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Fessenheim : ça y est, on ferme !

4 août 2020

Voilà des années que certains l’espéraient, mais voilà qui est fait depuis le 29 juin 2020 à 23h. Alors que la France entamait son déconfinement sanitaire, le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Fessenheim a enfin tiré le rideau. Le réacteur n°1 quant à lui, avait été définitivement mis à l’arrêt le 20 février 2020. C’est incontestablement une page qui se tourne puisque Fessenheim est la première des 19 centrales nucléaires françaises à être ainsi fermée en vue de son démantèlement et alors que nombre de spécialistes, surtout au sein d’EDF, plaidaient pour en prolonger l’exploitation.

Les deux réacteurs nucléaires de Fessenheim en bordure du Grand canal d’Alsace (photo © Sébastien Bozon /AFP / France Bleu)

Lorsque sa construction a été décidée, en 1967, sous la présidence du Général de Gaulle, l’objectif était de recourir à la filière française dite uranium naturel graphite gaz. Mais deux ans plus tard, en novembre 1969, alors que Georges Pompidou a remplacé le Général à la tête du pays, on assiste à un revirement de situation : il est finalement décidé qu’il serait plus économique de recourir à la technologie des réacteurs à eau pressurisée commercialisés sous licence de la firme américaine Westinghouse Electric : à l’époque déjà il était bien difficile de résister aux sirènes de la mondialisation…

Autorisée en 1970, la construction de la centrale de Fessenheim, premier prototype industriel d’une longue série, débute en 1971 mais se heurte alors à une forte opposition citoyenne. En 1975, un attentat à l’explosif interrompt même le chantier pendant plusieurs mois tandis que les manifestations se multiplient, en France mais aussi en Allemagne et en Suisse toutes proches. Implantée au bord du Grand canal d’Alsace, la centrale est en effet à proximité immédiate de ces deux pays qui participent d’ailleurs au financement du projet et disposent depuis cette date d’un droit de tirage de l’électricité produite, à hauteur de leur investissement initial, à savoir 15 % pour le consortium suisse et 17,5 % pour la société allemande EnBW.


Chantier de construction de la centrale de Fessenheim dans les années 1970 (source DR / Les Dernières nouvelles d’Alsace)

Les oppositions au projet sont d’ailleurs telles que sur les 4 réacteurs initialement prévus, deux seulement seront construits, d’une puissance de 900 MW chacun. Mise en service en 1977, la centrale aura coûté au final de l’ordre de 1 milliard d’euros en valeur de l’époque. Un montant bien moindre que le chantier en cours de l’EPR de Flamanville désormais évalué à au moins 12,4 milliards d’euros. A l’époque, EDF avait calculé que cet investissement pourrait être amorti sur la durée d’exploitation de la centrale qui était estimée à 20 ans. Mais ses calculs, qui supposaient un fonctionnement à 75 % du temps, se sont révélés exagérément optimistes. Sur les 30 premières années de fonctionnement, ce taux de disponibilité n’a été atteint que 4 fois !

Salle de commande de la centrale de Fessenheim (photo © Gilles Varela / 20 minutes)

Les arrêts et les pannes se sont en effet multipliés sur les réacteurs de Fessenheim comme d’ailleurs sur la totalité des autres sites exploités. En 2002 par exemple, il a fallu remplacer les 3 générateurs de vapeur du réacteur n°1. Coût de la facture : 104 millions d’euros selon Greenpeace, et 210 jours d’arrêt consécutifs, soit un manque à gagner de 32 millions d’euros. Il a fallu 2 ans et demi de production supplémentaire pour rentabiliser un tel investissement.

Ce sont les visites décennales organisées sous l’égide de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui déterminent, tous les 10 ans et pour chacun des deux réacteurs, la poursuite de l’exploitation pour les 10 ans à venir. Après l’accident de Tchernobyl et plus encore après celui de Fukushima, les autorités se sont inquiétés de la légèreté initiale de la construction de ces deux réacteurs dont l’épaisseur du radier ne dépasse pas 1,20 m contre 4 m pour les centrales plus récentes. En cas de fusion du cœur de la centrale comme à Tchernobyl, le corium percerait ce radier en moins de 24 h et se retrouverait très rapidement en contact avec la nappe phréatique du Rhin dans laquelle baigne le site.

Implantation des 58 réacteurs nucléaires et autres installations connexes en France (source : Greenpeace)

Un scénario catastrophe qui a été au centre de bien des débats, notamment lors de l’inspection décennale de 2009 au cours de laquelle est également mise en évidence une très grave insuffisance quant à la prise en compte du risque sismique. En cas de tremblement de terre majeur, comme on en recense fréquemment dans le sillon alsacien, les digues de protection contre les inondations risqueraient d’être sérieusement endommagées et la centrale pourrait alors se retrouver exposée en cas de crue. C’est déjà ce qui avait failli se produire lors de la tempête de 1999 sur la centrale du Blayais qui avait été à deux doigt de se retrouver submergée par les flots, selon un scénario assez proche de ce qu’on a connu à Fukushima, avec les conséquences que chacun a pu constater… Depuis cette inspection de 2009, EDF a d’ailleurs dû investir la bagatelle de 380 millions d’euros de travaux pour obtenir l’autorisation de poursuivre l’exploitation du site.

En septembre 2012, François Hollande réaffirme sa volonté de fermer la centrale de Fessenheim d’ici 2016, conformément à sa promesse de campagne. Les lobbies nucléaires s’activent alors, EDF prétendant ne pas pouvoir envisager une telle éventualité sauf à devoir verser une indemnité dissuasive aux actionnaires minoritaires de la centrale, à savoir les Suisses et les Allemands, tant et si bien qu’en septembre 2015, Ségolène Royal, alors Ministre de l’écologie, annonce que la fermeture du site est repoussée à fin 2018, le temps que s’achève le chantier de l’EPR de Flamanville qui va de déboires en déboires.

Dialogue (fictif) au sommet entre Ségolène Royal et Cécile Duflot (dessin signé KAK publié en 2015 sur le site l’Opinon)

En mars 2017, la Commission européenne valide le protocole d’indemnisation proposé par EDF à ses partenaires en cas de fermeture anticipée de Fessenheim, mais en octobre 2018, le Conseil d’État annule le décret signé par Ségolène Royal, au prétexte qu’il aurait été pris sans que l’exploitant, en l’occurrence EDF, n’ait demandé officiellement cette fermeture : une argutie juridique qui permet de gagner encore un peu de temps et autorise Emmanuel Macron à annoncer finalement, un mois plus tard, que la fermeture du site n’aura lieu qu’à l’été 2020. Un calendrier finalement confirmé en septembre 2019 par Emmanuelle Wargon, alors Secrétaire d’État à la transition écologique et qui a donc bien été respecté, alors même que la mise en service de l’EPR de Flamanville reste toujours aussi hypothétique.

Dessin signe Besse, publié dans Marianne le 3 juillet 2020

Après 43 ans d’activité, le démantèlement de ces deux réacteurs ne s’annonce pas comme une partie de plaisir d’autant qu’il servira de laboratoire d’essais pour les 56 autres réacteurs encore en service et dont certains sont quasiment aussi obsolètes que ceux de Fessenheim. Un démantèlement qui n’a jamais vraiment été prévu et qui risque en effet de réserver son lot de mauvaises surprises. Jusqu’en 2023, la priorité est d’évacuer le combustible hautement radioactif avant de commencer, en 2025 seulement, le démantèlement proprement dit des deux réacteurs, opération qui devrait durer au moins jusqu’en 2040 selon le calendrier officiel actuel…

Cette fermeture définitive des deux premiers réacteurs nucléaires exploités commercialement par la France constitue en tout cas un signal fort, le premier depuis bien longtemps, que le pragmatisme économique, sinon l’ambition écologique voire la sécurité des populations, pouvaient finir par convaincre les plus zélés défenseurs de l’idéologie techniciste du lobby nucléaire français que d’autres voies étaient à explorer pour assurer l’indépendance énergétique nationale. Alors que tous les calculs confirment, année après année, que la filière nucléaire n’est pas si compétitive qu’EDF ne l’affirme et qu’elle constitue une véritable impasse technologique du fait de l’extrême difficulté à gérer dans le temps les déchets radioactifs qu’elle produit et à assurer au quotidien la sécurité des populations et de ses agents d’exploitation, voilà peut-être enfin un premier geste raisonnable vers des choix énergétiques plus adaptés et plus durables ?

L. V.

Alteo : entre le marteau de la mondialisation et l’enclume de l’environnement

28 juin 2020

A Gardanne, l’usine de production d’alumine existe depuis 1894 et c’est là qu’a été utilisé pour la première fois au monde le procédé industriel mis au point en 1887 par le chimiste autrichien Bayer, lequel permet d’extraire de l’oxyde d’aluminium de la bauxite, alors produite localement dans le sud-est de la France. Ce procédé industriel qui utilise de grosses quantités de soude concentrée à haute température, n’est cependant pas sans impact sur l’environnement dans lequel sont rejetées les énormes quantités de résidus solides produits, les fameuses « boues rouges », riches en produits toxiques de toutes sortes.

Vue aérienne de l’usine Alteo à Gardanne :« une vieille dame usée et fatiguée » selon le professeur Henri Augier (source © La Provence)

Stockés initialement à terre dans de vastes bassins de décantation que la pluie continue de lessiver régulièrement tandis que le vent en disperse les particules fines et toxiques dans tout le voisinage, ces boues rouges ont été ensuite déversées directement en mer grâce à une immense conduite qui traverse tout Carnoux et s’écoule au large des calanques de Cassis.

Ancienne mine de Bauxite à Cabasse dans le Var (carte postale source © Genanet)

Rachetée à Péchiney par le groupe minier anglo-australien Rio Tinto, l’usine est depuis 2012 aux mains d’un fonds d’investissement américain HIG Capital et a été depuis lors rebaptisée Alteo. Cette usine, plus que centenaire, reste un des fleurons mondiaux de la production d’alumines de spécialité, même si les raisons de son implantation initiale à Gardanne, au plus près des sites de production de lignite et de bauxite a perdu tout son sens, maintenant que toutes les activités minières locales ne sont plus qu’un vieux souvenir et que la totalité du minerai de bauxite arrive par bateau après avoir parcouru la moitié de la planète.

La production locale de ces alumines spéciales sert de réfractaire dans la sidérurgie et l’industrie automobile, mais entre aussi dans la fabrication de céramiques et de nombreux produits high tech comme des prothèses médicales, des écrans de smartphone et d’ordinateurs ou encore des batteries lithium-ions. Un marché florissant donc, avec plus de 630 clients répartis dans le monde entier, et une activité très rentable qui permet de faire vivre 480 salariés et de nombreux sous-traitants.

Usine Alteo à Gardanne sous son vernis habituel de dépôt rougeâtre (photo © Boris Horvat / AFP / 20 minutes)

Mais voilà que l’usine se trouve prise entre deux contraintes qui la fragilisent. D’un côté, les exigences environnementales s’accroissent. Après avoir fermé les yeux pendant plus d’un demi-siècle sur les rejets en mer de produits hautement toxiques, l’État a fini par admettre que cela faisait un peu tâche dans le tout nouveau Parc national des Calanques. Depuis début 2016, il a donc fallu qu’Alteo retraite un minimum ses effluents pour les débarrasser au moins de ses métaux lourds, tout en continuant à déverser au large de Cassis et à raison de 270 m³/heure, un liquide encore bien peu ragoûtant et qui dépasse allégrement les normes environnementales.

Alteo, qui revendique un chiffre d’affaire de 242 millions d’euros, affirme avoir investi 8 millions d’euros en 2018 pour tenter d’assainir quelque peu la nature de ses rejets dans le milieu naturel, un investissement d’ailleurs très largement subventionné notamment par l’Agence de l’Eau. Mais qui reste encore insuffisant puisque la date de mise en service de la station d’épuration destinée à traiter les effluents avant rejet en mer, fixée au 31 décembre 2019 par le Tribunal administratif n’a pas été respectée. Il avait donc fallu que le Préfet reporte une première fois jusqu’au 8 juin la date limite autorisée pour la mise en conformité de l’installation. Un report qui s’est avéré insuffisant et qu’il a fallu allonger encore jusqu’au 30 juin et désormais probablement jusqu’au 31 août..

Filtres presses installés sur le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (source © Atmosud PACA)

Car dans le même temps, le site de Gardanne est soumis aux aléas économiques de la mondialisation. En l’occurrence, cette pression n’a pas de rapport avec la crise sanitaire que le monde vient de connaître et avec le ralentissement économique qui s’en est ensuivi. Pour Alteo, les ennuis sont antérieurs et dateraient selon ses dirigeants, de l’année 2019. L’opacité qui règne traditionnellement dans le monde des affaires ne permet pas d’en savoir davantage, sinon qu’Alteo est en cessation de paiement depuis le 15 novembre 2019 et que la société a été mise en liquidation judiciaire fin 2019.

Une décision que beaucoup ont jugé très opportuniste puisque les dirigeants d’Alteo étaient alors engagés dans un bras de fer contre les services de l’État pour négocier des délais supplémentaires afin de respecter les exigences environnementales. Ceci, alors même que l’usine fait l’objet d’une information judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui, du fait des émanations toxiques de ses sites de stockage qui empoisonnent tout le voisinage.

Vue aérienne des bassin de stockage des boues rouges près de Gardanne (source © Analytika)

On le voit, dans ce dossier, concilier respect de l’environnement (mais aussi de la santé des populations) et compétitivité économique n’est pas des plus simples dans un système mondialisé où chacun joue sa partition selon ses propres intérêts à court terme. Curieusement pourtant, depuis qu’Alteo a réussi à obtenir les reports de délais qu’elle souhaitait pour différer ses investissements, les repreneurs se pressent pour racheter ce fleuron industriel dans un marché qui semble d’un seul coup être redevenu particulièrement fleurissant. Selon Le Monde, ce sont pas moins de 5 repreneurs potentiels qui sont en train de peaufiner leur offre qu’ils ont jusqu’au 24 juillet 2020 pour déposer.

Il n’en reste pas moins que même si l’avenir économique du site de production d’alumine de Gardanne semble plutôt serein malgré ce jeu de poker menteur auquel se livrent ses dirigeants pour faire monter les enchères, l’impact environnemental, lui, reste bien incertain. En supposant même que la fameuse station d’épuration, promise depuis des années, finisse par voir le jour cet été comme finalement annoncé, il restera à gérer la question du stockage des déchets solides actuellement entreposés à l’air libre sur le site de Mange-Garri dont l’autorisation d’exploiter prend fin le 8 juin 2021. L’industriel prévoit d’agrandir considérablement l’emprise de ces bassins de stockage mais devra pour cela déposer un dossier de demande d’autorisation et bien entendu s’assurer que ces dépôts ne provoquent pas des dégâts environnementaux inacceptables.

Site de stockage de Mange-Garri (photo © AFP / La Croix)

Une opération à haut risque d’autant que l’extension envisagée nécessite ni plus ni moins qu’une modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) de la Métropole Aix-Marseille-Provence : un sujet sensible, qu’Alteo ne veut surtout pas se risquer à porter dans le contexte actuel et qui annonce bien des débats en perspective au sein du prochain conseil métropolitain qui devrait se mettre en place début juillet, après le second tour des élections municipales. Il reviendra aux responsables politiques nouvellement élus de trouver à quel niveau placer le curseur entre protection de l’environnement local et compétitivité économique dans un système mondialisé : un beau cas d’école en perspective !

L. V.

Carnoux : ceci n’est pas une décharge !

21 juin 2020

Depuis maintenant 18 mois au moins, les habitants de Carnoux-en-Provence ont constaté la présence sur le territoire communal d’un énorme tas de gravats, qui plus est sur une parcelle communale, située au cœur même de l’arboretum.

