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Payer l’impôt ? Quelle drôle d’idée !

7 décembre 2017

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’impôt ? A priori, ce sacré Charlemagne n’y est pour rien et d’ailleurs, à vrai dire, on ne sait pas très bien… Mais il semblerait que la notion d’impôt, ce tribut que l’on paye à l’État pour alimenter le budget de la Nation et permettre le fonctionnement des services publics, soit une notion ancienne, instauré sous une forme ou sous une autre depuis que l’Homme vit en société. Dès l’instant où la vie en communauté fait émerger des castes spécialisées, de guerriers destinés à défendre le clan contre les razzias ennemies, ou de religieux permettant d’intercéder avec les Dieux, il faut bien subvenir à leurs besoins et l’instauration de l’impôt devient nécessaire.

Dans l’Égypte antique, les paysans étaient déjà lourdement taxés par l’impôt et dans la France du Moyen-Age, la situation de ces derniers n’est guère meilleure. A la corvée, un impôt en nature qui consiste à donner du temps de travail en échange de la protection du seigneur local, succède, surtout à partir du XIe siècle, la taille qui se paye en espèce et à laquelle s’ajoute bientôt la dîme, un autre impôt en nature payé à l’Église ou au seigneur, puis la gabelle, un impôt indirect payé sur certaines denrées de première nécessité comme les draps, le vin ou sel, sans compter bien sûr les droits d’octroi de péage ou de douane…

Le Paiement de la dîme (tableau de Pierre Bruegel le Jeune / musée des Beaux-Arts de Bruges)

Face à cette pression fiscale croissante, les gueux se révoltent, comme l’a rappelé un certain professeur Raymond Butcher, enseignant à la Harvard Business School, dans une conférence intitulée « Les révoltes fiscales, toujours ? », présentée devant le Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise et dont Médiapart s’est fait l’écho.

Le sujet ne manque pas d’intérêt car il montre à quel point le rapport à l’impôt a évolué dans la société française depuis l’Ancien Régime. Une des premières révoltes fiscales que notre pays ait connues et que fait revivre cet érudit est celle des Cabochiens en 1413. A l’époque, le Roi Charles VI qui venait de convoquer les États Généraux pour obtenir de lever de nouveaux impôts permettant de faire face au train de vie dispendieux de la cour, se heurte à une révolte populaire, menée par un certain Simon Caboche, à la tête de la toute puissante corporation des bouchers. Prélude à la Révolution de 1789, les insurgés s’emparent de la Bastille, comme avant eux, en 1382, l’avait déjà fait le Peuple de Paris à l’occasion de la révolte des Maillotins, déjà en rébellion contre un taux d’imposition jugé exorbitant.

La révolte des Nu-pieds (gravure éditée à Rouen)

Et ceci n’est que l’un des épisodes d’une longue série de révoltes populaires contre le poids jugé exorbitant des impôts. En 1637, sous le règne de Louis XIII, ce sont les Croquants du Périgord qui se soulèvent : une véritable jacquerie paysanne contre laquelle il faudra mobiliser plus de 3000 soldats pour en venir à bout. Et deux ans plus tard, ce sont les Nu-pieds de Normandie, ces ancêtres des Sans-dents, qui se révoltent à leur tour contre l’instauration de la gabelle sur le sel. Là encore, la répression est sanglante et sans pitié.

Il y aura bien d’autres révoltes populaires par la suite, contre une fiscalité jugée excessive. On pourrait même entrevoir une lointaine filiation entre ces soulèvements plus ou moins spontanés et le mouvement des Bonnets Rouges qu’a connu récemment la Bretagne pour protester, avec succès, contre l’instauration de l’écotaxe pour les poids lourds.

Manifestation violente des Bonnets Rouges devant le portique écotaxe de la RN12 (photo © Eric Rannou / Le Télégramme de Brest)

Mais la thèse que développe le professeur Butcher est quelque peu différente. Selon lui, le peuple s’est désormais résigné à payer l’impôt et n’en est plus à rassembler fourches et gourdins pour aller affronter les forces de l’ordre afin de protester contre la pression fiscale. En revanche, et toujours selon lui, « les réticents, les contestataires et les pourfendeurs de l’impôt sont aujourd’hui les actionnaires, les milliardaires, les banques, le CAC 40, les fonds d’investissement et leur partie la plus mystérieuse, les hedge funds, en français les fonds spéculatifs ».

Les Pigeons, un mouvement de défense des entrepreneurs français qui maîtrise bien sa communication… (source : Le Monde)

Certes, comme le souligne le conférencier, ces privilégiés ne se rebellent pas ouvertement contre la pression fiscale, encore que les exemples soient nombreux de mouvements de protestations de la sorte : qu’on se rappelle les fameux Pigeons, ces patrons qui avaient réussi à faire reculer le gouvernement Ayrault dans sa tentative de rééquilibrer la taxation des revenus du capital, ou encore le Rassemblement des contribuables français du poujadiste boursicoteur Nicolas Miguet dont les affiches fleurissent régulièrement dans nos rues pour hurler à la spoliation d’État.

Mais selon R. Butcher, la pratique de ceux qui refusent l’impôt est devenue plus insidieuse : plutôt que de protester contre la taxation, le plus efficace, pour ces hommes d’affaires, généralement proches du pouvoir, est plutôt d’user de leur influence et de leurs réseaux pour faire en sorte d’échapper à la pression fiscale en toute légalité.

Dessin de Deligne publié dans La Croix

Il cite pour exemple, en appui à sa démonstration, le dossier LuxLeaks, ce scandale financier dénoncé en novembre 2014 à la suite des investigations du Consortium international des journalistes d’investigation du Center for Public Integrity : des milliards d’euros de recettes fiscales évaporées grâce à des accords fiscaux conclus de gré à gré entre le gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg et plus de 300 multinationales, parmi lesquelles Apple, Amazon, Ikéa, Pepsi, mais aussi BNP Paribas, Crédit Agricole, Axa, et bien d’autres encore.

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013 et président de la Commission européenne depuis 2014, se rit de la lutte contre les paradis fiscaux… (photo © Francois Lenoir / Reuters)

Le principe de cette fraude fiscale à grande échelle était des plus simples puisqu’il reposait tout simplement sur des accords secrets passés entre l’État du Luxembourg, dont le premier ministre n’était autre que Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et des centaines de multinationales afin de faire bénéficier à ces dernières de taux d’imposition dérisoires, parfois inférieurs à 1 %. Libre ensuite à ces entreprises de gérer leur organisation interne de manière à rapatrier au Luxembourg l’essentiel de leurs recettes européennes, grâce à des jeux d’écritures, et les voilà quasiment exemptes d’imposition grâce au bon docteur Juncker qui a alors beau jeu de pointer du doigt les États en déficit budgétaire pour cause de rentrées fiscales insuffisantes…

Tout le monde peut constater l’ampleur de cette évasion fiscale massive que pratiquent les multinationales, mais aussi la timidité avec laquelle sont pointés du doigts les paradis fiscaux sans qui ne pourrait se faire ce détournement de fonds qui siphonne les rentrées fiscales des États et rend si difficile la mise en œuvre de politique publiques ambitieuses.

Dessin de Bar (source : BarActu)

L’Union européenne vient d’ailleurs tout juste de publier une nouvelle liste noire de 17 pays considérés comme paradis fiscaux parmi lesquels les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, la Corée du Sud, Panama ou encore la Tunisie et la Mongolie. Aucun pays européen ne figure sur cette liste bien évidemment, pas même l’île de Jersey et encore moins le Luxembourg, la Suisse ou l’Irlande. L’honneur est donc sauf, même si certaines mauvaises langues ont la désagréable impression qu’on se moque du monde. Même le très libéral commissaire européen à la fiscalité Pierre Moscovici considère que cette liste reste « une réponse insuffisante face à l’ampleur de l’évasion fiscale à l’échelle mondiale ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.

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Carnoux en noir et blanc…

3 décembre 2017

Il y a un peu plus de trois mois déjà, le 19 août 2017, la zone boisée située entre Aubagne et Carnoux s’embrasait. Il avait fallu alors une mobilisation exceptionnelle des services d’incendie et de secours pour parvenir in extremis à arrêter les flammes le long de l’avenue Jean Bart, sans pouvoir pour autant empêcher que plusieurs haies de thuyas ne se transforment en torches dans les jardins des propriétés les plus exposées. Une fois l’incendie maîtrisé, c’est un spectacle de désolation qui s’étend désormais sur tout le flanc nord de la commune, visible même depuis l’espace, et qui vient rappeler à chacun à quel point la ville est vulnérable face à ce type de risque naturel.

Les chutes de neige survenues hier et qui ont saupoudré quelques centimètres de poudreuse dans les rues de Carnoux ont tranformé en quelques heures ce paysage dévasté, noir et calciné, devenu comme par enchantement d’une blancheur éclatante.

Ce matin, sous le soleil revenu, le spectacle était saisissant de contraste entre le sol recouvert d’un mince manteau neigeux quasi continu et les branches sombres, tordues, comme torturées par l’incendie, qui se dressaient vers le ciel, d’un bleu intense. De quoi rappeler à chacun la triste réalité de ce feu de forêt qui a bien failli réduire la commune à l’état de cendre, comme bien d’autres villes dans le monde exposées elles-aussi à de terribles feux de forêt cet été et qui n’ont pas eu la possibilité d’être protégées.

L.V.  

Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

30 novembre 2017

« L’homme est un animal doué de raison », disait le philosophe Aristote. C’est parfois à se demander. Prenons l’affaire du glyphosate. Voilà un produit miracle, mis sous le marché en 1974 sous le doux nom de Roundup et qui a fait la fortune de la firme Monsanto, devenant en quelques années le pesticide le plus vendu au monde : pas moins de 800 000 tonnes par an dont plus de 10 000 tonnes rien qu’en France. Le brevet est tombé dans le domaine public en 2000 mais il continue à rapporter la bagatelle de 5 milliards de dollars chaque année à la firme Monsanto, désormais tombée dans l’escarcelle du géant allemand Bayer.

Les agriculteurs affiliés à la FNSEA ne jurent que par lui et considèrent qu’il est désormais impossible à l’agriculture française de se passer du glyphosate. Comme l’a affirmé Eric Thirouin, secrétaire général de la FNSEA à un journaliste du Monde, interdire l’utilisation de cet herbicide, reviendrait « à poser un boulet à l’agriculture française » et coûterait pas moins de 2 milliards d’euros à une filière nationale déjà bien mal en point. La raison d’un tel surcoût : il faudrait que les céréaliers en reviennent à la charrue et se remettent à labourer leurs terres, ce qui les obligerait « à augmenter leur consommation de gas oil et leurs émissions de CO2 ».

Un véritable scénario catastrophe qui laisse pantois. Certes, nous voilà partiellement rassurés, nos agriculteurs ne seront pas obligés d’en revenir pour autant à l’araire tirée par des bœufs, voire à la daba. Mais tout de même, de là à prétendre que le glyphosate est la meilleure arme qu’on ait trouvée pour protéger l’environnement et combattre le réchauffement climatique, voilà qui paraît un peu fort de café.

Pour labourer profond, il faut ce qu’il faut… (source : Massey-Fergusson)

On en vient même à se demander, lorsqu’on voit le nombre de tracteurs dernier cri, avec cabine insonorisée équipée de GPS, en train de tracer leurs sillons dans les plaines céréalières de la Beauce ou de la Brie, si certains ne seraient pas en train de pousser un peu loin le bouchon en voulant nous faire croire qu’on a arrêté depuis belle lurette de retourner les champs et que, grâce au glyphosate, tout la profession s’est convertie à la permaculture…

Voilà en tout cas une situation bien peu rationnelle en apparence. Alors qu’en Europe et singulièrement en France, la demande en produits issus de l’agriculture biologique explose, au point qu’on est obligé d’importer massivement pour y faire face, la majorité active (ou du moins la plus bruyante) de la profession agricole se bat pour conserver le droit d’utiliser des produits phytosanitaires dont l’effet sur les sols et sur l’environnement est catastrophique, avec pour principal argument que c’est le seul moyen pour produire à bas coût et répondre ainsi aux diktats de la grande distribution.

La filière agricole et le ministre de l’agriculture en tête, se sont ainsi bruyamment félicités de la décision honteuse prise le 27 novembre 2017 par les États membres de l’Union européenne à une large majorité de prolonger de 5 ans la licence d’exploitation du glyphosate malgré tous les risques qu’il représente non seulement pour l’environnement mais aussi pour la santé humaine puisqu’il est désormais considéré comme « cancérogène probable » suite à une étude publiée en mars 2015 par le Centre international de recherche contre le cancer qui dépend de l’OMS.

Un dessin de Deligne (source : Urtikan)

La déclassification en mars 2017 des fameux « Monsanto papers » indique d’ailleurs que la firme américaine a découvert ce pouvoir mutagène du glyphosate dès 1999 et a tout fait depuis, grâce à son réseau d’influence auprès d’experts internationaux reconnus, pour semer le doute à ce sujet et publier nombre de résultats d’études qui tendent à prouver le contraire pour renforcer sa position.

Voilà en tout cas qui montre, une fois de plus, à quel point il est difficile, sur des dossiers aussi complexes et qui comportent de tels enjeux économiques, de prendre des décisions qui seraient conformes à l’intérêt général. Difficile d’ailleurs de ne pas faire le parallèle avec le cas de l’amiante dont on connait les dangers depuis les années 1890 mais pour laquelle il a fallu attendre 1997 pour que son utilisation soit enfin interdite en France.

Monument dédié aux victimes de l’amiante à Condé-sur-Noireau

Les propriétés de ce matériau étaient telles qu’il a été massivement utilisé dans l’industrie et la construction, sous forme d’amiante-ciment, en renforcement des enrobés routiers, comme isolant thermique ou encore dans les garnitures de freins. Pendant des décennies, des générations entières d’ouvriers ont été exposées à l’inhalation de fibres d’amiante dont l’accumulation dans les poumons est la cause de cancer. Rien qu’en France, 6 500 cas de maladie professionnelle liée à l’amiante ont ainsi été reconnus pour la seule année 2005 et on considérait en 2015 que chaque année de l’ordre de 2 200 personnes développent un cancer du fait de l’amiante et que 1 700 personnes en meurent.

C’est en 1899 qu’a été constaté le premier décès imputé directement à l’amiante et en 1906 déjà un inspecteur du travail s’alarmait des nombreuses pathologies des ouvriers dans une filature de Condé-sur-Noireau, là même où en 1972 Ferrodo installera une usine de garnitures de frein dans laquelle plusieurs centaines d’ouvriers seront victimes d’exposition grave aux fibres d’amiante.

Bâtiments de l’ancienne mine d’amiante de Canari en Corse (photo © Gérard Baldocchi, Corse Matin)

Mais pendant très longtemps, les syndicats de travailleurs ont milité aux côté du lobby des entreprises de l’amiante pour lutter contre toute limitation de l’utilisation de ce produit considéré lui-aussi comme indispensable, de même que les Corses se sont battus pour conserver leur mine d’amiante à Canari ou que les élus locaux un peu partout se sont démenés pour maintenir en activité les usines Eternit comme à Port-de-Bouc où le site est désormais ornée d’un monument aux morts dédié aux victimes de l’amiante.

