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Municipales : le pastis de Marseille…

20 janvier 2020

Jean-Claude Gaudin en visite rue d’Aubagne aux côtés du ministre Julien Denormandie, le 7 novembre 2018 (source © Préfecture des Bouches-du-Rhône / GoMet)

Les fins de règne sont toujours des moments délicats qui peuvent réserver bien des surprises et favoriser de belles empoignades entre prétendants. A Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a fêté ses 80 ans en octobre dernier, ne briguera pas un cinquième mandat de maire, lui qui est élu à la mairie de Marseille depuis 1965. Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, drame à l’issue duquel certains ont été jusqu’à le traiter d’assassin…

Il avait bien adoubé (après de nombreux autres dauphins putatifs successifs), le sénateur LR Bruno Gilles, lequel lui avait succédé en 2016 à la tête de la fédération départementale des Républicains. Greffé du cœur en 2017, ce miraculé n’a pas hésité à présenter dès septembre 2018 sa candidature au fauteuil de maire. Sauf que, depuis, Jean-Claude Gaudin a changé d’avis et soutient désormais officiellement Martine Vassal laquelle lui a déjà succédé au fauteuil de présidente de la métropole Aix Marseille Provence, après avoir auparavant pris la tête du Conseil Départemental en 2015. C’est donc cette dernière qui a finalement obtenu l’investiture officielle de son parti. Il y a trois mois, c’est elle qui paraissait la mieux placée pour remporter la mairie, alors que la République en marche (LREM) hésitait toujours à choisir sa tête de liste et que les candidats de gauche se déchiraient dans une désunion suicidaire.

Le match entre Martine Vassal et Bruno Gilles : panneaux d’affichage à Marseille en décembre 2019 (photo © David Rossi / MaxPPP / FranceTVInfo)

Mais à deux mois du premier tour des municipale, la situation électorale reste des plus confuses, ce qu’on appel ici un beau pastis… A droite, il est certain désormais que Bruno Gilles ne retirera pas sa candidature et ira jusqu’au bout de son affrontement avec Martine Vassal, entraînant d’ailleurs sur ses listes quelques conseillers municipaux sortant de l’actuelle majorité, tandis que le Rassemblement national, sous la houlette de Stéphane Ravier entend bien jouer un rôle majeur dans ses prochaines municipales. Quant à LREM, Il semble qu’Emmanuel Macron ait enfin tranché et que c’est le médecin et universitaire Yvon Berland qui conduira finalement la liste du parti gouvernemental.

Michèle Rubirola, candidate à la mairie de Marseille pour le rassemblement de la gauche, des écologistes et des citoyens (source)

A gauche, l’écologiste Stéphane Barles maintient jusque-là sa volonté de se présenter coûte que coûte au nom d’Europe écologie – Les Verts, lui a qui a claqué bruyamment la porte des discussions lancées depuis des mois en vue de constituer une liste unique de gauche dans laquelle la société civile engagée au sein du Printemps marseillais souhaitait jouer un rôle moteur. Un mouvement qui, c’est la bonne surprise au milieu de ce bazar innommable, semble sur le point d’aboutir. La liste, qui rassemblerait socialistes, communistes, France insoumise et écologistes, devrait être conduite par Michèle Rubirola, et devrait comporter une moitié de candidats issus directement de la société civile, plusieurs centaines d’entre eux, ayant fait acte de candidature.

A cela s’ajoutera une liste portée par la sénatrice Samia Ghali, ex socialiste en rupture avec son parti mais qui se revendique toujours de gauche, ainsi qu’au moins une liste qui se présente comme « démocrate et écologiste », sous la houlette du centriste Christophe Madrolle, et ceci sans compter les multiples autres candidats qui ne manqueront pas de se déclarer d’ici fin février, date de clôture des inscriptions…

Dans un paysage électoral aussi éclaté et insolite, le premier sondage que vient de publier la Provence, vendredi 17 janvier 2020, ne manquait donc pas d’intérêt pour savoir comment les électeurs allaient bien pouvoir se positionner. L’exercice a bien entendu ses limites, d’abord parce qu’une bonne partie des têtes de liste sont de parfaits inconnus pour bon nombre de Marseillais alors que la campagne n’a même pas encore commencé, et ensuite parce que, rappelons-le, l’élection du maire de Marseille, comme à Lyon ou Paris, se fait par secteur (chacun regroupant deux arrondissements) et avec un nombre de conseillers municipaux variable : 32 dans le secteur 7 (13e et 14e arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille) mais 16 seulement dans le secteur 2 (2e et 3e arrondissement, en centre ville, d’Arenc au Vieux Port). Dans chaque secteur, un tiers seulement des conseillers municipaux élus (qui sont 303 au total) siège au Conseil Municipal, les autres ne participant qu’au conseil de leur secteur. Ce sont donc finalement ces 101 conseillers qui choisissent le maire de Marseille. Dans ce contexte et comme pour l’élection du Président des États-Unis, le gagnant n’est donc pas forcément celui qui a le plus de suffrages mais celui qui a su faire élire le maximum de colistiers sur les 8 secteurs…

Montage photo figurant en première page de La Provence en date du 17 janvier 2020

A cette réserve près, ce premier sondage confirme, pour ceux qui en douteraient encore, que le Rassemblement national (RN) devrait maintenir son score de 2014 avec, à ce jour 22 % des intentions de vote parmi les personnes interrogées. Ceci reste assez comparable au score moyen obtenu en 2014 par les listes du Front National, mais qui présentait en réalité de fortes disparités selon les secteurs, permettant notamment à Stéphane Ravier d’emporter la mairie du 13-14 avec 32 % des voix au premier tour et un peu plus de 35 % au second.

Ce sondage place en tout cas Martine Vassal en tête des intentions de vote à ce jour, légèrement au delà du RN, mais avec un score étriqué de 23 %, très inférieur à celui que lui donnaient les sondages précédents et très éloigné de celui obtenu en 2014 où elle figurait en deuxième place sur la liste de Jean-Claude Gaudin, laquelle avait recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés dès le premier tour dans son secteur (6-8).

Sondage publié par La Provence le 17 janvier 2020

La véritable surprise de ce sondage concerne en fait le beau score de la liste d’union de la gauche qui sera conduite par Michèle Rubirola, laquelle est créditée, malgré sa faible notoriété, de 16 % des intentions de vote, talonnée d’ailleurs par la liste du Vert Stéphane Barles (14 %). Ceux qui prônaient l’union entre ces deux listes ne pourront que constater amèrement que cela leur auraient permis de se placer facilement en tête dès le premier tour, mais passons…

Les grands déçus de ce premier tour de chauffe sont naturellement le candidat LREM Yvon Berland, crédité de seulement 8 % des intentions de vote, mais qui répète à qui veut l’entendre que la campagne ne fait que commencer et que son score pourrait bien grimper en flèche dans les semaines qui viennent. Quant aux deux outsiders, Bruno Gilles et Samia Ghali, seuls 7 % des sondés se disent prêts à voter pour eux, ce qui ne permettrait pas de les qualifier au second tour.

Sauf qu’il s’agit d’une élection majoritaire à deux tours et par secteur. En 2014, la liste conduite par Samia Ghali avait facilement emporté le secteur 8 (15-16) avec plus de 45 % des suffrages au deuxième tour dans une triangulaire et espère bien rééditer l’exploit dans ces quartiers nord où elle est bien implantée. De son côté, Bruno Gilles compte sur son alliée surprise, Lisette Naducci, ancienne guériniste puis soutien de Jean-Claude Gaudin, et actuelle maire des 2e et 3e arrondissements pour gagner ce secteur 2. Bien difficile donc, dans ces conditions, de se livrer à des pronostics sérieux, quant au nom de celui qui s’assiéra dans le fauteuil de maire de Marseille à l’issue du second tour des prochaines municipales…

L.V.

Les gendarmes et les éleveurs…

14 janvier 2020

La voiture où l’éleveur a été abattu en mai 2017 (photo © E. Bouland / LSL / Le Bien Public)

Un agriculteur abattu dans le dos par des gendarmes comme s’il était un dangereux terroriste, voilà qui aurait paru inimaginable il y a quelques décennies alors que la maréchaussée était plutôt là pour protéger les propriétaires terriens contre d’éventuels voleurs et que s’étaient instaurés des liens de proximité souvent très étroits entre gendarmes et agriculteurs dans le moindre village de campagne.

C’est pourtant ce qu’il s’est passé il y a un peu plus de deux ans, le 20 mai 2017, dans le petit village de Sailly, en Saône-et-Loire. Ce jour-là, Jérôme Laronze, un jeune éleveur bio de 36 ans, ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, en délicatesse avec l’administration pour de sombres histoires de non déclaration de certains de ces veaux, a été abattu de trois balles tirées intentionnellement par un gendarme qui, au lieu d’appeler les pompiers, a immédiatement demandé du renfort et l’aide de sa hiérarchie pour tenter de maquiller la scène du drame et masquer ainsi sa propre responsabilité.

Jérôme Laronze, l’éleveur de Trivy abattu en 2017 (source : Le journal de Saône-et-Loire)

Une scène qui depuis hante la famille de l’éleveur, dont l’une de ses quatre sœurs aînées, elle-même avocate de profession et qui tente d’obtenir justice, comme le relate en détail une série d’articles parus sur le site Reporterre. Mais une situation qui paraît surtout totalement inconcevable dans un état de droit où la priorité semblerait plutôt de venir en aide à une filière d’élevage en pleine décomposition.

Survenue au lendemain de l’élection présidentielle, l’affaire, considérée comme un simple fait divers, n’avait guère retenu l’attention médiatique à l’époque. Elle a pourtant donné lieu à des manifestations de soutien de la part de certains éleveurs qui se retrouvent dans le cauchemar qu’a vécu Jérôme Laronze, à l’occasion notamment d’une journée organisée par la Confédération Paysanne le 19 mai dernier à Cluny.

Neuf mouvements pour une cavale, la pièce de Guillaume Cayet, compagnie Le Désordre des choses, septembre 2018 (photo © Aurelia Lüscher / blog de Guillaume Lasserre)

Et l’histoire tragique de cet éleveur est à l’origine d’une pièce de théâtre mise en scène par Aurélia Lüsher et jouée de manière itinérante sous le titre Neuf mouvements pour une cavale. Une pièce bouleversante, écrite en hommage à ce jeune agriculteur atypique, lui-même passionné de théâtre et de littérature, jouant dans une troupe amateur. L’auteur, Guillaume Cayet, a écrit son texte après de multiples entretiens avec un éleveur bio auvergnat, Jean-Paul Ozon, et avec la sœur du disparu, Marie-Pierre Laronze, dont le personnage d’Antigone moderne à la recherche de la vérité et de la justice est mis en scène dans une suite de monologues aux accents de tragédie grecque.

Aux dernières nouvelles, on ne sait pas encore sous quelle forme la Justice sera amenée à se prononcer sur cette affaire encore pendante, qui mêle soupçon de bavure policière et situation de harcèlement administratif, mais les faits, tels qu’ils semblent établis à ce jour, ne laissent pas d’interroger sur la manière dont notre société gère les situations dramatiques dans lesquelles se débattent certains éleveurs.

La ferme familiale que le jeune Jérôme Laronze a reprise, perchée sur les hauteurs du village de Trivy, était initialement plutôt prospère avec ses 120 hectares de pâturages en plein pays charolais. Comme son père avant lui, et contrairement à la coutume locale, il a préféré se constituer un cheptel de vaches Limousines, une race sans doute moins productive que les Charolaises, mais plus rustiques et capables de rester toute l’année en plein air. Esprit curieux et ouvert, assistant à de nombreuses conférences, Jérôme Laronze était convaincu des vertus d’un retour à des pratiques d’élevage plus traditionnelles, ce qui l’avait amené à convertir, dès 2010 son exploitation en bio, à commercialiser ses produits en circuit court, et à développer les mélanges fourragers sur ses parcelles enherbées.

La ferme de Jérôme Laronze à Trivy (photo © Le journal de Saône-et-Loire / Le Parisien)

Cultivé et s’exprimant avec aisance, le jeune éleveur avait adhéré dès 2014 à la Confédération Paysanne dont il était devenu un des porte-parole locaux en février 2016, s’attirant les foudres de nombre de ses collègues et voisins, plutôt adeptes du syndicat majoritaire, la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) à la fibre nettement plus productiviste.

Son engagement militant et ses idées iconoclastes ne manquent pas néanmoins de le mettre rapidement en porte-à-faux avec les exigences d’une administration tatillonne. En septembre 2014, les agents de l’ASP (Agence des services de paiement, en charge des contrôles pour le versement des aides de la Politique agricole commune), lui reprochent de n’avoir pas notifié à temps la naissance de 45 bovins. Les veaux en question portaient bien à l’oreille la boucle numérotée réglementaire mais n’avaient pas déclarés dans les registres de l’administration.

Manifestant en hommage à Jérôme Laronze à Cluny le 20 mai 2019 (source : Montceau-news)

C’est le début des ennuis pour l’éleveur militant mais trop laxiste aux yeux de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Début 2015, celle-ci demande à l’éleveur, pour prouver la filiation des bêtes, d’effectuer des tests génétiques à ses frais. Le refus d’obtempérer de Jérôme Laronze l’entraîne dès lors dans une spirale infernale. Dans un texte de six pages écrit peu avant sa mort sous le titre Chroniques et états d’âmes ruraux, le jeune éleveur se dit « submergé de menaces, de mises en demeure, d’injonctions, d’intimidations et de contrôles sur ma ferme avec, à chaque fois, toujours plus de gens en armes ». Un acharnement qu’il vit comme une injustice alors que les mêmes services vétérinaires ferment complaisamment les yeux sur les dérives du système de commercialisation par la grande distribution de viande bovine à l’origine douteuse.

Dès février 2015, la DPPR confisque à l’éleveur les papiers de son cheptel et lui interdit toute vente d’animaux, le menaçant d’abattre les bêtes mal répertoriées. Plusieurs contrôles de l’administration se passent mal, dont l’un, le 6 juin 2016, au cours duquel plusieurs vaches, effrayées par les cris des agents et les mouvements des gendarmes venus en renfort, se noient en tentant de s’échapper.

Se sentant persécuté, et déçu par le manque de mobilisation de ses amis syndicalistes, Jérôme Laronze en vient peu à peu à délaisser son troupeau pour tenter de régler ses difficultés administratives. Le 11 mai 2017, l’éleveur se voit ainsi confisquer son cheptel dans un déploiement impressionnant de force armée tandis qu’il est lui-même menacé d’internement. Il s’enfuit et sera traqué pendant 9 jours par les forces de l’ordre. Deux gendarmes le retrouvent sur un chemin de terre à quelques kilomètres de sa ferme, alors qu’il somnolait dans son véhicule. Il tente de s’enfuir de nouveau et c’est alors qu’il est abattu.

Six balles sont tirées dont trois qui l’atteignent, mais les gendarmes attendent 25 mn avant d’appeler les pompiers, préférant réclamer d’abord des renforts dont celui de leur hiérarchie. Seules deux douilles seront retrouvées sur place, montrant à quel point la scène du crime a été saccagée par les gendarmes, rendant bien difficiles les expertises balistiques ultérieures. Une instruction est en cours au tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône pour « violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », étendue désormais à des faits d’omission de porter secours et d’altération de scène de crime.

Manifestation en hommage à Jérôme Laronze à Cluny le 20 mai 2019 (source : Montceau-news)

L’avenir dira comment se prononcera la Justice, alors même que la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Toulouse vient tout juste de confirmer le non-lieu accordé au gendarme qui avait tué Rémi Fraisse en 2014, lors des manifestation contre le projet de barrage de Sivens dans le Tarn. Pas sûr que le procès du jeune éleveur bio, aussi convaincu qu’impulsif, ne fasse la une des médias lorsqu’il se tiendra…

L. V.

A Cassis, drame dans la rivière mystérieuse

12 janvier 2020

Xavier Méniscus en plongée à la Font Estramar le 30 décembre 2019 (source Midi Libre)

La plongée souterraine est sans doute un des sports les plus dangereux qui existe et les accidents n’y sont pas rares. Celui qui vient de se produire cette semaine à Cassis n’en est qu’un des multiples exemples même si cette pratique de la plongée en spéléologie a bénéficié ces dernières années de très gros progrès techniques qui permettent d’atteindre désormais des profondeurs et des distances jugées inimaginables jusque-alors. Une bonne illustration en est d’ailleurs le record du monde de profondeur que vient de battre Xavier Méniscus, un habitué des rivières souterraines de Cassis, lui qui a atteint, dès 2016 la profondeur de 233 m dans le puits terminal de la galerie naturelle ennoyée qui débouche à Port-Miou.

Le 30 décembre 2019, ce même plongeur, ancien de la COMEX et scaphandrier professionnel depuis plus de 30 ans, a ainsi atteint la profondeur inégalée en spéléologie de 286 m dans le gouffre de la Font Estramar, situé à Salses-le-Château dans les Pyrénées Orientales. Une descente au fond du gouffre qui n’a durée que 22 minutes grâce à sa parfaite connaissance des lieux et aux multiples repérages effectués depuis des années dans ce réseau karstique naturel, mais qui a été suivie d’une interminable remontée de pas moins de 10h30, en respectant de longs paliers de décompression pour éviter que le sang du plongeur n’entre en ébullition. Ce jour-là, Xavier Méniscus a dépassé de quelques mètres le record mondial détenu jusque-là par le plongeur Nuno Gomes dans une cavité d’Afrique du Sud.

Mais de tels exploits ne sont pas à la portée du premier venu… Pour un professionnel chevronné comme l’est Xavier Méniscus, cette plongée exceptionnelle s’est apparentée à « une descente au paradis » comme il l’a joliment déclaré aux journalistes de Midi Libre, en référence peut-être aux célèbres vers de Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ! / Au fond de l’Inconnu, pour trouver du nouveau ». Mais pour certains, de telles plongées sous terre conduisent encore trop souvent à un véritable enfer…

Tracé approximatif des galeries noyées de Port-Miou et du Bestouan (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

C’est le cas de celle qui a eu lieu ce lundi 6 décembre 2019 dans la résurgence d’eau douce qui aboutit en mer dans la rade de Cassis, sous la villa Rastoin située en bordure de la plage du Bestouan. Les plongeurs ont exploré cette rivière souterraines sur près de 3 km depuis l’exutoire en mer. La galerie présente peu de dénivelée et la plongée se fait entre 10 et 31 m sous le niveau de la mer, mais l’exploration est néanmoins risquée car elle nécessite de progresser en nageant à contre-courant dans un milieu hostile et dangereux où il est facile de se perdre du fait de la visibilité réduite, surtout lorsqu’un remet en suspension les sédiments déposés au fond de la galerie.

En mai 2005, selon les compte-rendus soigneusement conservés sur le site captivant de l’association Cassis, les Rivières mystérieuses, qui explore ce réseau karstique depuis des années, le Britannique John Volanthen avait atteint pour la première fois ce qui est actuellement considéré comme le terminus connu de cette galerie, à plus de 3 km en amont de son exutoire en mer. Il lui avait fallu pas moins de 4h30 de plongée pour découvrir une vaste salle de 30 m de largeur et 35 m de hauteur dans un secteur rendu dangereux à cause de nombreux éboulis instables.

Plongée dans les rivières souterraines de Cassis (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

Depuis, Xavier Méniscus avait tenté, mais en vain, en mai 2016, de placer une balise afin de repérer en surface l’emplacement de cette salle terminale. Il a fallu attendre pour cela le 19 mai 2019, lorsque le plongeur Alexander Fox a réussi, au terme, lui-aussi, de 4h30 de plongée, à caler entre des blocs éboulés de la salle Volanthen, une balise émettrice dont les signaux reçus en surface ont permis de caler assez précisément la position de ce point terminal, grosso modo à l’aplomb des vignes de la Ferme Blanche, au pied du Mussuguet.

Vue en coupe de la galerie du Bestouan (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

Du fait, la généralisation de l’utilisation des mélanges pour alimenter le recycleur en limitant les risques d’accident respiratoire et celle des scooters en plongée souterraine rendent désormais plus accessible des plongées sur de telles distances : ce système d’assistance à la propulsion permet en effet de diminuer l’effort demandé au plongeur tout en doublant sa vitesse de progression.