Contrairement aux apparences, ceci n’est pas une décharge… (photo © CPC)

Certes, ce dernier n’est pas le havre de verdure arborée qu’imaginait le Lions Club lors de son aménagement, à deux pas du cimetière et en lisière de la forêt. Les rares arbres qui ont survécu aux conditions pédologiques particulièrement défavorables de cette parcelle, jadis remblayée sur plus d’un mètre d’épaisseur par des déblais de chantier, ont bien du mal à résister au mistral qui balaye et assèche tout sur son passage…

Une mare et des ruches dans le jardin de l’arboretum (photo © Un jardin se crée à Carnoux)

Une partie de la parcelle a néanmoins été confiée depuis 2017 à l’association Un jardin se crée à Carnoux, laquelle a réussi tant bien que mal et à force de terrassements et d’apport de compost, à faire reverdir une petite partie de cette parcelle pour y faire pousser des arbres fruitiers et s’y adonner au maraîchage. Une petit mare artificielle y a même été creusée et deux ruches viennent d’y être implantées.

Le jardin, un oasis de biodiversité au cœur de l’arboretum (photo © Un jardin se crée à Carnoux)

Il est donc pour le moins surprenant qu’un tel terrain communal, où les habitants du quartier viennent quotidiennement se promener ou jardiner, serve ainsi de dépotoir depuis bientôt deux ans, pour des déchets de chantiers issus des travaux d’enfouissement des réseaux dans le cadre de la dernière tranche en cours : gravats, plaques de goudrons et autres déchets de toutes sortes s’entassent ainsi sur plusieurs mètres de hauteur à l’entrée de l’arboretum, sous forme de décharge aussi disgracieuse que polluante.

Bien évidemment, l’entreprise Eiffage qui est à l’origine de ces apports de déchets de chantier, l’a fait avec le plein accord de la commune puisque c’est cette dernière qui est le maître d’ouvrage des travaux et donc son donneur d’ordre.

La pratique est d’ailleurs classique en matière de travaux publics : lorsqu’il s’agit de creuser des tranchées et d’arracher des poteaux en vue de tels travaux d’enfouissement, les entreprises ont tout intérêt à disposer à faible distance d’un terrain permettant d’entreposer provisoirement les matériaux ainsi extraits et les trier pour en réutiliser une partie avant d’évacuer tout ce qui reste en fin de chantier vers une décharge agréée.

Vue aérienne du site avant l’aménagement du jardin en 2017 (source © Google maps)

Généralement et lorsqu’il s’agit comme ici d’une parcelle du domaine public, la collectivité signe avec l’entreprise bénéficiaire une convention d’occupation temporaire, qui précise les modalités de mise à disposition du terrain et surtout de remise en état en fin de chantier, cette convention pouvant même prévoir le versement d’une indemnité pour compenser la perte temporaire de jouissance de la parcelle et les nuisances occasionnées par le stockage temporaire.

Mais à Carnoux où ce dépôt sauvage n’est pas le premier du genre, il semble que rien de tout cela n’ait été prévu et que l’on s’est contenté d’un simple « arrangement » avec l’entreprise qui a donc pu, en toute liberté, déposer régulièrement et stocker ainsi pendant plus d’un an un énorme tas de gravats et de déchets de chantier en plein milieu de l’arboretum.

Pour lui faciliter la tâche, la barrière située à l’entrée du site a même été laissée ouverte, tant et si bien que tout le voisinage, et sans doute quelques entrepreneurs locaux peu regardants, en a déduit qu’une nouvelle décharge gratuite et non réglementée avait vu le jour sur Carnoux, bien pratique pour venir déposer discrètement déchets verts et déblais de démolition, ni vu ni connu.

Après l’enlèvement des déblais par Eiffage, le 19 juin 2020 : et le reste ? (photo © CPC)

Le chantier de terrassement est désormais terminé et Eiffage a replié son chantier. Les services techniques de la mairie lui ayant quand même rappelé que le stockage de ses déchets n’était pas supposé définitif, l’entreprise a fait l’effort de venir récupérer une partie de ses matériaux, après s’être quelque peu fait tirer l’oreille. Mais elle refuse catégoriquement de tout reprendre et a laissé plus de la moitié du tas sur place, considérant que tout les apports ne sont pas de son fait, ce qui est effectivement difficilement contestable, surtout lorsque rien n’a été contractualisé ni surveillé en cours de chantier. Il flotte sur la gestion de cette décharge sauvage, autorisée par la commune, comme un léger parfum d’amateurisme…

L. V.

Tchernobyl : un nouveau nuage…

20 avril 2020

Le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl quelques jours après l’explosion du 26 avril 1986 (photo © STR Associated Press / La Croix)

C’était le 26 avril 1986, il y a tout juste 34 ans. En pleine nuit, à 1h du matin, le réacteur nucléaire n°4 de la centrale Vladimir Ilitch Lénine, construite au bord d’un affluent du Dniepr, dans ce qui était alors la République socialiste soviétique d’Ukraine, explosait brutalement, provoquant la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Mis en service en 1983, ce quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl, faisait ce jour-là l’objet d’un essai destiné à tester l’alimentation électrique de secours en cas de panne du réacteur. Prévu la veille, ce test, qui nécessitait de réduire fortement la puissance du réacteur, avait dû être reporté et s’est donc produit en pleine nuit, avec des équipes peu préparées.

Une série d’erreurs humaines successives, alliées à des défauts manifestes de conception du réacteur, s’enchaînent pour conduite à la catastrophe. Quand l’essai débute, à 1h23, le réacteur devient totalement instable et la procédure d’arrêt d’urgence enclenchée peu après ne permet pas aux barres de contrôle de se mettre en place correctement. En moins d’une minute, la puissance du réacteur augmente de manière vertigineuse, provoquant la radiolyse de l’eau des circuits de refroidissement, ce qui conduit à une formidable explosion : les 1200 tonnes de béton armé du toit sont projetés en l’air et retombent en fissurant le cœur même du réacteur qui prend feu.

Extrait de la série Chernobyl diffusée en France sur OCS (source Mediacritik)

A partir de là s’engage une lutte effrénée pour tenter de limiter les conséquences de la catastrophe. Un combat acharné, dans lequel se mêlent bien des actes d’héroïsme et de sacrifices individuels, magistralement retranscrit dans les 5 épisodes de Chernobyl, une mini-série filmée écrite par Craig Mazin, particulièrement pédagogique bien qu’effrayante de réalisme. Mais l’inconscience de certains, la difficulté de tous à mesurer les risques induits par une catastrophe nucléaire de cette ampleur et à lutter contre une radioactivité invisible, ainsi que la volonté des responsables politiques à minimiser voire à masquer les faits, font des ravages.

Le bilan humain est difficile à évaluer mais l’Ukraine a reconnu en 2016 au moins 35 000 décès directs. Environ 250 000 personnes sont évacuées dans un rayon de 30 km autour de la centrale, dont la totalité de ceux qui vivaient à Prypiat, la ville située à 3 km seulement de Tchernobyl. Tous les animaux sauvages et domestiques vivant à proximité doivent être abattus et le bilan écologique est sévère également.

Extrait d’une animation vidéo réalisée par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire montrant les mouvements du panache radioactif issu de Tchernobyl entre 0 et 10 m au-dessus du sol le 1er mai 1986 (source © IRSN / Le Monde)

Le nuage radioactif issu de la centrale et chargé notamment en particules radioactives de Césium 137, se répand rapidement sur le nord de l’Europe et recouvre largement la France entre le 30 avril et les premiers jours de mai 1986, malgré les discours lénifiants des autorités sanitaires de l’époque.

Incendie près de Tchernobyl le 10 avril 2020 (photo © Volodymyr Shuvayev / AFP / Ouest France)

Et voilà que le site de cet accident majeur de l’industrie nucléaire se rappelle de nouveau à notre bon souvenir. Le 4 avril 2020, un gigantesque incendie s’est déclaré dans la zone d’exclusion délimitée autour du site de Tchernobyl, dans le secteur très contaminé de Polesskoye, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la centrale nucléaire accidentée en 1986. Bien que les feux de forêts soient fréquents dans la région à cette période de l’année, celui-ci, qui aurait été allumé par un jeune inconscient s’amusant à mettre le feu à des herbes sèches, a rapidement pris une ampleur inhabituelle du fait de la sécheresse et des vents violents qui sévissaient à cette période.

Le lendemain, le feu a déjà grignoté une bonne centaine d’hectares de parcelles forestières situées à proximité de la centrale. Avions et hélicoptères sont sur place, ainsi qu’une bonne centaine de pompiers mais Egor Firsov, chef par intérim de l’inspection écologique gouvernementale, publie une vidéo sur Facebook où il déclare que les nouvelles sont mauvaises. La radioactivité est 16 fois supérieure à la normale au cœur de l’incendie… Le lundi 6 avril, pourtant les autorités se veulent rassurantes et Egor Firsov lui-même revient sur ses propos alarmistes de la veille tandis que le feu continue à se propager toute la semaine durant.

Incendie près de Tchernobyl le 12 avril 2020 (photo © Volodymyr Shuvayev / AFP / Ouest France)

Le 13 avril, plus de 400 pompiers ukrainiens sont appelés en renfort et ce sont pas moins de 540 tonnes d’eau qui sont déversées pour tenter de maîtriser les incendies toujours hors contrôle. Un haut responsable gouvernemental assure que « la centrale nucléaire de Tchernobyl, les lieux de stockage de déchets radioactifs et les autres infrastructures cruciales de la zone d’exclusion ne sont pas menacés », alors que Greenpeace affirme en s’appuyant sur les photos satellite qui montrent la progression des zones brûlées, que les flammes ne sont plus qu’à 1,5 km du réacteur qui a explosé en 1986. Selon les analyses, le feu aurait alors parcouru plus de 35 000 ha et serait aux limites de la ville fantôme de Prypiat.

Extrait d’une animation vidéo montrant les mouvements du panache radioactif issu des feux de forêt près de Tchernobyl au 14 avril 2020 (source © IRSN / Huffington Post)

En brûlant, le feu libère dans l’atmosphère les particules radioactives de Césium 137 et sans doute aussi de Plutonium et de Strontium contenu dans les sols et dans la végétation. Des simulations ont été faites qui montrent, qu’en fonction du déplacement observé des masses d’air atmosphériques, ces éléments radioactifs ont dû arriver au dessus du territoire français autour du 14 avril, mais avec des concentrations suffisamment faibles pour ne pas représenter de risque sanitaire. Même à Kiev, pourtant distant d’une centaine de kilomètres seulement, il ne semble pas y avoir été observé d’augmentation trop inquiétante de la radioactivité de l’air ambiant.

Toujours est-il que le mardi 14 avril 2020, il a plu abondamment sur Tchernobyl. Des précipitations bienvenues qui, jumelées aux efforts des pompiers, ont permis de venir enfin à bout de ces gigantesques incendies, même s’il a fallu encore quelques jours supplémentaires pour sécuriser totalement la zone et juguler les derniers foyers couvant encore. On imagine le soulagement des pompiers locaux, eux qui avaient déjà payé un lourd tribut lorsqu’ils étaient intervenus en catastrophe le 26 avril 1986 alors que le ciel rougeoyait autour du réacteur n°4 de Tchernobyl dont il émanait une étrange lueur bleutée, alors même que personne n’avait encore compris que la centrale nucléaire venait d’exploser et que des matériaux hautement radioactifs issus du cœur s’étaient répandus autour du sinistre…

L. V.

Collecte des déchets : ça bouge !

24 mars 2020

Collecte des ordures ménagères par des agents de la métropole d’Aix-Marseille-Provence (photo © Patrick Magnien / 20 minutes)

Nous nous sommes habitués depuis plusieurs décennies à laisser le soin à des professionnels, rémunérés par la collectivité, d’assurer la collecte et le traitement de nos déchets dont le volume ne fait qu’augmenter d’année en année. Mais on ne peut continuer indéfiniment à accumuler des déchets que l’on enfouit ou que l’on incinère, car cette activité, malgré toutes les précautions qui sont prisses, coûte cher à la collectivité et contribue à polluer l’air, les sols et l’eau.

Pour sortir de ce cercle vicieux, toutes les solutions sont bonnes à prendre : éviter autant que possible de produire des déchets, recycler tout ce qui peut l’être et limiter l’impact environnemental de l’élimination des déchets ultimes, telles sont les grandes lignes des politiques publiques mises en œuvre… Et en la matière, les choses évoluent, même si l’agglomération marseillaise fait, jusqu’à présent, plutôt figure de retardataire.

Montagne de déchets en 2011 à Limeil-Brévannes dans le Val de Marne (photo © Jacques Demarthon / AFP / BFM TV)

Chaque Français génère en moyenne de l’ordre de 250 kg de déchets par an, collectés via le ramassage des ordures ménagères. En région PACA, ce volume s’élève en moyenne à 340 kg, ce qui signifie que l’on a une forte marge de progression pour mieux recycler et réduire à la source les volumes de matière à traiter !

Les activités économiques sont en partie responsables de cette surcharge pondérale coûteuse. Alors qu’en moyenne nationale les déchets issus des entreprises et des commerces qui continuent à être collectés et traités comme des ordures ménagères représentent 20 % du volume total des déchets ramassés par les collectivités, ce pourcentage est le double en région PACA. Une anomalie qui devrait être amenée à disparaître progressivement puisque depuis déjà des années, il revient aux acteurs économiques de s’organiser pour collecter et traiter eux-mêmes les déchets générés par leur activité.

Déchets dans la zone industrielle de Lambesc (source © association AZALEE / La Provence)

La collectivité n’a en effet aucune obligation de prendre en charge avec le reste des ordures ménagères la collecte des déchets issus de l’activité économique, surtout lorsque cela représente des volumes aussi importants. La plupart des collectivités ont d’ailleurs arrêté de le faire et laissent le soin aux entreprises et aux gestionnaires des zones d’activité de s’organiser en conséquence. A Marseille, sur les anciens territoires du Pays d’Aix et de la Communauté urbaine de Marseille, cette collecte s’est d’ailleurs arrêtée au 1er janvier 2020, au grand désarroi de nombreux industriels malgré toute la communication réalisée en amont…

Et les choses vont bouger aussi du côté des biodéchets, tout ce qui concerne les déchets organiques fermentescibles qui constituent une part très importante de nos déchets ménagers, souvent plus de 30 % du contenu de nos poubelles ! Réduire en fumée, via un incinérateur, ces déchets organiques gorgés d’eau, est une ineptie car cela consomme énormément d’énergie inutilement. Les enfouir avec les autres déchets est tout aussi regrettable voire potentiellement dangereux car leur fermentation en masse produit du biogaz qu’il faut évacuer à défaut de le valoriser.

Inversement, ces déchets organiques sont très facilement valorisables pour produire du biogaz et du compost parfaitement adapté pour de multiples usages en agriculture, ou pour les parcs et jardins des collectivités. Mais cela suppose de les collecter à part. Ce sera bientôt le cas puisque la loi de transition énergétique pour la croissance verte, adoptée le 17 août 2015, rend obligatoire la collecte séparée des déchets organiques à compter de 2025. Et le calendrier s’accélère puisqu’une directive cadre relative aux déchets a été modifiée en 2018 et qu’elle ramène cette date limite au 31 décembre 2023, dans moins de 3 ans donc.

