Archive for the ‘Société’ Category

Rappel : l’école en débat à Carnoux !

15 mars 2017

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, jeudi 16 mars 2017, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

Elle prendra la forme d’une table-ronde animée par quatre intervenants, ayant tous une expérience éducative en milieu scolaire et qui proposeront des pistes de réflexion et d’action pour améliorer notre système éducatif qui fait l’objet de nombreuses critiques et interrogations.

Si le sujet vous interpelle, n’hésitez-pas à venir participer à ce débat citoyen sur le fonctionnement de notre système éducatif, plus que jamais au coeur des enjeux de notre société ! L’accès y est gratuit et sans restriction, en dehors du nombre de places limité qu’offre la salle mise à disposition par la commune.

Vinci victime d’un petit coup de mou : les zadistes en cause ?

9 mars 2017

L’affaire est déjà ancienne puisqu’elle s’est produite le mardi 22 novembre 2016. Elle avait alors fait la une de tous les médias et suscité de doctes interrogations de la part des plus brillants analystes boursiers, suscitant même l’intérêt du Canard enchaîné avant que ce dernier ne vienne fourrer son bec dans le cursus professionnel d’une certaine Pénélope Fillon.

Xavier Huillard, le PDG de Vinci

Ce jour-là, à 16h05, alors que Xavier Huillard, le PDG du géant du BTP (et heureux gestionnaire d’une bonne partie du réseau autoroutier français) Vinci, est en train de faire un beau discours devant la fondation de l’Ecole Polytechnique, un communiqué de presse est adressé à une poignée de journalistes et de sites économiques. L’agence de presse spécialisée Bloomberg relaie aussitôt l’information à destination des opérateurs boursiers.

Le message en question se présente comme un communiqué officiel du groupe Vinci et explique que le directeur financier du groupe, Christian Labeyrie, vient d’être limogé après la découverte d’erreurs comptables portant sur un montant total de 3,5 milliards d’euros, entraînant une révision des comptes consolidés de l’exercice 2015 et du premier trimestre 2016.

Le groupe Vinci, une véritable galaxie…

Immédiatement, la bourse s’enflamme et l’action Vinci dévisse, grâce à l’action zélée des automates de marchés qui vendent aussitôt à tour de bras sous l’effet de cette nouvelle alarmante. A 16h27, alors que les cotations venaient tout juste de reprendre après avoir été automatiquement stoppées pour éviter le désastre, un nouveau faux communiqué est diffusé, confirmant que des informations comptables explosives ont été dérobées au groupe. Le cours de Vinci poursuit alors sa dégringolade vertigineuse.

En quelques minutes, le cours de l’action a ainsi perdu 18 % de sa valeur, tombant de 61,81 à 49,93 euros. La valorisation du groupe est passée en moins d’un quart d’heure d’environ 36 milliards d’euros à 29 milliards, soit une perte quasi instantanée de plus de 7 milliards d’euros !

Le groupe Vinci finit par réagir et publie alors, à 16h49, un communiqué officiel sur son site pour démentir les deux précédents. Le cours de l’action remonte et clôture finalement la séance à 17h en baisse de 4 % seulement.

Une demi-heure plus tard, cet acte de sabotage boursier est revendiqué par un groupe de militants qui expliquent avoir agi en représailles contre la forte implication de Vinci dans le projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, et pour quelques autres turpitudes du groupe de BTP sur certains de ses chantiers à l’étranger.

Bien entendu, une enquête est aussitôt ouverte par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse. Elle met d’ailleurs rapidement en évidence que les communiqués étaient des faux grossiers, des « hoax » pour emprunter le jargon anglicisant du monde de la finance. Le premier émanait d’un domaine internet « vinci-group » loué auprès du gestionnaire de noms de domaines Gandi pour la modique somme de 22,50 € par un certain Thomas Moulaert qui avait fourni comme numéro de téléphone celui de la mairie de Roermond, paisible bourgade hollandaise.

Quant au contact indiqué sur le communiqué et qui était sensé correspondre au service de presse de Vinci, il s’agit d’un numéro correspondant à une carte prépayée issue d’un opérateur virtuel indien domicilié à Londres, mais bien sûr personne ne s’est donné la peine de vérifier tout ceci avant de diffuser l’information…

Trois mois plus tard, si l’on en croît un article récent du Monde, l’Autorité des marchés financiers n’est guère plus avancée même si de nombreux articles à travers le monde ont décortiqué en détail ce cas de figure remarquable de « hoaxcrash » qui consiste ni plus ni moins qu’en un simple canular téléphonique à 7 milliards d’euros. Un beau coup de maître mais qui n’est pas si rare que cela, puisque la presse spécialisée cite de multiples autres exemples assez comparables. La bourse n’est décidément qu’une vaste loterie soumis aux humeurs joueuses de certains…

Les transactions boursières qui ont été réalisées sur le titre Vinci pendant les quelques minutes de folie qui ont vu le titre jouer allègrement au yoyo ont bien évidemment été analysées à la loupe mais il semble bien que rien de particulier n’ait été décelé et tout semble donc désigner les zadistes de Notre-Dame des Landes comme les auteurs de ce canular, sans même qu’ils se soient enrichis au passage.

Un geste de militant donc, selon toute vraisemblance, comme celui de ces faucheurs de chaises qui se sont permis de faire main basse sur le mobilier de plusieurs agences bancaires de BNP Paribas, promettant de rendre les chaises à leur propriétaire dès lors que ce dernier rendra les milliards d’euros soustraits via l’évasion fiscale que cette banque pratique à grande échelle.

Opération réquisition dans une agence de BNP-Paribas (photo Attac)

En tout cas, la mésaventure du groupe Vinci aura au moins servi aux autorités boursières françaises à prendre conscience du risque et à prendre les mesures qui s’imposent. La plus spectaculaire d’entre elles consiste ni plus ni moins qu’à rappeler aux journalistes qu’il leur est conseillé de vérifier leurs sources face à de tels communiqués. Une démarche salutaire en effet. Vinci trouvera peut-être qu’il a payé un peu cher pour que son affaire débouche sur une telle recommandation qui est sans doute déjà largement enseignée dans les écoles de journalisme, mais manifestement le groupe Vinci cherche plutôt à faire profil bas après sa mésaventure largement médiatisée.

Qu’on se rassure cependant : à ce jour l’action du groupe est remontée à plus de 70 € et le chiffre d’affaire du groupe devrait s’approcher en 2017 des 40 milliards d’euros, pour un résultat d’exploitation qui a dépassé les 4 milliards sur l’exercice 2016. Le petit incident boursier du 22 novembre n’est donc qu’une péripétie sans importance pour le géant du BTP. Qu’est-ce 7 milliards d’euros de nos jours ? Cela représente tout juste le montant total de l’aide sociale à l’enfance qui est alloué chaque année sur l’ensemble du territoire national, une broutille !

L.V. 

Trémargat, bel exemple de commune solidaire et citoyenne

29 décembre 2016

Petite commune rurale nichée dans l’arrière-pays breton, le Kreiz Breizh, un pays de landes et de bois caillouteux, un des coins les plus pauvres de la péninsule, la petite commune de Trémargat, perdue au fin fond des Côtes d’Armor, n’en finit pourtant pas de faire parler d’elle. Mise en exergue dans les années 1960 comme un symbole de ces bourgs ruraux exposés à un exode rural inéluctable, passée de 269 habitants en 1962 à 152 seulement en 1990, la petite commune bretonne a pourtant réussi à remonter la pente et fait la une de nombreux médias, de Rue89 à La Croix en passant par Basta ! le magazine associatif militant du net.

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Yvette Clément, maire de la commune, au Tremargad Kafé (photo H. Ronné / La Croix)

Ce nouvel élan doit beaucoup à l’installation de plusieurs couples de néoruraux, des anciens soixante-huitards venus s’installer ici pour élever des chèvres dans une logique totalement opposée à l’agriculture intensive alors en vogue en Bretagne. C’est le cas de la maire actuelle, Yvette Clément, arrivée ici en 1976 avec son mari François, avec qui elle a développé, sur les terres pauvres de ce pays boisé et vallonné, un élevage qui compte 150 brebis aujourd’hui.

Malgré l’exode rural il reste désormais 14 exploitations agricoles en activité à Trémargat et les nouveaux arrivants ont fait mieux que s’intégrer : ils ont réussi à redynamiser complètement le petit village breton devenu une vitrine de la gestion participative, au même titre que la commune de Saillans dans la Drôme !

Le tournant date de 1995. Jusque là, la mairie était traditionnellement aux mains de la même famille de génération en génération et son rôle principal se limitait à entretenir la voirie municipale. Mais « à quoi bon mettre des pavés s’il n’y a personne pour les lancer ? » s’est dit Eric Hamon autour de qui s’est agrégée une petite équipe de nouveaux venus débordant d’idées pour faire revivre le petit village sur le déclin en aidant à accueillir de nouveaux agriculteurs et des randonneurs venus profiter de ce coin de nature préservée. Leur slogan : « Vivre, participer et accueillir dans un environnement préservé et de qualité ».

Mais c’est surtout leur méthode qui a révolutionné la vie du village. Depuis cette date en effet, chaque maire ne fait qu’un seul mandat mais reste dans l’équipe suivante pour faire profiter les autres de son expérience. Et les élus ne sont pas les seuls à s’investir : le programme fait l’objet d’un débat public avant les élections et tout est discuté en commission extra-municipale, ce qui permet à chacun de s’investir réellement dans la gestion des affaires publiques. Et quand on parle d’investissement, cela va jusqu’à mettre la main à la pâte…

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

La place centrale de Trémargat, réaménagée par ses habitants (photo C. Guillou / Rue89)

C’est ainsi que la petite place devant l’église a été entièrement refaite par les habitants volontaires eux-même. Le projet initial conçu par un bureau d’étude et qui faisait la part belle au goudron avec bordure en ciment et mobilier urbain classique, a été abandonné et chacun s’est retroussé les manches pour transformer la petite place en un théâtre de verdure engazonné avec pergola en bois construite localement et arbres fruitiers, le tout pour une somme dérisoire !

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Devant le Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

En 1995, un des premiers actes de l’équipe municipale fraîchement élue a été de racheter le café du village en pleine décrêpitude et sur le point de fermer alors qu’il n’y avait déjà plus décole au village et que l’unique épicier partait en retraite. Il fallait donc impérativement conserver un lieu de vie où se retrouver et c’est ce qu’est devenu depuis le « Trèmargad Kafé ». La municipalité en a profité pour aménager deux logements sociaux à l’étage et à transformé l’ancien commerce sur le déclin en un café multiservice avec gîte d’étape attenant. C’est désormais une association qui a repris le flambeau depuis 2008, mais le café est devenu le centre de la vie sociale du village, avec soirées tarot, débats animés et concerts variés.

Dans l'épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Dans l’épicerie du village (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Quant à l’épicerie, c’est aussi la mairie qui a pris le taureau par les cornes en préemptant une maison qui se libérait dans le centre bourg. Une petite étude de marché a confirmé que les habitants ne voulaient pas du tout d’une supérette qui vende les mêmes produits qu’en grande surface, deux fois plus cher, mais au contraire des produits bio issus majoritairement des exploitations locales. Les vendeurs sont des bénévoles qui se relaient pour tenir la boutique moyennant un accès aux produits à prix coûtant. Il fallait un chiffre d’affaire de 30 000 € pour équilibrer le budget et dès la première année en 2013, il s’est élevé à 75 000 € : un vrai succès !

Depuis 2012, la commune a rompu son contrat avec EDF pour l’alimentation électrique municipale et est désormais abonnée chez Enercoop, ce qui lui garantit, pour un prix à peine supérieur, une énergie 100 % renouvelable et a du coup incité la coopérative bretonne à installer symboliquement à Trémargat son siège social.

Le village de Trémargat a désormais tout du laboratoire pratique de mise en œuvre des démarches de solidarité, de démocratie participative et d’écologie citoyenne. La quasi totalité des exploitants agricoles sont adhérents du Centre d’étude pour le développement d’une agriculture plus autonome (Cedapa), qui prône une agriculture durable, à l’herbe, sans intrant et à taille humaine. A Trémargat désormais, presque tout est bio, même le restaurant qui offre chaque jour pour 12 € un menu à base exclusive d’ingrédients produits localement à partir de l’agriculture biologique. Seuls deux agriculteurs récalcitrants restent adeptes des schémas traditionnels ultra-productivistes, mais du coup on ne les voit jamais au bourg, qu’ils traversent, dit-on, en 4 x 4.

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Elevage à Trémargat (photo C. Guillou / Rue89)

Reste néanmoins à assurer l’avenir de la commune maintenant que les premiers néo-ruraux installés dans les années 1970 commencent à partir en retraite. Pour cela, le petit village de 200 habitants n’a pas hésité à se lancer dans l’élaboration d’un PLU (Plan local d’urbanisme), un exercice réservé habituellement aux communes de plus grande taille. Une quarantaine de parcelles ont ainsi été rendues constructibles et la mairie en a profité pour protéger les zones humides et les haies bocagères, et empêcher certains travaux de labour.

Mais les habitants ont souhaité aller plus loin encore et c’est ainsi qu’est née l’idée d’une société civile immobilière, dans laquelle la commune et les habitants pourraient prendre des parts et qui achèterait des terres. Financée par 140 associés, venus parfois de l’extérieur, détenteurs d’une ou plusieurs parts à 100 €, la SCI a ainsi acquis une parcelle de 21 hectares sur la commune voisine pour faciliter l’installation d’un couple de jeunes éleveurs qui était à la recherche de pâturage pour ses brebis allaitantes et ses vaches laitières.

« La ferme de 21 hectares d’un agriculteur partant à la retraite était à vendre 65 000 €. La SCI l’a achetée, pour la louer au prix de 100 € l’hectare par an. Il n’y a aucun risque, car si l’exploitation ne marche pas, la SCI peut louer à nouveau les terres », explique l’un des trois gérants de la SCI. Appuyée par la commune, via une association de soutien, la SCI aide actuellement un jeune couple de maraîchers bio à s’implanter et soutient l’agrandissement d’un boulanger-paysan. « Cette nouvelle acquisition se fait sans emprunt bancaire grâce au capital collecté, notamment auprès d’habitants de Saint-Brieuc, séduits par notre démarche et désireux de trouver des produits frais de qualité sur leur marché », ajoute le gérant.

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

Discussion au Tremargad Kafé (photo M. Guyonvarch / Basta !)

A Trémargat, tout n’est pas idyllique, comme l’explique à Basta ! une jeune agricultrice, membre du conseil municipal : « Ça ne se fait pas tout seul. Il y a des clashs, des désaccords, des débats interminables, des projets qui n’aboutissent pas, des gens qui ne participent pas. Mais dans l’ensemble ça fonctionne. Car la plupart des gens vivent là, partagent un même état d’esprit et sont emportés par cette dynamique collective. Ça donne envie de s’impliquer à son tour. »

Se concerter, décider et agir ensemble : à Trémargat, c’est devenu un réflexe. D’autres communes voisines s’intéressent à la démarche et tentent de copier le modèle : pourquoi-pas à Carnoux aussi ?

L.V.  lutinvert1small

Joyeux Noël 2016 !

24 décembre 2016

Crise économique, chômage, insécurité, déréglement climatique, montée des extrémismes et repli identitaire : la période se prête plutôt au tragique qu’à la franche rigolade… Et pourtant, quelles que soient ses convictions religieuses, les fêtes de fin d’année sont toujours l’occasion de laisser un peu de côté ses soucis du quotidien et ses angoisses existentielles pour se laisser pénétrer par l’ambiance festive, source de générosité et de bonne humeur.

