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A quoi servent donc les caméras de surveillance à Marseille ?

3 décembre 2016

Même si certains de nos voisins dont les Anglais commencent à se détourner de la vidéosurveillance, considérée avec du recul comme un gadget coûteux et peu efficace, l’outil reste très à la mode dans nos contrées urbaines, surtout en période pré-électorale. Sur un sujet aussi sensible et qui cristallise beaucoup de préjugés et de fantasmes, un regard objectif et une analyse scientifique sont les bienvenus. C’est tout l’intérêt des recherches menées depuis plusieurs années par le sociologue Laurent Mucchielli.

Laurent Mucchielli lors de son intervention à Carnoux en mai 2014

Laurent Mucchielli lors de son intervention à Carnoux en mai 2014

Directeur de recherche au CNRS et rattaché au Laboratoire méditerranéen de sociologie (LAMES) à Aix-en-Provence, Laurent Mucchielli a créé en 2011 l’Observatoire régional PACA de la délinquance et des comportements déviants et suit donc de très près les politiques locales de sécurité publique dans le cadre de ses travaux de recherche qu’il était venu présenter à Carnoux, à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 14 mai 2014, dans le cadre d’une conférence sur le sentiment d’insécurité.

Ce spécialiste des politiques publiques de sécurité vient de publier dans le n°38 de la revue des Archives de politique criminelle, un article très instructif concernant la manière dont la videosurveillance est utilisée par la ville de Marseille, publication dont la Gazette des communes notamment s’est fait écho (mais curieusement, pas encore le quotidien local La Provence, pourtant très friand de tout ce qui touche à la sécurité locale).

blog365_phcamerasOn y apprend ainsi que les premières caméras de surveillance ont été installées en 2000 seulement, à titre expérimental, dans le quartier de l’Opéra et de la rue de Noailles. Il a fallu ensuite attendre 2011 pour que la ville de Marseille débute son programme d’équipement en système de vidéosurveillance, en même temps qu’elle lançait le recrutement de 200 agents supplémentaires de manière à doubler les effectifs de sa police municipale. Jusque là, Jean-Claude Gaudin avait toujours considéré que le maintien de la sécurité publique relevait des missions de l’État, mais le focus médiatique sur les règlements de compte à coup de kalachnikov dans les cités marseillaises l’ont brusquement amené à changer son fusil d’épaule !blog365_dessin

Du coup, il a fallu mettre sur pied un centre de supervision urbain (CSU), opérationnel depuis avril 2012, afin de visionner en direct, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, les images issues des caméras. A ce jour, ce sont quasiment 50 policiers et techniciens qui sont affectés à cette tâche, soit 20 % des effectifs totaux de la police municipale, un record ! C’est dire à quel point la ville de Marseille, à l’instar de celle de Nice qui lui a servi de modèle, mise beaucoup sur la vidéosurveillance.

Le centre de supervision urbaine de Marseille (photo © P. Maillé / Destimed)

Le centre de supervision urbaine de Marseille (photo © P. Maillé / Destimed)

Fin 2015, la ville de Marseille comptait ainsi 684 caméras installées et leur nombre devrait atteindre le millier d’ici la fin de l’année 2016. Une partie importante (30 % d’entre elles) est concentrée dans l’hyper-centre (1er et 2ème arrondissement) et les autres ont été largement saupoudrées sur le territoire selon la logique clientéliste habituelle qui prévaut localement, de manière à faire plaisir à l’ensemble des élus d’arrondissement.

La police nationale plaidait pour une répartition plus rationnelle à proximité des cités les plus sensibles et le long des principaux axes de fuite des délinquants, mais elle n’a manifestement pas été entendue, à tel point que les quartiers nord de Marseille (13ème, 14ème et 15ème arrondissements) sont ceux qui sont le moins équipés…

Installation des réseaux le long du BHNS vers Luminy (photo © F. De Corbier / La Marseillaise)

Installation des réseaux le long du BHNS vers Luminy (photo © F. De Corbier / La Marseillaise)

En revanche, la ville a profité de l’opportunité des travaux d’aménagement des trois lignes de bus à haut niveau de service, dont celle qui relie la place Castellane à Luminy, pour y déployer un grand nombre de caméras : puisque les travaux permettaient d’installer la fibre optique, autant en profiter pour y brancher les caméras à moindre coût ! Certains pourraient penser naïvement qu’on place des caméras en priorité sur les lieux de délinquance. Mais non, on les place d’abord là où la fibre optique permet de les brancher facilement. Encore un mythe qui s’effondre…

L’intérêt majeur de l’étude dont rend compte Laurent Mucchielli concerne l’usage des images de télésurveillance, exploitées soit en direct au CSU soit dans les locaux de multiples autres partenaires (police nationale, marins pompiers, mais aussi RTM qui possède par ailleurs son propre réseau de 2000 caméras supplémentaires) avec qui la ville a passé des conventions de transfert.

blog365_dessinvieilleOn pourrait imaginer, comme nous le serinent à longueur d’antenne nos élus et les forces de l’ordre, que l’essentiel des images serve à une surveillance en temps réel pour des interpellations en flagrant délit, ce qui justifierait de déployer du personnel pour leur visionnage H24. Or de telles exploitations en direct s’avèrent en réalité assez marginales : en 2015, seules 770 demandes d’intervention ont ainsi été déclenchées, qui ont abouti à 248 interpellations pour vol, agression, dégradations ou vente à la sauvette par exemple : pour un système qui mobilise près de 1000 caméras et une cinquantaine d’agents, c’est finalement assez marginal.

En fait, l’essentiel de l’activité des caméras est ailleurs : elle réside dans la vidéoverbalisation, principalement pour stationnement interdit avec plus de 45 000 verbalisations ainsi effectuées en 2014 et près de 40 000 en 2015. Autrement dit, à Marseille, les caméras de vidéosurveillance servent principalement à sanctionner les infractions au code de la route et ne sont finalement que des radars supplémentaires…

Le chercheur s’est aussi intéressé à l’usage que font les forces de l’ordre (et principalement les groupes de voie publique rattachés aux commissariat de police du centre-ville) des caméras de surveillance, pour lesquelles ils adressent quotidiennement des demandes de réquisition d’images, souvent pour aider à élucider des affaires de vol ou d’agression. Malheureusement, l’apport des caméras à l’élucidation de ces affaires n’est positif que dans un nombre assez marginal de cas, estimé entre 3,5 et 5,5 % au vu de l’année 2015, ce qui confirme une fois de plus que l’efficacité de ces dispositifs est fortement à relativiser.

Videoverbalisation : chacun est averti ! (photo © N. Vallauri / PHOTOPQR pour La Provence)

Videoverbalisation : chacun est averti ! (photo © N. Vallauri / PHOTOPQR pour La Provence)

Au total, ce sont ainsi 103 faits qui ont pu être élucidés en 2015, sur la base de près de 5 000 recherches d’images, grâce à ce réseau impressionnant de près de 1 000 caméras : un résultat peu glorieux rapporté aux 55 000 infractions enregistrées cette même année et restées dans leur grande majorité non élucidées. Heureusement que ces caméras ont au moins servi à dresser 40 000 contraventions pour stationnement interdit, action qui pour le coup montre que ces dispositifs bien que coûteux sont efficaces, pas forcément pour attraper les voleurs et les agresseurs comme certains élus, sans doute mal informés, cherchent à nous le faire croire, mais au moins pour faire payer les automobilistes indélicats.

Reste que le dispositif coûte cher : pas moins de 17 millions d’euros d’investissement pour déployer le réseau de caméras sur Marseille, auquel s’ajoutent des coûts de fonctionnement évalués à environ 7 millions d’euros chaque année. Et ce n’est pas tout puisque la ville de Marseille a annoncé, après l’attentat survenu cet été à Nice, qu’elle allait investir encore 10 à 12 millions d’euros supplémentaires dans un système de vidéosurveillance intelligente avec reconnaissance automatique de visages et de comportements suspects pour justement renforcer l’efficacité du dispositif pour le relevé d’infractions en temps réel : une bonne nouvelle pour les fournisseurs et les prestataires qui s’en frottent les mains, un peu moins peut-être pour le contribuable, mais on ne peut pas satisfaire tout le monde !

L.V.  lutinvert1small

Exercices attentat-intrusion : entre panique et rigolade…

17 octobre 2016

blog352_phvigipirateDepuis les récents attentats de Paris et de Nice, l’affaire est entendue : nous sommes en guerre! Le Premier ministre en personne l’a affirmé et les candidats à la primaire de la Droite ne cessent de le répéter tous les jours, histoire d’entretenir la peur, toujours bonne conseillère pour élire des représentants conservateurs. Si un jour le pays devait se retrouver soumis aux bombardements de l’aviation ennemie où à l’assaut de troupes aux sol, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain et comme cela se produit en ce moment même à Alep ou au Yémen, il faudra sans doute inventer un nouveau concept pour décrire une véritable situation de guerre, mais passons…

Toujours est-il que face à une situation de guerre, les populations doivent se préparer. Les professionnels de la protection civile tentent depuis des décennies de développer en milieu scolaire l’établissement de PPMS (plans particuliers de mise en sécurité) et la réalisation d’exercices de prévention pour aider élèves et enseignants à acquérir les bons réflexes en cas de crise face à un risque extérieur tel qu’une inondation, un séisme ou l’explosion d’un site industriel proche, à l’image de ce qui se fait dans de nombreux autres pays.

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Jusqu’à présent, le bilan de cette politique de prévention en milieu scolaire était resté très mitigé et rares sont les parents à en accepter les règles de base. On l’a encore vu lors des inondations du Var en 2010, lorsque certains principaux de collèges ont failli se faire molester par des parents d’élèves qui refusaient d’admettre que leur enfant était plus en sécurité dans l’établissement que sur les routes inondées. On l’a revu en 2014 dans ce même département lorsqu’une petite fille s’est noyée avec sa mère après que celle-ci l’a arrachée à son école en signant une décharge au personnel enseignant…

blog352_phafficheToujours est-il que lorsque le risque concerne le terrorisme, le niveau d’acceptation de la population semble nettement supérieur. Dès le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, des exercices avaient eu lieu pour inciter les élèves à se barricader dans leur classe en cas d’intrusion. Le site du Ministère de l’Éducation nationale détaille à l’envie, plaquettes pédagogiques à l’appui, les consignes de sécurité à appliquer dans tous les établissements scolaires placés en « vigilance renforcée » et même en « alerte attentat » pour ceux d’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes.

Le risque d’attentat semble désormais être devenu la priorité numéro 1 de tous les établissements scolaires et des exercices attentat-intrusion se sont déroulés dans la plupart des écoles, collèges et lycées du pays mi-octobre, histoire de frapper les esprits juste avant les vacances de la Toussaint !blog352_phreunion

Le bilan de ces exercices sera, n’en doutons-pas, examiné à la loupe par les technocrates du Ministère et leurs multiples conseillers techniques en prévention et en communication. La Presse s’est néanmoins fait échos de certains exercices manifestement mal maîtrisés comme celui qui s’est déroulé au collège Lise Ophion en Guyane où les forces de l’ordre n’avaient pas été prévenues. L’arrivée de faux terroristes cagoulés, en réalité des agents du personnel enseignant, a déclenché une belle panique et il a fallu toute la persuasion des gendarmes arrivés en renfort pour calmer les élèves devenus hystériques et soigner ceux qui s’étaient blessés en voulant s’enfuir : manifestement, les consignes de prévention avaient été mal assimilées et il va falloir réviser… Un autre exercice organisé le 4 octobre par le Port de Calais (hors milieu scolaire donc) avait lui-aussi failli tourner au drame suite à l’intervention inopinée des forces de l’ordre prêts à tirer dans le tas en croyant à une véritable attaque terroriste. Être dans un pays en guerre comporte effectivement certains dangers, même quand on se contente de faire des exercices…

Ceci dit, les exercices attentat-intrusion qui se sont déroulés cette semaine, ont plutôt dans l’ensemble tourné à la franche rigolade, même si certains élèves en sont sortis légèrement ébranlés. Un reportage de La Voix du Nord raconte ainsi comment s’est déroulé l’exercice au collège Jean Moulin. Tout y avait été soigneusement préparé par l’équipe enseignante. Élèves et parents d’élèves étaient prévenus pour éviter toute réaction inappropriée mais le signal de déclenchement avait été codé « L’élève Myriam Dupont est arrivée au bureau de la CPE ».

blog351_dessinexerciceAu signal, chaque enseignant était tenu de fermer la porte de la classe, de la bloquer avec un bureau, d’éteindre la lumière et de demander aux élèves de se mettre au sol sans bouger en attendant la fin de l’alerte. Certains ne peuvent s’empêcher de ricaner mais la prof les recadre et la tension monte d’un cran quand des pas se font entendre dans le couloir, que quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Là, on ne rigole plus et celui qui ne peut s’empêcher de tousser se fait tancer par ses camarades apeurés…

L’exercice a duré 20 minutes et manifestement, les élèves de ce collège en sont sortis vaguement inquiets. Les enseignants aussi, qui ont constaté à cette occasion que les portes de deux des salles de classe ne fermaient pas à clé… Certains des élèves affirment d’ailleurs qu’en cas de véritable attaque ils n’auraient certainement pas pu s’empêcher de paniquer et de tenter de sauter par la fenêtre plutôt que de rester sagement allongé dans le noir et en silence, à attendre que tout se termine. Acquérir les bons réflexes et les appliquer en cas de crise n’est pas si naturel qu’on pourrait le croire…

Après l'exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Après l’exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Dans l’Eure et en Seine-Maritime, où la plupart des établissements scolaires ont procédé à l’exercice attentat-intrusion le jeudi 13 octobre, les réflexions recueillies auprès des élèves par Normandie Actu sur les réseaux sociaux ne manque pas d’intérêt non plus, ainsi que celles émises par un groupe de collégiens sur le blog du Monde des collégiens. On y retrouve le côté potache des élèves qui confirment que l’exercice avait été suffisamment annoncé pour ne créer aucune surprise lors de son déclenchement, sinon par le choix du signal utilisé : « Au début, on a cru qu’un chat maléfique s’était emparé du micro et s’était mis à miauler. Mais non, c’était l’alarme en cas d’intrusion ».

