Archive for the ‘Société’ Category

Payer l’impôt ? Quelle drôle d’idée !

7 décembre 2017

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’impôt ? A priori, ce sacré Charlemagne n’y est pour rien et d’ailleurs, à vrai dire, on ne sait pas très bien… Mais il semblerait que la notion d’impôt, ce tribut que l’on paye à l’État pour alimenter le budget de la Nation et permettre le fonctionnement des services publics, soit une notion ancienne, instauré sous une forme ou sous une autre depuis que l’Homme vit en société. Dès l’instant où la vie en communauté fait émerger des castes spécialisées, de guerriers destinés à défendre le clan contre les razzias ennemies, ou de religieux permettant d’intercéder avec les Dieux, il faut bien subvenir à leurs besoins et l’instauration de l’impôt devient nécessaire.

Dans l’Égypte antique, les paysans étaient déjà lourdement taxés par l’impôt et dans la France du Moyen-Age, la situation de ces derniers n’est guère meilleure. A la corvée, un impôt en nature qui consiste à donner du temps de travail en échange de la protection du seigneur local, succède, surtout à partir du XIe siècle, la taille qui se paye en espèce et à laquelle s’ajoute bientôt la dîme, un autre impôt en nature payé à l’Église ou au seigneur, puis la gabelle, un impôt indirect payé sur certaines denrées de première nécessité comme les draps, le vin ou sel, sans compter bien sûr les droits d’octroi de péage ou de douane…

Le Paiement de la dîme (tableau de Pierre Bruegel le Jeune / musée des Beaux-Arts de Bruges)

Face à cette pression fiscale croissante, les gueux se révoltent, comme l’a rappelé un certain professeur Raymond Butcher, enseignant à la Harvard Business School, dans une conférence intitulée « Les révoltes fiscales, toujours ? », présentée devant le Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise et dont Médiapart s’est fait l’écho.

Le sujet ne manque pas d’intérêt car il montre à quel point le rapport à l’impôt a évolué dans la société française depuis l’Ancien Régime. Une des premières révoltes fiscales que notre pays ait connues et que fait revivre cet érudit est celle des Cabochiens en 1413. A l’époque, le Roi Charles VI qui venait de convoquer les États Généraux pour obtenir de lever de nouveaux impôts permettant de faire face au train de vie dispendieux de la cour, se heurte à une révolte populaire, menée par un certain Simon Caboche, à la tête de la toute puissante corporation des bouchers. Prélude à la Révolution de 1789, les insurgés s’emparent de la Bastille, comme avant eux, en 1382, l’avait déjà fait le Peuple de Paris à l’occasion de la révolte des Maillotins, déjà en rébellion contre un taux d’imposition jugé exorbitant.

La révolte des Nu-pieds (gravure éditée à Rouen)

Et ceci n’est que l’un des épisodes d’une longue série de révoltes populaires contre le poids jugé exorbitant des impôts. En 1637, sous le règne de Louis XIII, ce sont les Croquants du Périgord qui se soulèvent : une véritable jacquerie paysanne contre laquelle il faudra mobiliser plus de 3000 soldats pour en venir à bout. Et deux ans plus tard, ce sont les Nu-pieds de Normandie, ces ancêtres des Sans-dents, qui se révoltent à leur tour contre l’instauration de la gabelle sur le sel. Là encore, la répression est sanglante et sans pitié.

Il y aura bien d’autres révoltes populaires par la suite, contre une fiscalité jugée excessive. On pourrait même entrevoir une lointaine filiation entre ces soulèvements plus ou moins spontanés et le mouvement des Bonnets Rouges qu’a connu récemment la Bretagne pour protester, avec succès, contre l’instauration de l’écotaxe pour les poids lourds.

Manifestation violente des Bonnets Rouges devant le portique écotaxe de la RN12 (photo © Eric Rannou / Le Télégramme de Brest)

Mais la thèse que développe le professeur Butcher est quelque peu différente. Selon lui, le peuple s’est désormais résigné à payer l’impôt et n’en est plus à rassembler fourches et gourdins pour aller affronter les forces de l’ordre afin de protester contre la pression fiscale. En revanche, et toujours selon lui, « les réticents, les contestataires et les pourfendeurs de l’impôt sont aujourd’hui les actionnaires, les milliardaires, les banques, le CAC 40, les fonds d’investissement et leur partie la plus mystérieuse, les hedge funds, en français les fonds spéculatifs ».

Les Pigeons, un mouvement de défense des entrepreneurs français qui maîtrise bien sa communication… (source : Le Monde)

Certes, comme le souligne le conférencier, ces privilégiés ne se rebellent pas ouvertement contre la pression fiscale, encore que les exemples soient nombreux de mouvements de protestations de la sorte : qu’on se rappelle les fameux Pigeons, ces patrons qui avaient réussi à faire reculer le gouvernement Ayrault dans sa tentative de rééquilibrer la taxation des revenus du capital, ou encore le Rassemblement des contribuables français du poujadiste boursicoteur Nicolas Miguet dont les affiches fleurissent régulièrement dans nos rues pour hurler à la spoliation d’État.

Mais selon R. Butcher, la pratique de ceux qui refusent l’impôt est devenue plus insidieuse : plutôt que de protester contre la taxation, le plus efficace, pour ces hommes d’affaires, généralement proches du pouvoir, est plutôt d’user de leur influence et de leurs réseaux pour faire en sorte d’échapper à la pression fiscale en toute légalité.

Dessin de Deligne publié dans La Croix

Il cite pour exemple, en appui à sa démonstration, le dossier LuxLeaks, ce scandale financier dénoncé en novembre 2014 à la suite des investigations du Consortium international des journalistes d’investigation du Center for Public Integrity : des milliards d’euros de recettes fiscales évaporées grâce à des accords fiscaux conclus de gré à gré entre le gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg et plus de 300 multinationales, parmi lesquelles Apple, Amazon, Ikéa, Pepsi, mais aussi BNP Paribas, Crédit Agricole, Axa, et bien d’autres encore.

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013 et président de la Commission européenne depuis 2014, se rit de la lutte contre les paradis fiscaux… (photo © Francois Lenoir / Reuters)

Le principe de cette fraude fiscale à grande échelle était des plus simples puisqu’il reposait tout simplement sur des accords secrets passés entre l’État du Luxembourg, dont le premier ministre n’était autre que Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et des centaines de multinationales afin de faire bénéficier à ces dernières de taux d’imposition dérisoires, parfois inférieurs à 1 %. Libre ensuite à ces entreprises de gérer leur organisation interne de manière à rapatrier au Luxembourg l’essentiel de leurs recettes européennes, grâce à des jeux d’écritures, et les voilà quasiment exemptes d’imposition grâce au bon docteur Juncker qui a alors beau jeu de pointer du doigt les États en déficit budgétaire pour cause de rentrées fiscales insuffisantes…

Tout le monde peut constater l’ampleur de cette évasion fiscale massive que pratiquent les multinationales, mais aussi la timidité avec laquelle sont pointés du doigts les paradis fiscaux sans qui ne pourrait se faire ce détournement de fonds qui siphonne les rentrées fiscales des États et rend si difficile la mise en œuvre de politique publiques ambitieuses.

Dessin de Bar (source : BarActu)

L’Union européenne vient d’ailleurs tout juste de publier une nouvelle liste noire de 17 pays considérés comme paradis fiscaux parmi lesquels les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, la Corée du Sud, Panama ou encore la Tunisie et la Mongolie. Aucun pays européen ne figure sur cette liste bien évidemment, pas même l’île de Jersey et encore moins le Luxembourg, la Suisse ou l’Irlande. L’honneur est donc sauf, même si certaines mauvaises langues ont la désagréable impression qu’on se moque du monde. Même le très libéral commissaire européen à la fiscalité Pierre Moscovici considère que cette liste reste « une réponse insuffisante face à l’ampleur de l’évasion fiscale à l’échelle mondiale ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.

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Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

30 novembre 2017

« L’homme est un animal doué de raison », disait le philosophe Aristote. C’est parfois à se demander. Prenons l’affaire du glyphosate. Voilà un produit miracle, mis sous le marché en 1974 sous le doux nom de Roundup et qui a fait la fortune de la firme Monsanto, devenant en quelques années le pesticide le plus vendu au monde : pas moins de 800 000 tonnes par an dont plus de 10 000 tonnes rien qu’en France. Le brevet est tombé dans le domaine public en 2000 mais il continue à rapporter la bagatelle de 5 milliards de dollars chaque année à la firme Monsanto, désormais tombée dans l’escarcelle du géant allemand Bayer.

Les agriculteurs affiliés à la FNSEA ne jurent que par lui et considèrent qu’il est désormais impossible à l’agriculture française de se passer du glyphosate. Comme l’a affirmé Eric Thirouin, secrétaire général de la FNSEA à un journaliste du Monde, interdire l’utilisation de cet herbicide, reviendrait « à poser un boulet à l’agriculture française » et coûterait pas moins de 2 milliards d’euros à une filière nationale déjà bien mal en point. La raison d’un tel surcoût : il faudrait que les céréaliers en reviennent à la charrue et se remettent à labourer leurs terres, ce qui les obligerait « à augmenter leur consommation de gas oil et leurs émissions de CO2 ».

Un véritable scénario catastrophe qui laisse pantois. Certes, nous voilà partiellement rassurés, nos agriculteurs ne seront pas obligés d’en revenir pour autant à l’araire tirée par des bœufs, voire à la daba. Mais tout de même, de là à prétendre que le glyphosate est la meilleure arme qu’on ait trouvée pour protéger l’environnement et combattre le réchauffement climatique, voilà qui paraît un peu fort de café.

Pour labourer profond, il faut ce qu’il faut… (source : Massey-Fergusson)

On en vient même à se demander, lorsqu’on voit le nombre de tracteurs dernier cri, avec cabine insonorisée équipée de GPS, en train de tracer leurs sillons dans les plaines céréalières de la Beauce ou de la Brie, si certains ne seraient pas en train de pousser un peu loin le bouchon en voulant nous faire croire qu’on a arrêté depuis belle lurette de retourner les champs et que, grâce au glyphosate, tout la profession s’est convertie à la permaculture…

Voilà en tout cas une situation bien peu rationnelle en apparence. Alors qu’en Europe et singulièrement en France, la demande en produits issus de l’agriculture biologique explose, au point qu’on est obligé d’importer massivement pour y faire face, la majorité active (ou du moins la plus bruyante) de la profession agricole se bat pour conserver le droit d’utiliser des produits phytosanitaires dont l’effet sur les sols et sur l’environnement est catastrophique, avec pour principal argument que c’est le seul moyen pour produire à bas coût et répondre ainsi aux diktats de la grande distribution.

La filière agricole et le ministre de l’agriculture en tête, se sont ainsi bruyamment félicités de la décision honteuse prise le 27 novembre 2017 par les États membres de l’Union européenne à une large majorité de prolonger de 5 ans la licence d’exploitation du glyphosate malgré tous les risques qu’il représente non seulement pour l’environnement mais aussi pour la santé humaine puisqu’il est désormais considéré comme « cancérogène probable » suite à une étude publiée en mars 2015 par le Centre international de recherche contre le cancer qui dépend de l’OMS.

Un dessin de Deligne (source : Urtikan)

La déclassification en mars 2017 des fameux « Monsanto papers » indique d’ailleurs que la firme américaine a découvert ce pouvoir mutagène du glyphosate dès 1999 et a tout fait depuis, grâce à son réseau d’influence auprès d’experts internationaux reconnus, pour semer le doute à ce sujet et publier nombre de résultats d’études qui tendent à prouver le contraire pour renforcer sa position.

Voilà en tout cas qui montre, une fois de plus, à quel point il est difficile, sur des dossiers aussi complexes et qui comportent de tels enjeux économiques, de prendre des décisions qui seraient conformes à l’intérêt général. Difficile d’ailleurs de ne pas faire le parallèle avec le cas de l’amiante dont on connait les dangers depuis les années 1890 mais pour laquelle il a fallu attendre 1997 pour que son utilisation soit enfin interdite en France.

Monument dédié aux victimes de l’amiante à Condé-sur-Noireau

Les propriétés de ce matériau étaient telles qu’il a été massivement utilisé dans l’industrie et la construction, sous forme d’amiante-ciment, en renforcement des enrobés routiers, comme isolant thermique ou encore dans les garnitures de freins. Pendant des décennies, des générations entières d’ouvriers ont été exposées à l’inhalation de fibres d’amiante dont l’accumulation dans les poumons est la cause de cancer. Rien qu’en France, 6 500 cas de maladie professionnelle liée à l’amiante ont ainsi été reconnus pour la seule année 2005 et on considérait en 2015 que chaque année de l’ordre de 2 200 personnes développent un cancer du fait de l’amiante et que 1 700 personnes en meurent.

C’est en 1899 qu’a été constaté le premier décès imputé directement à l’amiante et en 1906 déjà un inspecteur du travail s’alarmait des nombreuses pathologies des ouvriers dans une filature de Condé-sur-Noireau, là même où en 1972 Ferrodo installera une usine de garnitures de frein dans laquelle plusieurs centaines d’ouvriers seront victimes d’exposition grave aux fibres d’amiante.

Bâtiments de l’ancienne mine d’amiante de Canari en Corse (photo © Gérard Baldocchi, Corse Matin)

Mais pendant très longtemps, les syndicats de travailleurs ont milité aux côté du lobby des entreprises de l’amiante pour lutter contre toute limitation de l’utilisation de ce produit considéré lui-aussi comme indispensable, de même que les Corses se sont battus pour conserver leur mine d’amiante à Canari ou que les élus locaux un peu partout se sont démenés pour maintenir en activité les usines Eternit comme à Port-de-Bouc où le site est désormais ornée d’un monument aux morts dédié aux victimes de l’amiante.

Travaux de désamiantage dans les locaux de l’université de Jussieu (source : EPAURIF)

Il a fallu pour que l’on cesse enfin d’utiliser ce produit nocif que l’on se rende compte que ce n’était pas seulement les professionnels qui étaient touchés mais la société toute entière. Alors qu’en 1994 six enseignants exposés à l’amiante dans un lycée de Gérarmer décèdent et qu’apparaissent les premières victimes sur le site de la faculté de Jussieu, l’inénarrable Claude Allègre, toujours aussi lucide, en est encore à railler, en 1996, « un phénomène de psychose collective ». C’est sans doute ce qu’il dirait aujourd’hui de la phobie du glyphosate, s’il avait conservé un minimum de crédibilité pour qu’on lui tende encore un micro…

En 2005, un rapport parlementaire faisait état de 35 000 morts dus à l’exposition à l’amiante en France entre 1965 et 1995 et de plusieurs milliers de décès supplémentaires attendus entre 2005 et 2030. Notons également que le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante a déjà déboursé plus de 2 milliards d’euros en une dizaine d’années et que le désamiantage de la seule université de Jussieu a déjà coûté de l’ordre de 2 milliards d’euros également. De quoi largement relativiser les arguments de la FNSEA qui voudrait nous faire croire que, pour le glyphosate comme pour d’autres dossiers, la meilleure solution est encore de foncer dans le mur en fermant les yeux…

L.V. 

Ordures ménagères : faut-il vraiment trier ses déchets ?

28 novembre 2017

Ordures ménagères dans les rues de Marseille (photo © Robert Poulain, source Destimed)

Le traitement des ordures ménagères fait partie de ces dossiers complexes que les collectivités ont bien du mal à gérer. Leur volume ne cesse d’augmenter : chaque Français jette plus d’1 kg de déchet chaque jour, soit 573 kg par an, et cette quantité a doublé au cours des 40 dernières années ! Et les solutions techniques pour les traiter sont de plus en plus coûteuses.

Le simple enfouissement des ordures pose de sérieux problèmes environnementaux et tend à disparaître, sauf pour les déchets ultimes, dans des conditions très contrôlés, d’autant que plus personne n’accepte l’ouverture d’une décharge à côté de chez lui. Mais on enfouit encore près de 30 % de nos déchets, ce qui montre à quel point le recyclage reste largement à développer.

