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Saoul comme un pigeon néo-zélandais…

18 octobre 2018

En France, il existe, selon les spécialistes, 570 espèces d’oiseaux. En Nouvelle-Zélande, ce nombre s’élève, paraît-il, à 168, pas une de plus ! On comprend donc que les Néo-zélandais, amoureux de la nature par tradition culturelle, soient très attachés à la préservation de leur faune ailée. Chaque année, ils votent donc en masse pour élire « l’oiseau de l’année ». Un concours organisé depuis 2005 par l’association environnementaliste Forest & Bird et qui connait traditionnellement un grand succès…

En 2018, les résultats du vote, dont le scrutin s’est clôturé dimanche 14 octobre ont été rendus publics dès le lundi matin. And the winner is… Pas le kiwi en tout cas, pourtant emblème symbolique du pays qui avait déjà été couronné de ce titre prestigieux en 2009. Non, cette année, les quelques 50 000 Néo-zélandais qui ont participé au vote ont décerné la majorité de leurs suffrages à un gros pigeon sauvage, dénommé kereru en langue Maori, Hemiphaga novaeseelandiae de son petit nom scientifique.

Le Kereru ou pigeon de Nouvelle-Zélande

Une espèce assez banale en apparence et qui n’est pas spécialement menacée d’extinction bien que son habitat soit localement en danger de régression. Mais un oiseau qui, comme tout un chacun, présente ses petites faiblesses… En l’occurrence, le pigeon de Nouvelle-Zélande se gave de fruits dont il contribue d’ailleurs à disséminer les graines, jouant un rôle très important dans la reproduction des espèces arborées.

Kereru dans une forêt de Nouvelle-Zélande (photo © Hawke’s Bay Today / South China Morning Post)

Mais il lui arrive souvent, à force d’ingurgiter des fruits très murs et partiellement fermentés, de voir son taux d’alcoolémie augmenter au-delà du raisonnable. Il n’est donc pas rare, à la fin de l’été, d’observer de gros pigeons tituber au bout de leur branche, voire carrément tomber de l’arbre faute de pouvoir maintenir leur équilibre tellement ils sont saouls… Un comportement qui les rend particulièrement vulnérables face aux prédateurs, dont les chats, qui peuvent alors facilement les attaquer. Des centres de protection animales sont donc régulièrement sollicités pour recueillir des pigeons ramassés à terre par des âmes charitables, afin de les placer en cellule de dégrisement, le temps qu’ils reprennent leurs esprits.

Grive musicienne dans une vigne (source grives.net)

On connaissait déjà l’expression « saoul comme une grive » qui fait référence au comportement des grives, grandes amatrices de raisins et qui font des ravages dans les vignes lorsque le raisin est bien mûr, se gavant de fruits au point de ne plus pouvoir s’envoler lorsque le danger guette. L’expression date, parait-il, d’un texte de 1486 où l’on peut lire « plus estourdy qu’une grive », le mot « estourdy » signifiant alors « saoul » en vieux français.

D’après l’ouvrage La mystérieuse histoire du nom des oiseaux (éditions Robert Laffont), ce verbe « étourdir » est probablement issu du bas latin « exturdire », lequel signifie agir follement. Un verbe qui dérive justement du latin « turdus », mot qui désigne la grive, à cause précisément du comportement de cet oiseau qui titube au point de ne plus pouvoir s’envoler lorsqu’il s’est gavé de raisin.

A croire finalement que, des vignes du Bordelais jusqu’aux forêts de Nouvelle-Zélande, les oiseaux ne sont finalement guère plus raisonnables que les humains et ne savent pas mieux qu’eux résister à un bon jus de fruit, un tantinet alcoolisé…

L. V.

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Justice : les Pays-Bas condamnés pour inaction climatique

12 octobre 2018

Marjan Minnesma, présidente de l’association Urgenda (photo © Urgenda/Chantal Bekker)

Devant l’inaction des gouvernements face au changement climatique, tous les moyens sont bons pour essayer de faire bouger les choses, y compris les procédures judiciaires. C’est ce qu’a considéré Marjan Minnesma une militante écologiste de longue date, ancienne de Greenpeace et qui a créé sa propre association dénommée Urgenda. Inspirée en 2011 par la lecture du livre Revolution Justified, publié par l’avocat néerlandais Roger Cox, elle est à l’initiative d’un recours en justice déposé en 2012 par un groupe de 886 citoyens hollandais.

Ce groupe de militants, enseignants, artistes, entrepreneurs et personnalités locales n’a pas hésité à dépenser 200 000 € dans cette action en justice contre l’État néerlandais accusé de n’avoir pas pris les mesures adaptées pour lutter avec efficacité afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre, exposant sa population aux conséquences dramatiques d’une augmentation désormais inéluctable du niveau de la mer, alors que 15 % de la superficie des Pays-Bas est situé sous le niveau de la mer et la majeure partie du pays est directement menacée par le risque d’inondation littorale ou fluviale.

Vue aérienne de maisons près d’Amsterdam le 24 avril 2018 (photo © Reuters / La Tribune)

Le 24 juin 2015, à la grande joie de cette poignée de militants déterminés, le tribunal de La Haye avait de fait estimé que les efforts engagés par le gouvernement néerlandais n’étaient pas à la hauteur des besoins pourtant clairement identifiés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour contenir le réchauffement planétaire. Le jugement rendu alors estimait que « sur la base de la politique actuelle de l’Etat, les Pays-Bas auront réduit au mieux leurs émissions de 17 % en 2020 » par rapport à 1990, alors que cette réduction devrait être de 25 % au minimum pour espérer contenir le réchauffement climatique à un niveau acceptable.

Les membres de l’ONG Urgenda célèbrent avec leurs avocats la décision du tribunal en leur faveur, le 24 juin 2015 à La Haye (photo © Chantal Bekker / Le Monde)

Le gouvernement néerlandais avait immédiatement fait appel de ce jugement, mais le 9 octobre 2018, le tribunal de La Haye vient tout juste de confirmer ce verdict, alors même que le GIEC venait de rendre public, la veille, son dernier rapport approuvé par 197 États, sur la nécessité d’agir drastiquement et très rapidement si l’humanité veut éviter les conséquences catastrophiques d’un réchauffement dépassant 1,5 °C.

Une nouvelle claque donc pour l’État néerlandais qui est ainsi mis en face de ses responsabilités. Le verdict prononcé par la présidente de la juridiction, Marie-Anne Tan-de-Sonneville, est en effet sévère, rappelant notamment que « Le changement climatique est un grave danger. Tout report des réductions d’émissions exacerbe les risques liés au changement climatique. Le gouvernement néerlandais ne peut pas se cacher derrière les émissions d’autres pays. Il a le devoir indépendant de réduire les émissions de son propre territoire ».

Manifestation à Copenhague de citoyens pour la prise en compte de mesures contre le réchauffement climatique (photo © Christoffer Askman / Ritimo)

Un raisonnement qui pourrait s’appliquer à tous les pays de la planète qui ont tendance à s’abriter derrière l’inaction collective pour éviter de prendre les décisions qui pourtant s’imposent à eux. Selon le professeur de droit Laurent Neyret, cité par Le Monde suite à la première décision de justice rendue en 2015, ce jugement pourrait faire jurisprudence car « les juges ont habilement démonté l’argument de la défense selon lequel le changement climatique est un problème global qui ne peut être traité à une échelle nationale, lui opposant le devoir des pays à agir localement, au nom de l’obligation commune mais différenciée des Etats à lutter contre le réchauffement ».

De fait, les Pays-Bas ne sont pas nécessairement les plus mauvais élèves de la classe de la classe en matière de lutte contre le réchauffement climatique, même si leurs émissions de gaz à effet de serre sont supérieures à celles de la moyenne européenne, comparables en 2013 à celles de l’Allemagne notamment. En juin 2018, selon Libération, le pays s’est ainsi engagé sur un programme très ambitieux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 de 49 % d’ici 2030 et de 95 % d’ici 2050. Le gouvernement envisage même d’atteindre la neutralité carbone pour son électricité d’ici 2050.

Les jeunes soutenus par l’association Our Children’s Trust, avec leur avocate Andrea Rodgers (photo © Our Children’s Trust)

Toujours est-il que cette retentissante victoire devant une juridiction néerlandaise pourrait conduire à une multiplication des recours en justice pour cause d’inaction climatique. Selon un rapport de l’ONU publié en mai 2017, ce sont pas moins de 884 actions en justice qui auraient ainsi été intentées sur cette question, dont 654 devant des juridictions américaines. Pour l’instant, les tribunaux des États-Unis ont tendance à se déclarer incompétents sur le sujet, mais fin 2016 un juge a néanmoins autorisé la poursuite d’une affaire portée par 21 jeunes soutenus par l’association Our Children’s Trust, devant un tribunal de l’Oregon, considérant que « les politiques actuelles du gouvernement violent leurs droits constitutionnels » en laissant se développer des concentrations de gaz à effet de serre très supérieures à ce que les climatologues considèrent comme acceptables pour éviter des évolutions climatiques aussi dramatiques qu’irréversibles.

En Belgique, selon le site Mr Mondialisation, une action collective en justice, initiée par l’association Klimaatzaak, présidée par l’entrepreneur Serge de Gheldere, soutenue initialement par une dizaine de militants mais portée désormais par 30 000 citoyens a été lancée en 2015, considérant que la réduction de CO2, qui atteint pourtant 1 % par an dans ce pays est très largement insuffisante en regard des enjeux. En 2017, le procès n’avait guère progressé, bloqué comme souvent en Belgique par de sordides querelles quant aux choix de la langue à utiliser, mais la victoire en appel que viennent d’enregistrer les militants néerlandais voisins va peut-être redynamiser la procédure…

Quant à la France, elle n’est pas à l’abri d’une telle démarche. En novembre 2017, l’association Notre affaire à tous, a adressé un courrier au Président de la République pour demander l’arrêt des subventions aux énergies fossiles, la réduction des émissions françaises de gaz à effet de serre et la reconnaissance du changement climatique comme un crime écologique. Faute de réponse, sa présidente Marie Toussaint menace d’entamer une action en justice contre l’État français.

A défaut d’être favorable pour les générations futures et pour notre environnement, le changement climatique pourrait donc se révéler à terme comme une affaire juteuse pour des bataillons de juristes…

L. V. 

Le Département des Bouches-du-Rhône sent le sapin…

6 octobre 2018

Il faut croire que dans les Bouches-du-Rhône le fameux mille-feuilles administratif qui a vu s’empiler, au fil des années et des réformes, les strates communales, cantonales, intercommunales voire métropolitaines, départementales, régionales et on en passe, n’est finalement pas si indigeste que cela…

Martine Vassal s’installe à la présidence de la Métropole, le 20 septembre 2018 (photo © Thierry Garro / La Provence)

En témoigne Martine Vassal, déjà élue à la mairie de Marseille et présidente depuis avril 2015 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui vient de croquer avec gourmandise une grosse part du gâteau en devenant, le 20 septembre 2018, également Présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

C’est la démission anticipée de Jean-Claude Gaudin, lequel aura 79 ans le 8 octobre prochain, qui a rendu possible une telle opportunité pour l’ex-femme d’affaire qui avait réussi l’exploit de conduire à la faillite en 2000 son entreprise familiale, fournisseur d’uniformes à l’armée française, et qui avait été mise en garde à vue en juin 2017 dans le cadre d’une vilaine enquête pour soupçon de favoritisme à l’occasion de l’attribution des marchés de l’eau dans l’agglomération marseillaise.

La démission surprise de celui qui reste maire de Marseille depuis 1995 et au moins jusqu’en 2020 avait de fait été annoncée publiquement le 4 septembre, après que le vieux leader LR, usé et dépité, ait envoyé sa lettre de démission au Préfet. Président de la Métropole depuis sa création début 2016, il faut bien reconnaitre que sa tâche n’avait pas été facile, face aux chicaneries incessantes de ses amis politiques de droite, Maryse Joissains en tête, qui avaient tout fait pour faire avorter le projet de métropole et rendre la vie impossible à celui qui avait consenti à en prendre les rênes.

Jean-Claude Gaudin face à Maryse Joissains (photos © Anne-Christine Poujoulat et Gérard Julien / AFP pour Le Figaro)

Déjà première vice-présidente de la Métropole, Martine Vassal, adoubée par son mentor Jean-Claude Gaudin, n’a donc eu aucun mal à se faire élire Présidente de l’institution, avec 181 voix contre 22 à son adversaire pour la forme, le communiste Marc Poggiale. Pour autant, on aboutit désormais à une situation pour le moins inédite et sans précédent après des années passées à tenter de réduire le cumul des mandats, ce mal profond qui gangrène la démocratie en France. Jamais en effet on n’aurait pu imaginer que la même personne dirige à la fois le Département et la Métropole, deux énormes structures administratives dont le périmètre sinon les compétences se superposent largement.

L’olivier qui a fait son apparition sur le logo du Département sera t-il gage de sa longévité ?

Avec un budget annuel de 2,5 milliards d’euros, dont près de 2 milliards uniquement en fonctionnement, notamment pour payer le salaire de ses 7000 agents, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône est un véritable mastodonte, qui ne se contente pas de gérer le réseau des routes départementales, d’entretenir les collèges et de verser les prestations sociales, mais qui est surtout un formidable levier financier pour aider les maires des 119 communes du département à financer leurs propres infrastructures, écoles, gymnases, crèches, ou même hôtel de ville comme à Carnoux !

Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin (photo d’archive © Maxppp)

Quant à la Métropole, dont le périmètre regroupe 92 communes (y compris celles de Saint-Zacharie dans le Var, et de Pertuis dans le Vaucluse) et englobe 1,8 millions d’habitants, soit plus de 90 % de la population du département, c’est aussi une machine de guerre imposante. Comportant pas moins de 7200 agents, la Métropole a fait voter pour 2018 un budget global de près de 4 milliards d’euros dont un peu plus de 3 milliards pour ses seules dépenses de fonctionnement, excusez du peu !

Une partie de ces sommes est purement et simplement transférée aux communes, qui touchent ainsi pas moins de 650 millions d’euros de reversement de fiscalité, et même aux Conseils de Territoires, qui correspondent aux anciennes intercommunalités telles que la Communauté urbaine de Marseille où la Communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, qui continuent ainsi à survivre et ont encore perçu en 2018 pas moins de 165 millions d’euros en fonctionnement et 330 millions pour leurs dépenses d’équipement… Du coup, les principales dépenses effectives de la Métropole pour assumer ses véritables compétences et investir en matière d’équipement (79 millions d’euros), de transport (120 millions), de gestion des déchets (38 millions), ou encore d’assainissement (65 millions) paraissent finalement relativement modestes…

Dessin de Red publié dans Le Ravi

Toujours est-il que, désormais à la tête de ces deux structures administratives colossales qui gèrent peu ou prou, la quasi-totalité de l’investissement public et des subventions aux communes sur l’ensemble du périmètre départemental, Martine Vassal, qui se verrait bien, par ailleurs, dans le fauteuil de maire de Marseille à partir de 2020 (jamais deux sans trois !), dispose d’un pouvoir financier et d’influence totalement inouï.