Alors, une fois de plus, laissons opérer la magie de Noël et partageons ensemble quelques sourires devant les productions de dessinateurs talentueux et débridés à qui nous empruntons les œuvres suivantes :

Avec la crise, les traditions d'hospitalité ne sont plus ce qu'elles étaient… (dessin de Delucq, à retrouver aussi ici)

Avec la crise, les traditions d’hospitalité ne sont plus ce qu’elles étaient… (dessin de Delucq, à retrouver aussi ici)

 

Noël, des relents de fête commerciale ? (dessin de Ucciani, à retrouver sur son site)

Noël, des relents de fête commerciale ? (dessin de Ucciani, à retrouver sur son site)

C'est toujours la crise… (dessin de Coco, publié ici)

C’est toujours la crise… (dessin de Coco, publié ici)

 

L'élevage aussi est en crise, et tout le monde n'est pas à la fête… (dessin de Samson, à retrouver ici)

L’élevage aussi est en crise, et tout le monde n’est pas à la fête… (dessin de Samson, à retrouver ici)

Le sentiment d'insécurité vient parfois gâcher la fête… (dessin de Lardon, à retrouver sur son blog)

Le sentiment d’insécurité vient parfois gâcher la fête… (dessin de Lardon, à retrouver sur son blog)

Et pendant ce temps-là, les bombardements se poursuivent en Syrie… (dessin d'Ysope, à retrouver sur son site)

Et pendant ce temps-là, les bombardements se poursuivent en Syrie… (dessin d’Ysope, à retrouver sur son site)

L’ensemble de l’équipe de rédaction du blog collectif souhaite à ses lecteurs d’excellentes fêtes de fin d’année, dans la joie et la bonne humeur !

Insensé : Amazon expérimente les supermarchés sans caissière !

22 décembre 2016

Depuis plusieurs années, nous constatons que la plupart des enseignes de la grande distribution, Auchan, Carrefour, Leroy-Merlin, Alinéa pour ne citer que celles qui sont proches de Carnoux, devancées en cela par les gérants des réseaux d’autoroute, substituent progressivement aux caisses de paiement traditionnelles des appareils d’enregistrement automatiques individuels portables réservés aux adhérents ou des caisses équipées de scanners.

Un nouveau pas vient d’être franchi à Seattle aux États-Unis avec la création d’un magasin du géant de la distribution en ligne Amazon qui expérimente un nouveau concept de commerce dépourvu de caisse. Sur son site internet, Amazon affirme tester un magasin physique d’environ 170 m2, où il propose des produits alimentaires de base (pain, lait, fromages, chocolats) ainsi que des plats à emporter.

Amazon : Go, l'enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Amazon : Go, l’enseigne qui supprime les caisses (photo @ AFP)

Accessible pour l’instant aux seuls employés du groupe, le magasin dénommé « Go » promet aux consommateurs qu’ils n’auront « jamais à y faire la queue » : après avoir utilisé l’application mobile du groupe pour rentrer dans le magasin, ils pourront remplir leur caddie comme dans n’importe quel supermarché, puis partir sans avoir à passer à la caisse.

Cela fonctionne grâce à des technologies d’intelligence artificielle intégrées à des smartphones qui « détectent automatiquement quand les produits sont pris ou remis dans les rayons, et en gardent la trace dans un panier virtuel. Quand vous avez fini vos courses, vous pouvez simplement quitter le magasin. Peu après, nous facturerons votre compte Amazon et vous enverrons un reçu », détaille le distributeur.

Comme le pointe la journaliste Sharon Gaudin du Monde à propos de cette initiative : « Le prix à payer d’une société technologique est-il celui de la déshumanisation ? ». Pour l’analyste Patrick Moorhead, « le paiement automatique en sortie est une caractéristique du magasin du futur. Il s’agit de la façon ultime d’utiliser la technologie dans la vente. La limite d’un tel dispositif réside néanmoins dans la capacité du système à facturer sans erreur le client, ce qui se présente comme le plus grand challenge ». Après tout, les humains ne sont pas les seuls à faire des erreurs, lesquelles sont d’ailleurs intégrées par une pondération des prix (à la hausse bien sûr, rassurez-vous !).

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les queues en caisse, bientôt un mauvais souvenir ?

Les arguments qui sous-tendent cette démarche ? Ce sont d’abord ceux du gain de temps pour le consommateur et de la disparition des sources de contrariété : attente en caisse, problèmes de paiement avec une carte de crédit qui ne fonctionne pas, automate récalcitrant… mais les opérateurs oublient aussi de citer la fidélisation des clients, l’enregistrement d’habitudes d’achat et, ce qui est encore plus préoccupant, la suppression de postes d’employés.

C’est cette dernière conséquence sur la quelle nous souhaitons insister non sans avoir auparavant souligné un paradoxe. De quoi s’agit-il ? Ceux qui se sont rendus dans un supermarché aux USA ont généralement constaté et apprécié la présence en bout de caisse d’une personne (étudiant, retraité ou autre) qui range méticuleusement vos achats dans vos cabas ou dans de grands sacs en papier.

Ce service supplémentaire dont le coût est intégré au prix des produits contribue à l’humanisation d’un espace de commerce déserté de longue date par les responsables de secteurs et où l’on ne rencontre que les personnes en charge de l’achalandage des rayons. Ce travail qui relève des « petits boulots » offre à une population socialement très modeste un petit revenu ou un complément de revenu qui permet de mieux subsister.

Self-scanning chez Auchan

Self-scanning chez Auchan

Avec la disparition des caisses, sonne aussi la fin de ces emplois d’aide aux personnes (aide au chargement de produits encombrants ou lourds dans le véhicule). Même si l’on vante pour les clients les gains de temps, ce qui apparaît le plus préjudiciable socialement c’est la disparition des hôtes et très majoritairement des hôtesses de caisse. Déjà avec le « scanning », le client devient caissier, parfois aidé par quelques employé(e)s dédié(s)s à cette mission ou au contrôle des achats.

Que va-t-il advenir de ces milliers d’agents de caisse si le système expérimenté par Amazon s’étend ? Et d’abord, qui sont ces agents ? Pour la plupart en France ce sont des femmes (entre 60 % et 80 %) dont la situation professionnelle a fait l’objet du film Discount sorti en janvier 2015.blog371_phaffichediscount

Comme le décrit la journaliste Sandra Lorenzo dans le Huffington Post : « La caissière est une femme que les sociologues, comme Sophie Bernard, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Dauphine et auteure de « Être caissière », comparent souvent à un ouvrier spécialisé, « l’OS du tertiaire », avance-t-elle. Autrement dit, un employé sans qualification et sans formation spécifique comme cet ouvrier, symbole de l’ère industrielle « dont on exige seulement qu’il suive le rythme de la machine qu’il sert « selon la définition d’Alternatives Economiques. Leur machine à elles, c’est la caisse.

Les horaires flexibles sont aussi un des traits caractéristiques de ce métier. « Les caissières sont souvent embauchées en CDI mais avec un temps partiel imposé », explique Sophie Bernard. Les ressources humaines du supermarché s’adaptent aux rythmes des clients et privilégient donc le temps partiel pour coller au mieux aux besoins du magasin, ainsi leur emploi du temps varie souvent d’une semaine sur l’autre sans beaucoup de visibilité. « Payées au SMIC horaire, elles ont la possibilité de faire des heures complémentaires si l’affluence de clients le justifie. Peu d’entre elles le refusent, elles en ont besoin financièrement et cela peut-être un gage de leur motivation dans l’espoir un jour de décrocher un temps plein. »

blog371_phcaissierOutre le fait qu’elles travaillent avec une machine et qu’elles travaillent en horaires décalés, « la répétitivité des gestes, la soumission à des cadences » rappellent aussi le quotidien des ouvriers, souligne encore Sophie Bernard. A une différence près, et elle est de taille, « les caissières le revendiquent, elles ne travaillent pas en usine, elles sont en contact direct avec les clients et ne peuvent donc pas être remplacées par des machines », ajoute-t-elle. Mais cette dernière affirmation est-elle pérenne ?

La sociologue, Marlène Benquet, auteure de « Encaisser! Enquête en immersion dans la grande distribution » et d’un récit sur une grève dans un hypermarché marseillais intitulé « Les damnées de la caisse » a cherché à comprendre pourquoi. Les caissières sont au « carrefour du triple mouvement de féminisation, tertiairisation et précarisation du salariat » écrit-elle. Dans les années 1970, être caissière devient une activité professionnelle principale (et non plus d’appoint pour le ménage) et dans le même temps, l’activité se précarise à cause de « l’extension du travail à temps partiel », ainsi que le résume Jean-Michel Denis sur la plateforme Cairn.blog371_phlivreencaisser

Cette précarisation n’explique pas tout. Marlène Benquet montre qu’il s’agit aussi d’une profession placée « sous contrôle » aussi bien de sa hiérarchie que des clients et des autres caissières elles-mêmes. Un phénomène accentué par l’arrivée des caisses automatiques. Sophie Bernard a étudié ce phénomène. « La temporalité a complètement changé, analyse-t-elle, aujourd’hui une caissière peut être en charge d’une petite dizaine de caisses à la fois avec très peu de moment de pause comme c’était le cas entre chaque client à une caisse traditionnelle. Elles doivent avoir une attention permanente pour s’assurer que les clients n’ont pas de problème et qu’ils ne volent pas ».

La question qui se pose est bien sûr celle de l’emploi de personnes peu ou pas qualifiées. Même si en amont, la conception et la réalisation de nouvelles caisses automatiques ou de dispositifs numériques se substituant aux caisses requièrent de faire appel à plus de techniciens et d’ingénieurs, leur nombre ne saurait compenser le déficit d’emploi d’hôtesses de caisse.

blog371_phcaissiereauchanC’est donc bien un choix économique et social qui prévaut dont les premières victimes seront encore une fois les personnes les plus faiblement qualifiées qui viendront alors grossir le nombre des personnes en recherche d’emploi…. s’il en existe encore quelques-uns d’accessibles ! Moins de personnel cela signifie pour les groupes de la grande distribution moins de gestion des ressources humaines (les machines travaillent à toute heure et ne font pas grève), moins de charges sociales à payer et une accélération du flux de client et donc des rentrées financières.

Alors, réfléchissons bien lorsque nous faisons nos courses : Est-ce que pour le consommateur le gain de temps aux caisses est plus important que la suppression de postes de travail pour des personnels qui contribuent à humaniser un service et à créer de la richesse solidaire par le biais des charges sociales liées à leurs emplois ?

Maroiller

Ces petits printemps qui vont bourgeonner !

16 décembre 2016

En ces temps incertains, les éclaireurs d’avenir ne sont pas légion. Il faut saisir le fruit de leur réflexion, ces véritables pépites vivantes, lorsqu’elles passent dans notre radar… Edgar Morin a produit un texte où il parle de ces indicateurs, de ces innombrables initiatives qui laissent espérer l’avènement de nouvelles manières de faire et d’être.

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Edgar Morin

Les pionniers d’aujourd’hui se trouvent parmi les nombreux acteurs investis dans le champ social et culturel. L’approche glocale, combinaison entre le local et le global, est évidemment une solution d’avenir. De même la culture de « l’autrement » est à élaborer patiemment, avec conviction. Bien la définir est une étape préalable.

La société civile (les associations en particulier), riche de diversité, produit d’autres façons de développer le vivre ensemble. Ce faisant, elle expérimente des formes démocratiques nouvelles, à mille lieues des impasses démocratiques institutionnelles en perte de vitesse.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Les nommer correctement c’est probablement renouveler le vocabulaire qui doit permette d’en parler avec justesse et en adéquation avec les initiatives qui surgissent ça et là ! 

Avant de vivre l’élection présidentielle de 2017 et de recevoir une avalanche des promesses en tout genre, il est heureux de  prendre un peu de hauteur, avec la « pépite » que nous offre Edgar Morin ci-après. Un texte fort qui impose la réflexion et qui peut susciter la critique… 

Mais à déguster sans modération !

Squoten   Jeallnec

 

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Nous vivons dans une civilisation où la domination de l’intérêt (personnel et/ou matériel), du calcul (dont les chiffres ignorent le bonheur et le malheur), du quantitatif (PIB, croissance, statistiques, sondages), de l’économique, est devenu hégémonique. Certes, il existe de très nombreux oasis de vie aimante, familiale, fraternelle, amicale, ludique qui  témoignent de la résistance du vouloir bien vivre ; la civilisation de l’intérêt et du calcul ne pourront jamais les résorber. Mais ces oasis  sont dispersés et s’ignorent les uns les autres.

Toutefois, des symptômes d’une civilisation  qui voudrait naitre, civilisation du bien vivre, bien qu’encore dispersés, se manifestent de plus en plus.

BloG370_PhMonde.pngNotons, sur le plan économique, l’économie sociale et solidaire où renait l’élan des mutuelles et coopératives, les banques à microcrédit, l’économie participative, l’économie circulaire, le télé-travail, l’économie écologisée dans la production d’énergie, la dépollution des villes, l’agro-écologie prônée par Pierre Rabbi et Philippe Desbrosses,  qui nous indiquent la voie d’un refoulement progressif d’une économie vouée au seul profit.

Ainsi seraient progressivement refoulées, sur le  plan vital de l’alimentation, l’agriculture industrialisée (immenses monocultures qui stérilisent les sols et toute vie animale, porteuses de pesticides et fournisseuses de céréales, légumes, fruits standardisés privés de saveur) l’élevage industrialisés en camps de concentrations pour bovins, ovins, volailles  nourris de déchets, engraissés artificiellement  et surchargés d’antibiotiques) Ce qui serait  en même temps la progression d’une agriculture  et d’un élevage fermiers ou bios, qui, avec le concours des connaissances scientifiques actuelles, revitaliserait et repeuplerait les campagnes et fournirait aux villes une nutrition saine.

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Le développement des circuits courts, notamment pour l’alimentation, via marchés, Amap, Internet,  favorisera nos santés en même temps que la régression de l’hégémonie des grandes surfaces, de la conserve non artisanale, du surgelé.

Sur le plan social et humain, la nouvelle civilisation tendrait à restaurer des solidarités locales ou instaurer de nouvelles solidarités (comme la création de maisons de la solidarité dans les petites villes et les quartiers de grande ville).

Elle stimulerait la convivialité, besoin humain premier qu’inhibe la vie rationalisée, chronométrée, vouée à l’efficacité. Ivan Ilitch avait annoncé dès 1970 ce besoin de nouvelle civilisation et le mouvement convivialiste, animé par Alain Caillé, répand le message en France et au delà de nos frontière.

Il s’agit  d’un élément majeur pour une réforme existentielle. Nous devons reconquérir un temps à nos rythmes propres, et n’obéissant plus que partiellement à la pression chronométrique. Le slow food, mouvement de fond lancé par Pertini pour réduire la fast food, et restaurer les plaisirs gastronomiques, s’accompagne d’une réforme de vie qui alternerait les périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes). Nous obéirions successivement  aux deux injonctions qu’exprime excellemment la langue turque : Ayde (allons, pressons), Yawash (doucement, mollo).

La multiplication  actuelle des festivités et festivals nous indique clairement nos aspirations à une vie poétisée  par la fête et par la communion dans les arts, théâtre, cinéma, danse. Les maisons de la culture  trouvent de plus en plus  une vie nouvelle.

Blog370_PhArbres.jpgNos besoins personnels ne sont pas seulement concrètement liés à notre sphère de vie. Par les informations de presse, radio, télévisions nous tenons, parfois inconsciemment, à participer au monde. Ce qui devrait accéder à la conscience c’est notre appartenance à l’humanité, aujourd’hui interdépendante et liée dans une communauté de destin planétaire. Le cinéma,  qui  a cessé d’être un produit d’Occident seul, nous permet de voir des films iraniens, coréens, chinois, philippins, marocains, africains  et dans la participation psychique à ces films ressentir en nous l’unité et la diversité humaine.

La réforme de la consommation serait  capitale dans la nouvelle civilisation. Elle permettrait une sélection éclairée des produits selon leurs vertus réelles et non les vertus imaginaires des publicités (notamment pour la beauté, l’hygiène, la séduction, le standing) qui  opérerait  la régression des intoxications consuméristes (dont l’intoxication automobile). Le  goût,  la saveur, l’esthétique guideraient la consommation, laquelle en se développant, ferait régresser l’agriculture industrialisée, la consommation insipide et malsaine,  et par là, la domination du profit capitaliste.

Alors que les producteurs  que sont les travailleurs ont perdu leur pouvoir de pression sur la  vie de la société, les consommateurs, c’est à dire l’ensemble des citoyens, ont acquis un pouvoir qui faute de reliance collective, leur est invisible, mais qui pourrait, une fois éclairé et éclairant, déterminer une nouvelle orientation non seulement de l’économie  (industrie, agriculture, distribution) mais de nos vies de plus en plus  conviviales.

Teamwork of businesspeople

Par ailleurs, la standardisation industrielle a créé en réaction un besoin d’artisanat. La résistance aux produits à obsolescence programmée (automobiles, réfrigérateurs, ordinateurs, téléphones portables, bas, chaussettes, etc.) favoriserait un néo-artisanat. Parallèlement l’encouragement aux commerces de proximité rehumaniserait considérablement nos villes. Tout cela provoquerait du même coup une régression de cette formidable force techno-économique qui  pousse à l’anonymat, à l’absence de relations cordiales avec autrui, souvent dans un même immeuble.