En ce 6 décembre, les quatre plongeurs, de nationalité polonaise, qui se sont aventurés dans la rivière du Bestouan étaient bel et bien équipés avec ce matériel moderne et sophistiqué qui donne aux plongeurs spéléologues une vaque silhouette de cosmonautes. Mais cela n’a pas empêché que leur exploration se transforme en tragédie. De retour à l’air libre, vers 17h, ils se sont rendus compte qu’ils n’étaient plus que trois. Ils ont aussitôt prévenu les secours. Les pompiers n’étant pas en capacité d’engager seuls des plongeurs dans un tel dédale souterrain ont rapidement fait appel aux spécialistes du Spéléo secours dont Alexander Fox qui connaît parfaitement le tracé de cette rivière encore bien mystérieuse.

Les équipes de secours à l’œuvre, dans la nuit du 6 janvier 2019 (photo © SDIS 13 / France Bleu)

Malheureusement, les recherches engagées en fin de soirée n’ont pu que constater que le plongeur polonais resté dans la galerie était décédé, à environ 300 m seulement de l’exutoire. Une plongée qui se termine donc par une tragédie, une de plus, mais qui, assurément, ne découragera pas les spéléologues de poursuivre leurs exploration de ce réseau karstique noyé qui est encore bien loin d’avoir livré tous ses secrets. Enfer ou Ciel, qu’importe !…

L. V.

A Carnoux, je te tiens, tu me tiens…

7 janvier 2020

C’est à une bien belle cérémonie des vœux qu’ont pu assister les habitants de Carnoux massés en nombre dans la salle communale de l’Artea en ce vendredi 3 janvier 2020. La Provence, jamais avare de papier pour rendre compte des faits et gestes des élus locaux, relate la soirée sur une page quasi entière du quotidien dans son édition du 4 janvier. Chacun saura ainsi que les heureux participants à ce grand moment ont pu bénéficier en début de soirée et avant les discours officiels d’un spectacle gratuit de musiques et de danses irlandaises : du grand art !

Tract de campagne distribué par la liste de Gilles Di Rosa

Car rien n’était trop beau naturellement pour cette soirée exceptionnelle payée par le budget communal qui, comme chacun sait est largement excédentaire à Carnoux, au point de réaliser des placements financiers avec les recettes budgétaires inutilisées, comme s’en indigne le conseiller municipal d’opposition Gilles Di Rosa dans son dernier tract de campagne.

Il s’agissait en effet rien de moins, à travers cette soirée festive, que de marquer la clôture prochaine de la mandature ouverte en 2014, la troisième pour laquelle M. Jean-Pierre Giorgi occupe le fauteuil de maire. Mais cette soirée marque surtout le point de départ officiel de la nouvelle campagne municipale puisque M. Giorgi avait annoncé dès la précédente cérémonie des vœux début 2019 sa volonté de se présenter pour un nouveau mandat, lui qui est élu sans discontinuer à la mairie de Carnoux depuis 1983. Une volonté qu’il a bien entendu réaffirmée haut et fort lors de cette soirée après avoir dressé lui-même un bilan naturellement très flatteur de la mandature qui s’achève.

Bien entendu, le maire sortant ne doute à aucun moment d’être réélu triomphalement en mars prochain et il va même jusqu’à plaisanter sur scène en laissant entendre que son ambition affichée est d’être réélu dès le premier tour de scrutin, le dimanche 15 mars, lui dont la liste avait obtenu en 2014 un peu plus de 47 % des suffrages exprimés à l’issue du premier tour. A l’époque, il est vrai que pas moins de cinq listes étaient en compétition dont trois avaient pu se maintenir au second tour.

Il n’y en aura probablement pas autant en 2020, mais néanmoins davantage que la seule liste de Jean-Pierre Giorgi et celle menée par Gilles Di Rosa, que cite également le journaliste de La Provence. Une autre liste intitulée Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire est en effet en préparation et vient de procéder à la distribution d’un premier tract appelant les Carnussiens qui le souhaitent à participer à cette aventure citoyenne de la gestion municipale dans un esprit participatif auquel le maire sortant ne les a guère habitués jusque-là. Et il serait bien étonnant que le Rassemblement national, qui aux dernières élections européennes en 2019 était largement en tête à Carnoux avec 37,4 % des voix, ne présente pas aussi sa propre liste…

On ne manquera pas néanmoins de noter comme l’a fait La Provence, que Monsieur Giorgi était particulièrement bien entouré lors de cette cérémonie des vœux. Lui qui, il y a quelques années encore, se présentait comme apolitique, a bien viré sa cuti, n’hésitant plus à affirmer à qui veut l’entendre comme il l’avait fait en octobre 2016 à un journaliste du Monde « je ne suis pas du tout de gauche et pas du tout d’extrême droite ». Il soutenait à l’époque François Fillon avant de donner son parrainage en faveur de la candidature de Nicolas Dupont-Aignan à la Présidentielle de 2017, puis de faire campagne tout aussi ouvertement aux côtés du député LR Bernard Deflesselles quelques mois plus tard.

Le maire de Carnoux bien entouré lors de la cérémonie des vœux 2020 (photo © Corinne Matias / La Provence)

Et maintenant, tout ce beau monde se presse autour du maire sortant puisqu’étaient présents et bien en vue sur la photo de famille en ce début de campagne municipale, outre le sénateur RN Stéphane Ravier, l’inamovible député LR Bernard Deflesselles, mais aussi tous les élus locaux LR, de Gérard Gazay à Roland Giberti en passant par Danièle Millon ou Patrick Boré (qui s’était fait représenter). Voilà bien la marque de fabrique de nos élus locaux qui tous se tiennent par la barbichette, se soutenant mutuellement à chaque élection et se rendant de menus services en permanence, via le principe des cofinancements qui permet à une ville comme Carnoux de faire financer la quasi-totalité de ses investissements par d’autres collectivités, le Département en tête. Monsieur Giorgi n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler en évoquant notamment le coûteux programme d’enfouissement des lignes électriques qui s’achève et qui n’a été rendu possible que grâce à la générosité exceptionnelle du Conseil Départemental. On ne le remerciera jamais assez…

L. V.

Encore un peu d’oxygène pour Alteo…

4 janvier 2020

Pour ceux qui raffolent des feuilletons à multiples rebondissements, voilà au moins un acteur qui déçoit rarement : l’usine de fabrication d’alumine, implantée à Gardanne depuis 1894, appartenant jusqu’en 2003 au groupe Péchiney et passée depuis 2012 aux mains du fonds d’investissement américain HIG Capital qui la gère via un groupe industriel répondant au doux nom d’Alteo…

Usine Alteo à Gardanne (photo © ALTEO / Parc National des Calanques)

Dans les années 1960, Péchiney avait eu la lumineuse idée, pour se débarrasser des résidus issus du traitement de la bauxite, de les rejeter directement en mer, sans le moindre traitement, malgré leur forte teneur en soude, arsenic, cadmium, mercure, plomb, titane, chrome et autre joyeusetés. Une canalisation a été construite sur 47 km de long, traversant plusieurs communes dont celle de Carnoux, pour acheminer jusqu’au littoral plusieurs centaines de milliers de tonnes par an de résidus liquides, les fameuses « boues rouges ». A partir de 1966, et malgré une forte opposition locale menée notamment par Alain Bombard et Paul Ricard, ces boues rouges ont ainsi été déversées en mer, à 7 km des côtes de Cassis, en plein cœur de l’actuel Parc National des Calanques, par 320 m de fond, provoquant des ravages sur la faune marine dans un périmètre de plus en plus large au fil du temps.

Zone d’accumulation des boues rouges déversées en mer depuis 1966 (source infographie © Le Parisien)

L’évolution des normes environnementales internationales, a néanmoins fini par rattraper l’industriel, lui interdisant tout rejet direct en mer de ces déchets toxiques au delà du 31 décembre 2015. Sous la pression plus ou moins amicale des services de l’État, l’industriel a ainsi dû se résoudre à traiter au préalable ses effluents dans des filtres-presses qui permettent d’éliminer une part importante des résidus solides, lesquels sont désormais stockés dans des bassins à l’air libre, en attendant le développement d’hypothétiques filières de valorisation industrielle, provoquant au passage de graves nuisances à tout le voisinage…

Nuage de poussière au dessus du bassin de Mange Gari où sont stockées les boues rouges de Gardanne (photo © Maxppp / France Bleu)

Mais il fallait encore se débarrasser de toute la fraction liquide de ces effluents industriels, qui, bien que n’étant plus des « boues rouges » restent des produits éminemment toxiques dépassant allègrement les normes autorisées pour des rejets dans le milieu naturel

Pourtant, faute de solution alternative jugée acceptable par l’industriel et face à un odieux chantage à l’emploi orchestré par l’industriel et complaisamment relayé par de nombreuses figures locales, le préfet avait dû se résoudre, sur ordre du premier ministre de l’époque, un certain Manuel Valls, à signer un arrêté, le 28 décembre 2015, à quelques jours seulement de la date fatidique, accordant à Alteo une autorisation de rejet en mer des effluents liquides pour 6 ans supplémentaires. Cette autorisation déroge bien entendu allègrement sur les valeurs limites autorisées pour 6 paramètres pourtant majeurs, à savoir les concentrations en arsenic, aluminium et fer, ainsi que le pH et les deux paramètres classiques permettant d’évaluer le taux de pollution organique et organométallique : la DCO (demande chimique en oxygène) et la DBO5 (demande biochimique en oxygène sur 5 jours).

Conduite permettant de rejeter en mer les effluents d’Alteo (photo © Boris Horvat / AFP / Sciences et Avenir)

L’affaire avait néanmoins fait du bruit, d’autant que la ministre de l’écologie d’alors, Ségolène Royal, n’avait pas hésité à exprimer bruyamment son mécontentement. Plusieurs associations environnementales, dont ZEA, saisissent alors le Tribunal administratif, lequel décide finalement, en juillet 2018, de ramener au 31 décembre 2019 le délai laissé à Alteo pour mettre en conformité avec les normes réglementaires en vigueur la composition de ces effluents industriels rejetés en mer. Les juges ont en effet considéré que l’industriel a eu largement le temps, depuis plusieurs dizaines d’années, de réfléchir aux mesures à prendre pour traiter enfin correctement ses déchets via la construction d’une banale station de traitement biologique comme n’importe quelle commune a été en mesure de le faire depuis belle lurette.

Bien entendu, Alteo a immédiatement fait appel de ce jugement et demandé la suspension de son application afin de bénéficier d’un nouveau délai. Mais la Cour administrative d’appel de Marseille a considéré le 25 janvier 2019, en attendant de se prononcer sur le fond du dossier, qu’il n’y avait aucune raison de suspendre l’application du jugement rendu en première instance et que l’industriel avait parfaitement le temps matériel de mettre en œuvre les investissements exigés, pour peu qu’il y mette un peu de bonne volonté.

Carte de localisation des rejets d’effluents de l’usine Alteo (extrait du dossier d’enquête publique de 2015)

La voie judiciaire n’ayant pas donné tous les résultats escomptés, Alteo a alors actionné l’autre levier, à savoir le chantage à l’emploi en faisant valoir auprès des autorités que faute de délai supplémentaire accordé pour la mise en conformité du traitement de ses effluents, l’usine serait forcée de fermer ses portes au 31 décembre 2019. Et pour que le message soit clairement entendu, l’usine n’a pas hésité à enclencher une procédure de redressement judiciaire, ouverte le 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle les administrateurs judiciaires ont indiqué par courrier en date du 23 décembre « ne pas pouvoir assurer, à compter du 1er janvier 2020, un fonctionnement légal de l’entreprise sans un arrêté préfectoral autorisant la société Alteo à poursuivre son exploitation avec des paramètres DCO et DBO5 compatibles avec ses modalités actuelles de fonctionnement ».

Le Préfet Pierre Dartout en janvier 2019 (photo © Robert Poulain / Destimed)

Face à un tel comportement et sous la pression des élus locaux mettant en avant la sauvegarde des quelques centaines d’emploi en jeu, le Préfet de Région, Pierre Dartout, dont on imagine aisément à quoi il a occupé ses réflexions entre Noël et le Jour de l’An, n’a guère eu d’autre choix que de se plier aux exigences de l’industriel. Il a donc publié, le 30 décembre 2019, un nouvel arrêté préfectoral fixant des prescriptions complémentaires quant aux rejets en mer d’Alteo. En clair, les rejets restent autorisés jusqu’au 8 juin 2020, avec encore une dérogation mais qui ne concerne plus désormais que les deux seuls paramètres que sont la DCO et la DBO5. L’arrêté précise néanmoins qu’à compter du 9 juin 2020, Alteo devra se conformer à des valeurs réglementaires identiques à celles exigées pour une station d’épuration classique dont les rejets dans le milieu naturel doivent respecter une DCO maximale de 125 mg/l et une DBO5 de 30 mg/l, pour un flux annuel maximum autorisé de 236 tonnes en DCO et 71 t en DBO5. Mais pour les six mois à venir, les valeurs autorisées restent très supérieures, fixées à 80 mg/l en DBO5 et 200 mg/l en DCO (ce qui est malgré tout inférieur à la valeur fixée en 2015, qui s’élevait alors à 800 mg/l !).

La faune marine du Parc National des Calanques devra donc supporter pendant encore plus de cinq mois, et peut-être davantage pour peu que les juristes d’Alteo trouvent de nouveaux arguments à faire valoir pour repousser encore le délai, des rejets d’eaux fortement polluée, de nature à rendre les eaux totalement anoxiques. Mais l’essentiel était de trouver avant le 31 décembre de quoi fournir un peu d’oxygène à Alteo à défaut d’en procurer aux poissons de la baie : le Préfet a bien mérité son réveillon !

L. V.

2019 est passé, n’en parlons plus…

1 janvier 2020

C’est chaque année la même chose : une année s’achève, avec son lot de petites joies et de grandes misères. Chacun ne pense qu’à la suivante qui vient tout juste de débuter. On se congratule et on se souhaite une « Bonne année, et surtout la santé ! », comme de coutume. On ne se souvient sur le moment que des multiples catastrophes qui ont jalonné l’année écoulée : les deuils de personnalités ou de proches, les maladies et les accidents qui nous ont pourri la vie et jeté dans l’angoisse, les crises planétaires qui s’aggravent, la situation économique qui n’en finit pas de se dégrader et les décisions de nos responsables politiques qui nous paraissent toutes plus injustes et inappropriées les unes que les autres.

Mais avec le temps, on se souviendra aussi peut-être des bons moments que l’on a vécus durant l’année qui vient de s’écouler et l’on en viendra même à sourire en se remémorant certains de ces événements passés. Alors, autant commencer tout de suite, grâce à la vision décalée et subjective de certains dessinateurs de presse dont on ne saluera jamais assez, non seulement le talent, mais surtout la capacité de nous faire sourire des situations les plus déprimantes : les dessinateurs d’actualité devraient être élevés au rang de bienfaiteurs de l’humanité !

Janvier :

Le 17 janvier 2019, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, au nom du principe de précaution, demande la suspension de l’utilisation des LBD, ces fameux lanceurs de balles, qui ont fait des dégâts considérables lors des manifestations de lycéens puis lors de celles des Gilets jaunes. Au moins une soixantaine de blessures graves ont été alors recensées : œil éborgné, fractures de la mâchoire, joue trouée, traumatismes crâniens… Le Directeur de la Police nationale diffuse une note interne rappelant les conditions d’engagement de cette arme mais le gouvernement refuse d’en interdire l’usage malgré la grave blessure à l’œil survenue à l’un des leaders des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, lors de la manifestation du samedi 26 janvier.

Un dessin signé Mutio, paru sur Urtikan.net

Février :

Le 26 février 2019 et à l’issue d’une longue polémique, le distributeur d’articles de sport et de loisir, Decathlon, annonce qu’il renonce finalement à commercialiser en France son « hijab de running » destiné aux sportives de confession musulmane et déjà vendu au Maroc. Bien que la ministre de la santé ait rappelé que la vente de cet article n’était pas interdite par la loi, l’enseigne a préféré jeter l’éponge avant même la mise en rayon du vêtement controversé, après que ses employés ont reçu des centaines d’appels outrés et essuyé de nombreuses insultes de la part des clients en magasin.

Un dessin de Xavier Lacombe publié dans Marianne le 1er mars 2019

Mars :

Le 11 mars 2019, après deux semaines de contestation dans la rue, le président algérien Abdelaziz Bouteflika annonce qu’il renonce à briguer un cinquième mandat et évoque un report de l’élection présidentielle prévue le 18 avril. De retour à Alger après deux semaines d’hospitalisation en Suisse, il fait savoir : « Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi, mon état de santé et mon âge ne m’assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle République ».

Un dessin signé Ali Dilem

Avril :

Le 17 avril 2019, le surlendemain seulement de l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris, dans une allocution télévisée de 6 minutes, le chef de l’État, Emmanuel Macron déclare à la surprise générale : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années ». Une déclaration péremptoire qui laisse pantois plus d’un spécialiste de la restauration du patrimoine historique et ouvre la voie à bien des polémiques : un délai aussi court et non dénué d’arrières-pensées électoralistes est-il bien raisonnable alors que les expertises sont à peine commencées pour évaluer l’étendue des dommages et la nature des travaux de consolidation à entreprendre ? Faudra-t-il restaurer à l’identique ou profiter de l’opération pour moderniser radicalement l’édifice en utilisant les techniques contemporaines ?

Un dessin d’Ysope

Mai :

Le 1er mai 2019, vers 16h, alors que les forces de police venaient d’opérer une violente charge avec utilisation massive de gaz lacrymogène contre un cortège parisien, un groupe de manifestants escalade les grilles de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière afin de chercher refuge. Alors que les forces de l’ordre les poursuivent dans l’enceinte de l’hôpital, une vingtaine de manifestants, pour se mettre à l’abri, tente de pénétrer à l’intérieur d’un bâtiment. Le personnel soignant s’y oppose car l’accès en question donne sur un service de réanimation. Le soir même, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, accuse les manifestants d’avoir tenté de prendre d’assaut l’hôpital, prétendument pour s’en prendre à un capitaine de CRS qui y aurait été hospitalisé, et d’avoir par cette attaque délibérée mis en danger la vie des malades, une rumeur qui se dégonflera rapidement au fil des témoignages qui s’accumulent et convergent.

Un dessin de Deligne publié sur Urtikan.net

Juin :

Dimanche 2 juin 2019, une semaine après le piteux score de la liste Les Républicains (LR) aux élections européennes (moins de 8,5 %), Laurent Wauquiez annonce sa démission de son poste de président du parti. De nombreux cadres LR saluent une décision « sage, digne et courageuse » sans s’étendre sur le fait qu’ils faisaient pression sur lui depuis plusieurs jours pour qu’il annonce au plus vite son départ après un tel fiasco électoral et une série de boulettes qui avaient déjà provoqué de nombreux remous au sein du parti. Marine Le Pen en profite pour appeler à un large rassemblement de la droite et de l’extrême-droite. Élu en décembre 2017 à la tête du parti après la défaite cinglante de François Fillon lors des présidentielles, Laurent Wauquiez avait imprimé au parti LR une ligne très conservatrice, que son successeur, Christian Jacob, élu en octobre 2019, ne devrait guère infléchir.

Un dessin signé Na !

Juillet :

Le 23 juillet 2019, la jeune militante suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, intervient devant l’Assemblée Nationale pour rappeler aux députés français l’urgence de se mobiliser en faveur de la réduction des gaz à effet de serre. Sa venue est précédée par de nombreux quolibets de députés qui ironisent sur sa jeunesse et sa position de lanceuse d’alerte. « Ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culotte courte » se déchaîne ainsi le député LR du Vaucluse, Julien Aubert. Quelques heures après son passage et malgré ses mises en garde, les députés approuvent, comme si de rien n’était, la ratification du CETA, le traité de libre échange entre l’Europe et le Canada…

Dessin de Georges Million

Août :

Deux fusillades de masse aux États-Unis, le 3 août 2019 à El Paso (Texas) et le 4 août à Dayton (Ohio) font au moins 30 morts et 52 blessés, relançant une nouvelle fois la mobilisation d’une partie de l’opinion publique américaine contre la détention libre d’armes de tir. Le même week-end, trois autres fusillades de moindre ampleur se sont également produites à Memphis et à Chicago, ajoutant à ce triste bilan 2 morts et 17 blessés supplémentaires. Depuis le début de l’année 2019, on en est déjà à 348 morts et 1162 blessés recensés à l’occasion de 297 fusillades de masse dans le pays. 2019 se classe ainsi en tête des années noires depuis 2013 : depuis le début de l’année, il ne s’est jamais écoulé plus de 6 jours consécutifs sans une nouvelle tuerie de masse ! Mais Donald Trump dispose toujours d’une large majorité pour éviter toute évolution législative sur cette question de société, malgré la mobilisation de nombreuses personnalités et citoyens ordinaires, comme l’évoque ce dessin de Pascal Gros.