Une situation d’autant plus favorable que se prépare en parallèle la disparition annoncée du Département des Bouches-du-Rhône dont les agents et les compétences devraient purement et simplement être transférés à la nouvelle métropole, sans doute dès 2021. Un exercice comparable a déjà été expérimenté dans le Rhône où, à l’initiative de Gérard Colomb, l’essentiel du Département a disparu au 1er janvier 2015 pour se fondre dans la métropole lyonnaise.

Jean-Claude Gaudin avec Martine Vassal après l’élection de celle-ci à la Présidence de la Métropole (photo © Narjasse Kerboua / Go Met)

 

C’est sans doute un schéma comparable qui devrait se dessiner pour les Bouches-du-Rhône comme le Président de la République, Emmanuel Macron l’a évoqué en janvier dernier devant une quarantaine de parlementaires, dont le député LREM François-Michel Lambert qui l’a révélé à La Provence. Le Département est probablement condamné à disparaître, sous réserve que les 29 communes du pays d’Arles, actuellement en dehors du périmètre de la Métropole Aix-Marseille-Provence, acceptent de se fondre dans la nouvelle institution, appelé à devenir le « phare de la Méditerranée » selon l’expression un peu exaltée du député Lambert rapportée par 20 minutes

Pas sûr que cela enchante les Arlésiens qui pourraient plutôt chercher à rester dans un département croupion, comme cela a été le cas pour les communes rurales du Rhône, voire à se rattacher au Vaucluse ou au Gard voisins. Toujours est-il que Martine Vassal restera sans doute à la tête de l’essentiel de l’agglomération métropolitaine dont les compétences seront élargies à la quasi-totalité des domaines de la vie quotidienne, incluant transports, voirie, eau, assainissement, déchets, aide sociale, vie économique, environnement et on en oublie : une bien lourde responsabilité…

L. V. 

La France tire la langue…

2 octobre 2018

Inondations rue de la République à Aubagne le 9 août 2018 (extrait vidéo © Mathieu Gratteloup)

Une fois n’est pas coutume, les Provençaux ne s’en sont guère aperçu, eux dont la région a subi des précipitations périodiques durant tout l’été, avec même un bel orage de pluie et de grêle le 9 août 2018, qui a fait de gros dégâts dans le secteur d’Aubagne. Mais pendant ce temps, une bonne partie du territoire national a lui souffert de la sécheresse.

Du Sud-Ouest jusqu’en Alsace, mais en Bretagne également (tout arrive !), les pluies se sont fait rares durant tout l’été. Depuis la mi-juin une bonne partie du territoire national a subi un fort déficit de précipitations par rapport aux normales saisonnières, alors même que les températures étaient particulièrement élevées, supérieures de 2 à 4 °C par rapport aux valeurs habituelles. La France vient de vivre son 4ème été le plus chaud depuis que l’on enregistre régulièrement les températures.

Rapport à la normale (1981-2010) du cumul mensuel de précipitations en France au mois d’août 2018 (source Météo-France)

Un cocktail explosif qui se traduit par une forte évapotranspiration, une dessiccation des sols et des débits très faibles dans les cours d’eau… Début septembre, les sols étaient exceptionnellement secs dans toute la partie centrale et le Nord-Est du pays. Et le mois de septembre a été, lui aussi, exceptionnellement chaud et sec, avec des températures maximales supérieures de plusieurs degrés par rapport aux normales, un ensoleillement rarement observé à cette période de l’année et un déficit de précipitations qui atteint 70 % en moyenne sur l’ensemble du pays : il est tombé en moyenne 24 mm durant le mois de septembre sur le territoire métropolitain, contre 78 mm habituellement…

Carte des secteurs touchés par des arrêtés préfectoraux de restriction d’usage liés à la sécheresse au 2 octobre 2018 (source Propluvia)

Du coup, beaucoup, en particulier parmi les agriculteurs, s’inquiètent, à juste titre, des conséquences de cette sécheresse persistante. Au 21 septembre, selon le site Propluvia géré par les ministères de l’écologie et de l’agriculture, pas moins de 62 départements étaient concernés par des restrictions d’usage suite à l’atteinte des seuils de vigilance, et on dénombrait à cette date 143 arrêtés préfectoraux détaillant des mesures de restriction.

Une situation météorologique qui arrange bien certaines professions dont les viticulteurs du Bordelais qui se réjouissent de conditions particulièrement favorables jusqu’à la période des vendanges. A Bordeaux, il n’est tombé que 3,2 mm de pluie durant le mois de septembre, contre 83 mm en moyenne : même le record de 1985 a été battu, qui avait enregistré un cumul de 3,6 mm !

Mais un contexte climatique catastrophique pour de nombreux agriculteurs et notamment pour les éleveurs. En Poitou-Charentes et dans le centre de la France, le fourrage se fait rare et de nombreux éleveurs sont contraints de vendre une partie de leur cheptel, alors même que les prix du bétail sont en chute libre du fait de cette augmentation de l’offre.

Dans le Cantal, il faut nourrir les vaches avec du fourrage (photo © Francis Campagnoni / La Montagne)

Dans le Puy-de-Dôme, le préfet a pris des mesures de restriction de certains usages de l’eau depuis le 11 août et vient de les prolonger jusqu’à fin octobre. Les éleveurs sont obligés de puiser dans leurs réserves de fourrages et de trouver de l’eau pour abreuver leurs bêtes. Les rendements de betteraves à sucre s’annoncent catastrophiques et le colza peine à lever, tandis que certaines activités industrielles subissent des restrictions d’activité faute de débit suffisant dans les cours d’eau pour assurer le refroidissement des machines ou l’eau de process nécessaire.

Irrigation par aspersion d’un champ de maïs (photo archives © La Nouvelle République)

Dans le Cher, malgré un hiver et un printemps plutôt humide, la sécheresse commence aussi à se faire sentir avec des précipitations qui, en septembre, n’ont pas dépassé 6 à 26 mm selon les endroits, très en deçà des normales mensuelles qui tournent plutôt entre 60 et 90 mm. De nouveaux arrêtés préfectoraux ont donc été pris le 1er octobre, en particulier sur le bassin du Cher qui est passé en situation de crise avec 117 communes concernées par des restrictions d’eau, dont Bourges et Vierzon.

Même dans le Cotentin, les conditions météorologiques ont conduit les cultivateurs de maïs à récolter avec 3 semaines d’avance pour l’ensilage, avant que la sécheresse ne vienne détériorer irrémédiablement leur récolte. Dans le Doubs ou en Corrèze, on a dû jongler durant tout l’été à certains endroits pour continuer à approvisionner la population en eau potable avec des rivières et des plans d’eau qui tarissaient précocement, sous l’effet justement des pompages agricoles destinés à l’irrigation du maïs, une plante particulièrement gourmande en eau et que certains agriculteurs envisagent sérieusement de remplacer par d’autres espèces.

Champ de sorgho en France

On voit ainsi de plus en plus se développer, jusque sur les collines des Vosges, des champs de sorgho, cette céréale omniprésente dans le Sahel, dont les besoins en eau sont inférieurs de 30 % à ceux du maïs et qui pourraient bien constituer une alternative judicieuse pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques qui sont en train de s’installer en France métropolitaine. L’agriculture a montré au cours des siècles sa grande capacité d’évolution et de transformation : sera-t-elle capable de s’adapter à cette évolution climatique globale qui est en train de s’imposer à nous à une vitesse inédite ? Espérons-le !

L. V.

Enceintes connectées : Big Brother s’invite à la maison…

27 septembre 2018

Innombrables sont les œuvres de science-fiction qui ont décrit ces scènes de la vie quotidienne où tous nos objets obéissent au moindre de nos désirs qu’il suffit de formuler tout haut. Une situation qui est en train de devenir réalité avec l’arrivée massive, à la maison, des objets connectés. Il est désormais devenu banal de commander à distance non seulement l’ouverture de son portail de garage, mais aussi son système de chauffage, d’éclairage ou de surveillance. Et désormais, ce sont les enceintes connectées qui sont en train d’envahir nos salons…

Un dessin de Luc Tesson

Ces objets, dont les dernières versions commercialisées ne dépassent guère la taille d’une canette de soda, sont déjà largement répandues à travers le monde puisqu’on considère que 200 millions de personnes s’en servent au quotidien, une bonne moitié d’entre elles résidant aux Etats-Unis, comme toujours en pointe en matière d’innovations technologiques et de gadgets. Les deux-tiers des utilisateurs américains interrogés affirment d’ailleurs ne plus pouvoir s’en passer tellement ils se sont habitués à leur usage quotidien. De quoi imaginer donc que les Européens ne devraient pas tarder à succomber à leurs charmes d’autant que l’offre est en train d’arriver en masse et que 500 000 foyers français en seraient déjà équipés…

Les enceintes Google Home et Amazon Echo (photo © Nicolas Six / Le Monde)

En août 2017, c’est l’enceinte Google Home qui a ainsi débarqué sur le marché français, commercialisé à 149 € et désormais accessible dans sa version miniaturisée Home Mini à partir de 49 € seulement, une offre très comparable à celle de son concurrent direct, Amazon et son enceinte Echo Spot, tandis qu’Apple se distingue avec son produit HomePod vendu à près de 350 €. Des coûts très accessibles donc, qui laissent penser que la pénétration de ces nouveaux gadgets dans les foyers européens devrait se faire à grande vitesse.

Le principe de ces dispositifs à installer dans le salon est très simple puisqu’il s’agit d’assistants domestiques obéissants à la voix. Leur micro est supposé être tout le temps ouvert pour leur permettre d’entendre le moindre de nos désirs, même s’ils sont désormais pourvus d’un bouton permettant de couper cet enregistrement permanent. Il suffit donc de formuler un ordre ou une question à voix haute pour permettre à ce robot miniature de lancer le morceau de musique ou la série de notre choix, de faire sonner son propre smartphone qu’on a égaré dans la maison, de nous indiquer le temps qu’il fera dans l’après-midi, d’ouvrir les volets électriques, de déclencher le minuteur du micro-onde, de commander une pizza ou de nous rappeler la date de naissance de notre Président de la République, parmi bien d’autres fonctionnalités évidemment.

L’enceinte Google Home Mini

Bien sûr, tout ceci ne peut fonctionner que si l’on dispose dans la maison d’objets de domotique eux-mêmes connectés et d’un minimum d’abonnements notamment à des plateformes musicales payantes. On peut alors envisager des programmations relativement élaborées permettant de lancer un « Alexa, me voici » en arrivant à la maison ce qui permet à son enceinte Amazon de monter instantanément le chauffage, d’allumer l’éclairage des différentes pièces et de lancer un morceau de musique d’ambiance adapté.

Pour éviter toute ambiguïté dans le fonctionnement de ces objets qui vous écoutent en permanence, il faut naturellement assortir ses demandes d’un sésame : « Alexa » pour Amazon tandis que sa concurrente Home exige le mot de passe « OK Google » pour exécuter un ordre. Des mots qu’il vaut donc mieux éviter d’employer dans la conversation pour éviter toute méprise. Car même pourvue d’une intelligence artificielle remarquable, qui apprend au fur et à mesure et s’adapte donc de mieux en mieux à votre style et à vos besoins, cela ne reste que des machines.

Le monde merveilleux des objets connectés (dessin signé Fix)

Même si les versions commercialisées sont désormais adaptées à d’autres langues que l’Anglais, elles ne comprennent pas forcément toutes nos demandes, surtout si elles sont formulées de manière plus ou moins alambiquées, et les incompréhensions sont nécessairement aussi nombreuses qu’agaçantes !

Si les questions portant sur la météo du jour sont généralement plutôt bien traitées, aux dires des utilisateurs, inutile pour autant espérer tenir une conversation soutenue avec ces enceintes qui ont en permanence le nez dans le cloud. Comme le relate un journaliste du Monde qui les a testées en juin dernier, totalement dénuées d’empathie, elles répondent maladroitement aux questions délicates. Lorsqu’on prononce « je me sens terriblement seul », l’enceinte d’Amazon répond : « pour trouver des entreprises locales, vous devrez indiquer votre adresse dans les paramètres. » L’enceinte Google donne un peu d’espoir, en répondant : « Je suis là… et si vous vous changiez les idées ? » Mais quand on la relance avec un : « Comment ? », elle répond : « désolé, je ne comprends pas. »

Il faudra donc sans doute patienter encore un peu avant d’espérer voir ces enceintes connectées se transformer en aimables dames de compagnies, aussi brillantes qu’attentionnées. En attendant, il n’est peut-être pas inutile de s’interroger sur la vulnérabilité qui nous guette lorsque l’on ne saura plus se passer de ces assistants électroniques. Il suffit de se souvenir du nombre de malheureux qui ont péri noyés dans leur habitation en pleine nuit à La Faute-sur-Mer en 2010, tout simplement parce que la tempête avait occasionné une coupure d’électricité et qu’ils n’avaient dès lors plus aucune possibilité d’actionner l’ouverture de leurs volets roulants…

Sans vouloir être paranoïaque, on peut se demander aussi s’il est bien sain de se fier à des outils de ce type qui se contentent de fournir des réponses uniques et plus ou moins pertinentes à nos questions sans préciser leurs sources : la moindre recherche sur internet permet au moins de confronter des points de vue différents et de recouper des données d’origines diverses qui ne présentent pas toutes le même niveau de fiabilité, loin s’en faut. Et ceci sans compter l’aspect commercial : lorsque l’on commande un produit, que ce soit via Amazon ou via Google (qui s’est allié pour cela avec la chaîne de grande distribution Walmart), il faut nécessairement se contenter du réseau de distributeurs référencé, ce qui, à terme, ne pourra qu’avoir un effet délétère sur le petit commerce local et les circuits courts.

Dessin de Jiho publié dans Marianne le 7 septembre 2018

Et accessoirement, il n’est pas inutile non plus de s’interroger sur les risques que font peser sur nos libertés individuelles ces outils qui permettent d’enregistrer en permanence nos conversations les plus intimes au cœur même du foyer familial, et de transmettre en direct ces données aux serveurs de Google et d’Amazon. En août 2017, une étude publiée par un chercheur en cybersécurité a ainsi montré comment on peut pirater une enceinte connectée Echo d’Amazon et la transformer en un micro de surveillance permettant d’écouter à distance toutes nos conversations. En mai 2018, c’est un couple de Portland qui a vécu cette mésaventure lorsqu’un de leurs amis les a appelés pour les prévenir qu’il venait de recevoir un enregistrement audio d’une de leurs conversations privées, enregistrée à leur insu par leur enceinte Echo branchée à leur domicile et qui, ayant captée le nom de ce contact avait compris par erreur qu’il convenait de lui transmettre cet enregistrement.