Enfin une réforme des conditions du travail serait nécessaire au nom même de cette rentabilité qui  aujourd’hui produit  mécanisation des comportements, voire robotisation,  burn out, chômage, qui donc diminue en fait la rentabilité promue.

En fait la rentabilité peut être obtenue, non par la robotisation des comportements mais par le plein emploi de la personnalité et de la responsabilité des salariés. La réforme de l’État peut être obtenue, non par réduction ou augmentation des effectifs, mais par débureaucratisation, c’est à dire communications entre les compartimentés, initiatives, et relations constantes en feed back entre les niveaux de direction et ceux d’exécution.

Enfin, la nouvelle civilisation demande  une éducation  où serait enseignée la connaissance complexe, qui  percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permet une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La compréhension d’autrui serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste  psychique qu’est  l’incompréhension,  présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y seraient enseignées les difficultés de la connaissance, qui comporte risque permanent d’erreur et d’illusion, y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait à celle ci d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical.

Comme les pièces dispersées au hasard d’un puzzle, les ferments premiers de la nouvelle civilisation  travaillent ici et là, font ici et là lever la pâte nouvelle. Les besoins inconscients d’une autre vie commencent alors à passer à la conscience.  Des oasis de convivialité, de vie nouvelle se sont créés, parfois c’est une municipalité animée d’un nouvel esprit, comme à Grenoble qui anime le mouvement. En vérité la civilisation du bien vivre aspire à naitre, sous des formes différentes,  déjà sous ce label en Équateur.

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Ce sont des petits printemps qui bourgeonnent, et qui risquent la glaciation ou le cataclysme. Avant la guerre, c’était sur le plan des idées qu’une nouvelle civilisation se cherchait sous  des noms divers, avec les écrits d’Emmanuel Mounier, Robert Aron, Armand Dandieu, Simone Weil et autres. Elle cherchait à sortir d’une  impuissance  qui n’avait pas évité la crise économique, de la double menace du fascisme et du communisme stalinien, et cherchait la troisième voie. La troisième voie fut écrasée dans l’œuf par la guerre. Aujourd’hui, il s’agit de changer de voie, d’élaborer une nouvelle voie et cela dans et par le développement de la nouvelle civilisation,  qu’incarnent déjà tant de bonnes volontés de tous âges de femmes d’hommes, et qui dessine des nouvelles formes dans les oasis de vie. Mais  les forces obscures et obscurantistes énormes de la barbarie froide et glacée du profit illimité qui dominent la civilisation actuelle progressent encore plus vite que les forces de salut, et nous ne savons pas encore si celles-ci pourrons accélérer et amplifier leur développement.

Socialisme ou barbarie disait on autrefois. Aujourd’hui il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie.

Edgar Morin

Télétravail : tout le monde y trouve son compte

14 décembre 2016

blog369_dessinchatDepuis une vingtaine d’années, le télétravail représente une opportunité méconnue par la plupart des acteurs concernés. Le retard de la France dans ce domaine pourrait aisément être résorbé pourvu que les avantages d’un tel mode d’organisation soient mieux connus. Le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) a récemment conduit une expérimentation et mis au point un outil de modélisation des gains qui pourraient en résulter.

L’accroissement des mobilités et le développement des technologies numériques constituent deux des principales évolutions sociétales de ces dix dernières années. Dans ce contexte, les multiples formes du télétravail qui se font jour (travail nomade, mobile, télémanagement, travail à domicile, dans des télécentres ou dans des lieux dédiés) bousculent les modes traditionnels de production et ne concernent pas seulement le lien employeurs/salariés mais aussi le travail des indépendants.

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Parmi les nombreux avantages qui en découlent, se dessine la possibilité d’une redistribution géographique des emplois et donc une nouvelle attractivité pour certains territoires, ainsi que des effets positifs sur les temps et coûts de transport.

Mais en France, comme en Italie, rares sont encore les entreprises ou les collectivités territoriales à s’engager sur la voie du télétravail. En 2009, quand elles le pratiquaient, la proportion était trois à quatre fois moins importante qu’en Suède, en Belgique ou en Finlande.

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Ce retard apparent pourrait être rattrapé si dirigeants d’entreprises, partenaires sociaux et décideurs publics considéraient l’importance des avantages inhérents au déploiement de ce nouveau mode d’organisation. Comme en atteste le travail de modélisation piloté par le CGET, les gains sont nombreux et concernent tous les acteurs, y compris les organisations publiques, supposées plus sensibles à l’importance des enjeux collectifs en termes d’écologie, de transports et d’équilibre de la répartition des activités entre les territoires.

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Afin de qualifier ces gains sous forme d’indicateurs concrets, tous les accords de télétravail existants en France ont été analysés et les trois catégories d’acteurs que sont les salariés, les entreprises et les territoires ont été interrogées, ce qui a permis de vérifier que chacun pouvait y trouver des bénéfices.

Ainsi, les employeurs peuvent bénéficier d’un accroissement de la productivité grâce au gain de temps et de fatigue sur les temps de trajet, mais aussi d’économies réalisées sur les locaux et les dépenses courantes, ainsi que d’une réduction de l’absentéisme de leurs salariés.

Les travailleurs quant à eux pourront notamment trouver un meilleur équilibre entre vies professionnelle et familiale, tout en réalisant des économies de carburant ou de garde d’enfant (on parle de « 13e mois du télétravail ») et ils gagnent en sérénité en évitant le stress des transports.

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Quant aux collectivités, elles tirent également profit du télétravail en réalisant d’importantes réductions de leur empreinte carbone et en réduisant les difficultés de circulation aux heures de pointe, mais elles constatent aussi que cette pratique contribue à fixer des actifs qui participent davantage, notamment par leurs dépenses quotidiennes et par leur implication dans des réseaux locaux, au dynamisme de leur territoire.

En 2009, une étude menée par l’École nationale supérieure de Cachan sur l’Île-de-France et les vingt premières agglomérations françaises a permis de chiffrer les gains du télétravail. Ces données, complétées par l’enquête conduite par le CGET sur les métropoles de Lyon, Strasbourg et Toulouse, permettent d’évaluer ainsi que chaque jour télétravaillé permet d’économiser en moyenne 1h10 sur le temps de transport et rapporte 124 euros mensuels supplémentaires de pouvoir d’achat par télétravailleur, du fait des économies de transport ou de garde d’enfants, tout en permettant de baisser de 33 % l’absentéisme au travail.

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En moyenne, pour chaque commune ayant ouvert un télécentre, on observe une progression de 57 000 euros par an des achats réalisés sur place et de 37 000 euros des revenus fiscaux, soit un gain moyen équivalent à 9 emplois et 56 habitants : qui dit mieux ?

Dans la métropole d’Aix-Marseille où le temps de transport domicile-lieu de travail est devenu insupportable ainsi que le niveau de la pollution de l’air, n’y aurait-t-il pas un intérêt urgent à développer le télétravail dans les entreprises et dans les administrations publiques ? Quand donc nos responsables politiques mettront-ils ces nouvelles opportunités à l’étude et surtout en pratique ?

                                                                       Cécile Tonnelle

A quoi servent donc les caméras de surveillance à Marseille ?

3 décembre 2016

Même si certains de nos voisins dont les Anglais commencent à se détourner de la vidéosurveillance, considérée avec du recul comme un gadget coûteux et peu efficace, l’outil reste très à la mode dans nos contrées urbaines, surtout en période pré-électorale. Sur un sujet aussi sensible et qui cristallise beaucoup de préjugés et de fantasmes, un regard objectif et une analyse scientifique sont les bienvenus. C’est tout l’intérêt des recherches menées depuis plusieurs années par le sociologue Laurent Mucchielli.

Laurent Mucchielli lors de son intervention à Carnoux en mai 2014

Laurent Mucchielli lors de son intervention à Carnoux en mai 2014

Directeur de recherche au CNRS et rattaché au Laboratoire méditerranéen de sociologie (LAMES) à Aix-en-Provence, Laurent Mucchielli a créé en 2011 l’Observatoire régional PACA de la délinquance et des comportements déviants et suit donc de très près les politiques locales de sécurité publique dans le cadre de ses travaux de recherche qu’il était venu présenter à Carnoux, à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 14 mai 2014, dans le cadre d’une conférence sur le sentiment d’insécurité.

Ce spécialiste des politiques publiques de sécurité vient de publier dans le n°38 de la revue des Archives de politique criminelle, un article très instructif concernant la manière dont la videosurveillance est utilisée par la ville de Marseille, publication dont la Gazette des communes notamment s’est fait écho (mais curieusement, pas encore le quotidien local La Provence, pourtant très friand de tout ce qui touche à la sécurité locale).

blog365_phcamerasOn y apprend ainsi que les premières caméras de surveillance ont été installées en 2000 seulement, à titre expérimental, dans le quartier de l’Opéra et de la rue de Noailles. Il a fallu ensuite attendre 2011 pour que la ville de Marseille débute son programme d’équipement en système de vidéosurveillance, en même temps qu’elle lançait le recrutement de 200 agents supplémentaires de manière à doubler les effectifs de sa police municipale. Jusque là, Jean-Claude Gaudin avait toujours considéré que le maintien de la sécurité publique relevait des missions de l’État, mais le focus médiatique sur les règlements de compte à coup de kalachnikov dans les cités marseillaises l’ont brusquement amené à changer son fusil d’épaule !blog365_dessin

Du coup, il a fallu mettre sur pied un centre de supervision urbain (CSU), opérationnel depuis avril 2012, afin de visionner en direct, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, les images issues des caméras. A ce jour, ce sont quasiment 50 policiers et techniciens qui sont affectés à cette tâche, soit 20 % des effectifs totaux de la police municipale, un record ! C’est dire à quel point la ville de Marseille, à l’instar de celle de Nice qui lui a servi de modèle, mise beaucoup sur la vidéosurveillance.

Le centre de supervision urbaine de Marseille (photo © P. Maillé / Destimed)

Le centre de supervision urbaine de Marseille (photo © P. Maillé / Destimed)

Fin 2015, la ville de Marseille comptait ainsi 684 caméras installées et leur nombre devrait atteindre le millier d’ici la fin de l’année 2016. Une partie importante (30 % d’entre elles) est concentrée dans l’hyper-centre (1er et 2ème arrondissement) et les autres ont été largement saupoudrées sur le territoire selon la logique clientéliste habituelle qui prévaut localement, de manière à faire plaisir à l’ensemble des élus d’arrondissement.

La police nationale plaidait pour une répartition plus rationnelle à proximité des cités les plus sensibles et le long des principaux axes de fuite des délinquants, mais elle n’a manifestement pas été entendue, à tel point que les quartiers nord de Marseille (13ème, 14ème et 15ème arrondissements) sont ceux qui sont le moins équipés…

Installation des réseaux le long du BHNS vers Luminy (photo © F. De Corbier / La Marseillaise)

Installation des réseaux le long du BHNS vers Luminy (photo © F. De Corbier / La Marseillaise)

En revanche, la ville a profité de l’opportunité des travaux d’aménagement des trois lignes de bus à haut niveau de service, dont celle qui relie la place Castellane à Luminy, pour y déployer un grand nombre de caméras : puisque les travaux permettaient d’installer la fibre optique, autant en profiter pour y brancher les caméras à moindre coût ! Certains pourraient penser naïvement qu’on place des caméras en priorité sur les lieux de délinquance. Mais non, on les place d’abord là où la fibre optique permet de les brancher facilement. Encore un mythe qui s’effondre…

L’intérêt majeur de l’étude dont rend compte Laurent Mucchielli concerne l’usage des images de télésurveillance, exploitées soit en direct au CSU soit dans les locaux de multiples autres partenaires (police nationale, marins pompiers, mais aussi RTM qui possède par ailleurs son propre réseau de 2000 caméras supplémentaires) avec qui la ville a passé des conventions de transfert.

blog365_dessinvieilleOn pourrait imaginer, comme nous le serinent à longueur d’antenne nos élus et les forces de l’ordre, que l’essentiel des images serve à une surveillance en temps réel pour des interpellations en flagrant délit, ce qui justifierait de déployer du personnel pour leur visionnage H24. Or de telles exploitations en direct s’avèrent en réalité assez marginales : en 2015, seules 770 demandes d’intervention ont ainsi été déclenchées, qui ont abouti à 248 interpellations pour vol, agression, dégradations ou vente à la sauvette par exemple : pour un système qui mobilise près de 1000 caméras et une cinquantaine d’agents, c’est finalement assez marginal.

En fait, l’essentiel de l’activité des caméras est ailleurs : elle réside dans la vidéoverbalisation, principalement pour stationnement interdit avec plus de 45 000 verbalisations ainsi effectuées en 2014 et près de 40 000 en 2015. Autrement dit, à Marseille, les caméras de vidéosurveillance servent principalement à sanctionner les infractions au code de la route et ne sont finalement que des radars supplémentaires…

Le chercheur s’est aussi intéressé à l’usage que font les forces de l’ordre (et principalement les groupes de voie publique rattachés aux commissariat de police du centre-ville) des caméras de surveillance, pour lesquelles ils adressent quotidiennement des demandes de réquisition d’images, souvent pour aider à élucider des affaires de vol ou d’agression. Malheureusement, l’apport des caméras à l’élucidation de ces affaires n’est positif que dans un nombre assez marginal de cas, estimé entre 3,5 et 5,5 % au vu de l’année 2015, ce qui confirme une fois de plus que l’efficacité de ces dispositifs est fortement à relativiser.

Videoverbalisation : chacun est averti ! (photo © N. Vallauri / PHOTOPQR pour La Provence)

Videoverbalisation : chacun est averti ! (photo © N. Vallauri / PHOTOPQR pour La Provence)

Au total, ce sont ainsi 103 faits qui ont pu être élucidés en 2015, sur la base de près de 5 000 recherches d’images, grâce à ce réseau impressionnant de près de 1 000 caméras : un résultat peu glorieux rapporté aux 55 000 infractions enregistrées cette même année et restées dans leur grande majorité non élucidées. Heureusement que ces caméras ont au moins servi à dresser 40 000 contraventions pour stationnement interdit, action qui pour le coup montre que ces dispositifs bien que coûteux sont efficaces, pas forcément pour attraper les voleurs et les agresseurs comme certains élus, sans doute mal informés, cherchent à nous le faire croire, mais au moins pour faire payer les automobilistes indélicats.

Reste que le dispositif coûte cher : pas moins de 17 millions d’euros d’investissement pour déployer le réseau de caméras sur Marseille, auquel s’ajoutent des coûts de fonctionnement évalués à environ 7 millions d’euros chaque année. Et ce n’est pas tout puisque la ville de Marseille a annoncé, après l’attentat survenu cet été à Nice, qu’elle allait investir encore 10 à 12 millions d’euros supplémentaires dans un système de vidéosurveillance intelligente avec reconnaissance automatique de visages et de comportements suspects pour justement renforcer l’efficacité du dispositif pour le relevé d’infractions en temps réel : une bonne nouvelle pour les fournisseurs et les prestataires qui s’en frottent les mains, un peu moins peut-être pour le contribuable, mais on ne peut pas satisfaire tout le monde !

L.V.  lutinvert1small

Emploi : les recettes ne se valent pas toutes…

13 novembre 2016

Il est beaucoup question en cette période de précampagne électorale des solutions que les uns et les autres envisagent pour faire baisser le taux de chômage en France.

blog357_dessinhollandeMalgré la fameuse inversion de la courbe du chômage tant attendue par François Hollande et qui commence enfin à se concrétiser puisque le taux de chômage vient de repasser sous la barre des 10 %, l’emploi reste une des principales préoccupations de la société française et sera sans doute un des déterminants majeurs pour les prochaines élections présidentielles en mars 2017.

Une inquiétude qui se comprend aisément quand on voit la vitesse à laquelle la courbe du chômage a progressé ces dernières années, passant d’un taux de 7,2 % fin 2007, au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy et grimpant ensuite de manière continue jusqu’à atteindre 9,7 % lors de son départ de l’Elysée en 2012. La crise économique mondiale est largement responsable de cette forte dégradation de la situation de l’emploi, mais chacun voit bien que des causes plus structurelles liées à la désindustrialisation massive du pays ont renforcé cette vulnérabilité qui n’est d’ailleurs pas propre à la France. En dehors du cas particulier de l’Allemagne, la France est en effet dans la moyenne des pays européens et fait même beaucoup mieux que certains pays comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne.

