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A Flint, mieux vaut ne pas boire pas l’eau du robinet…

4 janvier 2017

La ville de Flint, située au nord des États-Unis, dans l’État du Michigan, fait partie, comme sa voisine Detroit, située à quelques 120 km de là, de ces cités américaines qui ont fondé leur prospérité sur l’essor de l’industrie automobile et qui ont subi de plein fouet le déclin de cette dernière. La société Buick y a été fondée en 1908 et General Motors en 1911, fournissant de l’emploi à foison pour toute la région.

Chaîne de montage de l’usine Buick à Flint

Chaîne de montage de l’usine Buick à Flint

Durant près d’un siècle, toute la ville ou presque a vécu de l’industrie automobile, jusque dans les années 1990, lorsque les usines General Motors ont fermé et ont même été entièrement rasées, laissant place à de vastes friches industrielles entourées de clôtures grillagées en plein centre ville. En 25 ans, la ville a perdu un tiers de sa population qui dépasse désormais péniblement les 100 000 habitants. Plus de la moitié de la population y est noire et 42 % vit en dessous du seuil de pauvreté, tandis que le taux de criminalité y atteint des records. Maisons, écoles, supermarchés et casernes de pompiers, devenus inutiles, y sont détruits les uns après les autres tandis que la ville se meurt à petit feu.

En 2011, la ville, surendettée, est au bord de la faillite, au point que la municipalité est placée sous tutelle d’un administrateur d’urgence, nommé par le gouverneur républicain du Michigan, Rick Snyder. Les élus démocrates, qui sont à la tête de la ville depuis des décennies, sont accusés de clientélisme et de gabegie. Une cure d’austérité s’impose donc et les nouveaux responsables se lancent dans une chasse effrénée aux économies.

La rivière de Flint, nouvelle ressource en eau supposée potable (photo B. Pugliano / Getty)

La rivière de Flint, nouvelle ressource en eau supposée potable (photo B. Pugliano / Getty)

En avril 2014, c’est l’alimentation en eau potable qui est passée au crible de l’audit financier. Traditionnellement, la ville de Flint achète son eau à Detroit mais le coût de cet approvisionnement est jugé excessif par les ardents défenseurs de la rigueur budgétaire. Qu’à cela ne tienne, on décide du coup de pomper directement l’eau dans la Flint River qui traverse la ville, au moins pour quelques années, en attendant un hypothétique projet privé d’approvisionnement depuis le lac Huron, à la frontière canadienne.

Usine de traitement de l’eau à Flint (photo B. Carlsen / AFP)

Usine de traitement de l’eau à Flint (photo B. Carlsen / AFP)

La petite station de potabilisation vétuste est sommairement réhabilitée et pendant un an et demi, la ville va ainsi être alimentée par une eau fortement polluée, riche en métaux lourds et en germes pathogènes, et surtout fortement corrosive, au point d’attaquer sérieusement les conduites en plomb constituant l’essentiel du réseau de distribution d’eau supposée potable.

Très rapidement, la population se met à souffrir de vomissements et les pathologies s’accumulent. Depuis juin 2014, 87 cas de légionellose sont recensés, dont 10 s’avèrent mortels. Les autorités recommandent de faire bouillir l’eau et font appel à l’expertise de certaines sociétés dont Véolia qui préconisent des traitements chimiques mais ces derniers ne font qu’aggraver la corrosion des canalisations. Les cas de saturnisme se multiplient et General Motors, qui avait conservé sur place une usine de poids-lourds, finit par rétablir à ses frais, dès octobre 2014, une canalisation d’adduction d’eau depuis Detroit pour mettre fin aux graves problèmes de corrosion qui menacent ses propres installations industrielles !

Manifestation à Flint le 25 avril 2015 (photo J. May /Flint Journal)

Manifestation à Flint le 25 avril 2015 (photo J. May /Flint Journal)

Face à l’inertie des autorités, la population s’organise et plusieurs associations se créent, dont Flint Rising, pour dénoncer ce scandale et réclamer des solutions à la hauteur du problème. En octobre 2015, sous la menace de plusieurs recours en justice, les autorités finissent par rétablir l’alimentation par le réseau de Detroit. Mais il faut encore attendre le 8 janvier 2016 pour que le gouverneur décide enfin de déclarer l’état d’urgence sanitaire. Le 16, Barack Obama a même placé Flint en état d’urgence fédérale, afin d’accélérer la distribution d’eau en bouteille et de filtres, avec ces mots : « si j’étais en charge d’une famille là-bas, je serai hors de moi à l’idée que la santé de mes enfants puisse être en danger ».

Depuis, la situation s’améliore lentement mais les distributions d’eau potable se poursuivent en attendant que les canalisations de plomb, désormais gravement corrodées, puissent être progressivement changées afin qu’elles ne continuent plus à empoisonner la population, lentement mais sûrement. Plus de 27 000 enfants seraient ainsi menacés par une intoxication irréversible au plomb…

Distribution d’eau en bouteille à Flint en mai 2016 (photo AFP)

Distribution d’eau en bouteille à Flint en mai 2016 (photo AFP)

Dans un tel contexte, chacun règle ses comptes et les attaques en justice se multiplient. Même Véolia, qui n’est pourtant intervenu dans cette affaire que pour une expertise ponctuelle courant 2015, est attaqué par le procureur général depuis juin 2016 et va devoir s’expliquer devant la justice américaine, au même titre qu’un de ses concurrents, la société Lockwood, Andrews & Newnam.blog376_pheaupolluee

Beaucoup accusent les autorités d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable dans une ville dont la population, majoritairement noire et pauvre, était considérée comme suffisamment passive pour supporter une telle situation et ne méritant pas d’investir plus que le strict minimum pour renouveler les infrastructures publiques. De ce point de vue, les reportages de Frédéric Autran, pour Libération, ou de Yves Eudes, paru dans le Monde, sont tout à fait instructifs…

On sait désormais, depuis le procès de Christine Lagarde, que pour les responsables politiques d’un certain niveau, la négligence en matière de gestion des affaires publiques, n’est qu’une faute vénielle qui ne mérite même pas d’être condamnée. Puisse néanmoins cet exemple amener nos élus à réfléchir aux conséquences des décisions qui sont prises sous le seul angle des économies à court terme, même si, à de multiples égards, la gestion de l’alimentation de l’eau en France n’est pas soumise à autant de risques de dérives qu’aux États-Unis, jusqu’à présent du moins…

L.V.  lutinvert1small

Dividendes : les actionnaires se régalent, les salariés trinquent…

11 septembre 2016

Le monde économique est en crise et le taux de rendement des obligations est en baisse : 1,5 % seulement pour les bons du Trésor américains sur 10 ans et même des taux négatifs pour leurs équivalents allemands ! Alors, pour attirer les investisseurs, les grosses entreprises se montrent très généreuses sur le versement des dividendes à leurs actionnaires, histoire de récompenser leur fidélité et de les inciter à conserver leurs actions… Plusieurs analyses parues récemment dans la presse et notamment un article de Laszlo Perelstein publié dans la Tribune détaillent l’ampleur du phénomène.

Assemblée générale des actionnaires de l'Oréal, le 20 avril 2016

Assemblée générale des actionnaires de l’Oréal, le 20 avril 2016

C’est ainsi qu’au 30 juin 2016 les 500 plus grosses entreprises côtées en bourse aux États-Unis et regroupées au sein du S&P 500 affichaient en moyenne un taux de rendement des dividendes très attractif de 2,24 % tandis que celui des entreprises prises en compte par l’indice européen Stoxx 600 atteignait 3,1 % et même, pour les 40 locomotives du CAC 40 français, le taux mirobolant de 4,05 %… Comme l’expliquaient benoîtement en 2015 les analystes financiers d’Allianz Global Investors, « les dividendes peuvent constituer un substitut attrayant aux coupons obligataires, en particulier durant les périodes de répression financière ».

Du coup, toutes les grandes multinationales s’engouffrent dans la brèche, Apple en tête qui a versé les plus gros dividendes en 2015 après avoir interrompu cette pratique entre 1995 et 2012. Des firmes comme le géant pharmaceutique Pfizster ou le fabricant de jouets Mattel ont ainsi versé en 2015 sous forme de dividende payé rubis sur l’ongle à leurs actionnaires, un montant supérieur à leur profit annuel ! Et le cas n’est pas isolé puisqu’il concerne plus de 40 des 500 plus grosses entreprises américaines…

blog342_dessincaterpillarBien évidemment, l’opération n’est pas indolore car les montants en cause sont faramineux même si cela ne représente souvent que quelques euros par action. C’est ainsi que la firme pétrolière Shell a été amenée à réduire de 2 milliards de dollars ses projets d’investissements et de 3 milliards ses coûts d’exploitation afin de servir en priorité l’appétit de ses actionnaires, tandis que son concurrent ExxonMobil baissait d’un quart le montant de ses investissements en 2016 après l’avoir déjà diminué de 20 % en 2015. Quant au fabricant d’engins de chantier Caterpillar, il a procédé en juin 2015 à une augmentation de 10 % du montant des dividendes versés à ses actionnaires avant d’annoncer trois mois plus tard la supression de 10 000 emplois, soit 9 % de ses effectifs totaux.

Il faut bien en effet trouver quelque part l’argent pour rémunérer les actionnaires et forcément on coupe en priorité dans les investissements et dans les salaires (du personnel, pas des dirigeants).

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

Dessin de Berth (http://berth.canalblog.com/)

En France, où le grand patronat se plaint en permanence de la crise de liquidité et de l’étranglement des charges sociales qui ne lui permettent pas d’investir pour développer son appareil industriel, cette course aux dividendes prend des proportions tout à fait étonnantes. Le dernier rapport du gestionnaire d’actifs Henderson Global Investors qui porte sur le second trimestre 2016 est éloquent à cet égard. Après les États-Unis et les Pays-Bas, « les dividendes français ont enregistré la troisième hausse la plus rapide au monde, en augmentation de 11,2%, et tous les secteurs ont réalisé de bons résultats ».

C’est bien simple, la France est devenue le plus gros payeur de dividende d’Europe, hors Royaume-Uni puisque désormais les analystes financiers considèrent ce pays comme extra-européen… Toujours selon les experts d’Henderson, « les dividendes totaux français ont atteint 40 milliards de dollars US, en hausse de 13,9 % », avec une pensée toute particulière pour les gros pourvoyeurs de dividendes que sont Total (malgré la baisse des cours du pétrole et la fermeture de ses raffineries…) et Saint-Gobain, mais aussi des grands groupes bancaires qui, à l’image de la Société Générale, de BNP-Paribas ou du Crédit Agricole ont augmenté leurs distributions de dividendes de 50 à 70 % ! Voilà qui confirme que la crise financière et celle des liquidités est loin derrière nous, au moins pour ce qui concerne les actionnaires…

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Evolution du CAC 40 depuis sa création en 1987

Pour l’année 2015, c’est ainsi un total de 35 milliards d’euros que les sociétés françaises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires sous forme de dividendes, soit presque autant que le fameux montant de 40 milliards d’exonération de charges consenti par le budget de la Nation pour leur venir en aide sous forme d’allègement de cotisations sociales. Une baisse sensible néanmoins par rapport à l’année 2014 pour laquelle les actionnaires du CAC 40 avaient quand même perçu pour près de 46 milliards d’euros de dividendes versés en cash, grâce, il est vrai, à deux opérations exceptionnelles liées d’une part à la sortie partielle de Nestlé du capital de L’Oréal et, d’autre part, à une distribution d’actions Hermès par LVMH. Si l’on excepte ces opérations exceptionnelles, la hausse est de 11,2 % d’une année sur l’autre.

Le pire c’est que ces dividendes versés par les grandes sociétés françaises sert pour l’essentiel à rémunérer des investisseurs étrangers. L’actionariat du CAC 40 est en effet à 45 % étranger, constitué principalement de fonds de pension anglo-saxons et de fonds souverains du Moyen-Orient et de Chine. Certes, le patronat tempère cette analyse en rappelant qu’une partie de cet argent a été gagné en dehors de nos frontières et qu’il est donc normal qu’il y retourne, à l’instar de Danone par exemple, qui ne réalise que 10 % de son chiffre d’affaires en France. On peut quand même s’interroger sur l’intérêt à long terme d’un tel dispositif pour l’avenir de l’économie française…

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Les actionnaires sont donc à la fête. Mais est-ce bien raisonnable ? Pour la même année 2015 en effet, le bénéfice cumulé dégagé par ces mêmes entreprises du CAC 40 s’élève à 55,21 milliards d’euros, en baisse de 12,8 % par rapport à 2014. Certes, ces moins bons résultats sont surtout dus aux lourdes pertes enregistrées par Engie (ex GDF-Suez) ou encore Arcelor Mittal (pour ce qui est des banques, rassurez-vous, tout va pour le mieux…).

