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Croisière autour du monde : 21ème escale

22 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters sont de retour à Kobe au Japon où ils étaient déjà passés lors d’une étape précédente.

Lundi 20 mars :

Aller au Japon sans voir Kyoto, c’est impardonnable !

Gare de Kobe, en partance pour Kyoto

Nous avons donc bravement pris les moyens de transport publics et sommes allés visiter cette ville ou l’on retrouve encore un peu du Japon traditionnel : temples innombrables, femmes en kimono et obi, petites rues avec maisons en bois, boutique au rez-de-chaussée et habitation au dessus.

On nous a aidés très gentiment à prendre les billets de métro puis de train, car il n’y a pas de guichets, juste des machines toutes en japonais! Mais les gens sont vraiment serviables. On a une petite chance de se faire comprendre en anglais avec les jeunes (j’ai bien dit une petite chance, ne rêvons pas…).

Une rue dans le vieux Kyoto

Enfin, après environ 1 h de trajet, nous arrivons à Kyoto par une très belle journée ensoleillée. La ville donne une impression d’entassement. Les maisons sont serrées avec parfois à peine 1 mètre entre deux voisins. On sent le manque d’espace vital, d’autant que la plaine côtière est étroite et laisse vite place à la montagne souvent escarpée…

La gare est un chef d’œuvre d’architecture moderne et c’est d’autant plus remarquable que le quartier aux alentours est plutôt ancien.

Temple de Hongwanji à Kyoto

Nous nous dirigeons vers le temple Hongwanji, un immense complexe de salles de prière et de salles de réunion. Il y a même une école et une clinique !

Intérieur du temple

Juste en face, un musée nous attire. Il est en fait associé au temple et se définit comme
« musée bouddhiste par excellence ». Nous y prenons un petit repas fort sympathique avant de nous lancer dans la visite. Nous y voyons une exposition de peintures sur soie, certaines datant du 15e siècle, ainsi que des rouleaux de papier de riz avec calligraphie au pinceau. Les photos sont interdites. Nous arrivons cependant à en faire 1 ou 2 que vous verrez donc !

Au sortir du musée, dans une salle contiguë, de jeunes peintres (élèves de seconde peut être ?) et leur professeur présentent leurs œuvres. Du talent chez certains d entre eux ! Ces jeunes japonais sont plutôt timides, surtout les jeunes filles, ils sourient beaucoup, font des courbettes et semblent tellement ravis de rencontrer des étrangers !

Vue par hasard, une exposition de jeunes étudiants en peinture

A noter que, lorsqu’ils signent leurs tableaux c’est toujours avec l’alphabet latin ! D ailleurs dans les rues les enseignes, les affiches, jonglent avec 4 alphabets différents : le latin (préféré pour tout ce qui est publicité), le chinois (que tout le monde ne sait pas lire toutefois), le japonais classique et le japonais phonétique plus simple. Seuls ces 2 derniers sont enseignés à l’école. Ça paraît bien compliqué mais ils s’y retrouvent !

Nous avons marché toute la journée et n’avons pas vu le dixième de ce qu’il y a voir à Kyoto ! Une ville immensément riche en palais, temples et autels shintô… Il faudrait y revenir, on va y penser !

Nous partons maintenant pour la Chine et le Vietnam. Pas sûr que les connections soient super. Nous ferons de notre mieux !

Mardi 21 mars :

Je vous avais promis de vous parler des toilettes au Japon. Voici donc.

Toilettes à la Japonaise

Il y a au Japon deux sortes de toilettes (voyez les photos). La toilette japonaise qui n’est qu’une toilette à la turque et la toilette qu’ils appellent « western », autrement dit occidentale, et que vous trouverez dans les grands hôtels (alors que l’hôtel à la japonaise en est dépourvu et que vous y dormirez par terre sur un futon).

Toilettes à l’Occidentale : remarquez la barrette couverte de boutons, c’est ça qui fait la différence

Revenons à cette « western ». Vous vous asseyez. La partie en contact avec vos fesses est tiède, ce qui est plutôt agréable ! Vous faites ce que les Anglais appellent votre « business ». Si ça fait du bruit (désolé, mais j’ai promis de tout expliquer !)  vous avez un bouton appelé « flush » qui va imiter le bruit de la chasse d’eau afin de couvrir tout autre bruit inconvenant… Quand vous avez terminé, vous avez deux boutons à votre disposition : un « bidet » et un « jet ». Chacun va humecter d’eau tiède un endroit différent de votre anatomie (là, je vous laisse imaginer…). Enfin le bouton situé le plus en avant et de couleur différente stoppe l’eau.
Vous sortez de là bien propre mais je trouve personnellement que le papier cul est un peu insuffisant pour essuyer tout ça !

Voilà vous savez tout sur les toilettes de ce pays décidément pas comme les autres !

Annie

Croisière autour du monde : 10ème escale

18 février 2017

blog397_phstevenson3Nos deux croisiéristes à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur demi-tour du monde et viennent de débarquer aux îles Samoa après plusieurs jours dans l’Océan Pacifique.

Jeudi 16 février :

La journée du 16 février à marqué notre premier contact avec l’île de Upolu et sa capitale Apia. Je ne sais pas si vous penserez comme moi, mais le mot Samoa m a toujours été très évocateur de végétation luxuriante, d’indigènes au corps peint et d’aventures de toutes sortes. Or, quand on a fantasmé longtemps sur une carte du Pacifique sud, on est parfois déçu quand la réalité se présente à vous….blog397_phulopu2

Cela n’a pas été le cas du tout cette fois et l’île nous a enchantés même si les « natifs » sont pudiquement vêtus de chemises à fleurs et de longs sarongs.

blog397_phcathedraleNous avons simplement loué un taxi pour la journée (nous étions quatre, avec un couple ami : ça n’a donc pas été ruineux !). Partis d’Apia, petite ville dont nous avons vu la belle cathédrale catholique (20 % de la population est en effet catholique) consacrée tout récemment en 2016.

Nous sommes ensuite montés vers le nord pour voir Vailima, la magnifique maison construite par Robert Louis Stevenson et où l’auteur a passé les quatre dernières années de sa vie.blog397_phstevenson2

La maison contient encore la plupart de ses meubles, ses livres, des photos… C’est très émouvant.Un jardin paradisiaque et tout fleuri l’entoure. La maison, construite en bois, est entourée de coursives ombragées et délicieusement fraîches en cette matinée déjà chaude, N’oublions pas que nous sommes à l’équateur !

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blog397_phulopuToujours vers le nord nous nous sommes arrêtés pour voir la cascade de Papapapaitai, dans un écrin de verdure tropicale, puis nous avons atteint un temple un peu inhabituel : sans prêtre et consacré à la méditation toutes religions confondues. Il n’y a que 8 temples de ce genre dans le monde et un seul en Europe, en Allemagne. Là encore, un jardin magnifique entoure la propriété.

Atteignant la côte nord enfin, nous avons découvert une plage de carte postale (voyez les photos !) où nous avons déjeuné au frais puis avons pris un des bains les plus mémorables de ma vie !