Un dessin de Pascal Gros publié dans Marianne le 9 août 2019

Septembre :

L’ancien Président de la République, Jacques Chirac, décède le 26 septembre 2019, à l’âge de 86 ans. Le dessinateur Frizou se souvient du débat historique qui a opposé en 1988, entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Chirac, alors président du RPR et premier ministre de cohabitation, à François Mitterrand qui achevait son premier septennat. Chirac tenta de déstabiliser son adversaire en affirmant d’emblée : « Ce soir, je ne suis pas le premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats à égalité. […] Vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand ?». La repartie fut cinglante : « Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le premier ministre…».

Un dessin signé Frizou, publié dans Le Figaro

Octobre :

Le 11 octobre 2019, le conseiller régional Rassemblement national (RN) Julien Odoul, interpelle en pleine séance la présidente du Conseil régional Bourgogne Franche Comté, Marie-Guite Dufay, pour lui demander de faire expulser une femme portant un foulard islamique et accompagnant un groupe de scolaires qui assistait à la séance dans le public. La Présidente de la Région lui rétorque que ni la loi ni le règlement intérieur ne lui permettent d’accéder à sa demande dans la mesure où cette accompagnatrice de sortie scolaire n’est manifestement pas de nature à troubler l’ordre public. Les élus RN quittent la séance pour exprimer leur mécontentement et c’est le début d’une nouvelle polémique nationale sur le port du voile dans les lieux publics et les sortie scolaires, une polémique qui agite régulièrement la France depuis des années comme le rappelle malicieusement le dessinateur Antoine Chereau…

Un dessin signé Antoine Chereau, publié sur Urtikan.net

Novembre :

Après 8 mois de crise dans les hôpitaux, le premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la santé Agnès Buzyn annoncent, le 20 novembre 2019, un plan urgence hôpitaux qui consiste en une reprise partielle de la dette, une rallonge budgétaire et des primes supplémentaires pour le personnel soignant. « L’idée de ce plan, c’est de redonner de l’oxygène aux soignants, qui n’en peuvent plus » affirme Édouard Philippe. Ces mesures ne semblent cependant guère convaincre le personnel hospitalier engagé dans un mouvement de grève durable, débuté dès le mois de mars dans certains services d’urgence en région parisienne. Certains reprochent au gouvernement de se livrer à un tour de bonneteau en recyclant des ressources budgétaires du ministère de la santé, comme le suggère ce dessin de Cambon…

Un dessin de Cambon, publié sur Urtikan.net

Décembre :

Le 21 décembre 2019, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara signent la fin du franc CFA, relique de l’histoire coloniale française en Afrique de l’Ouest. Pendant ce temps-là, les transports publics en France sont largement paralysés par les mouvements syndicaux qui se mobilisent contre la réforme des retraites, rendant très difficile la vie quotidienne de nombreux salariés, surtout en région francilienne et menaçant des millions de Français de ne pas pouvoir se déplacer à l’approche des fêtes de fin d’année.

Un dessin d’Alex publié dans le Courrier Picard

L. V.

Aux Mées, la chute d’un pénitent…

29 décembre 2019

L’affaire a fait du bruit en ce lundi 2 décembre 2019 dans la petite commune des Mées en bordure de la vallée de la Durance. Vers 16h15, les habitants présents sur place entendent une énorme déflagration, comme le bruit d’un avion de chasse. En l’occurrence, c’est plutôt un pan de la falaise qui vient de s’écrouler. L’un des fameux pénitents qui surplombe le village sur une centaine de mètres de hauteur vient tout simplement de s’effondrer sur les habitations en contrebas. Trois maisons sont totalement détruites sous le choc et deux autres partiellement endommagées.

Vue de la zone éboulée (photo © Nathalie Chevance / Europe 1)

Heureusement, en ce lundi après-midi la plupart des habitants sont au travail et l’éboulement, bien que particulièrement spectaculaire, ne cause que deux blessés légers. Le Préfet du département des Alpes-de-Haute-Provence est immédiatement prévenu par les premiers secours qui arrivent rapidement sur place et un poste de commandement opérationnel est installé tandis qu’une cinquantaine de pompiers accompagnés de maîtres-chiens recherchent d’éventuelles victimes sous les décombres.

Dégâts spectaculaires sur les maisons et les voitures en contrebas (photo © Emilie Briffod / Radio France)

En s’écroulant, le pan de falaise dont le volume est évalué à 3000 m3, a aussi provoqué la rupture de la canalisation d’eau potable qui alimente la commune ainsi que celle du gaz. L’alimentation en eau, en gaz et en électricité est coupée sur la commune qui organise une distribution de bouteilles d’eau. La circulation est interrompue sur la départementale qui traverse le village tandis qu’une cinquantaine d’habitants est évacuée par précaution et hébergée provisoirement dans une salle communale.

Pénitent éboulé avec son écaille encore potentiellement instable (photo © Philippe Bouvet / CEREMA)

Dès le lendemain, un survol en hélicoptère et des inspections pédestres sont organisés par des équipes spécialisées du service RTM (restauration des terrains en montagne, rattaché à l’ONF) et du CEREMA (centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). Celles-ci confirment qu’il subsiste un risque résiduel portant sur 2000 m3 de rocher encore instable qui devra faire l’objet d’un minage, mais que le reste de la falaise ne présente pas de risque apparent d’instabilité.

Les gestionnaires de réseaux ERDF, Orange et ENEDIS restaurent progressivement l’alimentation en gaz et en électricité ainsi que les lignes de télécommunication, ce qui permet de restreindre peu à peu le périmètre de sécurité autour de la zone éboulée. Le jeudi 5 décembre, il reste encore une trentaine d’habitants relogés provisoirement et le réseau d’alimentation en eau potable est en passe d’être rétabli même si l’approvisionnement des 1500 habitants de la commune se fait toujours par camions-citerne et distribution de bouteilles en plastique.

Les blocs éboulés ont fini leur course dans les maisons (source capture d’écran France 2 / L’Indépendant)

Reste que la chute d’un pan de falaise de cette dimension sur les maisons qui s’agglutinaient depuis des siècles au pied de la montagne ne manque pas de susciter des interrogations et certaines angoisses parmi les habitants. Bien entendu, comme à chaque événement naturel de ce type, chacun répète à l’envie que « de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu cela ». En l’occurrence, c’est d’ailleurs très probable, même si un plan de prévention des risques, approuvé en 2004, mentionnait très précisément le risque de chute de blocs à cet endroit.

Vue de l’éboulement en falaise (photo © Philippe Bouvet / CEREMA)

Étant donnée l’ancienneté du village dont on retrouve des références dans des chartes datant de la fin du XIème siècle, on peut en effet imaginer que si cette falaise était sujette à de fréquents éboulements rocheux, les maisons se seraient très probablement établies un peu plus à l’écart plutôt que de se masser juste à son pied.

Vue aérienne des pénitents des Mées (capture video / Géoparc de Haute-Provence / Youtube)

De fait, on ne peut pas dire que cette falaise aux formes déchiquetées si caractéristiques et qui, vue d’avion, ressemble à une véritable dentelle, soit passée inaperçue des habitants, au point d’ailleurs d’être à l’origine du nom du village, orthographié initialement Metas ou Las Medas, en référence au mot latin Metae qui désigne des bornes de forme coniques.

Ces fragments de falaise de forme conique qui se détachent de la paroi rocheuse et qui donnent ce paysage si typique du site des Mées, sont connus localement sous le nom de Pénitents par référence à une ancienne légende qui remonterait aux années 800, lorsque le comte Raimbaud ramena de ses combats contre les Sarrasins sept jeunes femmes magnifiques qu’il comptait bien conserver en souvenir, pour son usage personnel. Menacé d’excommunication pour son comportement peu orthodoxe, le comte dut néanmoins se résoudre à relâcher ses affriolantes prisonnières et à les conduire dans un monastère près d’Arles.

Les Pénitents surplombant le village des Mées (source © Provenceweb)

A l’occasion de ce transfert, les moines de la montagne de Lure furent chargés de former une longue haie pour protéger les belles infidèles jusqu’à la Durance, où une embarcation devait les accueillir. Les moines portaient de vastes capuchons rabattus sur leur visage, histoire de ne pas succomber au désir… Mais la légende soutient que le diable fit souffler un tel mistral que les capuchons se soulevèrent au passage des belles Sarrasines, offrant l’occasion aux moines de se délecter du spectacle. Furieux, l’ermite de Lure décida de les punir de manière exemplaire : le tonnerre frappa les religieux et les pétrifia, les transformant en un long cortège figé pour toujours dans la roche. La légende ajoute d’ailleurs que lorsque miséricorde sera accordée, le temps reprendra ses droits, et les moines, sous leurs capuchons de pierre, redeviendront poussières, entraînant avec eux ce flan de montagne si particulier.

Les pénitents des Mées (photo © Loïc Lagarde / AD04 / Tourisme 04)

Ce n’est cependant pas l’explication qui a été retenue par les experts du CEREMA pour expliquer l’effondrement de ce pan de falaise, consécutif à plusieurs semaines de fortes précipitations qui ont saturé d’eau la roche relativement perméable qui constitue la falaise des Mées et mis sous pression le réseau de fissures qui découpent le massif. Il faut dire que cette falaise si caractéristique est constituée de poudingue, un peu comme la falaise du Bec de l’aigle qui surplombe La Ciotat. A l’occasion du soulèvement alpin, il y a une quinzaine de millions d’années, le compartiment situé à l’est de la faille de la Durance s’est abaissé, formant une vaste dépression dans laquelle se déversent plusieurs cours d’eau puissants, issus du massif Esterel-Corso-Sarde et charriant d’énormes quantités de matériaux détritiques grossiers. Ces conglomérats se sont ainsi accumulés sur plusieurs centaines de mètres d’épaisseur, formant ce qui constitue maintenant le plateau de Valensole.

Il y a 8 millions d’années, ce massif montagneux situé plus au sud s’effondre progressivement et les cours d’eau se dirigent désormais vers la Méditerranée, y compris la Durance, qui charrie ses galets jusqu’en plaine de Crau avant de changer de cours il y a environ 11 000 ans pour rejoindre le Rhône. Soumise à de fortes variations climatiques entre périodes glaciaires et interglaciaires, la Durance érode progressivement et entaille cet épais dépôt conglomératique. Au niveau des Mées, ses eaux tumultueuses, enrichies de celles de la Bléone, butent contre une couche de poudingue dur et bien cimenté qu’elle sculpte progressivement jusqu’à lui donner sa configuration actuelle. Une configuration de pénitents en procession, qui nous paraît figée pour l’éternité, mais qui n’est jamais qu’un état provisoire, précaire, en attendant le prochain éboulement massif, dans quelques siècles peut-être… Que vaut le temps des hommes à l’échelle des temps géologiques ?

L. V.

2019 : joyeux Noël malgré tout !

25 décembre 2019

L’année 2019 se termine bientôt et les fêtes de fin d’année sont traditionnellement l’occasion d’oublier un peu le quotidien souvent morose, l’impression de se faire quelque peu enfumer par des décisions politiques pas toujours très équitables ou celle de foncer droit dans le mur d’une catastrophe écologique sans précédent et peut-être fatale pour l’humanité tout en accélérant et en klaxonnant à qui mieux mieux…. Grèves dans les transports publics, aveuglement de nos responsables politiques, crise de notre modèle économique, injustices sociales à grande échelle : pour souffler un peu et oublier ponctuellement ce quotidien anxiogène, rien ne vaut un bon repas de fête en famille, ou un dessin de presse bien tourné… Joyeux Noël à tous nos lecteurs  !

Un dessin signé Berth (source over-blog)

Un dessin signé Philippe Geluck

 

Un dessin signé Alex publié dans le Courrier Picard

Un dessin signé Ysope

Un dessin signé Mutio publié sur le site Urtikan

Climat : une COP de retard ?

20 décembre 2019

Renaud Muselier inaugurant une station d’autopartage à Drommel en février 2019 (source Région PACA)

C’est le nouveau cheval de bataille de Renaud Muselier : le Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, après avoir tenté de faire rentrer dans les têtes que sa région ne s’appelle plus PACA mais Région Sud, tente de faire croire que sa collectivité a désormais « une COP d’avance ». Un beau slogan qui ne veut pas dire grand chose mais qui fait simplement référence au Plan climat territorial adopté en 2017 et qui comprend 100 mesures ciblées plus ou moins en fonction de la préservation du cadre naturel et de la transition énergétique.

Un premier bilan établi à l’issue de l’exercice 2018 indique qu’un peu plus de la moitié des actions identifiées auraient déjà été réalisées et la quasi totalité déjà engagées pour un montant de 400 millions d’euros, correspondant à 20 % du budget de la collectivité. Les mauvais esprits y verraient la démonstration que 80 % du budget de la Région s’inscrit en dehors de cette stratégie vertueuse de transition écologique en faveur d’un moindre impact environnemental, notant par exemple que seul « 29 % du Fonds d’Investissement aux Entreprises Régionales est attribué à des entreprises identifiées comme respectueuses de l’environnement » , ce qui laisse entendre que l’essentiel des subventions régionales bénéficie à des entreprises qui se soucient comme d’une guigne de leur impact environnemental…

Les plus critiques pourraient même se demander en quoi la volonté de la Région d’investir 576 millions d’euros en 20 ans pour développer l’irrigation agricole des domaines viticoles relève bien d’une transition écologique plus respectueuse d’une saine gestion des ressources naturelles renouvelables. Des esprits chagrins pourraient aussi s’interroger sur l’impact écologique des 400 000 € investis pour améliorer l’aménagement touristique des plages, ou sur celui des 25 millions d’euros qui seront dépensés par la Région pour déployer le très haut débit et qui font partie des mesures phares affichées par la Région en faveur de la lutte contre le changement climatique mondial…

Notre Terre sombre, mais l’orchestre continue à jouer…

Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir la chance de vivre dans une région aussi en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique et qui a même poussé l’innovation jusqu’à prôner « la guerre du feu », laquelle consiste, contrairement à ce que les plus exaltés pourraient imaginer, non pas à mettre le feu à l’ancien Monde, mais plus modestement à recruter 110 jeunes pendant les vacances scolaires pour surveiller les massifs forestiers et alerter en cas de fumée suspecte.

Même rapportée à ses véritables proportions, cette initiative régionale a du moins le mérite de montrer qu’en matière de lutte contre le réchauffement climatique, les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer, surtout pour pallier l’inaction des États et des multinationales qui nous gouvernent. Car, du côté de ces derniers acteurs, il ne faut malheureusement pas s’attendre à des miracles. Quatre ans après la tenue de la COP 21 et de l’accord de Paris qui l’a conclue, le bilan de la dernière COP 25, organisée par le Chili et qui vient de se clôturer en Espagne est totalement désespérant.

Une COP 25 qui restera dans les annales pour sa durée plus que pour ses résultats (photo © Ccnucc / actu-environnement)

Les engagements qui avaient été pris en 2016 pour tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de contenir autant que possible sous la barre des 2 °C l’augmentation de la température mondiale moyenne, ont tous volé en éclat. Force est désormais de constater que ces émissions sont allègrement repartis à la hausse dans la majorité des pays, y compris en France et que nos gouvernants s’en moquent éperdument, à l’image de notre Président, Emmanuel Macron, qui n’a même pas jugé utile de faire le déplacement à Madrid, estimant pour se justifier qu’ « il s’agit juste d’une COP purement technique et de transition » !

Manifestation à Madrid pendant la tenue de la COP 25, en présence de Greta Thunberg (photo © Gabriel Bouys / AFP / Le Devoir)

On se demande bien pourquoi un événement aussi insignifiant a autant mobilisé les foules, et notamment les jeunes, alors qu’il n’a débouché sur aucune décision sinon de vagues ébauches de proposition pour essayer de bidouiller un marché carbone permettant à tout un chacun de spéculer sur les émissions de CO2 en rachetant à ses voisins le droit de polluer allègrement tout en laissant les autres compenser à sa place. Et pourtant, ce sont pas moins de 500 000 personnes qui se mobilisées et ont manifesté durant ces deux semaines qu’a duré la COP 25 pour essayer d’attirer l’attention sur les enjeux planétaires en cause.

Les pays insulaires directement menacés par l’élévation du niveau des océans ont bien tenté de se faire entendre pour demander une aide de la part des pays les plus émetteurs. Mais peine perdue. Malgré le délai de 42 heures supplémentaires que se sont octroyé les organisateurs de ce sommet raté, rien de concret n’en est sorti.

Un dessin signé Hervé Pinel publié dans Les Echos

Les nations les plus productrices de gaz à effet de serre que sont la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Australie, le Canada ou le Brésil n’ont rien lâché et tout porte à croire que l’on est désormais bien ancré sur une trajectoire qui se traduira par une augmentation d’au moins 3,2 °C de la température moyenne à l’échelle mondiale.

De grandes décisions ont malgré tout été prises… (dessin signé Ysope)

« La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d’une ambition plus grande », a déploré avec euphémisme le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Une belle catastrophe écologique et humaine en prospective mais que, promis, juré, tout le monde se targue de conjurer lors de la prochaine COP prévue à Glasgow en 2026. Encore une année de perdue dans cette course contre la montre où chacun craint avant tout de prendre un faux départ…

L. V.

Notre système de retraite ne va pas si mal, merci !

11 décembre 2019

On entend souvent en ce moment, de la part du gouvernement mais aussi des milieux patronaux et de certains économistes l’affirmation péremptoire selon laquelle notre système de retraite français serait au bord du gouffre et que la réforme annoncée serait indispensable pour sauver le dispositif qui sinon risque l’explosion à court terme. Une analyse pour le moins catastrophiste destinée à faire accepter de nouveaux sacrifices pour les futurs retraités menacés de devoir travailler toujours plus longtemps pour des niveaux de pension espérée toujours plus faibles.

Un dessin signé Deligne (source © Urtikan.net)

Pourtant, une vision aussi pessimiste semble pour le moins exagérée si l’on en croit un article de Guillaume Duval publié tout récemment par le magazine Alternatives économiques, lequel s’appuie sur le rapport rendu public en novembre 2019 par le Conseil d’orientation des retraites (COR).

Tout d’abord et contrairement au discours ambiant, le déficit actuel de notre système de retraite, loin de se creuser de manière irrémédiable comme certains voudraient le laisser croire, est plutôt en train de se résorber et les projections sur les prochaines années n’ont rien d’inquiétant. C’est la crise financière de 2008 et le ralentissement de l’activité économique qui s’en est suivi qui ont vraiment creusé le déficit. Ce dernier a ainsi atteint 6 % en 2010, la part des cotisations sociales (payées par les salariés et leurs employeurs, et donc fortement dépendante du niveau de l’activité économique du pays) étant alors tombée à son plus bas niveau (77 % des recettes globales). Depuis, la part des cotisations sociales est remontée et le niveau actuel de définit s’est considérablement réduit, autour de 1 %, un niveau marginal qui n’a donc rien de préoccupant.

Evolution du financement du système de retraite français (y compris Fonds de solidarité vieillesse) en pourcentage des dépenses (source infographie © Alternatives économiques)

La question est néanmoins de savoir ce que va devenir ce déficit dans les années à venir, et c’est justement l’objet de l’étude prospective conduite par le COR à la demande de l’État et qui vient donc d’être publiée. Or, les conclusions du COR sont plutôt rassurantes, puisque la part des retraites dans la richesse nationale, qui représente actuellement de l’ordre de 13,8 % du PIB, ne devrait guère bouger dans les 10 à 15 prochaines années. Le COR est formel : l’augmentation prévisible des dépenses de retraites dû au vieillissement de la population sera compensée par l’évolution des pensions qui est désormais moins rapide que celle du revenu moyen du fait des réformes engagées ces dernières années. Loin de se creuser, le déficit actuel ne devrait guère bouger et pourrait même disparaître selon les hypothèses de croissance envisagées.