Du coup, la part du bénéfice reversée sous forme de dividendes atteint des proportions importantes, largement supérieures à 80 % pour la plupart de ces sociétés, et ceci au détriment des montants consacrés à l’investissement en vue de moderniser l’outil de travail et le rendre plus compétitif à l’avenir. Hors banques et assurances, l’investissement total des sociétés du CAC 40 a été ainsi de 83 milliards d’euros en 2014, contre 86 milliards en 2013 et 92 milliards en 2012 : une baisse constante qui augure mal de l’avenir de nos principales entreprises…

Ce décalage est d’autant plus choquant que, dans le même temps, les salaires stagnent. En un an, le SMIG n’a augmenté que de 0,5 % et la croissance en France a été proche de 0. En économie comme ailleurs, il n’y a pas de miracle et il faut bien prendre d’un côté ce que l’on donne de l’autre. Si le groupe Total maintient en 2015 ses versement de dividendes au même niveau qu’en 2014 (5,7 milliards d’euros toute de même!) alors que son résultat est en baisse de 18 %, il faudra compenser cette générosité en baissant de 17 % les investissements et en supprimant encore 2000 emplois dans le monde. Même chose pour Sanofi qui a déjà supprimé plus de 5 000 emplois depuis 2008 et prévoit une nouvelle charrette de 600 suppressions de poste sur 3 ans, tout en reversant cette année encore à ses actionnaires plus de la moité de ses bénéfices, soit la coquette somme de 3,8 milliards d’euros.

L’économiste Keynes estimait déjà en son temps qu’il faudrait « euthanasier les actionnaires ». Peut-on vraiment lui donner tort quand on voit à quels excès conduit le fonctionnement des systèmes boursiers acuels ?

L.V.  LutinVert1Small

José Manuel Barroso, le traître de l’Europe

25 août 2016

Quelques semaines seulement après le référendum qui a vu les Britanniques décider majoritairement de quitter l’Union européenne, voici que cette dernière subit une nouvelle claque ! L’ancien président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Barroso, a en effet annoncé le 8 juillet dernier qu’il rejoignait désormais les rangs de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, comme directeur de ses activités internationales, basé justement à Londres.

Dessin de Gros publié dans Marianne (juillet 2016)

Dessin publié dans Marianne (juillet 2016)

Celui qui fut pendant 10 ans, jusqu’à son remplacement en 2014 par le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, le principal dirigeant de l’Union européenne, est donc recruté, pour son carnet d’adresses et sa parfaite connaissance des rouages bruxellois, par la grande banque américaine pour négocier le maintien des conditions avantageuses de son implantation dans la City londonienne malgré le Brexit. L’avenir des établissements bancaires basés à Londres dépend en effet étroitement du maintien de leur « passeport européen » qui leur permet d’offrir leurs services au sein de l’ensemble du marché intérieur européen.

José Manuel Barroso (photo J. N. Larsen /SCANPIX)

José Manuel Barroso (photo J. N. Larsen /SCANPIX)

Pour de telles négociations avec les fonctionnaires européens qu’il a lui-même nommés, José Manuel Barroso est assurément bien placé et d’ailleurs il ne s’en cache pas : « Evidemment, je connais bien l’UE et relativement bien aussi l’environnement britannique. Si mes conseils peuvent être utiles dans de pareilles circonstances, je suis prêt à aider ». Tant d’altruisme désintéressé force l’admiration…

Certes, la banque Goldman Sachs ne s’est guère distinguée jusque là par son haut niveau d’éthique. C’est même l’un des principaux acteurs de la crise des subprimes, qui avait engrangé en 2007 plus de 10 milliards de dollars de profits, sur le dos de clients floués à qui avaient été vendus des crédits immobiliers convertis en produits financiers toxiques. La banque a largement contribué au déclenchement de la crise financière mondiale et à ses conséquences économiques dévastatrices sur plusieurs économies européennes, dont le Portugal, dirigé justement par le même Barroso qui fut premier ministre de ce pays de 2002 à 2004. Goldman Sachs a d’ailleurs été contrainte de payer une amende de 5 milliards de dollars pour que la Justice américaine accepte de renoncer aux poursuites engagées à son égard dans cette affaire. En revanche, la banque n’a jamais été inquiétée pour les tripatouillages financiers qu’elle avait réalisés pour le compte de l’État grec au début des années 2000, pour aider le gouvernement alors en place à masquer son déficit budgétaire et entrer dans l’Euro…

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Mais rien de tout cela ne semble toucher le moins du monde le sieur Barroso qui ne voit guère que son intérêt personnel et s’en félicite : « Après avoir passé plus de 30 ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale ». Il n’est d’ailleurs pas le premier à faire ainsi des allers-retours avec la banque d’affaires américaine qui a compté aussi parmi ses salariés Mario Monti, ancien banquier central et premier ministre italien, mais aussi Mario Draghi, actuel président de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, ex- banquier central et premier ministre grec, ou encore Donald Sutherland, ancien commissaire européen.

Les portes entre la Commission européenne et le monde des affaires sont de manière générale grandes ouvertes comme l’ont montré aussi le parcours de l’ancienne commissaire européenne à la concurrence Neellie Kroes, désormais conseillère de la société Uber, ou celui de l’ex commissaire au commerce extérieur Karel De Gucht, par ailleurs accusé de fraude fiscale et actuellement salarié d’Arcelor Mittal.

L'ancien commissaire européen Karel de Gucht

L’ancien commissaire européen Karel de Gucht

Certes, il existe des règles pour éviter les risques de conflits d’intérêt dans les 18 mois qui suivent la fin de poste au sein de la Commission européenne. Mais ces règles paraissent bien légères puisque sur 117 demandes de collaboration reçues par la Commission actuelle de la part d’anciens collaborateurs, aucune n’a été refusée !

Le brave José Manuel Barroso, quant à lui, n’a même rien eu à demander puisqu’il n’était plus en poste depuis près de 2 ans. Sa situation n’était pas pour autant précaire puisqu’il percevait plus de 200 000 € annuel grâce au cumul de pas moins de 22 fonctions, toutes obtenues grâce à ses éminentes responsabilités antérieures. Pour autant, son passage chez Goldman Sachs ne va certes pas améliorer la considération que portent les citoyens européens dans leurs représentants politiques. De ce point de vue, son image dans l’opinion publique était déjà déplorable. On se souvient du rôle méprisable qu’il avait joué en mars 2003 en organisant avec Georges Bush et Tony Blair le sommet des Açores destiné à donner le feu vert de l’invasion en Irak. Mais il restera surtout de cet ancien maoïste converti au néolibéralisme poussé à l’outrance, son travail incessant de sape du service public, lui le chantre de l’austérité budgétaire et de la mondialisation heureuse, le promoteur du traité transatlantique de libre-échange, pourtant promu Grand officier de la Légion d’honneur en 2014 par François Hollande en personne…

Barroso décoré de la Légion d'honneur par François Hollande en juillet 2014

Barroso décoré de la Légion d’honneur par François Hollande en juillet 2014

L’avenir bancaire de l’ex président de la Commission européenne sera sans doute très profitable, sinon pour le bien public et l’image des institutions européennes, du moins pour sa carrière personnelle et les dividendes de la grande banque d’affaires américaines. L’épisode n’en est pas moins révélateur des dérives profondes d’un système de collusion entre affairisme mondial et institutions politiques européennes. Le secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Fekl, ne s’y est pas trompé, lui qui a tweetté sitôt ce pantouflage rendu public : « Desservir les citoyens, se servir chez Goldman Sachs : Barroso, représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer ». Un sacré défi en perspective…

L.V. LutinVert1Small

Le FMI s’inquiète des excès du néolibéralisme

4 août 2016

On aura finalement tout vu : après avoir été pendant des années le champion des politiques néolibérales, imposant à tour de bras des crues d’austérité et de privatisation via ses fameux plans d’ajustement structurel, voila que le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète désormais des risques induits sur les économies occidentales par ces mêmes politiques néolibérales, alors même que la plupart des dirigeants européens, y compris ceux issus des rangs du Parti socialiste français, s’appliquent à mettre en œuvre de telles politiques malgré leurs effets catastrophiques ! Une analyse intéressante du journaliste économique et financier Emmanuel Lévy, intitulée Le libéralisme à bout de souffle, publiée dans Marianne le 3 juin 2016 et reproduite ici in extenso.

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

« Dans cette période de crise, le gouvernement est le problème ». On considère souvent la phrase choc du discours d’investiture à la Maison-Blanche de Ronald Reagan prononcé en janvier 1981 comme le coup d’envoi de la contre-révolution libérale. Épuisé par la stagnation des années 70, faible croissance et forte inflation, le modèle keynésien de l’Etat-providence montrait d’évidentes faiblesses, et notamment, marqueur parmi les marqueurs, celle de la baisse de la productivité, gage de croissance.

Trente-cinq ans plus tard, ce cycle s’inverse : outre la multiplication des crises et la hausse des inégalités, le néolibéralisme doit à son tour assumer le recul de la productivité aux Etats-Unis, signe manifeste de son essoufflement.

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Une récente étude du FMI vient d’enfoncer le clou. Intitulée « Néolibéralisme : survendu ? », elle confirme le revirement académique entamé à la fin des années 2000, plus sensible de l’autre côté de l’Atlantique qu’en Europe. Car le FMI fut le fer de lance de la politique néolibérale, inspirée par les économistes monétaristes, avec à leur tête Milton Friedman. Connue sous le sobriquet de « consensus de Washington » (siège du FMI), la potion à administrer alors était simple et universelle : excédents budgétaires, démantèlement des politiques sociales, privatisations et ouvertures à la concurrence, liberté de circulation des capitaux.

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Ce sont ces mêmes points qui sont taillés en pièces par l’étude. L’ouverture et la libre circulation des capitaux ? Il existe une forte probabilité pour que cela « s’achève par unecrise financière laquelle, souvent, débouche sur une baisse de la production ». Réduire la dette ? Oui, répondent les auteurs, mais ils insistent sur le risque de récession des politiques d’austérité.

Confirmant les analyses d’Olivier Blanchard, ex-chef économiste de l’institution, les chercheurs du FMI notent que « les périodes de consolidation budgétaire débouchent en moyenne davantage sur un recul plutôt que sur une hausse de la croissance », et, calculent-ils, 1 % du PIB de réduction budgétaire « induit une hausse de 1,5 % du chômage de long terme ».

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Dans le cas grec, le FMI semble bien décidé à appliquer ce que ses économistes prônent. Alors que les  institutions européennes, BCE et Commission main dans la main, appliquent mordicus la potion magique des années 80, le FMI milite, lui, pour la fin de l’austérité, l’annulation d’une partie de la dette, etc.

Dommage qu’en France nos politiques demeurent eux aussi confits dans une idéologie des années 80. La folie, expliquait Albert Einstein, c’est de « recommencer la même chose et en attendre des résultats différents ».

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

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Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

North Sentinel : une île qui cherche à se faire oublier

7 juillet 2016

C’est un petit ilot d’apparence paradisiaque, de 72 km2 seulement, perdu dans le Golfe du Bengale, magnifiquement boisé, bordé d’une admirable plage de sable blanc et entourée d’une barrière de corail et d’un lagon bleu turquoise. Une destination de rêve pour touristes en mal d’exotisme. Sauf que le tourisme n’y est guère conseillé car les habitants du lieu y sont franchement hostiles.

Vue aérienne de l'île North Sentinel en 2005 (photo G. Singh / AP / SIPA)

Vue aérienne de l’île North Sentinel en 2005 (photo G. Singh / AP / SIPA)

Les derniers étrangers qui se sont risqués à approcher les côtes de cette petite île de l’archipel des Andaman-et-Nicobar, proche de la Birmanie mais rattachée administrativement à l’Inde, ont été proprement massacrés à coups de lances en 2006. Il faut dire à la décharge des indigènes qu’il s’agissait en l’occurrence de braconniers quelque peu avinés, venus pêcher la tortue dans un périmètre pourtant strictement interdit d’accès. Mais même l’hélicoptère des gardes côtes indiens venu en reconnaissance après le tsunami de décembre 2004 pour constater les dégâts avait été pris pour cible par les flèches des habitants du lieu.

Habitants de l'île North Sentinel menaçant face à l’arrivée d’intrus (Documentary Channel)

Habitants de l’île North Sentinel menaçant face à l’arrivée d’intrus

En fait, tout intrus qui s’approche un tant soit peu de cet ilot se voit menacé par quelques dizaines d’hommes quasiment nus,  brandissant arcs et flèches et hurlant des imprécations de nature à effrayer les plus téméraires. Un réalisateur du National Geographic venu tourner un documentaire sur cette île en 1974 s’est vu ainsi gratifier d’une flèche dans la cuisse qui a quelque peu calmé sa soif de découverte et l’a incité à rebrousser chemin sans entrer plus avant dans la prise de contact avec les autochtones.