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Retrouvant Apia, nous avons flâné dans le petit marché installé, commodément pour nous, au pied de notre bateau !

De retour dans notre cabine, une bonne sieste réparatrice nous a remis en forme pour la soirée !

Annie

Dom Helder Camara : paroles de sagesse

1 juin 2016

Disparu en 1999 à 90 ans, l’évêque brésilien Dom Helder Camara a fortement marqué l’Église de son temps et fut dans les années 60 à 80 une figure marquante de la Théologie de la Libération et plus largement des efforts d’émancipation des populations du Tiers-Monde. Proposé quatre ans de suite pour recevoir le Prix Nobel de la Paix, Dom Helder Camara fut aussi en butte à l’hostilité des factions les plus réactionnaires de l’Église catholique. Et pourtant, son procès en béatification ouvert en juillet 2013 est en bonne voie, sous l’impulsion de l’actuel pape François, le Saint-Siège ayant fait savoir début 2015 que « rien ne s’oppose » à l’ouverture de l’enquête en béatification qui est donc en cours.

Blog308_PhLivreAlors que l’on reparle ainsi de « l’évêque des pauvres », voici que vient de paraître aux éditions Bayard un livre passionnant qui propose une sélection de lettres écrites par Dom Helder Camara en 1964 et 1965, alors qu’il vient tout juste d’être nommé archevêque d’Olinda et de Recife et qu’il prend ses fonctions dans un contexte très particulier puisque survenant juste après le coup d’état militaire de l’armée brésilienne et en pleine préparation du Concile Vatican II.

Ces missives, traduites par le journaliste José de Broucker et soigneusement sélectionnées par Sophie Gallé-Soas, sont dites « interconciliaires » car rédigées entre deux sessions du concile, avec d’ailleurs une interruption en milieu de période, alors que l’évêque se rend à Rome pour la troisième session du concile entre le 10 septembre et le 23 novembre 1964. Rédigées de nuit, ces lettres qui reflètent l’activité et les réflexions du nouvel évèque, traduisant au jour le jour ses espoirs et ses doutes, constituent un extraordinaire témoignage d’une période d’intense engagement de sa part.

Issu d’une famile brésilienne de 13 enfants, Dom Helder Camara avait été ordonné prêtre en 1931 à Fortaleza, puis consacré en 1952 évêque de Rio de Janeiro où il s’emploie à défendre les droits des habitants les plus pauvres des favelas tout en concourrant à la création du Conseil épiscopal d’Amérique latine et à la préparation du futur concile Vatican II, ouvert en 1962 par le pape Jean XXIII et clôturé en 1965 par son successeur Paul VI dont Helder Camara était assez proche.

Dom Helder Camara en 1974

Dom Helder Camara en 1974

Violemment attaqué par certains milieux conservateurs de l’Église brésilienne, Helder Camara est écarté de Rio et nommé archevêque de Recife, la capitale du Pernambouc un des états les plus pauvre du nord-est brésilien. A 55 ans, il prend ses nouvelles fonctions en avril 1964, une dizaine de jours seulement après le coup d’état militaire qui sonne le glas de la démocratie brésilienne. Il restera à ce poste jusqu’en 1985, ce qui coîncide précisément avec la fin de la dictature militaire et l’élection du président Tancredo Neves…

Ses relations avec la junte militaire au pouvoir sont d’ailleurs parfois tendues, lui que certains n’hésitaient pas à surnommer « l’évêque rouge » et qui s’en étonnait en ces termes : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste ». Dans ses premières lettres retraçant son arrivée à Recife, il évoque d’ailleurs ses démêlés avec les militaires qui pénètrent en armes jusque dans le palais épiscopal pour venir arrêter des suspects, ce dont il proteste officiellement auprès du cabinet du général.

Avec même un certain succès, au point de conclure modestement : « l’incident m’a rapproché du véritable commandant de la révolution ici ». Il relate ainsi un entretien de 2 heures avec le général de la place à qui il n’hésite pas à dire ; « Général : celui qui vous parle est votre évêque […]. Acceptez cet avis fraternel […] : la sincérité de l’anticommunisme de beaucoup de militaires a été amplifiée par l’anticommunisme d’hommes d’affaires qui voulaient seulement défendre leurs propres intérêts… ».

Favela actuelle à Recife

Favela actuelle à Recife

Les relations avec les autorités locales de la junte militaire ne seront pas toujours aussi cordiales, d’autant que l’évêque dès les premiers jours de son arrivée part à la rencontre des pauvres dans leurs baraquements des favelas locales, pataugeant dans la boue des alagados, au milieu des marécages inondables… Et l’évêque se fait géographe pour analyser : « Des 146 km² du territoire de Recife, 97 sont occupés par des bidonvilles… Seulement 9 % des taudis sont la propriété des occupants, les autres sont loués ».

Face à cet océan de misère, Dom Helder Camara s’efforce de réduire le train de vie de son Église. Il se déplace en autobus et décide d’ouvrir le palais épiscopal à la foule des fidèles, laissant les enfants des rues gambader dans les jardins, quand il ne joue pas avec eux, leur proposant des parties de billes et de lancer de fléchettes… Mais il se retrousse les manches et se coltine aux dures réalités économiques qui entretiennent la pauvreté. Il se bat pour que son diocèse accepte de libérer une partie de son patrimoine foncier afin que les plus pauvres aient accès à la terre : « Nous allons parler sérieusement des terres de l’archidiocèse. Nous avons des arguments très forts et pressants pour nous défaire d’elles : la réforme agraire a été décrétée et le geste du pape exige une réponse immédiate ».

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d'un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d’un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

On découvre à travers de ces pages non seulement un homme de coeur, un théologien épris de justice et de charité, mais d’abord un homme d’action, un organisateur qui jongle avec les projets, s’inquiète de trouver des débouchés aux briques ou aux sandales qu’il fait fabriquer et encourage ses séminaristes à la menuiserie ou au maraîchage aux côtés des salariés. Car le rôle d’un évêque n’est pas seulement de guider spirituellement ses ouailles : « Dans mon esprit, l’évêque d’une région sous-développée a l’obligation chrétienne et apostolique d’aider son peuple à s’arracher au sous-développement, dans lequel la vie humaine est impossible, et donc aussi, sauf miracle, la vie chrétienne ». On l’entend ainsi disserter sur les limites de l’aide au développement apportée notamment par la France, regrettant que celle-ci ne représente qu’une infime part de son PNB et estimant que « la France doit susciter de nouvelles modalités de relations économiques plus favorables au développement ».Blog308_PhCamara1964

Une analyse politique lucide qui lui vaut bien des critiques mais qu’il n’hésite pas à défendre devant ses interlocuteurs y compris étrangers et à la télévision. Car Dom Helder Camara est un homme de communication qui a saisi tout l’intérêt des médias pour diffuser ses messages. Cela lui est d’ailleurs vertement reproché par les autorités ecclésiastiques, au même titre que ses efforts oecuméniques en vue d’un rapprochement avec les églises réformées. Mais il ne se laisse pas démonter : « accuser l’évêque d’une grande ville, en plein 1964, de participer à une émission de télévision, c’est ignorer que la télévision nous porte au coeur des foyers, dans l’intimité des familles, nous permettant d’avoir partout une audience inimaginable pour qui ne la voit pas ».

