Posts Tagged ‘Déchets’

Encore un traitement de faveur pour Alteo !

1 décembre 2016

Décidément, l’usine d’alumine Alteo de Gardanne qui continue depuis plus de 50 ans de rejeter en mer ses effluents toxiques au large de Cassis, n’a pas fini de faire parler d’elle : le sujet a même fait l’objet d’une discussion spécifique à l’occasion de l’examen en première lecture à l’Assemblée Nationale du projet de loi de finance pour 2017 !

Vue de l'usine d'alumine Alteo à Gardanne

Vue de l’usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans la discussion d’un projet de loi de finances, il y a toujours un moment de défoulement, celui des articles non rattachés qui permet aux parlementaires de déposer leurs amendements les plus hétéroclites et parfois de les faire adopter, à la faveur d’un malentendu ou d’un relâchement de l’attention générale.

Le député Olivier Faure

Le député Olivier Faure

Le crû 2017 n’a pas failli à la tradition et on y a donc débattu (longuement) de deux amendements quasi identiques portés par un député socialiste de Seine-et-Marne, un certain Olivier Faure, visant à aligner le paiement de la redevance de l’usine Alteo sur la règle commune.

L’histoire ne dit pas pourquoi un obscur élu de Combs-la Ville s’intéresse à un tel sujet, mais un petit retour en arrière s’impose pour comprendre le but de la manœuvre.

Comme toute entreprise polluante qui rejette dans le milieu naturel des substances toxiques, Alteo est soumise à une redevance perçue par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) selon le principe pollueur-payeur. Le montant annuel de cette redevance est basé sur le volume rejeté de polluants organiques traditionnels mais aussi de matières en suspension. Sont également pris en compte dans le calcul la toxicité aiguë et 8 métaux et métalloïdes (arsenic, cadmium, chrome, nickel, cuivre, mercure, etc.) ainsi que d’autres paramètres tels que les nitrites, les nitrates, ou encore la température des rejets et, depuis 2016, 16 substances dangereuses pour l’environnement.

La formule de calcul est identique pour toutes les entreprises, sauf pour l’usine d’alumine de Gardanne qui a bénéficié en 2006, lors du vote de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques d’un traitement de faveur taillé sur mesure. Certains parlementaires bienveillants ont alors convaincu leurs collègues d’appliquer un taux plafond plus faible pour les matières en suspension lorsque le rejet se fait au large des côtes, configuration qui concerne exclusivement la seule usine de Gardanne, alors aux mains de Péchiney. La canalisation issue de l’usine de Gardanne rejetait à cette date de l’ordre de 250 000 tonnes de boues rouges chaque année dans la Méditerranée, à quelques km de la côte et a donc bénéficié de cette mesure inédite, très avantageuse.

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Emplacement de la conduite de rejet des affluents industriels d’Alteo

Malgré ce traitement de faveur, le site a vu sa redevance augmenter progressivement du fait de l’augmentation des taux sur les autres polluants, jusqu’à atteindre en 2012 le montant annuel de 2,6 millions d’euros. Rapportée au chiffre d’affaire de l’entreprise, la somme n’était pas énorme, mais elle a néanmoins été jugée excessive par l’industriel qui, plutôt que de tenter de diminuer la charge polluante de ses rejets, a préféré actionner ses relais politiques.

Avec d’ailleurs un succès incontestable, puisque un amendement parlementaire déposé en 2012 à l’occasion de la loi de finance rectificative a créé un taux plafond moins important pour les rejets au large des côtes concernant le paramètre de toxicité aiguë (matières inhibitrices), ce qui a permis une nouvelle fois de dégonfler la facture pour le site industriel provençal passé entre temps dans les mains du propriétaire actuel, le fonds d’investissement HIG European Capital Partners.

Et voila qu’en 2015, les procédures nationales pour évaluer la toxicité des rejets évoluent. Basées jusque là sur une évaluation de la sensibilité d’organismes caractéristiques des eaux douces, la méthode s’appuie désormais sur l’examen de l’impact sur d’autres organismes plus adaptées au milieu marin, des bactéries luminescentes. Une aubaine pour Alteo qui, du fait de ce changement de méthodologie et grâce à l’application du plafonnement spécifique dont elle bénéficie, verrait ainsi le montant annuel de sa redevance passer de 1,8 millions d’euros à 300 000 €.

blog363_dessin

Une misère qui rendrait d’un coup totalement inutiles les efforts que l’industriel est sensé développer pour réduire à terme la toxicité de ces rejets : à quoi bon investir de l’argent dans de la recherche pour polluer moins quand on peut polluer autant qu’on veut pour un montant dérisoire ? L’amendement du député de Seine-et-Marne avait donc pour but de maintenir un minimum de décence en faisant en sorte que la redevance de l’industriel soit divisée par 3 et non par 6, ce qui restait plutôt bienveillant.

Mais c’était encore trop pour les amis d’Alteo dont le secrétaire d’État Christian Eckert, qui est aussitôt monté au créneau pour défendre les intérêts du fonds d’investissement anglo-saxon, estimant bien naturellement qu’ « une telle disposition ferait peser un risque significatif sur l’avenir de cette entreprise qui serait très largement compromis ». L’ange gardien d’Alteo, le député François-Michel Lambert, qui s’est targué jadis d’une certaine fibre écologiste, a bien évidemment fait sonner la charge. Absent de l’hémicycle, il a aussitôt dépêché un député ami (élu dans le Val d’Oise) pour plaider la cause de l’industriel et sauver les 400 emplois évidemment menacés, son porte-parole estimant sans rire : « je pense qu’il vaut mieux négocier avec l’entreprise les moyens et les investissements nécessaires pour traiter ces rejets ». Entre amis, on s’arrange…

Le député Olivier Faure ne s’est pas laisser démonter par les arguments fallacieux et les chiffres totalement fantaisistes avancés par son collègue. Il a courageusement tenté d’argumenter en expliquant : « Il ne s’agit pas de pénaliser outre mesure cette entreprise, d’autant que ce sont les agences de l’eau qui fixent le taux et qu’elles ont le souci de maintenir l’emploi. Même si était voté le taux le plus élevé, la taxe ne pourrait être supérieure  à 500 000 € (…) les calanques n’ont pas besoin de continuer à être polluées. Oui à une baisse de la redevance, mais pas à n’importe quelles conditions. Continuer à stimuler les efforts me paraît la bonne mesure ».

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Canalisation de rejet des effluents (photo MaxPPP)

Car en réalité, l’Agence de l’Eau n’applique pas les plafonds qui sont fixés par la loi mais reste très en deçà pour calculer le montant des redevances. Comme l’explique Laurent Roy, directeur de l’Agence RMC pour Actu-Environnement, le taux appliqué à Alteo était 30 fois inférieur au plafond réglementaire pour les matières en suspension et à 25 % du plafond fixé pour la toxicité aiguë. Certes, le conseil d’administration a souhaité que l’Agence se rapproche progressivement de ces plafonds mais on voit qu’il n’y avait pas péril en la demeure pour Alteo…

Et pourtant, contre toute attente, c’est encore le lobby pro-industriel qui a gagné cette bataille : l’amendement introduit par Olivier Faure, malgré toute sa mesure, a été rejeté. On imagine la joie au siège d’Alteo qui vient de recevoir, au gré de cet échange parlementaire, un signal très positif pour continuer à polluer allégrement les fonds marins en toute impunité et à moindre frais : champagne !

L.V.  lutinvert1small

Land Art à Carnoux-en-Provence

22 octobre 2016

La jeune ville de Carnoux qui fête cette année son jubilé se verrait-elle honorée par une installation artistique récemment apparue en différents points de la ville ?Blog324_PhJubile

Depuis cet été, nous avons constaté le surgissement d’éléments métalliques ou de béton de couleur orange (couleur retenue avec le vert olive pour le visuel du jubilé) qui ponctuent un itinéraire depuis le quartier des Barles jusqu’aux abords de la départementale en direction de Cassis.

Quel artiste se réclamant du Land Art a-t-il pu ainsi œuvrer sur le territoire de notre commune ?

Pour information, le land art est une tendance de l’art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, eau, rocher, etc.). Le plus souvent, les œuvres sont en extérieur, exposées aux éléments, et soumises à l’érosion naturelle. Ce courant est apparu aux Etats Unis au début des années 1970.

Dans notre région et plus précisément sur un territoire proche de Digne les Bains, l’artiste Andy Goldsworthy a créé à partir de la fin des années 1990 un parcours jalonné par des constructions de pierres récoltées sur place,  intitulées Refuges, abris réels ou fictifs.

Andy Goldworthy, Sentinelle Vallée de l’Asse, 2001

Andy Goldworthy, Sentinelle Vallée de l’Asse, 2001

Dans le cas qui nous interroge, nous rencontrons une combinaison entre Land Art et sculpture avec une référence à des œuvres comme celle  ci-dessous d’Alain Kirili, Oratorio de 1988, qui est composée de plusieurs blocs d’aluminium forgé. Aluminium, bauxite…. Il y a peut-être là une piste à explorer ?

Oratorio, d’Alain Kirili, 1988

Oratorio, d’Alain Kirili, 1988

En s’approchant des objets surgis dans notre paysage urbain carnussien, nous découvrons que chaque objet, plutôt qu’un cartel comme c’est le cas dans les musées ou les galeries, porte une plaque qui  indique « Alteo, borne n°… » et la mention « conduite sous pression ».

landart_ph4

Alteo n’est pas le pseudonyme d’un artiste, c’est le nom de l’entreprise internationale dont l’usine de Gardanne a rejeté pendant de trop nombreuses années ses fameuses boues rouges en Méditerranée dans la fosse de Cassidaigne située au large de Cassis !

Pour informer les riverains des canalisations sur l’installation des bornes oranges, l’entreprise Alteo leur a adressé en août 2016 un courrier nominatif émanant du responsable Santé, Sécurité Environnement qui précise qu’ « Alteo s’est engagé à mettre en place des éléments de repérage de  cette canalisation » souterraine qui traverse notre ville « afin d’éviter tout risque de dégradation lors de travaux ».

landart_lettre

 

En effet, s’il n’y a plus de boues rouges qui circulent dans le sous-sol de Carnoux, il subsiste des eaux industrielles sodiques (PH12 environ dixit la note). Rappelons que le PH (potentiel hydrogène) de degré 12 est celui de l’eau de Javel !

Loin d’un parcours artistique, Alteo a mis en place différents éléments de repérage à caractère préventif, bases aériennes hors du sol, bornes en béton et plaques avec sous plaques, toutes équipées de plaques d’identité informatives.

Voila, l’énigme des bornes oranges est levée. Il ne s’agissait pas d’une intervention artistique, mais alors pourquoi ne pas envisager l’installation d’une véritable œuvre d’art contemporain à Carnoux ?

MM

La France toxique passée à la loupe

26 septembre 2016

C’est un vrai travail de Romains auquel s’est livré l’association Robin des Bois. Son rapport sobrement intitulé « l’Atlas de la France Toxique » qui a été publié en mai 2016 aux éditions Arthaud et qui contient pas moins de 36 cartes des sources de pollution recensées en France est le fruit d’un énorme travail de recherche collective dans les archives et d’investigations tous azimuts, pour arriver à mettre en évidence la répartition géographique des périls qui nous menacent.blog346_phrapport

L’inventaire n’est certainement pas exhaustif mais il est déjà bien assez inquiétant. Sont passés en revue non seulement les paramètres classiques liés à la qualité de l’air où à celle des eaux, mais aussi les cyanobactéries dans les eaux de baignades, les risques sanitaires liés à la consommation de coquillages ou aux piqûres des moustiques tigres, les stockages de déchets radioactifs en milieu hospitalier et universitaire, les munitions abandonnées à l’issue des dernières guerres, les sols pollués par d’anciennes activités industrielles, les pesticides issus de l’agriculture intensive ou encore la présence d’amiante dans de nombreux bâtiments et aménagements urbains. Un vrai cauchemar d’écologistes !

blog346_phlogoL’association Robin des Bois, créée en 1985 par des pionniers de la défense de l’environnement qui tentent de se battre, par la dénonciation verbale et non violente, contre toutes les agressions portées à notre environnement, n’en est pas à son coup d’essai. S’appuyant sur un vaste réseau de militants et de scientifiques, elle agit en menant des investigations de terrain, en publiant des synthèses bibliographiques et des rapports, mais aussi en interpellant les responsables politiques et en participant à des groupes de concertation institutionnels.

Robin des Bois publie ainsi deux bulletins d’information trimestriels en français et en anglais qui sont devenus de véritables outils de référence. « A la casse », édité depuis 2006 s’intéresse aux chantiers de démolition de navires et « A la trace », publié depuis 2010, traque à travers le monde les actes de braconnage et de contrebande d’espèces animales menacées, deux chevaux de bataille pour cette association agréée au titre de la protection de l’environnement.

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

Décharge sauvage en Guadeloupe (photo Robin des Bois)

L’association se mobilise aussi, souvent aux côtés de riverains qui l’ont alertée, contre certaines dégradations environnementales et pollutions locales, depuis le dépôt de déchets sauvages en bord de rivières jusqu’à la construction de bâtiments publics sur d’anciens sites industriels pollués en profondeur. C’est ce travail d’accompagnement et d’investigation sur le terrain qui l’a amenée à fouiller dans les archives pour réaliser des inventaires d’anciennes usines à gaz ou de sites pollués aux PCB par exemple, constituant ainsi au fil du temps une véritable mine de renseignements qui a été valorisée pour établir ce récent Atlas de la France Toxique qui fait référence.

Outre les cartes de France qui sont présentées dans cet atlas aussi original qu’inquiétant, l’étude fait un focus intéressant sur cinq grande agglomérations françaises : Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse et Marseille. Et là, bien entendu, il n’y a aucune surprise : la métropole marseillaise remporte haut la main le concours de l’agglomération urbaine la plus polluée de France !

blog346_phparis

Certes, l’agglomération parisienne n’est pas mal placée non plus, bien que sur la troisième marche du podium derrière celle de Lyon et son remarquable couloir de la chimie. Ses cours d’eau sont fortement déconseillés à la baignades et leurs sédiments sont très largement chargés en PCB tandis que l’air est chargé en particules fines, dioxyde d’azote et benzène cancérogène. On relève aussi à Paris et en proche banlieue un nombre impressionnant de cas de saturnisme liés aux peintures au plomb très fréquentes sur les murs des logements anciens. On y recense enfin pas moins de 35 sites connus d’entreposage de sources radioactives disséminés dans des centres de recherche, des entreprises ou des hôpitaux.

Mais Robin des Bois met aussi l’accent sur d’autres sources de risque sanitaire moins connues dont le crématorium du Père Lachaise qui compte parmi les principaux émetteurs de mercure en région parisienne, du fait de la fusion des amalgames dentaires, ou encore les enrobés à base d’amiante qui ont été appliqués pendant des années entre 1970 et 1995 sur la plupart des chaussées pavées pour les rendre plus confortables à la circulation. Les fibres d’amiante avaient pour but de rendre ces revêtements routiers plus durables mais l’usure progressive de la couche de roulement libère progressivement les fibres d’amiante dans l’air ambiant . Un problème identifié en 2013 et qui va nécessiter de traiter des centaines de kilomètres de voirie…

blog346_cartemarseilleQuant à l’agglomération marseillaise, elle détient la palme de l’air le plus irrespirable de France avec une concentration en particules fines qui s’élève en moyenne annuelle à 31,8 µg/m3 (contre 29,5 à Lyon et 27 à Paris), alors même que l’OMS recommande un maximum de 20 µg/m3 en moyenne annuelle. Sont pointés également les anciens sites industriels côtiers déjà évoqués ici où les concentrations en plomb et en arsenic dépassent tous les seuils autorisés, y compris dans des sites de baignade très fréquentés, mais aussi les sédiments portuaires de la Lave et de l’anse de l’Estaque, très riches en arsenic et en mercure.