Composteur artisanal en bois à construire soi-même (source © Backyardfeast)

Les municipalités qui viennent d’être réélues ou qui le seront d’ici quelques mois, à l’issue de la crise sanitaire qui actuellement occupe tous les esprits, vont donc avoir à mettre en lace et à gérer une nouvelle étape importante, à savoir le tri à la source par chaque citoyen, de ces déchets organiques pour pouvoir les collecter séparément et les valoriser. Car tous les retours d’expérience ont confirmé que le tri mécanique de ces déchets, s’ils n’ont pas été séparés dès le départ, est totalement impossible et en tout cas sans aucune pertinence économique. C’est donc bien à chacun de faire en sorte de ne pas mélanger dès le départ ses épluchures de pommes de terre avec ses emballages de pizza. Encore un domaine où le citoyen va devoir réapprendre, très vite, à se montrer responsable et proactif, au lieu de se reposer entièrement sur l’action des agents municipaux ou de leurs prestataires, au prétexte qu’il paye des impôts pour cela…

Des composteurs individuels mis à disposition des familles (source © SYDED)

Le changement n’est pas si naturel qu’il ‘y paraît. Heureusement, de très nombreuses collectivités ont déjà franchi le pas et d’innombrables familles pratiquent déjà de manière quotidienne ce tri à la source des déchets organiques, soit pour nourrir leurs poules, soit pour alimenter le composteur placé dans un coin du jardin… Dans le Lot par exemple, un syndicat de traitement des ordures ménagères, le SYDED, a déjà installé sur son territoire quelques 270 composteurs partagés, souvent mis à disposition de structures telles que des établissements scolaires. Chacun de ces sites, grâce aux conseils pratiques de professionnels, permet de traiter de 500 kg à 3 tonnes de déchets organiques par an, autant de volume qui ne finit plus en décharge et permet de produire du terreau à usage local.

Un guide pratique réalisé parle réseau Compostplus à l’attention des collectivités (source © actu-environnement)

Ces composteurs de proximité, qui disposent désormais, depuis un arrêté du 9 avril 2018, d’un cadre réglementaire sécurisé pour des capacités ne dépassant pas 1 t de matière déposée par semaine, sont certainement appelés à se multiplier, tandis que plusieurs villes testent des tournées de collecte des déchets organiques en porte à porte. C’est le cas désormais à Grenoble et dans trois arrondissement de Paris par exemple. Il existe même un guide pratique de la collecte séparée des biodéchets, réalisé à l’attention des collectivités par le réseau Compostplus.

Peut-être un nouveau chantier que la nouvelle municipalité de Carnoux et les futurs élus de la métropole Aix-Marseille-Provence auront à cœur de mettre en œuvre, sans même attendre l’échéance réglementaire du 31 décembre 2023, histoire de rattraper le retard accumulé dans le tri sélectif des ordures ménagères dans les logements collectifs ?

L. V.

Après 1336, 1083…

18 janvier 2020

Emballages de thé commercialisé par Scop-TI sous la marque 1336 (photo © Martin Flaux / Made in Marseille)

1336, c’est le nom commercial des produits issus de cette coopérative de production SCOP-TI (Société coopérative provençale de thés et d’infusion) basée à Gemenos et qui a pris le relais, en 2014, de la société Fralib, une filiale du géant de l’agroalimentaire Unilever, après 1336 jours de mobilisation acharnée de ses employés. Depuis mai 2015, les boîtes de sachets de thé et d’infusions aux couleurs pastel issues des chaînes de production de Gemenos viennent remplir les rayons des magasins tout en continuant d’arborer fièrement le slogan quelque peu engagé des ex-FRALIB : « éveille les consciences, réveille les papilles ».

Et voilà qu’une autre entreprise au nom tout aussi codé de 1083, fait beaucoup parler d’elle à son tour, alors que son fondateur, Thomas Huriez, vient de publier un livre, intitulé en bon franglais burlesque Re-made en France, dans lequel il se fait le chantre d’une nouvelle relocalisation en France de la production textile.

Informaticien de formation, Thomas Huriez s’ennuyait ferme dans son job de responsable informatique dans une école de commerce à Grenoble et rêvait d’arriver à concilier son engagement professionnel avec ses valeurs éthiques, une équation pas toujours aisée à résoudre. En 2007, il franchit le pas en démissionnant et se lance à 32 ans dans la création d’une société de commerce de vêtements éthiques, Modetic, qu’il installe dans sa ville natale de Romans-sur-Isère. Une ville qui fut capitale française de la chaussure avant que cette filière ne transfert la totalité de sa production sous d’autres cieux, là où la main d’œuvre se contente de salaires de misère.

La nouvelle société du jeune entrepreneur tente de commercialiser, via internet et dans son magasin de Romans, différentes marques de mode issues du commerce équitable et/ou fabriquées à base de textiles bio. Mais le secteur est en crise et peine à décoller, les consommateurs préférant acheter dans des circuits plus classiques des marques produites à l’autre bout du monde, dans des conditions sociales et écologiques déplorables, mais vendues beaucoup moins chères. Partant de ce constat, Thomas Huriez se pique de vouloir reconstituer une filière locale de fabrication de textiles, d’abord des chaussettes et des tee shirts, avant de s’attaquer aux jeans.

La filature Valrupt dans les Vosges, où ont été tissés les premiers jeans 1083, reprise par Modetic fin 2018 (source © Les Echos)

Sauf qu’à force de délocalisation, on ne sait plus fabriquer en France des jeans, de même qu’on a perdu le tour de main pour faire des soudures et de la chaudronnerie à usage nucléaire, mais ceci est une autre histoire… En 2012, la société Modetic crée ainsi la marque 1083 pour commercialiser sa propre gamme de vêtements made in France. 1083 et la petite borne rouge qui lui sert de logo pointent sur la distance maximale qui sépare à vol d’oiseau les deux points les plus éloignés de l’Hexagone. Le concept est donc limpide : n’acheter que des vêtements et des baskets produits à moins de 1083 km de votre domicile plutôt que d’importer par container des habits qui ont fait plusieurs fois le tour du Monde au gré des vicissitudes des filières textiles mondialisées.

Pour démarrer, Modetic a fait appel au financement participatif via la plate forme de crowfunding Ulule. Il faut au minimum 150 pré-commandes pour lancer la chaîne de fabrication mais l’engouement est tel que les commandes affluent et dépassent rapidement le millier, attestant d’un réel engouement d’une partie des consommateurs pour le textile éthique made in France.

En juillet 2014, Thomas Huriez se prépare pour une traversée de la France en vélo après avoir rapidement gagné son pari de vendre plus de 1083 jeans made in France… (photo © Florence Gotschaux / France Bleu)

Mais il n’est pas si simple de retrouver des approvisionnements français et locaux pour le tissage, les ateliers de confection et les machines. Il a fallu ouvrir une école pour former de nouveau en France du personnel compétent afin de redévelopper la filière. Les rivets étaient jusque-là importés, mais la société est en train de mettre en place des sources locales d’approvisionnement. Quant au coton utilisé, il vient de Tanzanie, du Bénin ou du Mali mais est certifié 100 % bio et sans OGM. Et l’entreprise s’efforce de recréer une filière de tissage du lin, une plante textile dont la France est le premier producteur mondial alors que la dernière filature a fermé ses portes en 2005…

Un jean et des baskets made in France (source © Modetic)

Sur le plan économique, la concurrence avec les pays asiatiques est rude. Pour fabriquer un jean basique, selon une étude réalisée par l’Institut de la Mode pour l’Union des industries textiles et publiée notamment par Fashion network, il faut compter environ 1,20 € de main d’œuvre au Bangladesh, 2,70 € en Chine, 4 € au Maroc ou en Tunisie, 7 € au Portugal, et pas moins de 12,50 € en France. A cela, il faut ajouter le prix du tissu, de l’ordre de 3 € pour du tissu asiatique et 6 € pour un tissu euro-méditerranéen, ainsi que celui des fournitures qui ne dépasse guère 1 €. Quant aux droits de douane et aux coûts de transport, ils sont naturellement supérieurs pour les marchandises importées et peuvent atteindre près de 1,50 € pour des jeans importés de Chine, du Vietnam ou du Maroc, alors qu’ils sont quasi inexistant pour un pantalon fabriqué en France ou en Turquie.

A première vue, un jean fabriqué en France revient donc 2 à 3 fois plus cher que son équivalent importé de Chine. Sauf que les distributeurs en Europe vendent leurs produits avec des marges très confortables, n’hésitant pas à les mettre en vente à 8 voire 10 fois leur prix de revient. Moyennant un autre modèle de circuit de distribution dans lequel le vêtement est vendu à 2 ou au maximum 4 fois le prix de revient, on arrive finalement à retrouver des produits compétitifs et plus satisfaisants pour nombre de consommateurs. Comme quoi, la désindustrialisation en France n’est pas une fatalité et que les coûts de main d’œuvre ne sont pas, loin s’en faut, le seul paramètre à prendre en compte !

Schéma de principe du cycle de vie d’un jean Infini (source © 1083)

D’autant qu’une marque comme 1083 ne manque pas d’imagination pour satisfaire les attentes de ses clients, allant jusqu’à leur vendre son propre tissu et ses patrons pour leur permettre de coudre eux-mêmes leur jean, ou à commercialiser des jeans consignés qui peuvent être rendus après usage, moyennant la récupération d’une consigne de 20 €, afin d’assurer le recyclage du produit… Modetic va très loin dans le concept du jean recyclable, en concevant des modèles à partir de fibres de polyester recyclé (issu de bouteilles plastiques usagées et de déchets récupérés en mer) qui sont filées en Espagne, teintes en Ardèche et tissées en Saône-et-Loire, les jeans eux-mêmes étant confectionnés à Marseille !

La marque 1083 étant loin d’être le seul acteur sur ce créneau du jean éco-responsable, plus ou moins éthique, fabriqué au moins partiellement en France ou du moins en Europe, et de plus en plus recyclable, on sent que quelque chose est en train de bouger dans le domaine textile : il ne tient plus qu’au consommateur d’encourager cette démarche par son geste d’achat. Thomas Huriez affirme avoir créé 7 emplois en vendant depuis 2013 environ 7000 jeans made in France et rappelle qu’il se vend chaque année en France de l’ordre de 88 millions de jeans : de quoi recréer pas mal d’emplois en effet…

L.V.

Élections municipales : un pacte pour l’avenir ?

27 décembre 2019

Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg le 3 septembre 2002 (photo © SIPA Press)

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait reconnu, lors du Sommet de la Terre à Johannesburg, en 2002, le Président Jacques Chirac, dans un éclair de lucidité, lui qui ne s’embarrassait guère de scrupules en matière de gestion durable et équitable des ressources naturelles comme d’ailleurs des deniers publiques, au point de finir sa carrière avec une infamante condamnation à deux ans de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêt.

La phrase est restée dans les annales et reflète bien le sentiment d’impuissance qui caractérise chaque citoyen face à cette catastrophe écologique qui se précise de jour en jour et devant laquelle chacun se bouche les yeux en espérant pouvoir continuer à vivre comme si de rien n’était, profitant à plein des bienfaits confortables de notre société de consommation tout en priant pour que le système tienne le coup au moins jusqu’à la génération suivante…

Manifestation d’étudiants en faveur de la transition écologique à Nantes en février 2019 (photo © Estelle Ruiz / Nur Photo / La Croix)

Les plus jeunes l’ont d’ailleurs bien compris et ce n’est pas par hasard qu’ils constituent de très loin les plus gros bataillons de ceux qui se mobilisent en faveur d’un mode de vie plus respectueux des ressources naturelles limitées de notre planète et pour une transition écologique vers une société qui modère ses émissions de gaz à effet de serre en développant le recours à des sources d’énergie renouvelables. Une véritable révolution culturelle, sociale, économique et politique qui malheureusement indiffère totalement voire suscite la plus grande ironie de la part d’une très large majorité de nos responsables politiques, souvent âgés et qui se sentent bien plus concernés par les résultats à court terme du marché boursier que par ces enjeux planétaires de long terme.

Nicolas Hulot en son temps, avait bien tenté de faire signer par les principaux candidats à l’élection présidentielle de 2007 un « Pacte écologique » les engageant à mettre en œuvre une politique ambitieuse permettant une prise en compte centrale des enjeux environnementaux. Le gagnant de cette élection, Nicolas Sarkozy, avait d’ailleurs signé sans barguigner cet engagement, de même que 342 des députés élus lors des législatives qui ont suivi, ce qui ne les a pas empêchés de s’asseoir allègrement sur leurs promesses et de mettre en œuvre, une fois élus, des mesures qui n’ont fait qu’aggraver la situation.

De là à en déduire que la transition écologique est une affaire trop sérieuse pour la confier aux seuls politiques, il n’y a qu’un pas que nombre de militants associatifs ont franchi depuis belle lurette. On assiste d’ailleurs, à l’occasion des prochaines élections municipales prévues en mars 2020, à l’éclosion de très nombreuses listes dites citoyennes et écologistes, issues précisément de la société civile, et qui cherchent à mettre en avant une démocratie basée davantage sur la concertation et la participation citoyenne, avec pour objectif une meilleure prise en compte de l’intérêt général via des mesures concrètes en faveur de plus d’équité, de solidarité et de responsabilité y compris envers les générations futures.

C’est dans cet esprit qu’ont travaillé une quarantaine d’associations et organismes réunis au sein d’un « Collectif pour une transition citoyenne » afin d’élaborer un nouveau « Pacte pour la transition » destiné justement à inspirer les politiques publiques qui pourront être conduites dans les quelques 35 000 communes de France, à compter des prochaines échéances électorales.

On sait bien que les enjeux climatiques et environnementaux, qui par nature dépassent les frontières administratives, ne peuvent être traités de manière correcte qu’à l’échelle planétaire. Mais le principe de réalité oblige à constater qu’il n’existe pas de volonté politique parmi nos responsables politiques pour impulser ces évolutions nécessaires. L’échec de la COP 25 l’a encore récemment démontré.

En revanche, chacun peut agir au niveau local sans attendre un hypothétique consensus global. C’est bien en effet à l’échelle de la commune et, de plus en plus, de l’intercommunalité, enjeux des prochaines échéances électorales de mars 2020, que se mettent en œuvre la plupart des politiques publiques qui ont un impact direct sur nos émissions de gaz à effet de serre et sur l’avenir de notre environnement. Gérer de manière plus durable nos ressources en eau, développer des transports en communs accessibles et fiables comme alternative au tout voiture, développer la production d’énergie renouvelable, favoriser les débouchés commerciaux des exploitations agricoles bio locales, réduire les rejets dans le milieu naturel d’eaux usées insuffisamment traitées, stopper l’artificialisation et l’imperméabilisation des terres par un aménagement urbain repensé, mieux trier et recycler les déchets, etc. : la liste est longue de toutes les mesures en faveur d’une transition écologique qui relèvent directement du champ de compétence de la commune et de la métropole.

Fribourg, la ville écologique de demain ? (photo © Bertrand Rieger / Ville intelligente)

Issu d’une très large concertation citoyenne, les propositions du Pacte pour la transition, mettent en avant trois principes et 32 mesures sous forme d’un catalogue dans lequel peuvent puiser les candidats qui s’engagent à le respecter. Les principes sont simples puisqu’il s’agit d’une part d’impulser et soutenir auprès du plus large public les actions de sensibilisation à la nécessité de cette transition écologique, d’autre part de mettre en place un processus de construction collective et concerté des politiques locales, et enfin de prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux à long terme dans tous les projets et les décisions de la commune.

Quant aux 32 mesures qui sont listées et qui sont détaillées dans des fiches techniques pratiques expliquant comment les mettre en œuvre, exemples à l’appui, elles sont très variées puisqu’elles concernent aussi bien la mobilisation citoyenne, via notamment la création d’une commission extra-municipale destinée à s’assurer de la compatibilité des projets municipaux avec les enjeux sociaux, climatiques et environnementaux de long terme, que par exemple la limitation de la place de la publicité dans l’espace public ou la mise en place d’une tarification incitative au tri des déchets.