Blog308_PhFemmeIndigeneTout au long de ces témoignages au ton enjoué, on découvre un homme chaleureux et épris de liberté, qui ne déteste rien de plus que de voir un oiseau en cage : « C’est ainsi que j’aime les oiseaux : lâchés, totalement libres, jouant dans les branches des arbres. Aussi grande soit-elle, aucune volière ne me paraît raisonnable ». Il y a du Saint-François d’Assises derrière le Dom… Il n’hésite pas à rendre visite aux prisonniers et va jusqu’à remettre en cause les plans proposés par ses architectes pour la construction du futur séminaire : « J’ai horreur de peiner qui que ce soit. Mais comment permettre que mes séminaristes grandissent avec l’impression d’être cloîtrés et même en prison !? ».

Un livre magnifique en tout cas qui permet de faire connaissance avec un être hors du commun, un homme visionnaire et engagé qui avait dès son intronisation en avril 1964 prononcé un véritable discours programme dans lequel il se présentait « comme un Nordestin qui s’adresse aux Nordestins avec les yeux rivés sur le Brésil, sur l’Amérique latine et sur le monde. Un être humain qui se considère frère de faiblesse et de pêché des homes de tous les coins du monde. Un évêque de l’Église catholique qui, à l’image du Christ, ne vient pas pour être servi mais pour servir ». Plus que le « Journal d’un évêque prophétique », une véritable leçon de sagesse, de détermination et d’humilité…

L.V.  LutinVertPetit

A vendre synagogue. Beaux volumes.Transf. possible mosquée

10 mai 2016

Non, cette annonce n’est pas parue sur Le Bon Coin car la transaction s’est faite directement sans qu’il n’ait été nécessaire de publier une petite annonce… En revanche, une fois connue, la nouvelle de la vente de la synagogue marseillaise de la rue Saint-Dominique près de la gare Saint-Charles à Marseille a fait le tour du monde et a été reprise par nombre de médias internationaux !

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Le secrétaire de l’association israélite Or Thora qui a vendu pour 400 000 euros cette synagogue à une association musulmane désireuse de la transformer en mosquée s’en est d’ailleurs longuement et sereinement expliqué dans le quotidien La Provence, qui avait ébruité l’affaire dès le 26 avril dernier, afin de dédramatiser la situation qui avait affolé le monde entier jusqu’en Russie…

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l'ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l’ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Il faut dire que cette synagogue, créée en 1967 par des Juifs séfarades originaires de Tlemcen, n’ouvrait plus que le samedi et avait bien du mal à rassembler les 10 croyants nécessaires pour que les prières du shabbat puissent se tenir. Les populations juives autrefois nombreuses en centre ville de Marseille ont largement déserté ces quartiers et plusieurs des 58 synagogues de la ville se retrouvent de fait dans la même situation, alors même que les musulmans sont à la recherche de lieux de culte pour se réunir.

La transaction s’est donc fait tout naturellement avec l’association musulmane Al Badr comme l’explique le responsable à La Provence : « Un jour j’ai croisé un jeune musulman de l’association. On a discuté. Je lui ai dit que ça n’allait pas très bien à la synagogue. Il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas qu’il en parle aux responsables de son association. J’ai dit OK. Le soir, ils sont venus. On a commencé à négocier… »,

Eh oui, tout est si simple. Comme s’il s’agissait d’un simple transfert de bail commercial… Un commerce périclite faute de clients, un autre en plein essor vient le remplacer… Bien sûr, les autorités rabbiniques ont été consultées mais n’y ont vu aucun problème : du moment que le local reste un lieu de culte… Comme l’a expliqué Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite à Marseille au Figaro : « Je ne vois rien de mal dans cette opération […] Nous prions pour le même Dieu, celui de l’amour et de la fraternité. J’espère, bien sûr, qu’il y aura toujours, dans ce lieu, l’esprit de tolérance et de vivre ensemble dont nous avons besoin ».

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

A se demander en effet comment il peut exister un différent entre Juifs et Musulmans au Proche Orient alors qu’à Marseille des questions de transfert de lieu de culte entre les deux religions se font de manière aussi naturelle ! On aimerait même qu’il en soit de même entre Chrétiens et Musulmans, ce qui ne semble pourtant pas aller de soi comme le montre l’émoi qu’a causé récemment une déclaration pourtant bien anodine du recteur de la mosquée de Paris, le très modéré Dalil Boubakeur. Interrogé sur la transformation éventuelle d’églises en lieux de cultes musulmans, il avait répondu benoîtement « Pourquoi pas ? ».

Le bon sens même alors que les églises françaises se vident et que les musulmans pratiquants ont bien du mal à trouver des lieux adaptés pour accueillir leur prière du vendredi. Mais ceci a suffi à mettre le feu aux poudres et à réveiller la fibre combative des milieux catholiques réactionnaires qui ont illico lancé un appel intitulé « Touche pas à mon église », à l’instigation de l’écrivain Denis Tillinac. Une pétition relayée par le magazine Valeurs actuelles et que se sont empressés de signer dans un bel élan conservateur Eric Zemmour, Philippe de Villiers et même Nicolas Sarkozy.

Vue de l'intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Vue de l’intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Ce ne sont pourtant pas les précédents qui font défaut en la matière et on pourrait naturellement évoquer la basilique Sainte-Sophie transformée (parmi bien d’autres) en mosquée lors de la prise de Constantinople par les armées ottomanes en 1453, ou la grande mosquée de Cordoue devenue cathédrale en 1236 à l’issue de la Reconquista, mais ces deux reconversions immobilières ne sont certes pas le fruit d’un esprit oecuménique accompli…

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En revanche, d’autres exemples abondamment illustrés dans le cadre d’une exposition temporaire admirable récemment organisée par le MUCEM et centrée sur la question des lieux saints partagés montrent que les lieux de cultes peuvent passer d’une célébration à l’autre, y compris parfois de manière simultanée. N’est-ce pas d’ailleurs un des points communs de la plupart des religions de prôner l’esprit d’ouverture et de partage avec l’autre ?

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Des lieux de cultes partagés dans lesquels chacun peut pratiquer sa foi existent déjà dans les aéroports et dans les hôpitaux. Un exemple souvent cité de lieu de culte interconfessionnel est le temple libre de Moncton, au Canada, construit en 1921 pour accueillir les croyants des différentes religions en attendant que leurs lieux de cultes respectifs ne soient construits et qui a fonctionné jusqu’en 1963, avant de devenir un monument historique. A Berlin, un projet de « Maison de l’Unique » a ainsi été lancé en juin 2014 par le pasteur Gregor Hohberg, le rabbin Tovia Ben-Chorin et l’imam Kadir Sanci. L’édifice, qui devrait voir le jour en 2018, sera érigé sur les ruines de Petrikirche, la plus vieille église de Berlin, découverte par des archéologues en 2009. Il réunirait en un seul lieu trois salles de prières de dimensions égales, donnant sur une salle commune où les fidèles pourraient échanger.