Travaux de désamiantage dans les locaux de l’université de Jussieu (source : EPAURIF)

Il a fallu pour que l’on cesse enfin d’utiliser ce produit nocif que l’on se rende compte que ce n’était pas seulement les professionnels qui étaient touchés mais la société toute entière. Alors qu’en 1994 six enseignants exposés à l’amiante dans un lycée de Gérarmer décèdent et qu’apparaissent les premières victimes sur le site de la faculté de Jussieu, l’inénarrable Claude Allègre, toujours aussi lucide, en est encore à railler, en 1996, « un phénomène de psychose collective ». C’est sans doute ce qu’il dirait aujourd’hui de la phobie du glyphosate, s’il avait conservé un minimum de crédibilité pour qu’on lui tende encore un micro…

En 2005, un rapport parlementaire faisait état de 35 000 morts dus à l’exposition à l’amiante en France entre 1965 et 1995 et de plusieurs milliers de décès supplémentaires attendus entre 2005 et 2030. Notons également que le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante a déjà déboursé plus de 2 milliards d’euros en une dizaine d’années et que le désamiantage de la seule université de Jussieu a déjà coûté de l’ordre de 2 milliards d’euros également. De quoi largement relativiser les arguments de la FNSEA qui voudrait nous faire croire que, pour le glyphosate comme pour d’autres dossiers, la meilleure solution est encore de foncer dans le mur en fermant les yeux…

L.V. 

Téléthon à Carnoux : Katulu ? s’engage !

26 novembre 2017

Le groupe de lecture Katulu ?, actif à Carnoux depuis maintenant une dizaine d’année, et désormais rattaché à l’association Le Cercle Progressiste Carnussien, se réunit tous les mois pour échanger autour de livres lus ou relus récemment par ses membres, dans un esprit des plus convivial. De brefs compte-rendus de ces discussions et de ces impressions de lectures sont diffusés régulièrement sur ce blog, à défaut de pouvoir être mis à disposition de ceux qui fréquentent la médiathèque municipale.

En septembre 2016, à l’occasion du Jubilé de Carnoux, Katulu ? avait organisé avec un certain succès une séance publique autour du thème de l’exil, permettant de faire découvrir ou redécouvrir cinq livres ayant trait à ce sujet douloureux.

Une belle expérience renouvelée en mars dernier avec l’invitation de Marie-France Clerc venue présenter en public son ouvrage intitulé Cinq zinnias pour mon inconnu, une « fiction où tout est vrai », quelque peu autobiographique et centrée sur l’histoire récente de l’Ukraine. Là aussi, une belle occasion d’échanger autour d’un livre et avec son auteur en toute convivialité, pour rappeler à quel point la littérature peut rapprocher et être source d’enrichissement mutuel.

A l’occasion du prochain Téléthon pour lequel la municipalité de Carnoux s’engage traditionnellement en mobilisant son très riche tissu associatif, Katulu ? et le CPC ont donc répondu présents et proposé d’organiser une nouvelle rencontre publique autour de cinq livres qui tous évoquent, d’une manière ou d’une autre la notion de tolérance et d’humanité. Cinq ouvrages très différents les uns des autres, de par leur style et leur vision, qui donnent à voir des regards divers sur la part d’humanité présente en chacun de nous…

Des Antilles au Liban, des champs de cannes à sucre à ceux de betteraves du plateau picard, des décors très différents pour des histoires singulières d’êtres humains confrontés à l’intolérance. Surmonter les traumatismes de l’enfance ou construire un rêve de fraternité autour d’une scène de théâtre dans un monde en guerre, autant d’expériences humaines qui poussent chacun à réfléchir sur le regard que nous portons sur les autres et la manière de vivre en société.

Cette séance publique de Katulu ?, ouverte à tous ceux qui le souhaitent, intitulé « Tolérance rêve ou réalité, un désir d’humanité », se tiendra le jeudi 7 décembre 2017 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en plein centre de Carnoux, derrière la mairie, en haut de la rue Tony Garnier. Amoureux des livres, curieux ou simplement citoyens s’interrogeant sur la complexité des rapports humains, venez nombreux échanger autour de ce thème avec les membres de Katulu ?,

Et le surlendemain, samedi 9 décembre, à partir de 17h, Katulu ? et le Cercle Progressiste Carnussien seront également présents sur un stand installé dans la salle du Mont Fleuri pour proposer à la vente pour des sommes modiques, des livres d’occasions au bénéfice de l’Association française contre la myopathie AFM Téléthon à qui sera reversée l’intégralité de la recette. Là aussi, n’hésitez-pas à venir nous rejoindre sur le stand et à feuilleter les nombreux ouvrages qui seront présentés. Amis des livres, à très bientôt !

L.V.  

Canal de Provence : des plans d’eau qui rayonnent…

14 novembre 2017

Le Canal de Provence à Saint Maximin, dans le Var (photo © Camille Moirenc / SCP)

Créée en 1957 sous la forme d’une société anonyme d’aménagement régional, la Société du Canal de Provence, qui vient de fêter ses 60 ans, résulte en réalité d’un pacte passé en 1955 entre la Ville de Marseille et les deux départements des Bouches-du-Rhône et du Var, dans l’objectif de mettre en commun leurs droits d’eau sur la rivière du Verdon. Dès 1963, la société s’est vue confier, par concession d’État, la mission de réaliser et gérer le canal de Provence destiné à acheminer, vers l’agglomération marseillaise et une partie du Var, l’eau du Verdon stockée grâce aux différents barrages de Sainte-Croix, Quinson, Gréoux, Castillon et Chaudanne.

La construction du canal s’est échelonnée entre 1964 et 1986, à partir de la prise de Boutre, à Vinon-sur-Verdon. A Rians, le canal se divise en deux branches, l’une desservant le pays d’Aix et le nord de Marseille, l’autre l’Est marseillais et le Var. Le réseau s’est progressivement étendu, y compris via la construction récente de la liaison Verdon – Saint-Cassien destinée à alimenter le littoral varois jusqu’au golfe de Saint-Tropez. Il comprend désormais près de 70 km de canaux à ciel ouvert, 140 km en galerie souterraine et pas moins de 4500 km de canalisations.

Le barrage de Bimont, près de la Sainte-Victoire, géré par la SCP

La gouvernance a évolué également avec l’arrivée de la Région PACA en 1983, puis celle du département de Vaucluse en 1988, pour le développement de l’irrigation dans la plaine du Sud-Luberon. En 2008, l’ensemble du patrimoine appartenant à l’Etat et concédé à la SCP a été transféré à la Région, renforçant ainsi l’appropriation par les collectivités territoriales de ce patrimoine hydraulique.

Branche nord du canal de Provence (photo © Camille Moirenc / SCP)

De l’ordre de 2 millions de personnes, soit 40 % de la population régionale est désormais alimenté en tout ou partie par de l’eau acheminée par le réseau de la SCP. Une des particularités de ce réseau réside dans son mode de régulation dynamique, géré de manière centralisée depuis le siège de la société basé au Tholonet, et qui permet d’ajuster à tout moment les débits délivrés en fonction de la demande effective des utilisateurs.

C’est ce souci constant de l’innovation technologique qui a poussé la SCP, depuis déjà quelques années et après avoir exploité toutes les potentialités de l’hydroélectricité, à s’intéresser à la production d’énergie solaire sur son propre réseau. Dans une région aussi ensoleillée, un des freins au développement de cette production réside en effet dans le coût du foncier qui réduit les possibilités d’implantation de centrales photovoltaïques. Or, les plans d’eau et les canaux gérés par la SCP constituent de vastes superficies qui peuvent facilement être recouvertes de panneaux solaires.

Panneaux solaires installés dans le cadre du projet Canasol à Rians (source : Actu Environnement)

Qui plus est, une telle couverture présente de multiples intérêts. Les panneaux photovoltaïques protègent les canaux contre les intrusions et les chutes ou les baignades intempestives, ce qui est un des risques récurrents auquel est confrontée la SCP, et en même temps ils protègent l’eau des rayonnements solaires directs, ce qui permet de limiter l’évaporation et de garder à l’eau une certaine fraîcheur tout en évitant la prolifération des végétaux aquatiques, une autre des plaies de l’exploitant.

Et ce n’est pas tout ! En plein été et sous le chaud soleil de Provence, la température grimpe rapidement à la surface des panneaux photovoltaïques. Or, au-delà d’une certaine température (de l’ordre de 70 °C), le rendement des panneaux baisse fortement, perdant jusqu’à 15 % de leur efficacité énergétique. Le fait de les installer juste au-dessus de la surface des canaux présente donc une réelle opportunité puisqu’on peut facilement les arroser pour éviter tout échauffement intempestif.

Site du démonstrateur Canalsol à Rians (photo © Camille Moirenc / SCP)

Pour tester le concept, la SCP s’est alliée avec le pôle de recherche technologique du CEA en 2013, dans le cadre du pôle de compétitivité Capénergie, afin de créer une plateforme expérimentale située à proximité de son centre d’exploitation à Rians. 132 panneaux solaires ont ainsi été déployés et testés pendant plus d’un an à partir de l’automne 2014, pour évaluer l’intérêt du dispositif et comparer différentes orientations et modalités de refroidissement (par aspersion, par circulation direct ou par le seul effet passif de l’eau circulant à 1,20 m sous les panneaux et dont la température moyenne varie entre 15 et 18 °C).

Dispositif d’aspersion des panneaux photovoltaïques du projet Canalsol

Les résultats de ce projet de recherche baptisé Canalsol semblent suffisamment probants pour que la SCP poursuive ses efforts de développement technologique et envisage de passer à une phase très opérationnelle qui consisterait à installer une centrale photovoltaïque flottante sur le vaste réservoir à ciel ouvert du Vallon Dol situé sur les hauteurs de Marseille, au pied du massif de l’Étoile.

La réserve de Vallon Dol, sur les hauteurs de Marseille (photo © Camille Moirenc / SCP)

Ce gigantesque bassin qui s’étend sur 17 hectares contient 3 millions de m3 d’eau acheminée depuis le Verdon (soit plus de deux fois la capacité du Vieux Port !), de quoi assurer pendant une semaine entière l’alimentation en eau de toute la ville de Marseille. Construit en 1973, ce bassin qui peut être alimenté via les deux branches principales du canal de Provence sert de réserve pour l’usine de potabilisation située à proximité et géré par la SEM.

Pour aménager sur ce vaste plan d’eau une centrale solaire dont la puissance visée serait de 10 MW, la SCP vient de lancer une consultation, afin de choisir un partenaire avec lequel la SCP créerait une société de projet en vue de concevoir, financer, réaliser, exploiter, maintenir et vendre la production d’électricité de cette future installation de panneaux photovoltaïques flottants. Un projet ambitieux et innovant dont s’est fait l’écho La Provence et qui pourrait peut-être demain donner des idées à d’autres exploitants : à quand des panneaux photovoltaïques sur le Grand Canal à Venise ?

L.V. 

Qui organise la pénurie de beurre ?

5 novembre 2017

Certains se souviennent peut-être encore de ce temps pas si lointain où les chambres froides de ce qui était encore la Commission économique européenne débordaient de beurre, stocké pour éviter que les cours de cette matière première ne s’effondrent. Le stockage avait commencé en 1964 afin de venir en aide aux agriculteurs européens alors en pleine surproduction et, en 1986, on avait atteint le volume incroyable de 1,28 millions de tonnes de beurre stockés dans les réserves de l’Europe.

Pour remédier à cet excédent structurel, des quotas laitiers ont fini par être instaurés en 1984 et, peu à peu, les « montagnes de beurre » ont commencé à se résorber. Il a quand même fallu près de 20 ans pour y parvenir et c’est en 2007 seulement qu’ont été écoulés les dernières 6000 tonnes de beurre encore stockés, pour l’essentiel d’origine espagnole à cette date. A l’époque, le prix du marché s’élevait à 2 400 € la tonne. Le système des quotas laitiers a été finalement abandonné en avril 2015 et depuis, c’est le marché mondial qui régit la commercialisation des produits laitiers sans aucun filet de sécurité.

Le résultat ne s’est pas fait attendre puisque dès 2016, le prix du lait payé au producteur est descendu en dessous du coût de production et le revenu moyen d’un éleveur en France aurait baissé de plus de 26 % entre 2015 et 2016 selon l’INSEE. Il ne reste déjà plus que 70 000 fermes laitières en France, un tiers d’entre elles ayant disparu au cours des 10 dernières années. Avec la fin des quotas laitiers qui fixaient des volumes plafond de production par pays, la production européenne a fortement augmenté, du fait principalement des grosses fermes industrielles du nord de l’Europe, ce qui tire les prix à la baisse et étrangle les derniers éleveurs laitiers encore en activité en France.

Manège de traite à la ferme industrielle dite des 1000 vaches, à Ducrat, près d’Abbeville dans la Somme (source © La Voix du Nord)

Et l’on apprend désormais que le beurre, qui jadis encombrait les frigos de Bruxelles, est devenue une denrée rare. Les rayons des supermarchés se vident et les boulangers industriels qui en sont de gros consommateurs (sachant qu’un croissant est composé à 50 % de beurre…) se retrouvent en chômage partiel faute de matière première. Le prix du beurre est ainsi passé en dix-huit mois de 2 500 à 6 500 € la tonne : un bond spectaculaire et qui pourrait encore se poursuivre. Mais comment a t-on bien pu en arriver là ? Le Marché aurait-il perdu la main, sa fameuse « main invisible » si chère aux économistes libéraux ?

Vache de race Prim’Holstein

On pourrait d’abord s’étonner que les cours du lait soient au plus bas alors que ceux du beurre, qui en dérivent directement n’ont jamais atteint de tels sommets. Certains invoquent des raisons techniques liées non pas à une météo qui aurait été défavorable à la production laitière comme certains le prétendent, mais qui découlent effectivement d’une politique menée depuis des années par la filière : en France, plus des deux-tiers du cheptel laitier sont constitués de Prim’Holstein, ces vaches laitières qui constituent l’essentiel des troupeaux européens et qui fournissent jusqu’à 10 000 litres de lait par tête et par an. Depuis des décennies, les chercheurs de l’INRA comme leurs collègues européens ont orienté la sélection de cette race dans le seul but de produire davantage de lait et moins de matière grasse. Or, sans matière grasse dans le lait, il est plus difficile de faire du beurre : il faut en moyenne 22 l de lait pour produire un kg de beurre, mais cela peut varier fortement sachant qu’un litre de lait contient selon les cas entre 35 et 45 g/l de matière grasse.

Couverture du Time de 2014 vantant les mérites du beurre

Or la consommation mondiale de beurre est désormais en hausse. Avec 8 kg par an et par habitant, la France se place au premier rangs des gros consommateurs, mais la demande est en train d’exploser dans d’autres pays, notamment asiatiques où l’on commence à prendre goût aux viennoiseries. Même aux USA, les diététiciens sont en train de revenir sur leur jugement très négatif concernant la consommation des corps gras en général et du beurre en particulier, ainsi que l’a rappelé le Time à sa Une en 2014.

Dans ce supermarché Cora, des rayons de beurre quasi vide (photo © Aurélien Laudy pour l’Union)

Beurre dans la baratte (source © Agrilait)

Mais la pénurie de beurre ne frappe curieusement que la France. Or la production de beurre français est plutôt en croissance, avec un volume global de 368 000 tonnes produit en 2015 contre 341 000 en 2010. Notre pays est actuellement le 6ème producteur mondial de beurre et le 2ème en Europe derrière l’Allemagne. De 2006 à 2010, la production mondiale de beurre a ainsi augmenté de 14 % et dépasse actuellement les 10 millions de tonnes, le premier producteur étant désormais l’Inde. Mais le géant de la production laitière est la Nouvelle-Zélande qui produit pas moins de 27 % du lait mondial, exporté principalement sous forme de poudre de lait. D’ailleurs, la France importe chaque année deux fois plus de beurre qu’elle n’en exporte, et sa principale source d’approvisionnement est justement la Nouvelle-Zélande.

Un dessin de Na !

