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Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

30 novembre 2017

« L’homme est un animal doué de raison », disait le philosophe Aristote. C’est parfois à se demander. Prenons l’affaire du glyphosate. Voilà un produit miracle, mis sous le marché en 1974 sous le doux nom de Roundup et qui a fait la fortune de la firme Monsanto, devenant en quelques années le pesticide le plus vendu au monde : pas moins de 800 000 tonnes par an dont plus de 10 000 tonnes rien qu’en France. Le brevet est tombé dans le domaine public en 2000 mais il continue à rapporter la bagatelle de 5 milliards de dollars chaque année à la firme Monsanto, désormais tombée dans l’escarcelle du géant allemand Bayer.

Les agriculteurs affiliés à la FNSEA ne jurent que par lui et considèrent qu’il est désormais impossible à l’agriculture française de se passer du glyphosate. Comme l’a affirmé Eric Thirouin, secrétaire général de la FNSEA à un journaliste du Monde, interdire l’utilisation de cet herbicide, reviendrait « à poser un boulet à l’agriculture française » et coûterait pas moins de 2 milliards d’euros à une filière nationale déjà bien mal en point. La raison d’un tel surcoût : il faudrait que les céréaliers en reviennent à la charrue et se remettent à labourer leurs terres, ce qui les obligerait « à augmenter leur consommation de gas oil et leurs émissions de CO2 ».

Un véritable scénario catastrophe qui laisse pantois. Certes, nous voilà partiellement rassurés, nos agriculteurs ne seront pas obligés d’en revenir pour autant à l’araire tirée par des bœufs, voire à la daba. Mais tout de même, de là à prétendre que le glyphosate est la meilleure arme qu’on ait trouvée pour protéger l’environnement et combattre le réchauffement climatique, voilà qui paraît un peu fort de café.

Pour labourer profond, il faut ce qu’il faut… (source : Massey-Fergusson)

On en vient même à se demander, lorsqu’on voit le nombre de tracteurs dernier cri, avec cabine insonorisée équipée de GPS, en train de tracer leurs sillons dans les plaines céréalières de la Beauce ou de la Brie, si certains ne seraient pas en train de pousser un peu loin le bouchon en voulant nous faire croire qu’on a arrêté depuis belle lurette de retourner les champs et que, grâce au glyphosate, tout la profession s’est convertie à la permaculture…

Voilà en tout cas une situation bien peu rationnelle en apparence. Alors qu’en Europe et singulièrement en France, la demande en produits issus de l’agriculture biologique explose, au point qu’on est obligé d’importer massivement pour y faire face, la majorité active (ou du moins la plus bruyante) de la profession agricole se bat pour conserver le droit d’utiliser des produits phytosanitaires dont l’effet sur les sols et sur l’environnement est catastrophique, avec pour principal argument que c’est le seul moyen pour produire à bas coût et répondre ainsi aux diktats de la grande distribution.

La filière agricole et le ministre de l’agriculture en tête, se sont ainsi bruyamment félicités de la décision honteuse prise le 27 novembre 2017 par les États membres de l’Union européenne à une large majorité de prolonger de 5 ans la licence d’exploitation du glyphosate malgré tous les risques qu’il représente non seulement pour l’environnement mais aussi pour la santé humaine puisqu’il est désormais considéré comme « cancérogène probable » suite à une étude publiée en mars 2015 par le Centre international de recherche contre le cancer qui dépend de l’OMS.

Un dessin de Deligne (source : Urtikan)

La déclassification en mars 2017 des fameux « Monsanto papers » indique d’ailleurs que la firme américaine a découvert ce pouvoir mutagène du glyphosate dès 1999 et a tout fait depuis, grâce à son réseau d’influence auprès d’experts internationaux reconnus, pour semer le doute à ce sujet et publier nombre de résultats d’études qui tendent à prouver le contraire pour renforcer sa position.

Voilà en tout cas qui montre, une fois de plus, à quel point il est difficile, sur des dossiers aussi complexes et qui comportent de tels enjeux économiques, de prendre des décisions qui seraient conformes à l’intérêt général. Difficile d’ailleurs de ne pas faire le parallèle avec le cas de l’amiante dont on connait les dangers depuis les années 1890 mais pour laquelle il a fallu attendre 1997 pour que son utilisation soit enfin interdite en France.

