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Lustucru ou l’histoire de la halle voyageuse…

7 février 2018

A Arles, voilà que la friche Lustucru fait de nouveau parler d’elle, et c’est l’occasion de retracer l’histoire peu banale d’une gigantesque structure métallique construite en 1906 par un proche de Jean Eiffel et qui a beaucoup voyagé depuis…

Carte postale de l’exposition coloniale de 1906 à Marseille (source © Iris blog)

En 1906 donc, se tient à Marseille la troisième Exposition coloniale, après celles organisées en 1896 à Rouen et en 1989 à Rochefort. L’idée vient du docteur Heckel, fondateur de l’école de médecine du Pharo, spécialisée dans l’épidémiologie et les pathologies tropicales. Le maire de Marseille, un certain Jean-Baptiste-Amable Chanot, fait voter un budget d’un million de francs et le projet est entériné par un décret présidentiel signé en 1904.

L’exposition se tiendra sur un terrain de près de 40 ha situé entre le boulevard Rabatau, le rond-point du Prado et le boulevard Michelet, utilisé jusque là par l’armée comme champ de manœuvre, et qui deviendra le futur parc Chanot. Une cinquantaine de pavillons, tous plus exotiques les uns que les autres sont construits autour d’une grande allée centrale, tous destinés à être détruits à l’issue de l’exposition, laquelle fut un beau succès avec 1,8 millions de visiteurs entre avril et novembre 1906. Le Président de la République en personne, Armand Fallières, viendra visiter l’exposition avant de poser la première pierre du futur Canal du Rove. De nombreuses personnalités dont Frédéric Mistral, Auguste Rodin ou Jean-Baptiste Charcot ainsi que le général Lyautey, s’y rendent également.

Au centre du parc, à l’extrémité de l’allée centrale, se trouve le grand palais où sont présentées les diverses activités de la métropole et surtout de Marseille ; huilerie et savonnerie, tannerie, raffinage du soufre et du sucre, métallurgie du plomb, chantier naval, etc. Cet immense édifice, dessinée par Edouard Allar, jeune ingénieur de l’Ecole Centrale et ancien adjoint de Gustave Eiffel, a été construit par la Société de construction de Levallois-Perret (ex Compagnie des établissements Eiffel).

Carte postale de l’exposition coloniale de 1906 à Marseille avec une vue du Grand Palais

De forme rectangulaire, la halle mesure 99 m de long pour 44,5 m de largeur et près de 20 m de hauteur intérieure. Elle est constituée d’une nef centrale prolongée de quatre bas-côtés et possédait à l’origine une galerie desservie par deux escaliers intérieurs. Construite à Levallois-Perret et assemblée à Marseille, la structure métallique y sera à maintes reprises rhabillée pour abriter diverses manifestations jusqu’en 1939. Réquisitionnée ensuite successivement par les armées française, puis allemande et finalement américaine, la grande halle peut s’enorgueillir d’avoir connu de près les vicissitudes de l’Histoire…

Elle finit par être démontée et en 1951, elle est transportée à Arles où elle est remontée, sans sa galerie, pour servir de hangar agricole pour les usines de conditionnement de riz Lustucru qui s’établissent dans la plaine de Montmajour, à l’entrée nord de la ville. 

L’ex usine Lustucru est devenu un terrain de jeu pour graphistes (photo © Amélie / Ad-Urbex)

En 2003, la crue du Rhône dévaste totalement les usines Lustucru, rachetées entre temps par le groupe Panzani. Devant l’ampleur des dégâts, Panzani annonce le 26 mars 2004 la fermeture définitive du site. Malgré une très forte mobilisation des salariés qui occupent les locaux et malgré l’appui du préfet Christian Frémont qui va jusqu’à déclarer en septembre 2004 que « tout ceci est immoral », il faut se rendre à l’évidence et le site est définitivement abandonné en 2005, pour devenir le paradis des taggeurs et autres graphistes qui s’en donnent à cœur joie.

En octobre 2016, la ville d’Arles, qui avait racheté les 7,3 ha de la friche industrielle pour 1 € symbolique, accepte finalement de la céder au groupe Frey, un promoteur champenois qui projette d’y créer un centre commercial de plein air regroupant 13 moyennes surfaces et autant de boutiques dans le domaine de l’équipement de la personne et de la maison. Évalué à 1,8 millions d’euros par France Domaine, le tout est cédé à moitié prix au vu des frais particulièrement élevés envisagés pour démolir les bâtiments après les avoir désamiantés, et dépolluer le sol.

Etat actuel de la halle (photo © Jonathan Dahan / Le Moniteur)

Mais des défenseurs du patrimoine s’émeuvent de voir ainsi disparaître l’ancienne halle métallique, qualifiée de « cathédrale d’acier » et qui avait été labellisée en 2012 par l’État « Patrimoine du XX° siècle ». Une pétition recueille 3 000 signatures et est adressée à la ministre de la culture, l’Arlésienne Françoise Nyssen.

Vue aérienne du chantier de la digue des papeteries Etienne (source © SYMADREM)

A l’issue de moult tractations, une solution vient semble-t-il d’être trouvée, le 9 janvier 2018, à l’issue d’une réunion qui s’est tenue en sous-préfecture d’Arles en présence de tous les acteurs du dossier et au terme de laquelle, le groupe Frey a accepté de procéder à un nouveau démontage de la halle pour la déplacer une fois de plus. Le prochain point de chute de cette structure métallique qui aura finalement beaucoup voyagé, sera le site des Papeteries Etienne, une autre friche industrielle située à l’ouest d’Arles, en rive droite du Rhône, rachetée par l’Établissement public foncier régional, et que la Communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette projette de transformer en un nouveau pôle économique dédié à l’économie créative et aux industries culturelles et du patrimoine.

Sauf que pour l’instant ce site, lui-même en zone inondable, attend d’être requalifié en fonction du niveau de protection des digues qu’il est prévu de renforcer. Un laps de temps qui pourra donc être mis à profit pour lancer une consultation citoyenne et réfléchir aux contour du futur projet et au devenir de la fameuse structure métallique si souvent démontée et remontée. A moins qu’elle ne finisse par revenir à son point de départ, le parc Chanot, comme le suggère Christian Mourisard, adjoint au maire d’Arles, délégué au patrimoine et au tourisme. Au point où on en est, la « cathédrale d’acier » à monter en kit n’en est plus à un déplacement près…

L.V.  

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Marseille envisage le recours à la délation massive…

1 février 2018

A Marseille, on savait déjà grâce aux travaux du sociologue Laurent Mucchielli, que les caméras de vidéosurveillance servaient principalement non pas à élucider les délits de voie publique mais à verbaliser les automobilistes mal garés. Il en est d’ailleurs de même à Carnoux, depuis l’an dernier. Et voilà qu’un article très documenté paru dans la Provence du 24 janvier 2018 vient encore noircir le tableau et brouiller les pistes.

Extrait de l’article publié par La Provence, le 24 janvier 2018

Intitulé sobrement « Big Brother : un ami qui vous veut du bien », l’article décortique la politique de surenchère frénétique et de course à la technologie qui s’est emparée des édiles marseillais cherchant à tout prix à rassurer leur électorat par le déploiement à grande échelle de gadgets aussi coûteux qu’inutiles, et envisageant sérieusement d’encourager des pratiques de délation massive qui commencent à faire froid dans le dos…

Caroline Pozmentier, adjointe au maire de Marseille, déléguée à la sécurité publique

On y apprend ainsi que Caroline Pozmentier, l’adjointe au maire de Marseille en charge de la sécurité publique et de la prévention de la délinquance, attend avec impatience les résultats de l’expérimentation de la ville de Nice sur le dispositif Reporty avant d’envisager sa mise en œuvre dans la cité phocéenne. Développé en Israël, où la politique ultra-sécuritaire que mène depuis des années ce pays en guerre civile larvée fait fantasmer tous nos élus locaux de droite, ce système consiste en une application installée sur le smartphone de tout un chacun et qui permet à un citoyen lambda de dénoncer en direct toute incivilité, crime ou délit dont il serait témoin, en se contentant de filmer la scène.

Certains craignent que cela ne vienne encourager le développement d’un climat de délation générale, peu propice à renforcer le tissu social et de nature à déborder la police municipale sous un amas de plaintes futiles et relevant surtout de la jalousie de voisinage. Mais Caroline Pozmentier ne voit pas où est le risque, affirmant sans sourciller : « vous savez, la délation elle existe déjà : le maire reçoit chaque jour des dizaines de lettres anonymes dénonçant tel ou tel… Tout ça, c’est une question de culture que nous devons mettre en place peu à peu ». A croire que l’élue LR regrette le bon temps de la Collaboration où chacun n’hésitait pas à dénoncer allègrement son voisin… D’autant que l’outil qui permet de dénoncer des incivilités existe déjà, via Allo mairie, et que téléphoner au numéro d’urgence nationale (17), lorsqu’on est témoin d’un fait grave, relève déjà de l’obligation citoyenne.

Laurent Mucchielli, cité par La Provence dans son article du 24 janvier 2018

Mais on sent derrière cette stratégie, comme l’analyse Laurent Mucchielli dans le reportage de La Provence, une volonté politique de la municipalité marseillaise de s’approprier la sécurité au détriment des forces de l’ordre nationale. Avec plus de 400 policiers municipaux armés et 600 prévus d’ici 2020, la ville de Marseille bénéficie d’ores et déjà des forces de police municipale les plus importantes de France, talonnée il est vrai par la ville de Nice qui sert d’aiguillon.

Une ville de Nice qui a donc lancé l’expérimentation du dispositif Reporty et où le maire, Christian Estrosi, se dit persuadé que seul un dispositif de vidéosurveillance peut assurer la sécurité de ses concitoyens, lui qui n’hésitait pas à persifler au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo (et avant celui du 14 juillet 2016 qui avait ensanglanté la Promenade des Anglais) : « Avec 999 caméras et une caméra pour 343 habitants, je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé 3 carrefours sans être netralisés et arrêtés ».

Reporty, une application en test à Nice (source : numerama.com)

La suite des événements lui a clairement prouvé qu’il avait tort mais cela ne l’empêche pas de persévérer et de faire des émules, non seulement à Marseille mais même dans des petites communes comme Sisteron où le maire LR compte installer en 2018 pas moins de 81 caméras pour 8 000 habitants, un des taux les plus élevés de France, ou encore à Châteaurenard où les 15 000 habitants disposent déjà d’une caméra pour 110 habitants.

Centre de supervision urbaine de Marseille (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP.com)

Et Marseille bien entendu ne compte pas être en reste puisque l’objectif est d’y installer 2 000 caméras d’ici 2020, ce qui revient quasiment à doubler le parc déjà déployé depuis 2012, mais qui jusqu’à présent est surtout disposé le long des grands axes routiers (principalement pour surveiller les infractions au code de la route) et dans les noyaux villageois, mais évite soigneusement les cités chaudes où se concentre la délinquance. A raison de coûts d’installation estimés entre 1 500 et 7 000 euros pour chaque caméra, sans compter les frais de fonctionnement liés à la maintenance du matériel et à l’exploitation des images enregistrées, on voit bien que cette politique municipale va coûter cher au contribuable marseillais.

Renaud Muselier, Président du Conseil régional PACA et roi de la surenchère sécuritaire…

Et ce n’est sans doute qu’un début puisque, dans un souci évident de surenchère, chacun y va de sa proposition. C’est ainsi que le Président du Conseil régional, Renaud Muselier, souhaite désormais installer des portiques de reconnaissance faciale devant chaque lycée, tandis que sa vice-présidente rêve de développer « la Big data de la tranquillité publique » pour faire de Marseille une « safe city », en provençal dans le texte. Autrement dit, il s’agit de croiser tous les fichiers de données numériques pour mieux les exploiter, une gageure quand on sait comment fonctionnent les services qui les gèrent, et un véritable cauchemar pour la Commission nationale de l’informatique et des libertés, la CNIL, qui croule sous les demandes et ne sait plus où donner de la tête, elle qui est sensée s’assurer que le fichage des données personnelles respecte certaines règles de base et ne vient pas mettre en péril la vie privée des Français.

Jusqu’où ira-t-on dans une telle course à la technologie destinée avant tout à permettre aux élus locaux de rassurer leurs électeurs en leur montrant qu’ils ne lésinent pas pour assurer leur sécurité ? Après le dispositif des voisins vigilants et les lotissements entièrement cloturés et sous gardiennage électronique, après les caméras de vidéosurveillance et les systèmes de reconnaissance faciale, on envisage désormais sérieusement des drones pour surveiller en permanence tout déplacement suspect et sans doute bientôt des milices armées de citoyens comme on commence à l’organiser avec les groupes de chasseurs dans l’Est de la France. Décidément, on vit une époque formidable qui devrait nous préparer un avenir radieux !

L.V.  

Dominique Tian pris la main dans le sac

27 janvier 2018

Dominique Tian (photo © Kenzo Tribouillard / AFP)

Le premier adjoint au maire de Marseille, Dominique Tian, risque fort de ne jamais succéder à Jean-Claude Gaudin comme premier magistrat de la ville. Député depuis 14 ans dans les beaux quartiers de Marseille, Dominique Tian, qui faisait partie de l’équipe de campagne de François Fillon après avoir soutenu Bruno Le Maire, avait déjà annoncé qu’il démissionnerait de son poste de premier adjoint une fois réélu député pour la quatrième fois, loi sur le non cumul des mandats oblige.

Mais pas de chance pour lui car il a été sèchement battu aux dernières élections législatives, par une parfaite inconnue de 37 ans, Claire Pitollat, ingénieur de son état. Et voilà que le pauvre Dominique Tian vient de se voir condamné en première instance à une lourde peine par le Tribunal correctionnel de Paris pour « blanchiement de fraude fiscale et déclaration mensongère de patrimoine ».

L’affaire, que nous avions déjà évoquée ici, remonte à 2012, alors que le député fraîchement réélu à l’Assemblée nationale remplit sa déclaration de patrimoine en se gardant bien de mentionner qu’il détient plus de 1,5 millions d’euros sur un compte en Suisse ainsi qu’un hôtel 3 étoiles à Bruxelles. De simples peccadilles aux yeux de celui qui se présente d’abord comme un « homme d’affaires », d’obédience ultra-libérale comme le relate Marsactu à l’issue d’une de ses visites chez ses amis de l’association libérale Contribuables associés, dénonçant à cors et à cris « l’oppression fiscale », désireux de faire disparaître le statut de la fonction publique territoriale et auteur en 2011 d’un rapport au vitriol dénonçant la fraude aux cotisations et prestations sociales.

Dessin de Soulcié, publié par Anti-K

Créée en 2013 suite à l’affaire Cahuzac qui avait menti pour dissimuler son compte en Suisse, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d’intérêts des responsables publics français. Dotée de pouvoirs élargis par rapport à la commission qu’elle remplace, ainsi que l’explique Le Monde, la HATVP peut croiser les déclarations de patrimoine avec les fichiers des services fiscaux, ce qui lui a permis de prendre la main dans le sac plusieurs parlementaires parmi lesquels le sénateur LR de la Haute-Marne Bruno Sido, condamné à six mois de prison avec sursis et 60 000 euros d’amende en avril 2016, pour avoir également omis de signaler l’existence de son compte bancaire en Suisse.

En avril 2015, la Haute autorité a ainsi déclenché une enquête administrative à l’encontre de Dominique Tian. Celui-ci indique pour sa défense que le compte en Suisse lui vient d’un héritage de son père, « un chef d’entreprise marseillais exerçant dans l’univers des soins et des retraites » selon les informations de La Provence et qu’il avait tenté de négocier une régularisation dans le cadre du dispositif de rapatriement des capitaux mis en place en 2013 par le ministre du budget d’alors, Bernard Cazeneuve. Quant à l’hôtel belge, l’élu prétend qu’il ne lui appartient pas en propre mais à une de ses sociétés : la nuance est subtile…

Toujours est-il que le premier adjoint de Marseille a dû comparaître devant la 11e chambre du Tribunal correctionnel de Paris le 1er décembre 2017. Après plus de cinq heures d’audience, le procureur de la République Pierre Jeanjean a alors requis une peine de prison de 12 mois avec sursis à l’encontre du 1er adjoint au maire de Marseille, ainsi qu’une amende de 300 000 euros et une peine d’inégibilité de cinq ans.

Le jugement avait été mis en délibéré et vient d’être rendu ce vendredi 26 janvier 2018, en des termes plutôt sévères pour le prévenu puisque la présidente, Bénédicte de Perthuis, tient à enfoncer le clou en précisant que « les faits commis sont d’une particulière gravité », traduisant « une violation de la loi et de l’égalité devant l’impôt » par « un élu de la République » dont le comportement aurait dû être « exemplaire ». Ces faits, a ajouté la présidente du tribunal, ne peuvent que « nourrir la méfiance des citoyens envers ceux qui les représentent ».

