’ailleurs une interruption en milieu de période, alors que l’évêque se rend à Rome pour la troisième session du concile entre le 10 septembre et le 23 novembre 1964. Rédigées de nuit, ces lettres qui reflètent l’activité et les réflexions du nouvel évèque, traduisant au jour le jour ses espoirs et ses doutes, constituent un extraordinaire témoignage d’une période d’intense engagement de sa part.

Issu d’une famile brésilienne de 13 enfants, Dom Helder Camara avait été ordonné prêtre en 1931 à Fortaleza, puis consacré en 1952 évêque de Rio de Janeiro où il s’emploie à défendre les droits des habitants les plus pauvres des favelas tout en concourrant à la création du Conseil épiscopal d’Amérique latine et à la préparation du futur concile Vatican II, ouvert en 1962 par le pape Jean XXIII et clôturé en 1965 par son successeur Paul VI dont Helder Camara était assez proche.

Dom Helder Camara en 1974

Dom Helder Camara en 1974

Violemment attaqué par certains milieux conservateurs de l’Église brésilienne, Helder Camara est écarté de Rio et nommé archevêque de Recife, la capitale du Pernambouc un des états les plus pauvre du nord-est brésilien. A 55 ans, il prend ses nouvelles fonctions en avril 1964, une dizaine de jours seulement après le coup d’état militaire qui sonne le glas de la démocratie brésilienne. Il restera à ce poste jusqu’en 1985, ce qui coîncide précisément avec la fin de la dictature militaire et l’élection du président Tancredo Neves…

Ses relations avec la junte militaire au pouvoir sont d’ailleurs parfois tendues, lui que certains n’hésitaient pas à surnommer « l’évêque rouge » et qui s’en étonnait en ces termes : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste ». Dans ses premières lettres retraçant son arrivée à Recife, il évoque d’ailleurs ses démêlés avec les militaires qui pénètrent en armes jusque dans le palais épiscopal pour venir arrêter des suspects, ce dont il proteste officiellement auprès du cabinet du général.

Avec même un certain succès, au point de conclure modestement : « l’incident m’a rapproché du véritable commandant de la révolution ici ». Il relate ainsi un entretien de 2 heures avec le général de la place à qui il n’hésite pas à dire ; « Général : celui qui vous parle est votre évêque […]. Acceptez cet avis fraternel […] : la sincérité de l’anticommunisme de beaucoup de militaires a été amplifiée par l’anticommunisme d’hommes d’affaires qui voulaient seulement défendre leurs propres intérêts… ».

Favela actuelle à Recife

Favela actuelle à Recife

Les relations avec les autorités locales de la junte militaire ne seront pas toujours aussi cordiales, d’autant que l’évêque dès les premiers jours de son arrivée part à la rencontre des pauvres dans leurs baraquements des favelas locales, pataugeant dans la boue des alagados, au milieu des marécages inondables… Et l’évêque se fait géographe pour analyser : « Des 146 km² du territoire de Recife, 97 sont occupés par des bidonvilles… Seulement 9 % des taudis sont la propriété des occupants, les autres sont loués ».

Face à cet océan de misère, Dom Helder Camara s’efforce de réduire le train de vie de son Église. Il se déplace en autobus et décide d’ouvrir le palais épiscopal à la foule des fidèles, laissant les enfants des rues gambader dans les jardins, quand il ne joue pas avec eux, leur proposant des parties de billes et de lancer de fléchettes… Mais il se retrousse les manches et se coltine aux dures réalités économiques qui entretiennent la pauvreté. Il se bat pour que son diocèse accepte de libérer une partie de son patrimoine foncier afin que les plus pauvres aient accès à la terre : « Nous allons parler sérieusement des terres de l’archidiocèse. Nous avons des arguments très forts et pressants pour nous défaire d’elles : la réforme agraire a été décrétée et le geste du pape exige une réponse immédiate ».

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d'un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d’un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

On découvre à travers de ces pages non seulement un homme de coeur, un théologien épris de justice et de charité, mais d’abord un homme d’action, un organisateur qui jongle avec les projets, s’inquiète de trouver des débouchés aux briques ou aux sandales qu’il fait fabriquer et encourage ses séminaristes à la menuiserie ou au maraîchage aux côtés des salariés. Car le rôle d’un évêque n’est pas seulement de guider spirituellement ses ouailles : « Dans mon esprit, l’évêque d’une région sous-développée a l’obligation chrétienne et apostolique d’aider son peuple à s’arracher au sous-développement, dans lequel la vie humaine est impossible, et donc aussi, sauf miracle, la vie chrétienne ». On l’entend ainsi disserter sur les limites de l’aide au développement apportée notamment par la France, regrettant que celle-ci ne représente qu’une infime part de son PNB et estimant que « la France doit susciter de nouvelles modalités de relations économiques plus favorables au développement ».Blog308_PhCamara1964

Une analyse politique lucide qui lui vaut bien des critiques mais qu’il n’hésite pas à défendre devant ses interlocuteurs y compris étrangers et à la télévision. Car Dom Helder Camara est un homme de communication qui a saisi tout l’intérêt des médias pour diffuser ses messages. Cela lui est d’ailleurs vertement reproché par les autorités ecclésiastiques, au même titre que ses efforts oecuméniques en vue d’un rapprochement avec les églises réformées. Mais il ne se laisse pas démonter : « accuser l’évêque d’une grande ville, en plein 1964, de participer à une émission de télévision, c’est ignorer que la télévision nous porte au coeur des foyers, dans l’intimité des familles, nous permettant d’avoir partout une audience inimaginable pour qui ne la voit pas ».

Blog308_PhFemmeIndigeneTout au long de ces témoignages au ton enjoué, on découvre un homme chaleureux et épris de liberté, qui ne déteste rien de plus que de voir un oiseau en cage : « C’est ainsi que j’aime les oiseaux : lâchés, totalement libres, jouant dans les branches des arbres. Aussi grande soit-elle, aucune volière ne me paraît raisonnable ». Il y a du Saint-François d’Assises derrière le Dom… Il n’hésite pas à rendre visite aux prisonniers et va jusqu’à remettre en cause les plans proposés par ses architectes pour la construction du futur séminaire : « J’ai horreur de peiner qui que ce soit. Mais comment permettre que mes séminaristes grandissent avec l’impression d’être cloîtrés et même en prison !? ».

Un livre magnifique en tout cas qui permet de faire connaissance avec un être hors du commun, un homme visionnaire et engagé qui avait dès son intronisation en avril 1964 prononcé un véritable discours programme dans lequel il se présentait « comme un Nordestin qui s’adresse aux Nordestins avec les yeux rivés sur le Brésil, sur l’Amérique latine et sur le monde. Un être humain qui se considère frère de faiblesse et de pêché des homes de tous les coins du monde. Un évêque de l’Église catholique qui, à l’image du Christ, ne vient pas pour être servi mais pour servir ». Plus que le « Journal d’un évêque prophétique », une véritable leçon de sagesse, de détermination et d’humilité…

L.V.  LutinVertPetit

Alzheimer : des avancées incompatibles avec la logique marchande

24 février 2016

C’est le message que développe Philippe Baqué dans un article intitulé : Alzheimer, maladie politique, paru dans Le Monde Diplomatique de février 2016 à la suite d’une enquête basé sur des témoignages mais surtout sur des rapports parus récemment

Le docteur Bonnevay (photo parue dans La Dépêche du Midi)

Le docteur Bonnevay (photo parue dans La Dépêche du Midi)

Alors qu’aucun médicament n’a jusque là permis une amélioration de la maladie, les meilleurs résultats ont été obtenus dans les services spécialisés où l’approche bienveillante était mise en pratique avec du personnel formé et en nombre suffisant. Ainsi dans le service du Dr Bonnevay au centre Hospitalier de Marmande-Tonneins (Lot-et-Garonne), cette pratique, avec un minimum de médicaments mais beaucoup de soins, s’est traduite de 2002 à 2011 par une quasi-disparition des patients grabataires, une diminution des pertes de poids, le ralentissement des processus infectieux et l’absence de transfert en service d’hospitalisation de longue durée. « Il faut que les soignants soient formés à des stratégies de communication qui leur permettent d’être en phase avec les pensionnaires. Ceux-ci doivent être considérés comme des êtres humains, avec des désirs et des émotions. » dit le Dr Bonnevay,

Ces résultats n’ont été possibles que grâce à la présence d’un personnel en nombre suffisant. Le taux d’encadrement était de huit soignants pour dix personnes accueillies, un ratio de 0,8 qui demeure aujourd’hui exceptionnel: «La plupart des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont aujourd’hui un ratio situé entre 0,3 et 0,6 alors qu’ils accueillent de plus en plus de personnes, constate le Dr Philippe Masquelier, médecin coordinateur dans trois EHPAD de l’agglomération lilloise.

