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Katulu ? : rencontre d’auteur à Carnoux

26 mars 2017

Marie-France Clerc dédicaçant son ouvrage en août 2016 (photo R. Beneat publiée dans Le Télégramme de Brest)

Le groupe de lecture Katulu ? Organise la semaine prochaine une rencontre ouverte à tous avec Marie-France Clerc, qui présentera son livre intitulé « Cinq zinnias pour mon inconnu ». Cette séance publique se tiendra jeudi 30 mars à 18 h dans la salle Fayer, située à Carnoux, derrière l’hostellerie de la Crémaillère, rue Tony Garnier.

C’est l’occasion de venir découvrir et dialoguer en direct avec l’auteur de ce livre publié en 2016, une fiction « où tout est vrai » , qui nous plonge dans l’histoire de l’Ukraine. Les grands-parents de Nathalie ont fui la Révolution de 1917. Installés en France, ils parlaient peu de leur Ukraine natale. Aujourd’hui Nathalie, devenue grand-mère à son tour, réclame en Ukraine les actes de naissance de ses grands-parents. Mais c’est un tout autre document que lui adressent les archives de Vinnytsia…

Venez découvrir la suite en rencontrant l’auteur de ce roman étrange et envoûtant, jeudi prochain, à l’occasion de cette invitation du groupe de lecture Katulu ?

M.-A. Ricard

Les dessous de la Présidentielle 2017

13 mars 2017

Depuis les débuts de la Ve République, jamais élection présidentielle en France n’avait revêtu un visage aussi suprenant que celle qui se profile à l’horizon. Pour la première fois sans doute un président sortant ne se représente pas après avoir fait un seul mandat de 5 ans, comme si les Français étaient devenus à leur tour des adeptes du zapping. La mise en œuvre des primaires à l’Américaine a fait des ravages du côté des ténors de la vie politique dont les principaux ont été balayés, et quant au bipartisme traditionnel, il paraît bien oublié !

A six semaines du premier tour, les sondages laissent en effet transparaître une répartitition des suffrages en quatre blocs quasi équivalents, représentant chacun, peu ou prou, un quart de l’électorat. Celui qui semble avoir toutes les chances de virer en tête au second tour est bien entendu le Front National de Marine Le Pen qui devrait sans difficulté rééditer le schéma de 2002, sauf que cela ne sera plus une surprise pour personne puisque c’est désormais ce qu’on observe lors de toutes les élections qui se suivent et se ressemblent beaucoup.

En réalité, la surprise vient plutôt de la Droite dont le candidat est singulièrement affaibli par la présence de l’ex-ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qu’on qualifiera de centriste faute de savoir clairement où le positionner sur l’échiquier politique et qui pour l’instant dépasse dans les sondages son rival étiqueté LR.

Quant à la Gauche, elle se positionne pour la première fois depuis bien longtemps sur un programme réellement à gauche et les sondages lui donnent globalement un score proche de 25 % qui pourrait lui permettre d’accéder au second tour. Sauf que, contrairement aux trois autres blocs, elle n’a pas été capable de se rassembler derrière un candidat unique, ce qui ruine définitivement ses chances de ne pas être éliminée dès le premier tour ! De ce point de vue, Jean-Luc Mélanchon porte une lourde responsabilité, lui qui a refusé l’idée même de participer à la primaire de la Gauche alors qu’il se revendique clairement de gauche, et qui rejette désormais toute idée de dialogue avec son acolyte Benoît Hamon alors qu’on serait bien en peine de trouver la moindre différence idéologique dans le contenu de leur programme.

Les électeurs de gauche seront donc contraints de se reporter sur le banquier Macron s’ils ne veulent pas devoir arbitrer une fois de plus au second tour entre la Droite filloniste et l’Extrême-Droite lepéniste, comme c’est désormais le cas à chaque élection… En attendant, ils peuvent du moins se réjouir du spectacle croquignolesque qui se déroule à droite de l’échiquier politique autour du candidat François Fillon, mis en réelle difficulté suite aux révélations du Canard enchaîné quant aux sommes astronomiques qu’il a fait verser pendant des années à son épouse et à certains de ses enfants pour des emplois vraisemblablement fictifs.

Après avoir endossé, pendant toute la campagne des primaires, le costume du candidat intègre et vertueux, distribuant des leçons de morale à ses petits camarades Nicolas Sarkozy, mis en examen dans de multiples affaires, et Alain Juppé, jadis condamné pour détournement de fonds publics, le voilà bien en peine pour justifier les sommes énormes qu’il a ainsi soustraites pour son usage personnel. Après avoir clamé haut et fort qu’il se retirerait de la campagne s’il devait être mis en examen, le voila qui change brusquement de discours lorsqu’il se retrouve effectivement dans cette situation, criant au complot politique et ameutant ses amis de la droite la plus conservatrice pour organiser une démonstration de force devant le Trocadéro. Après avoir affirmé pendant toute sa (longue) carrière politique qu’il ne céderait jamais aux démonstrations de force de la rue et proposé encore en juin dernier d’interdire toute manifestation, le voila qui fait venir ses troupes par trains spéciaux et autocars pour montrer à son parti qu’il ne se laissera pas arrêter par quelques ennuis judiciaires momentanés et qu’il compte rester à tout prix le candidat de la Droite.

Du coup, le spectacle des élus LR et UDI clamant haut et fort vendredi dernier qu’il fallait déloger le « forcené » en actionnant un « plan B », et l’acclamant le lundi en lui renouvelant leur soutien unanime, ne manque pas de sel, à défaut de nous rassurer quant à la sincérité de ces mêmes responsables politiques. Le plus drôle de l’affaire est que c’est, semble-t-il, l’inoxydable Nicolas Sarkozy qui a mené la manœuvre, lui que l’on croyait retiré de la vie politique pour se consacrer à l’hôtellerie de luxe.

Si l’on en croit les informations du Canard enchaîné, le 3 mars dernier, Sarkozy était persuadé que son ancien « collaborateur » serait obligé de renoncer, la manifestation du Trocadéro prévue deux jours plus tard n’étant qu’un baroud d’honneur. Il a donc contacté Alain Juppé en promettant de soutenir la candidature de ce dernier, à condition qu’il s’engage à prendre comme Premier ministre son petit protégé, le maire de Troyes François Baroin, ancien chiraquien pur sucre, devenu sarkosiste par opportunisme.

Mais le maire de Bordeaux réserve sa réponse. Dimanche matin, ne voyant toujours rien venir, Sarkozy s’énerve et entame cette fois les discussions avec François Fillon à qui il propose son soutien, à condition que ses proches en soient récompensés : Laurent Wauquiez à la tête du parti et François Baroin à Matignon. Il faut dire que Fillon est difficile à déloger après sa victoire aux primaires et alors qu’il a déjà fait main basse sur le trésor de guerre de LR dont il détient les cordons de la bourse…

François Fillon au Trocadéro, le 5 mars 2017 : quand même la pluie s’en mêle… (photo copyrigth AFP)

Toujours est-il que la présence des sarkozistes à la tribune du Trocadéro aux côtés de François Fillon a achevé de convaincre Alain Juppé que l’ex chef de l’État le mène en bateau et qu’il n’a pas d’autre solution que de se retirer. Et voilà pourquoi le comité politique des Républicains qui s’est tenu le lundi 6 mars en soirée s’est transformé en sacre du « repris de justesse », malgré sa mise en examen. Pour être honnête, il n’aurait d’ailleurs guère été plus moral de le remplacer par un Alain Juppé déjà condamné pour des faits d’emplois fictifs. Mais l’affaire a laissé des traces au sein de la Droite où certains ont montré plus de souplesse que d’autres pour suivre ces différents revirements successifs. L’enthousiasme des juppéistes et des centristes, dont l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, à soutenir le candidat LR finalement remis en selle, reste assez modéré, surtout au vu de la forte implication des grenouilles de bénitier de Sens Commun qui se sont très fortement mobilisées pour organiser la manifestation du Trocadéro et ce qui confirment l’ancrage très conservateur du programme de François Fillon.

Bien malin qui dira ce qu’il sortira de cette élection présidentielle. A défaut de rehausser le niveau de confiance et le respect que les Français peuvent légitimement accorder à leurs responsables politiques, au moins le spectacle et ses nombreux rebondissements auront-ils été à la hauteur de l’événement !

L.V.  

Prochaine conférence : école et société, comment lever le malentendu ?

19 février 2017

L’école et l’éducation constituent à la fois un enjeu politique et un terrain de conflits qu’il faut aborder clairement sans s’abriter derrière des faux fuyants ou des présupposés non explicites. On peut y retrouver tous les choix qui dépendent de convictions philosophiques ou religieuses, d’idéologies (surtout lorsqu’elles prétendent ne pas en être), d’intérêts personnels ou de groupes, de situations sociales. Transformer des usagers en clients, par exemple, n’est pas anodin : pouvons-nous être sereinement des consommateurs d’école ?

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Nous sommes bien au cœur de la politique, entendue dans son sens de choix de vie sociale et de rapports entre individus et collectivités (ou de communautés ?). Choix pour lesquels, aujourd’hui, on ne peut plus se contenter d’une démocratie représentative (soumise aux aléas médiatiques et politiciens) influencée par des experts sans contrôle et des sondages sans lisibilité laissant cours à toute démagogie et à un « clanisme » constituant d’écuries présidentielles… Repenser l’École ne peut être le privilège d’aucun spécialiste !

dessinchatLe Cercle Progressiste Carnussien cherche à faire vivre les valeurs citoyennes et toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Pour cela les conférences du CPC sont devenues, au fil des ans, un lieu de rencontre permettant l’information et la participation au débat entre citoyens sur l’évolution des institutions qui permettent la vie en société. L’École, à travers ses différentes composantes (maternelle, primaire, secondaire, université) a été et demeure un enjeu majeur pour l’apprentissage de la vie collective, pour la transmission des savoirs, pour l’étude les grandes questions d’aujourd’hui et de celles qui sont devant nous…

Les dernières évaluations PISA montrent, pour la France, que l’Éducation nationale ne parvient pas à améliorer la réussite des élèves les plus faibles, cela même si les critères généraux retenus ne sont pas pleinement pertinents. En effet, comment comparer la performance des élèves français à leurs condisciples coréens ou chinois quand on sait que ces derniers suivent aussi des cours  supplémentaires organisés après l’école !dessinfayot

Plusieurs sujets peuvent être mis en débat : L’école est-elle sélective ? Comment donner à tous l’envie d’apprendre ? Comment concevoir un enseignement qui favorise le fait d’apprendre et de réussir ensemble ? Comment avoir confiance dans l’école et dans sa capacité à faire réussir ? Pourquoi enregistre-t-on une augmentation sensible des demandes d’inscription dans l’enseignement privé ? Fait-on le choix d’une école pour les bons élèves ou d’une école pour tous ? Comment motiver les élèves pour l’école ? Comment construire une société d’avenir  pour tous les élèves ? Et la liste n’est pas exhaustive...

Cependant des voies d’avenir, des projets se dessinent pour améliorer l’efficacité de l’École. Certes les défis sont énormes, mais il y a des raisons d’espérer. Le thème retenu est ce point crucial autour duquel s’orienteront les échanges : École et Société, comment lever le malentendu ?

La conférence débutera sous forme d’une table ronde alimentée par quatre courtes interventions mettant en lumière des solutions ponctuelles qui surgissent dans l’école. Ces initiatives parfois ignorées ou marginalisées contredisent le fatalisme ambiant. Leur dévoilement permettra d’échapper aux lieux communs qui polluent le débat et fourniront des pistes à explorer pour l’avenir.

afficheconfecoleLes quatre intervenants, Laurent Mauneau (professeur des écoles spécialisé, enseignant référent pour la scolarisation des élèves handicapés), Michel Motré (instituteur puis professeur en zone d’éducation prioritaire et enfin inspecteur pédagogique régional en arts plastiques, ex-directeur de la délégation académique à la formation et à l’innovation pédagogique), Michel Neumayer (ex professeur en collège, puis formateur d’adultes, animateur du GFEN en Provence, le Groupe français pour l’éducation nouvelle, et membre du Lien international d’éducation nouvelle) et Jacques Tonnelle (ex professeur de mathématiques, formateur à l’IUFM et au DEA Didactique des mathématiques) exposeront des initiatives (expérimentations, innovations ou pratiques pédagogiques) probantes visant à éclairer le public avant que s’engage l’échange avec la salle.

L’École pourrait peut-être participer, par ses pratiques, (conseils, coopératives, élaboration des projets, productions d’élèves, apprentissage du débat…) de l’émergence d’une démocratie délibérative et participative? À condition que des zones de pouvoir (que peut-on décider dans la classe, dans l’école…?) soient instaurées et de ne pas sombrer dans la réunionnite aiguë. Resterait aussi à évaluer les réformes qui ont avorté ou ont été abandonnées. Peut être, aussi, à condition que se constitue une nouvelle association de chasseurs, défenseurs d’une écologie de la pensée : les chasseurs d’idées reçues…

dessinreformeNe pas oublier : vous êtes donc invités cordialement à cet échange ouvert à tous qui se tiendra jeudi 16 mars 2017 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence, à partir de 18h30.

J. Tonnelle

Algérie : Macron met les pieds dans le plat de couscous…

16 février 2017

A moins de trois mois de l’élection présidentielle française et alors que le candidat Emmanuel Macron est crédité de scores assez inattendus dans les sondages, voila qu’une nouvelle polémique vient de naître, comme les médias en raffolent. En visite en Algérie depuis la fin de la semaine dernière, l’ancien ministre de l’économie, le seul des candidats à la présidentielle qui ait jugé utile de se déplacer dans ce pays, a en effet tenu des propos sur la colonisation qui ont fait bondir la droite et encore plus l’extrême droite !

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Tout heureux de faire oublier momentanément ses petits déboires avec la justice et surtout ses grands écarts avec la morale, François Fillon est aussitôt monté sur ses grands chevaux, jugeant indignes les propos tenus par Emmanuel Macron qui avait qualifié de crime contre l’humanité et de barbarie la colonisation française en Algérie. Sur ce plan, le clivage entre les deux candidats est flagrant, François Fillon ayant exprimé sa volonté en août dernier de réécrire l’Histoire de France sous forme d’un grand roman destiné à glorifier uniquement les grandeurs de la Nation et n’hésitant pas à affirmer que « la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique ».

Quant au Front National, il se déchaîne, accusant Macron de tirer dans le dos de la France depuis l’Algérie et le jugeant indigne de représenter la France à partir du moment où il ose dénigrer certains pans de son histoire.

Mais qu’a donc bien pu dire Emmanuel Macron pour déclencher de telles passions sur un sujet qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas franchement au cœur de la campagne électorale ni au centre des préoccupations du Français moyen ? Il suffit pour s’en rendre compte de surfer sur le site d’information particulièrement bien fait de TSA (pour « Tout sur l’Algérie », tout simplement…). On peut y voir in extenso l’interview télévisée donnée par Emmanuel Macron et diffusée mardi 14 février 2017 à la chaîne algérienne Echorouk News.

