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Au Gabon, les élections mettent le feu aux poudres

3 septembre 2016

Alors qu’en France les prochaines élections présidentielles approchent à grands pas, aiguisant l’appétit de toute la classe politique qui commence déjà à se déchirer, l’élection qui vient de se dérouler au Gabon est en train de virer à la tragédie. Contrairement à la présidentielle française, la gabonaise se joue à un seul tour. Le président sortant, Ali Bongo Ondimba, briguait tout naturellement un second mandat de 7 an, histoire de prolonger au moins jusqu’en 2023 une tradition familiale bien ancrée.

Omar Bongo et Jacques Foccart

Omar Bongo et Jacques Foccart

Rappelons en effet pour mémoire que son défunt père, l’ex employé des PTT de Libreville Omar Bongo, avait dirigé ce pays de 1967 jusqu’à sa mort en juin 2009, date à laquelle les Gabonais avaient tout naturellement élu son fils pour le remplacer à la tête du pays : la force de l’habitude sans doute… « En Afrique, le pouvoir se prend et ne se rend pas », disait Omar Bongo. Le fils a bien retenu la leçon !

Il n’est peut-être pas inutile non plus de rappeler que feu Omar Bongo a toujours été très proche des cercles dirigeants de l’ancienne puissance coloniale française. C’est Jacques Foccart en personne, éminence grise du général de Gaulle pour les affaires africaines, qui avait eu l’idée en 1965 de désigner cet ancien membre des services secrets français comme héritier du premier président gabonais Léon Mba, tombé gravement malade en 1965. Un petit toilettage de la constitution avait alors été opéré pour créer un poste de vice-président et des élections avaient été organisées à la va vite en mars 1967 pour que le président soit réélu avec son nouveau dauphin désigné, histoire de le légitimer juste avant la mort du président en exercice, quelques mois plus tard.

Omar Bongo avec l'ancien président Léon Mba

Omar Bongo avec l’ancien président Léon Mba

Du cousu main qui permet au nouveau président de s’installer au pouvoir pour plus de 40 ans. En 1973, il remporte haut la main (avec 99,6 % des suffrages) une première élection présidentielle après que son principal opposant ait été -heureux hasard- assassiné par deux mercenaires français. C’est le début du « miracle gabonais » grâce à la hausse des prix du pétrole dont le pays est producteur. En 1977, son nouvel opposant, le poète Ndouna Depenaud, est assasiné à son tour, ce qui permet à Omar Bongo de se faire réélire triomphalement avec cette fois 99,8 % des voix…

Forcé à mettre en place une amorce de multipartisme à partir de 1990, après que les légionnaires français aient été appelés en renfort pour mater un début de révolte populaire, il est néanmoins constamment réélu depuis lors, avec encore plus de 79 % des voix lors de son dernier scrutin en 2005, contesté par l’opposition. C’est en Espagne qu’il décède en juin 2009 car il se méfiait depuis quelque temps des risques judiciaires encourus sur le territoire français où plusieurs membres de sa famille étaient poursuivis dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis » : plus de 150 millions d’euros investis en France sous forme de biens immobiliers, dont 33 appartements et hôtels particuliers.

L’ex juge Eva Joly, qui avait d’ailleurs placé sous sequestres l’un de ses comptes en Suisse, lui reprochait de s’être largement servi au détriment de sa population, s’étonnant que le Gabon dont le PIB est équivalent à celui du Portugal, ne construise que 5 km de route par an et possède un des taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde, tandis que les avoirs de son président dans la seule Citybank de New York ont été évalués, dans le cadre d’une enquête du Sénat américain, à 130 millions de dollars…

Nicolas Sarkozy accueilli chaleureusement à Libreville par son ami Omar Bongo le 27 juillet 2007 (photo P. Kovarik / AFP)

Nicolas Sarkozy accueilli chaleureusement à Libreville par son ami Omar Bongo le 27 juillet 2007 (photo P. Kovarik / AFP)

En 2007, Nicolas Sarkozy avait fait le voyage à Libreville pour demander à Omar Bongo des « conseils » pour sa propre campagne présidentielle, ce qui l’avait amené à nouer des relations très étroites avec son aîné, au point de lui donner satisfaction en limogeant son ministre de la coopération, Jean-Marie Bockel, tout comme l’avait fait François Mitterrand avec Jean-Pierre Cot quelques années auparavant.