De fait, Dominique Tian a été condamné à douze mois de prison avec sursis, trois ans d’inéligibilité et une amende record de 1,45 million d’euros. Le jugement est sévère et bien entendu le premier adjoint au maire de Marseille a immédiatement hurlé au scandale et au lynchage politique, tout en annonçant qu’il faisait appel du jugement. Une stratégie qui lui permet de gagner du temps puisque l’appel est suspensif, ce qui lui permet de conserver son mandat électif pendant les 8 à 12 mois que vont durer les procédures, quitte à pousser ensuite le bouchon jusque devant la Cour de Cassation, de quoi tenir jusqu’aux prochaines élections municipales…

Pas sûr cependant que cela suffira pour lui permettre de rester dans la course de la succession à Jean-Claude Gaudin. Une course qui semble désormais bien lancée depuis les déclarations fracassantes du Président du Conseil régional, Renaud Muselier, qui tire désormais à l’arme lourde contre le bilan du « mauvais maire » qui a effectué « deux mandats de trop », l’accusant en vrac pour sa « politique de l’immobilisme » et sa « cohabitation politico-mafieuse » avec Jean-Noël Guérini…

Martine Vassal et Jean-Claude Gaudin, le 26 janvier 2018 (photo © Frédéric Speich pour La Provence)

« Je n’ai pas pour habitude de répondre aux insultes, aux injures et aux outrances », a aussitôt Jean-Claude Gaudin selon Le Monde. D’autres l’ont fait à sa place, parmi lesquels la Présidente du Conseil départemental, Martine Vassal, l’autre élue de droite qui brigue également le fauteuil du maire sans le dire et qui s’est donc ostensiblement affichée aux côté de Jean-Claude Gaudin vendredi dernier en lui rappelant mielleusement devant la presse, comme le rapporte La Provence : « Jean-Claude, tu as profondément transformé Marseille depuis vingt-cinq ans (…) Tu peux désormais compter sur ceux que tu as lancés dans le grand bain de la politique ».

Voilà qui a au moins le mérite de la clarté et laisse entrevoir pour les prochaines élections municipales à Marseille une bataille sanglante entre élus de la majorité républicaine… A condition du moins que Martine Vassal ait elle-même réglé ses propres ennuis judiciaires puisqu’elle est toujours en attente d’une décision dans le cadre de l’affaire sur les marchés publics de l’eau qui l’avait conduite en garde à vue en juin 2017.

L.V.  

Logement social : encore un petit effort !

5 janvier 2018

C’est un vieux serpent de mer qui resurgit périodiquement : en région PACA où le foncier est cher, la plupart des maires préfèrent privilégier les villas cossues et les immeubles de grand standing plutôt que de favoriser la construction de logement social. Face à ce constat qui ne date pas d’hier, il a fallu attendre le gouvernement de Lionel Jospin pour qu’enfin soit votée une loi, dite SRU, adoptée le 13 décembre 2000, dont l’article 55 impose aux communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France) situées dans une grosse agglomération (plus de 50 000 habitants avec une ville centre de plus de 15 000 habitants) de disposer d’une proportion d’au moins 20 % de logement social.

Un dessin publié dans Témoignage chrétien

L’objectif paraît modeste quand on sait que plus de 50 % de la population est éligible au logement social et peine de plus en plus à se loger dans ces agglomérations. Dans une commune comme La Ciotat, ce pourcentage dépasse même 70 % comme le reconnait volontiers le maire Patrick Boré pour La Provence. D’où la nécessité de rehausser encore cet objectif qui est passé en janvier 2013 à 25 % sous l’impulsion de Cécile Duflot, alors ministre du logement.

Mais les élus locaux ne sont pas tous très respectueux de la loi et nombre d’entre eux préfèrent payer les amendes prévues plutôt que de se conformer à des textes qu’ils jugent trop contraignants et défavorables à leurs intérêts, partant du principe que leur électorat traditionnel voit d’un mauvais œil le développement de logements sociaux, qui s’accompagne nécessairement d’un rajeunissement de la population, donc d’une demande accrue de services publics à assurer, voire d’un brassage social qui fait peur.

Chantier en cours (photo © Reuters)

C’est ainsi que la région PACA s’était distinguée lors du bilan triennal 2011-2013 en accueillant pas moins de 88 communes carencées selon les critères de la loi SRU, ce qui représentait 40 % des communes épinglées à l’échelle nationale ! Et les élus locaux ne comptaient pas s’arrêter en si bon chemin, sautant sur l’opportunité offerte par un nouveau texte de loi afin de tenter de s’affranchir de leurs obligations réglementaires. C’est ainsi qu’en juillet dernier, comme nous l’avions déjà évoqué ici, la métropole Aix-Marseille-Provence avait adopté une liste de 28 communes carencées qu’elle estimait devoir être exemptées de toute obligation au prétexte que leur desserte en transports publics était insuffisante pour y implanter des logements sociaux supplémentaires…

Pierre Dartout, nouveau Préfet de Région (source : Made in Marseille)

La ficelle était manifestement un peu trop grosse et le nouveau Préfet de Région, Pierre Dartout, l’a rappelé dès sa prise de fonction le 11 décembre, après deux mois de vacance à ce poste suite au départ précipité de Stéphane Bouillon, muté à Lyon en remplacement de son collègue à qui était reproché le cafouillage ayant conduit au double assassinat de la gare Saint-Charles. Du fait de la forte attractivité de la région PACA où la démographie est en hausse, les priorités de l’État telle que les a rappelées le nouveau Préfet sont « Le logement et l’accessibilité, la mobilité et les transports, ainsi que la cohésion sociale ».

Pas question donc de laisser les élus se faufiler entre les mailles du filet de la loi SRU. Selon TPBM, le nouveau ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, avait ainsi transmis au Préfet de Région, dès le 8 novembre, une liste de 72 communes jugées carencées, en recommandant d’y renforcer les sanctions financières et de reprendre en main la délivrance des permis de construire dans les secteurs à plus forts enjeux. A l’échelle nationale, ce serait ainsi 269 communes qui seraient désormais considérées comme carencées, dont 79 pour la région Ile-de-France, l’autre mauvais élève de la classe…

A Neuilly non plus, on n’est pas très favorable au logement social : un dessin signé Cambon, publié par Urtikan

Ce chiffre est légèrement inférieur à celui issu du bilan précédent, ce qui tend à montrer que les choses vont en s’améliorant. De fait, sur les 183 communes de la région PACA qui sont concernées par cet article de la loi SRU, 13 disposent déjà du taux légal de logement social et 4 en sont exemptées car plus de la moitié de leur territoire est inconstructible du fait de risques naturels ou technologiques (c’est notamment le cas de Saint-Victoret, fortement impactée par les nuisances de l’aéroport de Marignane). Parmi les autres, 24 ont effectivement atteint les objectifs fixés pour la période considérée, objectifs à la fois quantitatifs (en nombre de logements sociaux produits) mais aussi qualitatifs (pour respecter en particulier les objectifs de logements destinés aux catégories de population à plus faibles revenus).

Quant aux 142 communes restantes, les préfets des départements concernés les ont examinées au cas par cas et ont fait preuve d’indulgence pour 70 d’entre elles, en s’appuyant sur le fait que des contrats de mixité sociale ou des conventions en vue d’acquérir des terrains pour la constructions de logements avaient été signés, gages d’un minimum de bonne volonté. Carnoux, qui avait demandé à être exemptée au titre du critère d’insuffisance de desserte en transports publics se trouve ainsi écartée de la liste des communes carencées, bien que n’ayant pas atteint les objectifs fixés. La commune pourrait même désormais être considérée comme ne relevant plus de la loi SRU, de même que trois autres communes des Bouches-du-Rhône, si les informations avancées par Marsactu sont confirmées par le décret attendu pour fin 2017.

Carnoux : désormais exempté malgré un taux de logements sociaux très insuffisant ?

Même si le ministre s’est montré un poil plus exigeant que la commission nationale chargée du suivi de la loi SRU en ajoutant in extremis 8 communes supplémentaires dont Ceyreste et Peypin, cette liste de 72 communes considérées comme carencées est donc loin de refléter l’application stricte des critères de la loi. En atteste notamment le fait que des communes comme Cassis, qui est pourtant très loin d’atteindre l’objectif fixé, ne figure pas sur la liste, pas plus que Nice (où le taux de logement social ne dépasse pas 13 %), Toulon, Aix ou même Marseille (qui n’a atteint que 13 % de son objectif fixé pour la dernière période triennale).

Quant aux 72 communes considérées comme carencées, dont la liste a été publiée à l’occasion du Comité régional de l’habitat et de l’hébergement qui s’est tenu à Marseille le 22 décembre, 24 d’entre elles se situent dans les Bouches-du-Rhône dont 22 sur le territoire de la Métropole où 72 000 demandes de logements sociaux sont en souffrance alors qu’on n’y a construit en 2016, pourtant considéré comme un crû exceptionnel, que 5 000 nouveaux logements de ce type. C’est en tout cas toujours les Alpes-Maritimes qui tiennent la corde, avec 25 communes carencées, mais les Bouches-du-Rhône font néanmoins pire que le Var où seules 15 communes ont finalement été épinglées !

Un dessin signé Delucq, publié dans le Huffington Post

Sur ces 24 communes, certaines verront leurs sanctions financières fortement renforcées. C’est le cas notamment d’Éguilles dont le montant des pénalités sera multiplié par 5 tandis qu’il sera multiplié par 3,5 pour Carry-le-Rouet, le montant de ces pénalités étant reversé soit à l’intercommunalité soit à l’Établissement foncier régional. De plus, le Préfet pourra désormais se substituer au maire pour la délivrance des permis de construire au bénéfice d’organismes HLM dans certains secteurs à enjeux, et il pourra même se réserver le droit d’attribuer lui-même la majeure partie des logements ainsi construits pour limiter la tendance de nombreux élus locaux à détourner l’esprit de la loi en distribuant les nouveaux logements selon des critères plus clientélistes que réellement sociaux.

Comme quoi, la mixité sociale, dans l’agglomération marseillaise comme ailleurs, mais manifestement plus ici que dans la majeure partie du pays, ne va pas de soi…

L.V.  

Aix-Marseille : du rififi à la métropole

3 janvier 2018

Deux ans tout juste après sa création au 1er janvier 2016, et à l’occasion de son dernier conseil métropolitain qui s’est tenu le jeudi 14 décembre au palais du Pharo, la métropole Aix-Marseille-Provence vient d’adopter son budget primitif pour l’exercice 2018, sur la base de son rapport d’orientations budgétaires. Un numéro de haute voltige et qui a bien failli tourner à l’empoignade générale. Il a fallu pas moins de 2 heures de franches discussions agrémentées de passes d’armes peu amènes pour que le projet de budget concocté par l’adjoint au budget, Jean Montagnac, par ailleurs maire de Carry-le-Rouet, et son acolyte aux finances, l’adjoint marseillais Roland Blum, finisse par être adopté, mais avec 36 abstentions et 33 votes contre, ce qui n’est pas si fréquent dans ce genre d’assemblée.

Conseil métropolitain AMP du 14 décembre 2017 pour le vote du budget (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

D’autant que les votes ne reflètent aucune logique politique. Certains élus socialiste dont Eugène Caselli ont voté pour, de même que des conseillers ex-Front national, tandis que les élus aixois pourtant tous LR ont voté contre. Maryse Joissains, à son habitude, était totalement déchaînée, pleurnichant une fois de plus « puisque nous sommes maltraités et mal-aimés, laissez-nous quitter cette métropole » ! Son premier adjoint, Gérard Bramoullé, a fait également dans la surenchère, affirmant avec grandiloquence : « C’est un budget mortifère économiquement, injuste territorialement et fragile légalement. Sur notre territoire, nos investissements vont s’effondrer ».

Face à tant de mauvaise foi, l’ex-sénateur Jean-Claude Gaudin s’en étranglait, tonnant en aparté, selon La Provence : « Ceux qui ont voté contre le budget sont de farouches opposants à la Métropole alors qu’ils en sont les plus grands bénéficiaires ». Il aurait même été encore plus cash dans ses échanges avec Gérard Bramoullé qui a vertement critiqué le budget et voté contre, allant jusqu’à lui dire selon Marsactu : « Vous critiquez mais vous prenez le pognon ». Du coup, les représailles n’ont pas tardé puisque dès le 24 décembre La Provence annonçait que le Président de la Métropole avait retiré à l’adjoint de Maryse Joissains sa délégation métropolitaine au territoire numérique et à l’innovation technologique. A Marseille, on a le sang chaud et la vengeance ne se fait pas attendre…

Maryse Joissains et son adjoint Gérard Bramoullé (photo © La Marseillaise)

Il faut dire que Jean-Claude Gaudin avait quelques raisons de se sentir agacé par les jérémiades des riches Aixois qui refusent toute solidarité avec le reste de l’agglomération et ont tout fait en 2016 pour plomber d’avance la future métropole en engageant pendant qu’ils en avaient encore la possibilité de très lourds investissements dont la somptueuse Arena à 70 millions d’euros et la salle des musiques actuelles (pour 20 millions supplémentaires), sachant pertinemment qu’il reviendrait à la Métropole d’assumer ces coups partis.

Pas évident dans ces conditions de dégager des marges de manœuvre pour investir enfin dans les grands équipements structurants qui justifient effectivement d’agir à l’échelle métropolitaine. D’autant que 53 % du budget de fonctionnement de la Métropole est purement et simplement reversé aux communes membres, sous forme d’attributions de compensation, soit un montant énorme de 705 millions d’euros auquel s’ajoutent 90 millions de fonds de concours. C’est deux fois plus que dans les autres métropoles et cela plombe le budget en attendant que la métropole intègre effectivement les compétences correspondantes, ce qui devrait être le cas dès 2018 pour certaines d’entre elles.

Jean-Claude Gaudin, président de la Métropole AMP jusqu’à quand ? (photo © Charles Platiau / Reuters)

Jusqu’à fin 2019 en effet, et contrairement aux autres métropoles françaises, la plupart des compétences normalement dévolues à la métropole, sont en fait déléguées aux anciennes intercommunalités, désormais dénommées Conseils de territoire. Cette situation transitoire résulte en effet des fortes réticences des anciennes intercommunalités à se fondre dans un ensemble métropolitain et, de fait, rend la structure métropolitaine quasi inopérante, chaque Conseil de territoire raisonnant à sa propre échelle et cherchant seulement à se tailler une part du gâteau supérieure à celle du voisin. Ceci explique largement l’attitude des élus aixois, même s’ils ne sont pas les plus mal servis puisque leur dotation globale (fonctionnement + investissement) s’élève pour 2018 à 175 millions d’euros contre 210 millions pour l’ancienne CUM pourtant nettement plus peuplée et 28 millions pour l’ex Pays d’Aubagne.

Du fait de cette priorité donnée par chacun des maires des 92 communes membres aux équipements de proximité, il ne reste pas grand-chose pour mettre en branle les grands chantiers métropolitains et en particulier celui des transports publics. Le budget d’investissement pour 2018 a finalement été arrêté à la somme ridiculement faible de 400 millions d’euros (hors budgets annexes), ce qui représente une baisse de 22 % par rapport à 2017 ! Sur ce montant, seuls 86 millions sont destinés aux transports alors que l’agenda de la mobilité métropolitain avait chiffré les besoins à 3,5 milliards d’euros d’ici 2025 : on est loin du compte !

Bien entendu, Jean-Claude Gaudin soutient que tout le problème vient de l’État qui ne se montre pas assez généreux, lui dont la dotation devrait être amputée de 10,3 millions en 2018 dans le cadre de l’effort demandé aux collectivités pour participer au redressement des comptes de la Nation. Mais on voit bien que ce n’est pas là le nœud du problème, d’autant que la Région a prévu d’injecter pas moins de 120 millions d’euros via le Contrat régional d’équilibre territorial, tandis que le Département (dont la Présidente, Martine Vassal, ambitionne désormais de remplacer dès 2018 Jean-Claude Gaudin à la tête de la Métropole, ainsi que l’a affirmé Marsactu) devrait prendre en charge plus de la moitié des 390 millions d’euros nécessaires aux différents chantiers de contournement routier de Marseille.

Le plan du futur réseau de transports collectifs issu de l’Agenda de la mobilité métropolitaine adopté en décembre 2016 (source : AGAM)

Difficile en tout cas de donner un signal plus négatif pour l’avenir de la Métropole Aix-Marseille-Provence dont les ressources financières ne sont manifestement pas à la hauteur de ses ambitions et dont le montant de la dette devrait atteindre 1,9 milliards d’euros dès 2020. De quoi alimenter les critiques du sénateur FN, Stéphane Ravier, qui ironisait en plein débat budgétaire : « Nous avons déjà sombré dans le ridicule et prochainement dans les abysses des déficits budgétaires »… Heureusement, en juin 2017, l’agence de notation Fitch a attribué à la Métropole la note A+ qui lui permet d’emprunter à bon compte : on respire !

L.V.  

Velos Decaux : la fin d’un modèle ?

5 décembre 2017

Les sucettes Decaux, même à Carnoux

Décédé en mai 2016, le milliardaire autodidacte Jean-Claude Decaux avait réussi à bâtir en quelques années un véritable empire industriel, leader mondial du marché des fabricants et installateurs de mobilier urbain. Son idée de génie : installer à ses frais du mobilier urbain en obtenant des collectivités qu’elles lui cèdent les droits publicitaires correspondant. Il avait commencé en 1964 par les abribus, posés gratuitement mais dont la location des espaces publicitaires lui a rapporté une fortune. Il a continué avec les panneaux d’affichage déroulant et les fameuses « sucettes Decaux », tout en consolidant son empire via notamment le rachat de l’annonceur Avenir, cédé en 1999 par Vivendi.

En 2005, Decaux a eu une nouvelle idée : celle de proposer au maire de Lyon, un certain Gérard Collomb, de mettre à disposition un réseau de vélos en libre-service, toujours en se rémunérant pour l’essentiel sur les recettes des espaces publicitaires du mobilier urbain. A l’époque, l’entreprise JCDecaux jouissait de contrats particulièrement lucratifs avec les collectivités territoriales qui, par naïveté ou par complicité, lui abandonnaient ces recettes en échange d’une redevance dérisoire payée par l’entreprise pour pouvoir installer sur l’espace public ses panneaux d’affichage.

Quand les collectivités ont commencé à comprendre qu’elles se faisaient plumer depuis des années par cet opérateur, il a bien fallu lâcher un peu de lest et c’est alors que Decaux s’est mis à proposer de nouveaux services pour éviter que les collectivités n’aient l’idée saugrenue d’augmenter le montant de sa redevance. Le 19 mai 2005 donc, Gérard Collomb a eu l’insigne privilège d’inaugurer le Vélo’v, premier vélo en libre-service à la française : 4 000 bicyclettes, réparties dans 300 stations à Lyon et à Villeurbanne.