Urbanisme, logement, gestion de l’eau et des espaces naturels, éclairage public, transports en commun, pistes cyclables, cantine scolaire, achat public, tous les thèmes sont abordés et l’exercice montre de manière très éclairante à quel point les élus municipaux ont entre leurs mains la plupart des leviers qui permettent d’agir en faveur d’une transition écologique ambitieuse. Encore faut-il qu’ils aient la volonté de s’engager dans une telle direction. Mais c’est à chaque citoyen de faire en sorte de l’y inciter par son vote…

L. V.

Encore un peu de plastique ?

24 novembre 2019

Chacun le sait, la production de plastique n’arrête pas de progresser et le volume de déchets plastiques déversés dans tous les océans du monde dépasse désormais l’entendement. Une étude de 2015 avait évalué à 8 millions de tonnes la quantité de plastique rejetés dans les océans pour la seule année 2010, et la tendance est loin de s’inverser. Selon le WWF, ce serait entre 220 000 et 630 000 tonnes de plastique qui se retrouverait ainsi dans les seules mers européennes, dont une bonne part dans la Méditerranée, mer intérieure fermée et donc tout particulièrement vulnérable.

Une petite partie de ces déchets, de l’ordre de 20 %, est issue directement de l’activité maritime (pêche, navigation, tourisme, etc.) mais l’essentiel provient directement de ce qui est rejeté depuis le littoral, par le vent ou apporté par les fleuves côtiers.

Un dessin signé Souhayla, publié dans le quotidien algérien El Watan le 28 septembre 2018

En Méditerranée, on considère ainsi que 95 % des déchets retrouvés en mer sont à base de plastique, qui se caractérise par des durées de dégradation très longues : un sac plastique met 20 ans pour finir par se dégrader mais il en faut 50 pour un gobelet en plastique et pas moins de 600 ans pour une ligne de pêche en nylon ! De quoi faire périr par étouffement plus d’une tortue marine à la vue basse qui gobent avec gourmandise ces sacs en plastiques aux faux airs de méduse…

Sauvetage d’un poisson pris au piège d’un sac plastique (extrait vidéo YouTube)

Quand ce ne sont pas les poissons eux-mêmes qui finissent emprisonnés dans un sac un peu sournois comme le montre une vidéo filmée par une monitrice de plongée à Phuket en Thaïlande.

Du coup, tous ces déchets qui se délitent et se dégradent peu à peu en micro-particules envahissent la totalité de l’écosystème marin et nous reviennent en boomerang via les poissons et les fruits de mer que nous consommons. Le phénomène n’est pas nouveau et on sait déjà depuis plusieurs années que les moules en particulier contiennent un grand nombre de micro-fragments de plastiques issus de la filtration de l’eau de mer et qui s’accumulent dans leur chair.

Un dessin signé Zoé Thouron

Selon un article récent d’Emploi Vert, une étude conduite par des chercheurs de l’Université de l’agriculture et de la technologie de Tokyo a révélé que 80 % des anchois de la baie de Tokyo contenaient des micro-plastiques, mesurant entre 0,1 et 1 mm. Parmi les 64 anchois japonais analysés, 150 particules micro-plastiques ont été retrouvées dans les tubes digestifs de 49 d’entre eux. En consommant ces poissons, l’homme contribue finalement à digérer tous ses sacs, bouteilles et autres objets en plastiques qu’il a laissé négligemment partir au gré des vents plutôt que de les incinérer ou de les recycler.

Un bar de 2 kg pêché dans les Landes, avec un attirail de couture dans le ventre (photo © Olivier Froustey / France 3 Régions)

Et de plus en plus, les pêcheurs ont de désagréables surprises en vidant leurs poissons, comme dans le cas, rapporté par le quotidien Sud-Ouest, de ce pêcheur amateur des Landes qui a trouvé en septembre dernier dans les entrailles d’un bar de 2 kg un petit sachet en plastique contenant un bouton : pour recoudre le poisson ?

Un célèbre chef cuisinier mexicain vient lui aussi d’en faire l’amère expérience en vidant un poisson pour les clients de son restaurant. Comme le montre une vidéo postée sur son compte Twitter et reprise par Le Point, il a retiré du ventre de l’animal pas moins de cinq bouchons de bouteille, deux morceaux de sac, un bout de peigne et quelques autres petits débris de plastique : bon appétit !

L. V.

Gestion des déchets : les sénateurs s’interrogent

25 septembre 2019

Il est des sujets de société qui semblent faire consensus. Qui, par exemple, irait aujourd’hui prétendre que la gestion des déchets est un sujet mineur, alors que chacun voit bien les ravages environnementaux de ces montagnes de déchets que nous produisons en quantité sans cesse croissante et dont la gestion contribue à polluer les sols, l’eau et même l’atmosphère.

C’est tout l’enjeu du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, examiné en séance publique au Sénat depuis ce mardi 24 septembre 2019. Ce projet est ambitieux puisqu’il vise, selon le Figaro, ni plus ni moins qu’à accompagner une « transition profonde et irréversible » des modèles de production et de consommation, en appelant à « sortir du modèle – extraire, fabriquer, consommer, jeter – qui est à bout de souffle » et en garantissant une « consommation sobre des ressources non renouvelables ».

Mais si tout le monde ne peut qu’être d’accord avec des objectifs aussi vertueux, il n’en reste pas moins que les débats, à l’occasion de l’examen de ce texte par la Commission sénatoriale de l’aménagement du territoire et du développement durable, la semaine dernière, ont été plutôt houleux, à en croire les échos relatés par Actu-Environnement ou Public-Sénat.

Stock de bouteilles en plastique recyclables (photo © Ivan Tsyrkunovich / Actu-Environnement)

Les principales avancées proposées par ce projet de loi ne semblent pas avoir suscité de débat majeur, en particulier pour ce qui concerne l’obligation d’affichage d’un « indice de réparabilité » sur les appareils électriques et électroniques, ou encore celle de recycler ou réemployer les produits alimentaires invendus lorsqu’ils sont encore utilisables. Les consignes de tri sélectif devraient aussi pouvoir enfin être harmonisées sur l’ensemble du territoire national d’ici 2022, ce qui n’est pas une mauvaise idée pour tenter d’améliorer la qualité du tri qui laisse souvent à désirer…

Bientôt un dispositif pour récupérer les mégots de cigarettes ? (photo © Paul J. Richards / AFP / Le Figaro)

La mise en place d’une nouvelle filière à responsabilité élargie des producteurs (filière REP) pourrait ainsi être instaurée à partir de 2022 pour les produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment qui seraient ainsi repris sans frais, s’ils ont été au préalable triés. D’autres filières comparables sont aussi envisagées pour les jouets, les articles de sport et de loisirs, les articles de bricolage et de jardinage, ou encore les produits du tabac équipés de filtres : d’ici 2024, les buralistes risquent ainsi de se voir obligés de reprendre les mégots de cigarettes que les clients leur rapporteront obligeamment…

Mais les choses se corsent pour ce qui est de la gestion des plastiques recyclés. Le projet de loi vise à instaurer un système de bonus-malus pour pénaliser les industriels qui n’utiliseraient pas de plastique recyclé pour la fabrication de ce produit. A l’instigation des sénateurs, le texte pourrait aussi interdire purement et simplement la distribution gratuite de bouteilles d’eau plate en plastique dans les établissements recevant du public et dans les locaux à usage professionnel, une mesure qui permettra peut-être de réduire quelque peu le recours inconsidéré à ce type de produit omniprésent.

Poubelles pour le tri sélectif des déchets à la gare Massy TGV : jaune pour le bouteilles et canettes, bleu pour les papiers et journaux, transparent pour le reste… (source © SNCF)

Les sénateurs proposent aussi de généraliser la mise en place de dispositifs de collecte séparée des déchets pour les emballages ce produits consommés hors du domicile, autrement dit des poubelles jaunes partout sur la voie publique, histoire d’améliorer le taux de collecte des bouteilles en plastique qui ne dépasse pas 57 % actuellement en France. Quand on voit la nature des déchets qui y sont déposés, en particulier dans les gares dont certaines sont déjà équipées, on ne peut que constater que nos élus manquent totalement de réalisme et qu’il faudra une bonne dose de pédagogie avant que l’on puisse envisager sérieusement valoriser les déchets ainsi récupérés…

Mais le point d’affrontement principal se focalise contre une mesure phare du texte de loi qui vise à généraliser le dispositif des consignes pour les emballages de boisson afin de faciliter la récupération de ces bouteilles, soit pour leur réutilisation soit pour le recyclage. Hervé Maurey, le président (centriste) de la commission sénatoriale en charge de l’examen de ce dossier accuse carrément le gouvernement de n’avoir pas fait d’étude d’impact préalable et de se baser sur les seules analyses de l’éco-organisme Citeo, et des industriels concernés, accusant au passage la firme Coca Cola de l’abreuver de « kilomètres de mails » pour tenter de le convaincre.

Containers de tri sélectif en apport volontaire à Marseille (source © Marsactu)

Officiellement, les sénateurs craignent que le développement du dispositif de consigne pour les bouteilles en plastique ne contribue à légitimer ce matériau comme emballage de boisson puisque le consommateur recevra de l’argent en venant rendre la consigne. Mais en réalité, ils relaient avant tout les craintes des maires dont ils sont très proches (et qui sont leurs électeurs), lesquels verraient, du fait de ce dispositif, se réduire les volumes d’emballages usagés collectés en porte à porte ou dans les points d’apports volontaires, déposés gratuitement par les administrés et qui sont ensuite valorisés par recyclage pour un bénéfice annuel de 200 millions d’euros revenant dans la poche des collectivités.

On comprend que les sénateurs soient vent debout contre une telle approche qui inciterait les consommateurs à venir plutôt rapporter en grande surface leurs bouteilles vides. L’histoire n’est pas encore écrite et le texte de loi subira certainement encore de multiples amendements avant son adoption finale. Mais l’affaire illustre à quel point il est bien difficile de légiférer dans des domaines où les intérêts des uns et des autres divergent à ce point. Faisons donc confiance en la sagesse de nos élus pour prendre les meilleures décisions, en espérant que l’intérêt de la planète, dont chacun affirme se préoccuper en priorité, tirera malgré tout bénéfice de cette évolution législative en gestation…

L. V.

Astucieux : des filets attrape-déchets

21 septembre 2019

C’est un rapport du WWF, publié le 7 juin 2019 et déjà évoqué ici, qui l’affirme : 600 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque année dans la Mer Méditerranée, dont une bonne partie directement depuis les côtes françaises. Il suffit de se promener sur les plages marseillaises après une période de précipitations pour le constater : les accumulations de déchets de toute sorte s’amoncellent sur nos côtes et finissent inéluctablement dans la mer, dégradant non seulement la qualité esthétique de nos paysages mais surtout provoquant des atteintes irréversibles à la biodiversité.

Déchets sur la plage du Prado (photo © archives Bruno Souillard / La Provence)

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les incivilités ne sont pas seules à l’origine de cet état de fait : tous ces déchets qui jonchent nos côtes et dérivent parfois très loin au large n’ont pas été jetés volontairement par des individus dénués de tout scrupule, même si ce genre de comportement existe aussi. Bien souvent, il s’agit de déchets soigneusement jetés dans les poubelles.

Ramassage des poubelles dans les rues de Marseille (photo © G. Bernardi / 20 Minutes)

Sauf que les poubelles souvent débordent et parfois se renversent. Il suffit alors d’un coup de mistral pour que ces déchets s’envolent et entament une course vagabonde qui les emmène sur la chaussée. Dès qu’il pleut, tous ces déchets sont emportés par le ruissellement et se retrouvent dans les bouches d’égout du réseau pluvial qui les charrie dans les cours d’eau ou directement en mer. Et c’est pourquoi on retrouve sur les berges de nos rivières et au droit des exutoires en mer autant d’accumulation de déchets de toute sorte : sacs en plastique, mégots, canettes, couches usagées, déchets de polystyrène ou emballages de fastfood…

Pour tenter de limiter un tel fléau, les Australiens ont eu une idée toute simple mise en œuvre en 2018 à Kwinana, une ville de 40 000 habitants dans la banlieue de Perth : elle consiste tout simplement à poser des filets à la sortie des canalisations du réseau pluvial. Quand il pleut, tous les déchets qui sont charriés dans le réseau se retrouvent piégés dans les filets qu’il suffit donc de vider régulièrement. Pour cela, il faut mobiliser un camion muni d’une grue afin de relever les filets et de les vider avant de trier les déchets ainsi récoltés, tandis qu’on remet en place le filet jusqu’à l’épisode pluvieux suivant.

Filet à déchets installé à la sortie d’une canalisation de Kwinana (source : site Facebook de la ville / Creapills)

Et le dispositif est particulièrement efficace à en juger par les images diffusées par la municipalité de Kwinana : ce sont plusieurs centaines de kg de déchets flottants de toutes sortes qui sont ainsi recueillis régulièrement, évitant qu’ils ne se dispersent ensuite directement dans le milieu naturel.

Filets à déchets installés sur un exutoire pluvial de Kwinana (source : site Facebook de la ville / Creapills)

Un système aussi astucieux et qui recourt à une technicité somme toute assez modeste, ne pouvait qu’attirer l’attention. Avec les nouveaux moyens d’information, les idées circulent vite et un an plus tard, la méthode a déjà fait de nombreux émules. Même la ville de Marseille s’y est intéressée, elle qui est confrontée depuis des années à ce problème des déchets qui finissent en mer. Cet été, le 13 août 2019, comme l’ont noté GoMet ou encore Made in Marseille, le SERAMM (Service d’assainissement Marseille Métropole, une société du groupe Suez, concessionnaire du marché de gestion des eaux usées sur plusieurs communes de la métropole Aix-Marseille-Provence, dont Marseille et Carnoux-en-Provence) a donc installé lui-aussi des filets anti-déchets à la sortie de certaines canalisations sur le littoral.

Il a pour cela fait appel à la société Pollustock, basée à Mandelieu – La Napoule, dans les Alpes-Maritimes, une entreprise spécialisée depuis plus de 10 ans dans la conception de barrages flottants anti-pollution. Pollustock commercialise ses filets HR 1000 en matière imputrescible à larges mailles, développés dans le cadre d’un partenariat avec Vinci Autoroutes et qui présentent une grande résistance leur permettant de retenir d’importants volumes de macro-déchets tout en étant réutilisables de manière durable.

Pose d’un filet Pollustock pour le SERAMM sur le littoral marseillais en août 2019 (source © Pollustock)

Installés au droit d’exutoires en mer sur le littoral marseillais, dans des secteurs parfois difficiles d’accès, ces filets devraient bientôt entrer en action suite aux orages d’automne attendus dès ce week-end. Nul doute qu’ils permettront d’arrêter au moins une partie des canettes, bouteilles en plastique et autres déchets qui sinon finissent directement leur course en mer. Une initiative qui demanderait certainement à être rapidement généralisée sur tout le territoire de la métropole et, au-delà, sur tout le pourtour de la Méditerranée. Pour une fois que Marseille s’empare aussi vite d’une innovation à visée écologique, cela méritait d’être salué !

L. V.

A quand la réutilisation des eaux usées ?

12 septembre 2019

La France va-t-elle prochainement manquer de ressources en eau ? On pourrait en effet le craindre à voir les arrêtés de restriction qui s’accumulent cet été comme c’était d’ailleurs déjà le cas l’an dernier : le 5 septembre 2019, le site ministériel Propluvia recensait pas moins de 201 arrêtés préfectoraux sécheresse en vigueur, répartis dans 87 départements, soit la quasi-totalité du territoire national, avec néanmoins une plus forte concentration dans 45 départements en situation de crise avec interdiction totale ou partielle de l’irrigation, notamment dans le Loiret, l’Eure-et-Loir, la Vendée, l’Indre, l’Allier, le Lot ou encore le Tarn.

