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Totalitarisme numérique : Pékin montre la voie…

23 avril 2018

Depuis quelques semaines, tous ceux qui gèrent de près ou de loin des données numériques n’ont que cet acronyme à la bouche : RGPD. Ce qui signifie bien sûr, comme chacun l’aura deviné, règlement général pour la protection des données. Un nouveau règlement européen qui entrera en vigueur simultanément dans tous les pays de l’Union européenne le 25 mai 2018, et que les parlementaires français s’efforcent d’examiner en urgence en vue de sa transposition dans le droit français.

Ce nouveau corpus réglementaire, qui abroge la directive de 1995 sur les données personnelles, nécessite en effet d’adapter la loi dite Informatique et liberté, adoptée en 1978 et révisée en 2004. Il permettra de conforter les droits individuels par rapport à leur fichage informatique, avec un niveau d’information plus élevé et la création d’un droit à l’effacement pour ceux qui souhaitent voir leurs données personnelles retirées de certains fichiers.

Un dessin de François Cointe

Il vise aussi à alléger certaines formalités administratives en matière de déclaration des fichiers auprès de la CNIL, la Commission nationale informatique et liberté, en favorisant un contrôle a posteriori assorti de lourdes sanctions financières pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros voire 4 % du chiffre d’affaire mondial, de quoi faire trembler Facebook et Google

Tous les acteurs publics qui gèrent des fichiers contenant des données personnelles vont devoir en tout cas se mettre à la page en commençant par désigner un délégué à la protection des données qui sera le garant de la bonne mise en œuvre de cette nouvelle directive plus exigeante en matière de protection des données individuelles, et tout particulièrement celles dite sensibles, car concernant les orientations politiques, religieuses ou sexuelles d’une personne, voire les données à caractère médical, judiciaire ou ethnique.

Un dessin de Denis Boutant (source © Les Echos Publishing Experts infos – 2017)

Et pendant ce temps-là, les Chinois non seulement ne s’embarrassent pas de ce type de précautions, mais sont en train de mettre en place une situation de totalitarisme numérique à côté de laquelle celle imaginée par le romancier Georges Orwell dans son célèbre roman d’anticipation 1984, passe pour une aimable bleuette.

Ainsi que l’a révélé le Washington Post fin 2016, le Parti communiste chinois a développé un système, dit de « crédit social » permettant de collecter de manière systématique les données personnelles des 1,4 milliards d’habitants du pays, afin de noter ces derniers. Le dispositif est des plus simples et relève du flicage classique mais appliqué à une échelle jamais imaginée jusqu’alors.

Un dessin de Gros, publié dans Marianne le 6 avril 2018

Monsieur Li, citoyen lambda, se risque à griller un feu rouge. Au vu des millions de caméras qui fleurissent à chaque coin de rue, ce n’est guère prudent et le voilà qui perd 50 points sur son compte individuel, initialement crédité de 1000 points. Pour peu qu’il oublie de payer l’amende dans les délais, c’est encore 100 points en moins… Si de surcroît il se permet d’aller consulter sur internet des sites qui ne sont pas du goût du gouvernement, voire d’acheter via internet des livres qui ne s’inscrivent pas dans la ligne du parti, sans même aller jusqu’à dialoguer avec des citoyens considérés comme opposants au régime, voilà son crédit de points qui s’effrite dangereusement.

Et Monsieur Li s’aperçoit alors qu’il n’est plus autorisé à voyager en première classe où à acheter un billet d’avion pour un séjour à l’étranger. La promotion qu’il attendait depuis des années est brusquement refusée, il n’a plus accès au crédit immobilier et ses enfants qui ambitionnaient d’intégrer une université reconnue voient leur inscription rejetée.

Le Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, désormais élu à vie (photo © Michael Clement – RIA Novosti/Camera Press/Redux)

Il ne reste plus d’autre solution à Monsieur Li pour récupérer des points lui permettant de retrouver une vie sociale normale, qu’à aller sur les sites officiels pour approuver bruyamment les dernières réformes du gouvernement et de son chef bien aimé, Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine depuis 2013 et désormais assuré depuis la toute récente modification de la constitution adoptée le 17 mars 2018, de rester à vie à ce poste.