En 2009, c’est donc tout naturellement que Nicolas Sarkozy avait approuvé l’arrivée à la Présidence gabonaise de l’un des fils d’Omar Bongo (lequel a reconnu pas moins de 54 enfants, ce qui rend sa succession quelque peu complexe…). Ali Bongo, qui était déjà ministre de la Défense de son père avait été élu avec officiellement 41 % des voix, contre plusieurs opposants dont André Mba Obame qui conteste ce résultat et revendique lui aussi la victoire. Selon certaines sources, Obame aurait effectivement été crédité de 42 % des suffrages, mais le Conseil constitutionnel gabonais, à la botte du clan Bongo valide le résultat officiel tandis que Nicolas Sarkozy se précipite pour féliciter chaudement son ami Ali Bongo malgré les émeutes qui embrasent alors la capitale gabonaise.

Le président sortant Ali Bongo (photo G. Fuentes / REUTERS)

Le président sortant Ali Bongo (photo G. Fuentes / REUTERS)

Lors des dernières présidentielles qui viennent de se dérouler, le président sortant avait failli être invalidé du fait des révélations montrant qu’il n’est pas de nationalité gabonaise, étant né au Nigéria et ayant en fait été adopté par Omar Bongo. Mais les faux certificats de naissance successifs fournis ont finalement suffi à le qualifier malgré les polémiques.

Pour cette élection, les principaux opposants s’étaient rangés sous la bannière de Jean Ping qui se présente au nom du Front uni de l’opposition pour l’alternance. Ancien ministre d’Omar Bongo, dont il fut le gendre, ce diplomate de haut vol a même présidé l’Assemblée générale des Nations-Unies en 2004-2005. A l’issue des élections qui se sont tenues le samedi 27 août, les premiers résultats donnent Jean Ping largement vainqueur avec environ 67 000 voix d’avance. Mais le 30 août, trois jours après le scrutin, il manque encore les résultats d’une des 10 provinces, celle du Haut-Ogooué, le fief de la famille Bongo. Cette province compte un nombre d’inscrits qui varie selon les versions mais qui tourne autour de 71 000.

Jean Ping, candidat de l'opposition contre Ali Bongo (photo T. Monasse/Xinhua/Sipa Press)

Jean Ping, candidat de l’opposition contre Ali Bongo (photo T. Monasse/Xinhua/Sipa Press)

Et là, miracle : alors que le taux de participation dans le reste du pays s’établit autour de 53 %, il atteint 99,93 % dans cette province particulièrement civique, avec bien entendu une nette préférence pour Ali Bongo qui recueille pas moins de 95,5 % des suffrages exprimés. Un heureux retournement de situation pour le président sortant qui se proclame donc vainqueur avec quelques milliers de voix d’avance !

Bien sûr, l’opposition a aussitôt crié au tripatouillage électoral et les débats ont été rudes au sein de la commission électorale, au point que les observateurs étrangers dépêchés par l’Union européenne ont été priés de sortir le 31 août au matin lors de l’analyse des résultats fraîchement arrivés du Haut-Ogooué…

Manifestations d'opposants à Libreville après l'annonce des résultats (photo M. Longari / AFP)

Manifestations d’opposants à Libreville après l’annonce des résultats (photo M. Longari / AFP)

Sitôt ces résultats proclamés, l’opposition a hurlé au scandale et depuis la situation est des plus confuses. Dès l’après-midi du 31 des manifestants se sont répandus dans les rues de Libreville où l’Assemblée nationale a été partiellement incendiée dans la nuit, provoquant de violents heurts avec l’armée qui s’était déployée en masse. On dénombre déjà au moins 5 morts suite à ces affrontements qui semblent se poursuivre et se propager à d’autres villes dont la capitale économique Port-Gentil.

Les États-Unis comme l’Union européenne appuient la demande de l’opposition de préciser les résultats par bureau de vote, quitte à procéder à un recomptage des bulletins dans les bureaux litigieux, ce dont le pouvoir en place ne veut même pas entendre parler. Même les ténors de la Droite française, à l’exception notable de Nicolas Sarkozy qui ne s’est pas exprimé, semblent reconnaître que le clan Bongo est peut-être cette fois allé un peu loin dans le tripatouillage électoral, c’est dire… En attendant, la situation reste pour l’instant bloquée et potentiellement explosive.

