Archive for février 2014

Les carnets du major Sarkissian, en guerre contre la délinquance à Carnoux

21 février 2014

A Carnoux, les cambrioleurs n’ont qu’à bien se tenir. La ville est sous vidéo-surveillance, les voisins sont hautement vigilants comme le clament fièrement les panneaux apposés à l’entrée de tous les quartiers, et le major Sarkissian veille. Chef de la brigade de gendarmerie de Carnoux, ce dernier inonde les citoyens adhérents des CIQ (les centres d’intérêts de quartier) de ses messages alarmistes pour rappeler chacun à la plus extrême vigilance. A Carnoux, il est fortement conseillé de fermer ses volets et de brancher son alarme quand on part acheter sa baguette de pain : on n’est jamais trop prudent dans un monde où le crime rôde derrière chaque mur de clôture.

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Il faut dire que l’heure est grave. A en croire le dernier mail de notre ange gardien galonné, il y a eu pas moins de 17 cambriolages sur Carnoux en janvier 2014 (et 4 seulement sur Roquefort-La Bédoule, vraiment petits joueurs les voisins…) sans compter 17 vols sur véhicules et vols de véhicules dans les deux communes. Les raisons d’un tel climat d’insécurité ? Elles sont parfaitement connues et clairement analysées par le major Sarkissian : « en raison de la campagne électorale sur Marseille, le renforcement de la surveillance fait que les professionnels du cambriolage sortent de Marseille pour venir sur nos communes« . Eh oui, ce sont les effets pervers de la démocratie : ne faudrait-il pas supprimer les élections pour éviter tout risque de ce type ?

Mais ce n’est pas tout. D’autres risques nous guettent comme nous l’explique doctement le major : « depuis quelques jours nous avons un déferlement de personnes issues des gens du voyage qui démarchent sur nos communes. Ils n’hésitent pas à insister à rentrer dans les propriétés pour demander du travail. Dans le même temps des personnes issues de la communauté roumaine stationnée sur Marseille font les mêmes démarches mais pour pénétrer à l’intérieur des maisons« . La nuance est subtile mais elle révèle le haut niveau d’expertise d’un professionnel de la sécurité publique : si vous retrouvez un individu suspect dans votre jardin vous proposant de tailler votre haie, il est vraisemblablement issu des Gens du voyage ; si vous le retrouvez dans votre salon, alors il y a toutes les chances qu’il s’agisse d’un Rom…

Blog58_Ph2Mais le major Sarkissian est aussi un fin analyste de la situation politique locale et il ne lui a pas échappé que certains profitent de la campagne électorale en cours pour attiser cette peur de l’insécurité : craindrait-il par hasard une concurrence déloyale de la part des deux têtes de listes issues également de la police (à moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle manifestation de la guerre traditionnelle entre gendarme et policiers) ? Ses propos à ce sujet méritent d’être rapportés in extenso : « Toutefois je souhaite apporter une Précision quant à la Campagne électorale qui est en cours qu’il est dangereux de faire circuler des rumeurs non fondées sur une montée de la délinquance qui serait en relation avec X ou Y alors que les Responsables politiques qui se sont engagés dans la Campagne ont exprimé le souhait de le faire dans un climat apaisé. Il ne faut surtout pas colporter une rumeur qui risque de créer un climat d’insécurité alors que même si effectivement nous subissons actuellement Nous avons encore la chance de se promener dans la rue sans se faire agresser. les Halls d’entrée ne sont pas gérés par des drogués avec les habitants cloîtrés chez eux même si on sait que de la drogue circule et qu’on travaille sur les auteurs« .

Certes le style est un peu approximatif, mais il dénote l’homme d’action qui se doit avant tout d’être sur le terrain, aux prises avec les dangereux délinquants qui menacent notre sécurité, et qui n’a pas une minute à perdre pour relire sa prose avant de l’envoyer à la moitié de la ville. Un homme plein d’humour également, qui ne craint pas d’appuyer ses propos par quelque bonne vieille plaisanterie de corps de garde : « JE NE PEUX PAS ÊTRE PLUS CLAIR (JE L’ÉCRIS EN GROS). Je vais de nouveau au delà de mes prérogatives dans le cadre de la Participation Citoyenne mais au moins j’ai écrit ce que je pensais même si cela doit heurter certains mais c’est en cassant des œufs qu’on fait de bonnes omelettes. donc vous voyez après le vin qu’on n’a pas eu je parle de l’omelette – on progresse dans la partie culinaire. Au prochain message je vous parlerai du Dessert……« .

