Archive for the ‘Actualités’ Category

Méditerranée : il y a du gaz dans l’eau…

22 février 2020

Le gouvernement français vient d’annoncer, via un communiqué commun des ministres de l’écologie et de l’économie, l’arrêt définitif des forages d’hydrocarbures en mer dans les eaux françaises. La décision mérite d’être saluée car, une fois n’est pas coutume, elle traduit un souci louable de cohérence à l’heure où la Convention citoyenne pour le climat s’efforce de finaliser ses propositions en faveur d’une transition énergétique ambitieuse, et alors qu’un appel, signé par plus de 1000 scientifiques de toutes disciplines et publié dans Le Monde, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme en reprochant à nos dirigeants leur inactivité face à l’urgence du changement climatique.

Le dessinateur Erik Tartrais, témoin privilégié (et un tantinet ironique) des débats de la Convention citoyenne pour le climat (source : site de la Convention Citoyenne pour le Climat)

On se souvient qu’en juin 2012, Nicole Bricq s’était fait éjectée du Ministère de l’écologie, un mois seulement après sa nomination, pour s’être heurtée au lobby pétrolier en cherchant à réglementer les forages. Un de ses successeurs, François de Rugy, avait réussi, lui, à signer la suspension des permis de forage au large de la Guyane, juste avant de démissionner à son tour de ce poste maudit. Depuis 2017, la délivrance de tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbure est désormais interdite en France. Et maintenant, c’est donc la fin officielle des forages pétroliers français en mer, après que le gouvernement a refusé de prolonger un permis exclusif de recherche accordé antérieurement, au large des îles Éparses, un archipel français méconnu, situé dans le canal du Mozambique, véritable petit paradis de biodiversité, vestige d’un empire colonial désuet et désormais ouvertement revendiqué par Madagascar.

L’île de Grande Glorieuse, dans l’archipel des Éparses, un paradis de bidiversité menacé par l’exploration pétrolière (photo © Sophie Lautier / AFP / France Inter)

Mais pendant que la France se range peu à peu dans le camps de ceux qui admettent enfin que les hydrocarbures fossiles ne sont plus l’avenir de l’humanité, voilà que nombre de nos voisins se mettent à rêver d’un nouvel essor de la production en Mer Méditerranée. Depuis 2009 en effet, les découvertes de gaz naturel s’enchaînent en Méditerranée orientale. Ce sont d’abord les champs Tamar et Leviathan qui ont été explorés au large des côtes israéliennes, suivis par un champ gazier de taille modeste, joliment dénommé Aphrodite, au large de la côte sud de Chypre. A partir de 2015, c’est une réserve de taille nettement supérieure, estimée à 850 milliards de m3 qui a été découverte par la compagnie pétrolière italienne ENI au large des côtes égyptiennes, baptisée Zohr et mise en exploitation dès 2017. D’autres gisements ont depuis été mis à jour, au large de l’Égypte, dans les zones dénommées West Nile Delta et Greater Nooros, tandis que de nouvelles explorations ont été couronnées de succès en 2018 au sud de Chypre, dans le Bloc 6 (Calypso-1) et dans le Bloc 10 (Glaucus-1).

Carte des principaux champs d’exploration gazière en Méditerranée (infographie © Institut Français des relations internationales)

Le volume exploitable de toutes ces réserves reste encore à préciser. On l’estime à environ 3000 milliards de m3 au total, ce qui est du même ordre de grandeur que les réserves exploitées en Mer du Nord et qui ont fait la fortune de la Norvège depuis des années. Reste que le contexte économique a évolué. Du fait d’une surproduction, le prix du gaz a chuté de 40 % en 2019 en Europe et en Asie tandis qu’il est au plus bas depuis 30 ans aux États-Unis où l’exploitation du gaz de schiste a dopé la production, et ceci alors même que les politiques de transition énergétique que prônent (timidement) les Européens visent à limiter progressivement la dépendance aux énergies fossiles.

Malgré ce contexte économique pour le moins incertain et malgré le coût très élevé des investissements nécessaires pour récupérer ce gaz off shore à plus de 2000 m de profondeur, sans compter les risques d’atteinte à la biodiversité dans une mer fermée et déjà très polluée, la mise en production a débuté sans tarder. Pour l’Égypte, les choses étaient relativement simples, d’autant que le pays était, jusqu’à il y a peu, déjà producteur de gaz naturel et dispose donc d’installations de liquéfaction, à Idku et Damiette, ainsi que de gazoducs la reliant à Israël et à la Jordanie. C’est ce qui lui a permis d’entreprendre aussi rapidement la mise en exploitation du champ gazier de Zohr, d’autant que le pays doit faire face à une forte demande intérieure. Les débouchés sont donc tout trouvés et le pays commence même de nouveau à exporter depuis 2019.

Exploitation de gaz off shore au large de Port Saïd en Égypte (photo © Guillaume Perrin / Total / Planète énergie)

Mais les choses sont plus compliquées aux alentours et déjà les tensions se font jour entre les différents pays riverains pour se partager le gâteau. Le Liban en particulier revendique une partie des réserves gazières repérées au large des côtes israéliennes, au prétexte que la frontière maritime et la délimitation des zones économiques exclusives entre les deux pays, toujours officiellement en guerre, restent à tracer, ce que l’ONU se garde bien de faire dans une telle poudrière. La demande intérieure d’Israël étant très faible, la mise en production des champs Léviathan et Tamar 2 n’aurait de sens que moyennant l’exportation d’une partie du gaz vers l’Égypte, la Palestine ou la Jordanie, mais cela ne va pas de soi pour l’opinion publique israélienne qui préférerait privilégier une exportation vers l’Europe par gazoduc pour éviter de faire appel aux terminaux gaziers égyptiens déjà bien occupés par la production locale.

Il en est de même pour les champs gaziers découverts au sud de Chypre et qui pourraient également alimenter le marché européen, rendant ce dernier un peu moins dépendant du gaz russe. C’est tout l’intérêt du projet de gazoduc géant qui permettrait de relier les futures zones d’exploitations israéliennes et chypriotes aux côtes grecques. Dénommé EastMed (East Mediterranean Natural Gas Pipeline), ce projet gigantesque, dont le coût est estimé autour de 9 milliards d’euros et dont la pertinence pose question à l’heure où l’Europe vise la neutralité carbone pour 2050, a aussi le don de mettre en fureur la Turquie qui revendique sa part des réserves de gaz.

Comme son nom le suggère, Aphrodite est en effet fortement convoitée et attise les tensions entre ses principaux prétendants que sont la République de Chypre, pays membre de l’Union européenne, et la partie nord de l’île où s’étend la République turque de Chypre du nord, reconnue par la seule Turquie depuis l’invasion militaire de cette dernière en 1974. Erdogan maintient plus de 30 000 soldats turcs sur la partie nord de l’île de Chypre et n’a pas hésité à montrer ses muscles, allant jusqu’à dépêcher des bateaux de guerre et des avions militaires pour entraver les campagnes d’exploration au large de la côte sud de l’île et n’hésitant pas à faire réaliser, par des navires turcs soigneusement escortés militairement, des forages d’explorations à l’intérieur de la zone économique exclusive de la République de Chypre, quitte à encourir les molles protestations de l’Union européenne et ses menaces de sanctions économiques.

Le ministre turc des ressources naturelles devant un navire de forage gazier (photo © Bulent Kilic / AF / Libération)

Une situation qui est donc loin d’être apaisée et qui pourrait même rapidement devenir explosive, surtout maintenant que la Turquie se mêle aussi d’avancer ses pions en Libye. Au point d’ailleurs de s’interroger sur l’opportunité de mettre un jour en exploitation ces réserves gazières dans un tel contexte. Outre le fait que cela risque d’attiser les conflits déjà pendants entre ces différentes nations voisines, une telle exploitation va mobiliser de très gros investissements qui pourraient probablement être mieux employés dans le développement des énergies renouvelables, tout en accroissant les risques environnementaux inhérents à ce type d’industrie extractive, surtout dans une région aussi instable où les risques d’attentats sont fréquents. Et si on laissait le gaz là où il est et qu’on se concentre sur d’autres priorités ?

L. V.

Kapital : un Marx et ça repart !

19 février 2020

Le marxisme n’est plus trop à la mode… Il faut dire que la manière dont il a été mise en œuvre par différents régimes à tendance totalitaire, dans l’ex Union soviétique ou ailleurs, n’a guère contribué à le rendre populaire. Et pourtant, l’analyse marxiste selon laquelle il revient aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser par une action collective pour faire évoluer l’organisation politique, sociale et économique de la société, ne manque pas totalement d’actualité.

Peut-être n’est pas un hasard si le livre publié par Thomas Piketty en 2013 et intitulé Le capital au XXIe siècle, comme en écho au best seller de son prédécesseur, le célèbre Das Kapital, a eu autant de succès, de même d’ailleurs que le dernier ouvrage qu’il vient de publier sous le nom de Capital et idéologie. Le capitalisme en tout cas se porte toujours aussi bien, sinon même de mieux en mieux, au point de prendre progressivement le pas sur le politique et de renvoyer aux oubliettes de l’Histoire l’analyse marxiste et la fameuse lutte des classes.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (source © Socialter)

Mais la cause a encore des défenseurs, parmi lesquels le couple de sociologues, Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui examinent à la loupe, depuis des années, le mode de vie des classes dominantes aisées en France. Malgré leur aversion du capitalisme et de ses excès mercantiles, les deux pourfendeurs du pouvoir des riches, sont passés maîtres dans l’exploitation des produits dérivés de leur sujet de prédilection. Surfant sur la vague des serious games, ces outils pédagogiques destinés à se former de manière ludique sur les sujets les plus austères, nos deux sociologues ont conçu un nouveau jeu de l’oie sur les rapports de classe et l’ont bien entendu appelé Kapital !

Kapital, un jeu de sociologie politique (photo © Mathieu Dejean / Les Inrocks)

Illustré par Étienne Lécroart, un peu à la manière d’une bande dessiné, il s’agit d’un jeu de plateau, édité par La Ville brûle et mis en vente pour 35 € un peu avant les fêtes de Noël 2019. Le jeu, testé par de multiples rédactions, dont celle des Inroks ou celle de Libération, a connu un tel succès qu’il est déjà en cours de réédition, deux mois seulement après sa sortie. Comme quoi, Karl Marx est encore capable de faire recette !

Il faut dire que les Pinçon-Charlot ont bien fait leur affaire en imaginant ce parcours semé d’embûches qui en 82 cases (autant que d’années à vivre, si l’on se réfère à l’espérance de vie moyenne des Français), même tout droit du berceau (sur lequel se penche une fée bienveillante) jusqu’au paradis (fiscal ou autre). Mais la parcours n’est pas le même pour tout le monde dans ce jeu où, comme dans la vraie vie, tout est politique. Sur les cinq joueurs (maximum), un seul fait partie du monde des dominants et c’est le hasard (du lancer de dés) qui en décide : selon que l’on naît à Neuilly ou à Saint-Denis, on est puissant ou misérable, c’est bien connu…

Plateau de jeu Kapital (source © La Ville brûle)

Le dominant reçoit d’emblée une belle dotation en billets qui constituent son capital financier, mais aussi social, culturel et même symbolique. Les autres se contenteront des miettes, l’objectif étant bien entendu d’arriver au paradis en ayant amassé le capital le plus élevé. Mais à chaque arrêt sur une case, les deux catégories ne piochent pas dans le même tas de cartes action. Le gouvernement privatise ou réduit les allocations chômage, c’est autant d’argent que les dominés devront reverser au dominant qui en bénéficie. Pour le dominant, selon l’endroit où il fait son premier stage et sa capacité à citer au moins trois niches fiscales, ce sera autant d’occasions de s’enrichir encore davantage…

Des cartes actions subversives et pédagogiques à la fois… (source © Infos.net)

Les instructions dressent un rapport de force entre le dominant et les dominés qui incitent ces derniers à se liguer, créant ainsi une solidarité de classe. Car le jeu se veut avant tout pédagogique. Chaque carte contient ainsi des explications (en rouge, bien évidemment) qui replacent les choses dans leur contexte et détaillent les mécanismes à l’œuvre dans une société foncièrement inégalitaire. Une véritable leçon de sociologie critique, mais présentée de manière autrement plus ludique que dans un livre de Bourdieu !

Curieusement, quand un dominé tombe sur la case prison, il doit passer son tour alors que le dominant se contente de payer et peut continuer son chemin comme si de rien n’était : toute ressemblance avec une situation réelle serait bien entendu totalement fortuite… Et l’on ne manque pas de s’y amuser comme lorsqu’il s’agit d’imaginer un slogan contre la privatisation de tel service public ou un argumentaire pour faire comprendre aux riches l’urgence climatique. Un peu moins quand on se retrouve à sec, dépouillé en quelques tours par une série de privatisation et de nouvelles taxes. Mal à l’aise parfois pour le dominant qui voit ses richesse s’accumuler au détriment de ses voisins.

Mais les gilets jaunes ne sont jamais bien loin et voilà que la case Révolution vient bouleverser le cours du jeu : « Tous les billets de Kapitaux des joueurs sont mis au centre, comptés et redistribués équitablement entre les joueurs ». De quoi tenter une expérience improvisée de collectivisation, qui redonne d’un coup plein d’enthousiasme aux dominés et fait quelque peu grincer des dents le dominant qui voit fondre son capital accumulé !

Les Pinçon-Charlot se prennent au jeu…Illustration d’Étienne Lécroart (source © L’Ardennais)

Ce n’est qu’un jeu, bien sûr, mais aussi pertinent que pédagogique, où l’on ne s’ennuie jamais et qui ne manque pas de faire réfléchir aux mécanismes effectivement à l’œuvre dans nos sociétés capitalistes fondamentalement inégalitaires : Karl Marx aurait certainement adoré…

L. V.

Duel d’artillerie lourde à Carnoux…

8 février 2020

Il y a encore quelques mois, tout le monde annonçait une campagne municipale terne, sur fond de découragement des élus qui, à en croire les médias, étaient tous sur le point de jeter l’éponge, et de démobilisation des citoyens, gagnés par l’apathie et tentés par l’abstention. Mais à un peu plus d’un mois du premier tour, il n’en est rien ! Voilà qu’à Carnoux, la campagne a pris des allures d’affrontement sanglant..

C’est Gilles Di Rosa qui a déclenché l’offensive dès le mois d’octobre 2019, alors que le maire sortant, Jean-Pierre Giorgi, élu sans discontinuer au conseil municipal depuis 37 ans, avait annoncé dès le mois de janvier, sa volonté de briguer un quatrième mandat de maire. Les tracts distribués, semaine après semaine, par l’équipe de Gilles Di Rosa, ont peu à peu instillé leur venin… C’est d’abord le rond-point des Barles qui a été pointé du doigt : une dépense somptuaire à 70 000 €, présentée comme un « gaspillage de l’argent public ». Puis c’est le placement financier de 200 000 €, immobilisé depuis 2014 sous forme de parts sociales dans un établissement bancaire, qui a été mis en cause. Et c’est enfin le crédit quasi gratuit de 800 000 € accordé par la commune fin 2013 au diocèse de Marseille en toute illégalité, afin de permettre à ce dernier de réaliser à bon compte la reconstruction du collège privé Saint-Augustin, une opération qui avait fait l’objet de vertes critiques de la part de la Chambre régionale des comptes.

Attaqué sur son terrain favori de la gestion financière des deniers publics, le sang du maire sortant n’a fait qu’un tour. Et le voici donc qui diffuse dans toutes les boîtes aux lettres de la ville un tract incendiaire où on le voit, les manches retroussées et les bras croisés dans une allure de défi, répondre pied à pied à son adversaire animé d’une « véritable ambition » comme le rappellent chacun de ses tracts de campagne.

