Posts Tagged ‘Marseille’

Demain, une autoroute solaire à Marseille ?

27 septembre 2022

L’énergie solaire, bien qu’intermittente, présente l’avantage d’être inépuisable et pourrait permettre de couvrir largement nos besoins en électricité, à condition de pouvoir être stockée, ce qui n’est pas si simple… Depuis des années maintenant on voit fleurir des panneaux photovoltaïques sur nombre de toits, initialement surtout dans le but de revendre l’électricité produite au réseau public à un prix garanti très attractif, désormais pour consommer directement l’électricité ainsi produite, ce qui limite la question de son transport… On voit aussi de plus en plus des bâtiments publics mais aussi des hangars agricoles, industriels ou commerciaux qui offrent généralement de belles surfaces de toitures, se recouvrir de panneaux photovoltaïques.

Cave viticole de Bonnieux, dans le Vaucluse, largement recouverte de panneaux photovoltaïques depuis une bonne dizaine d’années (source © Cave de Bonnieux)

Une alternative particulièrement judicieuse aux centrales solaires installées au sol sous forme de panneaux simplement posés sur supports fixes ou orientables, voire avec concentration sur une tour centrale, mais qui occupent de l’espace, au détriment d’autres usages. Certains ont bien essayé de développer des panneaux solaires sur ombrières pour les installer au milieu des cultures, mais avec un risque de concurrence voire de gêne pour les travaux agricoles. D’où l’idée d’installer les panneaux photovoltaïques de préférence dans les lieux où ils ne font pas concurrence à d’autres usages. Outre les toitures ou les anciennes décharges difficiles à réhabiliter, comme celle d’Entressen, dans la Crau, ce sont maintenant les canaux de distribution d’eau voire les plans d’eau qui sont sollicités, même si l’installation s’y traduit par un surcoût significatif.

Des panneaux photovoltaïques déjà très présents sur les hangars agricoles, et ce n’est qu’un début… Un dessin signé Félé

Dans le même esprit, l’adjoint du maire de Marseille en charge de la transition écologique, Sébastien Barles, vient de proposer d’installer des panneaux solaires au-dessus des autoroutes urbaines de l’agglomération, l’A7, l’A50 et la L2. Une proposition qui s’inscrit dans la lignée de la labellisation de la ville de Marseille, retenue en avril dernier par la Commission européennes parmi les 100 villes qui visent la neutralité carbone en 2030. A l’époque, la candidature de Marseille avait un peu fait sourire tant la cité phocéenne partait de loin, après avoir fait le choix pendant des décennies du tout voiture, avec ses lacunes légendaires en matière de transports en commun, de préservation des ressources naturelles et de gestion des déchets notamment. Elle a pourtant été retenue avec 8 autres villes françaises parmi les 23 qui avaient candidaté, aux côtés des autres grandes métropoles passées en 2020 aux mains d’une municipalité à participation écologiste, à l’instar de Lyon, Paris, Nantes, Bordeaux, Grenoble ou Angers.

Marseille, retenue parmi les 100 villes accompagnées par la mission européennes en vue de la neutralité carbone d’ici 2030 (source © FNE PACA)

Et comme Marseille a un long chemin à parcourir pour atteindre cette bien hypothétique neutralité carbone d’ici 2030, il va falloir beaucoup d’imagination et de volonté politique ! D’où cette idée, un peu farfelue au premier abord, de recouvrir les autoroutes urbaines de panneaux solaires… L’écologiste Sébastien Barles n’est d’ailleurs pas tout seul à la porter et il était entouré, lors de sa présentation en conférence de presse jeudi 22 septembre 2022, notamment par le président du groupe écologiste au conseil municipal marseillais, Fabien Perez, par le président de la FNE 13, Richard Hardouin, mais aussi par le nouveau député LFI Hendrick Davi et le sénateur écologiste des Bouches-du-Rhône, Guy Benarroche.

Représentation de ce que pourrait être demain l’A50 recouverte de panneaux photovoltaïques (photo © P. Laurenson / Marsactu)

Car même si l’idée est séduisante, certains obstacles réglementaires empêchent pour l’instant sa mise en œuvre et il faudra peser politiquement pour les déverrouiller, en profitant par exemple du prochain examen de la loi sur l’accélération des énergies renouvelables. En supposant ces obstacles aplanis, il s’agirait de recouvrir 26 km d’autoroute, en commençant par un tronçon démonstrateur de 2 km sur l’A50 entre Marseille et Aubagne, la couverture permettant, non seulement de fournir de l’électricité (de quoi alimenter 6 000 logements rien qu’avec ces 2 premiers kilomètres), mais aussi de diminuer les nuisances sonores liées au trafic routier sur ces axes urbains régulièrement saturés.

Certes, la facture est un peu élevée, estimée à la bagatelle de 240 millions d’euros pour les 26 km visés à terme. Mais les élus sont optimistes pour lever les fonds nécessaires en mixant financement privés et publics (on voit mal la région PACA ne pas mettre la main à la poche pour un tel projet qui s’inscrit parfaitement dans sa prétention d’avoir « une COP d’avance »…), quitte à faire appel à la souscription des particuliers sous forme de participation pour un projet qui pourrait présenter un retour sur investissement évalué à 8 ans seulement.

Projet de serpent solaire imaginé par le suédois Mans Tham (source © Techniques de l’Ingénieur)

Ce projet s’inscrit en tout cas en droite ligne du Solar serpent présenté en 2010 par l’architecte suédois Måns Tham : une sorte de couverture semi-transparente des voies de circulation sous forme d’un revêtement en écailles constituées de panneaux photovoltaïques. Le concept avait été testé dès 2011 en Belgique sous forme de panneaux solaires posés sur le toit d’une tranchée couverte permettant au TGV de franchir en toute discrétion une zone naturelle protégée au nord d’Anvers. Un investissement de 15,6 millions d’euros qui permet de produire l’électricité dont a besoin le même TGV pour 2 heures de trajet…

Depuis, le coût des installations solaires a nettement baissé et l’opération devient de plus en plus intéressante, même si l’installation de panneaux photovoltaïques sous forme d’ombrières au-dessus de nos voies de circulation représente un surcoût qui reste très significatif par rapport à une installation photovoltaïque traditionnelle et ne peut donc se justifier que par les autres avantages recherchés. Il va donc falloir sans doute beaucoup de persuasion aux écologistes marseillais pour convaincre du bien fondé de leur projet, peut-être en argumentant que cette future couverture solaire de nos autoroutes urbaines permettra désormais de « rouler à l’ombre » même en période de forte chaleur…

L. V.

Alerte : les gorgones se meurent !

25 septembre 2022

Le réchauffement climatique a encore fait une nouvelle victime ! Depuis la mi-août 2022 les alertes se multiplient dans le milieu des plongeurs méditerranéens : les gorgones, ces magnifiques ramifications colorées qui tapissent les tombants du Parc national des Calanques sont en train de dépérir de manière spectaculaire. Les premières observations ont été faites après les gros orages du 17 août 2022 qui ont balayé la région et fait, une nouvelle fois déborder le Vieux-Port de Marseille, faute de gestion des eaux pluviales adaptée au régime méditerranéen.

Bouquet de gorgone en train de dépérir dans le Parc des Calanques (photo © Patrick Bonhomme / Parc national des Calanques)

Dès le lendemain, des plongeurs se sont inquiétés d’observer un blanchissement inexorable des branches de gorgone, ces bouquets admirables de couleur vive qui constituent un des principaux attraits des fonds méditerranéens. Dès lors, les scientifiques ont commencé à multiplier les observations sur les différentes aires marines protégées de la côte provençale où les gorgones pourpres Paramuricea clavata forment de larges colonies qui se fixent sur les substrats rocheux des fonds marins situés entre 7 et 110 mètres de profondeur.

Le plus souvent pourpre, parfois jaune, les gorgones comme les coraux sont des colonies constituées d’un squelette souple en forme de ramification arborée que se partagent les polypes, de petits animaux munis de tentacules, rattachés à la grande famille des cnidaires qui comprend aussi les méduses ou les anémones de mer. Grâce à cette disposition en éventail le long des branches de l’arborescence généralement disposée perpendiculairement au courant dominant, les polypes filtrent l’eau avec leurs tentacules et se nourrissent ainsi de micro-organismes.

Colonie de gorgone pourpre dans les calanques marseillaises (photo © H Thédy / Parc national des Calanques)

Ces colonies qui tapissent le talus continental en Méditerranée occidentale ont une croissance excessivement lente de l’ordre de 2 à 3 cm par an, mais leur longévité peut atteindre une cinquantaine d’années. Elles forment ainsi une véritable forêt sous-marine qui, à l’instar des grandes barrières de corail qui ceignent les atolls polynésiens, constituent un biotope particulièrement favorable, servant de refuge à une grande variété d’espèces sous-marines. On considère ainsi que pas moins de 15 à 20 % des espèces connues en Méditerranée se concentre à proximité de ces forêts de gorgones, ce qui explique que les plongeurs en soient aussi friands.

Justement, depuis un mois maintenant, les plongeurs ne cessent de multiplier les alertes, constatant avec désespoir que les gorgones de Méditerranée commencent par se nécroser, blanchissent et deviennent cassantes puis finissent par mourir sur pied. Les chercheurs du Parc national des Calanques et de nombreuses associations locales dont Septentrion Environnement, qui œuvre pour la sauvegarde des richesses sous-marines de la Méditerranée, se relaient pour inspecter l’ensemble des spots où ces gorgones sont particulièrement développées.

Un plongeur inspecte des gorgones en train de dépérir dans le Parc national des Calanques (photo © Olivier Bianchimani / 20 minutes)

Et partout le constat est le même : un véritable spectacle de désolation, comme lorsque, au lendemain d’un feu de forêt, on inspecte avec tristesse et dans un silence de mort, le sol couvert de cendre et les moignons noircis de ce qui était la veille encore une magnifique forêt verdoyante, bruissant du chant des oiseaux.

De nombreux prélèvements ont été réalisés pour analyser en laboratoire les causes sans doute multiples de ce véritable massacre qui s’est produit en l’espace de quelques semaines et qui a déjà décimé, selon les premières estimations, 90 % des colonies de gorgones dans les Calanques et plus largement depuis la Côte bleue jusque sur les rivages du Var. Plusieurs facteurs peuvent en effet se combiner pour expliquer cette mortalité inhabituelle : processus biologiques complexes, modification du microbiote associé, survenue d’agents pathogènes, facteurs génétiques de résistance plus ou moins grande au stress thermique, etc.

Prélèvement de gorgones jaunes Eunicella cavolinii pour analyse génétique (photo © T. de Bettignies / MNHN)

Mais la raison principale de ce dépérissement soudain est d’ores et déjà parfaitement identifiée et ne fait aucun doute pour les scientifiques. C’est bien une fois de plus le réchauffement climatique qui en est le responsable, car les gorgones sont extrêmement sensibles aux variations de température. Or cet été, la température de l’eau sur nos côtes méditerranéennes a atteint des records jamais enregistrés, jusqu’à 27 °C à 30 m de profondeur ! C’est trop pour les gorgones qui ont littéralement séché sur pied…

Ce n’est certes pas la première fois que de telles canicule sont observées dans nos régions et l’on avait déjà constaté des épisodes sévères de dépérissement des gorgones pourpres dans les aires marines protégées de Méditerranée où elles font l’objet d’un suivi scientifique, notamment en 1999, 2003, 2006 et 2009, justement à l’occasion de périodes marquées par de fortes canicules prolongées.

Mais lors de ces épisodes antérieurs, le taux de mortalité n’avait guère dépassé 10 à 15 %, ce qui permet une survie des colonies. Il n’en sera peut-être pas de même après cet été 2022 excessivement meurtrier… Sachant qu’il faut une cinquantaine d’années pour reconstituer une colonie ainsi décimée, il est probable que l’on n’est pas près de revoir le doux frémissement des ramures pourpres de gorgones sur les tombants des Calanques, d’autant que toutes les modélisations annoncent une accentuation de la fréquence et de la sévérité des épisodes de canicules dans les années à venir : on commence à assister aux premiers effets probablement irréversibles du changement climatique…

L. V.

Philippe Echaroux enchante la montagne

12 septembre 2022

Le photographe marseillais Philippe Echaroux n’en finit pas de faire parler de lui. Nous avions déjà évoqué sur ce blog ses œuvres aussi spectaculaires qu’éphémères qui revêtent souvent un caractère engagé voir pédagogique. Devenu une véritable référence mondiale en matière de street art 2.0, en remplaçant les bombes de peintures qui dégradent durablement les murs tagués malgré eux, par un vidéoprojecteur surpuissant, il n’hésite pas à afficher sur les façades de Marseille, de La Havanne, de New York ou de Venise ses slogans humoristiques, profonds ou provocateurs.

Projection de Philippe Echaroux sur le Cap Canaille (source © Philippe Echaroux)

Mais Philippe Echaroux est aussi un artiste engagé qui embrasse de multiples causes. Celles des enfants des rues de Calcutta comme celle de la déforestation qui menace la forêt amazonienne. Après avoir projeté un portrait géant de Zinédine Zidane sur le pignon aveugle d’une maison marseillaise de la Corniche, Philippe Echaroux s’est rendu en 2016 au fin fond de la forêt amazonienne pour y rencontrer des représentants d’un peuple indien méconnu, les Suruis, au contact de la civilisation occidentale depuis une cinquantaine d’années seulement, et aux prises avec la déforestation qui menace leur écosystème millénaire.

Projection dans la forêt amazonienne d’un visage Surui (source © Philippe Echaroux / Destimed)

Ses portraits de membres de la tribu Suruis, projetés de nuit sur les immenses arbres qui les entourent créent un univers onirique des plus étranges qui a beaucoup amusé les Indiens assistant à la genèse et à la mise en œuvre de ce projet artistique pour le moins original. Mais cette œuvre éphémère dont les photographies témoins ont été exposées dans une galerie parisienne fin 2016, sont avant tout un acte écologique militant. Celui d’un artiste qui cherche à convaincre par l’émotion esthétique que la défense de la forêt amazonienne est une condition de la survie de l’humanité, et pas seulement des quelques tribus qui y vivent en symbiose avec le milieu naturel.

Projection de Philippe Echaroux sur les arbres de la forêt amazonienne (source © Philippe Echaroux)

« Derrière chaque arbre déraciné, c’est un homme qui est déraciné ». Tel est le message fort que cherche à faire passer Philippe Echaroux à travers ce projet spectaculaire. Et il entreprend la même démarche pour attirer l’attention sur la fonte inexorable des glaciers alpins, n’hésitant pas à crapahuter de nuit avec un guide de haute montagne, sur ce qu’il reste de la Mer de glace pour projeter sur le monde minéral qui l’entoure ses messages d’alerte sur cette glace qui hurle en fondant comme une vulgaire boule de crème glacée entre les mains d’un gamin capricieux.

Projection de Philippe Echaroux sur la Mer de Glace qui fond désespéramment (source © Philippe Echaroux)

Car Philippe Echaroux est un vrai amoureux de la montagne et de ceux qui l’habitent. Alpinistes, gardiens de refuges, bergers d’alpage ou secouristes de haute-montagne, autant de figures auxquelles l’artiste marseillais a voulu rendre hommage dans une série de portraits géants qu’il a projeté au cours de l’été 2022 et jusqu’au 30 septembre, sur les façades de plusieurs villages du Parc des Écrins, dans les Hautes-Alpes, et de l’Oisans, en Isère.

Philippe Echaroux dans le massif des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

Une exposition in situ dans de petits villages de montage, qui attire les touristes de passages et les amoureux de la montagne, tout en rendant un hommage magnifique à ceux qui y vivent toute l’année. Photographe portraitiste reconnu, Philippe Echaroux sait mieux que personne rendre toute l’humanité de ces visages burinés par le soleil des longues courses en altitude et désireux de faire partager leur passion de ces paysages naturels dont l’accès se mérite par l’effort.

Projection sur une façade du village de Villar-d’Arène dans le Parc des Écrins (photo © Patrick Domeyne / Made in Marseille)

On ne peut que saluer cette belle initiative qui vise à réenchanter ces paysages alpins et à valoriser cette pratique d’un alpinisme authentique et respectueux de la nature, tout en faisant appel à un art à la fois original, d’une beauté esthétique incontestable, minimisant son impact environnemental par son aspect éphémère et virtuel, mais en même temps porteur d’un message humaniste fort : bravo l’artiste !

L. V.

Métropole : la CRC rend son verdict

6 septembre 2022

Le 1er juillet 2022 avait marqué la disparition officielle des Conseils de Territoires, ces fantômes du passé hérités de l’éclatement de l’aire métropolitaine marseillaise en autant de baronnies défendant chacune ses propres intérêts politiques. L’étape suivante de la réforme tant attendue de la Métropole jamais aboutie Aix-Marseille-Provence, consiste désormais à revoir la répartition de ses compétences et surtout de ses ressources budgétaires. Une phase délicate car c’est justement le point sensible de cette intercommunalité qui n’a jamais réussi à fonctionner correctement, faute de la moindre volonté politique commune des élus locaux de dépasser leur propre intérêt pour construire enfin un destin métropolitain commun.