En réalité, on se retrouve confrontés à deux phénomènes qui se surimposent. Le premier est un mouvement de fond, d’ampleur mondial et qui reflète une demande accrue de beurre, du fait de l’émergence de nouveaux marchés, notamment en Chine, alors même que la production de beurre a été volontairement freinée depuis des années parce que les consommateurs s’étaient orientés plutôt, pour des raisons diététiques, vers la consommation d’huiles végétales et de margarines. Ce mouvement de fond explique donc que les prix mondiaux du beurre soient en forte hausse, alors que ceux du lait n’augmentent que de manière modérée, du fait des stocks importants de poudre de lait encore disponibles, en particulier en Europe qui a en réserve plus de 350 000 tonnes, de quoi peser significativement sur les cours mondiaux.

A cela vient s’ajouter un élément conjoncturel spécifiquement français. On se souvient qu’en 2016, à l’issue d’une crise agricole comme la France en connaît régulièrement, le principal industriel du secteur, Lactalis, avait accepté de payer un peu plus cher le lait, à 290 € la tonne, ce qui lui permettait de s’aligner sur le prix des autres acteurs (Bongrain, SODIAAL ou Danone) tout en restant très en deçà des coûts réels de production que la profession agricole évalue entre 330 et 380 € la tonne selon les exploitations.

Mais en France, ce sont les 4 centrales d’achat de la grande distribution (Intermarché/Casino, Carrefour/Dia, Auchan/Système U et Leclerc) qui font la pluie et le beau temps en matière de fixation des prix des produits alimentaires. Les négociations avec les producteurs et les industriels de l’agro-alimentaire ont lieu une fois par an et la grande distribution s’y emploie à imposer à ses fournisseurs les prix les plus bas.

C’est la raison pour laquelle, le prix du beurre en grande surface n’a jusqu’à ce jour quasiment pas augmenté, contrairement à ce qu’on observe en Allemagne par exemple où le prix de la plaquette de beurre a plus que doublé. Comme vient de le reconnaître, après une semaine de tergiversations, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, la pénurie de beurre dans les rayons des magasins s’explique en réalité principalement par un nouveau bras de fer entre industriels et géants de la grande distribution.

Faute de pouvoir vendre leur beurre en France à un prix rémunérateur, les acteurs de la filière préfèrent donc l’exporter, tout simplement. Bienvenue dans le monde de la mondialisation heureuse !

L.V.  

A quoi sert donc le Parc des Calanques ?

30 octobre 2017

Au dessus de la calanques d’En Vau

Souvenons-nous des débats homériques qui avaient secoué le petit monde politique local lorsqu’avait été lancée, en 2009, la concertation en vue de définir les contours du futur Parc national des Calanques, alors en gestation depuis une dizaine d’années mais dont la mise en œuvre devenait envisageable grâce à la réforme des parcs nationaux adoptée en 2006 et surtout suite à l’arrêté de prise en considération du projet signé par le premier ministre de l’époque le 20 avril 2009, un certain François Fillon, qui s’est depuis illustré par d’autres actions moins glorieuses…

Lors d’une conférence organisée sur Carnoux à ce sujet en décembre 2009, les craintes que suscitaient le projet avaient été lourdement exprimées. Comme de coutume, la plupart des élus locaux étaient alors mobilisés contre ce projet, perçu comme une main mise de l’État et dont la concrétisation allait nécessairement se traduire par l’imposition de contraintes supplémentaires et la perte de certaines de leurs prérogatives en matière d’aménagement du territoire et de développement urbain.

Extrait d’un article publié dans La Provence le 11 décembre 2009

Ce sont d’ailleurs ces arguments qu’a mis en avant le conseil municipal de Carnoux pour décider à l’unanimité de son refus de s’intégrer à l’aire d’adhésion du Parc lors de sa création en avril 2012. Tout le monde ou presque était alors persuadé que la création de ce Parc national allait se traduire par une mise sous cloche du massif des Calanques, sous le regard sourcilleux d’agents assermentés veillant scupuleusement à la stricte application de réglements tatillons, de nature à interdire toute activité de pêche, de chasse et de loisir.

Panneau de signalisation du Parc national des Calanques (route des Crêtes)

Mais les élus locaux se sont tellement démenés que les contours du Parc ont été réduits à la portion congrue et la charte du Parc complètement vidée de sa substance. Du coup, 5 ans après sa création, le Parc national des Calanques est comme transparent. En dehors de quelques panneaux bien discrets posés à certaines entrées et de quelques dizaines d’agents qui patrouillent dans le massif pour rappeler avec patience les règles de base à respecter dans un espace naturel protégé, l’impact du Parc national est jusqu’à présent excessivement modeste.

L’émissaire de Cortiou par où sont déversés les effluents de la station d’épuration Géolide dans le coeur marin du Parc national des Calanques

Aucun arrêt de l’urbanisation n’a été constaté depuis la création du Parc et la bétonisation se poursuit comme jamais dans toutes les communes limitrophes, de Marseille à La Ciotat en passant par Cassis. Les eaux usées de toute l’agglomération marseillaise et de Cassis continuent de se rejeter en plein coeur du Parc national, de même d’ailleurs que les déchets industriels toxiques de l’usine d’alumine de Gardanne, malgré les avis négatifs exprimés par le Ministère de l’Environnement, mais avec l’aval des élus du Parc, tandis que les eaux limpides des calanques continuent d’être sillonnées en tout sens par des norias de bateaux à touristes, de yachts privés, de hors-bord et de jet ski tous plus bruyants et plus polluants les uns que les autres..

Quant à la chasse, non seulement le Parc national ne l’a pas interdite sur son périmètre mais de surcroit il y autorise explicitement la chasse aux gluaux, pourtant expressément illicite aux yeux de la législation européenne, ainsi que le lâcher de gibier de tir, de ces faisans d’élevage sachant à peine voler qui sont lâchés dans la nature la veille de l’ouverture et qui se font écraser sur les routes par des automobilistes distraits.

Ballet de bateaux à l’entrée de la calanque de Port Miou

Pour ce qui est de la pêche, et en dehors des quelques zones de non-pêche soigneusement délimitées, la réglementation est des plus légères, autorisant par exemple pour la pêche de loisir 7 kg de poissons par jour et par personne auxquels s’ajoutent 15 prises tels que loups, daurades, congres ou bonites… Difficile de définir des règles moins contraignantes ! Elles résultent d’ailleurs de décisions prises par une commission rassemblant de nombreux acteurs socio-économiques : prudhommies de pêche, comité régional de pêche, représentations de fédérations de pêche de loisir, clubs et sociétés nautiques de pêche… Autant dire que chacun y plaide d’abord pour ses propres intérêts !

Mérou brun, espècé protégée (photo © Hervé Thedy)

En réalité, les seules limites qu’a réussi à fixer le Parc national concerne la lutte contre le braconnage, dans le but avoué de ne pas venir concurrencer les intérêts des pêcheurs professionnels. Et pourtant, force est de constater que même sur ce point le Parc national n’a pas fait preuve jusque là d’une grande efficacité comme vient de le démontrer l’affaire qui défraie l’actualité et qui a été révélée par un article de La Provence le 24 octobre dernier.

Les faits ne datent pas d’hier puisqu’ils ont été dénoncés en septembre 2015 par un groupe de plaisanciers excédés d’observer, jour après jour, des braconniers venir pêcher en toute impunité et avec de gros moyens dans les zones interdites du Parc, notamment autour de l’île de Riou ou près du phare du Planier. Ils adressent alors une lettre anonyme à la compagnie de gendarmerie maritime de Marseille, mais sans aucun effet. Un an plus tard, un pêcheur professionnel revient à la charge et prend à son tour la plume pour dénoncer ces agissements scandaleux et illicites, qui sont d’ailleurs confirmés par des observations effectuées par les agents du Parc national eux-mêmes.

Les gendarmes finissent par ouvrir une enquête et mettent sur écoute les téléphones portables des suspects, entre septembre 2016 et février 2017, tout en épluchant leurs comptes bancaires. Ils n’ont alors aucun mal à confirmer l’existence d’une véritable entreprise de braconnage à grande échelle, aux activités quasi industrielles. Deux pêcheurs professionnels, dont l‘un a d’ailleurs déjà été condamné il y a deux ans pour activité illégale dans ce même Parc des Calanques, sont mis en cause et les montants en jeux sont considérables.

Extrait d’une plaquette éditée par le Parc national des Calanques

Vue de la calanque d’En Vau et du Cap Canaille

Les biens utilisés pour ce braconage à grande échelle, dont un bateau semi-rigide explicitement nommé « Bracoboat » ont été saisis pour une valeur estimée à environ 200 000 €, ce qui confirme l’échelle industrielle de ce trafic. Les 4 pêcheurs et chasseurs sous-maris impliqués dans ce pillage en règle des richesses biologiques du Parc national des Calanques sont poursuivis pour travail dissimulé et blanchiment de travail dissimulé en bande organisée, pêche maritime dans une zone interdite et mise sur le marché par un établissement non agréé, de produits d’origine animale destinés à la consommation humaine. Ils comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Marseille le 8 novembre prochain et risquent de lourdes amendes.

En parallèle, 8 revendeurs qui écoulaient le produits de leurs pêches miraculeuses, dont des poissonniers et grossistes ainsi que des restaurateurs renommés de Marseille, sont convoqués devant le délégué du Procureur de la République car ils sont également poursuivis pour achat en connaissance de cause, de produits de la pêche sous-marine non professionnelle et d’achat non autorisé d’espèces animales protégées, dont certaines étaient d’ailleurs pêchées dans des zones réputées inalubres au droit de l’émissaire de Cortiou en particulier.

Ecogardes du Parc national des Calanques

Ce véritable pillage organisé qui se déroule depuis des années au nez et à la barbe des agents du Parc national des Calanques dont la principale raison d’être consistait pourtant à assurer une meilleure protection des richesses environnementales de ce milieu naturel exceptionnel, conduit à s’interroger sur l’efficacité réelle de cet outil. L’implication forte des collectivités locales dans sa gouvernance était certes une nécessité pour permettre l’acceptation du projet, mais elle s’est traduit par un tel affaiblissement des contraintes réglementaires qu’on en vient à se demander si le Parc, dans son fonctionnement actuel, présente la moindre utilité, même si les plus optimistes diront que ce serait sans doute bien pire sans cela…

L.V.  

Carnoux : la mairie coûtera plus cher que prévu !

28 octobre 2017

Extrait du Messager, bulletin municipal, n°49 (octobre 2017)

Alors que le dernier numéro du Messager, daté d’octobre 2017, se contente d’informer les Carnussiens que les travaux d’agrandissement de leur mairie ont débuté mi-août par la démolition des bâtiments de l’ancienne Poste et de la PMI, voilà qu’un article publié cette semaine dans La Provence vient enfin nous en apprendre davantage sur ce projet, même si chacun avait pu constater en effet que le chantier était en cours.

Un lecteur particulièrement attentif du site officiel de la Commune aurait certes pu savoir qu’une partie au moins des marchés de travaux avait été attribuée le 29 mai dernier, sans qu’on puisse en connaître toutefois les montants ni la liste complète car le compte-rendu succinct du Conseil municipal en date du 22 juin 2017 ne fait malencontreusement apparaître qu’une page sur deux : à Carnoux, la transparence de l’information sur la gestion des affaires publique se fait toujours avec un peu de retard et beaucoup de retenue…

Article paru dans La Provence le 25 octobre 2017

L’article de La Provence vient donc combler ce besoin de précision sur un projet aussi emblématique pour la Commune. En cette période où l’argent publique est réputé se faire rare et où l’on entend chaque jour les élus municipaux se lamenter des baisses de dotation de la part de l’État, il est en effet pour le moins réconfortant de constater que la commune de Carnoux n’a pas de problème de fins de mois puisqu’elle engrange encore, à l’issue de l’exercice 2016, un excédent de fonctionnement de 1,6 millions d’euros et un excédent net de quasiment 700 000 €, ce qui l’autorise en effet à ne pas mégoter sur les dépenses d’agrandissement et d’embellissement de son hôtel de ville qui ne date pourtant que de moins de 50 ans.

Alors que la plupart des compétences ont été désormais transférées de la commune à la Métropole, certains esprits chagrins pourraient de fait s’étonner qu’il soit nécessaire d’investir ainsi dans l’agrandissement des bureaux d’une administration dont la fonction se réduit de plus en plus à la gestion de l’état-civil et de quelques bâtiments publics, dont les écoles, et dont la plupart des délibérations se résument à des demandes de subventions auprès du Conseil départemental qui finance depuis des années, grâce à la générosité des contribuables des Bouches-du-Rhône, la quasi totalité de l’investissement communal.

Vue du chantier le 22 septembre 2017

Mais loin de nous bien entendu l’idée de vouloir remettre en cause l’intérêt d’un projet aussi emblématique qui viendra parachever le projet de réaménagement du centre-ville de Carnoux. D’autant que, comme l’explique justement le maire à la journaliste de La Provence, il s’agit d’un projet « évolutif » destiné à servir seulement « pour les 20 prochaines années ».

Voilà bien en effet une caractéristique de la ville de Carnoux, cité où l’esprit pionnier domine et où tout « avance » très vite, où l’on n’a de cesse de démolir dès qu’on vient de terminer un chantier pour tout de suite reconstruire : du pain béni pour le secteur du BTP.

« Évolutif » semble d’ailleurs bien être le qualificatif qui caractérise ce projet dont le coût initial avait été évalué à 2,9 millions d’euros et dont le montant final, si l’on en croit La Provence, devrait s’établir plutôt à 3,7 millions, soit une légère augmentation prévisionnelle de 27,5 % alors même que les terrassements viennent tout juste de commencer.

Vue du chantier le 28 octobre 2017

Les raisons de ces dérives financières, telles qu’elles sont évoquées dans La Provence, ne sont pas d’une grande limpidité. Il semblerait que la démolition du bâtiment de la Poste ait fait apparaître des besoins de confortement supplémentaire pour la structure de la mairie elle-même, bien que l’on ait du mal à croire que le maître d’oeuvre ne disposait pas des plans d’exécution pour un bâtiment public de cette importante inauguré en 1970 seulement.

Toujours est-il que le cabinet d’architectes AT, en charge de la maîtrise d’oeuvre de l’opération, a pu bénéficier d’un avenant à son marché qui lui permettrait de gonfler de près de 18 % le montant de sa rémunération, portant celle-ci à 527 053 € comme le maire l’a lui-même confirmé dans un rectificatif paru le lendemain alors que la journaliste de La Provence avait initialement annoncé le chiffre mirifique de 527 millions : on ne prête qu’aux riches !

Il faudra sans doute attendre le compte-rendu du prochain conseil municipal pour connaître plus en détail les conditions de cette modification de marché qui dépasse largement le seuil de 15 % légalement toléré pour les marchés publics de travaux, ainsi que le précise l’article 139 du décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics.

Certes, des exceptions sont toujours possible, du moins jusqu’à un certain stade, mais elles sont strictement encadrées par les textes et se limitent pour l’essentiel à des « modifications rendues nécessaires par des circonstances qu’un acheteur diligent ne pouvait pas prévoir ». En d’autres termes, si en cours de chantier, il apparaît un aléa imprévu tel que la découverte inopinée d’une cavité non détectée lors des investigations géotechniques initiales, il est normal que le maître d’oeuvre puisse poursuivre le projet au prix d’un montant de rémunération supérieur pour adapter en conséquence les fondations du bâtiment, même si le coût du projet s’en trouve augmenté.

En revanche si le maître d’ouvrage change d’avis en cours d’exécution et décide de modifier les contours du projet, le juge administratif se montre nettement plus vigilant car c’est alors la porte ouverte à toutes les dérives. En matière de marché public, il est en effet classique que les candidats aux appels d’offre répondent en sous-estimant leurs coût, ceci dans le but de se placer devant leurs concurrents. Une fois le marché obtenu, ils ont tendance à demander des réévaluations de leur rémunération par voie d’avenant, en prétextant un certain nombre de missions supplémentaires non explicitement prévues dans le cahier des charges initial. Si le maître d’ouvrage accède à ces demandes, voire ajoute de lui-même certaines missions complémentaires non prévues contractuellement, cela revient à modifier l’économie initiale du marché et rien ne prouve alors que, sur la base d’un cahier des charges ainsi modifié, d’autres candidats n’auraient pas été plus performants. Autrement dit, la mise en concurrence initiale est alors faussée, ce qui ouvre la porte à des recours possibles.