Et c’est carrément l’artillerie lourde qui est employée pour répondre aux tirs de snipers de la liste adverse. A ce niveau-là, les cibles mineures comme le rond-point et son olivier centenaire, sont négligées : trop petit pour la Grosse Bertha avec laquelle le maire sortant pilonne le camp adverse… Les arguments manquent un peu de précision, mais l’essentiel est d’impressionner l’adversaire !

Le fond du problème est que la commune a trop d’argent et dégage année après année un excédent budgétaire important : 520 000 € en 2017 et quasiment 1,2 millions en 2018 ! La commune a beau s’efforcer de réaliser des dépenses somptuaires, du rond-point de l’olivier à l’hôtel de ville quelque peu disproportionné en passant par l’enfouissement des lignes électriques, comme la quasi totalité des investissements est subventionnée, parfois jusqu’à 70 %, par le Conseil départemental, il reste toujours trop d’argent en fin d’exercice et c’est ce qui explique ces placements financiers et ces prêts quelques peu inhabituels et normalement interdits dans une commune pour laquelle l’annuité du budget est un principe de base.

Le collège Saint-Augustin à Carnoux (source site du collège)

Sur la question du crédit de 800 000 € accordé au diocèse pour la reconstruction du collège Saint-Augustin, l’argument mis en avant par le maire est tout simplement effarant, surtout venant de la part d’un spécialiste en finances publiques. Il reconnaît bien volontiers, comme l’a expressément écrit la Chambre régionale des comptes que se décision était parfaitement illégale, ce qui est un peu surprenant de la part de celui qui, de par sa fonction même de représentant de l’État et d’officier de police judiciaire, est garant de la légalité des décisions de la collectivité. Mais il estime que c’était faute vénielle car elle est restée exceptionnelle. C’est comme si un malfrat se targuait de son honnêteté en plaidant : « oui, j’ai braqué une banque, mais je ne l’ai fait qu’une fois, et en plus je n’ai même pas été condamné… »

Ces échanges nourris de tirs d’artillerie entre deux listes que seules séparent des ambitions personnelles (rappelons quand même au passage que Gilles Di Rosa était l’adjoint de Jean-Pierre Giorgi de 2001 à 2008 et qu’il a été élu sur sa même liste en 2008, même si son élection a été ensuite invalidée) transforment depuis quelques semaines déjà la place du marché en champ de bataille où les deux équipes au complet s’affrontent sous l’œil amusé des quelques Carnussiens qui viennent y faire leurs courses.

Article publié dans La Provence le 6 février 2020

Pendant ce temps et loin de ces batailles d’ego d’un autre temps, la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire trace pas à pas son sillon en mettant en avant des thématiques qui touchent à la vie quotidienne des Carnussiens dans un monde mouvant et soumis à des défis majeurs tels que le changement climatique global, la montée des inégalités sociales ou la transition énergétique. Comment mieux associer chaque citoyen aux choix d’investissement via la mise en place de budgets participatifs ? Comment mieux faire face collectivement aux défis d’une métropole en pleine construction et qui n’a guère fait preuve d’efficacité jusqu’à présent alors que c’est à son échelle que doivent être gérés le développement d’une activité économique innovante, le rééquilibrage des offres de logement accessibles à tous, la mise en place de transports publics performants, le maintien d’un maillage adapté de services publics accessibles, mais aussi la gestion des ressources en eau, la prévention des risques naturels et technologiques, la préservation des espaces naturels et agricoles ou encore la lutte contre les pollutions ?

Toutes ces thématiques et bien d’autres encore font l’objet d’analyses et de propositions concrètes, détaillées sur le site internet de la liste. Elles ont été largement abordées lors d’une réunion publique qui s’est tenue à la Crémaillère, mardi 4 février 2020 et qui a rassemblé une soixantaine de Carnussiens avides de donner leurs avis et d’émettre des propositions concrètes : comment développer le réseau de pistes cyclables à Carnoux ? Comment mettre en place un dispositif de pedibus pour accompagner les enfants à l’école communale ? Comment rendre plus accessibles les équipements culturels et sportifs de qualité dont dispose la commune et qui sont largement sous-utilisés ? Comment encourager et accompagner les initiatives individuelles d’isolation thermique des maisons et de mise en place de panneaux solaires pour l’eau chaude sanitaire et la production électrique ? Comment mieux évaluer le niveau de pollution de l’air du fait des flux incessant de voitures qui traversent la ville et surtout comment réduire cette circulation ? Comment développer les espaces verts et lutter contre les îlots de chaleur en ville ?

Réunion publique de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire à la Crémaillère, le 4 février 2020 (source © CPC)

Autant de questions qui passionnent nombre de Carnussiens, intéressés par cette démarche citoyenne un peu à rebours des querelles de politiciens semi-professionnels qui se disent bon gestionnaires parce qu’ils savent faire des dossiers de demande de subvention et des placements financiers. Gérer une commune est bien plus que cela : c’est aussi associer les habitants aux décisions pour créer du consensus et du lien social afin d’anticiper sur les défis qui nous attendent collectivement et trouver ensemble les meilleures voies pour y faire face…

L. V.

Hommage à notre ami Guy Hélin

6 février 2020

Guy Hélin

C’est avec une très grande tristesse que nous avons appris le décès de notre ami Guy Hélin le 10 janvier 2020 à l’âge de 73 ans.

Le 17 janvier 2020, ses obsèques ont réuni une foule nombreuse dans l’église Notre Dame d’Afrique de Carnoux-en-Provence venue rendre hommage à celui qui s’est constamment dévoué.

Figure progressiste, il a joué dans notre ville, un rôle important et mobilisé constamment son énergie auprès des plus modestes en créant en 2000 avec Lucien Valéro une antenne puis le comité du Secours Populaire, association caritative reconnue d’utilité publique, qui collectait des vêtements et différents objets à revendre, mais surtout de l’alimentation récupérée auprès des enseignes ou donnée avant d’être redistribuée aux plus démunis.

Guy Hélin lors de la campagne municipale en février 2008 (photo © CPC)

Chaque 1er mai, entouré de sa famille et de bénévoles, il vendait du muguet et les sommes récoltées permettaient de contribuer à la confection de colis pour les personnes en difficulté. Il n’a jamais ménagé sa peine pour stocker vêtements, objets et alimentation pour ceux qui en avaient le plus grand besoin. Malheureusement, au moment même où la précarité et la pauvreté augmentaient, il n’a pu trouver le soutien nécessaire, notamment institutionnel, pour rester dans des locaux adaptés aux loyers modestes dans Carnoux et il a dû replier son activité caritative en rejoignant le comité d’Aubagne.

Guy Hélin, avec Marie-Jeanne Bromont, Jacques Boulesteix et quelques citoyens de Carnoux, a été un des membres fondateurs en 2001 du Cercle Progressiste Carnussien, association citoyenne et culturelle.

En plus de ces actions, Guy Hélin était investi dans l’Association pour le Don du Sang.

Au-delà de ses engagements associatifs, c’est aussi l’homme porteur de valeurs sociales et de progrès que nous saluons. Candidat aux élections municipales, il a été par deux fois élu conseiller municipal d’opposition de 2002 à 2014 et a su faire apprécier par l’ensemble du conseil son sens de l’altruisme en œuvrant notamment au sein du CCAS de la ville.

Guy Hélin en 2008

Cette esquisse de portrait ne reflète qu’incomplètement l’homme d’action que fut Guy Hélin.

Il a œuvré constamment auprès de nos concitoyens les plus fragiles afin de leur donner espoir dans la vie. Il a été aussi un mari, un père et un grand-père aimant ainsi que l’a exprimé sa petite fille lors de ses obsèques.

Nous saluons Guy Hélin, un homme généreux, et présentons à sa famille nos plus sincères et vives condoléances.

M. Motré

Surpêche : l’Europe baisse les bras

2 février 2020

Depuis les années 1970, sous l’effet d’une pêche industrielle qui s’est développée, souvent largement aidée par des subventions publiques, les stocks de poissons dans les océans ont diminué de moitié ! Car, pour les pêcheurs professionnels, on ne parle pas en termes de biodiversité, mais en termes de stocks, dans lequel chacun puise autant qu’il peut, partant du principe que tout ce qu’il ne prend pas servira à enrichir son concurrent… Chacun a d’ailleurs en tête les batailles navales mémorables qui se produisent épisodiquement entre flottilles de chalutiers français, espagnols ou britannique au large des côtes européennes, chacun accusant l’autre de venir lui faire une concurrence déloyale.

Bateaux de pêche français encerclent des navires britanniques pour les empêcher de pêcher dans la Manche au large du Havre, le 8 octobre 2012 (photo © Pierre Guillaume / SIPA / France TV info)

C’est précisément pour éviter ces conflits d’un autre âge que des quotas de pêche sont attribués par pays, à l’issue de négociations entre ministres européens de la Pêche, qui se mettent d’accord pour définir des tonnages à ne pas dépasser. Et l’enjeu est de taille puisque ce sont en moyenne de l’ordre de 4,3 milliards de tonnes de poissons qui sont capturés chaque année par des pêcheurs européens, ce qui ne représente pourtant que 3 % du volume global de la pêche mondiale, excusez du peu !

Chalutier français en action (photo © M. Mochet / AFP / France3 Région)

Toute la difficulté reste néanmoins de fixer ces fameux quotas qui sont exprimés sous forme de TAC, autrement dit de « totaux admissibles de capture », exprimés en tonnes de poissons que l’on peut pêcher, pour chaque espèce et chaque zone de pêche. Pour les déterminer, l’Union européenne s’appuie sur les données scientifiques qui émanent d’une organisation intergouvernementale, le CIEM (Conseil international pour l’exploitation de la mer). Sur la base des données disponibles, ce dernier évalue, année après année et pour chaque espèce, un tonnage maximal de captures par zone de pêche, à ne pas dépasser si l’on veut ne pas mettre en péril la survie de l’espèce. Ce chiffre est appelé « rendement maximal durable » ou RMD. Où l’on voit que l’on est plus proche d’une démarche purement industrielle que réellement écologique…

C’est en tout cas sur la base de ces RMD que les experts de la Commission européenne proposent de fixer les quotas sous forme de TAC, visant à concilier enjeux économiques de la filière et préservation de ressources naturelles qui ne sont pas inépuisables, loin s’en faut. Cette politique commune de la pêche ne date d’ailleurs pas d’hier puisqu’elle a été instaurée en 1983. Mais elle a subi une profonde révision en 2013 après que chacun a constaté son incapacité totale à réguler efficacement les efforts de pêche. A cette date, il avait été convenu de viser, d’ici 2015, un arrêt définitif des pratiques de surpêche qui menaçaient de vider très rapidement la totalité des fonds marins européens.

Une pêche miraculeuse, pour combien de temps ? (photo © Christian Charisius / dpa / Euractiv)

Mais, comme pour toute politique publique, même justifiée par des impératifs naturels totalement incontournables, il a bien fallu lâcher du lest. En 2015, les États européens se sont donc généreusement octroyé un délai de grâce de 5 ans supplémentaires pour respecter leurs propres engagements et attendre tranquillement le 1er janvier 2020 pour respecter enfin les fameux RMD, au-delà desquels les espèces pêchées sont menacées de disparition pure et simple. D’où l’importance des discussions qui se sont tenues au cours de l’année 2019 et qui se sont soldés par un Conseil des Ministres de la dernière chance , lequel s’est tenu à Bruxelles, du 16 au 17 décembre 2019…

Les discussions se sont déroulées comme à l’accoutumée de manière totalement opaque et sous la pression intense des lobbyistes de la filière. En effet, comme l’explique Jean-Christophe Vandevelde, chargé de mission pour l’ONG Pew Charitable Trusts, selon des propos rapportés sur le site Ici.fr, , « non seulement l’industrie de la pêche participe en amont aux propositions soumises aux ministres et qui définiront les positions à défendre, mais elle est aussi tous les ans présente en masse à Bruxelles ». Pour cette séance cruciale de négociation, ce sont pas moins de 40 à 50 professionnels de la pêche française, ceux-là même qui se redistribuent ensuite les quotas nationaux, qui étaient présents à Bruxelles, tous rassemblés à l’hôtel Thon – ça ne s’invente pas – qui jouxte le bâtiment du Conseil des ministres.

Et ils ont bien fait de venir puisque, contrairement aux engagements pris, les quotas fixés restent, pour nombre d’espèces, très supérieurs aux exigences de durabilités fixées de manière scientifique sous forme des fameux RMD. Ainsi, pour les populations particulièrement menacées de morues situées dans l’ouest de l’Écosse et en mer du Nord, alors qu’il avait été préconisé de ne pas pêcher en 2020 plus de 2,4 tonnes, le conseil des ministres a finalement obtenu un TAC de 3,2 tonnes, et ce sera 1,3 tonnes de plus que recommandé pour le merlu. Alors que le CIEM avait recommandé, sur la base de ses observations scientifiques, de ne plus pêcher du tout en 2020 le cabillaud en Mer celtique du sud, la Commission avait décidé de passer outre en proposant un quota de 189 tonnes quand même et les ministres ont décidé, quant à eux, de s’asseoir totalement sur cet objectif de gestion durable en autorisant un TAC de 805 tonnes !

Didier Guillaume, ministre de l’agriculture et de l’alimentation (photo © Ministère de l’agriculture / terres et territoires)

A ce rythme, on se demande bien qu’il restera pour nos enfants encore quelques poissons dans les eaux de l’Atlantique et de la Mer du Nord… Sur 77 espèces pour lesquelles le CIEM a réussi à fixer des RMD, 15 au total verront donc, grâce au travail de nos ministres et de leurs lobbyistes patentés, des quotas 2020 qui restent très supérieurs au taux maximum de prélèvement jugé acceptable. Le ministre français de l’agriculture et de l’alimentation, Didier Guillaume, qui y défendait les intérêts des pêcheurs, s’en est d’ailleurs fortement réjoui, lui qui a fait partie, avec ses homologues espagnols et danois, des plus acharnés opposants à toute réduction des quotas de pêche qui s’est félicité, à l’issue du Conseil, de ces résultats qui « illustrent l’investissement du gouvernement et des acteurs du secteur pour défendre une pêche française forte et durable »…

Cabillaud de la Mer celtique débarque d’un chalutier hauturier du Guilvinec (photo © Lionel Flageul / Le Marin)

Et il ne faut pas oublier que si le respect de ces fameux RMD reste largement un vœu pieux, il existe aussi de multiples espèces de poisson pour lesquelles les scientifiques sont tout simplement incapables de fixer des quotas, faute de données disponibles. Cela concerne pas moins de 63 espèces de poissons supplémentaires, pourtant pêchées très régulièrement en Atlantiques et en Mer du Nord. Pour ceux-là, le CIEM se contente de formuler des recommandations, sur la base des données dont il dispose. Ainsi, pour le lieu jaune en Mer celtique, le CIEM préconise de ne pas dépasser 3 360 t de capture annuelle. Mais les ministres européens ne se sentent nullement engagés par ces mesures de précaution et 83 % des TAC ont été fixés pour ces espèces en 2020 très au-delà des chiffres du CIEM, avec par exemple 12 163 t pour le lieu jaune en question…

On ne peut donc que constater que, même en Europe, une approche durable de la pêche professionnelle est encore loin d’être acquise. Et tout laisse à penser qu’avec le Brexit les choses ne vont pas s’arranger dans les années à venir, maintenant que nos voisins britanniques, qui possèdent la 4ème flotte de pêche en Europe mais se placent en deuxième position (derrière l’Espagne mais devant la France) en tonnage capturé, comptent reprendre le contrôle de leurs eaux les plus poissonneuses d’Europe…

L. V.

En Australie, faucons pyromanes et araignées tueuses…

27 janvier 2020

Décidément, les Australiens ont bien du souci à se faire. Cette année, toute la côte sud-est du pays, qui s’étend de Brisbane à Melbourne en passant par Sydney et Camberra, a fait l’objet de gigantesques feux de brousse. Après les tempêtes de neige du mois d’août, c’est la sécheresse qui s’est abattue sur toute la région, avec son corollaire habituel de feux de brousse, aussi fréquent là-bas que dans notre climat méditerranéen.