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Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le candidat à la présidentielle fait preuve d’un ton éminemment mesuré et responsable, très éloigné de celui qu’emploient ses adversaires pour le dénigrer. L’essentiel de son discours porte d’ailleurs sur des aspects plus généraux liés au renforcement de la coopération entre la France et l’Algérie, qu’il appelle de ses vœux dans de nombreux domaines culturels, mais aussi économiques et diplomatiques voire sécuritaires mais aussi linguistiques.

Sur la colonisation française en Algérie, Emmanuel Macron commence par citer une phrase qu’il avait lui-même employée la veille lors d’une intervention précédente : « La France a apporté la déclaration des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ». Le propos résume finalement assez bien la position de Macron qui ne nie pas les effets bénéfiques de la colonisation mais ne cherche pas non plus à en masquer les effets délétères et les excès auxquels elle a donné lieu : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », a-t-il ainsi expliqué.

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On le voit, le propos n’est pas aussi caricatural que certains voudraient le faire croire. Il est d’ailleurs cocasse qu’on lui ait fait exactement le procès inverse, comme le lui rappelle le journaliste qui l’interroge, pour avoir déclaré en novembre dernier dans une interview au Point : « Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ».

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Serait-on encore, plus de soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un tel climat passionnel qu’il ne serait pas possible d’envisager avec la sérénité et le recul de l’historien, les deux faces antagonistes de la colonisation comme s’efforce de l’exprimer Emmanuel Macron lorsqu’il déclare : « La colonisation est un acte de domination et de non reconnaissance de l’autonomie d’un peuple. Tout en reconnaissant ce crime, je ne veux pas qu’on tombe dans la culture de la culpabilisation sur laquelle, on ne construit rien. C’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble » ?

Combien de temps faudra t-il encore pour que Français et Algériens puissent enfin regarder en face ce passé qui décidément a bien du mal à passer ? Il n’est finalement peut-être pas inutile que certains, de temps à autre, mettent un peu les pieds dans le plat pour rappeler des vérités que l’on aimerait tellement oublier après les avoir discrètement glissées sous le tapis. Ce n’est pas dénigrer son pays que de rappeler que ses responsables n’ont pas toujours été irréprochables ! Un regard lucide et objectif sur les erreurs du passé n’est jamais inutile et vaut sans doute mieux qu’une réécriture aveugle et orientée de notre histoire commune…

Ceci dit, Emmanuel Macron n’imaginait sans doute pas soulever un tel tollé en exprimant en Algérie ses réflexions sur la colonisation et il s’est du coup senti obligé, de retour sur le sol français et face à la polémique naissante, d’enregistrer un message vidéo spécifique pour expliquer et justifier sa position. C’est le problème quand on met les pieds dans le plat de couscous : un risque ensuite de pédaler quelque temps dans la semoule…

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En politique, il n’y a plus de mensonges, juste des vérités alternatives…

6 février 2017

blog390_phlivreC’est la bonne nouvelle du moment : depuis que Donald Trump a été officiellement investi 45e président des États-Unis, le vieux roman d’anticipation 1984, publié en 1949 par le Britannique Georges Orwell, est devenu un best-seller ! Il s’en est vendu 47 000 exemplaires depuis l’élection de Trump en novembre dernier et le roman est désormais en tête des ventes sur Amazon, au point que 75 000 nouveaux exemplaires ont été réimprimés fin janvier pour faire face à un tel afflux.

Le roman avait déjà connu une belle envolée de ses ventes en 2013, alors que le lanceur d’alerte Edouard Snowden, ancien informaticien employé à la National Security Agency (NSA) et aujourd’hui encore réfugié en Russie pour échapper à la prison, révélait au monde entier l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse, mis en œuvre par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans les deux cas, on voit bien que la réalité a allégrement dépassé la fiction. Le roman d’anticipation d’Orwell décrivait une société fictive où le régime en place, repésenté par le fameux Big Brother, surveillait les faits et gestes de chacun, supprimant du même coup toute liberté d’expression et n’hésitant pas à réécrire sans cesse l’histoire sous l’égide pointilleuse du Ministère de la vérité.

En 2017, cette surveillance de tous les instants s’est effectivement généralisée, y compris en France à la faveur de l’état d’urgence qui se prolonge et sous l’effet des caméras de vidéosurveillance qui se multiplient. Mais on assiste surtout de plus en plus à une dérive de certains responsables politiques qui n’hésitent plus à se jouer de la vérité au gré de leurs intérêts.

La nouvelle administration Trump en train de prendre les rênes de la première puissance mondiale en est un bel exemple. Le 21 janvier, au lendemain de son investiture qui avait indubitablement provoqué une faible affluence par rapport à celle de Barak Obama en 2009, comme en attestent toutes les photos aériennes prises sur place, ce que n’avaient pas manqué de relever nombre de médias américains, Donald Trump s’est répandu dans les médias pour les accuser de cacher sciemment la vérité aux Américains.

Vue aérienne de l'esplanade devant le Capitole lors de l'investiture de Trump en 2017 (à gauche) et d'Obama en 2009 (à droite), photo L. Jackson / Reuters et S. Varias /TPX Images of the World

Vue aérienne de l’esplanade devant le Capitole lors de l’investiture de Trump en 2017 (à gauche) et d’Obama en 2009 (à droite), photo L. Jackson / Reuters et S. Varias /TPX Images of the World

La comparaison est « honteuse et fausse », a ainsi estimé, samedi 21 janvier 2017, son porte-parole, Sean Spicer, puisque la foule de vendredi « a été la plus importante à avoir jamais assisté à une prestation de serment, point final ». Une telle assertion aussi grotesque sur un point somme toute bien secondaire et qui ne présente pas le moindre enjeu, si ce n’est pour l’amour propre du président nouvellement élu, ne manque pas d’inquiéter, surtout quant ce même porte-parole, à qui CNN demande s’il entend bien dire toujours la vérité répond : « Notre intention est de ne jamais vous mentir», avant de préciser qu’il se sent néanmoins toujours en droit de donner d’abord le point de vue de l’administration !

Pas de mensonge donc, mais une version orientée de la réalité. C’est exactement ce qu’a expliqué aux journalistes Kellyanne Conway, conseillère du président Trump. Interrogée sur la chaîne NBC sur les raisons pour lesquelles le président avait poussé son porte-parole à prononcer « des mensonges » sur la participation à sa cérémonie d’investiture, elle a répondu que ce dernier avait simplement présenté des « faits alternatifs ».

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Au royaume des politiques vient donc d’apparaître une nouvelle notion : à côté de la notion de faits réel qui correspond à la réalité ordinaire que chacun peut voir et toucher du doigt dans sa vie quotidienne se déploie désormais un nouveau monde parallèle, celui des « faits alternatifs », dans lequel chaque responsable politique peut puiser la vérité du moment qui lui semble la plus propre à servir son intérêt bien compris. C’est de fait, chacun en conviendra, une vision bien commode pour tordre le cou aux réalités les plus désagréables et présenter les choses sous un angle nettement plus positif.

blog390_dessinsarkoD’ailleurs la ficelle n’est pas nouvelle et bien d’autres que Trump l’ont déjà largement usée. On se souvient des mensonges éhontés de Jérôme Cahuzac affirmant sans sourciller n’avoir jamais détenu de compte à l’étranger avant d’être obligé de reconnaître ses errements devant la France entière et devant les juges.

On se souvient de Nicolas Sarkozy matraquant avec assurance devant les caméras que l’affaire Bygmalion était le révélateur des turpitudes du prestataire en communication avec la complicité de Jean-François Copé et de son entourage avant que la justice ne démontre, preuves à l’appui, qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un système de fausse facturation mise sur pied par l’équipe de campagne de l’ex chef de l’État afin d’imputer à son propre parti les dépenses de sa campagne présidentielle qui crevait allégrement tous les plafonds atorisés.

Et voila que c’est maintenant son ancien premier ministre et ex-collaborateur François Fillon, désormais en course pour l’élection présidentielle, qui vient de se faire prendre la main plongée jusqu’au fond du pot de confiture. Lui qui a fait toute sa (très longue) carrière politique en entretenant l’image d’un bon père de famille honnête et sérieux, vient de révéler à toute la France incrédule à quel point il avait pu bénéficier et faire bénéficier ses proches des largesses de la République.

François Fillon sur la sellette… (photo D. Meyer / AFP)

François Fillon sur la sellette… (photo D. Meyer / AFP)

N’hésitant pas à crier au complot et se disant victime d’un « coup d’état institutionnel du pouvoir et de la gauche », François Fillon s’empêtre depuis des semaines dans une défense totalement surréaliste et puérile, accumulant mensonges sur mensonges. Il maintient ainsi contre toute attente qu’il ne serait titulaire que d’un seul compte au Crédit Agricole de Sablé-sur-Sarthe alors qu’il en détient en réalité une quinzaine, du fait de ses différentes activités, comme parlementaire mais aussi comme dirigeant et seul salarié de sa société 2F conseil, créée en juin 2012, 11 jours seulement avant de redevenir député, et qui lui a rapporté en 3 ans la bagatelle de 750 000 € pour des prestations qui restent encore largement opaques.

L'édition du Canard Enchaîné du 1er février 2016 qui accable François Fillon (photo AFP)

L’édition du Canard Enchaîné du 1er février 2016 qui accable François Fillon (photo AFP)

Il jure que sa femme Pénélope n’a été son assistante parlementaire que depuis 1997 avant d’être obligé de reconnaître qu’elle l’était en fait dès 1988. Il remet en cause les montants perçus par son épouse comme assistante parlementaire mais aussi pour ses prestations vraisemblablement fictives auprès de la revue des Deux Mondes en prétendant qu’il y a confusion entre montants brut et net, comme si cele changeait fondamentalement les choses. Il prétend que deux de ses enfants, Marie et Charles, ont été recrutés pour des missions ponctuelles d’avocat alors que les enquêtes du Canard Enchaîné attestent qu’ils ont été employés et confortablement rémunérés comme assistants parlementaires pendant respectivement 15 et 6 mois, bien avant d’avoir pu achever leur formation de droit et d’avoir pu prêter serment comme avocats.

Bref, nous voici entrés dans l’ère des faits alternatifs où tout est relatif et où chacun modèle la vérité selon ses propres intérêts. Pas sûr cependant que tous les électeurs suivront avec enthousiasme et docilité de telles manipulations de la réalité : « les faits sont têtus » a t-on coutume de dire. Il serait peut-être grand temps de le rappeler à certains de nos responsables politiques…

L.V.  lutinvert1small

Que va devenir la Villa Méditerranée ?

21 janvier 2017

La Villa Méditerranée, c’est ce bâtiment bizarre, pourvu d’un immense porte-à-faux surmontant de 19 m un bassin en eau de 2000 m³, et qui trône sur l’esplanade du J4, juste à côté du MUCEM, sur le port de la Joliette à Marseille. C’est Michel Vauzelle, l’ancien président du Conseil régional PACA, qui a initié ce projet architectural destiné à abriter des conférences, des réunions et des expositions afin de « donner à tous des clés de compréhension sur la Méditerranée contemporaine ».blog383_phvillamediterranee

Le concours de maîtrise d’œuvre pour l’édification de ce bâtiment hors-norme a été remporté par l’architecte milanais Stefano Boeri et le chantier a débuté en 2010, pour un coût total évalué à 70 millions d’euros, financé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le bâtiment, inauguré en juin 2013, ne manque ni d’audace ni d’originalité avec une partie en sous-sol située à plus de 2 m sous le niveau de la mer, qui contient une vaste agora destinée aux expositions, un amphithéâtre de 400 places et deux salles de réunion, Le rez-de-chaussée propose quant à lui un atrium de 350 m2 où peuvent être projetées des images sur un mur de 25 mètres de long, ainsi qu’un café. Enfin, le niveau supérieur, qui avance en porte-à-faux au dessus du bassin et qui serait le plus long porte-à-faux (40 m) habité au monde, contient un plateau d’expositions de 760 m2 ainsi qu’un belvédère.

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Reste que ce bâtiment exceptionnel de par sa conception, n’a jamais vraiment prouvé son utilité en dehors de l’accueil d’événements ponctuels tels que conférences, débats, spectacles vivant, cinéma, assortis de rencontres avec des artistes et des experts de l’espace méditerranéen. Or l’entretien d’un tel paquebot, même ancré à terre, coûte cher à la collectivité : pas moins de 4,4 M€ par an, en comptant la rémunération des 40 salariés qui lui sont affectés de manière permanente.

Ce point a d’ailleurs été largement exploité lors de la dernière campagne électorale pour les régionales fin 2015 au cours de laquelle le nouveau président élu, Christian Estrosi, s’est engagé à se débarraser au plus vite de cet encombrant héritage. Las, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui avait imaginé un temps transformer le bâtiment en casino, a finalement renoncé et refuse de reprendre la patate chaude.

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Michel Vauzelle, de son côté, ne se résout pas à ce que ce fleuron architectural érigé en symbole de la coopération méditerranéenne, se transforme en vulgaire temple de la consommation et du jeu. Il se trouve que l’ancien chef de l’exécutif régional est toujours président de la délégation française auprès du Parlement de la Méditerranée et il a donc proposé tout naturellement à ce dernier de venir y installer son siège, basé pour l’instant sur l’île de Malte.

Il faut vraiment être initié pour connaître l’existence de cet obscure Assemblée parlementaire de la Méditerranée, une organisation interétatique régionale, bénéficiant du statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Créée en 2005 à l’occasion de la 4ème Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée et réunie pour la première fois en 2006 à Amman, en Jordanie, cette assemblée qui se réunit une fois par an rassemble des représentants des parlements de 25 pays riverains ou proches de la Méditerranée, dans le but de favoriser le dialogue et d’assurer la stabilité politique entre états méditerranéens. C’est l’un des uniques lieux où l’on débat régulièrement de la situation humanitaire en Syrie, du conflit isarélo-palestinien et du sort des migrants transméditerranéens, avec le succès que chacun peut constater…

blog383_logopamInterrogé récemment par Marsactu, son secrétaire général, Sergio Piazzi, a effectivement confirmé que la France avait proposé en décembre dernier que la Villa Méditerranée puisse accueillir le siège de cette institution. Cette proposition a été acceptée à l’unanimité par le bureau de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, mais doit maintenant être précisée dans le cadre d’un accord de siège, en cours de préparation par le ministère français des affaires étrangères, afin de préciser les conditions de mise à disposition du bâtiment.

Le deal est en effet très clair : ce sera à l’État français de prendre totalement à sa charge les coûts d’entretien du bâtiment, sans compter bien entendu ceux qui s’y ajouteront pour assurer la sécurité des diplomates. Bon prince, le Parlement de la Méditerranée accepte de prendre à sa charge les frais de chauffage et l’abonnement internet… Ceci dit, c’est le 23 février seulement que l’assemblée générale de l’institution se prononcera sur cette proposition.

Christian Estrosi, manifestement peu intéressé par cette solution à laquelle il affirme ne pas croire, a néanmoins accepté de laisser jusqu’à cette date à Michel Vauzelle pour tenter de faire aboutir cette piste qui permettrait à Marseille de s’affirmer comme un site majeur de la coopération avec les autres pays méditerranéens. Il faut dire qu’il a en tête un tout autre usage pour tenter de valoriser ce bâtiment, ainsi qu’il l’a annoncé début décembre. Après avoir imaginé successivement de le transformer non seulement en casino, mais aussi en cité du vin, en musée des séries voire en centre commercial (un de plus !), le président de la Région souhaite maintenant y implanter une réplique grandeur nature de la Grotte Cosquer !