Le début amuse tout le monde : c’est le branle-bas de combat, il faut éteindre la lumière, bloquer les portes en poussant les tables, se coucher par terre ou sous les tables : « Nous sommes assis par terre. Chacun veut choisir sa place (nos chances de survie diminuent) », « Ce matin à l’alerte attentat on rigolait tous on prenait des snaps », « Nous apercevons notre professeur en train de ramper par terre. Il faut fermer les yeux et respirer profondément plusieurs minutes pour ne pas céder au besoin irrésistible de rire ».

En cours d'exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

En cours d’exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

Ensuite, c’est l’ennui qui gagne car l’exercice se prolonge : « On joue à pierre-feuille-ciseau. La prof nous toise de son regard de fer », « Il ne se passe rien. C’est pas très intéressant, là non plus. Ah, si : sous les tables, coincés dans une position très peu confortable, nous avons une vue imprenable sur tous les chewing-gums en décomposition des années 2000 (il paraît même que quelqu’un est resté collé à la table par les cheveux) », « je me suis tapé une sieste de 30min pdt le PPMS c‘est plutôt cool », « Déjà le truc de ppms, rien foutre pendant une heure c’était grave long », « On commence à s’impatienter. Forte envie de faire des bruitages (dans la salle à côté, il ont dépassé le stade de l’envie) ».

Confinement des élèves pendant l'exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Confinement des élèves pendant l’exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Manifestement, tous les enseignants n’ont pas mis le même zèle pour préparer l’exercice : « Mdr en #ppms le directeur à enfoncer la porte », « La prof nous fait sauter par la fenêtre pour faire le ppms », « Dans tous les snaps ya tlm en #ppms et nous on est assis le prof nous raconte sa vie, et cherche les directives sur internet bah ». « Pendant le PPMS le lycée a coupé tout le réseau c’était galère » mais ailleurs : « je tweet en direct de sous une table, le PPMS c’est beau ».

En tout cas, l’angoisse n’est jamais très loin, surtout quand l’exercice devient un peu trop réaliste : « Quelqu’un se cogne la tête contre une chaise (dans un jeu, on aurait perdu une vie). Sous la porte, nous voyons l’ombre de pas dans le couloir », « On fait l’exercice d’alerte attentat au lycée, on est tous silencieux et là t’a une meuf elle pète en plein ppms et qui dit désolée, c’est le stress », « Au ppms on avait tellement peur avec Mathilde qu’on se donnait la main ». Entre angoisse et fous rires, l’intrusion de l’état de guerre en milieu scolaire ne va pas de soi…

L.V.  LutinVert1Small

Faut-il remplir ou vider les prisons ?

3 octobre 2016

Chacun naturellement connaît la célèbre injonction de Victor Hugo : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Un programme généreux qui part du principe, maintes fois vérifié, qu’un individu instruit et socialement intégré a infiniment moins de raison de se livrer au crime ou ou délit qu’un être aux abois, livré à lui-même et condamné à voler pour survivre.

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Certes, l’instruction ne conduit pas automatiquement à la vertu et l’on ne compte pas le nombre d’escroqueries de haut vol, perpétrées par la classe dirigeante qui malgré ou grâce à sa parfaite connaissance des lois se livre aux pires turpitudes. En la matière, les exemples abondent, y compris parmi la classe politique, si souvent moraliste mais qui est parfois bien réticente à s’appliquer à elle-même les règles qu’elle impose aux autres. On ne reviendra pas ici sur le cas de ces élus toujours prompts à dénoncer le laxisme de la Justice et à exiger la plus extrême sévérité dans l’application des peines mais qui font tout pour échapper à ses griffes alors même qu’ils ont été pris la main dans le sac. Le cas de Nicolas Sarkozy, empêtré dans moult affaires judiciaires, est emblématique à cet égard, tout comme celui de son ami Patrick Balkany, mis quatre fois en examen, notamment pour fraude fiscale, et toujours député depuis bientôt 30 ans !

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Mais faut-il vraiment vider les prisons ? On pourrait penser qu’une société saine est une société dans laquelle les déviances sont rares et du coup les établissements carcéraux dépeuplés. Sauf que la classe politique joue la surenchère, partant du principe que son électorat, avide de sécurité, se sent davantage rassuré lorsque les prisons débordent.

Du coup, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1957, il y avait en France 20 000 détenus, soit environ 45 détenus pour 100 000 habitants. Ce chiffre est resté sous la barre des 50 000 jusqu’en 2001 mais n’a cessé d’augmenter depuis, au fur et à mesure que le thème de l’insécurité prenait de l’importance dans le débat public.

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Au 1er juillet 2016, les derniers chiffres communiqués par l’administration pénitentiaire font état d’un nombre record de 69 375 détenus effectivement incarcérés, soit plus de 105 détenus pour 100 000 habitants, presque autant qu’au sortir de la dernière guerre, alors que l’épuration battait son plein et que la moitié des détenus étaient emprisonnés pour cause de collaboration…

blog348_dessinbizForcément, avec de tels masses, les prisons sont pleines à craquer et les conditions de détention en France sont régulièrement dénoncées tant par les associations que par les instances européennes, et ceci malgré les programmes de construction et de réhabilitation des bâtiments pénitentiaires. Toujours selon les chiffres du Ministère, il existe actuellement en France 187 établissements pénitentiaires dont 86 maisons d’arrêt avec de l’ordre de 12 000 détenus en surnombre par rapport au nombre de places disponibles. Dans certains établissements, le taux de remplissage dépasse les 200 % ! Comment dans ces conditions éviter que les prisons ne deviennent des lieux de violence et de radicalisation pour certains, de véritables écoles du crime pour d’autres ?blog348_dessinyacine

Il a beaucoup été question ces derniers temps d’atteindre enfin l’objectif de limiter le nombre de détenus à un seul par cellule, un objectif louable inscrit dans la loi depuis 1875 tout de même, mais qu’il n’a jamais été possible de respecter. Le Premier ministre, Manuel Valls, a évoqué la nécessité de créer 10 000 nouvelles places de prison dans les 10 ans, ce qui représenterait un investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros. Rappelons au passage que, avec près de 38 000 agents (dont les trois quart sont des personnels de surveillance), l’administration pénitentiaire dépense déjà 2,7 milliards d’euros chaque année, ce qui représente quasiment 40 % du budget total de la Justice.

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Comme à l’accoutumé, les ténors de la Droite pratiquent la surenchère et Nicolas Sarkozy se targue de vouloir créer 20 000 places de prisons supplémentaires s’il revient au pouvoir. Une perspective que dénoncent de manière unanime l’Observatoire international des prisons, le Syndicat de la magistrature et la Ligue des droits de l’Homme, qui évoquent une « fuite en avant carcérale » pas vraiment de nature à résoudre le problème de l’insécurité. Emprisonner tout ceux qui font peur à la société ou que l’on a du mal à insérer socialement ne constitue certainement pas une solution à long terme, même si cette tentation est largement mise en œuvre dans d’autres pays, États-Unis en tête.

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Pour éviter de remplir les prisons, certains ont imaginé d’autres méthodes encore plus radicales et l’on s’étonne presque que nos responsables politiques, dans leur tentative de se déborder mutuellement par la droite en cherchant à « terroriser les terroristes », n’en viennent pas à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes des milices armées et des escadrons de la mort qui ont fait leurs preuves dans plus d’une dictature sud-américaine dans les années 1970 et 1980.

Ils pourraient dans ce domaine prendre exemple sur le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, qui vient d’accéder à la tête de l’État en mai 2016, après avoir été maire pendant plus de 20 ans de la ville de Davao, sur l’île de Mindanao. Dans cette ville, ce sont plus de 1 400 personnes qui ont été assassinées en pleine rue, entre 1998 et 2015, par des escadrons de la mort circulant à moto. Pour la plupart, ces victimes d’une justice pour le moins expéditive étaient de jeunes délinquants, pickpocket ou revendeurs de drogue, mais avec bien entendu un lot de bavures, plusieurs adolescents ayant été tués par erreur. Chacun sait bien que la Justice est aveugle et il arrive parfois que son bras armé se trompe de cible…

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Le nouveau chef de l’État, ancien procureur de son état, s’est d’ailleurs vanté durant sa campagne électorale d’avoir ainsi fait exécuter sans le moindre jugement 1700 personnes. Et depuis qu’il est à la tête du pays, les statistiques de la police font état d’au moins 3 140 délinquants, violeurs et dealers présumés, qui ont été « éliminés » en quelques mois, au nom de la « guerre contre la drogue » lancée par le président populiste. Le président Duterte annonce d’ailleurs sans ambages la couleur, promettant l’exécution de « dizaines de milliers de criminels » pendant sa présidence, au risque de partir « à la retraite avec la réputation d’Idi Amin Dada », l’un des plus sanguinaires dictateurs africains dont le régime causa la mort de 300 000 personnes dans les années 1970.

Espérons que nos propres candidats aux prochaines élections présidentielles ne prennent pas exemple sur un tel modèle pour résoudre l’équilibre délicat entre répression sécuritaire et surpopulation carcérale… Car pour être honnête, il semble que le modèle se heurte à une limite : effrayés par cette vague massive d’exécutions arbitraires, des milliers de petits trafiquants philippins et consommateurs occasionnels de stupéfiants se sont rendues à la police à travers tout le pays afin de se mettre à l’abri, à tel point que le taux de remplissage des prisons est cinq fois supérieur à leur capacité d’accueil ! Est-ce vraiment le but recherché ?

L.V.  LutinVert1Small

Après l’attentat de Nice, les odieuses surenchères de la Droite

23 juillet 2016

Après l’attaque sanglante contre les journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 et malgré certaines réactions pour le moins inappropriées, la classe politique française avait globalement su faire bloc et appeler à l’unité nationale contre de tels agissements manifestement tournés contre la liberté de pensée et d’expression qui caractérisent notre démocratie. Des citoyens s’étaient rassemblé en masse, faisant fi de leurs divergences politiques, pour exprimer ensemble leur attachement à ces valeurs communes.

Curieusement, la cote de popularité du Chef de l’État, pourtant au plus bas dans les sondages, était même remontée de manière très significative, reflet de ce souhait d’unité nationale soudée autour des institutions nationales. « Certains me prenaient pour un Charlot. Ils me soutiendront désormais en tant que Charlie » aurait alors pronostiqué François Hollande, jamais à court d’un bon mot…

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Mais après le spectaculaire attentat du 14 juillet 2016 qui a fait 84 morts à Nice, la configuration semble bien différente. Il est vrai que l’échéance des présidentielles et, plus encore, celle des primaires de la Droite, approchent. Mais on se s’attendait pas pour autant à des réactions aussi impulsives et irresponsables de la part d’un Alain Juppé, pourtant ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, fustigeant les incuries du gouvernement et déclarant dès le lendemain matin au micro de RTL, alors même que les circonstances du drame étaient loin d’être parfaitement connues, « Je ne suis pas enquêteur mais si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». On n’a pas souvenir qu’il tenait des discours aussi simplistes lorsqu’il faisait face, alors en poste à Matignon, à une précédente vague d’attentats qui avaient déjà meurtri la France entre juillet et octobre 1995…

Quels moyens ? Rien de plus simple, comme l’a si bien détaillé dès le 15 juillet également et toujours sur RTL, un autre candidat éventuel à la primaire des Républicains, Henri Guaino, expliquant à plusieurs reprises : « il suffit de mettre à l’entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrête le camion de 15 tonnes, voila c’est tout ! ». On se demande bien pourquoi nos responsables de la sécurité intérieure n’y ont pas pensé plus tôt…

On attend maintenant avec impatience de voir les trois pauvres paras qui déambulent toute la journée au milieu de la foule à la gare Saint-Charles se trimbaler, en plus de leur attirail déjà aussi impressionnant qu’encombrant, un bazooka de 1,55 m sur l’épaule. Voilà qui aurait de la gueule et serait de nature à sécuriser les touristes en goguette. Dans l’hypothèse de l’arrivée inopinée d’un camion kamikaze déboulant via la dépose-minute, on imagine d’avance le beau feu d’artifice si d’aventure le camion est bourré d’explosif et qu’il est la cible d’une roquette. Mais l’imaginatif Henri Guaino a certainement une parade innovante en réserve…

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l'attentat de Nice (photo AFP)

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l’attentat de Nice (photo AFP)

Il est vraiment désespérant de voir à quel point un événement aussi tragique peut susciter des réactions aussi irresponsables. Passons sur le groupe de Niçois déchainés qui ont copieusement hué le Premier ministre Manuel Valls, lors de sa visite officielle, n’hésitant pas à le traiter d’assassin, les sifflets étant d’ailleurs tout autant destinés à l’ancien maire de la Ville, Christian Estrosi qui se trouvait à ses côtés. Il s’agissait semble t-il de militants FN que la député Marion Maréchal-Le Pen est d’ailleurs allé gentiment saluer, tout sourire, après la cérémonie.