Entrée de l'EHPAD de Carnoux

Entrée de l’EHPAD de Carnoux

Le plan Alzheimer, mis en place sous Nicolas Sarkozy, succédait à deux autres plans gouvernementaux, mais tranchait par son ambition et ses moyens, avec un budget de 1,6 milliard d’euros. Ancienne présidente de l’association de familles France Alzheimer, Mme Marie-Odile Desana reconnaît des avancées concrètes grâce à l’amélioration du soutien aux per­sonnes malades et à leurs familles, à l’augmentation des accueils de jour et des plates-formes d’accompagnement et de répit, ainsi qu’à la création de maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades.Blog279_PhSarko

Mais elle déplore aussi l’insuffisance de moyens humains : « II y a eu une sous-exécution du volet médico-social du plan. Seuls 41 % du budget de 1,2 milliard qui lui était attribué ont été dépensés. Je suis incapable de dire où sont passés les 700 millions qui manquent ! ». Le bilan de l’accompagnement médical et social est très en deçà des objectifs annoncés. Quant au plan maladies neurodégénératives 2014-2019, qui lui a succédé avec un budget très réduit, il comprend également la lutte contre la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques ou encore la maladie d’Huntington.

Plutôt que d’encourager le développement d’un accompagnement humaniste et bienveillant des malades, les politiques publiques ont préféré privilégier le soutien à l’industrie pharmaceutique dans sa recherche d’un traitement médical, sans résultat jusqu’à aujourd’hui. Entre 2000 et 2012, 1031 essais ont été menés dans le monde, et 244 molécules ont été testées, avec un taux d’échec de 99,6 % ! Les vaccins et molécules testés parfois positivement sur des souris transgéniques se sont les uns après les autres révélés inopérants sur les humains, voire dangereux.

Aujourd’hui on se tourne vers un diagnostic précoce, avec la recherche de bio-marqueurs qui pourraient être présents chez le futur patient, dans le sang, dans le liquide céphalorachidien etc…mais quand faire ce diagnostic ? Au hasard ? Sur des personnes déjà diagnostiquées ? Une fondation de coopération scientifique pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées (Fondation plan Alzheimer) a ainsi été créée en 2008. Elle associe l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à cinq laboratoires pharmaceutiques (Sanofi, Servier, MSD, Ipsen et AstraZeneca) qui la financent et siègent à son conseil d’administration, présidé par M. Philippe Lagayette, consultant financier et ancien banquier. Ce type de partenariat s’est ensuite généralisé au niveau européen.

Directeur général de la Fondation plan Alzheimer, le Pr Philippe Amouyel, spécialiste de la génétique, défend les partenariats public-privé : « Le secteur public n’est pas équipé pour faire du développement. C’est pour cela que le programme européen Innovative Medi-cines Initiative a lancé des consortiums gigantesques, avec des dizaines de laboratoires publics et privés, pour encourager des interactions entre ceux qui génèrent des hypothèses et ceux qui peuvent créer des médicaments à partir de ces hypothèses. On parle aujourd’hui d’une recherche précompétitive ».

Blog279_PhAccompagnement

Se posent évidemment des questions sur les conflits d’intérêt pour les scientifiques qui siègent dans les conseils d’administration des entreprises pharmaceutiques comme pour les dirigeants des entreprises qui siègent dans ces fondations public-privé, surtout quand il s’agit d’une maladie très complexe dont l’origine n’est ni un virus ni une bactérie.

Nouvelle incertitude, en effet : le diagnostic le plus fiable aujourd’hui, celui de la découverte des plaques de protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau, vient d’être remis en cause… Une étude réalisée durant quinze ans sur les religieuses d’un couvent aux États-Unis a montré que, malgré l’impor­tance des plaques amyloïdes qui recouvraient le cerveau autopsié de certaines d’entre elles, elles avaient conservé leurs capacités cérébrales intactes jusqu’à la fin de leur vie. La stabilité de leur existence et leur activité intellectuelle soutenue pourraient expliquer leur résistance à la maladie.

Martial et Anne-Claude Van der Linden, neuropsychologues genevois (photo Eddy Mottaz)

Martial et Anne-Claude Van der Linden, neuropsychologues genevois (photo Eddy Mottaz)

Pour un certain nombre de spécialistes, il ne s’agit que d’une maladie du vieillissement sans profil biologique unique. « Une grande partie des difficultés cognitives des personnes âgées sont dues à des problèmes vasculaires, à du diabète ou à de l’hypertension et, surtout, à l’âge ! » estime ainsi Martial Van der Linden, professeur de psychopathologie et de neuropsychologie aux universités de Genève et de Liège, dans une étude critique du modèle biomédical dominant.

Avec la neuropsychologue Anne-Claude Juillerat Van der Lînden, il a créé l’association Valoriser et intégrer pour vieillir autrement (VIVA), afin de promouvoir des mesures préventives du vieillissement cérébral basées sur l’intégration sociale et culturelle des personnes âgées. Des expériences originales dans la prise en charge humaine des patients et leur participation à la vie de l’établissement, qui ont montré leur intérêt, notamment au Québec avec le projet Carpe Diem. En voyant ses pensionnaires retrouver le sourire, voire sortir de leur mutisme, un groupe de praticiens, de personnes diagnostiquées et de membres de leurs familles ont conçu sur ce principe, en France, le nouvel établissement Ama Diem, qui vient d’ouvrir à Crolles, près de Grenoble.

Le centre Ama Diem à Crolles (photo © Agence d'architecture Pascal Mollard)

Le centre Ama Diem à Crolles (photo © Agence d’architecture Pascal Mollard)

Bien sûr, il ne s’agit pas d’arrêter la recherche, mais de faire avancer l’idée qu’une partie des fonds publics doit aller aussi et de façon significative, vers le recrutement et la formation spécifique d’un personnel spécialisé. Celui-ci pourra intervenir soit dans les établissements adaptés où la rentabilité financière ne doit pas le seul critère, mais aussi à domicile pour soulager et former les aidants aux soins à la personne. Dans la période de chômage que nous vivons, n’y a-t-il pas là une petite ouverture qui mérite d’être approfondie ?

C G

En Bretagne, le réseau Biocoop croit au solaire !

10 février 2016

Même le magazine des financiers et des investisseurs La Tribune, pourtant peu au fait de l’actualité militante écologiste, s’en est fait l’écho : Biocoop, premier réseau bio et équitable en France, adepte du 100 % bio et sans OGM, chantre du consommer local et du commerce équitable, vient de doter sa plateforme logistique de la plus grande centrale photovoltaïque de Bretagne, fonctionnant en autoconsommation et financée par l’épargne citoyenne dans le cadre d’un partenariat avec Energcoop et Energie Partagée. Voilà qui mérite d’être salué !