Il existe aussi en France une initiative notable à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne, où un projet de quartier multicultuel a vu le jour, comme le relate un article du Figaro. Il s’agit en l’occurrence d’un ensemble de bâtiments composé de deux temples bouddhistes, une mosquée, une synagogue et une église évangélique protestante chinoise, construits côte-à-côte pour favoriser le dialogue inter-religieux. Certains à Londres imaginent également un lieu qui pourrait servir de mosquée le vendredi, de synagogue le samedi et d’église le dimanche. Après le covoiturage, le cocultuel ?

L.V.  LutinVertPetit

Ci-gît un perdant du loto…

23 janvier 2016

Pas de chance vraiment pour cet habitant de Carnoux dont l’enterrement se produit alors même que l’église paroissiale s’emploie à déployer sur sa façade les affiches qui annoncent en lettres géantes l’organisation dans les prochains jours d’un super loto… La mise en place de ces banderoles incitant à venir participer au tirage du loto au moment même où est célébrée dans l’église une messe d’enterrement pourrait presque passer pour une faute de goût, voire pour une légère provocation, une manière de rappeler à ce pauvre macchabée qu’il n’aura pas la chance de gagner le gros lot puisqu’il quitte cette vallée de larmes avant même le tirage du loto…

Blog269_PhCorbillard

Le curé de Carnoux serait-il donc à se point gagné par la fièvre du jeu qu’il ne pouvait pas attendre quelques heures avant de déployer ses banderoles démesurées sur la façade de Notre-Dame d’Afrique ? Et d’ailleurs, est-il bien opportun d’utiliser ainsi cette église comme un gigantesque support publicitaire ? Passe encore quand il s’agit d’afficher un message de solidarité envers les Chrétiens persécutés du Moyen-Orient, même si le message en question pêche un peu par excès de sélectivité…

Mais où est donc le discours de compassion dans cette vulgaire banderole publicitaire annonçant l’organisation du Super Loto de la paroisse ? L’appât du gain serait-il devenu le seul ressort des catholiques pratiquants de Carnoux ? On savait déjà que l’évêché faisait d’excellentes affaires avec le maire de Carnoux en matière d’investissement foncier pour faire payer par la collectivité les frais de démolition de son établissement scolaire vétuste tout en obtenant un crédit gratuit pour acquérir les parcelles nécessaires à la construction de son nouveau collège privé. Mais on croyait se souvenir que les marchands du Temple avaient depuis bien longtemps été chassés par Jésus en personne. Manifestement, le goût pour le jeu n’en a pas été totalement évincé…

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« Croissez et multiplez » est-il écrit dans les Saintes Écritures. Ce que certains ont peut-être traduit un peu hâtivement en « Jouez et enrichissez-vous »… A moins qu’il ne s’agisse simplement de renforcer le goût inné de tout chrétien qui se respecte pour le hasard et le pari, ce fameux pari sur lequel Pascal, en son temps, s’est fondé pour argumenter de manière magistrale en l’intérêt de croire.

Espérons du moins que la famille du mort n’y a pas vu malice que cette cérémonie religieuse se déroule ainsi sous les slogans publicitaires qui invitent à venir jouer pour espérer gagner le gros lot tout en renflouant les caisses de l’Église ! La vie est une grande loterie a t-on coutume de dire, mais à Carnoux, la religion se résume, semble t-il, à un Super Loto…

L.V.  LutinVertPetit

Devinette : qui a dit ?

14 décembre 2015

« Les musulmans ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique en France »

Développons un peu la pensée du personnage inconnu qui affirme avec vigueur ce positionnement destructeur et déstructurant, et qui place la croyance comme étant un critère objectif pour hiérarchiser les Français, pour définir le traitement que la République pourtant déclarée Une et Indivisible doit accorder à ses citoyens : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne ».

« Et dans ces conditions, si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique .

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« Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam », poursuit cette catholique pratiquante, qui a été cinq ans élève à l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud.

« Il n’y a aucun phénomène d’islamophobie en France », juge encore ce personnage demandant à ce qu’on « sorte de la culture de l’excuse ».

Blog258_PhPresentCes affirmations tranchées sont prononcées par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen dans un entretien au quotidien de l’extrême droite catholique Présent, paru le samedi 21 novembre. La députée de Vaucluse, récente tête de liste du Front national aux régionales en Paca, estime que les musulmans « ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique » en France.

Lindignation ne suffit pas, il faut comprendre le message subliminal de Marion Maréchal – Le Pen. En réalité, elle ne subordonne pas seulement les musulmans aux prescriptions de la religion catholique (en tout cas à l’idée qu’elle s’en fait) mais l’ensemble de la société, y compris la République elle-même. C’est en cela que la distinction qu’elle opère dépasse le débat religieux. La vision partagée dans le journal cité, et confirmée pour l’essentiel sur RTL, s’inscrivent dans une continuité, notamment au regard d’une longue interview, publiée il y a quelques semaines et passée inaperçue.

Une vision du monde inquiétante

En octobre dernier, Marion Maréchal-Le Pen a été l’invitée d’une émission diffusée sur Radio Courtoisie (en partenariat avec le site ultra catholique Le Salon beige). Dans ce « libre journal de la Résistance » (sic) la nièce de Marine Le Pen a pu, durant près d’une heure et demie, livrer le fond de sa pensée politique.

En territoire médiatique ami, les masques tombent, et face à des interviewers complaisants, dans le cadre d’une conversation entre gens du même bord, la députée de Vaucluse s’est alors totalement dévoilée, révélant une pensée politique et une vision du monde pour le moins inquiétante. De ce long entretien, trois moments sont les plus politiquement révélateurs. Marion Maréchal-Le Pen dans le texte, c’est tout à la fois effrayant et accablant.

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Premier temps fort de l’entretien, le mariage civil, qu’il faudrait démolir. « Pourquoi garder le faux mariage et le PACS ? », commence par demander Grégoire Boucher à Marion Maréchal-Le Pen. Réponse : « Y a une aberration qui est un héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement. A quel titre ? Je ne sais pas. Je trouve ça scandaleux, après tout on pourrait recevoir un sacrement sans devoir demander l’autorisation à la République française ». Et d’ajouter: « Je vous signale qu’un certain nombre de musulmans n’ont pas ces complexes sans que la République en soit choquée… (…) Le complexe c’est pas leur truc… En revanche, c’est vrai qu’il y a énormément de mariages musulmans qui sont fêtés et qui ne sont pas passés par la mairie civile en amont sans que la République n’y trouve rien à redire ou s’en donne les moyens… Et peut-être que les catholiques ne devraient plus se laisser faire et réagir afin de forcer le débat à ce sujet-là ».