En mars 2014, la disparition mystérieuse du vol MH 370 de la Malaysia Airlines dans les parages avait conduit les équipes de recherche à effectuer de nombreux vols de reconnaissance au dessus de l’ilot hostile d’où s’élevait une fumée suspecte, mais en prenant bien garde de ne pas y poser les pieds pour ne pas se prendre une flèche perdue.

Vue aérienne de l’île (photo NASA)

Vue aérienne de l’île (photo NASA)

Un des seuls contacts récents avec la tribu qui occupe les lieux date de 1991, à l’initiative d’un anthropologue britannique, Trilokinath Pandit, qui avait fait moult tentatives infructueuses depuis des années avant d’arriver finalement à débarquer sans se faire agresser. Comme le montre un document filmé à cette occasion, les premières offrandes débarquées sur la plage pour tenter d’amadouer les occupants ont été diversement appréciées : les noix de coco (qui ne poussent pas sur l’île) et les objets en cuivre ont eu un succès certain, mais pas le cochon qui a été tué et aussitôt enterré sur place sans être consommé. Manifestement pas du goût des autochtones qui d’ailleurs, contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, ne sont pas anthropophages non plus et se nourrissent plus prosaïquement des poissons et des tortues du lagon.

Les tentatives d’approche du Britannique ont en tout cas fini par payer : sans qu’il comprenne très bien pourquoi, les guerriers ont décidé un jour de baisser la garde et de le laisser prendre pied sur leur territoire, non sans l’avoir obligé au préalable à se dévêtir et à enlever ses lunettes. Il ressort ainsi de ses observations que les habitants seraient entre 50 et 250 au maximum. Il s’agirait d’une population d’origine africaine, installée sur l’archipel depuis environ 60 000 ans, et initialement apparentée aux Jarawa qui peuplent l’île Adaman voisine (où ils sont sérieusement menacés par les intrusions des touristes et des braconniers, sans compter les tentatives de sédentarisation du gouvernement indien, comme le dénonce régulièrement Survival).

Sentinelle menaçant un hélicoptère avec son arc en 2004 (© Indian Coastguard/Survival)

Sentinelle menaçant un hélicoptère avec son arc en 2004 (© Indian Coastguard/Survival)

Mais les Sentinelles, contrairement à leurs lointains cousins des îles voisines, ont coupé tous les ponts avec le reste de l’humanité et vivent comme au Néolithique, parlant même leur propre dialecte différent de celui de leurs voisins. Il faut dire qu’ils auraient quelques bonnes raisons de se méfier du reste de l’humanité. Il se raconte en effet qu’en 1880, des navigateurs britanniques de passage, se seraient emparés de force d’une famille d’autochtones pour aller les exhiber dans le vaste monde. Les adultes déracinés seraient décédés très rapidement et du coup, nos explorateurs intrépides seraient revenus sur l’île pour se débarrasser des plus jeunes, sans doute trop remuants à leur goût. Une décision funeste qui se serait traduite par une épidémie dévastatrice sur l’île du fait des virus introduits. On comprend que les indigènes rescapés soient devenus méfiants…

Dieu seul sait jusqu’à quand les Sentinelles parviendront à conserver la paix sur leur ilot isolé soumis comme le reste du monde aux convoitises et aux incursions de toute sorte…

L.V.  LutinVert1Small

Du cognac produit en Arménie par Pernod Ricard ?

27 juin 2016

La diaspora arménienne est particulièrement implantée dans les Bouches-du-Rhône où elle compterait de l’ordre de 80 000 à 150 000 ressortissants ayant des origines en Arménie. La plupart se sont réfugiés ici après le génocide de 1915, mais certains commerçants s’étaient implantés à Marseille dès le XVe siècle, au point que Colbert leur octroya en 1669 un statut spécifique de port franc.

Rencontre de Martine Vassal avec le Catholicos Karékine II à Erevan, le 20 juin 2016 (©La Marseillaise)

Rencontre de Martine Vassal avec le Catholicos Karékine II à Erevan, le 20 juin 2016 (©La Marseillaise)

Martine Vassal, présidente du Conseil départementale des Bouches-du-Rhône et dont la mère est d’origine arménienne, ne pouvait rester insensible au poids électoral d’une telle communauté, fortement implantée dans son canton de Mazargues. C’est donc tout naturellement qu’elle vient de se rendre en Arménie pour une visite de trois jours, à la tête d’une délégation d’une trentaine de personnes, dont de nombreux élus, des chefs d’entreprises et des responsables associatifs, ainsi que l’a rapporté La Marseillaise.

Photo publiée dans La Provence le 22 juin 2016

Photo publiée dans La Provence le 22 juin 2016

A l’occasion de cette visite, le journal La Provence a évoqué avec admiration l’implantation réussie du groupe Pernod Ricard, dont le siège est à Marseille et qui produit depuis 1998 du cognac en Arménie. Avec un certain succès puisque le groupe se targue d’être celui qui paye actuellement le plus d’impôts dans cette petite république du Caucase… Plus de succès en tout cas que l’opérateur de téléphonie Orange qui vient justement de quitter l’Arménie où il cherchait à se développer depuis 2009 sans avoir réussi à atteindre la rentabilité espérée. A croire que les Arméniens sont plus gros consommateurs d’alcool que de téléphones mobiles !

Vignoble au pied du monastère de Khor Virap en Arménie

Vignoble au pied du monastère de Khor Virap en Arménie

Mais quand même… Produire du cognac en Arménie, alors même que les viticulteurs français sont vent debout contre les appellations usurpées de champagne californien… Pernod Ricard se serait-il lancé à son tour dans l’industrie de la contrefaçon bien que le cognac fasse l’objet d’une appellation d’origine contrôlée dont l’aire de production est délimitée depuis 1909 ? Il est vrai que le cognac en question est exporté pour l’essentiel en Russie (à 85 %), en Ukraine et en Biélorussie, mais de là à faire croire aux Charentais que l’on peut sans problème produire du cognac sur les pentes du mont Ararat…

Site préhistorique de vinification à Areni-1

Site préhistorique de vinification à Areni-1

Il faut dire pour être honnête que les Arméniens ont une longue expérience viticole. On considère même désormais que c’est dans cette région et dans la Georgie voisine qu’a été inventée la viticulture en transformant la vigne sauvage vinis vinifera sylvestris en vigne cultivée. En 2007, une campagne archéologique américano-arménienne a d’ailleurs retrouvé, près du site d’Areni, un vase contenant des pépins de raisins datant de plus de 6000 ans. De nouvelles fouilles réalisées en 2010 ont mis à jour les vestiges d’un fouloir préhistorique du Chalcolithique et confirmé l’existence de pratiques de vinifications datant de 6100 ans avant notre ère. De quoi donner de la consistance au récit biblique qui situe justement sur les pentes du mont Ararat, à la frontière entre la Turquie et l’Arménie orientale, le lieu où le patriarche Noé aurait planté des vignes à la fin du Déluge et aurait pris ensuite la première cuite dont l’Histoire a conservé la trace.

Siège de la société YBC en Arménie

Siège de la société YBC en Arménie

Quant au « Cognac d’Arménie », qui aurait effectivement bénéficié d’une telle appellation en 1900, il ne s’agit bien sûr pas d’un vrai cognac et d’ailleurs la filiale de Pernod Ricard qui le produit et le commercialise, se garde bien d’employer ce terme sur son site ! Sa dénomination officielle est « brandy » et la société en question s’appelle la Yerevan Brandy Company (YBC), ou pour reprendre son petit nom arménien « Երևանի Կոնյակի Գործարան », ce qui signifie, comme chacun l’aura compris, « Société des brandies d’Erevan »).

Cette société YBC, rachetée en 1998 par Pernod Ricard pour la modique somme de 30 millions de dollars, est l’entreprise principale en Arménie pour les boissons alcoolisées. Fondée en 1887, elle s’est distinguée lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris, où son brandy a reçu un grand-prix et le droit d’être appelé « cognac », une appellation qui n’est plus légale désormais et qui a été remplacé par celle de « brandy arménien », strictement réglementée depuis 1999. A partir de 1953, la société YBC détient le monopole de la production de brandy arménien et commercialise du brandy ordinaire mais aussi des produits plus sophistiqués dont le brandy Ararat de 30 ans d’âge. La richesse des flacons du brandy Ararat, baptisé du nom d’Erebuni (l’ancien nom de l’actuelle capitale Erevan), montre bien d’ailleurs que le marché visé est plutôt celui des produits de luxe…Blog317_PhFlacon

Sur son site, auquel il faut montrer patte blanche pour accéder, Pernod Ricard met en avant les efforts déployés au travers de sa filiale YBC pour aider les vignerons de la région de Tavush à renouveler leurs plantations et à s’équiper en vue d’augmenter leur productivité. Les viticulteurs en question ont été structurés en coopérative et reçoivent le soutien de Planet Finance pour bénéficier d’un accès au micro-crédit, mais aussi à des formations. Un véritable conte de fées pour développer le commerce équitable en Arménie, à en croire les communicants de Pernod Ricard, deuxième groupe mondial de vins et spiritueux, qui se plait manifestement à mettre en avant sa fibre philanthropique, y compris lorsqu’il s’agit de produire en Arménie du faux congac pour le marché russe. Vive la mondialisation heureuse !

L.V.  LutinVert1Small

Brexit : un passager clandestin de l’Europe saute à la mer…

25 juin 2016

L’événement aura marqué profondément les esprits en pleine confrontation sportive de l’Euro 2016 : le Royaume-Uni vient de décider à une large majorité de près de 52 % de quitter l’Union européenne. C’est une grande première depuis les tout débuts de la construction européenne et son élargissement tous azimuths, le début de la fin pour le radeau européen qui tangue de plus en plus fort ?Blog316_PhRadeau

Il faut reconnaître que, depuis des décennies, les rapports entre le Royaume-Uni et les autres pays de l’Union européenne ne sont pas si simples, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron avait traité le royaume britannique de « passager clandestin de l’Europe », quelques jours seulement avant la tenue du référendum. Déjà au début des années 1950, lorsqu’il avait été question de créer la Communauté économique du charbon et de l’acier, amorce de la construction européenne, les Britanniques ont refusé d’y participer et ont aussitôt lancé leur projet concurrent de zone de libre échange, l’AELE, avec 6 autres pays dont la Suisse et la Norvège qui n’ont toujours pas rejoint l’Union européenne à ce jour.

Margaret Thatcher

Margaret Thatcher

Après l’échec de cette construction opportuniste et sans lendemain, c’est Charles de Gaulle qui par deux fois, en 1961 et 1967, a mis son véto à l’entrée du Royaume-Uni dans CEE. Il a donc fallu attendre 1973 pour que ce pays intègre enfin la construction européenne mais avec la ferme volonté d’y servir d’abord ses propres intérêts comme l’exprima crûment Margaret Thatcher en 1979 avec son célèbre « I want my money back ».

On a connu position plus altruiste… Mais les Britanniques finiront par obtenir gain de cause en 1984, obtenant des arrangements pour contribuer de manière allégée au budget de la Politique agricole commune. Depuis le début de la construction européenne, il semble en fait que le Royaume Uni ait toujours eu pour principale préoccupation de vouloir empêcher cette construction de se développer et ait pour cela longtemps hésité entre la détruire de l’intérieur ou de l’extérieur. Depuis que ce pays a mis le pied dans l’édifice, il a donc tout fait pour essayer d’en contourner les règles et d’affaiblir autant que possible toute construction sociale ou politique de cet espace communautaire.

Pour cela, il a constamment cherché à négocier des dérogations, sous forme d’opting out, qui sont des dispenses de participation à l’espace Schengen, à l’espace de liberté, de sécurité et de justice, à la charte des droits fondamentaux et surtout à la zone euro. A chaque fois, les Britanniques ont tenté d’imposer leur point de vue ultralibéral et, quant ils n’y ont pas pleinement réussi, ils ont négocié une dérogation pour ne pas être soumis aux règles communes…

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

Dans ces conditions, le résultat du référendum du 23 juin est assez logique même s’il constitue un véritable camouflet pour celui qui l’avait organisé, le premier ministre David Cameron. Ce dernier avait voulu surfer sur les sentiments europhobes de son électorat conservateur en tapant du poing sur la table à Bruxelles pour négocier des conditions encore plus avantageuses pour son pays. Mais il ne pensait pas que la plaisanterie irait aussi loin et se retrouve désormais obligé d’annoncer sa propre démission à la suite d’un tel résultat. A force de critiquer l’Europe, il a fini par convaincre son propre électorat de la nécessité d’en sortir, au grand regret des milieux d’affaire londoniens qui, eux, avaient bien compris tout l’intérêt de se maintenir dans l’Union européenne…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Dans cette affaire, les caricatures n’ont pas manqué de part et d’autre. L’ancien maire de Londres, l’opportuniste Boris Johnson, s’y est distingué en se moquant allègrement de « ces eurocrates qui nous gouvernent et qui nous pourrissent la vie », les accusant de se concentrer sur la normalisation de la courbure des bananes plus que sur les priorités du peuple britannique. La campagne a avivé les pires sentiments xénophobes et nationalistes, culminant avec l’assassinat en pleine rue de la député travailliste Jo Cox une semaine avant le scrutin. Elle a aussi mis en évidence les contradictions du camp conservateur au point que pas moins du tiers des membres du gouvernement ont fait campagne pour le Brexit, à l’inverse du chef du gouvernement…

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l'UE (© Getty)

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l’UE (© Getty)

Les travaillistes eux-mêmes, pourtant traditionnellement pro-européens, se sont montrés assez partagés dans cette campagne. Leur nouveau leader, Jeremy Corbyn, a timidement prôné le maintien dans l’Union européenne dont il critique pourtant à longueur de temps les dérives néolibérales, reconnaissant que la situation serait encore bien pire si le Royaume-Uni était livré à lui-même et à ses propres démons, mais laissant à Tony Blair ou au nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, le soin de porter le discours anti Brexit.