Un véritable boute-en-train ce major Sarkissian dont les messages hauts en couleurs font les délices des citoyens de Carnoux, chaque jour plus vigilants !

LVLutinVertPetit

On peut rire de tout, même de la métropole…

15 février 2014

Le Conseil de Développement de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, présidé par Jacques Boulesteix, fait partie de ces structures peu connues du grand public et qui pourtant permettent d’insuffler un peu du dynamisme de la société civile dans le fonctionnement de cette collectivité. Sa commission Culture coordonne ainsi un travail de réflexion sur les représentations du territoire métropolitain, son identité culturelle et la question du « vivre ensemble ». Des notions manifestement utiles à défricher en prévision de l’émergence, début 2016, de la future métropole Aix Marseille Provence, projet qui suscite de fortes attentes au sein d’une large partie de la population mais aussi un rejet viscéral de la part de nombreux élus locaux.

Histoire de dédramatiser le débat, ce groupe de réflexion a eu l’idée de solliciter des caricaturistes pour illustrer, par des dessins humoristiques, la manière dont nous percevons cet espace métropolitain qui s’étend de l’étang de Berre jusqu’aux contreforts de la Sainte-Baume. Une exposition intitulée « La métropole, un jeu d’enfant » a permis de présenter ces dessins en janvier 2014. Autant de clins d’oeils facétieux à ce qui caractérise pour l’instant la gestion morcelée et trop souvent incohérente de ce territoire, écartelé en 93 communes et six intercommunalités, avec de grosses difficultés liées à un réseau routier engorgé, une offre de transports publics indigente et inadaptée, un environnement fortement pollué malgré un écrin naturel exceptionnel, des inégalités sociales exacerbées, des querelles de clochers mais beaucoup de traits culturels communs ! Des caricatures à découvrir sur le site du Conseil de Développement de MPM…

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Ces dessins d’humeur constituent la première étape d’un futur « atlas métropolitain sensible », document en préparation qui rassemblera, sous forme de cartes, de témoignages et d’illustrations, des visions renouvelées de ce territoire en devenir : après avoir pointé avec dérision les multiples dysfonctionnements de ce périmètre métropolitain, dont chacun fait l’expérience dans sa vie quotidienne, l’objectif est aussi de mettre en avant les nombreux atouts et les ressources souvent insoupçonnées qui caractérisent notre future métropole !

 

LVLutinVertPetit

Elections municipales 2014 : une carte interactive de La Provence

11 février 2014

Dès le 23 janvier 2014, deux mois avant le premier tour des élections municipales qui se dérouleront les 23 et 30 mars prochain, le quotidien La Provence, a mis en ligne une carte interactive qui présente, pour 300 communes de la région, les candidats déjà déclarés. Cette carte (lien) affiche, pour chacune des localités couvertes, un pictogramme coloré selon l’étiquette du maire sortant et dont la taille est proportionnelle au nombre d’habitants de la commune. Un simple clic sur ce pictogramme fait apparaître le nom des différentes listes en présence classées par ordre alphabétique selon le nom de la tête de liste. Des liens interactifs renvoient ensuite directement vers les sites de campagne des différents candidats : un outil très pratique pour permettre à chaque citoyen de s’informer et de se préparer pour cette prochaine échéance électorale qui constitue traditionnellement un temps fort de la vie démocratique locale !

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Blog56_Ph2ExtraitPour la commune de Carnoux-en-Provence, la carte fait apparaître les quatre listes désormais déclarées depuis déjà quelques semaines. Les deux premières, qui s’affichent « divers droite », sont celle de Gilles Di Rosa (lien) dénommée « Un nouveau souffle pour Carnoux » et celle du maire sortant Jean-Pierre Giorgi, dont le site internet, bien que la liste s’intitule « Ensemble pour Carnoux », laisse penser qu’il est toujours aussi désespérément seul… La suivante est la liste affichée « sans étiquette » menée par Alain Levavasseur sous le nom de « Carnoux au quotidien » (lien) et enfin la liste divers gauche conduite par Marc Vincent sous le nom de « Gauche citoyenne et solidaire » (lien).