Jean-Claude Decaux et Gérard Collomb lors de l’inauguration des Vélo’v à Lyon en 2005 (source © archives du Grand Lyon / revue Métropoles)

L‘idée du vélo en libre service n’était pas nouvelle puisqu’en 1976 déjà, l’emblématique maire de La Rochelle, Michel Crépeau, avait mis à disposition de ses administrés 300 vélos jaunes gratuits, suivi dans les années 1990 par d’autres villes dont Copenhague, Vienne ou Rennes. Mais forcément, la force de frappe de JCDecaux fait passer l’expérience à une dimension très supérieure, d’autant que l’implantation lyonnaise est suivie rapidement par d’autres.

Station Vélib’ (source © JCDecaux)

Dès 2007, la filiale Cyclocity de JCDecaux se présente comme le n°1 mondial du vélo en libre service en revendiquant la mise disposition de près de 30 000 vélos dans 10 villes dont Paris et ses 16 000 Vélib’, mais aussi Toulouse, Orléans ou Montpellier. Comme tout partenariat public-privé le dispositif est en effet particulièrement séduisant pour les élus locaux puisqu’il permet d’offrir à la population un service quasi gratuit sans avoir besoin d’investir, simplement en abandonnant des recettes publicitaires.

Pour l’usager, le coût est minime puisque, à Lyon comme à Paris, l’abonnement annuel ne dépasse pas 30 € et donne droit à une utilisation quasi illimitée des vélos, sous réserve de ne pas dépasser la durée de location de 30 mn qui est gratuite. Pour peu que les stations soient suffisament rapprochées et effectivement achalandées, cela permet de réaliser sans débourser davantage la quasi totalité des déplacements urbains du quotidien.

Pour autant, un tel dispositif a un coût qui est loin d’être négligeable. Il faut bien entendu de lourds investissements pour fabriquer les vélos eux-mêmes qui coûtent 600 € pièce, avec leur système sophistiqué d’antivol, qui n’empêche pas qu’à Paris la quasi totalité des 20 000 Vélib’ est volée chaque année : même si on retrouve la plupart d’entre eux, il en manque quand même 2 500 à l’appel tous les ans… Et il faut aussi installer les stations et leur bornes d’appel, assurer la maintenance de l’ensemble qui s’avère particulièrement exposé au vandalisme, et bien entendu participer à la gestion de la clientèle et surtout du parc de bicyclettes.

Cadavre de Vélib’ (source © Chroniques de Paname)

A l’usage, on se rend compte en effet rapidement que certaines stations se vident très rapidement tandis que d’autres débordent. A Paris, les touristes trouvent très agréables de prendre un vélo près du Sacré-Coeur et de dévaler les rues de Montmartre pour rejoindre leur hôtel, mais il ne leur viendrait pas à l’idée de suer sang et eau pour faire le trajet inverse : il faut donc que le personnel de Cyclocity remonte chaque jour des centaines de vélos pour réalimenter les stations les plus prisées.

Un véritable travail de Sysyphe donc, qui explique en partie pourquoi les vélos en libre service coûtent en réalité une fortune : de l’ordre de 2 000 €/an pour chaque vélo selon les chiffres communiqués par JCDecaux, plus probablement de l’ordre du double selon l’économiste Frédéric Héran. Un article du Monde paru en 2015 faisait d’ailleurs état d’un coût annuel par vélo estimé à 2 250  à Orléans, 2 413  à Rennes, et 3 267  à Marseille 1000 Vélo ont été mis en place fin 2007, uniquement dans les quartiers sud de la ville, pour un taux d’utilisation dérisoire du fait de la très déplorable qualité du service, régulièrement critiquée par le Collectif cyclistes enragés.

Face à de tels coûts, certaines collectivités ont rapidement jeté l’éponge. C’est le cas d’Aix-en-Provence où 200 V’Hello avaient été installés en mai 2007 par JCDecaux. Pointé en 2010 par un rapport de la Chambre régionale des comptes, le contrat passé avec la société JCDecaux a été dénoncé un an plus tard, moyennant une confortable indemnisation de l’opérateur, et l’ensemble des 16 stations qui n’avaient quasiment pas été utilisées a été démonté dès juillet 2011 : un beau gâchis !

Vélo marseillais (source © Collectif cyclistes enragés)

Il y a d’ailleurs fort à parier que le réseau installé sur Marseille sous la sobre appellation Vélo connaisse prochainement le même sort du fait de son taux d’utilisation en constante décroissance, les utilisateurs ayant été rapidement découragés par la mauvaise gestion de la régulation des stocks et le niveau de maintenance très insuffisant des bicyclettes : à quoi bon emprunter un vélo pour un trajet de 20 mn s’il faut 15 mn pour chercher un vélo disponible en état de fonctionner et tourner ensuite pendant aussi longtemps à la recherche d’une place libre où le déposer ?

A Paris même, après 10 ans de contrat passé avec JCDecaux, le syndicat Autolib’ Velib’ Métropole, désormais en charge du dossier, vient de lancer un nouvel appel d’offre sur un modèle radicalement différent puisque cette nouvelle délégation de service public concerne exclusivement la gestion des vélos en libre service, totalement déconnectée désormais de l’affichage publicitaire. Et curieusement, JCDecaux s’est avéré incapable de faire une offre à la hauteur de son concurrent direct, un groupement d’entreprises mené par la start up montpelliéraine Smoove qui a donc emporté le morceau. Un marché qu’elle a estimé à la bagatelle de 478 millions d’euros pour le coût de l’investissement et de l’exploitation du parc de vélos sur 15 ans.

Le pari est loin d’être gagné car l’opérateur va devoir désormais se rémunérer uniquement sur les recettes du Vélib’, moyennant un taux d’intéressement compris entre 15 et 20 %. Encore faut-il que les quelques 300 000 abonnés du dispositif actuel restent fidèles au service, dont la qualité s’est fortement dégradée depuis que JCDecaux sait qu’il n’est plus dans la course malgré ses tentatives de recours judiciaire. En attendant la construction des 1400 stations prévues par Smoove et la mise en service des 24 000 nouveaux vélos, il devient en effet bien difficile de trouver encore une place pour accrocher son vieux Vélib’ dans les quelques stations pas encore démontées et qui sont désormais encombrées d’épaves de vélos inutilisables mais que Cyclocity se garde bien de remettre en état.

Vélib’ hors d’usage (photo © Martine Bréson / Radio France)

Et la concurrence pointe déjà le bout de son nez avec de très nombreux opérateurs qui profitent de la situation pour imposer leur propre modèle. Une start up de Hong Kong a ainsi commencé à envahir les trottoirs parisiens avec ses vélos verts Gobee qu’on déverrouille simplement en flashant un QR code sous la selle avec son smartphone et qu’on peut ensuite laisser n’importe où, de même que ceux de son concurrent singapourien oBike qui lui a rapidement emboîté le pas, en attendant l’arrivée du géant chinois Ofo.

La mairie de Paris commence à s’arracher les cheveux en voyant cette invasion de bycyclettes en libre service qui risquent de ruiner le renouvellement de la flotte que Smoove s’apprête à opérer. Elle réfléchit donc à l’instauration d’une redevance d’occupation de l’espace public pour ces nouveaux opérateurs, tandis que certains lorgnent du côté du Velhop de Strasbourg qui a opté, comme d’ailleurs l’agglomération de Grenoble avec son Métrovélo, pour un dispositif très différent de location de longue durée qui rend l’usager responsable du vélo et se doit de le rapporter là où il l’a emprunté. Un système nettement moins coûteux puisqu’il revient à 400 € par an et par vélo, soit dix fois moins que les Vélib’ parisiens ou les Vélo marseillais : de quoi alimenter en effet la réflexion…

L.V.  

Canal de Provence : des plans d’eau qui rayonnent…

14 novembre 2017

Le Canal de Provence à Saint Maximin, dans le Var (photo © Camille Moirenc / SCP)

Créée en 1957 sous la forme d’une société anonyme d’aménagement régional, la Société du Canal de Provence, qui vient de fêter ses 60 ans, résulte en réalité d’un pacte passé en 1955 entre la Ville de Marseille et les deux départements des Bouches-du-Rhône et du Var, dans l’objectif de mettre en commun leurs droits d’eau sur la rivière du Verdon. Dès 1963, la société s’est vue confier, par concession d’État, la mission de réaliser et gérer le canal de Provence destiné à acheminer, vers l’agglomération marseillaise et une partie du Var, l’eau du Verdon stockée grâce aux différents barrages de Sainte-Croix, Quinson, Gréoux, Castillon et Chaudanne.

La construction du canal s’est échelonnée entre 1964 et 1986, à partir de la prise de Boutre, à Vinon-sur-Verdon. A Rians, le canal se divise en deux branches, l’une desservant le pays d’Aix et le nord de Marseille, l’autre l’Est marseillais et le Var. Le réseau s’est progressivement étendu, y compris via la construction récente de la liaison Verdon – Saint-Cassien destinée à alimenter le littoral varois jusqu’au golfe de Saint-Tropez. Il comprend désormais près de 70 km de canaux à ciel ouvert, 140 km en galerie souterraine et pas moins de 4500 km de canalisations.

Le barrage de Bimont, près de la Sainte-Victoire, géré par la SCP

La gouvernance a évolué également avec l’arrivée de la Région PACA en 1983, puis celle du département de Vaucluse en 1988, pour le développement de l’irrigation dans la plaine du Sud-Luberon. En 2008, l’ensemble du patrimoine appartenant à l’Etat et concédé à la SCP a été transféré à la Région, renforçant ainsi l’appropriation par les collectivités territoriales de ce patrimoine hydraulique.

Branche nord du canal de Provence (photo © Camille Moirenc / SCP)

De l’ordre de 2 millions de personnes, soit 40 % de la population régionale est désormais alimenté en tout ou partie par de l’eau acheminée par le réseau de la SCP. Une des particularités de ce réseau réside dans son mode de régulation dynamique, géré de manière centralisée depuis le siège de la société basé au Tholonet, et qui permet d’ajuster à tout moment les débits délivrés en fonction de la demande effective des utilisateurs.

C’est ce souci constant de l’innovation technologique qui a poussé la SCP, depuis déjà quelques années et après avoir exploité toutes les potentialités de l’hydroélectricité, à s’intéresser à la production d’énergie solaire sur son propre réseau. Dans une région aussi ensoleillée, un des freins au développement de cette production réside en effet dans le coût du foncier qui réduit les possibilités d’implantation de centrales photovoltaïques. Or, les plans d’eau et les canaux gérés par la SCP constituent de vastes superficies qui peuvent facilement être recouvertes de panneaux solaires.

Panneaux solaires installés dans le cadre du projet Canasol à Rians (source : Actu Environnement)

Qui plus est, une telle couverture présente de multiples intérêts. Les panneaux photovoltaïques protègent les canaux contre les intrusions et les chutes ou les baignades intempestives, ce qui est un des risques récurrents auquel est confrontée la SCP, et en même temps ils protègent l’eau des rayonnements solaires directs, ce qui permet de limiter l’évaporation et de garder à l’eau une certaine fraîcheur tout en évitant la prolifération des végétaux aquatiques, une autre des plaies de l’exploitant.

Et ce n’est pas tout ! En plein été et sous le chaud soleil de Provence, la température grimpe rapidement à la surface des panneaux photovoltaïques. Or, au-delà d’une certaine température (de l’ordre de 70 °C), le rendement des panneaux baisse fortement, perdant jusqu’à 15 % de leur efficacité énergétique. Le fait de les installer juste au-dessus de la surface des canaux présente donc une réelle opportunité puisqu’on peut facilement les arroser pour éviter tout échauffement intempestif.

Site du démonstrateur Canalsol à Rians (photo © Camille Moirenc / SCP)

Pour tester le concept, la SCP s’est alliée avec le pôle de recherche technologique du CEA en 2013, dans le cadre du pôle de compétitivité Capénergie, afin de créer une plateforme expérimentale située à proximité de son centre d’exploitation à Rians. 132 panneaux solaires ont ainsi été déployés et testés pendant plus d’un an à partir de l’automne 2014, pour évaluer l’intérêt du dispositif et comparer différentes orientations et modalités de refroidissement (par aspersion, par circulation direct ou par le seul effet passif de l’eau circulant à 1,20 m sous les panneaux et dont la température moyenne varie entre 15 et 18 °C).

Dispositif d’aspersion des panneaux photovoltaïques du projet Canalsol

Les résultats de ce projet de recherche baptisé Canalsol semblent suffisamment probants pour que la SCP poursuive ses efforts de développement technologique et envisage de passer à une phase très opérationnelle qui consisterait à installer une centrale photovoltaïque flottante sur le vaste réservoir à ciel ouvert du Vallon Dol situé sur les hauteurs de Marseille, au pied du massif de l’Étoile.

La réserve de Vallon Dol, sur les hauteurs de Marseille (photo © Camille Moirenc / SCP)

Ce gigantesque bassin qui s’étend sur 17 hectares contient 3 millions de m3 d’eau acheminée depuis le Verdon (soit plus de deux fois la capacité du Vieux Port !), de quoi assurer pendant une semaine entière l’alimentation en eau de toute la ville de Marseille. Construit en 1973, ce bassin qui peut être alimenté via les deux branches principales du canal de Provence sert de réserve pour l’usine de potabilisation située à proximité et géré par la SEM.

Pour aménager sur ce vaste plan d’eau une centrale solaire dont la puissance visée serait de 10 MW, la SCP vient de lancer une consultation, afin de choisir un partenaire avec lequel la SCP créerait une société de projet en vue de concevoir, financer, réaliser, exploiter, maintenir et vendre la production d’électricité de cette future installation de panneaux photovoltaïques flottants. Un projet ambitieux et innovant dont s’est fait l’écho La Provence et qui pourrait peut-être demain donner des idées à d’autres exploitants : à quand des panneaux photovoltaïques sur le Grand Canal à Venise ?

L.V. 

A rebours de l’Histoire, un nouvel État pied-noir ?

7 novembre 2017

Décidément, ce début du XXIe siècle connaît un bien inquiétant renouveau des crises identitaires. Alors que les Kurdes revendiquent la création d’un nouvel État dans le nord de l’Irak et que les Catalans cherchent à sortir du giron espagnol, voici que les Pieds-noirs eux-mêmes, ces Français d’origine européenne installés en Afrique du Nord et chassés par la décolonisation, veulent faire reconnaître leur propre État et viennent de constituer un « gouvernement provisoire pied-noir en exil » à cette fin.

Près de soixante ans après les déclarations d’indépendance des pays du Maghreb, il peut sembler incroyable que certains soutiennent ce type de position qui paraît aller totalement à rebours de l’Histoire, d’autant que les références historiques sur lesquelles s’appuie ce mouvement identitaire sont la Convention de Montevideo, adoptée en 1933 sous l’égide de la défunte Société des Nations, et la création en Palestine d’un foyer national juif, rendue possible par la déclaration Balfour en 1917.

Il est vrai que la mémoire des Pieds-noirs, en particulier pour ce qui concerne les rapatriés d’Algérie, est restée vive depuis la signature des accords d’Evian en 1962 et que nombre d’associations s’emploient à entretenir ce souvenir, y compris parmi les jeunes générations nées sur le territoire métropolitain. Les Carnussiens sont bien placés pour le constater avec en particulier ce curieux appendice de la médiathèque municipale Albert Camus privatisé par l’association Carnoux Racines et qui sert de lieu d’archivage pour différents documents rappelant le passé colonial de la France en Afrique du Nord.

Un espace mémoire qui aura bientôt un concurrent direct puisque le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), qui recueille lui aussi depuis 1974 des archives sur cette même période, est en train de voir aboutir son projet de Conservatoire national de la mémoire des Français d’Afrique du nord.

Pose de la première pierre du futur Conservatoire à Aix le 6 octobre 2017 (source © Philippe Tortora / Le Pertuisien)

Un temps imaginé dans les locaux du fort Saint-Jean à Marseille, c’est finalement à Aix-en-Provence tout près de la maison du Maréchal Juin que sera érigé ce futur édifice dont la première pierre vient d’être posée, le 6 octobre 2017, en présence de tout le gratin des responsables politiques du cru, dont Maryse Joissains, Martine Vassal et Renaud Muselier.

Ce conservatoire qui se veut le dépositaire de la mémoire de la présence française en Algérie, Tunisie et Maroc, sera constitué d’un silo pour le stockage des archives et d’un vaste bâtiment de trois niveaux destiné à l’accueil du public et aux salles de consultation et de conférence.

Un projet architectural ambitieux dont le coût a été estimé à 4,6 millions € et qui sera très largement financé sur fonds publics par les collectivités territoriales, à raison de 900 000 € du Département des Bouches-du-Rhône, autant de la Région PACA, 500 000 € de la Métropole et 750 000 € de la commune qui met en outre le terrain à disposition gratuitement, démontrant s’il en était besoin l’audience politique dont bénéficie localement la communauté pied-noir.

Maquette du futur Conservatoire à Aix (document © CDHA, publié dans La Provence)

De là à ce que les Pieds-noirs obtiennent de la part des Nations-Unies leur reconnaissance comme peuple à part entière comme certains l’ont proclamé le 12 octobre dernier à Marseille, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Peut-on d’ailleurs vraiment parler d’un « peuple pied-noir » puisque c’est le terme qui est utilisé pour désigner cette communauté qui comprendrait, selon ses représentants de l’ordre de 5 millions d’individus dont environ 3,5 millions seraient citoyens et résidents français ?