Robin des Bois s’attarde quelque peu sur les eaux de l’Huveaune et de quelques cours d’eau côtiers, réceptacles de nombreux déchets et rejets peu ragoûtants, et qui charient des monceaux d’immondices et de germes fécaux sur les plages à chaque orage, au point que certains ont surnommé la plage du Prado « épluchures beach ».

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

Incendie sur la Gineste le 5 septembre 2016 (photo F. Speich / La Provence)

La question des feux de forêts en limite de zone urbanisée est également pointée comme un risque très présent et ceci a été très largement confirmé par les nombreux incendies qui se sont produits cet été, après la parution de l’atlas donc, et qui se sont notament traduits par la disparition de 375 ha le 15 juillet sur la Côte Bleue, puis le 10 août de 800 ha autour de Fos-sur-Mer et de 2700 ha sur le plateau de Vitrolles, avant les 390 ha partis en fumée dans les calanques le 5 septembre dernier.

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

Navire de croisière à quai devant Notre-Dame de la Garde (photo G. Julien / AFP)

De nombreuses autres sources de pollution sont pointées par l’étude de Robin des Bois, dont celle provoquée par les bateaux de plaisance et de tourisme qui sillonnent nos côtes en brûlant des millions de litres de gasoil. Le sujet avait déjà fait débat lors de la création du Parc national des Calanques et des aides ont été accordées pour que les navires qui organisent les visites des calanques par la mer se modernisent quelque peu, mais on est encore loin du compte ! A une tout autre échelle, il faut en effet savoir que les quelques 500 gigantesques bateaux de croisière qui font escale chaque année dans le port de Marseille laissent tourner en permanence leurs générateurs au fuel lourd pour assurer un confort maximal à leur passagers… Les ferries en faisaient autant avec leurs moteurs diesel auxiliaires jusqu’en 2015 faute de pouvoir accéder à des branchements électriques à quai. Les choses progressent donc peu à peu mais le chemin restant à parcourir pour que l’agglomération marseillaise s’affranchisse de ses nombreuses sources de pollution résiduelles reste long…

L.V.  LutinVert1Small

Marseille a du plomb dans la calanque…

7 septembre 2016

Reconnues pour la beauté de leurs paysages et la richesse de leurs fonds marins, classées Natura 2000 et intégrées depuis 2012 dans un Parc national, les calanques de Marseille n’ont pas toujours été protégées comme elles le devraient. Au XIXe siècle, elles étaient au contraire le siège d’une intense activité industrielle, en cohérence avec un décret napoléonien de 1810 qui préconisait précisément que les usines dangereuses et polluantes devaient être reléguées le plus loin possible des endroits habités. Quoi de plus logique donc que de implanter dans les calanques qui n’étaient guère fréquentées que par quelques pêcheurs et de rares bergers.

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Dès 1810, une première usine de soude destinées à alimenter les savonneries de Marseille s’installe ainsi au pied du Mont Rose, dans la calanque de Saména, le long de la petite route qui conduit de la Madrague de Montredon à Callelongue en passant par le petit port des Goudes.

C’est le début d’une vague d’industrialisation qui verra le littoral se couvrir progressivement d’innombrables entreprises polluantes. A partir de 1870, le développement du procédé Solvay, permettant de fabriquer la soude à moindre coût, entraine le déclin des usines marseillaises qui n’ont pas réussi à négocier ce virage technologique. Mais ce n’est pas pour autant que les activités polluantes disparaissent du secteur, bien au contraire. Dès le milieu du XIXe siècle s’installent une nouvelle activité liée au traitement de minerai de plomb, importé par bateaux depuis les mines italiennes et espagnoles.

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Sept unités de production voient ainsi le jour, la plus importante étant celle de l’Escalette qui fournira jusqu’à 3000 tonnes de lingots de plomb par an et qui sera la dernière à fermer ses portes en 1924 après 73 ans d’activités. D’autres activités industrielles se développent dont une verrerie à Montredon, une usine de soufre aux Goudes ou une station de traitement de pétrole au col de Sormiou. L’ancienne usine de plomb de l’Escalette, quant à elle, est reconvertie pour fabriquer de l’acide tartrique, encore une activité potentiellement impactante pour l’environnement.

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Elle sera la dernière à fermer, en 2009, après un baroud d’honneur de ses salariés qui essaient tant bien que mal de conserver leur outil de travail. L’usine Legré-Mante est alors la dernière à produire en France de l’acide tartrique, un produit très utilisé dans l’industrie alimentaire et notamment pour la vinification, mais aussi en pharmacie. Mais son propriétaire, la famille Margnat, magnat du gros rouge qui tâche, patron de multiples sociétés dont Kiravi, et gros contributeur de l’UMP, a d’autres projets de nature immobilière et envisage de revendre le tout pour 42 millions d’euros. L’usine est évacuée de force par les CRS, les installations rapidement saccagées, mais le projet tombe à l’eau car le coût de dépollution du site est jugé pharamineux…

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic...

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic…

Il faut en effet se rendre à l’évidence : après deux siècles d’activité industrielle débridée, les dégâts environnementaux sont colossaux…Depuis 2000, les plaintes des riverains commencent à faire bouger l’État et le Département. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, gros acquéreur d’espaces naturels, se retrouve en effet un des principaux propriétaires foncier du secteur. Les anciens exploitants s’étant discrètement défilés, c’est donc lui qui entreprend en 2002 une série de travaux d’urgence. Le sable de la petite plage de Saména est remplacé et on projette un peu de béton pour masquer les terrils de scories les plus voyant qui menacent de s’ébouler.

Scories en remblai sous la route des Goudes

Scories en remblai sous la route des Goudes

En 2005, les services de l’État attrapent le taureau par les cornes et lancent un premier inventaire des zones polluées. Ils recensent ainsi pas moins de 29 ha d’accumulation de scories chargées en métaux lourds et riches en arsenic. Ces dépôts ont même été largement utilisés pour refaire l’assise de la route jusqu’à Callelongue, tout le long du littoral !

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Les sédiments côtiers révèlent des teneurs en plomb et en arsenic qui dépassent allègrement toutes les normes admises. Quant aux moules et aux oursins, leur teneur en plomb les rend totalement impropres à la consommation. A l’issue de cette étude réalisée par l’institut national de veille sanitaire, des mesures drastiques sont prises car le risque est jugé très élevé en particulier pour les enfants. Des consultations pour le dépistage du saturnisme sont organisées. La pêche est interdite, de même que l’accès à la plage de Saména, le Conseil général se chargeant de mettre en place des panneaux avertissant du danger.

Ensuite, il ne se passe plus grand-chose jusqu’en 2012, les habitudes reprenant rapidement le dessus et les panneaux étant discrètement arrachés pour ne pas inquiéter inutilement les touristes. En mars 2012 cependant, toujours à l’initiative du Ministère de l’environnement, l’ADEME est chargé de mettre en place un programme de dépollution du site. Il était grand temps, un mois avant la création officielle du Parc national des Calanques !

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Avec l’aide du bureau d’étude Burgeap, l’ADEME s’attache donc à dresser un diagnostic de la situation et à proposer un programme d’action. La tâche est immense car il faudrait retirer ou neutraliser des dizaines milliers de m3 de dépôts fortement chargés en métaux et métalloïdes en évitant toute dispersion dans l’atmosphère, le tout dans des secteurs difficiles d’accès, très fréquentés, avec des contraintes environnementales sévères, en bordure de mer et dans les vallons. Il convient aussi de mettre en sécurité les immenses cheminées rampantes, partiellement éventrées et encroutées de scories dangereuses, qui servaient à extraire les fumées des anciennes fonderies et courent à flanc de colline sur plusieurs centaines de mètres.

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Une œuvre titanesque dont le coût a été évalué en 2013 entre 2 et 3 millions d’euros ! Dans le cadre du Contrat de Baie signé le 29 octobre 2015, l’État s’est engagé à hauteur de 2 millions d’euros et le Conseil général pour près de 1 million. Mais en 2016, rien n’a encore été mis en œuvre… Le reportage d’Envoyé spécial, diffusé le 28 juillet 2016 et intitulé « Calanques en eaux troubles » confirme que sur place rien ne permet plus aux touristes de savoir qu’ils se baignent dans un site fortement pollué. Des piquets ont bien été mis en place pour délimiter les principaux dépôts de scorie comme l’a observé un journaliste de Marsactu dans un article publié le 6 août 2016, mais sans aucune indication pour préciser de quoi il retourne !

Calanque de samena (source : La Nuit magazine)

Calanque de Saména (source : La Nuit magazine)

Quant au maire de Marseille, l’affaire ne l’inquiète pas plus que ça. Estimant que les mesures prises sont largement excessives, il considère que la presse « affole les foules ». Pas de quoi en tout cas l’inciter à retirer la calanque de Saména de la liste des 21 plages dont le site internet de la Ville fait la promotion. Même si la baignade n’y est pas surveillée, le site est encore placé en bonne position sur le site officiel de la mairie sous le slogan réconfortant : « un été en toute sécurité ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.  LutinVert1Small

Les bergers de la mer veillent sur Marseille

28 août 2016

C’est un article de La Provence qui l’a signalé dans son édition du 25 août 2016. Un catamaran de l’association Sea Shepherd arpente depuis le 15 août la rade de Marseille dans le cadre de sa mission intitulée Mare nostrum, initiée en 2015, et qui consiste à traquer les filets fantômes, ces filets ancrés parfois jusqu’à 60 m de fond, perdus par les pêcheurs et dans lesquels des baleines ou des dauphins mais aussi bien d’autres espèces marines protégées peuvent se retrouver piégés, des décennies après qu’ils aient été abandonnés par leur propriétaire car le nylon résiste au temps…

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

L’an dernier, l’association avait déjà fait une halte dans le port de Marseille avant de se diriger vers la Riviera italienne au large de laquelle elle avait relevé pas moins de 4 km de filets fantômes qui hantaient la côte et décimaient les fonds marins. Sa présence cette année se veut aussi pédagogique pour attirer l’attention des Provençaux sur la véritable déchetterie que constitue les fonds marins côtiers marseillais. Dix plongeurs bénévoles sont à bord du catamaran de Sea Shepherd, qui se relaient pour inspecter les fonds marins au large de la métropole phocéenne pendant un mois avant de mettre le cap sur l’ïle de Lesbos en Grèce pour un coup de projecteur sur les nombreux déchets qui y encombrent le milieu marin.

Pas sûr que les berges de la mer soient vus d’un très bon œil par les pêcheurs professionnels marseillais toujours très jaloux de leurs prérogatives et qui n’aiment pas que l’on vienne inspecter de trop près leurs filets même abandonnés… Il faut dire que les militants écologistes de Sea Shepherd n’ont pas bonne presse auprès de la profession du fait de leur approche quelque peu « rentre dedans » !

L'activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

L’activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

La Sea Shepherd Conservation Society, dont le siège est basé aux États-Unis, se définit comme une organisation non gouvernementale internationale maritime vouée à la protection des créatures marines. Elle a été fondée officiellement en 1981 bien qu’active depuis 1977 et dirigée jusqu’en 2013 par Paul Watson, un militant écologiste canadien quelque peu radical qui enseigne par ailleurs l’éthique et l’écologie dans des universités californiennes. Cofondateur dans les années 1970 de ce qui allait devenir Greenpeace International, Watson s’est depuis méchamment brouillé avec cette dernière association qu’il qualifie avec mépris de « dames patronnesses de l’environnement »…

Le pavillon noir de l'organisation Sea Shepherd

Le pavillon noir de l’organisation Sea Shepherd

Il faut dire que le personnage de Paul Watson, que certains n’hésitent pas à qualifier d’éco-terroriste, n’est pas du genre à jouer les diplomates. Le pavillon de l’ONG rappelle d’ailleurs furieusement le drapeau pirate. Créé par l’artiste Geert Vons, le logo est composé d’une crosse de berger (shepherd signifiant « berger » en anglais) et du trident de Neptune, qui représente le côté interventionniste voire musclé de l’organisation. Le crâne représente la mort que les hommes infligent à la vie marine avec, sur son front, un dauphin et une baleine en forme de yin-yang symbolisant l’équilibre naturel des océans. Bref, des bergers des mers qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller…

Un journaliste du Guardian avait publié en 2004 un reportage repris par Courrier International qui relatait la participation du capitaine Watson à une campagne de Sea Shepherd à bord de l’Ocean Warrior en vue de protéger les baleines globicéphales de leurs prédateurs humains qui les attirent au large des iles Féroé pour les massacrer. Le dialogue avec les insulaires de ce territoire danois où la chasse à la baleine est considérée comme traditionnelle, s’avère un peu rude et le journaliste du Gardian finira d’ailleurs en prison comme plusieurs autres membres de l’équipage…

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Dès 1979, les équipes de Paul Watson s’étaient illustrées par leur activisme débridé sur la côte est du Canada, en aspergeant plus d’un millier de bébés phoques d’une peinture naturelle indélébile, qui enlève toute valeur commerciale à leur fourrure, les sauvant ainsi d’une mort atroce. Tous les membres du Sea Shepherd, le premier bateau de l’association, sont alors arrêtés et jetés en prison avant d’être relâchés dans l’attente d’un procès, le premier d’une longue série…

La même année, le Sea Shepherd se lance dans la traque d’un baleinier portugais, le Sierra, occupé à exterminer les dernières baleines à bosse dans la Mer des Caraïbes. Le baleinier est carrément éperonné à son retour dans les eaux portugaises et l’équipage du Sea Shepherd de nouveau emprisonné. L’affaire fait grand bruit et met en lumière l’activité contestable et illégale des baleiniers, mais un juge portugais corrompu ordonne la confiscation du Sea Shepherd. Paul Watson et son équipe décident finalement de saborder eux-même leur bateau avant qu’il ne soit démantelé par les autorités portugaises.

En février 1980, alors que le Sierra réparé s’apprête à repartir chasser la baleine, un petit commando de Sea Shepherd s’introduit nuitamment à son bord et le coule sans faire de victimes, mieux que ne le feront les services secrets français quelques années plus tard en s’attaquant au Rainbow Warrior dans le port d’Auckland…

En avril 1980, deux autres baleiniers sont coulés en Espagne par les activistes de Sea Shepherd qui font des émules puisque la marine sud africaine saisit et détruit à Durban deux baleiniers pirates appartenant toujours à la Sierra Trading Company, mettant ainsi fin aux opération de pêche illégale à la baleine dans l’Atlantique.

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

En 1986, c’est à coup de pudding au chocolat que l’équipage du Sea Shepherd II riposte aux tirs à balles réelles des pêcheurs au large des iles Féroé, le tout devant les caméras du monde entier. La même année, deux baleiniers islandais sont coulés dans le port de Reykjavik et une usine de transformation de la viande de baleine est sabotée, bloquant provisoirement les activités commerciales islandaises de chasse à la baleine. S’en suivront ensuite des années de lutte contre les thoniers qui massacrent également les dauphins pris dans leurs filets. En 1990, l’association s’attaque ainsi à une flotille de pêcheurs japonais dans le Pacifique nord et coule pas moins de 100 km de filets dérivants dont l’impact sur l’environnement marin est dévastateur et l’usage pourtant interdit par une résolution des Nations Unies.

Violents acrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l'Antarctique en 2013

Violents accrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l’Antarctique en 2013

Dans les années 2000, on assiste à de véritables combats navals entre les bateaux de Sea Shepherd et les flottes baleinières japonaises dans le Pacifique sud, les uns et les autres tentant de s’éperonner muuellement et de bloquer leurs hélices à l’aide de cordages dérivant. A plusieurs reprises, les gardes côtes japonais ouvrent le feu contre les équipes de Sea Shepherd et en 2010, un des bateaux de l’association est coulé par un baleinier japonais.