Parcourir cette carte interactive permet d’apprendre que sur la commune voisine de Cassis la maire UMP sortante devra affronter pas moins de deux pâtissiers à la retraite : attention aux éclairs… Sur Aubagne, la liste d’union de la gauche conduite par Daniel Fontaine sera confrontée à une liste Front National et à deux listes de droite étiquetées respectivement UDI et UMP. Sur Gemenos, la liste d’opposition conduite par Jean-Yves Petit (Europe écologie – les Verts) sera seule face au maire sortant Roland Giberti. A La Ciotat, le maire UMP Patrick Boré sera confronté à trois autres listes dont une du Front National et une de gauche menée par Karim Ghendouf. Sur Roquefort-La Bedoule, le maire élu en cours de mandat, également UMP se retrouve aussi face à trois listes, dont l’une conduite par Alain Tarrini (Front de Gauche), la seule sur cette commune à avoir dès à présent un site de campagne opérationnel !

Sur Marseille, les choses sont plus complexes puisque le scrutin se fait par secteur, chacun regroupant 2 arrondissements. Chaque secteur élit 303 conseillers municipaux dont un tiers siège au conseil municipal de la ville. Dans chacun des 8 secteurs se présentent au moins 5 listes. La droite UMP et UDI est menée par l’inoxydable Jean-Claude Gaudin, 74 ans et élu depuis …1965 (à l’époque sur la liste de Gaston Deferre). Dans le sixième secteur, l’UMP Roland Blum est par ailleurs confronté à une liste dissidente de droite menée par Robert Assante. A gauche les Verts se sont finalement ralliés aux socialistes dès le premier tour sous la bannière de Patrick Mennucci, désigné à l’issue d’un processus de primaires, mais des listes Front de Gauche seront également présentes, menées par Jean-Marc Coppola. Enfin, le Front National sera présent partout sous le nom de Rassemblement Bleu Marine. Le MODEM, quant à lui, comptait présenter ses propres listes, mais l’arrivée annoncée de Pape Diouf (qui n’est pas encore intégrée sur la carte interactive de La Provence) pourrait changer la donne. Bien malin en tout cas qui pourrait dire à ce stade ce qui sortira de cette joyeuse bouillabaisse à la Marseillaise…

LVLutinVertPetit

Réserve parlementaire : comment notre député utilise t-il sa cagnotte ?

6 février 2014

Depuis des années, nombre de citoyens s’échinent à percer à jour l’opacité qui entoure la fameuse réserve parlementaire que députés et sénateurs utilisent de manière discrétionnaire, sans rendre de compte à personne, pour financer telle ou telle association ou projet dans leur circonscription (ou ailleurs). Un coin du voile vient enfin d’être levé grâce à l’opiniâtreté de certains et à un plus grand souci de transparence qui honore la majorité actuelle. Pour la première fois, il est ainsi possible de savoir après coup le montant et surtout la répartition de cette fameuse « caisse noire » des parlementaires pour l’année 2013.

L’enveloppe globale que se partagent les 577 députés s’élève ainsi à 90 millions d’euros (dont 81,6 millions ont été effectivement dépensés, sous la forme de pas moins de 11 000 subventions répertoriées). Chaque député reçoit une certaine somme en fonction de sa position dans l’Assemblée et de son ancienneté. En moyenne, cela représente de l’ordre de 130 000 euros pour la plupart des députés, mais avec d’importants écarts. Le président UMP de la commission des Finances Gilles Carrez décroche ainsi le pompon avec 786 00 euros, devant le président de l’Assemblée nationale, le socialiste Claude Bartolone qui a reçu 520 000 euros. Ce dernier est en outre chargé de répartir la réserve dite « institutionnelle », d’un montant de 5,5 millions d’euros, qui « permet de soutenir des associations ou fondations menant des projets d’intérêt national et, traditionnellement, de participer au financement de grandes institutions ou juridictions françaises » selon les explications officielles du site de l’Assemblée nationale.