Séance du dernier conseil métropolitain Aix-Marseille-Provence, le 30 juin 2022 (photo © ML / Marsactu)

La question de la répartition des ressources financières entre la Métropole et ses 92 communes membres est justement le point de cristallisation de ces désaccords, à l’origine notamment de la démission fracassante de la maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains qui avait violemment claqué la porte de la Métropole en novembre 2021… Face au constat de l’incapacité totale des élus locaux à se mettre d’accord sur des sujets aussi douloureux, le législateur n’a eu d’autre ressources, à l’occasion de l’adoption de la loi 3DS dont un chapitre est consacré exclusivement à tenter de remettre la Métropole AMP sur de bons rails, que de confier à la Chambre régionale des Comptes (CRC) le soin de tirer au clair ces questions financières aussi complexes que conflictuelles.

Notons au passage que cette décision est un sérieux camouflet pour la CLECT, cette commission locale d’évaluation des charges transférée, qui a justement pour mission de calculer le coût des charges liées au transfert de compétences entre les communes et leur intercommunalité. Il revient ensuite à l’exécutif, autrement dit aux élus réunis tant en conseil municipal qu’en conseil communautaire, d’adopter les attributions de compensation qui en découlent et qui vont fixer le montant des flux financier avec chacune des communes membres. Le fait de demander à la CRC de faire ce diagnostic à sa place revient donc à acter l’impuissance de la CLECT qui aurait dû faire ce travail depuis bien longtemps, dans les mois qui ont suivi la création de la Métropole AMP au 1er janvier 2016. Une véritable claque pour notre maire, Jean-Pierre Giorgi, qui préside justement cette CLECT et qui se vante d’être un expert en finances publiques…

Les locaux de la Chambre régionale des Comptes PACA (source © GoMet)

Le rapport de la CRC, qui a été remis lundi 29 août à Martine Vassal, n’a pas encore été rendu public et ne le sera qu’à l’issue d’une présentation et d’un débat qui aura lieu lors d’un prochain conseil communautaire en octobre. Il n’aura d’ailleurs aucun caractère prescriptif et vise simplement, selon la CRC « à éclairer les élus locaux dans la perspective d’un nouveau pacte financier et fiscal métropolitain ». Mais la presse locale, Marsactu en tête, s’est déjà procuré une copie de cet avis et n’a pas pu s’empêcher d’en faire part, décryptant en termes plus prosaïques, le langage feutré et rigoureusement policé des magistrats de la CRC, suivie rapidement par ses confrères de La Marseillaise et de La Provence.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que, malgré toutes les circonlocutions de rigueur de rigueur de ce type de rapport officiel, le constat est accablant… L’analyse confirme ce que tout le monde savait, à savoir que la Métropole ne fonctionne pas car elle reverse aux communes des sommes considérables, ce qui ne lui permet pas de faire face aux véritables enjeux métropolitaines qui sont pourtant sa raison d’être ! Comme le déplore Marsactu, « la Métropole est restée figée à ce qu’elle était au moment de sa création : un agglomérat d’intercommunalités et autant de petits arrangements ».

Ainsi, pour le dernier exercice 2021, alors même que la métropole est fonctionnelle depuis plus de 5 ans, ce sont pas moins de 632 millions d’euros qui ont été reversés par la Métropole aux communes, sous forme de ces fameuses attributions de compensation. Or, selon les calculs de la CRC, les sommes dues pour le strict respect des équilibres financiers entre la métropole et ses membres n’aurait pas dû excéder 453 millions d’euros. Ce sont donc 178 millions d’euros qui ont ainsi été indûment versés aux communes pour cette seule année (sans doute une petite erreur de calcul du président de la CLECT ?), mais qui ajoutés aux reversement des années antérieures représentent un pactole colossal qui aurait pu être investi pour assurer le développement de transports publics plus performants ou une collecte des déchets moins chaotique…

Le parvis de l’hôtel de ville de Carnoux, un ouvrage démesuré largement financé par la Métropole (source © Facebook)

Un mode de fonctionnement qui a fortement bénéficié aux communes qui, à l’instar de Carnoux, affichent, année après année, des excédents budgétaires conséquents, alors que la Métropole, comme d’ailleurs le Département, s’enfoncent dans un endettement inquiétant. La CRC note aussi que les transferts financiers qui se font en dehors de ces mécanismes de compensation des transferts de compétence, via la dotation de solidarité communautaire, relève de situations issues des anciennes intercommunalités et jamais revues depuis à l’aune métropolitaine, ce qui explique pourquoi la ville centre de Marseille, qui regroupe pourtant une part importante de la population métropolitaine, en est la grande perdante.

La CRC ne peut par ailleurs que constater ce que Jean-Claude Gaudin lui-même avait noté lors de la constitution de la Métropole en 2016, à savoir que certains territoires ont copieusement tiré la couverture à eux en chargeant lourdement la barque juste avant de passer le flambeau. Plusieurs communes, notamment du côté de Salon et d’Istres, avaient en effet astucieusement anticipé l’arrivée de la Métropole qu’ils combattaient pourtant de toutes leurs forces, en décidant in extremis la création d’équipements luxueux et l’augmentation des impôts locaux. A charge ensuite pour la Métropole de leur reverser les recettes issues de ces prélèvements et surtout d’assumer financièrement les coûts d’investissement et d’entretien des nouveaux équipements dont ces communes sont les seules bénéficiaires.

L’Arena d’Aix-en-Provence, un équipement de 62 millions d’euros, inauguré en 2017 et transféré à la Métropole par l’ex Communauté d’agglomération du Pays d’Aix (photo © Gilles Badier / La Provence)

L’ancien Pays d’Aix s’était fait le champion de cette entourloupe et concentre désormais sur son seul territoire plus de 80 % des fonds de concours versés par la Métropole. Rien qu’en 2021, ce sont ainsi 51 millions d’euros que la métropole a dû lui verser pour honorer des décisions d’investissement prises par l’ancienne Communauté d’agglomération du Pays d’Aix (CPA) à son seul profit juste avant sa dissolution. Une somme cinq fois supérieur à ce que cette même CPA investissait en 2013 avant que la Métropole ne se projette à l’horizon.

Autant d’opérations juteuses pour les territoires au détriment de l’intérêt général métropolitain qui nécessitent désormais une totale remise à plat sur la base du constat enfin objectivé par les magistrats de la CRC. Mais l’atterrissage risque d’être douloureux pour certaines communes dopées à la subvention métropolitaine et habituées à vivre largement au dessus de leurs moyens. On imagine déjà que les prochains débats en conseil communautaire seront animés et nul besoin d’être prophète pour supposer que les délais fixés par la loi 3DS pour un retour à un fonctionnement métropolitain plus rigoureux et plus équilibré auront bien du mal à être tenus…

L. V.

Conseil de territoire : la Dernière Séance…

4 juillet 2022

Voilà, c’est fait : le 1er juillet 2022, les six Conseils de territoire qui subsistaient encore comme un vestige historique des anciennes intercommunalités, maillant tant bien que mal le périmètre géographique des 92 communes de l’actuelle Métropole Aix-Marseille-Provence, ont donc bel et bien disparu : paix à leur âme…

Rappelons quand même au passage que la Métropole en question est dans les limbes depuis des années et opérationnelle depuis le 1er janvier 2016, malgré l’opposition acharnée de tout ce que le territoire compte de petits barons locaux accrochés à leur commune comme la moule à son rocher. Il a donc fallu six ans et une nouvelle disposition législative, en l’occurrence la loi 3DS, adoptée en février 2022, pour que, enfin, disparaissent ces résidus d’un passé révolu, héritages d’un découpage purement politique et devenus totalement obsolètes, sans réelle compétence sinon celles que les maires refusaient obstinément de transmettre à la strate métropolitaine pourtant créée à cette fin et surtout pourvues d’un fort pouvoir de nuisance, au point de pousser la Métropole à s’endetter dangereusement pour financer leurs petits caprices de potentats locaux au détriment de l’intérêt général.

La Métropole Aix-Marseille-Provence vue par le dessinateur Ysope, en 2015…

Bien évidemment, cette n-ième réforme de la métropole marseillaise ne réglera rien dans l’immédiat. On ne change pas par la loi un mode de fonctionnement qui perdure depuis des années et qui ne pourra évoluer que si les mentalités bougent, permettant de passer enfin d’un esprit de chapelle étriqué à une vision territoriale globale, solidaire et prospective.

Toujours est-il que les six Conseils de territoire de notre métropole ont tous tiré le rideau ces derniers jours, après une ultime séance d’adieu qui a eu lieu mercredi 22 juin pour le Pays d’Aix, le temps d’attribuer une dernière salve de subventions pour arroser au maximum avant de transférer la caisse à l’échelon métropolitain, suivie le lendemain par la dernière réunion de celui du Pays de Martigues, toujours sous étiquette communiste, avec ses trois malheureuses communes. Lundi 27 juin, c’était au tour du CT1, celui des 18 communes de l’ancienne Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, de tirer sa révérence, en même temps que celui d’Istres et avant celui d’Aubagne qui clôturait la série le lendemain.

L’amphithéâtre du Pharo, siège des réunions de la Métropole et de feu le Conseil de territoire Marseille-Provence (source © Made in Marseille)

Et pour cette ultime réunion du CT1, dans son amphithéâtre du Pharo, c’est donc le maire de la petite commune de Gémenos, Roland Giberti, grand brûlé de la toute récente législative où il avait été éliminé sèchement dès le premier tour, qui présidait pour la dernière fois ce Conseil de territoire moribond. Une belle cérémonie funéraire à laquelle avaient tenu à assister les 4 anciens présidents de cette instance en perdition. L’ancien maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, était ainsi venu en personne pour égrainer ses vieux souvenirs, rappelant avec raison que c’est son prédécesseur, Gaston Deferre, qui s’était opposé en 1966 et sur la base d’une simple analyse des rapports de forces politiques avec le parti communiste de l’époque, à la création d’une première communauté urbaine, faisant prendre 50 ans de retard à l’agglomération marseillaise par rapport à son homologue lyonnaise notamment. C’est ce même Jean-Claude Gaudin qui s’était retrouvé en 2000 à la tête de la toute nouvelle Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole, enfin créée à cette date, mais sur la base d’un périmètre très restreint puisque limité aux 18 communes alors dirigées par la droite, de la Côte bleu jusqu’à La Ciotat, en englobant au passage notre commune de Carnoux-en-Provence…

Dernière séance du CT1, le 27 juin 2022, avec, à la tribune, Eugène Caselli, Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, Roland Giberti, Guy Tessier et Jean Montagnac (photo © Julie Rampal-Guiducci / GoMet)

En avril 2008, alors que la droite était toujours largement majoritaire sur cet ensemble de plus de 1 million d’habitants et que Renaud Muselier s’apprêtait à en prendre la tête avec la bienveillance apparente d’un Jean-Claude Gaudin vieillissant, c’était finalement le socialiste Eugène Caselli qui était élu à la tête de l’institution, à la surprise générale, sauf pour les quelques maires de droite, dont celui de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, qui avaient préféré, pour une fois, voter à gauche, pour respecter le pacte passé avec le Président du Conseil général de l’époque, le socialiste Jean-Noël Guérini, qui lui ouvrait tout grand le chéquier du Département et lui promettait de financer un bel hôtel de ville flambant neuf : Paris vaut bien une messe…

Lors de inauguration de l’hôtel de ville de Carnoux, le 2 juillet 2022, Eugène Caselli, Joëlle Mélin, Martine Vassal, Christophe Mirmand, Jean-Pierre Giorgi et Jean-Claude Gaudin (photo © CPC)

Le grandiose nouvel hôtel de ville de Carnoux vient d’ailleurs d’être inauguré en fanfare, justement ce samedi 2 juillet 2022, et en présence, comme par hasard d’Eugène Caselli et de Jean-Claude Gaudin. Une belle cérémonie républicaine, en présence du Préfet Christophe Mirmand comme de l’ancien député Bernard Deflesselles et de celle qui vient de le remplacer, Joëlle Mélin, encore un peu plus à droite… La Présidente de la Métropole et du Département, Martine Vassal, qui a largement sorti son chéquier pour financer une bonne partie de ces investissements, au détriment d’autres territoires, a d’ailleurs failli s’étrangler lorsque Jean-Pierre Giorgi a rappelé que cette toute nouvelle construction majestueuse qui écrase le centre ville du haut de son parvis pyramidal, n’aurait jamais vu le jour sans la générosité du regretté Jean-Noël Guérini, toujours sénateur malgré sa récente condamnation en appel à 3 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité…

Jean-Noël Guérini, ici en 2013, alors président du Conseil général des Bouches-du-Rhône (photo ©
Anne-Christine Poujoulat / AFP / France TV info)

Toujours est-il que ce même Eugène Caselli, désormais retiré de la vie politique, n’avait pas de mots assez dur, lors de cette dernière séance du CT1, pour fustiger « les blocages localistes » de la part de ces petits élus locaux pour qui « la création d’entités intermédiaires a été le moyen de privilégier leurs propres intérêts à des logiques métropolitaines » : une critique dans laquelle nos élus locaux désormais à la tête de cette entité en dépit de tout esprit démocratique, de Roland Giberti à Jean-Pierre Giorgi, premier Vice-Président de cette institution avant sa disparition, ont dû quelque peu se reconnaître…

Eugène Caselli, Bernard Deflesselles et Jean-Claude Gaudin à Carnoux le 2 juillet 2022 avec Danielle Milon, maire de Cassis, et Joëlle Mélin, nouvelle députée (photo © CPC)

Le dernier et éphémère président de la Communauté urbaine, l’ancien député Guy Tessier, lui aussi désormais retiré de la vie politique, qui avait déjà enterré cette institution officiellement disparue le 31 décembre 2015, était présent également au Pharo ce lundi 27 juin 2022. De même que l’ancien maire de Carry-le-Rouet, Jean Montagnac, qui lui avait succédé en juillet 2017 et jusqu’en 2020, à la tête du Conseil de territoire, lequel avait donc remplacé l’ex Communauté urbaine malgré la création de la toute nouvelle métropole.

Et le plus cocasse est que cette ultime réunion du CT1 a permis d’entériner, comme si de rien n’était, pas moins de 180 délibérations, sur le tramway, les pistes cyclables ou la rénovation urbaine, à trois jours seulement du premier vrai conseil métropolitain, qui a eu lieu la même semaine, le vendredi 30 juin, au cours duquel quelques 202 délibérations ont été examinées au pas de charge, toujours sans réel débat quant à l’avenir du fonctionnement de la « Métropole de l’An II » comme s’est laissé aller à l’appeler sa présidente, Martine Vassal. Du moins les six président sortants des défunts Conseils de territoire qui ont disparu ce 1er juillet 2022 n’auront-ils pas tout perdu puisque la loi 3DS, dans sa grande mansuétude, leur octroie de fait le titre de vice-présidents de la Métropole, avec une délégation adaptée à leur territoire, ce qui leur permet au passage de conserver leur indemnité supplémentaire de 2139,16 € par mois : c’est l’essentiel ! Les actuels vice-présidents, à l’instar du maire de Carnoux, ont plus de souci à se faire car le cadre législatif n’a rien prévu pour eux, mais gageons que la Métropole ne les oubliera pas…

L. V.

Ce soir à Carnoux, des étoiles dans les yeux…

26 juin 2022

Ce lundi soir, 27 juin 2022 à 18h30, la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien dans la salle du Clos BLANCHETON (derrière la mairie) nous incitera à lever les yeux vers le ciel et à nous plonger dans cet immense cosmos qui nous entoure et qui a, de tout temps, fasciné l’esprit humain.

Du ciel à l’univers, le long cheminement de la pensée humaine, tel est le titre de cette conférence où il sera notamment question de cette longue évolution scientifique et intellectuelle qui a poussé les hommes de toujours à s’intéresser aux étoiles accrochées à la voûte céleste et à leurs mouvements complexes et changeants. Des bergers aux navigateurs, tous ont observé et se sont interrogés, suscitant tant d’interrogations que l’astronomie a pris, dès l’Antiquité la plus ancienne, une place majeure dans la curiosité humaine, devenant rapidement l’une des disciplines scientifiques importantes, où l’intelligence a pu exercer ses talents et faire rapidement progresser la connaissance globale.

Cette conférence sera animée par Jacques BOULESTEIX, astrophysicien, ancien directeur de recherches au CNRS, issu du Laboratoire d’astrophysique de Marseille dont les travaux sont justement à l’honneur dans un article récent publié cette semaine par La Provence.