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

En Méditerranée, c’est surtout pour la protection du thon rouge que se mobilisent les équipes de Sea Shepherd. Ce poisson, qui peut descendre jusqu’à 1000 m de profondeur, est aussi l’un des animaux les plus rapide de la planète avec des pointes à 80 km/h. Il a pourtant été décimé par 20 ans de pêche industrielle largement subventionnée par l’Union européenne, jusqu’à la mise en place de quotas, fortement restreints en 2006, mais relevés dès 2014. En 2010, cinq plongeurs de Sea Shepherd ont ainsi pénétré à l’intérieur d’une cage remorquée par le thonier senneur libyen Cesare Rustico et ont libéré les 800 thons rouges retenus à l’intérieur, provoquant une violente réaction de la compagnie maltaise Fish & Fish Limited qui a obtenu en justice que l’association lui verse une indemnisation de 1,4 millions de dollars !

On comprend que dans un tel contexte l’association Sea Shepherd ne soit pas forcément la bienvenue lorsqu’elle débarque dans un port de pêche…

L.V. LutinVert1Small 

Pêcheurs de déchets en Méditerranée

24 avril 2016

La Mer Méditerranée, comme malheureusement bien d’autres dans le monde, croule sous les déchets de toute sorte. Le constat n’est pas nouveau et nombreux sont ceux qui depuis des décennies tirent la sonnette d’alarme, dénonçant ce véritable 7ème continent qui flotte au large, agglomérat de déchets de toutes sortes. Les images spectaculaires des cadavres d’oiseaux éventrés sur l’île de Midway en plein milieu du Pacifique, dont le contenu stomacal révèle tout un bric-à-brac de déchets hétéroclites ayant conduit à leur mort par étouffement ont fait le tour du monde et en ont ému plus d’un.

Blog295_PhDechets

Mais rien n’y fait et nos déchets continuent année après année à se déverser en mer, sans d’ailleurs que cela résulte forcément d’une action volontaire de l’homme. Les plastiques qui s’envolent de nos décharges comme ceux que l’on abandonne dans nos rue sont poussés par le vent, véhiculés par les cours d’eau et finissent immanquablement dans la mer, exutoire naturel de tous les emballages imputrescibles que produit en quantité sans cesse croissante notre société de consommation devenue incontrôlable !

Un pêcheur retire un sac plastique de son filet de pêche près des côtes de Villajoyosa en Espagne (photo © P. Armestre / AFP)

Un pêcheur retire un sac plastique de son filet de pêche près des côtes de Villajoyosa en Espagne (photo © P. Armestre / AFP)

En Espagne, à plusieurs kilomètres des côtes, les pêcheurs remontent ainsi chaque jour dans leurs filets d’énormes quantités de déchets plastiques, au point que certains d’entre eux ont décidé de rapporter à terre tous ces matériaux afin de soulager un peu le milieu naturel où ils font des ravages parmi la faune aquatique. Et les volumes deviennent si importants qu’une véritable filiale de recyclage s’est progressivement mise en place pour valoriser tous ces déchets…

Des sacs plastiques vus par les tortues marines comme d'appétissantes méduses (affiche Surfrider)

Des sacs plastiques vus par les tortues marines comme d’appétissantes méduses (affiche Surfrider)

L’association Surfrider estime ainsi que 8 millions de tonnes de déchets sont rejetés chaque jour dans les océans (à comparer aux 400 000 tonnes d’ordures ménagères collectées annuellement par la seule ex-communauté urbaine MPM…), sur les 300 millions de tonnes de matière plastique produite annuellement de par le monde : des volumes considérables qui se fragmentent peu à peu et font des ravages dans les organismes de ceux qui les ingèrent, poissons, cétacés, oiseaux de mer ou tortues notamment. La Mer Méditerranée constitue l’un des sites les plus vulnérables du fait de son caractère fermé et de la densité d’urbanisation de ses franges littorales. L’Espagne à elle seule jette chaque année plus de 4 millions de bouteilles en plastique dont une partie finira inévitablement sa course en mer…

C’est un reportage de France 2 diffusé dans le 20 heures du 7 avril 2016 qui s’est fait l’écho récemment de l’histoire de ces 150 chalutiers espagnols qui ont accepté de passer une partie de leur temps en mer à trier les déchets remontés dans leurs filets plutôt que de les rejeter à l’eau comme le font tous leurs collègues. Le reportage montre à quelle vitesse se remplit le conteneur dans lequel sont déversés les déchets de toute sorte piégés dans les filets : bidon de lessive, bouteilles, canettes, sacs plastiques ou vêtement usagé… Pour 80 kg de poisson pêchés, 20 kg de déchet rapporté à terre par ces nouveaux éboueurs des mers qui trouvent là une bonne occasion de redorer leur image auprès du public tout en procédant à la sauvegarde de leur gagne-pain.

Javier Goyeneche, fondateur d'Ecoalf

Javier Goyeneche, fondateur d’Ecoalf

En réalité, le mouvement est plus ancien et plusieurs médias dont La Dépêche en avaient déjà fait leurs gros titres fin 2015. Tout est parti de la création en 2009 par Javier Goyeneche de la société madrilène Ecoalf, baptisée ainsi en référence à la naissance de son fils Alfredo qui l’aurait incité à développer une activité économique en faveur de la sauvegarde de notre planète pour les générations futures. Le personnage est charismatique, bon communicateur et persévérant, si bien que sa société a prospéré sur la base d’une idée simple mais bien exploitée : il s’agit de créer une nouvelle ligne de vêtements et accessoires fabriquée principalement à partir de fibres textiles issues de matériaux recyclés.

Ecoalf a ainsi développé des partenariats avec d’autres acteurs pour alimenter ses usines en vieilles bouteilles, pneus usagers et filets de pêche en fin de vie. « Là où d’autres voient des ordures, nous voyons une matière première et pouvons la transformer en tissus à travers des processus sophistiqués de recherche et développement », explique le fondateur d’Ecoalf, dont les doudounes ou sacs à dos sont en vente chez Harrods à Londres ou Bloomingdale’s à New York.

Une nouvelle gamme de vêtements Ecoalf

Une nouvelle gamme de vêtements Ecoalf

L’objectif de cette société est désormais de créer une nouvelle collection de vêtements haut-de-gamme, qui devrait être présentée en juin prochain à Florence, et qui serait issue exclusivement des déchets récupérés en mer par les chalutiers espagnols d’Alicante, de Valence et de Castellon dont les pêcheurs jouent les éboueurs des mers. C’est la société PET compania (filiale de l’Italien Dentis), une des grandes entreprises de recyclage en Espagne qui traite dans son usine de Chiva, près de Valence, les déchets collectés par les pêcheurs, afin d’en extraire le matériau constituant, le fameux PET ou polytéréphtalate d’éthylène. Ce matériau une fois soigneusement trié est réduit sous forme de petites perles appelées pellets qui sont ensuite transformées en fibre textile par la société espagnole Antex, basée à Girona en Catalogne.

C’est ce fil textile qu’Ecoalf utilise pour sa collection de maillots de bain, vestes, sacs, chaussons qui sera dans un premier temps constitué avec 35 % de déchets plastiques d’origine marine et 65 % d’origine terrestre, mais qui, à terme, devrait être réalisé à 100 % à partir de détritus collectés en mer. Une façon, pour Javier Goyeneche, de « faire prendre conscience aux gens de ce qui se passe au fond de la Méditerranée ».

Ségolène Royal en visite à La Villa Méditerranée, le 21 mars 2016

Ségolène Royal en visite à La Villa Méditerranée, le 21 mars 2016

Une belle leçon en tout cas qui prouve que l’économie du recyclage n’est pas une simple vue de l’esprit. Une histoire que Ségolène Royal avait certainement en tête lors de sa récente visite à Marseille, le 21 mars dernier, où elle s’est longuement attardée à l’exposition organisée à la Villa Méditerranée et intitulée « La mer, destination finale ? Projet sur les déchets plastiques », avant de signer le décret d’application précisant les modalités d’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques à usage unique. Un début de prise de conscience collective du danger que constituent nos déchets pour le milieu naturel marin ?

L.V.  LutinVertPetit

A Gardanne, Alteo fait sa lessive de printemps…

21 mars 2016

On a longtemps reproché à l’usine d’alumine de Gardanne, ex-Péchiney et désormais rebaptisée Alteo par son actuel propriétaire, le fonds d’investissement américain HIG, de rejeter sans vergogne ses fameuses boues rouges dans la Grande Bleue, au large de Cassis, en plein coeur de ce qui est devenu le Parc national des Calanques. Voilà qu’on l’accuse désormais de vouloir laver plus blanc que blanc en aspergeant la ville de Gardanne d’un nuage de cristaux de soude, un puissant détergent qui constitue l’essentiel de la célèbre lessive Saint-Marc bien connue des ménagères et des bricoleurs du dimanche…Blog286_PhStMarc

C’est dans la nuit du 8 au 9 mars 2016 que s’est produit l’incident, sous la forme d’une rupture de canalisation de soude sous pression et à haute température, comme l’a relaté La Provence dans son édition du 11 mars. Le directeur des opérations du groupe Alteo s’est empressé de préciser que cette canalisation devait être changée en avril. Ce n’est donc vraiment pas de chance pour cet industriel déjà dans le collimateur de nombreux acteurs locaux du fait de ses rejets de produits toxiques en mer et pour ses stockages à l’air libre de boues rouges dans les bassins de décantation de Mange-Garri, d’où s’envolent de nombreuses particules fines corrosives et qui ont été à l’origine de fuites récentes dans la nappe…

Stockage de boues rouges près de Gardanne (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Stockage de boues rouges près de Gardanne (photo A.-C. Poujoulat / AFP)

Toujours est-il que cette rupture intempestive de canalisation a occasionné le départ d’un magnifique panache de vapeur d’eau fortement chargée en soude qui, poussé par le vent d’est, est rapidement sorti du périmètre de l’usine pour survoler le centre-ville tout proche. C’est Roger Meï, maire de la ville depuis 39 ans, qui a dû être content, lui qui se plaît à dire qu’ici, « on aime voir fumer les cheminées d’usines » !

En revanche, les nombreux automobilistes qui ont retrouvé au petit matin le capot de leur voiture recouvert d’une épaisse couche de cristaux blancs en train d’attaquer la peinture de la carrosserie, semblent avoir globalement moins apprécié cette manifestation de la vitalité économique et industrielle de leur commune…

Voiture recouverte de cristaux de soude à Gardanne

Voiture recouverte de cristaux de soude à Gardanne

La ministre de l’environnement Ségolène Royal, qui s’était fermement opposée à la prolongation des déversements en mer des rejets toxiques d’Alteo mais avait été désavouée par Manuel Valls, s’est laissée allée à un communiqué vengeur, rapporté par La Provence : « Cette fuite confirme la vétusté d’une partie des installations de traitement et appelle à examiner au plus tôt les solutions envisagées pour traiter les pollutions rejetées en Méditerranée, à travers une autre canalisation, mise en service en 1966 ». L’occasion était en effet trop belle pour la laisser passer…

Plusieurs enquêtes ont été immédiatement diligentées, confiées d’une part par le Parquet d’Aix à la gendarmerie pour déterminer les causes de l’accident, et d’autre part par le Préfet qui a saisi la DREAL dans le cadre d’une enquête administrative sur les origines et conséquences de la rupture et sur les modalités de réaction de l’industriel. Le Préfet a aussi demandé aux services en charge de la Police de l’Eau de vérifier l’impact éventuel de cette pollution sur les cours d’eau, et à l’Agence régionale de santé d’évaluer les éventuelles conséquences sanitaires pour la population.

L'usine Altéo en plein coeur de Gardanne (photo archives S. Mercier)

L’usine Alteo en plein coeur de Gardanne (photo archives S. Mercier)

Les pompiers du SDIS sont quant à eux chargés de mesurer l’impact de la pollution. Selon les chiffres communiqués, le volume de vapeur d’eau chargée en soude qui a été ainsi lâché dans la nature serait de l’ordre de 15 m³, ce qui représente une belle quantité, et la surface impactée par les retombées couvrirait au total 35 hectares, dont 15 fortement touchés…

Une cellule de suivi a été installée en mairie, avec les services de l’État concernés et la direction du site, pour coordonner les opérations de nettoyage devant être menées par Alteo. Un numéro vert a été mis en place afin de répondre aux plaintes des nombreux riverains, inquiets de la présence de ces petits critsaux de soude qui recouvrent une partie de la ville : du carbonate de soude, de formule chimique Na2Co3, largement utilisé pour dégraisser les murs, ou toute autre surface, ainsi que dans les lessives, mais qu’il vaut mieux éviter de manipuler à mains nues et qui peut causer de sévères irritations, voires des lésions oculaires graves.

Opération « lessive de printemps » à Gardanne (photo H. Seurin)

Opération « lessive de printemps » à Gardanne (photo H. Seurin)

D’ailleurs, dès l’après-midi du 9 mars (un mercredi heureusement), la commune a fait nettoyer à grande eau les cours de récréation des écoles, de la maternelle jusqu’au lycée, ainsi que les rues, les trottoirs et les jeux d’enfants dans les jardins publiques. Une sage précaution, qui n’a sans doute pas amélioré la qualité des cours d’eau à l’exutoire des réseaux pluviaux de la ville ! Mais une fois qu’on se lance dans le grand nettoyage de printemps, on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail…

M.V.

A fumé…

3 mars 2016

Depuis le 1er octobre 2015, jeter son mégot par terre est passible à Paris d’une amende de 68 euros. Du coup, la mairie de Paris multiplie les campagnes publicitaires pour attirer l’attention des fumeurs sur la nécessité de ne pas jeter leurs mégots sur la voie publique, estimant à pas moins de 350 tonnes le poids total des mégots déversés chaque année dans les rues de la capitale…

Blog282_PhAfficheParis

Plus de 30 000 poubelles spéciales munies d’un éteignoir et de sacs non inflammables ont été mises en place depuis 2013 afin d’inciter les fumeurs au bon geste. Il faut dire que le filtre qui constitue l’essentiel d’un mégot de cigarette est un redoutable polluant qui met en moyenne une douzaine d’années à se dégrader en relargant progressivement une partie des 4000 substances nocives présentes, dont la nicotine mais bien d’autres molécules dont l’éthyphénol, des métaux lourds et de l’acide cyanhydrique.

Blog282_PhDechetsCes produits nocifs se retrouvent via les réseaux d’eaux pluviales dans les cours d’eau. On considère ainsi que les mégots constituent à eux seuls 30 à 40 % des déchets présents dans la Mer Méditerranée ! Or une expérience a montré qu’un seul mégot jeté dans un litre d’eau suffit à tuer en 4 jours seulement la moitié des petits poissons qui s’y trouvent…

Pour inciter les fumeurs à perdre l’habitude de jeter leur mégot par terre, tout a été essayé comme l’explique une étude détaillée du site stop-tabac. Des filtres biodégradables ont été inventés en remplaçant les fibres plastiques d’acétate de cellulose par des produits moins pérennes, mais cela ne règle qu’une partie du problème car les polluants les plus toxiques sont relachés d’autant plus vite dans la nature… Les cendriers plus nombreux mis à disposition ne font pas tout non plus car l’observation montre qu’on trouve souvent plus de mégot autour du cendrier qu’à l’intérieur… Décidement, jeter son mégot au sol ou l’enfouir soigneusement dans la terre ou dans le sable de la plage reste un réflexe bien ancré chez la plupart des fumeurs !

Blog282_PhUrneLondres

Face à ce dilemme, citons quand même la trouvaille de l’association anglaise de protection de l’environnement hubbub qui a eu l’idée d’installer dans les rues de Londres d’étranges cendriers transparents en forme d’urnes ornées d’une question existentielle telle que : « Qui est le meilleur joueur du monde ? », « Qui gagnera le derby londonien de samedi ? » ou encore « Qui gagnera tel match de la Coupe du monde de rugby ? » Autant de questions auxquelles les sujets de sa Majesté sont invités à répondre, en déposant leurs mégots dans le trou de droite ou de gauche, en fonction de la réponse.Blog282_PhUrne

L’accumulation de mégots visibles derrière la vitre transparente permet aisément de constater qu’en ce qui concerne l’élection enfumée du meilleur joueur du monde, c’est Cristiano Ronaldo qui est en tête pour le moment, devant Lionel Messi.