Rectificatif publié dans La Provence le 26 octobre 2017

En l’occurrence, les éléments fournis dans l’article de La Provence sont bien entendu trop imprécis pour émettre un quelconque avis sur le sujet. On pourrait néanmoins s’étonner de leur teneur puisqu’il y est évoqué « la démolition de la Poste et de l’ancienne PMI initialement prévue dans un autre marché, l’intégration de la reprise du revêtement de sol, la révision à la baisse du prix du mobilier et les études géotechniques ». On ne voit pas très bien en effet en quoi les investigations géotechniques, qui sont toujours à la charge du maître d’ouvrage viennent influer sur le forfait de rémunération du maître d’oeuvre, ni bien sûr pour quelle raison la démolition préalable des bâtiment n’y avait pas été intégrée alors qu’il s’agissait de la première phase du projet et qu’il paraissait difficile de s’en passer.

Mais sans aucun doute, c’est la journaliste de La Provence qui n’a pas dû saisir toute la pensée complexe de notre maire, comme le prouve la publication du rectificatif rendu nécessaire dès le lendemain. Quand on gère des projets d’une telle ampleur, il est vraiment agaçant d’avoir de surcroît à dépenser du temps et de l’énergie à en expliquer toutes les subtilités à des électeurs trop curieux !

L.V.  

Ciel d’apocalypse en Bretagne et fournaise portugaise

18 octobre 2017

Le ciel au-dessus des toits de Rennes, lundi 16 octobre après-midi (photo © Marie Dufay / AFP)

Voilà encore de bien étranges manifestations du changement climatique global que l’on peut observer et dont les médias se sont largement fait l’écho. Ce lundi 16 octobre 2017, les Bretons ont eu la surprise d’observer un ciel plombé couleur jaune sépia plongeant leur quotidien dans une lumière crépusculaire et glauque alors que le thermomètre marquait 19 °C à Brest, à 8h du matin, et jusqu’à 25 °C dans la journée, des températures pour le moins inhabituelles à cette période de l’année.

Cette sinistre coloration jaunâtre du ciel, s’accompagnant d’une odeur prononcée de cendre, a plongé plusieurs villes bretonnes dans une ambiance quasi apocalyptique qui a beaucoup fait jaser sur les réseaux sociaux. Cette situation découle directement du flux d’air orienté du sud et correspondant au déplacement de l’ouragan Ophelia. Ces vents qui soufflaient lundi jusqu’à 130 km/h se sont chargés, lors de leur passage sur les côtes nord-africaines, de très nombreuses particules sableuses qu’ils ont charriés à travers toute la péninsule ibérique puis dans leur traversée du Golfe de Gascogne.

Ciel jaune et températures élevées pour la saison en Bretagne heures (photo © David Vincent / AP)

De nombreux records de chaleur ont été battus du fait de cette arrivée d’air subtropical poussé par la tempête Ophelia. On a ainsi relevé plus de 30 °C à Pau ou Mont-de-Marsan et même 31 °C à Vic-en-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées. A Calais, le thermomètre a affiché jusqu’à 26 °C, soit 10 °C de plus que les normales saisonnières. A Uccle, près de Bruxelles, la station météo qui date de 1833 n’avait jamais enregistré un tel record de chaleur (25,7 °C) à une période aussi tardive de l’année…

Après la Bretagne, c’est le sud de l’Angleterre qui a été frappé par le même phénomène. Dans l’après-midi du 16 octobre, la ville de Londres elle-même a été plongée dans cette atmosphère irréelle et angoissante occasionnée par un ciel orangé.

En parallèle, la tempête s’est renforcée en poursuivant sa route vers les côtes irlandaises. A la mi-journée, des rafales soufflant à 190 km/h ont été enregistrées à la pointe sud de l’île. De nombreuses toitures se sont envolées et on déplore trois morts, pour la plupart écrasés suite à la chute d’arbres. Le soir, environ 360 000 foyers étaient privés d’électricité. Cette tempête est sans doute une des pires qu’ait connue l’Irlande depuis le passage de l’ouragan Debbie en 1961, qui avait fait 11 victimes.

Passage de l’ouragan Ophelia sur les côtes irlandaises

Mais en Bretagne comme en Angleterre, l’air n’était pas seulement chargé de particules sableuses d’origine saharienne. Il charriait aussi les cendres des gigantesques incendies qui ravagent actuellement le Portugal, attisés par ces vents violents qui balaient les côtes de la péninsule ibérique. Des centaines de départs de feu se sont ainsi déclarés dimanche 15 octobre dans le nord et le centre du Portugal, ainsi que dans la région espagnole voisine de Galice. Certains semblent d’origine criminelle mais la plupart sont liés à l’imprudence, et tous ont été attisés par les vents violents de l’ouragan Ophelia, se propageant rapidement du fait de l’extrême sécheresse de la végétation après des mois de déficit pluviométrique.

A ce jour, on estime à 350 000 hectares au moins la superficie qui est ainsi partie en fumée au Portugal lors de cet épisode, et le bilan humain est particulièrement lourd avec 4 morts en Espagne et 41 au Portugal. Plus de 3000 pompiers ont été mobilisés pour lutter contre les flammes, avec même l’aide de bombardiers d’eau italiens.

Feu de forêt dans la région de Leiria, le 18 juin 2017 (photo © Patricia De Melo Moreira / AFP)

Déjà, en juin dernier, le pays avait été victime d’un gigantesque incendie qui avait provoqué la mort de 64 personnes dans la région de Leiria. Provoqué par la foudre alors que les températures au sol dépassaient les 40 °C, le feu avait progressé à une vitesse phénoménale parmi les forêts de pins et d’eucalyptus, piégeant de nombreux habitants dans leur maison ou sur les routes. Un véritable désastre malgré la mobilisation de 2000 pompiers volontaires.

A côté de ces feux de forêts catastrophiques, l’incendie qui a menacé Carnoux cet été paraît bien anodin même s’il aurait pu avoir lui-aussi des conséquences dramatiques. Et bien d’autres se sont produit récemment à travers le monde. Ainsi, la Californie qui fait l’objet depuis le 8 octobre de violents incendies, les pires peut-être que cette région a connu depuis 1933, même si en septembre 2015 déjà, la Californie avait été ravagée par les flammes, déplorant alors la destruction de plus de 600 bâtiments dont de nombreuses maisons d’habitation.

Maison en flamme dans la région de Napa en Californie le 9 octobre 2017 (photo © AFP)

Depuis le début du mois d’octobre, 22 départs de feu ont été notés et le dernier bilan disponible à ce jour fait état de 86 000 hectares brûlés avec près de 5 000 maisons réduites en cendres. Plus de 600 000 personnes ont dû être évacuées en catastrophe et au moins 41 mort sont à déplorer, ainsi que 88 disparus. Un très lourd bilan donc et des images d’apocalypse là aussi comme le montrent les photos aériennes : des lotissements entiers ont été totalement rayés de la carte suite au passage des flammes.

Fourgon postal distribuant le courrier dans les ruines de Santa Rosa, Californie, le 10 octobre 2017 (capture video © Douglas Thron)

Le photographe Douglas Thron, filmant avec son drone les ruines de la ville de Santa Rosa, dans le nord de la Californie, a néanmoins eu la surprise d’y repérer une activité insolite, celle du fourgon de la Poste venant consciencieusement distribuer le courrier dans les boîtes aux lettres, seules vestiges non calcinés au milieu d’un champ de ruines. Contrairement à la Poste de Carnoux, qui n’est plus que l’ombre d’un service public bien chancelant, la Poste californienne fait preuve d’un niveau de résilience remarquable…

L.V.

Un jardin se crée à Carnoux !

16 octobre 2017

Depuis des années, beaucoup de Carnussiens s’interrogeaient sur l’avenir de l’arboretum planté dans les hauts de Carnoux, juste à côté du cimetière. Cette parcelle municipale, autrefois occupée par un éphémère circuit automobile et où il avait été un temps évoqué l’idée d’y creuser un bassin nautique, avait été le support d’un projet séduisant porté par le Lion’s Club et qui consistait à y planter des espèces d’arbres variées dédiées à chaque naissance de nouveaux Carnussiens.

Une des stèles de l’arboretum, désormais dans le périmètre du jardin

Entièrement financé par la section locale du Lion’s Club et inauguré en 2006 par le maire de la commune, le projet a nécessité de remblayer l’ensemble de la parcelle avec plus d’1 m de terre pour espérer y voir prospérer des arbres, tous plantés en grandes pompes et assortis chacun d’une superbe stèle en béton portant fièrement une plaque gravée au nom des nouveaux nés du mois, devenant ainsi parrains et tuteurs de l’arbre. Une bien lourde responsabilité pour ces jeunes Carnussiens car, malgré les énormes quantités de terre rapportée (en réalité, des déchets de démolition lestés de blocs de béton et de plaques de goudron), le soin apporté à la mise en terre des arbres dans une grosse motte et malgré le réseau de goutte-à-goutte installé à grands frais sur tout le terrain, les pauvres arbres ont eu bien du mal à survivre au-delà de quelques années.

Le spectacle de désolation qu’offre depuis quelques années ce dernier espace encore vierge de Carnoux a incité quelques habitants de la ville à initier fin 2016 et après avoir visionné le film documentaire « Demain », réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, l’idée d’y créer un jardin collectif ouvert aux habitants de Carnoux, dans un esprit collaboratif et pédagogique. Fortement soutenu par Sophie Gébelin, adjointe en charge de l’environnement, le projet a fait l’objet d’un questionnaire diffusé en février 2017 à l’ensemble des associations de Carnoux afin de recueillir l’avis des habitants et évaluer leur potentiel souhait d’y participer.

La bonne surprise est venue du taux de réponse remarquable reçu à ce questionnaire puisque plusieurs centaines de familles se sont manifestées pour exprimer leur intérêt. Une association intitulée « Un jardin se crée à Carnoux-en-Provence » a donc été fondée dans la foulée et déclarée en Préfecture en mars 2017. La commune a accepté de laisser gratuitement à l’association, via une convention, la jouissance de quelques centaines de mètres carrés à titre expérimental, ainsi que la possibilité de se brancher sur le réseau de distribution d’eau qui irrigue déjà les arbres.

Quant au Lion’s Club, enthousiasmé par l’idée de redonner une deuxième vie plus verdoyante à cette parcelle en triste état, il a accepté d’accompagner financièrement le projet, ce qui a permis au petit groupe de volontaires d’acheter du grillage pour protéger le futur jardin contre les intrusions de sangliers et de mettre en place un système automatisé d’arrosage par goutte-à-goutte. Et ensuite, chacun s’est retroussé les manches pour commencer à aménager la future parcelle.

Le jardin en cours d’aménagement

Vu la nature des remblais qui la recouvrent, il n’était bien évidemment pas envisageable d’y semer directement radis et salades. L’association, qui souhaitait d’emblée s’inspirer d’une approche de type permaculture, a donc privilégié la culture sur buttes fertilisées à long terme par l’enfouissement de quantités importantes de matière organique sous forme de bois et déchets végétaux. Il s’agit bien sûr de cultiver sans intrants chimiques, en favorisant les associations culturales et en limitant le travail de labour.

Dès le printemps, le petit groupe de pionniers s’est donc retrouvé régulièrement les vendredis après-midi sur la parcelle pour l’aménager progressivement et constituer les premières buttes de culture à vocation expérimentale. Vus l’exiguïté du terrain alloué et la nature du sol a priori peu favorable au maraîchage, il n’était pas possible d’ouvrir trop largement l’association dès le départ, au risque de créer rapidement désillusion et découragement.

Et cet été, les résultats ont été à la hauteur des espérances avec de belles récoltes de tomates, de pommes de terre et de basilic en particulier. Il y a bien eu une tentative d’effraction (alors que la porte du jardin n’est pas fermée !), sans doute un peu de cueillette sauvage et surtout beaucoup de picorage des tomates par des pies affamées et des escargots gloutons, mais l’expérience a montré qu’il était tout à fait envisageable de poursuivre le maraîchage sur le plateau de l’Anguila malgré les conditions pédoclimatiques sans doute pas très optimales.

L’association s’est réunie le 29 septembre 2017 pour tirer un premier bilan de cette saison expérimentale, ce qui a permis d’intégrer quelques familles supplémentaires mais pour l’instant il n’est pas encore question d’étendre la superficie concédée par la commune.

Vue des nouvelles buttes aménagées le 14 octobre 2017

C’est donc toujours dans le même enclos que tous les sympathisants et volontaires se sont réunis ce samedi 14 octobre pour une journée de travail collectif qui a permis de remodeler largement une bonne partie de la parcelle. Quatre nouvelles buttes ont ainsi été aménagées, trois arbres fruitiers et plusieurs arbustes ont été plantés, le tout dans la bonne humeur, l’entraide et la convivialité !

L’aventure du jardin collectif expérimental de Carnoux se poursuit…

L. V. 

Draguignan : l’assassin du chat dort en prison…

3 octobre 2017

Alors que l’assassin du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés, noyé dans la Vologne, le 16 octobre 1984, n’a toujours pas été identifié, il arrive que la police française ait plus de succès dans ses investigations criminelles. Ayons donc l’honnêteté de le reconnaître et de saluer comme il se doit cette belle réussite des forces de l’ordre de Draguignan qui, à l’issue d’une enquête approfondie et dans une affaire fortement médiatisée également, ont réussi, non sans mal, à identifier en quelques mois le coupable d’un crime particulièrement odieux et à le traduire devant la justice où il vient d’être sévèrement jugé comme il se doit, avant d’être immédiatement incarcéré.

L’affaire remonte dans la nuit du 30 au 31 mai 2017. Au petit matin, une habitante du centre de Draguignan et son fils découvrent horrifiés le corps sans vie de C., un SDF bien connu de tous les habitants du quartier qui lui donnaient régulièrement à manger. Le pauvre a été affreusement torturé. Il a le crâne ouvert et les yeux sont sortis des globes oculaires sous l’effet de la violence des coups qu’il a reçus. L’autopsie révélera des lésions graves à la boîte crânienne, des ecchymoses sur tout le corps et des vertèbres retournées : un vrai massacre.

Tout le quartier est en émoi d’autant que la victime était bien connue de la plupart des riverains. Dans cette ville dont le centre ancien tend à se paupériser et où le Front National fait des scores fleuves, on accuse aussitôt des bandes de jeunes loubards désœuvrés qui se seraient acharnés sur la pauvre victime, confirmant une fois de plus le climat de violence extrême et d’insécurité auquel serait désormais confrontée la population de cette belle cité varoise.

Mobilisation devant l’hôtel de ville de Draguignan le 17 juin 2017 (source © Var Matin)

Alors que la police commence son enquête, un habitant du quartier, Christopher Bianconi, ouvre immédiatement une page Facebook pour appeler à se mobiliser et lance dans la foulée une pétition sur le site change.org. Le succès est immédiat et ce sont au total 266 176 signatures qui seront recueillies en quelques mois. Toute la presse locale est sur le pont. Var Matin fait état des prélèvements ADN qui ont été opérés sur le corps du supplicié et des rapides progrès de l’enquête qui mobilise une bonne partie des forces de l’ordre de la ville. France 3 diffuse de son côté un reportage alarmiste qui fait état de tortures atroces qui auraient été infligées à la pauvre victime.