Blog273_PhBiocoop

Située dans la zone artisanale de Mélesse, près de Rennes, en Ile-et-Vilaine, cette plateforme logistique du réseau Biocoop sert à stocker chaque jour plus de 250 références de fruits et légumes et 1250 en produits ultra-frais. Une véritable plaque tournante pour le réseau Biocoop qui compte désormais plus de 350 magasins de proximité en France, dont celui situé à l’entrée de Carnoux dans la zone industrielle et qui connaît depuis plusieurs années déjà un joli succès.Blog273_LogoBiocoop

En 2013, Biocoop a décidé une extension de cette plateforme logistique qui date de 1989 et qui emploie 300 personnes. Afin d’optimiser l’approvisionnement de ses magasins du grand Ouest, Biocoop a souhaité adjoindre 4000 m² supplémentaires d’entrepôts, ce qui fait plus que doubler la superficie du site. Du coup, les réseau coopératif a profité de ce projet pour mettre un pied dans la production locale d’énergie renouvelable en installant près de 2000 m² de panneaux photovoltaïque en toiture. Un beau pari pour cette région bretonne plus connu pour la persistance de son crachin que pour ses durées d’ensolleillement…

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Melesse

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Mélesse

Mais chez Biocoop, on y croit. Et ce beau projet baptisé « Soleil du Grand-Ouest » ne manque pas d’originalité car il résulte d’une association avec deux acteurs engagés dans le développement des énergies renouvelables. Contrairement à la plupart des centrales photovoltaïques que l’on voit fleurir un peu partout sur le toit des maisons et des hangars agricoles, il ne s’agit pas ici en effet de revendre l’électricité à EDF pour la réinjecter dans le réseau selon une pure logique spéculative. Il s’agit vraiment d’un projet d’autocosommation. Et c’est là qu’intervient le premier partenaire, Énercoop, seul fournisseur d’électricité en France à proposer une offre 100 % renouvelable, basée sur un approvisionnement direct auprès de producteurs d’énergies renouvelables.

Blog273_LogoEnercoopL’objectif d’Énercoop est de construire un nouveau modèle, basé sur la participation des citoyens au paysage énergétique de leur territoire, le développement local de moyens de production renouvelables, et la proposition de solutions d’économies d’énergie. Énercoop propose son offre via un réseau de 10 coopératives locales et compte aujourd’hui 25 000 consommateurs et 15 000 sociétaires. En l’occurrence, Énercoop s’engage à fournir à la plateforme de Biocoop une énergie 100 % renouvelable issue en partie de son réseau et en partie (pour 15 % environ) de la centrale photovoltaïque installée sur le toit du bâtiment et dont la puissance est de 300 MWh.

Un nouveau modèle qui pourrait faire école car permettant de réduire considérablement les coûts liés à la revente sur le réseau. Grâce à ce système, Biocoop s’assure un approvisionnement en électricité verte dont les prix sont garantis pour une durée de 30 ans, ce qui n’est pas forcément un mauvais calcul à l’heure où EDF annonce une augmentation de 30 % du coût de l’electricité dans les années à venir.

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Le coût d’installation de cette centrale, dont les panneaux ont été assemblés en Côtes d’Armor par Silia et posés par l’entreprise bretonne Armorgreen, s’élève à 550 000 €. Mais le montage financier ne manque pas d’originalité non plus, avec l’entrée en scène d’un autre partenaire, Énergie Partagée Investissement, qui apporte pas moins de 200 000 €. Énergie Partagée est un mouvement qui collecte l’épargne des citoyens investisseurs désireux de donner du sens à leur argent en investissant à long terme dans des projets de production d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique, contrôlés majoritairement par des citoyens et des collectivités locales. Son rôle est d’accompagner et de sécuriser les projets en leur apportant une validation, technique, juridique et financière grâce à son réseau d’adhérents, d’animateurs régionaux et de relais locaux.Blog273_LogoEnergiePartage

Et c’est ainsi que ce projet de Mélesse a pu voir le jour sans aucune subvention publique. Une société de type SAS a été créée, pilotée par Biocoop, Énercoop, Énergie Partagée et par un club d’investisseurs solidaires Cigales. Outre les 200 000 € apportés par Énergie Partagée, 100 000 € ont été investis par Énercoop Bretagne, 2 magasins Biocoop et le club Cigales. Quant au solde de 250 000 €, il provient d’un prêt consenti par la banque éthique La NEF. Un véritable modèle de financement alternatif !

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

La centrale solaire a été inaugurée le 6 octobre 2015 en présence du président et du directeur général du réseau Biocoop, du président d’Énercoop et du directeur d’Énercoop Bretagne, ainsi que du délégué général d’Énergie Partagée Investissement. Il pleuvait un peu ce jour-là mais il en aurait fallu bien davantage pour refroidir l’enthousiasme de cette brochette de passionnés…

L.V.  LutinVertPetit

Compassion et détermination

25 novembre 2015

Comment réagir face aux événements qui nous sidèrent ? Quelles peuvent être nos attitudes, nos pensées, nos actions ?

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Compassion d’abord tant il est vrai que c’est l’essence même de l’humanité : l’homme n’est homme que parce qu’il sait faire preuve de compassion envers ceux qui soufrent, sont malades, pleurent. Toute l’histoire, les religions, les philosophes nous l’enseignent. Il s’agit donc d’aller vers les proches des disparus, des blessés et de leur témoigner de notre solidarité. Ce d’autant plus qu’à Paris, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos frères et sœurs.

Blog251_PhCamusDétermination ensuite : Comment agir, réagir ? Une œuvre nous aide sans doute à y voir plus clair : « La Peste » d’Albert Camus. Pouvons-nous comparer les instants que nous vivons à la situation décrite dans ce roman ? Il peut en tout cas nous aider, nous guider dans notre réflexion. Que dit-il qu’il me semble devoir retenir aujourd’hui ? Dans ces moments-là, il faut faire son travail, tout simplement mais plus que jamais, avec cœur et ardeur. Et le héros, c’est bien Joseph Grand qui malgré les menaces, ses propres échecs, fait et refait toujours son ouvrage. C’est aussi le docteur Rieux qui rejette les arguties des uns et des autres, ceux-là même qui ne veulent rien faire, se voilent la face, fuient. Il choisit de se battre contre le virus, au péril de sa vie et malgré ces hommes restés inertes.

Comme le docteur Rieux, soyons déterminés à être citoyens. Croire à la démocratie, à la solidarité, est nécessaire mais pas suffisant. Il nous faut la vivre au quotidien, en témoignant, en respectant les paroles des autres, en accueillant celui qui soufre, en éduquant nos enfants. Bref, il nous faut faire notre travail, jour après jour, avec détermination.

Restons modestes : nos petits bras, musclés ou non, ne changeront pas le monde à eux tout seuls, mais y contribueront certainement avec tous les autres de bonne volonté. Et restons optimistes : « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser1 ».

Antoine Malafosse

18 novembre 2015

1 La Peste, Albert Camus, 1947

Rosans ose l’accueil des réfugiés

5 novembre 2015
Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Au début du mois de juillet, un homme d’une trentaine d’années, installé depuis peu dans le village de Rosans (505 habitants) dans les Hautes Alpes suit, à la télévision, l’actualité concernant le blocage des « réfugiés » à la frontière avec l’Italie, notamment. Tout d’abord extrêmement choqué du sort qui est fait à ces personnes, mais aussi par les réactions de fermeture de nos « autorités » dans lesquelles il ne se reconnaît pas, il se dit qu’il ne peut rester sans rien faire. Il contacte des amis, puis la Cimade de Gap. Le petit groupe ainsi constitué demande au maire si les appartements libres dans le village pourraient servir à accueillir des réfugiés. Le maire ne s’oppose pas au projet, mais propose de consulter la population.