Camion de pompiers battant en retraite devant un feu devenu incontrôlable près de Torninbuk, à 125 km de Melbourne (photo © AP Photo / Swissinfo)

Sauf que l’ampleur des incendies dans ce pays n’a rien de commun avec celle que nous pouvons connaître ici ! La faible densité de l’habitat permet en effet aux feux de forêt de se propager très rapidement sur d’immenses étendues, laissant les pompiers relativement impuissants pour y faire face, malgré toute leur technicité qui n’a rien à envier à la notre, comme a pu le constater le colonel Grégory Allione, chef du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, de retour d’une mission d’expertise en Australie.

Débutés tôt dans la saison, dès la fin du mois d’août, les feux ont déjà détruit 64 habitations en octobre tandis qu’un feu, considéré d’ampleur catastrophique faisait rage dans le Grand Sydney autour du 12 novembre. Et ce n’était que le début… Le 18 décembre, le pays enregistrait la journée la plus chaude de son histoire avec une température record de 41,9 °C en moyenne nationale, tandis que le thermomètre grimpait, le lendemain, jusqu’à 49,9 °C dans la plaine de Nullarbor.

Incendie dans une zone résidentielle de Harrington, au nord-est de Sydney, le 8 novembre 2019 (photo © Kelly-Ann Oosterbeek / AFP / Sud-Ouest)

De telles conditions météorologiques n’ont fait qu’attiser le risque d’incendies et les services de secours font face jour après jour à de multiples départs de feux qui se poursuivent encore malgré les quelques jours de pluie survenues localement vers le 17 janvier. A ce jour, on estime à près de 19 millions d’hectares les surfaces parties en fumées en l’espace de quelques mois sous l’effet de ces incendies gigantesques : c’est plus que la superficie totale occupée par des espaces forestiers sur toute la France, que l’on estime à un peu moins de 17 millions d’hectares !

Et les dégâts collatéraux sont gigantesques, même si l’Australie a l’habitude de ces feux de brousse saisonniers qui contribuent, comme pour la forêt méditerranéenne, à la régénération naturelle de la végétation qui fait preuve d’une résilience spectaculaire et présente des repousse souvent très rapides. Selon les bilans encore provisoires qui circulent à cette date, ce sont pas moins de 6 500 bâtiments qui ont déjà été détruits par ces incendies violents, dont 2 683 maisons d’habitation qui seraient parties en fumées. Le bilan humain, quant à lui, fait état de 33 morts en comptant les trois pilotes américains d’un avion bombardier d’eau qui s’est écrasé le 23 janvier 2020.

Maison en feu à Balmoral, à 150 kilomètres de Sydney, le 19 décembre 2019 (photo © Peter Park / AFP / FranceTVinfo)

L’impact de ces feux de brousse exceptionnels sur la faune et la flore est d’autant plus difficile à évaluer que nombre de postes d’observation ont été détruits ou endommagés, ce qui freine l’analyse scientifique des dégâts. Mais certains chercheurs avancent déjà le chiffre colossal d’un milliard d’animaux qui auraient péri dans les flammes, dont de nombreux koalas, mais aussi de multiples autres espèces. 32 espèces en danger critique d’extinction auraient ainsi vu leur habitat totalement ou partiellement détruit. Le Figaro évoque même une mission secrète destinée à sauver le dernier site naturel de pins de Wollemi, un arbre préhistorique découvert en 1994 et dont l’emplacement exact est maintenu caché pour éviter tout risque de détérioration accidentelle.

Un wallaby sur l’île Kangourou dans un spectacle de désolation le 19 janvier 2020 (photo © Tracey Nearmy / Reuters / Le Figaro)

Les conséquences sur l’économie australienne de ces incendies et de la longue période de sécheresse qui les a rendu possibles restent encore à chiffrer mais on évoque déjà des pertes lourdes pour l’agriculture avec de nombreux pâturages partis en fumée et de gros manques à gagner pour le tourisme, évalué à près de 3 milliards d’euros par le Conseil australien des exportations touristiques, lequel constate depuis le mois de septembre une baisse de fréquentation de 10 à 20 % par rapport aux années antérieures.

La plupart de ces incendies ont probablement été initiés de manière involontaire, les jeteurs de mégots mal éteints restant les principaux responsables de ces imprudences, même si quelques pyromanes ont aussi été identifiés et arrêtés. Mais voilà que les scientifiques viennent de se rendre compte que certains feux de forêt sont en réalité allumés volontairement par des oiseaux !

L’affaire est connue de tout temps par les Aborigènes qui ont à maintes reprises observé des rapaces tournoyer autour des feux de brousse afin de se repaître des petites proies, mulots ou lézards, qui fuient leur cachette à l’approche des flammes et tentent de se mettre à l’abri en s’enfuyant au plus vite des zones en feu. Lorsque la concurrence devient trop rude, certains de ces rapaces n’hésitent pas alors à se saisir, avec leurs serres ou dans leur bec, de tisons enflammés qu’ils emportent sur des distances assez longues et relâchent alors sur un autre secteur boisé, lequel s’embrase rapidement, ce qui leur fournit une nouvelle réserve de proies affolées et devenues subitement très vulnérables. Il arrive aussi que ces oiseaux viennent se servir directement dans les foyers domestiques des Aborigènes et n’hésitent à relarguer leur bombe incendiaire un peu plus loin pour les besoins de leur propre chasse.

Rapaces tournoyant aux alentours d’un feu de forêt à la recherche de proies (photo © Dick Eussen / Trustmyscience)

Plusieurs chercheurs ont parfaitement documenté ces observations et ont publié, en décembre 2017, un article scientifique dans le Journal of Ethnobiology. Ils y décrivent précisément ces comportements assez inattendus qui concerneraient au moins trois espèces de rapaces présentes localement : le Milan noir, le Milan siffleur et le Faucon bérigora. Les autorités australiennes ont longtemps exprimé un grand scepticisme face à ces histoire des firehawks, les « faucons de feu », persuadées que seul l’homme possédait une maîtrise suffisante du feu pour arriver ainsi à le propager. Mais les recherche de ces ethno-ornithologues viennent bel et bien conforter une observation que les Aborigènes ont eux-mêmes intégré depuis des millénaires…

Araignée Atrax robustus, considérée comme l’une des plus venimeuses au monde (photo © James van des Broek / Getty Images / Geo)

Et voilà que l’on évoque désormais, selon CNN, parmi les conséquences indirectes de cette exceptionnelle vague de sécheresse prolongée, outre les gigantesques feux de forêts et les fumées gênantes voire toxiques qui en émanent, les vents de sables et maintenant les orages et les tempêtes de grêle qui commencent, mais aussi l’arrivée de nombreuses araignées à toile-entonnoir, dont la redoutable Atrax robustus, qui se multiplient à l’occasion des premières pluies. Originaires des forêts humides de l’Est australien, ces araignées se déplacent et sont susceptibles de s’introduire dans les maisons où elles constituent un danger réel pour les humains puisqu’elles sont considérées comme l’une des espèces les plus dangereuses de la planète, leur morsure étant généralement considérée comme mortelle : welcome in Australia !

L. V.

La nature se donne rendez-vous à Marseille

25 janvier 2020

Du 11 au 19 juin 2020, la Ville de Marseille accueillera au Parc Chanot le Congrès mondial de la nature, un grand raout international qui se tient tous les 4 ans et qui est organisé pour la première fois en France. C’est l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui organise l’évènement dont la dernière édition a eu lieu en septembre 2016 au Centre des Congrès Hawai’i à Honolulu et avait rassemblé plus de 10 000 participants issus de 180 pays différents, dont 6 chefs de gouvernements.

Annonce du prochain Congrès mondial de la nature à Marseille (source : UICN)

Après Hawaï, c’est donc Marseille qui prendra le relais pour accueillir, d’ici quelques mois, ce grand rassemblement mondial des défenseurs de la biodiversité. L’UICN, qui en est le grand organisateur, a d’ailleurs été fondée en France, le 5 octobre 1948, à la suite d’une précédente conférence internationale qui s’était tenue à Fontainebleau, et ce premier congrès sur le sol français est donc un juste retour des choses, près de 80 ans plus tard…

Son siège actuel se situe en Suisse, dans la ville curieusement dénommée Gland (on imagine déjà les jeux de mots…) et elle regroupe des États, des agences gouvernementales et environ 1100 ONG environnementalistes ainsi que plus de 10 000 scientifiques affiliés, autant dire tout le gratin de ceux qui travaillent à la sauvegarde de la biodiversité mondiale. Avec plus d’un millier de salariés, l’UICN accompagne de nombreux États pour les aider à élaborer des stratégies de préservation de la faune et de la flore sauvage.

Formation coralligène dans le Parc marin de la Côte bleue (photo © J.C. Hamelin / PMCB)

Mais l’organisme est surtout connu pour avoir établi des listes d’espèces menacées et des catégories d’aires protégées qui font référence dans le monde entier. Rappelons d’ailleurs au passage que sur les 46 aires protégées labellisées dans le monde par l’UICN, 14 se trouvent en France dont un en région PACA, le Parc marin de la Côte bleue, tandis que la Réserve naturelle de la Sainte-Victoire vient à son tour de se porter candidate pour une telle labellisation.

Quant à la liste rouge établie par l’UICN, il s’agit d’une vaste base de données, régulièrement actualisée, qui dénombrait en 2019 pas moins de 105 732 espèces animales et végétales (sur un total d’environ 1,8 million d’espèces connues tout de même !), toutes classées en fonction du degré de menace auquel elles sont exposées. Grâce à ce travail patient d’observation et de synthèse, l’UICN considère qu’en 2019, 28 338 espèces, soit plus d’un quart de celles dont elle suit l’évolution, sont désormais menacées d’extinction. C’est notamment le cas de 4 espèces de grands singes, dont le Gorille et l’Orang-outang, qui sont actuellement en danger critique d’extinction, mais aussi de 41 % des amphibiens, 33 % des récifs coralliens, 30 % des conifères, 25 % des mammifères, et 13 % des oiseaux…

Gorille s’occupant de son petit (photo © Rhettt A. Butler / Mongabay)

La chasse, la pêche à outrance, l’urbanisation et les activités agricoles et industrielles qui réduisent les espaces naturels et boisés, mais aussi la pollution, les espèces invasives et le réchauffement climatique sont autant de facteurs qui expliquent l’extinction massive de la biodiversité à laquelle on assiste ces dernières années et qui ne cesse de s’accélérer. Certes, les efforts entrepris localement pour préserver des aires protégées permettent d’améliorer la situation critique de certaines espèces menacées, comme le Pygargue à queue blanche, un rapace qui était officiellement déclaré disparu du territoire français depuis 1959 mais dont on connaît désormais un unique couple nichant sur les bords du Lac du Der depuis 2015…

Les travaux du prochain Congrès mondial de la nature, à Marseille, auront précisément pour objet de définir et adopter le prochain programme de l’UICN pour les 4 ans à venir, mais aussi de préparer la 15ème conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra fin 2020 en Chine et où il est prévu d’adopter un nouveau cadre pour la préservation de la biodiversité mondiale.

Comme toutes les conférences internationales, il n’y a pas de miracle à attendre d’un tel rassemblement sinon qu’il permet de fluidifier les liens entre les membres de la communauté scientifique mondiale engagée dans le domaine, tout en fournissant un focus médiatique sur un dossier qui intéresse le sort mondial de l’humanité. C’est d’ailleurs peut-être sur ce dernier point que le prochain congrès de Marseille cherche à mettre l’accent en l’ouvrant, pour la première fois, assez largement au grand public.

En dehors des sessions réservées au spécialistes, des espaces sont prévues pour que des citoyens ordinaires puissent s’exprimer et apporter leur contribution, dans le cadre notamment d’un forum et d’une plateforme où chacun peut s’exprimer. Des « Espaces génération nature » seront aussi organisés, à l’initiative du Ministère de la transition écologique et solidaire, afin de mettre en valeur les actions des différents acteurs, associations, citoyens ou collectivités territoriales, impliquées dans la préservation de la biodiversité au quotidien.

Classe nature (source : CD 13 – revue Accents n°254)

En parallèle environ 400 jeunes de 10 à 25 ans se mobilisent, comme pour la COP 21, au travers de jeux de rôle pour s’initier aux négociations internationales en faveur de la protection de la nature et leurs propositions seront présentées en séance plénière aux congressistes. Une classe internationale constituée de 22 jeunes issus du pourtour méditerranéen est par ailleurs organisée avec l’aide de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale : durant toute l’année scolaire, ils procèdent à des observations à l’aide de mallettes pédagogiques adaptées et ils restitueront eux aussi leurs propositions en vue d’enrichir le débat public lors du Congrès de Marseille.

Rien ne permet d’affirmer que ce prochain Congrès mondial de la nature qui se déroulera dans quelques mois à Marseille fera avancer significativement la préservation de la biodiversité, chaque jour davantage menacée. Mais ce sera du moins un coup de projecteur supplémentaire sur les efforts qui sont faits à tous les niveaux par de simples citoyens comme par des institutions, pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore et essayer de trouver de nouveaux équilibres plus durables entre développement des activités humaines et préservation des espaces naturels : un challenge vital…

L. V.

Municipales : le pastis de Marseille…

20 janvier 2020

Jean-Claude Gaudin en visite rue d’Aubagne aux côtés du ministre Julien Denormandie, le 7 novembre 2018 (source © Préfecture des Bouches-du-Rhône / GoMet)

Les fins de règne sont toujours des moments délicats qui peuvent réserver bien des surprises et favoriser de belles empoignades entre prétendants. A Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui a fêté ses 80 ans en octobre dernier, ne briguera pas un cinquième mandat de maire, lui qui est élu à la mairie de Marseille depuis 1965. Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, drame à l’issue duquel certains ont été jusqu’à le traiter d’assassin…

Il avait bien adoubé (après de nombreux autres dauphins putatifs successifs), le sénateur LR Bruno Gilles, lequel lui avait succédé en 2016 à la tête de la fédération départementale des Républicains. Greffé du cœur en 2017, ce miraculé n’a pas hésité à présenter dès septembre 2018 sa candidature au fauteuil de maire. Sauf que, depuis, Jean-Claude Gaudin a changé d’avis et soutient désormais officiellement Martine Vassal laquelle lui a déjà succédé au fauteuil de présidente de la métropole Aix Marseille Provence, après avoir auparavant pris la tête du Conseil Départemental en 2015. C’est donc cette dernière qui a finalement obtenu l’investiture officielle de son parti. Il y a trois mois, c’est elle qui paraissait la mieux placée pour remporter la mairie, alors que la République en marche (LREM) hésitait toujours à choisir sa tête de liste et que les candidats de gauche se déchiraient dans une désunion suicidaire.