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Evolution du taux de chômage (au sens du BIT) en France depuis 2003 (source INSEE, enquête Emploi)

Face à un tel constat chacun y va de sa potion magique. Les primaires de la droite mettent en avant des solutions liées avant tout à la baisse des charges sociales et à l’augmentation de la durée du travail. Des solutions qui ont d’ailleurs été déjà largement explorées. La loi sur les 35 heures a d’ores et déjà été partiellement détricotée et la durée hebdomadaire moyenne de travail effectif est désormais en France de 39,6 heures, légèrement supérieure, soit dit en passant, à celle observée en Allemagne.

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Pôle emploi ne chôme toujours pas… (Photo P. Huguen / AFP)

Quant à la baisse des charges pour les entreprises, elle a été également pratiquée, via notamment le dispositif du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mis en place par François Hollande suite à une proposition de Louis Gallois, et qui s’est traduit par la distribution de plus de 28 milliards d’euros aux entreprises pour les seules années 2013 et 2014, de l’ordre de 10 milliards d’euros par an depuis. Un coût très élevé pour les finances de l’État et qui va encore augmenter de 3 milliards d’euros en 2017 puisque le taux vient d’être relevé pour le prochain exercice.

Un rapport commandé par France Stratégie (l’ex Commissariat au Plan) à deux centres de recherche indépendants, vient justement d’apporter un éclairage récent sur l’évaluation de ce dispositif entré en vigueur au 1er janvier 2013 mais pour lequel on manquait jusqu’à présent de recul pour dresser une véritable évaluation à partir d’observations effectives. C’est désormais chose faite, à partir d’un retour d’expérience sur les deux premières années de mise en œuvre du CICE et le bilan n’est pas des plus flatteurs…

Remise de l'édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Remise de l’édition 2016 du bilan annuel du CICE par Jean Pisany-Ferry, commissaire général de France Stratégie le 29 septembre 2016 (http://tv.strategie.gouv.fr/)

Alors que le gouvernement attendait de ce dispositif qu’il permette la création d’au moins 200 000 emplois, la réalité se situe plutôt entre 50 000 et 100 000, ce qui n’est pas négligeable pour un système qui n’a pas encore donné sa pleine mesure, mais reste loin des objectifs initiaux. Il n’en reste pas moins que le dispositif s’avère particulièrement coûteux pour l’État avec un coût moyen estimé à 240 000 € pour chaque emploi créé, ce qui est énorme. Rappelons en effet au passage que le coût moyen d’indemnisation d’un chômeur en France revient à environ 15 000 € par an…

En comparaison, le passage aux 35 heures hebdomadaires impulsé en 1997 par Martine Aubry dans le gouvernement Jospin avait eu un effet nettement plus efficace comme l’a encore récemment confirmé un rapport parlementaire. Ce sont en effet pas moins de 220 000 emplois qui avaient pu être créés en deux ans grâce à ce dispositif (et même 350 000 si on observe l’effet jusqu’en 2005), pour un coût très faible évalué à environ 12 000 € par emploi créé.

blog357_dessinsarkoCertes la palme en la matière revient à la solution qu’avaient mise en place Nicolas Sarkozy et son premier ministre François Fillon, via la fameuse loi TEPA instaurée dès son accession à la Présidence en 2007. Basée sur sa célèbre promesse du « travailler plus pour gagner plus », la défiscalisation des heures supplémentaires avait réalisé la prouesse de supprimer plus de 30 000 emplois pour le coût faramineux de 130 000 € par emploi perdu, un véritable exploit !

De ce point de vue, le CICE n’est donc pas si catastrophique qu’il n’y paraît même si de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le fait qu’il ait surtout bénéficié à la grande distribution et à des entreprisse comme La Poste plutôt qu’à l’industrie manufacturière en vue d’améliorer la compétitivité de cette dernière à l’export, ce qui était quand même l’objectif initial principalement visé.

L’effet bénéfique majeur apporté par le CICE et que reconnaît bien volontiers le patronat, est d’avoir permis aux entreprises de fortement augmenter leurs marges bénéficiaires. Tombées en 2013 un peu en dessous de 30 %, elles sont remontées depuis à 32,7 % ce qui constitue une hausse spectaculaire dont les patrons se réjouissent selon l’adage énoncé par l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, disparu il y a tout juste un an : « les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

En l’occurrence, force est de constater, comme le fait l’analyse de France Stratégie, que les investissements en question se font toujours attendre… Aucun frémissement n’est détecté dans ce domaine. En réalité, les montants colossaux versés par l’État au titre du CICE ont souvent servi à pallier les difficultés de trésorerie des entreprises confrontées aux frilosités du système bancaire, et ont permis d’alimenter largement les confortables dividendes versés aux actionnaires. Pour les investissements et les créations d’emplois, on attendra encore un petit peu…

L.V.  lutinvert1small

Le référendum, moyen d’expression démocratique pertinent ?

8 novembre 2016

On entend beaucoup en ce moment les candidats à la Présidence de la République évoquer la notion de référendum, mais est-ce bien un moyen d’expression démocratique pertinent ?

blog355_phreferendumD’abord, qu’est-ce que le référendum ?

Le référendum est une procédure de vote permettant de consulter directement les électeurs sur une question ou un texte, qui ne sera adopté qu’en cas de réponse positive.

Comme le rappelle le site officiel Vie Publique, la Constitution prévoit quatre cas de référendum :

  • pour l’adoption d’un projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent (art. 11 de la Constitution) ;
  • pour l’adoption d’un projet de loi tendant à autoriser la ratification d’un traité (art. 11) ;
  • pour réviser la Constitution (art. 89). Toutefois, aucune révision constitutionnelle, même approuvée par référendum, ne peut porter sur « la forme républicaine du gouvernement » au niveau local,
  • pour soumettre à la décision des électeurs d’une collectivité territoriale, un projet d’acte relevant de sa compétence (art. 72-1).

A quoi sert un référendum ?

Le référendum est, avant tout, un instrument de « démocratie directe » car il permet au peuple d’intervenir directement dans la conduite de certains domaines de la politique nationale ou locale. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs proposent de recourir davantage au référendum, notamment pour faire évoluer certains secteurs de la vie sociale difficiles à réformer.

Montage publié sur http://www.tropicalboy.fr/ (l'authenticité du propos reste à vérifier...)

Montage publié sur http://www.tropicalboy.fr/ (l’authenticité du propos reste à vérifier…)

C’est ainsi que Nicolas Sarkozy, candidat aux primaires de la droite et du centre, s’il est élu à l’élection présidentielle, projette de soumettre aux Français deux sujets : l’internement des « fichés S » jugés dangereux et la suspension du droit « automatique » au regroupement familial.

Pour l’ensemble des candidats aux mêmes primaires, ce sont plus de treize questions qui sont envisagées. Mais toutes ne semblent pas relever du champ constitutionnel d’exercice de ce mode d’interrogation avec pour conséquence l’absence de certitude sur ce qu’il adviendrait de la procédure. Cela concerne les deux propositions ci-dessus, ou encore « réformer l’organisation des territoires en rapprochant les régions et les départements »….

Dans le cadre de nouvelle Loi Travail, le texte prévoit la mise en place de référendum d’entreprises. Ces derniers seraient initiés par des syndicats représentants moins de 30 % des salariés. Pour qu’il soit validé, le référendum doit être approuvé par plus de 50 % des suffrages exprimés par les salariés. Les syndicats majoritaires ne pourront s’opposer au résultat.

Est-ce que le référendum est un instrument pertinent ?

Pour amorcer une réponse à cette question, nous pouvons déjà nous appuyer sur le référendum du 27 avril 1969 par lequel le président de Gaulle a soumis au peuple « la création de Régions et la réforme du Sénat avec fusion avec le Conseil économique et social ».

Affiche de campagne pour le référendum de 1969

Affiche de campagne pour le référendum de 1969

Les Français ont répondu à 52,41 % des suffrages exprimés NON et comme le président avait mis en jeu son maintien au pouvoir, il a ensuite démissionné le 28 avril 1969. En réalité, les Français ont répondu à une question qui n’était pas posée et ont voté contre le Général de Gaulle !

blog355_phtraite-de-lisbonnePlus près de nous, concernant le référendum de 2005 relatif à la Constitution européenne, les Français ont répondu NON à 54,67 % des suffrages exprimés car ils déjugeaient son volet social, mais c’est ensuite par un vote au Parlement que la France a ratifié le traité européen.

Dernièrement, en Grande-Bretagne, le vote relatif à sa sortie de l’Union Européenne a obtenu un vote positif à avec plus de 52 % de OUI, avec les conséquences que l’on connaît dont la démission du Premier ministre Cameron.

Nous pouvons aussi évoquer le référendum portant sur la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes près de Nantes dont le résultat favorable reste contesté.

Quels enseignements peut-on en tirer ?

Le contexte dans lequel les électeurs, quel que soit le niveau auquel se situe la consultation, joue un rôle majeur : besoin de renouvellement politique en 1969, cadre social insuffisant en 2005, repli identitaire et rejet de l’immigration en Grande-Bretagne en 2016, difficultés dans l’entreprise…

La question posée doit être sans ambiguïté et porter sur un sujet constitutionnellement compatible.

Jean-Marc Sauvé, premier vice-président du Conseil d’État

Jean-Marc Sauvé, premier vice-président du Conseil d’État

Pour conclure, on peut se référer à l’Intervention de Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, lors du colloque organisé par la Société de législation comparée le 4 novembre 2011 sur le thème : « théorie et pratiques du référendum ».

« Le bon gouvernement de la cité impose de savoir conjuguer les atouts et prévenir les inconvénients des différents modes de démocratie existants, direct et indirect. Tout gouvernement doit prendre appui sur deux piliers. Le premier est celui de l’adhésion populaire aux grands choix structurant la vie collective, adhésion qui peut s’exprimer par la voie du référendum et qui remplit une fonction d’authentification et d’approbation de ces choix, indispensable en démocratie. Le second remplit une fonction plus stratégique d’anticipation, de projection dans l’avenir et, parfois même, de rupture avec l’opinion plus ou moins exprimée du plus grand nombre. Une telle prise de risque relève d’une éthique de responsabilité qui est la marque des grandes démocraties. »

MM

Accueil des réfugiés et des migrants : en débat à Carnoux

31 octobre 2016

Réfugiés, migrants : comment dépasser l’émotion et envisager l’avenir ? Pourquoi migrants et réfugiés ont-ils mauvaise presse ? De quoi avons-nous réellement peur ? Pourquoi quittent-ils leur pays au risque de leur vie ? Comment les accueillir dignement ? Autant de questions que l’actualité nous incite à nous poser sur un sujet délicat où se mêlent considérations politiques, culturelles, morales et économiques. Un sujet délicat où les a priori et les préjugés jouent un rôle non négligeable…

Jean-Pierre Cavalié, lors d'une précédente intervention à Carnoux le 18 mai 2009

Jean-Pierre Cavalié, lors d’une précédente intervention à Carnoux le 18 mai 2009

Pour éclairer ces phénomènes et en débattre nous avons invité Jean-Pierre Cavalié de la Cimade, une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile, qui interviendra, à l’invitation du Cercle Progressiste Carnussier, dans la salle du Clos Blancheton, le jeudi 8 décembre 2016, à partir de 18h30, pour une conférence-débat destinée à apporter un éclairage humaniste et positif sur ces questions difficiles et qui suscitent inévitablement la polémique.

Depuis la nuit des temps, les migrations sont pour l’homme une manière courageuse de manifester sa volonté de surmonter l’adversité et d’avoir une vie meilleure. Aujourd’hui, en raison de la mondialisation et des progrès des communications et des transports, le nombre de personnes qui désirent s’installer dans d’autres régions et qui en ont les moyens a considérablement augmenté. Et l’exil provoqué par la guerre provoque un afflux qui inquiète et génère de nouvelles peurs.

Cette nouvelle ère est porteuse aussi bien de problèmes que de possibilités pour les sociétés du monde entier. Elle met aussi en relief la relation entre les migrations et le développement de même que les possibilités de co-développement qu’offrent les migrations, c’est-à-dire les possibilités d’amélioration concertée de la situation économique et sociale aussi bien dans les régions d’origine que dans celles de destination. Un exemple : ne faisant presque plus d’enfants, les Allemands seraient plus naturellement accueillants, selon leurs intérêts bien compris !

Mais les dynamiques de mobilité humaine se sont complexifiées ces dernières années et les mouvements de migrants et de réfugiés se recoupent désormais de plusieurs manières (exil économique, nécessité de sauver sa peau). Afin d’endiguer les migrations « irrégulières » et de limiter les abus des systèmes d’asile, de nombreux Etats ont introduit une série de mesures destinées à prévenir et à dissuader les ressortissants étrangers d’arriver sur leur territoire et de soumettre des demandes d’asile.

Pour le cas français, en revanche, on ne peut nier qu’existent chez nous une misère, une précarité accrue et un sentiment d’abandon d’une partie de la population. Même si de nombreux anonymes ont été d’une générosité exemplaire dans l’aide aux réfugiés, cette misère ambiante n’est pas pour rien dans une crainte qui vaut ses succès au Front national.

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D’autres questions que celles évoquées plus haut n’ont pas de réponses satisfaisantes : Le mouvement de réfugiés va-t-il se tarir ? Les mesures prises face à la crise migratoire sont-elles à la hauteur des besoins ? Comment penser et multiplier les capacités d’accueil ? Y a-t-il une politique européenne satisfaisante face aux migrations ? Comment les droits de l’homme, et en particulier de droit d’asile sont-ils respectés ? Comment répondre à notre désir d’hospitalité, avec quel accompagnement et quelle issue ? Quelle part l’hospitalité peut-elle avoir dans les programmes politiques ?

En adhérant aux appels de générosité, ne risquons-nous pas de faire prévaloir les « bonnes intentions » de façon un peu irréfléchie ?

Nul doute que le débat sera riche à l’occasion de cet échange le 8 décembre prochain !

S.J.

Exercices attentat-intrusion : entre panique et rigolade…

17 octobre 2016

blog352_phvigipirateDepuis les récents attentats de Paris et de Nice, l’affaire est entendue : nous sommes en guerre! Le Premier ministre en personne l’a affirmé et les candidats à la primaire de la Droite ne cessent de le répéter tous les jours, histoire d’entretenir la peur, toujours bonne conseillère pour élire des représentants conservateurs. Si un jour le pays devait se retrouver soumis aux bombardements de l’aviation ennemie où à l’assaut de troupes aux sol, comme cela a déjà été le cas dans un passé pas si lointain et comme cela se produit en ce moment même à Alep ou au Yémen, il faudra sans doute inventer un nouveau concept pour décrire une véritable situation de guerre, mais passons…

Toujours est-il que face à une situation de guerre, les populations doivent se préparer. Les professionnels de la protection civile tentent depuis des décennies de développer en milieu scolaire l’établissement de PPMS (plans particuliers de mise en sécurité) et la réalisation d’exercices de prévention pour aider élèves et enseignants à acquérir les bons réflexes en cas de crise face à un risque extérieur tel qu’une inondation, un séisme ou l’explosion d’un site industriel proche, à l’image de ce qui se fait dans de nombreux autres pays.

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Jusqu’à présent, le bilan de cette politique de prévention en milieu scolaire était resté très mitigé et rares sont les parents à en accepter les règles de base. On l’a encore vu lors des inondations du Var en 2010, lorsque certains principaux de collèges ont failli se faire molester par des parents d’élèves qui refusaient d’admettre que leur enfant était plus en sécurité dans l’établissement que sur les routes inondées. On l’a revu en 2014 dans ce même département lorsqu’une petite fille s’est noyée avec sa mère après que celle-ci l’a arrachée à son école en signant une décharge au personnel enseignant…

blog352_phafficheToujours est-il que lorsque le risque concerne le terrorisme, le niveau d’acceptation de la population semble nettement supérieur. Dès le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, des exercices avaient eu lieu pour inciter les élèves à se barricader dans leur classe en cas d’intrusion. Le site du Ministère de l’Éducation nationale détaille à l’envie, plaquettes pédagogiques à l’appui, les consignes de sécurité à appliquer dans tous les établissements scolaires placés en « vigilance renforcée » et même en « alerte attentat » pour ceux d’Ile-de-France et des Alpes-Maritimes.