Selon les termes de « l’État pied-noir en exil », ce « peuple » s’est « enraciné en Afrique du Nord, depuis le deuxième siècle avec l’arrivée de juifs venus de Palestine, au 16ème siècle par l’exode d’Espagnols et au 19ème siècle par la pénétration de Français, d’Italiens et de ressortissants de tous les peuples de la Méditerranée ». La définition est quelque peu alambiquée et à tout le moins sélective : pourquoi intégrer dans cette communauté des Juifs venus de Palestine au IIe siècle et pas les descendants des cohortes romaines qui ont occupé cette région au moins depuis la troisième guerre punique et jusqu’au IVe siècle après J.-C. ?

S’il s’agit des différents envahisseurs étrangers qui ont à un moment ou un autre occupé une partie de l’Afrique du Nord, pourquoi ne pas prendre aussi en compte les descendants des troupes de Barberousse, dont on dit qu’il était d’origine grecque ou albanaise et qui s’est emparé d’Alger en 1516 ? Ou des janissaires ottomans qui ont conservé une emprise sur cette région jusqu’en 1881 ?

Christian Shembré, président du parti Pied-noir, Me Pierre Courbis, secrétaire général du mouvement Pied-noir génération, et Jacques Villard, cofondateur du Cercle algérianiste (photo © Cyril Dodergny)

En tout cas, affirmer que ce « peuple pied-noir » a été victime d’un « génocide » comme l’affirme sans sourciller le communiqué de l’État pied-noir relève sans aucun doute de l’inexactitude, et ceci quel que soit le niveau de compassion que l’on peut avoir pour ces populations prises dans le tourment de l’Histoire et arrachées brutalement au cadre de vie qui était le leur, parfois depuis plusieurs générations. Le fait que ce groupe ait été « injustement et illégalement spolié de ses biens immobiliers et mobiliers » au moment des indépendances ne souffre pas de contestation, mais cela n’en fait pas pour autant un « peuple » au sens juridique et ne peut cacher le fait que les populations indigènes aient elles-mêmes souffert de spoliation au moment de la colonisation de leur territoire, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron, alors en campagne, n’avait pas hésité à évoquer la notion de « crime contre l’humanité » à ce sujet, au prix d’une vive polémique.

Drapeau de la Fédération des deux rives

Ce peuple qui peut difficilement se revendiquer comme tel, est-il vraiment légitime vouloir s’ériger en État ? C’est en tout cas ce que prétend ce groupuscule qui porte cette démarche depuis plus d’un an maintenant et qui s’est donc réuni le 20 septembre 2017 dans un restaurant de Lattes, près de Montpellier, pour acter la constitution de ses instances représentatives. Le nouvel État revendiqué, a donc pris le nom de « Fédération des deux-rives » et est présidé par un certain Pierre Granès, astrophysicien de son état. Une assemblée nationale formée de 35 membres s’est auto-désignée, présidée par Christian Schembré, président montpelliérain de l’Association pour la promotion du peuple pied-noir, et président du parti pied-noir, créé à Marseille en 1999. Un gouvernement provisoire a été constitué, composé de 13 ministres. Il est dirigé par Jacques Villard, cofondateur, en 1973, du Cercle algérianiste, et qui fait office de porte-parole.

Réunion le 20 septembre 2017 à Lattes officialisant la revendication de reconnaissance du peuple pied-noir (source © Fédération des deux rives)

Ce « gouvernement en exil », une formule qui résonne étrangement de manière assez gaulienne, se présente pour l’instant comme sans territoire. On pourrait croire qu’il revendique celui des pays maghrébins d’où il a été chassé par les mouvements de décolonisation. Mais curieusement ce n’est pas le cas puisque les porte-paroles du mouvement mettent plutôt en avant leur souhait d’acquérir des terrains privés dans le Sud de la France voire en Italie afin d’y implanter leur nouvel État. On ne voit pas très bien comment une telle acquisition pourrait permettre juridiquement à ce nouvel État autoproclamé d’y édicter ses propres législations, à moins qu’il ne s’agisse que d’une galéjade, à l’instar de la République Indépendante de Figuerolles, fermement ancrée à La Ciotat depuis plus de 50 ans…

L.V. 

Cumul des mandats, ou l’art des contorsions…

2 novembre 2017

En matière de cumul des mandats, la messe était dite depuis le 22 janvier 2014, date à laquelle avait été votée la dernière loi en vigueur, sous l’impulsion de François Hollande : sans doute un des points positifs incontestables qui restera dans l’histoire de ce quinquennat tant décrié… A l’époque, l’opposition LR était vent debout contre une telle réforme et avait tout fait pour la bloquer, promettant haut et fort de revenir en arrière si elle obtenait la majorité en 2017.

Car, preuve de sagesse ou aveu de faiblesse, les parlementaires n’avaient pas été jusqu’à prévoir une mise en application de la loi dès les municipales, alors en préparation. Ils avaient même prévu un sursis de 3 ans, jusqu’en 2017, avant de rendre effectif cette mesure qui interdit désormais toute possibilité de cumul entre une fonction de parlementaire (député, sénateur ou élu au Parlement européen) et de président d’exécutif local (commune, intercommunalité, département ou région).

C’est donc cette année, à l’occasion des dernières législatives, que la loi a commencé à s’appliquer. Les Républicains n’ayant pas réussi à gagner l’élection présidentielle, après que leur champion a été éliminé dès le premier tour, ils ont dû renoncer à leur rêve de faire abroger ce texte et se plier, eux-aussi et la mort dans l’âme, à la loi de la démocratie…

Un dessin de Pat Thiébaut (l’agité du local)

Selon les décomptes du Monde, pas moins de 170 députés sortants étaient directement concernés par ce type de cumul de mandats. Certains d’entre eux, les plus lucides sans doute, ont choisi de s’en tenir au vieil adage « un tien vaut mieux que deux tu l’auras » et ont préféré conserver leur poste d’élu local en évitant de se représenter aux législatives où leurs chances de réélection étaient de toute façon incertaines.

Un dessin de Deligne, publié dans Var matin

C’est le cas notamment de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, ou d’Hevé Gaymard, président du Département de Savoie, mais aussi de Christian Estrosi qui a préféré se replier sur la mairie de Nice, d’Edouard Philippe, resté maire du Havre et Premier ministre quand même, de Xavier Bertrand, toujours président des Hauts-de-France, ou encore de Jean-François Copé, Monsieur 3 % aux Primaires de la droite et éternel maire de Meaux. Certains en ont d’ailleurs profité pour réclamer des compensations financières, tel le maire d’Orléans, Olivier Carré, qui a obtenu une augmentation de 400 % de ses indemnités suite à son renoncement à la députation…

D’autres néanmoins (on ne se refait pas) ont préféré faire comme d’habitude et se sont présenté aux législatives comme si de rien n’était, tout en sachant qu’en cas d’élection ils seraient alors obligés de se défaire, dans un délai de 30 jours, de tous leurs mandats de président d’exécutif local. Pas moins de 125 députés se sont ainsi retrouvés dans ce cas de figure, ce qui en dit long sur l’atavisme de notre classe politique !

Sitôt l’élection passée, on a d’ailleurs pu assister à un ballet de stratégies toutes plus subtiles les unes que les autres pour gérer au mieux cette règle bien ennuyeuse. On a vu ainsi Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et fraîchement réélu député, imposer au Conseil municipal de Drancy sa femme pour le remplacer désormais dans le fauteuil de maire de Drancy : une pratique qui rappelle vaguement la période du Front National à Vitrolles…

Un dessin de Babouse

Dans la Haute-Marne, le député François Cornut-Gentille, a choisi soigneusement les amis qu’il a installés dans ses anciens fauteuils de maire de Saint-Dizier et de président de la communauté d’agglomération. Mais pour être certain de continuer à tirer les ficelles de ces deux collectivités bien que la loi le lui interdise désormais, il a créé de toutes pièces un comité stratégique avec ces deux marionnettes, comité qu’il préside en personne et qui aura la haute main sur toutes les décisions importantes concernant le fonctionnement de la commune et de l’agglo !

Un dessin signé Lieutenant Colombo, pour le blog Fresnes 2020

Au passage, rappelons aussi que certains professionnels de la politique qui présentent systématiquement leur candidature dès qu’une élection se profile, se sont également retrouvés, à l’occasion des dernières législatives, en situation de cumul illégal avec leur fonction de député européen. C’est le cas notamment de Marine Le Pen, Louis Aliot, Marielle de Sarnez ou encore de Jean-Luc Mélenchon, qui ont donc dû tous démissionner de leur poste au Parlement européen pourtant fraîchement acquis, deux ans avant seulement.

Et voilà que l’histoire vient de se renouveler avec les récentes élections sénatoriales. Cette fois, les choses étaient un peu plus compliquées puisque seule une partie des sénateurs voyaient leur mandat remis en jeu. Du coup, les autres ont tout tenté, y compris un recours devant le Conseil constitutionnel pour essayer de repouser de 2 ans au moins l’heure du choix. Mais peine perdue : il n’ont obtenu qu’un petit répit d’un mois supplémentaire, jusqu’à aujourd’hui 2 novembre…

Un dessin de Vissecq (source : Pointamine)

Il a donc fallu se résoudre à partager le gâteau et à renoncer à certaines fonctions électives… Sur les 138 sénateurs concernés par le cumul des mandats, seuls 41 d’entre eux ont préféré conserver leur mandat local. C’est le cas notamment de Jean-Claude Gaudin qui a choisi de rester maire de Marseille et président de la Métropole, ce qui lui évite des allers-retours parfaitement inutiles sur Paris. C’est désormais Anne-Marie Bertrand, ancienne maire de Rognonas et fervente supporter de Laurent Wauquiez qui le remplacera sur les bancs du Sénat.

C’est le cas aussi de François Baroin, qui a préféré rester maire de Troyes pour pouvoir conserver son siège de président de la très influente Association des Maires de France, tout comme Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de Villes de France. Citons aussi dans cette catégorie le jeune maire FN de Fréjus, David Rachline, qui a préféré consolider son implantation locale plutôt que de continuer à siéger au Sénat.

Un dessin de Rhodo (source : Ma commune)

Grâce à ces démissions en cascade pour lesquelles les partants sont remplacés par leur suppléant ou leur suivant de liste (selon les départements), le Sénat s’est quelque peu féminisé puisque la part des femmes y est passée de 25 à 32 % : un grand pas en avant !

Ceci dit, la plupart des sénateurs concernés par le cumul des mandats ont préféré renoncer à leur mandat local et continuer à siéger au Palais du Luxembourg. Dans les Bouches-du-Rhône, on a assisté ainsi à un repli général sur Paris. Stéphane Ravier, maire Front National des 13ème et 14ème arrondissements, a préféré confier son fauteuil à sa première adjointe qui est aussi sa nièce (au FN, la politique se fait volontiers en famille…), Sandrine d’Angio. Samia Ghali, quant à elle, qui fait actuellement l’objet d’une enquête du parquet national financier sur son patrimoine, quitte elle aussi son siège de maire des 15ème et 16ème arrondissements, de même que Bruno Gilles, qui a choisi de céder son poste de maire des 4ème et 5ème arrondissements à sa première adjointe Marine Pustorino.

De même, aux Pennes-Mirabeau, Michel Amiel a confié à son adjointe Monique Slissa les clés de la mairie qu’il détenait depuis 16 ans pour se replier sur son poste de sénateur, et Mireille Jouve en a fait autant pour son fauteuil de maire de Meyrargues, après bien des hésitations semble-t-il. Dura lex, sed lex… Heureusement pour lui, le sénateur toujours en poste, Jean-Noël Guérini, n’a pas eu à trancher un tel cas de conscience, lui qui ne détient plus de mandat électif d’exécutif local…

L.V.  

A quoi sert donc le Parc des Calanques ?

30 octobre 2017

Au dessus de la calanques d’En Vau

Souvenons-nous des débats homériques qui avaient secoué le petit monde politique local lorsqu’avait été lancée, en 2009, la concertation en vue de définir les contours du futur Parc national des Calanques, alors en gestation depuis une dizaine d’années mais dont la mise en œuvre devenait envisageable grâce à la réforme des parcs nationaux adoptée en 2006 et surtout suite à l’arrêté de prise en considération du projet signé par le premier ministre de l’époque le 20 avril 2009, un certain François Fillon, qui s’est depuis illustré par d’autres actions moins glorieuses…

Lors d’une conférence organisée sur Carnoux à ce sujet en décembre 2009, les craintes que suscitaient le projet avaient été lourdement exprimées. Comme de coutume, la plupart des élus locaux étaient alors mobilisés contre ce projet, perçu comme une main mise de l’État et dont la concrétisation allait nécessairement se traduire par l’imposition de contraintes supplémentaires et la perte de certaines de leurs prérogatives en matière d’aménagement du territoire et de développement urbain.

Extrait d’un article publié dans La Provence le 11 décembre 2009

Ce sont d’ailleurs ces arguments qu’a mis en avant le conseil municipal de Carnoux pour décider à l’unanimité de son refus de s’intégrer à l’aire d’adhésion du Parc lors de sa création en avril 2012. Tout le monde ou presque était alors persuadé que la création de ce Parc national allait se traduire par une mise sous cloche du massif des Calanques, sous le regard sourcilleux d’agents assermentés veillant scupuleusement à la stricte application de réglements tatillons, de nature à interdire toute activité de pêche, de chasse et de loisir.

Panneau de signalisation du Parc national des Calanques (route des Crêtes)

Mais les élus locaux se sont tellement démenés que les contours du Parc ont été réduits à la portion congrue et la charte du Parc complètement vidée de sa substance. Du coup, 5 ans après sa création, le Parc national des Calanques est comme transparent. En dehors de quelques panneaux bien discrets posés à certaines entrées et de quelques dizaines d’agents qui patrouillent dans le massif pour rappeler avec patience les règles de base à respecter dans un espace naturel protégé, l’impact du Parc national est jusqu’à présent excessivement modeste.

L’émissaire de Cortiou par où sont déversés les effluents de la station d’épuration Géolide dans le coeur marin du Parc national des Calanques

Aucun arrêt de l’urbanisation n’a été constaté depuis la création du Parc et la bétonisation se poursuit comme jamais dans toutes les communes limitrophes, de Marseille à La Ciotat en passant par Cassis. Les eaux usées de toute l’agglomération marseillaise et de Cassis continuent de se rejeter en plein coeur du Parc national, de même d’ailleurs que les déchets industriels toxiques de l’usine d’alumine de Gardanne, malgré les avis négatifs exprimés par le Ministère de l’Environnement, mais avec l’aval des élus du Parc, tandis que les eaux limpides des calanques continuent d’être sillonnées en tout sens par des norias de bateaux à touristes, de yachts privés, de hors-bord et de jet ski tous plus bruyants et plus polluants les uns que les autres..

Quant à la chasse, non seulement le Parc national ne l’a pas interdite sur son périmètre mais de surcroit il y autorise explicitement la chasse aux gluaux, pourtant expressément illicite aux yeux de la législation européenne, ainsi que le lâcher de gibier de tir, de ces faisans d’élevage sachant à peine voler qui sont lâchés dans la nature la veille de l’ouverture et qui se font écraser sur les routes par des automobilistes distraits.

Ballet de bateaux à l’entrée de la calanque de Port Miou

Pour ce qui est de la pêche, et en dehors des quelques zones de non-pêche soigneusement délimitées, la réglementation est des plus légères, autorisant par exemple pour la pêche de loisir 7 kg de poissons par jour et par personne auxquels s’ajoutent 15 prises tels que loups, daurades, congres ou bonites… Difficile de définir des règles moins contraignantes ! Elles résultent d’ailleurs de décisions prises par une commission rassemblant de nombreux acteurs socio-économiques : prudhommies de pêche, comité régional de pêche, représentations de fédérations de pêche de loisir, clubs et sociétés nautiques de pêche… Autant dire que chacun y plaide d’abord pour ses propres intérêts !

Mérou brun, espècé protégée (photo © Hervé Thedy)

En réalité, les seules limites qu’a réussi à fixer le Parc national concerne la lutte contre le braconnage, dans le but avoué de ne pas venir concurrencer les intérêts des pêcheurs professionnels. Et pourtant, force est de constater que même sur ce point le Parc national n’a pas fait preuve jusque là d’une grande efficacité comme vient de le démontrer l’affaire qui défraie l’actualité et qui a été révélée par un article de La Provence le 24 octobre dernier.

Les faits ne datent pas d’hier puisqu’ils ont été dénoncés en septembre 2015 par un groupe de plaisanciers excédés d’observer, jour après jour, des braconniers venir pêcher en toute impunité et avec de gros moyens dans les zones interdites du Parc, notamment autour de l’île de Riou ou près du phare du Planier. Ils adressent alors une lettre anonyme à la compagnie de gendarmerie maritime de Marseille, mais sans aucun effet. Un an plus tard, un pêcheur professionnel revient à la charge et prend à son tour la plume pour dénoncer ces agissements scandaleux et illicites, qui sont d’ailleurs confirmés par des observations effectuées par les agents du Parc national eux-mêmes.

Les gendarmes finissent par ouvrir une enquête et mettent sur écoute les téléphones portables des suspects, entre septembre 2016 et février 2017, tout en épluchant leurs comptes bancaires. Ils n’ont alors aucun mal à confirmer l’existence d’une véritable entreprise de braconnage à grande échelle, aux activités quasi industrielles. Deux pêcheurs professionnels, dont l‘un a d’ailleurs déjà été condamné il y a deux ans pour activité illégale dans ce même Parc des Calanques, sont mis en cause et les montants en jeux sont considérables.