Car Marseille fait partie de ces lieux où l’astronomie rejoint l’Histoire. C’est de là que serait parti l’explorateur grec Pyhéas, quelques 3 siècles avant J.-C. dans son voyage vers les mers du Nord dont le manuscrit s’est malheureusement perdu au fil du temps, peut-être dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Son périple le long des côtes scandinaves et sans doute jusqu’à celles de la lointaine Islande a permis de découvrir bien des nouveautés à une période où les frontières habituelles du « monde civilisés » s’arrêtaient aux Colonnes d’Hercule, notre détroit de Gibraltar actuel.

Portrait de l’explorateur massaliote Pythéas, par le sculpteur Auguste Ottin, en 1959, sur la façade du palais de la Bourse à Marseille (source © Tourisme Marseille)

Ses observations du soleil de minuit et ses descriptions très précises des marées océaniques qu’il est l’un des premiers à relier aux mouvements de la Lune, feront date. De même d’ailleurs que ces calculs très précis de la latitude terrestre à l’aide d’un gnomon, autrement dit un simple piquet en bois dont il mesure les ombres portées grâce au théorème de Pythagore ! Ses calculs de la latitude de Marseille s’avèrent d’une justesse remarquable pour l’époque, comme le confirmera au XVIIe siècle son lointain successeur, l’astronome français Pierre Gassendi !

Au XVIIe siècle justement, Marseille voit l’édification du premier observatoire dans l’arsenal des galères, sur le Vieux-Port, déplacé peu après dans l’enceinte du collège des jésuites, montée des Accoules. C’est là qu’en 1789 est embauché comme concierge un jeune Marseillais né dans les Hautes-Alpes, du nom de Jean-Louis Pons. Curieux de nature et doté d’une excellente acuité visuelle, il construit sa propre lunette astronomique en observant ses nouveaux collègues.

Jean-Louis Pons, le découvreur de comètes… (source © Aix-Planetarium)

Et en 1801, il découvre ainsi une nouvelle comète ! Il se prend au jeu et finira pas découvrir au total pas moins de 37 comètes, dont 23 depuis Marseille : un record mondial qui ne sera sans doute jamais égalé et qui lui vaut d’ailleurs, d’être nommé directeur adjoint de l’Observatoire impérial de Marseille en 1813…

Un observatoire qui, en 1864 s’est replié sur le site du palais Longchamp pour y être moins gêné par la pollution lumineuse de la Ville, avant que ne soit installé en 1937 le site de Saint-Michel l’Observatoire, en Haute-Provence, à une centaine de kilomètre au nord de Marseille.

Télescope géant au Chili, de 39 m de diamètre, dans le désert d’Atacama (source © Chile excepcion)

Même il faut aller de plus en plus loin de l’activité humaine pour espérer retrouver de nous jours des conditions d’observations correctes de l’Espace… C’est désormais au fin fond du désert d’Atacama, au Chili, que l’Homme installe ses télescopes géants, quand il ne les embarque pas à bord de sondes spatiales pour se rapprocher au plus prêt de la source.

Assurément, le chemin parcouru depuis Pythéas, notre lointain ancêtre massaliote, est long et mérite d’être retracé : ce sera chose faite ce soir à Carnoux, pour cette conférence inédite, tout public et en accès libre : alors, n’oubliez-pas de venir !

L. V.

Carnoux s’est donc choisi une députée d’extrême droite…

20 juin 2022

Bien sûr, c’était couru d’avance au vu des résultats locaux de la présidentielle qui s’était déroulée en avril dernier : à moins d’un miracle ou d’un sursaut des nombreux abstentionnistes, le Rassemblement national avait toutes les chances d’arriver en tête du second tour des législatives dans la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, outre Carnoux, les deux grandes villes de l’Est marseillais, Aubagne et La Ciotat, ainsi que plusieurs communes de moindre importance, à savoir, Cassis, Gémenos, La Penne-sur-Huveaune, Roquefort-La Bédoule, Ceyreste et Cuges-les-Pins. Déjà au premier tour de la présidentielle, le 10 avril 2022, plus de 50 % des électeurs de la circonscription qui s’étaient déplacés au bureau de vote, avaient choisi un bulletin en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan…


Joëlle Mélin, nouvelle députée de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (source © Europeen Union 2019 / Flickr)

Avec un peu plus de 14 000 voix exprimées en sa faveur, Jean-Luc Mélenchon finissait à une troisième place très honorable, sur la circonscription comme à l’échelle nationale, mais on se doutait bien que son score local de 23,8 % serait un peu court pour que son candidat, même estampillé Nouvelle union populaire écologique et sociale, puisse espérer finir en tête à l’issue de ce second tour des législatives. Déjà sa qualification à l’issue du premier tour, la semaine dernière, s’était faite sur le fil, le jeune candidat de la France insoumise, Lucas Trottmann engrangeant à peine 470 voix de plus que l’expérimenté référent départemental de la République en marche, le Cassiden Bertrand Mas-Fraissinet.

Lucas Trottmann (au centre), le candidat malheureux de la NUPES le 15 juin 2022 à Gémenos, entre les deux tours des législatives (photo © Marius Rivière / Marsactu)

Cette qualification inespérée pour le second tour était de bonne augure, dans une dynamique plutôt favorable aux idées de la gauche, pour une fois unie. Mais cela n’aura pas suffi pour battre la candidate du Rassemblement national, une Joëlle Mélin déjà député européen et pourtant usée par ses multiples candidatures à à peu près toutes les élections locales depuis une petite trentaine d’années… Mais les électeurs ont exprimé une certaine constance en la plaçant largement en tête de ce second tour des législatives, avec plus de 58,6 % des suffrages exprimés.

Même si la participation n’a pas été davantage au rendez-vous que lors de la présidentielle, moins d’un électeur sur deux ayant fait l’effort de se déplacer, encore moins qu’au premier tour de ces législatives, Joëlle Mélin a incontestablement fait un très bon score avec plus de 23 500 voix exprimées en sa faveur, moins que ce qu’avait recueilli Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2022 sur cette même circonscription, mais deux fois plus que son score du premier tour, ce qui traduit un très net report de voix en sa faveur de nombre d’électeurs de droite qui, pour rien au monde, n’accepteraient de glisser dans l’urne un bulletin de la France insoumise !

La victoire du RN dans notre circonscription est donc sans appel, Joëlle Mélin réussissant même l’exploit de l’emporter largement dans chacune des 9 communes de la circonscription. Un grand chelem qui en dit long sur l’influence désormais majoritaire des idées d’extrême droite sur notre secteur… Bien sûr, il subsiste des disparités d’une commune à l’autre, mais, pour une fois, c’est Cassis qui se distingue en donnant le meilleur score à la candidate RN qui l’emporte avec 72,4 % des suffrages exprimés, Joëlle Mélin faisant plus que tripler son nombre de voix entre les deux tours, une bonne partie des électeurs de Roland Giberti et de Bertrand Mas-Fraissinet la préférant manifestement à son challengeur de gauche.

C’est à peu près le même scénario qui s’est produit dans toutes les communes, y compris à Carnoux où Joëlle Mélin recueille 68,7 % des suffrages et double son nombre de voix par rapport au premier tour. Pourtant, le candidat de gauche, Lucas Trottmann est loin d’avoir démérité, lui qui est crédité à Carnoux de 31 % des suffrages exprimés et qui améliore nettement son score entre les deux tours.

Des législatives boudées par les électeurs, comme en 2017 (photo © Jacques Witt / SIPA / 20 minutes)

Ailleurs, les écarts sont plus serrés entre les deux candidats mais Joëlle Mélin dépasse quand même les 60 % à Gémenos, Ceyreste comme à Cuges et frôle cette barre à Roquefort-La Bédoule. Même dans les anciens bastions communistes d’Aubagne, La Ciotat ou La Penne-sur-Huveaune, elle dépasse largement les 54 % et augmente sensiblement son nombre de voix entre les deux tours.

Cette victoire d’un élu RN dans notre circonscription est loin d’être isolée puisque ce sont pas moins de 89 députés RN qui vont ainsi faire leur entrée à l’Assemblée nationale, là où ils n’étaient que 8 en 2017. Pour la première fois depuis 1986, date à laquelle le FN avait réussi à faire élire 35 députés grâce à l’instauration de la proportionnelle, le RN disposera ainsi d’un groupe parlementaire puissant, plus étoffé même que celui de la France insoumise qui a pourtant réalisé un très beau score en remportant pas moins de 75 sièges, tandis que le Parti socialiste, en sein de la NUPES en gagne 27, les écologistes 16 (juste assez pour former enfin un groupe parlementaire) et le PC 12.

Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon perd son pari un peu fou d’obtenir la majorité qui lui aurait permis de briguer ce fameux poste de Premier ministre. Mais le revers est nettement plus sévère pour la coalition présidentielle qui, malgré ses 245 députés fraîchement élus, perd donc sa majorité absolue au Palais Bourbon. Le gouvernement d’Élisabeth Borne, qui a perdu au passage trois de ses ministres dans la bataille électorale, dont son poids lourd, Amélie de Montchalin, devra nécessairement s’appuyer sur une partie des 64 députés LR qui siégeront dans la nouvelle assemblée, ce qui augure a priori d’un durcissement des politiques déjà nettement néolibérales mises en œuvre par Emmanuel Macron.

Des élections désastreuses pour Emmanuel Macron : un dessin signé Oli

Ce dernier aura sans doute fort à faire avec ses deux oppositions majeures, celle de la gauche et celle de l’extrême-droite, avec lesquelles il lui sera sans doute bien difficile de trouver des compromis, vu leurs divergences d’idées. Les deux sortent fortement renforcées de cet épisode électoral, y compris dans notre région. Ainsi, dans les Alpes de Haute-Provence, les deux sièges reviennent au RN et à la France insoumise, dont le candidat, Léo Walter, élimine Christophe Castaner. Dans les Hautes-Alpes en revanche, les deux députés élus sont issus du parti présidentiel. Dans les Alpes-Maritimes, LR sauve les meubles en réussissant à faire élire 5 députés dont Eric Ciotti, tandis que le RN remporte 2 sièges, le dernier revenant à la coalition présidentielle. Dans le Var, le RN remporte haut la main 7 des 8 circonscriptions, la dernière échouant au camp présidentiel. Dans le Vaucluse, également, 4 des 5 sièges en lice reviennent au RN, le dernier étant remporté, de justesse par un candidat macroniste.

En région PACA, une forte poussée du RN (en bleu foncé), les candidats LR (bleu roi) ne résistant que dans le 06, ceux de la NUPES (rouge) et de LREM (violet) se partageant le reste (source © France 3 Régions / Flourish)

Quant aux Bouches-du-Rhône, sur les 16 circonscriptions en jeu, le RN en a quand même remportées 6, dont une à Marseille même, tandis que la République en Marche a réussi a faite élire 6 de ses candidats, dont le nouvellement rallié Lionel Royer-Perreaut. Enfin, la NUPES a obtenu 4 sièges dont celui du communiste Pierre Dharréville facilement réélu à Martigues tandis que Manuel Bompard récupérait, les doigts dans le nez, l’ancien fauteuil de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat malheureux Lucas Trottmann, qui était son assistant au Parlement européen, arrivera peut-être à conserver son poste lorsqu’il rejoindra les bancs de l’Assemblée nationale : tout n’est pas perdu…

L. V.

RN : l’extrême droite qui inquiète…

15 juin 2022

On a déjà connu pareille situation au soir du 21 avril 2002, lorsque, à la surprise générale, le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, s’était qualifié pour le second tour des élections présidentielles, devançant le Premier ministre sortant, Lionel Jospin, pourtant porteur d’un bilan plus qu’honorable. A l’époque, de nombreux citoyens, y compris à Carnoux, étaient descendu dans la rue pour clamer leur indignation et marquer leur attachement à un régime républicain modéré dans lequel l’extrême droite, de sinistre mémoire, n’a pas sa place. Le 1er mai 2002, on dénombrait ainsi entre 1 et 2 millions de manifestants qui affichaient ouvertement leur refus de voir le Front National arriver au pouvoir.

Manifestation contre le Front national le 1er mai 2002, ici à Grenoble, rassemblant environ 60 000 personnes, soit un tiers des habitants de la ville ! (source © Le Dauphiné libéré)

Entre les deux tours des présidentielles de 2002, la quasi totalité des responsables politiques avaient affiché sans ambiguïté leur rejet de l’extrême droite et appelé à voter contre Jean-Marie Le Pen, à l’exception du dissident d’extrême droite d’alors, Bruno Megret, et, accessoirement, d’Arlette Laguiller, leader de Lutte ouvrière, qui renvoyait dos à dos les deux prétendants. En dehors de ces quelques extrémistes très éloignés des valeurs démocratiques, un consensus émerge alors clairement pour ne pas laisser la France s’embarquer dans une aventure à rebours de ses traditions républicaines, et Jacques Chirac avait été réélu dans un fauteuil le 5 mai 2002, avec 82,21 % des suffrages exprimés.

Vingt ans plus tard, le Front national a disparu et son héritière, Marine Le Pen, a tout fait pour banaliser l’image de son parti d’extrême droite, devenu le Rassemblement national, mais qui reste ouvertement attaché à la préférence nationale et à un pouvoir fort dans lequel les notions de liberté individuelle, d’égalité républicaine et de solidarité passent au second plan. Élection après élection, ce parti n’a cessé de recueillir des scores de plus en plus élevés, sa présidente se plaçant comme challenger au second tour des deux dernières élections présidentielles, en 2017 comme en 2022, avec un nombre de suffrages croissant, comme si de plus en plus de Français finissaient par être séduits par ce discours radical et xénophobe.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du débat des présidentielles de 2022 (photo © Jacques Witt / SIPA / DNA)

Depuis des années, les électeurs de gauche se sont toujours érigés en gardiens des valeurs républicaines pour voter contre les candidats RN, quitte à voter en se pinçant le nez pour des candidats de droite pour lesquels ils n’avaient guère d’affinités. On a ainsi vu à deux reprises, en 2015 comme en 2021, les candidats de gauche aux élections régionales en région PACA, pourtant dûment qualifiés pour le second tour, se retirer volontairement de la compétition électorale pour faire barrage au Front national, sous les remerciement polis et les ricanements retenus, de leurs adversaires de droite qui se frottaient les mains devant tant d’abnégation.

Et voila que pour ce deuxième tour des législatives 2022, on se retrouve pour une fois dans une situation un peu différente. Les partis de gauche, socialistes, écologistes, insoumis et communistes ayant réussi, une fois n’est pas coutume à mettre de côté leurs petites divergences pour présenter enfin des candidatures unies, comme la droite le fait depuis des années, voila que le paysage politique a subrepticement changé… On assiste ainsi, à l’échelle nationale, à pas moins de 63 duels au second tour prévu ce dimanche 19 juin qui opposeront un candidat d’extrême droite, généralement estampillé RN, à un candidat de gauche, pour l’essentiel porteur de l’étiquette NUPES (Nouvelle union populaire écologiste et solidaire).

Carte des circonscriptions avec mention des candidats arrivés en tête à l’issue du premier tour le 12 juin 2022 (infographie © Le Parisien)

Cela représente plus de 10 % des circonscriptions en jeu, et le phénomène est donc loin d’être négligeable, même s’il reste très minoritaire par rapport au cas de figure le plus répandu de ce second tour qui verra dans 276 circonscriptions, soit la moitié de celles qui restent en lice, s’affronter un candidat de l’alliance de gauche à un représentant du parti présidentiel Ensemble ! Même les duels entre Ensemble ! et le RN sont plus nombreux puisqu’on en dénombre plus d’une centaine sur l’ensemble du territoire national, tandis que 18 circonscriptions verront s’opposer un candidat Les Républicains à un candidat RN. Une situation assez inédite par rapport aux législatives précédentes de 2017 où les seuls candidats FN qui s’étaient maintenus au second tour avaient tous pour adversaire un candidat de La République en Marche, le parti d’Emmanuel Macron. Il y a six ans, ces candidats d’extrême droite qualifiés pour le second tour des législatives n’étaient qu’une centaine alors qu’ils sont plus du double cette année, ce qui confirme, s’il en était besoin, la progression incontestable des idées d’extrême droite dans notre pays !

Toujours est-il que cette confrontation attendue dans plus de 60 circonscriptions, au second tour des législatives 2022, entre la gauche et l’extrême droite interpelle directement les électeurs de droite et du centre-droit qui n’avaient quasiment jamais été confrontés à ce cas de figure jusqu’à présent. Une situation qui concerne notre territoire puisque c’est celle de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, qui opposera Joëlle Mélin à Lucas Trottmann, mais aussi celle de la 10° circonscription voisine, sur Gardanne et Allauch, où le RN est en tête face à la candidate NUPES Marina Mesure. Une configuration que l’on retrouve également à Martigues où le député communiste sortant, Pierre Dharréville est opposé à un candidat RN, de même qu’à Arles où le RN est en tête face au socialiste Christophe Caillault, de même que dans deux circonscriptions marseillaises où les candidats NUPES, Mohamed Bensaada et Sébastien Delogu, affronteront aussi un membre du RN dimanche prochain.