Monument dédié aux victimes de l’amiante à Condé-sur-Noireau

Les propriétés de ce matériau étaient telles qu’il a été massivement utilisé dans l’industrie et la construction, sous forme d’amiante-ciment, en renforcement des enrobés routiers, comme isolant thermique ou encore dans les garnitures de freins. Pendant des décennies, des générations entières d’ouvriers ont été exposées à l’inhalation de fibres d’amiante dont l’accumulation dans les poumons est la cause de cancer. Rien qu’en France, 6 500 cas de maladie professionnelle liée à l’amiante ont ainsi été reconnus pour la seule année 2005 et on considérait en 2015 que chaque année de l’ordre de 2 200 personnes développent un cancer du fait de l’amiante et que 1 700 personnes en meurent.

C’est en 1899 qu’a été constaté le premier décès imputé directement à l’amiante et en 1906 déjà un inspecteur du travail s’alarmait des nombreuses pathologies des ouvriers dans une filature de Condé-sur-Noireau, là même où en 1972 Ferrodo installera une usine de garnitures de frein dans laquelle plusieurs centaines d’ouvriers seront victimes d’exposition grave aux fibres d’amiante.

Bâtiments de l’ancienne mine d’amiante de Canari en Corse (photo © Gérard Baldocchi, Corse Matin)

Mais pendant très longtemps, les syndicats de travailleurs ont milité aux côté du lobby des entreprises de l’amiante pour lutter contre toute limitation de l’utilisation de ce produit considéré lui-aussi comme indispensable, de même que les Corses se sont battus pour conserver leur mine d’amiante à Canari ou que les élus locaux un peu partout se sont démenés pour maintenir en activité les usines Eternit comme à Port-de-Bouc où le site est désormais ornée d’un monument aux morts dédié aux victimes de l’amiante.

Travaux de désamiantage dans les locaux de l’université de Jussieu (source : EPAURIF)

Il a fallu pour que l’on cesse enfin d’utiliser ce produit nocif que l’on se rende compte que ce n’était pas seulement les professionnels qui étaient touchés mais la société toute entière. Alors qu’en 1994 six enseignants exposés à l’amiante dans un lycée de Gérarmer décèdent et qu’apparaissent les premières victimes sur le site de la faculté de Jussieu, l’inénarrable Claude Allègre, toujours aussi lucide, en est encore à railler, en 1996, « un phénomène de psychose collective ». C’est sans doute ce qu’il dirait aujourd’hui de la phobie du glyphosate, s’il avait conservé un minimum de crédibilité pour qu’on lui tende encore un micro…

En 2005, un rapport parlementaire faisait état de 35 000 morts dus à l’exposition à l’amiante en France entre 1965 et 1995 et de plusieurs milliers de décès supplémentaires attendus entre 2005 et 2030. Notons également que le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante a déjà déboursé plus de 2 milliards d’euros en une dizaine d’années et que le désamiantage de la seule université de Jussieu a déjà coûté de l’ordre de 2 milliards d’euros également. De quoi largement relativiser les arguments de la FNSEA qui voudrait nous faire croire que, pour le glyphosate comme pour d’autres dossiers, la meilleure solution est encore de foncer dans le mur en fermant les yeux…

L.V. 

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Ecoles de Marseille : après Gaudin, le déluge…

23 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin avec le président Macron à Marseille, le 21 septembre 2017 (photo © Anne-Christine Poujoulat / AFP)

Frappé par la loi sur le cumul des mandats, le pagnolesque Jean-Claude Gaudin vient (enfin !) d’abandonner son poste de sénateur et les nombreux avantages associés, y compris les petits chèques qu’il touchait chaque trimestre grâce à un arrangement entre amis, histoire d’arrondir ses fins de mois. Du coup, certains se prennent à espérer que celui qui est élu de la deuxième ville de France depuis maintenant 52 ans, maire de la commune depuis 22 ans et président de la métropole Aix-Marseille-Provence depuis sa création, va peut-être enfin s’occuper de la gestion de sa ville et en particulier de celle de ses écoles publiques ?