Bien malin qui pourrait dire désormais quelles vont être les conséquences de ce vote. Les plus immédiates se sont traduites par un net fléchissement des marchés boursiers, celui de la City ayant paradoxalement moins réagi car les transactions qui y sont opérées touchent finalement assez peu le marché européen lui-même. La livre devrait voir son cours baisser par rapport à celui de l’euro et la Banque centrale d’Angleterre a déjà annoncé son intention d’injecter pas moins de 326 milliards d’euros pour en stabiliser le cours : la note est pour le moins salée !

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

En Ecosse, qui a voté à 62 % pour le maintien dans l’Union européenne, les conséquences risquent d’être un peu rudes, même s’il est trop tôt pour savoir si cela pourrait accélérer une nouvelle velléité d’indépendance après le référendum perdu de 2014. Gibraltar, qui a voté à 95 % contre le Brexit, pourrait aussi remettre sur le tapis la question de son éventuel rapprochement avec l’Espagne, tandis que l’Irlande pourrait voir une nouvelle frontière physique s’établir entre le Nord et le Sud, ce qui constituerait un formidable retour en arrière pour ce pays encore meurtri par des décennies de guerre civile…

Une véritable onde de choc donc que ce référendum, d’autant que chacun perçoit bien que, s’il avait eu lieu dans les mêmes termes, dans un autre pays européen dont la France, le résultat n’aurait peut-être pas été très différent…

L.V.  LutinVert1Small

Industrie automobile : les voitures ne se cachent plus pour mourir…

11 juin 2016

Décidément, certains canulars ont la vie dure ! Sans doute parce qu’ils sont tellement vraisemblables qu’on finit par y croire vraiment… Voilà que circulent de nouveau des messages qui véhiculent une information datant de deux ans et qui à l’époque avait déjà fait du buzz mais qui relèvent néanmoins plus du fantasme et de l’intoxication que de l’information objective, même si le sujet soulève de bien légitimes interrogations quant aux excès de notre société de consommation…Blog312_PhParkingVert

C’est un blog américain Zero Hedge, spécialisé dans le traitement des circuits financiers, qui avait lancé la pseudo information en mai 2014, très vite (trop vite peut-être) reprise et traduite en français sur le site Réseau international. Photos aériennes à l’appui, montrant d’immenses parkings en plein air où sont parquées des millions de voitures neuves, l’auteur affirme que les constructeurs automobiles à travers la planète, confrontés à la crise économique et au déclin des ventes de véhicules, stockent leur production d’invendus tout en continuant à produire pour faire tourner leurs usines comme si de rien n’était.

Ces immenses parkings repérés en de multiples lieux de la planète, au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne et même près de Saint-Petersburg en Russie, seraient la preuve que l’industrie automobile serait devenue incapable d’écouler sa production mais préférerait la stocker dans d’immenses cimetières en plein air, laissant les voitures rouiller inexorablement plutôt que de baisser leur prix de vente. La morale est évidente : le capitalisme est devenu fou et la logique productiviste poussée à son paroxysme n’est plus sous contrôle…

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Une telle appréciation ne manque certes pas de crédibilité venant d’un milieu qui défraie régulièrement la chronique avec les augmentations de salaire délirantes que s’octroient les grands patrons du secteur, de Carlos Ghôn (PDG de Renault, 9ème patron le mieux payé de la planète avec plus de 3 millions d’euros en 2014) à Carlos Tavares (PDG de PSA qui vient tout juste de doubler son salaire sous les applaudissements du MEDEF, avec une rémunération globale qui a dépassé 5 millions d’euros pour l’année 2015).

Stockage de voitures neuves en Espagne

Stockage de voitures neuves en Espagne

Il n’en reste pas moins que cette interprétation de ces vastes « cimetières où vont mourir les voitures invendues » est pour le moins erronée même si elle repose comme toujours sur une part de réalité. La plupart des photos aériennes accessibles en 2014 via Google Earth datait encore des années 2008-2009, période au cours de laquelle les courbes de vente des véhicules neufs avait effectivement subi un sérieux coup d’arrêt suite à la crise économique mondiale. Des constructeurs comme Chrysler ou Land Rover ont effectivement dû stocker, parfois sur des périodes de 2 voire 3 ans, des milliers de véhicules neufs trouvant difficilement preneurs.

Véhicules neufs entreposés sur une piste d'aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Véhicules neufs entreposés sur une piste d’aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Mais in fine, ces voitures ont bel et bien été vendues, même si parfois cela s’est fait par des circuits parallèles à des prix bradés. Et l’on peut faire confiance aux stratèges de l’industrie automobile mondialisée pour ajuster au plus près leurs cadences de production afin de limiter autant que possible leur stock qui coûte cher, ainsi que tout manager l’apprend dans les écoles de commerce… De plus en plus et grâce à la robotisation des unités de production, la construction d’une voiture ne débute qu’à partir du moment où elle est commandée, précisément dans le but de limiter ces coûts de stockage !

Il n’en reste pas moins que les véhicules sortant des chaînes et destinés parfois à un marché plus ou moins lointain doivent être parqués, souvent à proximité des plateformes logistiques et des installations portuaires et bien évidemment à ciel ouvert pour en limiter le coût, le temps d’organiser leur acheminement. Ce sont ces aires de stockage qui apparaissent sur les photos illustrant l’article publié dans Zero Hedge.

Blog312_PhVoituresNeuves

Une source relayée par France Info faisait état en 2014 de 9 millions de véhicules neufs en stock à l’échelle mondiale. Ce chiffre paraît même sous-évalué si l’on en croit les données diffusées par Auto Plus dans un article datant de fin 2013 et qui indiquait que ce stock pour la seule Europe s’approchait des 5 millions après avoir atteint le chiffre record de 5,5 millions de véhicules au plus fort de la crise de 2008.

Depuis cette date, le marché de l’automobile est bien reparti avec, pour la France, 2,3 millions de voitures neuves vendues annuellement et une hausse de 13 % des ventes au cours de l’année 2015. Dans le même temps ont été vendues en Chine 24,5 millions de véhicules neufs au cours de la seule année 2015 et 18 millions sur l’ensemble des pays européens : manifestement la culture de la bagnole a encore de beaux jours devant elle malgré le réchauffement climatique de la planète…

L.V.  LutinVertPetit

Loi travail : opération décryptage…

4 juin 2016
La ministre du Travail, Myriam El Khomri (photo © R.Meigneux / Sipa)

La ministre du Travail, Myriam El Khomri (photo © R.Meigneux / Sipa)

Alors que le débat fait rage depuis des semaines autour du projet de loi sur le travail, défendue par la ministre Myriam El Khomri, les commentaires médiatiques et politiques nous abreuvent de considérations absconses sur une obscure question d’ « inversion de la hiérarchie des normes »… Une expression qui fleure bon le jargon technocratique et qui nécessite une petit « décryptage » pour rester dans le registre des expressions dont raffolent nos médias préférés…

Qu’est-ce que « la hiérarchie des normes » ?

Pour l’histoire du « jargon », on doit ce concept à un juriste austro-américain, Hans Kelsen. L’auteur de la Théorie pure du droit (1959) explique que des normes valent plus que d’autres et que toute norme inférieure doit respecter celle qui se situe au-dessus d’elle. Exemples : une loi doit être conforme à la Constitution et, de même, un accord entre deux parties (entre partenaires sociaux ou bien un contrat de travail entre un salarié et sa direction) doit être conforme à la loi. D’où ce qu’on appelle le « principe de faveur » : une norme inférieure (le contrat) ne peut déroger à une norme supérieure (la loi) que si, et seulement si, elle lui est plus favorable.Blog309_DessinLasserpe

Que dit le projet de loi Travail ?

La loi indique clairement dès ses premières lignes son objectif : « une refondation du Code du travail ». L’article 2 (le plus controversé) réécrit ainsi les dispositions du Code portant sur la durée du travail, l’aménagement et la répartition des horaires, le repos quotidien, les jours fériés et les congés payés.

Le nouveau principe (effectivement appelé « inversion de la hiérarchie des normes ») est que des accords d’entreprises peuvent déroger aux règles de branche, voire, pour certain points, au cadre national. Prenons un exemple précis tiré du projet de loi adapté en première lecture sans débat (par application de l’article 49.3 de la Constitution) par l’Assemblée Nationale le 12 mai dernier : le paiement des heures supplémentaires.

« Art. L. 3121-32. – I. – Une convention ou un accord collectif d’entreprise ou d’établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche […] prévoit le ou les taux de majoration des heures supplémentaires accomplies au delà de la durée légale ou de la durée considérée comme équivalente. Ce taux ne peut être inférieur à 10 % »

« Art. L. 3121-35. – À défaut d’accord, les heures supplémentaires accomplies au delà de la durée légale hebdomadaire fixée à l’article L. 3121-26 ou de la durée considérée comme équivalente donnent lieu à une majoration de salaire de 25 % pour chacune des huit premières heures supplémentaires. Les heures suivantes donnent lieu à une majoration de 50 % ».

Ainsi le nouveau cadre général permettrait de déroger, dans le cadre d’un accord d’entreprise, à la règle commune de majoration de 25 à 50 % du paiement des heures supplémentaires pour autoriser un taux de 10%.

Blog309_DessinMacronQuelles en seraient les conséquences ?

Dans le cas ci-dessus, le paiement des heures supplémentaires varierait donc d’une entreprise à l’autre. Même si, bien sûr, un accord d’entreprise pourrait prévoir une majoration (100 %, 200 % ?), il est vraisemblable que la majorité des accords se fera au rabais. Les interventions de la ministre et du premier ministre insistent d’ailleurs sur le fait que l’objectif premier de la loi est d’abord d’améliorer la compétitivité des entreprises.

Blog309_DessinRing

La conséquence la plus immédiate, notamment pour notre exemple des heures supplémentaires, serait, dans les entreprises où les employés refuseraient de réduire les majorations d’heures supplémentaires, un chantage progressif à l’emploi au nom de la concurrence (c’est ce qui a motivé les routiers). A terme, l’alignement pour tous sur 10 % et le nivellement de fait par le bas…

Blog309_DessinLicenciementAutre conséquence, un affaiblissement encore plus grand des syndicats. Privés de négociations globales ou de branches, l’activité syndicale, organisée autour des accords d’entreprises, relèverait plus d’un comité local, voire d’une amicale. Car le système syndical français ne bénéficierait pas, bien évidemment, de la cotisation syndicale obligatoire des pays germains ou nordiques, ni de l’exclusivité de représentation par entreprises américaine.

Blog309_DessinEntretienUn dernier point, plus éloigné, mais qui me semble essentiel dans l’esprit républicain : si, dans notre pays, l’accord privé est reconnu, il ne permet cependant jamais de déroger aux règles communes. Le consommateur, l’emprunteur, l’employé, le malade hospitalisé, le citoyen, sont ainsi protégés des dérives qui établiraient des inégalités dans ses droits fondamentaux. De ce point de vue, « l’inversion de la hiérarchie des normes » ne me semble pas acceptable.

Il y a dans cette affaire, à mon sens, une grande hypocrisie de la part du gouvernement et du patronat. A la limite, la diminution légale à 10 % de la majoration des heures supplémentaires pour tous respecterait au moins les principes. Mais justifier à terme une telle évolution par le besoin de « négociation collective », comme indiqué dans la Loi, n’est intellectuellement pas honnête.

Jbx

Ressources en eau : le rapport secret de Nestlé…

21 mai 2016

Nestlé veut vendre sa filiale DavigelVoilà un scoop comme on les adore. De quoi faire saliver le citoyen-consommateur toujours persuadé qu’on lui cache tout et avide de se faire peur. Voici qu’on apprend grâce à Wikileaks, que la firme internationale Nestlé, multinationale bien connue de l’agro-alimentaire, aurait publié en 2009 un rapport secret dressant un tableau alarmiste de l’avenir des ressources en eau de la planète. Rapport désormais publié par Reveal, le site de l’ONG Center for Investigative Reporting et relayé par Sciencepost.