Extrait d’une plaquette éditée par le Parc national des Calanques

Vue de la calanque d’En Vau et du Cap Canaille

Les biens utilisés pour ce braconage à grande échelle, dont un bateau semi-rigide explicitement nommé « Bracoboat » ont été saisis pour une valeur estimée à environ 200 000 €, ce qui confirme l’échelle industrielle de ce trafic. Les 4 pêcheurs et chasseurs sous-maris impliqués dans ce pillage en règle des richesses biologiques du Parc national des Calanques sont poursuivis pour travail dissimulé et blanchiment de travail dissimulé en bande organisée, pêche maritime dans une zone interdite et mise sur le marché par un établissement non agréé, de produits d’origine animale destinés à la consommation humaine. Ils comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Marseille le 8 novembre prochain et risquent de lourdes amendes.

En parallèle, 8 revendeurs qui écoulaient le produits de leurs pêches miraculeuses, dont des poissonniers et grossistes ainsi que des restaurateurs renommés de Marseille, sont convoqués devant le délégué du Procureur de la République car ils sont également poursuivis pour achat en connaissance de cause, de produits de la pêche sous-marine non professionnelle et d’achat non autorisé d’espèces animales protégées, dont certaines étaient d’ailleurs pêchées dans des zones réputées inalubres au droit de l’émissaire de Cortiou en particulier.

Ecogardes du Parc national des Calanques

Ce véritable pillage organisé qui se déroule depuis des années au nez et à la barbe des agents du Parc national des Calanques dont la principale raison d’être consistait pourtant à assurer une meilleure protection des richesses environnementales de ce milieu naturel exceptionnel, conduit à s’interroger sur l’efficacité réelle de cet outil. L’implication forte des collectivités locales dans sa gouvernance était certes une nécessité pour permettre l’acceptation du projet, mais elle s’est traduit par un tel affaiblissement des contraintes réglementaires qu’on en vient à se demander si le Parc, dans son fonctionnement actuel, présente la moindre utilité, même si les plus optimistes diront que ce serait sans doute bien pire sans cela…

L.V.  

Ecoles de Marseille : après Gaudin, le déluge…

23 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin avec le président Macron à Marseille, le 21 septembre 2017 (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP)

Frappé par la loi sur le cumul des mandats, le pagnolesque Jean-Claude Gaudin vient (enfin !) d’abandonner son poste de sénateur et les nombreux avantages associés, y compris les petits chèques qu’il touchait chaque trimestre grâce à un arrangement entre amis, histoire d’arrondir ses fins de mois. Du coup, certains se prennent à espérer que celui qui est élu de la deuxième ville de France depuis maintenant 52 ans, maire de la commune depuis 22 ans et président de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis sa création, va peut-être enfin s’occuper de la gestion de sa ville et en particulier de celle de ses écoles publiques ?

Il faut dire que certaines de celles-ci sont dans un état de délabrement avancé, pour le plus grand profit d’ailleurs de l’enseignement privé qui connaît un essor foudroyant dans la commune. Enseignants et parents d’élèves ne cessent de s’époumoner pour dénoncer depuis des années les classes non chauffées où les enfants doivent garder leur manteau tout l’hiver, celles dont les fenêtres jamais remplacées laissent passer la bise glaciale les jours de mistral et se transforment en fournaise à l’approche des beaux jours, celles dont les plafond tombent régulièrement sur la tête des élèves et fuient à chaque orage, celles dont les dallages usés libèrent allègrement leurs fibres d’amiante tandis que les fragments de laine de verre des faux-plafonds saupoudrent la tête des élèves, celles où se promènent en toute quiétude cafards, blattes et souris, celles dont les tables bancales et rapiécées obligent à toutes sortes d’acrobaties…

Pétition ouverte par Charlotte Magri sur le site Change.org suite à sa lettre ouverte

Une lettre ouverte adressée en novembre 2015 à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, par Charlotte Magri, enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille, lettre publiée intégralement par différents médias dont Marsactu et dont la lecture est édifiante, avait bien permis de secouer un peu le cocotier. Relayé notamment par le quotidien Libération qui avait publié le 1er février 2016 un article au vitriol titré « Marseille: école primaire, gestion secondaire », ce cri du cœur avait mis sous le feu des projecteurs la gestion totalement défaillante des 444 écoles primaires publiques de la commune phocéenne, et tout particulièrement de celles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Curieusement, dès le 4 février 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône recevait mission d’« évaluer les conditions de fonctionnement du service public d’éducation dans les écoles des quartiers prioritaires de la politique de la ville », évaluation devant intégrer « l’ensemble des éléments de sécurité, de salubrité, d’hygiène et de santé publique, mais aussi les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des enseignants ». Vaste programme !

Sol d’une école marseillaise (photo © Boris Horvat / AFP / Le Figaro)

En même temps, le gouvernement ne pouvait que rappeler que, selon la loi française, «  les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires : elles sont propriétaires des locaux, en charge de la construction […], des réparations, de l’équipement, et des frais de fonctionnement ». Ce qui n’empêche pas l’État de mettre à la disposition de la ville de Marseille des moyens considérables avec 330 nouveaux postes d’enseignants pour la rentrée 2016, 7 millions d’euros versés au titre des activités périscolaires, mais aussi, depuis 2014, 2,5 millions d’euros pour la rénovation des écoles dans le cadre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et 1,4 million pour les travaux d’urgence au titre de la politique de la ville.

Danièle Casanova, adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’Education (photo © Tony Selliez / Radio France)

A l’époque, Danièle Casanova, élue depuis 1995 et adjointe au maire en charge de l’Éducation affirmait que la ville avait investi en 2015 un montant total de 31,6 millions d’euros pour l’entretien des écoles et promettait pour l’exercice 2016 la mise en œuvre de 523 nouveaux chantiers pour un montant global de près de 37 millions d’euros, tout en annonçant la signature avec le Conseil départemental d’une convention de coopération de 60 millions d’euros sur trois ans, histoire de minimiser l’effort pour le contribuable marseillais.

A titre indicatif, les dépenses totales de fonctionnement de la ville de Marseille se sont élevées à 1,1 milliard d’euros pour l’année 2015 et les dépenses d’investissement à 440 millions d’euros. Force est donc de constater que l’entretien des bâtiments scolaires est bien loin d’accaparer la totalité des ressources budgétaires de la collectivité. Manifestement, la municipalité a d’autres priorités, la rénovation du stade Vélodrome qui coûtera, rappelons-le au passage, 400 millions d’euros à la ville au terme du versement des 31 annuités prévues, présente manifestement un degré de priorité nettement supérieur…

Toujours est-il que la majorité municipale a bien été obligée de chercher des solutions à une situation aussi dégradée, fruit de décennies d’inactions. Dès février 2016, Jean-Claude Gaudin annonçait la nécessité de lancer un véritable « plan Marshall » pour tenter de réagir à un état de fait qu’il avait lui-même laissé se constituer, mandature après mandature.

L’école du Parc Kalliste (15e arrondissement) prétendument mitraillée à la Kalachnikov (photo © P. N. / La Provence)

A la veille de la rentrée de septembre 2017, le maire de Marseille a bien tenté une ultime manœuvre de diversion en dénonçant tout à trac des attaques à la Kalachnikov contre deux écoles des quartiers nord de la ville et en précisant qu’une dizaine d’établissements scolaires au moins avait été vandalisées pendant les vacances, histoire de suggérer que, confrontée à de tels actes de violence, la commune était bien incapable de faire face et que toute réparation revenait à colmater la fuite du tonneau des Danaïdes.

En l’occurrence, il s’est avéré que ces propos relevaient de la pure galéjade et Jean-Claude Gaudin s’est retrouvé la risée de toute la presse nationale, Canard enchaîné en tête, une fois que les forces de l’ordre eurent rétabli la vérité : nulle trace de dégradation à l’école de Font-Vert et pas la moindre vitre brisée non plus à celle du Parc Kalliste où le maire avait juré avoir relevé pas moins de 24 impacts d’arme de guerre…

Un extrait du Canard enchaîné du 6 septembre 2017

Après cette tentative piteuse, il a bien fallu trouvé autre chose et le Conseil municipal a donc voté ce lundi 16 octobre 2017, les crédits nécessaires pour le fameux Plan Marshall des écoles. Sauf que la méthode proposée, qui s’appuie sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP, rebaptisé par certaines mauvaises langues « plan pour payer plus ») est pour le moins douteuse et rappelle furieusement le scandale du financement de la rénovation du stade Vélodrome pourtant vertement épinglé par la Chambre régionale des comptes.

Ruines du lycée Pailleron après son incendie en 1973 (photo © Georges Beutter / Paris Match / SCOOP)

Certes, l’ambition est au rendez-vous puisque le programme prévoit la destruction de 32 établissements obsolètes construits dans les années 1960 en structure métallique, à l’image du célèbre lycée parisien Edouard Pailleron dont l’incendie criminel en 1973 avait causé la mort de 20 personnes, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, ainsi que la construction de 6 établissements supplémentaires, en six ans.

Un programme qui nécessiterait d’emprunter pour couvrir le montant des travaux. Réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Marseille, le programme d’investissement coûterait à la collectivité pas moins de 950 millions d’euros, remboursement des emprunts et service de la dette compris, en intégrant également les frais d’entretien des bâtiments sur la période de l’emprunt. Mais c’est une autre voie qu’à choisie la majorité, celle du PPP qui consiste à faire financer la totalité du programme par un groupe de BTP qui se charge de la construction des nouveaux bâtiments et se rembourse ensuite largement en faisant payer un loyer à la collectivité pour l’utilisation des locaux.

Cette approche du PPP est très avantageuse pour les groupes privés de BTP qui en profitent pour faire travailler leurs propres entreprises à moindre coût, pour tirer profit des terrains libérés en centre ville afin de maximiser les droits à construire, qui chargent les coûts d’entretien facturés à la collectivité, et qui arrivent, avec la perception des loyers, à se faire rembourser jusqu’à deux fois, et parfois davantage, le montant réel de leur investissement. De fait, via la méthode du PPP et selon les propres estimations de la commune, le même programme coûtera à la collectivité au moins 100 millions supplémentaires comme cela a été annoncé en séance du Conseil municipal !

Le stade vélodrome rénové et les constructions annexes réalisées grâce aux droits à bâtir (photo © Bouygues Construction)

Dans ces conditions et sauf à soupçonner Jean-Claude Gaudin de vouloir favoriser les géants du BTP, on se demande bien pourquoi la Ville de Marseille s’engage dans une telle voie, malgré les multiples exemples de dérives constatées, toutes vertement critiquées par les différentes Chambres régionales des comptes. La réponse est malheureusement très simple : à force de laisser s’accumuler la quantité de travaux d’entretien nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du patrimoine municipal, la Ville est dans l’incapacité d’emprunter la somme nécessaire pour engager un programme de réhabilitation à la hauteur des enjeux.

Dans ces conditions et à supposer que la collectivité ne puisse dégager davantage de ressources, quitte à rogner sur d’autres postes moins prioritaires, la sagesse voudrait qu’on étale les investissement et qu’on réalise les travaux par étape en fonction de ses capacités réelles d’endettement. Mais pour un maire qui vient de fêter ses 78 ans et qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2020, la solution des PPP ne présente que des avantages : bien sûr elle coûtera plus cher à la collectivité et bloquera pour longtemps toute capacité future d’investissement, mais elle permet d’inaugurer rapidement des chantiers tout en permettant de remplir les poches des entreprises privées amies. Et tant pis pour les générations futures qui auront à payer lourdement et longtemps les impérities de ce maire désinvolte…

L.V.  

Marseille enterre son passé celto-ligure

14 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin en colère face à un journaliste d’Envoyé Spécial (source : capture écran © France2)

A Marseille, il est temps de faire table rase du passé. L’inamovible Jean-Claude Gaudin, 77 ans au compteur, vient enfin de se résoudre à quitter son poste de sénateur qu’il occupait depuis 24 ans, et ceci après avoir piqué une énorme colère face à un journaliste d’Envoyé Spécial venu l’interroger sur les petits chèques de 5000 € qu’il a touchés chaque trimestre pendant au moins 4 ans dans le cadre d’un système très organisé de détournement de fonds publics mis en place par une structure associative dénommée Union républicaine du Sénat. Finies donc les distributions trimestrielles de « chocolats » puisque la loi ne lui permet plus de cumuler cette sinécure sénatoriale avec ses fonctions de maire de la cité phocéenne et de président de la métropole Aix-Marseille-Provence.

Mais la ville s’apprête aussi à enterrer, au sens propre cette fois, certains vestiges de son illustre passé, en l’occurrence un ancien oppidum celto-ligure situé dans le quartier de Verduron, en limite nord de la ville, près de Saint-Antoine. Découvert fortuitement en 1905 par le sculpteur Sébastrien Clastrier qui est tombé sur un amoncellement de grosses pierres et de tessons de poteries en défrichant la propriété qu’il venait d’acquérir, ce site est classé monument historique depuis 2004 et a bénéficié de plusieurs campagnes de fouilles archéologiques entre 2000 et 2005.

Vestiges de l’oppidum de Verduron, sur les hauteurs de Marseille (source : Marsactu)

L’oppidum, qui daterait de la fin du IIIème siècle avant J.-C., est implanté sur un éperon rocheux qui culmine à 195 m d’altitude et domine la route menant de Marseille à la plaine de Marignane en passant par l’Estaque. Le site est ceinturé par un fossé et un mur d’enceinte bati en pierres, dont l’épaisseur à la base atteint 80 cm à 1 m. On pénétrait dans l’enceinte via une porte fortifiée située au sud-est, en partie basse, et le site lui même était traversé par une rue principale desservant 36 cases d’habitation dont on a retrouvé les vestiges. Au sommet se trouvent les restes d’un édifice carré divisé en quatre parties.

Cet habitat fortifié d’origine celto-ligure ne semble pas avoir été occupé pendant une très longue période et il a manifestement subi une destruction violente occasionnée par un siège militaire avec utilisation de catapultes, sans qu’on sache très bien si les agresseurs étaient des Grecs ou des Romains. Toujours est-il que l’édifice continue à se dégrader même longtemps après le départ de ceux qui l’ont jadis assiégé, si bien qu’en 2009 une étude scientifique avait préconisé d’en recouvrir les parties les plus vulnérables par une couche de sable afin de les protéger de l’érosion atmosphérique et du vandalisme.

Après réflexion, la Ville de Marseille a finalement annoncé, par la voix de l’adjoint au maire en charge du patrimoine, André Malrait, au cours d’une conférence de presse dont Marsactu s’est fait l’écho, que le site allait être entièrement recouvert et disparaîtrait ainsi des regards. Exit donc l’ex-oppidum de Verduron, en espérant que certains ne l’oublient pas totalement au point d’aller y construire un lotissement, ni vu ni connu, sur ce promontoire à la vue imprenable… Voilà au moins un monument historique dont les urbanistes marseillais n’auront plus à subir le poids des contraintes réglementaires induites !

Il existe certes de multiples autres oppidum de ce type dans toute la région, y compris tout près de Carnoux, sur la commune de Roquefort-La Bédoule, sans oublier naturellement celui d’Entremont, en limite sud du plateau de Puyricard, au nord d’Aix-en-Provence, là où se situait probablement l’ancienne capitale de la confédération des Celto-Ligures, prise en 123 avant J.-C. par les troupes du futur consul de Rome Caius Sextius Calvinus qui fondera au pied du plateau la ville d’Aquae Sextiae, la future Aix-en-Provence.

Vue partielle du site de l’oppidum d’Entremont (source © Archeopterre)

Les nombreux vestiges retrouvés sur ce site et visibles au musée Granet nous en apprennent un peu plus sur les mœurs de nos ancêtres locaux, ces Salyens de l’arrière-pays marseillais qui au IVème siècle avant J.-C. étaient en pleine expansion et avaient chassé les Grecs massaliotes de leur comptoir rhodanien qu’ils rebaptisent Arelate et qui deviendra la future Arles.

Mur d’enceinte du Baou de Saint-Marcel

Un autre site très réputé est celui du Baou de Saint-Marcel, situé dans ce quartier marseillais, au droit d’un rétrécissement de la vallée de l’Huveaune. Cet habitat protohistorique, qui s’étend sur 3 ha environ, présente à l’ouest une falaise rocheuse abrupte constituant une défense naturelle utilisée épisodiquement comme abri au Paléolithique alors que les autres versants en pente douce sont protégés par une enceinte en pierres, construite dès le deuxième quart du VIème siècle av. J.-C. Ce site montre des traces d’occupation quasi continue jusqu’à la deuxième moitié du IIème siècle avant J.-C. et de nombreux restes de poteries provenant principalement de Grèce et d’Etrurie y ont été découverts.

Citons aussi pour faire bonne mesure l’oppidum de La Cloche, situé sur la commune des Pennes-Mirabeau, en haut d’un promontoire rocheux offrant une vue imprenable sur les pistes de l’aéroport de Marignane et l’étang de Berre. On accédait jadis à ce site perché via une voie marqué de profondes ornières encore bien visible et qui passe désormais au dessus du tunnel ferroviaire du Rove dont le tracé est marqué par les cheminées d’aération.

Vue aérienne de l’oppidum de La Cloche (source : © Service régional de l’Archéologie DRAC-PACA)

La porte d’entrée qui permettait de pénétrer à l’intérieur du mur d’enceinte était surmonté d’une poutre à laquelle étaient cloués quelques crânes de guerriers ennemis, en guise de marque d’accueil. Edifié dans la première moitié du premier siècle avant notre ère et probablement détruit en 49 avant J.-C. par les armées romaines du général Trebonius, l’oppidum ressemble à un véritable village perché avec ses nombreuses maisons d’habitation serrées les unes contre les autres et étagées selon la topographie du promontoire rocheux.

Bien d’autres sites archéologiques datant de cette époque salyenne d’avant la conquête romaine pourraient être évoqués ici, qui témoignent s’il en était besoin de la richesse de l’histoire ancienne de cette région. Certains pourraient en être fiers et chercher à mettre en valeur ce patrimoine protohistorique singulier. D’autres préfèrent tout simplement les enterrer à jamais…

L.V.  