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Découverte en 1985 près du cap Morgiou par le plongeur professionnel cassidain Henry Cosquer, mais déclarée en 1991 seulement, cette grotte dont l’entrée se situe désormais à 37 m sous le niveau de la mer, contient plus de 200 peintures rupestres datées de 27 000 ans pour les plus anciennes d’entre elles (des empreintes de main pour l’essentiel) et d’environ 19 000 ans pour les autres qui représentent un fabuleux bestiaire de chevaux, bouquetins, cervidés, bisons et aurochs, mais aussi pingouins, poissons et phoques.

Classée monument historique depuis 1992, cette grotte est bien entendu interdite d’accès et la tentation est grande d’en faire une reproduction pour en montrer la richesse aux visiteurs, comme cela a été fait pour la grotte de Lascaux en Dordogne ou la grotte Chauvet en Ardèche. C’est semble t-il l’architecte marseillais André Stern qui travaille depuis quelques années déjà à ce projet d’une réplique de la grotte Cosquer et qui a convaincu le président de la Région PACA d’utiliser le sous-sol de la Villa Méditerranée comme écrin à une telle réplique, tandis que le belvédère en porte-à-faux servirait d’espace muséal.

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Il faut dire que la réplique de la grotte Chauvet, ouverte au public en avril 2015 près de Vallon Pont d’Arc, connaît un beau succès avec 590 000 visiteurs dès la première année, là où ses concepteurs en attendaient 300 000 seulement. « Si on arrive à attirer autant de monde au fin fond de l’Ardèche, on ne devrait pas faire moins dans une grande métropole touristique comme la ville phocéenne » affirme Christian Estrosi et pour une fois il paraît difficile de lui donner tort ! Reste que le projet coûterait quand même la bagatelle de 20 millions d’euros, pris en charge à parts égales par la Région et par un partenaire privé chargé de l’exploitation commerciale de l’équipement.

Alors, quid de l’avenir de la Villa Méditerranée : futur siège d’une organisation diplomatique oeuvrant au rapprochement politique entre pays riverains de la Méditerranée ou futur réplique d’une grotte ornée par nos lointains ancêtres du Paléolithique ? Réponse probablement d’ici fin février. Les deux projets ne manquent pas de panache ni d’intérêt et au moins l’édifice devrait-il ainsi échapper à sa transformation en abri pour bandits manchots et autres machines à sous…

L.V.  lutinvert1small

Un chant d’espoir en Israël ?

11 janvier 2017

Les médias n’en ont pas forcément beaucoup parlé, encore que Le Monde notamment s’en soit fait largement l’écho : des milliers de femmes israéliennes du mouvement Women Wage Peace, qui rassemble plus de 20 000 adhérents, se sont mobilisées fortement pour la paix en organisant de multiples rassemblements en Israël mais aussi en Cisjordanie.

Des femmes du Women Wage Peace

Des femmes du Women Wage Peace

Cette formidable « marche de l’espoir » s’est achevée par une prière juive et musulmane pour la paix prononcée par 4000 femmes en bord de la Mer morte, mais aussi par une manifestation de 15 000 femmes, vêtues majoritairement en blanc, devant la demeure du Premier ministre Benjamin Netanyahou, le 19 octobre dernier, pour réclamer la fin du conflit.

Le mouvement est né en 2014, pendant l’opération « Bordure protectrice » menée dans la bande de Gaza et qui causa en cinquante jours la mort de près de 2 100 Palestiniens et de 73 Israéliens (dont 66 militaires). Une des fondatrices de ce mouvement modéré et pragmatique, Marie-Lyne Smadja, universitaire à Tel-Aviv, a pris conscience, à l’occasion de ce conflit sanglant, de la nécessité de dépasser les postures politiciennes pour tenter de remettre en marche le processus de paix.

Le cortège de la Marche pour la Paix (photo A. Momani / AFP/Getty Image)

Le cortège de la Marche pour la Paix (photo A. Momani / AFP/Getty Image)

La vidéo qui rend compte de cet événement sans précédent qu’a constitué cette marche des femmes en faveur de la paix est à voir et à partager sans limite. Outre les images de la marche pacifique et joyeuse de ces femmes de tous âges et de tous horizons, on y voit une magnifique chanson d’espoir, « Prayer of the Mothers » interprétée en arabe et en hébreu par 10 femmes juives et 10 musulmanes, sous la direction de la chanteuse israélienne Yael Deckelbaum.

La Prière des mères conduite par la chanteuse Yael Deckelbaum

La Prière des mères conduite par la chanteuse Yael Deckelbaum

Jean-Claude Guillebaud, a écrit un très beau papier paru dans Sud-Ouest pour attirer l’attention sur cette vidéo pleine d’espoir. En voici quelques extraits :

Tout le monde le dit depuis longtemps : les médias aiment tant les mauvaises nouvelles qu’ils oublient souvent de donner les bonnes. À un journaliste débutant, on expliquera qu’un train qui arrive à l’heure, ce n’est pas une « information ». En revanche, s’il déraille au prix d’une trentaine de morts, alors on en fera la une. Chacun convient, bien sûr, qu’il faut donner TOUTES les nouvelles, même mauvaises. Seules les dictatures aimeraient qu’on publie exclusivement les informations « positives ». Alors ?

Le soldat israélien Elor Azaria reconnu coupable d’homicide sur un Palestinien, le 4 janvier à Tel-Aviv (photo H. Levine / AFP)

Le soldat israélien Elor Azaria reconnu coupable d’homicide sur un Palestinien, le 4 janvier à Tel-Aviv (photo H. Levine / AFP)

Alors, il se trouve que cette semaine nous avons vécu une séquence exemplaire de ce dilemme. Cela concerne Israël. La presse européenne a beaucoup brodé sur deux « affaires » plutôt malodorantes. D’abord, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a été entendu deux fois par la police, qui le soupçonne d’avoir reçu des cadeaux suspects d’hommes d’affaires israéliens. Dans le même temps, la justice a condamné un soldat de Tsahal, le sergent Elor Azaria, pour avoir tiré une balle dans la tête d’un Palestinien gisant au sol et apparemment hors d’état de nuire après avoir attaqué au couteau des militaires israéliens à Hébron.

Les deux affaires sont indirectement liées, car Netanyahou, qui est proche de l’extrême droite, cherche à obtenir la grâce de ce sergent que les extrémistes juifs présentent déjà comme un héros. Beaucoup de commentateurs européens en conviennent : l’État Hébreu, qui est militairement plus fort que jamais, traverse une des plus graves crises morales de son histoire. Voilà pour les mauvaises nouvelles.

Or, cette même semaine s’est produit en Israël un événement qui, à mes yeux, aurait mérité la première place, surtout à la télévision : une initiative féminine propre à redonner espoir. Elle est le fait d’une association, les Mères pour la paix. En octobre dernier, elles avaient lancé la Marche de l’espoir. Or, un film montre les différentes phases de cette Marche de l’espoir. C’est ce film qui vient d’être diffusé et qu’on peut voir en ligne. Je l’ai visionné plusieurs fois avec la même émotion.

Leymah Gbowee, militante pacifiste libérienne, Prix Nobel de la Paix 2003

Leymah Gbowee, militante pacifiste libérienne, Prix Nobel de la Paix 2003

Dans cette vidéo joyeuse, déterminée, courageuse, on entend un message de Leymah Gbowee, une femme du Liberia qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2003 pour avoir contribué à la fin de l’atroce guerre civile dans ce pays. S’adressant à ces « mères pour la paix », elle les encourage à poursuivre la lutte. « La paix est possible, ajoute-t-elle, quand des femmes intègres et décidées se lèvent pour le futur de leurs enfants. »

Il faudra certainement encore beaucoup de manifestations de la sorte pour que la paix progresse dans cette région, mais ne boudons pas notre plaisir en voyant de telles images, et faisons-les circuler !

SJ

Insensé : Amazon expérimente les supermarchés sans caissière !

22 décembre 2016

Depuis plusieurs années, nous constatons que la plupart des enseignes de la grande distribution, Auchan, Carrefour, Leroy-Merlin, Alinéa pour ne citer que celles qui sont proches de Carnoux, devancées en cela par les gérants des réseaux d’autoroute, substituent progressivement aux caisses de paiement traditionnelles des appareils d’enregistrement automatiques individuels portables réservés aux adhérents ou des caisses équipées de scanners.

Un nouveau pas vient d’être franchi à Seattle aux États-Unis avec la création d’un magasin du géant de la distribution en ligne Amazon qui expérimente un nouveau concept de commerce dépourvu de caisse. Sur son site internet, Amazon affirme tester un magasin physique d’environ 170 m2, où il propose des produits alimentaires de base (pain, lait, fromages, chocolats) ainsi que des plats à emporter.

Amazon : Go, l'enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Amazon : Go, l’enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Accessible pour l’instant aux seuls employés du groupe, le magasin dénommé « Go » promet aux consommateurs qu’ils n’auront « jamais à y faire la queue » : après avoir utilisé l’application mobile du groupe pour rentrer dans le magasin, ils pourront remplir leur caddie comme dans n’importe quel supermarché, puis partir sans avoir à passer à la caisse.

Cela fonctionne grâce à des technologies d’intelligence artificielle intégrées à des smartphones qui « détectent automatiquement quand les produits sont pris ou remis dans les rayons, et en gardent la trace dans un panier virtuel. Quand vous avez fini vos courses, vous pouvez simplement quitter le magasin. Peu après, nous facturerons votre compte Amazon et vous enverrons un reçu », détaille le distributeur.

Comme le pointe la journaliste Sharon Gaudin du Monde à propos de cette initiative : « Le prix à payer d’une société technologique est-il celui de la déshumanisation ? ». Pour l’analyste Patrick Moorhead, « le paiement automatique en sortie est une caractéristique du magasin du futur. Il s’agit de la façon ultime d’utiliser la technologie dans la vente. La limite d’un tel dispositif réside néanmoins dans la capacité du système à facturer sans erreur le client, ce qui se présente comme le plus grand challenge ». Après tout, les humains ne sont pas les seuls à faire des erreurs, lesquelles sont d’ailleurs intégrées par une pondération des prix (à la hausse bien sûr, rassurez-vous !).

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les arguments qui sous-tendent cette démarche ? Ce sont d’abord ceux du gain de temps pour le consommateur et de la disparition des sources de contrariété : attente en caisse, problèmes de paiement avec une carte de crédit qui ne fonctionne pas, automate récalcitrant… mais les opérateurs oublient aussi de citer la fidélisation des clients, l’enregistrement d’habitudes d’achat et, ce qui est encore plus préoccupant, la suppression de postes d’employés.

C’est cette dernière conséquence sur la quelle nous souhaitons insister non sans avoir auparavant souligné un paradoxe. De quoi s’agit-il ? Ceux qui se sont rendus dans un supermarché aux USA ont généralement constaté et apprécié la présence en bout de caisse d’une personne (étudiant, retraité ou autre) qui range méticuleusement vos achats dans vos cabas ou dans de grands sacs en papier.

Ce service supplémentaire dont le coût est intégré au prix des produits contribue à l’humanisation d’un espace de commerce déserté de longue date par les responsables de secteurs et où l’on ne rencontre que les personnes en charge de l’achalandage des rayons. Ce travail qui relève des « petits boulots » offre à une population socialement très modeste un petit revenu ou un complément de revenu qui permet de mieux subsister.

Self-scanning chez Auchan

Self-scanning chez Auchan

Avec la disparition des caisses, sonne aussi la fin de ces emplois d’aide aux personnes (aide au chargement de produits encombrants ou lourds dans le véhicule). Même si l’on vante pour les clients les gains de temps, ce qui apparaît le plus préjudiciable socialement c’est la disparition des hôtes et très majoritairement des hôtesses de caisse. Déjà avec le « scanning », le client devient caissier, parfois aidé par quelques employé(e)s dédié(s)s à cette mission ou au contrôle des achats.

Que va-t-il advenir de ces milliers d’agents de caisse si le système expérimenté par Amazon s’étend ? Et d’abord, qui sont ces agents ? Pour la plupart en France ce sont des femmes (entre 60 % et 80 %) dont la situation professionnelle a fait l’objet du film Discount sorti en janvier 2015.blog371_phaffichediscount

Comme le décrit la journaliste Sandra Lorenzo dans le Huffington Post : « La caissière est une femme que les sociologues, comme Sophie Bernard, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Dauphine et auteure de « Être caissière », comparent souvent à un ouvrier spécialisé, « l’OS du tertiaire », avance-t-elle. Autrement dit, un employé sans qualification et sans formation spécifique comme cet ouvrier, symbole de l’ère industrielle « dont on exige seulement qu’il suive le rythme de la machine qu’il sert « selon la définition d’Alternatives Economiques. Leur machine à elles, c’est la caisse.

Les horaires flexibles sont aussi un des traits caractéristiques de ce métier. « Les caissières sont souvent embauchées en CDI mais avec un temps partiel imposé », explique Sophie Bernard. Les ressources humaines du supermarché s’adaptent aux rythmes des clients et privilégient donc le temps partiel pour coller au mieux aux besoins du magasin, ainsi leur emploi du temps varie souvent d’une semaine sur l’autre sans beaucoup de visibilité. « Payées au SMIC horaire, elles ont la possibilité de faire des heures complémentaires si l’affluence de clients le justifie. Peu d’entre elles le refusent, elles en ont besoin financièrement et cela peut-être un gage de leur motivation dans l’espoir un jour de décrocher un temps plein. »

blog371_phcaissierOutre le fait qu’elles travaillent avec une machine et qu’elles travaillent en horaires décalés, « la répétitivité des gestes, la soumission à des cadences » rappellent aussi le quotidien des ouvriers, souligne encore Sophie Bernard. A une différence près, et elle est de taille, « les caissières le revendiquent, elles ne travaillent pas en usine, elles sont en contact direct avec les clients et ne peuvent donc pas être remplacées par des machines », ajoute-t-elle. Mais cette dernière affirmation est-elle pérenne ?

La sociologue, Marlène Benquet, auteure de « Encaisser! Enquête en immersion dans la grande distribution » et d’un récit sur une grève dans un hypermarché marseillais intitulé « Les damnées de la caisse » a cherché à comprendre pourquoi. Les caissières sont au « carrefour du triple mouvement de féminisation, tertiairisation et précarisation du salariat » écrit-elle. Dans les années 1970, être caissière devient une activité professionnelle principale (et non plus d’appoint pour le ménage) et dans le même temps, l’activité se précarise à cause de « l’extension du travail à temps partiel », ainsi que le résume Jean-Michel Denis sur la plateforme Cairn.blog371_phlivreencaisser

Cette précarisation n’explique pas tout. Marlène Benquet montre qu’il s’agit aussi d’une profession placée « sous contrôle » aussi bien de sa hiérarchie que des clients et des autres caissières elles-mêmes. Un phénomène accentué par l’arrivée des caisses automatiques. Sophie Bernard a étudié ce phénomène. « La temporalité a complètement changé, analyse-t-elle, aujourd’hui une caissière peut être en charge d’une petite dizaine de caisses à la fois avec très peu de moment de pause comme c’était le cas entre chaque client à une caisse traditionnelle. Elles doivent avoir une attention permanente pour s’assurer que les clients n’ont pas de problème et qu’ils ne volent pas ».