A en croire ce rapport, que la firme suisse a préféré cacher depuis des années pour ne pas alarmer inutilement l’opinion publique, l’avenir même de l’humanité est gravement menacé et nous fonçons droit dans le mur. C’est bien simple : si le monde entier s’alignait sur le régime alimentaire des Américains, qui est en moyenne de 3600 calories par jour avec une consommation importante de protéines d’origine animale, les ressources totales en eau douce disponibles sur Terre auraient été entièrement épuisées depuis 15 ans déjà, lorsque notre planète comptait 6 milliards d’habitants.Blog304_PhFemmes

Nous en sommes désormais à plus de 7 milliards d’humains et les projections les plus réalistes en prévoient 9 milliards dès 2050. Depuis des années la quasi totalité du monde occidental s’est aligné sur le mode de vie américain et se rapproche des standards alimentaires des USA, tandis que les autres pays dont les mastodontes que sont la Chine et l’Inde voient leur consommation de viande augmenter de manière spectaculaire. Nous sommes donc en phase d’accélération face au mur qui se rapproche dangereusement…

Pourquoi un tel impact de notre mode de consommation ? Tout simplement parce qu’il faut en moyenne 5 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande… Bien entendu, ces données sont très variables selon les conditions de production mais les ordres de grandeur sont parlant. Une source de Futura-science considère ainsi que la quantité d’eau nécessaire à la production d’1 kg de viande de bœuf atteint même 13 500 l alors qu’il suffit d’un peu moins de 600 l pour produire 1 kg de blé ou de pommes de terre.

Blog304_DessinNestlé

La conclusion de Nestlé est donc évidente : si nous voulons éviter une situation catastrophique de pénurie d’eau à l’échelle mondiale (qui selon le rapport pourrait toucher un tiers de l’humanité dès 2025…), il faut modifier radicalement nos modes de production et de consommation. Les écologistes qui s’époumonent en vain depuis des années pour tirer la sonnette d’alarme et prôner la décroissance devraient se pâmer d’aise de constater qu’un poids lourd de l’économie mondiale adopte ouvertement leur analyse et relaie leurs thèses…

Blog304_PhRobinetSauf que les conclusions que tire Nestlé de ce constat ne sont pas exactement les mêmes… Pour faire face à cette grave menace, le géant de l’agro-alimentaire préconise une stratégie en quatre points : la création d’un marché virtuel de l’eau, la suppression des subventions pour les biocarburants, l’adoption de plus d’OGM pour cultiver des plantes résistantes au manque d’eau, et la libéralisation du commerce agricole mondial. Pas sûr que tous les agronomes qui, à l’instar de René Dumont jadis ou de Marc Dufumier, qui s’inquiètent depuis des décennies des dérives de l’agriculture mondiale, partagent les mêmes conclusions !

Certes, une limitation des surfaces agricoles consacrées aux biocarburants relève du bon sens même et peut difficilement être contestée. Pour le reste, on voit bien que cet argumentaire n’est qu’une manière détournée de remettre sur la table toutes les lubies de l’agrobusiness mondialisé qui, Nestlé et Monsanto en tête, poussent pour une privatisation des ressources en eau et une industrialisation toujours croissante de la production agricole à base d’OGM.

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Peter Brabeck, PDG de Nestlé

Le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, est d’ailleurs coutumier du fait, lui qui expliquait doctement il y a peu que les OGM sont bien meilleurs que les produits bio car ils ne rendent pas malades : « un bon exemple est le mouvement bio. Le bio est ce qu’il y aurait de mieux maintenant. Mais le bio n’est pas le meilleur. Après 15 ans de consommation de produits génétiquement modifiés aux Etats-Unis, pas un seul cas de maladie n’a été déclaré jusqu’à présent pour en avoir mangé. Et malgré cela, nous sommes tous si inquiets à ce sujet en Europe à propos de ce qui pourrait nous arriver ».

Il semblerait au passage que Nestlé a complètement oublié la leçon des années 1970, lorsque la firme avait été largement mise en cause pour ses méthodes de matraquage publicitaire visant à généraliser l’utilisation de lait en poudre en substitution de l’allaitement maternel, y compris dans des pays où les conditions d’alimentation en eau potable ne permettaient pas d’assurer une hygiène suffisante pour une telle pratique. Selon l’UNICEF, Nestlé aurait été alors indirectement responsable de la mort de 1,5 millions de nouveaux-nés chaque année dans le monde, comme le rappelle Le veilleur. Ce qui n’a pas empêché la multinationale de voir ses profits exploser…Blog304_DessinForum

Pour ce qui est des ressources en eau, l’argumentaire du PDG de Nestlé est le suivant : « L’eau est bien sûr la ressource de base la plus importante dans le monde aujourd’hui. On peut se poser la question de savoir si nous devrions privatiser l’approvisionnement normal de l’eau pour la population. Il y a deux opinions différentes à ce sujet. La première opinion, qui est je pense extrême, est représentée par les ONG, qui stipulent que l’eau est un droit public. Cela veut dire qu’en tant qu’être humain vous devriez avoir accès à l’eau. C’est une solution extrême. Et l’autre opinion dit que l’eau est un aliment comme n’importe quel autre. Et comme n’importe quel produit alimentaire, elle devrait pouvoir être sur le marché ».

Pour Nestlé, la solution est donc simple : il suffit de privatiser les ressources en eau de la planète et laisser le marché s’occuper de sa gestion. De son point de vue effectivement, on voit bien le profit que pourrait représenter une telle solution, pour une société qui engrange d’ores et déjà 26 milliards d’euros de bénéfice annuel provenant de la seule vente des bouteilles d’eau minérale Nestlé (détenteur désormais de nombreuses marques telles que Vittel ou Perrier) !

Blog304_PhSeattleOn est bien loin de la conception altruiste formulée en 1854 devant le gouverneur Isaac Stevens par Seattle, chef des tribus indiennes Duwamish et Suquamish : « Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l’air et le murmure de l’eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n’y a pas un coin de cette Terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est sacré aux yeux et dans la mémoire de mon peuple ».

L.V.  LutinVertPetit

Le coup de gueule de la citoyenne Nicole Ferroni

6 mai 2016

Ceux qui écoutent la matinale de France Inter ont déjà entendu cette voix gouailleuse et inimitable, au débit de mitraillette, qui s’exprime pendant quelques minutes le mercredi juste avant le journal de 9 h, celle de Nicole Ferroni dont les billets d’humeur, toujours bien tournés, sont généralement assez décapants.

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Fille de prof et elle-même agrégée, Nicole Ferroni a enseigné les sciences de la Vie et de la Terre à Luynes, Pertuis mais aussi dans les quartiers nord de Marseille avant de démissionner avec pertes et fracas de l’Education nationale en 2011, complètement écoeurée par les dérives au quotidien de l’institution. « Cette année, je ne manifeste pas, je démissionne », écrit-t-elle alors dans une lettre ouverte qui lui vaudra un portrait dans le Monde : « Je dois beaucoup à Sarkozy ! S’il n’avait pas supprimé des postes, dont le mien, je n’aurais peut-être pas imaginé une telle reconversion ».

Blo298_PhAfficheCette reconversion en question n’est pas banale puisque l’agrégée est devenue humoriste ! Elle pratiquait déjà le théâtre en amateur avec un certain succès et avait monté son propre one-woman-show, intitulé « l’oeuf, la poule ou Nicole ? » qu’elle a joué pour la première fois à Marseille fin 2010. Une reconversion parfaitement réussie donc pour cette jeune Aubagnaise qui participe avec succès à partir de février 2011 à l’émission de Laurent Ruquier « On ne demande qu’à en rire », avant de devenir chroniqueuse dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter depuis 2013 tout en montant ses propres spectacles humoristiques.

Certains de ses billets d’humeur resteront dans les annales comme celui du 16 décembre 2015 dans lequel elle faisait allusion, face au PDG de Véolia Antoine Frérot, aux pratiques de corruption qui parfois rendent les marchés de distribution d’eau un peu troubles : « Vous faites l’un des plus beaux métiers du monde : amener de l’eau. Et cette eau doit servir à arroser les plantes et moins les élus et les actionnaires car les actionnaires, ça ne pousse pas. Ou quand ça pousse, ça pousse le bouchon un peu trop loin ».

Le 14 avril dernier, Nicole Ferroni a posté sur sa page Facebook une courte vidéo de 2 mn 30, enregistrée dans son jardin, dans laquelle elle dénonçait une directive européenne en cours d’adoption et visant à réformer le droit des affaires. Un sujet on ne peu plus austère et a priori pas du genre à mobiliser les foules. Et pourtant, la vidéo en question, a été visionnée plus de 12 millions de fois en quelques jours, au point d’inspirer la rédaction d’un article du Monde afin d’expliquer les causes d’un tel succès…

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Il faut dire que le Parlement européen avait fait très fort en prévoyant d’adopter une directive destinée à renforcer encore le secret des entreprises quelques jours seulement après les révélations de l’affaire des Panama papers sur la création de comptes off shore dans un paradis fiscal… De nombreux lanceurs d’alerte avaient d’ailleurs mis en garde contre une telle décision totalement incongrue. La journaliste Elise Lucet, rédactrice en chef du magazine « Cash Investigation » avait lancé dès 2015 une pétition qui avait recueilli plus de 500 000 signatures de citoyens jugeant l’initiative dangereuse pour la démocratie car rendant de fait impossible le travail des journalistes enquêtant sur les pratiques illicites des multinationales.

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive, le 15 juin 2015 (photo ©A. Weiss / SIPA)

C’est d’ailleurs ce qui a fait réagir Nicole Ferroni qui est tombée de sa chaise en écoutant les arguments surréalistes des eurodéputées Constance Le Grip et Virginie Rosière qui défendent la directive au prétexte que cela répondrait à une demande des PME. « C’est cela qui m’a le plus choquée parce que c’était hypocrite et démagogique. J’ai pas mal de proches qui sont des petits entrepreneurs et leur souci principal, ce n’est pas le secret des affaires ».

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

Constante Le Grip, députée française au Parlement européen, proche de Nicolas Sarkozy et porte-parole de la directive sur le secret des affaires

On se doute bien en effet que l’objectif d’une telle décision répond plutôt aux souhaits des multinationales et des actionnaires privés qui veulent pouvoir échapper tranquillement aux prélèvements fiscaux et faire leurs petites affaires tranquillement à l’abri de la curiosité malsaine du grand public. Pour vivre heureux, vivons cachés, telle est la devise des grands patrons qui redoutent avant tout d’avoir à s’expliquer au grand jour sur leurs pratiques managériales, leur stratégie commerciale ou leur niveau de rémunération…

Officiellement, le but de ce texte est en réalité de protéger les entreprises européennes contre l’espionnage industriel, ce qui part d’un bon sentiment, mais le texte est rédigé de telle sorte que des journalistes ou des asociations voulant alerter contre certaines dérives affairistes se trouveront du coup empêchés de le faire du fait de ce texte qui érige en dogme le secret des affaires. A l’heure où le secret bancaire commence enfin à se fissurer sous les coups de boutoirs portés par l’administration américaine, voila un bien mauvais signal de la part des instances européennes…

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Bien évidemment, les 12 millions de personnes qui ont visionné la vidéo de Nicole Ferroni n’ont pas spécialement ému nos eurodéputés qui ont voté le 14 avril la directive européenne à une très large majorité de 77 %. Et qu’on ne vienne pas dire que les Français ont fait de la résistance par rapport à leurs collègues européens ultralibéraux puisque les eurodéputés français, malgré les absents habituels, ont voté ce texte à 81%! Le détail de ce vote, analysé dans un article du Monde, montre que seuls les Verts et le Front de Gauche se sont opposés à ce texte, trois députés socialistes s’étant par ailleurs abstenus. Tous les autres, Renaud Muselier et le Front national en tête, ont voté comme un seul homme en faveur de ce renforcement de l’opacité dans le domaine économique.

Le résultat du vote...

Le résultat du vote…

« Mon boulot de chroniqueuse ne permet pas de changer les choses, mais de dire aux politiques qu’on n’est pas dupe, qu’on sait, qu’on les voit », considère Nicole Ferroni qui a tenu à diffuser sur sa page Facebook le détail du vote de nos représentants à Strasbourg. « Je suis un peu une alerteuse, je pointe du doigt ». Mission accomplie et de belle manière, même si ce genre de sursaut citoyen ne semble guère émouvoir nos représentants parlementaires ! Comme le rappelait le regretté Coluche, « Ca fait beaucoup marrer les gens de voir qu’on peut se moquer de la politique, alors que dans l’ensemble, c’est surtout la politique qui se moque de nous » .