Il semblerait néanmoins que le côté ludique de ces sondages aurait tendance à inciter certains à augmenter leur consommation de cigarettes pour avoir la satisfaction de voir grandir le tas du côté où penche leur préférence… Il n’y a décidément pas de solution miracle pour développer certains comportements civiques !

L.V.  LutinVertPetit

Le Brésil aussi a ses boues rouges…

29 février 2016
Dessin de Laserpe, publié dans Technicité (janvier 2016)

Dessin de Laserpe, publié dans Technicité (janvier 2016)

Il n’y a pas qu’à Cassis que les boues rouges se déversent en mer, alimentées généreusement par la canalisation qui évacue les résidus de fabrication de l’alumine à partir de l’usine de Gardanne, et même si les résidus liquides qui sont désormais rejetés dans le Parc national des Calanques ne sont plus aussi riches en matière solide depuis le 1er janvier 2016. Au Brésil, c’est la rupture d’un barrage en remblai qui a provoqué une gigantesque coulée de boue fortement chargée en oxyde de fer et qui est venue colorer de la plus belle manière qui soit les rivages de l’Océan Atlantique à l’embouchure du Rio Doce, dans l’état du Minas Gerais.

Blog281_PhMerRouge

L’accident s’est produit le 5 novembre dernier sans que l’on sache encore très bien quelle est la cause de la rupture de ces barrages qui retenaient des millions de tonnes de déchets d’exploitation minière sur le site d’une mine de fer exploité par la société brésilienne Samarco, une filiale de BHP Billiton et de Vale. BHP Biliton, qui résulte de la fusion en 2010 de la société australienne BHP et d’une compagnie néerlandaise, est considéré comme l’un des plus gros exploitants miniers actuels de la planète.

Le barrage avant rupture

Le barrage avant rupture

Quant à la compagnie Vale, de son vrai nom Companhia Vale do Rio Doce, il s’agit également d’un très gros opérateur minier, fondé au Brésil en 1942 et devenu une multinationale, leader de l’exploitation et l’exportation du minerai de fer et de nombreux autres métaux. Cette société, très critiquée pour sa participation au barrage de Belo Monte dont la planification autoritaire avait impliqué le déplacement de 40 000 personnes et la dévastation de larges territoires en Amazonie, avait reçu en 2012 le Public Eye Awards à Porto Alegre, le fameux « prix Nobel de la honte » décerné à la « pire entreprise privée de la planète », une récompense gagnée haut la main devant d’autres pointures telles que Barclays, Tepco Samsung ou Syngenta

La coulée de boue issue de la rupture du barrage

La coulée de boue issue de la rupture du barrage

Toujours est-il que ce jeudi 5 novembre 2015, à la suite de fortes pluies, le barrage de Fundão qui était alors en travaux en vue de le rehausser, s’est subitement rompu, libérant plus de 40 millions de m³ de boue liquide ocre, constituée d’un mélange de sable siliceux et de déchets d’exploitation riches en oxydes de fer, aluminium, arsenic et différents métaux lourds. De petites secousses sismiques auraient été enregistrées ce jour-là mais il semble bien que la catastrophe soit due principalement à des défaillances techniques dans la conduite des travaux comme l’indique l’enquête en cours.

Un hélicoptère survole la région de Mariana (photo © Gustavo Basso)

Un hélicoptère survole la région de Mariana (photo © Gustavo Basso)

La vague de 2,50 m formée par la rupture du barrage a endommagé un autre ouvrage (Santarém) situé en aval, lequel menace à son tour de se rompre, de même qu’un troisième barrage (Germano) également situé à proximité de ce site d’extraction minière de Samarco Mineração. Une immense coulée boueuse s’est alors déversée à grande vitesse dans la vallée et a ravagé la ville de Bento Rodrigues où plus de 600 personnes ont perdu leur maison, ensevelie sous des tonnes de boues rouge plus ou moins toxique. Le bilan est très lourd avec selon les dernières estimations disponibles 15 morts et 4 disparus, pour le plupart des ouvriers présents sur le site lors de la rupture du barrage.

Ruines du village de Bento Rodrigues le 6 novembre 2015 (photo C. Simon / AFP)

Ruines du village de Bento Rodrigues le 6 novembre 2015 (photo C. Simon / AFP)

Mais la catastrophe est aussi écologique, sans doute la pire de l’histoire du Brésil. Car la coulée de boue rouge a continué à se propager à travers toute la vallée du Rio Doce sur plus de 670 km jusqu’à l’Océan Atlantique dans lequel elle s’est déversée à partir du 22 novembre après avoir traversé plusieurs villes importantes. De nombreux captages d’eau potable ont dû être interrompu, privant d’approvisionnement de l’ordre de 300 000 habitants de la région tandis qu’il a fallu retirer des millions de poissons morts des eaux du Rio Doce que les pêcheurs locaux surnomment désormais le Rio Morte. Sur le rivage, lieu traditionnel de ponte de tortues, des opérations de sauvegarde ont été tentées mais les dégâts semblent immenses.

Tortue (photo © Comité national des territoires touchés par les activités minières)

Tortue (photo © Comité national des territoires touchés par les activités minières)

Le gouvernement brésilien a déjà réclamé 5,2 milliards de dollars aux deux compagnies minières responsables de ce désastre écologique et humain mais nul doute que les procédures seront longues et se clôtureront vraisemblablement par des transactions comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances. Selon de nombreux scientifiques et associations de défense de l’environnement, les écosystèmes ravagés par ces millions de tonnes de dépôts boueux toxiques et stériles mettront des décennies avant d’arriver à se reconstituer et les pertes en matière de biodiversité seront colossales.

Vue aérienne de l'embouchure du Rio Doce le 23 novembre 2015 (photo R. Moraes / Reuters)

Vue aérienne de l’embouchure du Rio Doce le 23 novembre 2015 (photo R. Moraes / Reuters)

Mais les compagnies minières accusées tentent déjà de minimiser la situation en faisant valoir que les déchets ne sont pas si toxiques qu’on pourrait le croire et que certains poissons auraient survécu au passage de la coulée boueuse : nous voila rassurés…

L.V.  LutinVertPetit

Environnement : une multinationale suisse se joue de la Justice française…

16 février 2016

Les multinationales n’ont pas l’habitude de se laisser dicter leur conduite par les réglements nationaux, surtout en matière environnementale. Autant un simple citoyen pris dans les mailles de la Justice a parfois bien du mal à se défendre, autant une multinationale ne manque pas de ressources et d’imagination pour ne pas laisser un juge lui dicter sa conduite. L’exemple que plusieurs médias dont le quotidien Sud-Ouest ou La Voix du Nord et même La Provence se sont fait récemment l’écho en est une bonne illustration…

Blog275_PhEpandage

L’affaire débute en 2002 dans le bourg rural de Verteuil d’Agenais, dans le département de Lot-et-Garonne où un apiculteur, Maurice Coudoin, porte plainte contre un agriculteur voisin qui épand depuis 1999 des tonnes de semences déclassées livrées par la firme suisse Syngenta Seeds, un des leaders mondiaux de l’agrochimie. Ces semences qui sont enfouies pour servir d’engrais vert et, accesoirement, de revenu de complément à l’agriculteur, sont enrobées de produits phytosanitaires destinés à assurer leur conservation, dont le fameux Gaucho, un puissant insecticide dont les effets sur les abeilles sont particulièrement redoutés. Dès qu’il s’aperçoit du manège de son voisin, notre apiculteur s’empresse d’ailleurs de déménager ses ruches afin de les préserver de cet environnement indésirable.

A l’époque, le groupe suisse Syngenta tente de minimiser l’affaire même s’il reconnaît avoir fait épandre par cet agriculteur pas moins de 376 tonnes de semences dont 10 % effectivement traitées au Gaucho. Pourtant, l’enquête révelera en 2004 à partir de l’examen des registres que la quantité ainsi épandue était en réalité de 922 tonnes : un petit écart qui avait sans doute échappé à la multinationale.

 Mayer l'abeille (©Sten)

Mayer l’abeille (©Sten)

Une expertise conclut alors que les risques environnementaux semblaient relativement limités, à l’exception des insectes pollinisateurs, qui pouvaient être affectés par les taux résiduels élevés dans les fleurs. L’expert estimait que les semences litigieuses présentaient des risques de toxicité pour l’environnement, voire pour l’homme, en raison d’un « apport important de matières toxiques actives ». Il faut dire que le Gaucho commercialisé depuis 1993 par Bayer est un insecticide systémique qui sert à traiter les graines et qui ensuite diffuse dans toute la plante au fur et à mesure de sa croissance et se retrouve donc dans le pollen que butinent les abeilles. Or cet insecticide à base de néonicotinoïdes influe sur le système nerveux des abeilles qui perdent une partie de leurs facultés d’orientation.

Photo ©hikrcn Fotolia.com

Photo ©hikrcn Fotolia.com

L’introduction de cet insecticide ayant coïncidé avec la disparition de plus de 500 000 ruches françaises en l’espace de 15 ans et même si bien d’autres facteurs semblent en cause dans cette hécatombe, le Gaucho est finalement interdit en France en 1999, mais uniquement pour la culture du tournesol… S’ensuit alors une course à l’échalote entre les géants de l’agrochimie qui sortent sans cesse de nouveaux produits et les défenseurs des abeilles qui tentent de les faire interdire, comme le relate un excellent article du Canard enchaîné de novembre 2012 et comme l’évoque José Bové dans son livre co-écrit avec Gilles Luneau et intitulé Hold-up à Buxelles. En 2002, BASF lance sur le marché le Régent qui sera interdit deux ans plus tard et en 2008 c’est le Cruiser, issu justement des laboratoires de Syngenta, qui débarque à son tour. Il faudra attendre juin 2012 pour que ce dernier soit à son tour déclaré indésirable, mais uniquement sur le colza, après qu’une étude de l’INRA ait prouvé la toxicité de son principe actif qui désoriente les abeilles, même à très faible dose.

Manifestation contre le Gaucho devant le siège bruxellois de Bayer le 21 avril 2007

Manifestation contre le Gaucho devant le siège bruxellois de Bayer le 21 avril 2007

A Verteuil d’Agenais en tout cas, les épandages se poursuivent ainsi jusqu’en avril 2003, l’affaire étant juteuse pour l’agriculteur rémunéré pour ce petit service et pour la firme suisse qui, sinon, devrait payer bien davantage pour incinérer ces produits nocifes ou les mettre en décharge. Les services de l’État finissent par réagir et la préfecture oblige enfin l’agriculteur à cesser cette pratique qui, bien que tolérée jusqu’en 2002, est désormais parfaitement illégale au vu du Code de l’environnement.

Blog275_PhButineuseDeux associations se constituent alors partie civile : l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf) et le syndicat départemental local des apiculteurs, l‘Abeille Gasconne. L’affaire est donc portée en justice devant le tribunal correctionnel ? En juin 2007, la société Syngenta est mise en examen puis renvoyée devant le tribunal le 16 novembre 2011, ainsi que l’agriculteur qui pratiquait les épandages pour son compte. Or, cinq jours plus tard, la société ainsi poursuivie en justice, Syngenta Seeds Holding, est purement et simplement dissoute pour se fondre dans Syngenta Holding France. Un tour de passe passe imparable qui met la multinationale suisse à l’abri des poursuites : il suffisait d’y penser !

Croyant néanmoins déceler dans cette manœuvre dilatoire ni plus ni moins qu’une pratique frauduleuse destinée à échapper aux foudres de la Justice, le parquet a saisi le tribunal de commerce de Versailles. Lequel a annulé la dissolution, estimant notamment que si la société « était certaine de son argumentaire de n’avoir commis aucune infraction, elle aurait aussi bien pu retarder sa dissolution anticipée et faire ainsi face à ses obligations ».

Mais le groupe suisse Syngenta a fait appel, et, contre toute attente mais grâce à ses excellents avocats, il vient d’obtenir gain de cause. Le 26 janvier 2016 en effet, la cour d’appel de Versailles a bien voulu admettre que la réorganisation était envisagée depuis 2010 et qu’il ne s’agit donc que d’une regrettable coïncidence. Le parquet renonçant à se pourvoir en cassation (on se demande bien pourquoi…), le tribunal correctionnel de Paris devrait ainsi être amené à constater l’extinction des poursuites contre cette entité de Syngenta qui n’existe plus. Lors du procès, l’agriculteur qui a procédé aux épandages illicites se retrouvera donc seul dans le box des accusés et jouera donc le rôle du lampiste en lieu et place du géant de l’agrochimie.

Blog275_PhSyngentaIl faut dire à la décharge de ce dernier que ses dirigeants ont en ce moment la tête à tout autre chose. Comme l’a annoncé la presse spécialisée et même La Provence,  les dirigeants de la firme bâloise négocient en effet la revente de leur société au groupe chimique chinois ChemChina pour la modique somme de 43 milliards de dollars, et ceci après avoir à plusieurs reprises refusé d’alléchantes offres de rachat de la part de Monsanto et de Dupont de Nemours. Un montant assez fabuleux pour cette quatrième plus grosse transaction en cash de l’histoire, selon les calculs de la banque HSBC qui s’y connaît en la matière. La plus grosse acquisition en tout cas pour les Chinois qui cherchent tout simplement à s’approprier la technologie occidentale en matière d’agrochimie afin de booster leur propre agriculture et nourrir leur population.

On savoit déjà les abeilles européennes menacées par le redoutable frelon asiatique, mais là ce sont les abeilles chinoises qui ont du souci à se faire… Albert Einstein aurait en son temps déclaré : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre : plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes ». Le faits viennent, semble t-il, de lui donner raison quant à sa géniale intuition sur l’existence des fameuses ondes gravitationnelles. Espérons qu’il n’en sera pas de même pour sa prophétie sur la disparition des abeilles !..

L.V.  LutinVertPetit

A Cassis, on rejoue Arsenic et vieilles querelles…

2 février 2016

Voilà 50 ans que cela dure ! Cinquante ans que l’usine d’alumine de Gardanne déverse tranquillement dans la baie de Cassis, en plein coeur du massif des Calanques, ses déchets industriels riches en arsenic, mercure, titane, chrome, vanadium et autres métaux lourds mélangés dans une soupe toxique fortement concentrée en soude…

Tout devait s’arrêter au 31 décembre 2015, Convention de Barcelone oblige, qui interdit désormais les rejets industriels dans la Mer Méditerranée. Mais c’était sans compter sur le laxisme des pouvoirs publics et l’imagination du Fonds d’investissement qui détient désormais l’usine d’alumine Alteo de Gardanne, créée en 1894 et longtemps aux mains de Péchiney. Grâce à la mise en place de filtres-presses largement financés par de généreuses subventions de l’Agence de l’Eau, les boues rouges, résidus de la fabrication de l’alumine, se sont transformées en un liquide presque aussi toxique mais nettement plus présentable.

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Du coup, le 30 décembre 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône signait un arrêté autorisant de manière dérogatoire et pour une durée de 6 ans la poursuite des déversements en mer de ces eaux industrielles fortement toxiques à raison d’un débit colossal de 270 m³/h, et ceci malgré les nombreuses alertes des scientifiques, des pêcheurs et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui s’inquiètent des dégâts de cette soupe caustique sur le milieu marin et la biodiversité du Parc national des Calanques.

La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, s’était pourtant clairement prononcée contre cette poursuite des rejets toxiques en mer, mais c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui a donné l’ordre au préfet de passer outre et d’accorder le précieux sésame à l’industriel, sur fond de chantage à l’emploi comme en 1966 lors de l’installation de la conduite de rejet. Mais les associations de défense de l’environnement, regroupées au sein du collectif Union Calanques Littoral, ne désarment pas et estiment que « la démocratie a été bafouée », rien de moins.