L’incinération, qui concerne désormais de l’ordre d’un tiers du traitement des déchets, crée également de sérieuses réticences de la part du voisinage et n’est rentable que pour de gros volumes. Le coût moyen de traitement des ordures par incinération, comme cela est pratiqué pour l’agglomération marseillaise, est évalué par l’ADEME à 121 € la tonne (en 2013) mais les coûts augmentent rapidement lorsque les volumes à traiter sont faibles, du fait des charges fixes élevées. Il existe actuellement en France plus de 125 unités d’incinération, dont la plupart (moins de 70 % en réalité) valorisent l’énergie produite (en alimentant des réseaux de chaleur).

Incinérateur d’ordures ménagères à Fos-sur-Mer (photo © Pierre Ratcliffe)

En France, on estime le volume global de déchets produits annuellement à 355 millions de tonnes dont l’essentiel provient des chantiers de construction (estimé à 250 Mt) et, dans une moindre part (6Mt environ) de l’activité économique industrielle. La part des ordures ménagères proprement dite représente de l’ordre de 17 Mt, à laquelle s’ajoute à peu près autant de déchets issus des artisans et commerçants et qui sont généralement collectés en même temps, ainsi que 4 Mt produits par les collectivités elles-mêmes, soit environ 38 millions de tonnes de déchets à traiter chaque année par les collectivités.

Décharge sauvage d’ordures ménagères sur le littoral méditerranéen (source © Ecologie Nature)

Voilà qui fait un volume considérable et qui coûte très cher à la société : de l’ordre de 10 milliards d’euros chaque année (dont la motié payée directement par les ménages via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères) alors que ce montant n’était que de 3,5 milliards en 1990, à une période où les déchets étaient moins nombreux, plus facilement dégradables et surtout où l’on se contentait encore bien souvent de les entasser dans la nature dans de simples décharges, ce qui limitait les coûts à la collecte et au transport…

Une partie de ces déchets, déposés en déchetterie ou collectés en porte à porte via les poubelles jaunes peut être recyclée via différentes filières, pour l’essentiel largement subventionées car encore peu rentables économiquement. Mais près de la moitié de ce volume est constituée d’ordures ménagères et assimilées qui s’entassent dans nos poubelles grises et ne peut être facilement valorisée. Malgré toutes les campagnes de sensibilisation et d’information qui se multiplient depuis des années, le tri individuel des déchets n’est pas partout entré dans les mœurs et l’agglomération marseillaise fait partie des mauvais élèves.

On observe bien une amélioration globale du taux de recyclage qui dépasse désormais la barre des 60 % pour les emballages du programme Eco-emballage (mais plafonne encore en dessous de 45 % pour les emballages industriels…). Tous les immeubles collectifs sont loin d’être équipés pour la collecte sélective et les erreurs de tri sont telles que bien des containers collectés de la sorte s’avèrent inutilisables, d’autant que les règles de tri sont évolutives, plus complexes qu’il n’y paraît, et varient d’une collectivité à l’autre. En gros, seule une petite moitié des déchets recyclables fait l’objet d’un tri effectif à la source, via les dispositifs d’apport volontaire ou via la collecte sélective en porte à porte.

Plaquette pédagogique pour le tri des déchets, éditée par la société Eaux de Marseille

Face à ce constat, certains ont eu l’idée de mieux valoriser le tout venant issu de nos poubelles grises en procédant à leur tri de manière automatique. C’est le processus qu’a mis au point la société Vacher et qui est à l’œuvre depuis mi-2014 dans l’écopôle Altriom en Haute-Loire. A l’origine de cette initiative, un appel d’offre de la communauté d’agglomération du Puy-en-Velay, alliée avec la communauté de communes du Pays de Saugues et deux syndicats intercommunaux voisins de collecte et de traitement des ordures ménagères, celui des Monts du Forez et celui d’Emblavez-Meygal.

Ces colectivités se heurtaient depuis des années à l’impossibilité d’ouvrir un nouveau centre d’enfouissement des déchets. La solution proposée par le groupement consiste à trier les ordures ménagères en séparant de manière automatisée la matière organique d’une part (valorisée par compostage), et les emballages plastiques et métalliques ainsi que les papiers-cartons d’autre part, qui pourront ainsi être recyclés. Le reste, considéré pour l’essentiel comme combustible solide de récupération, est incinéré dans des fours de cimenteries locales, à l’exception d’une part de refus qui correspond grosso modo à 10 % du volume initial et qui, lui, doit effectivement être envoyé dans un centre d’enfouissement pour déchets ultimes. Tout le système repose sur un dispositif breveté très sophistiqué capable d’ouvrir les sacs de déchets et de traiter 20 tonnes par heure à raison de 21 heures par jour, avec plusieurs flux de valorisation, un bel outil technologique, pour un coût tout à fait compétitif puisqu’il est estimé entre 60 et 100 € la tonne !

Vue de l’usine Altriom au Puy-en-Velay (source Altriom)

Bien entendu, les concepteurs d’un tel système, pompeusement dénommé 3Wayste, le présentent comme révolutionnaire puisqu’il permettrait de valoriser 90 % des ordures ménagères entrantes alors que le système de collecte sélective en porte à porte, au Puy-en-Velay comme à Carnoux-en-Provence, ne dépasse guère les 16 %… A se demander d’ailleurs s’il est bien raisonnable de poursuivre cet effort de tri sélectif volontaire à la source auquel les Français semblent totalement rétifs quand on en voit les piètres résultats alors qu’il est en vigueur depuis des années et devrait désormais être entré dans les habitudes au vu de tous les efforts pédagogiques entrepris, y compris en milieu scolaire depuis le plus jeune âge

C’est d’ailleurs ce que préconise le directeur du centre Altriom qui envisage désormais de supprimer carrément la collecte sélective dans le centre-ville du Puy. Un choix statégique qui serait certainement vécu comme une incroyable reculade de la part de tous ceux qui se battent depuis des années pour que chaque citoyen prenne conscience qu’il doit être acteur de la gestion de son environnement et que réduire ses déchets en triant tout ce qui peut-être valorisé fait partie des gestes qui lui incombent en toute responsabilité… D’autant qu’en réalité le système revient à envoyer entre 38 et 46 % de ses flux de déchets entrants directement dans les fours de cimenterie.

Voilà en tout cas un beau débat de société en perspective !

L.V.  

Téléthon à Carnoux : Katulu ? s’engage !

26 novembre 2017

Le groupe de lecture Katulu ?, actif à Carnoux depuis maintenant une dizaine d’année, et désormais rattaché à l’association Le Cercle Progressiste Carnussien, se réunit tous les mois pour échanger autour de livres lus ou relus récemment par ses membres, dans un esprit des plus convivial. De brefs compte-rendus de ces discussions et de ces impressions de lectures sont diffusés régulièrement sur ce blog, à défaut de pouvoir être mis à disposition de ceux qui fréquentent la médiathèque municipale.

En septembre 2016, à l’occasion du Jubilé de Carnoux, Katulu ? avait organisé avec un certain succès une séance publique autour du thème de l’exil, permettant de faire découvrir ou redécouvrir cinq livres ayant trait à ce sujet douloureux.

Une belle expérience renouvelée en mars dernier avec l’invitation de Marie-France Clerc venue présenter en public son ouvrage intitulé Cinq zinnias pour mon inconnu, une « fiction où tout est vrai », quelque peu autobiographique et centrée sur l’histoire récente de l’Ukraine. Là aussi, une belle occasion d’échanger autour d’un livre et avec son auteur en toute convivialité, pour rappeler à quel point la littérature peut rapprocher et être source d’enrichissement mutuel.

A l’occasion du prochain Téléthon pour lequel la municipalité de Carnoux s’engage traditionnellement en mobilisant son très riche tissu associatif, Katulu ? et le CPC ont donc répondu présents et proposé d’organiser une nouvelle rencontre publique autour de cinq livres qui tous évoquent, d’une manière ou d’une autre la notion de tolérance et d’humanité. Cinq ouvrages très différents les uns des autres, de par leur style et leur vision, qui donnent à voir des regards divers sur la part d’humanité présente en chacun de nous…

Des Antilles au Liban, des champs de cannes à sucre à ceux de betteraves du plateau picard, des décors très différents pour des histoires singulières d’êtres humains confrontés à l’intolérance. Surmonter les traumatismes de l’enfance ou construire un rêve de fraternité autour d’une scène de théâtre dans un monde en guerre, autant d’expériences humaines qui poussent chacun à réfléchir sur le regard que nous portons sur les autres et la manière de vivre en société.

Cette séance publique de Katulu ?, ouverte à tous ceux qui le souhaitent, intitulé « Tolérance rêve ou réalité, un désir d’humanité », se tiendra le jeudi 7 décembre 2017 à 18h30 dans la salle du Clos Blancheton située en plein centre de Carnoux, derrière la mairie, en haut de la rue Tony Garnier. Amoureux des livres, curieux ou simplement citoyens s’interrogeant sur la complexité des rapports humains, venez nombreux échanger autour de ce thème avec les membres de Katulu ?,

Et le surlendemain, samedi 9 décembre, à partir de 17h, Katulu ? et le Cercle Progressiste Carnussien seront également présents sur un stand installé dans la salle du Mont Fleuri pour proposer à la vente pour des sommes modiques, des livres d’occasions au bénéfice de l’Association française contre la myopathie AFM Téléthon à qui sera reversée l’intégralité de la recette. Là aussi, n’hésitez-pas à venir nous rejoindre sur le stand et à feuilleter les nombreux ouvrages qui seront présentés. Amis des livres, à très bientôt !

L.V.  

Lidl ou l’enfer du décor !

20 novembre 2017

Elise Lucet, présentatrice de l’émission Cash investigation (source : France Télévision)

L’émission Cash Investigation, produite par l’agence de presse Premières Lignes et présentée sur France 2 depuis 2012 par la journaliste Elise Lucet, n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle. Les entreprises qui se trouvent piégées dans le feu des projecteurs y passent généralement un mauvais quart d’heure… Ce fut le cas lors de l’émission diffusée le mardi 26 septembre 2017 qui a atteint des records historiques d’audience avec pas moins de 3,8 millions de téléspectateurs ! Intitulée « Travail, ton univers impitoyable », elle dénonçait notamment les conditions de travail au sein des groupes Free et Lidl.

Chez Free, société créée en 2006 par Xavier Niel et fournisseur low cost d’accès internet, c’est son centre d’appel Mobipel, une filiale de l’opérateur basée à Colombes, près de Paris, qui était dans le viseur des journalistes d’investigation. Les licenciements s’y sont multipliés depuis un débrayage de quelques heures organisé en 2014 : l’émission en a dénombré 248, sur un site qui comptait environ 650 emplois ! Même si le numéro deux du groupe dément tout lien de cause à effet entre les deux, difficile de ne pas y voir la manifestation d’un management pour le moins expéditif…

Extrait de l’émission Cash investigation diffusée le 26 septembre 2017

D’autant que l’entreprise se distingue par un recours très fréquent au licenciement pour faute grave, donc sans versement d’indemnités ni préavis, et ceci pour des motifs « régulièrement jugés abusifs par les tribunaux de prud’hommes ». L’émission cite notamment le cas d’une responsable des ressources humaines elle-même licenciée pour faute grave, au motif qu’elle aurait eu le tort de procéder à des licenciements classiques pour « cause réelle et sérieuse », ouvrant donc droit à des paiements d’indemnités ! Une approche jugée totalement inappropriée par la Direction : depuis quand faudrait-il respecter les procédures et le droit des salariés ?

Quant au groupe de distribution alimentaire Lidl, il en prend sérieusement pour son grade dans cette émission à charge ! La société Lidl est pourtant une vénérable insitution puisque créée en 1930 par un certain Josef Schwarz sous la forme initiale d’un commerce de fruits exotiques aquel il a préféré donner le nom de son associé, Ludwig Lidl, car l’enseigne « Schwarzmarkt », qui signifie « marché noir », aurait pu prêter à confusion…

Enseigne du magasin Lidl de Carnoux-en-Provence

Depuis 1972, le groupe s’est spécialisé dans le hard-discount et possède désormais de l’ordre de 8 000 magasins répartis dans 26 pays. Implanté en France en 1988, Lidl y détient désormais plus de 1 500 points de vente, dont un à Carnoux ouvert en 2013 au Moulin des Calanques, et s’est quelque peu éloigné de son créneau du hard-discount initial, même si l’enseigne mise davantage sur les prix que sur la qualité des produits vendus pour attirer sa clientèle.

Toujours est-il que les conditions de travail pour les quelques 30 000 salariés de la société Lidl France, ne semblent guère enviables : harcèlement, pénibilité, licenciement et même suicide, bienvenue dans l’univers impitoyable du monde de la grande distribution… Une séquence en particulier a choqué les téléspectateurs : dans une conversation enregistrée entre un chef de magasin Lidl et son manager, ce dernier se met à hurler des menaces à l’attention de son subordonné : « Si je viens et que le magasin est mal tenu, je te promets que toi et moi on se verra toutes les semaines. Ça va être à feu et à sang. Je te mettrai six jours de mise à pied à longueur de temps, tu vas mourir ». Voilà qui dénote incontestablement une ambiance de saine émulation et de franche camaraderie au sein de l’entreprise…

Chez Lidl, comme dans de nombreuses autres entreprises sans doute, tout est fait pour augmenter la productivité, sans trop se préoccuper du bien-être des salariés, considérés avant tout comme des ressources jetables. On y excelle ainsi dans la polyvalence imposée aux caissières, ce qui permet d’éradiquer les temps morts et de réduire au strict minimum le personnel.

Dans les coulisses du monde du travail (source : Premières lignes)

On y a aussi développé la commande vocale qui règne en maître dans les entrepôts où une machine dicte aux préparateurs de commandes les tâches à effectuer, ce qui les transforme en robots qui s’épuisent à tenter de suivre les cadences infernales dictées par la machine. L’émission a ainsi constaté que le poids total des marchandises manipulées chaque jour par ces préparateurs de commande était proprement ahurissant, pouvant atteindre jusqu’à 8 tonnes ! De quoi générer lumbago et tassements de vertèbres à brève échéance.

Mais ce n’est pas très grave puisque le marché du travail actuel permet de licencier rapidement le personnel devenu inapte et de le remplacer par de la chair fraîche. Cash investigation a ainsi relevé que pas moins de 2196 salariés de l’enseigne ont été licenciés pour inaptitude sur les 5 dernières années alors que seuls 22 ont été recasés en interne à un poste de travail moins pénible. En parallèle, l’enseigne se vante d’avoir créé 8000 emplois en France sur cette même période, mais on comprend à quel prix…

Le ton incisif de la journaliste Elise Lucet et les révélations apportées lors de cette émission ont sans aucun doute fait du tort à l’enseigne. Les commentaires ont aussitôt fusé sur les réseaux sociaux, du style : « Un avertissement pour tentative de suicide… En gros, la prochaine fois, te rate pas, ou on te vire ». De nombreux téléspectateurs se sont souvenus de la publicité diffusée par Lidl, mettant en scène un employé d’une marque concurrente qui se rend dans un magasin Lidl et qui appelle son patron pour lui annoncer sa consternation face à la qualité et au prix des produits en vente chez Lidl. Chacun s’en est donc donné à cœur joie pour détourner cette publicité fort malvenue : « Allo patron, y a Elise Lucet chez Lidl. On est mal, patron, on est très mal… ».

Détournement de publicité sur Twitter (source : Huffington post)

Et de fait, la direction de Lidl France a manifestement accusé le coup, au point de se sentir obligée de faire paraître un communiqué de presse dès le lendemain 27 septembre, alors que des salariés d’un entrepôt du distributeur dans les Bouches-du-Rhône se mettaient en grève et que le député LREM Daniel Labaronne déposait une question écrite au gouvernement sur ce sujet ! Il fallait donc au plus vite éteindre l’incendie et la direction de Lidl s’est mobilisée en catastrophe pour tenter de rectifier le tir et rétablir auprès de ses clients une image plus présentable.