Blog325_DessinDaechUn tel déchaînement de violence verbale n’est pas si anodin qu’il n’y paraît et sans doute pas de nature à apaiser les tensions. L’extrême-droite bien sûr se réjouit d’une telle situation, se félicitant d’enregistrer depuis l’attentat de Nice une augmentation significative des demandes d’adhésion au Front National. Ses dirigeants n’hésitent pas à attiser cette colère, à l’image de Marion Maréchal-Le Pen, encore elle !, proclamant au lendemain de l’attentat de Nice : « si nous ne tuons pas l’islamisme, c’est lui qui nous tuera ». On n’est pas très loin des slogans les plus extémistes qui fleurissent ici ou là, du style « L’Islam tue, tuons l’Islam », alors même qu’on a vu à quelles extrémités conduisaient ce genre d’amalgames… Aux attentats revendiqués par Daech va t-il bientôt se succéder d’autres attaques comparables menées par des extrémistes tout aussi radicalisés mais agissant au nom de la sauvegarde des racines chrétiennes de l’Occident comme on l’a déjà vécu en Norvège où le militant d’extême-droite Anders Breivik avait tué sauvagement 77 personnes ?

Blog325_DessinSarkoClownLa Droite des Républicains en tout cas n’a pas fait dans la dentelle non plus, en réaction à l’attentat de Nice, à l’image d’un Nicolas Sarkozy hargneux, attribuant tout les torts au gouvernement au prétexte que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». Le ministre de l’Intérieur a beau rappeler qu’il s’efforce tant bien que mal de reconstituer depuis 2012 les effectifs de police amputés de près de 13 000 agents durant le quinquennat de Sarkozy et de réorganiser les services de renseignement mis à mal par ses prédécesseurs, cela n’empêche pas les outrances des ténors de la Droite. L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, pourtant expert en la matière, a beau s’échiner à expliquer que « face à un fou soutenu par une idéologie », « aucune loi ne peut empêcher cela », rien n’empêche la Droite de réclamer un arsenal législatif toujours plus répressif bien que de portée purement symbolique.

Dans cette affaire, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, qui se vante depuis des années d’avoir mis en place la plus forte densité de police municipale et de caméras de surveillance qui puisse exister, aurait pu se trouver quelque peu déstabilisé par un tel attentat. Comment expliquer en effet que seulement 10 % des effectifs de la police municipale étaient mobilisés en ce jour du 14 juillet pour un rassemblement d’une telle importance ? Comme justifier que l’auteur de l’attentat ait pu en toute impunité rouler avec son camion sans se faire inquiéter sur une artère pourtant interdite aux poids-lourds et truffée de caméras, non seulement le soir de l’attentat mais aussi les deux jours qui ont précédé afin d’effectuer tranquillement les reconnaissances nécessaires ?

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Certes, Christian Estrosi a cédé, depuis peu et pour cause de cumul de mandat, son fauteuil de maire à un homme de paille, un certain Philippe Pradal, que personne n’a entendu au cours de cet épisode désastreux, silence que l’intéressé a d’ailleurs justifié sans ambage et en toute spontanéité : « c’est simple, je fais ce qu’Estrosi me demande. Et il ne me demande rien ». Il faut dire que l’ancien maire est resté premier adjoint de Nice, délégué à la Sécurité, aux Ressources humaines, aux Finances, aux Transports, aux Travaux, à la Voirie et au Stationnement (on se demande bien d’ailleurs ce qui peut rester comme délégations aux autres élus : le fleurissement des monument aux morts peut-être ?).Blog325_DessinSarko

Dans ces conditions, en politique avisé qu’il est et pour éviter d’avoir à répondre aux critiques éventuelles, M. Estrosi préfère attaquer les autres plutôt que justifier ses propres errements. Il n’a ainsi pas hésité, dès le lendemain de l’attentat, à évoquer « un mensonge d’État » quant aux effectifs de la police nationale déployée ce jour-là à Nice, alors que la liste en est parfaitement connue et vérifiable, et que de toute façon une fouille éventuelle de chacun des badauds n’aurait bien évidemment pas empêché le camion fou de se jeter dans la foule…

On a beaucoup polémiqué aussi sur l’absence de blocs de béton posés à l’entrée de la zone afin de bloquer le passage de tout véhicule. Les Israéliens, que le président de la Région PACA Christian Estrosi considère comme un modèle indépassable en matière de sécurité publique, prônent ce type d’approche. Il y a fort à parier néanmoins que si elle avait été préconisée par les services du Préfet, il aurait été le premier à la critiquer au prétexte que ces blocs de béton auraient gêné l’arrivée des secours et l’évacuation des blessés après l’attentat !

La situation actuelle mérite peut-être, de la part de nos dirigeants politiques, un peu moins de mauvaise foi et de surenchères, mais un peu plus de sang-froid et de sens des responsabilités…

L.V.  LutinVert1Small

Gendarmerie de Carnoux : le Major qui voudrait être Général…

16 mai 2016

Le Major Jean-Daniel Sarkissian, inénarrable responsable depuis des années de la brigade de gendarmerie de Carnoux-en-Provence, adore communiquer. Il inonde de courriels les voisins vigilants de son secteur à partir de sa boite professionnelle du Ministère de l’Intérieur. Ses messages sont toujours écrits dans une syntaxe un peu approximative mais font preuve d’un humour potache à se rouler par terre, au point qu’on se demande comment on arrivait à se distraire avant son arrivée à Carnoux, à l’époque pas si lointaine où les militaires français étaient tenus à un certain droit de réserve et où l’Armée était surnommée « La Grande Muette ».

Le Major Sarkissian (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian (photo © La Provence)

Heureusement, le Major Sarkissian a su surmonter ses inhibitions et n’hésite pas à faire part directement à la population locale qui l’adore, ses pensées les plus intimes y compris son souhait de monter en grade. La tactique du gendarme est habile : à force d’inonder toute la ville et au-delà avec ses messages à répétition, nul doute qu’ils devraient arriver aux oreilles attentives de ses supérieurs hiérarchiques. Le message en question a été inséré dans le dernier courriel en date, diffusé le vendredi 13 mai à 12h42 (à première vue, l’heure importe peu, mais sait-on jamais : le Major tient à la ponctualité et ne répétera jamais assez que dans son métier tout peut se jouer à la minute). Petit extrait de ces paroles mémorables :

« Il faut se dire que la communauté des gens qui volent tiennent un guide des communes bien surveillées et il faut que nous restions avec 4 étoiles – donc on compte sur vous pour acquérir la 5ème étoile – cela équivaut pour le Major au passage au Grade de Lieutenant directement avec une paye de Général. A ce moment là je vous offrirai à boire (De l’eau de CARNOUX EN PROVENCE ). iL FAUT QUE JE PENSE À LA LUTTE CONTRE L’INSÉCURITÉ ROUTIÈRE. Je compte sur vous les référents, adhérents sur l’importance de diffuser ce message de vigilance ».

L'oeil était sur la plaque et regardait Carnoux…

L’oeil était sur la plaque et regardait Carnoux…

Pour qui ne connaît pas le contexte, on pourrait penser à première vue que le Major cherche simplement à se pousser du col et à monter en grade, voire aspire à être davantage récompensé de son zèle incontestable par une rémunération plus en rapport avec son efficacité redoutable qui a fait de la commune de Carnoux-en-Provence le summum de ce qui existe en matière de sécurité urbaine, la ville la plus surveillée de France grâce à la mise en place d’un système de délation tel que l’espérance de vie d’un délinquant ou d’un simple suspect y est quasiment réduite à néant.

Le major l’explique d’ailleurs lui-même avec toute la pédagogie qui le caractérise, dans son même message :

« ce matin la Police Municipal de ROQUEFORT LA BEDOULE nous contacte pour nous signaler qu’elle a envoyé une patrouille sur le quartier la Cardeline car un riverain a constaté la présence d’un individu qui s’exprimait pas trop bien et qui cherchait une personne – Ce témoin signale que cela s’est produit il y a 30 mn – Il s’agit d’un quartier qui est placé sous panneau  » VOISINS VIGILANTS » avec une majorité de riverains qui arborent sur le devant de leur maison la mention d’appartenance à ce dispositif.

Pour ceux qui ont des soucis avec ce dispositif et qui déforment son utilisation à des fins personnelles je fais un rappel – Mettre une affiche « VOISINS VIGILANTS » c’est envoyer un message à des personnes qui rentreraient dans un quartier que sa durée de vie dans ce quartier est de 5 minutes ».

La brigade de gendarmerie de Carnoux (photo © La Provence)

La brigade de gendarmerie de Carnoux (photo © La Provence)

Le hic cependant c’est que certains habitants ont encore un peu de mal à appliquer les consignes du Major, ce qui a tendance à l’agacer quelque peu – c’est toujours le problème avec ces foutus civils qui réfléchissent trop au lieu d’agir… Alors, le Major répète encore une fois la leçon pour que chacun acquière les bons réflexes et appelle illico la gendarmerie dès qu’il aperçoit le moindre inconnu dans sa rue :

« Si on contacte les forces de police 30mn après – cela ne sert à rien car ces individus passent par les pistes – longent les propriétés et ils ont 10 mn pour sonner aux portails – pénétrer à l’intérieur et cambrioler – dans l’attente que nos politiques nous mettent à disposition des drones nous permettant de lancer une surveillance par les airs des quartiers on demande à la population de nous alerter à l’instant même pour nous permettre d’être réactif et de montrer aux personnes qui ont de mauvaises idées qu’ils ont intérêt à aller voir sur d’autres communes si l’air n’est pas meilleur.

je demande aux référents des quartiers de sensibiliser de nouveau les habitants sur l’importance de cet appel rapide – Quand cela est bien fait comme mardi à CARNOUX nous sommes efficaces quand à 2 reprises on l’apprend 30 mn après on ne peut pas être trop content ».

Le Major Sarkissian en mairie de Roquefort La Bédoule en novembre 2014 (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian en mairie de Roquefort La Bédoule en novembre 2014 (photo © La Provence)

On comprend bien toute la frustration du Major de constater que certains habitants qui se disent pourtant vigilants en sont encore à hésiter avant de décrocher leur téléphone pour dénoncer le passage d’un individu suspect, surtout un peu basané ou, pire, osent encore laisser leur portail ouvert en pleine journée. Un véritable geste pousse au crime et qui laisse le major totalement désemparé.

Sans même parler de ceux qui lui font encore l’affront de quitter leur domicile sans avertir la gendarmerie que leur maison est vide et qu’il convient donc de la surveiller. Là c’est vraiment trop et le Major l’exprime sans détour : « A ce moment là je ne suis pas content et je le fais savoir ». On n’aimerait pas être à la place de ce voisin soi-disant vigilant qui a commis un tel manquement à la plus élémentaire des règles de sécurité !Blog58_Ph1

Car, en attendant les drones qui ne devraient pas tarder à survoler notre commune pour compléter l’action des caméras de vidéo-surveillance déjà largement déployées dans notre espace public, n’oublions-pas que la Gendarmerie nationale a d’abord et avant tout un rôle d’éducation. Et le Major Sarkissian, en visionnaire avisé, a déjà prévu toutes les éventualités, y compris celle que les plus hautes autorités du pays l’appellent à exercer ses talents sur des tâches d’une autre envergure (dès qu’il sera nommé lieutenant avec une paye de général, ce qui ne devrait guère tarder).

Le Major Sarkissian et ses équipes avec les maires de Carnoux et La Bédoule (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian et ses équipes avec les maires de Carnoux et La Bédoule (photo © La Provence)

C’est pour parer à une telle éventualité qu’il s’efforce de mettre les bouchées doubles pour former les citoyens vigilants destinés à prendre la relève, ainsi qu’il l’explique lui-même : « Si demain dans un cadre de restructuration – d’économies – de regroupement de moyens on venait à vous enlever les gendarmes à CARNOUX A PROVENCE vous puissiez être prêts à repousser la délinquance par des moyens humains de vigilance. C’est important d’en prendre conscience et de faire en sorte de protéger ses biens et celui du voisin ».

Chacun à Carnoux bien entendu tremble que la commune puisse un jour vivre sans l’ombre tutélaire du Major Sarkissian. Faudra t-il alors pour se défendre contre le crime organisé qui rôde à nos portes mettre sur pied une véritable milice de citoyens prêts à tout pour se défendre contre toute intrusion étrangère ? En matière d’organisation de la sécurité publique, on pensait avoir quelque peu dépassé le stade du Far West mais ce n’est manifestement pas le cas de tout le monde dans les rangs de la Gendarmerie nationale…

L.V.  LutinVertPetit

Israël : modèle ou repoussoir ?

14 mai 2016

Depuis les récents attentats de djihadistes en Europe, nombre de nos élus politiques se précipitent en Israël considéré comme un modèle de lutte anti-terroriste qui a su instaurer un régime particulièrement efficace de surveillance et de repression qui permet de contrer les menaces des militants islamistes en tout genre. « Il faut terroriser les terroristes » avait déjà théorisé l’inénarrable Charles Pasqua et c’est cette recette que nos responsables politiques viennent chercher auprès des forces de sécurité israéliennes, de la même manière que les militaires américains empétrés dans la guerre du Vietnam ou plus tard les régimes militaires dictatoriaux d’Argentine ou du Chili des années 1970 venaient s’enquérir auprès de l’armée française des méthodes de torture et de terreur mises en place lors de la bataille d’Alger.