L.V.  LutinVertPetit

CMA-CGM : un porte-container géant

7 mars 2016

Blog283_TourCMALe groupe CMA-CGM, basé à Marseille, fait partie des géants mondiaux du transport maritime de containers. Fondée en 1978 par Jacques Saadé, son PDG actuel, la société abrite fièrement son siège dans la fameuse tour de 147 m conçue par l’architecte de renommée internationale Zaha Hadid et implantée sur le quai d’Arenc où elle abrite environ 2 400 collaborateurs du groupe (qui emploie de l’ordre de 22 000 personnes dans le monde entier ! ).

C’est dans les années 1960 que le fondateur du groupe, alors stagiaire dans une compagnie maritime américaine, découvre le transport par containers, ces immenses parallélipipèdes métalliques standardisés, inventés en 1954 par Malcom Mc Lean et alors utilisés à grande échelle par l’armée américaine pour ravitailler ses troupes engagées dans la guerre du Vietnam. Jacques Saadé est convaincu par le côté pratique de ces grandes boîtes qu’on peut transporter sur rail comme sur route et qu’on peut empiler sur le pont des bateaux.

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Manifestement, l’avenir lui a donné raison vu le succès qu’a remporté sa société qui s’est hissée en quelques décennies à la troisième place des transporteurs mondiaux de containers par voie maritime, avec un chiffre d’affaire qui avoisinait 16 milliards de dollars en 2014 avec pas moins de 471 navires en action, desservant plus de 200 escales dans le monde.

Le Benjamin Franklin lors de son inauguration à Long Beach

Le Benjamin Franklin lors de son inauguration à Long Beach

Le dernier né de cette flotte gigantesque, baptisé Benjamin Franklin, a été inauguré en grandes pompes le 19 février dans le port américain de Long Beach alors que son prédécesseur, le Bougainville, l’avait été en France le 6 octobre 2015 au Havre, en présence du président de la République François Hollande. Construit à Shangai, il est le dernier livré d’une flotte de six portes-containers démesurés. Avec 54 m de large et 399 m de longueur, c’est le plus grand navire battant pavillon français. La surface de son pont, qui est équivalente à celle de quatre terrains de football, peut contenir près de 18 000 containers soigneusement empilés les uns sur les autres.

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Positionné sur une ligne reliant la Chine à la côte ouest des Etats-Unis, ce mastodonte des mers contribue à alimenter inlassablement le marché européen en produits manufacturés à l’autre bout du monde, matérialisant jusqu’à la caricature la mondialisation qui nous rend totalement dépendants de ces transports de longue distance opérés à des prix dérisoires et qui rendent impossible toute tentative de réindustrialisation locale…

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Force est de reconnaître néanmoins que ce navire amiral de la flotte de CMA-CGM a fière allure avec ces boîtes métalliques bien calibrées et soigneusement rangées sur son pont, à la manière d’un semi-remorque transportant ses bottes de pailles… Mais bien entendu, la comparaison s’arrête là !

L.V.  LutinVertPetit

Vente d’armes : la France se porte très bien, merci…

5 septembre 2015

Blog225_PhRapportParlementC’est le dernier rapport annuel au Parlement qui l’affirme : les exportations d’armes françaises sont en plein boom : 8,2 milliards d’euros pour l’année 2014 et vraisemblablement plus du double pour l’année 2015 qui devrait être un crû exceptionnel selon les informations de Libération qui s’appuie en particulier sur le travail remarquable effectué par le SIPRI, l’institut international de recherche sur la paix, basé à Stockholm.

D’après ce dernier, le volume mondial des dépenses militaires pour l’année 2014 était estimé à 1776 milliards de dollars, ce qui représente de l’ordre de 2,3 % du PIB mondial soit environ 245 $ par personne. Le plus gros budget militaire reste de très loin celui des États-Unis avec 661 milliards de dollars, soit près de 40 % des dépenses mondiales militaires pour à peine 4,5 % de la population mondiale, un record.

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Quant au volume des ventes d’armes, il est nettement reparti à la hausse depuis une dizaine d’années, ce qui n’a rien de rassurant, et s’établit actuellement autour de 100 milliards d’euros par an. Les statistiques établies par le SIPRI pour la période 2010-14 montrent que la France se place ainsi au cinquième rang des pays les plus gros vendeurs d’armes, juste après la Chine et l’Allemagne, loin derrière la Russie et surtout les États-Unis qui couvrent à eux-seuls plus de 30 % du marché mondial. Selon le magazine Challenges, la France aurait même perdu deux places dans ce classement du fait de l’annulation de la vente à la Russie en 2014 : c’est ballot, mais notre pays devrait largement se rattraper en 2015 comme s’en enorgueillit le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian qui, pour un peu, se féliciterait du regain de tensions internationales si favorable à notre balance commerciale dopée par nos ventes d’armement tous azimuts.

Comme l’analyse le blog BastaMag, blindés, missiles, frégates, avions et hélicoptères de combat made in France se vendent bien et un peu partout, surtout au Proche et au Moyen-Orient ainsi qu’en Asie. La France a ainsi livré des missiles et des frégates au Maroc, des blindés et des canons d’artillerie à l’Indonésie ou au Gabon, et un peu de tout à l’Arabie Saoudite et aux Émirats arabes unis… Elle a même enfin réussi à vendre à l’Égypte et au Qatar les fameux avions de combat Rafale construits par Dassault mais dont personne ne voulait jusqu’à présent. Sans oublier un contrat à plus de deux milliards d’euros pour livrer divers équipements au Liban, financé par l’Arabie Saoudite, ainsi que de gros contrats en perspective pour la vente d’hélicoptères de combats et de transport de troupes en Pologne et au Koweit.

Frégates Mistral en construction à Saint-Nazaire (photo ©SIPA)

Frégates Mistral en construction à Saint-Nazaire (photo ©SIPA)

Quant aux frégates Mistral que la France a finalement refusé de vendre à la Russie pour cause de comportement belliqueux en Ukraine, il semble que leur revente soit d’ores et déjà assurée. Comme le précise Le Monde, cette vente serait quasiment acquise suite à la visite effectuée début août par François Hollande pour inaugurer l’extension du Canal de Suez, aux côtés du président soudanais Omar al-Bechir, pourtant sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. L’Égypte du maréchal-président Abdel Fattah al-Sissi, qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2013, ne s’embarrasse guère de respect des droits de l’homme et a déjà envoyé à la mort ou en prison des milliers de militants d’opposition, est en passe de devenir un excellent client pour la production d’armement français, ayant déjà acquis, outre les Rafale, une frégate multimission Fremm et des corvettes Gowind.

Avion Rafale commercialisé par Dassault aviation

Avion Rafale commercialisé par Dassault aviation

Il faut dire que l’Égypte bénéficie d’une aide financière particulièrement généreuse de la part de l’Arabie saoudite depuis qu’elle a accepté de participer, sous sa bannière, à la coalition arabe qui, le 26 mars dernier, a lancé son offensive aérienne « Tempête décisive » contre les miliciens houthistes au Yémen. Une histoire déjà retombée dans les oubliettes médiatiques alors que sur place rien n’a été réglé selon une analyse de l’IRIS. Intervenue pour tenter de remettre en selle le président yéménite en exil, Abd Rabbo Mansour Hadi, la coalition cherche surtout à contrer l’avancée iranienne qui soutient la rébellion, se préoccupant assez peu des combattants islamistes d’Al-Qaïda pourtant également à l’œuvre dans ce pays. Après 14 semaines de bombardement intense, ayant causé plus de 2000 morts et d’innombrables blessés et réfugiés parmi la population civile, l’échec militaire de l’opération semble total et son bilan humanitaire désastreux. Mais pour les marchands d’armes c’est assurément un théâtre d’opération fructueux qui participe à ce climat économique florissant malgré les nombreux embargos qui sévissent un peu partout sur la planète.

Car la France n’est pas la seule à se féliciter de ce climat favorable aux bonnes affaires pour les marchands de canons, dans un domaine où la morale et la cohérence politique ne tiennent pas beaucoup de place comme en témoigne la position de l’Allemagne qui continue à pourvoir largement la Grèce en matériel militaire (pour plus de 400 millions d’euros pour la seule année 2010 !) tout en lui reprochant âprement de ne rien faire pour résorber ses déficits publics… Certains députés de gauche allemands se sont certes alarmés de savoir si leur pays continuait à approvisionner l’Arabie saoudite (deuxième importateur mondial d’armement) pendant que celle-ci bombardait allégrement les populations yéménites et la réponse est positive : les avions Tornado et Eurofighter utilisés ont été livrés par le Royaume-Uni mais une partie de leurs composants est allemande, ainsi que les missiles Iris et les fusils d’assaut G36 Heckler & Koch. En avril 2015, Berlin a ainsi autorisé la livraison à l’Arabie Saoudite pour plus de 12 millions d’euros d’équipements militaires en pleine opération au Yémen…

Après un bombardement au Yemen à Sana'a le 26 mars 2015 (photo Khales Abdullah / Reuters)

Après un bombardement au Yemen à Sana’a le 26 mars 2015 (photo Khales Abdullah / Reuters)

En principe, les exportations d’armes sont soumises à un contrôle de la part des États et bien sûr au respect des règles internationales. En France, les décisions d’exporter sont prises par le Premier ministre, sur avis de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre, composée des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Économie. Mais cela n’a pas empêché la France de fournir des armes aux rebelles syriens en 2013, ni de livrer pour plus de 500 millions d’euros d’armements à Pékin entre 2010 et 2014 malgré l’embargo européen toujours en vigueur suite à la répression de Tiananmen en 1989. L’Union européenne stipule certes que les États « refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée servent à la répression interne », mais l’interprétation de ce texte est souvent très subjective… La France n’a d’ailleurs toujours pas transposé dans sa législation une recommandation de l’ONU datant de 1998 qui vise à punir la violation des embargos sur les ventes d’armes !

Pays actuellement concernés par des embargos sur les ventes d'armes (rapport au Parlement 2014)

Pays actuellement concernés par des embargos sur les ventes d’armes (rapport au Parlement 2014)

Un nouveau traité international sur le commerce des armes a bien été adopté en avril 2013. Signé par 130 pays et désormais ratifié par 69 d’entre eux dont une bonne partie de l’Union européenne, il est entré en vigueur en décembre 2014 mais son effet risque d’être limité car il a simplement pour but de faciliter la régulation et de limiter la corruption, mais pas de réduire véritablement le commerce des armes. La France est d’ailleurs clairement dans une logique de soutien à l’industrie d’armement, l’État restant le principal actionnaire de plusieurs acteurs majeurs du secteur tels qu’Airbus, Thalès ou Safran.

Comme le rappelle le dernier rapport au parlement, « les exportations de défense sont nécessaires à la préservation de notre base industrielle et technologique de défense » et, de fait, les ventes aux pays tiers contribuent à réduire les coûts de développement d’équipements militaires, donc à équilibrer le budget de la Défense nationale. Quant à l’argument de l’impact social, il n’est pas négligeable avec 27 500 emplois directs et indirects qui seraient concernés, un argument auquel nombre d’élus locaux sont très sensibles et qui aide aussi à fermer les yeux sur les conséquences de notre petit commerce sur les nombreux conflits dans le monde. Décidément, l’industrie de l’armement française a encore de beaux jours devant elle…

L.V.  LutinVertPetit

Plats cuisinés : mais d’où vient la viande ?

25 août 2015

Blog220_PhFindusSouvenons-nous du scandale des lasagnes au bœuf à base de viande de cheval : c’était en février 2013 et nous avons déjà largement oublié… Oublié en particulier que ce sont tous les grands noms de l’agro-alimentaire et de la grande distribution avec ses propres marques de distributeurs qui ont été concernés et qui ont dû retirer à la hâte leurs produits truffés de cheval de réforme d’origine roumaine : Findus, bien sûr, mais aussi Nestlé, Panzani, Thiriet, Picard, Auchan, Casino, Carrefour, Cora, Monoprix, Système U…

Un telle fraude aurait dû pourtant déclencher une réaction massive des consommateurs et des responsables politiques qui d’ailleurs à l’époque réclamaient tous en chœur une traçabilité plus rigoureuse de la viande utilisée dans les plats cuisinés. François Hollande lui-même, en visite au salon de l’agriculture, avait appelé de ses vœux la mise en place sans délai d’un étiquetage approprié.

Benoît Hamon, ancien ministre de la consommation

Benoît Hamon, ancien ministre de la consommation

Quelques mois plus tard, en juin 2013, le député socialiste Germain Peiro, très remonté sur le sujet, déposait un amendement en ce sens. Et là, surprise : Benoît Hamon, alors ministre délégué à la consommation, s’opposait à cet amendement, de peur de heurter le très libéral José-Manuel Barroso, qui en tant que président de la Commission européenne, avait légèrement froncé les sourcils… « Si le signal donné est de voter une disposition contraire aux textes européens, cela mettra le gouvernement français en difficulté » s’était ainsi justifié le ministre… Si son but était de rendre encore plus détestable l’Union européenne aux yeux des consommateurs français, il ne pouvait pas mieux dire !