Cartes des arrêtés de sécheresse en France métropolitaine le 10 septembre 2019 (source © Propluvia)

Les projections prenant en compte les impacts du changement climatique n’incitent guère à l’optimisme. Elles convergent en effet pour indiquer que les débits d’étiage des cours d’eau et surtout le niveau des nappes souterraines sont amenés à baisser de manière très significative dans les décennies à venir, aggravant très probablement les situations de sécheresse chronique, lorsqu’il faut se réduire à limiter certains usages pour ne pas voir s’assécher totalement les cours d’eau.

Le petit cycle de l’eau (source © Office International de l’Eau)

Dans un tel contexte, beaucoup songent à réutiliser davantage les eaux usées traitées, celles qui sont rejetées dans le milieu naturel en sortie des stations d’épuration. Contrairement à ce que croient 52 % des Français (selon les chiffres du dernier baromètre réalisé par le Centre d’information sur l’eau), ces eaux usées traitées ne sont en effet pas réinjectées directement dans les réseaux d’eau potable : la notion de « cycle de l’eau » est parfois imaginée de manière excessivement réductrice…

Encore que, les techniques modernes les plus abouties de traitement des eaux, par nano-filtration ou par osmose inverse, associées à des méthodes de désinfection par rayons ultra-violets et par ozonation, permettent désormais d’envisager une telle réutilisation directe. La station de Windhoek, en Namibie, exploitée depuis 2002 par Véolia, utilise une telle approche et réinjecte directement les eaux traitées pour approvisionner 300 000 habitants en eau potable. La ville de Singapour, quant à elle, qui doit gérer une forte demande en eau sur un territoire très densément peuplé mais particulièrement exigu, réinjecte également une bonne partie des eaux usées traitées dans les circuits de potabilisation.

Usine de traitement des eaux de Windhoek en Namibie (source © Paris Match)

Sans forcément aller jusqu’à utiliser ces eaux usées traitées pour la boisson, cette technique de leur réutilisation (« reuse » en anglais) est particulièrement développée dans certains pays où les ressources en eau sont rares. En Californie, au Koweit ou en Israël, la part des eaux usées traitées qui est utilisée pour l’irrigation, l’arrosage des golfs, le refroidissement des installations industrielles, la lutte contre les incendies ou encore le nettoyage des voiries atteint ainsi des proportions très significatives (jusqu’à 70 % en Israël par exemple, et de l’ordre de 10 % en Espagne).

Les eaux usées traitées idéales pour arroser les golfs, sauf en France… (photo © Mongpro / Actu-Environnement)

En France, cette proportion se situe plutôt autour de 0,1 % ! Autant dire qu’il existe dans notre pays un véritable frein qui bloque manifestement le processus… Et ce n’est certes pas l’Union européenne qui est à l’origine de ce blocage, elle qui a adopté en 1991 une directive on ne peut plus vague, se contentant d’indiquer que « les eaux usées seront réutilisées lorsque cela se révèle approprié ». Sauf que la France a introduit, via un arrêté de 2010, des conditions excessivement contraignantes qui rendent quasiment impossible, principalement pour des raisons sanitaires, la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation, que ce soit pour l’agriculture ou pour les espaces verts.

Les Assises de l’Eau, qui se sont tenues cette année, pourraient peut-être permettre de faire évoluer la situation, puisque l’un des objectifs affiché est de « tripler les volumes d’eaux non conventionnelles réutilisées d’ici 2025 en facilitant leurs usages ». Les mauvaises langues ironiseront que trois fois zéro, cela fait toujours zéro. Mais les plus optimistes pourront mettre en avant quelques projets qui commencent à se développer sur le territoire national.

Bassin de stockage et installation de traitement des eaux usées de Roquefort-des-Corbières réutilisées pour l’irrigation des vignes (photo © Dronestudio / Le Moniteur)

Ainsi, le golf de Sainte-Maxime, dans le Var, est arrosé depuis 2006 par les eaux issues de la station d’épuration de la ville, laquelle a été équipée d’un traitement supplémentaire par filtre à sable et désinfection UV. De même, les eaux usées traitées de Clermont-Ferrand sont utilisées pour irriguer plus de 700 ha de terres dans la Limagne. Tout récemment, à Roquefort-des-Corbières, dans l’Aude, ce sont 15 ha de vignes qui sont désormais arrosées avec l’eau issue de la station d’épuration communale.

Lac de retenue de Jaunay en Vendée, bientôt réalimenté en eaux usées traitées (source © Département de Vendée)

En Vendée, la ville des Sables d’Olonne est particulièrement exposée au manque d’eau et connait depuis plusieurs années de réelles difficultés d’approvisionnement, aggravées par l’affluence touristique estivale. C’est pourquoi la ville s’est attelé depuis 2012 à étudier une alternative consistant à recueillir les eaux usées traitées en sortie de la station du Petit-Plessis, au Château d’Olonne et à les acheminer, après traitement complémentaire par ultrafiltration ou par électrodialyse jusqu’au lac de barrage du Jaunay, à 25 km de là, qui constitue la principale réserve d’eau potable pour toute la ville. Le coût du projet a été évalué à 17 millions d’euros et les travaux pour la construction d’un démonstrateur sont programmés prochainement.

Il y a fort à parier qu’avec le changement climatique et l’accroissement des pressions de toutes sortes sur les ressources en eau, ce genre de projet risque de se multiplier dans les années à venir : santé !…

L. V.

Le gaz hilarant ne fait pas rire tout le monde…

7 septembre 2019

Gaz hilarant : l’expression est plutôt sympathique et prête à sourire. Elle désigne le protoxyde d’azote ou oxyde nitreux N2O. Découvert en 1793 par le chimiste Joseph Priestley, connu pour avoir également isolé l’oxygène, le dioxyde de carbone ou encore l’ammoniac, ce produit a été utilisé dès le milieu du XIXe siècle comme analgésique et anesthésique dans les cabinets dentaires. On a trouvé depuis lors des produits plus efficaces pour cela, mais le protoxyde d’azote continue à être utilisé comme produit anesthésiant en milieu médical dans certains cas.

Utilisation de protoxyde d’azote comme anesthésiant (photo © Bettmann/Getty – Coll. J. Doyen – BIU Santé – Institut Pasteur / Sciences et vie)

Bien évidemment, ce n’est pas l’évocation des séances chez le dentiste qui ont conféré à ce produit chimique le surnom de gaz hilarant, mais plutôt le fait que son inhalation déforme nos différents sens et produit une sensation passagère de désinhibition et d’hystérie. On ne connait pas précisément les mécanismes neurologiques en jeu, mais c’est un fait, inhaler du protoxyde d’azote génère la bonne humeur et le rire.

Consommation de gaz hilarant en soirée (source © Psychomédia)

Au XIXe siècle, le produit était même utilisé pour cela comme attraction sur les champs de foire : les badauds n’hésitaient pas à mettre la main au portefeuille pour se payer quelques bouffées de protoxyde d’azote, histoire de se détendre les zygomatiques, au point que le poète britannique Robert Southey, qui avait participé dès 1799 à des expérimentations du chimiste Humphry Davy sur les effets du gaz hilarant écrivait : « je suis sûr que l’air au paradis doit être fait de cet extraordinaire gaz de plaisir ».

Forcément, de telles propriétés attirent et l’on observe actuellement un regain d’intérêt pour l’utilisation récréative de ce gaz, au point que plusieurs maires se sont cru obligés de prendre des arrêtés spécifiques, ces derniers mois, pour interdire sur le territoire de leur commune la vente aux mineurs de cartouches de protoxyde d’azote, ainsi que leur utilisation à des fins d’inhalation et leur abandon sur la voie publique.

Ce sont deux maires de l’agglomération lilloise qui ont ouvert le bal début juillet, mais du fait de l’emballement médiatique qui s’en est ensuivi, bien d’autres leur ont emboîté le pas, à l’image du maire de Nîmes ou celui d’Aulnay-sous-Bois. Un député du Nord a déposé une proposition de loi pour interdire la vente du N2O aux mineurs et le maire de Montpellier a écrit cet été à la ministre de la santé pour exiger une réglementation plus stricte de la distribution de ce produit.

C’est un rapport sur les tendances récentes dans le domaine des substances psychoactives, publié le 20 décembre 2018 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), qui avait tiré la sonnette d’alarme. Outre une tendance très nette à l’augmentation de la consommation de cocaïne par les jeunes, ce rapport indique, sans pouvoir quantifier le phénomène, que la consommation de protoxyde d’azote est en train de faire un tabac chez les jeunes générations.

Très utilisé il y a une vingtaine d’années dans les soirées techno et les free parties, le produit s’est invité dans les soirées étudiantes et en boîte de nuit, avec un développement sensible, depuis quelques années, de la consommation chez les plus jeunes, étudiants et lycéens, souvent associé à l’alcool ou à d’autres produits psychoactifs comme la cocaïne ou l’ecstasy. Selon Clément Gérome, chargé d’études à l’OFDT et interrogé par La Croix, la raison en est simple : « C’est un gaz très facile d’accès et très bon marché. Cela séduit un certain nombre de jeunes qui n’ont pas le sentiment de consommer de la drogue et qui ignorent la dangerosité potentielle de son usage ».

Siphon à crème chantilly, l’arme du crime…

De fait, le protoxyde d’azote ne sert pas que pour les anesthésies locales. C’est aussi un produit industriel utilisé comme comburant pour améliorer le rendement des moteurs dans les fusées et les bolides de course, mais surtout comme gaz de pressurisation d’aérosol, pour des produits ménagers conditionnés en spray et notamment pour les siphons à crème chantilly. Pour ce dernier usage, on trouve très facilement dans le commerce de petites cartouches de protoxyde d’azote vendues par paquets de 10 pour la somme dérisoire de 8 ou 9 €. Il suffit de percer ces cartouches pour transférer le gaz dans un ballon de baudruche afin de faciliter son inhalation et l’on se met à planer pour pas cher…

A tel point que l’on retrouve désormais sur les plages et dans les espaces publiques lors des rassemblements festifs de jeunes, des centaines de ces cartouches vides qui jonchent le sol. C’est d’ailleurs sans doute la raison principale qui justifie la réaction ulcérée de tous ces élus locaux qui demandent une politique de répression plus rigoureuse contre ce nouvel effet de mode, même si les raisons sanitaires sont plus souvent invoquées que les impacts environnementaux.

Cartouches de protoxyde d’azote abandonnées après usage

De fait, inhaler ainsi du protoxyde d’azote n’est pas sans risque. Le danger principal est de se brûler les lèvres ou la gorge car le gaz est à très basse température. Le risque d’asphyxie n’est pas non plus exclu si l’on inhale directement le protoxyde d’azote sans le mélanger un tant soit peu avec l’oxygène de l’air. Mais l’on signale aussi de nombreux effets indésirables associés, détaillés sur le site du ministère de la santé, drogues-info-services, tels que nausées, vomissements, maux de tête, crampes abdominales, diarrhées, somnolence et baisse de la vigilance, vertiges ou encore acouphènes. A plus forte dose, le gaz peut engendrer un état de confusion et de désorientation, avec des difficultés à parler et à coordonner ses mouvements, voire des irrégularités cardiaques et des troubles moteurs.

Campagne de prévention contre l’usage du gaz hilarant à Aulnay-sous-Bois

En cas d’usage régulier et à fortes doses, le protoxyde d’azote peut aussi entraîner des pertes de mémoire, des hallucinations visuelles, des troubles du rythme cardiaque et même une carence en vitamine B12, à l’origine de troubles neurologiques tels que des engourdissements des doigts ou des orteils, une difficulté à se mouvoir et des troubles de l’équilibre voire une anémie. Ces troubles peuvent apparaître tardivement, après plusieurs mois d’utilisation mais sont généralement réversibles.

Comme tous les produits psychoactifs, des campagnes de prévention et d’information sont donc nécessaires pour éviter les abus et les risques qui y sont associés, même si la dangerosité du produit reste malgré tout assez relative par rapport à d’autres substances et certaines conduites à risques. Une question d’équilibre à trouver, entre répression hystérique et permissivité aveugle…

L. V.

Hécatombe sur le Bolmon…

3 juillet 2019

Le maire de Marignane commentant la mortalité piscicole en bordure du Bolmon à l’Estéou (source © extrait vidéo Maritima media)

Très mauvaise surprise pour le maire de Marignane, Eric Le Dissès, dimanche 30 juin 2019, vers 7 h du matin, lorsqu’il apprend que des milliers de poissons morts flottent le ventre en l’air sur l’étang de Bolmon, alors que la canicule règne depuis plusieurs jours et que le mercure était monté à 39,6 °C l’avant-veille. Le spectacle, filmé notamment par Maritima médias n’est effectivement pas très ragoûtant et les témoignages recueillis auprès des riverains confirment que l’odeur est à l’avenant…

Le maire s’inquiète surtout pour les cygnes qui s’ébattent au bord de l’étang pour la plus grande joie des enfants, pour lesquels la commune a aménagé une aire de jeu dans ce secteur autrefois naturel de l’Estéou, où la Cadière vient se jeter dans l’étang de Bolmon.

Un tas de cadavres de poissons sur le bord de l’étang du Bolmon (photo © Adrien Max / 20 Minutes)

Des lances à incendies sont mises en place pour tenter d’apporter aux cygnes un peu d’eau pure tandis que les employés municipaux s’affairent, toute la journée du 1er juillet à ramasser les cadavres d’anguilles, carpes et autres muges qui sont entassés sur la berge en attendant d’être évacués pour l’équarrissage : près de 3  tonnes de poissons morts à éliminer selon un témoignage recueilli auprès du guide nature Jean-François Lion par Sciences et Avenir.

Ce n’est certes pas la première fois qu’une telle mortalité piscicole se produit sur cet étang. C’est même un phénomène quasi récurrent même si cet épisode surprend par sa précocité dans la saison. Le Bolmon est en réalité une lagune, séparée de l’étang de Berre par le cordon littoral du Jaï. Le site est complexe et largement transformé par la main de l’Homme, à commencer peut-être par celle des Romains qui auraient déjà aménagé le chenal naturel entre l’étang de Berre et la mer Méditerranée. En 1847, le chenal est creusé à 3 m puis approfondi à 9 m à partir de 1863, avant d’être de nouveau élargi et rectifié au tout début du XXe siècle puis encore en 1925.

Carte montrant la configuration des étangs de Berre, de Vaïne et de Bolmon (source © GIPREB)

A la même époque, en 1926 est creusé le tunnel du Rove, qui relie sous le massif de la Nerthe, le port de Marseille à l’étang de Berre en longeant la rive sud du Bolmon. Sous l’effet de cette circulation marine intense, ces étangs qui étaient jusque là principalement alimentés en eau douce car réceptacles des eaux de la Cadière mais aussi de l’Arc et de la Touloubre, se sont transformés en lagunes marines salées. Mais l’effondrement brutal du tunnel du Rove en 1963 suivi en 1966 de l’arrivée du déversement des eaux douces de la Durance, via le canal usinier EDF et l’usine hydroélectrique de Saint-Chamas, ont profondément transformé le milieu.

Usine hydroélectrique de Saint-Chamas qui déverse depuis 1966 ses eaux douces limoneuses dans l’étang de Berre

L’arrivée massive de cette eau douce chargée de sédiments, à raison de 3,3 milliards de m3 chaque année jusqu’en 1994, et de 680 000 t de limon par an, a par ailleurs coïncidé avec le développement d’activités industrielles particulièrement polluantes, combinée à une urbanisation mal maîtrisée du secteur : les rejets d’eau usées domestiques et industrielles ainsi que le ruissellement et le lessivage des berges ne tardent pas à transformer ce milieu naturel en un gigantesque égout à ciel ouvert. Dès 1957, la pêche doit y être interdite pour des raisons sanitaires, ce qui n’empêche pas le braconnage.