Pour ce qui concerne les subventions accordées par chacun des députés, les détails sont donc désormais accessibles directement sur le site de l’Assemblée. Blog55_PhDeflessellesOn apprend ainsi que le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Bernard Deflesselles a disposé en 2013 de 151 377 euros distribués pour moitié aux communes et à des associations. L’objet des subventions accordées aux communes n’est pas précisé mais on sait que les 15 000 euros attribués à Carnoux ont servi à co-financer l’équipement de la salle Artea en matériel de projection numérique. Le détail des subventions bénéficiaires montre en tout cas tout l’intérêt que porte notre député aux associations d’anciens combattants, groupes folkloriques et autres clubs de tennis locaux…

 

Liste des subventions accordées en 2013 par M. Deflesselles sur sa réserve parlementaire

Liste des subventions accordées en 2013 par M. Deflesselles sur sa réserve parlementaire

Les sénateurs ne sont pas en reste puisqu’ils disposent eux aussi d’une réserve parlementaire d’environ 60 millions d’euros. En juillet 2013, grâce à l’obstination d’un simple citoyen, Hervé Lebreton, professeur de mathématique de son état, le ministère de l’intérieur, avait autorisé la publication du détail des subventions accordées pour l’année 2011 au moyen de cette réserve sénatoriale. A l’époque, le montant global attribué s’élevait à 150 millions d’euros. Une partie de cette somme a servi effectivement à financer des travaux d’intérêt général tels que des réfections d’écoles ou d’églises dans des communes rurales à faibles ressources budgétaires.

Certains se sont néanmoins distingués par une légère propension au clientélisme, tel le sénateur UMP Philippe Marini, président de la commission

Philippe Marini

Philippe Marini

des finances du sénat et fervent partisan de la rigueur budgétaire (pour les autres, sans doute), qui disposait au total de 2,7 millions d’euros et en avait attribué les deux tiers à la ville de Compiègne dont il était maire… Quant à Gérard Larcher, alors président du Sénat et élu des Yvelines, il n’avait pas hésité à versé 10 000 euros pour l’acquisition d’un alambic dans une petite ville de Moselle… Au milieu de cette liste à la Prévert que constituent l’ensemble des subventions accordées, transparaît néanmoins le fort goût des sénateurs pour la ruralité avec pas moins de 52 tracteurs au total financés par cette réserve parlementaire, ce qui atteste que nos élus ont incontestablement le sens des priorités…

LVLutinVertPetit

 

Sources :

Liste des subventions par parlementaire

Article de Challenges

Article de Marsactu

Info sur les sénateurs

Cisjordanie : un patrimoine de l’humanité menacé ?

4 février 2014

Deux sites emblématiques du patrimoine palestinien, directement menacés par le tracé du mur de séparation que construit Israël depuis des années, ont introduit des recours qui devaient être examinés par la Haute Cour de Justice israélienne le 29 janvier. Une affaire symptomatique de ce conflit israélo-palestinien qui s’enlise dans l’absurde…

Système antique d'irrigation dans la vallée de Battir

Système antique d’irrigation dans la vallée de Battir

Le premier de ces sites est le village de Battir, dont les terrasses sont cultivées depuis 4 000 ans en vigne et olivier. Ce village a conservé intact ses tours de guet en pierres sèches et son antique système d’irrigation qui date de 2 500 ans et dont les canaux en pierres cheminent de terrasses et terrasses depuis plusieurs sources jusqu’à un vaste bassin. Les particularités exceptionnelles de ce site ont conduit l’UNESCO à envisager de le classer au titre du patrimoine mondial de l’humanité.

Vergers en terrasse dans la vallée de Crémisan

Vergers en terrasse dans la vallée de Crémisan

Le second site concerné est celui de la vallée de Crémisan, riche en vignobles et en vergers de citronniers, qui produit le vin de messe de Terre sainte.

Dans les deux cas, le ministère de la défense israélienne a prévu de faire traverser ses sites par le mur de séparation, officiellement « clôture de sécurité », dénommé localement « mur de l’apartheid » par les Palestiniens qui en subissent les conséquences au jour le jour. Ce mur, désormais achevé aux deux tiers, atteindra à terme 712 km de longueur et se trouve à 85 % sur le territoire de Cisjordanie, rendant impossible la vie à de nombreux habitants qui ne peuvent plus se déplacer pour rejoindre leurs champs et les établissements de santé.