Il est bien difficile de déterminer à ce stade si ce coup de projecteur dont le distributeur se serait bien passé va affecter significativement ses ventes. Rien n’est moins sûr car, comme le soulignent nombre de spécialistes du marketing, en la matière, « c‘est la loi du porte-monnaie qui prime ». Autrement dit, le consommateur se moque bien des conditions de travail dans les entreprises, du moment qu’il a accès à des marchandises à prix abordables…

Faut-il contribuer à alimenter le système ?

Dans leur communiqué, les dirigeants de Lidl insistent sur leur souci de transparence et estiment avoir été piégés par les journalistes à qui ils ont ouvert leurs entrepôts et leurs magasins sans restriction. De son côté, un représentant syndical de la CGT juge que l’émission « dit exactement ce que l’on dénonce depuis des années, les mauvaises conditions de travail, le management ». La vérité est probablement entre les deux. Espérons en tout cas que le choc amènera responsables et salariés à approfondir le dialogue social au sein du groupe. Il semble qu’il subsiste une certaine marge de progrès dans ce sens…

L.V.    

Qui organise la pénurie de beurre ?

5 novembre 2017

Certains se souviennent peut-être encore de ce temps pas si lointain où les chambres froides de ce qui était encore la Commission économique européenne débordaient de beurre, stocké pour éviter que les cours de cette matière première ne s’effondrent. Le stockage avait commencé en 1964 afin de venir en aide aux agriculteurs européens alors en pleine surproduction et, en 1986, on avait atteint le volume incroyable de 1,28 millions de tonnes de beurre stockés dans les réserves de l’Europe.

Pour remédier à cet excédent structurel, des quotas laitiers ont fini par être instaurés en 1984 et, peu à peu, les « montagnes de beurre » ont commencé à se résorber. Il a quand même fallu près de 20 ans pour y parvenir et c’est en 2007 seulement qu’ont été écoulés les dernières 6000 tonnes de beurre encore stockés, pour l’essentiel d’origine espagnole à cette date. A l’époque, le prix du marché s’élevait à 2 400 € la tonne. Le système des quotas laitiers a été finalement abandonné en avril 2015 et depuis, c’est le marché mondial qui régit la commercialisation des produits laitiers sans aucun filet de sécurité.

Le résultat ne s’est pas fait attendre puisque dès 2016, le prix du lait payé au producteur est descendu en dessous du coût de production et le revenu moyen d’un éleveur en France aurait baissé de plus de 26 % entre 2015 et 2016 selon l’INSEE. Il ne reste déjà plus que 70 000 fermes laitières en France, un tiers d’entre elles ayant disparu au cours des 10 dernières années. Avec la fin des quotas laitiers qui fixaient des volumes plafond de production par pays, la production européenne a fortement augmenté, du fait principalement des grosses fermes industrielles du nord de l’Europe, ce qui tire les prix à la baisse et étrangle les derniers éleveurs laitiers encore en activité en France.

Manège de traite à la ferme industrielle dite des 1000 vaches, à Ducrat, près d’Abbeville dans la Somme (source © La Voix du Nord)

Et l’on apprend désormais que le beurre, qui jadis encombrait les frigos de Bruxelles, est devenue une denrée rare. Les rayons des supermarchés se vident et les boulangers industriels qui en sont de gros consommateurs (sachant qu’un croissant est composé à 50 % de beurre…) se retrouvent en chômage partiel faute de matière première. Le prix du beurre est ainsi passé en dix-huit mois de 2 500 à 6 500 € la tonne : un bond spectaculaire et qui pourrait encore se poursuivre. Mais comment a t-on bien pu en arriver là ? Le Marché aurait-il perdu la main, sa fameuse « main invisible » si chère aux économistes libéraux ?

Vache de race Prim’Holstein

On pourrait d’abord s’étonner que les cours du lait soient au plus bas alors que ceux du beurre, qui en dérivent directement n’ont jamais atteint de tels sommets. Certains invoquent des raisons techniques liées non pas à une météo qui aurait été défavorable à la production laitière comme certains le prétendent, mais qui découlent effectivement d’une politique menée depuis des années par la filière : en France, plus des deux-tiers du cheptel laitier sont constitués de Prim’Holstein, ces vaches laitières qui constituent l’essentiel des troupeaux européens et qui fournissent jusqu’à 10 000 litres de lait par tête et par an. Depuis des décennies, les chercheurs de l’INRA comme leurs collègues européens ont orienté la sélection de cette race dans le seul but de produire davantage de lait et moins de matière grasse. Or, sans matière grasse dans le lait, il est plus difficile de faire du beurre : il faut en moyenne 22 l de lait pour produire un kg de beurre, mais cela peut varier fortement sachant qu’un litre de lait contient selon les cas entre 35 et 45 g/l de matière grasse.

Couverture du Time de 2014 vantant les mérites du beurre

Or la consommation mondiale de beurre est désormais en hausse. Avec 8 kg par an et par habitant, la France se place au premier rangs des gros consommateurs, mais la demande est en train d’exploser dans d’autres pays, notamment asiatiques où l’on commence à prendre goût aux viennoiseries. Même aux USA, les diététiciens sont en train de revenir sur leur jugement très négatif concernant la consommation des corps gras en général et du beurre en particulier, ainsi que l’a rappelé le Time à sa Une en 2014.

Dans ce supermarché Cora, des rayons de beurre quasi vide (photo © Aurélien Laudy pour l’Union)

Beurre dans la baratte (source © Agrilait)

Mais la pénurie de beurre ne frappe curieusement que la France. Or la production de beurre français est plutôt en croissance, avec un volume global de 368 000 tonnes produit en 2015 contre 341 000 en 2010. Notre pays est actuellement le 6ème producteur mondial de beurre et le 2ème en Europe derrière l’Allemagne. De 2006 à 2010, la production mondiale de beurre a ainsi augmenté de 14 % et dépasse actuellement les 10 millions de tonnes, le premier producteur étant désormais l’Inde. Mais le géant de la production laitière est la Nouvelle-Zélande qui produit pas moins de 27 % du lait mondial, exporté principalement sous forme de poudre de lait. D’ailleurs, la France importe chaque année deux fois plus de beurre qu’elle n’en exporte, et sa principale source d’approvisionnement est justement la Nouvelle-Zélande.

Un dessin de Na !

En réalité, on se retrouve confrontés à deux phénomènes qui se surimposent. Le premier est un mouvement de fond, d’ampleur mondial et qui reflète une demande accrue de beurre, du fait de l’émergence de nouveaux marchés, notamment en Chine, alors même que la production de beurre a été volontairement freinée depuis des années parce que les consommateurs s’étaient orientés plutôt, pour des raisons diététiques, vers la consommation d’huiles végétales et de margarines. Ce mouvement de fond explique donc que les prix mondiaux du beurre soient en forte hausse, alors que ceux du lait n’augmentent que de manière modérée, du fait des stocks importants de poudre de lait encore disponibles, en particulier en Europe qui a en réserve plus de 350 000 tonnes, de quoi peser significativement sur les cours mondiaux.

A cela vient s’ajouter un élément conjoncturel spécifiquement français. On se souvient qu’en 2016, à l’issue d’une crise agricole comme la France en connaît régulièrement, le principal industriel du secteur, Lactalis, avait accepté de payer un peu plus cher le lait, à 290 € la tonne, ce qui lui permettait de s’aligner sur le prix des autres acteurs (Bongrain, SODIAAL ou Danone) tout en restant très en deçà des coûts réels de production que la profession agricole évalue entre 330 et 380 € la tonne selon les exploitations.

Mais en France, ce sont les 4 centrales d’achat de la grande distribution (Intermarché/Casino, Carrefour/Dia, Auchan/Système U et Leclerc) qui font la pluie et le beau temps en matière de fixation des prix des produits alimentaires. Les négociations avec les producteurs et les industriels de l’agro-alimentaire ont lieu une fois par an et la grande distribution s’y emploie à imposer à ses fournisseurs les prix les plus bas.

C’est la raison pour laquelle, le prix du beurre en grande surface n’a jusqu’à ce jour quasiment pas augmenté, contrairement à ce qu’on observe en Allemagne par exemple où le prix de la plaquette de beurre a plus que doublé. Comme vient de le reconnaître, après une semaine de tergiversations, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, la pénurie de beurre dans les rayons des magasins s’explique en réalité principalement par un nouveau bras de fer entre industriels et géants de la grande distribution.

Faute de pouvoir vendre leur beurre en France à un prix rémunérateur, les acteurs de la filière préfèrent donc l’exporter, tout simplement. Bienvenue dans le monde de la mondialisation heureuse !

L.V.  

Ecoles de Marseille : après Gaudin, le déluge…

23 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin avec le président Macron à Marseille, le 21 septembre 2017 (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP)

Frappé par la loi sur le cumul des mandats, le pagnolesque Jean-Claude Gaudin vient (enfin !) d’abandonner son poste de sénateur et les nombreux avantages associés, y compris les petits chèques qu’il touchait chaque trimestre grâce à un arrangement entre amis, histoire d’arrondir ses fins de mois. Du coup, certains se prennent à espérer que celui qui est élu de la deuxième ville de France depuis maintenant 52 ans, maire de la commune depuis 22 ans et président de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis sa création, va peut-être enfin s’occuper de la gestion de sa ville et en particulier de celle de ses écoles publiques ?

Il faut dire que certaines de celles-ci sont dans un état de délabrement avancé, pour le plus grand profit d’ailleurs de l’enseignement privé qui connaît un essor foudroyant dans la commune. Enseignants et parents d’élèves ne cessent de s’époumoner pour dénoncer depuis des années les classes non chauffées où les enfants doivent garder leur manteau tout l’hiver, celles dont les fenêtres jamais remplacées laissent passer la bise glaciale les jours de mistral et se transforment en fournaise à l’approche des beaux jours, celles dont les plafond tombent régulièrement sur la tête des élèves et fuient à chaque orage, celles dont les dallages usés libèrent allègrement leurs fibres d’amiante tandis que les fragments de laine de verre des faux-plafonds saupoudrent la tête des élèves, celles où se promènent en toute quiétude cafards, blattes et souris, celles dont les tables bancales et rapiécées obligent à toutes sortes d’acrobaties…

Pétition ouverte par Charlotte Magri sur le site Change.org suite à sa lettre ouverte

Une lettre ouverte adressée en novembre 2015 à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, par Charlotte Magri, enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille, lettre publiée intégralement par différents médias dont Marsactu et dont la lecture est édifiante, avait bien permis de secouer un peu le cocotier. Relayé notamment par le quotidien Libération qui avait publié le 1er février 2016 un article au vitriol titré « Marseille: école primaire, gestion secondaire », ce cri du cœur avait mis sous le feu des projecteurs la gestion totalement défaillante des 444 écoles primaires publiques de la commune phocéenne, et tout particulièrement de celles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Curieusement, dès le 4 février 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône recevait mission d’« évaluer les conditions de fonctionnement du service public d’éducation dans les écoles des quartiers prioritaires de la politique de la ville », évaluation devant intégrer « l’ensemble des éléments de sécurité, de salubrité, d’hygiène et de santé publique, mais aussi les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des enseignants ». Vaste programme !

Sol d’une école marseillaise (photo © Boris Horvat / AFP / Le Figaro)

En même temps, le gouvernement ne pouvait que rappeler que, selon la loi française, «  les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires : elles sont propriétaires des locaux, en charge de la construction […], des réparations, de l’équipement, et des frais de fonctionnement ». Ce qui n’empêche pas l’État de mettre à la disposition de la ville de Marseille des moyens considérables avec 330 nouveaux postes d’enseignants pour la rentrée 2016, 7 millions d’euros versés au titre des activités périscolaires, mais aussi, depuis 2014, 2,5 millions d’euros pour la rénovation des écoles dans le cadre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et 1,4 million pour les travaux d’urgence au titre de la politique de la ville.

Danièle Casanova, adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’Education (photo © Tony Selliez / Radio France)

A l’époque, Danièle Casanova, élue depuis 1995 et adjointe au maire en charge de l’Éducation affirmait que la ville avait investi en 2015 un montant total de 31,6 millions d’euros pour l’entretien des écoles et promettait pour l’exercice 2016 la mise en œuvre de 523 nouveaux chantiers pour un montant global de près de 37 millions d’euros, tout en annonçant la signature avec le Conseil départemental d’une convention de coopération de 60 millions d’euros sur trois ans, histoire de minimiser l’effort pour le contribuable marseillais.

A titre indicatif, les dépenses totales de fonctionnement de la ville de Marseille se sont élevées à 1,1 milliard d’euros pour l’année 2015 et les dépenses d’investissement à 440 millions d’euros. Force est donc de constater que l’entretien des bâtiments scolaires est bien loin d’accaparer la totalité des ressources budgétaires de la collectivité. Manifestement, la municipalité a d’autres priorités, la rénovation du stade Vélodrome qui coûtera, rappelons-le au passage, 400 millions d’euros à la ville au terme du versement des 31 annuités prévues, présente manifestement un degré de priorité nettement supérieur…

Toujours est-il que la majorité municipale a bien été obligée de chercher des solutions à une situation aussi dégradée, fruit de décennies d’inactions. Dès février 2016, Jean-Claude Gaudin annonçait la nécessité de lancer un véritable « plan Marshall » pour tenter de réagir à un état de fait qu’il avait lui-même laissé se constituer, mandature après mandature.

L’école du Parc Kalliste (15e arrondissement) prétendument mitraillée à la Kalachnikov (photo © P. N. / La Provence)

A la veille de la rentrée de septembre 2017, le maire de Marseille a bien tenté une ultime manœuvre de diversion en dénonçant tout à trac des attaques à la Kalachnikov contre deux écoles des quartiers nord de la ville et en précisant qu’une dizaine d’établissements scolaires au moins avait été vandalisées pendant les vacances, histoire de suggérer que, confrontée à de tels actes de violence, la commune était bien incapable de faire face et que toute réparation revenait à colmater la fuite du tonneau des Danaïdes.

En l’occurrence, il s’est avéré que ces propos relevaient de la pure galéjade et Jean-Claude Gaudin s’est retrouvé la risée de toute la presse nationale, Canard enchaîné en tête, une fois que les forces de l’ordre eurent rétabli la vérité : nulle trace de dégradation à l’école de Font-Vert et pas la moindre vitre brisée non plus à celle du Parc Kalliste où le maire avait juré avoir relevé pas moins de 24 impacts d’arme de guerre…

Un extrait du Canard enchaîné du 6 septembre 2017

Après cette tentative piteuse, il a bien fallu trouvé autre chose et le Conseil municipal a donc voté ce lundi 16 octobre 2017, les crédits nécessaires pour le fameux Plan Marshall des écoles. Sauf que la méthode proposée, qui s’appuie sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP, rebaptisé par certaines mauvaises langues « plan pour payer plus ») est pour le moins douteuse et rappelle furieusement le scandale du financement de la rénovation du stade Vélodrome pourtant vertement épinglé par la Chambre régionale des comptes.

Ruines du lycée Pailleron après son incendie en 1973 (photo © Georges Beutter / Paris Match / SCOOP)

Certes, l’ambition est au rendez-vous puisque le programme prévoit la destruction de 32 établissements obsolètes construits dans les années 1960 en structure métallique, à l’image du célèbre lycée parisien Edouard Pailleron dont l’incendie criminel en 1973 avait causé la mort de 20 personnes, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, ainsi que la construction de 6 établissements supplémentaires, en six ans.

Un programme qui nécessiterait d’emprunter pour couvrir le montant des travaux. Réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Marseille, le programme d’investissement coûterait à la collectivité pas moins de 950 millions d’euros, remboursement des emprunts et service de la dette compris, en intégrant également les frais d’entretien des bâtiments sur la période de l’emprunt. Mais c’est une autre voie qu’à choisie la majorité, celle du PPP qui consiste à faire financer la totalité du programme par un groupe de BTP qui se charge de la construction des nouveaux bâtiments et se rembourse ensuite largement en faisant payer un loyer à la collectivité pour l’utilisation des locaux.