Des associations se portent partie civile. Le 17 juin 2017, plus de 300 personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Draguignan pour crier leur colère et appeler à un jugement sévère contre l’ignoble assassin alors toujours en cavale. La mobilisation dépasse rapidement les seules frontières du Var et le 23 juillet, on assiste à une nouvelle manifestation, cette fois sur le Vieux-Port à Marseille, pour réclamer justice. Grâce au miracle Facebook, d’autres rassemblements sont signalés partout en France, jusqu’à Lorient…

Manifestation sur le Vieux-Port de Marseille le 22 juillet 2017 pour défendre la mémoire de C. (photo © Lucas Valdenaire / Radio France)

Le 28 mai 2017 enfin, deux mois après les faits, Johnny M., un jeune homme de 28 ans, déjà connu pour des faits de torture animale et qui avait témoigné, ainsi que sa compagne, en accusant du meurtre des jeunes du quartier, finit par cracher le morceau : c’est lui qui a assassiné le pauvre C. en lui assénant de violents coups de pied avec ses chaussures de sécurité. Ici on n’est pas à Las Vegas et nul besoin d’armes de guerre sophistiquées pour faire régner la terreur dans les rues de Draguignan…

Le petit chat errant des rues, que tout le quartier appelait Chevelu, est mort sur le coup, sous la violence des coups portés. Le jeune homme justifie son acte odieux car il en avait tout simplement assez de voir l’animal pisser régulièrement sur son scooter. Il a été traduit devant le tribunal correctionnel de Draguignan le 15 septembre dernier, suscitant une nouvelle fois un fort rassemblement de partisans déchaînés de la cause animale.

Manifestation de soutien à la mémoire de la victime (photo © MAXPPP)

Sa condamnation à six mois de prison ferme, relatée avec force détail, y compris par certains médias nationaux, de 20minutes à FranceBleu, est plutôt sévère pour des faits de ce type, sans doute justifiée au moins autant par la forte mobilisation populaire suscitée par son geste, voire par la manière dont il a tenté de détourner les soupçon en baladant les policiers vers d’autres suspects, que par la violence de son geste.

Toujours est-il que l’assassin de Chevelu dort désormais en prison et que Christopher Bianconi vient de clôturer sa pétition tout en précisant bien qu’il ne s’associe pas nécessairement aux outrances de certains défenseurs de la cause animale particulièrement remontés dans cette sordide affaire et qui n’ont pas hésité à noircir encore le tableau en inventant des faits de torture quelque peu exagérés.

Reste quand même la question lancinante après ce dénouement heureux, tout à la gloire de la police et de la justice varoises : la mobilisation populaire pour inciter les forces de l’ordre à retrouver et à condamner sévèrement cet assassin auraient-elle été aussi forte si la victime SDF avait été un homme et pas un chat ? Il n’y a bien entendu pas la moindre raison de penser que ce n’aurait pas été le cas, quoique ?

L.V.

Carnoux : la mairie au bord du trou…

11 septembre 2017

Un vestige de l’ère Guérini…

Annoncés depuis plus de 10 ans dans le cadre des travaux de rénovation du centre ville de Carnoux, et largement subventionnés par le Département des Bouches du Rhône au titre du contrat 2010-2013, comme le rappelle fièrement une pancarte apposée sur la façade de la mairie, datant de l’époque où cette collectivité se dénommait encore Conseil Général et était dirigée par un certain Jean-Noël Guérini, les travaux d’agrandissement de l’hôtel de ville de Carnoux viennent enfin de démarrer !

Le projet lui-même, qui vise à reconfigurer complètement et à agrandir l’hôtel de ville de Carnoux, est dans les cartons depuis des années puisqu’il fait partie intégrante du programme de rénovation conçu en 2006 par le cabinet d’architectes marseillais Territoires et Habitat. En 2013 a été lancé le concours de maîtrise d’œuvre en vue de sélectionner l’équipe d’architectes chargée de concevoir et réaliser le projet d’extension de l’hôtel de ville lui-même. Constitué fin 2013, le jury de concours s’était réuni en catimini le 6 mars 2014, quelques jours seulement avant le premier tour des élections municipales, pour sélectionner 4 candidats appelés à présenter un projet.

C’est finalement à l’occasion du conseil municipal du 28 novembre 2014 qu’a été attribué le marché de maîtrise d’oeuvre au cabinet marseillais AT, qui associe les deux architectes Céline Teddé et Jérôme Appack. Le montant prévisionnel des travaux sur la base duquel est attribué ce marché est alors estimé à 2,9 millions d’euros hors taxe.

Maquette du projet de rénovation et d’extension de l’hôtel de ville (source : Messager n°47 – avril 2017)

Le projet, conçu par les deux architectes consiste à détruire le bâtiment de la Poste, accolé à la mairie, ainsi que les petites constructions basses situées sur l’arrière de l’hôtel de ville et attribuées à différentes associations satellites. L’espace ainsi libéré, maintenant que le bureau de Poste a été transféré dans les nouveaux immeubles voisins, permettra une reconfiguration complète des locaux. Le rez de chaussée, organisé autour d’un patio, est destiné à accueillir les bureaux d’état civil, la salle des mariages, la police municipale, la PMI, le CCAS et les locaux de l’Office municipal des sports et de la jeunesse. Au premier étage seront relégués les services administratifs et les bureaux des élus.

Le maire actuel de Carnoux en vedette sur les maquettes du projet…

Le projet ainsi élaboré a été largement présenté dans la revue municipale, en particulier en avril dernier et s’étale depuis un an sur la quasi totalité des supports publicitaires de la commune. Les maquettes du projet, élaborées par le cabinet d’architectes ont même poussé la flagornerie jusqu’à faire figurer, sur l’image qui présente le hall d’accueil du futur hôtel de ville rénové, la silhouette du maire, l’illustre Jean-Pierre Giorgi en personne, ce qui permet à ce dernier d’exposer ainsi, aux frais de la collectivité, sa binette sur tous les panneaux de la ville, selon le vieil adage : publicité bien ordonnée commence par soi-même…

La façade de l’hôtel de ville avant la démolition de la Poste attenante (photo © CMS / La Provence)

En février 2015, un premier marché a été conclu pour les missions de contrôle technique et de coordination en matière de sécurité sur le futur chantier, et le permis de construire a été délivré en avril 2016, mais il a fallu attendre ensuite septembre 2016 pour s’aviser que les anciens locaux de la Poste et de l’hôtel de ville de Carnoux, inaugurés en 1970, il y a une petite cinquantaine d’années, étaient susceptibles de contenir de l’amiante, ce qui nécessitait de recruter un assistant à maîtrise d’ouvrage spécifique pour traiter ce sujet, puis de lancer un marché pour le désamiantage des locaux, en octobre 2016.

Les marchés de travaux eux-même n’ont donc été lancés que fin 2016 et deux des treize lots ayant été déclarés infructueux ont dû être relancés en février et à nouveau en mars 2017 pour le lot 4 qui concerne les travux de serrurerie-métallerie. Tous les marchés étant désormais attribués et les anciens locaux désamiantés, les travaux de démolition ont finalement pu commencer à la fin de l’été comme chacun a pu le constater. Le dernier conseil municipal s’est d’ailleurs tenu dans une salle « rétrécie » comme n’a pas manqué de le faire remarque le maire lui-même.

Le chantier de terrassement en cours (10 septembre 2017)

Au vu des marchés qui ont été passés, et comme l’a rapporté La Provence en juillet dernier, le montant global des travaux devrait finalement s’établir aux alentours de 5 millions d’euros, soit sensiblement davantage que les 2,9 millions annoncés jusque là, le seul lot lié au gros œuvre, démolition et maçonnerie, ayant été attribué pour un peu plus de 1,7 millions d’euros, mais quand on aime, on ne compte pas…

Un hôtel de ville désormais au bord du trou…

Depuis la semaine dernière, le terrassement a débuté sur deux côtés du bâtiment principal, mettant à jour les fondations de l’hôtel de ville qui frôle donc désormais l’abîme. L’opération confirme au passage la faiblesse de cette structure manifestement édifiée à la va-vite, à l’époque des pionniers de Carnoux, plus soucieux de rapidité que de qualité d’exécution…

Espérons en tout cas pour la réputation de l’architecte et pour l’équilibre des finances municipales, que l’édifice ne basculera pas dans la fosse et qu’il tiendra le coup, le temps d’engager les opérations de confortement et d’extension…

L.V.  

Addendum : Monsieur le Maire nous écrit 

Monsieur le Président,

Je suis tombé par hasard sur l’article intitulé « Carnoux : la mairie au bord du trou » qui est paru sur votre très intéressant blog le 11 septembre.

Je ne répondrai pas point par point sur l’interprétation erronée et injuste que vous faites du déroulement des opérations de réhabilitation du centre ville en général et de l’hôtel de ville en particulier.

Ces attaques gratuites et agressives de l’auteur n’ honorent pas votre association et donc son président.

Dommage que ces préoccupations politiciennes prennent le pas sur le dialogue et l’intérêt premier de notre chère commune et de ses habitants.

Bien entendu je vous demande de publier en vertu de mon droit de réponse ce courriel.

Veuillez croire, Monsieur le Président, à la sincérité de mes sentiments à votre égard.

 

Jean-Pierre GIORGI

Maire de Carnoux-en-Provence

Transports publics gratuits : une idée d’avenir ?

9 septembre 2017

Sur le territoire de l’ancienne communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, qui s’est fondue début 2016 dans la métropole Aix-Marseille-Provence, les transports publics, y compris le tramway, sont gratuits depuis mai 2009. Une mesure portée à l’époque par l’ancienne présidente de l’agglo, Magali Giovannangeli (Front de gauche) mais que celle qui lui a succédé en 2014, Sylvia Barthélemy (UDI), n’a jamais souhaité remettre en cause.

Les bus gratuits à Niort depuis le 1er septembre 2017 (photo © B.C. / La Charente libre)

Et voila que l’actualité braque de nouveau ses projecteurs sur cette question de la gratuité des transports publics, à l’occasion de la mise en application d’une promesse de campagne du nouveau maire de Niort, le gaulliste étiqueté Parti radical, Jérôme Baloge : depuis le 1er septembre 2017, les bus desservent gratuitement les 45 communes de la Communauté d’agglomération du Niortais qui compte quand même 120 000 habitants. Du coup, les articles fleurissent dans la presse pour rappeler, comme le fait notamment Libération, que ce sont désormais 22 collectivités en France qui ont mis en œuvre ce principe de gratuité des transports publics, pour la plupart de petites communes à l’instar de Gap, Vitré ou Libourne, mais aussi quelques agglomérations plus importantes comme celle de Châteauroux dans l’Indre, ou encore la communauté urbaine de Dunkerque qui compte 200 000 habitants.

Dans cette dernière, pour l’instant, les bus ne sont gratuits que le week-end, depuis maintenant 2 ans, mais la mesure devrait être étendue à tous les jours de la semaine d’ici l’an prochain. D’ailleurs, lorsque cette mesure a été instaurée, en septembre 2015, ce sont les Aubagnaises Magali Giovannangeli et Sylvia Barthélemy qui ont été invitées à venir faire part auprès de la population de leur retour d’expérience en matière de transports publics gratuits, comme le rapporte la presse locale.

Magali Giovannangeli, artisane de la gratuité des transports publics d’Aubagne (photo © T. B. / Sud Ouest)

Et ce retour d’expérience est globalement positif, à Aubagne comme dans d’autres agglomérations où l’impact a pu être analysé. A Aubagne, selon Maxime Huré, chercheur à l’université de Perpignan et président de l’association Villes innovantes et gestion des savoirs, la fréquentation des bus aurait triplé depuis 2009 et il estime que un tiers de ces nouveaux utilisateurs utilisent désormais les transports en commun en lieu et place de leur voiture. Des chiffres qui semblent néanmoins à relativiser puisque les responsables locaux n’évoquent eux-même qu’une augmentation de fréquentation de 170 % et un report modal très difficile à estimer… A Dunkerque, la fréquentation dans les bus a augmenté de 78 % le dimanche, et à Châteauroux, elle aurait été multipliée par deux.

On cite aussi le cas de Tallinn, 430 000 habitants, capitale de l’Estonie qui affirme, elle, avoir vu augmenter sa fréquentation de 7 à 8 % seulement, depuis 4 ans que les bus ont été rendus gratuits pour ses ressortissants. En revanche, la mesure a contribué à attirer en ville 40 000 nouveaux habitants dont les impôts locaux représentent des rentrées fiscales supplémentaires de 38 millions d’euros alors que la billetterie ne rapportait que 12 millions par an. Une opération largement profitable donc et qui pourrait être étendue prochainement à l’ensemble du pays.

Il semble que cet argument de l’augmentation de la fréquentation soit le principal en faveur de la gratuité des transports en commun. Plutôt que de faire tourner des véhicules à vide comme cela a été longtemps le cas des bus de la Marcouline, autant rendre le service gratuit pour en augmenter l’attractivité. Cela contribue à revitaliser les centre-villes et à décongestionner le réseau routier urbain.

Un bus gratuit à Aubagne (photo © Audrey Cerdan / Rue89)

Mais le coût du service n’est pas, loin s’en faut, le seul obstacle à leur utilisation : l’extension du réseau, la fréquence des liaisons et surtout leur fiabilité, voire le confort des usagers sont d’autres critères qui font que de nombreux usagers sont réticents à utiliser les transports en commun.

De ce point de vue, l’enquête réalisée en 2013 à Aubagne par Rue 89, est édifiante. On y entend une étudiante de 17 ans déclarer sans vergogne : « le bus était déjà gratuit avant puisqu’on ne payait pas et qu’on ne s’est jamais fait contrôler ». Aucun impact donc en terme de pouvoir d’achat, mais un gain en confort puisque désormais, prendre le bus est « moins stressant », ce qui explique d’ailleurs qu’à Châteauroux, les chauffeurs observent des groupes de jeunes passer tout leur mercredi après-midi à se faire promener en ville, au point qu’il a fallu réintroduire une présence humaine aux côté des chauffeurs pour remplacer la disparition des contrôleurs et rassurer les autres voyageurs. Il n’y a cependant pas eu d’augmentation des incivilités comme le craignaient certains opposants.

L’impact sur la décongestion de la circulation reste cependant modeste. A Aubagne, les chauffeurs ont parfois le sentiment de conduire un manège qui incite certains à attendre 25 minutes pour s’asseoir dans le bus le temps d’un arrêt plutôt que de marcher à pied, tandis que les déplacements du quotidien pour aller travailler n’ont guère évolué, la plupart se faisant au-delà de l’aire où les transports publics sont gratuits. Rares sont d’ailleurs les Carnussiens qui empruntent les transports en commun pour se rendre à Aubagne, découragés par la fréquence très insuffisante des bus et leur coût relativement élevé (1,80 € le ticket).

A Aubagne, la gratuité des transports publics s’affiche avec fierté (photo © archives f.c. / La Marseillaise)

Pour autant, ces expériences ont le mérite de montrer que les modèles de gestion des transports en commun peuvent être multiples et que le recours à la gratuité est parfaitement pertinent dans certaines circonstances. A Aubagne l’extension de la communauté d’agglomération en 2008 avait permis de faire passer le montant de la contribution des entreprises de 0,6 % à 1,5 % puis 1,8 %, représentant l’essentiel des recettes et permettant de couvrir la quasi totalité des dépenses du réseau de transports publics. Il en est de même à Niort où les recettes de la billetterie ne représentent que 10 % du financement du réseau, et même seulement 8 % à Dunkerque. Dans ces conditions, on conçoit en effet que l’on puisse envisager de se priver de cet apport relativement marginal tout en boostant la fréquentation du réseau et en incitant les habitants à utiliser davantage les transports en commun, plus économiques et surtout plus écologiques en site urbain dense.