A partir de 1994, une timide reconquête de ce milieu écologique dégradé s’est amorcée avec la réouverture de la pêche en même temps que se faisaient les premières restrictions de rejets d’eau douce en provenance de l’usine de Saint-Chamas. Alors qu’on y recensait en 1949 101 espèces benthiques et que les fonds de l’étang étaient couverts sur environ 6000 ha d’herbiers, on ne compte plus depuis 1995 qu’une quinzaine d’espèces benthiques et les herbiers ne s’étendent pas au-delà de 1,5 ha sur quelques poches résiduelles. Même les tentatives de recolonisation des fonds par des herbiers à zostères, menées par le GIPREB (Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre, créé en 2000) ont échoué et la qualité de ces milieux aquatiques reste désespéramment mauvaise.

Herbier à zostères dans l’étang de Berre (source © vidéo YouTube)

Au-delà de l’héritage industriel particulièrement lourd qui se traduit par des sédiments très largement chargés en métaux lourds, PCB et autres joyeusetés, ces milieux lagunaires méditerranéens sont en réalité d’une grande fragilité. Les eaux de lessivage et celles charriées par les petits fleuves côtiers sont riches en nitrates et phosphates malgré les efforts récents pour traiter les effluents domestiques. Un phytoplancton abondant se développe donc en surface, selon le phénomène classique de l’eutrophisation, se traduisant périodiquement par des accumulations d’algues vertes nauséabondes sur les rives.

L’étang de Berre, un milieu naturel menacé par l’urbanisation et les industries polluantes (source © blog Monique Cisello)

Faute de faune adaptée pour consommer le phytoplancton, ce dernier empêche le développement de plantes aptes à la photosynthèse, donc à l’oxygénation de l’eau, tandis que sa décomposition consomme l’oxygène dissous disponible. L’eau salée ayant une densité supérieure, tend à à se concentrer à la base de la colonne d’eau, ce qui se traduit par une stratification des eaux, également nuisible à la qualité du milieu, et qui explique ces crises fréquentes d’anoxie : les poissons n’ayant plus assez d’oxygène dissous dans l’eau meurent…

Pour le maire de Marignane, la solution est évidente. Il est vrai qu’on en parle depuis une bonne vingtaine d’années et que sa mise en œuvre a reçu un aval du Ministère de l’environnement dès 2003. Elle consisterait à rouvrir le canal du Rove en provoquant par pompage un apport permanent d’eau de mer propre et riche en oxygène qui, par brassage, redonnerait toute sa vitalité à l’étang de Bolmon. Les études scientifiques se succèdent depuis des années pour étudier les impacts potentiels d’une telle solution et un rapport spécifique a même été commandé au Conseil général de l’environnement et du développement durable en février 2017 par Ségolène Royal pour tenter de faire le point sur ce dossier complexe pour lequel les acteurs s’écharpent depuis des années sans arriver à trouver de solution viable.

Vue de l’intérieur du tunnel du Rove (photo © Thibaut Vergoz/Zeppelin Network / Chasse marée)

L’affaire est d’autant moins simple que c’est le Conservatoire du Littoral qui est propriétaire de l’étang de Bolmon et des milieux humides associés, et que ce dernier s’oppose farouchement à la réouverture du canal du Rove, estimant notamment que le brassage occasionné pourrait remettre en suspension les polluants accumulés depuis des années dans les sédiments. Quant aux études techniques pilotées par le Service annexe des voies navigables, rattaché au Grand port maritime de Marseille et gestionnaire du canal du Rove, elles ont surtout mis en évidence l’ampleur des investissements nécessaires pour remettre en circulation l’eau de mer via une galerie qui contourne la partie effondrée du tunnel.

Mortalité piscicole à l’étang de Bolmon le 1er juillet 2019

Il faudrait pour cela mobiliser des débits de pompage très élevés, non seulement pour assurer un courant suffisant dans le canal lui-même mais aussi entre le canal et l’étang de Bolmon, afin de permettre une réoxygénation significative de ce dernier. Inutile d’y songer en revanche pour l’étang de Berre lui-même car les volumes en jeu sont bien trop conséquents pour espérer un résultat visible. Et en cas de crue de la Cadière, déversant en quelques heures de gros volumes d’eau douce dans l’étang de Bolmon, ce serait rapidement l’hécatombe pour les espèces développées dans un milieu nettement plus salé que dans son état actuel. Au point que certains songent plutôt à d’autres alternatives telles que l’injection d’oxygène dans le milieu, comme le fait le SIAAP dans la Seine en aval de Paris en insufflant localement de l’oxygène dans l’eau pour constituer des îlots de survie pour la faune piscicole lorsque les conditions physico-chimiques du milieu deviennent critique.

Nul ne sait quand on arrivera enfin à trouver les bonnes solutions pour que les étangs de Berre et de Bolmon redeviennent des milieux naturels de qualité dans lesquels les poissons pourront évoluer sans risquer à tout moment l’asphyxie ou l’intoxication. Le maire de Marignane n’a sans doute pas fini de se mettre en colère devant les caméras…

L. V.

Drapeau violet et alerte rouge sur les plages de Marseille

25 juin 2019

La Ville de Marseille revendique pas moins de 21 sites de baignade en mer dont 15 plages surveillées. Contrairement à sa voisine Cassis qui arbore sans discontinuer le Pavillon bleu depuis 2009, Marseille n’a pas souhaité demander ce label qui atteste de la bonne qualité des eaux de baignade. Officiellement, c’est pour ne pas attirer davantage de touristes sur ses plages déjà bien chargées l’été. Mais en réalité, c’est surtout pour masquer les réelles difficultés de la ville pour arriver à maintenir tout au long de l’été une qualité d’eau de baignade correcte.

La plage de Pointe Rouge, un exemple de plage marseillaise en milieu urbain (photo © Getty / Elle)

A sa décharge, l’exercice n’est pas facile pour des plages souvent exiguës, situées en site très urbanisé et exutoires naturels de toutes les déjections et détritus qui jonchent le sol et qui sont facilement lessivés en cas de fortes précipitations. A chaque orage, c’est le même scénario : les réseaux d’eaux usées saturent, sous l’effet des très nombreux branchements illicites des eaux pluviales, et les déversoirs d’orage rejettent dans le milieu des eaux brutes tandis que le lessivage des sols charrie en mer tout ce qui s’est accumulé sur la chaussée. Quand ce ne sont pas des canalisations d’eau usée qui se rompent, voire des particuliers et parfois des industriels qui rejettent discrètement dans les avaloirs du réseau pluvial des produits polluants qui se retrouvent directement en mer.

La calanque de Sormiou, une des belles plages de Marseille (source © Marseille Tourisme)

Certes de gros efforts ont été faits depuis des décennies pour améliorer le traitement des effluents et mieux gérer les eaux pluviales, y compris dans le cadre du Contrat de baie lancé en 2015 pour 6 ans et qui concerne tout le littoral de Martigues à La Ciotat. Mais la tâche est ardue et les résultats encore bien peu satisfaisants : en 2018, les plages marseillaises ont ainsi fait l’objet de 153 interdictions de baignade du fait de la qualité insuffisante des eaux de baignade.

Prélèvements effectuées pour la Ville de Marseille, à 5 m du rivage et à 30 cm de profondeur (photo © Sophie Pironnet / Made in Marseille)

Et la saison estivale qui débute tout juste a bien mal commencé comme le relevait 20 minutes le 20 juin dernier, avec déjà 15 fermetures de plages, une information largement reprise par la presse, de Marsactu jusqu’à Libération. Outre les analyses réalisées par l’Agence régionale de la santé (ARS) et dont les résultats ne sont connus que dans un délai de 48 à 72 heures, la Ville de Marseille a missionné le SERAMM (Service d’assainissement Marseille Métropole, délégué à l’entreprise Suez) pour procéder sur ses plages à des prélèvements quotidiens dès poltron minet, suivis d’analyses accélérées qui permettent de savoir dans un délai de 3 heures si la présence de bactéries fécales de type Escherichia coli et autres entérocoques sont en nombre suffisant pour justifier une fermeture préventive du site. Grâce à cette forte réactivité, il est ainsi possible de gérer au jour le jour fermeture et réouverture des plages sans être soumis au diktat de l’ARS qui pourrait sinon être amenée à interdire durablement l’accès à certaines plages trop souvent contaminées.

La plage du Prophète à Marseille (source © Made in Marseille)

Une réactivité plutôt rassurante donc pour le baigneur marseillais intrépide. Mais la fréquence de ces drapeaux violets qui alertent sur la pollution des plages et interdisent la baignade ne manque pas d’interroger malgré tout. En particulier sur la plage du Prophète qui a déjà été fermée pendant 5 jours depuis le 1er juin ! Un record peu enviable, d’autant que les taux de colibacilles y ont parfois atteint des sommets, comme ce 12 juin 2019 où il a été mesuré pour Escherichia coli le chiffre faramineux de 15 199 UFC (unités formant colonies) pour 100 ml d’eau, soit 150 fois plus que la norme pour définir une eau de bonne qualité. Quant à la concentration d’entérocoques, un autre marqueur de la présence de déjections humaines et animales, elle y a été évaluée à 5 198 UFC/100 ml, ce qui correspond à 370 fois la valeur tolérée pour une eau de baignade. Des valeurs qui sont du même ordre de grandeur de ce qu’on peut mesurer à la sortie de l’émissaire de Cortiou : autant se baigner dans une fosse septique !

Arrêté d’interdiction de baignade sur la plage de l’Huveaune à Marseille (photo © Laurence Mildonian / La Provence)

Et les valeurs mesurées le même jour sur la plage de l’Huveaune, malicieusement surnommée « Epluchures beach » par certains mauvais plaisants, ne sont guère plus rassurantes avec, pour E. coli, une valeur de 1642 UFC/100 ml. Bien que ponctuelles et vraisemblablement liées à des déversements accidentels d’eaux usées non traitées, ces valeurs sont néanmoins révélatrices d’une situation qui se dégrade. Comme le souligne La Provence, 8 des 21 plages marseillaise ont vu leur qualité déclassée en 2018, seules 12 d’entre elles pouvant être considérées comme d’excellente qualité, alors qu’elles étaient entre 17 et 18 à pouvoir se targuer d’une telle qualification les années précédentes. La plupart d’entre elles restent classées comme « bonnes » mais celle de Borely est désormais passée dans la catégorie inférieure et celle de l’Huveaune, décidément mise à l‘index, est désormais considérée, depuis 2017, comme de qualité « insuffisante ».

Monique Daubet, conseillère municipale de Marseille, déléguée à l’hygiène (source : Ville de Marseille)

De quoi attiser les échanges entre élus locaux puisque, selon Libération, le sujet s’est invité à la table du Conseil municipal de ce mois de juin 2019, provoquant de belles passes d’armes entre l’élue socialiste Samia Ghali, regrettant « la situation catastrophique de nos plages » et la conseillère municipale LR déléguée à l’hygiène, Monique Daubet, qui suspecte le déversement malencontreux d’une piscine et insinue qu’il s’agit peut-être même de celle de sa collègue d’opposition, ambiance !.

Les internautes quant à eux se déchaînent sur le site de 20 minutes où il est question d’un système de traitement des eaux usées « aussi vétuste que Gaudin » et d’une recommandation à tous les Marseillais de « ne plus tirer la chasse durant l’été » tandis que d’autre évoquent « Marseille, capitale européenne de la culture 2013 et capitale mondiale de la pollution des eaux 2019 ». Des galéjades bien entendu, qui pourraient même prêter à sourire, mais qui confirment en tout cas, qu’il reste du pain sur la planche avant de retrouver sur le littoral marseillais une eau de baignade irréprochable : un beau défi en perspective…

L. V.

A la découverte de l’Huveaune

18 juin 2019

L’Huveaune fait partie, au même titre que l’Arc, la Touloubre ou la Cadière, de ces fleuves côtiers méconnus qui traversent pourtant l’agglomération métropolitaine marseillaise. Son ancien nom d’Ubelka, qui signifie la dévastatrice en dialecte celto-ligure, s’est transformé peu à peu en Uvelne ou Evèuno en Provençal. Il a du moins le mérite de rappeler que ses crues peuvent être dommageables. Les dernières importantes en date, en novembre 1978, avaient inondé toute la plaine des Paluds jusqu’à Saint-Mître, causant de très importants dégâts sur la commune d’Aubagne. Mais bien d’autres épisodes dévastateurs l’avaient précédé, le plus ancien événement répertorié datant de 1518, mais d’autres étant restés gravés dans les mémoires, notamment en 1892, en novembre 1935 ou encore début octobre 1960, à une période où les eaux pouvaient encore librement s’étaler dans toute la plaine des Paluds, désormais presque entièrement bétonnée et recouverte de hangars industriels et commerciaux.

Berges de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

Depuis sa source sur le versant nord de la Sainte-Baume, avec ses vasques en cascade si emblématiques, jusqu’à son embouchure en mer sur les plages du Prado, l’Huveaune s’écoule sur plus de 48 km et reçoit plusieurs affluents, dont le Merlançon qui draine le bassin versant de Roquefort-La Bédoule et Carnoux, mais aussi notamment le Jarret qui a été largement recouvert dans sa traversée de Marseille, son cours s’étendant désormais en partie sous le boulevard Sakakini.

Entrée du tronçon couvert de l’Huveaune à Aubagne (extrait vidéo FNE PACA)

Rarement de fait, cours d’eau a été à ce point maltraité par l’homme. La traversée d’Aubagne se fait également pour l’essentiel en souterrain dans un cadre en béton qui s’étend notamment sous la place du marché, et les tronçons de berges restées naturels et accessibles au promeneur deviennent rares tant la vallée de l’Huveaune a été urbanisée.

C’est ce que racontent une série d’une quinzaine de petites vidéos accessibles sur YouTube, réalisées par l’association France nature environnement PACA dans le cadre de son projet Histoire d’hommes et de rivières. Ces vidéos très courtes de quelques minutes alternent prises de vues et interviews de grands témoins locaux parmi lesquels Jean Reynaud, de l’association de défense de la basse vallée de l’Huveaune, Pierre Aplincourt, président de la FNE PACA, Anne-Marie Danièle, de l’association Rives et cultures, ou encore Sidali de Saint-Jurs, artiste peintre de Roquevaire qui évoque comme personne la mémoire des lavandières de l’Huveaune.

Jean Reynaud, de l’association de défense de la basse-vallée de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

L’une de ces vidéos retrace justement le combat de ces lavandières qui se sont battues contre la pollution du fleuve par les rejets industriels. Il faut dire que depuis l’arrivée du Canal de Marseille en 1849, plus personne ne se soucie de la qualité de l’eau de l’Huveaune dont les eaux avaient pourtant été captées dès 1599 au niveau de La Pomme, pour alimenter en eau potable la cité phocéenne via un aqueduc souterrain, doublé dès 1612. A partir du moment où l’agglomération marseillaise s’est affranchie de cette source d’alimentation en eau potable au bénéfice de celle de la Durance puis du Verdon, l’Huveaune est devenue progressivement un véritable cloaque, exutoire de toutes les industries chimiques, textiles, et agro-alimentaires qui se sont progressivement implantées sur ses rives.

Déchets le long de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

Dans les années 1970, et du fait des rejets des eaux usées et des effluents industriels, les eaux de l’Huveaune prenaient régulièrement des teintes pour le moins étranges tandis que les analyses indiquaient des taux de pollution fécale mais aussi de métaux lourds, d’hydrocarbures et de PCB qui défient l’entendement. Qualifié par certains d’un des fleuves les plus pollués de France, c’est aussi devenu un cours d’eau très largement artificialisé, qui circule dans une vallée particulièrement urbanisée, coincé entre l’autoroute, la voie ferrée, les usines et les bâtiments.