Cette approche du PPP est très avantageuse pour les groupes privés de BTP qui en profitent pour faire travailler leurs propres entreprises à moindre coût, pour tirer profit des terrains libérés en centre ville afin de maximiser les droits à construire, qui chargent les coûts d’entretien facturés à la collectivité, et qui arrivent, avec la perception des loyers, à se faire rembourser jusqu’à deux fois, et parfois davantage, le montant réel de leur investissement. De fait, via la méthode du PPP et selon les propres estimations de la commune, le même programme coûtera à la collectivité au moins 100 millions supplémentaires comme cela a été annoncé en séance du Conseil municipal !

Le stade vélodrome rénové et les constructions annexes réalisées grâce aux droits à bâtir (photo © Bouygues Construction)

Dans ces conditions et sauf à soupçonner Jean-Claude Gaudin de vouloir favoriser les géants du BTP, on se demande bien pourquoi la Ville de Marseille s’engage dans une telle voie, malgré les multiples exemples de dérives constatées, toutes vertement critiquées par les différentes Chambres régionales des comptes. La réponse est malheureusement très simple : à force de laisser s’accumuler la quantité de travaux d’entretien nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du patrimoine municipal, la Ville est dans l’incapacité d’emprunter la somme nécessaire pour engager un programme de réhabilitation à la hauteur des enjeux.

Dans ces conditions et à supposer que la collectivité ne puisse dégager davantage de ressources, quitte à rogner sur d’autres postes moins prioritaires, la sagesse voudrait qu’on étale les investissement et qu’on réalise les travaux par étape en fonction de ses capacités réelles d’endettement. Mais pour un maire qui vient de fêter ses 78 ans et qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2020, la solution des PPP ne présente que des avantages : bien sûr elle coûtera plus cher à la collectivité et bloquera pour longtemps toute capacité future d’investissement, mais elle permet d’inaugurer rapidement des chantiers tout en permettant de remplir les poches des entreprises privées amies. Et tant pis pour les générations futures qui auront à payer lourdement et longtemps les impérities de ce maire désinvolte…

L.V.  

Cancale : un accueil contre vents et marées

5 octobre 2017

Cancale, paisible cité côtière bretonne de 5 400 habitants, vient de vivre une expérience très forte et passablement déstabilisante en accueillant par deux fois des groupes de réfugiés. En 2015, son maire, Pierre Yves Mahieu, LR tendance gaulliste, exprime son accord pour héberger une famille de réfugiés dans sa commune. Le projet avorte mais quelques mois plus tard, en janvier 2016, ce sont les services de l’État qui le sollicitent pour mettre en place, dans les locaux d’un ancien hôpital gériatrique en cours de désaffection, un CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation pour migrants) destiné à héberger des migrants de Calais.

Pierre-Yves Mahieu, maire de Cancale, avec un réfugié soudanais (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Le maire prend une semaine pour réfléchir seul, lister les arguments pour ou contre, ce qui, dans un premier temps, l’amène à refuser. Une discussion avec le préfet finit cependant par le convaincre d’accepter, mais il pose ses conditions, réclame des garanties de la part de l’État et exige que les migrants « auront quitté Cancale avant la fin du mois de juin, avant la période touristique », ainsi qu’il l’expose auprès des reporters de Breizh-info.

Il va alors partager l’idée du projet autour de lui, en commençant par ses adjoints et les responsables communaux de la sécurité et des services sociaux. Chacun est invité à mettre sur la table toutes les questions susceptibles de bloquer la réalisation de l’accueil. Aucune inquiétude ou peur ne doit rester sans réponse face à l’arrivée de ces migrants. Puisque Cancale est un port, comment sécuriser les 700 bateaux qui mouillent dans le port ? Les migrants voulaient aller en Angleterre, ne vont-ils pas s’emparer d’un bateau pour atteindre les îles anglaises les plus proches de la France, Jersey ou Guernesey ?  S’il y a des enfants parmi les migrants ne vont-ils pas ralentir la progression des petits Français à l’école ?

Des réfugiés soudanais découvrent les rues de Cancale, le 25 octobre 2016 (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

La discussion entre élus municipaux est vive et nécessite une réunion spécifique à huis clos en présence du Préfet de région. Enfin une réunion publique est organisée qui rassemble plus de 300 personnes et au cours de laquelle s’expriment de très violentes oppositions de la part d’une partie des habitants. La population considère que cette solution lui est imposée et menace ouvertement de sanctionner politiquement les élus s’ils l’acceptent.

Les discours de rejet se font violents : « L’invasion continue, avec l’accord de la droite. Ils sont en train d’étaler le problème, mais ça n’est pas une solution, il en arrive tous les jours. Il faut tout bloquer et aider la Hongrie et les pays de l’Est ! On a rien contre ces gens, mais on ne veut ni vivre avec eux, ni partager notre ville ou notre pays. Les frontières, ça sert à quelque chose bon sang ! On a rien demandé. Le droit d’asile, c’est l’excuse désormais pour ouvrir les frontières à tout le monde. Où sont les déboutés ? Où sont les charters de recalés ? Il n’y en a pas ». On annonce des soulèvements populaires : « ça va péter. Les gens en ont ras le bol, et pas que de l’immigration. Le grand coup de balai est pour bientôt, il faut simplement que les gens arrêtent d’obéir et d’avaler la soupe qu’on leur sert au journal de 20 h ».

Premières rencontres dans les rues de Cancale (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Heureusement, certains sont plus mesurés, des personnes âgées en particulier qui y voient « de l’ouverture », et une « solidarité nécessaire pour bien vivre ensemble ».

Un contrat est finalement signé avec la Préfecture et l’opération est gérée via un budget distinct pour ne pas amputer le budget du service social de la commune. Un comité d’accueil se constitue, pour favoriser l’hébergement dans le respect de la dignité humaine, animé par l’association Coallia, qui devient l’interlocuteur de la directrice du Centre. Deux médecins bénévoles interviennent dans le cadre du suivi médical des migrants. Plus d’une cinquantaine de bénévoles assurent l’alphabétisation et l’apprentissage du français, ainsi que la gestion d’un vestiaire pour habiller les migrants, mais aussi l’accueil dans les associations sportives de la ville.

Ce sont ainsi 25 migrants qui sont accueillis à Cancale jusqu’en juillet 2016, puis de nouveau un groupe de 60 migrants d’octobre 2016 à mars 2017, originaires pour la plupart de pays en guerre, principalement du Soudan et d’Erythrée. Par nature, un CAO est un dispositif temporaire pris en charge par l’Etat. Son objectif premier est d’accorder à ces migrants un temps de répit pour leur permettre de préparer la suite de leur parcours. Il s’agit de favoriser l’apprentissage du français et l’aide aux démarches nécessaires pour permettre un examen de leur situation en vue de leur admission ensuite dans un Centre d’Accueil de Demandeur d’Asile (CADA), ou comment passer de la jungle de Calais à la jungle des acronymes propres à l’administration française…

Un réfugié soudanais montre ses documents administratifs à Armelle Musellec, de l’association Coallia (photo © Olivier Laban-Mattei / Myop pour Le Monde)

Peu à peu, les habitants s’habituent à rencontrer des inconnus bien bronzés qui marchent dans leurs rues pour se rendre au local d’alphabétisation, chez le boulanger où ils achètent leur pain à tour de rôle, mais aussi à la bibliothèque où ils ont accès au wifi pour leur téléphone ou dans leur club de sport. Un coiffeur de Cancale partage son salon avec un migrant qui se charge de couper les cheveux de ses collègues.

Pour des raisons de sécurité chaque migrant doit noter chacune de ses entrées et sorties du centre. Ainsi il a été facile de tordre le coup à la rumeur qui s’amplifiait vite, le jour où l’on s’est aperçu qu’il manquait un bateau dans le port. Tous les migrants étaient là, et le bateau s’était échoué après une fausse manœuvre à l’entrée du port !

Le maire veille à ne pas laisser dégénérer les incidents, à faire de la pédagogie et à couper court aux rumeurs injustifiée. Il considère que la dignité humaine n’est pas discutable, que la fraternité inscrite à nos frontons s’applique aussi aux inconnus. Il assume l’idée que l’humanitaire n’est pas une politique et qu’il ne doit pas y avoir de confrontation mais un travail commun.

En mars 2017, comme le relate une enquête du Monde, la quasi-totalité des 60 migrants hébergés à Cancale a introduit une demande d’asile politique en France et 14 d’entre eux ont déjà intégré un CADA. Deux seulement ont choisi volontairement de repartir au Soudan, tandis que les autres sont orientés provisoirement vers d’autres CAO. Tous quittent la ville de Cancale avec un pincement au cœur et tiennent à remettre à la cinquantaine de bénévoles qui les ont accompagnés un « certificat de remerciement » : « La Terre est ma patrie, et l’humanité ma famille. Cancale restera toujours dans nos cœurs. Même lorsque nous aurons 90 ans, nous garderons ce joli mot de Cancale dans notre mémoire. Merci pour tout ».

Pour ceux qui les ont côtoyés pendant de longs mois, ces migrants ne sont plus des anonymes mais des hommes qui avaient momentanément besoin de compassion et de protection. Plus de 400 CAO ont ainsi été ouverts en France, permettant d’accueillir 13 300 personnes depuis fin 2015, une goutte d’eau à l’échelle des besoins, mais un dispositif qui suscite une forte mobilisation locale et garantie l’émergence de débats animés au sein de la population et des élus, de quoi redonner vigueur au débat de société et à la vie démocratique communale. Encore faut-il l’ambition d’entreprendre et aussi d’affronter les préjugés des électeurs : avis aux amateurs !

CJTG

Draguignan : l’assassin du chat dort en prison…

3 octobre 2017

Alors que l’assassin du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés, noyé dans la Vologne, le 16 octobre 1984, n’a toujours pas été identifié, il arrive que la police française ait plus de succès dans ses investigations criminelles. Ayons donc l’honnêteté de le reconnaître et de saluer comme il se doit cette belle réussite des forces de l’ordre de Draguignan qui, à l’issue d’une enquête approfondie et dans une affaire fortement médiatisée également, ont réussi, non sans mal, à identifier en quelques mois le coupable d’un crime particulièrement odieux et à le traduire devant la justice où il vient d’être sévèrement jugé comme il se doit, avant d’être immédiatement incarcéré.

L’affaire remonte dans la nuit du 30 au 31 mai 2017. Au petit matin, une habitante du centre de Draguignan et son fils découvrent horrifiés le corps sans vie de C., un SDF bien connu de tous les habitants du quartier qui lui donnaient régulièrement à manger. Le pauvre a été affreusement torturé. Il a le crâne ouvert et les yeux sont sortis des globes oculaires sous l’effet de la violence des coups qu’il a reçus. L’autopsie révélera des lésions graves à la boîte crânienne, des ecchymoses sur tout le corps et des vertèbres retournées : un vrai massacre.

Tout le quartier est en émoi d’autant que la victime était bien connue de la plupart des riverains. Dans cette ville dont le centre ancien tend à se paupériser et où le Front National fait des scores fleuves, on accuse aussitôt des bandes de jeunes loubards désœuvrés qui se seraient acharnés sur la pauvre victime, confirmant une fois de plus le climat de violence extrême et d’insécurité auquel serait désormais confrontée la population de cette belle cité varoise.

Mobilisation devant l’hôtel de ville de Draguignan le 17 juin 2017 (source © Var Matin)

Alors que la police commence son enquête, un habitant du quartier, Christopher Bianconi, ouvre immédiatement une page Facebook pour appeler à se mobiliser et lance dans la foulée une pétition sur le site change.org. Le succès est immédiat et ce sont au total 266 176 signatures qui seront recueillies en quelques mois. Toute la presse locale est sur le pont. Var Matin fait état des prélèvements ADN qui ont été opérés sur le corps du supplicié et des rapides progrès de l’enquête qui mobilise une bonne partie des forces de l’ordre de la ville. France 3 diffuse de son côté un reportage alarmiste qui fait état de tortures atroces qui auraient été infligées à la pauvre victime.

Des associations se portent partie civile. Le 17 juin 2017, plus de 300 personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Draguignan pour crier leur colère et appeler à un jugement sévère contre l’ignoble assassin alors toujours en cavale. La mobilisation dépasse rapidement les seules frontières du Var et le 23 juillet, on assiste à une nouvelle manifestation, cette fois sur le Vieux-Port à Marseille, pour réclamer justice. Grâce au miracle Facebook, d’autres rassemblements sont signalés partout en France, jusqu’à Lorient…

Manifestation sur le Vieux-Port de Marseille le 22 juillet 2017 pour défendre la mémoire de C. (photo © Lucas Valdenaire / Radio France)

Le 28 mai 2017 enfin, deux mois après les faits, Johnny M., un jeune homme de 28 ans, déjà connu pour des faits de torture animale et qui avait témoigné, ainsi que sa compagne, en accusant du meurtre des jeunes du quartier, finit par cracher le morceau : c’est lui qui a assassiné le pauvre C. en lui assénant de violents coups de pied avec ses chaussures de sécurité. Ici on n’est pas à Las Vegas et nul besoin d’armes de guerre sophistiquées pour faire régner la terreur dans les rues de Draguignan…

Le petit chat errant des rues, que tout le quartier appelait Chevelu, est mort sur le coup, sous la violence des coups portés. Le jeune homme justifie son acte odieux car il en avait tout simplement assez de voir l’animal pisser régulièrement sur son scooter. Il a été traduit devant le tribunal correctionnel de Draguignan le 15 septembre dernier, suscitant une nouvelle fois un fort rassemblement de partisans déchaînés de la cause animale.

Manifestation de soutien à la mémoire de la victime (photo © MAXPPP)

Sa condamnation à six mois de prison ferme, relatée avec force détail, y compris par certains médias nationaux, de 20minutes à FranceBleu, est plutôt sévère pour des faits de ce type, sans doute justifiée au moins autant par la forte mobilisation populaire suscitée par son geste, voire par la manière dont il a tenté de détourner les soupçon en baladant les policiers vers d’autres suspects, que par la violence de son geste.

Toujours est-il que l’assassin de Chevelu dort désormais en prison et que Christopher Bianconi vient de clôturer sa pétition tout en précisant bien qu’il ne s’associe pas nécessairement aux outrances de certains défenseurs de la cause animale particulièrement remontés dans cette sordide affaire et qui n’ont pas hésité à noircir encore le tableau en inventant des faits de torture quelque peu exagérés.

Reste quand même la question lancinante après ce dénouement heureux, tout à la gloire de la police et de la justice varoises : la mobilisation populaire pour inciter les forces de l’ordre à retrouver et à condamner sévèrement cet assassin auraient-elle été aussi forte si la victime SDF avait été un homme et pas un chat ? Il n’y a bien entendu pas la moindre raison de penser que ce n’aurait pas été le cas, quoique ?

L.V.

Les îles Poubelles, une nouvelle nation émergente ?

1 octobre 2017

Que retiendra t-on de la 72ème assemblée générale des Nations-Unies qui vient de se tenir à New-York, du 12 au 25 septembre 2017 ? Le discours belliciste de Donald Trump, menaçant de rayer de la carte la Corée du Nord et de déchirer l’accord obtenu sur le nucléaire iranien, après 12 ans d’âpres négociations ? Celui de son homologue Emmanuel Macron, chantre du multilatéralisme, héraut de la lutte contre le réchauffement climatique et porte-parole des sans-voix et des opprimés ?

Source Plastic Oceans Foundation

Ou peut-être la campagne médiatique qui a beaucoup fait jaser dans les couloirs et qui vise la reconnaissance officielle d’un 196e État baptisé Trash Isles, autrement dit, Les îles Poubelles ? Une pétition toujours en ligne et qui a déjà recueilli plus de 125 000 signatures a en effet été remise au nouveau secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres. Elle cherche, de manière quelque peu symbolique, à faire reconnaître comme un nouvel État, le gigantesque amas de déchets flottants, grand comme la France, qui s’étend au centre du Pacifique Nord.