Joëlle Mélin et Lucas Trottmann lors d’un débat organisé par La Provence avant le premier tour des législatives 2022 (source © La Provence)

Et voila que brusquement les responsables politiques de droite comme du parti présidentiel se font bien silencieux pour conseiller leurs électeurs dans ce dilemme, oubliant toute notion de front républicain dont ils ont pourtant largement profité depuis des années. De crainte sans doute de froisser leurs ouailles qui penchent de plus en plus ouvertement vers les idées du Rassemblement national, la plupart d’entre eux se gardent bien de prendre parti, ne voulant pour rien au monde être taxés de sympathie pour des valeurs de gauche, quitte à laisser l’extrême droite investir en nombre les bancs de l’Assemblée nationale.

Même du côté d’Emmanuel Macron, pourtant lui-même issu des rangs du Parti socialiste (on finirait presque par l’oublier…) et qui s’est longtemps targué de vouloir être « en même temps » de gauche et de droite, le discours est pour le moins ambigu. « Aucune voix ne doit manquer à la République » a-t-il ainsi lancé de manière martiale mardi 14 juin, sur le tarmac de l’aéroport d’Orly avant de s’envoler pour une réunion de l’OTAN en Roumanie, comme si glisser dans l’urne un bulletin qui ne porterait pas la mention Ensemble ! serait une atteinte grave à nos valeurs républicaines…

Allocution d’Emmanuel Macron devant l’avion présidentiel, le 14 juin 2022 (photo © Reuters / JDD)

Élisabeth Borne elle-même avait largement entretenu la confusion au soir du premier tour en renvoyant dos à dos le RN et la NUPES, évoquant une « confusion inédite entre les extrêmes », avant de revenir sur ses déclarations à l’emporte-pièce et fixer comme ligne : « ne jamais donner une voix à l’extrême droite » tandis que son ministre Clément Beaune appelait encore plus clairement à privilégier les candidats de gauche à ceux du RN. Reste à savoir comment les électeurs qui ont voté au centre ou à droite lors du premier tour se positionneront dimanche prochain : préféreront-ils se faire représenter à l’Assemblée par un député d’extrême droite ou par un représentant de la gauche républicaine ? Réponse dimanche soir…

L. V.

A Seillans, on commence à manquer d’eau…

11 juin 2022

C’est une évidence que l’on a pourtant fini par oublier : en Provence, comme dans tout le bassin méditerranéen, l’eau est rare… Disposer en toute saison, même au cœur de l’été brûlant, d’un d’approvisionnement en eau de qualité et en quantité suffisante ne coule pas de source. De tout temps, l’homme a cherché, pour s’implanter, les bords de rivières et la proximité des sources abondantes. Même les grandes agglomérations comme Marseille ont, jusqu’à un passé récent, souffert du manque d’eau.

La source de la Cadière, à Vitrolles (photo © Noëlle Vionnet / Guide du Routard)

Pourtant implantée sur les bords de l’Huveaune et de son affluent, le Jarret, baignée par le cours cascadant du ruisseau des Aygalades, et alimenté par une multitude de puits domestiques, souvent percés dans le sol même des caves des maisons traditionnelles marseillaises, la cité phocéenne s’est trouvée confrontée à la nécessité d’aller chercher l’eau de plus en plus loin. Édifie dès le IXe siècle, l’aqueduc qui alimente le quartier du Panier commence par drainer les nappes phréatiques abondantes dans le quartier du Camas, avant d’être prolongé, en 1558, jusqu’au Jarret, puis, dès 1599, jusqu’aux rives de l’Huveaune dont le débit est plus important.

Vestiges de l’aqueduc de l’Huveaune, près de la porte d’Aix à Marseille (source © Tourisme Marseille)

Mais ce système reste fragile. En 1834, des inondations importantes du Jarret et de l’Huveaune provoquent une grave épidémie de choléra qui se reproduit dès l’année suivante, avec un bilan terrible de 2576 morts en 1835, année qui est aussi marquée par une forte sécheresse. Les puits tarissent et les Marseillais ne disposent plus que d’un litre d’eau par jour et par personne ! L’heure est grave et c’est alors que le maire, Maxime Consolat, décide de lancer le chantier du Canal de Marseille destiné à acheminer jusqu’au Palais Longchamp, l’eau de la Durance. L’idée n’est pas neuve puisqu’elle avait été formulée dès la Renaissance par l’ingénieur Adam de Craponne, à une période où la ville de Marseille ne comptait que 30 000 habitants.

Le Canal de Marseille (source © Bulle de Manou)

Les travaux nécessaires pour mener à bien ce projet titanesque, qui nécessite notamment la construction de l’immense aqueduc de Roquefavour pour franchir la vallée de l’Arc, sont rondement menés puisque dès 1847, l’eau de la Durance arrive enfin au cœur de Marseille. Renforcé plus tard par le Canal de Provence qui puise l’eau dans le Verdon, ce dispositif permet depuis à toute l’agglomération marseillaise de disposer d’une source d’approvisionnement en eau portable abondante et de qualité, au point de négliger totalement ses propres cours d’eau locaux devenus de véritables cloaques…

Depuis quelques années, le réseau du Canal de Provence s’est considérablement étendu, avec la construction de la liaison Verdon – Saint-Cassien qui permet désormais à l’eau du Verdon d’alimenter une bonne partie du Var jusqu’à la presqu’île de Saint-Tropez. Mais, malgré ces apports d’eau massifs prélevés et acheminés sur de longues distances depuis le bassin de la Durance, une partie du Var continue à être alimentée par des ressources en eau locales, souvent issues de sources ou puisées par forage dans les nappes souterraines.

Le village de Seillans, perché dans son écrin naturel (source © Commune de Seillans)

C’est le cas notamment pour le village de Seillans, une commune du Haut-Var, située au nord-est du département, à la limite entre le plateau calcaire de Canjuers, dont le camp militaire occupe une bonne partie du territoire communal, et les contreforts du massif volcanique de l’Estérel. Le bourg de Seillans, qui s’enorgueillit de faire partie des plus beaux villages du Var, avec ses hautes maisons de pierre, serrées les une contre les autres, le long de ruelles étroites, est typique de ces villages perchés sur leur colline au milieu d’une immense forêt de chênes pubescents, de chênes verts et de pins maritimes.

La place du village de Seillans avec sa fontaine, bientôt à sec ? (source © Expedia)

La commune ne manque théoriquement pas d’eau puisqu’elle est parcourue par de multiples cours d’eau dont le Gabre et son affluent, le Riou blanc, mais aussi le Rayol dont les gorges, admirablement préservées, renferment de belles vasques d’eau claire, ou encore le Riou de Meaulx, un affluent de l’Endre, dont le cours a été barré par un barrage pour constituer une réserve d’eau à usage de défense contre l’incendie. Mais la plupart de ces cours d’eau tarissent l’été. C’est notamment le cas du Riou Gabriel qui traverse le village et dans lequel a été implanté le lavoir des Georges, un bel ouvrage en pierres de taille datant de 1864 et qui a été rapatrié ici en 1974, lors du déplacement du village voisin de Brovès suite à l’implantation du camp militaire de Canjuers.

Le lavoir des Georges, implanté dans le lit du Riou Gabriel, à Seillans (source © Commune de Seillans)

Depuis début mai, une partie des 2000 habitants de la commune, connaît ainsi de réelles difficultés d’approvisionnement en eau potable. Le forage qui alimentait cette partie de la commune, au nord du bourg principal, et qui captait en profondeur, l’eau de la source du Baou Roux, bien qu’approfondi il y a 8 ans seulement et qui débitait, bon an mal an, pas moins de 150 m3/heure, est désormais à sec ! Depuis un mois, ce sont donc des camions-citernes qui font font 6 allers-retours chaque jour, par une piste caillouteuse qu’il a fallu renforcer pour l’occasion, afin d’alimenter le réservoir de 500  m3 qui approvisionne en eau potable les 400 habitants ainsi concernés…

L’eau ainsi charriée quotidiennement par camion provient de la source de la Siagnole, laquelle alimente aussi le bas du village. Pour le maire de la commune, René Ugo, également président de la communauté de communes du Pays de Fayence, cette situation est révélatrice des effets du changement climatique qui accentue les épisodes de sécheresse comme celui auquel est confronté cette année le Var suite à un déficit pluviométrique enregistré cet hiver. Un arrêté communal a été pris pour limiter la consommation d’eau à 150 litres par jour et par personnes, tandis qu’un arrêté préfectoral, comme d’ailleurs dans pas moins de 73 communes du département, l’arrosage des pelouses et le remplissage des piscines.

Extrait d’un document d’information diffusé sur le site de la commune de Seillans, incitant à ne pas gaspiller l’eau (source © Mairie de Seillans)

A terme, la régie intercommunale qui gère la distribution d’eau depuis 2020, prévoit d’interconnecter les différents réseaux de la commune pour faciliter l’alimentation de ce quartier. Mais il va surtout falloir aller chercher de l’eau ailleurs, a priori dans le lac de Saint-Cassien, une retenue d’eau édifiée en 1966 peu après la rupture tragique du barrage de Malpasset qui avait fait 423 morts le 2 décembre 1959, lors de son premier remplissage. Alimenté par un canal de dérivation des eaux de la Siagne, le lac de Saint-Cassien qui recouvre une partie de l’ancien aqueduc romain de Mons à Fréjus, a initialement une vocation hydro-électrique mais est rapidement devenu aussi un haut-lieu du tourisme et désormais une ressource en eau potable pour ce secteur du Haut-Var. En Provence, la bataille de l’eau est peut-être sur le point de recommencer…

L. V.

Gratuité des transports : une avancée sociale et écologique

3 juin 2022

L’association Carrefour Citoyen de Roquefort-la-Bédoule a organisé le 19 mai 2022 au Centre André Malraux une conférence présentée par Maurice Marsaglia, président de l’association Se déplacer en liberté (ASDEL), intervention intitulée « Gratuité des transports : avancée sociale et écologique ? » , suivie d’un échange avec l’assistance.

En Introduction, Maurice Marsiglia précise le contexte : la disparition des Conseils de territoire, entités transitoires maintenues au sein de la Métropole Aix-Marseille-Provence, et notamment celle du conseil de territoire du Pays d’Aubagne et de l’Étoile qui assurait la totalité du financement des transports en commun, pose la question du maintien de leur gratuité dans l’aire locale.

Une réunion publique sur ce sujet est d’ailleurs prévue le 3 juin 2022 salle Reynaud à Roquevaire.

Désormais, le financement des transports en commun sur l’ensemble de son territoire relève de la Métropole. Or cette dernière, par la voix de sa présidente Mme Martine Vassal, s’est positionnée défavorablement sur la gratuité des transports en commun, position partagée par l’opérateur RTM (Régie des Transports Métropolitains).

L’objectif des associations citoyennes locales vise à pérenniser la gratuité et aussi à l’étendre à l’ensemble de la Métropole.

Le conférencier, Maurice Marsaglia, président de l’association Se déplacer en liberté (source © CPC)

Quelques constats chiffrés

Avant 2009, date de l’instauration de la gratuité dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, les entreprises contribuaient pour le transport à hauteur de 0,6 %. Depuis 2009, la population ayant dépassé le seuil des 100 000 habitants, et en 2014 le tramway ayant été installé, le taux a été augmenté pour atteindre 1,6 %. Les entreprises adhèrent d’autant plus qu’elles sont tenues de rembourser 50 % des frais des déplacements de leurs employés en transports en commun.

Rappelons que pour les transports en commun pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, 7 % du coût (billetterie) était à la charge des usagers et 93 % à celle de la collectivité. A Marseille, la part financée par les usagers oscille entre 25 et 30 %, et pour la Métropole il est évalué à 20 %,

Bus gratuit à Aubagne (source © Banque des Territoires)

La mise en place de la gratuité a eu deux effets positifs :

– l’augmentation de plus de 200 % de la fréquentation des transports en commun

– la diminution de la pollution urbaine due aux véhicules thermiques. Une étude récente du Sénat évalue à plus de 100 millions d’euros le coût sanitaire de cette pollution urbaine : maladies cardiaques, respiratoires entraînant environ 50 000 décès par an en France et près de 5 000 en région PACA !

Quel est l’impact de la gratuité ?

Il est d’abord humain. Selon les familles concernées, le gain de pouvoir d’achat mensuel est compris entre 45 et 50 €. En termes de fonctionnalité, la gratuité à permis d’enregistrer une fréquentation qui est passée de 2 millions de trajets par an en 2009 à 6 millions de trajets annuels en 2017-2018. Cette augmentation a aussi été enregistré dans d’autres villes qui ont adopté cette mesure (Dunkerque, Niort …). On observe que des familles ont fait le choix de ne garder qu’une voiture.

On enregistre aussi une hausse de la fréquentation intergénérationnelle ainsi que de la convivialité et la disparition des fraudes. L’offre de transport s’est accrue avec une hausse des fréquences et un élargissement des plages horaires. Cela a été rendu possible par des créations d’emplois d’agents, dont des chauffeurs. Enfin, l’impact a aussi été constaté sur le tourisme.

Mais ce qui est aussi sensible, c’est l’impact écologique. Moins de véhicules thermiques circulent et en 2024-2025, la mise en place de zones à faibles émissions va interdire l’usage des véhicules les plus polluants (vignettes 4 et 5).

En France, plus de 35 communes ont instauré la gratuité des transports en commun. Certaines limitent la gratuité aux week-ends. Sur le territoire de la Métropole, il n’existe qu’un seul opérateur, la RTM, ce qui devrait favoriser la mise en œuvre de la gratuité.

Une assemblée peu nombreuse mais attentive pour cette conférence (source © CPC)

Quelles pistes pour une gratuité sur l’ensemble de la métropole ?

L’association Se Déplacer en Liberté a travaillé avec les élus. Cependant se pose la question du financement. Le coût évalué par l’association est de 120 millions d’euros alors que la Métropole l’évalue à 200 millions d’euros ! Si la Métropole participe par une subvention d’équilibre, on peut envisager des subventions d’État, de la Région et de l’Europe.

Les transports en commun ne résoudront cependant pas tous les problèmes. Ainsi se pose la question de la création d’aires de stationnement pour les véhicules, condition pour permettre aux habitants des zones péri-urbaines désireux de rejoindre les lignes de transports en commun. Vaste sujet quand on sait qu’actuellement certaines villes en sont privées dont Carnoux-en-Provence.

Toutes ces questions méritent un large débat public organisé par bassins d’emplois et par bassins de vie. Puisse cette réunion d’information contribuer à un changement de point de vue des élus de la Métropole.

MM

Quelques références :

Rapport du Sénat

Travaux de Maxime Huré rapportés dans un magazine d’urbanisme

Rodolphe Saadé, un patron glouton

31 mai 2022

Devenu grâce à la pandémie mondiale de Covid-19, une véritable pompe à profits, le groupe marseillais CMA-CGM, désormais troisième affréteur maritime mondial, avec plus de 121 000 employés répartis dans pas moins de 160 pays du monde, n’en finit pas de faire parler de lui. A la tête du groupe depuis 2017, son patron, Rodolphe Saadé, classé 19e fortune fortune française en 2021 par la magazine Challenge, ne peut donc totalement passer inaperçu. Il vient d’ailleurs de se faire méchamment habiller pour l’hiver par un article assassin du Canard enchaîné en date du 25 mai 2022, où il est traité de « vrai dur à fuir » et de « caractériel », essorant ses hauts cadres et « les consultants des grands cabinets américains, pourtant habitués à la pression », mais qui « détestent travailler pour lui »…

Rodolphe Saadé, au siège de la CMA-CGM le 12 janvier 2022 (photo © Théo Giacometti / Le Monde)

Champion du capitalisme mondialisé , né au Liban et formé au Canada, Rodolphe Saadé détient 70 % des parts du groupe CMA-CGM, partageant le reste avec sa sœur, Tanya Saadé Zeenny, directrice générale déléguée, et son frère Jacques junior, chargé de l’immobilier. Un groupe fondé par leur père, Jacques Saadé, décédé en juin 2018, qui était lui-même né à Beyrouth, au sein d’une famille syrienne de chrétiens orthodoxes. Diplômé de la London School of Economics, il s’était formé au fret maritime à l’occasion d’un stage à New York, découvrant alors tout l’intérêt des containers métalliques pour le transport par bateaux de marchandises en vrac.

Réfugié à Marseille en 1978, à l’occasion de la guerre civile libanaise, il y fonde la Compagnie maritime d’affrètement (CMA), avec 4 collaborateurs et un seul navire faisant la navette entre Marseille et Beyrouth, via Livourne et Lattaquié. Englué dans un conflit judiciaire avec son frère qui lui dispute la tête de l’affaire, Jacques finit par prendre le dessus et en 1983 commence à élargir ses affrètements au-delà de la seule Méditerranée vers le monde asiatique alors en plein frémissement, ouvrant en 1992 un bureau à Shanghaï.