Mais ce cas de figure est loin d’être généralisé. En agglomération parisienne par exemple, la part payée par les usagers (billets et abonnements) représente de l’ordre de 50 % des recettes affectées au réseau de transports en commun. Rendre l’accès gratuit permet certes de faire des économies non négligeables puisque cela permettrait de supprimer quelques 1250 agents affectés au contrôle (mais qu’il faudrait sans doute redéployer pour assurer des missions d’accompagnement et de sécurité auprès des voyageurs) et d’économiser environ 90 millions d’euros par an sur la billetterie et les dispositifs de contrôle.

Mais les autorités organisatrices de transports se verraient alors privées d’une part importante de leurs ressources alors que leur problématique principale est actuellement d’investir toujours davantage pour mieux entretenir et moderniser le réseau et le matériel, fiabiliser et densifier la desserte, mais aussi prolonger les lignes au fur et à mesure que l’urbanisation progresse, et ceci pour tenter de répondre aux besoins des usagers dans un contexte de réseau totalement saturé.

Quai du RER A à Paris : on approche de la saturation… (photo © AFP)

Le contexte n’est d’ailleurs pas très différent dans l’aire métropolitaine marseillaise. Certes, le goût bien ancré des populations locales pour la voiture individuelle nécessite des approches volontaristes pour inciter chacun à utiliser davantage les réseaux de transports en commun. La gratuité du service peut y contribuer, au moins dans une période transitoire et lorsque le contexte le permet. Elle présente néanmoins le grave inconvénient de se priver d’une source généralement importante de recettes alors que la problématique principale est d’investir davantage pour développer et adapter l’offre de transports publics aux besoins.

Comme souvent en matière de gestion des services publics, les choses ne sont pas si simples qu’il n’y paraît et l’optimum revient souvent à mobiliser en parallèle plusieurs leviers complémentaires, selon un dosage qui peut être très variable selon le contexte local…

L.V.  

Le Bateau bleu bientôt au bord des Calanques…

3 septembre 2017

Décidément, les projets architecturaux fleurissent à Marseille. Alors que les travaux battent leur plein dans le cadre de l’opération Euroméditerranée, que le réaménagement de la Porte d’Aix avance à grands pas et que sont désormais quasiment achevées les constructions réalisées autour du stade Vélodrome réhabilité et agrandi, deux projets retiennent l’attention, tous deux pilotés par l’architecte Jean Nouvel.

Cet architecte français mondialement connu, s’était fait un nom au début des années 1980 avec la conception de l’Institut du Monde Arabe à Paris, avec ses spectaculaires façades à moucharabieh. C’est lui également qui a dirigé la réhabilitation de l’Opéra de Lyon, la construction du Musée des arts premiers, quai Branly à Paris, la tour Agbar à Barcelone ou encore le Louvre d’Abou Dhabi.

Les futures Tours d’Arenc dont la Marseillaise à droite (source © Constructa)

A Marseille, c’est son équipe qui a été retenue pour réaliser une des trois tours d’Arenc initiées par le promoteur Constructa dans le périmètre d’Euroméditerranée, entre le Silo et la tour CMA-CGM. Cette tour, pompeusement dénommée La Marseillaise est actuellement en cours de construction depuis fin 2014. Le noyau central en béton est désormais achevé, donnant à la tour sa hauteur définitive de 135 m, un peu moins que celle de la CMA-CGM, mais davantage que ses deux futures voisines.

Avancement du chantier de La Marseillaise (août 2017 – source © Vinci construction)

La tour H99, qui culminera comme son nom ne l’indique pas précisément à 99,90 m de hauteur, conçue par l’architecte Jean-Baptiste Pietri, comprendra 130 appartements de grand standing, répartis sur 27 étages avec vues panoramiques sur la ville et sur la baie de Marseille. Quant à la troisième, la tour Horizon, imaginée par Yves Lion, elle est prévue pour s’arrêter à 113 m de hauteur et pour abriter 200 chambres d’hôtels et 150 chambres de résidence de tourisme réparties sur 35 étages, mais le projet est encore en attente d’investisseurs.

La tour Marseillaise, quant à elle, prend forme rapidement. Ses 31 étages sont désormais en plein travaux mais la façade a déjà revêtu son apparence définitive avec ses couleurs qui oscillent, au gré de l’éclairage, entre les trois couleurs symboliques que sont, paraît-il, le bleu (comme les couleurs de l’OM, naturellement), le blanc (des nuages, forcément) et le rouge (des tuiles provençales, bien sûr). Une tour qui abritera, d’ici fin 2018, 35 000 m² de bureau, dont la moitié a été préemptée pour les services de la Métropole Aix-Marseille-Provence, le reste se partageant entre la Caisse d’Epargne, la Sodexo, la Chambre de commerce et d’industrie et Orange. Que du beau monde qui se retrouvera chaque midi dans un restaurant inter-entreprises de 2 800 m².

Et l’architecte Jean Nouvel ne compte pas s’arrêter en si beau chemin puisqu’il pilote un autre projet d’envergure, toujours dans la cité phocéenne mais cette fois à Saint-Just, juste en face du Dôme et du Bateau bleu, un bâtiment emblématique conçu par le Britannique William Aslop et qui abrite le siège du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Achevés tous les deux en 1994, le Bateau bleu et le Dôme, la plus grande salle de spectacle marseillaise, flottaient jusque là dans l’environnement inachevé de la ZAC Saint-Just, qui s’étend de part et d’autre de l’avenue Alexandre Flemming. Fin 2011, le promoteur Amétis s’est porté acquéreur d’une vaste parcelle de 8700 m², située juste en face, à l’angle avec le boulevard Maréchal Juin, tandis qu’un autre projet d’immeuble de bureau voyait le jour sur la parcelle adjacente côté sud, l’îlot Meyer.

Vue aérienne montrant l’implantation du projet (source © Amétis)

Le projet conçu en 2014 par Jean Nouvel, et dont les travaux ont débuté fin 2016, comprendra plus de 500 logements en accession à la propriété, en locatif social ou libre et pour étudiants, répartis en 7 bâtiments de 8 à 16 étages et dont la hauteur culminera à près de 50 m, un peu en dessous de son illustre voisin puisque le Bateau bleu monte à 66 m… Un parking, destiné en partie aux usagers du Dôme voisin, prendra place sous les immeubles et un cheminement piétonnier souterrain facilitera l’accès à la station de métro toute proche.

Façade en arc de cercle face au Bateau bleu (source © Amétis)

Baptisé en toute simplicité « Les Calanques », cet ensemble architectural ne manque pas d’originalité puisqu’il se présente comme un îlot de plusieurs bâtiments en arc de cercle dont la façade extérieure, côté boulevards, ressemblera à un immense mur bleu à haute performance acoustique, rappelant furieusement la couleur originale du Bateau bleu voisin, mais l’isolant des éclats de voix des conseillers départementaux en plein débat, et surtout du bruit de la circulation environnante.

Maquette du projet (source © Ateliers Jean Nouvel – ideom)

Des balcons végétalisés sur une cour parsemée de rochers (source © Amétis)

En partie centrale et autour d’une cour intérieure végétalisée comme un jardin méditerranéen aménagé autour d’un bassin central, les 546 appartements se déploieront sous forme de terrasses étagées. De nombreux enrochements calcaires, évoquant le paysage des calanques voisines, seront disposés au pied du mur de façade végétalisé, histoire de créer en plein centre urbain, un paysage minéral et végétal rustique.

Les différents logements de ce projet immobilier ambitieux ne seront livrés qu’entre 2019 et 2020 mais il est probable, si l’on se réfère aux nombreuses polémiques initiées lors de la construction du Bateau bleu, que ce nouveau projet architectural aussi coloré que végétalisé et qui devrait se voir de loin, n’a pas fini de faire jaser sur la Cannebière…

L.V.  

Au Texas, Houston sous les eaux

30 août 2017

Le sud du Texas est en train de connaître une des pires inondations de son histoire récente. En cause, l’ouragan Harvey, né à la mi-août d’une onde tropicale en Afrique de l’Ouest, et dont les météorologues ont suivi l’évolution à travers tout l’Océan atlantique jusqu’aux côtes vénézuéliennes.


L’ouragan Harvey a tout balayé sur son passage dans les zones côtières (photo © Gabe Hernandez / AP)

Arrivé sur le golfe du Mexique, l’ouragan s’est brusquement intensifié au-dessus des eaux chaudes et a abordé la côte texane vendredi 25 août, classé en catégorie 4 avant de se transformer en simple tempête tropicale à partir du samedi après-midi. Depuis, du fait de l’absence de vent en altitude, la tempête Harvey fait quasiment du sur-place et se déplace très lentement vers l’Est tout en se rechargeant en permanence avec les eaux chaudes du Golfe du Mexique tout proche.

Carte de situation publiée dans Le Monde (source NOAA, New York Times), montrant les cumuls de précipitation et la trajectoire de la tempête au 30 août 2017

Le résultat est assez effrayant puisque on comptabilise désormais en 5 jours un cumul de précipitations tout à fait inhabituel qui pourrait atteindre localement, d’ici jeudi, 1270 mm, bien davantage que ce qui peut tomber sur Marseille en une année entière ! La ville littorale de Corpus Christi, qui compte 300 000 habitants, a été une des premières dévastées par l’ouragan Harvey avec des vents soufflant en pointe à 215 km/h, et à partir du dimanche 27 août c’est la ville de Houston, quatrième plus grande ville des Etats-Unis avec 2,3 millions d’habitants, qui a été à son tour noyée sous des trombes d’eau continues.

Maisons d’habitation ravagées par l’ouragan Harvey à Rockport (photo © Mark Ralston / AFP)

De nombreux axes routiers ont été inondés parfois sous plusieurs mètres d’eau et on a vu des habitants attraper à main nue des poissons passant devant leur porte tandis que les épaves de voitures partent à la dérive dans une eau boueuse qui envahit peu à peu toute la ville.

Au moins 10 personnes ont déjà trouvé la mort depuis le déclenchement de ces inondations, dont une personne qui est décédée dans l’incendie de sa maison à Rockport tandis qu’une femme s’est noyée à Houston en sortant de sa voiture dans une zone où la vitesse d’écoulement était rapide. L’état de catastrophe naturelle a été déclaré dès vendredi et la population est invitée à rester confinée chez elle pour limiter les risques de noyades dans des rues totalement submergées par les eaux.

A Corpus Christi comme en plusieurs autres endroits, des consignes d’évacuation volontaires ont été données, tandis que 4500 prisonniers du centre de détention de la ville de Rosharon, au sud de Houston, ont dû être évacués en catastrophe. Au moins 230 000 foyers étaient privés d’électricité dès dimanche et la situation ne fait qu’empirer depuis. Quant aux deux aéroports de Houston dont les pistes étaient sous les eaux, ils ont dû fermer l’un après l’autre.

Autoroute submergée à Houston dimanche 27 août 2017 (photo © Richard Carson / Reuters)

Le niveau de la mer s’est élevé de près de 4 m au plus fort de la tempête, alors même que la côte texane accueille près d’un tiers des capacités de raffinerie de pétrole des Etats-Unis et le Golfe du Mexique 20 % de la production américaine. Au moins 112 plateformes ont été évacuées, représentant environ un quart de la production quotidienne de brut et de gaz, et de nombreuses installations à terre ont fermé. Il est encore trop tôt pour évaluer le coût de cette catastrophe d’autant que la tempête se déplace désormais vers la Louisiane voisine, encore sous le traumatisme du cyclone Katrina qui avait provoqué en 2005 la rupture de plusieurs digues, ravageant des quartiers entiers de La Nouvelle Orléans, provoquant plus de 1800 morts et laissant une ardoise estimée à 118 milliards de dollars. A ce jour, les estimations pour la tempête Harvey font état d’un bilan qui pourrait néanmoins s’élever autour de 42 milliards de dollars, ce qui est tout à fait considérable et s’explique largement par l’importance économique du Texas dont le PIB dépasse celui d’un pays comme le Canada.

Le Bayou Buffalo en crue dans la traversée de Houston (photo © Carole Enarn / Reuters)

Le président Donald Trump ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Contrairement à son prédécesseur Georges W. Bush qui avait été accusé d’indifférence en ne se rendant que tardivement à la Nouvelle Orléans où il s’était contenté d’un rapide survol en hélicoptère, le Président s’est rendu dès mardi 29 août sur place, accompagné de son épouse dont les talons aiguilles n’étaient pas des plus adaptés pour une telle visite de terrain…

A Houston, le maire a décrété le couvre-feu dès mardi pour tenter de sauvegarder la ville des risques de pillage car beaucoup d’habitants ont fui pour se mettre à l’abri, et le gouverneur du Texas a fini par mobiliser l’ensemble des 12 000 soldats de la Garde nationale texane. Mardi, 10 000 habitants étaient déjà hébergés dans le Centre des conventions de Houston et le flux de réfugiés continuait à enfler. Les autorités les dirigeaient alors vers d’autres villes de l’intérieur, moins exposées, dont Dallas, située à 400 km de là et dont les 3 centres d’accueil ont été rapidement saturés.

Evacuation de sinistrés à Houston (photo © Texas Military Department)

A Houston, une des plus grosses inquiétudes a trait à l’état de deux vastes réservoirs endigués construits dans les années 1930 à l’ouest de la ville, précisément pour la protéger contre les inondations, et qui approchent depuis mardi de leur niveau de saturation. Dès la création de la ville en 1836, à la confluence entre deux rivières, le bayou Buffalo et le bayou du Chêne blanc, il est apparu en effet que le site était particulièrement vulnérable au risque d’inondation. En un siècle, la ville a connu 16 inondations majeures, avec parfois jusqu’à 12 m d’eau dans les points bas de la ville !

Après la crue de 1935, particulièrement dévastatrice et qui avait fait 7 morts, une structure spécifique a été mise en place pour développer la prévention du risque inondation, ce qui n’empêche pas qu’on dénombre 30 crues importantes depuis, dont celle liée au passage de la tempête tropicale Allison, le 5 juin 2001, qui a causé 22 victimes et endommagé 95 000 véhicules et 73 000 habitations dans cette région texane.

Les deux réservoirs Addicks et Barker, dont l’état inquiète au plus haut point les ingénieurs de l’US Army Corps of Engineers en charge de leur exploitation, ont été mis en service en 1938 et font l’objet d’un programme de confortement entamé en 2014 mais dont l’achèvement n’est prévu qu’en 2019. Ces vastes cuvettes, dont la capacité de stockage cumulée atteint 510 millions de m3, soit près de la moitié du barrage de Serre-Ponçon, sont fermées par des digues en terre dont la hauteur maximale atteint respectivement 34 et 37 m. Ils interceptent plusieurs affluents en amont du bassin versant du Bayou Buffalo qui ensuite traverse toute l’agglomération de Houston. Ces cuvettes, aménagées en parcs urbains et espaces verts récréatifs, ne servent à retenir l’eau qu’en cas de crue, afin de protéger les zones urbanisées en aval.

Zones résidentielles inondées par les lâchers d’eau du réservoir Addicks, mardi 29 août 2017 (photo © David J. Phillip)

Mais les deux vastes réservoirs ont atteint leur cote maximale autorisée de remplissage dès le lundi 28 août au matin. Il a donc fallu alors commencé à délester avant que le niveau de l’eau ne monte trop haut et ne menace la stabilité des digues elles-mêmes. C’est en effet le point faible de ce type d’ouvrage qui, en cas de submersion peut se rompre, provoquant alors une onde qui se propage très rapidement en aval, dévastant tout sur son passage. C’est donc pour éviter ce risque que les autorités ont préféré ouvrir les vannes, inondant de ce fait l’ensemble des quartiers situés en contrebas, et venant rappeler à tous qu’une protection contre les inondations est toujours dimensionnée pour un niveau de crue donné : au-delà, il faut bien que l’eau s’écoule et reprenne son chemin naturel, en l’occurrence la vaste plaine alluviale dans laquelle les hommes ont choisi, peut-être un peu imprudemment, de bâtir une ville de 2,3 millions d’habitants !