La question qui se pose est bien sûr celle de l’emploi de personnes peu ou pas qualifiées. Même si en amont, la conception et la réalisation de nouvelles caisses automatiques ou de dispositifs numériques se substituant aux caisses requièrent de faire appel à plus de techniciens et d’ingénieurs, leur nombre ne saurait compenser le déficit d’emploi d’hôtesses de caisse.

blog371_phcaissiereauchanC’est donc bien un choix économique et social qui prévaut dont les premières victimes seront encore une fois les personnes les plus faiblement qualifiées qui viendront alors grossir le nombre des personnes en recherche d’emploi…. s’il en existe encore quelques-uns d’accessibles ! Moins de personnel cela signifie pour les groupes de la grande distribution moins de gestion des ressources humaines (les machines travaillent à toute heure et ne font pas grève), moins de charges sociales à payer et une accélération du flux de client et donc des rentrées financières.

Alors, réfléchissons bien lorsque nous faisons nos courses : Est-ce que pour le consommateur le gain de temps aux caisses est plus important que la suppression de postes de travail pour des personnels qui contribuent à humaniser un service et à créer de la richesse solidaire par le biais des charges sociales liées à leurs emplois ?

Maroiller

Pic de pollution : enfin une prise de conscience ?

10 décembre 2016

Les conditions météorologiques anticycloniques qui depuis plusieurs jours bloquent au niveau du sol de nos villes les polluants émis par les différentes activités humaines, ont au moins le mérite d’attirer l’attention sur un phénomène chronique de pollution qui nous empoisonne à petites doses. Sans atteindre les niveaux de pollution records que subissent certaines métropoles asiatiques, la situation en France n’est pas des plus rassurantes et les pics de pollution permettent de faire resurgir périodiquement un sujet que chacun s’évertue à glisser discrètement sous le tapis.

Pic de pollution sur Paris (photo M. Astar / SIPA)

Pic de pollution sur Paris (photo M. Astar / SIPA)

Rappelons que, selon un rapport publié par le Sénat en juillet 2016, le coût de la pollution de l’air en France est évalué à plus de 100 milliards d’euros par an ! Soit le montant total que le candidat de la Droite François Fillon prétend faire économiser en 5 ans au budget de la Nation en s’attaquant à la réduction des dépenses publiques en en supprimant des postes de fonctionnaires…

Peut-être que quelqu’un devrait lui souffler qu’il y a d’autres urgences et d’autres priorités auxquelles s’attaquer qui permettraient au pays d’économiser bien davantage tout en améliorant le bien-être des Français ? La pollution de l’air par les particules fines tue chaque année 48 000 personnes en France, soit autant que l’alcool, selon un rapport de Santé publique France publié en juin 2016, sans compter tous ceux qui souffrent d’asthme chronique ou d’insuffisance respiratoire. N’oublions-pas d’ailleurs que, bien plus que les pics de pollution, c’est la pollution chronique de tous les jours qui, par son accumulation, est à l’origine de la plupart de ces décès prématurés.

blog367_phvoituresOn a beaucoup parlé de la mise en place de la circulation alternée cette semaine à Paris et en proche banlieue, comme cela se pratique depuis 1988 à Mexico ou depuis 2008 à Pékin notamment. Mais de nombreux autres agglomérations françaises ont été confrontées au même problème, y compris certains territoires pourtant urbanisés mais soumis à des activités industrielles polluantes et à des conditions topographiques défavorables, comme c’est le cas dans la vallée de l’Arve en Haute-Savoie par exemple.

Les causes de ces émissions polluantes sont parfaitement connues, liées en partie à certaines activités économiques, dont les rejets industriels et les épandages agricoles, mais principalement au chauffage urbain et surtout au trafic routier. De ce point de vue, la mise en place prochaine des certificats de qualité de l’air des véhicules « Crit’Air » permettra peut-être d’améliorer la lutte contre la pollution de l’air. Elle devrait en particulier conduire la ville de Paris à bannir progressivement les voitures et deux-roues polluants, et à prolonger son action très volontaire sur le sujet, avec notamment l’interdiction des véhicules diesel polluants annoncée en juillet dernier.

Plus largement, comme l’indique La Gazette des Communes, ce sont les territoires couverts par un plan de protection de l’atmosphère (PPA) qui pourront mettre en place des zones de restriction de circulation en s’appuyant sur ces certificats. La métropole de Grenoble qui poursuit également une politique très volontariste en la matière, devrait s’en emparer après avoir déjà réduit la vitesse maximale en ville à 30 km/h depuis le 1er janvier 2016.

Mais ces politiques restrictives quant à l’usage en ville des véhicules les plus polluants ne sont efficaces et acceptées que si l’on développe en parallèle des programmes ambitieux de développement des modes doux de déplacement urbain et des transports publics performants. De ce point de vue, l’aire urbaine marseillaise, l’une de celle où l’air est de loin le plus pollué, a accumulé un très grand retard depuis des années.

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Depuis que la métropole est enfin en place, les choses commencent doucement à avancer mais le chemin est encore long ! Après 6 mois de débat interne, la métropole Aix-Marseille-Provence vient en effet tout juste d’accoucher de son « agenda de la mobilité » qui sera soumis au vote des élus le 15 décembre 2016 mais qui a déjà été présenté en avant-première au ministre des transports Alain Vidalies le 29 novembre dernier par Jean-Claude Gaudin et le vice-président de la Métropole en charge des transports, Jean-Pierre Serrus, par ailleurs maire de La Roque-d’Anthéron, avant même d’être présenté aux élus locaux le 2 décembre.

L’objectif affiché dans ce plan est ambitieux puisqu’il s’agit d’ici 2025 ni plus ni moins que de « doubler l’usage des transports en commun d’échelle métropolitaine et augmenter de 50 % celui des transports locaux ». Pour cela, l’accent est mis sur la constitution d’un réseau principal de lignes métropolitaines : dix par autocar (merci Macron!), trois par train et une via le tram-train ainsi qu’un téléphérique pour relier le Vieux-Port à Notre-Dame de La Garde, avec en parallèle la constitution de nouveaux pôles d’échange et l’aménagement de voies dédiées le long des grands axes, ce qui nécessitera d’importants travaux d’infrastructures dont le coût a été évalué à 3,45 milliards d’euros d’ici 2025 et 9,8 milliards d’ici 2035 en intégrant la gare souterraine de Saint-Charles et la nouvelle ligne ferroviaire PACA.

Le futur réseau structurant de la métropole marseillaise

Le futur réseau structurant de la métropole marseillaise

Dans l’immédiat, l’agenda met aussi l’accent sur les mesures de simplification et de mise en cohérence de la tarification et de la billetique, ce qui ne sera pas un luxe dans un paysage pour l’instant très éclaté où l’usager se perd totalement. Le calendrier prévoit d’ailleurs que la première étape du projet consiste à trouver un nom au futur réseau de transport métropolitain, une étape cruciale qui devrait susciter d’âpres débats…

Calendrier du futur Agenda de la mobilités

Calendrier du futur Agenda de la mobilités

Reste bien entendu à financer un plan d’une telle ampleur, sachant que la Métropole, totalement engluée dans les nombreux projets déjà engagés que lui ont légués de force lors de sa création les intercommunalités du périmètre, est bien incapable d’investir dans ce domaine plus d’une centaine de millions d’euros par an, alors qu’il en faudrait trois fois plus pour mettre en œuvre cet agenda. Sans compter que la Métropole ne dispose évidemment pas des ressources humaines nécessaires pour suivre la conception et la réalisation d’un tel programme d’investissement. Comme d’habitude, les collectivités locales comptent donc sur l’État pour les accompagner dans cette voie, avec la mise en place d’une structure dédiée, sur le modèle de la Société du Grand Paris, chargée de la maîtrise d’ouvrage de l’extension du réseau de transports publics dans la métropole parisienne.

Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports

Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports

Sauf qu’à la différence des élus parisiens, leurs homologues marseillais n’ont pas la moindre intention de passer par la phase préalable du débat public pour consulter sur le projet pour lequel ils se sont laborieusement mis d’accord. Pas question en effet de perdre du temps en consultant les usagers comme l’exprime crûment l’élu en charge du dossier, Jean-Pierre Serrus, qui balaye l’argument d’un revers de main : « nous avons, nous les élus, la légitimité du suffrage universel pour pouvoir prendre en main dès la première année de la construction métropolitaine ce sujet qui empoisonne la vie des habitants : on assume ».

Voilà au moins qui a le mérite de la clarté et qui devrait redonner espoir aux habitants de l’aire métropolitaine coincés matin et soir dans les embouteillages ou attendant désespérément un train ou un bus retardé ou annulé : leurs élus, même s’ils n’ont jusqu’à présent pas fait grand-chose pour améliorer la situation, savent parfaitement ce qu’il convient de faire pour y remédier dans les moindres délais. Nous voilà complètement rassurés !

L.V.  lutinvert1small

Enfin débarrassés de Sarkozy !

23 novembre 2016

C’est la bonne nouvelle de ce premier tour des primaires de la droite : Nicolas Sarkozy, l’éternel revenant dont les Français à leur large majorité croyaient s’être débarrassés en mai 2012, ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Pour la modique somme de 2 €, plus de 4 millions de Français sympathisant de la droite, ont donc exprimé, ce dimanche 20 novembre, un très net rejet de celui qui fut président de la République de 2007 à 2012.

blog361_dessincourseAvec à peine plus de 20 % des suffrages recueillis, c’est un véritable camouflet qui lui a été infligé, à lui qui affirmait avoir totalement changé et qui rêvait de reconquérir le pouvoir suprême pour se mettre ainsi définitivement à l’abri des multiples affaires judiciaires qui lui collent à la peau et pour lesquels il devrait comparaître bientôt devant la Justice. Après avoir freiné tant qu’il a pu, à coup d’arguties abracadabrantesques, le cours des investigations judiciaires, il va bien devoir désormais répondre enfin devant les juges des multiples accusations dont il est redevable.

Ses adieux à la vie politique, comme les précédents en 2012, ont été empreints de dignité, mais son ralliement à son ancien « collaborateur » et ex-premier ministre, François Fillon n’est peut-être pas dénué de tout calcul politique… Sa longue carrière politique lui a au moins appris à ne jamais insulter l’avenir.

blog361_dessinkarcherFrançois Fillon en tout cas semble bien parti pour emporter dimanche prochain le second tour de ces primaires de la droite et il pourrait bien gagner dans la foulée les élections présidentielles le 7 mai 2017, au vu de l’état de dispersion dans lequel la gauche aborde cette échéance.

Avec un peu plus de 44 % des suffrages exprimés, cet apparatchik de la droite la plus réactionnaire, adepte d’un libéralisme économique thatchérien totalement débridé, qui n’a jamais exercé d’autre métier que celui d’homme politique, crée la surprise de cette élection, reléguant loin derrière lui le maire de Bordeaux Alain Juppé. Rien n’est encore joué mais les derniers sondages annoncent déjà une victoire éclatante de François Fillon à l’issue du second tour de ces primaires, le 27 novembre prochain.

François Fillon, grand vainqueur des primaires de la droite (photo C. Platiau / Reuters)

François Fillon, grand vainqueur des primaires de la droite (photo C. Platiau / Reuters)

Dans notre région où tous les ténors de la droite soutenaient le candidat Sarkozy, le choc a été un peu rude, mais après tout, la différence de programme entre lui et son ancien premier ministre est tellement ténue que personne ne verra la différence… Même notre député, Bernard Deflesselles, qui pourtant soutenait ardemment son ami Jean-François Copé, n’hésitera pas une seconde à se rallier à celui qui fut jadis le rival malheureux de ce dernier à la tête de l’ex-UMP (pour cause de fraude électorale massive, rappelons-le au passage).

Le maire de Meaux ressort en tout cas complètement essoré de ces primaires où il n’a recueilli qu’un peu plus de 12 000 voix à l’échelle nationale, soit 0,3 % des suffrages exprimés (et à peine davantage que les bulletins nuls !). Une sacrée claque et qui n’est certainement pas due qu’à sa seule méconnaissance du prix des viennoiseries…

blog361_dessinprimairesL’ancien ministre de l’agriculture Bruno Le Maire, supposé incarner le renouveau de la droite dans ces élections, est lui aussi tombé de l’armoire en découvrant son score étriqué de 2,4 %, derrière sa rivale Nathalie Kosciusko-Morizet, ce qu’il n’aurait sans doute jamais imaginé, même dans ses pires cauchemars… Malgré son discours ultra nationaliste, il n’aura sans doute pas été jugé assez conservateur pour l’électorat de droite, ou peut-être tout simplement pas assez crédible au vu de ses multiples approximations ?

Sur Carnoux, comme sur l’ensemble de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, largement acquise à la droite, les électeurs se sont déplacés en masse pour ces primaires, faisant une nouvelle fois mentir nos élus locaux qui partent du principe que les Français ne s’intéressent pas à la politique. François Fillon est arrivé largement en tête, comme presque partout ailleurs, avec 43 % des suffrages sur Carnoux : un satisfecit pour le maire qui, faisant fi de sa prudence habituelle, s’était clairement déclaré en sa faveur il y a peu, dans un grand quotidien national.

Nicolas Sarkozy y résiste mieux que dans d’autres régions, avec plus de 35 % des voix sur Carnoux alors qu’Alain Juppé recueille à peine plus de 15 % des suffrages. Quant au pauvre Copé, le champion de Bernard Deflesselles, il ne récolte que 0,25 % des voix à Carnoux et 0,28 % sur l’ensemble de la circonscription, encore moins qu’au niveau national ! Il faudrait décidément que quelqu’un se dévoue pour souffler à notre député que son sens politique commence à être quelque peu émoussé après une aussi longue carrière et qu’il serait peut-être temps pour lui de passer à autre chose !

L.V.  lutinvert1small

Un « branleur » à la tête de la région PACA ?

6 novembre 2016

Chacun sans doute se souvient que c’est Nicolas Sarkozy en personne, alors à la tête du parti qui ne s’appelait pas encore Les Républicains, qui avait demandé en avril 2015 à Christian Estrosi, ancien pilote motocycliste devenu député-maire de Nice et (éphémère) ministre de l’Industrie, de conduire la liste UMP aux élections régionales. Une élection remportée haut la main après que son adversaire malheureux de gauche, Christophe Castaner, ait préféré jeter l’éponge entre les deux tours pour ne pas laisser le Front National en position de gouverner la Région.

Depuis, le nouveau président de la Région PACA a largement oublié qu’il avait été élu avec de nombreuses voix de gauche et s’est surtout distingué par ses invectives contre le gouvernement (et la SNCF), et sa surenchère permanente sur le terrain sécuritaire. On le croyait en tout cas toujours très proche de Nicolas Sarkozy dont il soutient ouvertement la candidature aux primaires de la Droite (inutile désormais de rajouter « et du Centre », puisque ce courant de la Droite n’est même pas représenté parmi les candidats et considéré avec beaucoup de suspicion par plusieurs d’entre eux…).