On imagine déjà les ravages que pourraient faire ce type de diffusion tous azimuts de nos entretiens les plus intimes, y compris les risques d’intrusion par des hackers qui pourront ainsi, en prenant le contrôle de ces enceintes, piloter à distance nos systèmes d’alarme et accéder à nos comptes bancaires pour y passer toutes les commandes de leur choix, sans compter bien entendu les risques en cas de tentation de surveillance par des régimes plus ou moins autoritaires : on n’est plus très loin du moment où l’ambiance glauque du roman de Georges Orwell, 1984, pourrait devenir réalité… Bienvenue dans le monde ultra-connecté de Big Brother !

L. V.

Carnoux : le château de mon maire…

24 septembre 2018

Monsieur Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer dans sa bonne ville de Carnoux-en-Provence depuis maintenant 35 ans, dont 17 ans comme maire inamovible, restera sans conteste dans la jeune histoire de cette commune qui vient tout juste de fêter ses 50 ans d’existence, comme le baron qui a su faire édifier le premier château jamais construit dans ce petit vallon provençal dont il a fait son fief, à quelques encablures du Garlaban si cher à l’enfance de Marcel Pagnol.

Le nouvel hôtel de ville de Carnoux avec le futur bâtiment de l’Office de tourisme sur la gauche (photo © CPC)

Un château encore en chantier, certes, et qui risque de coûter un peu plus cher que prévu, mais qui a déjà fière allure, s’étendant tout autour de l’ancien hôtel de ville qui ne date pourtant que de 1970. Bien qu’encore non achevé, le bâtiment est déjà particulièrement imposant. Les hautes parois des façades extérieures renforcent cet aspect de forteresse imprenable, encore accentué par la présence d’un fortin édifié à l’angle de la place Tony Garnier, sous forme de bastion avancé et dont l’architecture rappelle furieusement celle d’un blockhaus fortifié. C’est l’Office de tourisme qui est destiné à prendre ses quartiers dans ce corps de garde, un beau symbole de l’ouverture d’esprit et de l’hospitalité des Carnussiens, toujours prompts à accueillir l’étranger.

Vue du chantier de l’hôtel de ville, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Avec 900 m2 de surface supplémentaire, sur deux étages, la superficie au sol a été fortement augmentée par rapport à l’ancienne mairie qui n’était pourtant pas ridicule pour une commune de moins de 7000 habitants et dont la totalité du foncier disponible est déjà occupée, ce qui rend toute nouvelle urbanisation depuis longtemps impossible.

Les nouveaux bâtiments permettront certes d’accueillir la police municipale et le CCAS, mais on a quand même un peu de mal à imaginer pourquoi il était nécessaire de procéder à une telle extension alors même que la quasi-totalité des compétences communales a désormais été transférée à la métropole et que le nombre d’agents municipaux à loger est particulièrement faible, la commune ayant choisi d’externaliser la quasi-totalité de ses missions.

Vue du chantier de l’hôtel de ville depuis la rue Tony Garnier (photo © CPC)

On aurait cependant bien mauvaise grâce à faire la fine bouche devant ce monument imposant en cours de construction en plein cœur de Carnoux et qui se veut le point d’orgue du projet de rénovation du centre-ville de Carnoux, un programme initié depuis plus de 10 ans désormais et qui montre à quel point une petite commune comme Carnoux peut s’offrir ainsi de somptueux espaces publics en faisant appel pour l’essentiel à la générosité des contribuables d’autres communes.

C’est d’ailleurs un des points qui ont été relevés dans le rapport au vitriol que vient de dresser la Chambre régionale des comptes après avoir procédé à un contrôle de la gestion municipale depuis 2013. Adopté le 24 mai 2018, ce rapport est désormais consultable sur le site de la commune, assorti des réponses du maire en date du 27 juillet 2018. La Chambre régionale des comptes (CRC) y relève notamment que les quelques 15,4 millions d’euros dépensés par la commune entre 2013 et 2016 ont été très largement financés par près de 8 millions d’euros de subventions versés pour l’essentiel par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Une manne de près de 200 € par an et par habitant, totalement inhabituelle aux yeux de la CRC qui constate que les subventions d’investissement pour des communes comparables ne dépassent pas en moyenne 58 € par an et par habitant.

Le patio du nouvel hôtel de ville en travaux, le 22 septembre 2018 (photo © CPC)

Les Carnussiens ne remercieront donc jamais assez les autres contribuables d’Aubagne ou de Marseille qui acceptent bien volontiers de se serrer la ceinture et de laisser leurs propres établissements publics tomber en ruine, pour permettre à la commune de Carnoux de rénover et d’embellir à grands frais son cadre de vie. Il suffit d’ailleurs de comparer l’état des infrastructures scolaires pour constater à quel point les habitants de Carnoux sont bien servis, ce qui explique au passage pourquoi, comme l’a relevé avec étonnement la CRC, la ville de Carnoux accueille dans ses établissements autant d’élèves venant des communes voisines.

Et bien entendu, on ne louera jamais assez l’habileté de notre maire bienaimé qui est devenu le champion toutes catégories des demandes de subventions auprès du Département qui ne sait rien lui refuser. La quasi-totalité des délibérations prises en conseil municipal tournent d’ailleurs autour de ce sujet central. Une belle illustration en est donnée par le dernier compte-rendu en date du 26 juillet 2018, qui fait état de pas moins de 6 délibérations de ce type pour réclamer au Département de subventionner à hauteur de 60 à 70 % pour 1,6 millions de nouveaux travaux dans le cadre de l’enfouissement des réseaux aériens.

L’ancien hôtel de ville de Carnoux ceinturé par les nouveaux bâtiments en construction (photo © CPC)

Comme l’explique crûment le maire, selon les termes du compte-rendu officiel, « la collectivité a décidé de taper un grand coup dans l’enfouissement des réseaux aériens et de l’éclairage public avant que l’éclairage public ne passe de compétence métropolitaine, ce qui devrait avoir lieu en 2020 » car « il n’est pas certain que la collectivité obtienne des subventions en 2020 puisque le département doit fusionner avec la métropole. De plus, il n’est pas certain que la métropole, avec l’ampleur des travaux à entreprendre pour les différentes communes, vote 1 600 000 € de travaux. Il faut donc anticiper ». En d’autres termes, il faut en profiter tant qu’on peut siphonner les caisses du Département parce que Martine Vassal est en campagne et peut allégrement arroser tous ses soutiens car lorsqu’elle prendra les rênes de la Métropole après la disparition programmée du Conseil départemental, il faudra nécessairement partager le gâteau avec les maires des autres communes. C’est donc la course contre la montre pour dépenser tout ce qui peut l’être, quitte à prévoir un peu large pour le nouvel hôtel de ville dont les horaires d’ouverture au public ont pourtant été encore réduits…

L. V. 

 

Monsieur le Maire tient à préciser…

En réaction à cet article, Monsieur le Maire de Carnoux a immédiatement écrit au Président du Cercle progressiste carnussien pour justifier son action et c’est bien sûr avec grand plaisir que nous publions ses observations qui ne sont en rien contradictoires avec ce que nous avions noté, sinon sur des points pour lesquels notre analyse a manifestement été lue un peu rapidement car il n’y a jamais été écrit que les nouveaux locaux n’étaient pas destinés à accueillir des services externalisés, ni bien entendu que les élèves des communes voisines sont accueillis sans contrepartie financière… On a donc un peu de mal à discerner où se situe « l’inexactitude du propos ». En tout cas, que le maire se rassure, il n’y avait nulle méchanceté dans notre analyse qui ne reflète que les interrogations d’un citoyen curieux de la manière dont sont gérées les affaires publiques dans sa commune !

Monsieur le Président,

Il m’a été « conseillé » de lire l’excellent article du courageusement nommé LV paru sur votre blog sous le titre « le château de mon maire… »

Je dois dire que je n’ai pas été surpris par le ton, la méchanceté et surtout l’inexactitude du propos.

Dans un premier temps je n’ai pas jugé utile de répondre puis à la réflexion j’ai estimé que je me devais de rectifier et de préciser certains points.

  • La surface de l’extension mairie n’est pas faite pour accueillir des services externalisés, mais pour donner de meilleures conditions de travail aux agents et pour offrir des locaux plus fonctionnels à la police municipale et au CCAS comme vous le dites mais aussi au service des sports et à la PMI.
  • Vous parlez du rapport au « vitriol » de la chambre régionale des comptes. C’est une affirmation gratuite. Beaucoup de communes souhaiteraient avoir le même puisque la qualité de notre gestion est reconnue.
  • Les investissements de la commune, certes importants pour sa taille, sont aidés financièrement par le Département mais aussi par la Métropole comme toutes les communes semblables à la nôtre. Vous aurez bien entendu remarqué que notre autofinancement est conséquent grâce à une gestion « responsable » et maitrisée.
  • Les élèves trop nombreux à votre sens que nous recevons de l’extérieur sont ceux qui résident à Carpiagne et qui relèvent des communes de Marseille et d’Aubagne. Pour votre information, une participation financière est versée par chacune d’elle pour chaque élève scolarisé dans notre groupe scolaire Frédéric Mistral, dans le cadre d’une convention établie il y a près de 20 ans !

Certains se réjouissent d’avoir une commune qui se modernise et s’embellit, sans endettement et sans hausse de la pression fiscale, d’autres comme vous trouvent le moyen avec un humour douteux et sans discernement de s’adonner à la critique systématique ! Ce qui est excessif n’est pas crédible..

Je n’ai certes pas la prétention de tout bien faire mais soyez assuré que dans mon action, je n’ai qu’un objectif, l’intérêt de notre ville et de ses concitoyens.

Je vous remercie d’insérer dans votre blog ce courriel en vertu de mon droit de réponse.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées .

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

 

 

L’évêque, les coquelicots et Charlie Hebdo…

12 septembre 2018

Monseigneur Marc Stenger, évêque de Troyes (extrait vidéo © KTO)

Au premier abord, l’association d’idée paraît un peu saugrenue. Il n’est pas si courant qu’un prélat, en l’occurrence Marc Stenger, évêque de Troyes depuis 1999, soutienne une initiative du journal satirique Charlie Hebdo, dont les positions anticléricales ne font généralement guère dans la nuance. Mais l’évêque de Troyes s’intéresse non seulement à la spiritualité mais aussi à l’avenir de notre monde ici-bas, lui qui a dirigé la rédaction d’un ouvrage collectif préfacé par Nicolas Hulot et publié en 2005 sous le titre « Planète vie, planète mort : l’heure des choix ».

Et Monseigneur l’évêque s’inquiète de l’usage immodéré que les agriculteurs, pauvres pêcheurs, font des produits phytosanitaires, au point de faire partie des tous premiers signataires d’un appel lancé par le journaliste de Charlie Hebdo, Fabrice Nicolino : Stop aux pesticides, nous voulons des coquelicots !

L’appel est paru aujourd’hui, mercredi 12 septembre, dans un numéro spécial du journal satirique entièrement consacré aux pesticides. C’est dire à quel point Fabrice Nicolino, qui avait été gravement blessé lors de l’attaque de Charlie Hebdo par un commando de fanatiques islamistes le 7 janvier 2015, est animé par son sujet au point d’embarquer toute la rédaction dans son sillage.

Il n’est d’ailleurs pas un novice en la matière puisqu’il avait publié en 2007, avec François Veillerette, directeur de l’ONG Générations futures, un ouvrage très documenté et qui avait eu un certain retentissement sous le titre Pesticides, révélations sur un scandale français (éditions Fayard).

Seulement voilà, 10 ans plus tard, force est de constater que rien n’a changé et que la situation s’aggrave. Après la farce du Grenelle et l’annonce à grands sons de trompettes du plan Ecophyto qui devait, juré craché, réduire de 50 % la consommation de pesticides en France d’ici 2018, voilà qu’on constate piteusement que, non seulement les volumes de pesticides utilisés n’ont pas baissé mais qu’ils ont même augmenté de 22 % ! Et quand il est question de réduire progressivement le recours au glyphosate que toutes les expertises indépendantes s’accordent à considérer comme cancérigène pour l’homme et hautement déstabilisateur pour la biodiversité, les agriculteurs, ministre en tête, viennent expliquer doctement que cela n’est tout simplement pas envisageable…

Fabrice Nicolino, le 25 septembre 2015 (photo © Joël Saget / AFP)

Alors fin 2017, le tenace Fabrice Nicolino, qui anime par ailleurs un blog dénommé Planète sans visa, convainc toute la rédaction de Charlie Hebdo de s’intéresser à la question des pesticides. Et pour cela, rien ne vaut l’approche expérimentale. Quinze journalistes de l’équipe, Riss en tête, donnent de leur personne en offrant à la science 100 mg de leur chevelure. L’histoire ne dit pas si Nicolino, dont le crâne est lisse comme un caillou, a participé à la manip, mais toujours est-il que les résultats d’analyse sont édifiants : les cheveux contiennent tous entre 35 et 50 substances chimiques différentes (sur 140 recherchées) issues de pesticides, dont certains, tels le lindane, sont désormais interdits en France depuis maintenant 20 ans…

La couverture du dernier numéro de Charlie Hebdo (12 septembre 2018)

Le constat est donc sans appel : nous allons finir par tous mourir de cet usage immodéré et irresponsable des pesticides, et pas seulement les agriculteurs eux-mêmes, à l’image de Fabian Tomasi, cet ex-ouvrier agricole argentin qui travaillait dans sa jeunesse à l’épandage de pesticides et qui est décédé cette semaine à 53 ans, atteint de polyneuropathie toxique grave, lui qui militait ardemment pour un arrêt de l’utilisation de ces produits qui font des ravages.

C’est précisément l’interdiction totale de la plupart de ces pesticides que réclame l’appel lancé par Fabrice Nicolino et déjà relayé par de nombreuses personnalités dont l’animateur Laurent Baffie, la chanteuse Emily Loizeau, qui prépare une chanson sur ce thème, Didier Robiliard, président de l’association France-Parkinson, le sénateur écologiste breton Joël Labbé, très en pointe dans le combat contre les pesticides, ou encore le docteur Pierre-Michel Périnaud, président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides (ALMP), forte de 1 200 membres.

Le texte en lui-même, bien que très bref, est percutant : « Nous ne reconnaissons plus notre pays ; la nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans, la moitié des papillons en vingt ans ; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards. Les grenouilles et les sauterelles sont comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde ! ».