Le match entre Martine Vassal et Bruno Gilles : panneaux d’affichage à Marseille en décembre 2019 (photo © David Rossi / MaxPPP / FranceTVInfo)

Mais à deux mois du premier tour des municipale, la situation électorale reste des plus confuses, ce qu’on appel ici un beau pastis… A droite, il est certain désormais que Bruno Gilles ne retirera pas sa candidature et ira jusqu’au bout de son affrontement avec Martine Vassal, entraînant d’ailleurs sur ses listes quelques conseillers municipaux sortant de l’actuelle majorité, tandis que le Rassemblement national, sous la houlette de Stéphane Ravier entend bien jouer un rôle majeur dans ses prochaines municipales. Quant à LREM, Il semble qu’Emmanuel Macron ait enfin tranché et que c’est le médecin et universitaire Yvon Berland qui conduira finalement la liste du parti gouvernemental.

Michèle Rubirola, candidate à la mairie de Marseille pour le rassemblement de la gauche, des écologistes et des citoyens (source)

A gauche, l’écologiste Stéphane Barles maintient jusque-là sa volonté de se présenter coûte que coûte au nom d’Europe écologie – Les Verts, lui a qui a claqué bruyamment la porte des discussions lancées depuis des mois en vue de constituer une liste unique de gauche dans laquelle la société civile engagée au sein du Printemps marseillais souhaitait jouer un rôle moteur. Un mouvement qui, c’est la bonne surprise au milieu de ce bazar innommable, semble sur le point d’aboutir. La liste, qui rassemblerait socialistes, communistes, France insoumise et écologistes, devrait être conduite par Michèle Rubirola, et devrait comporter une moitié de candidats issus directement de la société civile, plusieurs centaines d’entre eux, ayant fait acte de candidature.

A cela s’ajoutera une liste portée par la sénatrice Samia Ghali, ex socialiste en rupture avec son parti mais qui se revendique toujours de gauche, ainsi qu’au moins une liste qui se présente comme « démocrate et écologiste », sous la houlette du centriste Christophe Madrolle, et ceci sans compter les multiples autres candidats qui ne manqueront pas de se déclarer d’ici fin février, date de clôture des inscriptions…

Répartition des conseillers municipaux de Marseille par secteur (infographie publiée dans La Provence le 20 janvier 2020)

Dans un paysage électoral aussi éclaté et insolite, le premier sondage que vient de publier la Provence, vendredi 17 janvier 2020, ne manquait donc pas d’intérêt pour savoir comment les électeurs allaient bien pouvoir se positionner. L’exercice a bien entendu ses limites, d’abord parce qu’une bonne partie des têtes de liste sont de parfaits inconnus pour bon nombre de Marseillais alors que la campagne n’a même pas encore commencé, et ensuite parce que, rappelons-le, l’élection du maire de Marseille, comme à Lyon ou Paris, se fait par secteur (chacun regroupant deux arrondissements) et avec un nombre de conseillers municipaux variable : 32 dans le secteur 7 (13e et 14e arrondissements, dans les quartiers nord de Marseille) mais 16 seulement dans le secteur 2 (2e et 3e arrondissement, en centre ville, d’Arenc au Vieux Port).

Dans chaque secteur, un tiers seulement des conseillers municipaux élus (qui sont 303 au total) siège au Conseil Municipal, les autres ne participant qu’au conseil de leur secteur. Ce sont donc finalement ces 101 conseillers qui choisissent le maire de Marseille. Dans ce contexte et comme pour l’élection du Président des États-Unis, le gagnant n’est donc pas forcément celui qui a le plus de suffrages mais celui qui a su faire élire le maximum de colistiers sur les 8 secteurs…

Montage photo figurant en première page de La Provence en date du 17 janvier 2020

A cette réserve près, ce premier sondage confirme, pour ceux qui en douteraient encore, que le Rassemblement national (RN) devrait maintenir son score de 2014 avec, à ce jour 22 % des intentions de vote parmi les personnes interrogées. Ceci reste assez comparable au score moyen obtenu en 2014 par les listes du Front National, mais qui présentait en réalité de fortes disparités selon les secteurs, permettant notamment à Stéphane Ravier d’emporter la mairie du 13-14 avec 32 % des voix au premier tour et un peu plus de 35 % au second.

Ce sondage place en tout cas Martine Vassal en tête des intentions de vote à ce jour, légèrement au delà du RN, mais avec un score étriqué de 23 %, très inférieur à celui que lui donnaient les sondages précédents et très éloigné de celui obtenu en 2014 où elle figurait en deuxième place sur la liste de Jean-Claude Gaudin, laquelle avait recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés dès le premier tour dans son secteur (6-8).

Sondage publié par La Provence le 17 janvier 2020

La véritable surprise de ce sondage concerne en fait le beau score de la liste d’union de la gauche qui sera conduite par Michèle Rubirola, laquelle est créditée, malgré sa faible notoriété, de 16 % des intentions de vote, talonnée d’ailleurs par la liste du Vert Stéphane Barles (14 %). Ceux qui prônaient l’union entre ces deux listes ne pourront que constater amèrement que cela leur auraient permis de se placer facilement en tête dès le premier tour, mais passons…

Les grands déçus de ce premier tour de chauffe sont naturellement le candidat LREM Yvon Berland, crédité de seulement 8 % des intentions de vote, mais qui répète à qui veut l’entendre que la campagne ne fait que commencer et que son score pourrait bien grimper en flèche dans les semaines qui viennent. Quant aux deux outsiders, Bruno Gilles et Samia Ghali, seuls 7 % des sondés se disent prêts à voter pour eux, ce qui ne permettrait pas de les qualifier au second tour.

Sauf qu’il s’agit d’une élection majoritaire à deux tours et par secteur. En 2014, la liste conduite par Samia Ghali avait facilement emporté le secteur 8 (15-16) avec plus de 45 % des suffrages au deuxième tour dans une triangulaire et espère bien rééditer l’exploit dans ces quartiers nord où elle est bien implantée. De son côté, Bruno Gilles compte sur son alliée surprise, Lisette Naducci, ancienne guériniste puis soutien de Jean-Claude Gaudin, et actuelle maire des 2e et 3e arrondissements pour gagner ce secteur 2. Bien difficile donc, dans ces conditions, de se livrer à des pronostics sérieux, quant au nom de celui qui s’assiéra dans le fauteuil de maire de Marseille à l’issue du second tour des prochaines municipales…

L.V.

Les gendarmes et les éleveurs…

14 janvier 2020

La voiture où l’éleveur a été abattu en mai 2017 (photo © E. Bouland / LSL / Le Bien Public)

Un agriculteur abattu dans le dos par des gendarmes comme s’il était un dangereux terroriste, voilà qui aurait paru inimaginable il y a quelques décennies alors que la maréchaussée était plutôt là pour protéger les propriétaires terriens contre d’éventuels voleurs et que s’étaient instaurés des liens de proximité souvent très étroits entre gendarmes et agriculteurs dans le moindre village de campagne.

C’est pourtant ce qu’il s’est passé il y a un peu plus de deux ans, le 20 mai 2017, dans le petit village de Sailly, en Saône-et-Loire. Ce jour-là, Jérôme Laronze, un jeune éleveur bio de 36 ans, ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, en délicatesse avec l’administration pour de sombres histoires de non déclaration de certains de ces veaux, a été abattu de trois balles tirées intentionnellement par un gendarme qui, au lieu d’appeler les pompiers, a immédiatement demandé du renfort et l’aide de sa hiérarchie pour tenter de maquiller la scène du drame et masquer ainsi sa propre responsabilité.

Jérôme Laronze, l’éleveur de Trivy abattu en 2017 (source : Le journal de Saône-et-Loire)

Une scène qui depuis hante la famille de l’éleveur, dont l’une de ses quatre sœurs aînées, elle-même avocate de profession et qui tente d’obtenir justice, comme le relate en détail une série d’articles parus sur le site Reporterre. Mais une situation qui paraît surtout totalement inconcevable dans un état de droit où la priorité semblerait plutôt de venir en aide à une filière d’élevage en pleine décomposition.

Survenue au lendemain de l’élection présidentielle, l’affaire, considérée comme un simple fait divers, n’avait guère retenu l’attention médiatique à l’époque. Elle a pourtant donné lieu à des manifestations de soutien de la part de certains éleveurs qui se retrouvent dans le cauchemar qu’a vécu Jérôme Laronze, à l’occasion notamment d’une journée organisée par la Confédération Paysanne le 19 mai dernier à Cluny.

Neuf mouvements pour une cavale, la pièce de Guillaume Cayet, compagnie Le Désordre des choses, septembre 2018 (photo © Aurelia Lüscher / blog de Guillaume Lasserre)

Et l’histoire tragique de cet éleveur est à l’origine d’une pièce de théâtre mise en scène par Aurélia Lüsher et jouée de manière itinérante sous le titre Neuf mouvements pour une cavale. Une pièce bouleversante, écrite en hommage à ce jeune agriculteur atypique, lui-même passionné de théâtre et de littérature, jouant dans une troupe amateur. L’auteur, Guillaume Cayet, a écrit son texte après de multiples entretiens avec un éleveur bio auvergnat, Jean-Paul Ozon, et avec la sœur du disparu, Marie-Pierre Laronze, dont le personnage d’Antigone moderne à la recherche de la vérité et de la justice est mis en scène dans une suite de monologues aux accents de tragédie grecque.

Aux dernières nouvelles, on ne sait pas encore sous quelle forme la Justice sera amenée à se prononcer sur cette affaire encore pendante, qui mêle soupçon de bavure policière et situation de harcèlement administratif, mais les faits, tels qu’ils semblent établis à ce jour, ne laissent pas d’interroger sur la manière dont notre société gère les situations dramatiques dans lesquelles se débattent certains éleveurs.

La ferme familiale que le jeune Jérôme Laronze a reprise, perchée sur les hauteurs du village de Trivy, était initialement plutôt prospère avec ses 120 hectares de pâturages en plein pays charolais. Comme son père avant lui, et contrairement à la coutume locale, il a préféré se constituer un cheptel de vaches Limousines, une race sans doute moins productive que les Charolaises, mais plus rustiques et capables de rester toute l’année en plein air. Esprit curieux et ouvert, assistant à de nombreuses conférences, Jérôme Laronze était convaincu des vertus d’un retour à des pratiques d’élevage plus traditionnelles, ce qui l’avait amené à convertir, dès 2010 son exploitation en bio, à commercialiser ses produits en circuit court, et à développer les mélanges fourragers sur ses parcelles enherbées.

La ferme de Jérôme Laronze à Trivy (photo © Le journal de Saône-et-Loire / Le Parisien)

Cultivé et s’exprimant avec aisance, le jeune éleveur avait adhéré dès 2014 à la Confédération Paysanne dont il était devenu un des porte-parole locaux en février 2016, s’attirant les foudres de nombre de ses collègues et voisins, plutôt adeptes du syndicat majoritaire, la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) à la fibre nettement plus productiviste.

Son engagement militant et ses idées iconoclastes ne manquent pas néanmoins de le mettre rapidement en porte-à-faux avec les exigences d’une administration tatillonne. En septembre 2014, les agents de l’ASP (Agence des services de paiement, en charge des contrôles pour le versement des aides de la Politique agricole commune), lui reprochent de n’avoir pas notifié à temps la naissance de 45 bovins. Les veaux en question portaient bien à l’oreille la boucle numérotée réglementaire mais n’avaient pas déclarés dans les registres de l’administration.

Manifestant en hommage à Jérôme Laronze à Cluny le 20 mai 2019 (source : Montceau-news)

C’est le début des ennuis pour l’éleveur militant mais trop laxiste aux yeux de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Début 2015, celle-ci demande à l’éleveur, pour prouver la filiation des bêtes, d’effectuer des tests génétiques à ses frais. Le refus d’obtempérer de Jérôme Laronze l’entraîne dès lors dans une spirale infernale. Dans un texte de six pages écrit peu avant sa mort sous le titre Chroniques et états d’âmes ruraux, le jeune éleveur se dit « submergé de menaces, de mises en demeure, d’injonctions, d’intimidations et de contrôles sur ma ferme avec, à chaque fois, toujours plus de gens en armes ». Un acharnement qu’il vit comme une injustice alors que les mêmes services vétérinaires ferment complaisamment les yeux sur les dérives du système de commercialisation par la grande distribution de viande bovine à l’origine douteuse.

Dès février 2015, la DPPR confisque à l’éleveur les papiers de son cheptel et lui interdit toute vente d’animaux, le menaçant d’abattre les bêtes mal répertoriées. Plusieurs contrôles de l’administration se passent mal, dont l’un, le 6 juin 2016, au cours duquel plusieurs vaches, effrayées par les cris des agents et les mouvements des gendarmes venus en renfort, se noient en tentant de s’échapper.

Se sentant persécuté, et déçu par le manque de mobilisation de ses amis syndicalistes, Jérôme Laronze en vient peu à peu à délaisser son troupeau pour tenter de régler ses difficultés administratives. Le 11 mai 2017, l’éleveur se voit ainsi confisquer son cheptel dans un déploiement impressionnant de force armée tandis qu’il est lui-même menacé d’internement. Il s’enfuit et sera traqué pendant 9 jours par les forces de l’ordre. Deux gendarmes le retrouvent sur un chemin de terre à quelques kilomètres de sa ferme, alors qu’il somnolait dans son véhicule. Il tente de s’enfuir de nouveau et c’est alors qu’il est abattu.

Six balles sont tirées dont trois qui l’atteignent, mais les gendarmes attendent 25 mn avant d’appeler les pompiers, préférant réclamer d’abord des renforts dont celui de leur hiérarchie. Seules deux douilles seront retrouvées sur place, montrant à quel point la scène du crime a été saccagée par les gendarmes, rendant bien difficiles les expertises balistiques ultérieures. Une instruction est en cours au tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône pour « violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », étendue désormais à des faits d’omission de porter secours et d’altération de scène de crime.

Manifestation en hommage à Jérôme Laronze à Cluny le 20 mai 2019 (source : Montceau-news)

L’avenir dira comment se prononcera la Justice, alors même que la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Toulouse vient tout juste de confirmer le non-lieu accordé au gendarme qui avait tué Rémi Fraisse en 2014, lors des manifestation contre le projet de barrage de Sivens dans le Tarn. Pas sûr que le procès du jeune éleveur bio, aussi convaincu qu’impulsif, ne fasse la une des médias lorsqu’il se tiendra…

L. V.

A Cassis, drame dans la rivière mystérieuse

12 janvier 2020

Xavier Méniscus en plongée à la Font Estramar le 30 décembre 2019 (source Midi Libre)

La plongée souterraine est sans doute un des sports les plus dangereux qui existe et les accidents n’y sont pas rares. Celui qui vient de se produire cette semaine à Cassis n’en est qu’un des multiples exemples même si cette pratique de la plongée en spéléologie a bénéficié ces dernières années de très gros progrès techniques qui permettent d’atteindre désormais des profondeurs et des distances jugées inimaginables jusque-alors. Une bonne illustration en est d’ailleurs le record du monde de profondeur que vient de battre Xavier Méniscus, un habitué des rivières souterraines de Cassis, lui qui a atteint, dès 2016 la profondeur de 233 m dans le puits terminal de la galerie naturelle ennoyée qui débouche à Port-Miou.

Le 30 décembre 2019, ce même plongeur, ancien de la COMEX et scaphandrier professionnel depuis plus de 30 ans, a ainsi atteint la profondeur inégalée en spéléologie de 286 m dans le gouffre de la Font Estramar, situé à Salses-le-Château dans les Pyrénées Orientales. Une descente au fond du gouffre qui n’a durée que 22 minutes grâce à sa parfaite connaissance des lieux et aux multiples repérages effectués depuis des années dans ce réseau karstique naturel, mais qui a été suivie d’une interminable remontée de pas moins de 10h30, en respectant de longs paliers de décompression pour éviter que le sang du plongeur n’entre en ébullition. Ce jour-là, Xavier Méniscus a dépassé de quelques mètres le record mondial détenu jusque-là par le plongeur Nuno Gomes dans une cavité d’Afrique du Sud.

