Bygmalion : après Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy sur la sellette ?

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Décidément les affaires ne s‘arrangent pas pour l’UMP ! Après la démission forcée de son président Jean-François Copé, c’est maintenant Nicolas Sarkozy qui est indirectement visé par les investigations de la Justice dans l’affaire Bygmalion et ses liens avec la campagne présidentielle de 2012…

Meeting de Nicolas Sarkozy, à Paris, le 22 avril 2012 (photo REUTERS/Philippe Wojazer)

Meeting de Nicolas Sarkozy, à Paris, le 22 avril 2012
(photo REUTERS/Philippe Wojazer)

Petit retour en arrière pour essayer de démêler l’écheveau compliqué de cette affaire au delà des mensonges et de l’enfumage avec lesquels les dirigeants de l’UMP ont tenté de masquer leurs errements. Quant l’affaire éclate en février 2014, les révélations de l’hebdomadaire Le Point désignent la société de communication Bygmalion qui aurait surfacturé ses prestations lors de son intervention dans l’organisation des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy, avec des montants qui atteignent parfois le double des tarifs habituellement pratiqués. A l’époque, certains à droite n’hésitaient pas à accuser les dirigeants de cette société, très proches de Jean-François Copé, d’avoir abusé de leur situation pour faire les poches du parti et même « voler Sarkozy ».

Deux mois plus tard, les révélations du journal Libération mettant en évidence l’existence de pseudo conventions de l’UMP facturées très cher à l’UMP en pleine campagne électorale donnent une toute autre tournure à l’affaire. C’est l’avocat de Bygmalion, maître Maisonneuve, qui met alors les pieds dans le plat en expliquant tranquillement que « l’affaire Bygmalion, c’est plutôt l’affaire des comptes de campagne du candidat Sarkozy »…

Perquisition au siège de l'UMP le 26 mai 2014 (photo REUTERS / Charles Platiau)

Perquisition au siège de l’UMP le 26 mai 2014 (photo REUTERS / Charles Platiau)

Les perquisitions effectuées au siège de l’UMP et chez Bygmalion tendent de fait à confirmer ses affirmations. On se souvient que les comptes de campagne du candidat Sarkozy en 2012 avaient été invalidés par le Conseil constitutionnel en juillet 2013, les Sages n’ayant d’autre solution que de suivre les conclusions de la Commission des comptes de campagne dont le verdict avait été rendu fin 2012. Le montant présenté par le candidat avait dû en effet être rectifié pour intégrer des dépenses manifestement oubliées dont certaines liées au fameux meeting de Villepinte. Après correction, le plafond autorisé de 21,5 millions d’euros, pourtant très conséquent, était largement dépassé, ce qui avait donc conduit à cette invalidation, obligeant l’UMP à lancer son fameux Sarkothon pour faire payer par les militants le manque à gagner de 11 millions d’euros non remboursé par le contribuable.

Jérôme Lavrilleux à BFMTV le 26 mai 2014

Jérôme Lavrilleux à BFMTV le 26 mai 2014

Lors de ses aveux en direct sur BFMTV le 26 mai 2014, Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé et fraîchement élu au Parlement européen depuis la veille, reconnaît sans détour que des factures payées par l’UMP correspondaient en réalité à des dépenses effectuées au titre de la campagne présidentielle de 2012. A l’époque, Jérôme Lavrilleux n’était rien moins que co-directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy aux côtés de Guillaume Lambert, actuel préfet de la Lozère. Lorsqu’il lui a remis l’insigne de l’Ordre national du Mérite le 15 octobre 2012, Nicolas Sarkozy aurait d’ailleurs dressé son éloge par les mots suivants : « voici un homme qui a le talent de ne pas embêter les personnes avec qui il travaille avec des problèmes qu’elles n’ont pas à connaître ». On ne saurait être plus clair !

Dessin2_Blog77Que s’est-il donc passé pendant cette fameuse campagne présidentielle de 2012 ? A l’époque, Nicolas Sarkozy souhaitait profiter de sa position de Président de la République pour se déclarer le plus tard possible et lancer une campagne éclair. Curieusement, ce n’est pas la société Bygmalion qui a été chargée de gérer les meetings mais une de ses filiales, Event & Compagnie, laquelle n’a été contactée qu’en janvier 2012, initialement pour organiser 4 meetings. Au final, il y aura 42 meetings et la facture s’élève à 19 millions d’euros ! D’après les comptes de Bygmalion tels qu’ils ont pu être reconstitués après enquête, Event & Compagnie aurait elle-même payé 14,5 millions d’euros à ses différents prestataires, ce qui représente une marge brute de 23 % qui n’a finalement rien d’extravagant. Pour cette seule année 2012, l’UMP aurait versé au total 23 millions d’euros à Bygmalion… Là où le bât blesse, c’est qu’une partie de ces prestations n’a pas été payée au titre de la campagne présidentielle mais directement par l’UMP, pour des prestations fictives, les fameuses « conventions UMP », selon un système de double facturation qui a donc été reconnu par Jérôme Lavrilleux. L’ancien trésorier de l’UMP, Dominique Bord, avait d’ailleurs démissionné en novembre 2012, alors que François Fillon et Jean-François Copé s’écharpaient pour la présidence du parti, précisément au moment où il devait signer les chèques pour honorer ces factures douteuses, six mois après l’élection présidentielle…

On est donc loin du scénario initial qui laissait entendre qu’une société aux mains de copains de Copé, aurait servi de pompe à fric pour ce dernier, au détriment de l’UMP. L’affaire traduit plus prosaïquement les dérives d’une campagne présidentielle que Nicolas Sarkozy voulait gagner à tout prix sans regarder à la dépense, quitte à plomber les comptes de son parti déjà bien mal en point, persuadé qu’il était que jamais l’on oserait invalider ses comptes de campagne. L’UMP en sort complètement essorée : déjà grevée d’un emprunt de 55 millions d’euros, elle a vu sa subvention baisser de 10 millions d’euros suite à la perte de 120 députés lors des élections législatives de 2012 et les comptes du parti sont donc plus que jamais dans le rouge. Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler qu’après l’élection présidentielle de 2007, la situation était assez similaire avec un déficit de 10 millions d’euros en fin d’année et des dépenses déjà colossales (7 millions d’euros) en congrès et autres manifestations, pour lesquels la Justice commence aussi à s’interroger…

Dessin_Blog77Quelle qu’en soit l’issue judiciaire, l’UMP ne sortira pas grandie de cette affaire qui traduit la désinvolture avec laquelle sont gérés les comptes du parti. Voilà en tout cas une bruyante casserole supplémentaire accrochée aux basques de Nicolas Sarkozy, même si, comme l’affirme lui-même Jérôme Avrilleux,  » Ça n’ira pas jusqu’à Sarkozy. Il n’y a jamais rien qui va jusqu’à Sarkozy. On est là pour ça, hein ? « . En son temps, Alain Juppé avait déjà accepté de payer pour Jacques Chirac en endossant la responsabilité dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris : une belle tradition d’abnégation dans ce parti où les dirigeants trouvent toujours un lampiste sur qui se défausser !

L.V.LutinVertPetit

 

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2 Réponses to “Bygmalion : après Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy sur la sellette ?”

  1. Contre toute attente, Sarkozy n’a pas changé… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] sa récente mise en examen pour corruption active et trafic d’influence, et les soupçons de fraude sur ses comptes de campagne qui se confirment de jour en jour, son retour à la hussarde aux […]

  2. Enfin débarrassés de Sarkozy ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] des investigations judiciaires, il va bien devoir désormais répondre enfin devant les juges des multiples accusations dont il est […]

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