La campagne est pilotée par le site américain LADbible soutenu par l’ONG Plastic Oceans Foundation. L’idée qu’ils mettent en avant paraît saugrenue mais ne manque pas de panache. On connaît depuis 1997, et leur découverte fortuite par le navigateur Charles Moore, l’existence de ces vastes amas de déchets qui dérivent dans tous les océans de la planète mais dont les principaux se regroupent sous forme d’immenses vortex concentrés par les courants marins circulaires dans le Pacifique nord mais aussi dans le Pacifique sud, l’Atlantique nord et sud et bien sûr l’Océan indien. La Méditerranée elle-même n’est pas épargnée par le phénomène, comme toutes les étendues marines bordées de zone densément urbanisées.

Situation des principales plaques de déchets flottants (infographie © Le Monde)

Les expéditions scientifiques se sont multipliées ces 15 dernières années pour explorer ce que certains ont dénommé « Le septème continent ». En décembre 2014, une vaste étude internationale, parue dans la revue PLOS ONE, à l’issue de 24 campagnes effectuées entre 2007 et 2013, non seulement sur les cinq grands gyres océaniques, mais aussi près des côtes australiennes, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée, avait ainsi estimé à 269 000 tonnes la quantité de détritus flottant sur les mers du globe. On a plus récemment évalué à environ 8 millions de tonnes la quantité de déchets plastiques qui auraient été rejetés directement en mer au cours de la seule année 2010.

Des miliiers de déchets plastiques flottant (photo © Christophe Launay / Race for Water)

Nous avons tous en tête ces images de milliers de déchets flottants de toutes sortes qui s’amassent sur les plages et près des côtes, que certains essaient tant bien que mal de récupérer et de valoriser. Mais les études montrent que les vortex de déchets qui dérivent au milieu des océans ressemblent en réalité plutôt à une soupe compacte constituée de milliards de microdéchets de polyéthylène, de polypropylène et de polyéthylène téréphtalate (PET) dont la taille ne dépasse guère quelques millimètres et qui ne sont pas détruits par les micro-organismes..

Les gros éléments en plastique ont tendance en effet à se fragmenter sous l’action des vagues et du rayonnement solaire, mais aussi parce qu’ils rencontrent de nombreux oiseaux et mammifères marins qui les croient comestibles et qui en meurent bien souvent comme en attestent leurs cadavres. En revanche, ces minuscules fragments de plastique eux ne disparaissent pas et continuent de flotter entre deux eaux pendant des siècles, constituant d’immenses radeaux de la taille d’un pays européen voire bien davantage, et dont on a encore du mal à évaluer l’ampleur du volume immergé. On commence en revanche à mieux identifier les nombreux effets néfastes de ces micro-résidus non seulement sur la faune marine mais aussi comme vecteurs de la prolifération de certaines espèces invasives.

C’est pour tenter d’attirer l’attention sur cette situation inacceptable que certains ont eu l’idée de faire reconnaître comme un nouveau pays le plus vaste de ces continents de déchets, celui que l’on surnomme le « Great Pacific Garbage Patch » (la grande poubelle du Pacifique). L’ancien candidat aux élections présidentielles américaines, Al Gore, fait ainsi partie des tous premiers signataires de cette pétition et aspire à devenir citoyen de ce nouvel État en voie d’émergence qui possède déjà son drapeau, son passeport et même sa monnaie, le « débris », bien entendu…

Un billet du futur Etat en gestation ? (photo © Mario Kerkstra)

Pour pouvoir être reconnu comme nation, il faut en effet disposer d’un territoire, former un gouvernement, avoir une population permanente et être capable d’interagir avec les autres nations. D’où l’idée de cette pétition qui vise à recenser tous les volontaires désireux de devenir citoyen de ce futur État. 

Le passeport du futur pays ? (photo © Mario Kerkstra)

Si d’aventure le processus arrivait à son terme, ce radeau flottant de déchets serait en mesure de solliciter l’application de la charte de l’environnement édictée par les Nations-Unies et qui postule : « tous les membres doivent coopérer dans un esprit de partenariat global pour conserver, protéger et restaurer la santé et l’intégrité de l’écosystème planétaire ». Autrement dit, cela obligerait les autres nations à s’engager à venir nettoyer ce continent de déchets.

Une démarche pour le moins originale donc, qui, bien évidemment, n’a aucune chance d’aboutir, mais qui ne manque pas d’interpeller. Voilà que des dizaines de milliers de citoyens du monde, Américains pour beaucoup, se revendiquent citoyens d’un nouvel État en voie d’émergence et s’échinent à le faire reconnaître par les autres nations non pas pour le coloniser mais tout simplement pour le faire disparaître. A côté d’un tel casse-tête juridique, la crise de la Corée du Nord ressemble à de la petite bière…

L.V.  

Scandale sanitaire : des cochonneries dans le jambon

26 septembre 2017

L’information ne date pas d’hier puisque c’est en octobre 2015 que le Centre international de recherche sur le cancer, basé à Lyon et dépendant de l’Organisation mondiale de la santé, l’a confirmé urbi et orbi : les charcuteries sont cancérigènes, directement responsables du cancer colo-rectal, le plus fréquent chez les hommes après ceux du poumon et de la prostate, et chez les femmes après le cancer du sein. Pour cette même année 2015, selon les chiffres de l’Institut national du cancer, on dénombrait en France 43 000 nouveaux cas de cancer du colo-rectum déclarés et près de 18 000 décès du fait de cette maladie : moins que le cancer du poumon qui a tué cette année-là plus de 30 000 Français (hommage aux industriels du tabac !), mais bien davantage que les accidents de la route qui n’ont fait « que » moins de 3 500 morts durant cette même période.

Certes, la chacuterie n’est assurément pas la seule responsable de tous ces cancers mais il semble néanmoins qu’elle en porte une large part. Surtout, tout laisse à penser que l’on se trouve dans un cas de figure très comparable à ce que l’on a observé pour de précédents scandales sanitaires comme celui de l’amiante, du tabac ou de la vache folle pour ne prendre que quelques exemples : d’un côté une perception de plus en plus précise du risque sanitaire, régulièrement dénoncé par l’ensemble des acteurs de la santé publique, et de l’autre une propagande menée sans vergogne par les industriels de l’agro-alimentaire pour enfumer les consommateurs en semant le doute…

Un récent ouvrage, publié il y a quelques semaines sous le titre provocateur « Cochonneries – Comment la charcuterie est devenue un poison » par Guillaume Coudray, formé à Sciences Po et réalisateur de films documentaires, vient mettre bruyamment les pieds dans le plat. Après cinq années d’enquête minutieuse menée dans les archives administratives et médicales, l’auteur y décortique de manière implacable ce qui a conduit à une telle situation.

Pour bien comprendre le problème, il faut remonter en arrière, aux origines de la salaison, qui ne date pas d’hier. Pendant des siècles, l’homme a pris l’habitude de conserver la viande en y ajoutant du sel et des épices. On retrouve ainsi dans les archives un règlement parisien datant de 1476 et détaillant la liste des ingrédients autorisés pour la fabrication de saucisses. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, dans toute l’Europe, seul le sel intervient dans la conservation de la charcuterie, tandis que d’autres épices telles que le poivre, le fenouil et de nombreuses herbes aromatique servent de réhausseurs de goût. La coloration rose est quant à elle assurée par l’ajout de colorants naturels comme le safran pour la mortadelle italienne.

Salaison d’oiseaux dans l’Egypte ancienne (source INRAP)

Comme dans bien d’autres domaines, l’innovation est venue des États-Unis où sont nés, dès la fin du XVIIIème siècle, dans le Massachussetts, les premiers charcutiers industriels, les « packers » qui se mettent à conditionner la viande salée dans des tonneaux ou des caisses destinées notamment aux marins au long-cours. L’activité se déplace peu à peu vers l’ouest et la ville de Cincinnati, dans l’Ohio, prend en 1835 le surnom officiel de « Porkopolis » après être devenue le principal centre de production de porcs du pays et sans doute du monde !

Abattoirs de l’usine Armour à Chicago en 1893 (croquis Octave Uzanne)

A l’époque, la saison d’abattage est strictement limitée entre novembre et mars. Comme en Europe où il est d’usage dans les campagnes de faire les cochonnailles pour Noël, c’est en effet pendant l’hiver, lorsque la température ambiante est suffisamment fraîche, que l’on peut en toute sécurité abattre les bêtes et saler la viande, dans une véritable course contre la montre.

Mais on n’arrête pas la course au profit et bientôt cette activité décline au profit de la ville de Chicago qui s’impose en quelques années comme la capitale mondiale de la viande et notamment de la charcuterie. Sauf qu’entre temps les techniques ont évolué : les charcuteries américaines industrielles sont désormais traitées systématiquement à base de salpêtre (nitrate de potassium), puis de nitrate de sodium, un produit extrait d’immenses gisements situés au pied de la Cordillère des Andes. Après la première guerre mondiale, on se met à utiliser le nitrite de sodium, un produit chimique développé pour l’industrie de l’armement et devenu bon marché. Bien que mortel à partir de 2 g/kg, il est rapidement autorisé dans l’industrie alimentaire à faibles doses car ses propriétés intéressent fortement les charcutiers industriels.

L’intérêt de ces sels, par rapport au chlorure de sodium classique, est en effet multiple : il atténue le goût de salé, donne au jambon une belle coloration rose carmin durable, prolonge la durée de conservation des aliments et surtout il accélère considérablement la maturation de la viande, ce qui permet de formidables gains de productivité.

D’ailleurs, l’effet économique est foudroyant. Dès 1874, la France tente vainement de se protéger contre les importations massives de charcuteries américaines traiées au salpêtre. Mais face aux menaces de rétorsions concernant ses exportations de pinard, les industriels français s’adaptent et tout le monde se met à bourrer la charcuterie de nitrates, borates et autres sulfites : vive la modernité !

Ce n’est qu’au milieu des années 1950 que des chercheurs se rendent compte que les produits nitrés utilisés désormais dans toutes les salaisons provoquent la formation de nitrosamines, dont la diméthylnitrosamine (ou N-nitrosodiméthylamine, qu’on appellera par son petit nom NDMA) considérée comme cancérigène. On sait depuis longtemps que les nitrites sont toxiques à haute dose et les autorités sanitaires ont fixé des limites au dosage en additifs nitrés. Mais l’on découvre à cette date que leur combinaison avec les protéines carnées conduit à la formation de cette NDMA qui provoque des tumeurs cancéreuses.

Un article retentissant paru en 1968 dans le journal médical The Lancet, met en garde contre ce mécanisme. Mais les autorités sanitaires et notamment l’Autorité européenne de sécurité des aliments, empêtrée dans de multiples conflits d’intérêt avec le milieu agro-industriel, se contente de baisser symboliquement les seuils acceptés de nitrites sans prendre nullement en compte ce risque liés à la formation de NDMA. Au contraire, elle relaie vigoureusement les arguments de la filière industrielle qui prétend que, sans les ajouts d’additifs nitrés, les consommateurs seraient exposés au risque de botulisme, liés à l’apparition de la bactérie toxique Clostridium botulinum.

Le jambon de Parme, garanti sans nitrites (source l’Observatoire des aliments)

Or cette affirmation est parfaitement erronée puisque de très nombreuses charcuteries traditionnelles ont toujours été et sont encore produites sans additifs nitrés. C’est notamment le cas du jambon de Parme, qui bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée et d’un cahier des charges interdisant strictement tout ajout d’additif nitré, et ceci depuis 1993 : en 25 ans, les 9 millions de jambons produits n’ont jamais causé un seul cas de botulisme….

C’était aussi le cas du jambon de Bayonne jusque dans les années 1960, mais ces temps sont désormais révolus… Les besoins de l’industrialisation agro-alimentaire passent aujourd’hui avant les préoccupations de santé publique : bon appétit quand même !

L.V. 

Assemblée nationale (partie 3) : un nouveau visage ?

21 septembre 2017

A l’issue des élections législatives de juin 2017, parmi les 577 députés, 431 siègent pour la première fois. C’est un renouvellement inédit sous la Vème République. 189 d’entre eux (dont 92 % élus avec l’étiquette LREM) n’ont aucune expérience élective, souvent issus de la société civile. L’âge moyen des élus est de 48 ans avec un net accroissement du nombre des femmes (223) soit 39 % du total.

Les 308 députés LREM à Paris, le 24 juin 2017 (photo © Gilles Bassignac / AFP)

Le profil socio-professionnel le plus représenté est celui de cadre (114). En revanche, seuls 2,6 % des députés sont des employés et ouvriers, alors que ces derniers représentent 50,2 % de la société française. Si cette représentativité ne reflète pas fidèlement la représentation sociologique du pays il faut espérer que les nouveaux députés auront à cœur de traduire dans la loi les aspirations des Français pour mettre fin à la crise de confiance qu’ils expriment. Mais cela semble déjà un vœu pieux !

La loi de moralisation a été engagée et concerne aussi, outre l’emploi des assistants parlementaires, la redistribution du budget de la réserve parlementaire (130 à 150 millions €/an), après que trop de favoritisme envers certaines communes, départements ou régions ait été constaté au détriment d’une répartition équitable et moins clientéliste. Elle concerne aussi l’interdiction du cumul avec des fonctions exécutives locales, pour permettre à l’élu d’être disponible totalement pour assumer sa fonction. Elle vise enfin à favoriser le renouvellement des élus en limitant à 3 le nombre de mandats successifs.

François Bayrou, porteur fragilisé du projet de loi de moralisation de la vie publique (photo © François Guillot / AFP)

N’est-ce qu’une étape vers des réformes plus profondes dans la perspective d’une France plus décentralisée, apte à affirmer son rôle dans une Europe qui devra elle aussi trouver de nouvelles voies de développement plus démocratiques pour susciter l’adhésion des populations de l’UE?

A ce propos, les compétences de l’Assemblée nationale se sont étendues. Les parlements nationaux se sont vus confier la responsabilité d’adapter en droit national les grandes orientations communautaires (la transposition des directives). C’est en contrôlant l’application de ces directives, en s’informant dans le souci de comprendre le fondement des institutions européennes que les élus pourront peser davantage sur les décisions européennes, avant que les textes ne soient définitivement adoptés à Bruxelles.

Aujourd’hui, la France est dans la moyenne européenne pour la transposition des directives des textes législatifs, c’est à dire 20 %, ce qui reste très loin des objectifs affichés.

Dessin de Deligne paru dans La Croix

Pour une représentativité reflet réel des opinions et courants politiques du pays, faudra-t-il réintroduire le scrutin à la proportionnelle totale ou partielle ? Quand et comment y parvenir pour obtenir des majorités de gouvernement quelles que soient les alternances ? Cela implique un mode de pensée et de travail basés sur la culture du consensus sur les grands sujets d’orientation du pays (économie, sociale, aménagement du territoire,..) qui ne peuvent s’engager et se poursuivre qu’au cours de plusieurs mandatures.

De même, le besoin de simplification et d’économies à réaliser concernant le fameux « mille-feuilles administratif » tant décrié, aura sans doute comme conséquence de privilégier les pouvoirs des régions et des métropoles, plus structurantes pour le développement du pays.

Cela implique, comme certains le proposent, une diminution (d’un tiers ?) du nombre des députés, le nombre des circonscriptions étant recalculé suite à la disparition totale ou partielle des départements. Mais cela pose la question du maintien de la proximité entre les institutions et les citoyens.

Cela dit, si ces réformes sont engagées, le rôle du député se verra renforcé. Sa disponibilité pour effectuer le travail législatif devra être totale, mais le risque d’une nouvelle « professionnalisation » pourrait lui être reproché car en effet il devra être apte à porter au Parlement des dossiers d’une technicité complexe sur des sujets allant de l’économie au social, en passant par l’environnement, la défense, l’aménagement du territoire, l’Europe ….

Un dessin de Placide

Pour éviter cette dérive tout en lui donnant les éléments pertinents pour des prises de décisions efficientes, ne faudrait-il pas, à l’exemple de certains pays, lui adjoindre un minimum de collaborateurs faisant office de conseiller et d’assistants dans sa circonscription, afin de lui permettre d’assurer la gestion des dossiers nationaux tout en gardant un lien privilégié avec la population et les élus locaux sans pour autant être soupçonné de « clientélisme », chacun ayant des attributions spécifiques sans confusion des rôles?