Une réunion publique est organisée, fin juillet, à laquelle participent 50 personnes. Au cours des trois heures de cette soirée, les initiateurs exposent rapidement l’histoire et le fonctionnement des « villes sanctuaires », un mouvement international de lieux (organisations, églises, universités, villes) qui ont choisi de vivre et diffuser une culture d’accueil et d’hospitalité à l’égard des migrants et des réfugiés, particulièrement de ceux qui fuient des conditions de vie inacceptables pour eux, leur famille et leurs proches. La discussion est engagée, pour que chacun puisse exprimer ses attentes, ses appréhensions, ses peurs. Deux jours plus tard, le conseil municipal vote à l’unanimité moins une abstention, l’accueil de réfugiés en mettant à disposition deux appartements. Le maire de Rosans se met en relation directe avec ses homologues de deux communes des Cévennes qui se sont déjà lancés dans une démarche similaire.

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Dans les jours qui suivent, une pétition émanant de personnes plutôt réservées, voire hostiles à cet accueil, recueille 150 signatures. Les médias s’en mêlent et certains titrent « Rosans se déchire ». L’équipe porteuse du projet, très sollicitée par les journalistes, décide d’approcher les personnes qui ont lancé la pétition. Il s’avère qu’elles ne sont pas opposées au principe, mais aimeraient être davantage consultées.

Un second débat public est alors organisé où viennent, cette fois, 90 personnes. La rencontre a été bien préparée, notamment pour que chacun puisse s’exprimer. Il apparaît rapidement qu’une partie des « opposants » sont des enfants de harkis qui disent avoir été placés autoritairement et « mal accueillis », au point qu’ils sont, encore aujourd’hui, marginalisés. « Va-t-on les accueillir aussi mal ?», « Et si on s’occupe bien d’eux, pourquoi ne l’a-t-on pas fait pour nous, d’autant que certains de nos enfants ont dû quitter la région pour aller chercher du travail ? Alors pourquoi y en aurait-il pour eux ? ». A la fin du débat, une bonne partie des « opposants » sont prêts à faire partie de l’équipe d’accompagnement qui est aujourd’hui composée de 50 personnes.

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Une réunion a permis de rassembler la municipalité, des représentants du groupe d’accueil et la Préfecture (Cohésion Sociale et La Cimade). Le collectif est à ce jour en lien avec de nombreuses communes de la région dans lesquelles un début de mobilisation s’est fait jour. Depuis des mois, plusieurs groupes de la région sont des antennes du réseau Welcome qui permet d’héberger et accompagner pour un temps, des demandeurs d’asile non hébergés dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Deux appartements proposés ont pu être utilisés cet été pour des familles. Avec une forte équipe d’accompagnement, l’une des familles a trouvé une place dans le circuit « normal ». Car il est clair qu’il ne s’agit pas de se substituer à l’État, seulement d’éviter des drames humains !

Blog245_PhRosans2L’histoire de Rosans se poursuit, entre émotion et réalisme, traversée par les controverses liées à un sujet qui favorise tous les fantasmes du moment, comme le relate un article du Monde. Occasion d’échanges vifs mais fructueux sur les modalités du vivre ensemble, mais occasion aussi de mener une réflexion sur la ruralité. Ainsi est lancée l’idée d’« inventons des jobs au lieu de nous lamenter ». Il ne restera plus qu’à trouver des réfugiés qui ont le goût de la terre et l’envie de tester la ruralité en version française.

Et si cette expérience pouvait contribuer à régénérer une démocratie moribonde qui s’éveille aux questions vitales pour l’avenir de notre société ? A commencer par celle-ci : que pouvons-nous offrir, nous les citoyens, en termes d’hospitalité à Carnoux ?

Squoten Jeallnec

Accueil des réfugiés : que faire ?

28 octobre 2015

Blog241_PhBodrumL’image du petit noyé de 3 ans dont le corps flottait sur une plage de Bodrum a réveillé la compassion du monde entier. Cette émotion immédiate, planétaire, irrépressible a suscité une manière de tsunami de solidarité. Et c’est heureux. Mais fut-il durable ? Engendra-t-il une compassion concrète et agissante ? Nous aida-t-elle à nous souvenir que des centaines d’enfants de l’âge du petit Aylan sont morts et continuent de mourir noyés ?

L’irruption de cette image révèle la fragilité du monde et interroge notre humanité. Comment dès lors affronter la crise posée par le déplacement des réfugiés et par les migrations plus généralement ? En quoi sommes-nous concernés ? Pour y répondre lucidement et efficacement il faut s’extraire de la pure compassion ainsi que des raisonnements fallacieux qui aboutissent à ignorer une réalité insupportable.

Qui a dit que ce serait facile ?

Qui a jamais pensé que l’accueil de centaines de milliers de réfugiés en Europe se ferait sans tension ni casse-tête ? Pourtant, des dizaines d’initiatives rapportées par les journaux désireux de s’en faire échos prouvent que cette tâche est réalisable. Dans de petits villages français et italiens des groupes de personnes offrent gîte et petits boulots à une poignée de migrants déboussolés. Souvent sans publicité. Temporairement, et dans l’urgence. En attendant que des structures adéquates prennent le relais ! L’Allemagne s’est surprise elle-même, inquiète et fière d’avoir été transformée en « terre promise » par des marcheurs exténués. Mais aucun des Européens qui s’engagent dans l’accueil ne prétend que la tâche est légère.

Un monde qui se cherche

La société est devenue inégalitaire, belliqueuse et irrespirable face aux crises économique, sociale, environnementale sans oublier celle qui frappe le gouvernement des hommes. L’indifférence et le relativisme imprègnent une époque de “glaciation des rapports humains”. Le manque de perspectives politiques, l’individualisme dont se nourrit l’ultralibéralisme, et les représentations de l’autre véhiculées par la sphère médiatique (dont le pouvoir d’influence s’accroît régulièrement) ont des effets dévastateurs sur la qualité du « vivre ensemble ». Cela produit des effets inquiétants : recentrage sur les problèmes du quotidien, frilosité face à l’engagement personnel, désillusion face à la captation des pouvoirs.

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Par ailleurs, il est devenu difficile d’imposer certains droits qui, autrefois, n’étaient pas problématiques. Par exemple, le droit à la mobilité, qui est une liberté fondamentale. L’enjeu en est l’égalité : la détermination d’une vie entière par le lieu de naissance est une injustice immense qui doit pouvoir être corrigée !

Réactions positives

Devant la contradiction entre la générosité immédiate qui s’impose et la prudence réfléchie qui s’impose tout autant, nous ne savons échanger qu’invectives et insultes croisées. Les uns sont désignés comme des naïfs irresponsables ; les autres, comme des peureux sans cœur ni humanité. On a entendu des maires qui s’inquiétaient à voix haute des capacités de leurs communes : ils ont parfois été traités avec mépris. Des initiatives d’associations ou de simples familles pour donner asile aux migrants sont parfois moquées. Au milieu de ces criailleries déshonorantes, il devient impossible de chercher, en toute bonne foi, un point d’équilibre « raisonnable » entre le souhaitable et le possible.