Henry Augier

Henry Augier

Son président, le professeur honoraire Henry Augier, ancien directeur du Laboratoire de biologie marine à l’université de Luminy et spécialiste des pollutions marines, dénonce dans un communiqué de l’UCL (TexteUCL) le fort pouvoir toxique des nombreux composants dangereux que contiennent ces rejets liquides dont curieusement l’effet n’a même pas fait l’objet d’études spécifiques puisque leur composition n’était pas connue précisément jusque là… Ses arguments le laissent pas d’inquiéter les nombreuses associations qui adhèrent à ce collectif et qui sont à l’origine d’une forte mobilisation autour de ce dossier. Plus de 100 000 personnes ont signé la pétition destinée à demander l’arrêt immédiat de ces rejets, même si cette opposition est bizarrement passée inaperçue des commissaires enquêteurs en charge de l’enquête publique qui s’est déroulée l’été dernier dans une grande discrétion.

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d'Alteo

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d’Alteo

Du coup, les opposants à ces rejets ont décidé de se manifester ouvertement en se rassemblant, samedi 30 janvier 2016, devant la Préfecture à Marseille. Ils étaient plus d’un millier ce jour-là à essayer de se faire entendre, accompagnés de quelques ténors dont José Bové qui ne décolère pas et juge inadmissible de laisser Alteo poursuivre pendant au moins 6 ans encore ces rejets en mer, en dérogation des engagements internationaux de la France et alors qu’un délai de 2 ans serait largement suffisant pour permettre à l’industriel de construire l’usine de traitement nécessaire pour épurer ces eaux et les réutiliser sur place.

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Il estime d’ailleurs que le fait que cette décision ait été imposée par le Premier Ministre malgré l’avis contraire de sa ministre de l’écologie pourtant en charge du dossier constitue une irrégularité majeure qui peut ouvrir la voie à un recours contentieux. Selon José Bové, « Valls est hors-la-loi » ! Un courrier a d’ores et déjà été adressée à Ségolène Royal pour dénoncer cette situation et les esprits s’échauffent en attendant. Avec Michèle Rivasi, le député européen écologiste envisage même de porter l’affaire devant la commission des pétitions du Parlement européen car la France pourrait être condamnée dans cette affaire pour violation d’une convention internationale.

Un dossier à tiroirs donc, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’agiter de vieilles querelles entre défenseurs de l’environnement et tenants du productivisme à tout crin…

L.V.  LutinVertPetit

Du gazon aux mégots : tout se recycle !

16 janvier 2016

Blog267_LogoRecyclageNotre société de consommation croule sous les déchets dont nous ne savons plus que faire tandis que les ressources naturelles s’appauvrissent, épuisées en quelques décennies de surconsommation effrénée et déraisonnable. La solution est bien connue : il faut recycler… Redonner une nouvelle vie à nos déchets en les utilisant comme matière première pour la fabrication de nouveaux objets. Le métier de chiffonnier, qui fait le tour des maisons pour récupérer vieux vêtements et objets inutilisés, n’a pas attendu la mode du développement durable pour se créer, de même que celui de ferrailleur !

Blog267_PhBouteilles

Le préfet Eugène René Poubelle

Le préfet Eugène René Poubelle

N’oublions pas que le fameux arrêté signé le 24 novembre 1883 par un certain Eugène Poubelle, préfet de la Seine, qui oblige les propriétaires parisiens à fournir à chacun de leurs locataires un récipient muni d’un couvercle, destiné à la collecte des déchets, avait déjà imaginé le tri sélectif en rendant obligatoire trois containers, un pour les matières putrescibles, un pour les papiers et les chiffons et un troisième pour le verre, la faïence et les coquilles d’huîtres. Il a fallu près d’un siècle (et même un peu davantage à Carnoux…) pour que cette règle finisse pas s’appliquer, mais en tout cas le recyclage des déchets n’a rien d’une idée neuve !

Blog267_PhTri

En France, c’est à partir de 1992 que sont réellement mises en place les filières de recyclage des déchets ménagers et qu’est consituée la société Eco-emballage pour impliquer les producteurs dans le recyclage du verre, de l’acier, de l’aluminum et du plastique. Chaque Français produit actuellement 500 kg de déchets par an, dont 150 kg seulement sont valorisés grâce au recyclage. Papiers et cartons sont réutilisés pour la fabrication de nouvelle matière à l’identique, de même que le verre ou les métaux qui peuvent être facilement fondus pour être réutilisés. L’aluminium présent dans nos emballages alimentaires ou dans les pièces automobiles est réemployé pour fabriquer de nouvelles canettes tandis que nos bouteilles d’eau en polyéthylène fournissent le plastique nécessaire pour la réalisation de nouvelles bouteilles, de textiles, de moquettes, voire de cartes à pucesUne étude de l’ADEME en 2010 précise ainsi que 90 % des emballages fabriqués en France le sont désormais à partir de papiers et cartons recyclés tandis que ce taux atteint 60 % pour le verre d’emballage fabriqué à partir de calcin issu du verre recyclé.

La bonne nouvelle est que de nouvelles filières de recyclage voient le jour régulièrement et permettent d’étendre sans cesse les possibilités de récupération de nos montagnes de déchets. Les gravats issus des chantiers de démolition sont de plus en plus fréquemment réemployés après broyage et criblage, soit en remblai routier soit pour la production de granulats à béton. Le bois provenant de produits d’emballage, de construction ou d’ameublement est également valorisé pour la fabrication de panneaux ou de plots pour palettes neuves.

Blog267_PhGazon

Une entreprise Reval’Green vient de créer la première plateforme française permettant de recycler la pelouse artificielle qui recouvre désormais de plus en plus de stades et qui doit être renouvelée tous les 10 à 12 ans. Le gazon usagé y est broyé pour en séparer les différents composants. Sables et granulats elastomères sont réemployés en revêtement routier ou pour faire un nouveau gazon synthétique, tandis que les polymères qui forment la fibre et une partie du substrat sont valorisés comme combustible solide de récupération dans des installations industrielles.

Les matériaux composites à base de fibres de carbone sont en passe de connaître à leur tout une nouvelle vie avec le développement récent de procédés à base de solvolyse qui permet de libérer les fibres de carbone sans altérer leurs qualités. Un tel processus intéresse notamment l’industrie aéronautique dont Airbus qui espère valoriser ainsi les chutes de ses usines d’assemblage, mais permettra aussi de récupérer les composites des avions en fin de vie.Blog267_PhBeton

De même, les pales d’éoliennes, les coques de bateau de plaisance ou les cabines de douche, à base de polyester et de fibre de verre, représentent un immense gisement de matériaux jusqu’à présent non valorisable. Une société nantaise vient de développer un procédé permettant d’en tirer un béton de plastique qui présente des propriétés remarquables de légèreté, d’isolation thermique et de résistance au choc, de quoi mettre au point la production de toute une gamme de produits allant de la dalle de jardin à l’appui de fenêtre…

Blog267_PhCyClopeCitons aussi la nouvelle société Cy-Clope, créée par deux jeunes Lyonnais en vue de développer une filière de recyclage de mégots… Sachant que, malgré sa taille minuscule, un simple mégot de cigarette peut polluer à lui seul 500 litres d’eau et mettra 12 ans à se dégrader, l’enjeu environnemental est de taille et l’initiative mérite d’être saluée ! Dans ce domaine cependant, la difficulté principale réside dans la collecte. Pour cela, la société a créé le « cyclopeur », un container mis à disposition des entreprises et des administrations qui permet de recueillir jusqu’à 10 000 mégots, lesquels sont ensuite transférés dans une usine basée en Lozère où ils sont recyclés : cendres, tabac et papier sont transformés en compost tandis que la fibre, en acétate de cellulose, est valorisée dans la fabrication de plaques d’isolation en plastique ou de palettes industrielles.

L’intuition du chimiste Antoine de Lavoisier, guillotiné sous la Révolution en 1794, est plus que jamais confirmée : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »…

L.V.  LutinVertPetit

Rejets d’Alteo : une potion amère pour Ségolène Royal…

30 décembre 2015
L'usine Alteo à Gardanne (photo P. Magnein - 20 minutes)

L’usine Alteo à Gardanne (photo P. Magnein – 20 minutes)

Après l’enquête publique qui s’était déroulée cet été et qui avait abouti à un avis favorable de la part des commissaires enquêteurs, le sort des rejets en mer de l’usine Alteo de Gardanne semblait scellé. Les associations de défense de l’environnement ont bien essayé de lancer une ultime campagne de mobilisation et le président des pêcheurs professionnels de La Ciotat, Gérard Carrodano, a bien tenté d’interpeller par courrier, dès le 9 novembre 2015, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, elle qui avait vivement réagi face à la décision surprenante du Parc national des Calanques et avait clairement exprimé son souhait d’un arrêt total des rejets industriels en mer, en plein coeur d’une aire marine protégée, conformément aux stipulations de la convention de Barcelone.

Blog262_PhManifeste

Pour tous ceux qui se sont penchés un tant soit peu sur les arcanes de ce dossier, il semble en effet incontestable que la composition des effluents liquides que l’industriel se propose de continuer à déverser en mer après avoir filtré la phase solide qui constitue les boues rouges actuelles n’a rien de très ragoûtant. Chargés en soude mais aussi en fer, arsenic et métaux lourds divers, ces effluents dépassent allègrement les normes pour au moins 7 paramètres distincts, ce qui nécessitait donc une procédure dérogatoire pour continuer à autoriser la poursuite de ces déversements directs en mer, surtout en plein coeur d’un Parc national, dans un secteur à forts enjeux, non seulement du fait de sa richesse en biodiversité mais aussi du fait de sa forte fréquentation tant par les touristes, plaisanciers et plongeurs que par les pêcheurs traditionnels.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Mais l’économie a ses raisons que l’écologie ne connaît pas. Le 4 décembre dernier, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), présidé par le préfet de Région Stéphane Bouillon, a, à son tour, rendu un avis favorable pour la poursuite des rejets de ces effluents liquides en mer par 14 voix pour et seulement 2 contre. Le maire communiste de Gardanne, Roger Meï qui, selon La Marseillaise, assistait à la séance, s’est d’ailleurs dit soulagé de cette décision, de même qu’un grand nombre d’élus locaux, de la maire d’Aix-en-Provence Maryse Joissains au député ex-EELV François-Michel Lambert, tous engagés aux côtés du fonds de pension anglo-saxon propriétaire du site, avec en ligne de mire la sauvegarde des emplois concernés.

Extrait du courrier adressé le 30 novembre 2015 aux membres du CODERST par G. Carrodano

Extrait du courrier adressé le 30 novembre 2015 aux membres du CODERST par G. Carrodano

Pourtant, là encore, le premier Prud’homme de pêche de La Ciotat avait fait l’effort d’adresser un courrier aux membres du CODERST pour les alerter, photos à l’appui, de l’état de dégradation plus qu’inquiétant de la conduite qui court sur 7 km au large de Cassis pour permettre le déversement de ces rejets dans le canyon de la Cassidaigne déjà partiellement comblé par les boues rouges accumulées depuis 1963. Mais manifestement, ses arguments n’ont pas convaincu…

Invité à s’exprimer pendant 10 mn seulement en réunion de CODERST, en compagnie du professeur Henry Augier, président de l’Union Calanques Littoral, porte-parole des associations environnementales et universitaire spécialiste de pollution marine et de toxicologie, qui a souligné la dangerosité des produits contenus dans les effluents d’Alteo pour la flore et la faune marines ainsi que pour les consommateurs des produits de la mer, leur discours n’a pas suffi à contrebalancer les arguments économiques mis en avant par la délégation d’Alteo, ainsi que le rapporte Michel Mazzolini dans son blog très documenté sur le sujet.

Du coup, dès le 18 décembre 2015, comme le rapporte La Provence, le préfet Stéphane Bouillon, s’est dit favorable à accorder à l’industriel la dérogation tant attendue pour permettre de poursuivre ses rejets en mer au-delà de la date fatidique du 31 décembre. Il attendait pour cela un dernier avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT). Ce dernier, qui regroupe des représentants de l’État, des industriels, des syndicats et des associations de consommateurs et de défense de l’environnement, s’est réuni le 22 décembre et a également statué dans le même sens.

Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône (photo C. Sollier - La Provence)

Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône (photo C. Sollier – La Provence)

Selon les représentants de France Nature Environnement qui siègent au sein de cette commission, les discussions ont été assez longues et la décision finale préconise de réduire à 6 ans la période dérogatoire de rejets alors que le projet d’arrêté préfectoral avait fixé cette durée à 10 ans. La création d’une commission de suivi des sites de Gardanne et de Mange-Garri est par ailleurs préconisée, ainsi que la réalisation de bilans intermédiaires en 2017 et 2019. Une petite victoire donc pour les opposants et une pression supplémentaire pour l’industriel qui devra se montrer plus réactif qu’il ne l’a été au cours des 50 dernières années au cours desquelles il a clairement joué la montre sans trop se soucier des conséquences de ses déversements de boues rouges en mer ! La décision finale du CSPRT n’a d’ailleurs été prise qu’avec une majorité toute relative avec 16 voix pour et 7 contre pour 13 abstentions.

Toujours est-il que le préfet a annoncé sur la base de ces différents avis concordant, le 29 décembre 2015, sa décision d’accorder à Alteo cette autorisation de rejet pour une durée de 6 ans, ce qui suppose donc que ce dernier s’efforce d’ici fin 2021 de mettre au point des procédés de traitement plus efficaces pour réduire la nocivité des effluents ainsi déversés.

Ségolène Royal et Manuel Valls à l'Assemblée nationale (photo F. Guillot / AFP)

Ségolène Royal et Manuel Valls à l’Assemblée nationale (photo F. Guillot / AFP)

Une décision que la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a désapprouvé dès le lendemain, expliquant au passage que ce choix avait été dicté par le premier ministre lui-même et indiquant qu’elle-même n’avait pas changé d’avis sur le sujet, ainsi que le rapporte La Provence, considérant qu’il s’agit « d’une mauvaise décision essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi » et estimant « qu’il aurait fallu avoir le courage d’imposer à l’entreprise une mutation du site et une dépollution ». Pas de quoi émouvoir Manuel Valls dont les services ont fait aussitôt savoir que cela n’est « qu’un cas relativement classique de désaccord entre deux cabinets ministériels, ceux de l’économie et de l’écologie ». On se doutait en effet que, quoi qu’en disent les tenants du fameux et fumeux « développement durable » les deux approches ne sont pas si facilement conciliables qu’on veut bien le dire…

L.V.  LutinVertPetit

Rejets d’Alteo à Cassis : la fuite en avant ?

8 novembre 2015
L'Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

L’Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

Le feuilleton des boues rouges de Gardanne, déchets issus de la transformation de la bauxite en alumine dans l’usine de Gardanne désormais baptisée Alteo et, depuis 2012, aux mains d’un fonds d’investissement américain, vient de connaître une nouvelle étape. Une première fois repoussée à la demande du ministère de l’écologie après avoir pourtant reçu un avis positif de la part du conseil d’administration du Parc National des Calanques, grâce aux nombreux élus locaux qui y siègent, l’enquête publique destinée à examiner la demande d’Alteo de prolonger de 30 ans le rejet en mer de ses effluents industriels toxiques a finalement eu lieu cet été et les commissaires enquêteurs viennent de rendre public, le 5 novembre 2015, leur rapport, désormais accessible sur le site de la Préfecture.Blog246_PhPanache

Comme en 1963 lorsque Péchiney avait eu la brillante idée de se débarrasser directement en mer, sans le moindre traitement préalable et au moyen d’une simple conduite gravitaire, de ses fameuses boues rouges, concentré de soude, de fer, d’arsenic, de métaux lourds (chrome, cadmium, mercure, plomb, aluminium, etc) et de quelques substances faiblement radioactives, les acteurs locaux, pêcheurs professionnels et défenseurs de l’environnement en tête, ne sont pas restés indifférents. Au total ce sont pas moins de 2300 avis qui ont été communiqués au long des 40 jours qu’a duré l’enquête publique qui s’est déroulé en parallèle dans 27 communes des Bouches-du-Rhône.