Deuxième temps fort, la suprématie de la religion catholique sur la République et les Droits de l’Homme. « On a des gens qui iront mourir contre nous pour Allah, a-t-on en face envie de mourir pour la République ou pour la laïcité (noter l’interviewer qui ajoute ‘Pas moi’) quand on voit comment ces termes ont été vidés de leur sens ? »…

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d'Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Le débat ainsi posé, Marion Maréchal-Le Pen s’en prend à l’Église catholique, notamment à la Conférence des évêques de France, au motif qu’elle aurait renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions : « Au prétexte d’un relativisme que moi je combats, y compris en politique, pas seulement dans le domaine spirituel, qui voudrait qu’il n’y ait pas de vérité que finalement tout se vaut (…) et que finalement croire le Coran, la Torah ou la Bible serait équivalent à partir du moment où l’on croit. Je ne crois pas que Jésus Christ soit venu mourir sur terre pour porter un message qui aurait été remplacé quelques siècles plus tard par le prophète Mahomet ». Et de conclure : « La grande erreur de l’Église catholique c’est de tout mettre sur le même plan, parce que dans ces conditions, il n’y a pas de vérité, s’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien, pas de mal, donc plus rien n’a de sens ».

Blog258_DessinMariageQuelle laïcité ?

Enfin, dernier temps fort de l’entretien, la question de la fonction et de l’utilisation de la laïcité républicaine, que la députée frontiste évoque de manière surprenante : « La laïcité est un outil utile contre la propagation (…) des revendications de certains musulmans. En revanche, il ne faut pas tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire la religion de la laïcité, qui voudrait que l’on rejette la religion de toute sphère publique. La France est un pays chrétien, d’identité chrétienne, de racines chrétiennes, qu’elle a ce titre un héritage, des traditions, à connotation religieuse, en particulier catholique, et que la laïcité ne doit s’en prendre à cela ».

Conclusion logique, une fois encore : « Je combats la laïcité vue par la gauche parce que c’est une laïcité aseptisée, on supprime tout ce qui peut avoir une référence à nos racines catholiques dans le cadre de la sphère privée ! (ne voulait-elle pas dire publique ? S’agit-il d’un lapsus ?) C’est le débat que l’on a eu sur les crèches dans les mairies ».

Que retenir de ce pot-pourri?

La pensée dévoilée de Marion Maréchal-Le Pen est d’essence contre-révolutionnaire. Elle est celle que portent, depuis 1789, tous les courants politiques extrémistes antirépublicains, qui ont tenté, par tous les moyens, notamment sous le régime de Vichy, de restaurer une France catholique au-dessus de tout, y compris et surtout au-dessus de la République bâtie sur la Déclaration des Droits et l’Homme et du Citoyen.

Blog258_PhLePenTerrible passage que celui où Marion Maréchal-Le Pen, encouragée par son interviewer, juge qu’il n’y a pas de raison de mourir pour la République et la laïcité. La certaine idée de la France que se fait la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (entre Charles Maurras et son ami Jacques de Guillebon, intellectuel catholique ultra qui serait devenu son inspirateur) est encore plus réactionnaire que celle de l’ancêtre fondateur du Front national qui lui, n’avait jamais subordonné son action à une vision intégriste du catholicisme français appliquée à la sphère publique.

Au-delà de la manifestation de la tradition ultra-catholique, l’entretien est aussi instructif en ce qu’il acte une formidable opération de préemption des concepts et droits républicains.

Une position catholique intégriste

D’abord en ce que Marion Maréchal-Le Pen ne reconnaît pas le mariage civil et républicain, n’accordant de valeur qu’au seul mariage muni des sacrements de l’Église catholique. Le mariage républicain, facteur de cohésion civile, serait par nature impur d’un point de vue catholique. D’où l’appel lancé, de manière assez subtile, à une certaine forme de désobéissance civile, en invitant les catholiques de son bord à imiter certains musulmans afin de « forcer le débat ».

Manifestation à Paris de l'extrême-droite catholique en décembre 2011

Manifestation à Paris de l’extrême-droite catholique en décembre 2011

Nous sommes donc clairement en présence de la manifestation d’une position catholique intégriste, désireuse d’imposer à l’ensemble de la société, à rebours de toute considération de la liberté absolue de conscience, une vision de « la vérité » en politique qui ne se discute pas. Le tout au nom des « racines catholiques de la France » (notion encore plus étroite que « racines chrétiennes » puisqu’elle exclut de facto les protestants.

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Il en est de même pour la laïcité, que Marion Maréchal-Le Pen détourne de son but pour en faire une arme de destruction massive identitaire. A l’entendre, la laïcité serait désormais le moyen pour les gens de son bord d’imposer un champ politique qui serait régi par les prescriptions d’un catholicisme intégral, seul qualifié pour être porteur de cette « vérité » qui permet de distinguer le bien et le mal, attendu que le Coran et la Torah (protégés qu’ils sont par le relativisme auquel aurait succombé, selon la députée frontiste, la Conférence des évêques de France) ne sont pas cette vérité. La laïcité de Marion Maréchal-Le Pen, c’est donc un outil identitaire dont on doit user contre tous ceux qui ne croient pas au seul Dieu catholique porteur de « vérité », sinon, comme elle le dit, « pourquoi Jésus serait-il venu mourir sur terre ? ». Tout se tient.

Ces éléments relatifs à la pauvre et simplette pensée politique de Marion Maréchal-Le Pen, aussi inquiétante qu’accablante, sont-ils de nature à éclairer les électeurs de PACA avant de passer dans les isoloirs ? Les résultats des élections régionales du dimanche 13 décembre 2015 ne le disent pas. Bien d’autres raisons ont pu écarter la prétention du FN d’accéder à la tête de la Région. Aurait-on pu imaginer vivre dans une région gouvernée par une présidente qui pense que l’idée qu’elle se fait de son Dieu est au-dessus de tout, y compris la République et ses lois ? Ce n’était vraiment pas une expérience à tenter cette fois-ci, mais la menace demeure pour les scrutins à venir !

S.J.

Les évêques soutiennent la métropole d’Aix-Marseille !

22 novembre 2015

Aussi étonnant que cela puisse paraître, voilà que le Diocèse de Marseille apporte un soutien aussi fervent qu’inattendu au projet de métropole Aix-Marseille-Provence, dont la création est toujours prévue au 1er janvier 2016, mais dont la gestation se fait dans la douleur et malgré l’opposition farouche et déterminée de bien des élus locaux… À l’heure où l’on insiste tant et plus sur le caractère laïc de notre État et sur la nécessaire séparation entre croyance spirituelle et gouvernance politique, voilà une prise de position qui va faire grincer bien des dents. On n’ose d’ailleurs imaginer comment aurait été reçue une telle prise de position si elle avait été formulée par un imam au nom du Conseil représentatif des musulmans de France…

Monseigneur Georges Pontier (photo E. Cabanis / AFP)

Monseigneur Georges Pontier (photo E. Cabanis / AFP)

Toujours est-il que cette position officielle, largement relayée par La Provence, a bien été formulée au nom de l’Église catholique par Monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille, et par son homologue Christophe Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence et d’Arles. Maryse Joissains, la maire d’Aix-en-Provence, qui a tout fait pour torpiller le projet et qui continue à se battre bec et ongles pour empêcher à tout prix que cette métropole ne voir le jour, s’en étrangle d’indignation, mais force est de constater que le message de l’épiscopat est sans ambiguïté.