L.V.  LutinVert1Small

Colonisation et migrations : que nous enseigne l’histoire ?

30 octobre 2015
Le philosophe Edgar Morin

Le philosophe Edgar Morin

Cet article est issu des échanges entre Edgar Morin (sociologue et philosophe) et Régis Debray (universitaire) lors de l’émission Les Grandes Questions du 15 octobre dernier au cours de laquelle F.O. Gisbert invitait à débattre sur un sujet d’actualité : « Peut-on s’affranchir des frontières ? »

Outre la qualité des réflexions tenues qui ont laissé Gisbert à distance, c’est la hauteur de vue des propos des deux invités qui invite à aborder la question des réfugiés et des mouvements de migration en la reliant à celle de la naissance du monde contemporain suite au démantèlement du système colonial.

Petit rappel historique

Comme le développe Jean Bruhat dans l’article qu’il consacre à la colonisation dans l’Encyclopedia Universalis, le monde a connu deux grands systèmes coloniaux.

Le premier dont l’Espagne et le Portugal sont les initiateurs, marque le début du partage du monde et de ses ressources. Ces deux états sont ensuite suivis par la France, l’Angleterre et la Hollande qui font commerce avant d’installer des compagnies. Le cas de l’Allemagne est un peu différent car elle s’est unifiée bien plus tard alors que le partage du monde était déjà bien avancé.

Si le XIXème siècle voit apparaître les premières indépendances, la révolution industrielle, en Angleterre notamment, bouleverse l’organisation en compagnies qui ne suffisent plus pour satisfaire les besoins en matières premières et en débouchés pour les ventes de produits manufacturés.

Blog242_PhColonisationDébute alors, dans les années 1880-1890, le second système colonial et la création des empires. Cette époque de fièvre expansionniste et de distribution du monde, avec la création de l’empire britannique et de l’empire colonial français, s’achèvera avec la première guerre mondiale.

Durant cette période, de nouveaux concurrents apparaissent : l’Allemagne qui intervient en Afrique et dans les îles du Pacifique, l’Italie avec la Tripolitaine (Lybie) et des îles grecques, la Belgique au Congo (1908), et les USA à partir de 1888. Une nouvelle forme d’empire économique naît après la première guerre mondiale : l’URSS intervient en Chine, en Iran, en Amérique du Sud et dans l’empire Ottoman ; en 1930 le Japon se tourne vers la Chine.

Notons enfin le rôle joué par les puissances européennes (France et Grande-Bretagne) au Proche-Orient.

La décolonisation

La colonisation implique une occupation territoriale et une dépendance des pays occupés. Comme nous venons de le voir, il existe différentes formes de colonisation, de commerce avec les comptoirs, de peuplement avec la réception d’immigrants, de ressource avec la recherche et la production de produits de base, et enfin la colonisation stratégique. Cela s’accompagne par la mise en place d’administrations incorporées ou protégées qui toutes manifestent un souci de domination économique, politique et culturelle. La France s’est toutefois caractérisée par son hésitation entre assimilation et association.

Au-delà de jugements moraux, l’œuvre colonisatrice a été à la fois destructive et constructive, mais toujours au profit de la métropole.

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923...

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923…

Le démantèlement du système colonial a eu plusieurs conséquences dont une qui nous intéresse dans le contexte actuel et que l’auteur de l’article cité nomme une « balkanisation territoriale « (en Afrique comme au Proche-Orient) dont la caractéristique est l’absence de pleine prise en compte des réalités ethniques et géographiques.

...et les frontières actuelles du Moyen-Orient

…et les frontières actuelles du Moyen-Orient

La création de ces nouveaux états aux frontières souvent artificielles n’a pas réglé les questions économiques et politiques locales. Les peuples qui les composent, dans une économie mondialisée, ne parviennent pas à satisfaire les besoins d’autosubsistance.

Près d’un siècle après la seconde phase de décolonisation, nous sommes confrontés en Europe à la venue de ceux que l’on a colonisés.