Transports publics gratuits : une idée d’avenir ?

9 septembre 2017

Sur le territoire de l’ancienne communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, qui s’est fondue début 2016 dans la métropole Aix-Marseille-Provence, les transports publics, y compris le tramway, sont gratuits depuis mai 2009. Une mesure portée à l’époque par l’ancienne présidente de l’agglo, Magali Giovannangeli (Front de gauche) mais que celle qui lui a succédé en 2014, Sylvia Barthélemy (UDI), n’a jamais souhaité remettre en cause.

Les bus gratuits à Niort depuis le 1er septembre 2017 (photo © B.C. / La Charente libre)

Et voila que l’actualité braque de nouveau ses projecteurs sur cette question de la gratuité des transports publics, à l’occasion de la mise en application d’une promesse de campagne du nouveau maire de Niort, le gaulliste étiqueté Parti radical, Jérôme Baloge : depuis le 1er septembre 2017, les bus desservent gratuitement les 45 communes de la Communauté d’agglomération du Niortais qui compte quand même 120 000 habitants. Du coup, les articles fleurissent dans la presse pour rappeler, comme le fait notamment Libération, que ce sont désormais 22 collectivités en France qui ont mis en œuvre ce principe de gratuité des transports publics, pour la plupart de petites communes à l’instar de Gap, Vitré ou Libourne, mais aussi quelques agglomérations plus importantes comme celle de Châteauroux dans l’Indre, ou encore la communauté urbaine de Dunkerque qui compte 200 000 habitants.

Dans cette dernière, pour l’instant, les bus ne sont gratuits que le week-end, depuis maintenant 2 ans, mais la mesure devrait être étendue à tous les jours de la semaine d’ici l’an prochain. D’ailleurs, lorsque cette mesure a été instaurée, en septembre 2015, ce sont les Aubagnaises Magali Giovannangeli et Sylvia Barthélemy qui ont été invitées à venir faire part auprès de la population de leur retour d’expérience en matière de transports publics gratuits, comme le rapporte la presse locale.

Magali Giovannangeli, artisane de la gratuité des transports publics d’Aubagne (photo © T. B. / Sud Ouest)

Et ce retour d’expérience est globalement positif, à Aubagne comme dans d’autres agglomérations où l’impact a pu être analysé. A Aubagne, selon Maxime Huré, chercheur à l’université de Perpignan et président de l’association Villes innovantes et gestion des savoirs, la fréquentation des bus aurait triplé depuis 2009 et il estime que un tiers de ces nouveaux utilisateurs utilisent désormais les transports en commun en lieu et place de leur voiture. Des chiffres qui semblent néanmoins à relativiser puisque les responsables locaux n’évoquent eux-même qu’une augmentation de fréquentation de 170 % et un report modal très difficile à estimer… A Dunkerque, la fréquentation dans les bus a augmenté de 78 % le dimanche, et à Châteauroux, elle aurait été multipliée par deux.

On cite aussi le cas de Tallinn, 430 000 habitants, capitale de l’Estonie qui affirme, elle, avoir vu augmenter sa fréquentation de 7 à 8 % seulement, depuis 4 ans que les bus ont été rendus gratuits pour ses ressortissants. En revanche, la mesure a contribué à attirer en ville 40 000 nouveaux habitants dont les impôts locaux représentent des rentrées fiscales supplémentaires de 38 millions d’euros alors que la billetterie ne rapportait que 12 millions par an. Une opération largement profitable donc et qui pourrait être étendue prochainement à l’ensemble du pays.

Il semble que cet argument de l’augmentation de la fréquentation soit le principal en faveur de la gratuité des transports en commun. Plutôt que de faire tourner des véhicules à vide comme cela a été longtemps le cas des bus de la Marcouline, autant rendre le service gratuit pour en augmenter l’attractivité. Cela contribue à revitaliser les centre-villes et à décongestionner le réseau routier urbain.

Un bus gratuit à Aubagne (photo © Audrey Cerdan / Rue89)

Mais le coût du service n’est pas, loin s’en faut, le seul obstacle à leur utilisation : l’extension du réseau, la fréquence des liaisons et surtout leur fiabilité, voire le confort des usagers sont d’autres critères qui font que de nombreux usagers sont réticents à utiliser les transports en commun.

De ce point de vue, l’enquête réalisée en 2013 à Aubagne par Rue 89, est édifiante. On y entend une étudiante de 17 ans déclarer sans vergogne : « le bus était déjà gratuit avant puisqu’on ne payait pas et qu’on ne s’est jamais fait contrôler ». Aucun impact donc en terme de pouvoir d’achat, mais un gain en confort puisque désormais, prendre le bus est « moins stressant », ce qui explique d’ailleurs qu’à Châteauroux, les chauffeurs observent des groupes de jeunes passer tout leur mercredi après-midi à se faire promener en ville, au point qu’il a fallu réintroduire une présence humaine aux côté des chauffeurs pour remplacer la disparition des contrôleurs et rassurer les autres voyageurs. Il n’y a cependant pas eu d’augmentation des incivilités comme le craignaient certains opposants.

L’impact sur la décongestion de la circulation reste cependant modeste. A Aubagne, les chauffeurs ont parfois le sentiment de conduire un manège qui incite certains à attendre 25 minutes pour s’asseoir dans le bus le temps d’un arrêt plutôt que de marcher à pied, tandis que les déplacements du quotidien pour aller travailler n’ont guère évolué, la plupart se faisant au-delà de l’aire où les transports publics sont gratuits. Rares sont d’ailleurs les Carnussiens qui empruntent les transports en commun pour se rendre à Aubagne, découragés par la fréquence très insuffisante des bus et leur coût relativement élevé (1,80 € le ticket).

A Aubagne, la gratuité des transports publics s’affiche avec fierté (photo © archives f.c. / La Marseillaise)

Pour autant, ces expériences ont le mérite de montrer que les modèles de gestion des transports en commun peuvent être multiples et que le recours à la gratuité est parfaitement pertinent dans certaines circonstances. A Aubagne l’extension de la communauté d’agglomération en 2008 avait permis de faire passer le montant de la contribution des entreprises de 0,6 % à 1,5 % puis 1,8 %, représentant l’essentiel des recettes et permettant de couvrir la quasi totalité des dépenses du réseau de transports publics. Il en est de même à Niort où les recettes de la billetterie ne représentent que 10 % du financement du réseau, et même seulement 8 % à Dunkerque. Dans ces conditions, on conçoit en effet que l’on puisse envisager de se priver de cet apport relativement marginal tout en boostant la fréquentation du réseau et en incitant les habitants à utiliser davantage les transports en commun, plus économiques et surtout plus écologiques en site urbain dense.

Mais ce cas de figure est loin d’être généralisé. En agglomération parisienne par exemple, la part payée par les usagers (billets et abonnements) représente de l’ordre de 50 % des recettes affectées au réseau de transports en commun. Rendre l’accès gratuit permet certes de faire des économies non négligeables puisque cela permettrait de supprimer quelques 1250 agents affectés au contrôle (mais qu’il faudrait sans doute redéployer pour assurer des missions d’accompagnement et de sécurité auprès des voyageurs) et d’économiser environ 90 millions d’euros par an sur la billetterie et les dispositifs de contrôle.

Mais les autorités organisatrices de transports se verraient alors privées d’une part importante de leurs ressources alors que leur problématique principale est actuellement d’investir toujours davantage pour mieux entretenir et moderniser le réseau et le matériel, fiabiliser et densifier la desserte, mais aussi prolonger les lignes au fur et à mesure que l’urbanisation progresse, et ceci pour tenter de répondre aux besoins des usagers dans un contexte de réseau totalement saturé.

Quai du RER A à Paris : on approche de la saturation… (photo © AFP)

Le contexte n’est d’ailleurs pas très différent dans l’aire métropolitaine marseillaise. Certes, le goût bien ancré des populations locales pour la voiture individuelle nécessite des approches volontaristes pour inciter chacun à utiliser davantage les réseaux de transports en commun. La gratuité du service peut y contribuer, au moins dans une période transitoire et lorsque le contexte le permet. Elle présente néanmoins le grave inconvénient de se priver d’une source généralement importante de recettes alors que la problématique principale est d’investir davantage pour développer et adapter l’offre de transports publics aux besoins.

Comme souvent en matière de gestion des services publics, les choses ne sont pas si simples qu’il n’y paraît et l’optimum revient souvent à mobiliser en parallèle plusieurs leviers complémentaires, selon un dosage qui peut être très variable selon le contexte local…

L.V.  

Le futur téléphérique de Marseille

5 septembre 2017

Alors que la Région PACA dépense des millions pour équiper en canons à neige la station de ski de Super Sauze, si chère à son ancien Président Christian Estrosi, et si coûteuse pour ses malheureux électeurs contribuables, voilà que le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, se prend à rêver d’installer un téléphérique pour monter à la Bonne Mère depuis le Vieux-Port, et ce n’est pas une galéjade…

Un skieur devant la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille le 7 janvier 2009 (Photo Jean-Paul Pélissier / Reuters)

Il est vrai qu’en janvier 2009 les chutes de neige qui avaient paralysé pour quelques heures la capitale phocéenne avaient démontré l’excellente qualité du domaine skiable qui s’étend sur les pentes de la colline de Notre-Dame de la Garde, laquelle culmine tout de même, rappelons-le, à 162 m d’altitude. De quoi donner des envies d’aménager des remontées mécaniques depuis le Vieux-Port situé en contrebas.

Soyons honnête, l’idée de la Ville de Marseille, portée par l’adjoint délégué aux grands projets et par ailleurs vice-président de la Métropole, Gérard Chenoz, n’est pas de développer les sports d’hiver à Marseille. Son objectif est simplement d’installer une liaison par téléphérique pour faciliter la desserte touristique de ce site qui reçoit chaque année 1,8 millions de visiteurs en moyenne. Pour un coût estimé à 15 millions d’euros en première approche, la liaison entre le Vieux Port et la basilique ne prendrait en effet que 6 minutes en survolant allègrement la zone urbanisée.

Les voies d’accès à la basilique étant largement saturées et peu adaptées à la circulation routière, l’idée d’une liaison par câble est en effet séduisante. Elle n’est d’ailleurs pas nouvelle et a même été mise en pratique sous une forme un peu différente il y a plus d’un siècle.

L’ancien ascenseur de Notre-Dame de la Garde, qui a pu transporter jusqu’à 15 000 personnes par jour, avait en effet été mis en service en 1892. Conçu par l’ingénieur Emile Maslin l’ascenseur avait été édifié à l’emplacement d’une ancienne carrière, sur l’autre versant de la colline et permettait de rallier la Bonne Mère via une passerelle métallique de 80 m de longueur, construite par la société Eiffel.

L’ancien ascenseur qui permettait d’accéder à Notre-Dame de la Garde jusqu’en 1967

Le système d’ascenseur lui-même était particulièrement simple et ingénieux puisque constitué de deux cabines en bois guidées par deux rails et une crémaillère équipée d’un câble. Chaque cabine était surmontée d’un réservoir de 6000 l d’eau. Pendant que la cabine du bas se vidait, celle du haut se remplissait à l’aide d’un réservoir situé sur la passerelle, s’alourdissant jusqu’à descendre la rampe de 72 m de dénivelée, freinée dans sa chute par le poids de la cabine ascendante, et ceci sans autre source d’énergie que les pompes permettant de remplir périodiquement le réservoir du haut.

Un dispositif rustique (et particulièrement bruyant !) qui a fonctionné sans encombres pendant 75 ans, jusqu’en 1967, période à laquelle la concurrence de l’automobile, devenue trop rude, finit par l’emporter. Le système sera finalement démonté en 1974, emporté par le vent de modernité qui souffle à cette époque… Et voilà que, comme pour les anciens tramways, on cherche désormais à reconstituer une forme de transport qui prenne à son tour la place de la voiture dont on ne mesure maintenant que trop les désagréments en site urbain dense.

L’idée du téléphérique fait partie des promesses de campagne de Jean-Claude Gaudin et a fait l’objet d’une première étude de faisabilité dès 2014 en vue d’obtenir des financements de la part de l’Etat. Ce dernier a néanmoins fait la sourde oreille et préféré soutenir le projet de prolongement du tramway, également mis à l’étude.

Le tracé provisoire envisagé pour le futur téléphérique (source © Made in Marseille)

Qu’à cela ne tienne, la municipalité revient à la charge avec un projet plus modeste qui se limite à une simple liaison, sur une longueur d’environ 1 km, entre le Fort d’Entrecasteaux et Notre-Dame de la Garde. Le projet a été adopté par le Conseil municipal le 5 décembre 2016, permettant de débloquer une nouvelle enveloppe de 1 million d’euros pour relancer ces études de faisabilité. Un appel d’offre vient ainsi d’être lancé au cours de l’été, afin de sélectionner un assistant à maîtrise d’ouvrage chargé d’épauler la collectivité, d’abord dans le montage administratif, juridique et technique du dossier puis dans la sélection du constructeur et éventuellement dans le suivi des travaux, si d’aventure le projet va jusqu’à son terme, l’objectif visé étant une mise en service en 2020.

Le téléphérique du Mont Faron à Toulon (photo © RB / Var Matin)

A priori, l’idée paraît séduisante et de nombreuses autres villes se sont déjà dotées de ce type de transport urbain particulièrement adapté pour les zones à fort dénivelée. Celui du Mont Faron mis en service à Toulon en 1959, ou encore celui de la Bastille à Grenoble, qui fonctionne depuis 1934, confirment, s’il en était besoin, la fiabilité de ce type d’installation.

Le téléphérique de Brest, inauguré le 19 novembre 2016 par Ségolène Royal et souvent en panne depuis…

Celui qui a été inauguré à Brest en novembre 2016, pour relier les deux rives de la Penfeld et desservir le nouveau quartier des Capucins, a en revanche connu quelques déboires retentissants. L’ouverture intempestif de la porte d’une des cabines et de multiples défaillances de capteurs l’ont obligé à un arrêt technique pendant un mois juste après sa mise en service. Quelques jours seulement après son redémarrage, il a subi une panne informatique puis de nouveau des problèmes liés au déclenchement d’une alarme, de quoi pimenter quelque peu le trajet quotidien de la soixantaine de voyageurs qui peuvent s’entasser dans sa cabine.

La carrière antique de la Corderie, actuellement menacée par les tractopelles de Vinci (photo publiée par la Marseillaise)

Il n’en reste pas moins que le site de Notre-Dame de la Garde n’est pas forcément si simple à équiper et les contraintes sont multiples, à commencer par le Mistral qui rend le dispositif inexploitable lorsque la vitesse des rafales dépasse les 100 km/h, n’en déplaise aux amateurs de sensations fortes. Le survol de zones habitées peut également déplaire aux riverains, bien que la loi en la matière se soit récemment assouplie et qu’il existe désormais des techniques permettant de voiler temporairement les vitrages dans les zones sensibles. Et ceci sans parler des contraintes réglementaires car les 15 hectares de la colline de Notre-Dame de la Garde sont classés depuis 1917, tandis que le Vieux Port l’est depuis 1932 et qu’un arrêté de classement se fait attendre pour la carrière antique de la Corderie.

Pas sûr cependant que tout ceci n’arrête un Jean-Claude Gaudin qui, après s’être accroché pendant plus de 22 ans à son siège de maire, tient désormais fermement à son télésiège vers la Bonne Mère…

L.V.

Le Bateau bleu bientôt au bord des Calanques…

3 septembre 2017

Décidément, les projets architecturaux fleurissent à Marseille. Alors que les travaux battent leur plein dans le cadre de l’opération Euroméditerranée, que le réaménagement de la Porte d’Aix avance à grands pas et que sont désormais quasiment achevées les constructions réalisées autour du stade Vélodrome réhabilité et agrandi, deux projets retiennent l’attention, tous deux pilotés par l’architecte Jean Nouvel.

Cet architecte français mondialement connu, s’était fait un nom au début des années 1980 avec la conception de l’Institut du Monde Arabe à Paris, avec ses spectaculaires façades à moucharabieh. C’est lui également qui a dirigé la réhabilitation de l’Opéra de Lyon, la construction du Musée des arts premiers, quai Branly à Paris, la tour Agbar à Barcelone ou encore le Louvre d’Abou Dhabi.

Les futures Tours d’Arenc dont la Marseillaise à droite (source © Constructa)

A Marseille, c’est son équipe qui a été retenue pour réaliser une des trois tours d’Arenc initiées par le promoteur Constructa dans le périmètre d’Euroméditerranée, entre le Silo et la tour CMA-CGM. Cette tour, pompeusement dénommée La Marseillaise est actuellement en cours de construction depuis fin 2014. Le noyau central en béton est désormais achevé, donnant à la tour sa hauteur définitive de 135 m, un peu moins que celle de la CMA-CGM, mais davantage que ses deux futures voisines.

Avancement du chantier de La Marseillaise (août 2017 – source © Vinci construction)

La tour H99, qui culminera comme son nom ne l’indique pas précisément à 99,90 m de hauteur, conçue par l’architecte Jean-Baptiste Pietri, comprendra 130 appartements de grand standing, répartis sur 27 étages avec vues panoramiques sur la ville et sur la baie de Marseille. Quant à la troisième, la tour Horizon, imaginée par Yves Lion, elle est prévue pour s’arrêter à 113 m de hauteur et pour abriter 200 chambres d’hôtels et 150 chambres de résidence de tourisme réparties sur 35 étages, mais le projet est encore en attente d’investisseurs.