Le risque d’attentat semble désormais être devenu la priorité numéro 1 de tous les établissements scolaires et des exercices attentat-intrusion se sont déroulés dans la plupart des écoles, collèges et lycées du pays mi-octobre, histoire de frapper les esprits juste avant les vacances de la Toussaint !blog352_phreunion

Le bilan de ces exercices sera, n’en doutons-pas, examiné à la loupe par les technocrates du Ministère et leurs multiples conseillers techniques en prévention et en communication. La Presse s’est néanmoins fait échos de certains exercices manifestement mal maîtrisés comme celui qui s’est déroulé au collège Lise Ophion en Guyane où les forces de l’ordre n’avaient pas été prévenues. L’arrivée de faux terroristes cagoulés, en réalité des agents du personnel enseignant, a déclenché une belle panique et il a fallu toute la persuasion des gendarmes arrivés en renfort pour calmer les élèves devenus hystériques et soigner ceux qui s’étaient blessés en voulant s’enfuir : manifestement, les consignes de prévention avaient été mal assimilées et il va falloir réviser… Un autre exercice organisé le 4 octobre par le Port de Calais (hors milieu scolaire donc) avait lui-aussi failli tourner au drame suite à l’intervention inopinée des forces de l’ordre prêts à tirer dans le tas en croyant à une véritable attaque terroriste. Être dans un pays en guerre comporte effectivement certains dangers, même quand on se contente de faire des exercices…

Ceci dit, les exercices attentat-intrusion qui se sont déroulés cette semaine, ont plutôt dans l’ensemble tourné à la franche rigolade, même si certains élèves en sont sortis légèrement ébranlés. Un reportage de La Voix du Nord raconte ainsi comment s’est déroulé l’exercice au collège Jean Moulin. Tout y avait été soigneusement préparé par l’équipe enseignante. Élèves et parents d’élèves étaient prévenus pour éviter toute réaction inappropriée mais le signal de déclenchement avait été codé « L’élève Myriam Dupont est arrivée au bureau de la CPE ».

blog351_dessinexerciceAu signal, chaque enseignant était tenu de fermer la porte de la classe, de la bloquer avec un bureau, d’éteindre la lumière et de demander aux élèves de se mettre au sol sans bouger en attendant la fin de l’alerte. Certains ne peuvent s’empêcher de ricaner mais la prof les recadre et la tension monte d’un cran quand des pas se font entendre dans le couloir, que quelqu’un tente d’ouvrir la porte. Là, on ne rigole plus et celui qui ne peut s’empêcher de tousser se fait tancer par ses camarades apeurés…

L’exercice a duré 20 minutes et manifestement, les élèves de ce collège en sont sortis vaguement inquiets. Les enseignants aussi, qui ont constaté à cette occasion que les portes de deux des salles de classe ne fermaient pas à clé… Certains des élèves affirment d’ailleurs qu’en cas de véritable attaque ils n’auraient certainement pas pu s’empêcher de paniquer et de tenter de sauter par la fenêtre plutôt que de rester sagement allongé dans le noir et en silence, à attendre que tout se termine. Acquérir les bons réflexes et les appliquer en cas de crise n’est pas si naturel qu’on pourrait le croire…

Après l'exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Après l’exercice, le défoulement sur les réseaux sociaux… (photo Fotolia)

Dans l’Eure et en Seine-Maritime, où la plupart des établissements scolaires ont procédé à l’exercice attentat-intrusion le jeudi 13 octobre, les réflexions recueillies auprès des élèves par Normandie Actu sur les réseaux sociaux ne manque pas d’intérêt non plus, ainsi que celles émises par un groupe de collégiens sur le blog du Monde des collégiens. On y retrouve le côté potache des élèves qui confirment que l’exercice avait été suffisamment annoncé pour ne créer aucune surprise lors de son déclenchement, sinon par le choix du signal utilisé : « Au début, on a cru qu’un chat maléfique s’était emparé du micro et s’était mis à miauler. Mais non, c’était l’alarme en cas d’intrusion ».

Le début amuse tout le monde : c’est le branle-bas de combat, il faut éteindre la lumière, bloquer les portes en poussant les tables, se coucher par terre ou sous les tables : « Nous sommes assis par terre. Chacun veut choisir sa place (nos chances de survie diminuent) », « Ce matin à l’alerte attentat on rigolait tous on prenait des snaps », « Nous apercevons notre professeur en train de ramper par terre. Il faut fermer les yeux et respirer profondément plusieurs minutes pour ne pas céder au besoin irrésistible de rire ».

En cours d'exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

En cours d’exercice (photo parue dans La Voix du Nord)

Ensuite, c’est l’ennui qui gagne car l’exercice se prolonge : « On joue à pierre-feuille-ciseau. La prof nous toise de son regard de fer », « Il ne se passe rien. C’est pas très intéressant, là non plus. Ah, si : sous les tables, coincés dans une position très peu confortable, nous avons une vue imprenable sur tous les chewing-gums en décomposition des années 2000 (il paraît même que quelqu’un est resté collé à la table par les cheveux) », « je me suis tapé une sieste de 30min pdt le PPMS c‘est plutôt cool », « Déjà le truc de ppms, rien foutre pendant une heure c’était grave long », « On commence à s’impatienter. Forte envie de faire des bruitages (dans la salle à côté, il ont dépassé le stade de l’envie) ».

Confinement des élèves pendant l'exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Confinement des élèves pendant l’exercice (photo I. Louvrier / Sud-Ouest)

Manifestement, tous les enseignants n’ont pas mis le même zèle pour préparer l’exercice : « Mdr en #ppms le directeur à enfoncer la porte », « La prof nous fait sauter par la fenêtre pour faire le ppms », « Dans tous les snaps ya tlm en #ppms et nous on est assis le prof nous raconte sa vie, et cherche les directives sur internet bah ». « Pendant le PPMS le lycée a coupé tout le réseau c’était galère » mais ailleurs : « je tweet en direct de sous une table, le PPMS c’est beau ».

En tout cas, l’angoisse n’est jamais très loin, surtout quand l’exercice devient un peu trop réaliste : « Quelqu’un se cogne la tête contre une chaise (dans un jeu, on aurait perdu une vie). Sous la porte, nous voyons l’ombre de pas dans le couloir », « On fait l’exercice d’alerte attentat au lycée, on est tous silencieux et là t’a une meuf elle pète en plein ppms et qui dit désolée, c’est le stress », « Au ppms on avait tellement peur avec Mathilde qu’on se donnait la main ». Entre angoisse et fous rires, l’intrusion de l’état de guerre en milieu scolaire ne va pas de soi…

L.V.  LutinVert1Small

Primaires de la Droite : la chasse aux fonctionnaires est ouverte !

12 octobre 2016

Alors que la campagne des primaires de la Droite et du Centre bat son plein, à six mois des prochaines élections présidentielles, les candidats en lice se lancent dans une surenchère délirante pour savoir qui supprimera le plus de postes de fonctionnaires. Pour Nicolas Sarkozy, la barre a été fixée à 300 000 fonctionnaires dont il convient de supprimer le poste dans les meilleurs délais, histoire d’alléger les dépenses publiques puisque, comme chacun sait, le fonctionnaire est une espèce nuisible envahissante qu’il est nécessaire d’éradiquer. François Fillon estime quant à lui que c’est 500 000 postes de fonctionnaires qu’il faut supprimer sans attendre : qui dit mieux ?

blog350_phsarkozyPour Nicolas Sarkozy, comme toujours, les choses sont simples et même de plus en plus simplistes maintenant qu’il s’est mis en tête que sa cible était le peuple et son ennemi les élites de la République : « Nous ne pouvons pas continuer à avoir autant d’emplois publics en France, à rebours de nos voisins européens. Ce n’est d’ailleurs pas une question d’idéologie ou de dogme. C’est incontournable et, au fond, cela ne devrait même pas être un sujet de clivage entre la gauche et la droite ».

Il se vante d’ailleurs d’avoir supprimé pas moins de 150 000 postes de fonctionnaires entre 2007 et 2012. Mais il n’a pas eu de chance car, selon lui, « A l’époque, 95 % des régions étaient à gauche et 70 % des départements étaient à gauche. Dans le même temps où on réduisait de 150 000 les effectifs de l’Etat, les collectivités territoriales de gauche les augmentaient d’autant ».

Avec un tel personnage, il n’est pas toujours facile de faire la part des choses tant il prend ses aises avec la vérité… Une chose est sûre, il y a bien eu de nombreuses suppressions de postes dans les forces de sécurité et on en paye largement le prix aujourd’hui, alors que les ténors de droite accusent de laxisme le gouvernement qui fait ce qu’il peut pour former de nouveaux policiers afin de remplacer les postes disparus.

Blog325_DessinSarkoClownRappelons ainsi pour mémoire que ce sont pas moins de 12 650 postes de policiers et de gendarmes qui ont été supprimés entre 2007 et 2012, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, auxquels il faut ajouter 3 900 suppressions de postes du fait de la fusion entre les renseignements généraux et la DST pour créer la nouvelle DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), mais aussi 54 000 postes de militaires en application de la loi de programmation militaire votée en 2009. Soit quant même plus de 70 000 postes en moins pour les forces de sécurité et du renseignement, un chiffre qui est rarement mis en avant par les candidats aux primaires de la Droite…

Quant aux 150 000 postes qui auraient été créés par les collectivités territoriales dans le même temps, la vérité mérite d’être nuancée comme l’a bien rappelé Libération. L’essentiel de ces « créations de postes » résulte en réalité des transferts de compétences qui ont été opérés à partir de 2006 en application des lois de décentralisation de 2004. Si l’on fait abstraction des effets de ces simples transferts de compétences de l’État vers les collectivités territoriales, la hausse des effectifs dans les régions se limite à 1 200 postes et à 7 400 dans les départements, mais tout de même 80 000 dans les communes qui, elles, étaient loin d’être systématiquement gérées par des élus de gauche à cette période ! Mais le candidat Sarkozy ne s’encombre pas de ce genre de détails…

Plusieurs des candidats de droite souhaitent revenir sur la suppression du jour de carence en cas d’arrêt maladie, jour de carence qui avait été instauré au 1er janvier 2012 mais que François Hollande a fini par supprimer en 2014 après une évaluation peu concluante de son efficacité. Sarkozy, s’il revient au pouvoir, a promis de revenir sur cette mesure en doublant la mise avec cette fois deux jours de carence, la prise en charge ne se faisant qu’à partir du 3ème jour d’arrêt maladie.

Dans le privé, il existe en effet 3 jours de carence mais là aussi la vérité oblige à dire que les deux tiers des salariés du privé bénéficient en fait du rachat de ces 3 jours de carence par la caisse de prévoyance de leur entreprise si bien qu’ils ne s’en aperçoivent même pas. Cette mesure concerne en particulier les cadres (à 82 %) et principalement les salariés des grandes entreprises (à 77 %). L’objectif de la Droite est donc simplement d’étendre à la fonction publique une injustice qui touche principalement les ouvriers des PME : une belle mesure sociale effectivement !

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Autre marotte de Nicolas Sarkozy et de son rival ultralibéral François Fillon : faire travailler plus longtemps les fonctionnaires dont l’emploi n’aura pas été supprimé. Il s’agit notamment de faire passer la durée hebdomadaire de travail de 35 à 37 heures et même à 39 heures pour les volontaires selon Nicolas Sarkozy. Quant à la retraite, « il faudra non seulement continuer à retarder l’âge du départ avec une première étape à 63 ans dès 2020, puis une seconde à 64 ans en 2025, mais aussi organiser la convergence des règles de calcul des pensions», estime Sarkozy qui souhaite également supprimer les régimes spéciaux.

blog350_dessin35hSur la question du temps de travail, la Gazette des communes rappelle que le rapport publié il y a quelques mois par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a calculé que le temps moyen de travail des fonctionnaires s’élève à 1 584 heures par an, légèrement inférieure à la durée réglementaire fixée à 1 607 heures, l’écart venant pour l’essentiel de certaines professions telles que les infirmières, les policiers ou les agents de maintenance, qui bénéficient de régimes particuliers du fait de leur cycle de travail atypique les obligeant à travailler de nuit ou le dimanche.

Il est exact que la durée moyenne du temps de travail est légèrement supérieure dans le privé (1 684 heures annuelles), l’écart se traduisant généralement par des jours de congés ou de RTT supplémentaires (7 en moyenne). Mais quand François Fillon affirme qu’obliger les fonctionnaires à passer à 39 heures hebdomadaires permettrait de supprimer automatiquement 600 000 postes, c’est largement exagéré. Un rapport de la Cour des Comptes a d’ailleurs fait le calcul et estime que dans le meilleur des cas, en supposant une parfaite fluidité dans la réorganisation des services pour s’adapter à ces nouveaux rythmes, le gain ne serait que de 27 000 postes sur un an !blog350_phfillon

« Est-ce que la France peut continuer à emprunter sur les marchés internationaux pour payer les salaires des fonctionnaires. Ça ne peut pas durer. On consacre 57 % de la richesse nationale à la dépense publique » : encore une déclaration choc de François Fillon en campagne pour les primaires !

Petite précision : la dépense publique n’est pas liée aux seuls salaires des fonctionnaires. Celle-ci représente certes 41 %  des dépenses totales dans la fonction publique d’État mais seulement 25 % dans la territoriale. La part de la masse salariale de tous les fonctionnaires français (hors militaires) ne représente en réalité que 13 % de la richesse nationale, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, d’autant que sur les 10 dernières années, les traitements progressent moins vite pour les fonctionnaires (0,2 % par an en moyenne dans la fonction publique d’Etat en euros constants) que dans le privé (0,5 % en moyenne).

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, il avait été instauré le principe de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite. On a vu ce que donnait une telle politique sur l’évolution des effectifs de la police mais les Républicains souhaitent désormais l’étendre aux collectivités territoriales, quitte à réformer la Constitution puisque celle ci garantie actuellement la libre administration des collectivités et ne permet donc pas d’imposer ce type de mesure par la loi.

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Quant aux fonctionnaires d’État, Nicolas Sarkozy a trouvé comment en diminuer encore le nombre : il suffit de supprimer les contrôles du fisc et de l’inspection du travail dans les entreprises et les exploitations agricoles ! Une mesure radicale en effet qui permet de donner carte blanche aux fraudeurs de toute sorte. Pas sûr qu’une telle approche soit de nature à rétablir l’équilibre des comptes de la Nation mais on reconnaît bien là la solidarité de l’avocat d’affaire, doublement mis en examen, envers ceux qui, comme lui, ont l’habitude de prendre certaines libertés avec l’interprétation des lois.

L.V.  LutinVert1Small

A Marseille, le stade qui plombe les finances publiques

8 octobre 2016

Il y a plus de 2000 ans, les empereurs de la Rome antique l’avaient déjà bien compris : pour s’attirer les faveurs du bon peuple et la bienveillance de l’opinion publique, rien de tel que des distributions de nourriture et l’organisation de spectacles grandioses : « panem et circenses » pour reprendre l’expression satirique du poète Juvenal, du pain et des jeux.

Jean-Claude Gaudin au stade Vélodrome avec Christian Estrosi le 15 juin 2016 (photo C. Moreau / Bestimage)

Jean-Claude Gaudin au stade Vélodrome avec Christian Estrosi le 15 juin 2016 (photo C. Moreau / Bestimage)

Un programme que Jean-Claude Gaudin, élu local professionnel sans discontinuité depuis 1965, a parfaitement intégré et qu’il a fait sien depuis des années. Il se trouve que son électorat marseillais préfère le foot aux antiques combats de gladiateurs. Qu’à cela ne tienne, c’est donc vers le stade Vélodrome que vont les investissements de la ville. Rien n’est trop beau pour la rénovation de ce stade dont les travaux d’embellissement ont été les plus coûteux du programme mis en œuvre à l’occasion de l’Euro 2016, au point que le nouveau stade éblouit tout le quartier autour… A Marseille, le coût de la rénovation s’est élevé à plus de 4000 euros la place, quatre fois plus que pour la réhabilitation du stade de Toulouse et même deux fois plus que pour le stade de Bordeaux qui a pourtant été construit à neuf !