Les coquelicots, tableau de Claude Monet (1873), conservé au Musée d’Orsay

Au-delà de ce numéro spécial de Charlie Hebdo, la campagne qui se lance et qui vise plusieurs millions de signatures devrait s’appuyer sur un site internet en cours de finalisation et un petit livret pédagogique en forme de plaidoyer, coécrit comme le précédent par Fabrice Nicolino et François Veillerette, et publié aux éditions Les liens qui libèrent sous ce titre « Nous voulons des coquelicots ». Une cocarde en tissu symbolisant ce fameux coquelicot, autrefois omniprésent dans nos campagnes, pourrait bientôt orner le revers de plus d’un citoyen, à l’image de la petite main jaune de Touche pas à mon pote des années 1980.

Nul doute en tout cas que les médias, ne manqueront pas de se faire l’écho de ce mouvement citoyen qui n’est pas le premier de son genre sur un tel sujet mais qui contribuera peut-être à éveiller enfin les consciences face à un danger d’une telle ampleur…

L.V. 

Les étranges sculptures de Subodh Gupta et ses pots au lait…

10 septembre 2018

Affiche de l’exposition avec l’œuvre intitulé Very Hungry God réalisée en 2006 par Subodh Gupta

Le 26 août 2018 vient tout juste de s’achever, à l’Hôtel de la Monnaie, à Paris, ce qui restera comme la première rétrospective en France de l’artiste indien Subodh Gupta. Cet artiste plasticien touche à tout, né en 1964 dans l’État déshérité du Bihar, au nord de l’Inde, a réussi en effet à se faire connaître dans le monde entier tant pour ses performances artistiques que pour ses vidéos ou ses sculptures dont une des marques de fabrique est l’utilisation d’ustensiles de cuisine métalliques, casseroles en aluminium ou pots au lait en inox…

Une de ses œuvres les plus connues est d’ailleurs son crâne géant de 6 m de haut, au nom évocateur de « Very Hungry God », que l’on pourrait traduire par « Dieu insatiable », constitué d’un assemblage hétéroclite de centaines d’instruments de cuisine en inox et en aluminium, soudés les uns aux autres. Exposée pour la première fois en 2006 dans l’église Saint-Bernard à Paris, alors occupée par un collectif de sans-papiers réclamant leur régularisation, la sculpture aussi monumentale que spectaculaire, a ensuite été racheté par la fondation de François Pinault et est, depuis, habituellement exposée devant le Palais Grassi à Venise.

God Hungry, exposée à l’église Sainte Marie-Madeleine, à Lille en 2006

Une autre de ces œuvres monumentales d’inspiration comparable, et intitulée, comme en écho à la précédente, God Hungry avait d’ailleurs été créée également en 2006 et exposée sous la coupole de l’église Sainte Marie-Madeleine à Lille, dans le cadre du festival Bombaysers. Jaillissant de la paroi sous forme de trois gigantesques cascades constituées d’un amoncellement de brocs et casseroles en inox, cette forme étrange et d’apparence incongrue était supposée faire écho au terrible tsunami qui avait ravagé les côtes de l’Océan indien le 26 décembre 2004, causant la disparition d’au moins 250 000 personnes entre l’Inde, Sri Lanka, la Thaïlande ou l’Indonésie.

« Two cows », œuvre de Subodh Gupta, exposée à l’Hôtel de la Monnaie (photo © Photo Éric Simon)

Cette utilisation d’instruments de cuisine et d’objets de la vie quotidienne indienne est très caractéristique de l’œuvre de ce plasticien déroutant comme le montre la diversité de ce qui était exposé cet été à l’Hôtel de la Monnaie : simple pâte à pain posée sur une table en bois rustique, amoncellement hétéroclite de théières et de brocs, pirogue croulant sous les jarres destinées à stocker l’eau quotidienne, porte dorée, miroirs déformant, chariot porte-bagages ou vélos rutilants chargé de bidons à lait.

Même le gigantesque arbre banian en acier inoxydable au feuillage et aux fruits constitué d’ustensiles de cuisine était présent dans la cour de l’Hôtel de la Monnaie. Intitulé « Dada » qui signifie grand-père en Hindi, cette sculpture monumentale, conservée habituellement à la National Gallery of Modern Art, à New Delhi, symbolise assez naturellement l’héritage indien profondément ancré dans une tradition séculaire, mais aussi toute la richesse et la solidité des liens familiaux, si importants dans la culture indienne.

Sculpture Dada exposée en 2014 à la National Gallery of Modern Art de Delhi

Mais le nom de cette œuvre aussi emblématique que surréaliste fait aussi bien évidemment référence au dadaïsme qui imprègne largement l’inspiration de ce plasticien indien étonnant. Le bronze noir représentant une Joconde moustachue, créé en 2010 par Subodh Gupta et intitulé « Et tu, Duchamp ? » est ainsi une référence évidente à Marcel Duchamp qui avait osé pastiché en 1919 le célèbre tableau de Léonard de Vinci en affublant Mona Lisa d’une belle paire de bacchantes et en intitulant gaillardement son tableau du titre aussi sonore que suggestif : « L.H.O.O.Q. ».

A Gauche : L.H.O.O.G de Marcel Duchamp, 1919. A Droite : Et Tu, Duchamp ? de Subodh Gupta, 2010 (source : artwiki)

De quoi rassurer ceux qui craindraient que l’art moderne, désormais largement dominé par les lois de la spéculation universelle, ne perde de son côté irrévérencieux et iconoclaste qui fait parfois son charme…

L. V. 

Japon : l’été meurtrier…

8 septembre 2018

En 2018, comme d’ailleurs en 2017, la Terre a encore battu des records de chaleurs. En France, ces deux étés successifs se classent d’ailleurs comme les deux les plus chauds jamais enregistrés, avec du 1er juin au 31 août 2018, une température journalière moyenne supérieure de 3,2 °C par rapport aux normales saisonnières, de quoi peut-être convaincre, s’il en reste, les derniers climato-sceptiques quant à la réalité du réchauffement climatique global…

Dans l’Ouest américain, où de gigantesques incendies de forêts, une fois de plus, ont semé la mort et la désolation, on a enregistré la température record de 52,9 °C le 27 juillet 2018 dans la Vallée de la Mort qui n’a sans doute jamais aussi bien porté son nom. Même au Québec, une petite semaine de canicule, début juillet, a fait pas moins de 70 morts !

Le Japon quant à lui, a été particulièrement touché par cette vague de chaleur intense qui a sévi dans le pays entre avril et août. Des records de température y ont été atteints, le thermomètre étant monté jusqu’à 41,1 °C le 23 juillet dans la ville de Kumagaya. Ce sont pas moins de 125 morts dus à cette canicule qui ont été dénombrés dans le pays, dont une centaine pour la seule ville de Tokyo où on a même vu la nourriture factice exposée dans les vitrines des restaurants se liquéfier du fait de la chaleur.

Voitures piégées dans la boue après les inondations à Saka, le 8 juillet 2018 (photo © Martin Bureau / AFP)

Mais ce n’est pas tout puisque cette vague de chaleur meurtrière est elle-même venue s’intercaler entre deux épisodes de pluies exceptionnelles qui ont fait de gros dégâts dans le pays. Le 8 juillet 2018, selon Le Monde, le premier ministre japonais déclarait ainsi à l’issue d’une réunion de crise après 4 jours de pluies torrentielles qui s’étaient abattues sur plusieurs régions du pays : « Les secours, le sauvetage de vies et les évacuations sont une course contre la montre ».

Plus de 100 000 personnes avaient dû être évacuées en catastrophe, environ 75 000 secouristes mobilisés en toute urgence et au moins 220 morts ont été dénombrés, emportés par les flots boueux ou ensevelis sous leur maison effondrée sous l’effet du ruissellement torrentiel ou de multiples glissements de terrain.

Maison effondrée à Kumano en bord de cours d’eau, le 9 juillet 2018 (photo © Martin Bureau / AFP)

Un terrible bilan humain et matériel donc pour un pays, certes particulièrement exposé aux risques naturels, mais dont les constructions, souvent en bois et implantées dans des secteurs au relief accidenté, se sont révélées finalement assez vulnérables, malgré une forte culture de la prévention du risque.

Et ce n’est pas fini puisque, sitôt la vague de canicule terminée, le Japon a essuyé un des plus terribles cyclones de son histoire, sans précédent depuis 25 ans, le typhon Jebi, qui a ravagé l’île de Honshu le 4 septembre 2018, avec des vents soufflant jusqu’à plus de 220 km/h en rafale. Ce n’était que la 21ème  tempête tropicale de la saison, mais celle-ci n’a pas fait dans le détail, obligeant les autorités à lancer des ordres d’évacuation à l’attention de plus de 300 000 habitants.

Un camion renversé par le vent sur le pont de Seto-Ohashi, entre les îles japonaises de Honshu et Shikoku, le 4 septembre 2018 (photo © Jiji Press / Kagawa Prefectural Police / AFP)

Les vidéos disponibles sont particulièrement spectaculaires, montrant des véhicules soufflés comme des fétus de paille. Plus de 1,2 millions de foyers ont été privés d’électricité, 650 vols ont dû être annulés et au moins 11 personnes ont péri durant cet événement qui a fait de très nombreux blessés et de gros dégâts matériels. Un pétrolier est ainsi venu s’encastrer dans le pont reliant l’aéroport international de Kansai qui est lui-même fortement endommagé et a dû être provisoirement fermé.

Tanker encastré contre le pont reliant Kansai International Airport à la terre ferme, à la suite du typhon Jebi (photo © Yasufumi Nagao / AP / SIPA)

Et 48 heures seulement après ce terrible coup du sort, l’île d’Hokkaido, au nord du Japon, était à son tour victime d’un terrible séisme, provoquant de multiples glissements de terrain, causant la mort d’au moins 9 personnes et en blessant 300 autres.

Nombreux glissements de terrain provoqués par le séisme le 6 septembre 2019, à Atsuma sur l’île d’Hokkaïdo (photo © JIJI PRESS / AFP)

Un bilan relativement modeste au vu de la violence de l’événement, ce qui confirme une nouvelle fois la bonne préparation de ce pays face au risque sismique, même si chacun a encore en tête les images terribles du tremblement de terre de 2011 qui avait fait environ 18 000 victimes, 80 % d’entre elles étant décédées non pas des effets directs du mouvement sismique mais du fait du tsunami qui avait ensuite ravagé les côtes nippones, mettant à mal au passage les installations de la centrale nucléaire de Fukushima.

En tout cas, avec une telle succession de catastrophes naturelles en un laps de temps aussi court, le Japon confirme s’il en était besoin son exposition particulièrement élevée face aux risques naturels. L’institut pour l’environnement et la sécurité humaine des Nations unies (UNU-EHS), qui publie chaque année son palmarès selon un indice d’exposition aux catastrophes naturelles, classe d’ailleurs ce pays parmi les plus exposés, derrière les Philippines, le Bengladesh ou le Guatemala… Depuis l’an dernier, outre la canicule, le séisme, l’inondation et le typhon de cet été, le Japon a ainsi subi 4 autres catastrophes naturelles majeures enregistrées par le Centre for Research on the Epidemiology of Disasters : qui dit mieux ?

L. V.

Écologie politique : les chasseurs sortent du bois…

3 septembre 2018

Les chasseurs français peuvent être fiers de leur tout récent tableau de chasse. Avant même l’ouverture de la saison, voilà qu’ils ont ramené dans leur escarcelle un gros gibier plutôt rare, en la personne du Ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot en personne.

Nicolas Hulot, martyr de la cause écologique, en une de Marianne

Certes, sa démission en direct au micro de France-Inter, le mardi 28 août aux aurores, n’est que l’aboutissement d’un vrai chemin de croix pour cet écologiste convaincu qui a perdu, en quinze mois passés au gouvernement, à peu près tous ses arbitrages, et pas seulement vis-à-vis des chasseurs. L’écologie politique vient d’hériter d’un nouveau martyr de la cause, qui a fini par succomber sous les assauts des lobbyistes de toute sorte, du nucléaire comme de l’agriculture, tel Saint-Sébastien percé de multiples flèches, ainsi que s’est amusé à le représenter le magazine Marianne à sa une…

Il n’en reste pas moins que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et l’a conduit à jeter l’éponge, c’est bien cette fameuse réunion interministérielle de la veille, à laquelle il avait eu la très désagréable surprise de se retrouver en présence de Thierry Coste, le lobbyiste en chef de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Emmanuel Macron ayant même l’outrecuidance de faire semblant de se demander lui-même comment ce monsieur avait bien pu entrer…

Le lobbyiste Thierry Coste (à gauche) et le président de la FNC, Willy Schraen, après un rendez-vous à l’Elysée, le 15 février 2018 (photo © Gonzalo Fuentes / Reuters)

Le résultat de cette réunion en tout cas est que Nicolas Hulot a dû, sur ce dossier comme sur quasiment tous les précédents, avaler une nouvelle couleuvre, en l’occurrence une division par deux du prix du permis de chasse et une ouverture béante pour élargir la liste des espèces susceptibles d’être chassées. Une véritable victoire par KO pour les chasseurs qui sont à l’Elysée comme chez eux depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, lequel a bien perçu le poids électoral des chasseurs qui se revendiquent plus de 1,1 million en France.

Du coup, ces derniers ne se sentent plus de joie et ont lancé, ce même 27 août 2018, une vaste campagne de communication en leur honneur. Comme le dit sans détour Willy Schraen, le Président de la FNC, le temps de la discrétion n’est plus de mise pour les chasseurs qui, pour cette campagne publicitaire tous azimuts se présentent ni plus ni moins comme « Les premiers écologistes de France » !

Ainsi que l’analyse finement un article du Monde, c’est une véritable révolution culturelle pour les chasseurs, souvent moqués pour leur instinct grégaire, leurs idées conservatrices, leur comportement arrogant et leur absence de compassion pour la souffrance animale, à l’image du personnage caricatural du Beauf de Cabu. Mais Cabu est mort, tombé sous les balles d’islamistes enragés, et l’écologie politique est elle-même bien mal en point…

Le Beauf de Cabu, chasseur invétéré…

Les associations de défense de l’environnement tentent bien, de leur côté, de mobiliser les consciences via leurs propres campagnes de sensibilisation, n’hésitant pas à culpabiliser chacun pour faire évoluer les comportements au quotidien, dans l’espoir de toucher un plus large public en alertant sur les enjeux liés à la détérioration de notre environnement naturel.