Plusieurs pétitions ont circulé cet été dont une pilotée directement par la municipalité de La Ciotat et qui a recueilli plus de 7 000 signatures. La réunion publique qui a été organisée à Gardanne le 11 septembre 2015 a attiré 370 personnes mais s’est de fait résumée à un dialogue de sourds entre défenseurs de la filière industrielle et protecteurs de l’environnement. Une autre réunion a été organisée le 23 septembre à Luminy par le mouvement Collectifs Littoral qui regroupe de nombreux citoyens et associations mobilisés pour la préservation de la frange littorale méditerranéenne et dont la pétition a recueilli près de 2000 signatures à ce jour.

Blog246_PhCana2Lors de cette réunion à Luminy a été présentée une vidéo remarquable réalisée par l’association Nox Diving qui réalise de superbes documents visuels subaquatiques. Dans cette vidéo, qui peut être visionnée sur le site de Collectif Littoral, on voir l’apnéiste Aldo Franco évoluer le long des deux canalisations de Péchiney posée par 15 m de fond à Port-Miou, à l’endroit où elles entament leur périple de plus de 7 km en mer. Les images mettent bien en évidence la vétusté de ces ouvrages installés en mer depuis maintenant 50 ans et qui commencent à être rongés par la corrosion. Une banderole avec un message militant a été posée au fond de la mer à proximité des canalisations pour attirer l’attention sur le risque majeur que font courir ces rejets toxiques sur la qualité des fonds marins.

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Mais les commissaires enquêteurs n’ont rien vu de tout cela et n’évoquent à aucun moment dans leur rapport l’existence de ces pétitions qui leur ont pourtant été remises en main propre. Ils se bornent à constater que l’industriel a bien suivi les procédures, a répondu avec beaucoup de bienveillance à toutes leurs interrogations et que les arguments en faveur du maintien de cette activité industrielle justifient largement de ne pas être trop regardant sur l’impact éventuel de ces rejets en mer, d’ailleurs largement méconnu puisque les investigations en cours n’ont pas encore livré leurs résultats.

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Leur rapport reprend sans sourciller les principales conclusions de l’expertise de l’IFREMER qui affirmait sans rire que, comme chacun sait, « l’arsenic n’est pas considéré comme une substance particulièrement toxique » et que par ailleurs « l’IFREMER ne dispose que de très peu de données sur l’arsenic dans le milieu marin et n’a pas de programme de recherche sur cette thématique ». Pour quelle raison irait-on en effet dépenser de l’argent public pour se préoccuper de ce genre de question alors qu’il est tellement plus simple de dire qu’on en sait rien et que du coup rien ne prouve que c’est toxique ?

De manière générale d’ailleurs, le rapport (RapportEnqueteAlteoT2) des commissaires enquêteurs est rempli de bon sens et sa lecture confirme que l’affaire a été confiée à de vrais professionnels chevronnés. Leur tâche en effet n’était pas simple, ne serait-ce que pour s’y retrouver parmi les 7000 pages des 17 classeurs qui constituaient le dossier mis à disposition du public, totalement indigestes et redondantes à souhait, destinées d’abord à décourager tout citoyen de bonne volonté d’y mettre son nez. Mais nos experts ont fait preuve d’un esprit de synthèse remarquable en tranchant le sujet sans le moindre état d’âme et en rendant leur verdict en moins de 20 pages.

Les effluents liquides qui vont être rejetés directement en mer, en plein cœur d’un Parc national, sont selon toute vraisemblance hautement toxiques pour le milieu marin alors que des solutions alternatives existent pour les traiter comme l’a suggéré la tierce expertise conduite par le BRGM ? Qu’à cela ne tienne, il suffit d’assortir l’avis favorable d’une simple recommandation suggérant à l’industriel de bien prendre en compte « toute amélioration susceptible de rendre le projet plus respectueux de l’environnement traversé ».

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Les inquiétudes qui portent sur l’état des 47 km de canalisation terrestre avec les risques inhérentes de fuites le long de son parcours (y compris dans la traversée de Carnoux-en-Provence, dont le maire n’a pourtant même pas vu la nécessité de rencontrer les commissaires enquêteurs !) ainsi que sur la dangerosité des émissions de poussières autour du site de stockage de Mange-Garri (où une étude épidémiologique vient d’être initiée), suscitent quand même quelques timides recommandations supplémentaires dans le rapport qui suggère qu’un peu de surveillance ne peut pas faire de mal…

Le dernier filtre-presse d'Alteo, subventionné à 50 % par l'Agence de l'Eau (photo S. Mercier / La Provence)

Le dernier filtre-presse d’Alteo, subventionné à 50 % par l’Agence de l’Eau (photo S. Mercier / La Provence)

En attendant la décision finale qui sera prise par le Préfet après consultation du CODERST mais dont l’issue ne fait désormais guère de doute, Alteo peut d’ores et déjà remercier les commissaires enquêteurs pour leur mansuétude et leur bienveillante compréhension des réalités économiques. La décision a d’ailleurs été fêtée comme il se doit et Alteo a invité dès le lendemain un panel d’élus, d’entrepreneurs et de journalistes, comme le relate La Provence, à venir visiter en grandes pompes son usine de Gardanne et ses fameux filtres-presse dont les deux derniers viennent tout juste d’être construits sur le site de Mange-Garri, grâce à une très généreuse subvention de 15 millions d’euros (la moitié du coût total) de la part de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Merci au passage à tous les généreux donateurs involontaires sachant que les trois-quart des redevances que perçoit l’Agence de l’Eau proviennent d’un prélèvement de 14 % sur les factures d’eau des particuliers…

L.V.  LutinVertPetit

Enquête publique sur les rejets d’Alteo : c’est le moment de s’exprimer !

27 août 2015

Depuis le 17 août 2015, l’enquête publique est ouverte qui va permettre de recueillir les avis du public avant que ne soit prise la décision d’accorder ou non à Alteo, exploitant actuel de l’ancienne usine Péchiney d’alumine basée à Gardanne, le droit de rejeter, en plein cœur marin du Parc national des Calanques, et ceci pendant encore 30 ans, plusieurs millions de m3 chaque année d’effluents liquides non traités, dont personne ne connaît bien la composition (pas même l’exploitant !), mais dont on sait seulement qu’ils sont particulièrement riches en soude, fer, aluminium, mercure, titane, chrome, cadmium, arsenic, et autres bagatelles.

Blog221_PhBombardJusqu’à présent, le dossier ne semblait guère mobiliser les foules. On était loin de l’agitation créée dans les années 1960, à l’instigation d’Alain Bombard, Paul Ricard et Emmanuel Agostini, alors maire de Cassis, au moment où Péchiney venait d’avoir l’idée lumineuse d’expédier directement en mer, via une simple canalisation, la totalité des boues rouges, résidus du traitement de son usine d’alumine et qu’il ne savait plus où stocker à terre.

Alors que le décret préfectoral de 1996, pris en application de la fameuse convention de Barcelone, prévoyait pour fin 2015 l’arrêt total des rejets en mer de déchets toxiques issus de l’usine de Gardanne, voilà en effet qu’Alteo, actuel propriétaire du site demande benoîtement, à quelques mois de l’échéance, une nouvelle dérogation pour poursuivre ses rejets pendant encore au moins 30 ans. Bien sûr, une partie des boues sera à l’avenir extraite avant rejet (même si le dernier des filtres-presses prévu à cet effet est toujours en construction…), mais les effluents liquides gardent vraisemblablement une très haute toxicité pour le milieu marin, même si l’on manque manifestement de certitudes en la matière.

 

Construction d'un filtre-presse sur le  site de Mange-Garri à Gardanne (photo Alteo)

Construction d’un filtre-presse sur le site de Mange-Garri à Gardanne (photo Alteo)

De ce point de vue, la masse des documents qui sont offerts à la curiosité du public désireux de se forger un avis sur le dossier est proprement effarante :

Les dossiers soumis à consultation du public : bonne lecture !

Les dossiers soumis à consultation du public : bonne lecture !

ce sont plusieurs dizaines de classeurs épais qui sont amassés sur le bureau du commissaire enquêteur dans chacune des 27 communes concernées, comme si l’on cherchait à faire croire que tout avait été parfaitement étudié et était totalement sous contrôle… Or, ces études se résument en réalité à trois expertises indépendantes réclamées par le ministère de l’écologie, suite aux doutes soulevés par Ségolène Royal en personne.

Blog221_PhBRGML’expertise de l’IFREMER n’apporte guère d’éléments supplémentaires par rapport aux suivis scientifiques déjà rapportés par Alteo. Celle du BRGM, dont le rapport (RapportBRGM2014) est désormais public, s’attache uniquement à vérifier si les affirmations d’Alteo, selon lesquelles il n’existe aucune autre possibilité que de rejeter directement en mer ces effluents sans traitement, est bien fondée. Son point de vue est en réalité beaucoup plus nuancé que ne l’affirme Alteo. Il confirme certes que la solution proposée par Alteo est la seule à même de garantir la continuité de production du site au delà de fin 2015, ce qui n’est pas étonnant vu comme l’industriel a joué la montre jusque là : ce n’est évidemment pas en quelques mois qu’il va mettre au point une solution alternative adaptée après avoir ignoré le problème pendant des décennies !

Mais le BRGM confirme que des solutions sont possibles et même économiquement viables. Elles consistent à traiter les effluents résiduels par un procédé combiné (neutralisation à l’acide puis filtration après décantation), mais ceci suppose une phase préalable expérimentale pour rendre le procédé parfaitement opérationnel. La logique voudrait donc qu’Alteo s’engage sans tarder dans cette voie et que la dérogation demandée ne lui soit accordée que pour une courte période transitoire en attendant…

Schéma de principe d'une des solutions de traitement proposé par le BRGM

Schéma de principe d’une des solutions de traitement proposé par le BRGM

Quant aux investigations lancées par l’ANSES pour évaluer les répercussions des rejets sur la santé humaine via les produits de la pêche, ses conclusions remettent très largement en cause les affirmations rassurantes colportées par Alteo, au point de justifier de nouvelles campagnes de pêche suivi d’analyses afin d’y voir plus clair. Les prélèvements ont bien été faits, mais les résultats ne sont pas encore connus : il est donc demandé de se prononcer en toute confiance, sans connaître l’impact véritable de ces rejets sur le milieu naturel ni sur la chaîne alimentaire…

Tract diffusé par Collectifs littoral

Tract diffusé par Collectifs littoral

Face à un tel contexte et alors que la société Alteo, aux mains d’un fonds d’investissement américain peu soucieux de faire de gros investissements sur un site dont les jours sont probablement comptés, se contente de jouer la carte classique du chantage à l’emploi, il n’est pas étonnant que la mobilisation s’organise peu à peu. Une première pétition a été initiée par un groupe d’association environnementales. Une seconde a été lancée par la ville de La Ciotat, qui a déjà recueilli près de 4000 signatures. Une troisième (au moins) circule à l’initiative d’un collectif d’associations locales, regroupées sous le nom de Collectifs littoral.

Permanence du commissaire enquêteur à Carnoux le 27 août 2015

Permanence du commissaire enquêteur à Carnoux le 27 août 2015

Pourtant, un passage à la mairie de Carnoux où se tenait ce matin la première permanence du commissaire enquêteur oblige à constater que la mobilisation sur le sujet reste modeste. Comme l’information sur la tenue de ces permanences est particulièrement discrète à Carnoux, rappelons que la prochaine aura lieu le mercredi 16 septembre de 14h à 17h en mairie et qu’une réunion publique sur le dossier sera organisée à Gardanne le vendredi 11 septembre à 18h30 : il est donc encore temps de s’informer et de se prononcer !

L.V.  LutinVertPetit

Rejets en mer des effluents d’Alteo : l’enquête est ouverte !

23 août 2015
Usine d'alumine Alteo à Gardanne

Usine d’alumine Alteo à Gardanne

Dans le Parc national des Calanques, le feuilleton des rejets en pleine mer des déchets d’exploitation de l‘usine d’alumine Alteo (ex Péchiney) basée à Gardanne se poursuit… Nous avons déjà évoqué ici comment cette usine, qui produit depuis 1894 de l’alumine à partir de bauxite (initialement extraite en Provence et désormais importée de Guinée), rejette dans la baie de Cassis depuis maintenant 50 ans ses déchets d’exploitation, les fameuses boues rouges, un cocktail peu ragoûtant fortement concentré en soude, et riche en fer bien sûr (qui lui donne cette belle coloration éclatante), mais aussi en aluminium, titane, chrome, cadmium, mercure, arsenic, etc.

Jusqu’à présent, ces boues rouges sont directement déversées en mer sans le moindre traitement, par l’intermédiaire d’une immense conduite de 47 km (dont 33 km en souterrain) qui court de Gardanne jusqu’à la calanque de Port-Miou à Cassis en traversant la commune de Carnoux. Les déchets se déversent ensuite dans un puits et sont alors conduits au large par une autre conduite de 7 km posée au fond de la mer jusqu’au canyon de la Cassidaigne où ils sont tout simplement rejetés dans l’eau, à 320 de profondeur, en plein cœur marin du Parc national des Calanques.

Emprise observée des dépôts de boues rouges en mer selon Alteo (en vert : limite des périmètres des parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros)

Emprise observée des dépôts de boues rouges en mer selon Alteo (en vert : limite des périmètres des parcs nationaux des Calanques et de Port-Cros)

Depuis 1966, date de mise en service de la canalisation, personne ne sait exactement quelle quantité de boues rouges ont ainsi été déversées en pleine mer, dans ce canyon qui est considéré comme une des deux zones de la façade méditerranéenne française les plus riches en matière de biodiversité marine. Si l’on en croit les chiffres diffusés par l’industriel, les flux annuels de rejets approchaient les 900 000 t de résidu solide dans les années 1970 et ce sont au minimum 20 à 30 millions de tonnes de matériaux pollués qui ont ainsi été déversés au fond de la mer. Cette masse énorme de sédiments instables s’est étalée et on la retrouve désormais jusqu’au large de Fos-sur-Mer à l’ouest, en face de Hyères à l’est. Les jours de mistral, les sédiments remontent en surface et on les retrouve en suspension à faible profondeur, ce qui contribue à leur dispersion. Les pêcheurs de Cassis quant à eux constatent que la profondeur à laquelle leurs filets raclent les boues rouges est de plus en plus faible, ce qui confirme que la fosse abyssale se remplit…

Quantité de boues rouges rejetées annuellement en mer depuis 1966 selon Alteo (fraction solide)

Quantité de boues rouges rejetées annuellement en mer depuis 1966 selon Alteo (fraction solide)

Soumis à un contrôle de plus en plus strict de la part des services de l’État avec la mise en place d’un comité scientifique de suivi à partir de 1997, ces volumes de rejet ont peu à peu diminué et sont passés pour la première fois en 2004 sous la barre des 300 000 t/an après avoir flirté plusieurs années de suite au dessus des seuils autorisés qui avaient progressivement été abaissés. Actuellement, le flux maximum des rejets est estimé par Altéo à 270 m3/h, ce qui représente un flux annuel moyen de l’ordre de 1,5 millions de m3 rejeté en mer. La concentration du matériau étant évaluée à 120 mg/l, cela représente donc 180 000 t de résidu solide déversé annuellement, à peine moins que le seuil désormais autorisé.