Soldat israélien devant le mur de séparation (photo AFP)

Soldat israélien devant le mur de séparation (photo AFP)

Dans le cas de la vallée de Battir, l’ONG Les Amis de la Terre / Moyen-Orient qui a introduit ce recours a même reçu le soutien inhabituel de l’Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, pourtant dirigée par des partisans de la colonisation mais qui s’émeut des conséquences d’un tel ouvrage sur l’environnement de ce site exceptionnel. Le ministère israélien de la Défense maintient néanmoins son projet en arguant que « sa mission première et fondamentale est d’assurer la sécurité des citoyens d’Israël »…

Pourtant, la Cour internationale de Justice avait jugé le 9 juillet 2004 que la construction de ce mur était illégale et qu’il devait être démantelé, décision confirmée par l’Assemblée générale de l’ONU mais manifestement non suivie d’effet… Quand la raison triomphera t-elle enfin de la peur dans ce pays qui est pourtant un des berceaux de l’humanité ?

LVLutinVertPetit

La Poste en 2014 : rapide visite dans les ruines d’un ancien service public

2 février 2014

Un quartier de Carnoux-en-Provence a été totalement privé de courrier pendant plus de 7 jours. Le facteur titulaire de la tournée, en arrêt maladie, n’a pas été remplacé. Dans La Provence du samedi 25, un petit entrefilet signale la chose, comme une banalité. Pourtant quand on y regarde de près, on découvre une situation qui est loin d’être banale. Elle vaut la peine d’être décrite car elle est tout à fait exemplaire de ce que devient, par une logique inéluctable, une entreprise publique très performante quand on l’ouvre à la concurrence et qu’on la privatise en société anonyme, dont le but est le profit financier. Ce qui est le cas de La Poste depuis le 1er mars 2010.

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Résumons : du mardi 14 janvier au lundi 20, aucun courrier n’a été distribué dans le quartier Beauséjour. Devant l’inquiétude des habitants, car c’est une période de l’année où arrivent à échéance quantités de factures, une distribution est faite le mardi 21 par un facteur affecté à une autre tournée. LeLaPosteFacteur mercredi 22, aucun courrier, puis une distribution régulière à partir du jeudi 22, par deux facteurs, en alternance, affectés à d’autres tournées qui pendant ce temps, bien sûr, ne sont pas assurées. Donc aucun vrai remplacement du facteur titulaire. A noter que cela était déjà arrivé ces trois dernières années, mais pendant 2 ou 3 jours seulement. Auparavant, c’est à dire avant la privatisation et les suppressions de postes, un facteur malade était remplacé soit le jour même, soit le lendemain. Pour autant que je me souvienne, pour retrouver une situation semblable, il faut remonter aux grandes grèves de 1968.

LaPostePh3Mais voyons la suite. Lorsque je me suis présenté au bureau de poste de Carnoux pour demander des explications, il m’a été dit que ce bureau n’est plus qu’un lieu de dépôt du courrier et que son personnel n’a aucun droit de regard sur sa distribution ; le bureau responsable étant le centre de distribution de La Ciotat (c’est effectivement le cas depuis plus de 2 ans). Sur 3 employés présents, un seul connaissait l’adresse de ce centre. J’apprends par la même occasion que le bureau de Carnoux est menacé purement et simplement de suppression, et si ce n’est pas lui, ce sera celui de Roquefort-La Bédoule.

LaPoste_Ph1Continuant ma petite enquête, je téléphone au numéro de La Poste donné dans l’annuaire : le 36 31. C’est en fait le « service consommateur » de tout le groupe (car nous ne sommes plus des « usagers » des services postaux mais des « consommateurs » ou des « clients »).