Un bel exploit pour une des villes les plus pauvres de France, où le développement des infrastructures publiques accuse un retard dramatique, avec en particulier un des réseaux de transport collectif les plus arriérés et les moins performants, ce qui constitue un très lourd handicap pour le développement économique métropolitain et se traduit par un taux de pollution de l’air le plus élevé de France…

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Et pourtant, c’est cette même ville de Marseille, sous la conduite de l’inénarrable Jean-Claude Gaudin, 77 ans, désormais à la fois maire et président de la métropole, qui n’hésite pas à déverser des millions pour la rénovation de son stade de foot pour le plus grand profit d’un opérateur privé, la société anonyme sportive professionnelle Olympique de Marseille, laquelle vient d’être rachetée par l’homme d’affaires américain Franck McCourt. La Cour des Comptes dénonce depuis des années les cadeaux plus ou moins irréguliers faits au club de foot par la municipalité marseillaise sur fonds publics, mais manifestement en vain.

Jean-Claude Gaudin et le nouveau propriétaire de l'OM, Franck McCourt (photo BG – Marsactu)

Jean-Claude Gaudin et le nouveau propriétaire de l’OM, Franck McCourt (photo BG – Marsactu)

A elle-seule, la rénovation du stade Vélodrome aura coûté près de 300 millions d’euros et a été confiée dans le cadre d’un partenariat public-privé à la société AREMA, une filiale créée de toutes pièces pour l’occasion par Bouygues. Comme nous l’avions déjà évoqué, le montage financier est scandaleusement favorable au groupe Bouygues qui n’a apporté que 100 millions, toute le reste provenant de fonds publics de l’État, de la Région, du Département, de la Communauté urbaine (pour 20 millions quand même) et de la Ville de Marseille (à hauteur de 44,7 millions). Moyennant quoi, la commune s’est engagée à verser à la société AREMA la modique obole de 12 millions d’euros par an pendant 31 ans, ce qui représente une somme colossale de 400 millions d’euros au total, histoire de remercier le groupe Bouygues d’avoir bien voulu se charger de la gestion de ce chantier. Où l’on voit que Jean-Claude Gaudin, en bon libéral qu’il est, ne mégote pas avec l’argent public…

blog349_phstadeCertes, la vérité oblige à dire que la ville récupère une (petite) partie de cet argent auprès du club de l’OM. De ce point de vue, les injonctions répétées de la Cour des Comptes ont fini par être (un peu) entendues. La convention de 2011 ne prévoyait qu’une modeste participation du club à hauteur de 50 000 euros par an alors que dans le même temps la commune se chargeait gratuitement de l’entretien et du gardiennage du stade et versait chaque année pour 700 000 euros au club en achat de places et de prestations publicitaires. En 2014, le renouvellement de la convention avait permis (non sans mal) de fixer cette rémunération annuelle à 4 millions (alors que la Cour des Comptes avait estimé que ce montant ne pouvait être raisonnablement inférieur à 8 millions !), assortie d’une part variable bien entendue fortement aléatoire.

De fait, comme le rapporte Marsactu, depuis 2015 les recettes du club sont très largement inférieures au seuil qui déclenche le paiement de la part variable et la commune doit donc se contenter de cette rémunération dérisoire de 4 millions alors que, dans le même temps, elle en verse 12 pour honorer ses engagements auprès de la filiale de Bouygues. Seule la saison 2014-15 avait permis de franchir le seuil nécessaire au déclenchement de la part variable, ce qui avait occasionné un versement supplémentaire de 800 000 euros. Malheureusement, pour cette même année, l’OM avait négocié un petit rabais de 1 million d’euros, en compensation des désagréments occasionnés par la fin des travaux, si bien que la collectivité avait dû se contenter d’un chèque de 3,8 millions : vraiment pas de chance pour le contribuable !

Il a certes beaucoup été question ces derniers temps de l’opération de « naming » que vient de faire l’opérateur de téléphonie Orange, lequel vient d’acheter, pour la modique somme de 2,4 millions d’euros par an le droit de débaptiser le stade Vélodrome pour lui affecter le nom de sa propre marque commerciale. Une opération révélatrice des valeurs du sport professionnel où tout s’achète, les joueurs comme leur réputation, les droits de retransmission télévisée comme la publicité sur les maillots, mais aussi les arbitres et désormais le nom des stades.blog349_phorange

Le chiffre de la transaction n’est pas confirmé car bien entendu il a été tenu secret, droit des affaires oblige. De toute façon, il n’ira pas dans la poche de la Ville mais dans celui d’AREMA, puisque c’est cette société privée qui est chargée de l’exploitation du stade. Voilà donc un équipement public, dont le coût de réhabilitation a été payé aux deux-tiers par le contribuable mais pour lequel se dernier va devoir payer pendant encore plus de 30 ans quatre fois le montant réel investi par le groupe Bouygues pour les travaux (qu’il a réalisé lui-même, pour son plus grand bénéfice) et dont l’exploitation permet en outre au géant du BTP de ramasser quelques bonus supplémentaires de quelques millions par an.

Un telle mode de gestion de la part de la Ville de Marseille laisse pantois. Comment le madré Jean-Claude Gaudin, élu de la ville depuis 51 ans, dont 21 ans comme maire, a t-il pu à se point se faire rouler dans la farine par ses interlocuteurs ? A moins bien sûr qu’il n’ait agi en toute connaissance de cause, en parfaite collusion avec les sociétés privées à qui il a fait sciemment des cadeaux aussi considérables, au détriment des finances publiques et de l’intérêt général… Pendant que le réseau de transports public se dégrade et que les écoles marseillaises tombent en ruine, nos édiles ne reculent devant aucune dépense pour faire plaisir aux supporters de l’OM et aux sociétés privées qui profitent de ce business…

L.V.  LutinVert1Small

Faut-il remplir ou vider les prisons ?

3 octobre 2016

Chacun naturellement connaît la célèbre injonction de Victor Hugo : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Un programme généreux qui part du principe, maintes fois vérifié, qu’un individu instruit et socialement intégré a infiniment moins de raison de se livrer au crime ou ou délit qu’un être aux abois, livré à lui-même et condamné à voler pour survivre.

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Certes, l’instruction ne conduit pas automatiquement à la vertu et l’on ne compte pas le nombre d’escroqueries de haut vol, perpétrées par la classe dirigeante qui malgré ou grâce à sa parfaite connaissance des lois se livre aux pires turpitudes. En la matière, les exemples abondent, y compris parmi la classe politique, si souvent moraliste mais qui est parfois bien réticente à s’appliquer à elle-même les règles qu’elle impose aux autres. On ne reviendra pas ici sur le cas de ces élus toujours prompts à dénoncer le laxisme de la Justice et à exiger la plus extrême sévérité dans l’application des peines mais qui font tout pour échapper à ses griffes alors même qu’ils ont été pris la main dans le sac. Le cas de Nicolas Sarkozy, empêtré dans moult affaires judiciaires, est emblématique à cet égard, tout comme celui de son ami Patrick Balkany, mis quatre fois en examen, notamment pour fraude fiscale, et toujours député depuis bientôt 30 ans !

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Cellule de prison (photo F. Dubray – archives Ouest France)

Mais faut-il vraiment vider les prisons ? On pourrait penser qu’une société saine est une société dans laquelle les déviances sont rares et du coup les établissements carcéraux dépeuplés. Sauf que la classe politique joue la surenchère, partant du principe que son électorat, avide de sécurité, se sent davantage rassuré lorsque les prisons débordent.

Du coup, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 1957, il y avait en France 20 000 détenus, soit environ 45 détenus pour 100 000 habitants. Ce chiffre est resté sous la barre des 50 000 jusqu’en 2001 mais n’a cessé d’augmenter depuis, au fur et à mesure que le thème de l’insécurité prenait de l’importance dans le débat public.

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Evolution de la population carcérale en France depuis 1980 (statistiques du Ministère de la Justice)

Au 1er juillet 2016, les derniers chiffres communiqués par l’administration pénitentiaire font état d’un nombre record de 69 375 détenus effectivement incarcérés, soit plus de 105 détenus pour 100 000 habitants, presque autant qu’au sortir de la dernière guerre, alors que l’épuration battait son plein et que la moitié des détenus étaient emprisonnés pour cause de collaboration…

blog348_dessinbizForcément, avec de tels masses, les prisons sont pleines à craquer et les conditions de détention en France sont régulièrement dénoncées tant par les associations que par les instances européennes, et ceci malgré les programmes de construction et de réhabilitation des bâtiments pénitentiaires. Toujours selon les chiffres du Ministère, il existe actuellement en France 187 établissements pénitentiaires dont 86 maisons d’arrêt avec de l’ordre de 12 000 détenus en surnombre par rapport au nombre de places disponibles. Dans certains établissements, le taux de remplissage dépasse les 200 % ! Comment dans ces conditions éviter que les prisons ne deviennent des lieux de violence et de radicalisation pour certains, de véritables écoles du crime pour d’autres ?blog348_dessinyacine

Il a beaucoup été question ces derniers temps d’atteindre enfin l’objectif de limiter le nombre de détenus à un seul par cellule, un objectif louable inscrit dans la loi depuis 1875 tout de même, mais qu’il n’a jamais été possible de respecter. Le Premier ministre, Manuel Valls, a évoqué la nécessité de créer 10 000 nouvelles places de prison dans les 10 ans, ce qui représenterait un investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros. Rappelons au passage que, avec près de 38 000 agents (dont les trois quart sont des personnels de surveillance), l’administration pénitentiaire dépense déjà 2,7 milliards d’euros chaque année, ce qui représente quasiment 40 % du budget total de la Justice.

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Dessin de Lasserpe, paru dans Marianne

Comme à l’accoutumé, les ténors de la Droite pratiquent la surenchère et Nicolas Sarkozy se targue de vouloir créer 20 000 places de prisons supplémentaires s’il revient au pouvoir. Une perspective que dénoncent de manière unanime l’Observatoire international des prisons, le Syndicat de la magistrature et la Ligue des droits de l’Homme, qui évoquent une « fuite en avant carcérale » pas vraiment de nature à résoudre le problème de l’insécurité. Emprisonner tout ceux qui font peur à la société ou que l’on a du mal à insérer socialement ne constitue certainement pas une solution à long terme, même si cette tentation est largement mise en œuvre dans d’autres pays, États-Unis en tête.

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Comment gérer la surpopulation carcérale ?

Pour éviter de remplir les prisons, certains ont imaginé d’autres méthodes encore plus radicales et l’on s’étonne presque que nos responsables politiques, dans leur tentative de se déborder mutuellement par la droite en cherchant à « terroriser les terroristes », n’en viennent pas à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes des milices armées et des escadrons de la mort qui ont fait leurs preuves dans plus d’une dictature sud-américaine dans les années 1970 et 1980.

Ils pourraient dans ce domaine prendre exemple sur le nouveau président des Philippines, Rodrigo Duterte, qui vient d’accéder à la tête de l’État en mai 2016, après avoir été maire pendant plus de 20 ans de la ville de Davao, sur l’île de Mindanao. Dans cette ville, ce sont plus de 1 400 personnes qui ont été assassinées en pleine rue, entre 1998 et 2015, par des escadrons de la mort circulant à moto. Pour la plupart, ces victimes d’une justice pour le moins expéditive étaient de jeunes délinquants, pickpocket ou revendeurs de drogue, mais avec bien entendu un lot de bavures, plusieurs adolescents ayant été tués par erreur. Chacun sait bien que la Justice est aveugle et il arrive parfois que son bras armé se trompe de cible…

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Rodrigo Duterte, le nouveau président populiste des Philippines (photo N. Celis / AFP)

Le nouveau chef de l’État, ancien procureur de son état, s’est d’ailleurs vanté durant sa campagne électorale d’avoir ainsi fait exécuter sans le moindre jugement 1700 personnes. Et depuis qu’il est à la tête du pays, les statistiques de la police font état d’au moins 3 140 délinquants, violeurs et dealers présumés, qui ont été « éliminés » en quelques mois, au nom de la « guerre contre la drogue » lancée par le président populiste. Le président Duterte annonce d’ailleurs sans ambages la couleur, promettant l’exécution de « dizaines de milliers de criminels » pendant sa présidence, au risque de partir « à la retraite avec la réputation d’Idi Amin Dada », l’un des plus sanguinaires dictateurs africains dont le régime causa la mort de 300 000 personnes dans les années 1970.

Espérons que nos propres candidats aux prochaines élections présidentielles ne prennent pas exemple sur un tel modèle pour résoudre l’équilibre délicat entre répression sécuritaire et surpopulation carcérale… Car pour être honnête, il semble que le modèle se heurte à une limite : effrayés par cette vague massive d’exécutions arbitraires, des milliers de petits trafiquants philippins et consommateurs occasionnels de stupéfiants se sont rendues à la police à travers tout le pays afin de se mettre à l’abri, à tel point que le taux de remplissage des prisons est cinq fois supérieur à leur capacité d’accueil ! Est-ce vraiment le but recherché ?

L.V.  LutinVert1Small

Dividendes : les actionnaires se régalent, les salariés trinquent…

11 septembre 2016

Le monde économique est en crise et le taux de rendement des obligations est en baisse : 1,5 % seulement pour les bons du Trésor américains sur 10 ans et même des taux négatifs pour leurs équivalents allemands ! Alors, pour attirer les investisseurs, les grosses entreprises se montrent très généreuses sur le versement des dividendes à leurs actionnaires, histoire de récompenser leur fidélité et de les inciter à conserver leurs actions… Plusieurs analyses parues récemment dans la presse et notamment un article de Laszlo Perelstein publié dans la Tribune détaillent l’ampleur du phénomène.

Assemblée générale des actionnaires de l'Oréal, le 20 avril 2016

Assemblée générale des actionnaires de l’Oréal, le 20 avril 2016

C’est ainsi qu’au 30 juin 2016 les 500 plus grosses entreprises côtées en bourse aux États-Unis et regroupées au sein du S&P 500 affichaient en moyenne un taux de rendement des dividendes très attractif de 2,24 % tandis que celui des entreprises prises en compte par l’indice européen Stoxx 600 atteignait 3,1 % et même, pour les 40 locomotives du CAC 40 français, le taux mirobolant de 4,05 %… Comme l’expliquaient benoîtement en 2015 les analystes financiers d’Allianz Global Investors, « les dividendes peuvent constituer un substitut attrayant aux coupons obligataires, en particulier durant les périodes de répression financière ».

Du coup, toutes les grandes multinationales s’engouffrent dans la brèche, Apple en tête qui a versé les plus gros dividendes en 2015 après avoir interrompu cette pratique entre 1995 et 2012. Des firmes comme le géant pharmaceutique Pfizster ou le fabricant de jouets Mattel ont ainsi versé en 2015 sous forme de dividende payé rubis sur l’ongle à leurs actionnaires, un montant supérieur à leur profit annuel ! Et le cas n’est pas isolé puisqu’il concerne plus de 40 des 500 plus grosses entreprises américaines…

blog342_dessincaterpillarBien évidemment, l’opération n’est pas indolore car les montants en cause sont faramineux même si cela ne représente souvent que quelques euros par action. C’est ainsi que la firme pétrolière Shell a été amenée à réduire de 2 milliards de dollars ses projets d’investissements et de 3 milliards ses coûts d’exploitation afin de servir en priorité l’appétit de ses actionnaires, tandis que son concurrent ExxonMobil baissait d’un quart le montant de ses investissements en 2016 après l’avoir déjà diminué de 20 % en 2015. Quant au fabricant d’engins de chantier Caterpillar, il a procédé en juin 2015 à une augmentation de 10 % du montant des dividendes versés à ses actionnaires avant d’annoncer trois mois plus tard la supression de 10 000 emplois, soit 9 % de ses effectifs totaux.

Il faut bien en effet trouver quelque part l’argent pour rémunérer les actionnaires et forcément on coupe en priorité dans les investissements et dans les salaires (du personnel, pas des dirigeants).

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

En France, où le grand patronat se plaint en permanence de la crise de liquidité et de l’étranglement des charges sociales qui ne lui permettent pas d’investir pour développer son appareil industriel, cette course aux dividendes prend des proportions tout à fait étonnantes. Le dernier rapport du gestionnaire d’actifs Henderson Global Investors qui porte sur le second trimestre 2016 est éloquent à cet égard. Après les États-Unis et les Pays-Bas, « les dividendes français ont enregistré la troisième hausse la plus rapide au monde, en augmentation de 11,2%, et tous les secteurs ont réalisé de bons résultats ».