Nicolas Sarkozy en extase lors de son meeting de campagne à Marseille (photo O. Monge / MYOP pour Libération)

Nicolas Sarkozy en extase lors de son meeting de campagne à Marseille (photo O. Monge / MYOP pour Libération)

Et pourtant, Christian Estrosi était curieusement absent lors du grand raout qui a rassemblé plus de 3000 personnes dans la salle Vallier à Marseille, le 27 octobre dernier, pour soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy. Un meeting qui se tenait à la même heure que celui du candidat Alain Juppé, lequel avait préféré se délocaliser à La Garde, près de Toulon, d’où il se permettait de se gausser de la propreté des rues marseillaises en énonçant finement : « Quand un Bordelais se plaint de la saleté, je lui dis d’aller voir à Marseille ». Une analyse qui lui a valu une réplique de Cacou formulée avec tout autant de finesse et d’ouverture d’esprit par un Renaud Muselier en pleine forme : « On ne nous critique pas nous les Marseillais. On nous aime ou on s’en va ». Décidément la campagne présidentielle est bien lancée et on voit que le niveau du débat est particulièrement élevé…

Plus de 3000 participants selon E. Ciotti…

Plus de 3000 participants selon E. Ciotti…

En tout cas, pour soutenir le candidat Sarkozy à Marseille, tous les ténors de la Droite locale, de Jean-Claude Gaudin à Renaud Muselier en passant par Eric Ciotti et Maryse Joissains étaient bien présents, « entre amis » comme l’a lourdement souligné le maire de Marseille, tous, mais pas le président de la Région PACA…

Le candidat Sarkozy s’en est lui-même ému, quelques minutes avant d’entrer en scène, interrogeant à la ronde, avec sa discrétion légendaire et son phrasé distingué qui le caractérisent : « il est où, Estrosi ? ». C’est le Canard enchaîné qui rapporte la scène, largement reprise par de nombreux médias (sauf curieusement La Provence, on se demande bien pourquoi…).

Et pendant ce temps là, Christian Estrosi se baigne...

Et pendant ce temps là, Christian Estrosi se baigne…

Face au silence gêné qui l’entoure, l’ex Chef de l’État répète sa question : « il est où ? Il vient pas ? ». Un des organisateurs du meeting finit par se dévouer et lui répond : « Non, il a pris quelques jours ». « Il est malade ? » interroge Nicolas Sarkozy. « Non, il est fatigué ». « Moi aussi, je suis fatigué » lâche le candidat en campagne. Alors, son interlocuteur, de guerre lasse, finit par lâcher le morceau : « Il a pris quelques jours à l’ïle Maurice », ce qui déclenche de la part du patron des Républicains cette réplique cinglante : « A l’ïle Maurice ! Quel branleur ! ».

Espérons en tout cas que Christian Estrosi aura bien profité de ses vacances. Toujours est-il qu’il ne devrait pas craindre le choc thermique au retour de l’Océan Indien, car le voila habillé pour l’hiver…

L.V.  LutinVert1Small

Chinoiseries en verre et contre tous

1 octobre 2016

En Chine, on n’a pas l’habitude de faire les choses à moitié. Quand il a fallu préparer les Jeux olympiques de Pékin, plus de 6 000 familles ont été délogées entre 2002 et 2007, selon les chiffres officiels, pour faire place nette aux nouvelles infrastructures à construire. Et gare aux récalcitrants : une avocate de 47 ans, Ni Yulan, avait ainsi écopé de 2 ans de prison en 2008 pour « obstruction à l’ordre publique » après qu’elle ait tenté de s’opposer à la destruction de sa maison par un promoteur immobilier. Lors de son interpellation, elle avait été frappée à la tête par un ouvrier qui lui avait asséné un violent coup de brique mais les autorités l’avaient accusée d’avoir elle-même agressé l’équipe chargée de la démolition de son logement.

Maison traditionnelle à Pékin destinée à être démolie (http://chine.blog.lemonde.fr/2006/12/04/le-nouveau-vieux-pekin/)

Maison traditionnelle à Pékin destinée à être démolie (http://chine.blog.lemonde.fr/2006/12/04/le-nouveau-vieux-pekin/)

A Pékin, l’extension progressive de la ville s’est d’abord traduite par l’expulsion de près d’un million de paysans installés en proche périphérie, mais désormais ce sont les quartiers historiques du centre ville qui sont rasés les uns après les autres pour céder la place aux tours de bureaux, hôtels de luxe et immeubles de standing, et tant pis pour ceux qui y logent.

Lorsqu’il s’agit de détourner ou de barrer le lit des fleuves, les Chinois n’y vont pas non plus avec le dos de la cuillère. Ainsi, pour la construction du gigantesque barrage des Trois-Gorges sur le Yangsi Jiang, ce sont pas moins de 1,4 millions d’habitants qui ont été déplacés et environ mille villes et villages qui ont été rayés de la carte pour laisser la place à cet ouvrage titanesque dont la capacité de stockage est évaluée à 39 milliards de m³, soit près de 3000 fois celle du barrage de Serre-Ponçon !

Le barrage des Trois-Gorges en Chine (CHINA OUT  GETTY OUT / AFP)

Le barrage des Trois-Gorges en Chine (CHINA OUT GETTY OUT / AFP)

Tronçon de la Grande Muraille bétonné (photo ATR/AFP)

Tronçon de la Grande Muraille bétonné (photo ATR/AFP)

En Chine désormais, on ne recule devant rien. On a ainsi appris récemment qu’un tronçon de la Grande Muraille de Chine, un des plus beaux datés du XIVème siècle et classé au Patrimoine mondial de l’humanité, avait été purement et simplement recouvert de béton sur 8 km en 2014 ! Le bureau des Reliques culturelles du comté de Suizhong où se situe la portion concernée affirme qu’il a reçu pour cela l’approbation de l’administration chinoise du Patrimoine culturel, tout en concédant que le résultat final est « fort laid ». C’est le moins qu’on puisse dire en effet…

Le pont de verre de Zhangjiajie (photo F. Dufour / AFP)

Le pont de verre de Zhangjiajie (photo F. Dufour / AFP)

Rien de tel en revanche pour une autre réalisation architecturale chinoise qui a fait récemment le buzz et qui montre que l’Empire du Milieu peut aussi se risquer à une certaine transparence. Il s’agit en effet du plus long pont de verre du monde, conçu par l’architecte israélien Haim Dotan et inauguré le 20 août 2016, une immense passerelle piétonnière de 430 m de longueur qui enjambe des gorges spectaculaires dans les montagnes de Zhangjiajie au centre de la Chine. Culminant à 300 m de hauteur, cette passerelle est supposée pouvoir accueillir simultanément 800 personnes malgré son tablier en verre.

Passerelle en verre accrochée au mont Tianmen

Passerelle en verre accrochée au mont Tianmen

Pour éprouver sa solidité, les premiers visiteurs étaient d’ailleurs invités à tenter de briser les plaques de verre à grands coups de masse, attestant ainsi au monde entier que les Chinois n’ont vraiment pas froid aux yeux !

Ces ponts de verre font partie des réalisations spectaculaires dont les Chinois raffolent. Une autre passerelle en verre de 100 m de longueur, accrochée en surplomb d’une falaise à plus de 300 m au dessus du vide a aussi été ouverte aux visiteurs en août 2016, dans les monts Tianmen, au sud-est de la Chine.

Le pont de verre de Shiniuzhai

Le pont de verre de Shiniuzhai

Une autre passerelle en verre, également chinoise et inaugurée en septembre 2015, détenait déjà le précédent record de la plus longue du monde avec 300 m de long et 180 m de hauteur. Implantée entre deux pics dans le parc géologique de Shiniuzhai, situé dans la province du Hunan, elle remplace un ancien pont de bois mais sa traversée exige le port de chaussures de protection spéciale, ce qui laisse penser que ses concepteurs ont davantage de doute sur sa résistance au piétinement : pas très rassurant…

En matière de structures en verre, les Chinois viennent encore de frapper un grand coup, ne reculant devant rien pour exposer aux yeux du monde entier la suprématie écrasante de leur technologie. C’est en effet encore dans ce pays que vient d’être mis en service le plus gros téléscope du monde, le « Five-hundred-meter Aperture Spherical Telescope », FAST pour les intimes. Construit en un peu plus de 5 ans seulement, il est destiné tout simplement à rechercher dans l’espace des signes de vie extraterrestre.

Téléscope FAST de Tianyan

Téléscope FAST de Tianyan

Ses 500 m de diamètre surpassent très sensiblement la taille du plus gros téléscope en service à ce jour, celui de l’Observatoire Arecibo à Puerto Rico, dont le diamètre ne dépasse pas 300 m. Baptisé modestement Tianyan, « l’oeil du paradis », il est constitué de pas moins de 4 450 panneaux réflechissants et sa construction a coûté la bagatelle de 180 millions de dollars. Pour pouvoir capter en toute sérénité le moindre signal en provenance de l’univers, il importe naturellement que l’installation bénéfice d’un silance radio absolu sur au moins 5 km à la ronde. Pour cela, là encore, les Chinois n’ont pas lésiné, n’hésitant pas à expulser de la zone plus de 8 000 habitant répartis dans 8 villages malencontrusement situés un peu trop près de l’oeil du Paradis : pas de chance vraiment…

L.V.  LutinVert1Small

Paul Bismuth : le retour du vengeur masqué…

31 août 2016

La réalité dépasse parfois la fiction. On n’avait jamais vu une histoire aussi rocambolesque depuis le scandale du Watergate qui avait finalement acculé le président américain Richard Nixon à la démission, à l’issue d’un festival de tricheries et de mensonges ! Pendant plusieurs semaines début 2014, l’ancien Président de la République Nicolas Sarkosy et son avocat Philippe Herzog avaient été placés sur écoute, sur requête du juge d’instruction en charge de l’enquête sur un éventuel financement illicite, par le dictateur libyen Muammar al-Kadhafi, de la campagne présidentielle du RPR en 2007. Ce financement n’a pas pu être prouvé à ce jour malgré les témoignages accablants de certains anciens hauts dignitaires du régime libyen, le principal intéressé ayant été purement et simplement assassiné avec l’aide des forces armées françaises lors de leur intervention musclée dans ce pays en 2011, sur ordre du même Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy et son ex avocat Thierry Herzog (montage MaxPPP)

Nicolas Sarkozy et son ex avocat Thierry Herzog (montage MaxPPP)

Mais l’ancien Président, manifestement averti de ce risque d’écoute judiciaire, s’est comporté dans cette affaire comme un vulgaire voyou en s’offrant un autre portable sous le faux nom de Paul Bismuth pour continuer à communiquer en toute discrétion avec son avocat, tandis que les deux compères se moquaient allègrement des enquêteurs en feignant de tenir, sur leur portable habituel, de pseudos conversations officielles. La ficelle était un peu grosse et le délinquant a été vite démasqué, d’autant que les écoutes en question ont permis de lever un nouveau lièvre qui risque de valoir à l’ancien Président et à son avocat le renvoi en correctionnelle pour corruption active et trafic d’influence, avec un risque d’inéligibilité à la clé, rien de moins !

Ces écoutes sont en effet accablantes puisqu’elles mettent en évidence, sans le moindre doute possible, les manigances des deux acolytes pour obtenir, de la part d’un haut magistrat de la Cour de cassation des informations confidentielles sur un autre dossier judiciaire en cours (encore un !), dans le cadre cette fois de l’affaire Bettencourt. En échange, Nicolas Sarkozy promettait tout simplement d’user de son influence pour obtenir à ce magistrat un poste prestigieux à Monaco.

Dessin de Jiho, publié dans Marianne

Dessin de Jiho, publié dans Marianne

C’est sur la foi de ces écoutes téléphoniques que l’ancien Président et son avocat avaient été logiquement mis en examen en juillet 2014 après une garde à vue plutôt inhabituelle pour un ancien chef d’Etat. Cela tombait assez mal pour Nicolas Sarkozy, déterminé à revenir en politique malgré ses affirmations énoncées devant les caméras du monde entier et la main sur le cœur, après sa défaite aux élections présidentielles de 2012 : « vous n’entendrez plus parler de moi… ». Il est vrai que l’homme affirme avoir changé comme il l’explique longuement dans le livre qu’il a publié en début d’année, suivi quelques mois plus tard d’un nouvel opus intitulé cette fois Tout pour la France. Son obsession semble maintenant être de revenir au premier plan de la scène politique française, manifestement plus pour satisfaire son ego personnel et se venger de ceux l’en ont évincé que pour mettre en oeuvre un véritable programme politique cohérent.

FRANCE-POLITICS-LR

Pas question du coup de baisser les bras. Depuis, l’avocat d’affaire Nicolas Sarkozy se débat comme un beau diable avec l’aide de nombreux ténors du Barreau qui ne brillent pas forcément par leur objectivité, pour faire croire que ces écoutes seraient illégales et le reflet de méthodes dignes de la Stasi, l’ancienne police politique d’Allemagne de l’Est, sous l’égide de magistrats retords, appelés affectueusement dans ses conversations enregistrées « ces bâtards de Bordeaux ».