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Malgré ce « débat » caricatural et sans débouché, il faut chercher l’accueil humanitaire tout simple ailleurs, dans les actes de citoyens de base comme on l’a évoqué. La philosophie pratiquée étant celle-ci : il n’est pas question de se claquemurer, ou de renvoyer ces familles chez elles, sur la route ou vers les bombes, sans autre forme de procès. Pourquoi ? Par fraternité, mais aussi pour une autre raison encore. A ceux qui empilent craintes, angoisses et « bon sens » contre l’accueil des réfugiés, cette solidarité a déjà opposé une force terriblement efficace : l’imagination. Et la mobilisation s’étend, silencieusement. Sans doute ces européens imaginatifs pressentent-ils que notre avenir commun se joue ici. L’Europe politique serait-elle introuvable ? Non ces européens actifs, déterminés et lucides répondent présents!

Responsabilités politiques et médiatiques

Sur fond de tragédie, de morts d’enfants et de migrants noyés par milliers, nous avons pu vérifier à quel point nos démocraties étaient malades. La désunion européenne brille de mille feux. Des responsables politiques démunis se renvoient les quotas à la figure, tout en criant « sus à Daech » ! Épargnant soudain Bachar Al Assad, le premier responsable de cet exode.

Des migrants secourus par l'armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Des migrants secourus par l’armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Mais on fustige un peu facilement l’égoïsme barricadé et la division pathétique de l’Europe. Une Europe incapable de s’entendre sur une solidarité minimale à l’endroit de l’autre, poussé vers l’exode. Ces symptômes d’une « maladie démocratique » sont déjà inquiétants par eux-mêmes. Or il faut y ajouter le pouvoir ensorcelant – pour ne pas dire décérébrant – des images. Ces dernières semaines, il a atteint son maximum. Les chaînes de télévision ont diffusé en boucle des images aussi troublantes que mensongères. On y a vu des foules d’hommes, de femmes et d’enfants cherchant tragiquement une « route possible », entre la Hongrie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche. De longues colonnes de familles exténuées cheminent le long des autoroutes, dans des gares, à travers champs.

Blog241_PhFamille2Pourquoi parler d’images (involontairement) « mensongères » ? Parce qu’elles suggèrent une idée de déferlement, d’invasion incontrôlable. Elles détruisent du même coup la vérité que tentent désespérément de rappeler les commentateurs. Cette vérité « vraie », celle des chiffres, c’est que ces migrations vers l’Europe sont d’un étiage relativement modeste, rapporté à la population du Vieux Continent (autour de 1 % de cette dernière), et qu’il n’y a pas de quoi s’affoler. Disons que l’effet de sens généré par le passage en continu de ces images nourrit mécaniquement une « croyance » si inquiète qu’aucune vérité chiffrée ne pourra plus ébranler. Il s’agit bel et bien d’ensorcellement. Faut-il se consoler en songeant que cette puissance des images peut produire un ensorcellement positif ?

Entre ces vraies-fausses images d’invasion et le plan rapproché du petit noyé de Bodrum, notre conscience s’est trouvée secouée et souffletée. Nous avons été si violemment jetés d’un sentiment à l’autre, aller-retour, que notre raison en fut comme anéantie. De là vient cet étrange somnambulisme des démocraties européennes qui traversent, bras tendus et yeux mi-clos, cette tragédie.

Squoten Jeallnec

Dotation aux communes : le maire de Carnoux crie au loup !

12 septembre 2015

Blog227_PhTractAMFChaque habitant de Carnoux l’a reçu dans sa boîte aux lettres cette semaine, distribué manifestement par la mairie dont le logo s’affiche fièrement en bas de la page : un tract de campagne de l’association des Maires de France au ton plus qu’alarmiste. La Patrie est en danger, non, encore pire : « Notre commune est en danger ! », « Réagissons avant qu’il ne soit trop tard ». Aux armes, citoyens, l’heure est grave… C’est l’avenir même de notre vie quotidienne qui est en jeu si nous n’agissons pas dès à présent.

A quelques semaines de la COP 21, alors que les impacts du changement climatique global se montrent chaque jour plus flagrants, alors que notre environnement se dégrade de manière irréversible, que la crise économique mondiale creuse les inégalités sociales, que la violence des haines se déchaîne au Moyen-Orient, poussant des familles entières à un exil désespéré, il y a de quoi être inquiet en effet. Sauf que le sujet du tract de la mairie de Carnoux porte sur tout autre chose : c’est simplement la baisse de la dotation globale de financement que reçoit la commune qui alarme notre maire et ses collègues de l’AMF dirigée par le très libéral François Baroin, sénateur-maire de Troyes et ancien ministre du budget de Nicolas Sarkozy.

François Baroin,, président de l'AMF (photo C. Platiau /Reuters)

François Baroin,, président de l’AMF (photo C. Platiau /Reuters)

De quoi s’agit-il donc pour que notre maire se mobilise au point d’aller distribuer ainsi des tracts alarmistes dans toutes les boîtes aux lettres de la ville et d’afficher, sur la page d’accueil du site officiel de la commune, un vibrant appel à « préserver l’échelon communal, seul lien démocratique avec les français », rien de moins ?

La dotation globale de fonctionnement (DGF), c’est une ressource annuelle que reçoit chacune des 36 658 communes française de la part de l’État et qui contribue à son budget de fonctionnement. En 2004, son volume a doublé et en 2014, le montant total de cette dotation à l’ensemble des collectivités territoriales s’élève à un peu plus de 40 milliards d’euros. Une partie importante de cette DGF est attribuée aux communes sous forme d’une part forfaitaire qui s’élevait en 2012 à 13,5 milliards d’euros, et d’une part variable qui permet une certaine péréquation entre communes selon leur richesse propre mais dont le montant reste relativement modeste, de l’ordre de 3 milliards d’euros en 2012.

Pour Carnoux-en-Provence, dont le site officiel ne donne aucune indication quant à la répartition des ressources et dépenses de la commune, et si l’on en croit les chiffres disponibles notamment sur les sites ProXiti et Décomptes Publics, la DGF reçue par la commune a effectivement fortement augmenté en 2004 et depuis cette date se stabilise autour de 1,5 millions d’euros par an, le dernier chiffre publié étant de 1 596 k€ pour l’exercice 2013. Les éléments communiqués dans le n° 41 du Messager font, quant à eux, état d’un montant de 1 245 k€ pour l’année 2015, ce qui représente effectivement une baisse importante (évaluée à près de 13 % sur 3 ans) mais qui ramène aux mêmes chiffres que ceux des années 2000 et 2001.

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Se pose donc la question cruciale qui empêche manifestement notre maire de dormir et le pousse à provoquer une véritable insurrection populaire : notre commune est-elle pour autant en danger de disparition ? Si l’on se réfère aux chiffres de l’exercice 2012, date où la DGF a atteint son point culminant pour la ville de Carnoux, celle-ci représentait 26 % du total des recettes du budget de fonctionnement de la commune qui s’élevait alors à 6,26 millions d’euros dont près de la moitié provenait en réalité des impôts locaux levés par la commune. On voit donc que l’apport de la DGF, pour important qu’il soit, n’est donc pas si déterminant qu’on pourrait le croire. D’autant que les dépenses en fonctionnement sont très inférieures aux recettes, ce qui permet -et c’est heureux- de dégager un résultat comptable supérieur (toujours en 2012) à 1,5 millions d’euros, lequel va permettre d’abonder les recettes du budget d’investissement de la commune.

Pour l’année 2013, les éléments de budget rendus publics sur le Journal du Net montrent que ce résultat comptable était également conséquent, de l’ordre de 1,2 millions d’euros, mais quand même inférieur de 300 k€ par rapport à l’année précédente alors que la variation de DGF reçu ne dépassait pas 50 k€ d’une année à l’autre, ce qui oblige donc à relativiser grandement l’impact de ce facteur…

Toujours pour cet exercice 2013, les ressources d’investissement s’élevaient à 4,5 millions d’euros alors que les dépenses n’étaient que de 3,3 millions. Il en résulte ainsi un excédent de l’ordre de 1,2 million d’euros qui n’a pas été employé en 2013 et a dû être reporté sur l’exercice 2014. On le voit donc, la commune est loin d’être en péril puisque son taux d’endettement est nul et qu’elle dégage ainsi sur une année un résultat dont le montant est du même ordre de grandeur que la dotation qu’elle a reçu de la part de l’État ! D’autant que la plupart des investissements qu’elle réalise sont en réalité très largement subventionnés par d’autres collectivités territoriales au premier rang desquelles le Département.