Campagne de sensibilisation de l’ONG Gestes propres, alertant sur la responsabilité de chacun quant aux déchets jetés dans la nature

Mais les chasseurs se placent, eux, sur un tout autre registre, n’hésitant pas à tourner le dos aux réalités les plus évidentes dans la dizaine de spot radio qu’ils ont élaborés et dont ils saturent les ondes, ainsi que dans leur vidéo qui, au travers de somptueuses photos de paysages naturels au soleil couchant, réalise l’exploit de ne pas montrer un seul fusil ni bien évidemment la moindre scène de chasse, à croire que les chasseurs ne se préoccupent plus, désormais, que d’investigations scientifiques et d’opérations de génie écologique…

Voilà bien en effet un tournant majeur en termes de positionnement du lobby de la chasse. Fini le temps de l’engagement politique au sein de Chasse, pêche, nature et tradition, le parti politique rural et ultra-conservateur, créé en 1989 en réaction au lancement des mouvements de l’écologie politique, mais désormais en perdition dans les sondages.

En 1998, les chasseurs se mobilisaient en masse pour manifester contre les directives européennes encadrant la chasse des oiseaux migrateurs et instaurant les zones protégées Natura 2000. Désormais, certaines fédérations départementales de chasse et associations cynégétiques n’hésitent plus à s’investir dans la gestion même de ces zones Natura 2000 et dans des actions d’aménagement du milieu naturel, qu’elles mettent ainsi en avant à l’occasion de cette campagne publicitaire sans précédent.

Un extrait de la vidéo de promotion de la FNC

De là à laisser croire que les chasseurs sont les premiers écologistes de France, le pas est peut-être un peu trop rapidement franchi. Lutter contre les espèces invasives ou contribuer à la restauration de zones humides, comme le revendique fièrement la FNC, participe effectivement de la préservation d’un milieu naturel menacé. Pour autant, si les chasseurs mobilisent autant de bénévoles, et pas seulement pour chasser, c’est d’abord dans l’intérêt du développement de leur activité cynégétique. Piéger certaines espèces jugées nuisibles, relâcher des faisans d’élevage la veille de l’ouverture ou clôturer des zones de chasse pour en privatiser l’usage et faire en sorte que les animaux ne puissent s’en échapper, ceci relève effectivement d’actions qui servent les intérêts des chasseurs, mais pas nécessairement ceux du milieu naturel.

Revendiquer, comme le fait la FNC, une expertise reconnue pour procéder au suivi et à la gestion des populations animales, via ses propres « organismes scientifiques » permet d’une part d’accéder à des subventions pour réaliser soi-même ces opérations, tout en maîtrisant directement les chiffres, même si ces derniers sont souvent contestés par d’autres opérateurs. Les chasseurs sont décidément en passe de réussir un joli coup politique en se plaçant ainsi au centre du jeu et de la communication : chapeau les artistes !

L.V. 

Déraillement de TGV à Marseille : on a peut-être frôlé la catastrophe…

25 août 2018

Vendredi 24 août, je prends le TGV pour Marseille, départ 14h37 de Paris Gare de Lyon. On est en période de vacances et la ligne est prise d’assaut comme tous les vendredis. Il s’agit d’une rame double de TGV à deux étages, soit plus de 1000 voyageurs à faire écouler en quelques dizaines de minutes à travers les portiques de sécurité qui permettent de contrôler les billets à l’embarquement.

Affluence au départ, Gare de Lyon (source : blog Olivier Razemon)

Malgré la cohorte d’agents SNCF mobilisés pour aider les voyageurs à retrouver leur billet électronique sur leur téléphone portable, ça bloque et l’on envisage déjà de tout ouvrir pour laisser passer le flot de voyageurs sans contrôle plutôt que de retarder le départ du train : les dispositifs de sécurité montrent une fois de plus leurs limites et leurs inconvénients…

Je suis en voiture 7, en tête de la rame de queue : une rame flambant neuf en livrée vermillon, c’est-à-dire grise avec les portes rouges. Le train est bondé mais, comme souvent sur cette ligne, la plupart des voyageurs descendent à Avignon et à Aix-en-Provence. L’arrivée en gare de Marseille Saint-Charles est annoncée à 18h pile. Et pour une fois, Ô miracle, on arrive à l’entrée de la gare juste au moment prévu, une minute avant l’heure d’arrivée programmée. On commence à apercevoir les immeubles qui bordent les voies à l’entrée de la gare et le train roule maintenant à faible vitesse. Certains voyageurs commencent à rassembler leurs affaires.

Brusquement, le train se met à vibrer dans tous les sens. Je m’agrippe à mon ordinateur portable qui tressaute sur la tablette devant moi et menace de glisser à terre. Les mouvements du train sont de plus en plus violents. On se croirait dans une voiture dont les pneus ont éclaté et qui roule sur les jantes. On entend des chocs sous la caisse, sans doute des pierres du ballast qui la heurtent violemment. Mes dossiers posés sur le siège à côté de moi valsent directement à terre. Manifestement le conducteur a dû actionner les freins mais, même à 30 km/h, un TGV ne s’arrête pas instantanément et il poursuit sa course folle de plus en plus hoqueteuse.

Le TGV est à côté de ses rails… (photo © CGT cheminots SMR / Provence News)

Difficile d’évaluer combien de temps cela a duré, sans doute pas plus de 30 à 40 secondes, mais qui paraissent quand même assez longues… Finalement le train commence enfin à perdre de la vitesse et finit par s’immobiliser sur les voies. Depuis la fenêtre, on voit qu’on est presque arrivé à l’extrémité des quais de la gare. Tout le monde se regarde, un peu choqué. Certains ont pensé à un tremblement de terre mais l’hypothèse d’un déraillement me parait d’emblée évidente tant l’impression était nette d’avoir roulé en dehors des rails directement sur les traverses en béton et le ballast de la voie.

Depuis l’intérieur de la voiture, il est impossible de se repérer par rapport aux rails des voies adjacentes. Dès le train immobilisé, la voie de la contrôleuse se fait entendre. Au lieu du traditionnel message mille fois entendu nous informant que « le train est arrêté en pleine voie. Pour votre sécurité, ne tentez-pas l’ouverture des portes », elle nous informe curieusement qu’un voyageur a actionné le signal d’alarme et que c’est la raison pour laquelle notre train s’est arrêté, mais qu’il repartira dans les prochaines minutes.

Les quelques voyageurs encore présents dans la voiture échangent des regards interloqués et plutôt dubitatifs. La violence des chocs ressentis avant que le train ne parvienne à stopper ne s’accorde pas vraiment avec un coup de frein même brutal consécutif à un impératif de sécurité… Quelques minutes plus tard, nous voyons passer devant la fenêtre, un petit groupe de voyageurs qui longent la voie en se dirigeant tranquillement vers la gare. Ils ont manifestement réussi à ouvrir une porte dans une voiture située plus à l’arrière et marchent jusqu’au quai, malgré la réprobation de quelques agents SNCF accourus entre temps.

La rame de queue du TGV 6145 après évacuation des passagers (extrait video © LCI)

Du coup, je récupère mes affaires et passe dans la voiture 8, celle qui est en tête de la rame. Plusieurs personnes sont massées devant la porte du bas, leurs valises à la main. La porte donne à quelques mètres seulement de l’extrémité du quai et sortir du train à cet endroit ne présente aucun danger, mais la portière reste obstinément fermée. Chacun cherche comment entrer en communication avec les agents de contrôle à bord du train pour leur demander d’ouvrir les portes. Une dame commence à composer le numéro de téléphone d’urgence pour réclamer que l’on vienne nous ouvrir, prétextant qu’elle est claustrophobe et que sa voisine vient de tomber brusquement enceinte…

De quoi détendre en effet l’atmosphère, juste au moment où un agent SNCF vient nous rejoindre, nous confirmant que le train a bel et bien déraillé et qu’on devrait effectivement finir par évacuer la rame. Il nous explique que notre voiture qui était en tête est restée assez proche des rails, guidée par la rame de tête qui, elle, n’a pas bougé, mais que les wagons en queue de train sont très largement sortis de la voie. Il suppose que c’est un aiguillage qui a été actionné au mauvais moment, juste quand la rame passait dessus. Pas très rassurant, même si sa collègue, qui le rejoint peu après, un peu pâle, nous assure qu’elle n’a jamais vu cela depuis 21 ans qu’elle fait le parcours.

La rame d’essai Paris-Strasbourg après son accident le 14novembre 2015 (photo © MaxPPP)

De fait, les déraillements de TGV ne semblent pas si fréquents même si la réputation de ce moyen de transport a fortement pâti de l’accident survenu le 14 novembre 2015 à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg, lorsqu’une rame TGV qui faisait des essais d’homologation en survitesse, avait brutalement déraillé à plus de 360 km/h avant de finir sa course folle au fond d’un canal, causant la mort de 11 personnes et faisant 21 blessés graves.

En novembre 2017, une rame de TGV avait déjà déraillé à l’occasion d’une manœuvre, avant même la mise en service de la ligne, un incident sans gravité mais qui avait déclenché des moqueries ironiques sur les réseaux sociaux. En décembre 1993, en revanche, l’alerte avait été nettement plus sérieuse lorsqu’une rame de TGV se rendant de Valenciennes à Paris avait déraillé à plus de 300 km/h peu après la gare des betteraves de Chaulnes. Le train avait alors labouré la voie pendant plus de 2 km avant de parvenir à s’immobiliser mais sans se coucher et sans heurter les pylônes latéraux, si bien que tous les voyageurs s’en étaient sorties indemnes, à l’exception de quelques blessés légers.

A Marseille, vendredi soir, l’incident a été certainement bien moins spectaculaire et aucun blessé n’a été signalé. On constate néanmoins en descendant du train, lorsque les portes s’ouvrent enfin, que les wagons de queue sont nettement en portefeuille et sont complètement sortis de la voie, empiétant même sur celle d’à côté.

Les dernières voitures de queue du TGV qui a déraillé à l’entrée de la gare de Marseille, vendredi 24 août 2018 (photo © Valérie Vrel / MaxPPP pour France TV Infos)

Je me dirige vers les autres voies pour essayer de prendre une correspondance vers Aubagne. Cela tombe bien, le train de 18h02 est encore à quai mais sans indication sur son heure de départ éventuelle. En bavardant avec le contrôleur, j’apprends qu’on a peut-être frôlé la catastrophe car le train de 17h58, en partance pour Nice, qui venait juste de démarrer quand le déraillement s’est produit et qu’on voit désormais arrêté, peu après la sortie de la gare, est passé juste à côté de mon TGV. A quelques secondes près, il aurait pu être heurté par les rames de queue du TGV qui étaient complètement sorties de leurs rails…

Du coup, tout le trafic est paralysé dans la gare où les voyageurs s’agglutinent sur les quais dans l’attente d’hypothétiques informations. A 18h45, le conducteur nous annonce laconiquement que notre train, qui attend depuis maintenant 45 mn, est finalement supprimé, avant de descendre de sa machine, son sac à la main, en quête d’un taxi pour rentrer chez lui…L’affaire s’annonce mal, et je quitte moi-aussi la gare, en métro, à la recherche d’un moyen de transport alternatif. Le train a ses avantages, mais quand ça veut pas, mieux vaut ne pas insister…

L.V. 

Peas & love : envie de pois, besoin de toit…

23 août 2018

« Il faudrait construire les villes à la campagne : l’air y est plus sain », avait déjà noté finement l’humoriste Alphonse Allais, et sans doute d’autres avant lui. Depuis quelque temps, c’est un autre concept qui est en train de faire fureur et qui consiste plutôt au contraire à implanter les champs dans les villes qui, à défaut d’air sain, présentent l’avantage de regrouper des populations urbaines avides de produits frais à consommer en circuits courts…

Le jardin ouvert sur le toit de l’hôtel Yooma (photo © Peas & Love)

Après les AMAP, les tours végétalisées, les fermes verticales et les jardins partagés au pied des immeubles, voilà que les toits de nos villes deviennent un enjeu pour le développement du maraîchage… Une start-up belge, créée en 2015, s’est ainsi engouffrée sur ce marché florissant. Après s’être fait la main sur les toits de Bruxelles, la société au nom évocateur de Peas & Love vient ainsi de débarquer sur le marché français en ouvrant au public, le 1er mai 2018, son premier jardin potager de 1000 m2, sur le toit de l’hôtel Yooma, dans le 15ème arrondissement de Paris, à proximité de la Maison de la Radio.

Le concept sur lequel s’appuie la jeune pousse est aussi simple qu’astucieux : le jardin, implanté en toit-terrasse, aménagé et cultivé par un ingénieur agronome, en recourant largement aux techniques de culture hydroponique hors-sol, est divisé en 250 parcelles individuelles, lesquelles sont louées à des particuliers pour 38 € par mois, moyennant un engagement d’une durée minimale de 1 an. C’est l’agronome, rebaptisé en jargon start-uper le « Community Farmer », qui entretient l’ensemble des parcelles mais chaque locataire, « Urban farmer » en français dans le texte, peut venir à tout moment, pendant les heures d’ouverture du jardin, sarcler, désherber, récolter, ou simplement regarder pousser les salades sur son petit lopin.

Le technicien en charge du jardin s’occupe lui-même du gros du travail, organise quelques animations pour entretenir la motivation de la clientèle, et dépose dans un panier où chacun peut se servir, les légumes arrivés à maturité et que leur propriétaire n’a pas pris la peine de ramasser. Au menu, plus de 50 variétés de légumes, pois (« peas » en anglais, comme chacun sait) mais aussi salades, tomates, poivrons, aubergines, fraises ou choux (de Bruxelles, cela va de soi). Chaque parcelle individuelle ne fait que 3 m2, ce qui est loin de suffire aux besoins en fruits et légumes d’une famille, surtout à ce prix-là, mais l’objectif est plutôt de répondre aux attentes d’une clientèle urbaine aisée, avide de se ressourcer dans un jardin potager en plein Paris, et qui a ainsi le sentiment de cueillir ses propres légumes sans perdre trop de temps à les faire réellement pousser, tout en se donnant bonne conscience grâce à ce havre de verdure et de biodiversité implanté en cœur de ville et qui contribue à combattre les ilots de chaleur et la pollution chronique de l’air.

L’hôtel Yooma à Paris, dans son environnement très urbain (photo © Fabrice Fouillet)

Un concept qui a le vent en poupe donc puisque la société gère désormais 600 parcelles réparties entre Paris et Bruxelles, annonce fièrement dénombrer 869 personnes inscrites sur liste d’attente, et vient de procéder à une levée de fonds pour 1,2 millions d’euros auprès du fonds d’investissement Otium Brands et de Business Angels.