Dessin de Placide (http://www.leplacide.com/)

Dessin de Placide (http://www.leplacide.com/)

Malheureusement, le 7 mai 2015, la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a validé l’essentiel de la procédure, estimant que les écoutes en question étaient parfaitement légales. Aussitôt, branle-bas dans le Landerneau sarkosyste qui dépose en toute urgence un recours devant la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire française. Pas de chance, celle-ci a confirmé le 22 mars 2016 l’analyse des magistrats instructeurs, ouvrant la voie à un prochain procès malgré les menaces du nouvel avocat de Sarkozy, Maître Patrice Spinosi, qui estime, avec un grand sens de la mesure, qu’une telle décision risquait d’entraîner la condamnation de la France devant la Cour européenne des droits de l’homme…

Dessin de Alain Goutal (http://goutal.over-blog.com/)

Dessin de Alain Goutal (http://goutal.over-blog.com/)

En attendant, le clan Sarkozy s’est dépêché d’introduire pas moins de quatre recours en nullité pour bloquer la procédure, le temps que son champion puisse tranquillement déclarer sa candidature pour la prochaine élection présidentielle. On savait déjà que les motivations des candidats à la magistrature suprême étaient diverses mais on avait rarement vu quelqu’un briguer aussi ouvertement à la fonction pour obtenir l’immunité judiciaire qui l’accompagne. Jacques Chirac et surtout Silvio Berlusconi, avec lequel Nicolas Sarkozy ne manque pas d’accointances, avaient certes déjà ouvert la voie, et avec succès, ce qui peut expliquer que l’ancien Président soit aussi confiant. Reste à savoir si les Français seront assez naïfs pour le suivre…

Dessin de Soulcié, publié dans Marianne

Dessin de Soulcié, publié dans Marianne

Qualifié par Marianne de « candidat à l’immunité présidentielle », Nicolas Sarkozy n’a en tout cas plus de souci à se faire, même s’il reste sous le coup de nombreuses autres affaires judiciaires, dont une accusation grave de  à la loi électorale, liée au financement de sa dernière campagne présidentielle en 2012. Comme l’a expliqué doctement Le Monde dans un article de mai 2016, il  a définitivement gagné sa course de lenteur contre les juges qui ont pourtant bouclé leur instruction depuis belle lurette mais qui, du fait de tous les recours déposés par ce justiciable hors norme, ne pourraient désormais le convoquer qu’au mieux en octobre prochain pour un procès qui ne pourrait pas se tenir avant début 2017 : totalement inenvisageable au vu du calendrier de la primaire et des prochaines échéances électorales ! L’insaisissable Sarkozy s’est bel et bien joué de la Justice de son pays, lui qui réclame depuis toujours une application implacable et sans délai de la loi pour tous les délinquants…

L.V.  LutinVert1Small

Les bergers de la mer veillent sur Marseille

28 août 2016

C’est un article de La Provence qui l’a signalé dans son édition du 25 août 2016. Un catamaran de l’association Sea Shepherd arpente depuis le 15 août la rade de Marseille dans le cadre de sa mission intitulée Mare nostrum, initiée en 2015, et qui consiste à traquer les filets fantômes, ces filets ancrés parfois jusqu’à 60 m de fond, perdus par les pêcheurs et dans lesquels des baleines ou des dauphins mais aussi bien d’autres espèces marines protégées peuvent se retrouver piégés, des décennies après qu’ils aient été abandonnés par leur propriétaire car le nylon résiste au temps…

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

L’an dernier, l’association avait déjà fait une halte dans le port de Marseille avant de se diriger vers la Riviera italienne au large de laquelle elle avait relevé pas moins de 4 km de filets fantômes qui hantaient la côte et décimaient les fonds marins. Sa présence cette année se veut aussi pédagogique pour attirer l’attention des Provençaux sur la véritable déchetterie que constitue les fonds marins côtiers marseillais. Dix plongeurs bénévoles sont à bord du catamaran de Sea Shepherd, qui se relaient pour inspecter les fonds marins au large de la métropole phocéenne pendant un mois avant de mettre le cap sur l’ïle de Lesbos en Grèce pour un coup de projecteur sur les nombreux déchets qui y encombrent le milieu marin.

Pas sûr que les berges de la mer soient vus d’un très bon œil par les pêcheurs professionnels marseillais toujours très jaloux de leurs prérogatives et qui n’aiment pas que l’on vienne inspecter de trop près leurs filets même abandonnés… Il faut dire que les militants écologistes de Sea Shepherd n’ont pas bonne presse auprès de la profession du fait de leur approche quelque peu « rentre dedans » !

L'activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

L’activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

La Sea Shepherd Conservation Society, dont le siège est basé aux États-Unis, se définit comme une organisation non gouvernementale internationale maritime vouée à la protection des créatures marines. Elle a été fondée officiellement en 1981 bien qu’active depuis 1977 et dirigée jusqu’en 2013 par Paul Watson, un militant écologiste canadien quelque peu radical qui enseigne par ailleurs l’éthique et l’écologie dans des universités californiennes. Cofondateur dans les années 1970 de ce qui allait devenir Greenpeace International, Watson s’est depuis méchamment brouillé avec cette dernière association qu’il qualifie avec mépris de « dames patronnesses de l’environnement »…

Le pavillon noir de l'organisation Sea Shepherd

Le pavillon noir de l’organisation Sea Shepherd

Il faut dire que le personnage de Paul Watson, que certains n’hésitent pas à qualifier d’éco-terroriste, n’est pas du genre à jouer les diplomates. Le pavillon de l’ONG rappelle d’ailleurs furieusement le drapeau pirate. Créé par l’artiste Geert Vons, le logo est composé d’une crosse de berger (shepherd signifiant « berger » en anglais) et du trident de Neptune, qui représente le côté interventionniste voire musclé de l’organisation. Le crâne représente la mort que les hommes infligent à la vie marine avec, sur son front, un dauphin et une baleine en forme de yin-yang symbolisant l’équilibre naturel des océans. Bref, des bergers des mers qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller…

Un journaliste du Guardian avait publié en 2004 un reportage repris par Courrier International qui relatait la participation du capitaine Watson à une campagne de Sea Shepherd à bord de l’Ocean Warrior en vue de protéger les baleines globicéphales de leurs prédateurs humains qui les attirent au large des iles Féroé pour les massacrer. Le dialogue avec les insulaires de ce territoire danois où la chasse à la baleine est considérée comme traditionnelle, s’avère un peu rude et le journaliste du Gardian finira d’ailleurs en prison comme plusieurs autres membres de l’équipage…

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Dès 1979, les équipes de Paul Watson s’étaient illustrées par leur activisme débridé sur la côte est du Canada, en aspergeant plus d’un millier de bébés phoques d’une peinture naturelle indélébile, qui enlève toute valeur commerciale à leur fourrure, les sauvant ainsi d’une mort atroce. Tous les membres du Sea Shepherd, le premier bateau de l’association, sont alors arrêtés et jetés en prison avant d’être relâchés dans l’attente d’un procès, le premier d’une longue série…

La même année, le Sea Shepherd se lance dans la traque d’un baleinier portugais, le Sierra, occupé à exterminer les dernières baleines à bosse dans la Mer des Caraïbes. Le baleinier est carrément éperonné à son retour dans les eaux portugaises et l’équipage du Sea Shepherd de nouveau emprisonné. L’affaire fait grand bruit et met en lumière l’activité contestable et illégale des baleiniers, mais un juge portugais corrompu ordonne la confiscation du Sea Shepherd. Paul Watson et son équipe décident finalement de saborder eux-même leur bateau avant qu’il ne soit démantelé par les autorités portugaises.

En février 1980, alors que le Sierra réparé s’apprête à repartir chasser la baleine, un petit commando de Sea Shepherd s’introduit nuitamment à son bord et le coule sans faire de victimes, mieux que ne le feront les services secrets français quelques années plus tard en s’attaquant au Rainbow Warrior dans le port d’Auckland…

En avril 1980, deux autres baleiniers sont coulés en Espagne par les activistes de Sea Shepherd qui font des émules puisque la marine sud africaine saisit et détruit à Durban deux baleiniers pirates appartenant toujours à la Sierra Trading Company, mettant ainsi fin aux opération de pêche illégale à la baleine dans l’Atlantique.

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

En 1986, c’est à coup de pudding au chocolat que l’équipage du Sea Shepherd II riposte aux tirs à balles réelles des pêcheurs au large des iles Féroé, le tout devant les caméras du monde entier. La même année, deux baleiniers islandais sont coulés dans le port de Reykjavik et une usine de transformation de la viande de baleine est sabotée, bloquant provisoirement les activités commerciales islandaises de chasse à la baleine. S’en suivront ensuite des années de lutte contre les thoniers qui massacrent également les dauphins pris dans leurs filets. En 1990, l’association s’attaque ainsi à une flotille de pêcheurs japonais dans le Pacifique nord et coule pas moins de 100 km de filets dérivants dont l’impact sur l’environnement marin est dévastateur et l’usage pourtant interdit par une résolution des Nations Unies.

Violents acrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l'Antarctique en 2013

Violents accrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l’Antarctique en 2013

Dans les années 2000, on assiste à de véritables combats navals entre les bateaux de Sea Shepherd et les flottes baleinières japonaises dans le Pacifique sud, les uns et les autres tentant de s’éperonner muuellement et de bloquer leurs hélices à l’aide de cordages dérivant. A plusieurs reprises, les gardes côtes japonais ouvrent le feu contre les équipes de Sea Shepherd et en 2010, un des bateaux de l’association est coulé par un baleinier japonais.

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

En Méditerranée, c’est surtout pour la protection du thon rouge que se mobilisent les équipes de Sea Shepherd. Ce poisson, qui peut descendre jusqu’à 1000 m de profondeur, est aussi l’un des animaux les plus rapide de la planète avec des pointes à 80 km/h. Il a pourtant été décimé par 20 ans de pêche industrielle largement subventionnée par l’Union européenne, jusqu’à la mise en place de quotas, fortement restreints en 2006, mais relevés dès 2014. En 2010, cinq plongeurs de Sea Shepherd ont ainsi pénétré à l’intérieur d’une cage remorquée par le thonier senneur libyen Cesare Rustico et ont libéré les 800 thons rouges retenus à l’intérieur, provoquant une violente réaction de la compagnie maltaise Fish & Fish Limited qui a obtenu en justice que l’association lui verse une indemnisation de 1,4 millions de dollars !

On comprend que dans un tel contexte l’association Sea Shepherd ne soit pas forcément la bienvenue lorsqu’elle débarque dans un port de pêche…

L.V. LutinVert1Small 

Marseille brûle t-il ?

14 août 2016

Il n’y a pas qu’en Californie que les feux de forêt menacent les zones habitées comme vient de le rappeler la série d’incendies spectaculaires qui se sont produits cette semaine aux portes de Marseille et qui rappellent l’alerte de juillet 2009 suite à l’incendie de Carpiagne. Mercredi 10 août, en fin d’après-midi, l’épais panache de fumée venu du nord recouvrait une bonne partie de la ville de Marseille, masquant le soleil pourtant encore haut dans le ciel et prenant des teintes orangées puis rosées du plus bel effet. Mais si les Marseillais pouvaient encore à ce stade observer les couleurs exceptionnelles de ce ciel chargé, plus au nord, sur le plateau de Vitrolles, c’était un véritable enfer.

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Attisé par un mistral soufflant à plus de 80 km/h, le feu qui s’était déclaré sur la commune de Rognac vers 15h30, s’est rapidement propagé vers le sud, ravageant une bonne partie des communes de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau. Paradoxalement, l’hiver et le printemps ayant été relativement pluvieux, la végétation était plutôt abondante mais avait été totalement desséchée ces dernières semaines tandis que les fortes chaleurs estivales se traduisaient par un air très sec, particulièrement favorable à l’inflammation des essences de pin.

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Il est probable que ces conditions climatiques n’expliquent pas à elles-seules le déclenchement de ces incendies, attribué soit à des imprudences soit à des actes de malveillance (comme en juillet dernier où 500 hectares avaient été ravagés par les flammes sur la Côte bleue, à l’initiative d’un pyromane par ailleurs employé de la métropole Aix-Marseille…), mais elles sont largement responsables de l’ampleur prise par la propagation du feu. Les témoignages des pompiers, largement relayés par les médias, faisaient état en fin de soirée d’une « situation hors de contrôle, un feu extrêmement puissant, rapide, explosif qui continue à brûler tout sur son passage, même des maisons ».

Pompiers combattant le feu sur Vitrolles

Des moyens d’intervention très importants avaient pourtant été mis en œuvre toute la journée pour faire face à ces incendies qui, outre le secteur de Vitrolles, s’étaient déclarés en plusieurs autres endroits proches. Dans l’Hérault, un violent incendie ravageait au même moment 200 hectares de pinède près du village de Gabian, à 20 kilomètres au nord de Béziers, mobilisant plus de 300 hommes. Circonscrit vers 20h, cet incendie a piégé quatre pompiers dont trois ont été brûlés grièvement.

A Fos-sur Mer d’autres foyers se sont rapprochés très dangereusement des installations pétrochimiques particulièrement vulnérables aux incendies. Après avoir menacé deux stations service qui ont dû être évacuées le long de la RN 568, les flammes se sont dangereusement rapprochées de la raffinerie Esso et des différents dépôts pétroliers classés en établissements Seveso, menaçant même le site d’Arcelor-Mittal et le pipeline Sud-Européen, tandis que le stock de bois destiné à la centrale thermique de Gardanne partait en fumée.. Il a fallu dans ce secteur industriel particulièrement sensible non seulement l’intervention des pompiers aidés de moyens aériens importants, mais aussi la mobilisation des équipes de sécurité interne, dans le cadre du déclenchement des procédures adaptées.

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

D’autres foyers d’incendie s’étaient déclarés dans la journée sur les communes de Martigues, de Port-Saint-Louis, de Coudoux (provoquant la coupure de l’autoroute A8 afin de permettre l’intervention des pompiers, au prix d’un bel embouteillage), et surtout à Istres où un départ de feu s’est déclenché vers 18h, se propageant rapidement vers des lotissements habités malgré l’intervention rapide d’une cinquantaine de pompiers et de moyens aériens conséquents. Près de 300 personnes ont dû être évacuées en urgence, dont les occupants d’un camping, et trois maisons ont été détruites par le feu ou sévèrement endommagées.

Mais le foyer le plus important auquel ont dû faire face les pompiers est celui du plateau de Vitrolles qui s’est propagé à grande vitesse sur près de 2 500 hectares, dans un secteur très urbanisé. La plupart des milliers d’habitants concernés ont pu être confinés chez eux mais plus de 2 000 d’entre eux ont néanmoins dû être évacués, dont plusieurs centaines hébergées pour la nuit dans des gymnases aménagés en urgence.

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

La progression des flammes a été spectaculaire, prenant de vitesse certains habitants, trois d’entre eux ayant été brûlés dont l’un assez grièvement. De l’ordre de 1 200 pompiers ont été mobilisés sur cet incendie hors norme et comme toujours en pareille situation, ils ont dû faire preuve de beaucoup de persuasion voire de fermeté pour évacuer certains habitants refusant d’abandonner leur maison menacée par les flammes, ou écarter de nombreux gêneurs irresponsables venus se rapprocher du front pour prendre des photos !

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Sur le plateau de l’Arbois, le feux s’est largement propagé en direction de la voie ferrée après avoir sauté la RD 9, puis la RD 113 et enfin l’autoroute du Litoral, bloquant même pendant un moment l’accès à la gare TGV d’Aix-en-Provence. A la tombée de la nuit, le feu était largement hors contrôle et se dirigeait à grande vitesse en direction des confins de l’agglomération marseillaise, obligeant le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, à déclencher le Plan communal de sauvegarde.

Hélicoptère bombardier d'eau au dessus de l'A7 (photo B. Horvat / AFP)

Hélicoptère bombardier d’eau au dessus de l’A7 (photo B. Horvat / AFP)

Heureusement, le feu a pu être stoppé avant qu’il n’atteigne les premières habitations de l’agglomération marseillaise, mais le bilan est néanmoins sévère. Les rebords sud du plateau de l’Arbois, sur les hauteurs de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau, véritable petit paradis de pinèdes entourant l’écrin de verdure par où jaillit la source de la Cadière au lieu-dit l’Infernet, a laissé place à un spectacle de désolation recouvert de cendres et de troncs calcinés. Sur Vitrolles, trois habitations ont été détruites et 17 endommagées. Un restaurant et un garage automobile ont été totalement détruits, tandis que le groupe scolaire des Pinchinades a été fortement endommagé à quelques semaines de la rentrée scolaire. Des centaines d’usagers ont été privés d’électricité suite à la combustion de nombreux poteaux électriques et une douzaine de véhicules ont été calcinés.

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Sur la commune des Pennes-Mirabeau, qui avait privilégié depuis des années la mise en place d’un habitat huppé parsemé dans la pinède, favorisant le mitage des espaces naturels, le sénateur-maire, Michel Amiel, déplorait dans une interview rapportée par Le Monde : « J’ai la moitié de ma commune qui brûle. C’est une catastrophe, je n’ai jamais vu cela ».