La perception de son travail au service de la collectivité sera-t-elle alors plus évidente pour rétablir une confiance, souvent mise en cause, entre les électeurs et leur représentant à l’Assemblée ?

La démocratie n’a pas de prix mais présente un coût de fonctionnement. Aussi les citoyens que nous sommes doivent accepter le financement de l’institution parlementaire, garante de nos libertés, dans une transparence réelle contrôlée par les organes officiels déjà mis en place mais aussi par des actions collectives de citoyens pour rappeler à la vigilance et à la nécessité de vérifier le bon usage des fonds publics.

Un dessin de Besse publié dans Marianne

C’est sous la pression de ces associations de citoyens, soutenues par l’opinion publique choquée par certaines pratiques, qu’au cours des dernières années des avancées déontologiques ont été mises en place, comme la déclaration de patrimoine, la déclaration d’intérêts et d’activités à produire à la prise de mandat par le nouveau parlementaire.

D’autres réformes peuvent être engagées pour faire vivre notre démocratie. L’Assemblée nationale est et restera l’organe majeur où elles pourront être élaborées. La crédibilité des parlementaires, au service de l’intérêt général, est vitale pour notre régime républicain, qui serait « le meilleur régime pour ne pas être d’accord ensemble… » !

C.M.

Assemblée nationale (partie 2) : comment ça marche ?

20 septembre 2017

Les fonctions de l’Assemblée nationale

Les 577 députés sont élus pour cinq ans, au suffrage universel direct. Sous l’égide du Président de l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’État, le bureau de l’Assemblée détient, soit directement, soit par délégation de pouvoirs accordée à certains de ses membres, une compétence générale sur l’organisation et le fonctionnement interne de l’Assemblée. Avec les questeurs (chargés des services financiers et administratifs), ce sont au total 22 membres qui composent ce bureau.

Les députés ont l’initiative, comme les sénateurs et le Premier ministre, de proposer des lois, expressions de la volonté générale. La procédure législative comprend trois phases principales : le dépôt du texte, son examen par le Parlement et sa promulgation par le Président de la République (après une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel pour examen de la conformité du texte à la Constitution).

La préparation et l’examen des textes de lois se font en commissions avant présentation en séance pour adoption. Les commissions permanentes traitent des affaires culturelles, économiques, étrangères, sociales, liées à la défense, au développement durable, aux finances, aux lois.

Il existe aussi d’autres commissions spéciales, d’enquêtes ou des affaires européennes. D’autres missions d’étude et d’information peuvent également être confiées aux députés.

Le statut des députés

Élu pour représenter la Nation (et non sa seule circonscription), le député participe à l’exercice de la souveraineté nationale. Il bénéficie, comme le sénateur, d’un statut protecteur, conçu non comme un privilège mais comme un moyen destiné à lui assurer l’indépendance et la liberté d’expression nécessaires à l’exercice de son mandat. Cette protection spécifique est consacrée par le principe des immunités parlementaires, qui trouvent son fondement dans la Constitution elle-même.

La sieste de Raymond Barre à l’Assemblée (photo © Pascal Pavani – AFP)

L’irresponsabilité, immunité absolue, soustrait les parlementaires à toute poursuite pour les actes liés à l’exercice de leur mandat. L’inviolabilité tend à éviter que l’exercice du mandat parlementaire ne soit entravé par certaines actions pénales visant des actes accomplis par les députés en tant que simples citoyens.

En contrepartie de ces immunités, des incompatibilités sont à respecter avec les fonctions publiques électives et non-électives comme l’impossibilité légale de cumuler certaines fonctions avec le mandat parlementaire (ou d’exercer des responsablités de direction d’entreprises publiques ou privées). Des obligations et interdictions s’appliquent aux députés qui se doivent d’établir une déclaration de patrimoine et une déclaration d’intérêts d’activités dans un but de transparence.

Ces pratiques déontologiques (encadrées par de nombreux textes de lois) relèvent de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Cependant l’actualité démontre qu’il faut encore aller plus loin dans cette direction : c’est l’objet de la loi de moralisation de la vie publique.

Les indemnités

Il est bon de rappeler quelles étaient, jusqu’au début de cette nouvelle législature, les indemnités dont bénéficient les députés pour exercer leurs fonctions.

Dessin de Péhel publié dans la Nouvelle République

Depuis le 1er février 2017, l’indemnité brute mensuelle d’un député est de 7 209,74 €, qui se décompose ainsi :

indemnité de base: 5 599,80 €;

indemnité de résidence (3 %): 167,99 €;

– indemnité de fonction (25 % du total) : 1 441,95 €.

Des indemnités spéciales sont attribuées en sus à certains membres (montant brut mensuel) :

– Président: 7 267,43 €

– Questeurs : 5 003,57 €

– Vice-présidents : 1 038,20 €

– Présidents de commission et rapporteurs généraux de la commission des finances et de la commission des affaires sociales : 879,59 €

– Président de la commission spéciale chargée d’apurer les comptes : 879,59 €

– Président de l’Office d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : 879,59 €

– Secrétaires du Bureau : 692,14 €

Sur le plan fiscal, l’indemnité parlementaire de base majorée de l’indemnité de résidence et de l’indemnité de fonction, à l’exclusion des indemnités spéciales, est imposée suivant les règles applicables aux traitements et salaires.

Après prélèvements, un député perçoit ainsi un net mensuel de 5 782,66 € ou, en cas d’adhésion au système complémentaire facultatif, de 5 380,93 €.

Des moyens individuels sont de surcroît fournis aux parlementaires pour leur permettre d’exercer leur mandat, conformément à leurs propres besoins. Ils bénéficient ainsi d’une indemnité représentative de frais de mandat (montant mensuel : 5 840 € brut). Ils disposent en outre d’un crédit affecté à la rémunération de collaborateurs (montant mensuel : 9 618 €), les charges patronales, sociales et fiscales, afférentes aux rémunérations financées par ce crédit étant prises en charge par l’Assemblée nationale.

Dessin de Goubelle publié dans La Charente libre

Ils bénéficient par ailleurs de facilités de circulation. L’Assemblée nationale prend en charge les déplacements des députés sur le réseau métropolitain de la RATP et de la SNCF en 1èreclasse, et fait profiter les députés de la flotte de véhicules protocolaires pour leurs déplacements liés à leur mandat parlementaire et effectués à partir du Palais Bourbon dans Paris ou à destination des aéroports. L’utilisation justifiée de taxis est remboursée (somme plafonnée). Ils bénéficient aussi de voyages aériens gratuits à raison de 80 passages entre Paris et leur circonscription lorsqu’elle est desservie par une ligne aérienne régulière, ainsi que 12 passages pour toute destination hors circonscription, en France métropolitaine. Pour les députés d’outre-mer, un crédit égal leur est accordé.

Certains appuis matériels sont enfin destinés à faciliter l’exercice de leur mandat. Chaque député dispose ainsi d’un bureau individuel dans l’enceinte du Palais Bourbon ou ses dépendances. Il bénéficie de matériel informatique, téléphonique (avec un forfait téléphonique jusqu’à 7 670 €/an), mais aussi de facilité de restauration et d’hébergement.

Un dessin de André-Philippe Coté (Quebec)

D’autres prestations familiales, d’allocations d’assurance mutuelle, différentielles et dégressives de retour à l’emploi sont accordées. L’allocation versée aux députés non réélus à la recherche d’un emploi est désormais limitée à 6 semestres (3 ans) au maximum. Cette allocation est dégressive, représentant au maximum 100 % de l’indemnité parlementaire le premier semestre (5 599,80 € brut), et 20 % (soit 1 119,96 €) le dernier semestre.

Les députés sont obligatoirement affiliés au fonds de sécurité sociale de l’Assemblée nationale, régime spécial créé par le Bureau de l’Assemblée nationale en 1948. L’âge d’ouverture du droit à pension est passé progressivement de soixante ans à soixante-deux ans. La pension est calculée au prorata des annuités acquises, sans minimum de durée de mandat et dans la limite d’un plafond fixé à 41,5 annuités. Ce plafond sera porté progressivement à 43 annuités en 2033.

Toutes ces données sont consultables sur le site internet de l’Assemblée Nationale très riche en contenu. Ces chiffres et données sont des éléments de transparence attendus par les électeurs, mais cette démarche de contrôle des élus doit se poursuivre car les Français sont de plus en plus attentifs, non seulement au fonctionnement et la représentativité de la nouvelle assemblée, mais aussi à la probité de leurs élus.

C.M.

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 2) : un peu d’histoire…

15 septembre 2017

Voici quelques repères portant sur une durée de plus d’un siècle qui nous éclairent sur l’évolution de l’organisation du temps scolaire.  Ils sont issus d’une recherche de l’académie de Grenoble et pour partie, ils sont aussi mentionnés dans un rapport de l’Académie de Médecine.

Les journées de classe

  • Avant 1882, les élèves assistaient à la classe tous les jours sauf le dimanche.
  • En 1882, l’école primaire devient officiellement gratuite, obligatoire et laïque. Le jeudi alors est libéré « afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».
  • En 1969, la durée hebdomadaire est fixée à 27 heures, à l’occasion de la libération du samedi après-midi. Les trois heures dégagées doivent permettre « aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent ».
  • En 1972, c’est la journée libre hebdomadaire qui est décalée du jeudi au mercredi.
  • 2008 : La réforme entreprise par Xavier Darcos établit une semaine de quatre jours.

Les vacances scolaires

  • 1882 : les vacances se limitent à six semaines de pause estivale.
  • 1922 : les vacances d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles.
  • 1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
  • 1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
  • 1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
  • 1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).

Le temps d’enseignement

Avant 1969, pour une scolarité de cinq années à l’école élémentaire avec une semaine de 5 jours (soient 30 heures), l’élève bénéficie de 5 400 heures de classe (récréations comprises). Avec la semaine de quatre jours décrétée par le ministre Darcos en 2008, l’élève ne bénéficie plus que de 24 heures de classe ce qui, calculé sur 5 années, représente 4 320 heures. Au total, la diminution du nombre d’heures et de jours de classe entre 1969 et 2008 équivaut à 1 080 heures soit une année scolaire en moins !

Au vu de l’évolution constatée sur plus d’un siècle qui met en évidence la diminution du nombre d’heures d’enseignement, tentons d’analyser les motifs des choix qui aboutissent à cet état de fait. Pour nous aider, nous nous réfèrerons aux travaux de quelques chercheurs dont ceux de Georges Fotinos, enseignant à l’Université de Tours.

En 1882, avec l’instauration de la troisième République, l’école primaire qui constitue un vecteur crucial dans une France plus démocratique est gratuite, laïque et obligatoire. Les enfants ont classe du lundi matin au samedi après-midi, le jeudi étant libéré, et les vacances ne durent qu’un mois l’été selon un calendrier départemental fixé par les préfets.  Rappelons qu’à cette époque, il n’existe pas de congés payés pour les ouvriers ou les employés et que le repos dominical ne sera acquis qu’en 1906 ! L’objectif est d’instruire tous les élèves.

Après la Première guerre mondiale (1914-1918), la France qui a besoin de bras pour reconstruire et cultiver mobilise aussi les enfants. Ainsi, à partir de 1922, les vacances d’été sont rallongées de quinze jours pour leur permettre de travailler aux champs de mi-juillet jusqu’à fin août. Avec l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 et l’adoption des congés payés (deux semaines), les vacances sont prolongées jusqu’à fin octobre. Il faut attendre le début des années 1960 pour diminuer la durée des congés d’été après que l’on ait constaté le caractère néfaste de cette coupure qui renforçait le décrochage. Notons qu’entre 1922 et 1938, apparaissent temporairement de courtes vacances hors période estivale.

L’objectif est toujours d’instruire tous les élèves en veillant à favoriser la construction des acquis des élèves et cela tout en leur permettant de contribuer à la vie économique du pays.

C’est en 1961 (et cela a perduré jusqu’à nos jours) que l’économie touristique fait son intrusion dans la construction de l’année scolaire. « Pour la première fois en 1961, le calendrier des vacances [désormais arrêté au niveau national] est fixé avec l’accord du ministre du Tourisme », indique Georges Fotinos.  Nous sommes en pleine période des « Trente glorieuses » et le niveau de vie des Français a considérablement augmenté. La division de la France en zones scolaires est mise en place pour faciliter la circulation sur les routes et dans les transports ferroviaires. L’horaire hebdomadaire de classe est réduit de 3 heures avec la suppression du samedi après-midi et la pause hebdomadaire du jeudi est avancée au mercredi.

L’objectif reste l’instruction de tous les élèves  (notons que c’est dès 1932 que le nom du ministère de l’Instruction publique est devenu celui de l’Education nationale) mais aussi la facilitation de la vie familiale avec  les départs en week-end qui n’excluent pas les classes populaires.

En 1980, dans un rapport qui pointe la France comme le pays où la durée des vacances scolaires est la plus longue et la journée scolaire la plus chargée, le Conseil économique et social nous alerte. Parallèlement, les pédiatres et les chronobiologistes attirent notre attention sur la fatigue des enfants, en particulier en octobre-novembre et février-mars et insistent sur la nécessité d’au-moins 10 jours de vacances à ces périodes. En 1985, un nouveau calendrier scolaire instaure l’alternance entre sept semaines de temps de travail et deux semaines de congé. En 1986, le gouvernement met en place le calendrier sur trois zones. En 1988, Lionel Jospin, ministre de l’Education, retente les deux zones puis revoit sa copie un an plus tard, sous la pression des lobbies.

L’objectif premier demeure avec la prise en compte de l’optimisation des périodes d’apprentissage pour les élèves. Notons que c’est en 1981 que sont créées les zones d’éducation prioritaires (ZEP), devenues depuis les réseaux d’éducation prioritaires (REP), pour « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Dessin de Miss Lilou

C’est en 1998, en lien avec les collectivités locales, que sont créés les contrats éducatifs locaux (CEL) qui proposent aux élèves des activités périscolaires sportives ou culturelles le midi et/ou le soir. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, décide d’abord de ramener l’horaire scolaire sur quatre jours et parallèlement d’affecter ce temps en partie au soutien pédagogique, avec des aides personnalisées pendant la semaine mais aussi pendant les vacances.  En 2013, le ministre Vincent Peillon lance une étude sur les rythmes scolaires qui débouchera en 2015 sur le retour à la semaine de quatre jours et demi de classe et la mise en place de temps d’activités périscolaires. Mais vous savez ce qu’il en advient ….

Si l’objectif est bien d’atteindre pour tous les élèves un niveau de maîtrise des savoirs, constituant le socle commun de connaissances et de compétences, attendu au terme de l’enseignement obligatoire (fin de 3ème de collège), des priorités budgétaires et financières, sans parler des batailles idéologiques et des enjeux sociétaux, contrarient l’objectif de formation de l’élève et du citoyen.

 

Conclusion temporaire

Emploi du temps, vacances et rythmes scolaires sont-ils vraiment au service de la formation des élèves ?

Comme le montre le rappel historique qui précède, nous constatons que l’organisation de l’année, des périodes de classe, de la semaine et de la journée scolaires évoluent en intégrant des facteurs parfois très éloignés de l’objectif premier : la réussite scolaire de tous les élèves, gage de leur avenir.

Comment dès-lors atteindre l’objectif visé, avec d’une part une quantité sans cesse croissante de savoirs et compétences à maîtriser, quand d’autre part les obstacles sociétaux et organisationnels, les contraintes financières perturbent, complexifient, ou réduisent la qualité comme la durée du temps nécessaire à la construction des apprentissages !

Extrait d’un cahier de CM2 des années 1930

Quand on retrouve des cahiers d’élèves des années 1920, on est étonné du niveau des maîtrises en français (orthographe et grammaire), calcul, histoire et géographie, sciences. La mémorisation tenait une place importante, pour preuve le nombre de poésies apprises et toujours maîtrisées. Mais cependant il faut constater que l’étendue des contenus abordés était bien plus modeste que celle que nous connaissons. Comparaison n’est pas raison ! Ce n’était pas mieux avant mais ce qui était appris était su !