Arrestations musclées à Jérusalem (crédit photo AFP)

Arrestations musclées à Jérusalem (crédit photo AFP)

L’expertise semble avoir changé de camp et Israël est devenu aux yeux du monde occidental le modèle abouti qui permet de contenir la violence plutôt que d’en limiter les causes par une action politique, sociale ou diplomatique. On a vu ainsi le maire de Nice, Christian Estrosi déclarer lors d’un déplacement en Israël le 16 juin 2014 : «  Je suis fier d’être un ami d’Israël. A peine arrivé sur la Terre d’Israël, je souhaite m’exprimer afin de marquer mon engagement dans la lutte contre l’anti-judaïsme, qui gagne partout du terrain, et contre l’odieuse campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui sévit au plan international ».

Christian Estrosi et le ministre israélien de la défense Moshe Ya’alon en février 2016

Christian Estrosi et le ministre israélien de la défense Moshe Ya’alon en février 2016

A peine élu à la tête de la région PACA, le même Christian Estrosi s’est aussitôt précipité en Israël pour y effectuer son premier voyage à l’international. Il y a rencontré des leaders de la sécurité ainsi que les ministres de l’Intérieur et de la Défense, avec comme objectif affiché de venir prendre des leçons en matière de lutte au quotidien contre les actions terroristes. « Être à la pointe de la lutte par le renseignement contre la cybercriminalité est un objectif majeur lorsqu’on sait que la radicalisation se fait par le biais des réseaux sociaux » a-t-il ainsi déclaré tout en estimant que : « Il est temps que la France comprenne que nous ne gagnerons pas la guerre avec les lois de la Paix ! » .

Martine Vassal à Jérusalem le 3 mai 2016 avec Reuven Rivlin, président d'Israël (photo M. Neiman / GPO)

Martine Vassal à Jérusalem le 3 mai 2016 avec Reuven Rivlin, président d’Israël (photo M. Neiman / GPO)

Depuis, la présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, s’est également empressée de réaliser son premier déplacement officiel à l’étranger justement en Israël, à Jérusalem, avec comme objectif affiché d’apprendre comment combattre le terrorisme : « la France peut tant apprendre d’Israël » s’exclamait-elle ainsi tout en s’affichant avec le président de l’État israélien, Reuven Rivlin, considéré comme un faucon du Likoud.

A croire que l’État répressif d’Israël que certains, à l’instar de Pierre Stamboul, co-président de l’Union Juive Française pour la Paix, n’hésitent pas à qualifier de lieu d’apartheid, serait un modèle pour nos démocraties occidentales… Pourtant, quand on lit certains témoignages dont celui du Français François-Xavier Gilles sur son blog Palestine.Katinfo, de retour d’un voyage en Israël, cette répression policière à outrance, venant en appui à des militants sionistes décomplexés qui poursuivent sans vergogne leur œuvre de colonisation, on se sent pour le moins mal à l’aise face à cette « horreur au quotidien ».

Evolution des territoires palestiniens depuis 1947

Evolution des territoires palestiniens depuis 1947

FX. Gilles et son groupe en visite à Al Khalil (Hébron) en avril 2016

FX. Gilles et son groupe en visite à Al Khalil (Hébron) en avril 2016

Quelques extraits de ce témoignage : « Israël avance tel un rouleau compresseur: il ne s’arrête pas; il accélère. Le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem est envahi de drapeaux israéliens au premier étage des maisons toujours plus nombreuses à être colonisées. La police et l’armée israéliennes, auxquelles s’ajoutent maintenant des milices à pied ou à moto en gilet pare balle, sont omniprésentes tout au long du trajet, pourtant musulman, de la porte de Damas au mur des lamentations. Les colons israéliens, tous plus ridicules les uns que les autres dans leurs accoutrements invraisemblables, y déambulent sans vergogne, pistolets à la ceinture pour certains ».

Contrôles au faciès par des policiers israéliens à Jérusalem Est  (crédit photo AFP)

Contrôles au faciès par des policiers israéliens à Jérusalem Est (crédit photo AFP)

Le représentant de France Palestine Solidarité décrit les arrestations arbitraires et les contrôles musclés permanents destinés à intimider, les fouilles au corps brutales en pleine rue et les commentaires désabusés des vieilles femmes qui observent ces violences policières quotidiennes : « C’est une honte, ça n’arrête pas, ils n’ont rien fait, on ne peut rien, c’est tous les jours comme ça ». Il évoque les spoliations des maisons dans Jérusalem Est qui n’a toujours pas de statut défini mais où la colonisation juive se poursuit insidieusement, avec l’aide d’intermédiaires véreux. Il décrit l’asphyxie organisée de toute l’économie palestinienne dont les produits agricoles sont bloqués tandis que les fruits et légumes israéliens inondent les marchés, les check point qui changent sans arrêt et dont le seul but semble être de rendre la vie impossible aux résidents palestiniens.

« Si les fruits et légumes ne passent pas, les palestiniens des territoires occupés comme on appelle précieusement la Cisjordanie d’à côté, et encore moins les palestiniens de Gaza, ne passent pas non plus. Ils leur faut un permis, délivré par l’autorité israélienne, pour se rendre à Jérusalem. Une fois l’an et encore, pas pour tout le monde. Certains n’y sont jamais allés.

Check point de Qalandia entre Ramallah et Jérusalem

Check point de Qalandia entre Ramallah et Jérusalem

Maram, une jeune femme palestinienne de 24 ans, enceinte et mère de deux enfants, en avait obtenu un de ces laisser-passer, pour la première fois de sa vie. Le mercredi 27 avril, venant de son village de Beit Surik voisin, elle s’est avancée au check-point de Qalandiya en empruntant innocemment l’accès réservé aux voitures ; elle ne comprenait pas l’hébreu, langue dans laquelle les soldats lui ordonnaient de loin de rebrousser chemin. Les soldats l’ont assassinée. Son frère Ibrahim, 16 ans, qui l’accompagnait et qui a tenté de lui porter secours a été abattu lui aussi.

Nous sommes passés au check-point une heure plus tard, en revenant de Ramallah. Deux reporters de télévision étaient présents. C’était bourré de jeeps et de militaires. Obligés de changer de bus, nous avons demandé à des palestiniens présents sur les lieux ce qu’il se passait. « Deux palestiniens ont été tués; l’un tentait de passer le check-point alors qu’il n’avait pas d’autorisation (par le mauvais accès); l’autre a tenté de l’aider ». Les voitures continuent d’avancer au pas, les passagers présentent leurs papiers aux soldats surarmés; comme d’habitude à Qalandiya, un long fleuve tranquille… »

Point de passage de Qalandia après la mort de deux Palestiniens, le 27 avril 2016 (photo A. Gharabli  / AFP)

Point de passage de Qalandia après la mort de deux Palestiniens, le 27 avril 2016 (photo A. Gharabli / AFP)

Le communiqué officiel précisera : « Les policiers israéliens ont tué mercredi matin deux Palestiniens qui s’approchaient d’eux armés de couteau et ont refusé de s’arrêter malgré des injonctions répétées au point de passage de Qalandiya entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée ». Mais de nombreux témoignages de passants, repris notamment par Le Parisien, confirment bien qu’il s’agit d’une simple méprise et que les couteaux retrouvés près des corps ont été déposés après coup par les soldats israéliens pour masquer leur bévue. Des dérives pour le moins inquiétantes dans une démocratie modèle !

A l’issue de ce témoignage, François-Xavier Gilles évoque aussi ce mur de séparation en béton construit pour protéger les colonies israéliennes et que certains ont baptisé le mur de la honte. De nombreuses fresques ont été peintes sur ce mur comme sur celui qui coupait jadis en deux la ville de Berlin, plusieurs étant l’oeuvre de l’artiste britannique anonyme Bansky.

Quelques fresques peintes par l'artiste de rue Bansky sur le mur de la honte à Bethléem

Quelques fresques peintes par l’artiste de rue Bansky sur le mur de la honte à Bethléem

F.-X. Gilles évoque en particulier un dessin peint sur le mur à Bethléem, « montrant un seul enfant d’un côté du mur tenant un cerf-volant au couleur de la Palestine et, de l’autre côté de ce mur, plusieurs enfants tenant chacun un cerf-volant aux couleurs des drapeaux des pays de l’occident – Oui, la phrase inscrite en arabe est terrible: Votre silence nous tue ».

Fresque à Bethléem : qui s'intéresse encore aux souffrances des Palestiniens ?

Fresque à Bethléem : qui s’intéresse encore aux souffrances des Palestiniens ?

Difficile en effet de ne pas se sentir interpellé par le développement de cette politique d’apartheid et par le renforcement de la violence qui ne fait que s’accroître des deux côtés du mur de séparation. L’histoire a maintes fois prouvé qu’accroître la répression aveugle dans une situation d’injustice ne pouvait que renforcer la détermination de ceux qui se sentent victimes et qui du coup se lancent dans des actions terroristes de plus en plus violentes. Il n’y a bien entendu aucun lien entre les actions djihadistes de DAECH et le conflit israélo-palestinien, raison de plus pour ne pas aller chercher en Israël des solutions inadaptées au contexte qui est le notre…

L.V.  LutinVertPetit

Tribune libre : chômage et sécurité

13 janvier 2016

Les sondages réalisés pendant la campagne des élections régionales indiquent que le chômage est la première préoccupation des Français, devant la sécurité.

Pour ce qui est de la sécurité, son amélioration ne peut être obtenue que par l’augmentation des effectifs de la police et un renforcement de ses moyens matériels. S’impose également une collaboration toujours plus étroite entre services ainsi qu’avec les polices des pays voisins. Contribuer à ramener la paix dans les pays où naît une part importante de cette insécurité serait sans doute aussi très utile.Blog266_DessinChomage2

Concernant l’emploi, c’est l’industrialisation qui a fait apparaître un chômage permanent, résultant de l’adaptation du marché aux besoins. Conscient de cela, l’État a mis sur pied l’assurance chômage, sur la base de cotisations payées par les employés et les employeurs, et financée par l’État lui-même dans certains cas.

Lorsque les revenus des gens diminuent, la consommation faiblit et ainsi commence la récession qui se traduit par une augmentation du chômage. Il faut donc agir rapidement en augmentant les salaires et en diminuant les impôts afin de rétablir le pouvoir d’achat de la population.

Blog266_DessinChomage4Mais les industries n’appartiennent pas à l’État : elles sont dirigées par des gérants nommés par les actionnaires et qui doivent avant tout défendre les intérêts de ces actionnaires. Les entreprises non seulement n’augmentent donc pas les salaires, mais s’efforcent au contraire de les tirer vers le bas pour réduire leurs coûts et maximiser leurs marges à court terme.

Pour tenter de diminuer malgré tout le chômage, l’État verse des aides aux entreprises en échange de promesses d’embauches, comme cela a été le cas récemment via le Pacte de responsablité. Mais les entreprises tiennent rarement leurs promesses et l’État est bien incapable de les y contraindre…

En même temps, l’État tente de relancer l’activité par divers moyens, en favorisant la construction, en lançant des chantiers d’infrastructures publiques ou en aidant à la création d’entreprises innovantes, par exemple dans le domaine des énergies nouvelles, mais tout cela ne suffit pas.Blog266_DessinChomage3

On sait par expérience que pour diminuer le chômage de manière significative, il faut favoriser l’investissement dans tous les domaines afin de relancer l’activité, et ceci sans trop se préoccuper de l’endettement qui en résulte. Un autre levier d’action consiste à favoriser les exportations en faisant baisser le cours de la monnaie nationale.

Mais nous ne sommes plus en mesure d’actionner ces leviers car les économistes de Bruxelles de nous le permettent pas. Pour eux, l’objectif principal est de rétablir l’équilibre du budget et de diminuer le montant de la dette. Et c’est ainsi que le taux de chômage continue à augmenter inexorablement tandis que le pays s’enfonce dans la récession à cause des politiques d’austérité. Cette politique d’arrière grand-père qui consiste à faire des économies plutôt que d’investir aggrave notre situation économique !

Blog266_DessinUELes États-Unis, longtemps première puissance industrielle mondiale (désormais détrônée par la Chine), mènent une politique radicalement différente : ils n’hésitent pas à investir massivement, quitte à augmenter leur endettement pourtant déjà élevé, et à faire baisser le cours du dollar afin de favoriser leurs exportations en cas de besoin. Cette politique leur a permis de rester une puissance économique de premier plan même si leur taux d’endettement par rapport à leur produit intérieur brut (PIB) est actuellement supérieur à celui de la France.

En Europe même, on constate qu’un pays comme l’Allemagne arrive à avoir un budget fédéral à l’équilibre, tout en investissant et en exportant davantage que la France. Le pays investit en particulier massivement pour développer les énergies renouvelables afin d’éliminer au plus vite ses centrales à charbon extrêmement polluantes. Alors pourquoi ce décalage avec notre propre économie ?Blog266_DessinAllemagne2

Une des raisons semble liée à un certain dumping social. Jusqu’à ces derniers mois, il n’y avait pas de salaire minimum garanti en Allemagne comme le Français moyen l’a appris récemment. Les employeurs profitaient de ce contexte pour pressurer les salaires en favorisant notamment l’emploi massif de travailleurs issus d’Europe de l’Est, ce qui leur permettait de produire à bas coût. Par rapport à la France, il semblerait aussi que les systèmes de protection sociale et de retraite soient globalement moins favorables, tandis que la démographie actuelle favorise des taux de chômage relativement faibles.