Philippe Langevin lors de la conférence du 20 novembre 2015

Philippe Langevin lors de la conférence du 20 novembre 2015

L’événement a été soigneusement orchestré et s’est déroulé vendredi 20 novembre sous forme d’une conférence à Marseille devant une centaine de participants et en présence de l’archevêque, à l’invitation du Comité diocésain économique et social et du Secrétariat social de Marseille. Intitulée « Une lecture de la métropole AMP à la lecture de la doctrine sociale de l’Église », la conférence a été animée par l’économiste Philippe Langevin, également membre du Conseil diocésain. Le texte, qui avait été largement distribué, évoque les caractéristiques de notre espace métropolitain avec ses atouts mais aussi sa répartition très inégalitaire des richesses, et détaille les enjeux de la construction métropolitaine, formidable opportunité pour développer la solidarité et le mieux-vivre de ses habitants. Il égratigne au passage les maires qui s’accrochent à leur pouvoir et prône le renouvellement des responsables politiques pour éviter l’instauration de privilèges occultes…

Bref, un véritable pavé dans la mare des élus locaux qui s’opposent de toutes leurs forces à ce projet et qui vivent comme un véritable camouflet ce rappel à leurs responsabilités sociales ! Il faut dire que les deux évêques n’y vont pas avec le dos de la cuillère et invoquent carrément le pape en appui à leur prise de position, n’hésitant pas à déclarer : « Comme nous y invite le pape François dans sa lettre encyclique Laudato si, nous devons penser Aix-Marseille-Provence comme une maison commune qui nous accueille, nous protège et nous nourrit ». Rien de moins !

Article publié dans La Provence

Article publié dans La Provence le 18 novembre 2015

Déjà que les déclarations du pape François sur les dérives du néolibéralisme et les dangers qui pèsent sur notre environnement avaient fait grincer bien des dents, la pilule est amère pour bien des élus de droite pour qui la doctrine sociale de l’Église n’avait de sens qu’à condition de ne pas sortir des strictes limites du sermon dominical. Sauf que là, le message est limpide : « Cette métropole est nécessaire pour construire un nouveau territoire à la hauteur des enjeux de notre temps. Sur un espace d’intenses déplacements, les concurrences avérées entre les communes et les intercommunalités, le renfermement de beaucoup d’élus sur leur territoire de légitimité handicapent le développement d’un territoire qui ne manque pourtant pas d’atouts. Le taux élevé de pauvreté dans beaucoup de communes et les écarts importants de conditions de vie de près de 2 millions d’habitants renvoient à un devoir de solidarité ».

Maryse Joissains en 2012 (capture d'écran)

Maryse Joissains en 2012 (capture d’écran)

Pour la pauvre Maryse Joissains qui réclamait encore il y a quelques jours un audit de la ville de Marseille et refusait obstinément tout partage des ressources avec cette ville, le rappel à la morale chrétienne est brutal ! Car c’est bien dans cette optique que les évêques placent leur discours en rappelant que « pour les chrétiens, ce devoir de solidarité est un devoir de charité ».

Mais bien des élus locaux semblent sourds à ce genre de discours, alors qu’ils en sont encore à déposer des recours pour tenter d’annuler l’élection du nouveau président de la métropole et fragiliser autant que possible la mise en place de cette dernière, à l’image du maire de Pertuis annonçant sans ambages à la presse : « on va faire péter le système », tandis que la maire d’Aix-en-Provence réclame la mise sous tutelle de la ville de Marseille et de ses élus qu’elle qualifie d’ « équipe de branquignoles ». Rarement la politique aura atteint un niveau aussi bas…

L.V.  LutinVertPetit

Les Français tournent le dos à la religion…

31 juillet 2015

« Le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas » aurait dit André Malraux, même si cette citation fait l’objet de controverses. En tout cas, l’actualité internationale et nationale tendrait plutôt à lui donner raison, elle qui porte au premier plan des conflits armés ou des problèmes de société dont l’origine est principalement d’ordre religieux. Même si les affrontements entre protestants et catholiques en Irlande du Nord ont récemment baissé d’intensité, les nombreux conflits inter-religieux ou entre dogmes « concurrents » de la religion musulmane qui se développent au Proche comme au Moyen-Orient ou en maints pays africains ou asiatiques tendent à montrer que le fait religieux prend une part de plus en plus importante sur notre planète.

Manifestation Place de la république à Paris le 11 janvier 2015 (photo P. René-Worms / RFI)

Manifestation Place de la république à Paris le 11 janvier 2015 (photo P. René-Worms / RFI)

Même en France, les polémiques qui font rage sur la viande halal dans les cantines ou sur le port du voile dans les lieux publics confirment à quel point le sujet reste sensible. Les attentats de janvier dernier et de nombreux faits divers quotidiens ne font que raviver dans notre société française qui se veut moderne, laïque et multiculturelle, des querelles religieuses que l’on pensait éteintes depuis les grands affrontements des guerres de religion ou, plus récemment, de la séparation entre l’Église et l’État.

A ce sujet, un récent article du Monde, vient apporter de très instructifs éclairages sur la place des religions dans notre société et en particulier sur l’importance du sentiment religieux chez les Français. Car le sujet n’est pas simple, ne serait-ce que parce que les statistiques ethniques ou sur l’appartenance religieuse restent très encadrées en France, au point qu’il est impossible de déterminer le nombre exact d’adeptes des différentes religions.

Vœux du Président de la République aux autorités religieuses, le 7 janvier 2014 (photo SIPA)

Vœux du Président de la République aux autorités religieuses, le 7 janvier 2014 (photo SIPA)

Heureusement, plusieurs sondages effectués au niveau mondial et européen en donnent une bonne estimation, et ceci grâce à l’adoption en 2000 par le Conseil européen, de la directive Race, contre la discrimination raciale et ethnique, qui a permis de débloquer la situation en rendant possible la collecte d’informations sous réserve qu’elle soit « anonyme, librement consentie et réalisée sous le contrôle de la CNIL (Commission nationale Informatique et libertés) », et à condition « d’en faire un usage raisonné, c’est à dire respectant l’intérêt général, que ce soit pour la recherche scientifique et historique ou par souci de mieux lutter contre les discriminations ».