Vue aérienne du réservoir d’Addicts lors d’une inondation récente (photo © US Army Corps of Engineers)

L’histoire n’est certes pas terminée et l’heure des comptes n’est pas encore arrivée. Après le passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans, ce sont environ 1 million d’habitants qui ont dû faire appel aux services sociaux de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence et on estime déjà que ce nombre pourrait avoisiner les 450 000 après le passage de la tempête Harvey, de nombreux Américains n’étant pas assurés contre ce type de risque naturel. La seule bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que les assureurs ne sont pas inquiets puisque leur secteur dégage un bénéfice confortable évalué actuellement à 700 milliards de dollars, de quoi largement voir venir…

L.V. 

Quand sort la recluse et que se mélangent réalité et fiction…

24 août 2017

Les amateurs de Fred Vargas se sont naturellement tous précipités sur son dernier roman, au titre énigmatique, publié par les éditions Flammarion et intitulé « Quand sort la recluse ». Le commissaire Adamsberg s’y trouve confronté à une histoire bien étrange et dont il est bien entendu hors de question de révéler le moindre indice pour ne pas gâcher par avance le plaisir du lecteur. Qu’il sache cependant que cette notion de « recluse » est à double sens comme souvent dans les romans foisonnants de celle qui fit jadis sa thèse de doctorat en histoire sur la peste au Moyen-Age mais qui fut aussi employée par le CNRS comme spécialiste en archéozoologie.

Fred Vargas (photo © Visual)

On ne sera donc pas étonné qu’il soit notamment question dans cette histoire de ces femmes pénitentes qui se faisaient enfermer autrefois jusqu’à ce que mort s’ensuive dans un reclusoir, minuscule cellule dont l’entrée était définitivement murée et qui survivaient tant bien que mal grâce aux quelques aumônes de nourriture que les passants leur déposaient via la fenestrelle, petit orifice souvent placé très en hauteur et seul lien avec le reste du monde.

Mais l’on y apprend aussi que la recluse est une petite araignée très discrète, qui ne tisse pas de toile, mais se tapit au fond d’une anfractuosité pour y guetter sa proie. On ne l’aperçoit que très rarement, et pourtant tout le roman est bâti autour d’elle et de ses morsures redoutables, susceptibles de provoquer de terribles nécroses.

L’araignée violon Loxosceles rufescens (photo © 2011 Mark Fox)

De son vrai nom Loxosceles rufescens ou araignée violoniste à cause de la forme de son céphalothorax, cette minuscule araignée brune de la famille des Sicariidae et que l’on trouve notamment dans le sud de la France, a été décrite dès 1820. Sa taille ne dépasse guère 1 cm et elle n’est absolument pas agressive pour l’homme mais elle peut néanmoins piquer lorsqu’elle se retrouve malencontreusement prisonnière d’un vêtement, après s’être cachée au fond d’un placard à l’abri de la lumière.

La quantité de venin qu’elle injecte est faible et sa morsure est donc infiniment moins redoutable que celle de sa cousine américaine Loxosceles reclusa, l’authentique recluse, dont la morsure provoque des nécroses cutanées parfois spectaculaires conduisant dans certains cas jusqu’à la mort.

La cousine américaine Loxosceles reclusa

Or régulièrement les médias se font échos de patients atteints par des morsures de ce type dans le sud de la France alors que la présence de la recluse américaine n’est pas attestée sur le territoire national. On trouve ainsi sur internet la trace d’un reportage de France 3, paru en juillet 2015, qui évoque les cas de trois personnes hospitalisées à Nîmes et à Montpellier en quelques mois, trois patientes qui ont dû subir des interventions chirurgicales après avoir développé des nécroses spectaculaires à la cuisse et au bras suite à des morsures attribuées à la fameuse araignée violon Loxosceles rufescens.

Un médecin du Centre anti-poison de Marseille indique d’ailleurs avoir déjà eu connaissance de deux autres cas sévères du même type survenus à Nîmes en 2009 et pense que la toxicité exceptionnelle du venin de la petite araignée s’expliquerait par les fortes chaleurs.

Exemple de nécrose sur une plaie

Un autre article de La Dépêche, daté de la même période, fait lui état de deux femmes habitant respectivement dans l’Hérault et dans le Gard et cite leur témoignage, toutes les deux ayant été piquées alors qu’elles enfilaient leur pantalon. Dans les deux cas il a fallu recourir à des opérations de chirurgie esthétique pour supprimer les parties nécrosées qui s’étendaient sur une large surface d’une dizaine de cm malgré un traitement antibiotique administré très rapidement. Mais contrairement au précédent article, les morsures sont attribuées non pas à Loxosceles rufescens mais à sa cousine américaine, la recluse qui, selon certaines sources, serait présente en France depuis le début des années 2000.

Ceux qui liront le dernier opus de Fred Vargas retrouveront dans ces quelques faits divers une matière qui a manifestement inspiré la romancière : polémique qui enfle sur la toile suite à plusieurs cas graves de morsures attribuées à l’araignée violon en début de période estivale précisément dans le Gard, débats sans fin sur l’hypothèse selon laquelle le venin de l’araignée deviendrait plus virulent en période de forte chaleur, supputations sur l’influence du changement climatique comme facteur déclenchant, etc. Nul doute que l’archéozoologue à l’imagination fertile a puisé dans ces dépêches d’agence et dans les forums de discussion qu’elles suscitent inévitablement de quoi alimenter son histoire.

Mais le plus cocasse est que l’histoire se répète. Alors que le livre de Fred Vargas a été édité en mai 2017, voilà que l’on voit fleurir de nouvelles alertes rendues publiques initialement par France Bleu Roussillon puis reprises par de nombreux médias, sans curieusement qu’il y soit fait allusion au roman qui vient de paraître… Il s’agirait cette fois d’au moins quatre cas de patients traités à la clinique Saint-Pierre de Perpignan. Tous se plaignent de fortes brûlures et de démangeaisons accompagnées dans certains cas de fièvre suite à des piqûres d’insectes qui se sont infectées, avec parfois une plaque nécrosée noire au centre de la rougeur.

La magnifique araignée-paon, nettement moins discrète que la recluse

A Perpignan, les médecins ont conclu à des morsures de la cousine américaine Loxosceles reclusa. Mais les arachnologues restent sceptiques, eux qui affirment n’avoir encore jamais repéré la recluse sur le territoire national, alors qu’il existe 44 000 espèces d’araignées connues et que l’on en découvre fréquemment de nouvelles, la plus insolite étant peut-être la très exotique araignée-paon, une espèce endémique d’Australie..

Une chose est sûre, le sujet n’a certainement pas fini de faire gamberger. Pour peu que le roman policier de Fred Vargas ait autant de succès que ses ouvrages précédents, les habitants du sud-est de la France n’ont pas fini d’incriminer, à chaque piqûre d’insecte, la petite araignée violon, que manifestement bien peu peuvent se vanter d’avoir jamais vu mais qui pourrait bien faire le buzz sur la toile…

L.V.

Carnoux-en-Provence de nouveau menacé par les flammes

20 août 2017

Carnoux envahi par les fumées de l’incendie, samedi 19 août 2017 vers 19h

La ville de Carnoux, entourée de massifs forestiers dont celui de la Marcouline, fait partie de ces communes provençales particulièrement exposées au risque de feu de forêt. Prescrit en 2011, le plan de prévention des risques liés aux feux de forêts (PPRIF) a été approuvé par arrêté préfectoral en date du 28 janvier 2014 et impose certaines obligations liées en particulier au débroussaillement mais aussi aux constructions et activités dans les secteurs les plus exposés. Il recense plus de 50 départs de feu qui ont impacté le territoire communal depuis 1973, date de création de la base de données Prométhée, le dernier en date étant celui du 4 août 2005.

Ce jour-là, deux foyers avaient été allumés dont l’un près du cimetière des Fenestrelles à Aubagne, et ils avaient consummé près de 200 ha en direction de Carnoux, menaçant fortement les habitations situées en limite nord de Carnoux et nécessitant l’évacuation du centre de vacances alors dénommé Shangri-La. Les deux lignes haute tension les plus menacées avaient été coupées à titre préventif, privant momentanément d’électricité plus de 15 000 foyers, tandis que le trafic ferroviaire était totalement interrompu entre Aubagne et Cassis à partir du début de l’après-midi et jusqu’après minuit. Trois pompiers avaient même été légèrement blessés dans le tunnel ferroviaire sous la colline de Carnoux.

A l’époque, plus de 600 pompiers avaient été engagés pour sauver les habitations de Carnoux d’une destruction sinon inévitable. Les moyens aériens mobilisés avaient été également importants, malgré l’impossibilité de faire voler les Canadairs alors cloués au sol dans l’attente d’une enquête suite à l’accident survenu quelques jours avant en Corse.

Hier, la commune de Carnoux a connu un nouvel épisode très comparable et qui a de nouveau menacé le même secteur qu’en 2005, ce qui vient confirmer pour ceux qui auraient tendance à l’oublier la réalité de cette menace saisonnière. Alors que la végétation était particulièrement sèche après l’épisode de canicule survenu fin juillet et que le mistral soufflait en moyenne à 45 km/h avec des rafales à 70 voire 80 km/h, plusieurs départs de feu se seraient produits vers 17h30 dans le quartier de la Pérusonne à Aubagne, une zone résidentielle de villas à proximité de la clinique de la Casamance.

Vue de l’incendie sur l’avenue Jean Bart samedi 19 août 2017 vers 19h

Attisé par le vent, l’incendie s’est rapidement propagé vers le sud et est arrivé jusqu’en bordure de l’avenue Jean Bart à Carnoux où il menaçait les premières maisons vers 18h30. Comme en 2005 et pour les mêmes raisons, les deux lignes à haute tension RTE 17 et 19 ont été coupées, le trafic ferroviaire entre Aubagne et Cassis a été interrompu dès 19h, l’accès à Carnoux depuis l’autoroute A50 a été fermé et la circulation sur la RD 41 a été arrêtée.

La mobilisation des services de lutte contre l’incendie a été remarquable, comme en 2005, avec plus de 600 pompiers mobilisés très rapidement, aidés par d’importants moyens aériens : deux hélicoptères bombardiers d’eau, deux tracker, quatre Canadair et un Dash ! Les moyens engagés au sol ont également été considérables, y compris avec un bulldozer permettant de frayer un chemin à travers le massif boisé.

Canadair en train de larguer le long de l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Les rotations des Canadairs ont été particulièrement nombreuses hier en fin d’après-midi et à nouveau ce matin dès 6h30 pour assurer l’absence de tout risque de reprise, alors que les bordures de la zone calcinées fumaient encore de manière sporadique. Les pompiers ont lutté toute la nuit contre l’incendie mais dès 23 h il était considéré comme maîtrisé. Les habitants des zones les plus exposées ont été d’abord confinées chez elles, ainsi que les pensionnaires de la maison de retraite située en contrebas. En revanche, il a fallu, comme en 2005, procéder à l’évacuation des vacanciers du centre de vacance Odalys, particulièrement exposés, mais aussi à une partie des chiens du chenil en lisière de forêt, et finalement de certains des habitants dont les maisons ont été léchées par le feu. La superficie dévorée par les flammes est évaluée à environ 250 hectares selon les dernières estimations.

Vue de l’incendie depuis l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Le gymnase du Mont-Fleuri a été mis à disposition pour l’accueil des vacanciers d’Odalyse et une cinquantaine d’entre eux a préféré y passer toute la nuit plutôt que de regagner le centre lorsqu’ils ont eu la possibilité de le faire, à partir de 23 h, une fois le plus gros du danger enfin écarté. Les voyageurs des trains circulant entre Marseille et Nice ont eu moins de chance et près de 4000 d’entre eux ont dû passer la nuit à bord des trains ou dans les gares de Nice, Toulon ou Marseille. Ce n’est qu’aujourd’hui dans la matinée que le trafic a pu commencer à reprendre, mais il reste encore fortement perturbé…

Au sud de l’avenue Jean Bart, certaines maisons ont été léchées par les flammes

L’action des pompiers a été particulièrement efficace sur ce nouvel incendie dont les conséquences auraient pu être dramatiques pour la petite ville de Carnoux, où l’habitat est très dense et la végétation de pins et de thuyas est très développée, facilitant à outrance la propagation du feu d’un jardin à un autre. Seuls des arbres ont effectivement brûlé au sud de l’avenue Jean Bart, endommageant au passage quelques cabanons de jardin, mais toutes les maisons ont pu être épargnées et aucune victime n’est à déplorer.

Forêt calcinée le long de l’avenue Jean Bart

Il n’en demeure pas moins que le spectacle de désolation qu’offrent les pinèdes calcinées en bordure de l’avenue Jean Bart, entre le centre de vacance d’Odalys et le petit bassin de rétention d’eau à l’entrée du chemin forestier, vient rappeler une fois encore et pour de longues années, à quel point notre commune, nichée dans un écrin de forêt méridionnale, est exposée à ce risque de feu de forêt…

L.V.  

Chine – Inde : vers une guerre imminente ?

18 août 2017

Dessin de Lounis

Va-t-on assister à un nouveau conflit armé entre ces deux géants mondiaux que sont l’Inde et la Chine ? Alors que tous les yeux sont rivés sur la Corée du Nord et les menaces fantasques de son dirigeant Kim Jong-un, un autre conflit frontalier probablement autrement dangereux est en train de se développer dans la région himalayenne, entre le monstre économique et militaire chinois et son voisin indien, dirigé par l’ultra-nationaliste Narendra Modi.

Le contexte est d’autant plus tendu que tout laisse penser que l’Inde affiche désormais un taux de croissance économique supérieur à celui de la Chine, tandis que sa population, désormais estimée à 1,32 milliards d’habitants aurait, selon les derniers chiffres disponibles, d’ores et déjà dépassé celle de son redoutable voisin chinois, probablement plus proche de 1,28 milliards malgré les affirmations de la propagande officielle. Cette rivalité démographique n’est d’ailleurs sans doute pas pour rien dans le revirement idéologique affiché récemment par les autorités chinoises qui, après avoir longtemps imposé une politique familiale répressive de l’enfant unique, encouragent maintenant ouvertement la natalité.

Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping à Tachkent en juin 2016 (Photo PTI)

Les échanges économiques entre les deux pays restent fortement déséquilibrés puisque les exportations chinoises vers l’Inde représentent plus de 60 milliards de dollars par an, six fois plus que celles des Indiens vers la Chine. Mais la Chine développe fortement ses échanges avec le Pakistan, ennemi héréditaire de l’Inde, dans le cadre de la politique très offensive menée par Xi Jinping, à la tête de la deuxième puissance économique mondiale, tandis que l’Inde s’est sentie poussée des ailes suite au rapprochement opéré depuis une quinzaine d’années avec les États-Unis.

Toujours est-il que la tension monte entre les deux géants. La raison de cette discorde ? De vieux conflits frontaliers jamais réglés et qui ont déjà occasionné une guerre en 1962, qui a fait plus de 3000 morts côté indien et près de 900 côté chinois. A l’époque, la Chine conquérante de Mao Zedong, après avoir purement et simplement annexé le Tibet en 1951, pénètre au Ladakh en 1959.

L’armée chinoise en manœuvre au Tibet

L’armée populaire de libération engage alors la construction d’une route permettant de relier une partie de ce territoire himalayen indien, l’Aksai Chin, à la province chinoise du Sinkiang. La guerre est déclenchée par la Chine en octobre 1962 et la plupart des soldats indiens qui défendent ces territoires montagneux sont massacrés ou faits prisonniers. Un mois plus tard, l’armée chinoise, sous la pression américaine mais aussi soviétique, se retire des territoires occupés, à l’exception de l’Aksai Chin qu’elle conserve. Depuis, le climat entre les deux voisins reste tendu avec de multiples conflits frontaliers sporadiques, qui dégénèrent parfois en combats à l’artillerie comme en 1967.