Après plusieurs appels infructueux (mais payants!), où un répondeur automatique me dit que « tous nos conseillers sont en ligne » et me conseille de « rappeler ultérieurement », le lundi 20 j’arrive enfin à avoir un employé au bout du fil et là, les choses tournent au délire. Mon correspondant me dit que selon ses tableaux, notre centre de distribution est bien à Carnoux et non à La Ciotat (et il insiste!), qu’il n’y a aucun arrêt de travail déclaré et que le courrier est distribué normalement sur toute la ville ! « Sur mon tableau, tous les voyants sont au vert », me dit-il. J’apprends par la même occasion que ce « service consommateur » se trouve en …Picardie ! Mon interlocuteur ouvre quand même un dossier de réclamation avec un numéro qu’il me communique.

Le 23, suite à cette réclamation, je reçois deux lettres, toutes deux datées du 20 janvier et signées par le même « Responsable Relation Client », mais avec deux contenus différents ! Passons sur les détails…. Autre surprise, l’adresse de l’expéditeur est : « Direction du courrier – Établissement de Carnoux-en-Provence » (!). Un peu ahuri, je vérifie le tampon postal : les lettres ont été postées à Lille ! Mais de qui se moque-t-on ? Ce n’est plus un service postal, c’est le royaume du Père Ubu !

LaPosteDessinClubicCette petite histoire est très révélatrice ; elle n’est pourtant qu’un exemple parmi d’autres des déboires entraînés par la transformation de La Poste en société commerciale, notamment les augmentations des tarifs, directes ou déguisées, par exemple pour les colis ou des changements d’adresse (qui auparavant étaient gratuits et coûtent maintenant une vingtaine d’euros). Ajoutons aussi la pression subie par les guichetiers pour vendre toutes sortes de services qui étaient inutiles quand La Poste fonctionnait bien (comme les « lettres suivies »).

Mais les usagers ne sont pas les seuls à supporter les dégâts de cette situation. Une société commerciale se doit, pour être rentable, non seulement d’augmenter ses tarifs, mais aussi de supprimer le plus grand nombre possible de salariés. Les postiers sont donc en première ligne pour en subir les conséquences. Lors de tous mes contacts, directs ou téléphoniques, le ras le bol était nettement perceptible chez la plupart de mes interlocuteurs, certains le transformaient en humour, d’autres ne cachaient pas leur exaspération.

Avec cet exemple, on comprend mieux les nombreux conflits sociaux en cours chez les postiers et même les suicides sur le lieu du travail. Mais comme disait l’ex-PDG de France-Télécom, les suicides c’est une mode, n’est-ce pas ?

L'avenir radieux des services publics à la Française ? - dessin de Dib

L’avenir radieux des services publics à la française ? – dessin de Did

La mise en concurrence et le passage en société anonyme ont complètement désorganisé (pour ne pas dire démantelé) un service public efficace auquel tous les français étaient très attachés, et nous ne sommes encore qu’au début d’un processus. Pour l’instant, La Poste est encore une société anonyme à capitaux publics (État et Caisse des Dépôts et Consignation), mais tout laisse penser que ce n’est qu’une étape vers l’entrée de capitaux privés, ce qui ne pourra qu’aggraver la course aux profits.

Bon courage pour la suite !

J C B

KATULU n° 36

1 février 2014

Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les lecteurs de Katulu dans le numéro 36 de novembre 2013 Katulu36 

Je vais mieux

David Foenkinos

David Foenkinos a étudié les lettres à la Sorbonne, tout en se formant au jazz, ce qui l’amène au métier de professeur de guitare. Son premier roman est publié en 2002 chez Gallimard. Il a publié notamment « Le potentiel érotique de ma femme » en 2004, « La Délicatesse » en 2009 (adapté au cinéma en 2012) et « Les Souvenirs » en 2011.

PhFoenkinos

Ce roman est l’histoire d’un homme : la quarantaine, bien dans sa vie, un boulot dans un cabinet d’architecte, une femme avec qui il est marié depuis longtemps, leurs relations sont bonnes, de grands enfants partis du foyer ! Tout a l’air de rouler ! Un soir, au cours d’un repas chez eux avec des amis, voilà qu’une douleur foudroyante le parcourt « j’ai immédiatement compris que quelque chose se passait ! » A partir de là, ce « mal au dos » ou « mal du siècle » devient le thème essentiel du roman et tout se trame autour de çà  !