Les enseignants font de leur mieux dans un contexte professionnel en changement permanent qui voit les réformes et les réorientations se succéder sans que l’on tire les enseignements des mesures prises précédemment. Tout cela sans compter qu’on leur demande d’assurer une part d’éducation sans cesse croissante.

Les parents ont aussi des difficultés pour se tenir informés des évolutions de l’Ecole et accompagner aux mieux leurs enfants.

Ecoliers sud-coréens (photo © Malte E. Kollenberg / Der Spiegel)

Même si le slogan « placer l’élève au centre du système éducatif » qui figure dans la Loi organique sur l’Ecole de 1988 a été moqué, le constat qui émerge de cet article c’est que l’on demande toujours plus et mieux aux élèves alors que le temps consacré aux apprentissages et à la constitution des acquis est en permanente diminution, à l’école comme à la maison. Pour information, un acquis est un savoir permanent qui pourra être mobilisé quel que soit le contexte, scolaire, professionnel ou personnel.

Il n’est pas question de plagier l’exemple des pays asiatiques où les enfants après l’école fréquentent des lieux de formation payants afin de consolider la formation dispensée en classe, voire de l’enrichir. Le souhait du ministre de voir les devoirs faits et les leçons apprises à l’école constitue un objectif louable car démocratique.

Ecole et démocratie…. Un beau sujet de réflexion ?

Pour l’heure, il serait bon pour tous les acteurs de l’école de disposer de la stabilité et du temps pour exercer sereinement leur métier ou leur mission. Il en va de la réussite et de la satisfaction de tous, enfants, enseignants et parents.

M.M.

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 1) : l’actualité…

13 septembre 2017

Jean-Michel Blanquer à l’Elysée, le 18 mai 2017 (photo © AFP/Archambault)

Suite aux récentes orientations décidées par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et à la possibilité offerte aux communes de revenir, dès la rentrée scolaire 2017, à la semaine de quatre jours pour les écoles maternelles et primaires, un tiers des communes a choisi ce retour aux quatre jours, dont notre ville de Carnoux-en-Provence.

Le choix d’une semaine de quatre jours et demi avait été décidé puis mis en place en 2014 afin de réduire la journée de classe et ainsi optimiser la concentration des élèves sur les apprentissages. Les études scientifiques qui sous-tendaient cette mesure, analysées dans un rapport publié en 2010, montraient en effet que la concentration des élèves était meilleure le matin et de 14 h (ou 14 h 30 pour les plus jeunes) jusqu’à 16 h.

Il revenait alors aux communes de proposer, sur les plages ainsi libérées, des activités de découverte, scientifiques, artistiques, sportives ou autres, animées par des personnels recrutés pour leurs compétences dans les domaines concernés.

La mise en place de cette mesure a été délicate, voire volontairement freinée comme ce fut le cas à Marseille. Elle a nécessité le recrutement d’animateurs, la mise sur pied d’une organisation favorisant l’accès sécurisé des élèves aux activités (locaux, matériels…) ainsi que la mobilisation de moyens financiers, en partie assurée par l’Etat.

Malgré cela, des communes ont décidé de mettre un terme à ce dispositif qui, dès son instauration, a soulevé de multiples critiques.

Ce sont d’abord les enseignants qui ont manifesté leurs doutes sur le bien-fondé de la mesure, même s’ils adhéraient aux bilans des scientifiques qui, rappelons-le, les avaient fait réagir quand en 2008 le ministre Darcos avait instauré la semaine de quatre jours avec suppression des cours du samedi matin !

Il faut aussi savoir que les instituteurs, n’étant plus logés sur place, habitent souvent loin de l’endroit où ils enseignent et qu’ils se voient ainsi contraints d’effectuer des déplacements supplémentaires. S’ajoute surtout, et contrairement aux ambitions du projet, qu’ils ne perçoivent pas l’allègement espéré de la journée de classe puisque les activités proposées étaient souvent regroupées sur une demi-journée, le mardi ou le vendredi après-midi.  Rares en effet sont les villes qui ont été en mesure de proposer des ateliers chaque journée de la semaine hormis le mercredi. Enfin, un nombre infime d’écoles a adopté le principe de cinq journées discontinues avec classe lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi matin.

Ce sont ensuite les parents qui ont argué de la fatigue des élèves qui devaient se lever tôt cinq jours consécutifs (du lundi au vendredi) ainsi que de la modestie des ambitions de certaines activités proposées, sans parler des coûts imputés par plusieurs communes (mais pas à Carnoux). S’ajoutent à cela des questions d’organisation familiale, particulièrement au sein de familles séparées ou monoparentales pour qui la semaine de quatre jours avec un week-end de deux jours est plus adaptée. Il y a alors débat entre l’intérêt de l’enfant et celui de l’élève.

Les réticences viennent enfin des élus qui ont eu à mettre en place le dispositif et à en assurer le fonctionnement.

Issu d’un constat auquel une large majorité de pédagogues adhérait, le dispositif instauré en 2014 semble condamné à disparaître sans qu’une évaluation nationale rigoureuse ait été réalisée. Une fois de plus l’opinion et le confort budgétaire prévalent. Ce mal français qui consiste à abandonner une disposition en cours de route et avant la fin de contrats qui avaient été signés (ici pour deux ou trois ans) ne contribue pas à renforcer la crédibilité de l’Etat s’agissant ici d’une question première : la réussite de la formation des élèves, les citoyens de demain.

M.M.

La Terre croule sous des milliards de tonnes de plastique !

20 juillet 2017

C’est une étude scientifique publiée le 19 juillet dans la revue Science Advances qui l’affirme : les matières plastiques fabriquées par l’homme sur l’ensemble de la planète représenteraient la masse globale de 8,3 milliards de tonnes, soit 822 000 fois le poids de la Tour Eiffel ! Et ceci en 75 ans tout au plus puisque la production industrielle de plastique a débuté réellement dans les années 1950, même si les premières polymérisations de matières plastiques datent des années 1930.

Déchets de plastique dans la baie de Manille aux Philippines (photo © Stiv Wilson)

C’est certes moins que le ciment et l’acier qui restent (en poids sinon en volume…) les matériaux que l’homme a produits en plus grande quantité. Sauf que ces derniers matériaux sont utilisés principalement dans la construction, pour des durées relativement longues de 50 à 100 ans, et sont ensuite très majoritairement réutilisés après traitement.

C’est loin d’être le cas pour le plastique dont la durée d’utilisation est très courte, de l’ordre de 4 ans en moyenne et bien moins pour tout ce qui concerne le plastique d’emballage qui constitue une part importante du marché. L’étude des scientifiques américains considère ainsi que 6,3 milliards de tonnes du plastique produit est d’ores et déjà devenu un déchet : la planète Terre est en train de se recouvrir peu à peu d’un océan de déchets plastiques qui envahissent tout !

Il faut dire que le recyclage de ce matériau, souvent complexe car nécessitant de séparer soigneusement chacun des polymères différents, reste très marginal puisqu’il ne concerne que 9 % des quantités de plastique mis au rebut. Une part légèrement supérieure, évaluée à 12 % est incinérée. Tout le reste, soit près de 80 % de nos déchets plastiques est donc tout simplement enfoui ou, le plus souvent, abandonné au hasard des vents qui finissent toujours par les pousser dans les cours d’eau et les océans.

Bouteilles plastiques échouées en mer près d’Abidjan (photo © Issouf Sanogo / AFP)

En 2015, la même équipe de chercheurs avait ainsi estimé que 8 millions de tonnes de déchets plastiques avaient été rejetés dans les différentes mers du globe pour la seule année 2010. La plupart de ces plastiques ne se dégradent que très lentement. Ils se fragmentent peu à peu et finissent souvent ingérés par les poissons et autres animaux aquatiques qui bien souvent en meurent.

On observe ainsi, depuis maintenant des années, de gigantesques amas de déchets plastiques plus ou moins immergés, certains parlent de septième continent, qui flottent à la surface des océans et se concentrent dans certaines zones sous l’effet de courants marins de type vortex. Une masse évaluée globalement à plusieurs centaines de milliers de tonnes mais sans doute davantage au vu des dernières estimations. Plus de 80 % de ces déchets viendrait de pays asiatiques mais des observations récentes effectuées par la goélette Tara dans l’Océan glacial arctique montrent que la quantité de déchets plastique que l’on y trouve et qui viennent plutôt de l’Europe et des Etats-Unis y sont également en quantité inquiétante. La situation de la Méditerranée le confirme d’ailleurs largement.

Recueil de déchets immergés dans le cadre de l’expédition Tara (© S.Bollet / Tara)

Les images spectaculaires des plages de l’île Henderson, un îlot désertique de l’archipel Pitcairn, classé sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO, perdu dans le Pacifique sud à plus de 5000 km de toute zone habitée et dont les côtes sont jonchées de détritus plastique ont largement été diffusées et laissent pantois. Les amas de briquets et rasoirs jetables, de brosses à dents usagées et autres petits soldats en plastique qui viennent échouer ici après avoir parcouru la moitié de la planète, ballottés au gré des courants marins, viennent nous rappeler à quel point notre Terre est vulnérable à l’activité humaine.

Amas de détritus sur une plage de l’ïle Henderson (extrait video © Jennifer Lavers / Univ. Tasmanie)

Certes, on commence à envisager de limiter l’usage de certains objets en plastique. L’interdiction récente des sacs plastiques jetables aux caisses des supermarchés, instaurée en France en 2016, devrait ainsi permettre d’économiser plus de 80 000 tonnes de plastique chaque année, une paille à l’échelle mondiale mais une bonne nouvelle pour la qualité de nos milieux aquatiques et autres espaces naturels.

Malheureusement, les perspectives ne sont pas très encourageantes à l’échelle planétaire. Alors que la production mondiale de matière plastique ne dépassait pas 1 million de tonnes en 1950, elle s’établissait en 2015 à plus de 380 millions de tonnes et rien ne permet de penser que cette croissance pourrait se ralentir dans les années à venir, même si les marchands de pots de yaourts s’enorgueillissent d’avoir réussi à diviser par deux la quantité de plastique nécessaire à leur fabrication.

Evolution des quantités de déchets plastiques produits (en noir), selon leur destination : rejet ou mise en décharge (courbe rouge), incinération (vert) et recyclage (bleu) – extrapolations à l’horizon 2050 (source : R. Geyer, J. R. Jambeck et K. Lavender Law / Science Advances)

Au rythme actuel, les chercheurs considèrent qu’en 2050 la quantité totale de plastique produit s’élèvera ainsi à 25 milliards de tonnes, soit trois fois plus que tout ce qui a déjà été produit à ce jour. Il devrait en résulter 12 milliards de tonnes de déchets de plastique tout bonnement rejetés dans la nature : des chiffres proprement effrayants et qui laisse mal augurer de l’état de notre planète dans les années à venir !

L.V. 

Marseille : les chercheurs à la plage…

18 juillet 2017

C’est l’été et tout le monde se retrouve à la plage. Même les chercheurs du CNRS qui, comme l’a révélé La Provence, profitent de la saison touristique pour venir enquêter au milieu des parasols et des serviettes de plage !

Plage de la Pointe-Rouge

Du 10 au 17 juillet, c’est une dizaine de scientifiques du CNRS, issus des laboratoires de recherche ESPACE (pour « Etude des structures, des processus d’adaptation et des changements de l’espace », ça ne s’invente pas !), Hydroscience Montpellier et le CEREGE basé à Aix-en-Provence qui ont ainsi passé leurs journées à sillonner les plages marseillaises de pointe-Rouge, du Prophète et de La Lave.

Cette opération se déroule dans le cadre des travaux de l’Observatoire Hommes-Milieux « littoral méditerranéen », un dispositif de recherche pluridisciplinaire qui vise à étudier l’effet de l’urbanisation et de l’anthropisation côtière en Méditerranée. Vaste programme qui exige donc de la part de ces scientifiques de sacrifier leurs plus belles journées de juillet pour aller se promener sur la plage, enduits de crème solaire, sur des terrains d’enquête particulièrement hostiles puisque l’étude concerne, outre le littoral marseillais, le Golfe d’Aigues-Morte et les rivages corses de Balagne et du Sud de Bastia.

L’objectif d’une telle plongée en immersion au milieu des baigneurs ? Mieux caractériser la fréquentation, les pratiques et les usages sur ces plages très fréquentées du littoral méditerranéen et en évaluer l’impact sur la qualité des eaux de baignade.

La plage du Prophète sous la Corniche

Pour cela, il s’agit d’abord de connaitre à tout moment de la journée le nombre de personnes présentes sur la plage, ce qui suppose de compter en permanence les arrivées et les départs : pas question donc de se laisser distraire par une petite sieste à l’ombre du parasol tout en lorgnant les jolies baigneuses. Pour être sûr de leurs chiffres, les chercheurs procèdent en parallèle et toutes les heures à des prises de vue de la plage depuis un point haut, de quoi occuper des armadas de stagiaires qui seront ensuite chargés de décompter les personnes présentes sur la plage et d’ajuster les observations de terrain.

En même temps, des prélèvements d’eau de mer sont effectués, toutes les heures également, pour être analysés afin de mesurer la densité de bactéries de type entérocoques, mais aussi d’évaluer la quantité de résidus de crème solaire qui agrémentent l’eau de baignade. Contre toute attente, les premiers résultats de ces analyses indiquent d’ailleurs que plus la fréquentation de la plage augmente, plus la qualité de l’eau de baignade se détériore ! Un résultat qui ne fait bien entendu que confirmer ce que chacun présentait, mais ce qui va sans dire va parfois mieux en le disant…

Et les chercheurs ne s’arrêtent pas là puisqu’ils prennent aussi le temps d’aller à l’encontre des vacanciers, questionnaires en main, pour mieux connaitre leurs us et coutumes. Une enquête sociologique très poussée qui a d’ores et déjà permis de mettre en évidence un fait troublant : à la plage, on se méfie des toilettes publiques pourtant présentes et plutôt bien entretenues de l’avis de nos anthropologues baroudeurs. Chacun préfère aller faire ses besoins dans la mer, ni vu ni connu. Un procédé qui n’est peut-être pas totalement étranger à la corrélation qui semble exister entre la densité de baigneurs et celle des bactéries dans l’eau de mer…

Qualité des eaux de baignade sur la plage du Prophète (source : site Eaux de baignade)

Mais bien entendu, comme dans tout protocole de recherche scientifique, il faut se méfier des conclusions hâtives et ne surtout pas se hasarder à vouloir anticiper sur les résultats de ce vaste programme d’études tant que toutes les analyses n’ont pas été recoupées avec toute la rigueur nécessaire. Il faudra sans doute patienter encore un peu pour que soient enfin disponibles les résultats de ces recherches passionnantes qui feront sans doute l’objet de publications scientifiques de premier plan, voire d’un colloque international, pourquoi pas sur une plage de Balagne ?

Ceci dit, et sans vouloir présager des conclusions de cette étude, il est à craindre qu’elle n’ait été entachée d’un petit biais expérimental. Le même journal de La Provence nous apprenait en effet que le jeudi 13 juillet, alors que la campagne d’observation scientifique battait son plein, trois plages marseillaises dont celle de Pointe-Rouge qui faisait l’objet de toutes les attentions des équipes de chercheurs, avaient dû être fermées au public toute la matinée du fait de la mauvaise qualité des eaux de baignade, tandis que les deux plages du Prado nord et sud étaient quant à elles toujours fermées en attendant les résultats de nouveaux test.

Plage de l’Huveaune à la fin des années 1960 (photo Jean Pagano / La Provence)

Ces mêmes plages du Prado dont on fête actuellement les 40 ans puisqu’elles ont été ouvertes au public le 18 juillet 1977, après qu’on eut déversé à l’embouchure de l’Huveaune des millions de m3 de déblais issus des travaux de creusement du métro, de quoi gagner 20 hectares supplémentaires sur la mer et permettre d’augmenter ainsi considérablement la quantité de baigneurs qui peuvent venir s’y prélasser : une fréquentation estimée à 3,5 millions de personnes chaque année. On comprend, sans forcément se livrer à des enquêtes sociologiques approfondies, qu’avec une telle pression humaine la qualité de l’eau du littoral puisse en être quelque peu altérée…

L.V. 