Confluence du Jarret et de l’Huveaune à Marseille (extrait vidéo FNE PACA)

De très nombreux seuils barrent son cours, vestiges d’anciennes prises d’eau qui alimentaient près d’une centaine de moulins recensés le long de son cours. La plupart de ses berges ont été bétonnées ou redressées par des palplanches ou des enrochements qui empêchent toute divagation du lit de la rivière, l’obligeant à s’inciser toujours davantage. La végétation arborée qui caractérise les berges de cours d’eau méditerranéens a largement disparu et la biodiversité de ce milieu aquatique s’est complètement banalisée. Le promeneur qui arrive tant bien que mal à s’approcher de ses rives bute le plus souvent sur des tas de gravats, de vieux pneus, des batteries de voiture, des canapés en ruine, des caddies de supermarché qui jonchent le lit de la rivière, ou de vieux frigos abandonnés, tandis que les sacs en plastique ornent les branchages de leur guirlandes délavées.

Travaux de restauration en génie végétal le long de l’Huveaune (extrait vidéo FNE PACA)

Heureusement, la situation s’améliore et c’est aussi ce message qui transparaît au travers de cette série de vidéos. La gestion de l’assainissement et des rejets industriels a commencé à progresser depuis les années 1980. De nets progrès ont été enregistrés grâce aux efforts des associations qui mobilisent des bénévoles pour nettoyer régulièrement les berges du fleuve, mais aussi des collectivités locales, regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune, lequel œuvre depuis des années pour entretenir et aménager les berges du fleuve, en privilégiant de plus en plus des techniques de génie végétal, et qui porte désormais depuis 2015 un contrat de rivière sur ce bassin versant tout en engageant une démarche de prévention des inondations.

Pont ancien sur l’Huveaune à Saint-Marcel (extrait vidéo FNE PACA)

Pour qui s’intéresse au devenir de ces cours d’eau autrefois si déterminant pour la vie locale et désormais trop souvent oubliés, considérés comme de simples exutoires de nos eaux pluviales et de nos déchets en tous genres, voila des vidéos à regarder et à diffuser sans réserve. Puissent-elles contribuer à faire prendre conscience à tous ceux qui vivent dans ce bassin versant, soit plus d’un million d’habitants sur à peine plus de 500 km2, de la nécessité de préserver ce fleuve côtier et de lui redonner cette place centrale qu’il mérite, celle d’un milieu naturel riche en biodiversité, source de vie et de fraîcheur en été, à qui il faut aussi penser à laisser davantage de place pour ses débordements périodiques…

L. V.

La France déverse ses déchets plastiques dans la mer…

13 juin 2019

En ce 7 juin 2019, veille de la journée mondiale de l’océan, le Fonds mondial pour la nature, plus connu sous son acronyme anglo-saxon WWF, a jeté un nouveau pavé dans la mare, en l’occurrence mare nostrum, la mer Méditerranée de nos lointains ancêtres les Romains. « La mer Méditerranée sombre sous un torrent de plastique » écrit le WWF. Ce n’est pas vraiment un scoop et il faudrait débarquer inopinément d’une autre planète pour ne pas s’en douter…

Ce rapport, qui n’est pas le premier sur le sujet, loin s’en faut, rappelle que les 22 pays qui bordent cette mer intérieure quasi fermée génèrent chaque année 24 millions de tonnes de plastique dont 16 % seulement sont recyclés. Une bonne partie est enfouie ou incinérée. Mais il en reste quand même 600 000 tonnes qui finissent directement dans la mer, intoxiquant progressivement toute la faune marine qui ingère ces déchets plastiques plus ou moins déchiquetés avec le temps.

Déchets sur une plage méditerranéenne (photo archives / Ouest France)

Et la France est loin de faire figure de bon élève. Le WWF lui a même consacré un rapport spécifique intitulé « Guide à destination des décideurs français pour sauver la Méditerranée », rien de moins ! Car selon les analyses du WWF, la France est tout simplement le plus gros contributeurs de tous ces déchets plastiques qui envahissent la Méditerranée. Triste record particulièrement honteux pour un pays qui s’enorgueillit de posséder des systèmes performants de collecte et de traitement des ordures ménagères…

De fait, la France recycle plutôt plus que la moyenne de ses voisins méditerranéens avec un taux de 22 %, mais c’est aussi le plus gros producteur de déchets plastiques avec 4,5 millions de tonnes chaque année à elle seule, de telle sorte que 80 000 tonnes de déchets plastiques, non collectés, sont déversés directement dans la nature. Sur ce stock, on estime que ce sont chaque année pas moins de 11 200 tonnes de plastiques qui finissent ainsi directement dans la mer Méditerranée !

Déchets plastiques accumulés en bord de mer (photo Greece 2F © Milos Bicanski / Go Met)

L’essentiel de ces plastiques qui finissent à la baille proviennent directement des côtes littorales, soit du fait d’une gestion défaillante des dispositifs de collecte, soit du fait des activités de tourisme et de loisir balnéaire fortement génératrices de déchets sur les plages. Le reste est charrié en mer par les fleuves côtiers dont le Rhône qui est le principal exutoire en Méditerranée de tous ces déchets. Les activités nautiques enfin, dont la pêche et le transport maritime, participent au processus : ordures jetées par-dessus bord, débris de filets, casiers à crustacés et autres conteneurs tombés à la mer font partie de ce qu’on peut observer couramment, flottant entre deux eaux ou sédimentant sur les fonds marins.

Plus de 20 % de ces déchets plastiques revient d’ailleurs s’échouer sur les côtes françaises, même si ces dernières sont loin d’être les plus exposées, du fait des courants marins qui poussent plutôt ces éléments indésirables vers d’autres rivages. Cela n’empêche pas que de véritables concentrations de plastiques se retrouvent dans certains secteurs particulièrement exposés dont le delta du Rhône et les baies très urbanisées de Nice et de Marseille où la concentration de plastique dans l’eau de mer peut atteindre 20 g/m3.

Oubliés sur la plage… (photo © Milos Bicanski / Getty images / Huffington Post)

L’impact de cette pollution n’est pas négligeable, y compris paradoxalement sur le tourisme qui en est pourtant largement responsable : qui a envie de se baigner dans une mer où flottent sacs plastiques, gobelets usagés et barquettes en voie de décomposition ? La pêche et le commerce maritime sont aussi impactés avec des filets qui contiennent parfois plus de déchets que de poissons, des hélices qui se bloquent au contact de macro-détritus et des prises d’eau des systèmes de refroidissement qui sont obstruées par les accumulations de matières plastiques. Mêmes les consommateurs de fruits de mer s’en détournent, de crainte d’avoir à ingérer des micro-débris de plastiques…

Déchets de plastiques dérivant au large de la Corse en mai 2019 (photo © WWF.fr / France Bleu)

En mai dernier, France Bleu signalait ainsi une accumulation temporaire de plusieurs milliers de tonnes de plastiques dérivant sur des dizaines de km entre la Corse et l’île d’Elbe, un phénomène observé de manière récurrente dans ce secteur du fait de la disposition des courants marins locaux.

Et le nettoyage de tous ces déchets coûte cher à la collectivité : 1 300 € en moyenne, d’une rive à l’autre de la Méditerranée, la tonne de déchets plastiques ramassée et évacuée. Lorsque le nettoyage des plages est confié à des bénévoles, les coûts baissent, mais peut-on compter éternellement sur la bonne volonté d’une poignée de citoyens militants pour faire le ménage ?

Campagne de sensibilisation contre les déchets en mer, organisée par le Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur dans le cadre de son Plan climat régional

Le WWF ne se contente pas de dénoncer cette situation qui s’aggrave d’année en année, il propose aussi des solutions concrètes qui supposent davantage de volontarisme et des politiques publiques plus rigoureuses : réduire la production de plastique vierge, étendre le recyclage des produits plastiques usagés, généraliser l’interdiction des articles plastiques à usage unique, développer les dispositifs de responsabilité élargie aux producteurs pour renforcer les filières de recyclage, identifier et résorber les décharges illégales à ciel ouvert, inciter les pêcheurs et plaisanciers à rapporter à terre leurs déchets, etc. Ce ne sont pas les idées qui manquent, la volonté politique peut-être ?

L. V.

Zoom arrière sur le concombre espagnol

11 juin 2019

Extrait de la vidéo Almeria : la mega-ferme de l’Europe (source © Dezoom / Arte)

Un ouvrier agricole (noir) dans une ambiance tropicale au milieu d’une végétation luxuriante. L’image est belle. D’immenses lianes occupent l’espace au milieu duquel progresse le travailleur. D’énormes concombres pendent à hauteur d’homme, que l’ouvrier saisit au passage d’un geste fluide et ajoute dans la cagette en plastique bleu qu’il porte en marchant sur une sorte de tapis blanc qui court entre deux serres en plastique.

Extrait de la vidéo Almeria : la mega-ferme de l’Europe (source © Dezoom / Arte)

La caméra prend du recul : on voit l’ouvrier agricole empiler sa cagette sur d’autres, identiques, et qui toutes sont remplies à ras bord d’énormes concombres. La caméra prend un peu de hauteur : vive les drones désormais omniprésents dans la prise de vue ! On voit surgir entre deux serres un engin qui transporte un empilement de cagettes toutes chargées de centaines de concombres prêts à être exportés à travers le monde.

Extrait de la vidéo Almeria : la mega-ferme de l’Europe (source © Dezoom / Arte)

Le drone s’élève encore et l’on aperçoit une véritable mer de serres en plastique, immense étendue blanche qui réfléchit le soleil et qui s’étend à l’infini dans toute la plaine d’Almeria, jusqu’aux contreforts montagneux de la Sierra. Pas de commentaire. Juste une musique lancinante et deux inscriptions qui précisent que ces serres, qui forment une gigantesque tâche blanche parfaitement visible sur la photo satellite du Sud de l’Espagne, s’étendent sur 480 km2, soit cinq fois la superficie totale de Paris, et que l’on y produit chaque année 500 000 tonnes de concombres, été comme hiver, qui viennent remplir les supermarchés de toute l’Europe.

Pas de commentaire donc. Un simple plan séquence qui part de la vision humaine puis prend peu à peu du champ et suggère quel peut être l’impact, à l’échelle macroéconomique de la planète, de ce qui n’est à première vue qu’une simple activité agricole anodine mais dont on imagine sans peine les conséquences environnementales lorsqu’elle est pratiquée à une telle échelle.

Ce film, qui est librement accessible sur le site d’Arte, ainsi que sur YouTube, fait partie d’une série de 10 vidéos de 3 à 4 minutes chacun, écrites et réalisées par Sändl-Simon Bouisson et Ludovic Zuili, et coproduites par Arte France, Média365 et La Barone. Toutes sont bâties sur le même principe : on part de l’activité humaine à hauteur d’épaule, et la caméra s’élève peu à peu, plantant le décor et illustrant quelles peuvent être les conséquences de cette activité sur le milieu naturel à plus grande échelle.

Extrait de la vidéo Les fermes circulaires d’Arabie Saoudite (source © Dezoom / Arte)

On y voit notamment les immenses fermes circulaires irriguées d’Arabie Saoudite, sous forme d’une alignée de disques verts formant un tableau géométrique qui attire l’œil et pour lesquelles le seul commentaire rappelle qu’elles consomment à elles-seules près de 90 % des ressources en eau du pays, des ressources puisées en profondeur dans des nappes fossiles dont quatre-cinquièmes du volume disponible ont d’ores et déjà été exploitées.

D’autres sont plus positives, qui illustrent notamment une centrale solaire du Sud de l’Espagne. Mais globalement, la plupart de ces vidéos mettent l’accent sur les travers de notre société consumériste qui exploite sans vergogne les ressources terrestres sans se soucier des conséquences à long terme, à l’image de ces activités de déforestation aux confins de la forêt amazonienne, autour d’une exploitation minière aurifère, ou de cette immense mine de charbon à ciel ouvert qui grignote les terres arables du nord de l’Allemagne, expulsant peu à peu les villages et ses habitants et fur et à mesure de sa progression.

Extrait de la vidéo Arizona : une ville de retraités (source © Dezoom / Arte)

Chacune de ces vidéos chocs, aussi brèves que percutantes, est à visionner, tant pour l’esthétisme des images que pour l’évidence de leur message. Les immenses pelouses en plein désert de la ville de Phoenix, en Arizona, où les golfs occupent une fois et demi la surface des maisons pourtant vastes, comme le gigantesque parking de voitures au sud de l’Angleterre, ou encore l’entrelacs d’autoroutes urbaines au centre-ville de Los Angeles où se croisent 6 millions de voitures pour 4 millions d’habitants.

Extrait de la vidéo Los Angeles : le paradis de la voiture (source © Dezoom / Arte)

Pas de commentaires alarmiste ou moralisant sur ces vidéos. Mais l’effet n’en est que plus saisissant. Des images qui méritent d’être largement diffusées et qui participeront peut-être à cette prise de conscience qui tarde à venir que notre planète, même vue de haut, n’est pas inépuisable…

L. V.

La lessive au glyphosate ?

31 mai 2019

Le sénateur Pierre Médevielle (photo © Didier Goupy / Site P. Médevielle)

Sénateur UDI de Haute-Garonne, Pierre Médevielle est aussi maire de Boulogne-sur-Gesse, une commune rurale de 1600 habitants située près de Saint-Gaudens, en limite du Gers. Peu connu du grand public en dehors de son Sud-Ouest natal, ce pharmacien est pourtant membre de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat, mais aussi vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Présidé par Gérard Longuet et composé de 18 députés et 18 sénateurs, ce dernier organisme a pour mission, « d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin, notamment, d’éclairer ses décisions ». Il permet ainsi au Parlement de disposer d’une expertise pour éclairer des choix politiques de long terme. C’est dans ce cadre que quatre parlementaires dont Pierre Médevielle ont déposé le 2 mai 2019, à l’issue de 15 mois d’enquête, un rapport intitulé « Évaluation des risques sanitaires et environnementaux par les agences : trouver le chemin de la confiance ».

La mission qui leur avait été confiée avait pour objet, à partir de l’exemple emblématique du glyphosate, de comprendre comment travaillent les agences chargées d’évaluer la dangerosité des produits chimiques à risque, de passer en revue leurs protocoles d’investigations, et de suggérer, par une harmonisation des pratiques en France et en Europe par exemple, des pistes d’amélioration de nature à restaurer la confiance entre ces instituts scientifiques et l’opinion publique. Un véritable travail de fond, sur un sujet brûlant d’actualité qui déchaîne facilement les passions et pour lequel toute la sagesse et l’expérience de notre pharmacien sénateur était attendue afin de débrouiller avec prudence et objectivité un dossier aussi ardu et sujet à controverses.

Épandage de glyphosate dans la Sarthe en mai 2018 (photo © Jean-François Monier / Archives AFP / Géo)

Apprenant que le rapport allait être rendu public, la Dépêche du Midi a naturellement contacté le sénateur le 12 mai dernier, afin de l’interroger sur les conclusions de ces travaux. Et là, surprise ! Pensant sans doute à ne pas froisser ses électeurs issus pour beaucoup du monde agricole, Pierre Médevielle tient en effet au journaliste qui le questionne des propos assez tranchés, affirmant « qu’aucune preuve scientifique ne démontre formellement aujourd’hui la cancérogénité du glyphosate. A la question : le glyphosate est-il cancérogène : la réponse est non ! ». Voilà qui contredit ouvertement les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer et relève vaguement de la provocation, surtout quand le sénateur précise que « le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge qui, pourtant, ne sont pas interdites ». Les agriculteurs victimes de graves intoxications pour avoir manipulé ce produit apprécieront…

Un dessin signé Xavier Delucq, publié dans le Huffington Post

Mais le sénateur décidément en verve lors de cet entretien avec la presse locale, a fait une autre confidence des plus étrange, affirmant sans ciller et toujours en parlant du glyphosate, le produit actif du Roundup commercialisé par Monsanto, que « cette molécule est ajoutée à nos lessives pour nettoyer les canalisations ». De quoi rendre perplexe le moins averti des citoyens face à une affirmation énoncée avec un tel aplomb par un parlementaire scientifique faisant nécessairement autorité.