M. M.

Côte d’Ivoire : une élection sous haute tension

23 septembre 2015

Alors qu’un nouveau coup d’état militaire vient tout juste de se produire au Burkina Faso, quelques semaines avant la tenue d’élections programmées pour le 11 octobre, voilà qu’on reparle de la Côte d’Ivoire où des élections présidentielles sont aussi prévues très prochainement. Ces élections, dont le premier tour devrait se tenir le 25 octobre, s’annoncent à haute tension avec pas moins de 33 candidats déclarés (mais 10 seulement retenus par le Conseil constitutionnel) et 34 000 soldats dont 6 000 casques bleus d’ores et déjà mobilisés pour en assurer la sécurité. Le président en exercice, Alassane Ouattara se présente à sa propre succession pour 5 ans, bien que déclaré inéligible par un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en 2000…

Alassane Ouattara avec son épouse Dominique, lors de son investiture en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

Alassane Ouattara avec son épouse Dominique, lors de son investiture en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

De nationalité burkinabé, il ne peut en effet prétendre à la magistrature suprême au vu de l’article 35 de la Constitution. Les accords de Prétoria avaient éludé ce point en lui accordant la possibilité de présenter quand même sa candidature à titre exceptionnel pour les élections de 2005, qui finalement n’ont pas eu lieu, mais la Constitution n’ayant pas été amendée depuis, ce point reste toujours pendant, pour les élections à venir comme pour les précédentes de 2010… Et ceci n’est qu’un des aspects de la situation politique pour le moins chaotique qui prévaut depuis des années dans ce pays.

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié qu’à l’issue des élections de 2010, deux des candidats se sont successivement autoproclamés vainqueurs : Alassane Ouattara revendiquait 54,1 % des suffrages tandis que le président sortant Laurent Gbagbo se voyait attribuer 51,45 % des voix par le Conseil Constitutionnel. On ne saura jamais lequel des deux l’avait réellement emporté car le camp Ouattara s’est toujours opposé à un recomptage des voix. Toujours est-il que cette situation avait débouché sur un véritable climat de guerre civile qui a fait plus de 3000 morts avec, incontestablement des exactions des deux côtés.

Laurent Gbagbo (à gauche) et Alassane Ouattara lors du débat avant le second tour des présidentielles en 2010 (source : news.abidjan.net)

Laurent Gbagbo (à gauche) et Alassane Ouattara lors du débat avant le second tour des présidentielles en 2010 (source : news.abidjan.net)

Une médiation internationale a bien été tentée sous l’égide de l’OUA, qui aurait même été sur le point d’aboutir si l’on en croit les confidences de son ex-président, l’Équato-Guinéen Téodoro Obiang au site Afrik.com. Mais c’était sans compter sans les appuis de la communauté internationale qui soutenait comme un seul homme son champion, économiste et ancien haut technocrate du FMI, Alassane Ouattara.

Alassane Ouattara aux côtés de Nicolas Sarkozy (DR)

Alassane Ouattara aux côtés de Nicolas Sarkozy (DR)

Le blocage a donc été réglé à l’ancienne, selon les bonnes vieilles traditions de la Françafrique, et à l’initiative du président de la République française Nicolas Sarkozy, grand ami d’Alassane Ouattara avec qui il entretient des relations très étroites au moins depuis 1993. A l’époque, Alassane Ouattara était premier ministre de Côte d’Ivoire, pays qui détenait la moitié de la masse monétaire en francs CFA, alors que Nicolas Sarkozy, comme ministre du budget, était à la manœuvre pour organiser la dévaluation de cette monnaie, opération qui aurait donné lieu à de gigantesques trafics par camions entiers chargés de billets avant que ne soit mis fin à la convertibilité du franc CFA, le 2 août 1993.