Manifestation contre la réforme des retraites à Marseille le 5 décembre 2019 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / Libération)

En fait, la principale menace qui pèse sur l’équilibre à venir de notre système de retraite est la baisse des recettes plus que la hausse des dépenses. Or le facteur principal qui provoque cette réduction des recettes est provoqué par la politique actuelle du gouvernement qui comprime inexorablement la masse salariale publique en gelant le niveau de rémunération des fonctionnaires et en supprimant toujours plus d’emplois publics. Une politique de relance de l’action publique permettrait de revenir rapidement à l’équilibre de notre système de retraite, mais ce n’est pas dans l’air du temps…

Evolution du montant brut mensuel moyen des retraités français à 66 ans, en euros constant (valeur 2017) – source © Alternatives économiques

Une chose est sûre, en tout cas : la France est le pays européen, après la Grèce et l’Italie, qui consacre la part la plus importante de sa richesse nationale à payer les pensions de ses retraités. Un point qui exaspère tout ce que notre pays compte d’adeptes du néolibéralisme débridé et du « toujours moins d’État providence ». Mais c’est aussi un choix de société qui explique que notre pays fait partie de ceux où la part des plus de 65 ans vivant sous le seuil de pauvreté est la plus faible de toute l’Europe : seuls 7,8 % des séniors français vivent avec moins de 60 % du revenu médian. Ce taux monte à 15,8 % dans un pays comme la Suède, pourtant présenté comme le modèle indépassable de l’État social et de la retraite à points. Il atteint même 17 % en Allemagne où les retraités pauvres commencent à devenir un vrai problème de société.

Un rééquilibrage semble donc inévitable. Dans les années qui viennent, l’Allemagne va devoir consacrer une part plus importante de sa richesse nationale pour renforcer le pouvoir d’achat de ses citoyens retraités, tandis qu’en France, sous l’effet des mesures déjà prises depuis plusieurs années, l’évolution du montant des pensions versées connait un ralentissement progressif.

Évolution de l’âge moyen de départ en retraite dans les différents régimes (source © Alternatives économiques)

Mais il n’est pas besoin pour autant d’aller au-delà des mesures déjà adoptées et qui semblent largement de nature à permettre d’accompagner cette évolution, y compris d’ailleurs pour intégrer l’allongement prévisionnel de la durée de vie. De ce point de vue aussi, les affirmations selon lesquelles l’allongement de l’espérance de vie obligerait à retarder sans cesse l’âge de départ en retraite sont quelque peu battues en brèche par la réalité.

D’abord, l’âge moyen de départ en retraite a très sensiblement augmenté sous l’effet des réformes déjà adoptées. Il atteint désormais 63,1 ans dans le privé et 62,7 ans dans le public (hors policiers et gendarmes), et même 63,2 ans dans la fonction publique territoriale (abstraction faite des pompiers qui partent plus tôt). En 2002, cet âge moyen de départ en retraite était inférieur à 62 ans dans le privé et inférieur à 61 ans dans le public.

Quant à la durée de vie moyenne, elle continue à augmenter, mais de manière quasi imperceptible. L’espérance de vie à 60 ans est passée en 15 ans (jusqu’en 2014) de 20,4 à 23,1 ans pour les hommes et de 25,6 à 27,7 ans pour les femmes. Mais depuis plusieurs années, elle stagne et n’évolue quasiment plus, ce qui rend totalement inopérant un des principaux arguments avancés pour justifier d’augmenter toujours l’âge du départ en retraite, d’autant que, dans le même temps, le taux d’emploi des séniors est loin d’évoluer à la hausse…

Un dessin signé Plantu, publié dans Le Monde du 10 décembre 2019

On peut être pour ou contre le projet de réforme envisagé par le gouvernement pour harmoniser les différents régimes de retraite et passer à un système de répartition par points, mais au vu de ces chiffres il paraît bien difficile de justifier le volet initialement associé à ce projet et qui consiste à augmenter encore l’âge (ou la durée de cotisation) requis pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein : on peut d’ores et déjà parier que le gouvernement sera contraint de lâcher du lest sur ce dernier point s’il veut aller poursuivre son objectif de réforme sans mettre le pays à feu et à sang !

L. V.

Littérature, miroir des Arts : Katulu ? partage

9 décembre 2019

Cette année encore le club de lecture « KATULU ? », composante du Cercle Progressiste Carnussien, a organisé, le 5 décembre, une séance publique consacrée à la présentation de romans sélectionnés par les lectrices. Sur le thème original « Littérature miroir des Arts », ces dernières ont successivement abordé différents domaines de l’art : la musique, la peinture, la mosaïque, la sculpture et l’architecture.

En plus de l’intérêt culturel de cette manifestation, le public a pu manifester sa générosité au profit de l’AFM-Téléthon, la séance étant inscrite au programme des manifestations 2019 organisées dans la ville de Carnoux-en-Provence.

Les lectrices de Katulu ? (photo © CPC)

En préambule, la secrétaire du club, Marie-Antoinette Ricard, a remercié l’assistance pour sa présence et particulièrement les douze membres du club qui cette année ont proposé une présentation originale de cette séance consacrée aux écrits sur l’art.

En effet le commentaire des œuvres était illustré d’une ambiance musicale et d’un diaporama en accord avec le thème de chacun des livres.

Un public attentif à Carnoux (photo © CPC)

De plus, chaque intermède entre les présentations était ponctué par une citation poétique relative au domaine artistique.

Cet ensemble a contribué à renforcer la dimension sensible de ce moment culturel en immergeant les spectateurs-auditeurs dans l’œuvre évoquée, le contexte de sa création et l’esprit de son créateur.

Une séance au bénéfice du Téléthon (photo © CPC)

Les cinq ouvrages qui ont servi de support à cette lecture publique étaient disponibles à l’achat (ou sur commande pour certains), fournis aimablement par la librairie « Le Préambule » de Cassis.

Contrepoint d’Anna Enquist – la musique de Bach (les Variations de Goldberg)

Gabriële d’Anne et Claire Berest – la peinture de Picabia (voir Diaporama_Picabia)

Les maîtres mosaïstes de Georges Sand – la mosaïque (Saint-Marc à Venise – Diaporama_Venise)

L’atelier de Giacometti de Jean Genet – la sculpture (Diaporama_Giacometti)

Les pierres sauvages de Fernand Pouillon- l’architecture (Abbaye du Thoronet – Diaporama_Pouillon)

Un apéritif offert au public permit de poursuivre les conversations dans une ambiance conviviale.

MAR

CONTREPOINT

Anna Enquist

Romancière, poète et anciennement psychiatre cette auteure d’origine néerlandaise est publiée par ACTES SUD pour ce roman en 2010.

Le Titre CONTREPOINT nous indique tout de suite le rapport avec la musique, le contrepoint étant la superposition de deux ou plusieurs lignes mélodiques. Une basse continue et une ornementation.

Bach le définit lui-même comme « une conversation entre plusieurs personnes ». Pour les profanes en matière musicale, le contrepoint fait penser à notre petite musique intime secrète qui se cache en chacun de nous comme une doublure invisible. La musique serait ainsi l’expression de notre aventure intérieure.

Ce qui m’a paru intéressant dans ce roman est justement d’être l’illustration littéraire du CONTREPOINT et surtout de magnifier le rapprochement entre la musique et l’intime.

Le roman s’ouvre sur un premier tableau : une femme devant un piano, un crayon à la main face à une partition de BACH « Les Variations Goldberg ». L’auteur nous dit : « La femme s’appelait tout simplement femme, peut-être mère et d’ajouter « il y avait beaucoup de problèmes ».

Anna Enquist va dès lors nous entraîner suivant un ordre anti chronologique, anti linéaire vers les lambeaux de souvenirs de cette femme. Des bribes du passé se glissent dans son présent en l’expliquant.

Le contrepoint est ici le rapprochement de scènes très éloignées dans le temps. Nous pénétrons ainsi peu à peu dans la mémoire affective, exaltée, purifiée de notre héroïne. On se trouve tout de suite emporté dans la fusion des sentiments, des aspirations, des tensions de cette femme. L’écrit devient musique et nous entraîne malgré nous dans cette confusion structurée des impressions et des volontés. On passe de la légèreté à la gravité, de la joie à la tristesse. On vit la musique.

Dans ce chaos que l’on devine il y a un ordre, un chemin, une voie et nous les suivons donc, pas à pas, à travers les trente variations. On découvre des analyses intelligentes de la musique. On réapprend les temps, les silences, les soupirs, les trilles, les rythmes : CRESCENDO DECRESCENDO ADAGIO NON LEGATO ARIA

La musique est présentée comme une école de maîtrise de soi, une discipline, une technique. Il s’agit de ressentir, examiner, décortiquer, maîtriser. Jouer nécessite un art du toucher fait de légèreté, d’assurance, de retenue, de discrétion. Jouer c’est la souplesse du poignet, l’agilité et la force des doigts. Jouer c’est se plonger se fondre dans le compositeur, c’est une union charnelle qui abolit le temps et il est l’art supérieur où « Rien n’a besoin d’être formulé ou traduit ». La musique est à la fois hors du temps et dans l’écoulement du temps, un paradoxe fascinant. La musique est magique, elle fait entrer dedans ce qui est dehors ! Elle est ici cri de désespoir mais aussi résistance au chagrin.

On s’approprie à travers Bach, dans un grand dénuement, la vérité d’une « femme », de l’enfant : la « fille ». Le portrait est tout en anonymat et délicatesse.

L’auteure, Anna Enquist (source © Babelio)

ENQUIST raconte avec simplicité et émerveillement cette expérience de mère, son amour et sa tendresse pour sa fille. Comment ne pas être touché à travers cette chronologie bousculée ! Son enfant à trois ans, trente ans, puis vingt, puis six, puis quinze. On chemine à travers ses inquiétudes, ses peurs, ses joies. On regrette la fragilité du souvenir car le lecteur a été averti dès les premières pages du livre d’une perte, d’un vide. A un moment l’enfant a six ans et puis il y a un accident « l’enfant est abîmée » elle répète la mère « l’enfant est abîmée ».

On écoute haletant cette musique support et vecteur de souvenirs. Plus tard la tragédie survient, « la fille s’était arrachée à l’avenir ». Alors l’auteur poursuit son récit sur un ton plus grave. Elle décrit en psychiatre le traumatisme du deuil « ce bombardement qui détruit les circuits de la mémoire, des synapses et des connexions ». Son héroïne est désormais dans ce temps où le passé est devant alors que l’avenir n’est que derrière « dans le dos » Elle est dans ce temps où « tout s’était arrêté mais le cœur perfide continuait de battre ».

L’auteur, en philosophe, nous réapprend que la vie c’est recevoir une chose et devoir y renoncer. Dans la vie, dit-elle « Il y a LE TRAGIQUE et LA FARCE ». Le tragique arrive comme une vague et il y a la phase de farce, celle de l’observation et ce besoin anesthésiant de travail pour chasser l’absurde.

Face à cette réalité il reste la musique. L’auteur cite Igor STAVINSKI « La musique rétablit l’ordre dans le chaos, à savoir la relation de l’être humain au temps ». A travers le son, on retrouve son corps « le son vient du ventre et des jambes »

On redonne corps « JOUER du piano était biologique, physiologique, neurologique ». La musique est renaissance, reconstruction, la musique est résonance, correspondance. A la suite de l’auteur on pénètre humblement dans l’histoire tourmentée de BACH, de cette femme, de sa fille. On se retrouve dans notre réalité, en souvenir ou en anticipation.

L’Aria qui ouvre le roman et l’achève mérite d’être entendu. Il évoque à la fois douleur et paix. Il décortique le désespoir immense, forcené, révolté face à la mort de l’enfant mais en même temps il est résistance, application, persévérance. Il est la douleur de la perte sublimée.

Ce livre est un chemin, un apprentissage, un message initiatique, un viatique de l’au-delà. Il faut donc entendre ce CONTREPOINT malgré nous et pour notre gloire, éternels Sisyphe que nous sommes !!!

C’est un livre empreint de sensibilité, de simplicité dans l’expression des sentiments.

Sans doute aussi est-il une plongée dans la technicité de l’art musical. Il peut éveiller la curiosité de la découverte de ces Variations Goldberg. Elles sont au nombre de trente comme les chapitres de ce livre et dont vous devez savoir que le dernier canon est techniquement indépassable selon les musicologues, ce qui ramène à l’humilité nécessaire devant toute interprétation des œuvres !

Retenons donc cette leçon de justesse, délicatesse, discrétion, dignité, ce chagrin parmi tant de poésie. CROYONS en l’art qui sauve, l’ART MYSTIQUE qui sublime et perpétue le souvenir.

Gardons cette belle image du bonheur retrouvé : « la fille embrassée par des papillons ».

                                                                                                                      Nicole B.

 

Gabriële

Anne et Claire Berest

Claire et Anne Berest le 18 octobre 2017 (photo © Antoine Doyen / Le Parisien week-end)

Anne et Claire Berest. sont les arrière petites-filles de l’héroïne Gabriële Picabia ex épouse du peintre Francis Picabia. Elles ont écrit à quatre mains en 2018. Cette biographie est passionnante.

En fait elles ont très peu connu leur arrière-grand-mère, leur mère ne leur en parlait pas ! Leur grand-père Vincente, dernier enfant de Gabriële et de Francis s’est suicidé à 27 ans laissant une petite fille de 4 ans, mère des sœurs Berest. Elles ignoraient son existence et n’ont même pas été informé de son décès à 104 ans. Grande fut leur surprise d’apprendre leur lien de parenté avec le célèbre peintre Picabia !

Je distingue deux parties dans l’analyse : La vie, la muse

1- La vie

Gabriële est née en 1881 dans une famille aisée et conservatrice, père militaire. Elle se passionne rapidement pour la musique mais en théoricienne, elle rêve d’être compositeur et créatrice. Je cite : « nous voulions nous libérer et nous dégager de toute la technique traditionnelle, de toutes les vieilles syntaxes et grammaires pour explorer ce que nous appelions la musique pure… et de sons organisés. »

Elle poursuit ses études musicales à Paris à la Schola Cantorum, « lieu de l’Avant Garde musicale » où elle rencontre Claude Debussy et Vincent d’Indy pédagogue adoré qui « ouvre les fenêtres vers d’autres Arts. »

Elle part à Berlin en 1906 encore toute troublée par ses études musicales : « une force grandit en elle, l’idée qu’il faut s’inspirer de toutes les émotions que procurent l’art, les tempêtes de la peinture, les déluges de la poésie pour tenter de trouver un langage musical nouveau.»

Elle ne songe pas à se marier et refuse l’avenir tout tracé pour les femmes à l’époque, son art prenant toute la place dans son esprit et sa détermination !

Francis Picabia vers 1910

Elle a failli rencontrer à Berlin Francis Picabia venu pour une exposition. Selon elle, il a mauvaise réputation : « noceur, bagarreur… enfant gâté et génial », il ne l’intéressait pas. Et pourtant « la carrière musicale de Gabriële prit fin avec la rencontre de Francis » à Versailles chez sa mère.

Il ne lui reste rien de son goût pour la musique « pas une œuvre, aucune partition (qu’elle a même brûlées) pas même le titre d’un poème musical ». Ce brutal revirement est bien réel ! Ne se sentant pas géniale, elle en conclut : à quoi bon insister !

Immédiatement elle constate que « le peintre avait tellement besoin d’elle, de son cerveau, de son regard, de sa disponibilité à chaque instant…» 

Tout de suite il va l’accaparer et elle en est ravie ! Il l’emmène en Bretagne avec son frère Jean un peu échaudé par la nouvelle relation de sa sœur avec son ami. Francis séduit Gabrielle qui accepte de le suivre à Cassis ! Il lui racontera sa vie !

Les Picabia sont des exilés espagnols partis à Cuba au 17éme siècle ! Ils ont fait fortune dans la canne à sucre. En 1855 l’État espagnol rappelle le père de Francis pour lancer le Chemin de fer ! Famille très aisée, ses parents vivent à Paris or sa mère meurt alors qu’il est encore jeune. Famille patriarcale ensuite ! »

Il devient mystérieux, écrasé d’ennui et de tristesse « Il traverse des phases d’enthousiasme suivies par des phases d’abattement, il peint de manière compulsive :  semaine d’ivresse, de solitude et de travail », d’alcool aussi puis de drogue !

En 1903, il expose huit toiles impressionnistes au Salon des Indépendants, tout le monde l’encense ! A ce moment-là, il subit l’influence de Pissaro et de Sisley.

Homme et peintre de rupture, je cite : « il orientera son art en adéquation avec les concepts symbolistes-synthésistes de la fin du 19éme, l’émotion de l’artiste devant la nature s’exprime à travers une synthèse de formes et de couleurs. »

C’est à Cassis dans un petit hôtel appelé Cendrillon que pour la 1ére fois Gabriële partagera le lit d’un homme et ce « fut la première nuit de toutes les nuits.» Les toiles de l’artiste sont désormais empreintes de leur amour physique sublimé ! »

Ils iront voir la famille de Francis à Séville après s’être mariés le 27/01/1909 à Versailles.

Au retour du voyage de noce, il vendra quatre-vingt-dix neuf toiles impressionnistes s’orientant vers un nouveau style pictural : l’Art Moderne, déjà sous l’influence de Gabriële !

De ce flamboyant voyage en Espagne, elle sent que le vrai mariage se produira en liant « deux êtres si imparfaits et si affreux ! » et revient enceinte de leur premier enfant !

2- la Muse

Au contact de Gabriële, stimulant intellectuel pour lui, son art évoluera : « je veux peindre des formes et des couleurs délivrées de leurs attributions sensorielles… une peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination » avait-il dit lors de leur rencontre. Elle veut se mettre, non au service de son mari, mais au service d’une révolution artistique. Gabriële poursuit donc la mission qu’elle s’est fixée : elle veut dit-elle : « lui apporter les éléments de pensée qui vont lui permettre de changer sa façon de peindre… elle se plonge dans l’histoire de la musique et de la peinture… travaille sur des livres et des catalogues, conceptualise et trouve dans Hégel une idée qui la séduit : l’art ne doit pas imiter la nature aussi parfaite que soit son imitation…» il en est le rival « comme elle et mieux qu’elle, il représente des idées ; il se sert de ses formes comme des symboles pour les exprimer. » Francis, « tu dois peindre les sons ».  « La couleur est vibration de même que la musique » dit-elle. « L’intuition c’est Gabriële… Elle associe peinture et musique. C’est là que naît l’œuvre maîtresse de Picabia « Caoutchouc » 47,5 cm de largeur sur 61,5 de hauteur ; on est en juin 1909, pour la 1ére fois un peintre peint quelque chose qui ne présente rien. Avant Kandinsky et avant Picasso « Caoutchouc est… le fruit de la pensée musicienne de Gabriële. Picabia peint l’une des premières peintures abstraites de l’histoire de l’Art.» Apport capital de Gabriële sur l’œuvre de Picabia. Il y eut des doutes chez certains sur la paternité de l’art abstrait par Picabia or il est bien le premier, cet Art jaillira un peu partout après ce moment-là !

Ils eurent de nombreuses relations dans le milieu artistique dont Apollinaire et Marcel Duchamp, artiste provocateur que Gabriële influencera aussi notamment à travers des idées un peu folles et audacieuses « comme la livraison d’un urinoir à un concours d’Art Moderne » provoquant « un énorme scandale et l’hilarité générale ! » C’est le fameux Ready-made ou l’objet d’Art prêt à l’exposition !

Francis faisait des fugues, elle n’en fut jamais jalouse ! Le couple était tolérant l’un vis à vis de l’autre !

Ils eurent 4 enfants qui ont certainement souffert d’être délaissés par leurs parents. Les petites- filles auteurs de ce roman, n’ont jamais connu leurs grands-parents ! Elles ont découvert le couple dans le dictionnaire : « Entre 1909 et 1914 Picabia s’essaie au « isme » du début du siècle : Fauvisme, futurisme, cubisme et orphisme…» en référence au poème de Baudelaire Orphée de 1908 traitant de la poésie pure ! C’était une sorte de langage lumineux cher à Gabriële.