Peut-on encore croire au progrès ?

10 juin 2017

Le progrès n’est pas un concept nouveau puisqu’il se dit que c’est François Rabelais qui a employé ce mot pour la première fois dans le Tiers Livre publié en 1546. Repris depuis par bien d’autres, dont Montaigne qui définit cette notion quelques années plus tard dans ses Essais, comme une « transformation graduelle vers le mieux », jusqu’à notre nouveau Président de la République qui considère désormais qu’ « Aujourd’hui, le vrai clivage se situe entre progressistes et conservateurs », lui qui affirme ni plus ni moins que « la maison des progressistes s’appelle En marche », renvoyant ainsi implicitement tous ceux qui ne le suivent pas dans le camp des réactionnaires et autres ringards, accrochés à la tradition comme des moules à leur rocher…

Dessin de Tesson

Fini donc le clivage dépassé entre Gauche et Droite, entre Jacobins et Girondins, entre Républicains et Démocrates. Place désormais à l’alternative entre Progressistes et Conservateurs ! Voilà en tout cas qui interpelle nécessairement une association comme le Cercle progressiste carnussien qui a justement voulu accoler, lors de sa création en 2001, ce qualificatif de « progressiste » à la notion de « cercle républicain », en référence à ces mouvements qui avaient fleuri dans la Provence de la 3ème République sous forme de lieux de convivialité et de débats, destinés à animer la vie publique locale et à forger, au coeur des villages et dans les milieux les plus populaires, une certaine conscience politique républicaine.

Reste à savoir ce que recouvre ce mot-valise de « progrès » ? A quelques jours de l’épreuve de philosophie qui attend nos candidats bacheliers et dont les sujets tournent régulièrement autour de cette notion de progrès, on se gardera bien de disserter sur une telle question car le sujet est vaste et complexe !

Dessin de Gros (source : Le Progrès social)

Le concept même de progrès, qui renvoie à une tendance générale à l’amélioration, présente plusieurs facettes. Les plus évidentes sont sans doute celles qui correspondent au progrès technique, qui donne à l’Homme une emprise croissante sur les forces de la Nature, et au progrès économique qui permet à nos sociétés de globalement s’enrichir. Mais on peut aussi envisager la notion de progrès social, qui pourrait se traduire par une amélioration des conditions matérielles d’existence de chacun des membres de la société, ce qui suppose une juste répartition des fruits du progrès économique. Et on peut s’attacher aussi au progrès culturel et moral qui vise à l’épanouissement intellectuel de chacun et à un enrichissement des interactions entre individus, visant au bonheur de tous.

La vision rationnelle du siècle des Lumières, qui animait des hommes comme Condorcet ou Diderot, a longtemps incité à penser que ces différentes formes de progrès découlaient naturellement l’une de l’autre, le progrès technique débouchant sur le progrès économique, lui-même à l’origine du progrès social qui, à son tour, ne pouvait que concourir au bonheur de chacun. Cette vision humaniste d’un progrès qui, s’apuyant sur l’éducation, le travail, la recherche scientifique et l’inovation technique ne pouvait que déboucher sur un avenir meilleur de la société toute entière, a fortement prévalu durant tout le XIXème siècle et jusqu’aux deux guerres mondiales.

Depuis, force est de constater que cet optimisme indécrottable en un avenir radieux de l’humanité, a été un peu douché par les horreurs dont les hommes ont su faire preuve à l’occasion de ces conflits meurtriers. L’Holocauste orchestrée par le régime nazi ou les bombardements atomiques décidés par les Américains ont été vécus comme des preuves évidentes que le progrès technique et le rafinement intellectuel n’étaient en rien des garanties d’amélioration du sort de l’humanité, bien au contraire.

L’humanité en marche vers le progrès ? (dessin de Gunduz Aghayev – source : epanews)

Les excès du néolibéralisme au cours des dernières décennies et les ravages de notre environnement, rendus possibles grâce au haut niveau de technicité et de développement économique auquel nous sommes parvenus, confirment cette appréciation pessimiste et suscitent nécessairement de fortes interrogations : jamais sans doute nous n’avons connu collectivement, surtout dans un pays riche comme la France, un tel niveau de maîtrise technique, d’éducation, de confort, de sécurité. Et pourtant, jamais non plus les inégalités n’ont été aussi fortes et les tensions aussi palpables, avec un état d’esprit globalement plus proche de la dépression et de la peur généralisée du déclassement que de l’euphorie et du bonheur collectif !

Extrait des « Temps modernes », de Charlie Chaplin (NANA PRODUCTIONS/SIPA)

Il ne serait bien évidemment pas raisonnable, dans un tel contexte, de tout miser sur le progrès, en espérant que les évolutions technologiques et les avancées scientifiques à venir résoudront d’elles-mêmes les défis qui se posent à nous. Les avancées techniques ne sont jamais que des outils dont on peut tirer le meilleur comme le pire, même si elles contribuent globalement à améliorer la condition humaine.

De même, réformer et moderniser nos codes sociaux et nos règles économiques n’ont d’intérêt que si cela se traduit par plus d’efficacité et de fluidité dans notre mode de fonctionnement et nos rapports humains, mais on a connu trop de réformes qui s’apparentent à de véritables retours en arrière et à une régression sociale pour ne pas considérer avec prudence ces velléités de changements.

Emmanuel Macron a sans doute raison de vouloir mobiliser la société française pour la faire évoluer, en insistant sur cette démarche qu’il qualifie de progressiste. On voit bien d’ailleurs qu’il s’oppose en cela assez frontalement au discours conservateur de la droite et en particulier des franges les plus traditionalistes qui ne rêvent que de « restaurer », « rétablir », « revenir » en arrière vers un passé jugé plus faste.

Les relations sociales en France, en particulier dans le monde du travail, manquent fortement de fluidité et le dialogue social s’y apparente trop souvent à un dialogue de sourds où chacun campe sur ses positions et préfère la démonstration de force à la recherche du compromis. S’il est un domaine où la notion de progrès à un sens, c’est donc sans doute celui-là ! L’avenir dira si le nouveau Président aura été capable de faire bouger les lignes et de redonner de la cohésion à notre corps social. Pour des citoyens qui croient encore à la notion de progrès social et moral, la voie mérite en tout cas d’être explorée…

L.V.  

Le Cercle progressiste carnussien est aussi sur Facebook !

27 mai 2017

On peut se moquer (gentiment) de l’addiction aux réseaux sociaux, dont Facebook, et en même temps reconnaître que ce sont d’excellents outils de communication qui facilitent le débat d’idées et contribuent à l’émergence d’une vie démocratique active où chacun se sent réellement acteur de sa vie sociale au sein de son réseau d’amis et dans son lieu de vie. Il n’est qu’à voir d’ailleurs à quel point les réseaux sociaux ont chauffé durant la récente campagne présidentielle pour se convaincre de leur intérêt dans la revitalisation de notre vie démocratique.

Ils sont bien sûr le lieu de tous les excès en donnant à chacun la possibilité de s’exprimer sur tout et n’importe quoi, parlant parfois à tort de sujets qui le dépassent et courrant le risque de colporter des rumeurs malveillantes infondées. Mais c’est aussi grâce à cette vitalité des échanges entre citoyens lambda que notre démocratie représentative à bout de souffle pourra peut-être retrouver un nouvel élan, à condition que nos élus acceptent qu’ils doivent effectivement rendre des compte à leurs concitoyens dans la durée et ne pas seulement se contenter, à l’approche des échéances électorales, de promesses lénifiantes totalement irréalistes et jamais tenues.

C’est en tout cas le pari que fait depuis des années le Cercle progressiste carnussien (CPC) que d’ouvrir le débat à tous ceux qui le souhaitent pour inciter chacun d’entre nous à réfléchir aux enjeux de société et aux dossiers d’actualité, locale ou planétaire. Parce que nous sommes convaincus que des citoyens curieux et informés, quelles que soient leurs opinions politiques propres, sont nécessaires au bon fonctionnement d’un régime démocratique républicain et tout simplement à une vie en société apaisée et bienveillante…

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’a été créé en 2001 le CPC pour justement faciliter la démocratie participative et le débat citoyen dans une ville marquée, du fait de son histoire et de son évolution, par de forts clivages identitaires et un certain repli sur soi. En 2009, l’ouverture d’un blog collectif a permis d’amplifier ces débats d’idées au-delà des outils plus classiques et d’impact très local que sont l’organisation régulières de réunions et de conférences ouvertes à tous, ainsi que l’édition d’un journal diffusé périodiquement dans toutes les boîtes aux lettres de Carnoux.

Statistiques de fréquentation du blog à ce jour

L’impact de ce blog est incontestable puisque, 8 ans plus tard, ce sont déjà 1145 articles qui y ont été publiés, rédigés par 23 auteurs différents sur des sujets les plus divers que nous laissons à chacun le soin de découvrir par lui-même. Et l’audience est au rendez-vous puisque le site enregistre près de 200 000 visites sur cette période, avec désormais en moyenne de l’ordre de 150 visites chaque jour.

Le nouveau site Facebook du CPC

Et voila que l’aventure continue puisque le CPC vient en parallèle d’ouvrir au public son site Facebook, histoire de toucher davantage de personnes via un outil plus accessible, avec des annonces plus courtes et plus percutantes. Informations sur nos conférences, brèves incisives, réflexions, informations d’actualité et liens vers certains articles du blog, voila notamment ce que vous trouverez sur le site Facebook du CPC : à consulter sans aucune modération et à diffuser dans votre réseau d’amis selon le principe bien connu qui veut que les petits ruisseaux font les grandes rivières !

L.V.  

Vote FN : des élus locaux qui n’en peuvent plus…

22 mai 2017

Daniel Delomez, maire d’Annezin (crédit photo © La Voix du Nord)

L’histoire avait fait le buzz sur internet au soir du premier tour des élections présidentielles, rapportée par de nombreux médias. Daniel Delomez, maire Divers Gauche de la petite ville d’Annezin (5500 habitants) située à proximité de Béthune dans le Pas-de-Calais avait piqué une colère noire en constatant que 38 % de ses concitoyens avaient voté pour Marine Le Pen (et près de 20 % pour Jean-Luc Mélenchon). C’est un journaliste du quotidien local, l’Avenir de l’Artois, qui avait recueilli son cri du coeur dimanche 23 avril à l’issue du dépouillement : « C’est catastrophique ! Il est possible que je démissionne car je ne veux pas consacrer ma vie à des connards ».

Relayée par le journaliste sur Twitter, la petite phrase a eu beaucoup de succès. Trop manifestement au goût de l’élu qui depuis a affirmé regretter cette analyse à chaud, manifestement trop impulsive. Assailli de coups de téléphone et de nombreuses injures, le maire d’Annezin est revenu à un comportement plus mesuré et dit regretter désormais ses paroles un peu excessives. En tout cas il ne démissionnera pas, ainsi que Libération l’a confirmé, et ses « connards » d’électeurs devront donc supporter encore quelques années sa mauvaise humeur passagère.

Toujours est-il que l’édile a fait des émules et que d’autres que lui se sont lâchés au vue de ce score fleuve du FN. C’est notamment le maire de la petite commune de Haute-Corse, Castello-di-Rostino (414 habitants) qui a durement apostrophé ses concitoyens, lesquels avaient voté à plus de 61 % pour Marine Le Pen au second tour des présidentielles.

Le village de Castello-di-Rostino

Son texte, publié notamment sur Facebook, est pourtant nettement plus mesuré que celui de son collègue des Hauts-de-France. Évoquant la cérémonie du 8 mai 1945, prévue au lendemain de l’échéance électorale, il écrit ainsi : « Au lendemain d’une consultation électorale où la commune a donné une large majorité à la candidate représentant le parti de l’idéologie fasciste et tournant le dos aux valeurs universelles de la liberté et de la dignité humaine, ma conscience politique et le respect dû à ces hommes dont les noms sont inscrits, pas par hasard, mais au terme du sacrifice ultime, sur le monument aux morts, ne m’autorisent pas à lire le message commémoratif. La honte me submerge. Ce sont les excuses de la commune que je présenterai devant le monument aux morts, à l’égard de ceux qui ont sacrifié leur propre vie pour nous libérer d’une idéologie obscure dont est issue la candidate à la présidence de la République ».

Un message murement réfléchi donc et fortement moralisateur, que tous ceux qui avaient voté Front National, n’ont guère dû apprécié…

Eric Gold, maire adjoint de Saint-Priest-Bramefant (crédit photo © GAZETTE )

C’est sur un tout autre ton que s‘est exprimé entre les deux tours Eric Gold, maire adjoint Divers Gauche de la petite commune du Puy-de-Dôme, Saint-Priest-Bramefant, près de Vichy. Constatant que 155 de ses concitoyens avaient glissé dans l’urne un bulletin au nom de Marine Le Pen, il s’était laissé aller sur son compte Facebook à une apostrophe bien sentie et personnalisée de ceux qui avaient ainsi franchi le pas. Quelques extraits de sa diatribe rapportée notamment par Libération et Le Canard enchaîné :

« A toi, Pierrick, qui pense que l’on ne peut plus sortir tranquille, je veux simplement te rappeler que la dernière fois que quelqu’un s’est fait molester à Saint-Priest tu n’étais pas né… A toi Emile, qui pestes contre toutes ces aides sociales, je te rappelle que tu es celui qui a bénéficié des plus gros montants au titre de l’aide de la collectivité pour l’habitat et que ta mère perçoit l’APA […] A toi Daniel, qui veut faire payer les fraudeurs, je te rappelle que bosser au black, ce n’est pas la règle […] A toi, Marcel qui honoreras de ta présence la cérémonie du 8 Mai, pense à ceux qui dans les années sombres, ont fui la guerre comme d’autres le font aujourd’hui…» Une liste adressée à huit électeurs de Marine Le Pen qui se termine ainsi : «aux 143 autres, qui souhaitent une petite phrase avec leur prénom, je me tiens à leur disposition.»

Un dessin du regretté Charb

Bien évidemment, l’élu a pris le soin de changer les prénoms, mais il semblerait que chacun se soit largement reconnu. L’un d’entre eux le lui a dit d’ailleurs clairement depuis : « Tu as été dur avec moi, mais tu as été bon, je pense que je ne voterai plus FN ». Tous bien entendu n’ont pas été aussi sensibles à cette remontrance de leur maire adjoint (qui vient en fait tout juste de laisser son poste de maire pour prendre la tête de la communauté de communes), ancien professeur des écoles de son état. Ce dernier souhaitait d’ailleurs initialement que son texte soit l’émanation collective de l’ensemble des maires du secteur, mais aucun d’entre eux n’a eu le courage de le suivre dans son entreprise pédagogique, de peur de se mettre à dos un électorat qui vote FN par frustration et par crainte du déclassement mais qui reste souvent proche de ses élus locaux. Ceci dit, l’élu qui a ainsi mis les pieds dans le plat, a depuis retiré son texte de son compte Facebook et reconnaît lui-même que son initiative a suscité « une certaine gêne » dans sa commune, on veut bien le croire…

Voilà en tout cas une démarche que ne risque pas d’adopter le maire de Carnoux où le Front National est pourtant arrivé une fois de plus en tête, au premier comme au second tour de ces même élections présidentielles. A la surprise générale, celui qui jusque là se disait apolitique et aurait pu justement s’appuyer sur une telle posture pour fustiger les valeurs que soutient le parti d’extrême droite, après avoir clairement dit qu’il voterait pour François Fillon, avait en effet apporté son parrainage à Nicolas Dupont-Aignan, celui-là même qui avait signé un accord de gouvernement avec le Front National en vue de se placer comme premier ministre de Marine Le Pen en cas de succès de cette dernière. Voilà au moins un positionnement de notre maire qui a dû être apprécié par la majorité d’électeurs frontistes présents sur la commune !

L.V.