Avec un tel système, on se doute bien que de toute façon il ne doit plus grand-chose avoir à craindre d’éventuels opposants. Selon l’agence de presse Chine nouvelle, ce dispositif qui se met en place progressivement jusqu’en 2020, permettra dès le 1er mai prochain, de bloquer l’achat par les citoyens les moins bien notés, d’un billet d’avion ou de train.

La base de données gigantesque qui se constitue ainsi sera alimentée par les fichiers de l’administration, les banques, les hôpitaux, les réseaux de caméras de surveillance urbaine à reconnaissance faciale mais aussi par les plateformes privées qui gèrent les réseaux sociaux et les sites d’achat en ligne. Un dispositif imparable de contrôle social qui devrait permettre de traquer le moindre comportement déviant et transformer le peuple chinois en un troupeau de moutons, aussi conformistes que dociles.

De quoi réaliser le vieux rêve de Mao Tsé-toung qui plaçait le « contrôle de la pensée » au cœur de son système politique, et de quoi donner des idées à bien d’autres dirigeants dans le monde…

L.V. 

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Thaïlande : un dictateur en carton pâte…

13 janvier 2018

L’hologramme de Jean-Luc Mélenchon en meeting à Aubervilliers le 5 février 2017 (source : LCI)

Chacun se souvient encore du candidat Jean-Luc Mélenchon qui avait frappé les esprits pendant la dernière campagne présidentielle française en ayant recours à des hologrammes pour dupliquer son effigie et se rendre omniprésent sur la scène médiatique en multipliant les meetings sans même prendre la peine de se déplacer. Un bel exemple de saturation de l’espace médiatique qui lui avait permis de faire le buzz, à défaut de gagner les élections dont il avait été éliminé dès le premier tour, après avoir quand même réuni sur son nom un peu plus de 7 millions de voix.

Manifestement l’idée de multiplier ainsi sa personnalité pour se rendre omniprésent séduit de nombreuses autres personnalités de par le monde. On en a vu encore dernièrement un exemple en Thaïlande où le général Prayuth Chan-ocha, au pouvoir depuis son coup d’État en mai 2014, a fait installer plusieurs maquettes en carton pâte à son effigie grandeur nature dans les jardins du siège du gouvernement avant la journée des enfants pour que ces derniers, invités à visiter l’édifice, puissent se prendre en selfie aux côtés du chef de la junte.

Des enfants en visite posent à côté de l’effigie du général devant le palais du gouvernement à Bangkok le 8 janvier 2018 (source : Reuters)

Il faut dire que le général en question s’était offert un bon coup de publicité planétaire la veille, en présentant à la fin de sa communication de presse, réduite au strict minimum, sa maquette grandeur nature aux journalistes qui auraient été tenté de lui poser des questions dérangeantes. « Si vous voulez prendre une photo, ou poser des questions sur la politique ou les conflits, demandez à ce type. Bye Bye », a-t-il glissé avant de s’éclipser discrètement laissant l’assemblée de journalistes sans voix…

Le général thaïlandais Prayuth Chan-ocha présentant son effigie en carton aux journalistes le 8 janvier 2018 (photo capture Twitter – source : Cnews)

Il faut dire que le général Prayuth Chan-ocha n’est pas un adepte de la transparence en matière de communication politique, ni d’ailleurs un ardent défenseur de la démocratie. Commandant en chef de l’armée royale thaïlandaise depuis le 30 septembre 2010, ce royaliste convaincu fut l’un des principaux artisans de la destitution du Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé déjà par un coup d’état militaire le 21 septembre 2006, alors qu’il se trouvait en déplacement à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies.

Yingluck Shinawatra, ici en 2012, ex premier ministre de Thaïlande, renversée par un coup d’État en 2014

En 2011, la propre sœur de l’ex Premier ministre déchu, Yingluck Shinawatra, devient à son tour chef de gouvernement après que son parti, le Front national uni pour la démocratie et contre la dictature, a remporté haut la main les élections, bien que son ancien leader soit alors sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour « terrorisme » émis par la Cour criminelle de Bangkok.