Et voilà qu’en juin de cette année, l’armée chinoise se met en tête de construire une nouvelle route militaire sur le plateau de Doklam situé aux confins du Bouthan, un petit royaume inféodé à son voisin indien et qui fait office d’État tampon entre les deux grandes puissances. Pour l’Inde, la menace est évidente car une telle route militaire permettrait d’amener à pied d’œuvre blindés et combattants chinois à proximité de son point faible, connu localement sous le doux nom de « cou de poulet ».

Carte de la zone frontalière (infographie : source blog de Philippe Fabry – Historionomie)

Cet étranglement de 20 km de largeur que constitue le corridor de Siliguri, coincé entre les frontières du Népal et du Bengladesh, est en effet hautement stratégique pour l’Inde puisqu’il permet de relier au reste du pays l’ensemble des territoires du Nord-Est, totalement enclavés par ailleurs, y compris ceux de l’Arunal-Pradesh qui avaient été déjà envahis par la Chine en 1962 et que les Chinois continuent de revendiquer ouvertement. L’invasion de ce corridor signifierait pour l’Inde la perte quasi inéluctable de ces vastes territoires s’étendant au nord-est du Bengladesh.

Il va donc de soi que l’armée indienne ne pouvait rester indifférente à une telle incursion et s’est donc immédiatement déployée sur ce plateau de Doklam. Depuis, les deux armées se font face, dans un contexte particulièrement tendu où la moindre étincelle menace de mettre le feu aux poudres.

Soldats chinois et indien gardant le poste frontière de Nathu, au nord-ouest de l’Etat du Sikkim, en Inde (photo © Diptendu Dutta / AFP)

La guerre des communiqués fait rage, chacun intimant à l’autre l’injonction de se retirer immédiatement du territoire litigieux. « Il est plus aisé d’ébranler une montagne que de faire reculer notre armée » a ainsi affirmé le porte-parole de l’armée chinoise sur un ton martial. Le paisible Bouthan, théâtre malgré lui de ces gesticulations nationalistes, prend quant à lui l’affaire avec philosophie, à l’image de ce député de l’opposition qui déclare : « En cas de guerre entre l’Inde et la Chine, nous serions la viande dans le sandwich… »

Il est bien difficile à ce stade de deviner jusqu’où se poursuivra cette escalade, d’autant que l’on signale en parallèle d’autres escarmouches entre les armées indiennes et chinoises, survenues cette semaine près du lac Pangong, à la frontière entre le Ladakh et le Tibet. L’intransigeance chinoise fait cependant craindre le pire, l’armée de libération populaire semblant en effet prête à en découdre, convaincu de sa suprématie militaire. La guerre du Bouthan aura-t-elle lieu ?

L.V.

Feu de brousse au Groenland : où va t-on ?

16 août 2017

Décidément, les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus manifestes, n’en déplaise aux climato-sceptiques et autres responsables politiques attardés. Une des conséquences attendues du réchauffement climatique global est l’augmentation du risque de feux de forêt, et de ce point de vue, le cru 2017 fait honneur aux prévisions…

Canadair en action sur un feu de forêt

Alors que plus de 11 000 hectares de forêts ont déjà brûlé en France depuis le début de l’été 2017, notamment dans le Var et en Haute-Corse, chiffres malheureusement encore très provisoires, issus de la base de données Prométhée, et que déjà 360 000 hectares sont partis en fumée sur l’ensemble de l’Europe, principalement autour du bassin méditerranéen, selon EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêts, voila maintenant que l’on signale des feux de brousse au Groenland !

En matière de lutte contre le changement climatique, il n’y a pas le feu au lac, comme persistent à s’en convaincre les plus sceptiques. Certes, mais il y a quand même déjà le feu à la calotte glaciaire…

Rattaché administrativement au Danemark, le Groenland est la deuxième plus grande île du monde, avec une superficie totale de plus de 2 millions de km², soit quatre fois l’étendue du territoire métropolitain français. Situé entre le Canada et l’Islande et bordé au nord par l’Océan glacial arctique, le pays est recouvert à 80 % par une calotte glaciaire, un vaste inlandsis dont l’épaisseur de glace dépasse localement 3 km. Seules les bordures ouest et sud du territoire sont recouvertes de végétation, une toundra constituée de mousses, de lichens et de plantes herbeuses, ainsi que de bouleaux nains ne dépassant pas quelques dizaines de centimètres de hauteur.

Paysage de toundra au Groenland

On est donc loin de la végétation du maquis corse et de celle de la garrigue méditerranéenne avec ses pins d’Alep qui s’enflamment comme des torches à la moindre étincelle. Et pourtant, même dans ce paysage semi-glaciaire où la température peut descendre jusqu’à -66 °C et où le cumul annuel de précipitation peut atteindre 2,5 m dans le sud, voila que l’on signale des feux de brousse récurrents…

Le phénomène était considéré comme extrêmement rare à ces latitudes jusqu’à présent, car les conditions de climat et de végétation sont beaucoup moins propices que dans le nord-ouest canadien, davantage boisé, où le risque tend à se multiplier, comme on l’a vu en mai 2016, lorsqu’un gigantesque incendie avait ravagé plus de 100 000 hectares de forêt autour de Fort-Murray au Canada, nécessitant l’évacuation préventive de 80 000 personnes.

Carte de la zone touchée (infographie © Audrey Dufour / La Croix)

En 2015 et 2016, plusieurs incendies avaient déjà été signalés sur les rivages du Groenland, mais dans le sud du pays. Cette année, le phénomène s’est déclenché dans une zone cotière située dans l’ouest, plutôt en altitude, dans un secteur habituellement recouvert de neige. Le départ de feu a été repéré par un survol aérien le 31 juillet 2017, à environ 150 kilomètres au nord-est de Sisimiut, une localité de 5 500 habitants (soit un dixième de la population totale de tout le Groenland !), et confirmé ensuite par plusieurs images satellites, début août, qui donnent une idée de l’extension du phénomène. On estime à environ 15 km², soit 1500 ha, la surface de toundra ainsi partie en fumée en quelques jours, dans un pays qui n’est pas équipé pour lutter contre ce type de risque naturel. Et un deuxième foyer d’incendie a été repéré quelques jours plus tard, plus au sud, confirmant la réalité de ce risque alors que la température estivale est exceptionnellement élevée avec des pointes dépassant allègrement les 20 °C…

Image satellite de l’incendie le 3 août 2017 obtenue par le satellite Copernicus et retraitée par Pierre Markuse

Ces observations sont particulièrement inquiétantes aux yeux des climatologues car les régions polaires sont les plus affectées par le réchauffement climatique, avec une augmentation moyenne de la température qui y est deux à trois fois plus élevée que sur le reste du globe. A leurs yeux, ces incendies inédits, quelle qu’en soit leur cause (qui n’est pas connue à ce jour), sont la conséquence directe du recul de la calotte glaciaire qui met à jour des étendues végétalisées de plus en plus vaste, dont le sol tourbeux est riche en matière organique, sujet à une combustion lente mais très difficile à combattre.

Vue satellite du feu le 3 août 2017 (photo Landsat USGS © NASA)

Ces incendies sont d’autant plus dangereux que leurs effets indirects contribuent largement à accélérer le réchauffement climatique lui-même. La combustion provoque naturellement de fortes émissions de gaz carbonique, mais aussi de méthane, contenu en quantité dans les sols tourbeux habituellement gelés, deux gaz à effet de serre ainsi libérés en grande quantité dans l’atmosphère. De plus, la suie issue de la combustion se dépose sur les étendues enneigées aux alentours, limitant fortement le pouvoir réflecteur de cette dernière et accélérant ainsi sa fonte.

Inlandsis du Goenland (photo © Halorache / expédition A Carré 2009)

Voilà en tout cas un nouveau facteur aggravant dont nous n’avions pas vraiment besoin et qui risque d’accélérer encore les impacts négatifs du réchauffement climatique dans une des régions qui y est le plus vulnérable. On savait déjà que la fonte de l’ensemble de la calotte glaciaire du Groenland pouvait se traduire par une élévation totale de 7 m du niveau de la mer, avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour de très nombreuses régions côtières. On avait aussi estimé que un tiers de l’élévation actuelle du niveau des océans (qui est depuis plusieurs années déjà de l’ordre de 3 mm/an en moyenne) était d’ores et déjà due au recul de cette calotte glaciaire et à l’augmentation de débit des cours d’eau côtiers issus de cette fonte.

Mais voila que l’on commence à apercevoir d’autres risques liés à ces pertubations climatiques dans les zones arctiques. Les feux de brousse en sont un de ces aspects inédits. La fonte du permafrost, sol gelé en permanence en profondeur et qui s’étend sur des millions de km², dans le nord de l’Europe, le Canada et la Sibérie, pourrait constituer un autre facteur aggravant particulièrement explosif. Les conséquences déjà observées ne se limitent en effet pas aux seuls impacts sur les fondations des infrastructures édifiées sur ce type de sol !

La fonte du pergélisol libère des quantités énormes de carbone organique que les bactéries peuvent transformer en gaz carbonique et en méthane, ce qui rique d’accélérer considérablement l’impact du réchauffement climatique, avec un effet d’emballement incontrôlable. Une véritable bombe climatique en perspective !

Inspection vétérinaire d’un troupeau de rennes dans la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord russe (photo © AFP / publiée dans Science et avenir)

Et ne parlons pas des risques sanitaires que certains redoutent. En 2016, sur la péninsule de Yamal, à 2500 km au nord-est de Moscou, un enfant est décédé et 23 personnes ont été infectées par l’anthrax, la redoutable maladie du charbon, transmise par un virus, disparu de la région depuis au moins 75 ans mais qui se trouvait à l’état de latence dans un cadavre de renne qui avait dégelé suite aux températures exceptionnellement chaudes (jusqu’à 35 °C !) de l’été 2016. On craint désormais que ce type de risque se multiplie, réveillant d’autres virus dont celui de la variole, officiellement éradiquée et contre laquelle on ne se protège plus, avec même des scénarios catastrophes impliquant certains virus géants et totalement inconnus repérés dans des cadavres de mamouths congelés. Bienvenu dans le nouveau monde du réchauffement climatique…

L.V.  

La santé a t-elle un prix ?

12 août 2017

Hôpital d’Aubagne (photo © Frédérique Gros / La Provence)

Le sort de l’hôpital public Edmond Garcin d’Aubagne est une nouvelle fois sur la sellette. Soumis à un premier plan de redressement en 2008, qui avait occasionné une forte mobilisation en vue de maintenir opérationnel cet établissement, c’est maintenant son service de réanimation qui est voué à être transféré à la clinique privée de la Casamance selon les conclusions d’un cabinet d’audit, mandaté par l’Agence régionale de santé (ARS).

L’inauguration d’Argilla, organisée tous les deux ans à Aubagne, en a fait les frais le 5 août dernier, perturbée par une centaine de manifestants venus protester contre cette décision fortement orientée puisque le cabinet d’audit Nordmann reconnaît bien volontiers que son diagnostic avait été établi en vue de démontrer qu’un transfert au privé était la meilleure solution, comme le demandait l’ARS.

Banderolle devant l’hôpital d’Aubagne (source : Matin 9)

Face à une attitude aussi partisane, les médecins réanimateurs de l’hôpital d’Abagne ont décisé de relever le gant et de mener leur propre étude d’impact quant aux conséquences qu’aurait, sur le fonctionnement de l’établissement et surtout sur l’offre de soin proposée à la population, le transfert de son service de réanimation et sa transformation en Unité de soins continus come le préconise l’ARS. Leur conclusion est sans appel et radicalement opposée aux hypothèses initiales de l’ARS puisqu’ils considèrent qu’un tel transfert se traduirait par une aggravation du déficit de l’établissement hospitalier et par une dégradation de la qualité de l’offre de soin dont profitent des patients venant non seulement du bassin proche estimé à 180 000 habitants mais parfois aussi du Var.

Cette lutte incessante et fortement idéologique entre public et privé pour l’organisation des soins de santé va bien au-delà du seul cas de l’hôpital d’Aubagne. Elle agite fortement nos amis canadiens fermement attachés à une offre de soin publique et qui constatent avec effarement la dérive du système américain, largement aux mains du privé et qui se révèle être l’un des plus mauvais du monde en termes d’efficience. Alors que des pays comme la France ou le Canada consacrent grosso modo 10 % de leur richesse nationale à la santé, ce taux grimpe à plus de 17 % aux Etats-Unis alors que la proportion de ceux qui n’ont pas accès aux soins y atteint des sommets…

Dessin de Lardon

Alors que ce pays se déchire autour de l’avenir de la loi santé et du dispositif Medicaid mis en place par la volonté de Barak Obama et que son successeur, Donald Trump, fait tout pour renvoyer dans les oubliettes de l’histoire, un livre fort intéressant, intitulé « An American sickness », vient mettre en évidence le point faible du système sanitaire américain : son coût totalement exorbitant !

Elisabeth Rosenthal, auteur de An American sickness

L’auteur de cette étude, l’ex-médecin devenue journaliste, Elisabeth Rosenthal, dresse en effet un tableau assez effrayant d’un système de santé entièrement privatisé où les décisions ne sont plus prises par le personnel médical en fonction de règles d’éthique et en vue de favoriser le bien-être des patients, mais par des gestionnaires qui répondent avant tout aux intérets de leurs actionnaires en cherchant à maximiser les profits à court terme et le retour sur investissement.

Exactement le modèle que cherchent à imposer les fonds d’investissement qui détiennent désormais une part importante des plus de 1000 établissements hospitaliers privés actuellement opérationnels en France, lesquels accueillent environ un tiers des 45 millions de personnes hospitalisés annuellement dans ce pays.

Un domaine en pleine concentration dans lequel les fonds d’investissement rachètent à tour de bras des établissements aux médecins qui les ont créés, pour les restructurer, pressurer le personnel et maximiser les profits en externalisant nombre de fonctions annexes et souvent en revendant les murs pour fluidifier le capital investi. Le leader actuel est ainsi le groupe australien Ramsay Health Care qui a racheté en 2014 la Générale de Santé et détient désormais quelques 125 cliniques privées en France.

Aux USA, ce qui ressort de l’analyse de la journaliste c’est une formidable dérive des coûts d’hospitatlisation avec une surenchère liée au marketing médical. On choisit désormais son établissement hospitalier en fonction de la qualité architecturale des chambres et parce que le café est offert à l’accueil, ce qui explique que la journée d’hospitalisation peut être facturée 5000 $ ! Une opération de l’appendicite coûte jusqu’à 40 000 $ aux USA et le prix moyen d’un accouchement y dépasse 30 000 $…

Dessin de Schwartz paru dans le livre « La santé publique en questions de Laurent Chambaud en 2017 (source Luc Perino)

Le salaire des médecins y est en augmentation constante et un chirurgien orthopédique américain gagne en moyenne deux fois plus qu’un confrère allemand. Une dérive dont est largement responsable le réseau d’assurances privées puisque c’est lui qui finance l’essentiel du secteur, au détriment du patient dont l’accès aux soins devient de plus en plus difficile.

Face à un tell constat, Elisabeth Rosenthal critique l’acharnement de certains, dont la majorité des élus républicains, à considérer que la santé doit obéir aux seules règles du marché. On ne choisit pas d’être malade et le patient n’est pas seulement un consommateur qui pourrait choisir en toute connaissance de cause tel ou tel traitement. L’exemple américain est de ce point de vue assez instructif quant aux dérives dans lesquelles peut nous mener une conception aussi mercantile de la santé publique telle que souhaitent la pratiquer les cliniques privées françaises, avec parfois la complicité des responsable politiques. A chacun d’être vigilant car nous sommes tous concernés !

L.V.