Il faut dire que la France a ratifié en 1978 la convention de Barcelone destinée à protéger la mer Méditerranée contre les pollutions de toutes sortes. En application de cet engagement international, un arrêté préfectoral a été pris le 1er juillet 1996 au terme duquel il est imposé à Péchiney (alors exploitant du site) l’arrêt total des rejets de boues rouges en mer au delà du 31 décembre 2015.

Filtre-presse installé sur le site de l'usine Alteo à Gardanne

Filtre-presse installé sur le site de l’usine Alteo à Gardanne

Depuis, l’industriel joue la montre. Il a fallu attendre 2007 pour que le site s’équipe d’un premier filtre-presse permettant de déshydrater partiellement les boues rouges pour les transformer en une matière potentiellement valorisable sous le nom commercial de Bauxaline. En 2012, selon Le Monde, le député local a même fait passer un amendement spécifique pour consentir à l’industriel une ristourne substantielle sur sa redevance pour rejet d’eau polluée dans le milieu naturel, lui permettant ainsi d’économiser plus de 10 millions d’euros sur sa facture 2014. Malgré le manque à gagner ainsi consenti par la collectivité, l’Agence de l’Eau, toujours bon prince vis-à-vis des plus gros pollueurs, a même ajouté une aide supplémentaire de 15 millions d’euros pour aider Alteo à s’équiper de deux filtres-presses supplémentaires. Le troisième de ces filtres-presses, prévu sur le site de stockage de Mange-Garri, n’est pourtant toujours pas opérationnel, à quelques mois seulement de l’échéance fixée il y a plus de 20 ans, et l’industriel reconnaît n’avoir même pas de budget dédié à la recherche pour tenter de trouver des débouchés à sa Bauxaline, ce qui est révélateur !

Quelle stratégie alors pour la gestion de ces volumes énormes de déchets après 2015 ? Pour Alteo, les choses sont simples : après étude des différentes alternatives possibles, la meilleure solution est aussi la plus économique et elle consiste à rejeter à la mer la totalité de ses eaux polluées après en avoir extrait grâce à ses filtres-presses la majeure partie des résidus solides en espérant pouvoir un jour les valoriser. La concentration des eaux de rejets serait ainsi ramenée à 35 mg/l au lieu des 120 g/l actuels, mais les volumes annuels resteraient comparables. Des traitements complémentaires de ces eaux polluées pour les rendre conformes aux normes environnementales avant rejet en milieu naturel seraient envisageables, mais l’industriel considère que ce serait un surcoût inutile : pourquoi payer pour épurer cette eau alors qu’on peut la rejeter directement en mer en l’état, sans que personne n’y trouve à redire ?

Le seul hic de cette méthode, désarmante de simplicité, est que l’eau rejetée reste un déchet industriel. Il respecte certes la teneur maximale autorisée pour les matières en suspension, mais il déroge aux normes environnementales pour plusieurs paramètres dont le pH (à cause de la concentration énorme en soude résiduelle) mais aussi certains métaux dont le fer, l’aluminium et l’arsenic, excusez du peu !

Formation d'hydrotalcite en mer (extrait de l'étude d'impact Alteo)

Formation d’hydrotalcite en mer (extrait de l’étude d’impact Alteo)

Aux yeux de l’industriel, tout ceci n’est pas très grave car la mer est vaste ce qui permet d’équilibre la teneur en soude par dilution et que, justement, en présence d’eau de mer, son effluent liquide forme un précipité stable d’hydrotalcite jugé relativement inerte qui se dépose au fond en emprisonnant tous les métaux lourds considérés comme indésirables. La nature est vraiment bien faite et il serait déraisonnable de se priver de son concours en engageant des frais inconsidérés de traitement de ces eaux industrielles avant rejet en mer.

Circulez, il n’y a rien à voir. D’ailleurs, comme cela avait déjà été évoqué ici, le conseil d’administration du Parc national des Calanques, a déjà donné son feu vert en septembre 2014 pour qu’Alteo puisse poursuivre ainsi pendant au moins 30 ans ses rejets en mer via les installations existantes. Certes, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a bien toussé un peu en apprenant la nouvelle et elle a confié au BRGM, à l’IFREMER et à l’ANSES des investigations complémentaires pour essayer d’en savoir davantage.

Du coup, l’enquête publique qui aurait dû être lancée en avril a été annulée en catastrophe par le Préfet, le temps que les esprits se calment, que la torpeur estivale s’installe et qu’Alteo adapte sa stratégie de communication. Et voilà donc que la fameuse enquête publique est relancée, par un nouvel arrêté préfectoral pris le 15 juillet, pour une durée de 40 jours à partir du 17 août, jusqu’au 25 septembre donc.

Blog184_PhPanneauCette enquête qui est désormais en cours concerne 27 communes dont celle de Carnoux où le commissaire enquêteur a prévu de tenir deux permanence le jeudi 27 août matin et le mercredi 16 septembre après-midi. Ne cherchez-pas l’avis officiel annonçant cette enquête publique sur la commune, sauf si vous avez un goût particulier pour les jeux de piste : comme l’arrêté annulant la précédente enquête, il a été soigneusement dissimulé sur le support d’un panneau publicitaire à un endroit où normalement personne n’est en mesure de le repérer. Même le site officiel de la commune ne l’évoque pas…

L’enjeu est pourtant de taille et plusieurs associations de protection de l’environnement viennent de lancer une pétition pour protester contre ces méthodes quelque peu cavalières… Reste à voir si leurs craintes trouveront un écho auprès de la population et si les habitants de Carnoux, Cassis et La Ciotat, les premiers concernés, feront ou non l’effort de consulter les documents accessibles sur le site de la Préfecture et d’émettre un avis sur ce sujet qui touche à notre environnement proche. C’est le principe des enquêtes publiques : ceux qui s’expriment ne sont pas toujours sûrs d’être entendus mais qui ne dit mot consent !

L.V.  LutinVertPetit

Enfin, la fin des sacs plastiques ?

18 août 2015

Depuis le temps qu’on en entend parler, enfin la fameuse loi sur la transition énergétique, portée par Ségolène Royal, a été adoptée définitivement à l’Assemblée nationale le 22 juillet 2015 puis validée dans sa quasi-totalité par le Conseil constitutionnel le 13 août. Sans être la révolution copernicienne qu’espéraient ceux qui se préoccupent un tant soit peu de l’avenir de notre planète et des humains pas toujours très responsables qui l’habitent, ce texte présente de multiples évolutions législatives a priori positives, dont une série de mesures qui pourraient avoir un effet immédiat sur notre environnement.

Blog217_PhLoiRoyal

Outre les mesures qui visent à favoriser la part des énergies renouvelables et l’isolation thermique de nos bâtiments, un des volets de cette loi vise à modifier durablement la filière des sacs plastiques à usage unique, ces poches plastiques multicolores que continuent de distribuer à foison la plupart des commerçants et qui finissent leur vie accrochés aux branches des arbres les jours de mistral, ou flottant négligemment sur les bords de rivières et dans la mer où ils contribuent à asphyxier poissons et tortues un peu myopes.Blog217_PhTortue

Dénoncée depuis des décennies par toutes les organisations de défense de l’environnement, cette invasion des sacs plastiques est devenue une véritable plaie. Rien qu’en France et pour la seule année 2013, cinq milliards de sacs plastiques ont encore été distribués aux caisses des magasins, ainsi que 12 milliards de sacs pour le seul emballage des fruits et légumes, ce qui représente quand même un total de 80 000 t de plastique ! Ces sacs à usage unique ne sont pas recyclables et finissent dans le meilleur des cas dans les centres d’enfouissement de nos ordures ménagères ou dans les incinérateurs, mais une part importante s’envole dans la nature, dégrade nos paysages et provoque une forte mortalité parmi la faune sauvage.

Rappelons qu’il faut pas moins de 400 ans pour qu’un sac plastique se dégrade dans la nature, et probablement bien davantage une fois qu’il traîne au fond des océans à l’abri de la lumière. Dans les pays sahéliens où la collecte des ordures ménagères n’est pas toujours optimale, ces sacs plastiques envahissent tout et seraient à l’origine de 30 % de la mortalité du bétail qui les ingère sans trop y prendre garde, et ceci sans compter leur effet aggravant sur la prolifération du paludisme car chaque sac constitue en saison des pluies un véritable nid à moustiques.

Décharge d'Entressen (photo AFP / A.C. Poujoulat)

Décharge d’Entressen (photo AFP / A.C. Poujoulat)

Blog217_PhPanneauIl n’en reste pas moins qu’il n’est pas facile de se passer de ces sacs plastiques malgré leur impact environnemental catastrophique. Majoritairement fabriqué par extrusion et gonflage de polyéthylène d’origine pétrolière, ces sacs sont une véritable prouesse technologique car capables de transporter une charge deux mille fois supérieure à leur propre poids ! Face à leur effet nocif sur l’environnement, le Danemark a instauré dès 1994 une taxe sur ces sacs pour tenter d’en limiter la prolifération, suivi par l’Irlande en 2002, avec dans ce cas un véritable effet dissuasif puisque la consommation de ces sacs y aurait baissé de 90 %. La même année, le Bangladesh a carrément interdit ces sacs jugés responsables d’une aggravation des inondations à Dacca car ils contribuent fortement à boucher les canalisations d’évacuation des eaux pluviales.

« Les sacs en plastique à usage unique doivent être interdits ou supprimés rapidement partout », affirmait, dès 2009 le directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Certains pays du sud ont suivi cette injonction, dont le Togo en 2011, mais ces mesures ne semblent pas avoir d’effet très spectaculaire. D’autres approches axées davantage sur l’amélioration de la collecte et le tri des ordures ménagères semblent d’ailleurs plus adaptées dans ce contexte. Citons à ce sujet l’expérience de l’ONG Gevalor qui a initié à Madagascar un projet semi-industriel de recyclage des sacs plastiques souillés en les utilisant comme liant pour fabriquer des briques et des pavés !

Blog217_PhTignousEn France, la Corse a été précurseur avec la campagne lancée dès 1999 dans le cadre du Festival du vent à Calvi et son affiche dessinée par le regretté Tignous : depuis 2003, la distribution de sacs plastiques à usage unique y est interdite dans les supermarchés de l’île, et il en est de même à Mayotte depuis 2006. Une loi votée en 2005 avait d’ailleurs prévu d’interdire à partir de 2010 la distribution de sacs plastiques non biodégradables sur le territoire national, mais cette loi n’est jamais entrée en vigueur, pas plus que la taxation qui avait été décidée via la loi de finances 2010…

En 2013, l’Union européenne a enjoint ses membres à réduire de 50 % d’ici 2019 l’utilisation des sacs plastiques sans toutefois imposer la manière d’y parvenir. L’Italie a donné l’exemple en interdisant dès 2011 l’utilisation des sacs à usage unique et la France vient donc de lui emboîter le pas en adoptant cette même mesure dans le cadre de la récente loi de transition énergétique : à compter du 1er janvier 2016, les sacs de caisse en plastique seront désormais interdits (sachant qu’ils sont désormais de plus en plus largement remplacés par des sacs payants plus durables, pour le plus grand bénéfice des grandes surfaces). Blog217_PhPlage

La loi prévoit aussi qu’à compter du 1er janvier 2017, tous les sacs d’emballage de fruits et légumes devront être obligatoirement biodégradables. Il va donc falloir ressortir paniers et cabas pour aller faire ses courses, comme s’y emploie à convaincre la campagne « Ban the bags » soutenue notamment par Surfrider. L’usage massif des sacs en papier en remplacement n’apporterait en effet aucun gain écologique car ce type de sac n’est pas réutilisable et son bilan environnemental est déplorable… Mais changer les usages prend du temps et le consommateur lambda n’est pas forcément prêt à abandonner ses habitudes du sac jetable. Il va donc falloir développer la filière des sacs en matière végétale qui soient réellement bio-dégradables, y compris dans un composteur individuel. Or, ceci n’est pas forcément aussi simple qu’il n’y paraît…

Photo © C. Magdelaine / notre-planete.info

Photo © C. Magdelaine / notre-planete.info

Pour bénéficier de l’appellation « bio-sourcée » exigée par la loi, un sac doit contenir au moins 40 % de plastique végétal, généralement issu d’amidon ou d’huiles. Le reste est en principe formé de plastique fossile biodégradable (le polycaprolactone, développé dans les années 1960, ou un polyester mis au point par la firme allemande BASF) mais parfois aussi de simple polyéthylène, si bien que sa dégradation produit une multitude de paillettes non dégradables dont l’effet sur l’environnement peut être encore pire ! La loi adoptée cet été en France prend en tout cas clairement le parti des sacs bio-sourcés à base d’amidon de maïs ou de pomme de terre qui peuvent être compostés (au moins dans des installations industrielles soigneusement régulées) contre celui des sacs dits  « oxo-dégradables » qui se décomposent au contact de l’air et de la lumière mais se fragmentent alors en une multitude de micro-particules plastiques.

Espérons que cette loi facilitera une évolution de nos comportements de consommateurs et se traduira effectivement par moins de déchets plastiques dans nos milieux naturels, ce qui n’est pas forcément automatique et suppose de véritables modifications de nos habitudes : ce n’est pas gagné d’avance !

L.V.  LutinVertPetit

Pollution de l’air : le prix à payer…

18 juillet 2015

Jour après jour, l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé humaine est de plus en plus évident. On estime ainsi que ce sont pas moins de 45 000 personnes qui meurent prématurément en France chaque année du fait de la pollution de l’air. Les principaux responsables : les particules fines, principalement émises par les véhicules diesel mais aussi par la combustion du bois dans les cheminées et par certaines activités industrielles.

Blog208_PhMarseilleL’agglomération marseillaise est particulièrement touchée par ce fléau avec au moins 1000 morts par an du fait de cette pollution de l’air ambiant, liée surtout à l’importance de la circulation automobile. Nous avons ainsi le privilège d’habiter dans une des zones françaises les plus exposées où les taux de particules fines dépassent très régulièrement les normes admises, ce qui vaut à la France de se trouver sous le coup d’une procédure d’infraction lancée par la Commission européenne et qui pourrait coûter plus de 11 milliards d’euros à la France ! Certains militent d’ailleurs (en vain malheureusement) pour que le tunnel de Montolivet sur le trajet de la L2 encore en chantier soit équipé de filtres permettant de limiter localement ces émissions de particules.

D’autres substances sont largement en cause dans cette pollution atmosphérique : monoxyde et dioxyde d’azote, ozone, oxyde de soufre, benzène, ammoniac et de nombreux produits plus ou moins volatils dont certains sont identifiés comme perturbateurs endocriniens avec des effets néfastes encore mal connus à long terme. Même les pollens verraient leur impact allergisant augmenté du fait de l’interaction avec certains polluants chimiques présents dans l’atmosphère !

Extrait du site Air PACA en date du 18 juillet 2015

Extrait du site Air PACA en date du 18 juillet 2015

Les principales sources de production de ces différents éléments sont liées à l’activité industrielle (et agricole), au chauffage et surtout aux transports. Des réseaux de capteurs, particulièrement denses dans l’ouest des Bouches-du-Rhône autour de l’étang de Berre, permettent de suivre en direct, sur le site Air PACA, les pics de pollutions générés par l’évolution des conditions climatiques, mais ces pollutions sont désormais considérées comme chroniques dans la plupart des agglomérations et dans leur périphérie plus ou moins lointaine selon la configuration des vents dominants.

L’impact sanitaire de cette pollution qui provoque bronchites chroniques, asthme, cancer du poumon, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, et on en oublie… est désormais bien connu. Rappelons au passage que chaque être humain inspire dans la journée pas moins de 12 à 15 m3 d’air : même à faibles concentrations, ces substances dispersées dans l’air ambiant s’avèrent fortement nocives pour nos organismes, avec bien entendu des dégâts particulièrement élevés chez les jeunes enfants, les femmes enceintes ou les personnes âgées, mais aussi les plus vulnérables que sont les asthmatiques et autres insuffisants respiratoires.