Mais de tels exploits ne sont pas à la portée du premier venu… Pour un professionnel chevronné comme l’est Xavier Méniscus, cette plongée exceptionnelle s’est apparentée à « une descente au paradis » comme il l’a joliment déclaré aux journalistes de Midi Libre, en référence peut-être aux célèbres vers de Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ! / Au fond de l’Inconnu, pour trouver du nouveau ». Mais pour certains, de telles plongées sous terre conduisent encore trop souvent à un véritable enfer…

Tracé approximatif des galeries noyées de Port-Miou et du Bestouan (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

C’est le cas de celle qui a eu lieu ce lundi 6 décembre 2019 dans la résurgence d’eau douce qui aboutit en mer dans la rade de Cassis, sous la villa Rastoin située en bordure de la plage du Bestouan. Les plongeurs ont exploré cette rivière souterraines sur près de 3 km depuis l’exutoire en mer. La galerie présente peu de dénivelée et la plongée se fait entre 10 et 31 m sous le niveau de la mer, mais l’exploration est néanmoins risquée car elle nécessite de progresser en nageant à contre-courant dans un milieu hostile et dangereux où il est facile de se perdre du fait de la visibilité réduite, surtout lorsqu’un remet en suspension les sédiments déposés au fond de la galerie.

En mai 2005, selon les compte-rendus soigneusement conservés sur le site captivant de l’association Cassis, les Rivières mystérieuses, qui explore ce réseau karstique depuis des années, le Britannique John Volanthen avait atteint pour la première fois ce qui est actuellement considéré comme le terminus connu de cette galerie, à plus de 3 km en amont de son exutoire en mer. Il lui avait fallu pas moins de 4h30 de plongée pour découvrir une vaste salle de 30 m de largeur et 35 m de hauteur dans un secteur rendu dangereux à cause de nombreux éboulis instables.

Plongée dans les rivières souterraines de Cassis (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

Depuis, Xavier Méniscus avait tenté, mais en vain, en mai 2016, de placer une balise afin de repérer en surface l’emplacement de cette salle terminale. Il a fallu attendre pour cela le 19 mai 2019, lorsque le plongeur Alexander Fox a réussi, au terme, lui-aussi, de 4h30 de plongée, à caler entre des blocs éboulés de la salle Volanthen, une balise émettrice dont les signaux reçus en surface ont permis de caler assez précisément la position de ce point terminal, grosso modo à l’aplomb des vignes de la Ferme Blanche, au pied du Mussuguet.

Vue en coupe de la galerie du Bestouan (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

Du fait, la généralisation de l’utilisation des mélanges pour alimenter le recycleur en limitant les risques d’accident respiratoire et celle des scooters en plongée souterraine rendent désormais plus accessible des plongées sur de telles distances : ce système d’assistance à la propulsion permet en effet de diminuer l’effort demandé au plongeur tout en doublant sa vitesse de progression.

En ce 6 décembre, les quatre plongeurs, de nationalité polonaise, qui se sont aventurés dans la rivière du Bestouan étaient bel et bien équipés avec ce matériel moderne et sophistiqué qui donne aux plongeurs spéléologues une vaque silhouette de cosmonautes. Mais cela n’a pas empêché que leur exploration se transforme en tragédie. De retour à l’air libre, vers 17h, ils se sont rendus compte qu’ils n’étaient plus que trois. Ils ont aussitôt prévenu les secours. Les pompiers n’étant pas en capacité d’engager seuls des plongeurs dans un tel dédale souterrain ont rapidement fait appel aux spécialistes du Spéléo secours dont Alexander Fox qui connaît parfaitement le tracé de cette rivière encore bien mystérieuse.

Les équipes de secours à l’œuvre, dans la nuit du 6 janvier 2019 (photo © SDIS 13 / France Bleu)

Malheureusement, les recherches engagées en fin de soirée n’ont pu que constater que le plongeur polonais resté dans la galerie était décédé, à environ 300 m seulement de l’exutoire. Une plongée qui se termine donc par une tragédie, une de plus, mais qui, assurément, ne découragera pas les spéléologues de poursuivre leurs exploration de ce réseau karstique noyé qui est encore bien loin d’avoir livré tous ses secrets. Enfer ou Ciel, qu’importe !…

L. V.

A Carnoux, je te tiens, tu me tiens…

7 janvier 2020

C’est à une bien belle cérémonie des vœux qu’ont pu assister les habitants de Carnoux massés en nombre dans la salle communale de l’Artea en ce vendredi 3 janvier 2020. La Provence, jamais avare de papier pour rendre compte des faits et gestes des élus locaux, relate la soirée sur une page quasi entière du quotidien dans son édition du 4 janvier. Chacun saura ainsi que les heureux participants à ce grand moment ont pu bénéficier en début de soirée et avant les discours officiels d’un spectacle gratuit de musiques et de danses irlandaises : du grand art !

Tract de campagne distribué par la liste de Gilles Di Rosa

Car rien n’était trop beau naturellement pour cette soirée exceptionnelle payée par le budget communal qui, comme chacun sait est largement excédentaire à Carnoux, au point de réaliser des placements financiers avec les recettes budgétaires inutilisées, comme s’en indigne le conseiller municipal d’opposition Gilles Di Rosa dans son dernier tract de campagne.

Il s’agissait en effet rien de moins, à travers cette soirée festive, que de marquer la clôture prochaine de la mandature ouverte en 2014, la troisième pour laquelle M. Jean-Pierre Giorgi occupe le fauteuil de maire. Mais cette soirée marque surtout le point de départ officiel de la nouvelle campagne municipale puisque M. Giorgi avait annoncé dès la précédente cérémonie des vœux début 2019 sa volonté de se présenter pour un nouveau mandat, lui qui est élu sans discontinuer à la mairie de Carnoux depuis 1983. Une volonté qu’il a bien entendu réaffirmée haut et fort lors de cette soirée après avoir dressé lui-même un bilan naturellement très flatteur de la mandature qui s’achève.

Bien entendu, le maire sortant ne doute à aucun moment d’être réélu triomphalement en mars prochain et il va même jusqu’à plaisanter sur scène en laissant entendre que son ambition affichée est d’être réélu dès le premier tour de scrutin, le dimanche 15 mars, lui dont la liste avait obtenu en 2014 un peu plus de 47 % des suffrages exprimés à l’issue du premier tour. A l’époque, il est vrai que pas moins de cinq listes étaient en compétition dont trois avaient pu se maintenir au second tour.

Il n’y en aura probablement pas autant en 2020, mais néanmoins davantage que la seule liste de Jean-Pierre Giorgi et celle menée par Gilles Di Rosa, que cite également le journaliste de La Provence. Une autre liste intitulée Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire est en effet en préparation et vient de procéder à la distribution d’un premier tract appelant les Carnussiens qui le souhaitent à participer à cette aventure citoyenne de la gestion municipale dans un esprit participatif auquel le maire sortant ne les a guère habitués jusque-là. Et il serait bien étonnant que le Rassemblement national, qui aux dernières élections européennes en 2019 était largement en tête à Carnoux avec 37,4 % des voix, ne présente pas aussi sa propre liste…

On ne manquera pas néanmoins de noter comme l’a fait La Provence, que Monsieur Giorgi était particulièrement bien entouré lors de cette cérémonie des vœux. Lui qui, il y a quelques années encore, se présentait comme apolitique, a bien viré sa cuti, n’hésitant plus à affirmer à qui veut l’entendre comme il l’avait fait en octobre 2016 à un journaliste du Monde « je ne suis pas du tout de gauche et pas du tout d’extrême droite ». Il soutenait à l’époque François Fillon avant de donner son parrainage en faveur de la candidature de Nicolas Dupont-Aignan à la Présidentielle de 2017, puis de faire campagne tout aussi ouvertement aux côtés du député LR Bernard Deflesselles quelques mois plus tard.

Le maire de Carnoux bien entouré lors de la cérémonie des vœux 2020 (photo © Corinne Matias / La Provence)

Et maintenant, tout ce beau monde se presse autour du maire sortant puisqu’étaient présents et bien en vue sur la photo de famille en ce début de campagne municipale, outre le sénateur RN Stéphane Ravier, l’inamovible député LR Bernard Deflesselles, mais aussi tous les élus locaux LR, de Gérard Gazay à Roland Giberti en passant par Danièle Millon ou Patrick Boré (qui s’était fait représenter). Voilà bien la marque de fabrique de nos élus locaux qui tous se tiennent par la barbichette, se soutenant mutuellement à chaque élection et se rendant de menus services en permanence, via le principe des cofinancements qui permet à une ville comme Carnoux de faire financer la quasi-totalité de ses investissements par d’autres collectivités, le Département en tête. Monsieur Giorgi n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler en évoquant notamment le coûteux programme d’enfouissement des lignes électriques qui s’achève et qui n’a été rendu possible que grâce à la générosité exceptionnelle du Conseil Départemental. On ne le remerciera jamais assez…

L. V.

Encore un peu d’oxygène pour Alteo…

4 janvier 2020

Pour ceux qui raffolent des feuilletons à multiples rebondissements, voilà au moins un acteur qui déçoit rarement : l’usine de fabrication d’alumine, implantée à Gardanne depuis 1894, appartenant jusqu’en 2003 au groupe Péchiney et passée depuis 2012 aux mains du fonds d’investissement américain HIG Capital qui la gère via un groupe industriel répondant au doux nom d’Alteo…

Usine Alteo à Gardanne (photo © ALTEO / Parc National des Calanques)

Dans les années 1960, Péchiney avait eu la lumineuse idée, pour se débarrasser des résidus issus du traitement de la bauxite, de les rejeter directement en mer, sans le moindre traitement, malgré leur forte teneur en soude, arsenic, cadmium, mercure, plomb, titane, chrome et autre joyeusetés. Une canalisation a été construite sur 47 km de long, traversant plusieurs communes dont celle de Carnoux, pour acheminer jusqu’au littoral plusieurs centaines de milliers de tonnes par an de résidus liquides, les fameuses « boues rouges ». A partir de 1966, et malgré une forte opposition locale menée notamment par Alain Bombard et Paul Ricard, ces boues rouges ont ainsi été déversées en mer, à 7 km des côtes de Cassis, en plein cœur de l’actuel Parc National des Calanques, par 320 m de fond, provoquant des ravages sur la faune marine dans un périmètre de plus en plus large au fil du temps.

Zone d’accumulation des boues rouges déversées en mer depuis 1966 (source infographie © Le Parisien)

L’évolution des normes environnementales internationales, a néanmoins fini par rattraper l’industriel, lui interdisant tout rejet direct en mer de ces déchets toxiques au delà du 31 décembre 2015. Sous la pression plus ou moins amicale des services de l’État, l’industriel a ainsi dû se résoudre à traiter au préalable ses effluents dans des filtres-presses qui permettent d’éliminer une part importante des résidus solides, lesquels sont désormais stockés dans des bassins à l’air libre, en attendant le développement d’hypothétiques filières de valorisation industrielle, provoquant au passage de graves nuisances à tout le voisinage…

Nuage de poussière au dessus du bassin de Mange Gari où sont stockées les boues rouges de Gardanne (photo © Maxppp / France Bleu)

Mais il fallait encore se débarrasser de toute la fraction liquide de ces effluents industriels, qui, bien que n’étant plus des « boues rouges » restent des produits éminemment toxiques dépassant allègrement les normes autorisées pour des rejets dans le milieu naturel

Pourtant, faute de solution alternative jugée acceptable par l’industriel et face à un odieux chantage à l’emploi orchestré par l’industriel et complaisamment relayé par de nombreuses figures locales, le préfet avait dû se résoudre, sur ordre du premier ministre de l’époque, un certain Manuel Valls, à signer un arrêté, le 28 décembre 2015, à quelques jours seulement de la date fatidique, accordant à Alteo une autorisation de rejet en mer des effluents liquides pour 6 ans supplémentaires. Cette autorisation déroge bien entendu allègrement sur les valeurs limites autorisées pour 6 paramètres pourtant majeurs, à savoir les concentrations en arsenic, aluminium et fer, ainsi que le pH et les deux paramètres classiques permettant d’évaluer le taux de pollution organique et organométallique : la DCO (demande chimique en oxygène) et la DBO5 (demande biochimique en oxygène sur 5 jours).

Conduite permettant de rejeter en mer les effluents d’Alteo (photo © Boris Horvat / AFP / Sciences et Avenir)

L’affaire avait néanmoins fait du bruit, d’autant que la ministre de l’écologie d’alors, Ségolène Royal, n’avait pas hésité à exprimer bruyamment son mécontentement. Plusieurs associations environnementales, dont ZEA, saisissent alors le Tribunal administratif, lequel décide finalement, en juillet 2018, de ramener au 31 décembre 2019 le délai laissé à Alteo pour mettre en conformité avec les normes réglementaires en vigueur la composition de ces effluents industriels rejetés en mer. Les juges ont en effet considéré que l’industriel a eu largement le temps, depuis plusieurs dizaines d’années, de réfléchir aux mesures à prendre pour traiter enfin correctement ses déchets via la construction d’une banale station de traitement biologique comme n’importe quelle commune a été en mesure de le faire depuis belle lurette.

Bien entendu, Alteo a immédiatement fait appel de ce jugement et demandé la suspension de son application afin de bénéficier d’un nouveau délai. Mais la Cour administrative d’appel de Marseille a considéré le 25 janvier 2019, en attendant de se prononcer sur le fond du dossier, qu’il n’y avait aucune raison de suspendre l’application du jugement rendu en première instance et que l’industriel avait parfaitement le temps matériel de mettre en œuvre les investissements exigés, pour peu qu’il y mette un peu de bonne volonté.

Carte de localisation des rejets d’effluents de l’usine Alteo (extrait du dossier d’enquête publique de 2015)

La voie judiciaire n’ayant pas donné tous les résultats escomptés, Alteo a alors actionné l’autre levier, à savoir le chantage à l’emploi en faisant valoir auprès des autorités que faute de délai supplémentaire accordé pour la mise en conformité du traitement de ses effluents, l’usine serait forcée de fermer ses portes au 31 décembre 2019. Et pour que le message soit clairement entendu, l’usine n’a pas hésité à enclencher une procédure de redressement judiciaire, ouverte le 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle les administrateurs judiciaires ont indiqué par courrier en date du 23 décembre « ne pas pouvoir assurer, à compter du 1er janvier 2020, un fonctionnement légal de l’entreprise sans un arrêté préfectoral autorisant la société Alteo à poursuivre son exploitation avec des paramètres DCO et DBO5 compatibles avec ses modalités actuelles de fonctionnement ».

Le Préfet Pierre Dartout en janvier 2019 (photo © Robert Poulain / Destimed)

Face à un tel comportement et sous la pression des élus locaux mettant en avant la sauvegarde des quelques centaines d’emploi en jeu, le Préfet de Région, Pierre Dartout, dont on imagine aisément à quoi il a occupé ses réflexions entre Noël et le Jour de l’An, n’a guère eu d’autre choix que de se plier aux exigences de l’industriel. Il a donc publié, le 30 décembre 2019, un nouvel arrêté préfectoral fixant des prescriptions complémentaires quant aux rejets en mer d’Alteo. En clair, les rejets restent autorisés jusqu’au 8 juin 2020, avec encore une dérogation mais qui ne concerne plus désormais que les deux seuls paramètres que sont la DCO et la DBO5. L’arrêté précise néanmoins qu’à compter du 9 juin 2020, Alteo devra se conformer à des valeurs réglementaires identiques à celles exigées pour une station d’épuration classique dont les rejets dans le milieu naturel doivent respecter une DCO maximale de 125 mg/l et une DBO5 de 30 mg/l, pour un flux annuel maximum autorisé de 236 tonnes en DCO et 71 t en DBO5. Mais pour les six mois à venir, les valeurs autorisées restent très supérieures, fixées à 80 mg/l en DBO5 et 200 mg/l en DCO (ce qui est malgré tout inférieur à la valeur fixée en 2015, qui s’élevait alors à 800 mg/l !).