En octobre 2013, alors qu’étaient inculpés d’anciens cadres de la société Spanghero, largement impliquée dans le trafic de ce fameux minerai de viande de cheval qui a servi à assaisonner une bonne partie des lasagnes européennes du moment, le gouvernement français se voit obligé de se montrer plus favorable à une nouvelle initiative parlementaire issue des rangs du sénat et visant à indiquer sur les plats cuisinés l’origine des produits carnés utilisés, mais cette initiative fera long feu…

Installations de l'ex société Spanghero (photo Rumeau)

Installations de l’ex société Spanghero (photo Rumeau)

Depuis, la société Spanghero, vendue puis mise en redressement judiciaire, a changé de raison sociale et s’appelle désormais La Lauragaise. Poursuivis pour escroquerie et trafic en bande organisée, deux anciens cadres de la société attendent toujours d’être jugés. Un trafic qui a porté quand même sur 50 000 t de viande de cheval vendue frauduleusement pour du bœuf à travers toute l’Europe (dont 800 t en France) !

Fin 2013, une nouvelle directive européenne a finalement été prise pour tenter de répondre au scandale qui venait de secouer le petit monde de l’agro-alimentaire. Cette directive, qui est entrée en vigueur à compter du 1er avril 2015, impose désormais d’indiquer le lieu d’élevage et d’abattage (mais pas de naissance) des animaux (porc, mouton et volaille) dont la viande est vendue emballée, fraîche comme surgelée, étendant en cela la pratique déjà imposée depuis 2002 pour la viande de bœuf suite à la crise de la vache folle.

Les choses progressent donc, mais rien n’est encore fait pour la viande utilisée dans les plats cuisinés. Aux yeux de la Commission européenne, obliger les industriels à indiquer l’origine de la viande qu’ils emploient serait en effet excessivement coûteux et contraignant. Les consommateurs devront donc refréner leur curiosité et se contenter d’avaler ce qui se présente sans trop se poser de questions…

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Certes, la loi consommation, adoptée en France le 17 mars 2014, prévoit, parmi un ensemble d’autres mesures, de rendre obligatoire l’indication d’origine de la viande dans les plats cuisinés, mais on attend toujours la parution du décret d’application qui la rendrait exécutoire ! Il est décidément bien difficile pour le consommateur de savoir ce qu’il mange à partir du moment où il s’en remet à l’industrie agro-alimentaire et à ses petits plats mitonnés…

L.V.  LutinVertPetit

Les riches toujours plus riches et de moins en moins solidaires…

5 mars 2015

« Les richesses dans le monde se concentrent de plus en plus aux mains d’une petite élite fortunée ». Tel est le constat amer que dressait l’association Oxfam dans son rapport annuel publié en janvier 2015 et largement commenté dans la presse. Les chiffres sur lesquels s’appuient Oxfam sont ceux du Crédit Suisse et ils montrent que depuis 2008, la concentration des richesses s’est encore accrue puisque désormais 1 % de la population la plus riche détient plus de 48 % des richesses planétaires alors que cette proportion était descendue à 44 % au plus fort de la crise financière.

Dessin de Tignous paru dans Marianne n° 920 (décembre 2014)

Dessin de Tignous paru dans Marianne n° 920 (décembre 2014)

EBlog150_PhColuchencore un petit effort et les 1 % les plus riches disposeront bientôt de plus de biens que les 99 % restants ! Comme le disait le regretté Coluche, « Il parait que la crise ça rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Moi je vois pas en quoi c’est une crise, ça a toujours été comme ça »…

A ce jour, 80 % de la population mondiale se partage à peine plus de 5 % des richesses existantes. Quant aux plus riches, ils sont de plus en plus riches, même si l’ordre de classement des plus grosses fortunes subit quelques changements d’une année sur l’autre. Selon Forbes, le patrimoine des 80 personnes les plus riches de la planète a quasiment doublé entre 2009 et 2014, tandis que celui des 50 % les plus pauvres au contraire diminuait, pour arriver sensiblement à la même valeur ! Autrement dit, 3,5 milliards d’individus disposent à ce jour pour vivre des mêmes ressources que les 80 individus les plus riches… En 2010, il fallait ajouter la fortune de 388 milliardaires pour atteindre l’équivalent des richesses que se partageait le reste de l’humanité. Jamais sans doute la répartition mondiale des richesses n’a été aussi inégalitaire.

Blog150_DessinCriseLe rapport Oxfam pointe aussi du doigt le fait qu’une part importante des milliardaires recensés en 2014 doit sa fortune à des activités liées à la finance et à l’assurance : voilà donc les secteurs porteurs pour qui veut s’enrichir ! Mais l’industrie pharmaceutique et la santé sont aussi des domaines d’activité juteux pour bon nombre de ces nouveaux Crésus qui ont vu leur fortune s’accroitre considérablement ces dernières années (+ 47 % durant la seule année 2013 selon Forbes).

Et comme par hasard, il se trouve que ce sont précisément ces secteurs de la finance et de l’industrie pharmaceutique qui sont en tête pour les dépenses effectuées en matière de lobbying et de financement des campagnes électorales, en particulier aux États-Unis, mais aussi en Europe où les groupes de pression issus du secteur de la finance dépensent chaque année quelque 150 millions de dollars à destination des institutions de l’Union européenne. Une heureuse coïncidence sans doute qui fait que les activités les plus lucratives sont aussi les plus actives pour influer sur les décisions de nos responsables politiques, en faveur de l’intérêt général cela va sans dire.

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En réalité, pas tout à fait… Force est de le reconnaître, cette coûteuse activité de lobbying n’est pas totalement désintéressée et a pour principal objectif de fournir aux multinationales et à leurs dirigeants un cadre législatif et fiscal le plus favorable possible pour leur permettre de s’enrichir toujours davantage. Comme le scandale récent de la filiale suisse de la banque HSBC vient encore de le confirmer, la préoccupation principale des plus riches est de soustraire leur fortune à l’effort commun de solidarité et ils trouvent dans cette activité de fraude fiscale une grande sollicitude de la part des plus grandes banques mais aussi une grande mansuétude de la part des États et de leur administration fiscale, voire de la Justice lorsqu’ils sont pris la main dans le sac…

Blog150_DessinSwissleaksLes États perdraient ainsi plus de 3000 milliards de dollars chaque année du fait de la fraude fiscale massive des plus riches et des entreprises, largement de quoi éradiquer totalement la pauvreté dans le monde ! Les plus riches sont souvent à l’origine de crises financières dévastatrices, via la spéculation sauvage, et sont renfloués par l’argent des contribuables. Il est peut-être temps de sortir enfin de cette spirale infernale et d’œuvrer pour un peu plus d’équité. Des pétitions circulent sur le net pour exiger des poursuites judiciaires plus sévères contre cette évasion fiscale pratiquée à grande échelle. Ce ne sera probablement pas suffisant pour faire évoluer les choses mais l’opinion publique a certainement un rôle à jouer pour réclamer des règles un peu plus équitables et une société plus solidaire, en attendant un éventuel Grand Soir !

L. V.  PetitLutinVert

Traités de libre-échange avec le Canada et les USA : les élus s’inquiètent…

14 février 2015

Les médias ne s’en font pas beaucoup l’écho mais les négociations commerciales avec le Canada et les USA se poursuivent, malgré les fortes inquiétudes qu’elles suscitent dans les milieux altermondialistes et que nous avions déjà évoqué sur ce blog. Longtemps ignorés par la classe politique, voici que les parlementaires français commencent enfin à s’en préoccuper alors que de nombreux élus locaux ont déjà déclaré leur collectivité hors TAFTA (c’est le cas notamment de la Région PACA, du département de Vaucluse ou des communes de Martigues et de Gardanne). Le TAFTA ou transatlantic free tax agreement, c’est ce traité de libre échange en cours de négociation depuis juillet 2013 entre l’Union européenne et les États-Unis, tandis que le CETA (comprehensive economic trade agreement) a été négocié avec le Canada et signé le 26 septembre 2014, mais reste à ratifier par les états membres concernés.

Blog155_DessinAinsi que l’a rapporté notamment la Gazette des communes mais aussi plusieurs collectifs citoyens de veille, le Sénat, pourtant dominé par des élus plutôt conservateurs et libéraux, a en effet adopté à l’unanimité le 3 janvier 2015 et un peu à la surprise générale, une résolution européenne assez critique sur les deux accords en cours de négociation, après avoir enfin pris connaissance des 1634 pages du projet d’accord de libre-échange conclu avec le Canada .

Concernant cet accord CETA, la position du Sénat est assez gênante car l’Union européenne considère que les négociations sont achevées depuis octobre 2013 et qu’il ne reste plus aux États qu’à ratifier le texte sans broncher. C’est d’ailleurs justement là que le bât blesse car les parlementaires français auraient souhaité être davantage associés aux tractations qui se sont faites de manière relativement opaque !

Les critiques principales mises en avant dans cette résolution sont précisément celles que soulèvent depuis des années les opposants à ce type d’accord, à savoir la possibilité offerte aux entreprises multinationales de recourir à des tribunaux arbitraux privés pour attaquer les mesures environnementales, sociales ou sanitaires ainsi que les normes nationales instaurées par chaque État. Sur ce point, les sénateurs ont d’ailleurs reçu un soutien appuyé de la part du gouvernement français en la personne du secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Feckl, qui leur a déclaré « Vous demandez un renforcement de la transparence, une association plus étroite du Parlement, un contrôle démocratique effectif, ainsi que l’invention de nouveaux mécanismes de règlement des différends entre les investisseurs et les États. Le gouvernement partage le même état d’esprit et la même détermination à avancer ».

Blog155_DessinTaftaLe mécanisme de règlement des différents entre investisseurs et État constitue la pierre d’achoppement principale aux yeux des parlementaires français. Le fait de recourir pour cela à des tribunaux privés devant lesquels les multinationales pourront remettre en cause toute législation protégeant les citoyens ou l’environnement au détriment de leurs propres intérêts, revient en réalité à soumettre nos choix politiques souverains au bon vouloir des entrepreneurs privés et constitue une atteinte grave à la démocratie. L’exemple que tout le monde a en tête est celui de la fracturation hydraulique, désormais interdite en France, ce qui pourrait amener les sociétés pétrolières disposant de permis d’exploration de gaz de schiste à réclamer à l’État des indemnités de l’ordre de 1 milliard d’euros, une paille !

Matthias Fekl © Vincent Isore/IP3 press/MaxPPP

Matthias Fekl © Vincent Isore/IP3 press/MaxPPP

Là encore, le soutien du gouvernement exprimé par la voix de M. Feckl est total : « Votre préoccupation de garantir notre capacité à protéger l’intérêt public dans des domaines aussi divers que les services publics, la santé, la sécurité, l’environnement, l’alimentation ou la fiscalité est légitime, et je la partage pleinement. Je le dis devant le Sénat : il n’est pas acceptable que des juridictions privées, saisies par des entreprises multinationales, puissent remettre en cause des décisions démocratiques d’États souverains ».

Les sénateurs préconisent assez logiquement de privilégier plutôt le recours à des mécanismes d’arbitrage inter-étatiques comme ceux qui fonctionnent déjà au sein de l’OMC. Pas sûr cependant qu’ils soient entendus (même si, sur ce point, France et Allemagne sont en phase), car plusieurs États font pression sur l’Union européenne pour empêcher toute réouverture des négociations avec le Canada.

Blog155_DessinPoisson

Quant à l’accord en cours de discussion avec les État-Unis, le fameux TAFTA, les sénateurs réclament là aussi une certaine vigilance pour éviter d’y introduire ce type de recours, tout en poussant néanmoins à une avancée des négociations car les relations sont actuellement très déséquilibrées : les entreprises américaines peuvent dès à présent postuler à 85 % des appels d’offre européens alors que les opérateurs européens n’ont accès qu’à moins d’un tiers des marchés publics américains !

Signalons d’ailleurs que cette inquiétude du Sénat français quant au contenu des discussions en cours dans le cadre du mandat de négociation de juin 2013, n’est pas isolée. Elle a été notamment relayée par le Comité européen des régions, une instance consultative chargée justement d’associer les collectivités locales et territoriales ainsi que les populations qu’elles représentent au processus décisionnel de l’Union européenne.