Il faut dire que certaines de celles-ci sont dans un état de délabrement avancé, pour le plus grand profit d’ailleurs de l’enseignement privé qui connaît un essor foudroyant dans la commune. Enseignants et parents d’élèves ne cessent de s’époumoner pour dénoncer depuis des années les classes non chauffées où les enfants doivent garder leur manteau tout l’hiver, celles dont les fenêtres jamais remplacées laissent passer la bise glaciale les jours de mistral et se transforment en fournaise à l’approche des beaux jours, celles dont les plafond tombent régulièrement sur la tête des élèves et fuient à chaque orage, celles dont les dallages usés libèrent allègrement leurs fibres d’amiante tandis que les fragments de laine de verre des faux-plafonds saupoudrent la tête des élèves, celles où se promènent en toute quiétude cafards, blattes et souris, celles dont les tables bancales et rapiécées obligent à toutes sortes d’acrobaties…

Pétition ouverte par Charlotte Magri sur le site Change.org suite à sa lettre ouverte

Une lettre ouverte adressée en novembre 2015 à Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, par Charlotte Magri, enseignante dans une école primaire des quartiers nord de Marseille, lettre publiée intégralement par différents médias dont Marsactu et dont la lecture est édifiante, avait bien permis de secouer un peu le cocotier. Relayé notamment par le quotidien Libération qui avait publié le 1er février 2016 un article au vitriol titré « Marseille: école primaire, gestion secondaire », ce cri du cœur avait mis sous le feu des projecteurs la gestion totalement défaillante des 444 écoles primaires publiques de la commune phocéenne, et tout particulièrement de celles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Curieusement, dès le 4 février 2016, le préfet des Bouches-du-Rhône recevait mission d’« évaluer les conditions de fonctionnement du service public d’éducation dans les écoles des quartiers prioritaires de la politique de la ville », évaluation devant intégrer « l’ensemble des éléments de sécurité, de salubrité, d’hygiène et de santé publique, mais aussi les conditions d’apprentissage des élèves et de travail des enseignants ». Vaste programme !

Sol d’une école marseillaise (photo © Boris Horvat / AFP / Le Figaro)

En même temps, le gouvernement ne pouvait que rappeler que, selon la loi française, «  les communes ont la charge des écoles maternelles et élémentaires : elles sont propriétaires des locaux, en charge de la construction […], des réparations, de l’équipement, et des frais de fonctionnement ». Ce qui n’empêche pas l’État de mettre à la disposition de la ville de Marseille des moyens considérables avec 330 nouveaux postes d’enseignants pour la rentrée 2016, 7 millions d’euros versés au titre des activités périscolaires, mais aussi, depuis 2014, 2,5 millions d’euros pour la rénovation des écoles dans le cadre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et 1,4 million pour les travaux d’urgence au titre de la politique de la ville.

Danièle Casanova, adjointe à la mairie de Marseille en charge de l’Education (photo © Tony Selliez / Radio France)

A l’époque, Danièle Casanova, élue depuis 1995 et adjointe au maire en charge de l’Éducation affirmait que la ville avait investi en 2015 un montant total de 31,6 millions d’euros pour l’entretien des écoles et promettait pour l’exercice 2016 la mise en œuvre de 523 nouveaux chantiers pour un montant global de près de 37 millions d’euros, tout en annonçant la signature avec le Conseil départemental d’une convention de coopération de 60 millions d’euros sur trois ans, histoire de minimiser l’effort pour le contribuable marseillais.

A titre indicatif, les dépenses totales de fonctionnement de la ville de Marseille se sont élevées à 1,1 milliard d’euros pour l’année 2015 et les dépenses d’investissement à 440 millions d’euros. Force est donc de constater que l’entretien des bâtiments scolaires est bien loin d’accaparer la totalité des ressources budgétaires de la collectivité. Manifestement, la municipalité a d’autres priorités, la rénovation du stade Vélodrome qui coûtera, rappelons-le au passage, 400 millions d’euros à la ville au terme du versement des 31 annuités prévues, présente manifestement un degré de priorité nettement supérieur…

Toujours est-il que la majorité municipale a bien été obligée de chercher des solutions à une situation aussi dégradée, fruit de décennies d’inactions. Dès février 2016, Jean-Claude Gaudin annonçait la nécessité de lancer un véritable « plan Marshall » pour tenter de réagir à un état de fait qu’il avait lui-même laissé se constituer, mandature après mandature.