La faune marine du Parc National des Calanques devra donc supporter pendant encore plus de cinq mois, et peut-être davantage pour peu que les juristes d’Alteo trouvent de nouveaux arguments à faire valoir pour repousser encore le délai, des rejets d’eaux fortement polluée, de nature à rendre les eaux totalement anoxiques. Mais l’essentiel était de trouver avant le 31 décembre de quoi fournir un peu d’oxygène à Alteo à défaut d’en procurer aux poissons de la baie : le Préfet a bien mérité son réveillon !

L. V.

2019 est passé, n’en parlons plus…

1 janvier 2020

C’est chaque année la même chose : une année s’achève, avec son lot de petites joies et de grandes misères. Chacun ne pense qu’à la suivante qui vient tout juste de débuter. On se congratule et on se souhaite une « Bonne année, et surtout la santé ! », comme de coutume. On ne se souvient sur le moment que des multiples catastrophes qui ont jalonné l’année écoulée : les deuils de personnalités ou de proches, les maladies et les accidents qui nous ont pourri la vie et jeté dans l’angoisse, les crises planétaires qui s’aggravent, la situation économique qui n’en finit pas de se dégrader et les décisions de nos responsables politiques qui nous paraissent toutes plus injustes et inappropriées les unes que les autres.

Mais avec le temps, on se souviendra aussi peut-être des bons moments que l’on a vécus durant l’année qui vient de s’écouler et l’on en viendra même à sourire en se remémorant certains de ces événements passés. Alors, autant commencer tout de suite, grâce à la vision décalée et subjective de certains dessinateurs de presse dont on ne saluera jamais assez, non seulement le talent, mais surtout la capacité de nous faire sourire des situations les plus déprimantes : les dessinateurs d’actualité devraient être élevés au rang de bienfaiteurs de l’humanité !

Janvier :

Le 17 janvier 2019, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, au nom du principe de précaution, demande la suspension de l’utilisation des LBD, ces fameux lanceurs de balles, qui ont fait des dégâts considérables lors des manifestations de lycéens puis lors de celles des Gilets jaunes. Au moins une soixantaine de blessures graves ont été alors recensées : œil éborgné, fractures de la mâchoire, joue trouée, traumatismes crâniens… Le Directeur de la Police nationale diffuse une note interne rappelant les conditions d’engagement de cette arme mais le gouvernement refuse d’en interdire l’usage malgré la grave blessure à l’œil survenue à l’un des leaders des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, lors de la manifestation du samedi 26 janvier.

Un dessin signé Mutio, paru sur Urtikan.net

Février :

Le 26 février 2019 et à l’issue d’une longue polémique, le distributeur d’articles de sport et de loisir, Decathlon, annonce qu’il renonce finalement à commercialiser en France son « hijab de running » destiné aux sportives de confession musulmane et déjà vendu au Maroc. Bien que la ministre de la santé ait rappelé que la vente de cet article n’était pas interdite par la loi, l’enseigne a préféré jeter l’éponge avant même la mise en rayon du vêtement controversé, après que ses employés ont reçu des centaines d’appels outrés et essuyé de nombreuses insultes de la part des clients en magasin.

Un dessin de Xavier Lacombe publié dans Marianne le 1er mars 2019

Mars :

Le 11 mars 2019, après deux semaines de contestation dans la rue, le président algérien Abdelaziz Bouteflika annonce qu’il renonce à briguer un cinquième mandat et évoque un report de l’élection présidentielle prévue le 18 avril. De retour à Alger après deux semaines d’hospitalisation en Suisse, il fait savoir : « Il n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi, mon état de santé et mon âge ne m’assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle République ».

Un dessin signé Ali Dilem

Avril :

Le 17 avril 2019, le surlendemain seulement de l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris, dans une allocution télévisée de 6 minutes, le chef de l’État, Emmanuel Macron déclare à la surprise générale : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années ». Une déclaration péremptoire qui laisse pantois plus d’un spécialiste de la restauration du patrimoine historique et ouvre la voie à bien des polémiques : un délai aussi court et non dénué d’arrières-pensées électoralistes est-il bien raisonnable alors que les expertises sont à peine commencées pour évaluer l’étendue des dommages et la nature des travaux de consolidation à entreprendre ? Faudra-t-il restaurer à l’identique ou profiter de l’opération pour moderniser radicalement l’édifice en utilisant les techniques contemporaines ?

Un dessin d’Ysope

Mai :

Le 1er mai 2019, vers 16h, alors que les forces de police venaient d’opérer une violente charge avec utilisation massive de gaz lacrymogène contre un cortège parisien, un groupe de manifestants escalade les grilles de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière afin de chercher refuge. Alors que les forces de l’ordre les poursuivent dans l’enceinte de l’hôpital, une vingtaine de manifestants, pour se mettre à l’abri, tente de pénétrer à l’intérieur d’un bâtiment. Le personnel soignant s’y oppose car l’accès en question donne sur un service de réanimation. Le soir même, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, accuse les manifestants d’avoir tenté de prendre d’assaut l’hôpital, prétendument pour s’en prendre à un capitaine de CRS qui y aurait été hospitalisé, et d’avoir par cette attaque délibérée mis en danger la vie des malades, une rumeur qui se dégonflera rapidement au fil des témoignages qui s’accumulent et convergent.

Un dessin de Deligne publié sur Urtikan.net

Juin :

Dimanche 2 juin 2019, une semaine après le piteux score de la liste Les Républicains (LR) aux élections européennes (moins de 8,5 %), Laurent Wauquiez annonce sa démission de son poste de président du parti. De nombreux cadres LR saluent une décision « sage, digne et courageuse » sans s’étendre sur le fait qu’ils faisaient pression sur lui depuis plusieurs jours pour qu’il annonce au plus vite son départ après un tel fiasco électoral et une série de boulettes qui avaient déjà provoqué de nombreux remous au sein du parti. Marine Le Pen en profite pour appeler à un large rassemblement de la droite et de l’extrême-droite. Élu en décembre 2017 à la tête du parti après la défaite cinglante de François Fillon lors des présidentielles, Laurent Wauquiez avait imprimé au parti LR une ligne très conservatrice, que son successeur, Christian Jacob, élu en octobre 2019, ne devrait guère infléchir.

Un dessin signé Na !

Juillet :

Le 23 juillet 2019, la jeune militante suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, intervient devant l’Assemblée Nationale pour rappeler aux députés français l’urgence de se mobiliser en faveur de la réduction des gaz à effet de serre. Sa venue est précédée par de nombreux quolibets de députés qui ironisent sur sa jeunesse et sa position de lanceuse d’alerte. « Ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culotte courte » se déchaîne ainsi le député LR du Vaucluse, Julien Aubert. Quelques heures après son passage et malgré ses mises en garde, les députés approuvent, comme si de rien n’était, la ratification du CETA, le traité de libre échange entre l’Europe et le Canada…

Dessin de Georges Million

Août :

Deux fusillades de masse aux États-Unis, le 3 août 2019 à El Paso (Texas) et le 4 août à Dayton (Ohio) font au moins 30 morts et 52 blessés, relançant une nouvelle fois la mobilisation d’une partie de l’opinion publique américaine contre la détention libre d’armes de tir. Le même week-end, trois autres fusillades de moindre ampleur se sont également produites à Memphis et à Chicago, ajoutant à ce triste bilan 2 morts et 17 blessés supplémentaires. Depuis le début de l’année 2019, on en est déjà à 348 morts et 1162 blessés recensés à l’occasion de 297 fusillades de masse dans le pays. 2019 se classe ainsi en tête des années noires depuis 2013 : depuis le début de l’année, il ne s’est jamais écoulé plus de 6 jours consécutifs sans une nouvelle tuerie de masse ! Mais Donald Trump dispose toujours d’une large majorité pour éviter toute évolution législative sur cette question de société, malgré la mobilisation de nombreuses personnalités et citoyens ordinaires, comme l’évoque ce dessin de Pascal Gros.

Un dessin de Pascal Gros publié dans Marianne le 9 août 2019

Septembre :

L’ancien Président de la République, Jacques Chirac, décède le 26 septembre 2019, à l’âge de 86 ans. Le dessinateur Frizou se souvient du débat historique qui a opposé en 1988, entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Chirac, alors président du RPR et premier ministre de cohabitation, à François Mitterrand qui achevait son premier septennat. Chirac tenta de déstabiliser son adversaire en affirmant d’emblée : « Ce soir, je ne suis pas le premier ministre et vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats à égalité. […] Vous me permettrez donc de vous appeler M. Mitterrand ?». La repartie fut cinglante : « Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le premier ministre…».

Un dessin signé Frizou, publié dans Le Figaro

Octobre :

Le 11 octobre 2019, le conseiller régional Rassemblement national (RN) Julien Odoul, interpelle en pleine séance la présidente du Conseil régional Bourgogne Franche Comté, Marie-Guite Dufay, pour lui demander de faire expulser une femme portant un foulard islamique et accompagnant un groupe de scolaires qui assistait à la séance dans le public. La Présidente de la Région lui rétorque que ni la loi ni le règlement intérieur ne lui permettent d’accéder à sa demande dans la mesure où cette accompagnatrice de sortie scolaire n’est manifestement pas de nature à troubler l’ordre public. Les élus RN quittent la séance pour exprimer leur mécontentement et c’est le début d’une nouvelle polémique nationale sur le port du voile dans les lieux publics et les sortie scolaires, une polémique qui agite régulièrement la France depuis des années comme le rappelle malicieusement le dessinateur Antoine Chereau…

Un dessin signé Antoine Chereau, publié sur Urtikan.net

Novembre :

Après 8 mois de crise dans les hôpitaux, le premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la santé Agnès Buzyn annoncent, le 20 novembre 2019, un plan urgence hôpitaux qui consiste en une reprise partielle de la dette, une rallonge budgétaire et des primes supplémentaires pour le personnel soignant. « L’idée de ce plan, c’est de redonner de l’oxygène aux soignants, qui n’en peuvent plus » affirme Édouard Philippe. Ces mesures ne semblent cependant guère convaincre le personnel hospitalier engagé dans un mouvement de grève durable, débuté dès le mois de mars dans certains services d’urgence en région parisienne. Certains reprochent au gouvernement de se livrer à un tour de bonneteau en recyclant des ressources budgétaires du ministère de la santé, comme le suggère ce dessin de Cambon…

Un dessin de Cambon, publié sur Urtikan.net

Décembre :

Le 21 décembre 2019, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara signent la fin du franc CFA, relique de l’histoire coloniale française en Afrique de l’Ouest. Pendant ce temps-là, les transports publics en France sont largement paralysés par les mouvements syndicaux qui se mobilisent contre la réforme des retraites, rendant très difficile la vie quotidienne de nombreux salariés, surtout en région francilienne et menaçant des millions de Français de ne pas pouvoir se déplacer à l’approche des fêtes de fin d’année.

Un dessin d’Alex publié dans le Courrier Picard

L. V.

Aux Mées, la chute d’un pénitent…

29 décembre 2019

L’affaire a fait du bruit en ce lundi 2 décembre 2019 dans la petite commune des Mées en bordure de la vallée de la Durance. Vers 16h15, les habitants présents sur place entendent une énorme déflagration, comme le bruit d’un avion de chasse. En l’occurrence, c’est plutôt un pan de la falaise qui vient de s’écrouler. L’un des fameux pénitents qui surplombe le village sur une centaine de mètres de hauteur vient tout simplement de s’effondrer sur les habitations en contrebas. Trois maisons sont totalement détruites sous le choc et deux autres partiellement endommagées.

Vue de la zone éboulée (photo © Nathalie Chevance / Europe 1)

Heureusement, en ce lundi après-midi la plupart des habitants sont au travail et l’éboulement, bien que particulièrement spectaculaire, ne cause que deux blessés légers. Le Préfet du département des Alpes-de-Haute-Provence est immédiatement prévenu par les premiers secours qui arrivent rapidement sur place et un poste de commandement opérationnel est installé tandis qu’une cinquantaine de pompiers accompagnés de maîtres-chiens recherchent d’éventuelles victimes sous les décombres.

Dégâts spectaculaires sur les maisons et les voitures en contrebas (photo © Emilie Briffod / Radio France)

En s’écroulant, le pan de falaise dont le volume est évalué à 3000 m3, a aussi provoqué la rupture de la canalisation d’eau potable qui alimente la commune ainsi que celle du gaz. L’alimentation en eau, en gaz et en électricité est coupée sur la commune qui organise une distribution de bouteilles d’eau. La circulation est interrompue sur la départementale qui traverse le village tandis qu’une cinquantaine d’habitants est évacuée par précaution et hébergée provisoirement dans une salle communale.

Pénitent éboulé avec son écaille encore potentiellement instable (photo © Philippe Bouvet / CEREMA)

Dès le lendemain, un survol en hélicoptère et des inspections pédestres sont organisés par des équipes spécialisées du service RTM (restauration des terrains en montagne, rattaché à l’ONF) et du CEREMA (centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). Celles-ci confirment qu’il subsiste un risque résiduel portant sur 2000 m3 de rocher encore instable qui devra faire l’objet d’un minage, mais que le reste de la falaise ne présente pas de risque apparent d’instabilité.

Les gestionnaires de réseaux ERDF, Orange et ENEDIS restaurent progressivement l’alimentation en gaz et en électricité ainsi que les lignes de télécommunication, ce qui permet de restreindre peu à peu le périmètre de sécurité autour de la zone éboulée. Le jeudi 5 décembre, il reste encore une trentaine d’habitants relogés provisoirement et le réseau d’alimentation en eau potable est en passe d’être rétabli même si l’approvisionnement des 1500 habitants de la commune se fait toujours par camions-citerne et distribution de bouteilles en plastique.

Les blocs éboulés ont fini leur course dans les maisons (source capture d’écran France 2 / L’Indépendant)

Reste que la chute d’un pan de falaise de cette dimension sur les maisons qui s’agglutinaient depuis des siècles au pied de la montagne ne manque pas de susciter des interrogations et certaines angoisses parmi les habitants. Bien entendu, comme à chaque événement naturel de ce type, chacun répète à l’envie que « de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu cela ». En l’occurrence, c’est d’ailleurs très probable, même si un plan de prévention des risques, approuvé en 2004, mentionnait très précisément le risque de chute de blocs à cet endroit.

Vue de l’éboulement en falaise (photo © Philippe Bouvet / CEREMA)

Étant donnée l’ancienneté du village dont on retrouve des références dans des chartes datant de la fin du XIème siècle, on peut en effet imaginer que si cette falaise était sujette à de fréquents éboulements rocheux, les maisons se seraient très probablement établies un peu plus à l’écart plutôt que de se masser juste à son pied.

Vue aérienne des pénitents des Mées (capture video / Géoparc de Haute-Provence / Youtube)

De fait, on ne peut pas dire que cette falaise aux formes déchiquetées si caractéristiques et qui, vue d’avion, ressemble à une véritable dentelle, soit passée inaperçue des habitants, au point d’ailleurs d’être à l’origine du nom du village, orthographié initialement Metas ou Las Medas, en référence au mot latin Metae qui désigne des bornes de forme coniques.