Il serait donc temps que l’Europe joue vraiment son rôle d’harmonisation des politiques sociales afin de rétablir davantage d’équité entre pays européens, mais bien sûr en s’alignant autant que possible sur les régime les plus favorables : une utopie irréaliste ou une véritable ambition politique ?

Michel Bouvier

Création d’une milice à Béziers ?

2 décembre 2015
Affiches placardées dans les rues de Béziers

Affiches placardées dans les rues de Béziers

Une fois de plus, le maire de Béziers, l’ancien journaliste Robert Ménard, élu en 2014 avec le soutien du Front National, vient de faire parler de lui. Après s’être distingué pour avoir fait installer ostensiblement une crèche dans la mairie en 2014, en contradiction complète avec la tradition républicaine laïque, après avoir instauré le couvre-feu pour les mineurs dans certains quartiers de la ville, tenu le compte des élèves musulmans dans les écoles et interdit d’étendre du linge aux balcons, il avait fait placarder dans les rues de la ville en février dernier d’immenses affiches vantant l’armement de sa police municipale et s’était attiré les foudres du Préfet cet été, à l’occasion de la remise d’un drapeau au commandant de sa police municipale, en accusant l’État de « lâcheté », d’ « impuissance » et de « soumission », rien de moins !

Blog253_PhRemiseDrapeau

On doit en tout cas reconnaître à Robert Ménard une certaine suite dans les idées. Persuadé que la nation française est en pleine « décadence » et qu’il est le dernier rempart contre l’invasion de hordes barbares, il se dote en toute logique de sa propre armée sous forme d’une police municipale forte et bien équipée, dont les effectifs ont été doublés depuis 2014 et qu’il présente comme une « avant-garde » en vue d’ « un sursaut, une réaction », qu’il appelle de ses vœux, sous la forme d’une révolution nationale avec des accents qui rappellent furieusement les discours du maréchal Pétain ou de Pierre Laval dans les années 1940.

Conférence de presse de Robert Ménard le 1er décembre 2015 (capture écran YouTube)

Conférence de presse de Robert Ménard le 1er décembre 2015 (capture écran YouTube)

La conférence de presse que le maire de Béziers vient de donner mardi 1er décembre en compagnie de son adjoint à la sécurité, l’ancien colonel de gendarmerie Dominique Garcia, s’inscrit parfaitement dans cette logique. La prestation, relayée notamment par Midi Libre et le Huffington Post, fortement teintée d’une bonne dose de provocation, est visible sur YouTube et vaut le détour. On y voit Robert Ménard à côté de son adjoint muet mais au visage martial, sous l’œil impassible d’une Marianne en plâtre, expliquant benoîtement et après moult détours vouloir constituer une armée de supplétifs qui viendront épauler sa police municipale en quadrillant les rues de la ville en uniforme, au moins le temps que durera l’état d’urgence décrété après les attentats du 13 novembre, et pourquoi pas au delà si l’idée plaît…

Robert Ménard et son adjoint à la sécurité présentant leur affiche à la Presse (photo P. Saliba)

Robert Ménard et son adjoint à la sécurité présentant leur affiche à la Presse (photo P. Saliba)

On sent le coup médiatique mûrement préparé et les journalistes présents sont invités à s’emparer de magnifiques affiches en couleur fraîchement imprimées, que le maire annonce vouloir coller dans les rues de la ville « dès jeudi ». L’objectif : recruter ces nouveaux miliciens qui devront être nécessairement d’anciens professionnels de la sécurité, autrement dit d’anciens gendarmes, policiers ou pompiers retraités, car bien évidemment on ne s’improvise pas agent de sécurité.

Ces agents supplétifs sont présentés comme des volontaires, des « citoyens du cru », mais qui auront le statut de « collaborateurs occasionnels du service public » (décidément , toujours ces références à la période trouble du régime de Vichy et à la Collaboration…). En d’autres termes et même si le maire de Béziers les présente comme des bénévoles, ces agents seront rémunérés. Nul doute que les volontaires ne devraient pas manquer, même si le rôle de cette nouvelle « Garde biterroise » reste assez flou et semble devoir se limiter à se montrer sur la voie publique et à la sortie des écoles pour rassurer la population et téléphoner à la police en cas de besoin.

Avis aux amateurs...

Avis aux amateurs…

Bien évidemment, le Préfet n’a pas manqué de réagir à cette nouvelle provocation du maire de Béziers. Selon le Midi Libre, il a rappelé dans un communiqué que « les missions de sécurité publique assurées par les maires sont encadrées par des dispositions législatives et réglementaires, qui prévoient que les personnels intervenants doivent être des fonctionnaires territoriaux agréées par le représentant de l’État et le procureur de la République. » Dénonçant l’absence totale de concertation préalable avec les services de l’État et l’absence de délibération en conseil municipal qui entache d’illégalité une telle décision, il demande au maire de renoncer à ce dispositif et dissuade d’éventuels volontaires de se porter candidats pour une mission aussi mal définie.

Pas sûr qu’une telle mise en garde suffira à convaincre Robert Ménard de renoncer à son projet… Pour ce genre d’individu, passé les bornes, il n’y a plus de frontière !

L.V.  LutinVertPetit

Compassion et détermination

25 novembre 2015

Comment réagir face aux événements qui nous sidèrent ? Quelles peuvent être nos attitudes, nos pensées, nos actions ?

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Rescapés des attentats de Paris pris en charge devant le Bataclan le 13 novembre 2015 (photo T. Camus / AP/SIPA)

Compassion d’abord tant il est vrai que c’est l’essence même de l’humanité : l’homme n’est homme que parce qu’il sait faire preuve de compassion envers ceux qui soufrent, sont malades, pleurent. Toute l’histoire, les religions, les philosophes nous l’enseignent. Il s’agit donc d’aller vers les proches des disparus, des blessés et de leur témoigner de notre solidarité. Ce d’autant plus qu’à Paris, ce sont nos enfants, nos petits-enfants, nos frères et sœurs.

Blog251_PhCamusDétermination ensuite : Comment agir, réagir ? Une œuvre nous aide sans doute à y voir plus clair : « La Peste » d’Albert Camus. Pouvons-nous comparer les instants que nous vivons à la situation décrite dans ce roman ? Il peut en tout cas nous aider, nous guider dans notre réflexion. Que dit-il qu’il me semble devoir retenir aujourd’hui ? Dans ces moments-là, il faut faire son travail, tout simplement mais plus que jamais, avec cœur et ardeur. Et le héros, c’est bien Joseph Grand qui malgré les menaces, ses propres échecs, fait et refait toujours son ouvrage. C’est aussi le docteur Rieux qui rejette les arguties des uns et des autres, ceux-là même qui ne veulent rien faire, se voilent la face, fuient. Il choisit de se battre contre le virus, au péril de sa vie et malgré ces hommes restés inertes.

Comme le docteur Rieux, soyons déterminés à être citoyens. Croire à la démocratie, à la solidarité, est nécessaire mais pas suffisant. Il nous faut la vivre au quotidien, en témoignant, en respectant les paroles des autres, en accueillant celui qui soufre, en éduquant nos enfants. Bref, il nous faut faire notre travail, jour après jour, avec détermination.

Restons modestes : nos petits bras, musclés ou non, ne changeront pas le monde à eux tout seuls, mais y contribueront certainement avec tous les autres de bonne volonté. Et restons optimistes : « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser1 ».

Antoine Malafosse

18 novembre 2015

1 La Peste, Albert Camus, 1947

Quelle attitude face au terrorisme de Daech ? Propos iconoclastes

19 novembre 2015

Difficile de réagir sereinement face au carnage provoqué le 13 novembre 2015 au soir par une poignée de terroristes déterminés, se réclamant de Daech… La colère et le désir de vengeance dominent bien des réactions recueillies par les médias. L’appel à un renforcement des mesures de sécurité, à l’enfermement préventif de toute personne soupçonnée de sympathie islamiste et à des frappes aériennes meurtrières pour tuer au cœur des territoires syriens et irakiens tombés aux mains de Daech, telles sont certaines des pistes avancées par plus d’un responsable politique.

Policier près d'une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Policier près d’une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Dès le lendemain des attentats, les avions français ont largué leurs bombes sur des camps d’entraînement de Daech à Raqqa et en quelques jours on a assisté à un spectaculaire renversement d’alliance conduisant la France à rejoindre la Russie de Poutine dans son déferlement de violence contre les opposants à Bachar Al-Assad. Oublié le contentieux pourtant tout récent qui avait conduit François Hollande à revenir sur la vente de frégates à la marine russe après son annexion à la hussarde de la Crimée et ses incursions militaires musclées en territoire ukrainien.

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Mais en pareille circonstance, la colère et la haine de l’autre ne sont pas forcément bonnes conseillères. On voit comment des années d’escalade dans la répression et l’apartheid ont conduit certaines nations au chaos et combien il est difficile ensuite de sortir de cette spirale infernale qui s’auto-entretient. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens en est un bon exemple qui montre à quel point le tout répressif ne fait qu’alimenter le terrorisme dans une guerre asymétrique, renforçant encore la détermination de ceux qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour la cause qu’ils défendent.

Il n’est pas question bien évidemment de faire preuve d’angélisme et encore moins d’indulgence vis-à-vis de ces fous d’Allah dont beaucoup voient dans le jihadisme un simple prolongement de la délinquance ordinaire comme le montrent certains des profils mis en lumière lors de ces récents attentats. Mais il n’est pas interdit non plus de réfléchir pour chercher quelles sont les meilleures réponses face à des comportements aussi dangereux pour nos sociétés démocratiques multiculturelles.

Parmi ceux qui se sont risqués à explorer d’autres voies que celles qui viennent spontanément à l’esprit, citons l’analyse du journaliste Nicolas Hénin. Présent en Irak pendant la quasi totalité de l’intervention de l’armée américaine, il a couvert de nombreux conflits au Soudan, en Somalie ou au Yémen et c’est un excellent connaisseur du monde arabe. Enlevé en juin 2013 à Raqqa par des combattants jihadistes, il a été détenu pendant près d’une année par Daech, ce qui lui a permis de côtoyer de près ses militants et de bien en percevoir les ressorts.

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Invité par plusieurs médias juste après les attentats du 13 novembre, il a rappelé ce qu’il avait déjà développé en mars dernier, notamment dans l’émission « On n’est pas couché » animée par Laurent Ruquier. Il tente en particulier d’expliquer les motivations de Daech et sa vision apocalyptique basée sur une confrontation frontale avec les sociétés occidentales, mais aussi les arguments que ce mouvement met en avant pour recruter, y compris parmi certains jeunes Européens. Le journaliste a vu comment les mouvements jihadistes se sont développés suite à l’invasion de l’Irak par les Américains et il redoute que les bombardements massifs de la coalition actuelle franco-russo-américaine ne vienne encore renforcer les arguments de Daech auprès de la population civile locale.

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Vivre sous la terreur permanente des bombardements, même ciblés sur des objectifs militaires, conduit forcément la population à se rapprocher de ceux qui disent la défendre, seuls contre le reste du monde occidental coalisé. Une telle vision iconoclaste a d’ailleurs valu à son auteur de vertes critiques de la part de nombreux commentateurs : il n’est jamais bien vu d’aller contre l’avis général…

Faut-il pour autant ne rien faire ? Certainement pas, mais les solutions sont rarement exclusivement militaires, surtout lorsqu’on se contente d’une guerre aérienne à distance faute du courage politique d’envoyer des combattants au sol. Plusieurs voix s’élèvent pour suggérer d’œuvrer en parallèle à un rapprochement diplomatique entre l’Iran et l’Arabie saoudite, deux pays émergents de la région qui participent largement à attiser les braises dans le conflit syrien, mais aussi à ramener à la raison la Turquie qui, sous la conduite de son président Recep Tayyip Erdogan a longtemps soutenu les mouvements jihadistes et réprime sévèrement les pechmergas kurdes qui les combattent.

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Rien n’est jamais simple et les solutions ne peuvent être univoques face à la menace que font peser sur nos sociétés des mouvements organisés comme Daech, qui s’appuient sur des individus radicalisés et sur une propagande terriblement efficace. Contre cet embrigadement et cette exploitation du désespoir, n’oublions pas que l’échange et l’ouverture à l’autre dans le dialogue peuvent aussi avoir un rôle à jouer. La haine et la soif de vengeance ne sont certainement pas les meilleures réponses, la peur et le repli identitaire non plus. Plus facile à dire qu’à faire, bien entendu, mais c’est le génie de l’homme que d’arriver à surpasser ses sentiments les plus immédiats grâce à la réflexion et à l’usage de la raison…

L.V.  LutinVertPetit

SNCF : les cheminots disent leurs quatre vérités !