Mais en Thaïlande l’instabilité politique est chronique, dans un pays qui a connu pas moins de 20 coups d’État depuis l’instauration en 1932 d’un régime de monarche constitutionnelle dans ce qui s’appelait alors le Royaume de Siam. S’y affrontent depuis des années deux clans irréconciliables. D’un côté les Chemises rouges, représentées surtout par les classes moyennes et populaires, qui réclament davantage de mesures en faveur du pouvoir d’achat et contre la pauvreté, plutôt favorables à une démocratie à l’occidentale et de plus en plus opposés à la monarchie. La famille Shinawatra et son parti, dénommé depuis 2008 le Pheu Thai, sont les leaders de cette tendance qui remporte toutes les élections depuis 2001.

Manifestation de Chemises rouges en mai 2014 (Photo © Reuters)

En face, le camp des Chemises jaunes, constituée d’une élite urbaine, conservatrice, hostile à la démocratie et fervente soutien de la Royauté, représentée depuis octobre 2016 par le nouveau roi Rama X. Ce dernier, fils de l’ancien roi Bhumipol qui avait régné pendant 70 ans sur le pays et était décédé en octobre 2016, a été proclamé roi le 1er décembre 2016 à l’âge de 64 ans. Mais le nouveau roi, qui passe l’essentel de son temps en Allemagne et qui s’est distingué par de nombreuses excentricités au point d’élever au rang de maréchal son fidèle chien Fufu, est tout sauf pressé d’accéder au trône. Il a d’ailleurs laissé quelques mois le pays aux mains d’un régent de 96 ans, lui-même ancien général putchiste, le temps de se préparer, et son couronnement n’est prévu qu’en mars 2018…

Rassemblement de Chemises jaunes en novembre 2008 (Photo © Pornchai Kittiwongsakul / AFP)

C’est bien entendu ce clan des Chemises jaunes que sert avec conviction le général Prayuth Chan-ocha qui n’a pas supporté l’arrivée au pouvoir de la sœur Shinawatra, après avoir éliminé le frère aîné. Le 7 mai 2014, après 7 mois d’affrontement qui avaient fait au moins 28 morts et sous la pression de la junte militaire dirigée par le général, la Cour constitutionnelle de Thaïlande a donc purement et simplement destitué le Premier ministre Yingluck Shinawatra, laquelle a été condamnée en janvier 2015 à cinq ans d’inéligibilité. En cause : son plan de subvention pour les riziculteurs, que les militaires trouvent excessivement coûteux.

Le 20 mai 2014, l’armée a donc instauré la loi martiale et établit la censure sur l’ensemble du territoire national. Deux jours après, le général Prayuth Chan-ocha a pris le pouvoir, histoire de « restaurer l’ordre et lancer les réformes ». Toute critique à l’égard du chef du gouvernement auto-proclamé, de sa politique ou de ses proches est désormais considérée comme un crime de lèse-majesté, donc une atteinte indirecte au roi et est par conséquent punissable de 3 à 15 ans d’emprisonnement. Un procédé redoutablement efficace pour museler toute opposition, bloquer des milliers de sites internet et clouer le bec aux journalistes trop entreprenant…

Affrontements à Bangkok en février 2017 (source CBSnews – Photo © Apichart Weerawog / AP)

A son arrivée au pouvoir en 2014, le général Prayuth Chan-ocha, avait promis des élections dans un délai de 1 an et trois mois. Quatre ans plus tard, les élections se font toujours attendre pour une raison assez simple comme l’analysait à l’époque une spécialiste du pays, Eugénie Mérieau, pour Le Monde : « Sauf à emprisonner les 16 millions d’électeurs du parti de Thaksin, la junte ne peut pas imaginer organiser un scrutin dont le résultat lui soit favorable, dans un avenir proche ou même lointain ».

En attendant, le général à la tête du pays fait régner la terreur auprès des opposants éventuels et des journalistes. Il s’est déjà amusé à caresser l’oreille d’un technicien à l’occasion d’une conférence de presse, de lancer une peau de banane sur un cameraman, de menacer quelqu’un avec son pupitre et même de menacer d’exécuter tous les journalistes qui se hasarderaient à critiquer son gouvernement. Des blagues de potache bien entendu, de la part d’un bout-en-train, dans un pays merveilleux où, selon l’Express, un journaliste de la BBC encourt 5 ans de prison pour avoir eu l’outrecuidance de vouloir mener un travail d’investigation sur des fraudes immobilières réalisées au détriment de retraités européens…

L.V. 