La tour Marseillaise, quant à elle, prend forme rapidement. Ses 31 étages sont désormais en plein travaux mais la façade a déjà revêtu son apparence définitive avec ses couleurs qui oscillent, au gré de l’éclairage, entre les trois couleurs symboliques que sont, paraît-il, le bleu (comme les couleurs de l’OM, naturellement), le blanc (des nuages, forcément) et le rouge (des tuiles provençales, bien sûr). Une tour qui abritera, d’ici fin 2018, 35 000 m² de bureau, dont la moitié a été préemptée pour les services de la Métropole Aix-Marseille-Provence, le reste se partageant entre la Caisse d’Epargne, la Sodexo, la Chambre de commerce et d’industrie et Orange. Que du beau monde qui se retrouvera chaque midi dans un restaurant inter-entreprises de 2 800 m².

Et l’architecte Jean Nouvel ne compte pas s’arrêter en si beau chemin puisqu’il pilote un autre projet d’envergure, toujours dans la cité phocéenne mais cette fois à Saint-Just, juste en face du Dôme et du Bateau bleu, un bâtiment emblématique conçu par le Britannique William Aslop et qui abrite le siège du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Achevés tous les deux en 1994, le Bateau bleu et le Dôme, la plus grande salle de spectacle marseillaise, flottaient jusque là dans l’environnement inachevé de la ZAC Saint-Just, qui s’étend de part et d’autre de l’avenue Alexandre Flemming. Fin 2011, le promoteur Amétis s’est porté acquéreur d’une vaste parcelle de 8700 m², située juste en face, à l’angle avec le boulevard Maréchal Juin, tandis qu’un autre projet d’immeuble de bureau voyait le jour sur la parcelle adjacente côté sud, l’îlot Meyer.

Vue aérienne montrant l’implantation du projet (source © Amétis)

Le projet conçu en 2014 par Jean Nouvel, et dont les travaux ont débuté fin 2016, comprendra plus de 500 logements en accession à la propriété, en locatif social ou libre et pour étudiants, répartis en 7 bâtiments de 8 à 16 étages et dont la hauteur culminera à près de 50 m, un peu en dessous de son illustre voisin puisque le Bateau bleu monte à 66 m… Un parking, destiné en partie aux usagers du Dôme voisin, prendra place sous les immeubles et un cheminement piétonnier souterrain facilitera l’accès à la station de métro toute proche.

Façade en arc de cercle face au Bateau bleu (source © Amétis)

Baptisé en toute simplicité « Les Calanques », cet ensemble architectural ne manque pas d’originalité puisqu’il se présente comme un îlot de plusieurs bâtiments en arc de cercle dont la façade extérieure, côté boulevards, ressemblera à un immense mur bleu à haute performance acoustique, rappelant furieusement la couleur originale du Bateau bleu voisin, mais l’isolant des éclats de voix des conseillers départementaux en plein débat, et surtout du bruit de la circulation environnante.

Maquette du projet (source © Ateliers Jean Nouvel – ideom)

Des balcons végétalisés sur une cour parsemée de rochers (source © Amétis)

En partie centrale et autour d’une cour intérieure végétalisée comme un jardin méditerranéen aménagé autour d’un bassin central, les 546 appartements se déploieront sous forme de terrasses étagées. De nombreux enrochements calcaires, évoquant le paysage des calanques voisines, seront disposés au pied du mur de façade végétalisé, histoire de créer en plein centre urbain, un paysage minéral et végétal rustique.

Les différents logements de ce projet immobilier ambitieux ne seront livrés qu’entre 2019 et 2020 mais il est probable, si l’on se réfère aux nombreuses polémiques initiées lors de la construction du Bateau bleu, que ce nouveau projet architectural aussi coloré que végétalisé et qui devrait se voir de loin, n’a pas fini de faire jaser sur la Cannebière…

L.V.  

Chantier de la L2 : bientôt la fin du tunnel ?

14 août 2017

Initié en 1930, le projet de contournement urbain de la L2, A507 de son petit nom, est sensé relier l’autoroute A7 au niveau de l’échangeur des Arnavaux, à l’autoroute A50 (échangeur Florian), permettant ainsi à la fois le contournement nord de Marseille sous forme d’une rocade de 2 x 3 voies sur une longueur de 9,7 km, et une meilleure desserte des différentes voies urbaines au nord de la ville.

Lancé effectivement en 1993, le chantier a pris beaucoup de retard et il a fallu que l’État se décide à recourir, vingt ans plus tard, à un partenariat public-privé, pour un montant de 650 millions d’euros, dans le cadre d’un contrat signé le 7 octobre 2013 avec un groupement d’intérêt économique créé pour l’occasion par les géants du BTP Bouygues, Colas et Spie Batignoles, pour que le calendrier d’achèvement de ce chantier commence enfin à se préciser.

Inauguration de la L2 Est le 8 décembre 2016 (photo © Laurent Carte / SRL2)

La première section située à l’Est, qui s’étend sur 5,2 km entre l’A50 et Frais Vallon, sous forme de tranchées couvertes avec de multiples aménagements urbains et même des jardins collectifs au droit de Montolivet, a été achevée en 2016, mise en service le 29 novembre de la même année et inaugurée quelques jours plus tard, le 8 décembre 2016 en présence de François Hollande, encore Président de la République. Depuis, elle enregistre un trafic évalué en moyenne à 65 000 véhicules chaque jour dans les deux sens de circulation, ce qui reste néanmoins inférieur aux prévisions de 1000 000 véhicules/jour pour lequel ce projet a été dimensionné.

Réalisation de la chaussée sous le centre commercial du Merlan (photo © Romain Truchet / Made in Marseille)

Reste encore à achever le tronçon nord de la L2 qui s’étend sur 4,5 km entre le Marché d’intérêt national des Arnavaux et Frais Vallon. Sur ce secteur, le chantier a débuté en août 2014 et bat encore son plein avec 400 à 500 personnes mobilisées en permanence, sur ce qui constitue un des plus gros chantiers d’infrastructure urbaine actuellement en cours en France.

Finalisation de la tranchée couverte au niveau de Saint-Jérôme (photo © SRL2 / Devisubox)

Le gros œuvre est désormais pour l’essentiel réalisé mais il reste encore de gros travaux en cours pour finaliser la jonction entre l’autoroute A7 et la L2 au niveau du nouvel échangeur des Arnavaux, ainsi qu’au droit de l’échangeur de Saint-Jérôme, terminus de l’A7, où des travaux d’aménagement sont en cours pour permettre au bus rapide, dit « à haut niveau de service » de relier l’université. A Sainte-Marthe, un bassin de rétention de 3000 m³ est aussi en cours de réalisation afin de gérer les eaux pluviales concentrées par la future voirie et qui devront trouver un nouvel exutoire en cas d’orage.

Le bassin de rétention en construction sous l’échangeur des Arnavaux en juin 2017 (source Made in Marseille)

Un chantier encore en pleine activité donc, mais qui devrait s’achever en avril 2018, date désormais avancée pour la mise en service complète de la future L2 : la fin d’une longue histoire enfin en ligne de mire ?

L.V.  

Le Tour de France passe à Marseille et laisse une belle ardoise

25 juillet 2017

Difficile de rater une telle information : la 20ème et avant-dernière étape du Tour de France 2017 s’est déroulée samedi 22 juillet dans les rues de Marseille, pour un contre-la-montre individuel de 22,5 km. Les 169 coureurs se sont élancés du stade Vélodrome et ont parcouru les points emblématiques de la ville en passant par la corniche Kennedy, le Vieux-Port, le palais du Pharo, le Mucem, et la montée de 1,2 km vers la basilique de Notre Dame-de-la-Garde, pour un retour dans l’enceinte du stade Vélodrome où les 67 394 places du stade avaient été distribuées gratuitement pour être sûr que les tribunes soient bien remplies.

Le Français Romain Bardet sauve in extremis sa 3ème place lors de cette étape marseillaise (photo © Jeff Pachoud / AFP)

Une belle journée de fête donc pour les amateurs de courses cyclistes puisqu’on estime que 300 000 spectateurs étaient massés dans les rues de la ville pour regarder passer les coureurs. Les tribunes du stade en revanche étaient curieusement quasiment désertes : seules 50 000 personnes avaient réclamé un billet et finalement moins de la moitié d’entre elles avaient pris la peine de se déplacer jusqu’au stade… Un beau spectacle néanmoins, visionné par le monde entier, avec sans doute de nombreuses retombées en termes de notoriété pour la cité phocéenne.

C’est ce qui explique sans doute que la ville de Marseille, pourtant lourdement endettée et qui peine déjà à faire face à ses dépenses publiques obligatoires, parmi lesquelles l’entretien des nombreuses écoles de la ville, pour certaines totalement délabrées, n’a pas hésité à dépenser beaucoup d’argent pour accueillir cette étape du tour de France.

Combien exactement ? Difficile à dire tant la mairie de Marseille rechigne à communiquer sur le sujet. Interrogé à ce sujet en mai dernier par le magazine 20 minutes, le pétulant Richard Miron, adjoint LR au maire de Marseille en charge des sports, fait la fine bouche : « On n’a pas encore tout chiffré… Et puis bon, ça coûte ci, ça coûte ça, moi ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est combien ça rapporte, les images de Marseille dans le monde entier, les hôtels pleins ». Un vrai passionné de cyclisme, qui a reconnu le parcours avec Alberto Contador et en est encore tout ébloui.

Richard Miron (adjoint aux sports de Marseille), sa nouvelle épouse et future directrice des sports, Valérie Laugaudin, lors de leur mariage célébré le 30 juillet 2016 par le maire, Jean-Claude Gaudin (photo © Robert Poulain, parue dans Destimed)

Pas un calculateur donc, même si certains lui reprochent d’avoir nommé directrice des sports à la ville de Marseille son ex directrice de cabinet devenue depuis peu sa propre épouse ! Une situation pour le moins cocasse et qui a beaucoup fait jaser, surtout au moment où Marseille s’autoproclame capitale européenne du sport. A en croire certains agents, « un élu qui met sa femme à la tête du service qu’il dirige, c’est le casse du siècle : il fait passer ce qu’il veut et n’a plus aucun contre-pouvoir ». Où l’on se rend compte que François Fillon était finalement petit joueur face à l’audace de certains de nos élus locaux… Le directeur général des services en tout cas n’est pas le moins du monde gêné, lui qui explique benoitement : « On a parfois des élus et des chefs de service qui ne s’entendent pas. Là, l’adjoint au maire et la directrice des services se parleront facilement ». Effectivement, vu sous cet angle…

Puisque l’adjoint aux sports a l’esprit de famille manifestement plus développé que le sens de la comptabilité publique, il ne faut pas compter sur lui pour savoir ce qu’à coûter au contribuable marseillais cette petite étape du Tour de France. Selon France 3 qui a mené l’enquête, le ticket d’entrée payé par la ville à la société Amaury Sport Organisation s’élève à 240 000 €, le prix à payer pour l’organisation d’un contre-la-montre dans les rues de la ville. C’est plus cher que de simplement accueillir une arrivée d’étape, mais quand on aime, on ne compte pas…

La montée du Vallon de l’Oriol, remise à neuf à grands frais juste avant le passage du Tour (photo © La Provence)

D’autant que la facture est en réalité très supérieure. Selon Marsactu, la ville de Marseille pour une fois n’a pas lésiné sur les investissements et a refait à neuf une partie du revêtement des chaussées empruntées par les coureurs du Tour. Toute la montée du chemin du Vallon de l’Oriol, dans le 7ème arrondissement a été ainsi entièrement regroudronnée en un temps record début juillet par les bons soins de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Des travaux bien entendu prévus de longue date mais déclenchés fort opportunément à quelques jours seulement du fameux contre-la-montre. Une facture totale qui s’élèverait selon La Provence à la coquette somme de d’1 million d’euros, de quoi rassurer la population marseillaise quant à la bonne santé de ses finances publiques et à ses fortes capacités d’investissement en cas de besoin.

Et ce n’est pas tout car il a fallu bien évidemment adapter le stade Vélodrome lui-même pour lui permettre d’accueillir dignement les cyclistes qui n’ont pas l’habitude de rouler sur le gazon. Pour cela, rien de plus simple : il suffit de construire deux routes en arc de cercle, de 170 m de longueur pour 6 à 8 m de largeur, juste le temps de la course. Auparavant, il aura fallu installer 9 000 m² de plaques d’aluminium pour recouvrir et protéger la surface du terrain, une véritable prouesse technique qui a mobilisé 300 personnes pour une réalisation en un temps record après le passage de Céline Dion, en concert à Marseille en début de semaine.

Le stade Vélodrome aménagé à grands frais pour recevoir le Tour 2017 (photo © La Provence)

Pour quel montant ? Là encore, l’inénarrable Richard Miron ne se laisse pas impressionner : «Ça coûte que dalle, le bitume !». Certes, mais encore ? A peine le prix d’un rond-point selon Martin d’Argenlieu, directeur d’AREMA, la filiale de Bouygues qui a construit et exploite le stade, soit de l’ordre de 80 000 € à la charge de la ville de Marseille encore. Et c’est sans compter les frais de démontage puisque bien entendu il faudra enlever tout ce beau goudron tout neuf, sitôt passé la tornade du Tour de France, pour permettre au stade d’accueillir le match OM-Ostende en 3ème tour préliminaire de l’Europa League, prévu ce jeudi…

A cela s’ajoute naturellement le coût de mobilisation du stade que la ville doit verser au même AREMA, véritable propriétaire des lieux, pour assurer les frais de sécurité et de nettoyage comme pour chaque événement organisé au stade Vélodrome, soit la bagatelle de 200 000 € supplémentaires. Sans compter bien entendu les nombreux employés municipaux mobilisés souvent en heures supplémentaires pour assurer le bon fonctionnement de cette grosse machinerie. La circulation est forcément interdite sur tout le parcours pendant 24 heures, ce qui a nécessité d’installer plus de 20 000 barrières et 600 blocs de béton. Rien que pour la police municipale, ce sont ainsi 300 agents qui ont été mobilisés en plus des effectifs habituels pour assurer la sécurité et fluidifier la circulation aux abords du parcours. De son côté, la préfecture de police a mis sur le pied de guerre 2000 policiers et gendarmes pour palper les spectateurs et assurer la dissuasion nécessaire, en renfort du dispositif sentinelle déjà en vigueur.

On laissera chacun faire l’addition, mais bien entendu toutes ces menues dépenses publiques ne sont rien en regard de la liesse qui a envahi les rues de la cité phocéenne dans ce grand moment de communion avec l’élite du cyclisme mondial. Comme l’analyse si bien le visionnaire Richard Miron, les retombées économiques sont telles que cela justifie largement de dépenser un peu d’argent public : « deux milliards de téléspectateurs, 90 chaines de télévision pendant six heures, 4000 réservations d’hôtel déjà. Ce sera beau et les Marseillais seront l’apprécier ». Effectivement, ce fut un moment grandiose et le contribuable marseillais devrait s’en souvenir longtemps…

L.V. 

Marseille, nouveau roi du coffre-fort numérique ?

22 juillet 2017

Longtemps reconnue mondialement pour son rôle de port colonial, puis pour celui de cerveau de la French connexion et pour sa réputation déplorable de violence urbaine, Marseille tente depuis des années de se forger une nouvelle image de port d’accueil pour le tourisme de la croisière de luxe. Mais c’est dans un tout autre domaine que la ville est en train de connaître un développement inattendu : celui des data centers, ces coffres-forts modernes où sont stockées physiquement les milliards de données numériques que l’on a tendance à imaginer évaporées sur un nuage éthéré, le fameux « Cloud »…

Salle blanche pour le stockage des baies informatiques

Car la tendance actuelle en informatique est d’avoir des ordinateurs de plus en plus puissants mais paradoxalement de plus en plus vides, ce qui génère des flux de données croissant et totalement gigantesques à travers la planète entière. Les logiciels et le stockage de données, qui prend de plus en plus de place, sont désormais hébergés sur des serveurs situés on ne sait où, chez un prestataire informatique qui conserve de manière sécurisée nos données personnelles.

Un tel service d’hébergement des données numériques personnelles (nos photos, la vidéo des premiers pas du petit dernier, nos courriels, nos fiches de paies et autres papiers administratifs, nos fichiers numériques, etc.) est même fourni gratuitement par la plupart des fournisseurs d’accès internet, bien trop contents de récupérer ainsi à bon compte toutes nos données personnelles qui seront ensuite valorisées pour développer des sollicitations commerciales adaptées à nos centres d’intérêts personnels. C’est aussi un service payant qu’offrent de plus en plus de prestataires, tels que la Poste ou la Caisse d’Epargne, sous le nom de « coffres-forts numériques ».

Il s’est ainsi créé un nouveau marché très juteux, celui du stockage sécurisé de données numériques. Du fait de l’importance vitale de toutes ces données numériques qu’il convient d’archiver pour de longue durées tout en en conservant une parfaite traçabilité et en étant sûr de pouvoir les retrouver et les exploiter à tout moment, de nombreux prestataires sont ainsi apparus qui proposent de garantir la disponibilité, l’intégrité et la pérennité de ces données, moyennant juste rétribution…

Comme les château-forts d’antan, ces nouveaux coffres-forts numériques que sont les data centers sont conçus avec de multiples barrières de sécurité successives, ainsi que l’explique Fabrice Coquio, président d’Interxion France, un groupe néerlandais fondé en 1988, qui héberge les serveurs informatiques de plus de 200 clients dont Microsoft, Amazon, Facebook, Twitter, Yahoo, etc.

Comme tout château fort qui se respecte, il faut bien entendu une muraille solide, avec plusieurs niveaux de protections successifs : l’enceinte du bâtiment, protégée par barrières infra-rouges et vidéo surveillance avec détection de mouvement et vision nocturne, le bâtiment lui-même, équipé de sas d’accès sous alarmes, d’accès anti-effraction et de vidéo surveillance, les salles de stockage ensuite, protégées par contrôle d’accès et par système biométrique, et enfin les baies qui sont les systèmes informatiques dans lesquels sont stockées les données numériques, elles-mêmes rassemblées au sein de cubes fermés à l’aide d’un code ou d’un système de clé.