Porte-containers de la société CMA-CGM : des boîtes, encore des boîtes… (source © CMA-CGM)

En 1996, alors que la CMA est au bord du dépôt de bilan, Jacques Saadé fait l’affaire du siècle en rachetant pour 20 millions d’euros seulement la Compagnie générale maritime (CGM) qu’Alain Juppé souhaite privatiser, et ceci alors même que la CGM possède 800 millions d’euros en caisse et que sa valeur réelle est estimée à 2 milliards d’euros, après que l’État français y ait injecté près de 1,3 milliard de capital, cherchez l’erreur ! Le ministère des Finances avait d’ailleurs émis un avis défavorable sur cette transaction surréaliste. Mais il se trouve que la famille Saadé était très proche des Hariri à qui Jacques Chirac, alors Président de la République, ne pouvait rien refuser, et que par conséquent, on n’allait pas mégoter pour lui donner satisfaction…

Mis en examen pour abus de biens sociaux en février 1999, à cause de cette privatisation plus qu’avantageuse pour lui, Jacques Saadé s’en était tiré grâce à une série de coïncidences fâcheuses : des documents sont malencontreusement volés à l’occasion d’une perquisition de la police, des cambriolages à répétition font disparaître comme par enchantement toutes les pièces compromettantes en dehors d’une note du chef de cabinet d’Alain Juppé, confirmant que ce petit cadeau entre amis, sans aucune justification économique, obéit simplement aux instructions du Président de la République : tout est finalement très simple dans le monde des affaires…

Jacques Saadé avec son fils Rodolphe, désormais à la tête de la CMA-CGM (source © CMA-CGM / Challenge)

En 2017, lorsque son fils, Rodolphe Saadé est devenu PDG du groupe CMA-CGM, ce dernier terminait l’exercice avec un chiffre d’affaire de 21 milliards de dollars, dégageant un bénéfice net plus que confortable de 701 millions de dollars. Quatre ans plus tard, le groupe finissait l’année 2021 avec un chiffre d’affaire plus que doublé, atteignant 56 milliards de dollars, pas très éloigné de celui de son concurrent direct, le géant danois Maersk, propriétaire de la plus grande flotte mondiale. Et CMA-CGM dégageait pour 2021 un bénéfice net colossal de 17,9 milliards d’euros, quasi identique à celui de Maersk, leader mondial du secteur devant le groupe chinois Cosco. Un bénéfice multiplié par 10 en un an et qui égalait alors celui du géant pétrolier Total Énergies, lui aussi boosté par la reprise économique après le coup d’arrêt du Covid…

Navire de la CMA-CGM arrimé devant la tour du même nom à Marseille (photo © Jean-Paul Pélissier / La Tribune)

Du coup, le groupe CMA-CGM ne sait plus quoi faire de son argent ! Après avoir acquis en 2019 le groupe suisse CEVA Logistics, Rodolphe Saadé s’est carrément lancé dans le fret aérien en créant, en mars 2021, une nouvelle compagnie aérienne française baptisée CMA-CGM Air Cargo, qui devrait comprendre déjà une dizaine d’avions d’ici 2026. Un investissement un peu à contre-courant de la transition écologique, laquelle ne semble guère préoccuper notre champion du transport mondialisé. Et en mai 2022, la CMA-CGM est tout simplement entré au capital d’Air France – KLM, acquérant en en claquement de doigt, 9 % des parts de la société, dans le cadre d’un « partenariat stratégique ».

Le siège de La Provence à Marseille, à vendre… (source © AFP / Le Figaro)

Du coup, plus rien n’arrête le milliardaire Rodolphe Saadé qui, pour bien marquer son entrée dans la cour des grands de ce monde, n’hésite pas à faire la nique à Xavier Niel, propriétaire du Monde et de Nice-Matin, en essayant de lui ravir le journal régional La Provence que le fondateur de l’opérateur de télécommunication Free cherchait à racheter après le décès de Bernard Tapie. Alors que Xavier Niel détenait déjà 11 % des parts du groupe de presse et semblait sur le point de l’emporter, Rodolphe Saadé n’avait pas hésité à mettre 81 millions sur la table, soit quatre fois plus que son concurrent ! De quoi impressionner tout le Landerneau local, d’autant que le Marseillais promettait en parallèle le maintien du siège dans la capitale phocéenne, l’absence de licenciements, la création d’une nouvelle imprimerie et de gros investissements dans le numérique… Des arguments massue à même de faire réfléchir, surtout quant on est proche, comme l’est Rodolphe Saadé, de tout le gratin marseillais, dont le patron de la région, Renaud Muselier.

L. V.

De nouveaux radars dans le collimateur…

26 mai 2022

La ville de Marseille est l’une des agglomérations urbaines où la vidéosurveillance est particulièrement développée avec près de 1600 caméras déployées sur l’ensemble du territoire communal et un centre de vidéosurveillance à la pointe du progrès. L’ancienne municipalité envisageait même d’y mettre en œuvre un dispositif inspiré des méthodes de flicage israélien, déjà testé à Nice, et qui consiste à exploiter en direct les vidéos postées par des citoyens vigilants et prompts à dénoncer tout comportement potentiellement suspect. Un dispositif de vidéosurveillance, qui en réalité, sert principalement à traquer les infractions au code de la route, tout comme d’ailleurs dans plusieurs autres villes de l’agglomération, à l’image de Carnoux, où sont déjà en service une quarantaine de caméras sur la voie publique, ou encore Cassis qui en compte actuellement 85 pour 7200 habitants, un record national !

A Carnoux comme dans de nombreuses villes, les caméras servent surtout à la verbalisation des infractions routières (photo © CPC)

Mais ce dispositif n’est manifestement pas encore suffisant pour calmer les ardeurs des automobilistes dont l’incivilité est légendaire dans l’agglomération marseillaise. Un comportement qui se traduit directement dans les statistiques puisque le département des Bouches-du-Rhône était en 2021, celui qui dénombrait le plus d’accidents en France, avec pas moins de 2790 accrochages et 100 morts sur la route, pour la plupart, des hommes de 18 à 34 ans… Selon l’avocate Romy Collard Lafond, spécialisée dans la défense des victimes de la route, à Marseille, les accidents de la circulation tuent bien davantage que les règlement de compte entre dealers des cités à coups de kalachnikov, avec jusqu’à 14 décès pour le seul mois de juillet 2021 !

Accident de circulation sur la ligne de tramway rue de Rome à Marseille le 24 mai 2022 : pour une fois, la Police était sur place… (source
© arabstrait13 / France bleu)

Face à l’indifférence médiatique qui entoure encore trop souvent ces banals accidents de la route qui fauchent pourtant bien des vies innocentes, les autorités ont donc décidé de monter d’un cran l’arsenal répressif en recourant, comme souvent, à la technologie de pointe, plutôt qu’en renforçant les effectifs des forces de police et de gendarmerie, de plus en plus rares sur le bord des chaussées.

Comme l’annonçait Made in Marseille il y a quelques jours, 17 nouveaux radars vont être implantés à Marseille dans les prochains mois, probablement d’ici la fin de l’année, voire début 2023. Et pas n’importe quels radars… Des modèles ultra sophistiqués qui ne portent d’ailleurs même plus le nom de radars mais celui d’ETU, des « équipements de terrain urbain ». Un euphémisme bien dans l’air du temps pour désigner des dispositifs légers et mobiles, capable non seulement de repérer des excès de vitesse dans les deux sens de circulation, mais aussi d’enregistrer des franchissements de feu rouge, l’absence de respect des distances de sécurité, des stops, des priorités piétons ou des pistes cyclables, et même les dépassements dangereux ou l’usage du téléphone au volant…

Une véritable bête noire pour les automobilistes distraits, pressés ou maladroits qui risquent de rapidement voir fondre leur capital de points sur leur permis de conduire… D’ailleurs, on apprend par la même occasion que trois de ces petites merveilles de la technologie répressive sont déjà en phase de test depuis fin 2021, à Marseille et aux Pennes-Mirabeau, se contentant pour l’instant d’enregistrer les infractions sans les verbaliser, histoire de bien calibrer la machine pour qu’elle soit au top le moment venu.

La corniche John-Fitzgerald Kennedy, dont la partie en surplomb sur la mer vient d’être rénovée : un dite fortement accidentogène… (source © AMP Métropole / Actu-Marseille)

Une date qui pourrait peut-être même arriver plus vite que prévu car Yannick Ohanessian, adjoint au Maire de Marseille en charge de la sécurité, a déjà fait la carte des sites où seront déployés en priorité ces bijoux technologiques, sur l’ensemble des arrondissements marseillais mais surtout sur les secteurs à fort enjeu de sécurité routière dont les abords des écoles. La Corniche Kennedy, qui vient tout juste d’être entièrement rénovée à l’issue d’un chantier qui a duré des années et qui est régulièrement rendue aux piétons le temps d’un week-end dans le cadre des opérations « La voie est libre », pourrait peut-être même être équipée dès cet été, maintenant que la phase de test est considérée comme concluante.

Nouveau radar dernier cri installé à Toulouse début 2022 (photo © Thibaut Calatayud / Actu-Toulouse)

Les automobilistes marseillais, habitués de longue date à prendre de nombreuses libertés avec les règles communes de la circulation, ont donc du souci à se faire et vont sans doute devoir réfréner quelque peu leur fougue méditerranéenne qui a tendance à s’exacerber au volant. Mais ils ne sont pas les seuls dans le collimateur. Plusieurs équipements du même type sont en phase de déploiement depuis quelques mois dans les agglomérations de Toulouse, Montpellier ou encore Montbéliard où les premiers modèles ont été testés dès le mois de septembre 2021.

Exemple de radar Mesta Compact (source © Radar-auto)

Développé et commercialisé par la société Idemia, issue du rapprochement de Safran Identity & Security avec Oberthur Technologies, le modèle Mesta Compact qui devrait être ainsi déployé en site urbain est déjà homologué depuis le 31 janvier 2021 pour les mesures de vitesse et le contrôle de franchissement de feu rouge. Il s’agit d’un dispositif multifonction, doté d’une antenne radar Doppler tracker multi-cible nouvelle génération disposant d’un large faisceau capable de suivre simultanément jusqu’à 126 véhicules sur 5 voies dans les deux sens de circulation et sur une portée de plus de 100 mètres. Il va être bien difficile d’échapper à un tel mouchard ! Il est d’ores et déjà prévu de mettre en place 500 équipements de ce type en site urbain, dont une centaine seulement sera effectivement équipée d’un radar opérationnels, les autres n’étant que des leurres à effet dissuasif puisque le dispositif pourra aisément être déplacé d’une cabine à une autre : il va donc falloir s’habituer à respecter le code de la route, même à Marseille !

L. V.

On a trouvé le Trésor de Carpiagne…

24 mai 2022

Carpiagne, pour les Marseillais et, plus encore sans doute pour les Carnussiens, lieu de villégiature traditionnel de nombreux officiers, c’est avant tout le camp militaire installé sur le plateau qui s’étend entre le col de la Gineste et les hauts de Cassis. 1500 hectares au total de garrigues rocailleuses et pelées, situées pour l’essentiel sur le territoire communal de Marseille malgré leur caractère sauvage et isolé, mais dont une petite partie empiète aussi, à la marge, sur les communes voisines d’Aubagne et de Cassis.

Vue partielle des bâtiments du camp militaire de Carpiagne, au milieu des montagnes (source © Légion étrangère)

Ce haut plateau quasi désertique et naturellement fortifié par les montagnes escarpées qui l’entourent, dont le bastion formidable du Mont Puget qui surplombe la grande cité phocéenne, ne pouvait qu’attirer l’œil des militaires qui, en 1895 s’approprient, par voie de justice, ces terres caillouteuses et brûlées par le soleil. L’idée est d’en faire un champ régional de manœuvre de tir, dans ce vaste espace reculé et perché, à l’abri des regards et des passants.

Pendant la Première guerre mondiale, le camp militaire sert à héberger des prisonniers de guerre allemands et autrichiens et l’aménagement se poursuit progressivement jusqu’à permettre, à la veille de la Seconde guerre mondiale, d’accueillir plus d’un millier d’hommes qui s’y entraînent au tir, au lancement de grenades et aux manœuvres de chars.

Chars d’assaut au camp de Carpiagne dans les années 1930 (source © Monsieur Légionnaire)

Occupé en 1942 par les Allemands suite au débarquement des alliés en Afrique du Nord, le camp sert alors de site d’entraînement pour les commandos anti-chars de la Wehrmacht, jusqu’au 22 août 1944, lorsque plusieurs Goums du 2e groupe de Tabors marocains débarqués à Fréjus, partent à l’assaut du camp de Carpiagne depuis les hauts de Carnoux, avant de poursuivre leur progression vers la ville de Marseille, libérée le 24 août.

Carte postale ancienne montant le camp militaire de Carpiagne dans les années 1930 (source © Généanet)

Un temps placé sous le contrôle des troupes américaines, le camp de Carpiagne redevient un centre d’instruction en 1946, sous l’impulsion du général de Lattre de Tassigny. En 1964, il devient le Centre d’instruction de l’arme blindée et de la cavalerie du 11e régiment de cuirassiers, lequel fusionne en 1999 avec le 1er régiment, avant d’être remplacé en 2009 par le 4e régiment de dragons, une unité de cavalerie équipée de chars Leclerc. Dissoute en 2014, il laisse la place au 1er régiment étranger de cavalerie, jusque-là installé à Orange, et qui est équipé de chars AMX 10 RC-R et de véhicules blindés légers.

Le 22 juillet 2009, la France entière avait découvert l’existence de ce camp militaire situé sur le territoire communal de la deuxième ville de France, aux portes du massif des Calanques : suite à la négligence d’un adjudant qui avait oublié de faire retirer les balles traçantes des munitions utilisées lors d’un exercice de tir, la garrigue prend feu vers 13h30 et les flammes, attisées par un fort vent de sud, ne tardent pas à franchir le Mont Lantin avant de dévaler vers les faubourgs de Marseille.

Incendie parti de Carpiagne le 22 juillet 2009 (source © Coeur naturiste)

Près de 1200 hectares sont ravagés dans les quartiers de Saint-Loup, La Barasse, La Valbarelle et les Trois-Ponts et pas moins de 500 personnes doivent être évacuées préventivement en toute urgence. Jamais avare de leçon de morale, le président d’alors du Département, Jean-Noël Guérini, toujours sénateur à ce jour malgré sa condamnation en appel, déclare, tout en nuance : « Même dans notre Armée, il y a des gens stupides. J’espère qu’elle honorera ses engagements et participera au nettoyage et au reboisement du massif. Quand la bêtise humaine l’emporte sur la responsabilité, il faut réparer »…

Mais avant d’être un camp militaire, Carpiagne a eu une riche histoire que l’on peut désormais découvrir, de manière – à peine – romancée, dans un petit roman historique fabuleux que vient de publier Pierre Vigoureux, un auteur marseillais prolixe qui vient de faire paraître son onzième ouvrage depuis 2010, toujours aux éditions de la Fenestrelle, une maison d’édition gardoise installée dans la petite commune de Brignon, près d’Uzès, un peu en amont du Pont du Gard. Spécialisé dans la valorisation du patrimoine historique et culturel cévenol, cet éditeur s’est naturellement fait l’écho des premières publications de Pierre Vigoureux, ancrées justement dans l’histoire locale.

Couverture du livre de Pierre Vigoureux intitulé Le trou de mémoire… (source © Éditions la Fenestrelle)

Mais ses derniers romans font plutôt référence à un autre terroir, celui justement de Cassis où se déroule l’histoire romanesque de son ouvrage intitulé Le Cap Canaille pour seul témoin, publié en 2021. C’est aussi le cas du précédent, intitulé Le trou de mémoire, un roman historique dont le théâtre est celui de Cassis et du massif des calanques avec ses multiples gouffres karstiques que Pierre Vigoureux connaît bien pour faire partie de ces passionnés de spéléologie qui traquent les passages souterrains de l’eau vers les rivières mystérieuses de Cassis

Son dernier roman, intitulé Le Trésor de Carpiagne, se déroule lui aussi dans ce décor majestueux des Calanques, précisément sur ce haut plateau de Carpiagne, tellement désolé qu’il n’était bon qu’à servir de pâturage pour les chèvres, d’où l’étymologie probable de son nom, et dont on revit l’histoire mouvementée au gré des deux derniers millénaires. Une histoire plus riche qu’on ne l’imagine puisque l’on apprend que les Templiers avaient édifié, à l’emplacement actuel du camp militaire dont l’une des bâtisses ancienne en a d’ailleurs repris les fondations, une ferme fortifiée qui servait d’abri et de refuge au temps des Croisades.