Le roman est limpide, on se reconnaît dans ces descriptifs. On pourrait penser qu’en fait le héros est un homme heureux malgré sa douleur mais en fait l’histoire est de plus en plus « dramatique » pour lui ! Il fait le tour des hôpitaux, médecins, psychiatre, prostituées : rien ne l’apaise ; son angoisse grandit au fur et à mesure ; il s’imagine atteint d’un mal incurable. Peu à peu, tout se décompose : la vie dans l’entreprise, puis c’est la dispute avec les parents qu’il n’a jamais osé affronter mais le père, loin de se remettre en question lui dit « ton mal au dos, ça ne m’étonne pas (.) tu voudrais qu’on t’admire…». Ensuite, c’est l’annonce brutale d’Élise, sa femme « je voudrais qu’on divorce ! »

Bref ce roman évoque tous les malheurs qui s’abattent sur l’homme moderne dans cette société stressante : les couples qui se défont, le travail harassant qui réduit l’individu à être un pion « on marche toujours au bord du précipice ; il suffit d’un rien pour tomber : la chute fait partie de nous ». Les choses finissent quand même par s’améliorer quand il comprend « que le mal au dos devait être la somme de tous les nœuds jamais dénoués »…

Josette Jegouzo

 

 

La comtesse de Ségur

Quelques éléments de biographie : Sophie Rostoptchine naît près de Moscou en 1799. Elle reçoit une excellente éducation, parle 5 langues, mais sa mère est très sévère et Sophie, turbulente, sera bien souvent punie. Son père, Fédor, est gouverneur de Moscou et donnera l’ordre d’incendier la ville pour contrer les troupes napoléoniennes. Disgracié par le tsar, il s’exile en Pologne en 1814 et arrive en France en 1817. Sophie a 18 ans quand elle le rejoint. Elle rencontre Eugène de Ségur (1798-1869), fils d’un maréchal d’Empire et en tombe amoureuse. Le mariage, célébré deux ans plus tard, n’est pas heureux : Eugène est un paresseux qui dilapide la fortune de sa femme et la trompe sans vergogne, en particulier avec les bonnes de la famille !

PhComtesseSegurC’est en 1822 que Fédor donne à sa fille le château des Nouettes sur la commune d’Aube, dans le département de l’Orne en Normandie. Sophie y passera 50 années, consacrées à ses 8 enfants et plus tard à ses petits enfants, les vrais amours de sa vie. Son mari la délaisse de plus en plus. Sophie tombe malade : crises de nerf, périodes de mutisme total. Elle prend l’habitude, le soir au coucher, de raconter des histoires à ses enfants et petits enfants. C’est en 1855, à 56 ans, qu’elle publie un livre pour enfants : les « Nouveaux contes de fées ». 19 autres volumes suivront. En 1866 elle devient sœur franciscaine sous le nom de sœur Marie Françoise. Des difficultés d’argent la contraignent à vendre les Nouettes en 1872. Elle s’installe à Paris où elle meurt en 1874. Elle est inhumée dans le Morbihan auprès de l’une de ses petites filles. Sur sa tombe une croix avec la mention : « Dieu et mes enfants ».

Quelques-uns de ses romans : « Les malheurs de Sophie », « Les petites filles modèles », « Les Vacances », « Les mémoires d’un âne », « Pauvre Blaise », « Les bons enfants », « Les deux nigauds », « Un bon petit diable », « Jean qui grogne et Jean qui rit », « Après la pluie le beau temps ». Elle a aussi publié des livres didactiques portant sur la santé ou la religion, ainsi que plusieurs volumes de Correspondances. A ce jour on estime à 29 000 000, le nombre d’ouvrages de la Comtesse qui ont été vendus.