3 novembre 2015

Blog244_PhAfficheVoila une manière originale de communiquer pour les cheminots : brocardés sans arrêt par les médias qui les accusent à chaque mouvement de grève de prendre la France en otage, ils ont décidé de répliquer. Avec l’aide du cabinet d’expertise Émergences, ils ont demandé au réalisateur Gilles Balbastre de faire un film pour expliquer leur point de vue et tenter de contrer celui de la Direction, largement invitée sur les plateaux télévisés. C’est le comité d’entreprise du Nord-Pas de Calais qui est à l’initiative de l’exercice et le résultat est plutôt réussi. Accessible sur internet depuis le 2 septembre 2015, le film de 56 mn a déjà été visionné 54 000 fois dès les deux premières semaines…

Le journaliste et réalisateur Gilles Balbastre

Le journaliste et réalisateur Gilles Balbastre

Le point de départ de l’aventure est le débat avorté qui a eu lieu au cœur de l’été 2014, lorsque le gouvernement de Manuel Valls a fait voter une nouvelle réforme ferroviaire, créant deux nouvelles entités, SNCF Mobilités et SNCF Réseau, regroupées sous la houlette de la SNCF, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) dit « de tête », pour remplacer les structures qui résultaient de la scission décidée en 1997 entre la SNCF et Réseau ferré de France (RFF). SNCF Mobilités regroupe toutes les activités liées au transport de voyageurs : Intercités, TER, Transilien, SNCF Voyages et SNCF Geodis, tandis que SNCF Réseau assure les missions du gestionnaire d’infrastructures.

A l’époque, cette réforme a été présentée par la direction de l’entreprise et par les médias dominants comme un moyen d’atteindre l’excellence dans le transport ferroviaire pour les voyageurs comme pour le fret, d’améliorer la ponctualité et de garantir la sécurité, dans le cadre d’un engagement d’objectifs qui passe par un engagement sans faille du personnel, en vue de la satisfaction des clients. Une démarche qualité moderne destinée à tirer le maximum du monde des cheminots dont le goût du travail bien fait est déjà légendaire. C’est du moins le discours que le président de la SNCF, Guillaume Pepy, a clamé sur toutes les ondes de France et de Navarre.

Une manière sans doute de faire oublier l’histoire des trains trop larges pour passer sur les voies, qui a fait se tordre de rire la France entière, et surtout les récentes catastrophes ferroviaires dont celle de Brétigny-sur-Orge qui a fait 7 morts et 70 blessés le 12 juillet 2013. Ce jour-là, le train Corail Paris-Limoges s’est brusquement couché au passage dans cette petite gare de l’Essonne, suite à un déraillement occasionné par un aiguillage défectueux pourtant déjà signalé par les cheminots.

Accident ferroviaire à Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013

Accident ferroviaire à Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013

Or les témoignages de cheminots qu’a recueillis le cabinet Émergences et qui sont mis en scène dans le film montrent l’envers du décor : la souffrance au travail et le désarroi de cheminots entièrement dévoués à leur mission de service public et qui se trouvent confrontés à des conditions de travail dégradées, au triomphe de la productivité et de la logique commerciale, aux mensonges de la Direction, et à une lente mais inexorable détérioration d’un matériel de moins en moins bien entretenu.

Aiguillage défectueux à l'origine de l'accident de Brétigny-sur-Orge

Aiguillage défectueux à l’origine de l’accident de Brétigny-sur-Orge

Il faut voir la séquence montrant ce cheminot, en gilet orange fluo et le visage flouté, schootant d’un air désabusé dans les fixations de rail dont les tire-fonds ont disparu, recollant avec un rouleau de chatterton un candélabre en train de s’effondrer sur le quai ou constatant la présence de traverses pourries et jamais remplacées malgré les multiples signalements. L’image de sécurité absolue de la SNCF en prend un coup et on comprend mieux les multiples causes de retards et d’incidents qui émaillent le quotidien de l’usager lambda… On n’est pas très loin de la situation des trains britanniques après leur privatisation, telle que la dénonçait Ken Loach en 2011 dans son film The Navigators

Guillaume Pepy, président de la SNCF (photo Matthieu Alexandre / AFP)

Guillaume Pepy, président de la SNCF (photo Matthieu Alexandre / AFP)

Certains sans doute ne manqueront pas d’être quelque peu agacés par le discours revendicateur et très négatif de certains des syndicalistes qui s’expriment dans le film, mais il est difficile de ne pas être frappé en parallèle par les paroles outrageusement lénifiantes du président de la SNCF, omniprésent à la télévision sur l’air de « tout va très bien, Madame la Marquise », ainsi que par le libéralisme débridé et affiché sans complexe de certains journalistes qui n’apparaissent pas sous leur jour le plus objectif dans ce film…

Une belle réussite en tout cas que ce documentaire pédagogique au ton enlevé, rythmé par le passage des TER du Nord-Pas-de-Calais qui se croisent. Mieux sans doute que ne pourra le faire n’importe quel rapport d’expertise même le mieux documenté, il nous fait toucher du doigt la détresse de ces cheminots qui voient leur outil de travail se dégrader, au risque de mettre en péril la sécurité des voyageurs qu’ils sont chargés de transporter.

Blog244_PhEcranA regarder absolument par quiconque prend le train tous les matins pour se rendre au travail et qui s’interroge parfois sur ce qui se cache derrière les messages sibyllins qui fleurissent sur les écrans pour justifier les retards quotidiens, oscillant entre « mauvaise gestion du trafic », « réutilisation d’une rame arrivée tardivement en gare », « difficulté d’acheminement du personnel », « signalisation défectueuse », « incident de voyageur », « attente du conducteur », « affluence inhabituelle de voyageurs » ou « recherche infructueuse de la locomotive ». C’est au moins la preuve qu’il reste un peu d’humanité et de poésie dans cette entreprise, malgré ses difficultés manifestes d’organisation interne !

L.V.  LutinVertPetit

Carnoux : petit conseil avisé d’un citoyen vigilant…

1 octobre 2015

Blog234_Ph1La médiathèque municipale de Carnoux-en-Provence s’affiche désormais fièrement à quiconque entre dans la commune. Après deux tentatives malheureuses de signalétique en toile que le mistral s’est empressé de déchiqueter, voilà enfin que le dispositif de signalisation de notre médiathèque possède une existence « en dur ». Très bien !

Mais pour y accéder à pied depuis le quartier du Mussuguet, il faut affronter un danger permanent : traverser la route départementale…Blog234_Ph2

Comment ne pas risquer sa vie sans dispositif de sécurisation ?

Il y a bien un passage marqué au sol, mais situé bien plus bas, entre l’escalier du Panorama et l’ancienne station-service désaffectée, et qui semble réservé aux piétons à tendance suicidaire, car situé beaucoup trop près du virage et de surcroît avec une faible visibilité face au danger.Blog234_Ph3

Que faire, alors ? Ne serait-il pas préférable de déplacer le passage pour piétons un peu plus haut, au pied du chemin déjà marqué par deux potelets métalliques qui d’ailleurs n’attendent que l’installation de deux compagnons de l’autre côté de la route ? L’ensemble signalerait bien plus efficacement qu’actuellement aux automobilistes qui déboulent à cet endroit la présence possible de piétons.

Blog234_Ph4Plus généralement d’ailleurs, cette signalétique est très imparfaitement installée le long de la route départementale qui traverse Carnoux. Bien marquée sur le mail rénové, elle reste très chaotique ailleurs et la vie du piéton carnussien, comme celle de son collègue cycliste, ne tient souvent qu’à un fil face à ce flot incessant de voitures qui traverse quotidiennement notre ville.

Améliorer la sécurité de chacun sur la voie publique ne nécessite pas forcément de gros investissements, bien moindres en tout cas que les sommes nécessaires à la vidéosurveillance dont l’efficacité reste pourtant à démontrer. Encore faut-il savoir entendre les observations avisées et bienveillantes des usagers qui exercent leur vigilance citoyenne, et ne pas attendre que se produise un accident avant de procéder à l’aménagement suggéré…

J. Tonnelle

Les robots tueurs entrent en scène !

8 juillet 2015
Tissage de la soie dans un atelier de canuts à Lyon

Tissage de la soie dans un atelier de canuts à Lyon

Nous savions déjà que l’automatisation des tâches et l’introduction de la robotisation dans l’industrie tuaient l’emploi. Les canuts de Lyon s’en étaient déjà rendus compte dès le XIXe siècle, l’introduction des métiers à tisser automatisés les ayant conduit à l’une des premières révoltes ouvrières, en novembre 1831 puis à nouveau en avril 1834, une insurrection sociale qui s’était d’ailleurs terminée dans un bain de sang…

Un siècle plus tard, l’automatisation dans l’industrie n’a fait que progresser, aboutissant à la quasi disparition des emplois d’ouvriers peu qualifiés, en particulier en Europe. Un des arguments avancé pour favoriser ce remplacement de l’homme par la machine est qu’il vaut mieux faire faire par des robots les tâches les plus dangereuses et les plus répétitives, ce qui permet de libérer les travailleurs pour leur permettre de se consacrer à des tâches plus qualifiées et plus valorisantes. Le raisonnement est louable même si on est bien obligé de constater que ce développement de l’automatisation s’est quand même traduit par une installation durable du chômage de masse dans les pays industrialisés.

Mais au delà de cette considération macroéconomique, un fait divers récent vient nous rappeler que la généralisation de la robotisation dans les usines peut être dangereuse non seulement pour l’emploi des salariés, mais pour leur vie elle-même !

Chaine de montage Volkswagen

Chaine de montage Volkswagen

L’affaire s’est passée le 29 juin 2015 dans l’usine Volkswagen de Baunatal près de Kassel en Allemagne, un site qui emploie 15 000 personnes. Selon le Berliner Zeitung, un intérimaire de 22 ans a été happé par un robot sur lequel il intervenait après avoir pénétré à l’intérieur de la cage de sécurité : l’homme a été frappé par la machine qui l’a écrasé contre une plaque métallique. Bien que ranimé sur place et transporté rapidement à l’hôpital, le jeune homme a succombé à ses blessures. Une enquête pour déterminer les responsabilités est en cours, mais il semblerait qu’une deuxième personne aurait dû se trouver à proximité des commandes du robot pour intervenir rapidement en cas de dysfonctionnement, ce qui n’a pas été respecté.

Chaîne de montage Citroën

Chaîne de montage Citroën

Toujours est-il que cette « mort en bout de chaîne » (pour reprendre le titre d’un documentaire de Mourad Laffitte sur l’usine Goodyear d’Amiens), sous les coups d’un robot en furie, n’est pas des plus rassurantes pour ceux qui côtoient tous les jours un univers de plus en plus robotisé sur les chaînes de montage. D’autant qu’il existe des précédents. Ainsi, un site proche du NPA mentionne la mort en décembre 2007 d’un ouvrier écrasé par une presse de 32 tonnes à l’usine d’emboutissage de PSA à Sochaux, mais aussi l’accident mortel d’un cariste de 30 ans à l’usine de PSA Saint-Ouen en 2009, ou encore un accident grave survenu en avril 2015 chez un équipementier automobile du Maine-et-Loire où un électricien s’est retrouvé coincé entre deux robots alors qu’il effectuait une opération de maintenance.

Faut-il alors avoir peur de ces nouveaux robots de plus en plus sophistiqués et de plus en plus présents dans notre environnement quotidien ?Blog204_PhMissiles De nombreux films d’anticipation sur le sujet auraient tendance à nous faire en effet largement fantasmer sur le sujet… Mais la question n’est plus si théorique à l’heure où l’on apprend, par un article du Courrier international, que le gouvernement norvégien finance un programme visant à développer des « robots tueurs » capables de décider seuls de tirer sur une cible. Il s’agirait en fait de nouveaux missiles destinés à équiper les avions de combat et qui pourraient décider, sans intervention humaine, de tuer ou non, ce qui pose à tout le moins un certain nombre de questions éthiques…

Une photo du film I, Robot

Une photo du film I, Robot

Nous n’en sommes pas encore au scénario du film « I, Robot » du réalisateur Alex Proyas, un film de science-fiction américain sorti en 2004 et inspiré librement d’un roman d’Isaac Asimov. L’histoire, censée se dérouler en 2035 à Chicago, relate un meurtre commis par un robot dans une usine de production, mais bien entendu toute ressemblance avec la réalité serait pure coïncidence !

L.V. LutinVertPetit

Pierre Stambul, victime d’une incursion brutale du Raid à son domicile

13 juin 2015

Le coprésident de l’Union juive française pour la paix, Pierre Stambul, vient de subir à son domicile marseillais de Montredon, dans la nuit du 8 au 9 juin 2015, une incursion nocturne pour le moins musclée de la part du RAID, soi-disant unité d’élite de la Police nationale française, qui s’est violemment attaqué à son domicile en pleine nuit après avoir terrorisé tout le voisinage, utilisant les techniques les plus brutales de la lutte anti-terroriste et l’embarquant menotté pour une garde à vue qui a duré pas moins de 7 heures…Blog194_PhRaid

Pourquoi un tel déchaînement de violence contre un paisible citoyen ? En réalité, c’est une simple erreur de la police suite à un mauvais canular téléphonique, comme l’a reconnu à La Provence le préfet de police de Marseille Laurent Nunez. Pas de quoi fouetter un chat donc, et d’ailleurs, trois jours plus tard, la victime attendait toujours des excuses officielles ou au moins des explications, comme elle l’indique sur le site de Politis où elle raconte sa mésaventure…

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Pierre Stambul est un militant associatif qui se présente comme juif, athée et antisioniste et qui était d’ailleurs intervenu en septembre 2013 à Carnoux, à l’invitation du Cercle progressiste carnussien pour une conférence remarquable intitulée « La guerre israélo-palestinienne : quelles causes ? Quelle issue ? ». Une de ses tribunes récentes sur l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme a aussi été reproduite sur ce même blog et c’est également sur ce thème récurrent qu’il s’apprêtait à donner une nouvelle conférence à Toulouse, le 9 juin dernier, co-organisée par l’Union juive française pour la paix et le comité BDS (Boycott, Désinvestissement Sanctions) qui cherche à mobiliser l’opinion internationale pour inciter Israël à se conformer au droit international.