Bien entendu, qui dit Templiers dit suspicion de trésor enfoui, dont la quête est l’un des fils rouges de ce court roman, à dévorer d’une traite et dont on se gardera bien de dérouler les péripéties… Passé aux mains des Hospitaliers et dépendant du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, le domaine est cédé au XIVe siècle à l’Ordre mendiant de Saint-Augustin qui y crée un monastère et une modeste église. Et en 1520, c’est la riche famille marseillaise des Dauria qui se porte acquéreur du prieuré alors en décrépitude, tout en continuant à verser un loyer en nature à l’ordre des Hospitaliers. Racheté en 1647 par Françoise de Gérente, veuve de Pierre de Moustiers, le domaine continuera à produire un peu de blé et d’huile d’olive jusqu’à ce que l’armée finisse par jeter son dévolu sur ces terres caillouteuses et reculées, plus propres à servir de champ d’exercice aux légionnaires qu’à l’agriculture même extensive, tout en constituant un cadre naturel prompt à ravir les randonneurs et un cadre historique d’une grande richesse pour ce roman, à lire absolument !

L. V.

Art Explorer : un bateau-musée à Marseille

22 mai 2022

Réduire la fracture culturelle en facilitant l’accès du plus grand nombre au monde de l’Art, telle est l’ambition affichée du fonds de dotation Art Explora, créé en 2019 par l’entrepreneur français Frédéric Jousset, doté d’un capital de 4 millions d’euros et dirigé par l’ancien président de l’UNEF puis premier adjoint démissionnaire d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, Bruno Julliard.

Le futur bateau-musée et son village culturel tel qu’il devrait se présenter lors de son escale dans le Vieux-Port de Marseille, en 2023 si tout va bien… (source © Art Explora / Made in Marseille)

Le dernier projet en date de ce fonds de dotation consiste ni plus ni moins qu’à construire un immense catamaran à voile de plus de 46 m de long et 55 m de hauteur, le plus grand du monde, capable d’accueillir à son bord jusqu’à 2000 visiteurs par jour, et 10 000 dans le village culturel ambulant qui sera érigé à quai, pour dialoguer avec des artistes embarqués pour une croisière tout autour de la Méditerranée, et visiter une exposition sous forme de galerie immersive.

Un projet ambitieux dont le coup d’envoi avait été donné lors de l’Exposition universelle de Dubaï qui s’est achevée le 31 mars 2022 et où la fondation Art Explora représentait les Arts et la Culture au Pavillon de la France, autour de la thématique « Connecter les esprits, construire le futur » : tout un programme ! Parmi de nombreuses productions artistiques figurait donc une présentation de ce projet, dénommé Art Explorer, de ce catamaran géant destiné à parcourir les eaux de la Méditerranée avec son exposition culturelle itinérante artistique et numérique.

La maquette du futur bateau-musée en cours d’installation à Marseille (source © Art Explora / France Bleu)

Et en attendant que ce projet devienne réalité, a priori en 2023, et s’amarre sur le quai du Vieux-Port, face à l’hôtel de ville, les Marseillais ont d’ores et déjà la possibilité de se faire une idée du projet en accédant à une exposition gratuite de la maquette du bateau, installée sur le Vieux-Port pendant 10 jours, du 19 au 29 mai. Outre la maquette du futur catamaran, les visiteurs peuvent ainsi découvrir l’itinéraire qu’empruntera le catamaran Art Explorer, à partir de l’automne 2023 et jusqu’à fin 2025 avec pas moins de 20 escales dans des ports de la Méditerranées, répartis dans 15 pays différents. Expérience immersives et sonores à bord du bateau, festival, expositions et ateliers à quai, autant d’occasion de dialoguer autour de l’art et des cultures méditerranéennes sur des thématiques allant du droit des femmes aux enjeux environnementaux et sociaux en passant par les défis migratoires ou éducatifs…

Vue d’ambiance du futur village culturel associé au projet Art Explorer (source © Jean-Michel Wilmotte architecte et associés / Art Explora)

Conçu par l’architecte naval Axel de Beaufort, le catamaran, qui sera alimenté en électricité par modules solaires, est actuellement en construction en Italie, tandis que les espaces d’exposition à quai, à la fois modulables et transportables, sont conçu par l’agence d’architecture Willmotte & associés, à base de conteneurs recyclés favorisant le transport et le stockage tout en réduisant l’empreinte environnementale du projet. A bord, une exposition montée en partenariat avec le musée du Louvre sera centrée sur la représentation des femmes dans l’art méditerranéen et le rôle des figures féminines dans la production artistique au fil des âges.

Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une autre expérience d’exposition itinérante, également soutenue par la fondation Art Explora en association avec le Centre Georges Pompidou à Beaubourg, mais qui avait été lancée dès 2011 sous la forme d’un gros camion servant de musée mobile, le MuMo, permettant de rendre accessible l’art contemporain un peu partout au gré de ses étapes. Initié en 2011, ce musée mobile a permis de faire découvrir l’art moderne à plus de 150 000 personnes en établissement scolaire, foyers fermés, EHPAD ou centre social, surtout dans de petites villes et en quartier prioritaires de la Politique de la Ville.

Le musée mobile lors d’une étape (photo © Fany Trichet / CNAP)

Le fonds de dotation Art Explora, qui envisage de se transformer à brève échéance en fondation reconnue d’utilité publique pour augmenter ses capacité d’attraction de nouvelles sources de financement, dons privés et legs en plus des dotations généreuses de grandes entreprises, a été fondé par l’entrepreneur Frédéric Jousset, dont la mère était conservatrice en chef au musée Beaubourg, ce qui explique sans doute cette attirance pour le domaine culturel. Formé à HEC et après plusieurs expériences dans le domaine du marketing puis du conseil en stratégie, il a fondé en 2000 la société Webhelp, devenue en quelques années un leader dans le domaine des centres d’appel et solutions clients, ce qui lui a permis d’amasser une belle fortune personnelle, estimée à 250 millions d’euros.

Frédéric Jousset, l’entrepreneur mécène fondateur d’Art Explora (source © Entreprendre)

Membre depuis 2007 de la commission des acquisitions du musée du Louvre, dont il est administrateur depuis 2016, il a notamment participé au financement d’un chantier de fouille au Soudan, à l’élaboration du site Internet pour le musée consacré aux enfants, ainsi qu’à la réalisation de cycles de conférences d’histoire de l’art en prison. Il est également propriétaire de Beaux Arts magazine dont il a développé la version numérique, et concessionnaire de l’hôtel du Relais de Chambord, situé en face du château…

Un vrai mécène à l’ancienne, donc mais qui sait parfaitement jongler avec les outils d’optimisation fiscale et son réseau d’accointances politiques pour mettre en œuvre des projets artistiques permettant de favoriser la diffusion des œuvres y compris dans certains milieux qui en sont traditionnellement éloignés : nul ne s’en plaindra et les Marseillais auront certainement à cœur d’aller découvrir ce futur musée flottant dès qu’il accostera sur le Vieux-Port !

L. V.

Législatives 2022 : ça s’approche…

4 mai 2022

Dans un peu plus de 5 semaines aura lieu le premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022, et curieusement, personne n’a encore une très bonne visibilité sur ceux qui se porteront candidats à cette échéance électorale pourtant majeure dans notre régime de démocratie parlementaire…

Sur l’ensemble de la région PACA, c’est la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen qui l’a emportée lors du second tour des présidentielles le 24 avril 2022, et son score national particulièrement élevé (41,5%) pourrait laisser prévoir l’arrivée massive de députés du Rassemblement national sur les bancs de l’Assemblée nationale à l’issue du second tour des législatives, prévu le 19 juin prochain.

Les bancs de l’Assemblée nationale au grand complet après la dernière élection en 2017… (source © Assemblée Nationale)

Mais n’oublions-pas qu’en 2017, seuls 8 députés apparentés à l’extrême droite avaient finalement réussi à se faire élire, même pas de quoi constituer un groupe politique ! Leurs chances seront sans doute plus grandes en 2022, notamment dans certaines circonscriptions du Var et du Vaucluse, mais plus aléatoires dans les Bouches-du-Rhône où Marine Le Pen est pourtant arrivée en tête dans 8 des 16 circonscriptions du département.

En 2017, sur ces 16 circonscriptions, la République en Marche, portée par la victoire d’Emmanuel Macron et malgré le déficit abyssal de notoriété de ses candidats, avait réussi à faire élire 7 députés auxquels il convient d’ajouter un élu du MODEM, Mohamed Laghila, et un OVNI politique, François-Michel Lambert, réélu alors avec l’étiquette LREM mais qui a, une fois de plus, changé de parti et sans doute même de circonscription puisqu’on l’annonce désormais candidat dans le Gers en lieu et place de Gardanne

Bernard Deflesselles, député sortant, préfère jeter l’éponge après un cinquième mandat aussi transparent que les précédents… (source © Twitter / Deflesselles)

Les Républicains avaient alors obtenu 4 députés parmi lesquels Bernard Deflesselles, réélu d’un cheveu dans la 9e circonscription, celle qui englobe Carnoux avec notamment Aubagne et La Ciotat, face à une parfaite inconnue, et uniquement grâce aux voix des électeurs carnussiens d’extrême droite. Un exploit qu’il pourrait difficilement rééditer en 2022 pour lequel il a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé qu’il ne briguera pas un sixième mandat. C’est sans doute le maire de Gémenos, Roland Giberti qui portera donc le flambeau des Républicains mais qui risque de trouver sur sa route le Cassidain Bertrand Mas-Fraissinet, délégué départemental de LREM, dans une circonscription où Emmanuel Macron a obtenu plus de 28 % des suffrages au premier tour alors que la candidate LR était à moins de 5 % !

Bertrand Mas-Fraissinet, référent de la République en Marche dans les Bouches-du-Rhône et élu d’opposition à Cassis (source © GoMet)

Cette circonscription fait d’ailleurs partie de celles où Marine Le Pen est arrivée largement en tête à l’issue du deuxième tour, contrairement à 2017, ce qui risque de perturber largement le jeu électoral, même si le Rassemblement national semble encore avoir du mal à traduire ses bon scores lors des scrutins locaux nécessitant un fort ancrage territorial…

Rappelons au passage que pour cette élection comme en 2017, il faut, pour se qualifier au second tour, soit arriver dans le binôme de tête soit recueillir au moins 12,5 % des suffrages par rapport au nombre d’inscrits. Si le taux de participation ne dépasse pas celui de 2017, qui était dans notre circonscription, de 46,8 %, il faut donc obtenir pas moins de 27 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, sauf à finir dans les deux premiers. Autant dire que la gauche, même unie, a bien peu d’espoir de se maintenir au second tour dans cette circonscription au vu des résultats récents de la présidentielle, a fortiori naturellement si elle persiste à présenter comme en 2017 pléthore de candidats qui s’affrontent dans un duel suicidaire…

Manuel Bompard avec Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 27 mars 2022 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / L’Express)

En revanche, la gauche a toutes ses chances dans les deux circonscriptions qu’elle avait conservée en 2017. C’est le cas bien sûr de la 4e, dans le centre ville de Marseille, où Jean-Luc Mélenchon avait été facilement élu en 2017, même s’il pourrait cette fois laisser la place à son directeur de campagne, le député européen Manuel Bompard. Ce devrait être le cas aussi dans la 1ère circonscription, du côté de Martigues, où le communiste Pierre Dharréville compte bien rempiler avec de bonnes chances de succès. Trois autres circonscriptions marseillaises, toutes détenues par des députées macronistes sortants, sont aussi dans le viseur de la gauche, mais avec des chances de victoire assez limitées…

Du côté de la droite, Eric Diard, élu député de Marignane sans discontinuer depuis 2002, a toutes ses chances de maintenir son poste malgré les scores vertigineux de l’extrême droite dans son secteur. Ce sera sans doute plus disputé pour les 2 autres circonscriptions remportées par un candidat LR en 2017. Dans la 6e, le sortant Guy Tessier, élu député pour la première fois en 1988 et qui a achevé 6 mandats successifs complets, devrait enfin jeter l’éponge à 77 ans, ce qui aiguise les appétits pour sa succession. Didier Réault, qui a obtenu l’investiture LR risque fort de se retrouver face à l’ex LR Lionel Royer-Perreaut, déjà maire de secteur tout en étant élu au département et à la Métropole et qui vise désormais l’étiquette En Marche.

Eric Diard, député des Bouches-du-Rhône sur les bancs de l’Assemblée nationale (photo © Vincent Isore / MaxPPP / France Bleu)

Quant à la 1er circonscription, où la candidate LR Valérie Boyer, réélue en 2017 puis devenue sénatrice, avait cédé son poste de député à Julien Ravier, lequel est désormais inéligible après avoir été condamné dans l’affaire des procurations usurpées, c’est la grande incertitude. Bruno Gilles, ex LR lui aussi, y dispute l’investiture LREM face notamment à Pascal Chamassian et à quelques autres. Si les élections législatives risquent de bien peu passionner la plupart des Français, que l’on se rassure au moins en sachant que certains sont prêts à tout pour obtenir la possibilité d’y être candidats : voilà qui devrait nous rassurer, sinon sur la bonne santé de notre démocratie représentative, du moins sur l’enthousiasme et l’envie de gagner qui habite nos élus locaux !

L. V.

Conseil de territoire : un enterrement de première classe…

12 mars 2022

Ce n’est un secret pour personne : la Métropole Aix-Marseille-Provence, accouchée aux forceps et dans la douleur au 1er janvier 2016, malgré l’opposition frontale de la plupart des élus des 92 communes qui le composent, n’est pas au mieux de sa forme… La nouvelle loi 3DS (qui signifie « différenciation, déconcentration, décentralisation et simplification », ça ne s’invente pas !), adoptée le 22 février 2022, à l’instigation de l’ancienne ministre des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, aussitôt recasée au Conseil Constitutionnel, prévoit notamment la fin des fameux Conseils de Territoires, appelés à disparaître définitivement le 1er juillet prochain.

Jacqueline Gourault en visite dans une école de Marseille aux côté de Benoït Payan en mai 2021 (source © Made in Marseille)

Ces entités qui n’existent nulle part ailleurs sont en fait des survivances des six anciennes intercommunalités qui préexistaient avant la mise en place de la Métropole. C’est le cas notamment du CT1 qui regroupe les 18 communes, dont Marseille, qui formaient l’ancienne communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Logiquement, cette structure aurait dû disparaître avec la constitution de la nouvelle Métropole en 2016, mais 6 ans après elle existe toujours même si plus personne ne sait très bien à quoi elle sert.

Martine Vassal, réélue à la tête de la Métropole en juillet 2020 malgré sa sévère défaite aux élections municipales, en a même renforcé les compétences. C’est par exemple le CT1 qui continue à gérer la piscine de Cassis mais c’est lui aussi qui gère la distribution de l’eau potable ainsi que l’assainissement, la voirie ou encore la collecte des ordures ménagères, à se demander d’ailleurs à quoi peut bien servir la Métropole elle-même. C’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle ces Conseils de territoire sont enfin amenés à disparaître, d’autant que certains commençaient à trouver un peu étrange que l’essentiel des service publics de grosses agglomérations comme Aix-en-Provence et Marseille soient entre les mains de maires de petites communes périphérique. C’est le cas notamment du CT1, qui regroupe plus de 1 million d’habitants et qui est présidé par Roland Giberti, élu à Gémenos qui compte 6137 paroissiens…

Roland Giberti, président du Conseil de territoire Marseille Provence (source © Le Méridional)

Du coup, à quelques mois de la disparition de ces derniers vestiges du passé, c’est une ambiance funèbre qui règne au sein de cette instance dont la dernière séance, lundi 7 mars 2022, ne restera guère dans les annales, d’autant que le Conseil métropolitain qui devait se tenir dans la foulée, jeudi 10 mars, n’a pas eu lieu, se résumant à une réunion du seul Bureau métropolitain, comme si cette Métropole à l’agonie et où tout est à reconstruire n’avait plus rien à se dire…

En l’absence de son président, Roland Giberti, officiellement souffrant, c’est le premier vice-président du CT1, le maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi en personne, qui a dû se coltiner d’animer cette séance qui s’est tenue en visio-conférence et que tout un chacun peut visionner sur le site du Conseil de territoire, mais qui ne donne pas une image très dynamique de notre démocratie locale. Entre cafouillages techniques, écho impromptu et mouvements erratiques de la caméra, aide en coulisse pour guider l’orateur souvent perdu et enchaînement mécanique des 87 délibérations en près de 2 heures, il faut vraiment être motivée pour suivre ces débats où se prennent pourtant les décisions qui concernent la vie quotidienne de toute l’agglomération marseillaise, de la Côte Bleu jusqu’à La Ciotat !

Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, préside la séance du CT1 le 7 mars 2022 (source capture d’écran © Marseille Provence)

La séance commence d’ailleurs, comme par hasard, sur une première délibération, on ne peut plus macabre, puisqu’il y est question d’une convention avec la Faculté en faveur de la crémation des restes, en cas de don du corps à la Science. On croirait une blague de potache pour célébrer en grandes pompes l’enterrement programmé de ce défunt Conseil de territoire, mais la mine funèbre du maire de Carnoux prouve qu’il n’en est rien et que l’affaire est sérieuse, sinon capitale pour l’avenir de l’aire métropolitaine… De quoi alimenter l’humour noir de l’opposant Eric Semerdjian qui n’hésite pas à évoquer « un angle mort » tout en appelant de ses vœux un débat démocratique plus vif…

Eric Semerdjian, adjoint au maire de secteur des 4e et 5e arrondissements de Marseille (source capture d’écran © Marseille Provence)

Il faut dire que le spectacle de ces délibérations qui s’enchaînent et que Jean-Pierre Giorgi semble découvrir en séance sans avoir la moindre idée de ce qu’elles recouvrent, comme il le reconnaît d’ailleurs avec candeur, est assez pitoyable. Il en serait même risible si les enjeux financiers et humains qui en résultent n’étaient pas aussi importants… Certains élus s’en offusquent même à l’instar de Denis Rossi qui termine son intervention en regrettant que le président de séance n’ait pas écouté le moindre mot de ce qu’il venait d’exprimer !

Denis Rossi, délégué métropolitain à l’ANRU et à la politique de la ville (source capture d’écran © Marseille Provence)

La plupart des rapports de commissions sont évacués sans le moindre commentaire, certains des présidents de commission n’ayant strictement rien à dire, ou étant même carrément absents, à moins qu’ils n’arrivent tout simplement pas à brancher leur micro : un vrai dialogue de sourds ! Au point que l’élue écologiste marseillaise, Christine Juste, finit par accuser Jean-Pierre Giorgi de « bloquer les micros » pour l’empêcher de s’exprimer, ce à quoi le maire de Carnoux affirme qu’il « ne bloque pas ni ne débloque » : dont acte…

Le maire de Carnoux-en-Provence, Jean-Pierre Giorgi, lors du CT1 le 7 mars 2022 (source capture d’écran © Marseille Provence)

Seuls quelques élus du Printemps Marseillais animent un peu le débat et montrent, contrairement au président de séance, leur véritable connaissance des dossiers, à l’exemple de Patrick Amico, l’adjoint au maire de Marseille en charge du logement, ou de l’élue EELV, Anne Meilhac, qui fustige longuement les retards et les coûts pharamineux du plan métropolitain pour développer les pistes cyclables. C’est le cas aussi de la déléguée marseillaise à l’environnement, Christine Juste, qui s’interroge sur les dysfonctionnements considérables en matière de gestion des ordures ménagères et s’attire les foudres de Roland Mouren, le maire de Châteauneuf-les-Martigues, justement chargé de la collecte des déchets sur le territoire et qui s’est retrouvé en première ligne durant les grèves récentes à répétition qui ont ravagé le centre-ville de Marseille des mois durant.

« Ne me demandez pas en quoi ça consiste, je n’en sait strictement rien » n’hésite pas à avouer benoîtement le maire de Carnoux en mettant aux votes les délibérations. De là à penser que nos élus votent n’importe quoi, il y a un pas qu’il ne faudrait évidemment pas franchir !

L. V.

Lionel Royer-Perreaut, l’anguille qui aime la soupe…

10 février 2022

L’affaire a fait grand bruit dans le Landerneau politique marseillais : ce mercredi 9 février 2022, Lionel Royer-Perreaut, maire LR des 9e et 10e arrondissements, annonce dans La Provence sa décision de quitter Les Républicains et de soutenir Emmanuel Macron pour les prochaines présidentielles. Lui qui déclarait fièrement il y a moins d’un mois dans les colonnes du même journal « Je soutiens Valérie Pécresse depuis le début », précisant même qu’elle était « la candidate de synthèse par excellence », a donc changé d’avis à deux mois seulement du premier tour de l’élection présidentielle, alors même que la candidate LR reste plutôt bien placée dans le trio de tête des challengers de ce scrutin.

Lionel Royer-Perreaut, annonce son départ du parti LR (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Une telle annonce qui fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la droite marseillaise est d’autant plus étonnante que Lionel Royer-Perreaut avait été en 2020 le maire de secteur le mieux élu de toute les listes LR, avec 45,5 % des suffrages exprimés au deuxième tour, loin devant la liste emmenée par Aïcha Sif pour le Printemps marseillais et celle du Rassemblement national menée par Éléonore Bez. Depuis, il avait tendance à se pousser du col et à se positionner en poids lourd de l’opposition LR au sein du Conseil municipal, monopolisant volontiers la parole avec ses discours sentencieux et moralisateurs, là où l’ancienne tête de liste LR, Martine Vassal, se montrait plutôt discrète lors des débats municipaux.

Élu à la Métropole Aix-Marseille-Provence, il s’y était arrogé le poste de deuxième vice-président du Conseil de Territoire Marseille Provence, délégué à l’habitat et au logement, laissant néanmoins la place de premier vice président au maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, par politesse sans doute. Réélu en 2021 au Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, en tandem avec sa présidente sortante, Martine Vassal, il hérite, là aussi d’un poste de vice-président, délégué cette fois aux relations internationales et au rayonnement du territoire marseillais, un beau tremplin pour un responsable politique ambitieux qui commence à lorgner sérieusement sur la mairie de Marseille.

Lionel Royer-Perreaut, préside depuis 2020 la SOLEAM, dont l’action a été critiquée par la Chambre régionale des Comptes (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le maire de secteur a aussi été porté le 4 novembre 2020 à la présidence de la SOLEAM, alors qu’il présidait déjà, parmi de nombreuses autres institutions, l’office public de l’habitat départemental 3 Habitat. Pas forcément très connue du grand public, la Société publique locale d’aménagement de l’aire métropolitaine (SOLEAM) dont sont membres, outre la Métropole et la Ville de Marseille de nombreuses collectivités locales dont Cassis, Aubagne, La Ciotat ou encore Gémenos, compte une soixantaine de collaborateurs et pilote pour le compte de la Métropole de nombreux aménagements de ZAC et des opérations de renouvellement urbain, avec un bilan mitigé. Son intervention sur le projet de requalification de la place Jean Jaurès à Marseille avait notamment mis le feu à tout le quartier de La Plaine, déclenchant une véritable guerre de tranchée des riverains, au point qu’il avait fallu ériger un mur pour protéger le chantier…

Lionel Royer-Perreaut, qui jadis, en décembre 2009, était venu introduire une conférence organisée à Carnoux par le Cercle progressiste carnussien sur le projet de Parc national des Calanques, est donc unanimement considéré comme un pilier de la droite LR marseillaise, dans ses bastions du Département et de la Métropole, comme dans son rôle d’opposition municipale. D’où l’émoi causé par cette annonce fracassante de quitter brusquement les rangs des Républicains en pleine campagne électorale.

En 2020, l’entente cordiale entre Guy Tessier, Martine Vassal et Lionel Royer-Perreaut pour l’élection du maire de Marseille… (source © Made in Marseille)

En 2020 déjà, son positionnement avait surpris certains lorsqu’il avait joué des coudes pour obtenir l’investiture LR comme tête de liste dans le 5e secteur des municipales marseillaise, à l’issue d’un combat qualifié de « violent et douloureux » contre Guy Tessier qui était pourtant le candidat naturel à cette place. Une guerre fratricide d’autant plus âpre que Guy Tessier était le mentor de Lionel Royer-Perreaut. C’est lui qui l’avait pris sous son aile comme assistant parlementaire en 1995 alors que le jeune Royer-Perreaut, âgé de 21 ans seulement, venait de vivre l’assassinat de la député FN puis UDF, Yann Piat, dont il était attaché parlementaire. Réélue en mars 1993 et membre de la commission d’enquête contre la mafia à l’Assemblée Nationale, la députée envisageait de se présenter aux municipales à Hyères-les-Palmiers, dans le Var, lorsqu’elle avait été sauvagement assassinée par deux hommes à moto, le 24 février 1994.

Le 1er mars 1994, lors des obsèques de la député assassinée Yann Piat (photo © MaxPPP/ France TV info)

Pendant plus de 15 ans, Lionel Royer-Perreaut a fait toute sa carrière politique dans le sillage du député Guy Tessier dont il est devenu suppléant à l’Assemblée Nationale en 2007 et qu’il avait déjà remplacé comme maire de secteur en 2014, lorsque Guy Tessier était devenu président de la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole.

En avril 2014, le député Guy Tessier laisse à son adjoint Lionel Royer-Perreaut le fauteuil de la mairie de secteur où il siégeait depuis 31 ans (source © La Provence)

Mais en 2020, Lionel Royer-Perreaut était carrément sorti de ses gonds lorsque, à l’occasion de l’élection du Maire de Marseille, Martine Vassal avait eu la lumineuse idée de proposer Guy Tessier comme candidat, espérant le faire élire au bénéfice de l’âge et avec l’appui discret des élus du Rassemblement national. Ce qui n’avait pas empêché Royer-Perreaut de se représenter quelques mois plus tard en tandem avec Martine Vassal pour se faire réélire, bras dessus, bras dessous, au Conseil départemental…

Affiche de campagne de Lionel Royer-Perreaut et Martine Vassal lors des élections départementales en 2021 (source © Comité femmes Marseille 9/10)

Qu’est-ce qui a donc bien pu pousser cet homme de droite aux convictions libérales solidement chevillées, à claquer ainsi la porte de sa famille politique en pleine bataille électorale ? Pour le comprendre, il ne faut pas oublier qu’une élection peut en cacher une autre : alors que toute l’attention des Français est braquée sur les présidentielles à venir, les responsables politiques, eux, ne pensent qu’aux législatives qui se profilent dans la foulée. Or, dans la sixième circonscription des Bouches-du-Rhône, un fief imperdable pour la droite qui comprend les 9e, 10e et 11e arrondissement de Marseille, c’est Didier Réault qui a été investi par le parti LR pour les prochaines législatives, avec l’inamovible Guy Tessier comme suppléant. Une véritable claque pour Lionel Royer-Perreaut qui est donc aussitôt aller frapper à la porte d’en face, celle de la République en marche, laquelle, ça tombe bien, a toutes les chances, au vu des sondages qui se succèdent depuis des mois, de faire réélire haut la main son champion, Emmanuel Macron. De surcroît, et là-encore ça tombe plutôt bien, le parti présidentiel a justement un peu de mal à trouver des candidats ancrés localement dans le paysage politique et connus des électeurs.

Lionel Royer-Perreaut entretient bien entendu encore un peu le suspens, pour la forme, mais nul ne doute désormais qu’il se présentera donc aux prochaine législatives sous l’étiquette de la future majorité présidentielle. Prudent, il préfère néanmoins laisser passer la présidentielle pour se dévoiler, sait-on jamais ? Quant à la cohérence de son positionnement politique qui risquerait de perturber légèrement certains de ses électeurs, cela ne semble pas trop l’inquiéter. Lui qui a tapé comme un sourd depuis 5 ans maintenant sur la politique menée par Emmanuel Macron, trouve désormais bien des qualités au Chef de l’État, jugeant qu’il a admirablement su gérer la crise sanitaire, sociale et économique qu’a traversé notre pays : une belle clairvoyance, certes un peu tardive, mais mieux vaut tard que jamais…

L. V.

Fresques murales : l’imagination au pouvoir…

6 février 2022

A Marseille, depuis peu, une nouvelle fresque murale gigantesque est visible, sur la façade en béton brut, de 60 m de long et 14 m de haut, de la Cité des arts de la rue, en bordure de l’autoroute A7 à l’entrée nord de la ville. Une nouvelle signature graphique originale qui vient compléter les immenses lettres qui égrainent depuis 2016 le nom de Marseille sur les hauteurs du Centre commercial du Grand Littoral. Cette œuvre originale qui se présente sous la forme d’un graphique en forme de bâtons se veut à vocation non seulement artistique, réalisée par le peintre muraliste Germain Prévost, alias IPIN, avec l’aide des cordistes de l’entreprise ATX, mais aussi pédagogique.

Le projet s’inscrit en effet dans le Programme d’action de prévention des inondations et a été initié par la Mission interministérielle inondations sur l’arc méditerranéen. Le graphique représente l’évolution des valeurs de débit du ruisseau des Aygalades lors d’un épisode pluvieux survenu le 13 août 2018. Long de 17 km, ce petit fleuve côtier qui s’appelle La Caravelle dans la partie amont de son cours et qui vient se jeter dans la mer à la Joliette, toute sa partie aval étant busée et régulièrement polluée par l’activité industrielle locale, en attendant des projets de renaturation…

Comme tous les cours d’eau méditerranéens, ce charmant petit ruisseau où ne coule habituellement qu’un mince filet d’eau, peut se transformer en quelques heures, à l’occasion d’un orage estival ou d’une pluie d’automne, en un flot impétueux, réceptacle des ruissellements intenses sur son bassin versant escarpé, et qui peut faire de gros dégâts en se frayant un chemin parmi les aménagements urbains qui encombrent son lit. Cette journée du 13 août 2018, mise ainsi en exergue, a par exemple vu le débit du ruisseau des Aygalades multiplié par 100 en à peine 1h30, atteignant la valeur remarquable de 30 m³/s mesurée à la station hydrométrique qui se trouve juste en aval.

Vue générale de la fresque peinte sur la façade de la Citée des arts de la rue (photo © Yann Rineau & Dominique Milherou / Tourisme-Marseille)

Pour autant, cette œuvre, joliment intitulée Ruisseau en sursaut, qui vient d’être inaugurée ce dimanche 6 février 2022, ne présente pas le caractère esthétique voire poétique qui peut caractériser certaines fresques murales qui fleurissent un peu partout sur les murs de nos cités, dans le sillage du street art qui s’est fortement développé dans les années 1970 dans les grandes villes américaines, à moins que l’on y voit une résurgence des grandes fresques pariétales de nos lointains ancêtres qui ornaient les parois de Lascaux avec leur frise de bisons et d’aurochs. L’art du graffiti mural, souvent exutoire à la colère populaire, n’est pas nouveau non plus, même si certaines périodes comme mai 1968 ont été particulièrement fécondes pour ce type d’expression graphique, avec l’émergence de véritables artistes de rue comme Ernest Pignon-Ernest.

Fresque murale peinte en 1979 par Ernest Pignon-Ernest sur le mur de la Bourse du Travail à Grenoble et restaurée en 2016 (source © Street Art Fest)

Souvent parodiques ou ironiques, ces œuvres qui fleurissent sur les murs des villes, parfois réalisées en catimini par des artistes anonymes, parfois résultant de commandes officielles de la part des maîtres d’ouvrages au bénéfice d’artistes reconnus, ne manquent pas de talent et de force évocatrice. A l’instar par exemple de ce gigantesque collage réalisé le 30 mai 2021 par celui qui se fait appelé JR, pour l’ouverture d’un festival d’art contemporain, le Parcours de Saint-Germain. Intitulée No trespassing, autrement dit, Défense d’entrer, cette peinture gigantesque en trompe l’œil représente l’artiste en train d’escalader le mur aveugle de ce bâtiment situé à l’angle du 184 boulevard Saint-Germain.

Le gigantesque collage en trompe l’oeil de Saint-Germain-des-Prés, avec l’artiste en personne donnant l’échelle (photo © JR-ART.net / Connaissance des arts)

Des œuvres qui présentent souvent un côté transgressif, comme par exemple cette fresque murale peinte par l’artiste espagnol Pejac sur un mur du 13e arrondissement à Paris, rue Edouard Manet. Intitulée Vandal-Isme, elle représente un jeune garçon projetant avec force quelque chose qui éclate contre le mur, dans une flaque de couleur représentant le fameux Déjeuner sur l’herbe du grand peintre impressionniste : le choc de « la colère et de la sensibilité esthétique à la fois », selon les termes de l’artiste lui-même…

Vandal-Isme, une œuvre signée Pejac sur un mur de la rue Édouard Manet à Paris (source © blog Stripart)

Certaines de ces fresques murales sont d’une rare qualité artistique et souvent empreintes de beaucoup de poésie, en contraste avec l’âpreté voire la laideur du paysage urbain dans lequel elles s’insèrent. Les exemples sont multiples et on pourrait citer parmi bien d’autres cette peinture qui orne le pignon d’un mur de Glasgow, sur High Street, près de la cathédrale, représentant un vieil homme attendri par le rouge-gorge qui s’est posé sur son doigt calleux. Signée Smug, un artiste d’origine australienne, il s’agit en réalité d’une référence à Saint-Mungo, l’évêque Kentigern, fondateur de la ville et qui aurait, selon la légende, ressuscité un rouge-gorge écossaise. Glasgow l’écossaise fait d’ailleurs partie de ces lieux où une visite touristique de street art est organisée, témoin de la vitalité de ce nouvel art urbain qui fleurit dans nos espaces urbains.