PhLivresComtesseSegur

Ses romans sont faits pour éduquer l’enfant, lui montrer le chemin à suivre. Pour la Comtesse, l’éducation est primordiale : trop de violence, des mauvais traitements gâtent l’enfant, peut être à jamais. Au contraire, une douce fermeté en fera « un bon sujet » pour parler comme Sophie ! Et pourtant on ne peut s’empêcher de voir avec quelle délectation (le mot n’est pas trop fort) elle décrit les séances de fouet ou de knout (général Dourakine), les journées passées enfermée dans une chambre (Sophie) ou les carcans pour redresser le dos (Comédies et Proverbes). Le catholicisme est omniprésent, la messe, les prières du soir, occupent une partie de la journée. Le curé est un conseiller auquel on a souvent recours. La vie se passe dans le calme de la campagne. La ville est source de problèmes, de vices (voir les deux nigauds). On se reçoit de château à château, on est « entre soi ». Les serviteurs, bien traités, sont aux ordres, ils sont obéissants, bons catholiques…..

La comtesse de Ségur appartient à un monde déjà dépassé. Elle a vécu plusieurs révolutions (1830, 1848) sans que ses opinions se modifient. Pour elle, les nobles ont un devoir d’aide aux plus pauvres mais les pauvres se doivent de rester à leur place. Chacun dans son monde, on ne déroge pas. La vie de ses deux petites filles les plus célèbres, Camille et Madeleine de Malaret, les petites filles modèles, nous montre que ses leçons n’étaient peut être pas tout à fait les bonnes… Camille aura une vie misérable, maltraitée et ruinée par un époux volage (encore un !). Quant à Madeleine, devant de tels exemples, elle entre en religion et n’aura pas de descendance.

Annie Monville 

 

Chilpéric 1er, Le roi assassiné deux fois

Frédéric Armand 

PhLivreArmandCet ouvrage est, une fois de plus, l’occasion de vérifier à quel point les réputations sont trompeuses. La seule source concernant Chilpéric 1er (527-584) a longtemps été L’histoire des Francs écrite par Grégoire de Tours (539-594), évêque contemporain issu d’une famille de sénateurs Romains qui du fait de ses origines nobles méprisait les Francs en général et Chilpéric en particulier. C’est d’ailleurs Grégoire de Tours qui a inspiré le sous-titre de ce livre, roi assassiné deux fois, physiquement en 584, sa mémoire assassinée ensuite.

En fait la haine féroce que Grégoire voue à Chilpéric est surtout la conséquence du meurtre de Galswinthe, première épouse de Chilpéric par la seconde, la redoutable Frédégonde. Or cette Galswinthe était sœur de Brunehaut, épouse de Sigebert roi d’Austrasie et frère de Chilpéric roi de Neustrie, toutes deux filles d’Athanagild roi des Wisigoths et toutes deux ayant abjuré l’arianisme pour la foi nicéenne afin de se marier avec les fils de Clothaire. C’est ainsi que chaque décision ou action de Chilpéric est critiquée et que rien ne lui est épargné. Il est vrai que Chilpéric collectionnait les échecs. Toutefois il n’avait pas que de mauvaises idées : en témoigne cette réforme de l’alphabet qu’il avait initiée afin de rendre les sonorités gothiques plus faciles à transcrire, réforme abandonnée par ses successeurs.

Il faut dire qu’en ces temps particulièrement troublés la vie d’un roiPhChiperic Franc n’avait rien de tranquille, principalement à cause de cette coutume divisant le royaume entre tous les héritiers mâles du roi défunt. Il est toutefois remarquable de constater que ces héritiers savaient interrompre leurs luttes intestines dès que l’intégrité du royaume des Francs se voyait menacée de l’extérieur (Saxons, Wisigoths ou Burgondes) et unir leurs forces, repousser d’éventuels agresseurs pour ensuite continuer leurs guerres fratricides comme si de rien n’était, chacun voulant reconstituer à son profit l’intégralité du royaume paternel.

L’anecdote du mausolée de Clothaire est révélatrice des mœurs plus que bizarres de cette époque. À la mort de Clothaire, le mausolée destiné à lui servir de tombe n’était pas achevé ; bon fils, ses quatre héritiers, Chilpéric, Caribert, Gontran et Sigebert en continuèrent la construction, tout en se faisant la guerre, la dépouille du roi attendant dans un temple en bois. Lorsque le mausolée en pierre fut achevé (aujourd’hui basilique Saint-Médard de Soissons), les cendres de Clothaire y furent transférées et la construction provisoire fut débitée en cure-dents soit-disant miraculeux qui, vendus à prix d’or, rapportèrent une véritable fortune.

Yves Le Merre