Bernard Houdin, ancien conseiller de Gbagbo

Bernard Houdin, ancien conseiller de Gbagbo

Déjà en 2002, un coup d’état fomenté par des groupes rebelles venus du nord du pays et du Burkina avait tenté de déstabiliser Laurent Gbagbo, élu deux ans plus tôt à l’issue d’un bras de fer avec le général putschiste Robert Gueï qui refusait de lui céder le pouvoir. Dans un livre qui vient de paraître (Les Ouattara, une imposture ivoirienne, éd. du Moment), Bernard Houdin, un proche de Laurent Gbagbo, laisse entendre que la France ne serait pas totalement étrangère à ces troubles, citant cette confidence que lui aurait faite Denis Tillinac en septembre 2002, selon laquelle les législatives qui ont suivi la victoire écrasante de Jacques Chirac ont amené à l’Assemblé une forte majorité de députés de droite qui « défilent tous à l’Élysée en répétant : on a viré Jospin, virons ses amis socialistes en Afrique ! ».

Finalement, les accords de Marcoussis en janvier 2003 permettront à Gbagbo de se maintenir au pouvoir mais ne supprimeront pas pour autant les troubles dans le pays jusqu’à l’attaque aérienne contre le camp de Bouaké en novembre 2004. En 2007, Gbagbo est contraint d’accepter comme premier ministre l’ancien chef de la rébellion Guillaume Soro, lequel échappera de peu à plusieurs attentats. On imagine donc sans peine dans quel climat délétère s’est déroulée en 2010 l’élection présidentielle maintes fois repoussée qui a vu s’affronter les deux vainqueurs autoproclamés Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara…

Blog230_PhLivreSarkoEn tout cas, la France alors n’a pas hésité pour choisir son camp comme le raconte benoîtement Nicolas Sakozy lui-même dans une confidence aux journalistes Nathalie Schuck et Frédéric Gerschel, que ces derniers se sont empressé de rapporter dans leur livre intitulé « Ça reste entre nous, hein ? Deux ans de confidences de Nicolas Sarkozy », publié en novembre 2014 chez Flammarion. Commentant l’intervention de l’armée française au Mali et en Centrafrique, il a ces mots d’anthologie : « Il y a eu une improvisation sur le Mali et la Centrafrique. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas intervenir, mais je n’ai toujours pas compris ce qu’on allait y faire. Le Mali, c’est du désert, des montagnes et des grottes. Quand je vois le soin que j’ai mis à intervenir en Côte d’Ivoire… On a sorti Laurent Gbagbo, on a installé Alassane Ouattara, sans aucune polémique, sans rien ».

Du grand art diplomatique en effet, exprimé avec une rare élégance et qui se traduit par un mois de combat, en mars 2011, puis par un assaut contre la résidence de Laurent Gbagbo et son arrestation le 11 avril.

Laurent Gbagbo devant le Cour pénale internationale à La Haye le 5 décembre 2011 (photo AFP)

Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale à La Haye le 5 décembre 2011 (photo AFP)

Il aura néanmoins eu plus de chance que son homologue lybien et est depuis emprisonné à La Haye où il devrait être jugé devant la Cour pénale internationale le 10 novembre prochain, accusé ni plus ni moins que de crime contre l’humanité… Pendant ce temps, sa femme, Simone Gbagbo, qui elle a été jugée en Côte d’Ivoire, a été condamnée à 20 ans de réclusion criminelle pour « attentat contre l’autorité de l’Etat, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à l’ordre public ». Comme l’avaient déjà remarqué les Romains, malheur aux vaincus…

Nicolas Sarkozy sensible aux charmes de la jeune Afrique à Yamoussoukro en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

Nicolas Sarkozy sensible aux charmes de la jeune Afrique à Yamoussoukro en mai 2011 (photo I. Sanogo / AFP)

Bref, tout indique que cette prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire ne sera qu’une formalité pour le président sortant Alassane Ouattara. D’autant que, comme se plaît à le rappeler RFI, ses adversaire du Front Populaire Ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo, se déchirent entre ceux qui voudraient garder la place de leur ex-leader et ceux qui préfèrent tourner rapidement la page à leur profit, au premier rang desquels le président actuel du FPI, Pascal Affi N’Guessan. Le terrain est donc largement dégagé pour Alassane Ouattara et il est très probable que, comme en mai 2011, son vieil ami, Nicolas Sarkozy, sera présent lors de sa prochaine investiture, ainsi que ses grands copains Martin Bouygues et Vincent Bolloré. Voila une Afrique enfin bien partie !