Maisons des Pennes-Mirabeau après l'incendie (photo B. Horvat / AFP)

Maisons des Pennes-Mirabeau après l’incendie (photo B. Horvat / AFP)

Ce proche de Jean-Noël Guérini, maire de la commune depuis plus de 15 ans et largement responsable à ce titre de l’extension des constructions dans les secteurs périphériques de la ville, regrette désormais que les obligations de débroussaillement qui incombent aux propriétaires n’aient pas été mises en œuvre avec un peu plus de vigilance…

Le même élu se plaignait pourtant en 2012, à l’occasion de la réalisation du Plan local d’urbanisme de sa commune, que les services de l’État aient la mauvaise grâce d’évoquer les risques naturels d’inondation et de feux de forêt pour tenter de limiter un tant soit peu sa volonté d’expansion urbaine. L’avenir dire si cette nouvelle catastrophe fera évoluer sa position sur le sujet ou s’il ne s’agit que de propos de circonstance vite oubliés au fur et à mesure que la mémoire s’estompe et que les affaires reprennent…

L.V.  LutinVert1Small

En Tchétchénie aussi, chacun cherche son chat…

26 juillet 2016

Le président tchétchène, l’aimable autocrate Ramzan Kadyrov, mondialement connu pour sa conception assez singulière des Droits de l’Homme et de la démocratie, a perdu son chat. Comme il n’a pas l’habitude de faire dans la discrétion, il en a aussitôt fait part à la Terre entière via son compte Instagram qu’il alimente de manière compulsive avec des photos et des videos le montrant aux côtés de dirigeants du monde entier (en fait surtout de Vladimir Poutine, son mentor, qu’il adore arborer en effigie sur son tee shirt), soulevant de la fonte dans une salle de sport, visitant des usines d’un autre âge ou attrapant à mains nues la gueule d’un crocodile.

Le président tchétchène, Ramzan Kadyrov

Le président tchétchène, Ramzan Kadyrov

Un compte qui serait suivi par près de 1,8 millions de followers ! Un véritable succès d’audience donc pour ce chef de guerre hors normes, à l’air patibulaire et parfois bizarrement accoutré, mais qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller. Ses principaux opposants et quelques défenseurs des Droits de l’Homme qui avaient la prétention de travailler en Tchétchénie en ont fait les frais et ont mystérieusement disparu, retrouvés pour certains proprement assasinés dans le coffre de leur voiture, sans que la Justice ne puisse élucider par quel mystère ils ont bien pu en arriver là…

Ramzan Kadyrov et Vladimir Poutine

Ramzan Kadyrov et Vladimir Poutine

Boris Nemtsov, qui avait cru pouvoir s’opposer à Vladimir Poutine et qui a été malencontreusement assassiné le 27 février 2015 près de la Place rouge, compterait aussi au nombre des victimes de l’excès de zèle du président tchétchène en exercice. Les principaux suspects dans cette affaire font d’ailleurs partie de la garde rapprochée de Ramzan Kadyrov, lequel avait promis en 2002 de tuer Boris Nemtsov qui lui reprochait sa participation active dans la guerre du Donbass. L’avocat de la famille Nemtsov tente de défendre la thèse selon laquelle le président tchétchène serait le commanditaire du crime : on espère pour lui qu’il prend les précautions nécessaires pour assurer sa propre sécurité !

Dans l’un de ses derniers articles publié le 11 septembre 2006, la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, dont on cherche toujours (bien que mollement) les commanditaires du crime, écrivait : « Qu’est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l’insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l’amabilité. En Tchétchénie, les kadyrovtsy frappent les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c’est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités comme des détails permettant de placer les Tchétchènes en faveur de la Russie ».

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov le 23 mars 2014 à Abu Ghosh (photo M. Kahana / AFP)

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov le 23 mars 2014 à Abu Ghosh (photo M. Kahana / AFP)

Car le président tchétchène fait en effet partie de ceux qui s’opposent aux fondamentalistes islamistes, d’où sa grande proximité avec le pouvoir russe. Son père, Akhmad Kadyrov, ancien grand mufti fut lui-même président de la république de Tchétchénie de 2003 jusqu’à son assassinat le 9 mai 2004. A cette date, son fils est naturellement nommé vice-Premier ministre de la République de Tchétchénie. A la tête des services de sécurité de la présidence, les fameux kadyrovtsy, une milice de 5000 hommes qui n’ont pas l’habitude de faire dans la dentelle, le jeune Ramzan s’engage alors dans une lutte pour le pouvoir auquel il accède en décembre 2005, suite à un malheureux accident de voiture du Premier ministre Sergueï Abramov, lequel finit par démissionner le 28 février 2006.

Depuis, Ramzan Kadyrov détient la réalité du pouvoir en Tchétchénie, s’appuyant sur les forces armées qu’il contrôle et sur le soutien que lui apporte Vladimir Poutine dans sa politique anti-wahhabite, tout en prônant une islamisation des mœurs et des coutumes tchétchènes dans un esprit très nationaliste,

A chacun son tigre...

A chacun son tigre…

Comme son modèle Poutine qui adore diffuser des vidéo viriles le montrant en train de chasser l’ours ou le tigre, Ramzan Kadyrov se complaît à montrer sur son compte instagram des documents mettant en valeur son courage et sa force physique, histoire d’assoir son autorité face à d’éventuels opposants. Mais en bon élève du Petit Père des Peuples, le jovial Joseph Staline, il aime bien aussi se montrer en compagnie d’enfants déguisés en costume traditionnel ou entourés d’animaux, prenant dans ses bras un agneau ou un tigre, c’est selon…

Plusieurs médias internationaux dont le Huffington Post en mai 2013, s’étaient déjà -gentiment- moqués de cette propension du président tchétchène à se mettre ainsi en scène, y compris avec certaines stars dont notre Gérard Depardieu national, mais aussi avec un certain Bekkhan Ibragimov, un aimable tchétchène impliqué dans le meurtre en 2010 d’un supporter russe de football.

Blog326_PhChatLorsque le président Kadyrov a affiché sur son compte Instagram un appel international à témoins pour signaler qu’il venait de perdre son chat, disparu du domicile depuis 10 jours, l’histoire n’est donc pas passé inaperçue. Elle a fait les gorges chaudes de nombreux internautes, profitant de la situation pour demander au président des nouvelles d’autres personnes mystérieusement disparues récemment en Tchétchénie. Elle a même été exploitée par certains humoristes dont le Britannique John Oliver dans son émission Last Week Tonight, ainsi que l’a révélé Libération.

Le message du délicieux Ramzan était pourtant libellé de manière très anodine : « Nous avons perdu notre chat. Il ressemble à un petit tigre. Il a disparu il y a dix jours. Nous pensions qu’il allait réapparaître car il est vraiment attaché à nos enfants et aime jouer avec eux. Mais nous commençons à être sérieusement inquiets. Peut-être qu’il est avec quelqu’un aux alentours et que cette personne ne saurait pas comment retrouver ses propriétaires. Je suis sûr que personne n’a besoin du chat de quelqu’un d’autre. Nous serions reconnaissants pour n’importe quelle information. Merci d’avance ». Un conseil en tout cas à celui qui trouvera le chat de Ramzan Kadyrov et qui serait tenté de le garder plutôt que de le rendre à son légitime propriétaire, mieux vaudrait qu’il reste discret car les représailles pourraient être terribles…

L.V.  LutinVert1Small

Après l’attentat de Nice, les odieuses surenchères de la Droite

23 juillet 2016

Après l’attaque sanglante contre les journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 et malgré certaines réactions pour le moins inappropriées, la classe politique française avait globalement su faire bloc et appeler à l’unité nationale contre de tels agissements manifestement tournés contre la liberté de pensée et d’expression qui caractérisent notre démocratie. Des citoyens s’étaient rassemblé en masse, faisant fi de leurs divergences politiques, pour exprimer ensemble leur attachement à ces valeurs communes.

Curieusement, la cote de popularité du Chef de l’État, pourtant au plus bas dans les sondages, était même remontée de manière très significative, reflet de ce souhait d’unité nationale soudée autour des institutions nationales. « Certains me prenaient pour un Charlot. Ils me soutiendront désormais en tant que Charlie » aurait alors pronostiqué François Hollande, jamais à court d’un bon mot…

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Mais après le spectaculaire attentat du 14 juillet 2016 qui a fait 84 morts à Nice, la configuration semble bien différente. Il est vrai que l’échéance des présidentielles et, plus encore, celle des primaires de la Droite, approchent. Mais on se s’attendait pas pour autant à des réactions aussi impulsives et irresponsables de la part d’un Alain Juppé, pourtant ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, fustigeant les incuries du gouvernement et déclarant dès le lendemain matin au micro de RTL, alors même que les circonstances du drame étaient loin d’être parfaitement connues, « Je ne suis pas enquêteur mais si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». On n’a pas souvenir qu’il tenait des discours aussi simplistes lorsqu’il faisait face, alors en poste à Matignon, à une précédente vague d’attentats qui avaient déjà meurtri la France entre juillet et octobre 1995…

Quels moyens ? Rien de plus simple, comme l’a si bien détaillé dès le 15 juillet également et toujours sur RTL, un autre candidat éventuel à la primaire des Républicains, Henri Guaino, expliquant à plusieurs reprises : « il suffit de mettre à l’entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrête le camion de 15 tonnes, voila c’est tout ! ». On se demande bien pourquoi nos responsables de la sécurité intérieure n’y ont pas pensé plus tôt…

On attend maintenant avec impatience de voir les trois pauvres paras qui déambulent toute la journée au milieu de la foule à la gare Saint-Charles se trimbaler, en plus de leur attirail déjà aussi impressionnant qu’encombrant, un bazooka de 1,55 m sur l’épaule. Voilà qui aurait de la gueule et serait de nature à sécuriser les touristes en goguette. Dans l’hypothèse de l’arrivée inopinée d’un camion kamikaze déboulant via la dépose-minute, on imagine d’avance le beau feu d’artifice si d’aventure le camion est bourré d’explosif et qu’il est la cible d’une roquette. Mais l’imaginatif Henri Guaino a certainement une parade innovante en réserve…

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l'attentat de Nice (photo AFP)

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l’attentat de Nice (photo AFP)

Il est vraiment désespérant de voir à quel point un événement aussi tragique peut susciter des réactions aussi irresponsables. Passons sur le groupe de Niçois déchainés qui ont copieusement hué le Premier ministre Manuel Valls, lors de sa visite officielle, n’hésitant pas à le traiter d’assassin, les sifflets étant d’ailleurs tout autant destinés à l’ancien maire de la Ville, Christian Estrosi qui se trouvait à ses côtés. Il s’agissait semble t-il de militants FN que la député Marion Maréchal-Le Pen est d’ailleurs allé gentiment saluer, tout sourire, après la cérémonie.

Blog325_DessinDaechUn tel déchaînement de violence verbale n’est pas si anodin qu’il n’y paraît et sans doute pas de nature à apaiser les tensions. L’extrême-droite bien sûr se réjouit d’une telle situation, se félicitant d’enregistrer depuis l’attentat de Nice une augmentation significative des demandes d’adhésion au Front National. Ses dirigeants n’hésitent pas à attiser cette colère, à l’image de Marion Maréchal-Le Pen, encore elle !, proclamant au lendemain de l’attentat de Nice : « si nous ne tuons pas l’islamisme, c’est lui qui nous tuera ». On n’est pas très loin des slogans les plus extémistes qui fleurissent ici ou là, du style « L’Islam tue, tuons l’Islam », alors même qu’on a vu à quelles extrémités conduisaient ce genre d’amalgames… Aux attentats revendiqués par Daech va t-il bientôt se succéder d’autres attaques comparables menées par des extrémistes tout aussi radicalisés mais agissant au nom de la sauvegarde des racines chrétiennes de l’Occident comme on l’a déjà vécu en Norvège où le militant d’extême-droite Anders Breivik avait tué sauvagement 77 personnes ?

Blog325_DessinSarkoClownLa Droite des Républicains en tout cas n’a pas fait dans la dentelle non plus, en réaction à l’attentat de Nice, à l’image d’un Nicolas Sarkozy hargneux, attribuant tout les torts au gouvernement au prétexte que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». Le ministre de l’Intérieur a beau rappeler qu’il s’efforce tant bien que mal de reconstituer depuis 2012 les effectifs de police amputés de près de 13 000 agents durant le quinquennat de Sarkozy et de réorganiser les services de renseignement mis à mal par ses prédécesseurs, cela n’empêche pas les outrances des ténors de la Droite. L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, pourtant expert en la matière, a beau s’échiner à expliquer que « face à un fou soutenu par une idéologie », « aucune loi ne peut empêcher cela », rien n’empêche la Droite de réclamer un arsenal législatif toujours plus répressif bien que de portée purement symbolique.

Dans cette affaire, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, qui se vante depuis des années d’avoir mis en place la plus forte densité de police municipale et de caméras de surveillance qui puisse exister, aurait pu se trouver quelque peu déstabilisé par un tel attentat. Comment expliquer en effet que seulement 10 % des effectifs de la police municipale étaient mobilisés en ce jour du 14 juillet pour un rassemblement d’une telle importance ? Comme justifier que l’auteur de l’attentat ait pu en toute impunité rouler avec son camion sans se faire inquiéter sur une artère pourtant interdite aux poids-lourds et truffée de caméras, non seulement le soir de l’attentat mais aussi les deux jours qui ont précédé afin d’effectuer tranquillement les reconnaissances nécessaires ?

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Certes, Christian Estrosi a cédé, depuis peu et pour cause de cumul de mandat, son fauteuil de maire à un homme de paille, un certain Philippe Pradal, que personne n’a entendu au cours de cet épisode désastreux, silence que l’intéressé a d’ailleurs justifié sans ambage et en toute spontanéité : « c’est simple, je fais ce qu’Estrosi me demande. Et il ne me demande rien ». Il faut dire que l’ancien maire est resté premier adjoint de Nice, délégué à la Sécurité, aux Ressources humaines, aux Finances, aux Transports, aux Travaux, à la Voirie et au Stationnement (on se demande bien d’ailleurs ce qui peut rester comme délégations aux autres élus : le fleurissement des monument aux morts peut-être ?).Blog325_DessinSarko

Dans ces conditions, en politique avisé qu’il est et pour éviter d’avoir à répondre aux critiques éventuelles, M. Estrosi préfère attaquer les autres plutôt que justifier ses propres errements. Il n’a ainsi pas hésité, dès le lendemain de l’attentat, à évoquer « un mensonge d’État » quant aux effectifs de la police nationale déployée ce jour-là à Nice, alors que la liste en est parfaitement connue et vérifiable, et que de toute façon une fouille éventuelle de chacun des badauds n’aurait bien évidemment pas empêché le camion fou de se jeter dans la foule…

On a beaucoup polémiqué aussi sur l’absence de blocs de béton posés à l’entrée de la zone afin de bloquer le passage de tout véhicule. Les Israéliens, que le président de la Région PACA Christian Estrosi considère comme un modèle indépassable en matière de sécurité publique, prônent ce type d’approche. Il y a fort à parier néanmoins que si elle avait été préconisée par les services du Préfet, il aurait été le premier à la critiquer au prétexte que ces blocs de béton auraient gêné l’arrivée des secours et l’évacuation des blessés après l’attentat !