Les « haut-perché-e-s » à l’assaut des Hauts de Carnoux…

19 septembre 2015

Blog229_AfficheL’artiste Rodia Bayginot exposera à la médiathèque de Carnoux-en-Provence du 15 au 25 septembre 2015 ses suspensions en tissu, dans le cadre d’une thématique science et art sur les arbres. Elle sera présente dans l’installation vendredi 25 septembre de 17 h à 19 h, en compagnie de l’équipe de la médiathèque et de la naturaliste Claude Gadbin-Henry.

« Les haut- perch-ée-s », leur nom a d’emblée évoqué, à mes yeux, ces arbres tropicaux, dépourvus de troncs, qui doivent utiliser le corps des autres végétaux arborés pour accéder à la lumière source d’énergie et garante de survie pour l’espèce…

Regardez les : ils se balancent doucement, agités par les souffles environnants. Elles/Ils sont de tissus : surfaces souples constituées par un assemblage de fils tressés ou maillés, dit le Robert.

Semblables et différentes sont les feuilles, constituées de tissus foliaires à la surface lisse où glissent les gouttes de pluie, mais qui possèdent de minuscules ostioles, parfois béantes, pour capturer sur son passage éphémère, l’eau nourricière …

Ces arbres des tropiques, en croissant étranglent parfois, ceux qui les ont portés vers le soleil, depuis leur naissance. Ainsi ces Ficus étrangleurs, survivront sans tronc, mais portés par leurs vigoureuses racines aériennes. Ce sont elles qui  apporteront les sels de la terre, assimilés grâce à l’énergie solaire…Cependant, que leur généreux « sus-porteurs », vont mourir doucement…

Blog229_PhCarnoux

Mais les « haut- perché-e-s »s, n’ont nul  besoin d’étrangler leur tuteur !  Rodia leur a donné une suspension ronde et mobile qui leur permet de se retourner vers les spectateurs ébahis !

Groupés en un lieu, elles/ils deviendront forêt : le mystère est dévoilé : Ils recèlent en leur sein des êtres étranges, énigmatiques… un visage ? serait-ce celui d’une sylphide, d’une fée ?  Se présentent un elfe, un sylphe, un enfant, un passant  tous assez sages pour se cacher et vivre là ?…

Leurs petits compagnons évoquent à s’y méprendre les « animalcules » que sont bactéries, champignons, arthropodes.  Ils sont les « minuscules », qui assurent le futur de cette forêt suspendue. Sa survie dépend de leurs activités, ils transforment les tissus végétaux et animaux en nouveaux nutriments pour les tous hôtes de cette forêt !

Ces « haut-perché-e-s » regorgent de vies et du dynamisme discret et durable des lointaines et familières forêts.

Claude Gadbin-Henry

Expression interdite à la médiathèque municipale de Carnoux

20 mars 2015

Carnoux-en-Provence a la chance de bénéficier d’une superbe médiathèque municipale, bien gérée et très agréable à fréquenter. Le groupe de lecture KATULU ?, créé à Carnoux en 2008 et désormais rattaché au Cercle progressiste carnussien, compte bien entendu parmi ses membres des usagers très assidus de ce haut-lieu de la culture et du plaisir de lire. C’est donc tout naturellement qu’ils ont proposé depuis déjà quelques années aux responsables de la médiathèque municipale d’y déposer quelques exemplaires gratuits de leurs notes de lecture que l’association édite régulièrement (et dont des extraits sont d’ailleurs régulièrement publiés sur ce même blog), afin de faire partager ses impressions et ses coups de cœur au gré de ses lectures.