L.V.  LutinVertPetit

Yambo Ouologuem, un auteur malien à redécouvrir

3 août 2015
Yambo Ouologuem en 1968

Yambo Ouologuem en 1968

En 1968, alors que la décolonisation des pays africains est toute récente, ce jeune Malien, né au cœur du pays Dogon à Bandiagara d’une famille aisée, ancien élève de l’École normale supérieure et docteur en sociologie après avoir été étudiant au prestigieux lycée Henri IV à Paris, publie son premier roman aux éditions du Seuil : « Le Devoir de violence ». L’ouvrage est salué par la critique et lui vaut le prix Renaudot après avoir manqué de peu le prix Goncourt.

Premier romancier africain à recevoir une telle distinction, ce jeune enseignant de 28 ans, licencié ès lettres, licencié en philosophie, docteur en sociologie et diplômé d’études supérieures d’anglais, est alors promis à un bel avenir. Un an plus tard, il publie sous le pseudonyme d’Utto Rodolph, « Les Mille et une bibles du sexe », un roman érotique qui raconte les aventures sexuelles de quelques 300 couples libertins de la bourgeoisie européenne, un roman transgressif que certains comparent aux œuvres du marquis de Sade.Blog213_PhLivreBible

Pourtant, l’œuvre littéraire de ce romancier brillant connaît alors un coup d’arrêt brutal. Yambo Ouologuem est en effet accusé de plagiat pour avoir dans son premier roman fait figurer des citations d’autres auteurs, ce dont il se défend en accusant l’éditeur de n’avoir pas respecté les guillemets qu’il avait pris grand soin de figurer dans son manuscrit. Mais surtout, il se heurte à la critique de plusieurs intellectuels africains, adeptes de la négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor en tête, qui lui reprochent de ne pas donner du continent africain l’image idéalisée qu’ils cherchent à imposer pour justifier leurs critiques du colonialisme.

Affecté par ces critiques puis par le revirement de son éditeur qui retire de la vente son premier roman, l’auteur publie l’année suivante « Lettres à la France nègre » suivi de trois autres romans. Mais il décide finalement de rentrer au Mali à la fin des années 1970. Il y vit toujours, retiré en pays Dogon après s’être consacré à la direction d’un centre culturel près de Mopti et à l’édition de manuels scolaires.

Blog213_PhLivreDevoirSi l’on reparle aujourd’hui de cet auteur méconnu, c’est que ses deux ouvrages majeurs ont été réédités coup sur coup et que la critique littéraire redécouvre un écrivain injustement oublié. Réédité en 2015 aux éditions Vents d’ailleurs, son encyclopédie érotique est de nouveau accessible, de même que son fameux premier roman qui a été réédité en 2003 par Le Serpent à plumes et avait à l’époque fait l’objet d’une critique élogieuse dans le Monde Diplomatique.

Blog213_PhEsclavage

« Le Devoir de violence » raconte l’histoire d’un royaume africain fictif où règne la féodalité la plus brutale et l’asservissement cruel. L’esclavage y est pratiqué à grande échelle, avec la complicité des marchands arabes et européens. Une vision dérangeante effectivement qui ne montre pas les dirigeants de l’Afrique pré-coloniale sous leur meilleur jour… Ruse, corruption, ambitions personnelles ne reculant pas devant le recours au crime, guerres tribales, trahisons et manipulation de masse y sont monnaie courante dans ce royaume, mais pas plus dans cette société africaine que dans la plupart des autres qui ont subi un pouvoir autoritaire dépravé à un moment ou à un autre de leur histoire ! C‘est d’ailleurs en cela que ce roman est si universel et intemporel, même s’il a pu heurter lors de sa parution certains intellectuels engagés qui s’évertuaient à vouloir donner du continent africain avant l’invasion coloniale une image apaisée et idyllique.

Un roman contemporain et singulier, œuvre d’un grand écrivain qui mérite d’être redécouvert…

L.V. LutinVertPetit 

Le tour du Monde en 114 jours : 26ème escale

24 avril 2015

Après une escale sur l’île de Sainte-Hélène, nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde remontent l’Atlantique vers le Nord…

Mardi 21 avril, en mer

Les repas sur le bateau sont des moments importants, des moments de rencontres et d’échanges avec les autres passagers.