La situation actuelle mérite peut-être, de la part de nos dirigeants politiques, un peu moins de mauvaise foi et de surenchères, mais un peu plus de sang-froid et de sens des responsabilités…

L.V.  LutinVert1Small

Carnoux jubile… sous le regard de Marsactu

18 juillet 2016

Blog324_PhJubilePersonne, parmi les quelques 6900 habitants de Carnoux-en-Provence, ne peut décemment ignorer que la ville, érigée en commune en 1966, fête cette année son jubilé, comme le proclament fièrement les placards publicitaires de 12 m² loués à l’année par la municipalité à chacune des entrées de la commune, et comme il est affiché en lettres géantes sur le fronton de la mairie depuis le début de l’année. Bien peu en revanche, sans doute, connaissent Marsactu, qui pourtant vient de consacrer à Carnoux un long article à découvrir ici.

Créé début 2010, Marsactu est un site web d’information locale, généralement bien informé et qui n’hésite pas à creuser les sujets en grattant un peu derrière la façade à laquelle s’arrête trop souvent le quotidien local de référence qu’est La Provence. Collaborant fréquemment avec Mediapart ou Rue89, en particulier sur des sujets touchant à la vie politique marseillaise et au fonctionnement -parfois surprenant- des collectivités territoriales du crû, Marsactu a connu un certain succès grâce à son modèle de diffusion gratuite, financée par la publicité. En mars 2015 néanmoins, sa société éditrice, Raj Médias, est placée en liquidation judiciaire. Cinq journalistes de la rédaction décident alors de racheter le site et ses archives après avoir lancé une demande de financement participatif, et en octobre 2015 le site est de nouveau actif. Fort désormais de 1500 abonnés, Marsactu s’apprête à ouvrir une plateforme de blog et lance une nouvelle souscription pour se développer.

Blog324_PhMessager1961

Dans ce long article paru en juin 2016, la journaliste de Marsactu, Clémentine Vaysse, insiste lourdement sur l’histoire de la ville, fondée par des rapatriés du Maroc puis d’Algérie à partir de 1962, n’hésitant pas à remuer le couteau dans la plaie en rappelant les malversations de la Coopérative immobilière française, créée en 1957 à Casablanca par Gilbert Cabanieu et Emilien Prophète, qui n’hésitait pas à revendre plusieurs fois des terrains à des expatriés français aux abois mais encore très éloignés de là. La journaliste a ainsi interrogé Christian Fenech, président de l’association Racine Pieds-Noirs qui se souvient : « Fin 61-début 62 mon grand-père avait vu une annonce dans la presse locale vantant ce vallon qui pouvait accueillir les rapatriés. La CIF avait vendu plusieurs fois les terrains en pensant que les pieds-noirs ne quitteraient jamais l’Algérie. Quand ma famille est arrivée, moi bébé, le terrain était occupé et on nous a mis ailleurs, sous des tentes de camping ». Comme le rappelle Marsactu, ces magouilles vaudront à Emilien Prophète d’être condamné…

Emilien Prophète, interviewé en 1966 par Cinq colonnes à la une (archives INA)

Emilien Prophète, interviewé en 1966 par Cinq colonnes à la une (archives INA)

L’article de Marsactu s’étonne d’ailleurs que le jubilé de Carnoux soit aussi peu centré sur l’histoire si singulière et somme toute encore très récente qui a conduit à l’édification, par une poignée de rapatriés d’Afrique du Nord, d’une ville nouvelle dans ce vallon déserté entre Aubagne et Cassis où ne se trouvaient alors que « des terrains cultivés et beaucoup de garrigue avec deux fermes inoccupées », comme l’a décrit l’adjoint au maire Nicolas Bouland dans sa conférence le 20 mai dernier, un des rares événements de ce jubilé qui se fasse l’écho de ce passé original.

La journaliste a certes observé que le nom du maréchal Lyautey, grande figure militaire de la colonisation du Maroc, est omniprésent dans la ville mais, comme nous, s’est étonnée que son buste qui trônait pourtant en bonne place sur ce qui faisait office de monument aux morts avant d’être évincé au profit d’un immeuble HLM, ait disparu de la circulation : aurait-il été perdu lors du déménagement ?

Inauguration du centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016

Inauguration du centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016

Un nouveau monument aux morts a bien été édifié en bordure du nouveau parc Tony Garnier, inauguré en grandes pompes le 11 juin 2016 en présence du gratin de la Droite locale et bien sûr de la présidente du Conseil départemental qui a très largement financé l’essentiel des travaux de réhabilitation du centre-ville de Carnoux.

Nouveau monument aux morts de Carnoux

Nouveau monument aux morts de Carnoux

Curieusement, l’inscription portée sur cette plaque de calcaire précise que le monument en question a été « offert par Carnoux Racines », l’autre association de pieds-noirs installée à Carnoux, elle-même largement subventionnée par la Commune, au point que l’on ne sait plus très bien qui a finalement payé cette plaque…

Melchior Calendra dans sa boutique de Carnoux en 1966 (reportage Cinq colonnes à la une)

Melchior Calendra dans sa boutique de Carnoux en 1966 (archives INA)

Toujours est-il que cette plaque porte une inscription pour le moins ambiguë puisqu’il y est écrit en partie basse : « En hommage aux Français d’Afrique du Nord morts pour la France ». S’agit-il d’un hommage aux anciens terroristes de l’OAS dont on sait que le président de Carnoux Racines, l’ex vendeur de parapluies Melchior Calandra, interviewé dans son magasin de Carnoux en 1966 pour les besoins de l’émission Cinq colonne à la une, s’est toujours senti très proche ? Ou s’agit-il plutôt de rappeler le souvenir des goumiers, ces troupes de supplétifs marocains créées en 1908 et qui en août 1944 ont participé activement à la libération de Marseille après avoir débarqué à Fréjus le 17 août ?

Troupes de goumiers sur le sol français en août 1944

Troupes de goumiers sur le sol français en août 1944

Après avoir participé à la libération de Toulon, trois groupements de tabors marocains (un tabor étant l’équivalent d’un bataillon constitué de 3 à 4 goums) traversent alors rapidement le massif de la Sainte-Baume et participent à partir du 21 août 1944 à de violents accrochages avec l’armée allemande du côté d’Auriol et de la Valentine, mais aussi à Peypin et Cadolive. Ce sont aussi des troupes marocaines qui sont chargées d’attaquer Aubagne et il échoit au 1er Tabor, commandé par le chef de bataillon Meric et constitué des 58ème, 59ème et 60ème Goums, de déborder les défenses allemandes par le Sud le long de la voie ferrée. Le lendemain, c’est le 6ème Goum qui s’empare de la colline de Carnoux avant d’occuper le camp de Carpiagne, point d’appui pour filer vers Marseille par le col de la Gineste tandis que des unités du génie civil s’emploient à déminer la route Aubagne-Cassis qui traverse le vallon de Carnoux.

Une histoire glorieuse donc, qui se solda par de très nombreux morts parmis les rangs des soldats marocains et de leurs officiers français, mais qui semble avoir été quelque peu occultée par les deux associations dont le siège est à Carnoux et qui entretiennent la mémoire des pieds-noirs, mettant pourtant en exergue la célèbre citation d’Albert Camus : « Nul ne peut savoir où il va s’il ne sait d’où il vient ».

Pèlerinage du 15 août à Carnoux-en-Provence

Pèlerinage du 15 août à Carnoux-en-Provence

A Carnoux, 50 ans après la création de la commune par ceux que le maire actuel qualifie dans son dernier éditorial du Messager d’ « admirables pionniers », il semblerait qu’enfin la page du souvenir ait été tournée, même si déjà se prépare le prochain rassemblement de pieds-noirs organisé traditionnellement chaque année à Carnoux pour le 15 août avec procession, curé en tête et bannières au vent, jusqu’à la croix, perchée sur la colline et supposée orientée en direction de Sidi Ferruch, une presqu’île située à 30 km d’Alger où a débarqué l’armée française en juin 1830, premier acte de l’invasion de ce pays.

Pour Marsactu, la meilleure preuve de la perte d’influence des pieds-noirs à Carnoux réside dans le choix d’un groupe de musique celtique pour le concert gratuit qui devait se dérouler samedi 16 juillet, et qui d’ailleurs a finalement été annulé suite à l’attentat de Nice. Il semblerait en effet que pour ce concert certains Carnussiens, qui n’ont donc pas été suivis, auraient préféré un récital d’Enrico Macias : nostalgie, quand tu nous tiens…

L.V. LutinVert1Small

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

Blog321_PhOdeon

Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

Disparition de Michel Rocard, alias Hamster érudit

4 juillet 2016

L’ancien premier ministre Michel Rocard s’est éteint le 2 juillet 2016, à l’âge de 85 ans, sans avoir pu exercer la fonction de Président de la République à laquelle il avait longtemps aspiré. L’ancien scout dont le nom de totem était Hamster érudit, figura pourtant un temps parmi les personnalités politiques les plus populaires auprès des Français.

Blog319_PhAdieuRocard

Son père était le physicien renommé Yves Rocard, qui dirigea, après la mise à l’écart de Frédéric Joliot-Curie, les programmes scientifiques ayant conduit à l’élaboration de la bombe atomique française avant de se passionner pour le magnétisme et de tenter d’expliquer rationnellement l’utilisation de la radiesthésie par les sourciers. Il semblerait d’ailleurs que le physicien, impérieux et plutôt conservateur, n’ait jamais beaucoup apprécié les orientations professionnelles ni le parcours politique de son fils, ce qui fut assez mal vécu par le jeune Michel Rocard…

Ce dernier intègre Sciences Po et l’ENA où il se lie d’amitié avec un certain Jacques Chirac qu’il essaie de convaincre d’adhérer également à la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, dont Michel Rocard était membre dès ses 17 ans. Peine perdue : pas assez à gauche pour Chirac qui n’avait pas encore fait son revirement idéologique !

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

D’ailleurs, le militant Rocard quittera lui-même le navire dès 1958, en plein désaccord avec Guy Mollet et François Mitterrand, quant à la position des socialistes sur l’indépendance de l’Algérie. Il entame alors une carrière de haut fonctionnaire à l’Inspection des Finances tout en continuant à militer, sous le pseudonyme de Georges Servet… Il participe ainsi à la création du Parti socialiste autonome, puis unifié, le PSU, dont il prendra la tête en 1967.

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

En 1969, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle suite au départ anticipé du général de Gaulle et recueille à peine 3,66 % des suffrages. Ce n’est pas brillant, mais le candidat de la SFIO, Gaston Deferre, fait à peine mieux avec 5 % des voix ! Ce n’est qu’en 1974, 3 ans après le congrès d’Epinay, que Michel Rocard finit par rejoindre le PS, où il incarna longtemps l’aile droite, la fameuse « deuxième gauche » sociale-démocrate et réformiste, désormais représentée notamment par Manuel Valls qui débuta d’ailleurs sa carrière politique dans son cabinet…

Elu brièvement député des Yvelines dès 1969, c’est en 1977 que Michel Rocard devient maire de Conflans-Sainte-Honorine avant de retrouver son mandat de député en 1978. En 1981, il se voit obligé de retirer sa candidature à la Présidence de la république au profit de François Mitterrand mais sera nommé dans le gouvernement de Pierre Mauroy ministre du Plan (où il fut à l’origine des fameux contrats de plans État-Régions, les CPER, toujours en vigueur actuellement), puis ministre de l’agriculture, avant de démissionner en 1986 pour protester contre l’adoption du scrutin proportionnel qui permettra au Front National de rentrer à l’Assemblée.

En 1988, c’est la consécration puisque François Mitterrand, nouvellement réélu, le nomme premier ministre. Mais les élections législatives qui suivent ne lui donnent qu’une majorité relative, ce qui l’amène à nommer dans son deuxième gouvernement des « ministres d’ouverture », tels que Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson ou Lionel Stoléru.

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Ces trois années passées à la tête du gouvernement laisseront de nombreuses traces avec notamment la création du RMI, le revenu minimum d’insertion, qui entre en vigueur début 1988. C’est lui aussi qui met en place la CSG, la Contribution sociale généralisée, destinée à élargir l’assiette des contributions sociales. Lui aussi qui contribue à ramener la paix civile en Calédonie après l’épisode sanglant de l’assaut à la grotte d’Ouvéa. Lui enfin qui devra faire face à une forte poussée de la xénophobie attisée, déjà, par le Front National, en pleine affaire du foulard islamique à l’école. Il prononcera d’ailleurs dès juin 1989 une phrase souvent reprise depuis « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ». Certains ont voulu depuis édulcorer sa pensée mais, comme l’a encore rappelé Libération, ses paroles reflétaient bien alors un discours de fermeté face à l’immigration économique.

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Et pourtant, malgré un bilan plus qu’honorable, le mercredi 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie sans prévenir pour nommer à sa place la maire de Châtellerault, Edith Cresson, qui ne restera que moins d’un an en poste. Le coup est rude pour Michel Rocard qui avait déjà beaucoup souffert, durant son séjour à Matignon, d’une hostilité à peine masquée de la part du Chef de l’État.

En 1993, Michel Rocard espère que son heure est enfin arrivée. Il devient premier secrétaire du PS suite à l’échec des législatives et se prépare pour les présidentielles de 1995. Mais en juin 1994, la liste PS qu’il conduit pour les élections européennes ne recueille que 14,5 % des voix : un score dérisoire qui est dû à la concurrence de la liste Tapie, largement soutenue par François Mitterrand. Cette dernière peau de banane sera fatale puisqu’elle lui fait perdre son fauteuil de premier secrétaire du PS et le conduit même à abandonner en 1994 sa mairie de Conflans-Sainte-Honorine.

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Il se place alors largement en retrait de la vie politique même s’il a du mal en 2007 à rester coi face à la candidature de Ségolène Royal qui l’exaspère. En janvier 2009, il démissionne de son dernier mandat au Parlement européen, sous les applaudissements de l’hémicycle. Il continue néanmoins à s’investir auprès de la fondation Terra Nova et accepte même plusieurs missions que lui confie Nicolas Sarkozy en 2009, dont un rapport sur la taxe carbone et une réflexion sur la mise en œuvre du grand emprunt national.

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

A 80 ans, il est même nommé ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles Arctique et Antarctique ! Un âge qu’il a d’ailleurs bien du mal à accepter malgré un grave accident cardio-vasculaire qui l’avait atteint en 2007 lors d’un voyage en Inde. Le Monde rapporte qu’il avait coutume de dire : « La vie active s’arrête à 60 ans, on devient caduc à 65 et les gens pensent que l’on sucre les fraises à 70. Il faut s’habituer à être moins attendu, à n’avoir plus d’avenir, quoi ! » Une belle leçon de vie en tout cas de la part d’un homme de conviction, travailleur acharné et débateur passionné dont le débit de mitraillette et les phrases alambiquées laissaient souvent perplexe mais rarement indifférent…

L.V.   LutinVert1Small