Ces fragments de falaise de forme conique qui se détachent de la paroi rocheuse et qui donnent ce paysage si typique du site des Mées, sont connus localement sous le nom de Pénitents par référence à une ancienne légende qui remonterait aux années 800, lorsque le comte Raimbaud ramena de ses combats contre les Sarrasins sept jeunes femmes magnifiques qu’il comptait bien conserver en souvenir, pour son usage personnel. Menacé d’excommunication pour son comportement peu orthodoxe, le comte dut néanmoins se résoudre à relâcher ses affriolantes prisonnières et à les conduire dans un monastère près d’Arles.

Les Pénitents surplombant le village des Mées (source © Provenceweb)

A l’occasion de ce transfert, les moines de la montagne de Lure furent chargés de former une longue haie pour protéger les belles infidèles jusqu’à la Durance, où une embarcation devait les accueillir. Les moines portaient de vastes capuchons rabattus sur leur visage, histoire de ne pas succomber au désir… Mais la légende soutient que le diable fit souffler un tel mistral que les capuchons se soulevèrent au passage des belles Sarrasines, offrant l’occasion aux moines de se délecter du spectacle. Furieux, l’ermite de Lure décida de les punir de manière exemplaire : le tonnerre frappa les religieux et les pétrifia, les transformant en un long cortège figé pour toujours dans la roche. La légende ajoute d’ailleurs que lorsque miséricorde sera accordée, le temps reprendra ses droits, et les moines, sous leurs capuchons de pierre, redeviendront poussières, entraînant avec eux ce flan de montagne si particulier.

Les pénitents des Mées (photo © Loïc Lagarde / AD04 / Tourisme 04)

Ce n’est cependant pas l’explication qui a été retenue par les experts du CEREMA pour expliquer l’effondrement de ce pan de falaise, consécutif à plusieurs semaines de fortes précipitations qui ont saturé d’eau la roche relativement perméable qui constitue la falaise des Mées et mis sous pression le réseau de fissures qui découpent le massif. Il faut dire que cette falaise si caractéristique est constituée de poudingue, un peu comme la falaise du Bec de l’aigle qui surplombe La Ciotat. A l’occasion du soulèvement alpin, il y a une quinzaine de millions d’années, le compartiment situé à l’est de la faille de la Durance s’est abaissé, formant une vaste dépression dans laquelle se déversent plusieurs cours d’eau puissants, issus du massif Esterel-Corso-Sarde et charriant d’énormes quantités de matériaux détritiques grossiers. Ces conglomérats se sont ainsi accumulés sur plusieurs centaines de mètres d’épaisseur, formant ce qui constitue maintenant le plateau de Valensole.

Il y a 8 millions d’années, ce massif montagneux situé plus au sud s’effondre progressivement et les cours d’eau se dirigent désormais vers la Méditerranée, y compris la Durance, qui charrie ses galets jusqu’en plaine de Crau avant de changer de cours il y a environ 11 000 ans pour rejoindre le Rhône. Soumise à de fortes variations climatiques entre périodes glaciaires et interglaciaires, la Durance érode progressivement et entaille cet épais dépôt conglomératique. Au niveau des Mées, ses eaux tumultueuses, enrichies de celles de la Bléone, butent contre une couche de poudingue dur et bien cimenté qu’elle sculpte progressivement jusqu’à lui donner sa configuration actuelle. Une configuration de pénitents en procession, qui nous paraît figée pour l’éternité, mais qui n’est jamais qu’un état provisoire, précaire, en attendant le prochain éboulement massif, dans quelques siècles peut-être… Que vaut le temps des hommes à l’échelle des temps géologiques ?

L. V.

Élections municipales : un pacte pour l’avenir ?

27 décembre 2019

Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg le 3 septembre 2002 (photo © SIPA Press)

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » avait reconnu, lors du Sommet de la Terre à Johannesburg, en 2002, le Président Jacques Chirac, dans un éclair de lucidité, lui qui ne s’embarrassait guère de scrupules en matière de gestion durable et équitable des ressources naturelles comme d’ailleurs des deniers publiques, au point de finir sa carrière avec une infamante condamnation à deux ans de prison avec sursis pour prise illégale d’intérêt.

La phrase est restée dans les annales et reflète bien le sentiment d’impuissance qui caractérise chaque citoyen face à cette catastrophe écologique qui se précise de jour en jour et devant laquelle chacun se bouche les yeux en espérant pouvoir continuer à vivre comme si de rien n’était, profitant à plein des bienfaits confortables de notre société de consommation tout en priant pour que le système tienne le coup au moins jusqu’à la génération suivante…

Manifestation d’étudiants en faveur de la transition écologique à Nantes en février 2019 (photo © Estelle Ruiz / Nur Photo / La Croix)

Les plus jeunes l’ont d’ailleurs bien compris et ce n’est pas par hasard qu’ils constituent de très loin les plus gros bataillons de ceux qui se mobilisent en faveur d’un mode de vie plus respectueux des ressources naturelles limitées de notre planète et pour une transition écologique vers une société qui modère ses émissions de gaz à effet de serre en développant le recours à des sources d’énergie renouvelables. Une véritable révolution culturelle, sociale, économique et politique qui malheureusement indiffère totalement voire suscite la plus grande ironie de la part d’une très large majorité de nos responsables politiques, souvent âgés et qui se sentent bien plus concernés par les résultats à court terme du marché boursier que par ces enjeux planétaires de long terme.

Nicolas Hulot en son temps, avait bien tenté de faire signer par les principaux candidats à l’élection présidentielle de 2007 un « Pacte écologique » les engageant à mettre en œuvre une politique ambitieuse permettant une prise en compte centrale des enjeux environnementaux. Le gagnant de cette élection, Nicolas Sarkozy, avait d’ailleurs signé sans barguigner cet engagement, de même que 342 des députés élus lors des législatives qui ont suivi, ce qui ne les a pas empêchés de s’asseoir allègrement sur leurs promesses et de mettre en œuvre, une fois élus, des mesures qui n’ont fait qu’aggraver la situation.

De là à en déduire que la transition écologique est une affaire trop sérieuse pour la confier aux seuls politiques, il n’y a qu’un pas que nombre de militants associatifs ont franchi depuis belle lurette. On assiste d’ailleurs, à l’occasion des prochaines élections municipales prévues en mars 2020, à l’éclosion de très nombreuses listes dites citoyennes et écologistes, issues précisément de la société civile, et qui cherchent à mettre en avant une démocratie basée davantage sur la concertation et la participation citoyenne, avec pour objectif une meilleure prise en compte de l’intérêt général via des mesures concrètes en faveur de plus d’équité, de solidarité et de responsabilité y compris envers les générations futures.

C’est dans cet esprit qu’ont travaillé une quarantaine d’associations et organismes réunis au sein d’un « Collectif pour une transition citoyenne » afin d’élaborer un nouveau « Pacte pour la transition » destiné justement à inspirer les politiques publiques qui pourront être conduites dans les quelques 35 000 communes de France, à compter des prochaines échéances électorales.

On sait bien que les enjeux climatiques et environnementaux, qui par nature dépassent les frontières administratives, ne peuvent être traités de manière correcte qu’à l’échelle planétaire. Mais le principe de réalité oblige à constater qu’il n’existe pas de volonté politique parmi nos responsables politiques pour impulser ces évolutions nécessaires. L’échec de la COP 25 l’a encore récemment démontré.

En revanche, chacun peut agir au niveau local sans attendre un hypothétique consensus global. C’est bien en effet à l’échelle de la commune et, de plus en plus, de l’intercommunalité, enjeux des prochaines échéances électorales de mars 2020, que se mettent en œuvre la plupart des politiques publiques qui ont un impact direct sur nos émissions de gaz à effet de serre et sur l’avenir de notre environnement. Gérer de manière plus durable nos ressources en eau, développer des transports en communs accessibles et fiables comme alternative au tout voiture, développer la production d’énergie renouvelable, favoriser les débouchés commerciaux des exploitations agricoles bio locales, réduire les rejets dans le milieu naturel d’eaux usées insuffisamment traitées, stopper l’artificialisation et l’imperméabilisation des terres par un aménagement urbain repensé, mieux trier et recycler les déchets, etc. : la liste est longue de toutes les mesures en faveur d’une transition écologique qui relèvent directement du champ de compétence de la commune et de la métropole.

Fribourg, la ville écologique de demain ? (photo © Bertrand Rieger / Ville intelligente)

Issu d’une très large concertation citoyenne, les propositions du Pacte pour la transition, mettent en avant trois principes et 32 mesures sous forme d’un catalogue dans lequel peuvent puiser les candidats qui s’engagent à le respecter. Les principes sont simples puisqu’il s’agit d’une part d’impulser et soutenir auprès du plus large public les actions de sensibilisation à la nécessité de cette transition écologique, d’autre part de mettre en place un processus de construction collective et concerté des politiques locales, et enfin de prendre en compte les impacts sociaux et environnementaux à long terme dans tous les projets et les décisions de la commune.

Quant aux 32 mesures qui sont listées et qui sont détaillées dans des fiches techniques pratiques expliquant comment les mettre en œuvre, exemples à l’appui, elles sont très variées puisqu’elles concernent aussi bien la mobilisation citoyenne, via notamment la création d’une commission extra-municipale destinée à s’assurer de la compatibilité des projets municipaux avec les enjeux sociaux, climatiques et environnementaux de long terme, que par exemple la limitation de la place de la publicité dans l’espace public ou la mise en place d’une tarification incitative au tri des déchets.

Urbanisme, logement, gestion de l’eau et des espaces naturels, éclairage public, transports en commun, pistes cyclables, cantine scolaire, achat public, tous les thèmes sont abordés et l’exercice montre de manière très éclairante à quel point les élus municipaux ont entre leurs mains la plupart des leviers qui permettent d’agir en faveur d’une transition écologique ambitieuse. Encore faut-il qu’ils aient la volonté de s’engager dans une telle direction. Mais c’est à chaque citoyen de faire en sorte de l’y inciter par son vote…

L. V.

2019 : joyeux Noël malgré tout !

25 décembre 2019

L’année 2019 se termine bientôt et les fêtes de fin d’année sont traditionnellement l’occasion d’oublier un peu le quotidien souvent morose, l’impression de se faire quelque peu enfumer par des décisions politiques pas toujours très équitables ou celle de foncer droit dans le mur d’une catastrophe écologique sans précédent et peut-être fatale pour l’humanité tout en accélérant et en klaxonnant à qui mieux mieux…. Grèves dans les transports publics, aveuglement de nos responsables politiques, crise de notre modèle économique, injustices sociales à grande échelle : pour souffler un peu et oublier ponctuellement ce quotidien anxiogène, rien ne vaut un bon repas de fête en famille, ou un dessin de presse bien tourné… Joyeux Noël à tous nos lecteurs  !

Un dessin signé Berth (source over-blog)

Un dessin signé Philippe Geluck

 

Un dessin signé Alex publié dans le Courrier Picard

Un dessin signé Ysope

Un dessin signé Mutio publié sur le site Urtikan

Climat : une COP de retard ?

20 décembre 2019

Renaud Muselier inaugurant une station d’autopartage à Drommel en février 2019 (source Région PACA)

C’est le nouveau cheval de bataille de Renaud Muselier : le Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, après avoir tenté de faire rentrer dans les têtes que sa région ne s’appelle plus PACA mais Région Sud, tente de faire croire que sa collectivité a désormais « une COP d’avance ». Un beau slogan qui ne veut pas dire grand chose mais qui fait simplement référence au Plan climat territorial adopté en 2017 et qui comprend 100 mesures ciblées plus ou moins en fonction de la préservation du cadre naturel et de la transition énergétique.

Un premier bilan établi à l’issue de l’exercice 2018 indique qu’un peu plus de la moitié des actions identifiées auraient déjà été réalisées et la quasi totalité déjà engagées pour un montant de 400 millions d’euros, correspondant à 20 % du budget de la collectivité. Les mauvais esprits y verraient la démonstration que 80 % du budget de la Région s’inscrit en dehors de cette stratégie vertueuse de transition écologique en faveur d’un moindre impact environnemental, notant par exemple que seul « 29 % du Fonds d’Investissement aux Entreprises Régionales est attribué à des entreprises identifiées comme respectueuses de l’environnement » , ce qui laisse entendre que l’essentiel des subventions régionales bénéficie à des entreprises qui se soucient comme d’une guigne de leur impact environnemental…

Les plus critiques pourraient même se demander en quoi la volonté de la Région d’investir 576 millions d’euros en 20 ans pour développer l’irrigation agricole des domaines viticoles relève bien d’une transition écologique plus respectueuse d’une saine gestion des ressources naturelles renouvelables. Des esprits chagrins pourraient aussi s’interroger sur l’impact écologique des 400 000 € investis pour améliorer l’aménagement touristique des plages, ou sur celui des 25 millions d’euros qui seront dépensés par la Région pour déployer le très haut débit et qui font partie des mesures phares affichées par la Région en faveur de la lutte contre le changement climatique mondial…

Notre Terre sombre, mais l’orchestre continue à jouer…

Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir la chance de vivre dans une région aussi en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique et qui a même poussé l’innovation jusqu’à prôner « la guerre du feu », laquelle consiste, contrairement à ce que les plus exaltés pourraient imaginer, non pas à mettre le feu à l’ancien Monde, mais plus modestement à recruter 110 jeunes pendant les vacances scolaires pour surveiller les massifs forestiers et alerter en cas de fumée suspecte.

Même rapportée à ses véritables proportions, cette initiative régionale a du moins le mérite de montrer qu’en matière de lutte contre le réchauffement climatique, les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer, surtout pour pallier l’inaction des États et des multinationales qui nous gouvernent. Car, du côté de ces derniers acteurs, il ne faut malheureusement pas s’attendre à des miracles. Quatre ans après la tenue de la COP 21 et de l’accord de Paris qui l’a conclue, le bilan de la dernière COP 25, organisée par le Chili et qui vient de se clôturer en Espagne est totalement désespérant.

Une COP 25 qui restera dans les annales pour sa durée plus que pour ses résultats (photo © Ccnucc / actu-environnement)

Les engagements qui avaient été pris en 2016 pour tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de contenir autant que possible sous la barre des 2 °C l’augmentation de la température mondiale moyenne, ont tous volé en éclat. Force est désormais de constater que ces émissions sont allègrement repartis à la hausse dans la majorité des pays, y compris en France et que nos gouvernants s’en moquent éperdument, à l’image de notre Président, Emmanuel Macron, qui n’a même pas jugé utile de faire le déplacement à Madrid, estimant pour se justifier qu’ « il s’agit juste d’une COP purement technique et de transition » !

Manifestation à Madrid pendant la tenue de la COP 25, en présence de Greta Thunberg (photo © Gabriel Bouys / AFP / Le Devoir)

On se demande bien pourquoi un événement aussi insignifiant a autant mobilisé les foules, et notamment les jeunes, alors qu’il n’a débouché sur aucune décision sinon de vagues ébauches de proposition pour essayer de bidouiller un marché carbone permettant à tout un chacun de spéculer sur les émissions de CO2 en rachetant à ses voisins le droit de polluer allègrement tout en laissant les autres compenser à sa place. Et pourtant, ce sont pas moins de 500 000 personnes qui se mobilisées et ont manifesté durant ces deux semaines qu’a duré la COP 25 pour essayer d’attirer l’attention sur les enjeux planétaires en cause.

Les pays insulaires directement menacés par l’élévation du niveau des océans ont bien tenté de se faire entendre pour demander une aide de la part des pays les plus émetteurs. Mais peine perdue. Malgré le délai de 42 heures supplémentaires que se sont octroyé les organisateurs de ce sommet raté, rien de concret n’en est sorti.