Le petit déjeunent est servi sous forme de buffet avec œufs, bacon, saumon, viennoiseries, confitures… C’est toujours très copieux et délicieux. Le repas de midi est soit un buffet si on veut manger vite, soit servi à table au pont deux, dans le restaurant Albatros.

Au restaurant l'Albatros

Au restaurant l’Albatros

Mais le repas de fête c’est celui du soir, à 18 h pour le premier service, et 20 h 30 pour le second. Les menus changent tous les jours. Tout le monde s’habille et les serveurs sont en spencers noirs : c’est très chic ! Il y a six sortes de plats, on peut tout commander ou sauter quelques étapes selon son humeur.

Voici un exemple de menu. Premier service : l’antipasto, avec 3 choix possibles : seiches fraîches grillées, tartare de bœuf ou soupe à l’oignon. Deuxième service : les pâtes évidemment (nous sommes sur un bateau italien, ne l’oublions pas !), risotto ou pâtes poêlées. Troisième service : le plat de résistance avec 5 choix possibles : homard et crevettes gratinés, filet de poisson blanc, filet de bœuf sauce au vin, escalope de dinde ou gnocchis sauce au parmesan. Quatrième service : les salades avec un grand choix de sauces et de garnitures. Cinquième service : les fromages, malheureusement presque toujours italiens… Sixième service : les desserts, avec au choix glace, fruits frais, Forêt noire ou Strudel aux pommes. Le tout est arrosé d’eau plate ou pétillante, ou bien de vin italien, à volonté et sans supplément, voire de vins plus fins à la carte en supplément .

Les repas sont frais et bien présentés, mais parfois un peu monotones quand on arrive au quatrième mois de croisière !

Mercredi 22 avril, Cap Vert

Place du Pilori à Praia

Place du Pilori à Praia

A l’aller, nous avions fait escale à Mindelo sur la plus septentrionale des 10 îles qui composent l’archipel du Cap Vert. Aujourd’hui, nous sommes à Praia, la capitale, sur une île beaucoup plus au sud. La petite ville est assez vivante, avec un joli marché et une église.

Nous affrétons un taxi pour nous rendre à une dizaine de kilomètres de là, vers Cidade Velha où se trouve la forteresse San Felipe, construite par les Portugais au XVIe siècle. C’était un lieu de regroupement, avant la mise en vente et le transport vers l’Amérique, des esclaves raflés au Sénégal, en Mauritanie, au Sierra Leone… Nous visitons aussi la pittoresque place du pilori, avec ses boutiques en plein air et ses guinguettes.

Plage de Praia

Plage de Praia

Un bon moment face à la plage de sable noir avec ses barques multicolores. Il fait chaud, mais les alizés permettent de respirer un air iodé très rafraîchissant. Retour au bateau à 19 h : le départ est prévu vers 20 h. Deux jours de mer nous attendent pour atteindre les Canaries ou nous aurons deux escales : Lanzarote et Ténérife.

Annie Monville

Le tour du Monde en 114 jours : 24ème escale

15 avril 2015

La croisière autour du Monde de nos deux globe-trotters se poursuit : après l’Afrique du Sud, les voici en Namibie.

Mardi 14 avril, Walvis Bay

Une journée « animalière » en Namibie : nous avons passé plus de 4 heures sur un catamaran dans ce qu’on appelle la lagune de Walvis Bay. Comme on nous l’avait promis, la vie sauvage y est riche, très riche… Des phoques familiers qui montent carrément sur le bateau, de grands pélicans qui nous suivent et survolent le navire, des milliers de goélands noirs en migration vers les plages de sable blond qui bordent la lagune, des flamants roses à profusion sur les plages, des dauphins qui batifolent autour du navire… On nous avait parlé de baleines à bosse mais nous ne les avons pas vues. Il est vrai que c’est un peu tôt dans la saison… Elles apparaissent plutôt vers le mois de juin.

Un phoque à fourrure du Cap

Un phoque à fourrure du Cap

Ce fut en tout cas une journée exceptionnelle avec un groupe de 18 personnes, fort sympathiques. Une collation au champagne avec les huîtres du pays (excellentes et très charnues) a été la bienvenue vers 13 heures !