Travaux en cours dans le centre-ville de Carnoux

Travaux en cours dans le centre-ville de Carnoux

On comprend bien que dans un tel contexte la commune n’ait pas besoin d’augmenter les impôts locaux qui suffisent donc amplement aux besoins. On comprend moins en revanche pourquoi il serait nécessaire de hurler ainsi avec les loups en faisant croire qu’une baisse de la DGF mettrait en péril notre avenir quotidien. Chacun sait à quel point le budget de la Nation est déficitaire et ceci depuis des années. Faudrait-il donc creuser encore ce déficit et aggraver notre endettement qui pèse déjà lourdement sur l’avenir des jeunes générations, voire met en danger nos orientations politiques nationales comme vient de le montrer la situation en Grèce ? Est-il vraiment responsable pour un élu local dont les ressources excèdent largement les besoins et alors que les compétences des communes se réduisent comme peau de chagrin au bénéfice de l’intercommunalité, de réclamer des transferts supplémentaires de fonds de la part d’un budget national aussi mal en point ? N’y a t-il donc pas, dans le contexte actuel, des sujets plus sérieux pour mobiliser nos concitoyens ?

L.V. LutinVertPetit

Faute de local, le Secours populaire de Carnoux menacé de disparition ?

25 avril 2015

LogoSPFDepuis sa création à Carnoux en 2000 par Guy Hélin et Lucien Valero, d’abord sous forme d’antenne puis de comité du Secours Populaire, l’association caritative avait toujours trouvé les moyens de fonctionner avec un local, absolument indispensable pour stocker la collecte des vêtements, de différents objets à revendre, mais surtout de l’alimentation récupérée avant d’être redistribuée.

Dans un premier temps il s’agissait d’un ancien garage et plus récemment, d’un plus grand local bien adapté, mais sa location était devenue trop chère. Il fallait trouver un autre local au loyer adapté aux ressources de l’association. Après 4 mois de recherches infructueuses et confrontée à la suspicion des propriétaires : « on ne sait pas si vous êtes solvable… », Odile Hélin, aujourd’hui présidente, est dépitée et, la mort dans l’âme, est contrainte « de tout arrêter ». Cela signifie « plus de ramassage, plus de linge…nous perdons confiance dans l’avenir, nous ne pouvons rien faire sans local. Depuis le 31 janvier 2015 plus de distribution d’alimentation. Ce qui restait nous l’avons donné à d’autres comités du Secours Populaire dans les quartiers Nord de Marseille ».

« Pourtant on y croyait et on savait que notre travail aidait vraiment des familles dans la galère ». «  Afin de faire des colis adaptés à chaque situation, de la personne seule à la famille de 6 à 8 personnes, nous allions chaque mois au port de Marseille pour récupérer des denrées telles que du riz, des pâtes, du sucre, du lait, de la farine qu’on acquérait grâce à l’Union Européenne à des prix très bas, correspondant au transport essentiellement. Chaque semaine Auchan à Aubagne et chaque jour Intermarché à Carnoux nous donnaient de la viande, de la charcuterie et des produits laitiers dont la date de péremption était proche. Nous faisions ainsi chaque samedi des colis personnalisés pour les personnes en grande précarité dont les dossiers avaient été étudiés par le CCAS (Centre communal d’action sociale), dans le cadre d’un partenariat établi avec la mairie. Par solidarité, une participation de 7 € par colis était demandée, quel que soit son contenu ».

PhCamionSecPop

« Quand on avait un local, on récupérait du linge qu’il fallait re-trier, de la vaisselle, des bibelots, des petits meubles ou de l’électroménager qu’il fallait tester pour la revente à petits prix. Notre budget de fonctionnement provenait de la revente de ces différents matériels récupérés et d’une subvention de la commune. Mais tout cela dépendait de l’obtention d’un local. La mairie ne nous en a pas proposé. Il doit pourtant bien exister quelques mètres carrés disponibles pour nos concitoyens les plus en difficulté… »

« Nous sommes au fond du gouffre. Malgré tout nous ne désespérons pas qu’un local nous soit finalement attribué ou loué », dit Guy Hélin, « et nous ne désespérons pas non plus de trouver de nouveaux volontaires pour nous aider à renforcer la petite équipe et poursuivre le travail accompli depuis des années ». Il serait en effet regrettable que le comité local du Secours populaire français disparaisse alors même que les besoins n’ont jamais été aussi criants et au moment où le gouvernement s’alarme des conséquences dramatiques du gaspillage alimentaire en France, au point d’envisager de rendre obligatoire le don aux associations caritatives des denrées alimentaires invendues.

Blog174_PhDenréesFaute d’association locale pour organiser cette redistribution, tout indique que ce gaspillage va au contraire s’accentuer et que des quantités supplémentaires de denrées alimentaires encore consommables finiront à la poubelle, aspergées de chlore, au lieu de bénéficier à des familles nécessiteuses. Un bel exemple de la manière dont les associations sont encouragées à Carnoux malgré les beaux discours officiels !

C. G.

Après la tuerie de Charlie Hebdo, réactions et Réaction…

11 janvier 2015

Quelques jours seulement après l’attentat qui a lâchement décapité la rédaction du journal libertaire Charlie Hebdo, les réactions en France et à travers le monde sont unanimes pour condamner cet acte de barbarie dirigé contre la liberté de la presse et contre le droit à l’insolence toute voltairienne contre le pouvoir et les excès des religions, quelles qu’elles soient.

Rassemblement à Paris, Place de la république, dimanche 11 janvier 2015

Rassemblement à Paris, Place de la république, dimanche 11 janvier 2015

La marche qui a eu lieu cette après-midi même à Paris a rassemblé un nombre incalculable de personnes, dont de très nombreuses personnalités et même des chefs d’État venus du monde entier exprimer leur solidarité envers la France des Lumières attaquée pour son irrévérence et son esprit de controverse. C’est probablement le plus gros rassemblement à Paris depuis la Libération, ce qui en dit long sur l’ampleur du rejet que suscitent ceux qui sont entrés ce 7 janvier 2015 armés de kalachnikov dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo, d’autant que de nombreux autres cortèges ont eu lieu tout le week-end dans la plupart des grandes villes de France.