Ainsi, en 2012, l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question, a interrogé plus de 50 000 personnes dans 57 pays et a constaté que seuls 37 % des Français se considéraient comme religieux, les autres se partageant entre non religieux et athées convaincus. Un autre sondage en 2010 avait abouti à des résultats comparables avec une proportion de 40 % d’athées déclarés auxquels s’ajoutent près de 30 % de personnes se déclarant sans religion mais croyant néanmoins à des forces supérieures…

Importance de l'athéisme selon les résultats de l'étude Gallup (carte publiée dans Le Monde du 7 mai 2015)

Importance de l’athéisme selon les résultats de l’étude Gallup (carte publiée dans Le Monde du 7 mai 2015)

De tels chiffres tendent à montrer que la France serait l’un des pays du monde où l’athéisme est le plus présent, derrière quand même la Chine, où des décennies de Maoïsme semblent avoir laissé des traces… Selon cette source, près de 60 % des personnes interrogées dans le monde se déclarent encore religieuses même si cette proportion a baissé de 9 % depuis le précédent sondage en 2005. Celles qui se revendiquent athées ne dépassent pas 13 % dans le monde, très en deçà donc de la proportion affichée en France qui atteint 29 % selon ce sondage. L’analyse du sondage met d’ailleurs en évidence une corrélation assez nette entre l’importance du sentiment religieux et le niveau de développement du pays : plus le pays est riche, moins la religion y est présente. Ce n’est pas une découverte majeure et de nombreux philosophes l’avaient déjà largement pressenti…

Dans un domaine aussi complexe et personnel que le sentiment religieux, on perçoit vite en tout cas les limites de l’outil statistique qu’est le sondage avec ses cases à cocher… Comment répertorier toutes les nuances que l’on imagine entre le matérialiste convaincu qu’il n’existe aucune forme de spiritualité, l’agnostique qui se dit incapable de trancher quand à l’existence ou non d’une divinité supérieur ou le déiste qui croit en une forme de divinité tout en rejetant toute pratique religieuse ?

Blog212_PhEgliseLà où le sujet semble plus affermi, c’est lorsqu’on s’interroge sur les comportements liés à la pratique religieuse. Et là, les chiffres sont éloquents : seuls 4,5 % des Français affirment continuer à se rendre régulièrement à la messe… Même si 70 % des Français seraient encore baptisés, seuls 300 000 d’entre eux ont été nouvellement baptisés en 2010, ce qui représente à peine plus d’un tiers des naissances de cette année là. La pratique religieuse catholique est donc en baisse manifeste dans ce pays.

Quant à celle de l’Islam elle semble un peu plus régulière mais est loin d’être systématique. Ainsi un sondage IFOP commandé par La Croix en 2011 avait estimé que 75 % des Français issus de familles d’origine musulmane se disaient croyants, mais en réalité seuls 41 % se considèrent comme pratiquants (contre 16 % des Français d’origine catholique) et un quart seulement affirment se rendre à la mosquée tous les vendredis. La proportion est plus élevée que pour les catholiques mais reste minoritaire. Une autre analyse parue dans Le Monde évalue ainsi à environ 4 à 5 millions le nombre de personnes de culture musulmane vivant en France (soit environ 8 % de la population française), ce qui représenterait donc un peu plus d’un millions de pratiquant se rendant régulièrement dans un des 2500 lieux de cultes musulmans recensés en France par le Ministère de l’Intérieur. En comparaison, on constate que les quelques 3 millions de catholiques qui disent se rendre régulièrement à la messe ont à leur disposition pas moins de 40 000 églises, ce qui est leur laisse largement la place de prier à défaut de trouver suffisamment de prêtres, crise des vocations oblige…

Musulmans en prière à Lyon (photo G. Atger / Divergence pour l'Express)

Musulmans en prière à Lyon (photo G. Atger / Divergence pour l’Express)

Cet article du Monde fait aussi référence à l’évolution du sentiment religieux qui semble plus fort chez les jeunes générations d’origine musulmane ainsi qu’aux conversions vers l’Islam qui concerneraient en France de l’ordre de 4000 personnes chaque année, chiffre finalement assez faible bien que suscitant de nombreux fantasmes. Cet accroissement de la pratique religieuse et de l’identité musulmane chez les jeunes générations, serait, selon une étude du sociologue Hugues Lagrange publiée en 2013, davantage le reflet d’un « sentiment de relégation sociale » qui favoriserait l’émergence d’une culture de l’islam rigoriste parfois opposé aux valeurs de la République.

A défaut d’être « mystique », notre siècle est en tout cas pour beaucoup d’entre nous celui des inégalités et des frustrations, ce qui peut en effet conduire, si nous n’y prenons garde, à un repli identitaire et une réactivation des conflits religieux dont l’histoire a montré tout les périls qu’ils peuvent engendrer. Espérons que nous saurons les éviter en nous appuyant sur les leçons du passé…

C.M. et L.V.

Iconoclasme, blasphème … Que nous enseigne l’Histoire ?

28 mai 2015

Le terme « iconoclasme » est réapparu à propos des caricatures qui ont motivé les fanatiques auteurs de la récente tuerie de Paris. Mais c’est aussi en référence à cette doctrine qu’ont été détruites les grandes sculptures du Bouddha de la vallée du Bâmiyân par les talibans en 2001 ainsi que des sculptures du musée irakien de Mossoul et qu’ont été dynamités des sites archéologiques en Irak tout dernièrement.

Qu’est-ce que l’iconoclasme ?

C’est une doctrine jadis prônée par les partisans des empereurs byzantins chrétiens (VIIIe et IXe siècles) qui s’opposèrent à l’adoration et au culte des images saintes. Iconoclasme est un terme formé par deux mots grecs, le substantif icône eikôn qui signifie image et « clasme » ou « claste » qui provient du verbe klaô : briser.  Plus tard, au XVIe siècle, le christianisme a encore connu, avec le protestant Jean Calvin une nouvelle période iconoclaste. Cet artisan de la Réforme a ainsi fait recouvrir de chaux les murs des églises et disparaître les statues, les peintures ainsi que les vitraux.

Il convient toutefois de ne pas confondre iconoclasme et aniconisme, ce dernier terme signifiant le rejet de la représentation par des images qui constitue une tradition dans la religion judaïque.

Le refus des idoles est explicite dans la Bible et la Torah (Exode : « Tu ne feras pas d’idole de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre »). Rappelons à ce sujet l’épisode où Moïse retrouve son peuple après avoir reçu les tables de la Loi et le contraint à briser les idoles (Veau d’or).

L’historien des religions Odon Vallet explique que « l’Islam est généralement considéré comme iconoclaste, mais qu’il convient de nuancer tout cela car le Coran ne dit pas un mot des images ». Selon lui, l’interdit est mentionné dans les « hadith », transcriptions de propos prêtés à Mahomet. « On trouve cependant des représentations humaines dans les châteaux du désert jordanien, mais aussi des miniatures persanes qui représentent des visages, y compris celui du prophète ».

Blog187_PhMucemNous en voulons pour preuve cette peinture sur papier intitulée Le Prophète Mahomet et l’ange Gabriel, Téhéran, Iran, vers 1950 de la collection du MuCEM, ainsi qu’un double panneau en bois peint – plus ancien – figurant la famille du prophète, visible dans la même collection.