Autout du château s’étendent bien entendu, les douves, matérialisées ici par les systèmes de sécurisation des réseaux, sous forme de fibre noire cryptée qui fait transiter les données grâce à des signaux encodés. Quant aux armées qui gardent le château, ce sont les agents de sécurité habilités qui assurent une veille sur site 24h/24. Enfin, le donjon qui est consitué par le poste de pilotage et de commande par lequel transitent toutes les informations nécessaires à la maintenance du bâtiment.

Les bâtiments du premier data center d’Interxion implanté à Marseille depuis 2015 (source © Interxion)

Reste à savoir où implanter ces châteaux-forts de l’ère numérique. Et c’est là que Marseille se révèle, parmi d’autres, comme un emplacement particulièrement favorable. La présence de 13 câbles sous-marins qui arrivent ici en font en effet un point névralgique pour les échanges digitaux et télécoms entre l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie. Les grands acteurs du Cloud ont bien repéré cette spécificité et l’activité tend donc à se développer.

C’est ainsi que la société Interxion y a ouvert en 2015 son huitième centre français de stockage, dans les locaux d’un ancien site SFR basé à la Joliette. Un investissement de 45 millions d’euros pour une surface utile qui sera portée à terme à 5 700 m² et une puissance électrique installée de 6 MW. Et ce n’est pas fini puisque cette société, numéro 2 mondial, qui exploite désormais 45 data centers à travers l’Europe, compte ouvrir deux nouveaux sites marseillais mitoyens, dans le secteur du cap Janet, à l’Estaque.

La halle Freyssinet du Cap Janet et la base U-boot attenante (photo © Kariyou)

Une maquette du futur centre MRS2 dans la halle Freyssinet rénovée (source © Interxion)

Le premier, dont la première pierre vient d’être posée à l’occasion d’un grand raout officiel en présence de Jean-Claude Gaudin, de Gérard Gazay et de Christine Cabau-Woehrel, présidente du Grand Port maritime de Marseille, se développera dans les locaux désaffectés des anciens ateliers de réparation navale Fouré-Lagadec, inoccupés depuis 1995. Il s’agit d’une vaste halle Freyssinet, c’est à dire conçue sur le modèle du gigantesque hangar à trois nefs surmontées de voûtes cylindriques minces que l’ingénieur Eugène Freyssinet avait conçu et réalisé en 1929 pour abriter les voies de la gare d’Austerlitz. Un ouvrage de référence, inscrit depuis 2012 au titre des monuments historiques, et dont la conception a inspiré un très grand nombre de hangars militaires, aéroportuaires et industriels à travers tout le pays.

Sur ce site, la demande de permis de construire a été déposée en vue d »aménager courant 2017 dans ce bâtiment 4 000 m² de salles blanches destinées au stockage sécurisé de données informatiques, et ceci pour un coût d’investissement évalué à 70 millions d’euros.

Vue aérienne du site de la base de sous-marins après la guerre

Quant au troisième site convoité par Intexion qui souhaite y aménager 10 000 m² de stockage supplémentaire, il s’agit ni plus ni moins que du bâtiment voisin, une ancienne base de sous-marins allemands datant de la seconde guerre mondiale, le « U-bootbunker Martha ». En réalité, cet imposant complexe en béton armé de 208 m de longueur et 45 m de largeur, dont la construction a été lancée en janvier 1943 et qui devait accueillir une vingtaine de sous-marins militaires, n’a jamais servi. Les travaux ont été stoppés en août 1944, suite au débarquement allié en Provence, avant même que le chenal d’accès des sous-marins ne soit creusé. La bâtiment n’a donc jamais été opérationnel, sauf ponctuellement pour y assurer la détention de prisonniers de guerre allemands, dont les fresques dessinées sur les murs peur meubler leur captivité sont encore visibles sur les parois.

Ce bâtiment, resté en l’état depuis sa construction, intéresse a plus haut point l’amateur de châteaux forts qu’est le directeur de la société Interxion. Véritable bunker massif construit sur le modèle des bases de Lorient, Brest et La Rochelle, il est surmonté d’une dalle de toit en béton armé de près de 6 m d’épaisseur, capable de résister à des bombes d’une tonne comme la Royal Air Force en avait fait l’expérience à Lorient. Quant aux murs, leur épaisseur varie entre 90 cm et 2,85 m pour ceux qui sont situés face à la mer et qui étaient susceptibles d’être bombardés depuis le large.

Une structure parfaitement adaptée donc à l’usage envisagé, d’autant que les salles de maintenance prévues par les ingénieurs allemands à l’étage, pourront facilement être aménagées en salles blanches. Une belle opportunité également pour le Grand Port maritime de Marseille qui se demande depuis plus de 70 ans ce qu’il pourrait bien faire de ce vestige historique aussi délabré qu’encombrant et dont la déconstruction coûterait une fortune. Une petite inquiétude néanmoins pour l’approvisionnement en électricité de ce château fort futuriste qui aura besoin en permanence d’une puissance électrique de 8 mégawatts, à comparer aux 50 MW que consomment l’ensemble des serveurs informatiques de Google et aux 100 MW produits par une tranche de réacteur nucléaire. De quoi se rappeler que le numérique commence à prendre une part non négligeable dans notre empreinte carbone globale…

L.V.  

Marseille : les chercheurs à la plage…

18 juillet 2017

C’est l’été et tout le monde se retrouve à la plage. Même les chercheurs du CNRS qui, comme l’a révélé La Provence, profitent de la saison touristique pour venir enquêter au milieu des parasols et des serviettes de plage !

Plage de la Pointe-Rouge

Du 10 au 17 juillet, c’est une dizaine de scientifiques du CNRS, issus des laboratoires de recherche ESPACE (pour « Etude des structures, des processus d’adaptation et des changements de l’espace », ça ne s’invente pas !), Hydroscience Montpellier et le CEREGE basé à Aix-en-Provence qui ont ainsi passé leurs journées à sillonner les plages marseillaises de pointe-Rouge, du Prophète et de La Lave.

Cette opération se déroule dans le cadre des travaux de l’Observatoire Hommes-Milieux « littoral méditerranéen », un dispositif de recherche pluridisciplinaire qui vise à étudier l’effet de l’urbanisation et de l’anthropisation côtière en Méditerranée. Vaste programme qui exige donc de la part de ces scientifiques de sacrifier leurs plus belles journées de juillet pour aller se promener sur la plage, enduits de crème solaire, sur des terrains d’enquête particulièrement hostiles puisque l’étude concerne, outre le littoral marseillais, le Golfe d’Aigues-Morte et les rivages corses de Balagne et du Sud de Bastia.

L’objectif d’une telle plongée en immersion au milieu des baigneurs ? Mieux caractériser la fréquentation, les pratiques et les usages sur ces plages très fréquentées du littoral méditerranéen et en évaluer l’impact sur la qualité des eaux de baignade.

La plage du Prophète sous la Corniche

Pour cela, il s’agit d’abord de connaitre à tout moment de la journée le nombre de personnes présentes sur la plage, ce qui suppose de compter en permanence les arrivées et les départs : pas question donc de se laisser distraire par une petite sieste à l’ombre du parasol tout en lorgnant les jolies baigneuses. Pour être sûr de leurs chiffres, les chercheurs procèdent en parallèle et toutes les heures à des prises de vue de la plage depuis un point haut, de quoi occuper des armadas de stagiaires qui seront ensuite chargés de décompter les personnes présentes sur la plage et d’ajuster les observations de terrain.

En même temps, des prélèvements d’eau de mer sont effectués, toutes les heures également, pour être analysés afin de mesurer la densité de bactéries de type entérocoques, mais aussi d’évaluer la quantité de résidus de crème solaire qui agrémentent l’eau de baignade. Contre toute attente, les premiers résultats de ces analyses indiquent d’ailleurs que plus la fréquentation de la plage augmente, plus la qualité de l’eau de baignade se détériore ! Un résultat qui ne fait bien entendu que confirmer ce que chacun présentait, mais ce qui va sans dire va parfois mieux en le disant…

Et les chercheurs ne s’arrêtent pas là puisqu’ils prennent aussi le temps d’aller à l’encontre des vacanciers, questionnaires en main, pour mieux connaitre leurs us et coutumes. Une enquête sociologique très poussée qui a d’ores et déjà permis de mettre en évidence un fait troublant : à la plage, on se méfie des toilettes publiques pourtant présentes et plutôt bien entretenues de l’avis de nos anthropologues baroudeurs. Chacun préfère aller faire ses besoins dans la mer, ni vu ni connu. Un procédé qui n’est peut-être pas totalement étranger à la corrélation qui semble exister entre la densité de baigneurs et celle des bactéries dans l’eau de mer…

Qualité des eaux de baignade sur la plage du Prophète (source : site Eaux de baignade)

Mais bien entendu, comme dans tout protocole de recherche scientifique, il faut se méfier des conclusions hâtives et ne surtout pas se hasarder à vouloir anticiper sur les résultats de ce vaste programme d’études tant que toutes les analyses n’ont pas été recoupées avec toute la rigueur nécessaire. Il faudra sans doute patienter encore un peu pour que soient enfin disponibles les résultats de ces recherches passionnantes qui feront sans doute l’objet de publications scientifiques de premier plan, voire d’un colloque international, pourquoi pas sur une plage de Balagne ?

Ceci dit, et sans vouloir présager des conclusions de cette étude, il est à craindre qu’elle n’ait été entachée d’un petit biais expérimental. Le même journal de La Provence nous apprenait en effet que le jeudi 13 juillet, alors que la campagne d’observation scientifique battait son plein, trois plages marseillaises dont celle de Pointe-Rouge qui faisait l’objet de toutes les attentions des équipes de chercheurs, avaient dû être fermées au public toute la matinée du fait de la mauvaise qualité des eaux de baignade, tandis que les deux plages du Prado nord et sud étaient quant à elles toujours fermées en attendant les résultats de nouveaux test.

Plage de l’Huveaune à la fin des années 1960 (photo Jean Pagano / La Provence)

Ces mêmes plages du Prado dont on fête actuellement les 40 ans puisqu’elles ont été ouvertes au public le 18 juillet 1977, après qu’on eut déversé à l’embouchure de l’Huveaune des millions de m3 de déblais issus des travaux de creusement du métro, de quoi gagner 20 hectares supplémentaires sur la mer et permettre d’augmenter ainsi considérablement la quantité de baigneurs qui peuvent venir s’y prélasser : une fréquentation estimée à 3,5 millions de personnes chaque année. On comprend, sans forcément se livrer à des enquêtes sociologiques approfondies, qu’avec une telle pression humaine la qualité de l’eau du littoral puisse en être quelque peu altérée…

L.V. 

A Carnoux, pas de transports publics, pas de logements…

16 juillet 2017

Les grosses communes des Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs celles du Var et des Alpes-Maritimes sont régulièrement pointées du doigt pour leur mauvaise volonté à créer des logements sociaux. En dehors de certains quartiers comme ceux du nord de Marseille ou des villes traditionnellement populaires comme Aubagne, la plupart des communes rechignent à développer sur leur territoire des logements sociaux susceptibles d’attirer des populations à faible pouvoir d’achat et fortement demandeuses de services publics.

Un dessin paru dans le Ravi en 2011…

Cette tendance systématique à l’entre-soi et à la ségrégation sociale est lourde de conséquence car elle crée d’un côté des ghettos de riches (Cassis en est un bon exemple avec ses villas s’étendant sur de vastes espaces, ses nombreux logements vides loués à prix d’or aux touristes l’été, et ses lotissements soigneusement clôturés et protégés par vidéosurveillance) et de l’autre des zones de non droit abandonnées aux mains des caïds locaux et où l’idée même de mixité sociale a été depuis longtemps abandonnée.

C’est précisément pour tenter de lutter contre de tels déséquilibres et essayer de recréer davantage de lien social entre populations d’origine et de niveau social différents qu’avait été instaurée en 2000, sous le gouvernement de Lionel Jospin, la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain, dite loi SRU, dont l’une des dispositions impose aux communes de plus de 3 500 habitants situées dans une agglomération excédant 50 000 habitants de disposer d’au moins 20 % de logements sociaux.

Les maires ont cependant la possibilité de se soustraire à cette obligation légale en s’acquittant d’une taxe annuelle et de très nombreuses communes de l’agglomération marseillaise ont choisi cette option, préférant payer plutôt que d’accepter le développement d’un minimum de mixité sociale sur leur territoire. Face au constat de carence en logements sociaux, alors que le nombre de demandes ne cesse d’augmenter, le taux a même été porté à 25 % par la loi Duflot adptée en janvier 2013.

Une nouvelle loi relative à l’égalité et à la citoyenneté, votée en janvier 2017 à l’initiative d’Emmanuelle Cosse, a permis de préciser les critères d’exemption de cette obligation légale. Une circulaire en date du 9 mai 2017 vient ainsi expliciter trois critères qui sont retenus pour permettre à certaines communes d’être exemptées. Il revient à l’intercommunalité de dresser une liste de communes soumises au Préfet et susceptibles de bénéficier d’une telle exonération.

Arlette Fructus, lors du Conseil de Métropole du 13 juillet 2017 sur les exemption à la loi SRU

D’après Arlette Fructus, vice-présidente de la métropole en charge de l’habitat, du logement et de la politique de la ville, sur les 92 communes de la métropole Aix-Marseille-Provence, dont 69 seulement sont soumises à la loi SRU, 42 sont considérées comme carencées, un record peu glorieux ! La métropole s’est donc bien évidemment emparée de cette occasion inespérée pour faire baisser la pression sur son territoire. Il faut dire que de nombreux élus y mettent un point d’honneur à payer plutôt que de construire des logements sociaux pour éviter de froisser leur électorat très craintif à l’idée de devoir accueillir dans leur voisinage des populations jugées indésirables. Au point même que leurs propres enfants, qui seraient pourtant éligibles à ce type d’habitat, n’arrivent plus à se loger décemment. Plus de 80 000 demandes de logement social seraient ainsi en souffrance sur le territoire métropolitain alors qu’on n’y construit en moyenne que 3 500 logements sociaux par an…

Une délibération a ainsi été prise lors du conseil de métropole du 13 juillet 2017, après avoir fait l’objet de nombreuses discussions, en particulier à l’occasion de la réunion de la Conférence intercommunale du logement le 4 juillet dernier et celle du Conseil de territoire de MPM le 6 juillet. L’enregistrement filmé de ces débats, accessible sur le site de la Métropole, ne manque pas de sel…

A l’issue de ce vote, la liste adoptée et qui sera donc présentée au Préfet contient les nom de 23 communes, dont celle de Carnoux-en-Provence qui devraient donc être désormais exemptées de toute obligation en matière de construction de logement social. Une évolution saluée comme une véritable victoire par la plupart des élus, dont Stéphane Ravier, représentant du Front national et persuadé que la plupart des logements sociaux ne trouvent pas preneurs, lui qui a profité de cette tribune pour rappeler au passage qu’à ses yeux « la métropole Aix-Marseille-Provence n’est qu’une vaste couillonnade ». Au moins, c’est dit…

Le texte de la délibération (DeliberationAMP), diffusé déjà sur le site Facebook du CPC, évoque les trois critères permettant ainsi d’exonérer une commune de ses obligations en la matière. Le premier de ces critères concerne la faiblesse de la demande de logement social. Sur ce point, aucune des communes de l’agglomération marseillaise n’est bien entendu concernée, n’en déplaise aux lubies du Front national.

Jean-Pierre Giorgi, Danièle Milon et Roland Giberti lors du Conseil de territoire de MPM le 6 juillet 2017

Un second critère concerne les communes dont le territoire est considéré comme inconstructible à plus de 50 % pour des raisons liées notamment aux risques naturels ou technologiques ainsi qu’à la loi Littoral. Quatre communes sont dans cette catégorie dont celle de Saint-Victoret, largement impactée par les nuisances sonores de l’aéroport de Marignane. C’est d’ailleurs curieusement ce même argument que met en avant Danièle Milon pour refuser de construire des logements sociaux à Cassis, prétextant qu’il faudrait pour cela bétonner le vignoble et les calanques, alors que curieusement cela n’empêche pas de nombreuses et luxueuses villas de continuer à y pousser comme des champignons, mais passons.

Cassis : des contraintes d’urbanisme à géométrie variable

Pour la plupart des communes exemptées, dont celle de Carnoux ou encore celle de Roquefort-La Bédoule où l’on construit à tour de bras, tout sauf des logements sociaux, le critère qui est mis en avant est encore plus curieux et laisse même franchement rêveur. Pour ces communes qui font partie de la partie densément peuplée de l’agglomération marseillaise, il est en effet considéré qu’elle ne « sont pas suffisamment reliées aux bassins d’activité et d’emploi par les services de transport en commun ».

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

C’est effectivement un fait incontestable que les transports publics demandent à être développés pour faciliter la desserte de ces communes. C’est même d’ailleurs une des principales raisons pour laquelle a été mise en place le projet métropolitain sur cette aire urbaine qui n’avait jamais pris la peine de développer des réseau de transport en commun dignes de ce nom à l’échelle du bassin d’activité !

De là à en tirer profit pour justifier qu’on n’a pas à construire de logements pour y accueillir les populations qui justement en ont le plus besoin, c’est un peu fort de café ! Ici, c’est « pas de bras, pas de chocolat », autrement dit, « pas de transports publics, pas de logements sociaux ». Avec de tels arguments, il est à craindre que nos élus locaux ne mettent guère d’empressement pour développer désormais les transports publics au sein du territoire métropolitain ! Circulez, il n’y a rien à voir…

L.V.