Un dessin signé Hervé Pinel publié dans Les Echos

Les nations les plus productrices de gaz à effet de serre que sont la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Australie, le Canada ou le Brésil n’ont rien lâché et tout porte à croire que l’on est désormais bien ancré sur une trajectoire qui se traduira par une augmentation d’au moins 3,2 °C de la température moyenne à l’échelle mondiale.

De grandes décisions ont malgré tout été prises… (dessin signé Ysope)

« La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d’une ambition plus grande », a déploré avec euphémisme le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Une belle catastrophe écologique et humaine en prospective mais que, promis, juré, tout le monde se targue de conjurer lors de la prochaine COP prévue à Glasgow en 2026. Encore une année de perdue dans cette course contre la montre où chacun craint avant tout de prendre un faux départ…

L. V.

Peut-on encore laisser sortir son chat ?

15 décembre 2019

On le sait depuis des années : le chat, même domestique, adore chasser et tuer de petites proies, parfois pour le seul plaisir de jouer avec et de les rapporter fièrement à la maison, quitte à les abandonner à côté de la gamelle de croquettes. C’est même d’ailleurs pour ses talents de chasseurs, de souris en particuliers et d’autres prédateurs des cultures céréalières, que le chat a été domestiqué, il y a au mois 10 000 ans de cela, probablement dans le Croissant fertile mésopotamien.

Le chat à l’affût… (photo © zsv3207 / stock.adobe.com / Zooplus magazine)

Ce n’est certes pas la seule raison qui explique le succès phénoménal de cette espèce comme animal de compagnie préféré de bien des humains sur terre. Son caractère indépendant mais souvent câlin, sa grande capacité d’adaptation et son aptitude à vivre en bonne harmonie à l’intérieur de nos foyers justifient sans doute sa grande popularité. Rien qu’en France, on dénombrerait 13,5 millions de chats et bien rares sont les pays où les chats ne font pas partie du paysage familier domestique.

Sauf que d’un point de vue froidement biologiste, le chat domestique qui d’ailleurs est capable aussi de vivre en toute indépendance sans être nourri par l’homme, n’est rien d’autre qu’une espèce invasive, de nature à mettre en péril une partie de la faune locale déjà plus ou moins menacée par d’autres facteurs. Et de ce point de vue, les chiffres font froid dans le dos.

Les chats seraient ainsi responsables à eux seuls de 26 % des extinctions d’espèces animales contemporaines parmi les reptiles (2 espèces), les mammifères (21 espèces) et surtout les oiseaux (40 espèces concernées) ! Et ils menacent très directement d’extinction pas moins de 367 autres espèces actuellement considérées en danger… Les chats seraient de ce point de vue la troisième espèce animale (sans compter l’homme…) responsable du plus grand nombre de disparition d’espèces de vertébrés.

Du fait de ses talents de prédateur, le chat serait à l’origine au Canada de 100 à 350 millions d’oiseaux décimés chaque année : la fourchette est large car les chats ne déclarent pas leur tableau de chasse mais l’ordre de grandeur est impressionnant. En Australie, on estime qu’ils tuent à eux seuls chaque année environ 377 millions d’oiseaux (manifestement moins habiles à s’enfuir que leurs cousins canadiens) et 649 millions de reptiles. Aux USA, les estimations des ravages causés par les chats porteraient sur 100 à 300 millions d’amphibiens, 260 à 800 millions de reptiles, entre 1,3 et 4 milliards d’oiseaux et probablement entre 6 et 22 milliards de mammifères, ce qui ferait des chats probablement la pire cause de disparition des petits vertébrés, loin devant les sources évoquées habituellement, que ce soit les pesticides ou les collisions avec les lignes à haute tension, les vitres ou les véhicules.

Le chat, une menace pour la biodiversité (source © La Libre Belgique)

Une étude réalisée en France et en Belgique aurait ainsi mis en évidence une augmentation de 50 % entre 2000 et 2015 de la mortalité des oiseaux causée par les chats, avec au minimum 75 millions d’oiseaux tués chaque année par les chats dans notre pays. Au Pays-Bas, les animaux domestiques feraient 141 millions de victimes chaque année, les deux-tiers d’entre elles du fait des seuls chats. En Pologne, les estimations porteraient sur 136 millions d’oiseaux et 583 millions de mammifères tués chaque année par les chats.

Et à cette prédation directe viennent s’ajouter bien d’autres effets néfastes causés par les chats qui viennent effrayer et déranger certaines espèces particulièrement vulnérables, voire les déciment simplement par transmission de certaines maladies. Les chats ne sont bien évidemment pas la seule cause de perte de biodiversité dramatique que l’on observe ces dernières années et qui ne fait que s’accélérer, mais c’est sans doute l’une de celle sur laquelle on pourrait le plus aisément agir comme le rappellent fort opportunément Arie Trouwborst et Han Somsen, deux juristes de l’université néerlandaise Tilburg Law School, dans un article publié dans le Journal of Environment de novembre 2019, qui a eu un grand retentissement mondial.

Dans leur analyse, les deux juristes estiment que le fait de laisser divaguer son chat domestiques revient de fait à enfreindre les directives européennes sur les oiseaux et les habitats qui s’évertuent à offrir de meilleures conditions de protection de nombreuses espèces menacées. Très pragmatiques, les deux chercheurs reconnaissent que l’opinion publique n’est probablement pas mûre pour changer son comportement vis-à-vis des chats domestiques dont les populations sont en pleine croissance et qui jouissent d’un capital de sympathie très fort. Mais leur article présente du moins le mérite d’attirer l’attention sur ce qui est devenu un facteur non négligeable d’atteinte à la biodiversité.

Un chasseur hors-pair… (source © Koreus.com)

Ils amènent ainsi chacun à réfléchir sur le bon équilibre à trouver pour que le monde de demain ne se résume pas à celui des humains et de leur animaux domestiques fétiches. « Les dégâts causés par le chat sont trop importants pour rester une exception à la loi » estiment les deux juristes qui appellent de leur vœux une approche pédagogique en direction des maîtres de chats afin de mieux en contrôler les populations (via notamment des mesures de stérilisation plus systématiques), de limiter leur divagation, surtout dans les milieux les plus vulnérables, et de développer des techniques permettant de limiter les dégâts qu’ils peuvent faire (le grelot pour prévenir les oiseaux de leur arrivée étant l’une des solutions classique en la matière…).

Assurément, vous ne regarderez plus votre chat de la même manière après avoir pris conscience de son impact sur la biodiversité environnante !

L. V.

Notre système de retraite ne va pas si mal, merci !

11 décembre 2019

On entend souvent en ce moment, de la part du gouvernement mais aussi des milieux patronaux et de certains économistes l’affirmation péremptoire selon laquelle notre système de retraite français serait au bord du gouffre et que la réforme annoncée serait indispensable pour sauver le dispositif qui sinon risque l’explosion à court terme. Une analyse pour le moins catastrophiste destinée à faire accepter de nouveaux sacrifices pour les futurs retraités menacés de devoir travailler toujours plus longtemps pour des niveaux de pension espérée toujours plus faibles.

Un dessin signé Deligne (source © Urtikan.net)

Pourtant, une vision aussi pessimiste semble pour le moins exagérée si l’on en croit un article de Guillaume Duval publié tout récemment par le magazine Alternatives économiques, lequel s’appuie sur le rapport rendu public en novembre 2019 par le Conseil d’orientation des retraites (COR).

Tout d’abord et contrairement au discours ambiant, le déficit actuel de notre système de retraite, loin de se creuser de manière irrémédiable comme certains voudraient le laisser croire, est plutôt en train de se résorber et les projections sur les prochaines années n’ont rien d’inquiétant. C’est la crise financière de 2008 et le ralentissement de l’activité économique qui s’en est suivi qui ont vraiment creusé le déficit. Ce dernier a ainsi atteint 6 % en 2010, la part des cotisations sociales (payées par les salariés et leurs employeurs, et donc fortement dépendante du niveau de l’activité économique du pays) étant alors tombée à son plus bas niveau (77 % des recettes globales). Depuis, la part des cotisations sociales est remontée et le niveau actuel de définit s’est considérablement réduit, autour de 1 %, un niveau marginal qui n’a donc rien de préoccupant.

Evolution du financement du système de retraite français (y compris Fonds de solidarité vieillesse) en pourcentage des dépenses (source infographie © Alternatives économiques)

La question est néanmoins de savoir ce que va devenir ce déficit dans les années à venir, et c’est justement l’objet de l’étude prospective conduite par le COR à la demande de l’État et qui vient donc d’être publiée. Or, les conclusions du COR sont plutôt rassurantes, puisque la part des retraites dans la richesse nationale, qui représente actuellement de l’ordre de 13,8 % du PIB, ne devrait guère bouger dans les 10 à 15 prochaines années. Le COR est formel : l’augmentation prévisible des dépenses de retraites dû au vieillissement de la population sera compensée par l’évolution des pensions qui est désormais moins rapide que celle du revenu moyen du fait des réformes engagées ces dernières années. Loin de se creuser, le déficit actuel ne devrait guère bouger et pourrait même disparaître selon les hypothèses de croissance envisagées.

Manifestation contre la réforme des retraites à Marseille le 5 décembre 2019 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / Libération)

En fait, la principale menace qui pèse sur l’équilibre à venir de notre système de retraite est la baisse des recettes plus que la hausse des dépenses. Or le facteur principal qui provoque cette réduction des recettes est provoqué par la politique actuelle du gouvernement qui comprime inexorablement la masse salariale publique en gelant le niveau de rémunération des fonctionnaires et en supprimant toujours plus d’emplois publics. Une politique de relance de l’action publique permettrait de revenir rapidement à l’équilibre de notre système de retraite, mais ce n’est pas dans l’air du temps…

Evolution du montant brut mensuel moyen des retraités français à 66 ans, en euros constant (valeur 2017) – source © Alternatives économiques

Une chose est sûre, en tout cas : la France est le pays européen, après la Grèce et l’Italie, qui consacre la part la plus importante de sa richesse nationale à payer les pensions de ses retraités. Un point qui exaspère tout ce que notre pays compte d’adeptes du néolibéralisme débridé et du « toujours moins d’État providence ». Mais c’est aussi un choix de société qui explique que notre pays fait partie de ceux où la part des plus de 65 ans vivant sous le seuil de pauvreté est la plus faible de toute l’Europe : seuls 7,8 % des séniors français vivent avec moins de 60 % du revenu médian. Ce taux monte à 15,8 % dans un pays comme la Suède, pourtant présenté comme le modèle indépassable de l’État social et de la retraite à points. Il atteint même 17 % en Allemagne où les retraités pauvres commencent à devenir un vrai problème de société.

Un rééquilibrage semble donc inévitable. Dans les années qui viennent, l’Allemagne va devoir consacrer une part plus importante de sa richesse nationale pour renforcer le pouvoir d’achat de ses citoyens retraités, tandis qu’en France, sous l’effet des mesures déjà prises depuis plusieurs années, l’évolution du montant des pensions versées connait un ralentissement progressif.

Évolution de l’âge moyen de départ en retraite dans les différents régimes (source © Alternatives économiques)

Mais il n’est pas besoin pour autant d’aller au-delà des mesures déjà adoptées et qui semblent largement de nature à permettre d’accompagner cette évolution, y compris d’ailleurs pour intégrer l’allongement prévisionnel de la durée de vie. De ce point de vue aussi, les affirmations selon lesquelles l’allongement de l’espérance de vie obligerait à retarder sans cesse l’âge de départ en retraite sont quelque peu battues en brèche par la réalité.

D’abord, l’âge moyen de départ en retraite a très sensiblement augmenté sous l’effet des réformes déjà adoptées. Il atteint désormais 63,1 ans dans le privé et 62,7 ans dans le public (hors policiers et gendarmes), et même 63,2 ans dans la fonction publique territoriale (abstraction faite des pompiers qui partent plus tôt). En 2002, cet âge moyen de départ en retraite était inférieur à 62 ans dans le privé et inférieur à 61 ans dans le public.

Quant à la durée de vie moyenne, elle continue à augmenter, mais de manière quasi imperceptible. L’espérance de vie à 60 ans est passée en 15 ans (jusqu’en 2014) de 20,4 à 23,1 ans pour les hommes et de 25,6 à 27,7 ans pour les femmes. Mais depuis plusieurs années, elle stagne et n’évolue quasiment plus, ce qui rend totalement inopérant un des principaux arguments avancés pour justifier d’augmenter toujours l’âge du départ en retraite, d’autant que, dans le même temps, le taux d’emploi des séniors est loin d’évoluer à la hausse…

Un dessin signé Plantu, publié dans Le Monde du 10 décembre 2019

On peut être pour ou contre le projet de réforme envisagé par le gouvernement pour harmoniser les différents régimes de retraite et passer à un système de répartition par points, mais au vu de ces chiffres il paraît bien difficile de justifier le volet initialement associé à ce projet et qui consiste à augmenter encore l’âge (ou la durée de cotisation) requis pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein : on peut d’ores et déjà parier que le gouvernement sera contraint de lâcher du lest sur ce dernier point s’il veut aller poursuivre son objectif de réforme sans mettre le pays à feu et à sang !

L. V.

Marseille invente le RAB (Redistributeur Automatique de Billets)

8 décembre 2019

Quel symbole ! Dans un quartier pauvre de Marseille, un distributeur automatique de billets, sans doute plus lucide que les autres, s’est rebellé contre sa propre banque. Considérant que ce sont les pauvres qui souffrent le plus du manque d’argent, il s’est mis à leur en distribuer plus que demandé…

A l’approche de Noël, le DAB de la Caisse d’Epargne du Merlan a l’esprit redistributif… (photo © Denis Trossero / La Provence)

Samedi 7 décembre, tout l’après-midi, le distributeur de billets de la Caisse d’Épargne avenue du Merlan, à Sainte-Marthe (14e), s’est mis à délivrer, tout simplement, le double des billets qui lui étaient demandés par les clients… « Tu tapais 20, il distribuait 40. C’était comme ça depuis le début de l’après-midi. Un truc de fou ! », racontait un jeune homme qui avait observé la scène une bonne partie de la journée. Quand les services de police sont arrivés, « c’était quasiment l’émeute », explique un témoin des faits, les clients se disputant l’accès jusqu’à être une centaine à attendre leur tour avec une impatience mal dissimulée. La banque a dépêché un technicien qui est finalement venu mettre le distributeur hors d’usage.

Il a fallu l’intervention de la police pour dégager l’accès au DAB un peu trop généreux de la Caisse d’Epargne du Merlan (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Les banques ne sont pas à plaindre. Le bénéfice net des banques françaises en 2018 a dépassé 24 milliards d’euros. Les frais liés aux découverts sont très rémunérateurs. Ils représentent 30 à 35 % du chiffre d’affaires des banques de détail. Selon 60 millions de Consommateurs, un client standard verse en moyenne chaque année 34 € de frais liés à un solde débiteur. Pour le consommateur en difficulté, c’est presque dix fois plus : 296 € en moyenne, selon les relevés de ceux qui ont demandé une aide aux associations familiales en 2016. Cette année-là, un foyer en difficulté sur cinq a vu s’envoler plus de 500 € !

Le distributeur de billets savait sans doute tout cela. Il a pensé qu’un distributeur devait évoluer et aussi redistribuer. Pour une après-midi, il a été plus efficace que toutes les politiques annoncées. Le taux de pauvreté dans le 14e arrondissement est de 41 %. Il est en augmentation, comme le profit des banques…

JBx