De retour au navire, le shuttle nous emmène en ville. Il n’y a pas grand chose à y faire d’ailleurs, juste noter qu’on y parle l’afrikaans plus que l’anglais. Il paraît qu’on utilise aussi l’allemand puisque la Namibie a été colonie allemande de 1880 à 1918, mais nous n’avons pas pu le vérifier de nos propres oreilles.

Retour au bateau vers 5 heures. Cette journée de mer et de soleil nous a épuisés ! Une sieste s’impose donc dans la cabine et nous céderons volontiers à cette tentation bien innocente ! Quatre jours de mer nous attendent à présent pour atteindre l’île de Sainte-Hélène…

Annie Monville

Le tour du Monde en 114 jours : 23ème escale

12 avril 2015

Nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde se trouvent désormais en Afrique du Sud, après une première escale à Durban

Samedi 11 avril, Le Cap

Deux jours d’escale au Cap avec un temps radieux. Comme lors de notre dernier séjour ici, la magie a opéré et nous sommes tombés sous le charme de cette ville magnifique !

Blog175_PhBush

Route en corniche au dessus du Cap

Route en corniche au dessus du Cap

Le premier jour, avec une voiture de location (une petite Hyundai très agréable, pour un prix modeste et une prestation très pratique puisque le loueur vous l’apporte au pied du bateau) nous avons descendu la presqu’île qui mène au mythique cap de Bonne-Espérance et au cap Aghulas. Ces deux caps se disputent l’honneur d’être le plus au sud du continent africain ! Il semblerait que Aghulas soit le plus méridional mais Bonne-Espérance reste le plus connu et le plus visité…

L’endroit se situe dans un parc national et on y côtoie des autruches, des zèbres, des babouins, des antilopes…, tous en liberté devant l’Océan atlantique dont les rouleaux énormes se brisent sur une côte rocheuse et déchiquetée.Blog175_PhAutruches1

Simon's Town, à 24 km du cap de Bonne-Espérance : un petit café avec des amis...

Simon’s Town, à 24 km du cap de Bonne-Espérance : un petit café avec des amis…

A Simon’s Town nous avons pris des sandwiches dans un petit bar sympa et sommes allés pique-niquer sur la plage et prendre un bain dans les eaux fraîches (18 degrés ?) et cristallines de l’Océan indien. Au retour nous nous arrêtons à Hout Bay (au sud du centre-ville de Cape Town) : une balade sur le port avec ses langoustiers nous permet de rencontrer des Congolais venus ici pour fuir la guerre et la misère. Les Congolais sont d’ailleurs nombreux au Cap et ils éprouvent toujours du plaisir à s’adresser à nous dans un français parfait.

Un super repas de poisson et fruit de mer dans un petit restaurant et nous rentrons au bateau assez tard mais sans difficultés, la voiture ayant un GPS.

Le second jour nous faisons à cinq un grand tour de ville grâce aux bus à impériale « hop on hop off ». Notre premier arrêt nous amène bien sur au sommet de la Montagne de la Table, point incontournable de toute visite ici. De là-haut, à 1100 m d’altitude, la vue est fascinante : des buissons bas parsèment le sol de grès gris, on voit des oiseaux colorés, des dassies, petits mammifères qui n’existent nulle part ailleurs, de la taille d’une petite marmotte, avec une fourrure brune.

La ville du Cap depuis le sommet de la Montagne de la Table

La ville du Cap depuis le sommet de la Montagne de la Table

Le bus nous emmène ensuite le long des plages de sable doré qui bordent la côte. C’est samedi, donc il y a foule, des enfants noirs ont formé une chorale, ils dansent et chantent avec une belle énergie, le corps décoré de peinture blanche.

Excellent repas en bord de mer et on repart vers le centre. Mais il faut savoir que tout est fermé le samedi après midi ! Nous ratons donc la cathédrale et le fort érigé par les Hollandais et rentrons au port. Une longue attente pour remplir les formalités de sortie du territoire, une bonne douche et un dîner léger. Deux jours très denses où nous n’aurons pas tout vu, loin de là, mais où nous aurons pu goûter au charme de ce pays dont la végétation ressemble beaucoup à celle de Provence. Nous avons maintenant deux jours de mer pour atteindre la Namibie et Walvis Bay.

Annie Monville