C’est bien simple, la France est devenue le plus gros payeur de dividende d’Europe, hors Royaume-Uni puisque désormais les analystes financiers considèrent ce pays comme extra-européen… Toujours selon les experts d’Henderson, « les dividendes totaux français ont atteint 40 milliards de dollars US, en hausse de 13,9 % », avec une pensée toute particulière pour les gros pourvoyeurs de dividendes que sont Total (malgré la baisse des cours du pétrole et la fermeture de ses raffineries…) et Saint-Gobain, mais aussi des grands groupes bancaires qui, à l’image de la Société Générale, de BNP-Paribas ou du Crédit Agricole ont augmenté leurs distributions de dividendes de 50 à 70 % ! Voilà qui confirme que la crise financière et celle des liquidités est loin derrière nous, au moins pour ce qui concerne les actionnaires…

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Pour l’année 2015, c’est ainsi un total de 35 milliards d’euros que les sociétés françaises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires sous forme de dividendes, soit presque autant que le fameux montant de 40 milliards d’exonération de charges consenti par le budget de la Nation pour leur venir en aide sous forme d’allègement de cotisations sociales. Une baisse sensible néanmoins par rapport à l’année 2014 pour laquelle les actionnaires du CAC 40 avaient quand même perçu pour près de 46 milliards d’euros de dividendes versés en cash, grâce, il est vrai, à deux opérations exceptionnelles liées d’une part à la sortie partielle de Nestlé du capital de L’Oréal et, d’autre part, à une distribution d’actions Hermès par LVMH. Si l’on excepte ces opérations exceptionnelles, la hausse est de 11,2 % d’une année sur l’autre.

Le pire c’est que ces dividendes versés par les grandes sociétés françaises sert pour l’essentiel à rémunérer des investisseurs étrangers. L’actionariat du CAC 40 est en effet à 45 % étranger, constitué principalement de fonds de pension anglo-saxons et de fonds souverains du Moyen-Orient et de Chine. Certes, le patronat tempère cette analyse en rappelant qu’une partie de cet argent a été gagné en dehors de nos frontières et qu’il est donc normal qu’il y retourne, à l’instar de Danone par exemple, qui ne réalise que 10 % de son chiffre d’affaires en France. On peut quand même s’interroger sur l’intérêt à long terme d’un tel dispositif pour l’avenir de l’économie française…

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Les actionnaires sont donc à la fête. Mais est-ce bien raisonnable ? Pour la même année 2015 en effet, le bénéfice cumulé dégagé par ces mêmes entreprises du CAC 40 s’élève à 55,21 milliards d’euros, en baisse de 12,8 % par rapport à 2014. Certes, ces moins bons résultats sont surtout dus aux lourdes pertes enregistrées par Engie (ex GDF-Suez) ou encore Arcelor Mittal (pour ce qui est des banques, rassurez-vous, tout va pour le mieux…).

Du coup, la part du bénéfice reversée sous forme de dividendes atteint des proportions importantes, largement supérieures à 80 % pour la plupart de ces sociétés, et ceci au détriment des montants consacrés à l’investissement en vue de moderniser l’outil de travail et le rendre plus compétitif à l’avenir. Hors banques et assurances, l’investissement total des sociétés du CAC 40 a été ainsi de 83 milliards d’euros en 2014, contre 86 milliards en 2013 et 92 milliards en 2012 : une baisse constante qui augure mal de l’avenir de nos principales entreprises…

Ce décalage est d’autant plus choquant que, dans le même temps, les salaires stagnent. En un an, le SMIG n’a augmenté que de 0,5 % et la croissance en France a été proche de 0. En économie comme ailleurs, il n’y a pas de miracle et il faut bien prendre d’un côté ce que l’on donne de l’autre. Si le groupe Total maintient en 2015 ses versement de dividendes au même niveau qu’en 2014 (5,7 milliards d’euros toute de même!) alors que son résultat est en baisse de 18 %, il faudra compenser cette générosité en baissant de 17 % les investissements et en supprimant encore 2000 emplois dans le monde. Même chose pour Sanofi qui a déjà supprimé plus de 5 000 emplois depuis 2008 et prévoit une nouvelle charrette de 600 suppressions de poste sur 3 ans, tout en reversant cette année encore à ses actionnaires plus de la moité de ses bénéfices, soit la coquette somme de 3,8 milliards d’euros.

L’économiste Keynes estimait déjà en son temps qu’il faudrait « euthanasier les actionnaires ». Peut-on vraiment lui donner tort quand on voit à quels excès conduit le fonctionnement des systèmes boursiers acuels ?

L.V.  LutinVert1Small

Industrie automobile : les voitures ne se cachent plus pour mourir…

11 juin 2016

Décidément, certains canulars ont la vie dure ! Sans doute parce qu’ils sont tellement vraisemblables qu’on finit par y croire vraiment… Voilà que circulent de nouveau des messages qui véhiculent une information datant de deux ans et qui à l’époque avait déjà fait du buzz mais qui relèvent néanmoins plus du fantasme et de l’intoxication que de l’information objective, même si le sujet soulève de bien légitimes interrogations quant aux excès de notre société de consommation…Blog312_PhParkingVert

C’est un blog américain Zero Hedge, spécialisé dans le traitement des circuits financiers, qui avait lancé la pseudo information en mai 2014, très vite (trop vite peut-être) reprise et traduite en français sur le site Réseau international. Photos aériennes à l’appui, montrant d’immenses parkings en plein air où sont parquées des millions de voitures neuves, l’auteur affirme que les constructeurs automobiles à travers la planète, confrontés à la crise économique et au déclin des ventes de véhicules, stockent leur production d’invendus tout en continuant à produire pour faire tourner leurs usines comme si de rien n’était.

Ces immenses parkings repérés en de multiples lieux de la planète, au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne et même près de Saint-Petersburg en Russie, seraient la preuve que l’industrie automobile serait devenue incapable d’écouler sa production mais préférerait la stocker dans d’immenses cimetières en plein air, laissant les voitures rouiller inexorablement plutôt que de baisser leur prix de vente. La morale est évidente : le capitalisme est devenu fou et la logique productiviste poussée à son paroxysme n’est plus sous contrôle…

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Une telle appréciation ne manque certes pas de crédibilité venant d’un milieu qui défraie régulièrement la chronique avec les augmentations de salaire délirantes que s’octroient les grands patrons du secteur, de Carlos Ghôn (PDG de Renault, 9ème patron le mieux payé de la planète avec plus de 3 millions d’euros en 2014) à Carlos Tavares (PDG de PSA qui vient tout juste de doubler son salaire sous les applaudissements du MEDEF, avec une rémunération globale qui a dépassé 5 millions d’euros pour l’année 2015).

Stockage de voitures neuves en Espagne

Stockage de voitures neuves en Espagne

Il n’en reste pas moins que cette interprétation de ces vastes « cimetières où vont mourir les voitures invendues » est pour le moins erronée même si elle repose comme toujours sur une part de réalité. La plupart des photos aériennes accessibles en 2014 via Google Earth datait encore des années 2008-2009, période au cours de laquelle les courbes de vente des véhicules neufs avait effectivement subi un sérieux coup d’arrêt suite à la crise économique mondiale. Des constructeurs comme Chrysler ou Land Rover ont effectivement dû stocker, parfois sur des périodes de 2 voire 3 ans, des milliers de véhicules neufs trouvant difficilement preneurs.

Véhicules neufs entreposés sur une piste d'aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Véhicules neufs entreposés sur une piste d’aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Mais in fine, ces voitures ont bel et bien été vendues, même si parfois cela s’est fait par des circuits parallèles à des prix bradés. Et l’on peut faire confiance aux stratèges de l’industrie automobile mondialisée pour ajuster au plus près leurs cadences de production afin de limiter autant que possible leur stock qui coûte cher, ainsi que tout manager l’apprend dans les écoles de commerce… De plus en plus et grâce à la robotisation des unités de production, la construction d’une voiture ne débute qu’à partir du moment où elle est commandée, précisément dans le but de limiter ces coûts de stockage !

Il n’en reste pas moins que les véhicules sortant des chaînes et destinés parfois à un marché plus ou moins lointain doivent être parqués, souvent à proximité des plateformes logistiques et des installations portuaires et bien évidemment à ciel ouvert pour en limiter le coût, le temps d’organiser leur acheminement. Ce sont ces aires de stockage qui apparaissent sur les photos illustrant l’article publié dans Zero Hedge.

Blog312_PhVoituresNeuves

Une source relayée par France Info faisait état en 2014 de 9 millions de véhicules neufs en stock à l’échelle mondiale. Ce chiffre paraît même sous-évalué si l’on en croit les données diffusées par Auto Plus dans un article datant de fin 2013 et qui indiquait que ce stock pour la seule Europe s’approchait des 5 millions après avoir atteint le chiffre record de 5,5 millions de véhicules au plus fort de la crise de 2008.

Depuis cette date, le marché de l’automobile est bien reparti avec, pour la France, 2,3 millions de voitures neuves vendues annuellement et une hausse de 13 % des ventes au cours de l’année 2015. Dans le même temps ont été vendues en Chine 24,5 millions de véhicules neufs au cours de la seule année 2015 et 18 millions sur l’ensemble des pays européens : manifestement la culture de la bagnole a encore de beaux jours devant elle malgré le réchauffement climatique de la planète…

L.V.  LutinVertPetit

EuropaCity, le nouveau délire d’Auchan !

26 mai 2016

Nous avions déjà évoqué ici le projet quelque peu délirant imaginé sur le site des Gargues à Aubagne et porté par Immochan, la filiale immobilière du champion de la grande distribution Auchan, aux mains de la famille Mulliez qui détient une des plus grosses fortunes de France. A force d’engranger des profits il faut bien investir un peu pour arriver à dépenser des sommes d’argent aussi colossales !

Alors, Immochan ne recule devant rien et est en train de concevoir en région parisienne un projet encore mille fois plus ambitieux, rien moins que « le plus important projet d’aménagement culturel et commercial en Europe ». Dans la famille Mulliez, on est discret mais pas forcément modeste…

Blog306_PhExterieur

Le projet en question est un chantier tout simplement pharaonique pour lequel l’enquête publique vient d’être lancée. Il consiste ni plus ni moins à bâtir une nouvelle ville (une « living city » en bon français) totalement artificielle au nord de Paris en lieu et place des dernières terres agricoles du Val d’Oise, dans un secteur impropre à la construction d’habitat car survolé chaque jour par 1500 avions atterrissant et décollant sur les pistes de Roissy. Ce sera donc une ville sans logement, « le nouveau quartier de loisir du Grand Paris », entièrement dédiée au commerce et au plaisir pour satisfaire le nouveau consommateur « à la recherche d’un acte d’achat intégrant une dimension de plaisir ».

Blog306_VueEnsemble

Et pour cela, Immochan voit grand : sur une superficie totale de 80 hectares, il est prévu 230 000 m² de commerces, 2 700 chambres d’hôtel, 20 000 m² de restaurants, 50 000 m² d’espaces dits culturels avec une scène circulaire géante, un parc aquatique de 2 hectares avec vague de surf et, pendant qu’on y est, une piste de ski artificiel (pardon, un « snowpark » dédié aux « freestylers »). Avec de tels atouts, l’affluence sera forcément au rendez-vous et il est donc attendu pas moins de 30 millions de visiteurs par an dont 6 millions de touristes : deux fois plus qu’à Dysneyland et trois fois plus qu’au Louvre ! La Joconde n’a qu’à bien se tenir car il paraît quand même plus fun d’aller faire du ski dans une bulle artificielle implantée au milieu des champs de betteraves du triangle de Gonesse, coincée entre l’autoroute A1 et les pistes de Roissy…

Blog306_PhPiscine

Certains esprits chagrins s’étonnent naturellement qu’on puisse encore imaginer de tels projets qui se traduiront par la bétonnisation des dernières terres fertiles encore cultivées aux portes de Paris. Alors que l’Ile de France est déjà obligée d’importer 90 % de sa consommation agricole et à l’heure où les députés viennent de voter à l’unanimité l’obligation pour les cantines scolaires de servir au moins 40 % de produits locaux, on peine à distinguer la justification d’un tel projet. Imaginer une telle concentration d’espaces climatisés de loisir qui draineront 60 millions de déplacements annuels dans un secteur déjà bien engorgé ne paraît pas non plus très cohérent avec les engagements pris à 2 km seulement de là, dans l’enceinte du Bourget, lors de la COP 21, comme l’a judicieusement rappelé Eric Conan dans Marianne !

A croire en fait que le groupe Auchan a fait tourner la tête de tous nos décideurs politiques, avec bien entendu l’argument massue de créer 12 000 emplois sur le site (soit autant de déplacements quotidiens supplémentaires puisqu’il ne sera pas possible de loger à proximité…). Tous sans exeption semblent séduits par le projet, y compris Laurent Fabius, l’ex grand prêtre de la COP 21, qui salue « un projet majeur qui structurera notre territoire ».

Même le sociologue Jean Viard, pourtant habituellement plus perspicace, s’est laissé embarquer dans l’aventure, n’hésitant pas à apporter sa caution morale au travers de sa participation au « Comité d’orientation scientifique » et déclarant avec emphase : « EuropaCity constitue un remarquable laboratoire de réponses possibles à des évolutions sociales majeures ». On ne saurait mieux dire…

Blog306_PhScene

En tout cas, Immochan ne lésine pas sur les moyens et l’affaire est rondement menée. Alors que les premières esquisses ont été présentées début 2012 seulement au comité de pilotage, le projet a reçu dès février 2012 le label du Grand Paris et il est d’ores et déjà prévu, alors même que débute seulement l’enquête publique, la construction d’une gare spécifique pour permettre de désservir le projet via le futur Grand Paris Express. Le cabinet d’architecte retenu travaille déjà sur le projet depuis 2013 et Immochan vient de s’adjoindre les services du puissant groupe chinois Dalian Wanda, heureux nouveau propriétaire des studios Legendary Pictures, qui participera au financement du projet et « apportera son expertise et son savoir-faire, en termes de loisirs, d’hôtellerie et de divertissement ».

Blog306_PhCoursives

Les premiers travaux sont prévus dès 2019 pour une ouverture programmée en 2024, et on ne voit pas bien ce qui pourrait freiner la réalisation d’un tel projet puisque tous les élus locaux, de droite comme de gauche, et même le Préfet de Région, sont le petit doigt sur la couture du pantalon prêt à accepter les moindres desiderata de l’investisseur privé qui mène la danse selon son bon plaisir. Certes, le groupe Auchan s’est vu décerner en 2012 le prix Pinnocchio dans la catégorie « plus vert que vert » destinée à récompenser les sommets de duplicité auxquels se livre le groupe Auchan pour justifier son projet. Mais un moment de honte est vite passé et l’horizon semble désormais bien dégagé pour ce « nouveau temple du consumérisme alors que la région est déjà saturée d’hypermarchés » comme l’a décrit le Canard Enchaîné…

L.V.  LutinVertPetit

Gendarmerie de Carnoux : le Major qui voudrait être Général…

16 mai 2016

Le Major Jean-Daniel Sarkissian, inénarrable responsable depuis des années de la brigade de gendarmerie de Carnoux-en-Provence, adore communiquer. Il inonde de courriels les voisins vigilants de son secteur à partir de sa boite professionnelle du Ministère de l’Intérieur. Ses messages sont toujours écrits dans une syntaxe un peu approximative mais font preuve d’un humour potache à se rouler par terre, au point qu’on se demande comment on arrivait à se distraire avant son arrivée à Carnoux, à l’époque pas si lointaine où les militaires français étaient tenus à un certain droit de réserve et où l’Armée était surnommée « La Grande Muette ».