Blog139_PhCharlieEt pourtant, cette mobilisation populaire massive, ces réactions spontanées de soutien et d’adhésion de tous ceux qui proclament fièrement « je suis Charlie », tout ceci ne doit pas faire oublier que les choses ne sont malheureusement sans doute pas si simples… Plusieurs des chefs d’État qui ont défilé aujourd’hui aux côtés de François Hollande se mobilisaient certes contre le terrorisme islamisme mais sont bien loin de partager avec les fondateurs de Charlie Hebdo son combat pour la liberté d’expression…

Nombre de responsables politiques qui affirment aujourd’hui leur solidarité avec les journalistes et les caricaturistes assassinés, n’ont pas toujours exprimé le même soutien à leur égard. Rappelons-nous Laurent Fabius critiquant Charlie Hebdo depuis Le Caire et affirmant « je ne vois pas du tout l’utilité quelconque d’une provocation et même je la condamne d’une façon très nette », ou Jean-Marc Ayrault appelant à « l’esprit de responsabilité de chacun » et invitant « ceux qui se sentent heurtés dans leurs convictions » à déposer plainte. Souvenons-nous aussi de Jacques Chirac affirmant, après la fatwa lancée contre l’écrivain Salman Rushdie en 1989, « je n’ai aucune estime pour ceux qui utilisent les blasphèmes pour faire de l’argent, c’est misérable ». Avec de tels défenseurs, on conçoit que les héritiers de Voltaire, dans leur combat pour « écraser l’infâme », se sentaient un peu seuls et que l’esprit réactionnaire n’est jamais bien loin…

Ne parlons même pas de Jean-Marie Le Pen qui, non seulement ne se sent absolument pas concerné par ce qui vient d’arriver à Charlie Hebdo, mais a même profité des rassemblements de ce week-end pour annoncer sa prochaine candidature aux élections régionales… Mais n’oublions pas non plus les intellectuels qui n’ont pas tous la retenue et la finesse d’analyse d’un Boris Cyrulnik, neuropsychiatre de renom, qui décortique avec beaucoup de lucidité comment de jeunes Français se font manipuler pour devenir les instruments du terrorisme islamiste, alors que d’autres intellectuels au contraire déplorent que l’on puisse heurter les sensibilités en se moquant des excès de la religion. Qui d’entre eux a réagi face aux paroles interprétés par une dizaine de rappeurs appelant à « un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo » ?

Blog139_DessinMahometLorsque Charlie Hebdo avait publié les fameuses caricatures de Mahomet, le Conseil français du culte musulman les avait qualifiées d’ « actes islamophobes qui visent à offenser délibérément les sentiments des musulmans ». Aujourd’hui de même, certaines réactions manquent pour le moins de chaleur et sont teintées d’ambiguïté. Ainsi, un communiqué de l’Union juive française pour la Paix n’hésite pas à affirmer que « Les actes de Charlie Hebdo, et les caricatures et les articles sont des actes, ont participé au développement de l’islamophobie en France ». Autrement dit, ces mécréants de journalistes n’auraient pas dû dessiner LE Prophète car c’était provocateur ? Donc de caricaturer chaque semaine Le Pen, a sans doute favorisé le FN ? Ou dessiner les SDF, a contribué à l’augmentation des sans abris ? C’est absurde.

Les journalistes de Charlie Hebdo ont été assassinés pour leurs idées. Celles-ci n’ont tué personne, eux non plus. Les religions qu’ils critiquaient ne peuvent, depuis quelques siècles, en dire de même. De plus, ils ne caricaturaient pas que les religions, mais aussi  les idéologies, le militarisme et la guerre, qui, comme ne le dit pas l’UJFP sont, avec l’intolérance religieuse les principaux moteurs des dominations et des discriminations. Ce communiqué rejoint hélas les propos tenus sur internet par certains islamistes (« ils l’avaient bien cherché ! ») ou de groupes d’extrême-droite, traditionnellement hostiles à Charlie Hebdo.

Blog139_DessinCabuIl ne suffit pas de dénoncer les dérives des autres. Il faut aussi être lucide sur ses propres dérives. Dans tous les mécontents de Charlie Hebdo du dessin ci-dessus, où se trouve l’UJFP ?

L.V. & J. B.

Échanges de savoirs : une nouvelle conférence du CPC

22 novembre 2014

Une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien aura lieu à Carnoux-en-Provence, lundi 1er décembre 2014, à 18h30 en salle Tony Garnier. Ce sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement des réseaux d’échange de savoir et autres initiatives associatives d’échanges de services entre citoyens. Face à une emprise croissante de l’argent qui régit toutes nos activités quotidiennes même celles qui sont à la source de nos liens sociaux, de nombreuses initiatives ont en effet vu le jour pour proposer une autre approche moins mercantile et plus humaine.

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C’est une de ces initiatives que viendra nous exposer Rosemarie Ott, présidente du RESAU, le Réseau d’échange réciproque de savoirs aubagnais, une association créée en 1990 mais qui est affiliée à un mouvement datant des années 1970, celui des RERS (réseaux d’échange réciproque de savoirs), désormais le FORESCO. Dans cette démarche, l’idée est que chacun est porteur de savoirs et de compétences dans des domaines variés et complémentaires, sans qu’il n’y ait forcément de hiérarchie entre ces connaissances. Chacun peut donc à la fois donner et recevoir, par exemple aider quelqu’un à s’améliorer en jardinage et en échange recevoir non pas une rémunération mais des cours d’anglais ou de cuisine.

Ces réseaux d’échange de savoirs sont en effet caractérisés par l’absence de rémunération. L’important, c’est la solidarité et le lien social qui se créent au travers de ces échanges d’expérience et de compétences personnelles.

Dans le système des SEL ou systèmes d’échanges locaux, qui seront aussi évoqués lors de la conférence du 1er décembre, l’échange est matérialisé par une sorte de paiement mais avec une monnaie virtuelle, ce qui permet de hiérarchiser davantage les services rendus et de les valoriser à leur juste prix, de telle sorte qu’on se rapproche d’une démarche économique et pas seulement pédagogique et sociale.

« Échanger savoirs, biens et services, c’est possible ! », tel est le titre de cette nouvelle conférence du Cercle : venez nombreux pour ce moment privilégié d’échange, ouvert à tous gratuitement, et qui permettra de découvrir de nouvelles approches propres à recréer ce lien social qui fait tant défaut dans notre société soumise à l’individualisme et au consumérisme…

L. V. LutinVertPetit

Racisme à contretemps ?

12 novembre 2014

Après la mort du jeune Michaël Brown, jeune Noir non armé tué par un policier de Ferguson, dans le Missouri, l’Amérique s’interroge sur les injustices liées à une discrimination raciale encore vivace.

Un article paru dans Libération le 26 août 2014, rappelle que la situation sociale aux États-Unis est cependant plus complexe que ne le laissent penser les stéréotypes qui considèrent les minorités ethniques et en particuliers les Noirs, comme les populations défavorisées par excellence.

Mugambi Jouet

Mugambi Jouet

Son auteur, Mugambi Jouet, avocat et essayiste, a vécu plusieurs années en Amérique et est un bon connaisseur de son système judiciaire. Il relève en particulier le fait que les violences policières s’exercent principalement contre les minorités ethniques à cause de l’idée très répandue dans la société américaine que les Noirs et les Latinos représentent l’essentiel des populations à problèmes, en d’autres termes les pauvres et donc les délinquants.

Or la situation s’avère nettement plus nuancée comme le montrent plusieurs étude. Ainsi, un tiers des prisonniers aux USA et 43 % des condamnés à mort sont des Blancs. Une étude de l’Urban Institute relève de son côté que, contrairement aux stéréotypes proclamés, « 42 % des familles pauvres américaines sont blanches, alors que 30 % sont des Latinos et seulement 22 % des Noirs. Bien que les minorités soient représentées de façon disproportionnée parmi les pauvres, de nombreux blancs sont aussi défavorisés ».

Blog118_DessinRicheSelon M. Jouet, « les inégalités de richesse les plus frappantes ne sont pas entre les Blancs et les minorités ou même entre les riches et les pauvres. Elles sont entre les personnes extrêmement riches et tout le reste du pays. Durant les trente dernières années, une part colossale des richesses aux États-Unis a été accaparée par les citoyens énormément fortunés, particulièrement le 1 % des plus riches. Les revenus des Américains pauvres ou de la classe moyenne ont chuté ou stagné durant cette période ».