Un impact qui coûte très cher à notre système de santé ! Déjà en avril dernier, un rapport du Commissariat général au développement durable avait estimé que les pathologies imputées directement à la pollution de l’air coûtaient chaque année entre 0,9 et 1,8 milliards au système sanitaire national, en comptant les coûts de consultation, de traitement, d’examens ou encore d’hospitalisation. Mais il semble qu’ils étaient encore bien en deçà de la réalité, à en juger par un nouveau rapport que vient de rendre public le 15 juillet 2015, une commission sénatoriale présidée par le sénateur Jean-François Husson et dont la rapporteur est Leila Aïchi, sénatrice EELV de Paris.

La sénatrice EELV de Paris, Leïla Aïchi (©BERTRAND GUAY / AFP)

La sénatrice EELV de Paris, Leïla Aïchi (©BERTRAND GUAY / AFP)

Cette nouvelle évaluation estime ainsi que la pollution de l’air en France coûte chaque année à la collectivité plus de 100 milliards d’euros ! Deux fois plus que le tabac à titre de comparaison… Et encore, ils n’ont pas pris en compte l’impact de l’air à l’intérieur des bâtiments, qui est souvent chargé en polluants de toutes sortes et dont les effets délétères se cumulent. Il faut dire que cette estimation ne se limite pas au seul coût sanitaire pour la Sécurité sociale, que les sénateurs ont chiffré pour leur part à 3 milliards d’euros. S’y ajoutent selon eux pas moins de 650 000 journées d’arrêt de travail qui seraient prescrites chaque année du fait de pathologies liées à la mauvaise qualité de l’air ambiant, mais surtout de nombreux coûts induits et dommages intangibles qui font très largement monter l’addition.

Au-delà des impacts sanitaires, la pollution de l’air a aussi des conséquences néfastes sur les rendements agricoles, la biodiversité ou encore la dégradation des façades des bâtiments dont le calcaire est rongé par les pluies acides tandis que les verres sont rendus opaques par les dépôts de suies et particules fines. L’INRA estime par exemple que le rendement du blé en région parisienne est réduit en moyenne de 10 % par rapport à une région non polluée, du fait de la pollution à l’ozone. Même la pollution des cours d’eau pourrait être liée en partie à certains apports atmosphériques pour des éléments très volatils comme les hydrocarbures aromatiques. Ces impacts non sanitaires restent encore mal connus et difficiles à chiffrer, mais la commission sénatoriale les évalue a minima à 4,3 milliards d’euros.

Blog208_PhParis

Ce rapport intitulé sobrement « Pollution de l’air : le coût de l’inaction » n’hésite pas à l’affirmer : « la pollution de l’air n’est pas qu’une aberration sanitaire, c’est aussi une aberration économique ». Mais les sénateurs ne se contentent bien évidemment pas de ce constat et font des propositions concrètes pour prendre enfin à bras le corps ce problème qui fait partie des préoccupations majeurs des Français, quoique souvent négligé par nos responsables politiques. Les auteurs du rapport regrettent en particulier qu’ait été abandonnée la mise en œuvre de l’écotaxe et ils préconisent logiquement d’aligner les fiscalités sur les carburants afin de limiter progressivement l’impact des véhicules diesel qui représentent encore en France les deux-tiers des véhicules nouvellement immatriculés (contre un quart seulement aux Pays-Bas !). Blog208_PhGazEchappementIls prônent également un renforcement de certaines normes, n’hésitant pas à aller à l’encontre d’un mouvement général en faveur de la suppression progressive de l’arsenal normatif qui briderait la créativité (et les profits) des entreprises… Ils militent aussi en faveur d’une amélioration de la connaissance quant à l’impact sanitaire et économique de ce fléau des temps modernes qu’est la pollution atmosphérique et ses incidences, y compris par exemple dans la recrudescence des cancers en milieu agricole.

Blog208_DessinUn document ambitieux et foisonnant, riche en enseignements et qui mériterait d’alimenter des politiques volontaristes. La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, ne s’y est d’ailleurs pas trompé et a promis de prendre « des mesures extrêmement fermes » et ceci « dès la semaine prochaine ». Après des décennies d’inaction, on n’en espérait pas tant…

L.V. LutinVertPetit

Des images de fin du Monde…

16 juillet 2015

« Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas ». Ce vieux proverbe Cree devient une réalité de plus en plus brutale dans un monde où la surpopulation et la surexploitation des ressources naturelles ont déjà largement ravagé notre environnement, désormais menacé de surcroît par le changement climatique global. Et pourtant, même aujourd’hui, beaucoup n’en sont pas encore conscients et restent réticents à regarder en face les conséquences de notre style de vie. Blog207_PhLivre

Parfois, les mots sont insuffisants pour exprimer l’indicible, mais certaines images qui donnent froid dans le dos sont souvent plus expressives qu’un long discours. C’est le parti pris d’un livre publié en mars 2015 aux États-Unis et intitulé Overdevelopment, Overpopulation, Overshoot. Le titre se passe de traduction : trop, c’est trop ! Un ouvrage en tout cas qui a déjà fait le tour du monde et que l’on peut feuilleter librement pour en découvrir les quelques 200  photos quelques peu provocatrices qui l’illustrent.

Et comme une image vaut toujours mieux qu’un long discours, voici quelques-unes de ces photos aussi spectaculaires qu’intrigantes : partageons-les sans retenue…

L.V. LutinVertPetit

Une vague de déchets…

Le surfer indonésien Dede Surinaya évolue dans une mer couverte de déchets (photo Zak Noyle)

Le surfer indonésien Dede Surinaya évolue dans une mer couverte de déchets (photo Zak Noyle)

Des métropoles à perte de vue…

Une vue aérienne (partielle) de la ville de Mexico, une métropole de 20 millions d'habitants qui s'étend toujours davantage (photo Pablo Lopez Luz)

Une vue aérienne (partielle) de la ville de Mexico, une métropole de 20 millions d’habitants qui s’étend toujours davantage (photo Pablo Lopez Luz)

Même les îles sont surpeuplées…

Une des îles Maldives largement urbanisée et désormais menacée par la montée des océans (photo Peter Essick)

Une des îles Maldives largement urbanisée et désormais menacée par la montée des océans (photo Peter Essick)

Une société de consommation devenue folle…

Scène de bousculade à l'ouverture d'un magasin lors du « vendredi noir » en Idaho aux USA : des consommateurs saisis par la fièvre acheteuse (photo Darin Oswald – Idaho Statesman)

Scène de bousculade à l’ouverture d’un magasin lors du « vendredi noir » en Idaho aux USA : des consommateurs saisis par la fièvre acheteuse (photo Darin Oswald – Idaho Statesman)

Une agriculture déconnectée…

Des serres de plastique à perte de vue autour d'Almeria en Andalousie (photo Yann Arthus Bertrand)

Des serres de plastique à perte de vue autour d’Almeria en Andalousie (photo Yann Arthus Bertrand)

Un monde sous perfusion pétrolière…

Un champ pétrolifère en Californie, exploité jusqu'à la dernière goutte (photo Mark Gamba)

Un champ pétrolifère en Californie, exploité jusqu’à la dernière goutte (photo Mark Gamba)

Le mirage des gaz de schiste…

Un paysage lunaire ravagé par l'exploitation de gaz de schiste en Alberta (photo Garth Lentz)

Un paysage lunaire ravagé par l’exploitation de gaz de schiste en Alberta (photo Garth Lentz)

Une forêt qui part en fumée…

Troupeau de chèvres pâturant dans la forêt qui brûle au Brésil (photo Daniel Beltra)

Troupeau de chèvres pâturant dans la forêt qui brûle au Brésil (photo Daniel Beltra)

Des montagnes de déchets…

Récupération de métaux à partir de déchets d'appareils électroniques à Accra au Ghana (photo Peter Essick)

Récupération de métaux à partir de déchets d’appareils électroniques à Accra au Ghana (photo Peter Essick)

Des oiseaux abreuvés de déchets…

Cadavre de cormoran desséché sur l'île de Midway dans le Pacifique nord (photo Chris Jordan)

Cadavre de cormoran desséché sur l’île de Midway dans le Pacifique nord (photo Chris Jordan)

Une extinction rapide d’espèces animales…

Cadavre d'un éléphant tué par les braconniers au Kenya (photo Kristian Schmidt – Wild Aid)

Cadavre d’un éléphant tué par les braconniers au Kenya (photo Kristian Schmidt – Wild Aid)

Une banquise qui fond à vue d’oeil…

Chute d'eau en bordure de la banquise au Spitzberg (photo Cotton Coulson – Keenpress)

Chute d’eau en bordure de la banquise au Spitzberg (photo Cotton Coulson – Keenpress)

Des ours polaires aux abois…

La dépouille d'un ours polaire mort de faim au Spitzberg dans un milieu désormais libre de glace (photo Ashley Cooper)

La dépouille d’un ours polaire mort de faim au Spitzberg dans un milieu désormais libre de glace (photo Ashley Cooper)

Rejet des boues rouges à Cassis : entre chantage et séduction…

14 juillet 2015

C’est le préfet Michel Cadot qui l’a annoncé le 3 juillet dernier aux journalistes de La Provence : la fameuse enquête publique destinée à permettre le prolongement des rejets en mer des résidus de fabrication de l’alumine par l’usine Alteo de Gardanne, va finalement avoir lieu cet été. Elle se déroulera du 17 août au 25 septembre, en pleine période estivale, dans 27 communes dont celle de Carnoux-en-Provence. Parions qu’elle ne devrait pas susciter une grande mobilisation alors qu’est toujours affiché sur notre commune, et dans la plus grande discrétion, l’avis indiquant que l’enquête initialement prévue a été annulée. Rares sont ceux qui comprennent encore quelque chose à ce feuilleton abracadabrantesque !

Blog206_PhGardanneAncienneQuelques rappels donc pour bien saisir toute la saveur de ce nouveau rebondissement… Et tout d’abord, qui est ce fameux Alteo qui détient désormais l’usine d’alumine de Gardanne, laquelle a été construite en 1893 comme nous l’avions rappelé ici ? Longtemps propriété de Péchiney, l’activité locale de fabrication d’alumine a été ensuite rachetée successivement par Alcan puis Rio Tinto (un groupe minier anglo-australien) et finalement, depuis le 1er août 2012, par le fonds d’investissement HIG European Capital Partners, qui a donc regroupé sous ce nom d’Alteo, plusieurs sites de production d’alumine (dont deux autres usines en France), l’alumine étant un produit à haute valeur ajouté issu de la transformation de la bauxite et destiné notamment à la fabrication de céramiques, matériaux réfractaires, abrasifs et verres spéciaux pour les smartphones et téléviseurs plats. Un nouvel exemple en tout cas du démantèlement en cours par des fonds d’investissement anglo-saxons de fleurons historiques de notre industrie nationale.

Vue aérienne du site Alteo à Gardanne

Vue aérienne du site Alteo à Gardanne

Le procédé Bayer de fabrication d’alumine calcinée à partir du minerai de bauxite est grosso modo toujours le même depuis la fin du XIXème siècle, lorsqu’il a été mis en œuvre pour la première fois sur ce site de Gardanne, même si le minerai utilisé ne vient plus des mines varoises mais est désormais importé par bateau depuis la Guinée, à raison de 300 000 tonnes par an qui transitent par le port de Marseille.

Les résidus de traitement, les fameuses boues rouges, riches en métaux lourds et très alcalines mais aussi (selon une étude de la CRIIRAD) faiblement radioactives sur fait de la présence d’uranium et de thorium, ont été longtemps stockées sur différents sites puis, à partir de 1966, purement et simplement rejetées en mer via une canalisation de 47 km qui débouche dans le canyon de la Cassidaigne au large de Cassis.

Blog206_PhBauxalineOr la convention de Barcelone impose l’arrêt de ces déversements en milieu marin (a fortiori dans un Parc national !) au plus tard le 31 décembre 2015. Ces résidus sont désormais partiellement transformés en bauxaline grâce à des filtres-presses et stockés sur le site de Mange-Gari, dont les défauts de sécurisation et les fuites ont déjà été évoqués ici. Mais cette valorisation partielle des résidus se traduit par la production de quantités importantes d’effluents liquides qu’il faut évacuer. C’est pourquoi Alteo a demandé en mai 2014 une nouvelle autorisation pour rejeter en mer des résidus liquides qui dépassent allègrement les seuils admis, tandis que la société Aluminium Péchiney, toujours propriétaire de la fameuse canalisation, sollicitait pour sa part le renouvellement de la concession d’utilisation du domaine public maritime pour ses activités de rejet. De ce côté, les décisions contradictoires se succèdent et il devient difficile d’y voir clair.

Blog206_PhCalanquesEn septembre 2014, comme nous l’avions déjà évoqué ici, c’est le conseil d’administration du Parc national des Calanques qui, contre toute attente, donnait un avis favorable pour prolonger de 30 ans les rejets en mer via l’émissaire de la Cassidaigne, en plein cœur marin du Parc. Mais les réactions offusquées de la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, avaient obligé Didier Réault, président du Parc des Calanques, à calmer un peu ses ardeurs. Des études complémentaires commandées au BRGM et à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avaient en effet mis en évidence que ces rejets pouvaient avoir un impact négatif sur la santé humaine du fait des contaminations possibles de certaines espèces pêchées.

C’est la raison pour laquelle l’enquête publique prévue à partir du 20 avril 2015 a dû être reportée malgré les protestations énergiques d’Alteo, relayées par plusieurs élus locaux qui se lamentent sur le risque de délocalisation des 400 employés du site de Gardanne. Une nouvelle campagne de prélèvement a donc été réalisée par l’IFREMER pour essayer de mieux caractériser l’impact potentiel de ces effluents sur la faune marine et c’est sur cette base que l’enquête publique va être relancée, sans qu’on en sache bien davantage sur la réalité de cet impact environnemental.

Force est en tout cas de constater que l’industriel est sorti de sa réserve et vient de changer de stratégie de communication. Ayant constaté que l’intimidation et le chantage à l’emploi n’avaient manifestement pas suffi à lever toutes les réticences, ils viennent de se livrer à une véritable offensive de charme auprès des journalistes de La Provence qui s’est plié très complaisamment à l’exercice en publiant 2 pages entières à la louange du site dans son édition du 9 juillet 2015.

Un extrait de La Provence du 9 juillet 2015

Un extrait de La Provence du 9 juillet 2015

On y apprend ainsi que les dirigeants d’Alteo avaient déjà tenté de convaincre Ségolène Royal en octobre dernier en lui apportant un échantillon des fameux effluents qu’ils souhaitent rejeter en mer, histoire de persuader la ministre de leur parfaite innocuité. Mais cette dernière ne s’est pas démontée et leur a proposé de boire la fiole en question : le PDG d’Alteo n’ayant pas osé s’y résoudre, cela limite quelque peu la force de son argumentation… Il faut dire que, même en faisant abstraction de tous les métaux lourds qu’ils contiennent, la teneur en soude de ces effluents ne les rend guère appétissants !

Michel Cadot, ex-préfet des Bouches-du-Rhône

Michel Cadot, ex-préfet des Bouches-du-Rhône

L’enquête publique qui débutera en août et qui prévoit une réunion publique sur Gardanne risque d’être déterminante pour l’avenir de ce dossier où coups bas et arrières pensées de toute sorte ne manqueront certainement pas, surtout dans le contexte politique actuel qui a vu l’invalidation des dernières élections municipales à Gardanne avec un deuxième tour qui s’annonce plutôt serré selon La Provence ! C’est finalement le préfet qui tranchera, au vu du rapport de la commission d’enquête publique et après avis du CODERST (Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques) et du CSPRT (Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques). On ne peut que lui souhaiter bon courage car la décision risque d’être difficile à prendre, d’autant que le préfet en question ne sera pas Michel Cadot, qui vient d’être nommé préfet de police à Paris ce 8 juillet, mais son successeur : un beau cadeau empoisonné en perspective…

L.V. LutinVertPetit