Sur cette petite peinture, le Prophète Mahomet est représenté entouré de sa famille, dont sa fille Fatima, son cousin germain Ali, mari de Fatima, et leurs deux enfants, Al Hussein et Al Hassan. L’ange Gabriel est figuré à l’arrière plan portant le Coran. Hormis ceux de Fatima qui est voilée, les traits des visages sont traités avec réalisme. L’ensemble se détache sur un fond bleu ciel.

Des éléments textuels : Dieu Tout-Puissant – Muhammad – Fatima – Hossein – Hassan – Ali, sont inscrits dans une forme décorative dont la couleur dorée peut symboliser la lumière.

Le blasphème

Le blasphème est une parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. Le blasphème est à distinguer du sacrilège : le premier consiste en paroles, le second en actes.

Caricature du roi Louis-Philippe par Daumier In La Caricature, 1831

Caricature du roi Louis-Philippe par Daumier In La Caricature, 1831

En France, après avoir constitué un délit passible de la peine de mort avant la Révolution, les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 suppriment la notion de blasphème du droit français. Cette position n’est toutefois pas commune à tous les pays européens et elle est toujours en vigueur dans les départements français de l’Est qui relèvent du Concordat.

En France, État laïc, la caricature constitue une manifestation de la liberté de penser, droit dont dispose tout citoyen.

Ce droit à la dérision a été exercé par des artistes dont Honoré Daumier (1808-1879) qui cessera de publier ses caricatures politiques en 1835 après la promulgation de la loi sur la censure dans la presse.

Caricature de Daumier publiée dans Des gens de Justice, 1835

Caricature de Daumier publiée dans Des gens de Justice, 1835

Dernièrement, aux États-Unis, le Metropolitain Museum de New-York a retiré plusieurs œuvres figurant le prophète Mahomet en arguant du souci de ne pas choquer la communauté musulmane.

Extrait de la page web de la revue Première du 20/01/2010

« La direction du musée a affirmé que la monstration de ces images était « à l’étude », l’institution ne voulant pas, de toute évidence, s’attirer l’ire des musulmans intégristes, en particulier des sunnites conservateurs qui condamnent la représentation de tout être vivant, a fortiori celle de Mahomet.

L’interdiction de la représentation de Mahomet n’est en effet pas dogmatique, et varie d’une époque et d’une aire géographique à l’autre. Il est justement du devoir d’un musée à vocation universelle comme le Metropolitan Museum de replacer les œuvres dans leur contexte pour aider à mieux comprendre le monde, ancien et actuel. »

Concomitamment, à Marseille, le MuCEM a choisi d’ouvrir une exposition intitulée Lieux Saints Partagés qui fait le choix de la pédagogie.

Visuel de l'exposition Lieux Saints Partagés au MUCEM (J4 - du 29 avril au 31 août 2015)

Visuel de l’exposition Lieux Saints Partagés au MUCEM (J4 – du 29 avril au 31 août 2015)

Puisse cette initiative nous aider à mieux appréhender scientifiquement et culturellement l’histoire des peuples du bassin méditerranéen.

Michel Motré

Références :

Jean GOUILLARD, « ICONOCLASME  », Encyclopædia Universalis [en ligne]

Jean-Urbain COMBY, « QUERELLE DES IMAGES  », Encyclopædia Universalis [en ligne]

Habitants de Carnoux, tous nasranis ?

14 août 2014

Blog94_Ph2Depuis quelques jours, chacun à Carnoux a pu observer cette curieuse banderole qui se détache en lettres de sang sur la façade de Notre-Dame d’Afrique, en plein centre de la ville le long du mail. On y voit la lettre n de l’alphabet arabe, le « noun », complété par ce slogan énigmatique « Tous nasranis ». Pour qui a vécu en pays islamique, cette expression de « nasrani » évoque la manière vaguement méprisante dont sont habituellement désignés les chrétiens, par allusion à Jésus le Nazaréen. De fait, ce sigle est celui qui a été apposé sur les maisons des chrétiens vivant à Mossoul, l’antique Ninive située au nord de l’Irak actuel, lorsque la ville est tombée entre les mains des djihadistes de l’État islamique, le 10 juin 2014.

Les hommes de l’émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Ourashi, autoproclamé calife, ont alors laissé le choix aux quelques 25 000 chrétiens encore présents soit de se convertir soit de payer l’impôt spécial réservés aux dhimmi, non musulmans. On retrouve là des pratiques qu’on croyait disparues mais qui ont été souvent appliquées dans l’histoire, y compris d’ailleurs à l’encontre des musulmans persécutés par les autorités catholiques lors de la Reconquista espagnole. En l’occurrence, elles ne concernent actuellement pas seulement les Chaldéens mais aussi les Juifs ou les Zoroastriens et un certain nombre d’autres communautés dont les Yézidis, les Turkmènes et d’autres, également victimes des mêmes persécutions du fait de l’expansion territoriale de l’État islamique en Irak comme en Syrie.

Blog94_Ph5

L’initiative prise par le père Bernard Lucchesi à Carnoux, exprimant une solidarité quelque peu sélective envers les seules populations d’obédience chrétienne, ne laisse donc pas d’étonner : s’agirait-il de ranimer l’esprit de croisade ou les guerres de religions qui ont fait tant de dégât dans le passé ?

Certes, la situation géopolitique dans la région est dramatique mais il serait pour le moins erroné de la réduire à une offensive de combattants islamistes contre les seules minorités chrétiennes d’Orient. Les cibles principales contre lesquelles combattent les djihadistes salafistes de l’État islamique sont d’abord des Chiites et les peshmergas kurdes. L’enjeu de ce conflit ne se réduit pas à de simples considérations religieuses, loin s’en faut.

Du prosélytisme sur un bâtiment public à Carnoux ?

Du prosélytisme sur un bâtiment public à Carnoux ?

Que des musulmans irakiens affichent leur solidarité à Bagdad vis-à-vis de leurs compatriotes chrétiens persécutés en arborant ce slogan généreux  » Tous nasranis  » est fort louable. Que le même message s’affiche ainsi sur la façade d’une église en France en change nécessairement la portée et pourrait même être considérée comme une provocation par certains ! Surtout quand au même moment la même équipe paroissiale juge utile d’afficher sur la façade opposée de l’église en question une affiche monumentale proclamant un autre message qui lui relève sans la moindre ambiguïté d’une démarche de prosélytisme catholique traditionnaliste.

On ne peut certes qu’être solidaire des populations persécutées par les exactions des djihadistes de l’État islamique et même appeler de ses vœux une réponse militaire contre leur offensive qui déstabilise toute la région. Attention cependant à ne pas tomber dans le même travers que ces fous de Dieu qui prétendent faire passer le fait religieux avant toute autre considération ! Rappelons au passage la fameuse maxime républicaine laïque qui garde toute son actualité :  » La loi protège la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi « …

L. V. LutinVertPetit