Le restaurant de l’hôtel Yooma, sur lequel a été implanté le premier de ces jardins parisiens d’altitude, bénéficie quant à lui d’une parcelle de 150 m2 sur laquelle le chef de cuisine vient chaque matin cueillir en direct les herbes aromatiques dont il a besoin. Une récolte gratuite de 10 tonnes de plantes par an pour l’hôtel, en échange de la mise à disposition de sa terrasse pour le projet… Restaurants et hôtels de luxe constituent de fait une cible privilégiée pour les fondateurs de Peas & Love, au même titre que les promoteurs de résidence de standing et que les centres commerciaux. Nul doute que l’on n’a pas fini de voir fleurir de nouveaux jardins de ce type sur les toits de nos villes, du moins dans les quartiers résidentiels les plus aisés…

L.V. 

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

Archéologie : les bienfaits de la sécheresse

19 août 2018

A Londres, des températures anormalement élevés depuis le mois de mai 2018 (photo © John Stillwell / PA Wire)

Le début de l’été a été chaud au Royaume-Uni cette année. Et pas seulement parce que les esprits s’échauffent quant aux modalités de sortie de l’Union européenne… Au point d’ailleurs, comme le relevait le Huffington Post, le 23 juillet dernier, que PaddyPower, l’un des plus grands opérateurs britanniques de paris sportifs, s’interroge : qui de cette interminable vague de chaleur ou de la Première ministre Theresa May, embourbée dans le dossier du Brexit, jettera l’éponge la première ?

Il n’est tombé que moins de 50 mm de pluie en Angleterre entre le 1er juin et le 16 juillet, du jamais vu depuis le début des enregistrements de données météorologiques, et les températures ont atteint des sommets pendant tout le mois de juillet, comme d’ailleurs dans tout le nord de l’Europe.

Un feu de broussailles inhabituel dans l’est londonien, le 15 juillet 2018 (source @MPSCannHall)

On a même vu l’herbe jaunir à Hyde Park, un crime de lèse-majesté, et il a fallu mobiliser plus de 200 pompiers pour venir à bout d’un feu de broussailles tout à fait inhabituel qui a ravagé près de 100 hectares au nord-est de Londres le 15 juillet dernier…

Les agriculteurs britanniques se font des cheveux blancs en voyant leurs cultures sécher sur pied face à une canicule d’une telle ampleur, mais les archéologues, eux se frottent les mains ! Rarement en effet les conditions n’ont été aussi favorables pour observer, depuis le ciel, les « marques de cultures » qui révèlent la présence, au milieu des prés ou des champs, de vestiges historiques même profondément enfouis et indétectables depuis le sol.

D’anciennes fondations, même totalement arasées au fil du temps et recouvertes d’une épaisse couche de limons et de terre végétale, surgissent ainsi du passé car les racines ne peuvent s’y développer aussi profondément qu’alentours, si bien que les plantes y jaunissent plus précocement en cas de conditions climatiques particulièrement sévères. Inversement, d’ancien fossés, depuis bien longtemps remblayés et dont il ne subsiste aucun vestige en surface, offrent à la végétation un surcroit de réserve d’humidité en profondeur, si bien que l’herbe y apparaitra plus verte lors d’une période de sécheresse. Des contrastes parfois très nets sur les photographies aériennes, et qui permettent de mettre en évidence des restes d’aménagements historiques invisibles sinon.

Schéma de principe des marques de culture laissées par la superposition dans le temps d’une ferme gallo-romaine sur le site d’une ancienne implantation de l’âge du fer, entourée d’un fossé circulaire (infographie © Historic England)

Les plus anciens se souviennent avec nostalgie des conditions météorologiques exceptionnelles de l’année 1976 qui avait déjà été marquée par son lot de belles découvertes, ou celles, plus récentes, de l’été 2011, au cours duquel plus de 1500 sites archéologiques avaient ainsi été découverts, principalement dans les terrains argileux de l’Est de l’Angleterre, ainsi que l’explique un responsable d’Historic England, l’organisme public en charge de la conservation du patrimoine historique britannique.

Du coup, les archéologues d’Outre-Manche ont mobilisé tout ce qui vole, bien aidé en cela par le développement des drones qui permettent d’obtenir facilement et à moindre frais des photographies aériennes de bonne qualité. Et les résultats sont à la hauteur des espérances les plus folles !

Vue aérienne des vestiges de cromlech découverts cet été en Irlande (photo © Anthony Murphy / Mythical Ireland / Twitter)

C’est ainsi que le 10 juillet 2018, deux photographes passionnés d’archéologie, Antony Murphy, fondateur du site Mythical Ireland, et Ken Williams, qui anime le blog Shadows & stone, ont mis en lumière, grâce à des survols de drone au-dessus du site de Newgrange, connu pour ses nombreux vestiges préhistoriques dans la région du Brú na Bóinne, à 50 km au nord de Dublin, un immense cromlech inconnu, un ancien cercle de menhirs de près de 200 m de diamètre, datant probablement de l’âge du bronze et totalement invisible au sol, au beau milieu d’un champ de blé. La nouvelle a vite fait le tour du monde, reprise en boucle par de nombreux médias enthousiastes.

Mais les découvertes de ce type se sont multipliés tout au long de l’été. Toujours en Irlande, les vestiges d’une ancienne garnison ont ainsi été identifiés dans un champ, à Magor, dans le sud du pays, tandis que les traces d’une ancienne ferme datant probablement de la préhistoire ont été repérés près de Newport au Pays de Galle. En Angleterre, plusieurs sites funéraires préhistoriques, ainsi que l’emplacement de deux monuments probablement érigés à l’époque néolithique, entre 3600 et 3000 avant JC, ont également été identifiés près de la ville de Milton Keynes, à une centaine de kilomètres au nord de Londres.

Vue aérienne révélant des vestiges préhistoriques de monuments funéraires et de fondations près d’Eynsham, dans l’Oxfordshire (photo © Historic England)

Une douzaine de vestiges d’habitations de forme ronde remontant à l’âge de fer, ainsi que des restes de l’âge de bronze ont aussi été observés en Cornouailles, au sud-ouest de l’Angleterre. Dans le Yorkshire, ce sont des tombes datant de l’âge du fer qui ont ainsi été repérées durant l’été par des survols aériens, tandis que dans le Suffolk, c’est un cimetière préhistorique qui a pu être ainsi retrouvé.

La liste des découvertes archéologiques inédites réalisées durant cet été de folie est longue. Elle intéresse même des périodes historiques plus récentes avec une visualisation très nette de l’aménagement des jardins et de certains bâtiments désormais disparus à Tixall Hall, dans le Staffordshire, une ancienne maison de campagne de la reine Elisabeth, construite en 1555, et de même à Gawthorpe Hall, une autre demeure élisabéthaine située dans le Lancashire.

Traces d’anciens bâtiments détruits à Tixall Hall (photo © Historic England)

Dans le Nottinghamshire, à Clumber Park, ce sont les traces d’un ancien manoir datant du 18ème siècle qui sont apparues alors que le bâtiment avait été entièrement détruit en 1938. Même d’anciens aérodromes datant de la Seconde Guerre mondiale ont été rendus visibles, notamment dans le Hampshire, où l’ancien aérodrome de Lasham, utilisé par la Royal Air Force entre 1942 et 1945, est désormais parfaitement repérable depuis le ciel, tandis que des traces d’anciens abris anti-aériens ont refait surface, notamment à Cambridge.

Pour les archéologues, cette fenêtre de tir très particulière les incite à mettre les bouchées doubles pour survoler le maximum de sites prometteurs pendant que les conditions climatiques sont favorables. Mais il a recommencé à pleuvoir au Royaume uni depuis le 9 août, permettant depuis aux températures caniculaires de revenir à des valeurs plus raisonnables, ce qui pourrait signifier, pour les archéologues, le retour au bureau afin d’exploiter leurs clichés et organiser les chantiers de fouilles qui ne devraient pas manquer de les occuper pour les années à venir…

L.V. 

En Italie, les ponts se ramassent à la pelle…

16 août 2018

Les images spectaculaires de l’effondrement partiel, survenu mardi 14 août 2018, en fin de matinée, du viaduc autoroutier qui traverse la ville de Gênes en Italie, ont de quoi faire frémir… L’accident s’est produit alors que le secteur était soumis à de violents orages et certains témoins parlent d’un coup de foudre qui se serait abattu sur l’un des trois pylônes soutenant le pont, lequel s’est brutalement effondré, faisant basculer dans le vide une trentaine de véhicules qui ont été précipités 45 m plus bas, dans un amoncellement de blocs de béton et de ferrailles.

Le viaduc de Gêne après son effondrement partiel (photo © Antonio Calanni / AP)

Un bilan provisoire faisait état, quelques heures après la catastrophe, de 35 morts tous tombés du pont lors de son effondrement partiel sur 200 m de longueur. Tous n’ont pas eu la chance en effet, comme ce camion vert de la chaîne de supermarchés Basko, de pouvoir s’arrêter, pile avant le point de rupture du pont : son chauffeur en restera probablement traumatisé à vie, même si les photos de son camion, stoppé à quelques mètres seulement du vide béant, ont rapidement fait le tour du monde.

Le camion qui a pu s’arrêter juste à temps… (photo © Cyril Dodergny)

Ce pont autoroutier de l’A10, fréquenté chaque année par plus de 25 millions de véhicules et qui permet de franchir, au nord de Gênes, la vallée de la Polcevera, au-dessus de nombreuses voies ferrées et d’importantes zones industrielles, avait été mis en service en 1967. D’une longueur totale de 1182 m, cet ouvrage construit en béton précontraint et portant le nom de son concepteur, l’ingénieur italien Riccardo Morandi, est un pont à haubans, soutenu par trois pylônes dont le plus haut culmine à 90 m de hauteur.

Le pont Morandi à Gênes et son concepteur, Riccardo Morandi

Sitôt après l’accident, les politiques se sont déchaînés, fustigeant des années d’incurie en matière d’entretien du réseau routier et rugissant que les coupables allaient être sévèrement châtiés. « C’est l’exemple typique d’une carence de la maintenance qui ne devrait pas exister dans un pays civilisé comme l’Italie », a tonné le ministre Cinq Étoiles des infrastructures Danilo Toninelli, ainsi que l’a rapporté Le Figaro, tandis que Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue, affirmait que « la sécurité des Italiens doit passer avant toute préoccupation pour le respect des lignes budgétaires imposées par Bruxelles », comme si la faute de cette catastrophe en incombait à l’Europe…

Il est vrai que les 26 400 km du réseau routier italien, surtout développé dans les années 1960-70, comme son homologue français d’ailleurs, auraient bien besoin de davantage de travaux d’entretien. Comme le soulignaient Les Echos en avril 2017, il faudrait mobiliser pas moins de 2,5 milliards d’euros par an pour en assurer la maintenance et la modernisation, alors même qu’en 2016, les dépenses effectivement engagées n’ont pas excédé 450 millions, et qu’elles étaient plutôt de l’ordre de 180 millions par an sur la période allant de 2007 à 2013 !

De fait, selon le Corriere della Serra, pas moins de 10 ponts routiers en Italie ont connu de sévères déboires depuis 2013, ce qui n’est guère rassurant… Le 18 avril 2017, c’était un pont du périphérique de Fossano, dans le Piémont, mis en service en 2000, qui s’écroulait, peu après l’effondrement, le 10 mars de la même année, d’un autre pont enjambant une autoroute près d’Ancône, entraînant la mort d’un couple d’automobilistes. Le 4 janvier 2015, c’était le viaduc de Scorciavacche, inauguré une semaine plus tôt sur la route reliant Palerme à Catane, en Sicile, qui devait être fermé à la circulation après qu’il se soit affaissé de plus de 50 cm. Et le 6 août 2018, c’est l’explosion spectaculaire d’un camion-citerne de GPL qui a entraîné l’effondrement partiel d’un ouvrage d’art sur la rocade à l’entrée de Bologne, ainsi que l’avait révélé la Dépêche.

Effondrement du pont de Fossano le 18 avril 2017 (photo © Costanza Bono / La Stampa)

En l’occurrence, et pour ce qui concerne le viaduc de Gênes, les informations distillées à ce jour font état plutôt d’un problème de conception. Un chargé de cours à l’Université de Gênes, Antonio Brencich, avait en 2016 largement alerté sur le sujet, considérant que, à la fin des années 1990, ce pont avait déjà coûté, en travaux de maintenance, 80 % du montant de son coût de construction, ce qui excède très largement les ratios généralement observés, et traduit une conception initiale défaillante.

Comme l’explique un article très document du Monde, cet ouvrage a connu dès l’origine des problèmes de planéité du tablier, du fait d’une sous-estimation des effets de retrait du béton. Ce défaut a pu être corrigé pour permettre d’assurer le trafic dans des conditions de confort et de sécurité acceptables, mais il se manifeste également par une micro-fissuration du béton, aggravé par l’effet des vibrations dues au trafic routier et provoquant des infiltrations d’eau qui viennent corroder les armatures, ce qui fragilise toute la structure même de l’ouvrage. Conçu pour durer 100 ans, le pont nécessite en réalité des opérations périodiques de réhabilitation lourde, dont le changement régulièrement des câbles de suspension.

Vestiges du viaduc effondré le 14 août à Gênes (photo © AFP)

Le professeur Brencich rappelle d’ailleurs que la conception assez originale de ce pont, qui se caractérise par des haubans en faible nombre (deux seulement par travée) et réalisés en béton armé précontraint alors que l’on utilise habituellement plutôt des haubans métalliques, n’a guère que deux autres équivalents dans le monde, tous issus du cerveau de Riccardo Morandi.

Le pont General Rafael Urdaneta sur le Maracaibo, conçu par Riccardo Morandi

Le premier, conçu en 1957, avait été construit en 1962 pour enjamber l’embouchure du Maracaibo, à l’ouest du Venezuela. Long de plus de 8,6 km et porté par des pylônes en béton armé culminant à 87 m de hauteur, il s’est partiellement effondré dès avril 1964 à la suite d’une collision malencontreuse avec un pétrolier, accident qui avait fait 5 morts et provoqué la rupture d’une des travées. Un autre pont du même type, encore intact à ce jour (croisons les doigts…) a été construit en 1971, pour enjamber le Wadi el Kuf, en Libye.

Dans le cas du viaduc de Gênes, la société autoroutière Autostrade per l’Italia, filiale du géant Benetton, qui gère l’ouvrage avait récemment lancé un appel d’offres de 20 millions d’euros pour de nouveaux travaux, prévoyant notamment le renforcement des câbles de certaines piles (dont celle qui s’est effondrée mardi) et au moment de l’accident, des travaux de maintenance étaient d’ailleurs en cours. En 2009, devant l’état de détérioration avancé de cet ouvrage, il avait même été sérieusement évoqué l’idée de le démolir au profit d’un nouveau contournement de Gênes par l’Ouest. Un projet qui avait fait l’objet d’une étude approfondie à partir de 2011, mais qui s’était heurté en 2013 à une opposition farouche de nombreux acteurs locaux dénonçant une nouvelle bétonisation.