Vie trépidante avec Gabriële, c’est « la femme au cerveau érotique » du groupe : « l’impression de construire ensemble l’immortalité… ils peuvent à nouveau s’aimer et aimer Marcel, dans le désordre, dans l’ordre, les têtes en bas, les corps en haut… On partage la vie à trois ! virées fantastiques, dans une ivresse de loups, de mondes parallèles, de drogués et de voyants, de nuits ressuscitées et de jours prometteurs »

Présence tendre d’Apollinaire : « son érudition disproportionnée tranchant avec sa bonhomie mal dégrossie ». C’est un véritable ami !

Après s’être follement aimés, ils se sont séparés en 1919, lui, ayant trouvé une autre compagne Germaine Everling avant Olga Mohler, à la fin de sa vie.

Livre fascinant sur la vie d’une femme et d’un couple au début du XXéme siècle, la place injuste donnée aux femmes à l’époque, destinées surtout au ménage et à la maternité. Gabriëlle a su occuper une place primordiale avec son mari et ses amis mais plus globalement dans l’Art de l’époque dont elle fut ardente théoricienne ! Elle insufflait un modernisme, une intelligence et une intuition artistique qui a permis à Picabia d’être novateur !

L’influence de Gabriële n’est pas contestée dans les mouvements picturaux du XXéme siècle.

Ce roman m’a intéressée par la peinture de l’Art de l’époque, les évolutions picturales, les évocations d’Apollinaire et de Picasso, de Max Jacob, de Braque de Marie Laurençin !

Je cite enfin : « Dans leur sillage tant de maîtres sont apparus : Miro avec Picabia, Magritte et Wandy Warol derrière Marcel Duchamp. Maîtrisant les langues utiles à la promotion des peintres Gabriële dessine une des figures féminines les plus extravagantes des années d’après-guerre ».

Josette J.

 

Les Maîtres Mosaïstes

George Sand

En 1883 c’est la première parution de ce livre de George Sand chez Félix Bonnaire. Près d’un siècle plus tard, en 1993, une publication des éditions Du Chêne agrémente le texte de magnifiques reproductions des mosaïques de la basilique Saint-Marc, permettant d’admirer le travail des artistes.

Présenté et annoté par un grand spécialiste de la mosaïque, Henri Lavagne, Les Maîtres Mosaïstes sort enfin de l’oubli et nous apporte les lumières sur une riche période de l’histoire de l’art à Venise.

Georges Sand présente elle-même son livre : « J’ai écrit les Mosaïstes en 1837, pour mon fils Maurice (…) je lui avais promis de lui faire un roman où il n’y aurait pas d’amour et où toutes choses finiraient pour le mieux. Pour joindre un peu d’instruction à son amusement, je pris un fait réel dans l’histoire de l’art. Les aventures des mosaïstes de Saint-Marc sont vraies en grande partie. Je n’y ai cousu que quelques ornements, et j’ai développé des caractères que le fait même indique d’une manière assez certaine.»

En ce milieu du 16e siècle, les voûtes de Saint Marc ont perdu en grande partie les mosaïques réalisées par les grecs, certainement au cours du 12e siècle. En ce temps-là, « les artistes grecs étaient rares à Venise, ils venaient de loin et restaient peu. Ils ont formé à la hâte des apprentis qui ont exécuté les travaux indiqués sans connaître le métier » ainsi, les mosaïques ont mal résisté aux outrages du temps.

Depuis, de siècle en siècle, l’art de la mosaïque a été cultivé à Venise. Les vénitiens ont peu à peu amélioré les techniques de réalisation en particulier grâce aux verriers de Murano. Ces derniers ont mis au point une pâte de verre coloré qui a complètement transformé les pratiques. Les possibilités chromatiques du verre mettent à disposition toutes les nuances de couleur. Cette palette de couleurs est encore enrichie par l’intégration dans la pâte de verre, de fines feuilles de matériaux précieux comme l’or, sous des angles différents, pour faire jouer la lumière. Les tesselles ou smalts, sont ainsi devenues légères permettant des réalisations sur le plan vertical ou sur la voûte. Lors de la pose sur de tels supports, les inclinaisons variables créent des jeux de lumière éblouissants.

Au 16e siècle, forte de ce savoir, la République de Venise décide et finance la rénovation des voûtes de la Cathédrale Saint Marc. C’est donc la Venise triomphante des arts florissants, qui offre son décor aux personnages de ce roman, les mosaïstes.

Deux écoles rivales, les Zuccati et les Bianchini, se partagent cet immense et prestigieux chantier.

Pour les frères Zuccati, Francesco, l’aîné, « laborieux, patient, ingénieux, exact », et Valerio, « plein d’esprit, fécond en idées larges et en conceptions sublimes », le métier de mosaïste est un art. A la grande désolation de leur père Sebastien, peintre oublié aujourd’hui, mais assez estimé dans son temps comme chef d’école, pour qui seule la peinture est un art véritable, car ce sont les peintres qui, sous forme de cartons, réalisent les modèles. Le Titien et le Tintoret, célèbres peintres vénitiens sont de ceux-là. Ils ont produit de tels cartons à partir desquels les mosaïques sont accomplies. Cependant « les mosaïstes tracent eux-mêmes le dessin pur et élégant de leurs sujets et créent leur merveilleuse couleur d’après la simple indication du peintre » dit Jacques Robusti lui-même, dit le Tintoret, parlant du travail des frères Zuccati.

C’est l’illustre maître lui-même, qui emmène Sebastien à la basilique de Saint Marc, voir les créations de ses fils, pour le convaincre que la mosaïque est véritablement un art qui grâce au marbre et au cristal « résistant à la barbarie des temps et à l’outrage de l’air », contrairement à la toile, « nous a conservées intactes les traditions perdues du dessin au Bas-Empire » et celles de la couleur.

Le vieux Zuccato entre sous la coupole orientale de la basilique et aperçoit Francesco, Valerio et leurs ouvriers, tels des acrobates perchés sur d’improbables installations sous les coupoles, accomplissant leurs œuvres de pierre.

Il est saisi par la lumière jouant sur les objets et s’efforce de retenir son admiration devant les colossales figures des prophètes et des fantômes apocalyptiques s’élançant sur un fond d’or étincelant. Il ne parvient plus à cacher son émotion devant des figurines exécutées par chacun de ses deux fils sans l’aide d’aucun peintre « deux beaux archanges volant l’un vers l’autre, l’un enveloppé d’une draperie verte », œuvre de Francesco, « l’autre vêtu de bleu turquin » œuvre de Valerio. Chacun des frères ayant donné à « son archange » le visage du frère bien aimé.

Pour les Bianchini le métier de mosaïste est un artisanat. Ces derniers, moins doués et peu recommandables sont jaloux du savoir-faire des premiers comme l’exprime l’un des frères : « Oui, j’en suis jaloux ! s’écria Dominique en frappant du pied. Et pourquoi n’en serais-je pas jaloux ? N’est-ce pas une injustice, de la part des procurateurs, de leur donner cent ducats d’or par an, tandis que nous n’en avons que trente, nous qui travaillons depuis bientôt dix ans à l’arbre généalogique de la Vierge ? J’ose dire que ce travail énorme n’eût pu être mené à moitié, quand même les Zuccati y auraient consacré toute leur vie. Combien de mois leur faut-il pour faire seulement un pan de robe ou une main d’enfant ? Qu’on les observe un peu, et on verra ce que leur beau talent coûte à la république. »

Les Bianchini, malgré leur mauvaise réputation (certains ont fait de la prison), réussissent à entrer dans les bonnes grâces du procurateur-caissier, responsable du financement des travaux. Ils persuadent Bozza que les Zuccati ont commis une fraude, en remplaçant de la mosaïque de pierre par du carton peint.

Bartolomeo Bozza, l’un des ouvriers des Zuccati, d’un orgueil sans borne, souffre de ne pas être au premier plan. C’est un homme amer, éternellement insatisfait. Les Bianchini le persuadent facilement que ses maîtres, pourtant plein d’attention et d’amitié, se jouent de lui, ils le poussent à conspirer contre eux. Ainsi, le Bozza manipulé par les Bianchini, pétri de ressentiment envers Francesco et Valerio, les quitte et les trahit.

L’auteure, Georges Sand

Malgré son innocence, l’aîné des Zuccati, Francesco, est jeté en prison. Son frère Valerio obtient du Doge de Venise la permission de le voir. Mais il est emprisonné à son tour. Les deux frères très affaiblis par leur détention, abandonnés, manquent de mourir dans leur geôle car la peste se répand dans Venise.

Une fois l’épidémie enrayée, les Zuccati ont enfin la possibilité de se défendre devant un tribunal. L’avis, très respecté, du Titien et du Tintoret, leur permet d’être disculpés. Malheureusement, le procurateur-caissier, vexé de n’avoir pas pu maintenir Valerio et Francesco en prison, ne leur paie pas leur dû pour le travail de la cathédrale et les Zuccati tombent dans la misère comme leurs apprentis. Les liens de ces miséreux se resserrent, ils s’entraident pour résister, pour ne pas mourir de faim, de froid, formant une vraie famille. Malgré sa trahison Valerio sauve le Bozza traînant son dénuement dans la rue où il est sur le point de dépérir. Mais Bartolomeo, toujours gonflé d’orgueil, ne lui en est pas reconnaissant et, dès que l’occasion se présente, il quitte les Zuccati, enrichi de leur enseignement, pour retourner auprès des Bianchini.

Après la peste, un concours est organisé pour l’obtention d’un travail de mosaïste.

Les écoles des Bianchini et des Zuccati y participent ainsi que le Bozza. Ils doivent réaliser des mosaïques sans le support des cartons. Valerio très inquiet pour la santé de son frère, affaibli, peine à réaliser son ouvrage. C’est alors que le Tintoret vient lui faire sur lui-même des aveux. En effet, le peintre considère que Valerio, qui aime son art mais ne recherche pas la gloire, préférant les plaisirs de la vie, est moins talentueux que son frère Francesco donnant tout à son art et ayant soif de reconnaissance. Ces révélations bouleversent Valerio puis le stimulent. C’est avec ardeur qu’il peut dès lors achever sa création.

Lors de ce concours, les peintres doivent juger les œuvres des mosaïstes, en ignorant quels en sont les auteurs. A la stupéfaction générale, Valerio est vainqueur devant son frère Francesco, et le troisième, à son grand dépit, est Bartolomeo ! Il décide alors de laisser la première place à Francesco, malgré le résultat du concours. Transformé, Valerio abandonne sa vie de jouissances pour se consacrer uniquement à l’art de la mosaïque et à son frère amoindri physiquement par les dures épreuves traversées

L’école des Zuccati redevient florissante et joyeuse, elle produit d’autres chefs-d’œuvre. Gian-Antonio Bianchini, gagné par les bons procédés devient un artiste estimable dans son talent et sa conduite. Le Bozza, ne supportant pas l’idée d’être sous les ordres des Zuccati, erre de Padoue à Bologne, puis, après quelques années revient à Venise où il peut à nouveau travailler à partir des cartons du Tintoret, mais celui-ci, qui n’a pas oublié sa trahison, les lui fait attendre si longtemps qu’il finit dans la misère.

A travers les portraits de ces deux familles, les Zuccati, et, Bianchini, leur histoire romanesque et aventureuse, George Sand, nous fait vivre l’émergence de l’art de la mosaïque à Venise. Ce roman pénétré de charme et de vivacité, où le récit et les théories esthétiques sont intimement liés, est aussi une réflexion philosophique sur l’art, le beau, l’esthétique ainsi que sur la liberté de création et d’interprétation du mosaïste par rapport au peintre qui donne le carton de la composition.

Amoureuse de Venise depuis de nombreuses années, j’ai admiré les mosaïques étincelantes de la basilique Saint Marc sans rien connaître ou presque de l’art de la mosaïque. Ce roman de George Sand, m’a transportée au cœur de la création de ces œuvres lumineuses et de la vie de des artistes connus ou anonymes que j’admire profondément, il a fait jaillir sur moi une parcelle de leur éclat.

Antoinette M.

 

L’atelier d’Alberto Giacometti

Jean Genet

La composition de Jean Genet, accompagnée des clichés du photographe Suisse Ernst Scheidegger sur « L’atelier d’Alberto Giacometti » paraît en 1963 dans la collection L’Arbalète. Picasso le considère comme  » le meilleur essai sur l’art que j’aie jamais lu. »

Un jour, à Paris, en 1950, Jean-Paul Sartre présente le poète-écrivain Jean Genet à son ami le peintre-sculpteur Alberto Giacometti. Giacometti, la cinquantaine, est fasciné par la vie houleuse de Genet, de dix ans son cadet. Il le reçoit dans le lieu clos de son atelier, rue Hippolyte Maindron.

Ils ont tant des points communs! Insomniaques et noctambules, ils traînent les bars et les bordels, avec les clochards, les putains, les gens de la rue. Giacometti y déniche ses modèles, comme Caroline qui longtemps l’accompagna. Mais il travaille aussi avec ses proches comme son frère Diego et sa femme Annette, ou ses amis Sartre, Michel Leiris ou l’auteur américain James Lord. Alors tout naturellement, de 1954 à 1957, l’ami Genet pose pour deux portraits.

Le peintre exige de son modèle de nombreuses séances durant lesquelles Genet s’imprègne de l’environnement et remarque: « Je ne crois pas exagérer en disant que l’atelier était à bien des égards la coquille de Giacometti, son autre moi, l’essence et le résidu ultime de son apport artistique… un reflet fidèle de son mode de vie spartiate, exigeant et tendu vers un seul but. »

Jean Genet en 1983

Le cadre est plutôt sombre et la poussière voile les objets de tons grisâtres. Couronne de cheveux indisciplinés, pommettes hautes, visage taillé à la serpe, Giacometti est beau. Mais « par sympathie peut-être il a pris la couleur grise de son atelier, ses yeux, son sourire, ses dents écartées et grises ».

Et jusqu’à son accent des Grisons. « Il parle d’une voix rocailleuse. Il semble choisir par goût les intonations et les mots les plus proches de la conversation quotidienne. Comme un tonnelier… » dit Genet.

Le dialogue s’instaure, sans fin, à bâton rompu, entre l’artiste qui travaille et l’écrivain qui, dans son esprit compose une forme de dialogue entre Lui (Alberto) et Moi (Jean). Majuscules pour les deux antagonistes.

« Lui – C’est joli…c’est joli… »

En dessin, en peinture « il semble ne pas se préoccuper ni des trous, ni des ombres, ni des valeurs conventionnelles. Il obtient un réseau linéaire qui ne serait que dessin de l’intérieur »  et le modèle, surpris d’y découvrir du relief, précise: « il s’agit plutôt d’une dureté infra-cassable qu’a obtenu la figure. »

Dureté de la plume ou dureté du crayon, la ligne se poursuit sur la joue, l’œil, le sourcil et finalement ce qui importe est le blanc, le blanc du visage, le blanc de la feuille. « Ce n’est pas le trait qui est plein, c’est le blanc. »

Sensation d’espace, le mouvement rappelle la sculpture, le visage de face donne « l’impression que le peintre tire en arrière (derrière la toile) la signification du visage. »

Interrogé, quelques années plus tard, Jean Genet s’exclame « Si je peux vous parler de Giacometti ? Oui, parce que j’ai encore dans les fesses la paille de la chaise de cuisine sur laquelle il m’a fait asseoir pendant quarante et quelques jours pour faire mon portrait. Il ne me permettait ni de bouger ni de fumer, un peu de tourner la tête, mais alors de sa part une conversation tellement belle ! »

Alberto Giacometti dans son atelier

Coup d’œil alentour sur les statues qui peuplent l’atelier, les statues de plâtre à peine terminées et que Diego a interdit à son frère de retoucher. Car, peintre ou sculpteur, Alberto travaille et retravaille son idée et marmonne:  » L’apparition parfois je crois que je vais l’attraper et puis, je la perds, et il faut recommencer… Alors c’est ça qui me fait courir, travailler… Je ne sais pas si je travaille pour faire quelque chose ou pour savoir pourquoi je ne peux pas faire ce que je voudrai. »

Il dit l’angoisse du créateur. Ses doigts jouent sur la forme. Ses deux pouces accompagnent la courbe dans l’argile qui cède à la pression. L’outil épure la silhouette, racle les aspérités du plâtre. Sans cesse.

Puis sur un ton euphorique « Et enfin! Ma main vit… ma main voit. »

Est-ce le mouvement permanent ? Giacometti ne s’arrête jamais. De longues femmes immobiles s’étirent en silence, une jambe sur l’avant écrasant le sol tandis que la jambes arrière peine à décoller le talon. Revenues récemment du pavillon français de la Biennale, se sont « Les femmes de Venise » déesses en marche existantes à la limite de l’immatériel.

«Lui – C’est biscornu…»

« Moi – Et aussi il y a le chien en bronze. »

Genet souligne que « le bronze a gagné » mais il juge que « ce chien, il était encore plus beau dans son étrange matière : le plâtre, ficelles ou étoupes mêlées, s’effilochait. La courbe, sans articulation marquée et pourtant sensible, de sa patte avant est si belle qu’elle décide à elle seule de la démarche en souplesse du chien ». Car il flâne, en flairant, son museau au ras du sol… Un animal – avec le chat – les seuls parmi des figures!

« Lui – C’est moi, un jour, je me suis vu dans la rue comme ça. J’étais le chien. »

Cherchant seul, dans une solitude magnifiée, cherchant sans fin la beauté qui « n’a d’autre origine que la blessure singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que seul tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. »

Au ras du fil à plomb ! Cherchant le point d’équilibre avant que le mouvement ne se fige, que la vie ne s’arrête. Juste avant la frontière secrète qui fascine ces deux auteurs se regardant en miroir.

Car, en contrepoint, sur son calepin qui ne le quitte jamais, Alberto a pu griffonner ce qui lui passe par la tête :

« Un aveugle avance la main dans la nuit.

Les jours passent et je m’illusionne d’arrêter ce qui fuit.

Il n’y a rien à faire: je relis ce que vous avez écrit après notre conversation de l’autre jour, les mots dits se perdent une fois écrits.

Toutes les questions, toutes les réponses s’annulent….

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Quoi ajouter? Je ne sais plus rien dire, mais je sais rire…

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Manie, manie manie maniaque

qui manie ma manie qui

maniaque me manie dans la vie

qui, qui, qui, quoi

je ne sais pas. »

Roselyne S.P.

 

Brève généalogie d’Alberto GIACOMETTI

A Borgonovo dans les Grisons, naissent de Giovanni Giacometti (1868-1933) et Anetta Stampa :

1901 – Alberto (peintre et sculpteur)

1902 – Diego (décoration, mobilier et sculpture animalière)

1904 – Ottilia (meurt en 1937 mettant au monde Silvio, peintre)

1907 – Bruno (architecte)

Né en 1901, Giacometti est le fils aîné du peintre fauviste Suisse qui favorisa dès l’enfance les talents de son rejeton. Après des études d’arts à Genève, le jeune Alberto part à Paris en 1922 et complète sa formation dans l’atelier du sculpteur Bourdelle et à la Grande Chaumière.

A Montparnasse, il côtoie les élites artistiques de l’après-guerre. André Breton le séduit un temps par le surréalisme. Il voit Miro, Max Ernst, Calder, rend visite à Picasso qui lui fait découvrir le cubisme et l’Art Nègre. Il expose de ci de là, fait de petits boulots décos, vend parfois de petites sculptures.

Sa première exposition seul, à la galerie Pierre Colle, lui vaut un article dans la revue « cahier d’art. »

En 1939, Peggy Guggenhein expose ses œuvres à New-York.

En 1947, Pierre Matisse, le fils du peintre, le persuade de faire couler ses plâtres en bronze qu’il exposera dans sa galerie New-yorkaise.

A Saint-Paul de Vence, la fondation Maeght lui ouvre son merveilleux espace.

Sa réputation est internationale.

 

Jean GENET : Né en 1910, il est un enfant de l’assistance publique et un délinquant précoce. Littérateur génial, il a rédigé en prison son premier roman « Notre Dame des fleurs » censuré dès sa sortie en 1943, mais il persiste en 1946 avec « Le miracle de la rose ». Ces romans semi autobiographiques furent accueillis avec enthousiasme par le milieu littéraire qui se mobilisa pour faire alléger sa peine de prison. Vol, trafic, homosexualité, révolte politique, ce que Mauriac qualifie « d’excrémentiel » mais qui séduit Alberto Giacometti. Les deux créateurs se retrouvent dans l’atelier du 46 rue Hippolyte-Maidron, dans le 14ème, où Giacometti s’installa en 1932 et qu’il occupera jusqu’à sa mort, en 1966.