On ignorait en effet jusque là que les fabricants de lessive se préoccupaient non seulement de la propreté de notre linge mais également de celles de nos canalisations d’évacuation des eaux usées. On savait certes que le Coca Cola est un excellent déboucheur liquide, mais pas que que Monsanto se positionnait comme auxiliaire des égoutiers et fournisseur d’adjuvant pour lessive multi-usage. A se demander comment de tels secrets de fabrication avaient pu restés cachés jusqu’ici…

Face au tollé soulevé par ses propos, alors même que Pierre Médevielle n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement sur le contenu de ce rapport qui n’est toujours pas accessible sur le site de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le sénateur a prétendu avoir été piégé par les journalistes de la Dépêche du Midi qui auraient grossièrement déformé ses propos au mépris de toute déontologie. L’argument est convaincant car on sait que certains journalistes, surtout non spécialisés sur des sujets techniques aussi pointus, peuvent parfois se méprendre et traduire mal à propos les propos qu’on leur a tenus, croyant bien faire en les exprimant dans un langage plus simple sans se rendre compte qu’ils en modifient le sens.

Cédric Villani (en 2015)

Sauf que la totalité de l’entretien a été soigneusement enregistré par le journaliste qui a réalisé l’interview, lequel se propose bien volontiers de transmettre l’enregistrement à qui le souhaite. Au point que le premier vice président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le mathématicien Cédric Villani, a été obligé de se livrer à un délicat exercice de rétropédalage diplomatique pour tenter de venir en aide à son confrère accusé du coup de rouler pour Monsanto : « Je ne vois, à ce stade, aucune raison de douter de l’intégrité de Pierre Médevieille qui, comme ses collègues tout au long des quinze mois de leur mission, a réalisé un excellent travail. Je veux croire qu’il s’agit d’une maladresse : au cours de son entretien, il s’est probablement laissé aller à exprimer des convictions personnelles ».

Reste que la question du glyphosate dans la lessive intrigue… En réalité, il semble que le bon pharmacien de Boulogne-sur-Gesse se soit un peu mélangé les burettes en pensant sans doute à l’acide aminométhylphosphonique, AMPA de son petit nom, qui constitue l’un des composés chimiques les plus fréquemment retrouvé dans les cours d’eau et les nappes souterraines, issu principalement de la dégradation en milieu naturel, du glyphosate utilisé comme herbicide. Mais l’AMPA a aussi une autre origine car il est aussi le résultat de la dégradation des aminométhylène-phosphonates, produits industriels utilisés dans les systèmes de réfrigération et de refroidissement des moteurs, mais aussi dans certains détergents industriels et domestiques (comme adjuvants anticalcaires).

L’eutrophisation des cours d’eau sous l’effet des rejets de phosphates

Ironie de l’histoire, ces phosphonates dans les lessives se sont fortement développés à partir de 2007, lorsqu’a été définitivement interdit l’usage des phosphates dans les détergents textiles ménagers, justement pour limiter les risques d’eutrophisation des cours d’eau. Or les AMPA, qui sont issus de la dégradation de ces phosphonates, ne sont pas éliminés dans les stations de traitement des eaux usées, ce qui explique qu’on les retrouve en proportion croissante dans le milieu naturel. Mais cela n’enlève rien au risque que constitue le glyphosate, non seulement pour la santé humaine, mais aussi pour la qualité de nos milieux aquatiques. Et cela incite en tout état de cause notre sénateur adepte du Roundup à réviser quelque peu ses cours de chimie et ses traités de déontologie…

L. V.

Les stations d’épuration du futur ?

26 mai 2019

Station d’épuration de Carcès dans le Var (photo © Gilbert Rinaudo / Var Matin)

Quoi de plus banal, de plus laid voire nauséabond, qu’une station de traitement des effluents, chargée de purifier tant bien que mal les eaux usées que l’on rejette jour après jour sans trop se soucier de leur devenir ? Il existe en France plus de 20 000 stations d’épuration qui retraitent ainsi chaque année plus de 5 milliards de m3 d’eaux usées, rejetant au passage dans l’atmosphère de grosses quantités de protoxyde d’azote, un gaz à fort potentiel d’effet de serre.

Souvent construites dans des endroits discrets, à l’écart des zones habitées pour ne pas trop déranger le voisinage par une pollution visuelle et parfois olfactive, les stations d’épuration sont bien souvent bâties en zone inondable, près des cours d’eau, afin de pouvoir y rejeter discrètement les eaux plus ou moins propres issues du processus de retraitement, tandis que les boues sont épandues dans les champs, là où les filières agricoles les acceptent.

Rejets d’eaux usées directement dans le Fier à la sortie de la station d’épuration de Cran-Gevrier près d’Annecy, le 11 février 2018, suite à un accident industriel (photo © S.B. / le Dauphiné Libéré)

En cas de fortes pluies, lorsque les réseaux et les installations de traitement sont saturés car les eaux de ruissellement pluvial viennent trop souvent grossir les effluents à traiter, des déversoirs d’orage permettent de rejeter directement les eaux usées dans le milieu naturel sans le moindre traitement : quand la rivière est en crue, le tout est vite dilué et emporté, ni vu ni connu… Et en été, quand les débits des cours d’eau sont au plus bas, il n’est pas rare de voir des panaches d’effluents ou de mousse blanchâtre flotter sur quelque distance à la sortie des canalisations de rejet. Pour ce genre d’incident, la police de l’eau sait se montrer conciliante…

Comme les abattoirs ou les raffineries de pétrole, les stations d’épuration font partie de ces outils indispensables à une vie en société, moderne et confortable, où l’on ne se soucie pas trop des conséquences de nos actes, même si chacun milite de bonne foi en faveur d’un monde plus respectueux de l’environnement : comme chacun sait, l’homme est pétri de contradictions et c’est probablement ce qui fait sa richesse…

Et pourtant, toutes les stations d’épuration ne correspondent pas à cette image, loin s’en faut. C’est même un domaine qui a connu d’énormes progrès en quelques décennies, et qui n’hésite plus à l’afficher. La technique des stations à boues activées, inventée en 1914 par deux Anglais et qui consiste grosso modo à aérer, dans de vastes bassins, les eaux usées pour favoriser le travail de dégradation par les bactéries, se sont multipliées en France à partir des années 1960, d’abord dans les grandes villes puis de plus en plus dans les bourgs ruraux.

La géode qui marque l’entrée de la Géolide, station d’épuration enterrée de Marseille (source © Tourisme Marseille)

 

Ainsi, la station Geolide, aménagée en souterrain près du stade Vélodrome à Marseille et qui traite les eaux de 17 communes dont Carnoux-en-Provence, fait partie de ces installations modernes et efficientes. Construite en 1987 et améliorée en 2008, elle intègre deux étapes successives de traitement, d’abord physico-chimique (dégrillage, désablage, déshuilage, coagulation), puis biologique (biofiltres bactériens), tandis que les boues issues du dispositif sont elles-mêmes traitées près de Sormiou par décantation avant d’être valorisée pour la production de biogaz puis de chaleur après déshydratation.

Station d’épuration de Bastia sud, étendue en 2014 (source © Cabinet Blasini)

Globalement, et malgré les gros efforts d’investissement réalisés ces dernières années, avec l’aide financière massive des Agences de l’Eau, la France a bien du mal à respecter les injonctions de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines qui date pourtant de 1991. En 2004, le pays a ainsi écopé d’un sérieux avertissement pour 140 grosses agglomérations jugées non conformes, et en 2013, la Cour de justice de l’Union européenne a de nouveau condamné la France pour non respect de ses engagements sur plusieurs sites dont ceux de Bastia et Ajaccio.

Mais on progresse et de plus en plus de stations d’épuration s’équipent avec les techniques les plus modernes d’ultrafiltration membranaire et d’ozonation qui permettent désormais d’éliminer la plupart des polluants résiduels, y compris certains micro-polluants dont on connait maintenant les impacts négatifs sur les milieux naturels mais dont on commence tout juste à mesurer les concentrations.

La récupération des calories présentes dans les eaux usées est aussi un procédé qui se développe de plus en plus, au même titre que la valorisation du biogaz présent dans les boues de traitement, ce qui permet d’améliorer sensiblement le bilan carbone de ces installations très consommatrices en énergie. Et l’on imagine désormais des procédés qui permettent de réutiliser les eaux issues du traitement pour l’arrosage des espaces verts notamment ou d’autres usages sans risque sanitaire, ce qui permet, là aussi, d’améliorer sensiblement l’empreinte environnementale de ces usines.

Vue aérienne de l’usine de traitement Seine aval à Achères (source © SIAAP / Dossier débat public / Doc Player)

Ces développements vertueux ne sont pas l’apanage des seules grosses installations comme celles de Geolide ou encore la station d’Achères ou Seine aval, gérée par le SIAAP en aval de l’agglomération parisienne et qui traite les effluents de quelques 6 millions d’habitants, faisant d’elle la plus grosse station d’épuration en Europe, la deuxième au mode derrière celle de Chicago. De gros progrès ont aussi été réalisés pour les petites stations rurales, avec notamment le développement de la phytoépuration via des filtres plantés de roseaux.

Citons par exemple le cas d’un projet de station d’épuration nouvelle génération qui est en construction sur la commune de Fleury dans l’Oise. Le syndicat mixte d’assainissement des Sablons, qui porte le projet, a en effet fait appel au procédé innovant commercialisé par la société française Sources sous le joli nom de Villa Calypseau. Cette station, dont la mise en service est prévue pour fin 2019 et dont la capacité est de 12 700 équivalents habitants, utilisera un système innovant de traitement biologique, breveté par le groupe néerlandais Nereda et qui repose sur le principe de la granularisation des boues actives. Ce procédé présente le gros avantage de supprimer les bassins de clarification tout en permettant un rendement très supérieur pour la déphosphatation, ce qui permet d’éviter le recours à l’ajout de réactif de type chlorure ferrique tout en diminuant le volume de boues produites.

Maquette de la future station d’épuration de Fleury (source © Villa Calypseau / L’eau, l’industrie, les nuisances)

Un tel dispositif permet du coup de construire des stations d’épuration nettement plus compactes et de dégager des économies substantielles sur les coûts d’exploitation. Celle de Fleury présentera une qualité architecturale particulièrement soignée : de quoi rêver à implanter bientôt les futures stations d’épuration non plus dans les recoins les plus reculés de notre territoire mais de manière bien visible, histoire de rappeler à chacun d’entre nous le devenir de nos eaux usées dont bien peu se soucient au quotidien…

L. V.

Les sources de l’Huveaune prises d’assaut…

13 avril 2019

Comme chacun sait, la ville de Carnoux se situe dans le bassin versant de l’Huveaune même si la commune a toujours refusé d’adhérer au Syndicat intercommunal de l’Huveaune dont la création remonte pourtant à 1963 et qui est chargé notamment de l’entretien des berges de ce cours d’eau. Le syndicat porte pourtant depuis 2015 un contrat de rivière destiné à fédérer différents acteurs en vue d’une meilleure gestion globale du bassin versant de l’Huveaune, tant il est vrai que la qualité de l’eau d’une rivière dépend beaucoup de la manière dont les riverains situées tout au long de ses affluents gèrent leurs eaux pluviales et leurs eaux usées.

Les contours du bassin versant de l’Huveaune (source © Syndicat du bassin versant de l’Huveaune)

Le syndicat, dont les membres sont désormais la Métropole Aix-Marseille-Provence et la Communauté d’agglomération Provence verte,  est aussi chargé de la prévention des inondations qui peuvent être redoutables du fait de l’urbanisation qui s’est développée dans toute la vallée. Certains ont encore en mémoire la crue dévastatrice de 1935 et celle de 1978 au cours de laquelle le fleuve côtier a très largement débordé sur l’autoroute Aubagne-Marseille, construite il est vrai dans le lit majeur de la rivière.

L’Huveaune en crue à l’entrée d’Aubagne en 2008 (source © photothèque SIBVH)

Toujours est-il que l’Huveaune n’est pas seulement ce fleuve dont les eaux en crue viennent déverser sur les plages du Prado tous les détritus amassés au long de son cours, de la bouteille en plastique à la batterie usagée en passant par le canapé deux places légèrement défraichi, négligemment déposé sur les berges pour éviter d’avoir à faire le détour à la déchetterie. C’est aussi un cours d’eau méditerranéen dont certains tronçons ont été admirablement préservés malgré l’urbanisation et les usages industriels développés sur ses berges.

L’Huveaune prend sa source dans le département du Var, sur la commune de Nans-les-Pins, à 590 m d’altitude, dans le Vallon de la Castelette, rattaché au massif de la Sainte-Baume. Les sources du cours d’eau constituent un lieu de ballade très prisé localement. Un des accès les plus aisés pour s’y rendre part justement de la commune de Nans-les-Pins et permet, à l’issue d’une ballade très agréable en sous-bois, de rejoindre les vasques d’eau laiteuse d’une couleur bleu lagon qui se succèdent en cascade dans le cours supérieur de l’Huveaune.

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Formées de travertin, c’est-à-dire de concrétions qui se déposent lorsque l’eau souterraine, qui s’est chargée en calcium dissous lors de sa traversée du massif calcaire, débouche à l’air libre, ces vasques sont une pure merveille et la ballade attire forcément de nombreux amoureux de la nature.

Cette année cependant, pour les deux derniers week-end du mois de mars, sous l’effet d’un temps printanier et d’un post très abondamment commenté publié sur Facebook par le site Bienvenue à Marseille, le site a connu une affluence totalement inhabituelle qui a mis en émoi les habitants de la petite commune de Nans-les-Pins et dont les médias se sont largement fait l’écho puisque même  FR3 en a tiré un reportage télévisé !

Extrait du journal Var Matin, édition du lundi 1er avril 2019 (source © post Facebook Axelle Delgove)

Le dernier week-end de mars, la mairie de Nans a recensé plus de 1500 visiteurs sur un site qui n’en accueille d’habitude que quelques centaines. La situation sur place est devenue intenable sous l’effet de centaines de véhicules qui débarquent dès le matin, se garent comme ils peuvent, entravant même les passage des véhicules de secours. Certains n’hésitent pas à arracher les barrières dans ce site qui fait pourtant désormais partie du Parc naturel régional de la Sainte-Baume, afin de pouvoir se rapprocher des départs de sentiers. Le site n’étant pas équipé de poubelles, dans le but d’inciter les randonneurs à repartir avec leurs déchets, nombre de touristes ne craignent pas de laisser leurs tas de détritus sur place…

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Face à un tel afflux dans un site aussi vulnérable, classé Natura 2000, la maire de Nans-les-Pins, Pierrette Lopez, a dû prendre un arrêté municipal pour interdire l’accès en véhicule au chemin communal destiné aux interventions des secours et le Préfet a été interpellé afin de trouver les moyens de réguler ce flux incontrôlable de visiteurs.

De quoi confirmer, s’il en était encore besoin, que tourisme de masse et respect des milieux naturels fragiles ne font jamais très bon ménage !

L. V.