Selon Les Dernières nouvelles d’Alsace, le 8 avril 2014, le Mouvement Cinq étoiles s’était même fendu d’un communiqué estimant alors que les accusations visant l’état de dégradation du pont Morandi relevaient purement et simplement « du conte de fées ». Un conte de fées qui a malheureusement tourné au cauchemar cette semaine….

L.V. 

Un designer aux idées lumineuses

14 août 2018

Le designer néerlandais Daan Roosegarde vient encore de faire parler de lui en installant en février 2018 sa fameuse tour dépolluante dans un jardin de la ville polonaise de Cracovie. Le lieu n’a pas été choisi au hasard tant la Pologne se distingue pour abriter 33 des 50 villes européennes où l’air ambiant est considéré comme le plus pollué ! Ce sont les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, basés sur les données mesurées en 2016, qui établissent ce palmarès peu glorieux pour la Pologne, alors même que ce pays est sensé héberger en décembre prochain le prochain sommet mondial sur le climat, la COP 24, dans la ville de Katowice, en bonne place dans ce classement des villes les plus polluées…

La Smog Free Tower installée à Cracovie (photo © Studio Roossegarde)

A Varsovie même, le taux de particules fines dans l’air est jusqu’à dix fois supérieur aux normes européennes dans certains quartiers, et c’est bien pire encore dans certaines villes du sud, en Silésie notamment. Les causes de cette situation catastrophique sont multiples, mais l’omniprésence de l’utilisation du charbon, qui sert à produire plus de 80 % de l’électricité polonaise, en est largement responsable. Plus que les centrales électriques ou les mines de charbon, les principaux émetteurs de particules fines à l’origine de cette pollution chronique sont d’ailleurs plutôt les particuliers qui se chauffent au charbon, voire qui brûlent des déchets pour se chauffer…

La Smog Free Tower en fonctionnement à Cracovie (photo © Studio Roossegarde)

Cracovie n’est d’ailleurs qu’une des étapes européennes de cette Smog Free Tower, mise au point par Daan Roosegarde après un voyage en Chine où il a découvert avec effarement l’impact de la pollution de l’air qui noie les grandes villes dans un brouillard quasi permanent, comme pouvait en connaître la ville de Londres jusque dans les années 1960. Testée initialement à Rotterdam en 2015, cette tour dépolluante est un petit édifice de 7 m de hauteur entouré de volets et qui fonctionne comme un aspirateur géant, capable d’avaler 30 000 m3 d’air par heure.

Grâce à un ingénieux système d’ionisation positive, plus de 75 % des particules fines en suspension dans l’air, PM 10 et PM 2,5 (c’est-à-dire dont le diamètre aérodynamique est inférieur à 2,5 micromètre) sont retenus avant restitution de l’air purifié. Et, cerise sur le gâteau ou intuition poétique géniale, les particules solides ainsi collectées sont compressées pour en faire des bagues, vendues sous le joli nom de Smog Free Ring, à 250 € pièce. Chaque bague ainsi créée est constituée d’environ 1 million de particules fines de carbone et rencontre, paraît-il, un succès fou comme bague de mariage !

Installée à Pékin depuis 2016, la Smog Free Tower a ensuite fait une tournée triomphale dans l’empire du Milieu, notamment à Shanghai et à Tianjin, cette dernière se classant, selon l’OMS, à la quatrième place des grandes villes mondiales les plus polluées, derrière Dehli, Le Caire et Dhaka (au Bengladesh). Un beau succès en tout cas pour ce designer néerlandais hors norme, nommé il y a trois ans Young Global Leader au Forum économique de Davos et qui se définit lui-même comme un « hippie avec un business plan ».

Le designer néerlandais Daan Roosegarde (photo © Studio Roossegarde)

Un hippie qui a bien la tête sur les épaules en effet et qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin, lui qui collectionne les distinctions et se sent investi d’une véritable mission pour rendre la ville de demain plus vivable. Il travaille déjà, avec son équipe à miniaturiser sa Smog Free Tower pour pouvoir en installer une sur le guidon de chaque cycliste, et il œuvre en parallèle avec la NASA pour purifier l’espace des nombreuses épaves flottantes qui l’encombrent.

Avant son invention emblématique destinée à lutter contre le smog urbain, notre designer qui considère que « le design, ce n’est pas juste inventer une chaise ou une lampe de plus, le design, c’est d’abord améliorer la vie ! » et qui multiplie les conférences dans le monde, s’était déjà fait remarqué en 2014 par sa conception d’une « autoroute intelligente » aux Pays-Bas.

La smart highway conçue par Daan Roosegarde (photo © Studio Roossegarde)

Le revêtement de cette smart highway présente la particularité de se recharger avec la lumière du soleil durant la journée, et à la nuit venue se pare d’un marquage au sol lumineux de couleur verte, offrant aux conducteurs une meilleure visibilité et une sécurité optimale tout en minimisant les coûts de fonctionnement et ceci pour un investissement initial minime. Même les plaques de verglas sont rendues fluorescentes pour les signaler aux automobilistes, tandis que des diodes sensibles aux courant d’air s’allument sur les bas-côtés au passage des voitures.

Piste cyclable éclairée à la manière de Van Gogh par le designer Daan Roosegarde (source © Dezeen)

Un concept appliqué ensuite aux pistes cyclables qui scintillent de mille feux grâce à une peinture phosphorescente activée par le rayonnement solaire. Une invention révolutionnaire, qui évoque furieusement la fameuse Nuit étoilée du peintre Van Gogh et qui permet aux cyclistes de rouler de nuit sur une piste cyclable parfaitement éclairée. De la techno-poésie à l’état pur…

A quand la diffusion de ces nouvelles inventions lumineuses dans nos villes ?

L.V. 

Une centrale électrique en construction sur le canal de Craponne

31 juillet 2018

Le canal de Craponne fait partie de ces éléments structurants de l’aménagement du territoire buccorhodanien et préfigure les grands transferts d’eau du Canal de Marseille et du Canal de Provence.

Gravure représentant Adam de Craponne

Son concepteur, Adam de Craponne, né en 1526 à Salon-de-Provence, est un ingénieur de la Renaissance, chargé en 1552 par le roi Henri II de renforcer les fortifications de Metz contre les attaques de l’empereur Charles Quint. En 1554 et à l’issue de longues négociations, un arrêté du Parlement de Provence lui confère le droit de détourner les eaux de la Durance jusqu’à Salon, et de là, jusqu’à la mer. Adam de Craponne finance lui-même la majeure partie des travaux mais contracte également plusieurs emprunts, notamment auprès de son ami Nostradamus, alors établi dans la ville de Salon où il travaille à la rédaction de ses Prophéties.

Les travaux de percement du canal commencent dès 1554, en partant de la basse Durance, près de La Roque d’Anthéron. La dénivelée entre la Durance et Salon étant de 30 m, Adam de Craponne conçoit 3 barrages-réservoirs munis de vannes, permettant de réguler le débit et de stocker l’eau. Une douzaine de ponts sont également nécessaires pour rétablir les voies de passages recoupées par l’ouvrage.

Canal de Craponne à Charleval (carte postale ancienne)

Prudent, l’ingénieur commence par creuser un ouvrage de taille modeste, puis l’élargit à partir de 1557 pour lui donner son gabarit final de 5,50 m. Le tracé suit la vallée de la Durance côté sud, passe par Charleval puis franchit le pertuis de Lamanon et l’eau arrive à Salon en 1559, permettant d’alimenter les fontaines de la ville.

L’ouvrage connaît d’emblée un fort succès auprès des populations locales et des riverains à qui Craponne accorde un droit d’eau pour éviter d’avoir à acheter leurs parcelles. De nombreux moulins à blé et à huile sont construits sur les berges du canal pour rentabiliser l’opération et l’ouvrage est rapidement prolongé par plusieurs branches vers Pélissanne, Lançon-de-Provence, Cornillon et Saint-Chamas.

Fontaine place de l’hôtel de ville à Salon, surmontée d’une statue d’Adam de Craponne

Dès le départ, Adam de Craponne avait prévu une branche annexe permettant de desservir, depuis le réservoir de Lamanon, la ville d’Arles. Il meurt empoisonné en 1576 et son frère Frédéric cède les droits d’eau à deux géomètres de Salon, les frères Ravel, véritables maîtres d’œuvre du chantier, qui poursuivent le projet initial. En 1582, l’eau de la Durance, après avoir desservi Eyguières et Saint-Martin-de-Crau arrive à Pont-de-Crau et son acheminement jusqu’au coeur de la ville d’Arles nécessite la réalisation d’un aqueduc qui ne sera achevé qu’en 1587.

Ce vaste réseau de canaux dans lequel l’eau de la Durance s’écoule gravitairement jusqu’à l’étang de Berre et au Rhône continue d’irriguer, 4 siècles plus tard, toute la plaine aride de la Crau, un milieu naturel très spécifique où l’eau excédentaire alimente, année après année, une nappe souterraine qui s’est formée artificiellement dans les anciennes alluvions graveleuses déposées par la Durance avant que son cours ne soit modifié, il y a deux millions d’années. Cette réserve souterraine d’eau, d’origine largement artificielle, est devenue une ressource stratégique précieuse pour l’alimentation en eau potable et l’activité industrielle du secteur.

Passage du canal de Craponne à Pélissanne (source © Belrando)

Au-delà de son rôle très bénéfique pour l’alimentation en eau et surtout l’irrigation agricole de toute cette région qui s’étend au sud des Alpilles, le canal de Craponne a été largement exploité pour l’énergie hydraulique et on a compté jusqu’à 35 moulins et usines installés sur ses berges, un patrimoine usinier largement tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle mais qui est en train de connaître de nouveaux développements.

En effet, un groupement d’intérêt économique (GIE) a été constitué en 2014 entre l’Association syndicale constituée d’office (ASCO) des Arrosants de la Crau (laquelle compte pas moins de 1800 membres, tous bénéficiaires des droits d’eau du canal et qui se cotisent pour en assurer l’entretien), et la Société du Canal de Provence (SCP), ceci dans l’objectif de construire une mini centrale hydroélectrique de 1,5 MW sur le canal, au niveau du partiteur d’Eyguières.

Partiteur d’Eyguières sur le canal de Craponne (source © Contrat de canal Crau – Sud Alpilles)

L’association syndicale, propriétaire des droits d’eau, a emprunté la somme de 4,5 millions d’euros destinée à l’investissement, en bénéficiant de la garantie apportée par SCP, laquelle assure la maîtrise d’œuvre du projet et sera associée à l’exploitation de la future centrale dont les travaux sont en cours depuis fin 2017. Une conduite forcée de 2,60 m de diamètre va être enterrée sur une longueur de 460 m, le long du canal pour relier la prise d’eau à la future turbine.

Chantier de la conduite forcée le long du canal de Craponne à Eyguières (source © France 3)

Si tout va bien, celle-ci devrait être opérationnelle mi-2019 et permettra de produire, en dehors de la période hivernale du 1er novembre au 28 février pendant laquelle le canal est à sec, de l’ordre de 5 GWh par an, de quoi couvrir les besoins en électricité de 850 personnes environ. On est très loin des 6 500 GWh produits annuellement par la chaine, gérée par EDF, de 29 centrales hydroélectriques et 16 barrages installés sur l’axe Durance-Verdon, mais cela devrait quand même rapporter une recette de 300 à 350 k€ par an, tout en participant au développement de la production locale d’énergie renouvelable. Adam de Craponne, en bon ingénieur et homme d’affaire avisé qu’il était, aurait sans aucun doute apprécié cette nouvelle mise en valeur de son ouvrage hydraulique toujours opérationnel, plus de 400 ans après son achèvement !

L. V. 

Écopâturage dans la Vallée verte à Saint-Menet

26 juillet 2018

Le parc d’activité joliment dénommé Domaine Vallée Verte, situé à Saint-Menet, sur les bords de l’Huveaune, dans le 11ème arrondissement de Marseille, entre La Barasse et La Penne-sur-Huveaune, fait partie de ces sites industriels sinistrés de l’Est marseillais qui sont en train de connaître un véritable rebond.

Bâtiments de l’ancienne chocolaterie Nestlé à Saint-Menet (source © Tourisme Marseille)

Dessinés par les architectes de renom René Egger et Fernand Pouillon dans l’immédiat après-guerre, et construits entre 1949 et 1952, au prix d’un détournement du tracé de l’autoroute A50 alors en projet, les bâtiments ont été le siège, pendant plus de 50 ans, de l’usine à chocolat exploitée par Nestlé jusqu’en 2006 avec jusqu’à 1200 salariés sur place, puis, après un long conflit social avec occupation d’usine, par NetCacao jusqu’en 2011.

Tablettes de chocolat produites par la Chocolaterie de Provence (source © Tourisme Marseille)

Rachetée en 2012 à la barre du tribunal de commerce par le groupe russe ICC (Ivory Coast Cacao), et relancée sous le nom de Chocolaterie de Provence, l’usine n’emploie plus qu’une cinquantaine de salariés et s’est spécialisée dans le chocolat casher pour l’exportation, mais elle a fini par laisser la place fin 2017 à la brasserie artisanale Bières de La Plaine.

En 2012, c’est le groupe australien Goodman, spécialiste international des parcs d’affaires et des plates-formes logistiques, qui tente de reprendre le site avec pour ambition l’aménagement de 60 000 m2 de locaux supplémentaires, pour finalement laisser la place, fin 2013, à la société YG Investissement, basée à Beaulieu et dirigée par Yves Gouchon. Avec l’aide financière de la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce dernier lance donc un projet de parc d’activité qui s’étend désormais sur 20 hectares et abrite 22 entreprises parmi lesquelles Suez, Veolia, Orkyn, la Caisse d’Epargne, La Poste, le courtier Saretec, Poivre blanc, ou encore l’Etablissement français du sang.

Les bâtiments du Domaine Vallée verte dans un écrin de verdure (photo © DR)

Le trait marquant de ce parc d’activité dont les bâtiments occupent actuellement 40 000 m2, implantés dans un site autrefois très prisé par les notables marseillais pour son aspect verdoyant et sa proximité des berges de l’Huveaune, est justement d’en faire un site exemplaire en matière de respect de l’environnement. En avril 2017 a ainsi été inauguré un système très élaboré de collecte et de tri des déchets qui permet de valoriser de l’ordre de 75 % des déchets produits sur place, là où ce taux ne dépasse habituellement guère les 10 %.