La médiathèque de Carnoux

La médiathèque de Carnoux

Aucune intention mercantile ni le moindre prosélytisme ne se cachent derrière cette démarche purement altruiste qui consiste simplement à partager avec d’autres le plaisir (ou pas…) pris à la lecture d’un roman ou d’un essai passionnant, envoûtant, bouleversant, ou franchement déconcertant… Il ne s’agit pas de convaincre pour faire vendre du papier et encore moins d’orienter les choix d’un autre lecteur mais simplement de faire part des émotions et des réflexions éprouvées à la lecture d’un livre. La plupart des médiathèques en France, et celle d’Aubagne toute proche de chez nous en est un bon exemple, laissent volontiers un espace d’expression pour leur club de lecture local, car qui peut le mieux parler d’un livre que celui qui vient de le lire ?

Panneau d'affichage du club de lecture à la médiathèque d'Aubagne

Panneau d’affichage du club de lecture à la médiathèque d’Aubagne

A Carnoux cependant, les choses sont toujours plus compliquées et la proposition n’a pas été accueillie avec un grand enthousiasme ! Audience a donc été demandée au premier magistrat de la commune qui nous a reçu le 27 août dernier et à qui la représentante du groupe de lecture a donc exposé sa requête. Monsieur le Maire, dans sa grande sagesse, a répondu qu’il réfléchirait à la question.

Plusieurs mois ont passé, confirmant à quel point la réflexion sur un sujet aussi grave était nécessaire. Ne voyant rien venir, nous nous sommes permis d’interroger de nouveau Monsieur le Maire qui nous a répondu qu’après réflexion il n’accéderait pas à notre demande. Nous attendons depuis lors qu’ils nous en explique la raison mais nous commençons à désespérer de la recevoir un jour. Au vu de ses explications orales, il semblerait d’ailleurs qu’il n’y ait pas grand chose à justifier sinon qu’il s’agit d’une décision arbitraire de sa part et que cela ne se discute pas. Et si on insiste un peu, il finit par lâcher que certains membres de Katulu  voteraient à gauche, ce qui suffit à les rendre suspects à ses yeux.

Blog167_PhMediatheque2Il existe malheureusement de nombreux pays de par le monde où la liberté d’expression n’existe pas. Ce n’est bien évidemment pas le cas à Carnoux où nous avons la chance de vivre dans un état de droit, qui plus est démocratique, et nous nous en réjouissons. Il n’en reste pas moins que nous nous inquiétons de cette dérive de certains de nos élus locaux qui, sous prétexte qu’ils ont été désignés à une large majorité, s’estiment en droit d’imposer leur point de vue et de décider seuls de la manière de disposer des biens publics qu’ils gèrent provisoirement au nom de la collectivité. Y aurait-il donc un tel risque politique à laisser quelques citoyens écrire librement ce qu’ils ont pensé du dernier roman de David Foenkinos ?…

L.V. PetitLutinVert

Le maire de Carnoux en guerre (sélective) contre l’affichage sauvage

10 décembre 2014

C’est le journal La Provence du 3 décembre 2014 qui le raconte : en marge du dernier conseil municipal a été abordé le problème de l’enlèvement récent d’affiches dans la ville de Carnoux, et le maire, Jean-Pierre Giorgi, a clamé haut et fort sa ferme volonté d’interdire désormais tout affichage sauvage sur la commune, déclarant en conseil municipal : « Après concertation de la gendarmerie et de la police municipale, la décision a été prise d’enlever toutes les affiches. Cependant l’affichage sera permis uniquement lorsqu’elles émaneront d’associations caritatives et humanitaires et uniquement à des endroits autorisés » .

Extrait d'un article paru dans La Provence le 3 décembre 2014

Extrait d’un article paru dans La Provence le 3 décembre 2014

Rappelons les faits. Plusieurs événements étaient en effets organisés les deux derniers week-ends de novembre : marché de Noël, loto, conférence… Ce qui est le signe que l’activité associative est diverse et variée à Carnoux. Mais le vendredi 21 novembre, la police municipale a enlevé toutes affiches annonçant ces manifestations au prétexte qu’il y avait trop de pancartes sur le mail et aux entrées de la ville. Le tout sans même bien entendu songer à en avertir les responsables : à Carnoux, la concertation ne se fait qu’avec la gendarmerie et la police municipale, pas avec les acteurs associatifs …

AfficheConfReseau_A4coulLe Cercle Progressiste Carnussien a, parmi d’autres, fait les frais de ce magistral coup de balai. Il organisait une conférence ce lundi le 1er décembre, ouverte et gratuite comme d’habitude. Ses affiches, soigneusement attachées sur les arbres le long du mail, ont été arrachées par la police municipale quelques heures seulement après avoir été mises en place et sans que personne ne songe même à nous le signaler.