Une analyse riche d’enseignement pour nos pays européens qui sont également confrontés à de fortes inégalités de revenus au sein de sociétés présentant d’importantes diversités ethniques, avec des risques d’amalgames toujours préjudiciables pour une justice sociale équilibrée…

Squoten

Roms : la difficile cohabitation…

8 novembre 2014

Blog116_PhRom« On est en France depuis 2007, on a été expulsé huit fois et, plusieurs fois, on n’a rien pu prendre du tout de nos affaires. Ici, sur ce campement, on est là depuis un an et on va nous casser nos baraques encore, dans deux jours. Depuis qu’on est en France, jamais on nous a proposé quelque chose pour l’intégration… On ne veut pas que nos enfants grandissent à faire la manche comme nous on fait. On veut s’intégrer parce que c’est bon pour nos enfants, pour faire grandir nos enfants exactement comme les autres enfants, pour avoir une vie normale… On ne veut pas que nos enfants grandissent jusqu’à vingt ans dans la forêt… »

Ce texte écrit par des familles roumaines et publié dans la revue Résistances, est révélateur des difficultés que rencontrent au quotidien les familles de Roms dans notre pays qui ne brille pas par ses qualités d’accueil et de solidarité face à ces populations…

Blog116_RomCitons aussi ce point de vue de Christine et Yves Vandamme, publié sur le site de l’association aubagnaise Ballon Rouge, en date du 30 octobre 2014, et intitulé « Des pauvres qui encombrent » :

Lundi 27 octobre 2014, un article paru dans le journal « La Provence » sous le titre « Ces camps de Roms illégaux qui créent des tensions » révèle les nuisances subies par les propriétaires et les riverains et expose la position du maire d’Aubagne qui a interpellé la préfecture pour obtenir l’expulsion. Le journaliste conclut son article en précisant que si l’expulsion satisfera les riverains, elle déplacera sûrement le problème ailleurs.

Les Roms sont majoritairement des citoyens de l’Union Européenne depuis 2007 (Bulgares et Roumains). Ils ont le droit de circuler, mais sept pays de l’union européenne (dont la France) ont choisi de limiter leur accès au travail. Ils devraient avoir le même statut que les centaines de milliers de français expatriés au sein de la communauté européenne. Sauf qu’ils demeurent, éternels bannis de l’histoire, dans une extrême pauvreté. Ils sont considérés comme des populations de seconde zone, après avoir été pourchassés et massacrés par le nazisme.

Riches et pauvres : une cohabitation toujours délicate...

Riches et pauvres : une cohabitation toujours délicate…

Actuellement, environ 20 000 Roms se trouvent en France. Ce sont des populations sédentaires (à la différence des gens du voyage) qui ne demandent qu’à trouver une modeste place pour vivre dignement. Installer ces familles, garantir la scolarisation des enfants, l’enjeu est-il vraiment démesuré pour notre pays et ses 36 000 communes ?

S’y refuser pour d’obscures raisons politiciennes, se contenter de faire expulser ces errants, c’est reporter ce drame humain sur la collectivité voisine. Cette inertie, de l’État jusqu’aux mairies, relève de la non assistance à personnes dans l’extrême misère, adultes et enfants.

Fermer les yeux ne fait pas disparaitre le problème. Cela contribue au contraire à développer des difficultés, des nuisances et des tensions pour l’ensemble de la population environnante.

Squoten

Serions-nous trop nombreux sur Terre ?

5 novembre 2014

Blog115_PhLivre1« Bientôt 10 milliards d’humains sur Terre. Combien de temps encore la planète pourra-t-elle fournir l’eau, la nourriture, l’énergie nécessaires ? » C’est en ces termes que s’interroge l’Américain Alan Weisman dans son dernier livre intitulé « Compte à rebours, jusqu’où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ? », publié en janvier 2014.  Ses réflexions, issues de voyages dans des endroits particulièrement peuplés de la planète, rejoignent celles d’un ouvrage collectif paru récemment sous la direction de Michel Sourrouille et au titre évocateur « Moins nombreux, plus heureux ». Blog115_PhLivre2De quoi relancer le débat autour de la question démographique en prenant appui sur des arguments écologiques… C’est la réflexion à laquelle se livre Reporterre, le « quotidien de l’écologie », qui propose un éclairage très intéressant sur la question, signé de Barnabé Binctin.

Certes, ces théories ne sont pas nouvelles, largement popularisées par le pasteur anglais Thomas Malthus dans son célèbre « Essai sur le principe de population » publié en 1798, puis reprises avec succès par Paul Ehrlig dans son ouvrage intitulé « La Bombe P » paru en 1968. Elles reposent sur l’idée largement répandue que les ressources de la Terre (et par conséquent ses capacités de production agricole) étant limitées, plus la pression démographique s’accroît, plus il sera difficile de nourrir chacun, ce qui ne peut conduire qu’au chaos au delà d’un certain seuil de population.

Blog115_Graphique

Depuis, la courbe de croissance de la population mondiale a connu un accroissement spectaculaire, triplant entre 1930 et 2000, période pendant laquelle nous sommes passés de 2 à 6 milliards ! D’après le Fonds des Nations Unies pour la population, le seuil des 7 milliards a été allégrement franchi dès 2011 et on se dirige désormais tout droit vers le chiffre pharaonique de 10 milliards d’humains vers 2050, sauf catastrophe planétaire d’ici là…

La question est bien sûr de savoir si la Terre est en mesure de nourrir une population aussi nombreuse, voire tout simplement de la supporter. Au problème des ressources qui sont nécessairement limitées, s’ajoute en effet désormais de nombreux risques liés à l’activité humaine, dont celui du changement climatique, qui peut contribuer à dérégler sérieusement la machine…

Bien évidemment, les réponses à cette question cruciale sont forcément complexes et multiples ! Notre impact sur l’environnement dépend en effet, non seulement de la population mais aussi de notre mode de consommation et de nos choix technologiques : une famille pauvre du Rajasthan ou de Mauritanie ne va pas consommer autant qu’une famille de Parisiens ou de Texans et son empreinte écologique ne sera en rien comparable.

Famille de réfugiés peuls en Mauritanie (photo Irabiha Abdel Wedoud)

Famille de réfugiés peuls en Mauritanie (photo Irabiha Abdel Wedoud)

Nous savons déjà depuis bien longtemps que la Terre n’est pas en mesure de nourrir 10 milliards d’habitants qui souhaiteraient vivre à l’américaine, mais tout est question d’équilibre… Ainsi, la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) considère que l’on peut sans difficulté répondre aux besoins alimentaires de 12 milliards d’habitants, mais à condition d’adapter sérieusement nos modes de consommation car pour un même apport alimentaire, la viande nécessite beaucoup plus de ressources que des céréales. L’agronome Marc Dufumier ne dit pas autre chose en expliquant qu’un être humain a besoin de 200 kg de céréales par an pour se nourrir alors que la production mondiale actuelle est de 330 kg par personne : le seul hic est qu’il faudrait une répartition plus équitable de cette production, et nous en sommes loin ! Il en est bien évidemment de même pour ce qui concerne notre empreinte écologique puisque l’on constate que les émissions de CO2 de la Chine ne dépassent celles des Etats-Unis que depuis 2006, malgré une population nettement plus nombreuse à cette date…

Blog115_Foule

Jacques Véron, chercheur à l’INED (Institut national d’études démographiques) conclut ainsi : « Je ne vois pas aujourd’hui au nom de quoi on pourrait dire que nous sommes trop nombreux. Il ne s’agit pas de nier que la pression démographique a des conséquences sur l’environnement, mais d’éviter les discours réducteurs ou simplistes. Le problème, c’est de considérer que les détériorations environnementales soient du ressort de la démographie au premier degré. Est-ce que si l’on était moins nombreux, on respecterait pour autant plus les forêts et la biodiversité… ? ». Un beau sujet de réflexion pour chacun d’entre nous en effet.

L. V.  LutinVertPetit