Voiture électrique du Domaine Vallée verte (source © Chambre de commerce et d’industrie)

Le site ambitionne de devenir un pôle d’activité à énergie positive et dispose déjà d’un espace de production d’électricité par panneaux photovoltaïques tout en étudiant la faisabilité d’installer une boucle géothermique. En matière de transports en commun et sans attendre les dessertes que la Métropole tarde à assurer, le Domaine a mis en place un parc de voitures électriques et organisé un système de navettes privées qui permet de transporter entre 1200 et 1300 personnes tous les mois pour relier les lieux de travail aux quartiers d’habitation environnants et aux points de raccordement avec les réseaux RTM et SNCF.

Un club d’affaires, opérationnel depuis mi-2017, propose aux entreprises du domaine des services mutualisés dont un restaurant inter-entreprises, une crèche, une conciergerie d’entreprises « aux prestations 100 % bio », une salle de sport, des salles de réunion et des espaces de séminaires à louer à des prix préférentiels. Un parcours santé en milieu boisé a également été aménagé sur le site, ainsi qu’un espace dénommé, en provençal dans le texte, My Office Vallée Verte, et qui propose un espace de coworking, des bureaux à louer, et une pépinière d’entreprises. L’esprit start-up fonctionne à plein dans cette Vallée verte aux allures de Silicon Valley…

Selon son promoteur et concepteur, Yves Gouchon, « L’aspect humain, énergétique et sociétal, sont essentiels car ils permettent d’améliorer la performance en proposant une meilleure qualité de vie au travail. La vallée verte, c’est un écosystème, une signature, un symbole, une philosophie, une organisation du travail réinventée avec l’humain au cœur de la machine… ». Rien de moins…

Yves Gouchon interviewé par La Provence (extrait vidéo © La Provence)

Et pour faire bonne mesure et affirmer la volonté écologique de ce parc d’activité hors normes, le Domaine Vallée verte vient de s’équiper d’un troupeau de chèvres et de moutons pour procéder à l’entretien de ses espaces verts. Adepte d’une communication aux petits oignons, le promoteur avait invité, le 4 juillet 2018, les 800 salariés du site et leurs familles, à venir assister à l’arrivée du troupeau, sans oublier bien entendu de convoquer la presse locale.

Les chèvres destinées à l’entretien du domaine (source © compte Twitter Domaine vallée verte)

Une vidéo, disponible sur le site de La Provence, montre ainsi le promoteur Yves Gouchon se féliciter de son initiative, pour l’instant expérimentale jusqu’en novembre, mais qui devrait être pérennisée au-delà, et qui permet d’éviter le recours à des engins bruyants et polluants pour entretenir les espaces naturels qui s’étendent autour du site, tout en annonçant, à partir de 2019, la mise en place d’un système de compostage pour la valorisation des déchets verts.

Confiée à la société Ecozone, une structure créée à Lille par une ancienne bergère des Alpes de Haute-Provence, la prestation d’écopâturage donne assurément une touche bucolique à ce site industriel qui s’étend sur les bords verdoyants de l’Huveaune : une belle démonstration de prise en compte de l’environnement pour un cadre de travail agréable et préservé, et un exemple à suivre pour d’autres parcs d’activité du secteur…

L. V. 

Fins de mois difficiles pour les partis politiques…

24 juillet 2018

Un dessin de David Miège

La question du financement des partis politiques fait partie de ces sujets lancinants qui reviennent périodiquement sur le devant de l’actualité et qui empoisonnent le climat de la République, attisant le sentiment de suspicion générale et de rejet des citoyens face aux pratiques des élus. Les plus anciens se souviennent peut-être de l’affaire Urba, du nom de cette société créée en 1973 par le Parti socialiste dans le cadre d’un système centralisé de racket, d’extorsion de fonds, de corruption et de fausses factures afin d’augmenter ses propres ressources budgétaires jusque-là issues des seules cotisations des militants, alors que la Droite de l’époque disposait de son propre système de financement occulte via la Société d’études législatives.

Urba n’était alors que l’un des bureaux d’études permettant de prélever une commission sur la plupart des marchés d’études et de travaux lancés par des collectivités aux mains d’élus socialistes, commission qui permettait d’alimenter directement les caisses du parti. Le dispositif avait déjà été dévoilé en 1989 à l’occasion d’une perquisition menée au siège marseillais d’Urba et a fait ensuite l’objet d’une enquête rocambolesque menée par le juge Thierry Jean-Pierre, à la suite d’un accident mortel survenu lors de la construction du futur siège de la Communauté urbaine du Mans.

Sérieusement entravée par le Garde des Sceaux de l’époque, Henri Nallet, l’enquête avait néanmoins fini par aboutir en 1997 à la condamnation d’Henri Emmanuelli, trésorier du PS. Cette affaire a surtout permis l’adoption de plusieurs lois successives, dont celle du 15 janvier 1990, qui permettent de mettre en place un véritable dispositif de financement public des partis politiques, destiné à mettre un terme aux acrobaties comptables et aux malversations financières qui étaient le lot commun des trésoriers de partis politiques à cette époque.

Basé sur les résultats de chaque parti à l’occasion des élections législatives précédentes, le système a permis ainsi de verser en 2017, sur la base des résultats remontant aux élections de 2012, de l’ordre de 60 millions d’euros d’argent public aux différents partis politiques français, les principaux bénéficiaires en étant le PS (24,8 M€) et l’ex-UMP devenu Les Républicains (18,7 M€) tandis que le Front national récupérait ainsi un peu plus de 5 millions d’euros et le PC près de 3 millions.

Un dessin de Jiho publié dans Siné Mensuel

Mais les élections de 2017, avec leurs résultats atypiques, sont venues troubler le dispositif. Ce sont a priori de l’ordre de 68 millions d’euros que les partis bénéficiaires (au nombre de 16 !) devraient se partager pour 2018, dont un jackpot de 20 M€ pour La République En Marche, grand vainqueur des dernières législatives, et plus de 12 M€ pour LR. Sauf que, plus d’un an après la fin des législatives, les nombreux contentieux concernant les comptes de campagne des partis, sont toujours pendant devant le Conseil constitutionnel, si bien que le Ministère de l’Intérieur n’est pas en mesure de connaître les montants exacts à verser, et que les partis politiques tirent la langue…

Le délégué général de LREM, Christophe Castaner, a ainsi annoncé avoir dû demander une nouvelle avance de trésorerie à sa banque. De son côté, Daniel Fasquelle, trésorier LR, réclame à cor et à cris une avance auprès de la Place Beauvau, tout en procédant à la vente du siège du parti, un immeuble de 8 étages, situé rue de Vaugirard et que Laurent Wauquiez souhaite revendre pour 40 à 45 M€, tout en en restant locataire, afin d’éponger la dette abyssale de 55 M€ que le parti traine comme un boulet depuis la désastreuse affaire des comptes de campagne truqués de Nicolas Sarkozy en 2012.

Un dessin de Deligne

Pour ce qui est du PS, c’est la Bérézina puisqu’il n’a réussi à conserver que 31 députés alors qu’il en avait 280 dans la précédente Assemblée. Son budget annuel a donc fondu de 25 à 7 millions d’euros et il lui a fallu se séparer de son siège de l’avenue de Solférino, acquis en 1981 dans la foulée de l’élection de François Mitterrand et revendu pour 45,5 M€. Plus de la moitié des salariés du parti ont dû être licenciés et le PS devra désormais se contenter de locaux plus modestes situés à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, en lieu et place de l’hôtel particulier de 3000 m2 sis en plein cœur du prestigieux VIIe arrondissement de Paris, à deux pas de l’Assemblée nationale.

Un dessin de Nawak

Quant à l’ex Front national, devenu Rassemblement national par la volonté de Marine Le Pen, ses finances sont également dans le rouge, avec un endettement affiché de 12 millions d’euros. Il vient d’ailleurs de lancer un nouvel appel aux dons auprès de ses sympathisants pour essayer de renflouer ses comptes, après que le Parlement européen a réduit de 500 000 € le versement de sa subvention de fonctionnement pour 2016, suite à la mise en évidence de dépenses jugées injustifiées ou inopportunes, ainsi que le précise le Huffington Post, et que les juges Renaud Van Ruymbeke et Claire Thépaut ont saisi à titre conservatoire 2 millions d’euros de subvention publique dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs d’assistants parlementaires européens, affaire pour laquelle Marine Le Pen est mise en examen, le FN étant accusé d’avoir détourné de l’ordre de 7 millions d’euros.

Bien entendu, les dirigeants du RN crient au complot politique et se posent en victimes d’une justice partiale et aux ordres, exactement comme le fait Nicolas Sarkozy, empêtré dans ses multiples déboires judiciaires dont ceux liés aux accusations de financement de sa campagne présidentielle de 2007 par l’État libyen.

Un dessin de Deligne

A croire que certains responsables de partis politiques n’ont toujours pas compris qu’ils ne peuvent pas indéfiniment se placer au-dessus des lois communes pourtant élaborées précisément pour permettre aux partis politiques de prospérer grâce aux subventions publiques et leur éviter ainsi de recourir à des procédés illégaux et dangereux pour la démocratie… La moralisation de la vie politique, en France comme ailleurs, reste décidément un combat perpétuel !

L.V. 

La Grèce toujours sous surveillance ?

12 juillet 2018

La Grèce va-t-elle enfin sortir la tête de l’eau après 8 années de réformes brutales et de politiques de rigueur imposées, bien malgré elle, par la Commission européenne et le FMI ? C’est en tout cas ce qu’ont claironné la plupart des médias à l’issue de l’accord qui a été trouvé le vendredi 22 juin aux petites heures du matin après 6 heures d’âpres négociations.

Alexis Tsipras et Jean-Claude Juncker en 2015 (photo ©AFP)

Le premier ministre Alexis Tsipras avait promis qu’il s’astreindrait à porter une cravate si un accord était trouvé sur la gestion de la dette grecque : c’est désormais chose faite et il va donc devoir en tirer les conséquences vestimentaires qui s’imposent à lui… Au vu de cet accord et selon le Courrier international, le journal grec de gauche Efimerida ton Syntakon, a en effet titré « Un bol d’air pour la dette », estimant que « La Grèce tourne la page, elle va retrouver sa souveraineté budgétaire et a obtenu un délai de dix ans pour rembourser les échéances de la dette arrivant à maturité. C’est une étape déterminante qui montre que la dette sera bientôt supportable ».

Une tutelle du FMI difficile à supporter par les Grecs (dessin signé Ysope)

Après neuf années de récession, la Grèce renoue effectivement avec une amorce timide de croissance, ce qui a permis aux nombreux médecins orthodoxes européens qui se penchaient sur son cas de réduire un peu la posologie du traitement de cheval qu’ils administraient. La Grèce a ainsi obtenu un délai de grâce de 10 ans pour commencer à rembourser une partie des prêts qui lui ont été accordés et elle recevra prochainement une toute dernière tranche d’aide pour un montant de 15 milliards d’euros dont 5,5 destinés à assurer le service de la dette, le reste permettant de constituer un « matelas financier » destiner à accompagner en douceur la sortie du programme d’ajustement structurel.

Finie donc, à compter du 20 août prochain, la mise sous tutelle de la Grèce qui avait dû l’accepter, contre son gré et malgré les véhémentes protestations de son ex ministre des finances, Yanis Varoufakis, lequel avait démissionné bruyamment du gouvernement au lendemain du référendum du 6 juillet 2015. La Grèce serait donc sauvée aux yeux de la plupart des analystes européens…

Une crise qui laisse de lourdes traces (dessin signé Lasserpe repris dans Les crises)

Dans quel état cependant ? Le taux d’endettement de la Grèce reste le plus élevé de tous les pays de la zone européenne, représentant 180 % de son PIB, et continue de croître d’année en année : passé de 109 % en 2008, lors du déclenchement de la crise grecque, il atteignait 172 % en 2011 au moment où le pays a dû de nouveau faire appel aux créancier du FMI et de l’UE, et 177 % l’an dernier…

Socialement, la Grèce reste bien mal en point. Il semblerait que le taux de chômage ait effectivement commencé à baisser depuis 2013, après avoir atteint des sommets effrayants : il était passé de 7,4 % de la population active en juillet 2008 à 27,9 % cinq ans plus tard, atteignant même 59,6 % chez les jeunes de moins de 25 ans. Depuis, le taux de chômage a diminué mais il reste supérieur à 20 %, le plus élevé de toute l’Union européenne, et encore au-dessus de 40 % pour les jeunes qui continuent de s’exiler massivement. Avec plus de 1 millions de chômeurs pour une population totale qui n’atteint pas les 11 millions d’habitants, la Grèce détient un bien peu enviable record !

Un plan d’austérité impitoyable (dessin signé Deligne)

Entre 2008 et 2013, les salaires ont baissé en moyenne de 32 % et le pouvoir d’achat a subi une érosion sans précédent de 40 %. Les retraités grecs ont subi leur 11ème réforme des retraites, se traduisant toujours par des baisses de revenus, et le nombre de fonctionnaires a été diminué d’un tiers. La plupart des biens de l’État ont été privatisés, même le port du Pirée ayant été refourgué aux Chinois. Les impôts et taxes ont subi des hausses successives spectaculaires.

Heureusement, il reste le tourisme… (dessin signé Chapatte)

Mais à part ça, tout va bien, comme s’en sont bruyamment félicité la plupart des dirigeants européens, notre ministre des finances, Bruno Le Maire en tête, estimant « que le problème de la dette grecque est désormais derrière nous ». De fait, le taux de croissance en Grèce a atteint 1,4 % en 2017 tandis que le budget grec affiche pour cette même année et pour la première fois depuis bien longtemps, un léger excédent de 0,8 % alors qu’il était en déficit de 15,1 % en 2009.

Un plan de sauvetage (légèrement) intéressé (dessin signé Mix & Remix)

La Grèce est donc officiellement guérie et va retrouver l’insigne privilège de pouvoir librement emprunter sur les marchés financiers mondiaux comme tout pays souverain qui se respecte…Le commissaire européen Pierre Moscovici l’a d’ailleurs clairement explicité en précisant bien qu’il serait désormais « indécent » d’imposer aux dirigeants grecs un dispositif « tatillon et intrusif ».

Pour autant, il a quand même cru bon d’indiquer, à toutes fins utiles, que l’Union européenne devra « s’assurer que les réformes sont mises en œuvre et que les politiques budgétaires continuent d’être saines ». Ce à quoi le Néerlandais Hans Vijibrief, tout nouveau président du Groupe de travail de l’Eurogroupe, a précisé que les responsables grecs devaient rester « stables politiquement et éviter de remettre en cause les réformes agréées ».

Au moins le message est clair : la Grèce vient de retrouver sa souveraineté économique et budgétaire mais reste pour le moins sous surveillance : pas question de refaire des bêtises…

L. V.