 

L’atelier d’Alberto GIACOMETTI

L’atelier vétuste du 46  rue Hippolyte-Mandrin, 75014 , Paris a été démoli. L’institut Giacometti, fondation privée, a ouvert ses portes en 1918, dans un petit hôtel particulier « art déco » de 350 mètres carrés, situé 5 rue Victor Schœlcher, dans le 14e arrondissement. Métro Raspail, Denfert-Rochereau. Dès le rez-de-chaussée, le visiteur pénètre dans l’atelier reconstruit à l’identique avec ses murs de bois peints, meubles et objets que la veuve de Giacometti, Annette, a fait démonter et stocker après sa mort. A l’étage sont exposés de nombreux documents, dessins, croquis, calepins, bibliothèque et œuvres dont « Les femmes de Venise » et un portrait de Jean Genet. L’autre se trouve au centre Pompidou. Un centre de de recherche y est adjoint.

 

Les pierres sauvages

Fernand Pouillon

Fernand Pouillon un personnage flamboyant, complexe et controversé mais génial. On connaît l’architecte, le bâtisseur. Peut-être a-t-on oublié qu’il fut éditeur de livres d’art (33 ouvrages) et passionné d’art roman. Il fit le relevé des tracés des 3 sœurs de Provence : Sénanque, Silvacane, le Thoronet.

C’est aussi le mystique fasciné par l’ordre des Cisterciens. Il en connaît la Règle, cite à loisir les écrits de St Bernard.

Et puis c’est un poète ! Il suffit de lire « Les Pierres sauvages » pour en être persuadé.

Ce livre (édité le 1 septembre 1964 au Seuil) : un émerveillement !

Conçu comme le journal de chantier du maître d’œuvre, le moine Guillaume (trois trimestres), Les pierres sauvages relate la naissance d’un édifice construit à partir de 1160 selon la règle de Saint-Bernard (canons très codifiés), dissimulé dans une chênaie du centre varois. Cette abbaye est aujourd’hui, l’un des témoins les plus préservés de l’architecture de cet ordre.

Deux portraits transparaissent dans ce récit : celui du maître d’œuvre et  celui de l’auteur Fernand Pouillon en filigrane.

L’abbaye du Thoronet

A travers le frère Guillaume, l’auteur emmène le lecteur au cœur de toutes les problématiques architecturales et artistiques, mais aussi humaines d’un chantier colossal. Il laisse percevoir la somme de renoncement et de dévouement qui pouvaient animer moines et convers dans leur choix de vie tournée vers le sacrifice. Ils participaient à ce type de chantier sans avoir l’anxiété de voir l’œuvre terminée. Ils construisaient pour abriter une foi éternelle que perpétueraient les générations futures de leur confrérie.

L’abbaye du Thoronet, dans le Var

Isolement, dépouillement, pauvreté, austérité gouvernaient les intentions de l’ordre monacal le plus prolifique des 11ème au 13ème siècles en terme de constructions d’édifices religieux. Ni sculpture, ni statue, ni vitrail décoré, ni peinture murale ne devaient distraire le moine de l’extrême rigueur de sa vie consacrée à la prière.

Le récit est émaillé des accidents du chantier qui peuvent toucher aussi bien l’homme que l’animal. Le talent de l’auteur est remarquable pour exprimer le ressenti de ces douleurs physiques et morales.

La description du savoir-faire des différents artisans qui participent au chantier est un véritable chef-d’œuvre d’écriture. A souligner les portraits du potier (p. 87) et du tailleur de pierre (p. 54) : « artiste et artisan à la fois je t’envie et je te respecte » s’exclame l’auteur.

Le cloître – Il en est fait mention, maintes fois dans cet ouvrage –considéré comme une anomalie par les spécialistes-

les premiers relevés précis de l’abbaye du Thoronet ont été dessinés par l’auteur. Il a pu analyser pour la première fois les tracés volontaires ou fortuits qui ont inspiré la composition. Le bâtiment le plus ancien semble être le cellier à l’ouest du cloître. Par la suite une orientation différente fut choisie pour l’église, dirigée plein Est.

La conservation des travaux engagés, sous le bâtiment initial, détermina le maître d’œuvre à imaginer un ensemble de tracés particulièrement savant.

L’explication rationnelle du dessin imprévu du cloître est ainsi plausible pour F. Pouillon : composition en forme de trapèze irrégulier, marches d’escaliers (hérésie pour un cloître!), forme du lavabo.

Le maître d’œuvre

« A-t-on jamais mieux décrit ce qui anime les architectes lorsqu’ils exercent leur art ? » écrivait un critique lors de la parution de l’ouvrage.

Que dit Fernand Pouillon ? Je laisse la parole à l’auteur : « Le début d’un chantier, son organisation doivent pour être exaltants, exprimer un tour de force… Mon inquiétude égale mon impatience ».

« De l’ensemble au détail, du matériel à l’immatériel, du défini à l’indéfini, mes réflexions et mes sensations provoqueront l’action avec méthode, mon cerveau et mon cœur iront également des transes au prosaïsme sans que je puisse exactement les diriger. »

« En architecture, seuls, le métier et l’expérience sont (des)conseillers : le reste est instinct, spontanéité, décision, démarrage en force de toute l’énergie accumulée… L’œuvre solide est précédée d’un saut dans le vide… »

« Inspiration consciente ou inconsciente, l’œuvre n’a pas de préjugé et peut profiter de tout. »

« Je dessine peu… je préfère que la forme surgisse en moi par visions successives, qui se fixent, s’impressionnent, s’accumulent au fond de mes yeux. Dans ce travail, lent et difficile, je parle, je marche, je dors je rêve… Le jour venu… je dessine l’essentiel de ce monde imaginaire. »

« Les dessins, figures réduites et abstraites, ne montrent que deux dimensions. Il serait mieux de considérer l’œil immobile, et lui soumettre un nombre infini de dessins en trois dimensions, les faire tourner et basculer dans son angle de vue. »

« Pas d’architecture sans l’évocation de la quatrième dimension, la trajectoire : perception de l’édifice dynamique. »

« L’architecture garde une partie de son mystère, ne le découvre que par fragments et ne le livre que lorsque tous les volumes ont occupé leur place… »

Le maître d’œuvre et les hommes

« Apprenez à aimer le manœuvre, sachez respecter son œuvre de fourmi… dans la construction il apparaît avec trois grandes vertus : Patience, Persévérance, Humilité. »

« C’est dans l’expression du visage du patron, dans le reflet de ses prunelles, que [les ouvriers] reconnaissent la qualité de leur travail. »

« Un chef ne l’est pas pour le titre qu’il porte, mais pour la fonction qu’il exerce : nul ne s’y trompe. »

L’architecte Fernand Pouillon

L’homme : Fernand Pouillon

sa manière de travailler p. 67, 84, 85, 140 – « l’analyse de la matière a institué la règle du  jeu futur : laquelle, à son tour, a défini rigoureusement l’aspect lui convenant. Je n’ai pas dit : « je veux » sans voir. J’ai regardé, soupesé les difficultés de chaque chose, la considération m’a fait dire « je pourrai ».

sa conception de la cité p.144, 145, 179 – « Si je m’élève contre les prolongements hideux et désordonnés de certains faubourgs, j’avoue aimer les cités construites avec des éléments d’ordre et de désordre dans une lente et harmonieuse évolution. Les maisons entassées par les siècles dans le cercle des remparts, me plaisent davantage que celles parfaitement alignées dans leurs emplacements et leurs volumes. »

sa situation personnelle p.53, 94, 194, 175, 206, 216, 219, citations Platon 95, 148

il faut se rappeler qu’il écrivit ce texte lors de son incarcération qui dura 2 ans

« Mes infortunes furent celles d’un homme occupé de négoce, d’argent, de matériel… Seul l’exercice de mon métier sera porté à mon crédit… Je fus riche d’idées et j’ai gaspillé, brûlé mes dons en courant. J’envie ces artistes, peintres ou sculpteurs, qui, inlassablement, superposent l’œuvre sur l’œuvre. »

Conclusion

Cette vivante chronique de la naissance d’un chef-d’œuvre, appuyée à la fois sur des recherches historiques originales et sur une longue expérience du métier de bâtisseur, est aussi une réflexion passionnée sur les rapports du beau et du nécessaire, de l’ordre humain et de l’ordre naturel. Et elle est une méditation lyrique sur cet art qui rassemble tous les autres : l’architecture.

Pour preuve ces quelques lignes de l’auteur qui ne sont pour moi que poésie p 223

Marie-Antoinette R.

Marseille invente le RAB (Redistributeur Automatique de Billets)

8 décembre 2019

Quel symbole ! Dans un quartier pauvre de Marseille, un distributeur automatique de billets, sans doute plus lucide que les autres, s’est rebellé contre sa propre banque. Considérant que ce sont les pauvres qui souffrent le plus du manque d’argent, il s’est mis à leur en distribuer plus que demandé…

A l’approche de Noël, le DAB de la Caisse d’Epargne du Merlan a l’esprit redistributif… (photo © Denis Trossero / La Provence)

Samedi 7 décembre, tout l’après-midi, le distributeur de billets de la Caisse d’Épargne avenue du Merlan, à Sainte-Marthe (14e), s’est mis à délivrer, tout simplement, le double des billets qui lui étaient demandés par les clients… « Tu tapais 20, il distribuait 40. C’était comme ça depuis le début de l’après-midi. Un truc de fou ! », racontait un jeune homme qui avait observé la scène une bonne partie de la journée. Quand les services de police sont arrivés, « c’était quasiment l’émeute », explique un témoin des faits, les clients se disputant l’accès jusqu’à être une centaine à attendre leur tour avec une impatience mal dissimulée. La banque a dépêché un technicien qui est finalement venu mettre le distributeur hors d’usage.

Il a fallu l’intervention de la police pour dégager l’accès au DAB un peu trop généreux de la Caisse d’Epargne du Merlan (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Les banques ne sont pas à plaindre. Le bénéfice net des banques françaises en 2018 a dépassé 24 milliards d’euros. Les frais liés aux découverts sont très rémunérateurs. Ils représentent 30 à 35 % du chiffre d’affaires des banques de détail. Selon 60 millions de Consommateurs, un client standard verse en moyenne chaque année 34 € de frais liés à un solde débiteur. Pour le consommateur en difficulté, c’est presque dix fois plus : 296 € en moyenne, selon les relevés de ceux qui ont demandé une aide aux associations familiales en 2016. Cette année-là, un foyer en difficulté sur cinq a vu s’envoler plus de 500 € !

Le distributeur de billets savait sans doute tout cela. Il a pensé qu’un distributeur devait évoluer et aussi redistribuer. Pour une après-midi, il a été plus efficace que toutes les politiques annoncées. Le taux de pauvreté dans le 14e arrondissement est de 41 %. Il est en augmentation, comme le profit des banques…

JBx

Téléthon 2019, le Cercle progressiste toujours présent…

1 décembre 2019

Pour la troisième année déjà, comme en 2018 et en 2017, le Cercle Progressiste Carnussien a décidé de s’associer à la mobilisation qui s’organise localement chaque année à la même période autour du riche tissu associatif de la commune de Carnoux-en-Provence, au profit de l’Association française contre les myopathies, créée en 1958 et organisatrice depuis 1987 du Téléthon.

Le 5 décembre 2019, le cercle de lecture Katulu ?, rattaché depuis plusieurs années au Cercle Progressiste Carnussien (CPC) et qui se réunit tous les mois pour échanger de manière conviviale autour de livres lus ou relus récemment, organisera ainsi une lecture publique sur le thème : « Littérature, miroir des arts ».

Cinq livres seront présentés à l’occasion de cette manifestation par des lectrices de Katulu ?, dans le cadre d’une séance publique agrémentée de diaporamas. Les ouvrages en question seront accessibles à la vente à l’issue de leur présentation. Cette séance ouverte à tous aura lieu dans la salle du Clos Blancheton, jeudi 5 décembre à 18h30. Les participants seront invités à payer symboliquement leur entrée en achetant un billet de tombola au profit de l’AFM-Téléthon.

Le vendredi 6 décembre 2019, le Cercle Progressiste Carnussien tiendra pour sa part un stand de vente de livres d’occasion, toujours au profit de l’AFM-Téléthon, dans le gymnase du Mont Fleuri, ouvert au public à partir de 17h30.

Venez nombreux, c’est pour la bonne cause !

Gare au gorille ! Les risques du GPS…

28 novembre 2019

Ce jeudi 14 novembre 2019, les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse étaient placés en vigilance orange pluie, orage et inondation. Des trombes d’eau se sont abattus sur l’agglomération marseillaise, comme c’est fréquent à cette période de l’année. A La Ciotat, où il est tombé 63 mm en quelques heures dans l’après-midi, les infiltrations à travers la toiture d’un immeuble ancien ont provoqué l’effondrement d’un faux plafond, sans faire de victime heureusement, les 8 occupants ayant été évacué juste à temps.

Une voiture plongée dans les eaux du Vieux-Port, sur les indications du GPS (photo © Alban Poitevin / France Télévision)

En revanche, une voiture immatriculée dans le Vaucluse et avec trois personnes à bord, a connu une belle mésaventure. Aveuglé par les trombes d’eau qui s’abattaient sur la chaussée et suivant aveuglément les indications de son GPS manifestement pressé de couper au plus court, le conducteur a foncé directement dans le Vieux-Port où son véhicule s’est enfoncé irrémédiablement dans les flots. Heureusement, les trois occupants ont pu s’extraire immédiatement de la voiture engloutie et s’en sont tirés indemnes. Ce sont ensuite des plongeurs guidés par les marins-pompiers de Marseille qui ont pu repérer l’épave gisant au fond du port, et l’extraire de l’eau…

A Marseille, on ne repêche pas que des sardines dans le Vieux-Port (photo © Alban Poitevin / France Télévision)

Une mésaventure malheureusement pas si rare qu’on pourrait le croire, maintenant que tout un chacun conduit les yeux rivés sur l’écran de son GPS. Europe 1 avait relayé en janvier 2018 une histoire très comparable survenue à des automobilistes circulant près de la ville de Burlington, dans le Nord-Est des États-Unis, pas très loin de la frontière canadienne. Roulant sous la pluie et par un léger brouillard tout en suivant avec confiance les indications de l’application mobile Waze, ils avaient terminé leur course dans le lac Champlain et avaient eux-aussi pu s’en tirer sans trop de dommage, sinon pour leur véhicule.

Une Toyota Yaris repêchée dans un lac canadien par suite d’une erreur de GPS (source © Caradisiac)

En 2016, selon le site Caradisiac, c’était une jeune Canadienne de 23 ans qui avait de même engagé sa Toyota Yaris dans un lac de l’Ontario, en circulant de nuit, les yeux braqués sur son GPS. La voiture avait emprunté à vive allure une rampe de mise à l’eau et avait terminé sa course à plus de 30 m du bord. Heureusement, l’occupante avait pu, là aussi, ouvrir à temps sa vitre et s’extraire de son véhicule pour regagner la terre ferme à la nage dans une eau à 4 °C.

Si les exemples de ce type sont si nombreux, c’est que les indications fournis par les GPS ne sont jamais fiables à 100 %. Mais cela traduit aussi le fait que conduire en se concentrant sur les indications fournies par le GPS provoque une baisse de vigilance et une moindre attention portée à la route, à tel point que nombreux sont ceux qui alertent sur le risque accru d’accidents liés à la conduite assistée par GPS.

Ce phénomène, bien connu en matière de sécurité routière, est désigné par les spécialistes sous le nom de « cécité d’inattention », à la suite de sa description dès 1992 par Irvin Rock et Arien Mack. Quand on se concentre sur une tâche donnée, on devient moins réceptif aux autres stimuli et il arrive que l’on ne perçoive plus des éléments pourtant bien visibles et qui devraient nous alerter.

Une des expériences les plus célèbres qui met en évidence ce phénomène a été réalisée par les psychologues Daniel Simons (Université de l’Illinois) et Christopher Chabris (Université d’Harvard). Elle consiste à demander à des sujets de regarder une courte vidéo d’un match de basket. Les cobayes doivent compter les passes faites par une des équipes ou encore évaluer le nombre de passes aériennes et le nombre de passes par rebond. La plupart des personnes testées donnent une réponse satisfaisante quant au nombre de passes effectuées.

En revanche, lorsqu’on leur demande s’ils ont remarqué quelque chose d’insolite au cours de l’extrait de match visionné, plus de la moitié d’entre eux n’avaient tout simplement pas vu le comédien déguisé en gorille qui traversait tout l’écran au milieu des joueurs, comme si de rien n’était, s’arrêtant même pour se frapper la poitrine de ses deux poings !

L’expérience est si démonstrative qu’elle fut même utilisée par la télévision britannique dans le cadre d’une campagne de sensibilisation des automobilistes quant au risque de non-perception d’un cycliste ou d’un piéton lorsqu’on a l’attention accaparée par l’écran de son GPS (ou lorsqu’on en concentré sur une conversation téléphonique). En voiture, le GPS est un outil bien utile, mais attention à ne pas lui accorder plus d’attention qu’il ne le mérite, au risque de se retrouver dans le Vieux-Port, ou de percuter un gorille basketteur…

L. V.

Municipales 2020 à Marseille : c’est le souk !

25 novembre 2019

Le premier tour des élections municipales aura lieu dans moins de quatre mois, le 15 mars 2020, mais la situation est loin d’être claire dans la deuxième ville de France, c’est le moins que l’on puisse dire… La seule chose dont on est sûr c’est que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, élu municipal à Marseille depuis bientôt 55 ans et maire de la ville sans discontinuer depuis près de 25 ans, ne se représentera pas.

Jean-Claude Gaudin, le 4 novembre 2018 (photo © Christophe Simon / AFP / L’Express)

Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, le 5 novembre 2018, lui qui n’ose même plus sortir de l’hôtel de ville pour aller apposer sur place la plaque commémorative pourtant toute prête, et qui vient encore de se faire étriller par un reportage peu amène diffusé cette semaine par FR3 sous le titre « Élu public n°1 – Gaudin, l’heure de l’inventaire ».

Il y est notamment question du dernier rapport rédigé par la Chambre Régionale des Comptes, portant sur la gestion de la Ville de Marseille entre 2012 et 2017. Un rapport qui n’est pas encore rendu public mais qui a fait l’objet d’un débat en conseil municipal ce lundi 25 novembre 2019 et dont les médias se sont déjà largement fait l’écho, à l’exemple du site GoMet. Le maire sortant a beau se défendre comme un beau diable contre des accusations infondées et qui ne seraient que du vulgaire « Marseille bashing » selon son expression favorite, n’hésitant pas à reporter ses difficultés sur un héritage défavorable laissé par ses lointains prédécesseurs, il y a plus de 25 ans, le tableau est sombre…

On y apprend entre autres que la masse salariale constituée de 12 000 agents municipaux, qui grève lourdement le budget de fonctionnement de la ville, non seulement n’a pas diminué malgré le transfert de multiples compétences à la Communauté Urbaine puis à la Métropole, mais a même augmenté de 11 % entre 2012 et 2017. Très au-delà de ce qui est observé sur la même période dans les autres grandes villes françaises. La CRC s’étonne d’une « rémunération brute moyenne des agents au-dessus de la moyenne nationale », d’un « temps de travail inférieur à la durée légale » ou encore d’un « système de badgeage des personnels, opérationnel que dans un nombre restreint de services ».

Elle déplore aussi que « la ville ne dispose toujours pas d’une base de données exhaustive permettant de connaître de manière très fine la consistance de son patrimoine». Un patrimoine pourtant conséquent comprenant près de 450 écoles et plus de 5 000 bâtiments au total. Et la CRC de pointer un certain nombre d’irrégularités dans l’exploitation de ce patrimoine ainsi qu’un défaut de vision stratégique cohérente dans sa gestion et son entretien. De quoi apporter largement de l’eau au moulin des critiques développées récemment dans l’ouvrage de Philippe Pujol, intitulé « La chute du monstre » et qui n’est pas tendre non plus avec l’organisation du système Gaudin.