Cécilia Malmström, commissaire européenne en charge des négociations du TAFTA

Cécilia Malmström, commissaire européenne en charge des négociations du TAFTA

Au point que la commissaire européenne chargée des négociations avec les USA, Cécilia Malmström est venue en personne à la session plénière de ce comité, le 12 février dernier, pour tenter de le rassurer quant à la transparence des négociations et à la prise en compte des intérêts des collectivités territoriales, concernant en particulier le respect de l’autonomie des services publics ou encore des normes et des valeurs européennes. Manifestement, elle n’a pas réussi à convaincre tout le monde, d’autant qu’elle n’a rien lâché quant à une éventuelle association de ce comité aux négociations, arguant de leur haut niveau de confidentialité, alors que la liste des points objet de discussion est longue et concerne directement les compétences des collectivités territoriales : fourniture d’eau et d’énergie, élimination des déchets et des eaux usées, services publics de santé et de protection sociale, services de secours, éducation préscolaire, éducation et enseignement supérieur, formation des adultes, formation continue, transports publics locaux, logement, aménagement et développement urbain. Encore une fois, l’Europe a bien du mal à accepter d’intégrer les citoyens et leurs représentants élus dans ses mécanismes décisionnels…

L. V.  LutinVertPetit

Europe, économie, austérité… une conférence du CPC

17 décembre 2014

La prochaine conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien est d’ores et déjà programmée pour le début de l’année prochaine. Elle se déroulera à Carnoux-en-Provence, lundi 19 janvier 2015, à 18h30 en salle Tony Garnier.

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C’est Alain Beitone, professeur en sciences économiques et sociales au lycée Thiers à Marseille, qui s’efforcera de nous éclairer sur le choix des politiques économiques mises en œuvre par les différents pays européens et de répondre à la question que se pose chaque citoyen : l’austérité est-elle nécessaire, inévitable, efficace ? Autant d’interrogations auquel nous avons souvent bien du mal à répondre dans un domaine complexe où les intérêts des uns et des autres ne convergent pas nécessairement et où les décisions sont parfois dictées par des considérations idéologiques ou des a priori plus ou moins justifiés.

En France comme dans plusieurs pays européens, le taux de chômage progresse et la récession nous guette. En réponse, les gouvernements ont tendance à baisser toujours davantage les charges sociales et la fiscalité des entreprises tout en comprimant les dépenses publiques. Mais cette démarche est-elle la plus appropriée pour sortir de ce marasme économique qui détruit peu à peu notre tissu social ? D’autres voies sont-elles possibles comme le prétendent certains ?

Gageons que le débat sera intéressant et que le conférencier aura besoin de faire appel à tous ses talents de pédagogue pour aborder un tel sujet qui ne peut nous laisser indifférent en tant que citoyen. Visions politiques et stratégies économiques sont plus que jamais liées dans une société mondialisée : à chacun de se faire sa propre opinion et c’est justement l’objectif de cette conférence-débat, ouverte à tous gratuitement, que de nous permettre de mieux comprendre les enjeux de ces questions qui nous touchent directement.

L. V. LutinVert

Échanger savoirs, biens et services, c’est possible !

6 décembre 2014

AfficheConfReseau_A4coulNous étions une trentaine de personnes lors de cette nouvelle conférence du Cercle progressiste carnussien, ce lundi 1er décembre 2014, pour écouter et interroger Rosemarie Ott, présidente de RESAU, le Réseau d’échanges réciproques des savoirs aubagnais, ainsi que Isabelle Martin Schnoering, présidente du Ciotasel, le Système d’échange local de La Ciotat.

Rosemarie Ott nous a rappelé l’origine des Réseaux d’échanges réciproques des savoirs (RERS) devenus aujourd’hui FOrmation Réciproque, Echanges de Savoirs et Création Collective (FORESCO). En 1971 dans la ville nouvelle d’Evry, une institutrice, Claire Héber-Suffrin, met en place une nouvelle forme pédagogique pour éveiller les enfants au savoir et à l’échange de ce que chacun sait, pour le partager et favoriser la relation entre les enfants nais aussi avec les adultes. L’expérience mise en place sur la commune d’Evry va alors diffuser avec l’aide des réseaux de l’éducation populaire pour devenir aujourd’hui un mouvement national et international avec plus de 100 000 « réseauteurs » partageant une charte : on doit être à la fois donneur et receveur de savoir.

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Le RESAU d’Aubagne a été créé en 1989 par une animatrice sociale de la ville. Il bénéficie depuis d’un local prêté par un bailleur social dans le quartier du Charrel. Ce local demeure encore aujourd’hui le lieu principal des rencontres. L’association organise de nombreux moments d’échanges collectifs : l’atelier cuisine, l’atelier peinture sur soie, les activités créatives, des jeux de société, l’atelier d’écriture, des sorties organisées à Marseille ou les marches du lundi matin etc.

En ce qui concerne les échanges individuels chaque adhérent (il n’y a pas de cotisation payante) est demandeur et offreur au moins d’un savoir, et il est souhaitable que le temps passé en offre soit équivalent au temps passé en demande, même s’il n’existe pas de hiérarchie entre les savoirs échangés. C’est à l‘équipe d’animation de veiller à cet équilibre. Tout échange de savoir doit en effet être formalisé par un médiateur de l’équipe qui met en relation offreur et demandeur et fixe avec eux les modalités d’échange (où, quand comment, à quelle fréquence, avec quels moyens pédagogiques ?) puis effectue le bilan.

Le premier objectif de RESAU demeure la sortie de l’isolement, le plaisir de se connaître, d’être reconnu, d’échanger et de passer de bons moments de convivialité.

Les références : R.E.S.AU. – BP 511 – 13681 Aubagne Cedex – tel : 04.42.03.11.93

Isabelle Martin Schnoering et Rosemarie Ott

Isabelle Martin Schnoering et Rosemarie Ott

Isabelle Martin Schnoering nous a ensuite présenté ce qu’était un SEL. Cette forme d’économie parallèle avec une monnaie locale restreinte aux participants du réseau, existe depuis très longtemps. D’abord formalisés en Ecosse depuis les années 1980, puis en France en Ariège en 1994, on compte aujourd’hui environ 300 à 400 SEL en France qui partagent une même charte.

Ciotasel regroupe aujourd’hui 260 adhérents, avec un renouvellement annuel de participants d’environ 30 %. Son but est proche de celui des réseaux d’échange de savoirs : sortir de l’isolement, favoriser les rencontres de personnes qu’on ne côtoie pas naturellement et échanger des biens ou des services sans rémunération monétaire en euros.

La monnaie d’échange est le grain de sel. Une heure de service correspond à 60 grains de sel. Tout service a la même valeur, basée sur le temps passé. Par exemple : une heure de ménage égale une heure de cours de maths ou de conversation anglaise. Le nouvel adhérent (l’adhésion : 7 € pour une personne et 10 € pour un couple) est crédité de 300 grains de sel pour rentrer dans le système et obtenir la liste des services et des personnes qui les rendent. Il y a ensuite beaucoup de souplesse : on peut posséder plus ou moins de grains de sel sur son compte, certains étant momentanément fortement créditeurs et d’autres déficitaires…

Depuis 2009 tout est organisé via un site internet, y compris l’adhésion et toute la communication par l’intermédiaire d’une gazette qui paraît chaque semaine. La mairie prête une salle 2 fois par semaine pour des ateliers libres ou pour une permanence le jour du marché. Des soirées sont aussi organisées où chacun apporte un plat qui sera partagé avec tous. Sont organisés aussi des trocs où la valeur des objets est affichée en grains de sel.

Il existe également des systèmes périphériques par exemple « la route des SEL » qui permet l’hébergement solidaire. On va ainsi pouvoir bénéficier dans une autre ville de l’accueil d’un adhérent et accueillir chez soi l’adhérent d’un autre SEL ce qui agrandit évidemment le cercle du réseau et permet des échanges souvent très positifs.

De nombreuses questions ont alors fusé. Rosemarie Ott et Isabelle Martin Schnoering ont détaillé la façon dont les associations fonctionnent, les difficultés de renouvellement des dirigeants, mais aussi le bonheur de ces rencontres où le fondement même de la rencontre humaine est reconnu et promu. Le verre de l’amitié a permis de prolonger l’échange avec des anciens et nouveaux venus, dans une ambiance très conviviale.

C. G.

Grand marché transatlantique : la mobilisation s’organise…

11 octobre 2014

Déjà évoqué sur ce même blog, le projet de traité transatlantique en cours de négociation entre les USA et l’Europe (Grand marché transatlantique, TAFTA ou TTIP en anglais) concerne « l’harmonisation, et bien sûr le nivellement par le bas, de toutes les réglementations nationales en matière de production agricole et industrielle, de protection des données numériques, de droits du travail, de prévention des risques environnementaux et sanitaires, etc. Toutes ces normes instaurées pour protéger le consommateur sont en effet vécues comme autant de contraintes insupportables qui réduisent le profit des entreprises multinationales. Le projet d’accord vise ni plus ni moins qu’à instaurer la suprématie des droits des investisseurs sur les droits démocratiques des états dont les législations pourraient alors être contestées devant les tribunaux. »

Blog108_Dessin5Il s’agit de permettre aux multinationales de pouvoir attaquer en justice les États lorsqu’elles considèrent que des mesures réglementaires limitent leur activité commerciale. Ce traité est en train de se négocier sans aucune consultation démocratique. Ainsi, il n’en a guère été question ni pendant la campagne présidentielle ni lors des dernières élections européennes…

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L’exemple de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les USA, le Mexique et le Canada est un indicateur de ce qui pourrait se passer avec le  traité en gestation. En 20 ans le Canada a été attaqué 30 fois par des firmes privées américaines, le plus souvent pour contester des mesures introduites au niveau fédéral, provincial ou municipal en vue de protéger la santé publique ou l’environnement. L’État du Canada a été systématiquement condamné. Quant au Mexique, 5 plaintes ont été déposées contre lui par les firmes américaines, et à chaque fois c’est le Mexique qui a perdu. Par contre aucune des plaintes déposées contre les USA par des firmes canadiennes ou mexicaines n’a abouti. Il apparaît ainsi clairement que ce traité est un outil qui favorise la position dominante des entreprises commerciales américaines, en s’appuyant sur le droit des USA.

Blog108_Dessin4Face à un tel risque pour l’Europe, comment infléchir les négociations en course ?  L’expérience montre que les citoyens peuvent jouer un rôle important  en incitant les médias à percer le secret des négociations, et en intervenant auprès des représentants élus, nationaux ou européens. Faisons jouer la démocratie. Souvenons-nous : « En 1997, le scénario se précise avec la négociation secrète du fameux accord multilatéral sur l’investissement (AMI) entre 29 pays membres de l’OCDE : divulgué in extremis, le projet soulève une vague de protestation citoyenne sans précédent qui oblige les négociateurs à remiser prestement leur copie ». Face au danger de perte de notre indépendance, comment ne pas réussir à trouver une majorité d’élus pour repousser un tel projet ?

Allons plus loin. L’analyse du mandat confié par les 28 gouvernements de l’Union européenne à la Commission pour négocier avec les USA ce grand marché transatlantique fait surgir de nombreuses interrogations qui doivent objectivement troubler les responsables politiques, à commencer par le maire  de notre commune. Ainsi, les réglementations prises au niveau municipal, départemental ou régional sont directement visées par ce projet dès lors qu’elles produisent des normes considérées par les firmes privées comme des « obstacles inutiles à la concurrence » ou « plus rigoureuses qu’il est nécessaire » (Article 4). Le mandat va jusqu’à enlever aux juridictions officielles au profit d’instances privées d’arbitrage le pouvoir de trancher un différend entre firmes privées et pouvoirs publics, lorsqu’une firme privée estime qu’une législation ou une réglementation va à l’encontre de la libéralisation et de la protection des investissements (Article 23)

Blog108_Dessin2Ceci implique qu’une simple délibération municipale pourrait être attaquée devant une instance privée d’arbitrage si elle est perçue par un investisseur américain comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut » (ce qui est la définition de l’investissement aux USA). Cela signifie aussi que toute réglementation sociale, sanitaire, alimentaire, environnementale ou technique, dès lors qu’elle contrarie une multinationale, pourrait être attaquée devant un mécanisme d’arbitrage privé, avec de forte chance d’être considérée comme une entrave au droit du commerce et donc rejetée. L’affaire Tapie a récemment montré dans quel sens penchent habituellement les décisions prises par ce genre d’instance…

Blog108_Dessin3Cependant tout n’est pas perdu. Pour l’instant les négociations n’ont pas abouti. Le traité n’est pas encore signé et il ne deviendra effectif que si le Parlement européen et tous les parlements des différents pays européens le ratifient, ce qui peut s’avérer compliqué pour peu que les opinions publiques se mobilisent.

De fait, des pétitions circulent et plusieurs associations militantes et organisations syndicales de toute l’Europe appellent à une journée d’action le samedi 11 octobre 2014 pour stopper les négociations en cours du TAFTA, du CETA (accord avec le Canada) et d’autres accords de libre-échange, et à promouvoir des politiques commerciales alternatives qui fassent des droits des peuples, de la démocratie et de l’environnement une priorité. Il est encore temps de faire reculer ce projet qui va manifestement à l’encontre de l’intérêt général, alors soyons citoyens vigilants !

C. G.