Peinture murale de Saint Mungo à Glasgow (photo © Finding Scotland / Glasgowlive)

La poésie et l’humour sont souvent des traits marquant de cet art urbain du graffiti et de la fresque murale. Même minimalistes, les maximes peintes au pochoir par celle qui signe ses œuvre La Dactylo, et qui se fait appelée avec un brin d’humour Lady Doigts, sont des jeux de mots astucieux, sentencieux ou vaguement coquins et qui ne peuvent manquer de faire sourire le passant même le plus indifférent au paysage qui l’entoure : « Optimisme matinal : se réveiller de bonheur », « Je ne pense Covid qui nous sépare », « Rater sa vie, c‘est déjà ça », « On va s’émécher toi ou chez moi ? », « Le me couche très tard et je me lève mytho », et le reste est à l’avenant…

Un graffiti au pochoir signé La Dactylo, sur un mur de la rue de Moussy, dans le Marais à Paris (source © Paris côté jardin)

D’autres fresques murales sont nettement plus sophistiquées et sont de véritables œuvres graphiques, à l’image de cette magnifique peinture réalisée en octobre 2021 sur un mur du centre hospitalier de Lanmeur en Bretagne, en hommage au travail des soignants, par l’artiste français Akhine. Intitulée L’éveil, elle représente la fragilité de la vie qui est entre les mains du personnel hospitalier et dégage une force remarquable, au point d’avoir été sélectionnée dans le classement 2021 de Street Art Cities qui organise chaque année un palmarès des plus belles fresques murales.

L’éveil, peint par Akhine sur l’hôpital de Lanmeur (source © Twitter / Lanmeur)

Longtemps considéré comme un art mineur et subversif, à l’image des tags souvent agressifs qui fleurissent sur les murs de nos villes, le street art est incontestablement en train de gagner ses lettres de noblesse et nombre de collectivités ont bien intégré tout l’intérêt de confier ainsi à un artiste, la décoration de façades aveugles, participant ainsi à l’embellissement de quartiers parfois bien ternes. Une pratique qui aurait pu être mise en profit à Carnoux, pour donner un peu d’humanité et de poésie aux immenses murs blancs de la nouvelle mairie, en profitant du dispositif du 1 % artistique, qui permet aux collectivités de profiter de la construction d’un édifice public pour y créer une œuvre originale. Mais sans doute le Maire n’y a t-il pas pensé…

L. V.

Des filets connectés pour capter les déchets…

1 février 2022

La Mer Méditerranée, c’est bien connu, est une mer fermée, réceptacle naturel de tous nos déchets que le vent emporte et qui finissent tous, invariablement dans la mer, canalisés à chaque épisode pluvieux via les cours d’eau et le réseau de collecte des eaux pluviales.

Chacun n’en a pas forcément conscience, mais un mégot jeté négligemment dans le caniveau sur le mail de Carnoux, sera nécessairement emporté à la première pluie dans la « bouche d’égout » la plus proche, laquelle conduit directement, via un simple tuyau, dans le fossé pluvial que l’on voit à la sortie de Carnoux, en contrebas de la route après le rond-point des Barles, fossé qui n’est autre que le lit résiduel du Ru de Carnoux qui se jette dans le Merlançon, lui-même affluent de l’Huveaune, qui conduira votre mégot directement en mer au niveau de la plage du Prado où, avec un peu de chance, vous le retrouverez avec plaisir en allant barboter dans l’eau l’été prochain…

Regard pluvial à Carnoux : dernière étape avant un rejet direct en mer… (photo © CPC)

On estime que l’on rejette ainsi en mer chaque année, bien involontairement et sous le seul effet mécanique du vent et de la pluie, plus de 10 millions de tonnes de déchets, principalement à base de plastique qui se fragmente peu à peu et pénètre dans toute la chaîne alimentaire. D’ici 2050, les océans contiendront probablement plus de plastique que de poissons.

Malgré tous les efforts des pouvoirs publics et de nombreuses initiatives privées pour essayer de nettoyer cet immense dépotoir qu’est devenue la Mer Méditerranée, une des solutions les plus efficace est encore d’éviter que nos déchets ne viennent se déverser en mer à chaque orage comme on l’a encore constaté lors de l’épisode pluvieux du 4 octobre 2021 qui avait coïncidé de surcroît avec une grève des éboueurs métropolitains, si tant est que l’on puisse encore parler de coïncidence pour des phénomènes aussi récurrents…

Déchets jonchant la plage du Prado après les intempéries du 4 octobre 2021 (photo © Nicolas Tucat / AFP / Le Monde)

Une des solutions envisagée et déjà testée avec succès en de multiples endroits est de récupérer ces macro-déchets en installant des filets à l’exutoire des réseaux d’eau pluviale, voire des déversoirs d’orage qui, eux, sont liés directement aux réseaux d’eaux usés, lesquels finissent toujours, en cas de forte pluie, à excéder les capacités de traitement des stations d’épuration, si bien que l’on n’a généralement pas d’autre choix que de déverser alors directement en mer les eaux usées sans le moindre traitement en comptant sur la dilution naturelle et l’effet de chasse pour que cela ne soit pas trop visible…

Mise en place d’un filet récupérateur de déchet à la sortie d’un exutoire (source © Made in Marseille)

L’inconvénient d’un tel dispositif est que les filets, même de grande capacité, finissent toujours par se remplir, souvent précisément au plus fort de l’orage, formant alors de véritables bouchons à l’exutoire des réseaux d’eau usées, provoquant alors des débordement d’eau nauséabonde sur la voirie et dans les sous-sols des immeubles avoisinants, ce qui n’est généralement guère apprécié des riverains !

C’est pour éviter ce type de désagrément que la start-up marseillaise, au nom typiquement provençal de Green City Organisation, a lancé son dispositif D’Rain de filet connecté. Créée en 2017 par Isabelle Gérente, une plongeuse d’origine lilloise venue à Marseille pour développer des projets sportifs mais écœurée par les arrivées massives en mer de déchets de toute sorte à chaque épisode pluvieux, cette start-up a donc développé un système de collerette équipée de capteurs, que l’on vient fixer à la sortie d’une canalisation d’eau pluviale et à laquelle on accroche un filet qui récupère les déchets.

Isabelle Gérente, la fondatrice de Green City Organisation (photo © France TV Info)

Grâce à un dispositif de transmission des données collectées, on connaît à tout moment le niveau de remplissage du filet, ce qui permet de venir le récupérer et le changer à temps tout en évitant les plongées intempestives de surveillance. De surcroît, les capteurs recueillent en permanence des données sur la qualité de l’eau : salinité , pH, taux d’oxygène dissous, mais aussi teneur en hydrocarbures, métaux lourds ou encore résidus médicamenteux de nature à dégrader fortement l’état du milieu aquatique.

Schéma du principe du dispositif D’Rain avec sa collerette connectée et ses filets de récupération (source © Green City Organisation / GoMet)

Labellisé par les pôles de compétitivité Aquavalley et le Pôle Mer Méditerranée, le dispositif a été breveté e 2020. Après un premier essai dans le Vieux-Port de Marseille, la start-up marseillaise avait annoncé début 2021 la signature d’un partenariat avec la fondation Probiom, une ONG environnementale qui tente de lutter contre la prolifération de déchets plastique sur les côtes algériennes. Le 14 décembre 2021, la société a organisé, sur le Vieux-Port, dans les locaux de la Société nautique, une présentation de son démonstrateur, fruit de 18 mois de recherches cofinancées par l’Agence de l’Eau et Total Énergies, avant de mettre en scène l’installation du dispositif sur l’exutoire situé à proximité, l’un des plus gros d’Europe, et qui sert de déversoir d’orage directement dans le Vieux-Port en cas de forte pluie.

Vue du dispositif expérimental D’Rain mis en place au niveau de l’exutoire de la Société nautique sur le quai du Vieux-Port à Marseille le 14 décembre 2021 (photo © Rémi Liogier / GoMet)

Les filets ainsi mis en place, fournis par la société Ecotank, ont une capacité de 10 m³ et sont constitués d’une double paroi, à mailles larges pour bloquer les macro-déchets, mais doublés d’une maille plus fine pour arrêter même les mégots. Quant le filet est plein, la collerette intelligente, qui pèse quand même 1,7 tonnes, se détache automatiquement et l’exploitant est alerté pour qu’il puisse venir récupérer le filet à l’aide de scaphandriers, mobilisés par l’entreprise Seven Seas et le remplacer par des filets neufs.

Installation du dispositif expérimental D’Rain sur l’exutoire du Vieux-Port à Marseille le 14 décembre 2021 (photo © Guillaume Ruoppolo / Walis / Marseille médias)

Didier Réault, vice-président de la Métropole, délégué à la mer et au littoral, était présent lors de cette démonstration et s’est montré intéressé par cette technologie innovante qui pourrait, à terme, équiper les quelques 180 exutoires en mer pour la seule ville de Marseille, exploités par la SERAMM, dans le cadre d’une délégation de service public. Même dans cette hypothèse, et même en imaginant qu’une telle technologie de pointe soit suffisamment fiable pour permettre de récupérer ainsi une partie de nos déchets, ce n’est bien évidemment pas une raison pour continuer à jeter négligemment votre mégot dans le caniveau…

L. V.

Primaires à gauche : pourquoi tant de haine ?

23 janvier 2022

C’est entendu, le pouvoir rend fou et l’aspiration à exercer le pouvoir y contribue largement… Avant chaque élection, c’est la même chose dans tous les partis : chacun s’étripe pour avoir une place et espérer être élu. Comme si exercer la lourde tâche de représenter ses concitoyens et prendre en leur nom les décisions souvent difficiles qui s’imposent pouvaient compenser le rythme épuisant et l’absence totale d’intimité familiale qui caractérisent la vie quotidienne de nos élus. A croire que la griserie du pouvoir et de l’exposition médiatique est une drogue à laquelle il est bien difficile de renoncer une fois qu’on y a goûté…

Dans moins de trois mois auront lieu les prochaines présidentielles et chacun a pu constater, à l’occasion des primaires des écologistes puis celles de la droite, comment des hommes et des femmes engagés en politique dans le même camp et partageant grosso modo les mêmes idées ont pu s’affronter violemment, uniquement pour avoir le privilège de présenter leur candidature devant les électeurs. Assurément, le régime présidentiel qui caractérise notre Cinquième République explique largement cette course à l’échalote liée à la personnalisation de la fonction de chef de l’État.

Les candidats de gauche disent pourtant tous la même chose… Un dessin signé Ganaga (source © Blagues et dessins)

Dans ce contexte, certains bords politiques s’en tirent plutôt bien, soit parce qu’ils ont un candidat naturel incontesté, comme Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, soit parce qu’ils ont réussi, malgré les obstacles et les frustrations immenses qui en découlent, à faire émerger un candidat à l’issue de primaires, comme c’est le cas de Valérie Pécresse pour le parti LR.

En revanche, la gauche se retrouve dans un véritable champ de ruines à quelques mois de l’échéance électorale avec toujours 7 candidats en lice malgré le retrait d’Arnaud Montebourg, dont la « remontada » annoncée avec panache le 4 septembre 2021 s’est finalement plutôt terminée en « degringolada » pour reprendre l’expression vacharde de nombreux médias et qui a donc jeté l’éponge le 19 janvier 2022 dans une video testament tournée sur le site gaulois de Bibracte au mont Beuvray…

Arnaud Montebourg sur le mont Beuvray annonçant qu’il renonce à sa candidature aux présidentielles (photo © capture d’écran Twitter / France TV info)

Si l’on excepte les candidatures d’extrême gauche de Philippe Poutou et de Nathalie Arthaud, qui n’ont aucune prétention à accéder aux responsabilités et seraient bien en peine de mettre en œuvre un programme de gouvernement cohérent, ce sont donc cinq personnalités de gauche qui se présentent pour l’instant à la candidature suprême, dont deux seulement ont déjà exercé des responsabilités ministérielles et qui toutes sont issues ou appartiennent encore aux partis historiques de la gauche française, associés au gouvernement lorsque la gauche était en responsabilité, sous François Mitterrand, dans le gouvernement de Lionel Jospin ou durant le quinquennat de François Hollande.

Jean-Luc Mélenchon en 1997, alors membre du parti socialiste, ici avec François Hollande et Lionel Jospin, dont il sera ministre délégué à l’enseignement supérieur (photo © Philippe Wojazer / Reuters / Le P’tit Libé)

Pourquoi alors cette incapacité totale à dialoguer et à envisager un programme commun de gouvernance alors que les différences idéologiques entre ces différentes composantes de la gauche sont pour le moins subtiles ? On pourrait certes pointer l’insistance de Fabien Roussel, candidat du Parti communiste, à vouloir développer coûte que coûte la filière nucléaire, ce qui a le don d’agacer un écologiste comme Yannick Jadot, lequel aurait pourtant bien du mal, même avec la meilleure volonté du monde, à tourner totalement la page du nucléaire s’il devait par miracle être élu à la tête du pays.

Pour peu que ces différentes personnalités politiques veuillent bien sortir de leurs positions les plus caricaturales, il ne leur serait sans doute pas très difficile de se rejoindre sur un socle commun et de gouverner ensemble sur la base de propositions pragmatiques. Avec à peine 25 % d’intentions de vote selon tous les sondages qui se succèdent à un rythme effréné depuis le début de cette campagne, la gauche est objectivement minoritaire dans le paysage politique actuel et il est donc parfaitement évident pour tout le monde qu’elle n’a pas la moindre chance d’arriver en tête de ces élections présidentielles, surtout si elle est incapable de surmonter ses querelles de préséances qui relèvent du pur enfantillage.

Christiane Taubira, une nouvelle candidature qui ne règle pas le problème de la gauche… Un dessin d’Emmanuel Chaunu publié dans Ouest France

La seule stratégie possible, dans un tel régime politique et avec les règles électorales qui sont les nôtres, est que les différents mouvements de gauche s’unissent et s’entendent sur un programme commun de gouvernement. C’est ce qui lui a permis d’arriver en responsabilité en 1981 (sans même remonter à 1936 !), en 1997 et en 2012. Comment dans ces conditions ne pas être désespéré par la situation actuelle où chacun des candidats refuse de faire le moindre compromis et de discuter avec ses alliés politiques naturels en vue d’élaborer une plateforme commune de gouvernement.

Arnaud Montebourg avait tenté de se placer dans cette dynamique mais a dû y renoncer. Christian Taubira tente désormais de s’y inscrire à son tour en s’appuyant sur la démarche de la Primaire populaire qui a tout tenté pour faire émerger cette candidature commune que la majorité des électeurs de gauche appellent de leurs vœux. Certains, autour du député européen Pierre Larrouturou et de la petite-fille de Stéphane Hessel, ont été jusqu’à entamer une grève de la faim pour alerter sur cette situation kafkaïenne.

Pierre Larrouturou entouré de militants écologistes en grève de la faim pour appeler à un sursaut de responsabilité en faveur d’une candidature unie à gauche (photo © Daniel Fouray / Ouest France)

Mais les réponses de certains des candidats et de leur entourage, notamment du côté de la France Insoumise, sont sans appel et rejettent catégoriquement ces appels au rassemblement, avec des mots d’une violence inouïe qui feraient presque passer ces alliés de la gauche écologiste ou social-démocrate pour des suppôts du capitaliste et en tout cas des ennemis à combattre, plus dangereux à leurs yeux que le clan LR ou même RN. La France de 2022 est en train de revivre le cauchemar de la république allemande de Weimar, lorsque communistes et sociaux-démocrates se déchiraient à qui mieux mieux, laissant finalement le champ libre au parti nazi en pleine ascension… Même le maire de Marseille, Benoît Payan, s’en est ému dans une interview à Libération, lui qui est bien placé pour savoir que seule une alliance de tous les mouvement de la gauche et de la société civile a permis de mettre fin au règne sans partage d’une droite marseillaise solidement implantée. « Nous sommes condamnés à être la gauche la plus bête du monde pendant encore combien de temps ? » a ainsi cinglé Benoît Payan, ajoutant : « Certains candidats de cette présidentielle ont été dans le même parti, d’autres ont soutenu les mêmes gouvernements. Ils dirigent ensemble des coalitions dans les villes et on essaie de nous faire croire que pour diriger le pays, ce n’est pas possible ? ».

Benoît Payan s’inquiète de la stratégie suicidaire de la gauche à 3 mois des présidentielles… (photo © Patrick Gherdoussi / La Croix)

Assurément, certains ont bien du mal à dépasser cette course égocentrique au pouvoir suprême qui les aveugle, oubliant que l’on ne gouverne pas seul mais en équipe et nécessairement en faisant des compromis pour pouvoir dégager des mouvements majoritaires. Aspirer à gouverner quant on est minoritaire ne peut fonctionner que sous un régime dictatorial, peut-être n’est-il pas inutile de le rappeler…

L. V.