Dans un tel décor de fin de règne plutôt sombre, on se doutait bien que la succession du vieux maire ne serait pas des plus simples. La cacophonie qui sévit dans ce début de campagne électorale et à quelques mois seulement des élections, montre que la réalité est encore bien pire que ce que l’on pouvait imaginer. La situation devrait sans doute décanter dans les prochaines semaines, mais pour l’instant c’est un bazar innommable, de nature à dérouter le citoyen le plus averti !

Dans le camp Les Républicains du maire sortant, deux candidats s’opposent frontalement. D’un côté, Bruno Gilles, lancé en campagne depuis bien longtemps, initialement avec le soutien de Jean-Claude Gaudin, et de l’autre Martine Vassal, déjà Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix Marseille Provence, et qui se targue désormais du soutien de son mentor, Jean-Claude Gaudin, pour briguer un troisième fauteuil.

Martine Vassal et Bruno Gilles, en compétition pour l’investiture LR (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Tous les deux sont membres de la majorité sortante depuis maintenant 18 ans, mais veillent soigneusement à ne pas assumer trop ouvertement l’héritage du passé, un exercice d’équilibrisme complexe dans lequel Bruno Gilles peut compter sur le soutien sans faille de son ami Renaud Muselier, Président de la Région PACA, qui y voit là l’occasion d’une revanche contre Jean-Claude Gaudin, responsable à ses yeux de sa déconfiture face au socialiste Eugène Caselli en 2008 lors de l’élection à la présidence de la Communauté urbaine aujourd’hui disparue : les politiques ont la rancune tenace…

Une réunion de conciliation s’est tenue à Paris le 13 novembre dernier pour tenter de départager les deux candidats mais la faconde de Gaudin n’a pas suffi et c’est la commission d’investiture qui tranchera le 27 novembre, sachant que les deux candidats en lice ont déjà prévenu qu’ils iraient jusqu’au bout de leur démarche, quel que soit le choix du parti LR : ambiance, ambiance…

Jean-Philippe Agresti, en lice pour les municipales de Marseille ? (source GoMet)

Du côté de La République en Marche, la situation est encore plus obscure avec au moins 4 candidats potentiels dont 3 se sont déclarés ouvertement. Le premier à l’avoir fait, le député Saïd Ahmada, a annoncé, selon Le Monde, le 19 novembre 2019, qu’il sera candidat « quoi qu’il arrive » tandis que son challenger, Yvon Berland, attend toujours désespérément qu’une décision soit prise par la commission d’investiture du parti présidentiel. Emmanuel Macron, qui escomptait une alliance LR-LREM, a dépêché sur place un fidèle, Jean-Marc Borello, pour tenter de constituer une liste LREM cohérente malgré cette empoignade. Mais le seul effet jusqu’à ce jour a été de faire sortir du bois un autre candidat plus ou moins déclaré en la personne de Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, qui se sent pousser des ailes et compte sur le soutien présidentiel, comme l’a relaté le site Made in Marseille, lui qui s’affichait encore le 4 juillet dernier comme soutien de Martine Vassal…

On a même vu surgir, dans ce paysage pour le moins incertain, un candidat venu de nulle part, un certain Michel Pinard, diplomate retraité, expert en trafic de drogues et en géopolitique du Maghreb, comme il l’a détaillé à 20 Minutes, et qui ne doute pas une seconde de créer la surprise en remportant le fauteuil de maire au nez et à la barbe de ses concurrents malgré son absence d’engagement politique.

Il faut dire qu’à gauche, le tableau n’est pas des plus clairs non plus. Les différentes initiatives citoyennes pour tenter de fédérer les courants qui se disent progressistes, entre Printemps marseillais et Pacte démocratique, ont bien du mal à se concrétiser et à composer avec les égos des uns et des autres. Les écologistes d’EELV, rassemblés autour de Sébastien Barles, ont déjà claqué la porte en septembre, comme nous l’avions évoqué ici, et iront seuls à la bataille.

Jean-Luc Mélenchon en novembre 2019 à Marseille (photo © Clément Mahoudeau / AFP / 20 Minutes)

Jean-Luc Mélenchon a bien essayé de jouer les médiateurs et est venu à Marseille jeudi 13 novembre pour tenter de mettre tout le monde d’accord, si possible avec une tête de liste issue de la France Insoumise, mais a dû jeter l’éponge et repartir illico à Paris en jetant un « Débrouillez-vous ! » désabusé, comme l’a raconté Marsactu. Le Pacte démocratique, issu principalement de la société civile et des milieux associatifs avait menacé début novembre d’interrompre les négociations dans lesquelles les partis traditionnels avaient tendance à reprendre leurs petites habitudes et à tirer la couverture à eux. Une nouvelle réunion aurait été fixée au 30 novembre, toujours selon Marsactu, mais rien ne dit qu’une candidature commune pourra émerger ni comment elle se positionnera face à une multitude de listes de gauche, la position de certains, tels Samia Ghali, restant encore bien floue à ce stade.

Stéphane Ravier présente ses têtes de liste RN le 19 septembre 2019 (photo © Xavier Cherica / La Provence)

Finalement, dans cet océan d’incertitudes, force est de constater que le seul bloc en ordre de marche est celui du Rassemblement National dont toutes les listes par arrondissement sont d’ores et déjà constituées, sous la bannière du sénateur Stéphane Ravier, lequel ne manque jamais une occasion de rappeler que, sur la ville de Marseille, c’est son parti qui a fait, de très loin, le meilleur score lors des dernières élections européennes en mai dernier. Voilà qui sonne quelque peu comme un avertissement pour tous les autres candidats, tous chantres de la démocratie, mais qui tardent un chouïa à se mettre d’accord pour constituer leurs listes…

L. V.

Encore un peu de plastique ?

24 novembre 2019

Chacun le sait, la production de plastique n’arrête pas de progresser et le volume de déchets plastiques déversés dans tous les océans du monde dépasse désormais l’entendement. Une étude de 2015 avait évalué à 8 millions de tonnes la quantité de plastique rejetés dans les océans pour la seule année 2010, et la tendance est loin de s’inverser. Selon le WWF, ce serait entre 220 000 et 630 000 tonnes de plastique qui se retrouverait ainsi dans les seules mers européennes, dont une bonne part dans la Méditerranée, mer intérieure fermée et donc tout particulièrement vulnérable.

Une petite partie de ces déchets, de l’ordre de 20 %, est issue directement de l’activité maritime (pêche, navigation, tourisme, etc.) mais l’essentiel provient directement de ce qui est rejeté depuis le littoral, par le vent ou apporté par les fleuves côtiers.

Un dessin signé Souhayla, publié dans le quotidien algérien El Watan le 28 septembre 2018

En Méditerranée, on considère ainsi que 95 % des déchets retrouvés en mer sont à base de plastique, qui se caractérise par des durées de dégradation très longues : un sac plastique met 20 ans pour finir par se dégrader mais il en faut 50 pour un gobelet en plastique et pas moins de 600 ans pour une ligne de pêche en nylon ! De quoi faire périr par étouffement plus d’une tortue marine à la vue basse qui gobent avec gourmandise ces sacs en plastiques aux faux airs de méduse…

Sauvetage d’un poisson pris au piège d’un sac plastique (extrait vidéo YouTube)

Quand ce ne sont pas les poissons eux-mêmes qui finissent emprisonnés dans un sac un peu sournois comme le montre une vidéo filmée par une monitrice de plongée à Phuket en Thaïlande.

Du coup, tous ces déchets qui se délitent et se dégradent peu à peu en micro-particules envahissent la totalité de l’écosystème marin et nous reviennent en boomerang via les poissons et les fruits de mer que nous consommons. Le phénomène n’est pas nouveau et on sait déjà depuis plusieurs années que les moules en particulier contiennent un grand nombre de micro-fragments de plastiques issus de la filtration de l’eau de mer et qui s’accumulent dans leur chair.

Un dessin signé Zoé Thouron

Selon un article récent d’Emploi Vert, une étude conduite par des chercheurs de l’Université de l’agriculture et de la technologie de Tokyo a révélé que 80 % des anchois de la baie de Tokyo contenaient des micro-plastiques, mesurant entre 0,1 et 1 mm. Parmi les 64 anchois japonais analysés, 150 particules micro-plastiques ont été retrouvées dans les tubes digestifs de 49 d’entre eux. En consommant ces poissons, l’homme contribue finalement à digérer tous ses sacs, bouteilles et autres objets en plastiques qu’il a laissé négligemment partir au gré des vents plutôt que de les incinérer ou de les recycler.

Un bar de 2 kg pêché dans les Landes, avec un attirail de couture dans le ventre (photo © Olivier Froustey / France 3 Régions)

Et de plus en plus, les pêcheurs ont de désagréables surprises en vidant leurs poissons, comme dans le cas, rapporté par le quotidien Sud-Ouest, de ce pêcheur amateur des Landes qui a trouvé en septembre dernier dans les entrailles d’un bar de 2 kg un petit sachet en plastique contenant un bouton : pour recoudre le poisson ?

Un célèbre chef cuisinier mexicain vient lui aussi d’en faire l’amère expérience en vidant un poisson pour les clients de son restaurant. Comme le montre une vidéo postée sur son compte Twitter et reprise par Le Point, il a retiré du ventre de l’animal pas moins de cinq bouchons de bouteille, deux morceaux de sac, un bout de peigne et quelques autres petits débris de plastique : bon appétit !

L. V.

Venise : le Conseil Régional prend l’eau…

21 novembre 2019

A Venise, les inondations sont monnaie courante. Celle que la Cité des Doges a subi en novembre 2019 restera cependant dans les mémoires comme un des pires phénomènes de ces dernières années, une « acqua alta » historique. Mardi 12 novembre, le niveau de l’eau au plus fort de la marée haute a atteint la cote remarquable de 1,87 m, pas très loin du record de 1,94 m enregistré en 1966, l’année ou la ville toscane de Florence subissait les inondations dévastatrices de l’Arno, causant une centaine de morts et détruisant irrémédiablement nombre de chefs d’œuvres de la Renaissance.

Traversée périlleuse sur la place Saint-Marc, samedi 17 novembre 2019 (photo © Luca Bruno / AP)

Cette semaine de novembre 2019 a été particulièrement éprouvante pour les habitants de Venise pris au piège de ces eaux qui envahissent toute la ville à la faveur des marées, la dernière en date atteignant encore 1,50 m, dimanche 17 novembre. Depuis, l’eau a cessé de monter et les habitants se mobilisent pour tout nettoyer et remettre de l’ordre dans la cinquantaine d’églises, dont la basilique Saint-Marc, qui ont subi l’assaut des flots. Ils essayent de ne pas céder au découragement, à l’instar de leur maire, Luigi Brugnaro, qui s’est laissé aller à tweeter « les Vénitiens ne sont à genoux que lorsqu’ils prient. Venise va repartir… »

Ballade en kayak dans les rues de Venise inondée le 15 novembre 2019 (photo © Manuel Silvestri / AFP / France TV Info)

Car des inondations de ce type, il y en aura d’autres dans une ville construite sur la lagune en creusant des canaux pour drainer les eaux et en édifiant des remblais sur pilotis. On en dénombre 118 îles et îlots, pour beaucoup artificiels et reliés les uns aux autres. Mais au fil des ans, la ville s’enfonce inexorablement, d’au moins 26 cm déjà depuis 1870, tandis que le niveau de la mer s’élève peu à peu sous l’effet du changement climatique et que les immenses bateaux de croisière contribuent à l’érosion des berges.

A Venise, les marchands de bottes ont fait fortune… (photo © Manuel Silvestri / Reuters / Business Insider)

Entre les flots de la mer et le flot des 36 millions de touristes qui déferlent chaque année à Venise, les 50 000 habitants de la ville ne savent plus où donner de la tête. Quelques-uns espèrent encore que le fameux projet MOSE viendra sauver la ville des eaux tel Moïse ouvrant les flots de la Mer Rouge. Ce « module expérimental électromécanique », constitué de 78 éléments de digues flottantes qui se relèveront pour barrer les trois passes donnant sur la rade, est à l’étude depuis 1984 et les travaux de construction sont en cours depuis 2003.

Essai de soulèvement des digues flottantes du projet MOSE en mai 2016 (source © site du projet)

Ils devaient se terminer en 2016 mais on parle désormais plutôt de 2021 et le budget prévisionnel, initialement arrêté à 2 milliards d’euros, devrait atteindre au moins le triple de cette somme. Difficultés techniques, malfaçons et malversations en tout genre se cumulent pour expliquer un tel retard et pareille dérive financière. Précisons au passage que toute ressemblance avec le projet de l’EPR de Flamanville serait bien entendu purement fortuite…

Nul ne sait encore si le dispositif pourra bel et bien fonctionner un jour et empêcher des phénomènes tels que celui vécu ces dernières semaines. Ce qu’on commence à entrevoir en revanche, et qu’ont souligné les océanographes Carlos Amos et Georg Umgiesser dans The Conversation, c’est qu’avec l’élévation attendue du niveau de la mer, qui pourrait atteindre 50 cm dans les prochaines décennies, le dispositif devra quasiment se fermer à chaque marée pour protéger Venise du naufrage.

Or, les eaux usées non traitées qui s’évacuent quotidiennement via les canaux dans la lagune et vont ensuite rejoindre la mer, seront alors bloquées. L’afflux de nutriments qui en résultera provoquera une eutrophisation de la lagune et sa détérioration irréversible. Sans compter que le dispositif ne pourra éviter les remontées phréatiques d’eau salée qui rongent peu à peu les monuments de la Sérénissime.

Un véritable casse-tête donc pour les autorités locales. Réunis dans la salle de délibération du Conseil Régional de Vénétie, les élus régionaux débattaient justement des effets du changement climatique à l’occasion du vote du budget 2020 ce mardi 12 novembre en soirée. Situé en bordure du Grand Canal, le palais Ferro Fini qui abrite le Conseil Régional n’avait jusque-là jamais été inondé.

Salle de réunion du Conseil Régional envahie par les eaux mardi 12 novembre 2019 (photo © Andrea Zanoni / CNN)

Mais ce mardi vers 22 h, les élus ont dû évacuer en catastrophe les locaux face à l’arrivée des eaux comme l’a longuement raconté le conseiller du Parti démocrate, Andrea Zanoni, vice-président du comité de l’environnement, dans un message publié sur Facebook et repris par CNN. Selon lui, « ironiquement, la chambre a été inondée deux minutes après que la Ligue, Forza Italia et Fratelli d’Italia aient rejeté nos amendements visant à lutter contre le changement climatique ». Faut-il y voir un avertissement du ciel pour inciter les responsables politiques locaux à prendre un peu plus au sérieux les menaces réelles du changement climatique ?

L. V.

Deflesselles roule pour Total

17 novembre 2019

Bernard Deflesselles présentant une conférence sur le changement climatique à La Ciotat, le 27 juin 2019 (source : Ville de La Ciotat)

Notre député Bernard Deflesselles vient une nouvelle fois de montrer son vrai visage. Rapporteur des négociations internationales sur le changement climatique à l’Assemblée nationale, comme il aime se présenter lorsqu’il anime, comme c’était le cas à La Ciotat le 27 juin dernier, des conférences pour expliquer à tout un chacun ce qu’est le réchauffement climatique et comment il faut lutter contre, voilà qu’il vient de se distinguer en montrant une fois de plus sa mauvaise foi bien connue…

Corapporteur d’un rapport d’information sur la Diplomatie climatique, déposé le 28 novembre 2018 sur le bureau de l’Assemblée nationale, notre député y dissertait doctement sur les graves menaces que fait peser le réchauffement climatique sur l’avenir de l’humanité, rappelant au passage que « la politique des petits pas ne suffit plus » et qu’il faut un changement radical pour espérer encore atteindre les objectifs de l’accord de Paris qui suppose une réduction de 45 % de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2010 alors que jusque-là on observe plutôt une augmentation de 5 à 10 %.

Un vrai discours de militant engagé et responsable ! Sauf que dans les faits, Monsieur le Député Deflesselles se moque complètement de ce que peut bien écrire le rapporteur Deflesselles dans ses belles envolées lyriques sur l’avenir de la planète. Il vient d’en administrer une preuve flagrante en s’associant au combat peu glorieux de 3 autres députés des Bouches-du-Rhône, pour déposer en catimini un amendement écrit à la demande du groupe Total et destiné à rétablir l’exonération fiscale sur l’huile de palme comme biocarburant.

Plantation de palmiers à huile en Asie du Sud-Est, en mars 2018 (photo © Januar / Getty Images / The Epoch Times)

On sait pourtant que la production de palmiers à huile est, en Indonésie et en Malaisie notamment, la principale cause de la déforestation des forêts primaires, ce qui a pour effet la disparition d’un milieu naturel servant, non seulement de puits de carbone pour absorber des quantités importantes de CO2, mais aussi d’abri à une biodiversité aussi riche que gravement menacée.

Cette considération a d’ailleurs poussé l’Union européenne à demander à ses États membres de prendre des dispositions pour stopper dès que possible et, en tout état de cause avant 2030, l’exonération fiscale dont bénéficient les 900 000 tonnes d’huile de palme importées chaque année en Europe et dont 75 % sont destinés à finir dans le réservoir de nos véhicules.

Des militants de Greenpeace lors du blocage de la raffinerie du groupe Total de la Mède, près de Marseille, le 29 octobre (photo © Boris Horvat / AFP)

En France, cela a été l’objet d’un débat virulent qui s’est tenu il y a tout juste un an, lors de la préparation de la loi de finances pour le budget 2019. De nombreux lobbyistes à la solde du groupe Total, principal intéressé à la défiscalisation des biocarburants à base d’huile de palme, en particulier pour les besoins de sa raffinerie de La Mède qui prévoit d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huile de palme par an, avaient alors bataillé ferme pour poursuivre ce cadeau fiscal qui rapporterait de l’ordre de 70 à 80 millions d’euros par an à Total, au détriment du contribuable…

A l’époque, les débats à l’Assemblée nationale avaient été particulièrement houleux mais les députés avaient finalement choisi la voie de la raison en mettant un terme à ce cadeau fiscal aux conséquences environnementales désastreuses. Le groupe Total bien entendu n’a pas souhaité en rester là et a aussitôt déposé un recours devant le Conseil constitutionnel sous forme d’une question prioritaire de constitutionnalité, laquelle avait été rejetée par le Conseil constitutionnel le 11 octobre 2019.

Un dessin de Fanny Vaucher

En l’occurrence, les Sages du Conseil constitutionnel, qui ne brillent pourtant pas par leur audace écologiste, avaient estimé que la décision du Parlement d’exclure l’huile de palme de la liste des biocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal répond à des « critères objectifs et rationnels en fonction du but poursuivi » de protection de l’environnement, considérant que « la culture de l’huile de palme présente un risque élevé, supérieur à celui présenté par la culture d’autres plantes oléagineuses, d’induire indirectement une hausse des émissions de gaz à effet de serre ». Une décision forte et définitive, qui a même fait l’objet d’un communiqué de presse de la part du Conseil constitutionnel, histoire d’en bien marquer toute la portée.

Mais bien sûr, même sortis par la porte à coups de pieds aux fesses, les lobbyistes n’ont de cesse que de rentrer par la fenêtre. C’est donc ce qu’ils ont fait grâce à la complicité de 4 députés peu regardant, dont celui de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Bernard Deflesselles, réélu pour la cinquième fois en 2017, mais d’extrême justesse avec seulement 500 voix d’avance…

Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le 5 novembre 2019 (photo © Thomas Samson / AFP / L’Express)

Leur coup avait été bien préparé, avec la bénédiction du ministre du Budget, Gérald Darmanin, et est passé comme une lettre à la Poste au travers d’un des 2900 amendements à la loi de préparation du budget 2020, dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 novembre. Les députés de la majorité, globalement opposés à ce coup de Jarnac, avaient bien repéré le piège et s’étaient préparé à le contrer, mais un changement dans l’ordre d’examen des amendements a permis de déjouer leur vigilance et de faire adopter l’amendement en question sans même que les députés signataires n’aient besoin de le défendre à la tribune : un véritable coup de maître !

Bien entendu, autant de perfidie de la part de responsables politiques élus de la Nation ne peut que laisser pantois et ne manquera pas d’alimenter le ressentiment des citoyens écœurés par un tel manque de cohérence de la part de nos représentants nationaux : comment peut-on avoir l’audace de plaider pour une mobilisation générale contre le changement climatique quand on se livre à de telles manipulations en douce avec le géant pétrolier Total pour lui permettre d’accroitre ses bénéfices au détriment de la Planète ?