Le Major Sarkissian (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian (photo © La Provence)

Heureusement, le Major Sarkissian a su surmonter ses inhibitions et n’hésite pas à faire part directement à la population locale qui l’adore, ses pensées les plus intimes y compris son souhait de monter en grade. La tactique du gendarme est habile : à force d’inonder toute la ville et au-delà avec ses messages à répétition, nul doute qu’ils devraient arriver aux oreilles attentives de ses supérieurs hiérarchiques. Le message en question a été inséré dans le dernier courriel en date, diffusé le vendredi 13 mai à 12h42 (à première vue, l’heure importe peu, mais sait-on jamais : le Major tient à la ponctualité et ne répétera jamais assez que dans son métier tout peut se jouer à la minute). Petit extrait de ces paroles mémorables :

« Il faut se dire que la communauté des gens qui volent tiennent un guide des communes bien surveillées et il faut que nous restions avec 4 étoiles – donc on compte sur vous pour acquérir la 5ème étoile – cela équivaut pour le Major au passage au Grade de Lieutenant directement avec une paye de Général. A ce moment là je vous offrirai à boire (De l’eau de CARNOUX EN PROVENCE ). iL FAUT QUE JE PENSE À LA LUTTE CONTRE L’INSÉCURITÉ ROUTIÈRE. Je compte sur vous les référents, adhérents sur l’importance de diffuser ce message de vigilance ».

L'oeil était sur la plaque et regardait Carnoux…

L’oeil était sur la plaque et regardait Carnoux…

Pour qui ne connaît pas le contexte, on pourrait penser à première vue que le Major cherche simplement à se pousser du col et à monter en grade, voire aspire à être davantage récompensé de son zèle incontestable par une rémunération plus en rapport avec son efficacité redoutable qui a fait de la commune de Carnoux-en-Provence le summum de ce qui existe en matière de sécurité urbaine, la ville la plus surveillée de France grâce à la mise en place d’un système de délation tel que l’espérance de vie d’un délinquant ou d’un simple suspect y est quasiment réduite à néant.

Le major l’explique d’ailleurs lui-même avec toute la pédagogie qui le caractérise, dans son même message :

« ce matin la Police Municipal de ROQUEFORT LA BEDOULE nous contacte pour nous signaler qu’elle a envoyé une patrouille sur le quartier la Cardeline car un riverain a constaté la présence d’un individu qui s’exprimait pas trop bien et qui cherchait une personne – Ce témoin signale que cela s’est produit il y a 30 mn – Il s’agit d’un quartier qui est placé sous panneau  » VOISINS VIGILANTS » avec une majorité de riverains qui arborent sur le devant de leur maison la mention d’appartenance à ce dispositif.

Pour ceux qui ont des soucis avec ce dispositif et qui déforment son utilisation à des fins personnelles je fais un rappel – Mettre une affiche « VOISINS VIGILANTS » c’est envoyer un message à des personnes qui rentreraient dans un quartier que sa durée de vie dans ce quartier est de 5 minutes ».

La brigade de gendarmerie de Carnoux (photo © La Provence)

La brigade de gendarmerie de Carnoux (photo © La Provence)

Le hic cependant c’est que certains habitants ont encore un peu de mal à appliquer les consignes du Major, ce qui a tendance à l’agacer quelque peu – c’est toujours le problème avec ces foutus civils qui réfléchissent trop au lieu d’agir… Alors, le Major répète encore une fois la leçon pour que chacun acquière les bons réflexes et appelle illico la gendarmerie dès qu’il aperçoit le moindre inconnu dans sa rue :

« Si on contacte les forces de police 30mn après – cela ne sert à rien car ces individus passent par les pistes – longent les propriétés et ils ont 10 mn pour sonner aux portails – pénétrer à l’intérieur et cambrioler – dans l’attente que nos politiques nous mettent à disposition des drones nous permettant de lancer une surveillance par les airs des quartiers on demande à la population de nous alerter à l’instant même pour nous permettre d’être réactif et de montrer aux personnes qui ont de mauvaises idées qu’ils ont intérêt à aller voir sur d’autres communes si l’air n’est pas meilleur.

je demande aux référents des quartiers de sensibiliser de nouveau les habitants sur l’importance de cet appel rapide – Quand cela est bien fait comme mardi à CARNOUX nous sommes efficaces quand à 2 reprises on l’apprend 30 mn après on ne peut pas être trop content ».

Le Major Sarkissian en mairie de Roquefort La Bédoule en novembre 2014 (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian en mairie de Roquefort La Bédoule en novembre 2014 (photo © La Provence)

On comprend bien toute la frustration du Major de constater que certains habitants qui se disent pourtant vigilants en sont encore à hésiter avant de décrocher leur téléphone pour dénoncer le passage d’un individu suspect, surtout un peu basané ou, pire, osent encore laisser leur portail ouvert en pleine journée. Un véritable geste pousse au crime et qui laisse le major totalement désemparé.

Sans même parler de ceux qui lui font encore l’affront de quitter leur domicile sans avertir la gendarmerie que leur maison est vide et qu’il convient donc de la surveiller. Là c’est vraiment trop et le Major l’exprime sans détour : « A ce moment là je ne suis pas content et je le fais savoir ». On n’aimerait pas être à la place de ce voisin soi-disant vigilant qui a commis un tel manquement à la plus élémentaire des règles de sécurité !Blog58_Ph1

Car, en attendant les drones qui ne devraient pas tarder à survoler notre commune pour compléter l’action des caméras de vidéo-surveillance déjà largement déployées dans notre espace public, n’oublions-pas que la Gendarmerie nationale a d’abord et avant tout un rôle d’éducation. Et le Major Sarkissian, en visionnaire avisé, a déjà prévu toutes les éventualités, y compris celle que les plus hautes autorités du pays l’appellent à exercer ses talents sur des tâches d’une autre envergure (dès qu’il sera nommé lieutenant avec une paye de général, ce qui ne devrait guère tarder).

Le Major Sarkissian et ses équipes avec les maires de Carnoux et La Bédoule (photo © La Provence)

Le Major Sarkissian et ses équipes avec les maires de Carnoux et La Bédoule (photo © La Provence)

C’est pour parer à une telle éventualité qu’il s’efforce de mettre les bouchées doubles pour former les citoyens vigilants destinés à prendre la relève, ainsi qu’il l’explique lui-même : « Si demain dans un cadre de restructuration – d’économies – de regroupement de moyens on venait à vous enlever les gendarmes à CARNOUX A PROVENCE vous puissiez être prêts à repousser la délinquance par des moyens humains de vigilance. C’est important d’en prendre conscience et de faire en sorte de protéger ses biens et celui du voisin ».

Chacun à Carnoux bien entendu tremble que la commune puisse un jour vivre sans l’ombre tutélaire du Major Sarkissian. Faudra t-il alors pour se défendre contre le crime organisé qui rôde à nos portes mettre sur pied une véritable milice de citoyens prêts à tout pour se défendre contre toute intrusion étrangère ? En matière d’organisation de la sécurité publique, on pensait avoir quelque peu dépassé le stade du Far West mais ce n’est manifestement pas le cas de tout le monde dans les rangs de la Gendarmerie nationale…

L.V.  LutinVertPetit

Israël : modèle ou repoussoir ?

14 mai 2016

Depuis les récents attentats de djihadistes en Europe, nombre de nos élus politiques se précipitent en Israël considéré comme un modèle de lutte anti-terroriste qui a su instaurer un régime particulièrement efficace de surveillance et de repression qui permet de contrer les menaces des militants islamistes en tout genre. « Il faut terroriser les terroristes » avait déjà théorisé l’inénarrable Charles Pasqua et c’est cette recette que nos responsables politiques viennent chercher auprès des forces de sécurité israéliennes, de la même manière que les militaires américains empétrés dans la guerre du Vietnam ou plus tard les régimes militaires dictatoriaux d’Argentine ou du Chili des années 1970 venaient s’enquérir auprès de l’armée française des méthodes de torture et de terreur mises en place lors de la bataille d’Alger.

Arrestations musclées à Jérusalem (crédit photo AFP)

Arrestations musclées à Jérusalem (crédit photo AFP)

L’expertise semble avoir changé de camp et Israël est devenu aux yeux du monde occidental le modèle abouti qui permet de contenir la violence plutôt que d’en limiter les causes par une action politique, sociale ou diplomatique. On a vu ainsi le maire de Nice, Christian Estrosi déclarer lors d’un déplacement en Israël le 16 juin 2014 : «  Je suis fier d’être un ami d’Israël. A peine arrivé sur la Terre d’Israël, je souhaite m’exprimer afin de marquer mon engagement dans la lutte contre l’anti-judaïsme, qui gagne partout du terrain, et contre l’odieuse campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) qui sévit au plan international ».

Christian Estrosi et le ministre israélien de la défense Moshe Ya’alon en février 2016

Christian Estrosi et le ministre israélien de la défense Moshe Ya’alon en février 2016

A peine élu à la tête de la région PACA, le même Christian Estrosi s’est aussitôt précipité en Israël pour y effectuer son premier voyage à l’international. Il y a rencontré des leaders de la sécurité ainsi que les ministres de l’Intérieur et de la Défense, avec comme objectif affiché de venir prendre des leçons en matière de lutte au quotidien contre les actions terroristes. « Être à la pointe de la lutte par le renseignement contre la cybercriminalité est un objectif majeur lorsqu’on sait que la radicalisation se fait par le biais des réseaux sociaux » a-t-il ainsi déclaré tout en estimant que : « Il est temps que la France comprenne que nous ne gagnerons pas la guerre avec les lois de la Paix ! » .

Martine Vassal à Jérusalem le 3 mai 2016 avec Reuven Rivlin, président d'Israël (photo M. Neiman / GPO)

Martine Vassal à Jérusalem le 3 mai 2016 avec Reuven Rivlin, président d’Israël (photo M. Neiman / GPO)

Depuis, la présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, s’est également empressée de réaliser son premier déplacement officiel à l’étranger justement en Israël, à Jérusalem, avec comme objectif affiché d’apprendre comment combattre le terrorisme : « la France peut tant apprendre d’Israël » s’exclamait-elle ainsi tout en s’affichant avec le président de l’État israélien, Reuven Rivlin, considéré comme un faucon du Likoud.

A croire que l’État répressif d’Israël que certains, à l’instar de Pierre Stamboul, co-président de l’Union Juive Française pour la Paix, n’hésitent pas à qualifier de lieu d’apartheid, serait un modèle pour nos démocraties occidentales… Pourtant, quand on lit certains témoignages dont celui du Français François-Xavier Gilles sur son blog Palestine.Katinfo, de retour d’un voyage en Israël, cette répression policière à outrance, venant en appui à des militants sionistes décomplexés qui poursuivent sans vergogne leur œuvre de colonisation, on se sent pour le moins mal à l’aise face à cette « horreur au quotidien ».

Evolution des territoires palestiniens depuis 1947

Evolution des territoires palestiniens depuis 1947

FX. Gilles et son groupe en visite à Al Khalil (Hébron) en avril 2016

FX. Gilles et son groupe en visite à Al Khalil (Hébron) en avril 2016

Quelques extraits de ce témoignage : « Israël avance tel un rouleau compresseur: il ne s’arrête pas; il accélère. Le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem est envahi de drapeaux israéliens au premier étage des maisons toujours plus nombreuses à être colonisées. La police et l’armée israéliennes, auxquelles s’ajoutent maintenant des milices à pied ou à moto en gilet pare balle, sont omniprésentes tout au long du trajet, pourtant musulman, de la porte de Damas au mur des lamentations. Les colons israéliens, tous plus ridicules les uns que les autres dans leurs accoutrements invraisemblables, y déambulent sans vergogne, pistolets à la ceinture pour certains ».

Contrôles au faciès par des policiers israéliens à Jérusalem Est  (crédit photo AFP)

Contrôles au faciès par des policiers israéliens à Jérusalem Est (crédit photo AFP)

Le représentant de France Palestine Solidarité décrit les arrestations arbitraires et les contrôles musclés permanents destinés à intimider, les fouilles au corps brutales en pleine rue et les commentaires désabusés des vieilles femmes qui observent ces violences policières quotidiennes : « C’est une honte, ça n’arrête pas, ils n’ont rien fait, on ne peut rien, c’est tous les jours comme ça ». Il évoque les spoliations des maisons dans Jérusalem Est qui n’a toujours pas de statut défini mais où la colonisation juive se poursuit insidieusement, avec l’aide d’intermédiaires véreux. Il décrit l’asphyxie organisée de toute l’économie palestinienne dont les produits agricoles sont bloqués tandis que les fruits et légumes israéliens inondent les marchés, les check point qui changent sans arrêt et dont le seul but semble être de rendre la vie impossible aux résidents palestiniens.

« Si les fruits et légumes ne passent pas, les palestiniens des territoires occupés comme on appelle précieusement la Cisjordanie d’à côté, et encore moins les palestiniens de Gaza, ne passent pas non plus. Ils leur faut un permis, délivré par l’autorité israélienne, pour se rendre à Jérusalem. Une fois l’an et encore, pas pour tout le monde. Certains n’y sont jamais allés.

Check point de Qalandia entre Ramallah et Jérusalem

Check point de Qalandia entre Ramallah et Jérusalem

Maram, une jeune femme palestinienne de 24 ans, enceinte et mère de deux enfants, en avait obtenu un de ces laisser-passer, pour la première fois de sa vie. Le mercredi 27 avril, venant de son village de Beit Surik voisin, elle s’est avancée au check-point de Qalandiya en empruntant innocemment l’accès réservé aux voitures ; elle ne comprenait pas l’hébreu, langue dans laquelle les soldats lui ordonnaient de loin de rebrousser chemin. Les soldats l’ont assassinée. Son frère Ibrahim, 16 ans, qui l’accompagnait et qui a tenté de lui porter secours a été abattu lui aussi.

Nous sommes passés au check-point une heure plus tard, en revenant de Ramallah. Deux reporters de télévision étaient présents. C’était bourré de jeeps et de militaires. Obligés de changer de bus, nous avons demandé à des palestiniens présents sur les lieux ce qu’il se passait. « Deux palestiniens ont été tués; l’un tentait de passer le check-point alors qu’il n’avait pas d’autorisation (par le mauvais accès); l’autre a tenté de l’aider ». Les voitures continuent d’avancer au pas, les passagers présentent leurs papiers aux soldats surarmés; comme d’habitude à Qalandiya, un long fleuve tranquille… »

Point de passage de Qalandia après la mort de deux Palestiniens, le 27 avril 2016 (photo A. Gharabli  / AFP)

Point de passage de Qalandia après la mort de deux Palestiniens, le 27 avril 2016 (photo A. Gharabli / AFP)

Le communiqué officiel précisera : « Les policiers israéliens ont tué mercredi matin deux Palestiniens qui s’approchaient d’eux armés de couteau et ont refusé de s’arrêter malgré des injonctions répétées au point de passage de Qalandiya entre Jérusalem et la Cisjordanie occupée ». Mais de nombreux témoignages de passants, repris notamment par Le Parisien, confirment bien qu’il s’agit d’une simple méprise et que les couteaux retrouvés près des corps ont été déposés après coup par les soldats israéliens pour masquer leur bévue. Des dérives pour le moins inquiétantes dans une démocratie modèle !

A l’issue de ce témoignage, François-Xavier Gilles évoque aussi ce mur de séparation en béton construit pour protéger les colonies israéliennes et que certains ont baptisé le mur de la honte. De nombreuses fresques ont été peintes sur ce mur comme sur celui qui coupait jadis en deux la ville de Berlin, plusieurs étant l’oeuvre de l’artiste britannique anonyme Bansky.

Quelques fresques peintes par l'artiste de rue Bansky sur le mur de la honte à Bethléem

Quelques fresques peintes par l’artiste de rue Bansky sur le mur de la honte à Bethléem

F.-X. Gilles évoque en particulier un dessin peint sur le mur à Bethléem, « montrant un seul enfant d’un côté du mur tenant un cerf-volant au couleur de la Palestine et, de l’autre côté de ce mur, plusieurs enfants tenant chacun un cerf-volant aux couleurs des drapeaux des pays de l’occident – Oui, la phrase inscrite en arabe est terrible: Votre silence nous tue ».

Fresque à Bethléem : qui s'intéresse encore aux souffrances des Palestiniens ?

Fresque à Bethléem : qui s’intéresse encore aux souffrances des Palestiniens ?

Difficile en effet de ne pas se sentir interpellé par le développement de cette politique d’apartheid et par le renforcement de la violence qui ne fait que s’accroître des deux côtés du mur de séparation. L’histoire a maintes fois prouvé qu’accroître la répression aveugle dans une situation d’injustice ne pouvait que renforcer la détermination de ceux qui se sentent victimes et qui du coup se lancent dans des actions terroristes de plus en plus violentes. Il n’y a bien entendu aucun lien entre les actions djihadistes de DAECH et le conflit israélo-palestinien, raison de plus pour ne pas aller chercher en Israël des solutions inadaptées au contexte qui est le notre…

L.V.  LutinVertPetit