La veille de son départ pour Toulouse, alors qu’il dormait paisiblement à son domicile marseillais aux côtés de son épouse Sarah, son téléphone sonne longuement vers 1h du matin. Lorsqu’il finit par répondre, le mystérieux interlocuteur raccroche et Pierre Stambul se recouche après avoir laissé le combiné décroché. Deux heures plus tard, à 3h30, sa porte d’entrée est violemment défoncée et un commando du RAID lourdement armé fait irruption. Pierre Stambul est immédiatement plaqué au sol, menotté, insulté par les brutes armées qui l’empêchent de s’exprimer. Il reste ainsi pendant trois quart d’heure sans pouvoir s’expliquer tandis que le commando fouille son domicile à la recherche de caches d’armes devant les voisins accourus à la rescousse. Le fils de son propriétaire qui tente de s’interposer est également brutalisé et plaqué au sol. Le portail d’entrée du lotissement et les portes d’entrée de deux autres locataires ont aussi été fracturés sans ménagement.

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Ce n’est que peu à peu que la cause d’un tel déchaînement de violence se fait jour. Pierre Stambul apprend ainsi à sa grande surprise qu’il est accusé d’avoir tout simplement tué son épouse pourtant bien vivante à ses côtés ! Un mystérieux interlocuteur a en effet appelé vers 1h30 le commissariat de police du 9ème arrondissement, se faisant passer pour Pierre Stambul et déclarant qu’il venait de frapper sa femme. Les policiers rappellent aussitôt et tombent sur le même homme qui leur affirme alors que sa femme est morte et qu’il les attend armé d’un fusil, d’où le branle-bas de combat et l’intervention musclée du RAID.

Mais l’affaire n’en reste pas là, comme si la victime était nécessairement suspecte. C’est donc menotté qu’il est remis à la police nationale et emmené avec sa compagne au commissariat situé rue de…Haïfa selon le récit de La Marseillaise (ça ne s’invente pas !). Il finit la nuit en cellule et ce n’est qu’à 8h du matin qu’il est enfin interrogé avant d’être de nouveau placé en garde à vue, pour finalement quitter le commissariat à 11h30 seulement. Il assurera quand même la conférence à Toulouse le soir même à 20h30, conférence à laquelle assistent près de 300 personnes malgré les protestations de la Ligue de défense juive qui appelait à empêcher cette conférence par tous les moyens.

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Or ce mauvais canular dont a été victime Pierre Stambul est clairement signé, comme le reconnaît en effet le Préfet de police. Son auteur est selon toute vraisemblance le franco-israélien Grégory Chelli, un militant sioniste proche de l’extrême droite israélienne, qui se définit lui-même comme « hacktiviste » et qui se présente sous le pseudonyme de « Ulcan ». Né en 1982 à Paris, cet ancien membre de la Ligue de défense juive s’est fait connaître à la fin des années 2000 en publiant sur un site Web intitulé ViolVocal, des impostures et canulars téléphoniques, technique qu’il maîtrise parfaitement et qu’il a largement appliquée à partir de 2013 à des fins d’activisme politique.

Grégory Chelli, alias Ulcan, sur son profil Facebook

Grégory Chelli, alias Ulcan, sur son profil Facebook

Hacker émérite et par ailleurs webmaster d’un site pour adultes en Roumanie, il lance de multiples actes de piratage informatique contre différents médias et personnalités politiques au cours de la guerre de Gaza en 2014, bloquant notamment les sites de France Inter et de France Info, qu’il rend momentanément inaccessibles, mais revendiquant aussi des attaques contre les sites de Rue89, Libération, Médiapart, Arrêt sur images ou encore celui du NPA Franche-Comté.

Plus grave, il s’attaque directement aux personnes, n’hésitant pas à harceler et menacer de nombreux journalistes et personnalités, parmi lesquels des rappeurs, mais aussi l’écrivain d’extrême droite Hervé Ryssen, le chroniqueur Aymeric Caron ou l’islamologue Tarik Ramadan, ainsi déjà qu’un autre dirigeant de l’Union juive française pour la paix, Jean-Guy Greilsamer, le 31 mars dernier. Sa spécialité : obtenir les données confidentielles d’infractions issues du fichier STIC de la police et les rendre publiques ou s’en servir pour du harcèlement téléphonique. Sa technique : le phreaking, qui lui permet de falsifier le numéro de l’appelant, et l’utilisation des codes radio utilisés pour l’identification des commissariats de police.

De tels outils s’avèrent des armes redoutables dans les mains de ce psychopathe fanatique, comme le relate un article très documenté du Monde. Ainsi, en juillet 2014, il appelle la police en se faisant passer pour le journaliste de Rue89, Pierre Haski, et il déclare avoir tué son épouse et s’être retranché armé à son domicile. Quelques jours plus tard, il s’en prend à un autre journaliste de Rue89, Benoît Le Corre, dont il appelle les parents en leur faisant croire que leur fils est mort. Puis il téléphone à la police en se faisant passer pour le père du journaliste, lequel déclare avoir tué sa femme et son fils puis s’être barricadé chez lui, déclenchant ainsi un assaut du GIGN en pleine nuit. Le père du journaliste n’y survivra pas et décédera d’un infarctus quelques jours plus tard, ce qui n’empêchera pas Grégory Chelli de harceler encore le malheureux journaliste pour le narguer.

Une autre de ses victimes, Sihem Souid, chargée de mission auprès du ministère de la justice, raconte également son calvaire rapporté par Arrêt sur images. Harcelée en septembre 2014 de centaines d’appels de menaces revendiqués par le même Grégory Chelli, elle porte plainte après que ses propres parents ont été eux-aussi convoqués au commissariat suite aux embrouilles d’Ulcan. Et elle croit vivre un cauchemar en découvrant que l’enquête est confiée à un certain Michel Thooris, par ailleurs secrétaire général du syndicat policier d’extrême-droite France Police, et qui serait un proche de la Ligue de défense juive. Grégory Chelli s’est d’ailleurs lui-même vanté d’être passé par ce même policier pour accéder aux données du fichier STIC !

Le policier Michel Thooris, proche des milieux d'extrême droite sioniste

Le policier Michel Thooris, proche des milieux d’extrême droite sioniste

Arrêté et condamné à deux reprises en 2008 et 2009 pour des actes de violence commis alors qu’il militait au sein de la Ligue de défense juive, Grégory Chelli quitte la France en juillet 2014 pour aller se réfugier à Ashdod en Israël, peu avant qu’une nouvelle information judiciaire ne soit ouverte contre lui. Depuis, la coopération judiciaire avec l’État d’Israël ne semble guère avoir prospéré sur ce dossier et Pierre Stambul se demande même si un mandat d’arrêt international a bien été lancé à son encontre. En tout cas, Grégory Chelli ne semble pas prêt d’arrêter ses « canulars téléphoniques » puisqu’il a recommencé dès le lendemain, s’en prenant cette fois à l’ancien député communiste (et ancien président de l’association France Palestine Solidarité) Jean-Claude Lefort, une autre des têtes de turc de la Ligue de défense juive, avec exactement le même mode opératoire que la veille auprès de Pierre Stambul.

L.V. LutinVertPetit

Sécurité routière : une campagne très osée…

10 juin 2015

Les 250 habitants du Touillon-et-Loitelet, petit bourg rural du Haut Doubs, n’en sont pas encore revenus. En ce lundi 13 avril 2015, ils ont eu la surprise de découvrir une immense banderole de 5 m de longueur accrochée sur la façade de la salle des fêtes en plein centre du village. Et sur cette banderole, une photo très osée de leurs 11 élus municipaux, maire en tête, tous posant dans leur plus simple appareil, munis de quelques panneaux de limitation de vitesse comme cache-sexe…

Blog193_PhBanderole

Une campagne de communication orchestrée pile poil pour annoncer que désormais la vitesse dans une rue étroite du centre bourg passe de 50 à 30 km/h. La décision de réduire la vitesse autorisée avait été prise lors d’un conseil municipal en décembre 2014 et c’est le maire de la commune, Sébastien Populaire, qui a proposé cette idée d’une campagne d’affichage un peu osée et franchement décalée. Les autres sont tombés des nues mais tous ont accepté de jouer le jeu et de poser nu devant l’objectif d’un photographe. Les séances de pose se sont faites par petits groupes de trois, dans le plus grand secret, comme le raconte France Bleue Besançon, et le jour J, l’immense bannière a été déployée sur la façade de la salle des fêtes, à la surprise générale.Blog193_PhMurAffiche

En tout cas, l’histoire a fait le buzz et tous les médias locaux et nationaux ont repris l’information. Comme quoi certains élus locaux ne manquent pas d’audace ni d’imagination lorsqu’il s’agit de sensibiliser leurs administrés en matière de sécurité routière. Après le slogan choc à prendre au second degré comme celui affiché à l’entrée de Bretenière, voilà donc des élus particulièrement habités de leur fonction (à défaut d’être habillés), qui payent de leur personne pour faire passer le message aux automobilistes trop pressés. Tant de dévouement pour l’intérêt général montre qu’il ne faut jamais désespérer de la démocratie locale !

L. V. LutinVertPetit

La mairie de Marseille perd un employé modèle…

8 juin 2015

C’est un employé municipal exemplaire que vient de perdre la mairie de Marseille en la personne de Bernard Fischetti, employé communal depuis 1987 et qui vient d’être victime, le 19 mai dernier, d’un banal accident de la circulation sur les coups de 8h30, alors qu’il se rendait à son bureau, au service municipal des sports, tout près du stade Vélodrome, portant à la main un sachet de viennoiseries qu’il se faisait un plaisir de partager avec ses collègues à l’heure du café.

Il s’agit bien a priori d’un accident du travail puisqu’il a eu lieu à une vingtaine de mètres seulement de l’entrée des bureaux où il travaillait comme coursier, rue Léon Paulet dans le 8ème arrondissement. Cet employé municipal de 50 ans a été malencontreusement heurté par cinq balles tirées presque à bout portant dont trois dans la tête, ce qui ne lui laissait guère de change d’en réchapper. Les témoins de la scène ont vu le tireur rejoindre un complice qui l’attendait sur une moto de grosse cylindrée sur laquelle les deux hommes se sont fondus sans difficulté dans la circulation marseillaise. L’engin a été retrouvé entièrement calciné à quelques kilomètres de là. La routine, quoi…

La scène du crime devant le bureau des sports de la Ville de Marseille (photo N. Vallauri, publiée dans La Provence)

La scène du crime devant le bureau des sports de la Ville de Marseille (photo N. Vallauri, publiée dans La Provence)

La victime n’a vraiment pas eu de chance car tous s’accordent pour confirmer qu’on ne le voyait que très rarement au bureau. C’est d’ailleurs ce qu’avaient relevé les juges lors d’un procès auquel il avait été mêlé en novembre 2013 : « les filatures démontraient qu’il se contentait de passer quelques minutes au bureau ». C’était sans doute encore trop car ces quelques minutes lui ont été fatales…

Bernard-Ange Fischetti, employé municipal à ses heures perdues...

Bernard-Ange Fischetti, employé municipal à ses heures perdues…

A vrai dire, cet employé modèle de la ville de Marseille, fonctionnaire municipal depuis près de 30 ans, surnommé « Petit Ber » par ses collègues, était davantage connu pour les activités auxquelles il s’adonnait en dehors de la fonction publique territoriale. Selon La Marseillaise, il tenait en fait une brasserie rue de l’Évêché où il passait ses journées comme l’a démontré le procès dont le jugement de novembre 2013 relève que « son emploi aux services de la Ville de Marseille sert de couverture à des activités bien plus lucratives juste après le pointage ». En réalité, il est surtout considéré par la Police judiciaire comme « un bandit corso-marseillais », proche d’Ange-Toussaint Federici, considéré comme le chef des « bergers-braqueurs de Venzolasca » et condamné en appel en octobre 2012 à 30 ans de réclusion criminelle pour la tuerie du bar des Maronniers qui avait fait trois morts en 2006, un règlement de comptes entre bandes rivales pour le contrôle des machines à sous de l’étang de Berre.

Plusieurs fois condamné depuis 1992 pour braquage et association de malfaiteurs puis, en 2000, pour faux administratifs, Bernard Fischetti semble avoir mené de front et sans que cela ne pose le moindre problème sa carrière de fonctionnaire et ses activités de truand. Arrêté en 2003 à Andorre en compagnie d’un conseiller municipal proche de Renaud Muselier, Philippe Mazet, alors qu’ils tentaient d’encaisser 1,3 millions d’euros de chèques volés dans une étude de notaires du cours Pierre Puget, il avait fait un nouveau séjour en prison tout en continuant semble t-il à toucher son salaire de fonctionnaire. Réintégré sans difficulté à sa sortie de prison il a été de nouveau condamné en 2013 à deux ans de prison et 15 000 € d’amende pour avoir joué les coursiers nocturnes, non pas en heures supplémentaires pour la mairie de Marseille, mais sur son temps libre pour le compte de son second patron, Ange-Toussaint Federici, et pour les besoins d’une activité de racket des établissements de nuit aixois, dans une affaire joliment baptisée « Calisson ».