Nicolas Hulot, devant la Convention citoyenne pour le climat, vendredi 15 décembre 2019, fustige l’incohérence de la décision prise sur l’huile de palme (photo © Katrin Baumann / SudOuest)

La ficelle était d’ailleurs tellement grosse que même le chef du gouvernement, Édouard Philippe, a dû admettre que l’on ne pouvait pas décemment faire avaler une telle pilule à l’opinion publique, surtout au moment où le mouvement des gilets jaunes tend à reprendre de la vigueur et alors que 150 citoyens tirés au sort planchent avec beaucoup d’investissement personnel dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Il a donc fallu procéder à un nouveau vote, qui a eu lieu vendredi 15 novembre en soirée, et qui a vu cette fois l’amendement soutenu par M. Deflesselles rejeté par 58 voix contre 2. Une sortie de route bien peu glorieuse pour notre député local qui ne sortira pas grandi de cet épisode !

L. V.

Que vont devenir nos retraites ?

14 novembre 2019

Quelques éléments d’histoire :

Après le fiasco des rentes ouvrières et paysannes de 1910 et les premières assurances sociales de 1930 qui ne concernaient pas l’assurance retraite, il faut attendre 1937 et le Front Populaire pour voir élargies les assurances sociales aux catégories de salariés jusqu’alors exclues et la signature d’accords issus de négociations paritaires débouchant sur l’instauration de régimes de prévoyance et de retraite dans certains secteurs professionnels (Industries Métallurgiques et Minières, puis chimie, aéronautique, travaux publics …), prémices du système en répartition que nous connaissons encore.

C’est en octobre 1945 que Gaullistes et Communistes au sein du Conseil National de la Résistance proposent un système de sécurité sociale garantissant une assurance vieillesse dont voici les principes (exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945) :

« La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances, il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.

Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la volonté de débarrasser nos concitoyens de l’incertitude du lendemain »

En 1947 sont créés des régimes de retraites complémentaires dont ceux des cadres (AGIRC) avec une technique de calcul par points. En 1961 la création de l’ARRCO permet aux salariés non-cadres de bénéficier d’une retraite complémentaire, système qui sera généralisé en 1972 sauf pour quelques régimes spéciaux.

Un dessin signé Tartrais (source © dessin-actu)

En 1983, l’âge de départ à la retraite est abaissé de 65 ans à 60 ans avec une durée de cotisation de 37,5 années de carrière. Cette disposition ne cessera ensuite d’être modifiée.

1993, par les lois Balladur : allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans (150 trimestres) à 40 ans (160 trimestres), changement du mode de calcul des pensions des salariés du privé (période de référence : passage des 10 meilleures années aux 25 meilleures années) et indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires

2003 avec la réforme Fillon : dès 2012, durée de cotisation allongée à 41 ans (164 trimestres), surcote pour ceux qui prolongent, création de produits d’épargne retraite par capitalisation, création de la retraite additionnelle (2005) dans la fonction publique.

2007 : réforme des régimes spéciaux.

2010 : allongement progressif de la durée d’assurance et recul de l’âge de départ à 62 ans avec report à 67 ans de la retraite à taux plein, sans compter une révision régressive des carrières longues.

2014 : instauration du compte pénibilité, nouvel allongement progressif de la durée d’assurance, abaissement de la valeur d’un trimestre à 150 fois le SMIC horaire, plus de droits nouveaux issus du cumul emploi-retraite.

Comme ce rappel le montre, les modalités d’ouverture des droits aux pensions de retraite n’ont cessé d’évoluer négativement, sauf entre 1983 et 1993.

Un dessin signé Babouse (source © SNJ CGT)

Pourquoi l’Etat décide-t-il de remettre à plat le régime des retraites ?

  • Afin d’éviter le déficit de certaines caisses (mineurs, agriculteurs notamment),
  • Pour le rendre solidaire et universel,
  • Pour rendre le système « pilotable »,
  • Pour tenir compte des évolutions démographiques dont l’allongement de l’espérance de vie, mais cette dernière est-elle durable ?
  • Pour qu’il soit plus équitable,
  • Afin qu’il soit plus redistributif.

Quels changements majeurs ?

  • L’état décide d’unifier les 42 régimes existants et donc de mettre fin à l’existence de régimes spéciaux qui ne concernent qu’environ 410 000 agents.
  • Il envisage un nouveau mode de calcul par points tel qu’il existe pour les retraites complémentaires et d’abandonner le calcul par trimestres jusqu’alors en vigueur.

Quels effets ?

  • Un allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite au taux plein de sa génération même s’il y aura toujours la possibilité de cesser son activité à 62 ans mais avec une pension substantiellement réduite (- 15 %). C’est à partir de 64 ou 65 ans (âge pivot) que pour ceux qui ont commencé à travailler à 22 ans, la retraite pourra être perçue avec 5,5 % de rendement. Subsistent quelques régimes dérogatoires pour les salariés des fonctions régaliennes (sécurité, défense) et pour les métiers à risques.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 1er novembre 2019

Exemple d’un salarié qui a cotisé sur la base d’un salaire égal à 1,5 SMIC. Il a acquis 30 000 points (10 € = 1 point) tout au long de sa carrière. Il a le droit de partir à 62 ans, âge légal de départ à la retraite.

Au moment de sa retraite, la retraite mensuelle est calculée à l’âge du taux plein en appliquant la valeur de service, 1 point = 0,55 € soit 30 000 points x 0,55 € = 16 500 €

Le salarié bénéficiera de 5,5 % de rendement s’il part à l’âge du taux plein de sa génération.

Si ce salarié part à la retraite 2 ans avant l’âge de taux plein, le montant de sa retraite annuelle sera diminué de 10 % (rendement de 4,95 %) et sera de 1238 € par mois

S’il part 1 an avant l’âge de taux plein, sa retraite sera diminuée de 5 % (rendement de 5,225 %) et sera de 1306 € par mois

S’il part à l’âge du taux plein, il bénéficiera du plein rendement de 5,5 % soit 1375 € par mois

S’il part une année après l’acquis du taux plein, le rendement est de 5,775 % et la retraite est de 1444 € par mois soit pour l’année 105 % de 16 500 €

S’il part 2 ans après l’acquis du taux plein, le rendement est de 6,05 % et la retraite est alors de 1513 € par mois soit pour l’année 110 % de 16 500 €

Comparaison entre les deux systèmes

Système actuel : Les assurés qui partent avant l’âge du taux plein subissent une double pénalisation : d’une part, le calcul de la retraite est proratisé car la carrière est incomplète par rapport à la durée d’assurance requise, d’autre part ils subissent une décote de 5 % du montant de la retraite pour chaque année les séparant de l’âge du taux plein.

Exemple : un assuré de la génération 1963 qui a commencé sa carrière à 22 ans et qui doit valider une durée d’assurance de 42 ans, devra partir à 64 ans pour bénéficier du taux plein dans le système actuel. S’il part à 62 ans, il sera doublement pénalisé, par la proratisation 540/42 et par la décote (-10 %) et sa retraite sera fortement réduite (- 15 %)

Système universel : Les assurés verront leur rendement ajusté de 5 % par année d’écart à l’âge du taux plein, sans subir de règle de proratisation par rapport à une d’assurance requise car celle-ci ne constitue plus un critère de calcul de la retraite dans le système universel en points.

Exemple : un assuré, dont l’âge du taux plein est fixé à 64 ans, verra sa retraite diminuée de 10 % s’il décide de partir à 62 ans (et non plus de 15 % dans l’exemple ci-dessus).

Un dessin signé Sabine Nourrit

  • L’abandon du calcul de la durée de cotisation par trimestres au profit du calcul par points pénalise les carrières sans grandes évolutions d’autant que la référence n’est plus celle des 25 meilleures années pour le plus grand nombre et des six derniers mois pour les fonctionnaires.
  • Les agents de l’État qui n’effectuent pas d’heures supplémentaires ou ne perçoivent pas ou peu de primes et d’indemnités (enseignants du premier degré par exemple) verront leur pension réduite par rapport à leurs aînés.
  • La fixation d’un minimum de pension mensuelle à 1000 € qui entraînera une légère hausse du niveau des retraites les plus faibles (petits agriculteurs et salariés avec de bas salaires),
  • Une baisse du niveau des pensions pour les classes moyennes (ex : couple percevant un salaire mensuel situé entre 2468 et 4423 € par mois – source INSEE janvier 2019)
  • Un nouveau calcul des pensions de réversion pour les veufs et les veuves (70% des droits de retraite du couple. L’exemple donné dans le rapport (2850 € pour le couple) n’octroie qu’une augmentation pour le survivant de 30 € par mois !
  • Une majoration des points (5 % par enfant) dès le premier enfant
  • La prise en compte des périodes de chômage, de maternité, de congé éducation jusqu’aux 3 ans de l’enfant.

La garantie des droits acquis dans les régimes actuels. Cf. exemple ci-dessous extrait du rapport :

  • La possibilité de cumuler retraite et emploi, un comble au regard du taux de chômage des jeunes peu qualifiés et des séniors !

 

Quelles incertitudes ?

  • Le rapport DELEVOY fixe, pour le calcul de la retraite, le gain d’1 point pour 10 € cotisés (cotisation salariée + cotisation patronale) et la valeur du point à 0,55 €. Il précise que cette valeur ne peut baisser mais qu’elle sera revalorisée en fonction du taux d’inflation et non des revenus.

Prenons l’exemple d’un salarié rémunéré au SMIC durant toute sa vie (1521 € brut mensuel), la cotisation mensuelle s’élèvera à : 1521,22 € X 25,31 % (cotisation salarié + cotisation patronale) = 385,02 € soit, si 10 € cotisés rapportent un point, 38,50 points/mois et donc 462 points/an. Pour 44 années de cotisations sans périodes de chômage et de maladie : 462 X 44 = 20 328 points sont acquis qui représentent 20 328 X 0,55€ = 11 180,40 €/an de pension soit 931 €/mois !

Ce salarié, selon les informations données dans le rapport, bénéficierait d’un « coup de pouce » de solidarité pour atteindre le plancher de 1000 € de pension par mois !

 

  • Quand on connaît le mode de calcul du taux d’inflation par l’INSEE et que l’on sait qu’actuellement pour les fonctionnaires, l’augmentation des retraites n’est que de 0,9 % avec une inflation à 2 %, rien ne garantit que ce soit la totalité de ce taux qui soit prise en compte !
  • L’allongement de la durée de cotisation est plus avantageux pour ceux qui travaillent alors que ceux qui sont en chômage ou en congé de maternité ou d’éducation ne bénéficient que d’un taux de 60 %. Cela n’est pas sans incidence sur le calcul de la pension quand on sait que l’employabilité des séniors est faible ! Va-t-on vers une incitation au cumul retraite/travail alors que le taux de chômage est toujours aussi élevé !

Un dessin signé Xavier Delucq (source © Huffington Post)

Au final, il ressort de l’analyse de ce rapport que si les salariés très modestes peuvent espérer au mieux quelques euros de plus, l’atteinte d’une retraite minimale au niveau du SMIC n’est pas pour demain ! Qu’en est-il alors des principes de 1945 rappelés dans le rapport Delevoy ?

Garantit-on des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes ?

Est-on assuré d’être débarrassé de l’incertitude du lendemain ? Loin s’en faut !

Compte tenu de ces observations et des incertitudes qui demeurent, et même si le rapport prétend préserver un système de retraite par répartition plus équitable et pérenne, ne se dirige-t-on pas vers un système qui conduirait ceux qui le peuvent à envisager un complément de retraite par capitalisation ! Qu’en sera-t-il alors des plus pauvres qui ne peuvent épargner et pour qui la retraite ne permettra que de survivre ?

MM

Aux morts, la Patrie reconnaissante… à qui au juste ?

12 novembre 2019

En ce 11 novembre 2019, un peu plus d’un siècle après la fin de la première Guerre mondiale, le geste d’Emmanuel Macron inaugurant un monument aux soldats français morts en opération depuis 1963 a beaucoup mobilisé les médias, à juste titre car il attire l’attention des Français sur l’engagement de nos forces armées sur différents théâtre d’opérations extérieures.

Emmanuel Macron inaugurant le monument aux soldats morts au combat en opération extérieure, le 11 novembre 2019 (photo © Johanna Geron / Maxppp / France Bleu)

Le monument en question, implanté dans le parc André Citroën à Paris, près du nouveau siège de l’État-Major, est constitué de six militaires (dont une femme) en bronze portant un cercueil invisible, lequel symbolise ces soldats disparus au combat. Le monument est accompagné d’un mur couvert de plaques dorées portant les noms de 549 soldats français tués ainsi depuis 1963.

Les ruines du Drakkar à Beyrouth le 25 octobre 1983 (photo © Philippe Bouchon / AFP / Le Monde)

549 : tel est en effet le nombre des soldats tués par l’ennemi ou décédés à la suite de blessures de guerre, d’accident ou de maladies au cours d’opérations extérieures, ces fameuses OPEX dans le jargon militaire, depuis la fin de la guerre d’Algérie. Car, on a un peu tendance à l’oublier, mais l’Armée française s’est fortement engagée au cours de ces 50 dernières années : au Tchad où 129 de nos soldats ont laissé leur vie, au Liban aussi où le bilan est le plus lourd avec 141 morts dont 58 le 23 octobre 1983, lors de l’attaque du Drakkar à Beyrouth, mais aussi en Afghanistan où 85 soldats français ont péri, ainsi que dans les Balkans où 78 d’entre eux ont laissé la vie, dont l’une des deux femmes dont le nom figure sur le monument, tuée au Kosovo.

La liste des noms égrenés sur ces plaques commémoratives confirme, s’il en était besoin, que les opérations militaires françaises de ces dernières années se sont beaucoup concentrées sur le continent africain où nos troupes sont intervenues notamment en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Congo, en Centrafrique et même au Burkina Faso où deux commandos de marine ont trouvé la mort le 10 mai 2019 en cherchant à délivrer des touristes pris en otage par un groupe de djihadistes affiliés à Al Qaïda au Maghreb islamique.

Soldat français de l’opération Barkhane au Mali (photo © Benoît Tessier / Reuters / Le Parisien)

Le Mali aussi bien sûr, où environ 4 000 militaires français sont encore engagés dans le cadre de l’opération Barkhane, a coûté la vie à 22 de nos soldats dont le dernier, inscrit in extremis sur une plaque juste avant l’inauguration du monument, est décédé le 2 novembre 2019 suite à l’explosion d’un engin piégé au passage d’un convoi de véhicules blindés près de Ménaka, dans le nord du pays.

Certes, les chiffres paraissent finalement modestes si on les compare à l’hécatombe subie par l’armée française durant la première Guerre mondiale au cours de laquelle près de 5,7 millions de Français avaient été mobilisés dont au moins 1,3 millions sont morts en 4 ans lors des combats, selon le décompte officiel publié par le Ministère des Armées sur son site Mémoire des Hommes. En comparaison, la seconde Guerre mondiale fit d’ailleurs nettement moins de victimes parmi les forces françaises avec une estimation d’environ 217 000 tués pour 1,2 million de soldats engagés, alors que les victimes civiles étaient significativement plus nombreuses, évaluées à 350 000 en France seulement.

Offensive française en 1915 dans le Pas-de-Calais (source © archives AFP / France TV Info)

Vinrent ensuite les guerres de décolonisation et notamment la guerre d’Algérie où plus de 1,1 millions de Français furent mobilisés et où le nombre de pertes est estimé par l’Armée française à environ 25 000 dont 15 000 soldats tués au combat ou lors d’attentats.

Depuis, les forces militaires françaises ont considérablement évolué et se sont fortement professionnalisées. La fin de la conscription en 2002 s’est traduite par une nette diminution des effectifs. Alors qu’en 1991 l’Armée française comptait encore environ 670 000 personnes dont 300 000 militaires de carrière et 242 000 appelés, auxquels s’ajoutaient 128 000 civils, les effectifs en 2018 sont tombés à 270 000 personnes environ dont seulement 206 000 militaires.

549 morts depuis 1963, sur une période de près de 60 ans, voilà qui est finalement assez peu, surtout rapporté à l’importance des effectifs concernés. Moins de 10 morts par an, cela pourrait même interpeller certaines professions où les accidents du travail font davantage de ravages, sans même parler des quelques centaines d’agriculteurs qui se suicident chaque année, souvent en lien direct avec les difficultés de leur activité professionnelle.

Ruines d’une cathédrale serbe détruite en 1999 au Kosovo (source © Mondialisation.ca)

Mais bien entendu une telle comparaison macabre n’a pas de sens, d’autant que la profession militaire paye en réalité un plus lourd tribut que les seuls soldats morts sur le théâtre des opérations extérieures. Le Bilan social des armées recense en effet chaque année entre 100 et 200 décès (103 en 2018) toutes causes confondues (y compris par maladie ou accident hors service). L’actualité récente a même mis en évidence le cas de ce gendarme français envoyé au Kosovo en février 2000 et décédé en 2015 d’une forme de cancer très rare dont il a été établi, à l’issue d’une longue procédure en justice menée par sa veuve, qu’il était dû aux effets des munitions à uranium appauvri utilisées en grandes quantités lors des bombardements de l’OTAN.

Ce constat confirme toutefois à quel point les doctrines en matière d’engagement militaire ont évolué, accordant une place prépondérante à la sécurité des troupes. On est bien loin des traditions qui prévalaient à l’État-Major lors de la première guerre mondiale où les fantassins étaient encore considérés comme de la vulgaire chair à canon et où certains officiers faisaient bien peu de cas de la vie de leurs hommes, à l’image du général Nivelle qui s’est entêté à poursuivre en avril 1917 l’offensive sanglante du Chemin des Dames pourtant vouée à l’échec et qui fit pas moins de 50 000 morts dans les rangs français en moins d’un mois…

Soldats français lors de l’offensive du Chemin des Dames au printemps 1917 (source © Leemage / Le Figaro)

Même comparé au nombre de morts civils, victimes en France du terrorisme que combattent justement nos soldats au Mali notamment, le chiffre de 549 parait relativement faible. Selon un décombre macabre du Figaro, ce sont en effet pas moins de 263 personnes qui ont été tuées en France à la suite des seuls attentats islamistes commis sur notre sol au cours des sept années seulement, depuis l’attaque commise en Toulouse en 2012 par Mohamed Merah. Mais il y a eu bien d’autres attentats précédemment en France depuis les années 1960 et tout laisse penser que le nombre de victimes civiles de ces différents conflits dans lesquels la France s’est trouvée impliquée plus ou moins malgré elle, dépasse probablement celui des morts militaires sur la même période.

On l’oublie vite, mais les attentats ne sont pas l’apanage des seuls islamistes et la France des années 1980 n’était pas épargnée loin s’en faut avec les 4 morts de la rue Copernic en 1980, les 5 morts du train Paris-Toulouse en 1982 (attribué à Carlos, de même que les 5 victimes des attentats de 1983 à la gare Saint-Charles et dans le TGV Marseille-Paris) ou encore les 6 morts de la rue des Rosiers ou les 8 de l’attentat opéré à Orly par un groupe terroriste arménien la même année.

Après l’attentat de la gare Saint-Charles à Marseille le 31 décembre 1983 qui fit 2 morts et 33 blessés (photo © Pierre Ciot / AFP / C NEWS)

Une nouvelle vague d’attentats en 1985-86, dont celui de la rue de Rennes, fera encore 13 morts (et près de 300 blessés) tandis que les attentats revendiqués par le GIA en 1995 et surtout celui de la gare RER Saint-Michel ajouteront encore 8 victimes à la liste… Et on pourrait y ajouter les 170 victimes de l’attentat contre le DC 10 d’UTA attribué au pouvoir libyen en septembre 1989.

Une telle comptabilité n’a bien évidemment aucune valeur, chaque cas individuel étant d’abord une tragédie personnelle et familiale, mais se commémorer ces personnes, civiles ou militaires, victimes de violence et de terrorisme n’est pas inutile pour que chacun ait bien conscience de la réalité de ce risque et de la nécessité de le combattre collectivement. Se souvenir pour mieux faire face et ne pas occulter le danger, tel est le sens de ces monuments et cérémonies commémoratives…

L. V.