La conférence ainsi annoncée portait sur l’échange de savoirs et de services, un thème porteur de valeurs humanistes et visant à développer l’esprit de partage dans l’espace de la vie locale qui en a bien besoin. L’action caritative et fraternelle dans notre société consumériste se nourrit d’une information et d’une réflexion à partir des expériences existantes. C’était effectivement le sens de ce rendez-vous, qui a eu lieu comme prévu et qui a permis de faire connaître aux Carnussiens présents une démarche originale favorisant le lien social par l’échange de savoirs et de compétences. C’est aussi cela la culture : apprendre à se connaître à travers des projets communs pour éviter la défiance, la suspicion et finalement le rejet de cet autre « qui ne pense pas comme moi » mais qui est aussi digne que moi.

Comme pour toute activité qui réclame temps, énergie et volonté en vue de saisir la complexité de notre société et d’en améliorer le fonctionnement local, notre association cherche légitimement à sortir de l’isolement et à faire partager ses initiatives le plus largement possible. Aussi, la décision du maire d’interdire désormais tout affichage permettant de faire connaître les initiatives des associations locales est perçue comme un véritable acte de censure relevant de l’autoritarisme. Le panneau lumineux municipal étant en panne à cette date, le seul lieu d’affichage public autorisé proposé par la mairie est un panneau minuscule situé devant la poste et pour lequel il convient de déposer en mairie une demande : après plusieurs jours d’attente, si le maire en est d’accord et si une place se libère sur le panneau, vous aurez peut-être la chance de voir votre affichette visible au milieu d’une nuée d’informations diverses et variées…

A Carnoux, un seul panneau d'affichage public pour 7000 habitants... et c'est la mairie qui a la clé...

A Carnoux, un seul panneau d’affichage public pour 7000 habitants… et c’est la mairie qui a la clé…

L’affaire n’en restera sans doute pas là et en tout cas le Cercle Progressiste Carnussien ne s’avoue pas vaincu. Certes, l’affichage sauvage est interdit par la loi et nul ne blâmerait notre maire de veiller à ce que la règle soit appliquée à la lettre. Encore faudrait-il que ce soit le cas. Sur quelle base légale s’appuie en effet notre édile pour procéder à un tri sélectif entre les évènements qui sont autorisés à s’afficher et ceux qui sont traqués par la police ? Pourquoi laisser dès le 23 novembre le Rotary Club couvrir la ville de ses affiches annonçant le marché de Noël juste après avoir arraché toutes celles des autres associations ? Certaines associations seraient-elles plus associatives que d’autres ?

Affichage sauvage toléré à Carnoux ? Photo prise le 5 décembre 2014...

Affichage sauvage toléré à Carnoux ? Photo prise le 5 décembre 2014…

Que dire aussi des affiches purement commerciales collées sauvagement sur les panneaux d’abribus et qui étaient encore en place le 5 décembre dernier comme en atteste la photo ci-dessus : la commune n’aurait-elle pas les coordonnées du gérant qui exploite la salle municipale de l’Artea afin de lui faire part de cette décision récente annoncée en conseil municipal ?

La loi impose à chaque commune de disposer d’un nombre minimum d’espaces publics d’affichage permettant la libre expression des acteurs locaux afin de faciliter la vie associative. Pour quelle raison la commune de Carnoux serait-elle seule à s’affranchir de cette obligation légale ? Quand la commune acceptera t-elle enfin de disposer des panneaux d’affichage accessibles devant les principaux lieux de passage de la ville ? En tant que citoyen, nous apprécions que nos élus s’efforcent de faire appliquer les lois de la République, encore faudrait-il qu’ils ne prennent pas la liberté de les interpréter à leur guise et de les appliquer de manière trop sélective…

S. J.