Cette dernière condamnation avait fini par attiré l’attention des juges sur le fait que sa carrière de fonctionnaire n’était pas totalement compatible avec ses fonctions dans le grand banditisme et ils l’avaient donc condamné de surcroît à 5 ans d’interdiction de fonction publique, décision confirmée en appel en février 2015. Mais, ayant déposé un recours devant la Cour de cassation, Bernard Fischetti a donc pu rester en poste jusqu’au bout : un vrai employé modèle !

Le président de groupe socialiste à la mairie de Marseille, Stéphane Mari, s’en est étonné, mais le Directeur de cabinet du maire, Claude Bertrand, n’a pas tardé à le rassurer avec deux arguments imparables. Le premier est que le recrutement daterait de l’époque où la Ville de Marseille était dirigée par le regretté Gaston Defferre, et le second est qu’il faut respecter les procédures : puisque le condamné a fait appel devant la Cour de cassation, il n’y a aucune raison de se priver de ses services tant que la condamnation n’est pas définitive.

Jean-Claude Gaudin, élu en 1965 à 25 ans sur la liste de Gaston Defferre...

Jean-Claude Gaudin, élu en 1965 à 25 ans sur la liste de Gaston Defferre…

On savait certes que Defferre avait fait preuve d’une grande ouverture d’esprit dans sa coopération avec la pègre locale pour s’assurer la paix sociale dans sa gestion municipale et que Jean-Claude Gaudin, élu avec lui, avait été à bonne école. On espérait néanmoins que ces temps étaient quelques peu révolus depuis sa disparition en 1986, il y a près de 30 ans. Manifestement il n’en est rien comme l’indique La Provence qui rapporte les propos du délégué syndical Force Ouvrière Patrick Rué : « Avant, les fonctionnaires condamnés posaient des vacances pour aller en prison, mais ça n’est plus possible, la justice informe désormais les collectivités. Et je vous rassure, tous les voyous de la ville ne travaillent pas à la mairie… ». Nous voilà rassurés en effet quant à la probité des près de 12 000 fonctionnaires payés par la Ville de Marseille !

L. V. LutinVertPetit

Bye bye la vidéo-surveillance…

10 avril 2015

Blog162_PhCameraGénéralisée depuis les années 1980 au Royaume-Uni, la vidéo-surveillance, localement dénommée CCTV (closed-circuit television) a acquis dans ce pays une place de tout premier plan et il semblerait que Londres soit la ville où l’on est le plus filmé avec près de 500 000 caméras installées. Les sommes investies depuis des années par les différents gouvernements successifs et les municipalités locales pour s’équiper en matériel de vidéo-surveillance sont colossales. Ainsi, on estime désormais entre 4 et 5,9 millions le nombre des caméras installées en Grande-Bretagne (selon les chiffres de la British Security Industry Association), dont 70 % il est vrai ne seraient pas dans des espaces publics mais dans des commerces ou des lieux de vie privés. Avec une caméra pour 14 habitants, les Britanniques ont quelques raisons de se sentir vaguement espionnés…Blog162_PhPanneau

Et pourtant, cette frénésie britannique de la vidéo-surveillance qui a longtemps servi de modèle pour d’autres pays, est peut-être en train de refluer. C’est un reportage de la BBC paru en janvier 2015 et relayé notamment en France par La Gazette des Communes ou la Ligue des Droits de l’Homme, qui l’affirme : confrontées à des coupes budgétaires drastiques, de nombreuses collectivités s’interrogent sur l’efficacité de la vidéo-surveillance.

Blog162_PhCameras

Manifestement, l’évolution est surtout dictée par des considérations économiques car ces techniques coûtent très cher et il convient de serrer la vis, ici comme ailleurs. Toujours est-il que plusieurs régions ont considérablement réduit leur parc de caméras, sans observer de variation significative de la délinquance, ce qui confirme une nouvelle fois la faible efficacité de ces techniques. Plusieurs études insistent en effet depuis des années sur le fait qu’un déploiement de présence humaine est infiniment plus efficace que des caméras, surtout lorsque les moyens budgétaires font défaut pour en visionner les images, voire en assurer la maintenance.

Certains craignent cependant que ce désengagement des pouvoirs publics en faveur de la vidéo-surveillance, motivé principalement par des raisons budgétaires, ne se traduise en réalité par un transfert progressif vers le privé : dans certaines régions en effet, il apparaît une tendance au regroupement des écrans de surveillance et un transfert de la gestion du matériel des collectivités locales vers des sociétés privées de surveillance à but lucratif.

Blog162_PhEcrans

Il y a plus de 10 ans déjà, l’Information Commissioner’s Office (ICO), équivalent de la Cnil française, tirait la sonnette d’alarme, son président, affirmant dans un rapport officiel, largement analysé par Le Figaro, que la Grande-Bretagne « se dirigeait tel un somnambule vers une société de la surveillance ». Devenue systématique, la vidéo-surveillance tend désormais à se focaliser sur certaines cibles et devient instrument de discrimination sociale. Ainsi, l’ICO montre, chiffres à l’appui, que 40 % des hommes noirs ont été intégrés aux fichiers ADN britanniques, contre 9 % des blancs, et 13 % des asiatiques. La vidéo-surveillance favorise globalement la perte de confiance et le développement de la suspicion généralisée au sein de la société britannique.

Blog162_DessinEn 2008, d’autres éléments rapportés notamment par Rue 89, et s’appuyant en particulier sur le projet de recherche européen Urbaneye, confirment une fois encore la faible efficacité des caméras de vidéo-surveillance britanniques, soit qu’elles soient mal situées (trop près ou trop loin d’une source de lumière la nuit par exemple) ou que leurs images ne soient tout simplement jamais visionnées. Leur contribution à l’élucidation des délits et crimes reste assez marginale alors qu’elles font peser une réelle menace sur les libertés individuelles

En France, il serait peut-être temps de tirer partie de ces enseignements issus de l’expérience britannique. Un rapport du sénateur Jean-Vincent Placé, rendu public en 2013 s’inquiète du coût exorbitant de la vidéo-surveillance avec 133,6 millions d’euros dépensés par l’État depuis 2007 pour équiper les villes françaises, hors Paris, la capitale ayant quant à elle bénéficié d’un plan spécifique, mis en œuvre en 2011, qui prévoit l’installation de 1105 nouvelles caméras pour la modique somme de… 200 millions d’euros.

L. V. PetitLutinVert

Sécurité routière : aux grands maux, les grands mots…

9 mars 2015
Photo Darius F. - Le Bien Public

Photo Darius F. – Le Bien Public

A Bretenière, petit village de 781 habitants situé en Côte d’Or, à une quinzaine de kilomètres au sud de Dijon, le maire en avait assez de voir ses administrés traverser à toute vitesse le bourg qui s’étend de part et d’autre d’une belle ligne droite. La vitesse est pourtant limitée à 30 km/h devant l’école, mais la tentation était trop grande d’appuyer un peu sur le champignon. Tout a été essayé pour tenter de limiter la vitesse des automobilistes : ralentisseurs, mini ronds-points, priorités à droite… Mais peine perdue !

Du coup, le nouveau maire élu en 2014, Hervé Bruyère, a convaincu le conseil municipal de faire apposer le long de la route un panneau au contenu pour le moins décalé : « Il reste encore des enfants à écraser : vous pouvez accélérer »… Posé en octobre 2014, le panneau pousse-au-crime, à prendre au second degré bien évidemment, fait jaser depuis que l’information a été diffusée dans le journal local Le Bien Public.

Le panneau de Bretenière - photo Le Bien Public

Le panneau de Bretenière – photo Le Bien Public

C’est d’ailleurs bien l’objectif du maire qui peut donc se réjouir d’avoir parfaitement atteint sa cible même s’il doit bien reconnaître que la plupart des automobilistes n’ont pas vraiment levé le pied pour autant… « On a cherché un slogan choc » reconnaît-il, estimant que ce panneau avait malgré tout permis de faire prendre conscience du risque à certains de ses administrés, davantage en tout cas que la signalétique classique « Attention à nos enfants » qui trônait depuis des années devant l’école et à laquelle plus personne ne prêtait plus la moindre attention…

Certes, le message est sans doute un peu excessif, d’autant qu’il n’y a jamais eu d’accident mortel dans la grande rue de Bretenière, mais en la matière la prévention est toujours préférable et on ne peut que saluer l’esprit d’à-propos de cet élu et son sens de la communication… On pourrait peut-être s’en inspirer à Carnoux en apposant par exemple devant les passages piétons du centre-ville le message suivant à l’attention des automobilistes locaux, toujours un peu joueurs : « Attendez qu’un piéton s’engage sur la chaussée avant d’accélérer, c’est beaucoup plus drôle »…

L.V. PetitLutinVert

A Carnoux, le piéton est en danger de mort…

25 novembre 2014

Dans le lotissement Plein Soleil, entre les n° 24 et 34 rue Joliot-Curie, le réseau d’alimentation électrique n’est plus souterrain. Depuis quinze jours, des câbles électriques provisoires ont été installés par des techniciens en prenant appui sur les lampadaires de l’éclairage municipal pour pallier les câbles enterrés défaillants. Ces derniers datent en effet de la création du lotissement à la fin des années 1970.

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Au-delà du désagrément esthétique, c’est surtout le caractère dangereux de l’installation provisoire qui fait problème. Les câbles apparents sont connectés sur les boites d’alimentation des pavillons – les boites ne sont donc plus fermées – et des rubans rouges et blancs ainsi que des bandeaux rouges signalent le DANGER DE MORT potentiel.

Blog121_Ph2Dans cette rue aux trottoirs étroits où les véhicules qui l’empruntent ne respectent pas tous la vitesse limitée à 30 km/h, et où des enfants pourraient être tentés de voir ce qui se cache derrière ces signaux d’alerte, l’installation qui occupe certaines zones de trottoirs est très dangereuse.

Les riverains sont inquiets devant une situation qui constitue un réel DANGER et qui semble devoir durer. En effet, les techniciens en charge du chantier ne sont pas réapparus depuis dix jours.

Faut-il attendre un accident pour que les travaux de réfection du réseau aboutissent ?

Il y a urgence pour garantir la sécurité des piétons, les plus jeunes comme les moins alertes.

Michel Motré

Le Major Sarkissian prend la mouche…

9 octobre 2014

Après nous avoir terrorisé en période préélectorale avec ses messages alarmistes incitant chaque habitant de Carnoux à se terrer chez lui, toutes portes et volets soigneusement clos, voilà que le Major Sarkissian, chef de brigade de gendarmerie de Carnoux-en-Provence, est de retour avec ses messages alambiqués. Le dernier en date, diffusé à tous les  » voisins vigilants  » de la commune n’est pas piqué des vers :

 » Major SARKISSIAN communique à l’ensemble des habitants qui adhérent à PARTICIPATION CITOYENNE que des contrôles vont être mis en place vendredi samedi dimanche de 7 à 19 heures. De la présence et des contrôles effectués en simultané sur les 2 communes – Je vous demande de ne pas hésiter à signaler tout problème, tout fait pouvant vous paraître anormal – pendant ces 3 jours même une mouche qui serait pas du pays ne doit pas passer à travers – Le but recherché n’est pas de tracasser l’habitant mais d’empêcher que « l étranger au sens large » qui aurait l’idée de ………… se dise que ce n’est pas un endroit pour faire de la brocante ces 3 jours là – Donc si vous voyez – vous ne dérangez pas – on fait le 17 Merci de votre collaboration »

Major SARKISSIAN

Blog107_PhGendarme1

Pour ceux qui ne seraient pas habitués à décrypter ce langage martial, précisons qu’il ne s’agit pas d’un message codé, comme pourrait le laisser croire la ponctuation assez déroutante employée dans ce texte et qui lui confère un style très original. Non, il s’agit bien d’un document officiel émanant d’un officier de la Gendarmerie Nationale dans l’exercice de ses fonctions et destiné à informer les citoyens. De quoi au juste ? Là bien sûr, il faut un peu interpréter car le texte est pour le moins sibyllin…

Une mouche tsé-tsé : traquée par les gendarmes de Carnoux ?

Une mouche tsé-tsé : traquée par les gendarmes de Carnoux ?

Une lecture un peu distraite pourrait laisser croire que les forces de gendarmerie de Carnoux vont être mobilisées tout le week-end à chasser les mouches qui auraient l’impudence de voler dans notre espace aérien. S’agirait-il d’une campagne préventive contre un risque d’invasion de mouches tsé-tsé, vectrices de la trypanosome ? Après la dengue et le chikungunya, voilà encore un fléau issu de pays lointains qui viendrait troubler notre quiétude provençale ?

A vrai dire, on ne sait pas trop après qui vont courir les forces de l’ordre ce week-end dans les rues de Carnoux, mais au moins on est prévenu. Si on a la peau un peu bronzée, ce n’est pas le moment de traîner sur la place, au moins jusqu’à 19 heures. Bien entendu, toute interprétation xénophobe de ce message serait purement fortuite et sans aucun rapport avec les intentions louables de ce brave Major Sarkissian. Qu’il soit en tout cas chaleureusement remercié pour sa verve toute méridionale et son bon sens rassurant, du moins jusqu’à un certain point…

L. V. LutinVertPetit