L’école du Parc Kalliste (15e arrondissement) prétendument mitraillée à la Kalachnikov (photo © P. N. / La Provence)

A la veille de la rentrée de septembre 2017, le maire de Marseille a bien tenté une ultime manœuvre de diversion en dénonçant tout à trac des attaques à la Kalachnikov contre deux écoles des quartiers nord de la ville et en précisant qu’une dizaine d’établissements scolaires au moins avait été vandalisées pendant les vacances, histoire de suggérer que, confrontée à de tels actes de violence, la commune était bien incapable de faire face et que toute réparation revenait à colmater la fuite du tonneau des Danaïdes.

En l’occurrence, il s’est avéré que ces propos relevaient de la pure galéjade et Jean-Claude Gaudin s’est retrouvé la risée de toute la presse nationale, Canard enchaîné en tête, une fois que les forces de l’ordre eurent rétabli la vérité : nulle trace de dégradation à l’école de Font-Vert et pas la moindre vitre brisée non plus à celle du Parc Kalliste où le maire avait juré avoir relevé pas moins de 24 impacts d’arme de guerre…

Un extrait du Canard enchaîné du 6 septembre 2017

Après cette tentative piteuse, il a bien fallu trouvé autre chose et le Conseil municipal a donc voté ce lundi 16 octobre 2017, les crédits nécessaires pour le fameux Plan Marshall des écoles. Sauf que la méthode proposée, qui s’appuie sur le principe d’un partenariat public-privé (PPP, rebaptisé par certaines mauvaises langues « plan pour payer plus ») est pour le moins douteuse et rappelle furieusement le scandale du financement de la rénovation du stade Vélodrome pourtant vertement épinglé par la Chambre régionale des comptes.

Ruines du lycée Pailleron après son incendie en 1973 (photo © Georges Beutter / Paris Match / SCOOP)

Certes, l’ambition est au rendez-vous puisque le programme prévoit la destruction de 32 établissements obsolètes construits dans les années 1960 en structure métallique, à l’image du célèbre lycée parisien Edouard Pailleron dont l’incendie criminel en 1973 avait causé la mort de 20 personnes, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, ainsi que la construction de 6 établissements supplémentaires, en six ans.

Un programme qui nécessiterait d’emprunter pour couvrir le montant des travaux. Réalisé sous maîtrise d’ouvrage de la Ville de Marseille, le programme d’investissement coûterait à la collectivité pas moins de 950 millions d’euros, remboursement des emprunts et service de la dette compris, en intégrant également les frais d’entretien des bâtiments sur la période de l’emprunt. Mais c’est une autre voie qu’à choisie la majorité, celle du PPP qui consiste à faire financer la totalité du programme par un groupe de BTP qui se charge de la construction des nouveaux bâtiments et se rembourse ensuite largement en faisant payer un loyer à la collectivité pour l’utilisation des locaux.

Cette approche du PPP est très avantageuse pour les groupes privés de BTP qui en profitent pour faire travailler leurs propres entreprises à moindre coût, pour tirer profit des terrains libérés en centre ville afin de maximiser les droits à construire, qui chargent les coûts d’entretien facturés à la collectivité, et qui arrivent, avec la perception des loyers, à se faire rembourser jusqu’à deux fois, et parfois davantage, le montant réel de leur investissement. De fait, via la méthode du PPP et selon les propres estimations de la commune, le même programme coûtera à la collectivité au moins 100 millions supplémentaires comme cela a été annoncé en séance du Conseil municipal !

Le stade vélodrome rénové et les constructions annexes réalisées grâce aux droits à bâtir (photo © Bouygues Construction)

Dans ces conditions et sauf à soupçonner Jean-Claude Gaudin de vouloir favoriser les géants du BTP, on se demande bien pourquoi la Ville de Marseille s’engage dans une telle voie, malgré les multiples exemples de dérives constatées, toutes vertement critiquées par les différentes Chambres régionales des comptes. La réponse est malheureusement très simple : à force de laisser s’accumuler la quantité de travaux d’entretien nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du patrimoine municipal, la Ville est dans l’incapacité d’emprunter la somme nécessaire pour engager un programme de réhabilitation à la hauteur des enjeux.

Dans ces conditions et à supposer que la collectivité ne puisse dégager davantage de ressources, quitte à rogner sur d’autres postes moins prioritaires, la sagesse voudrait qu’on étale les investissement et qu’on réalise les travaux par étape en fonction de ses capacités réelles d’endettement. Mais pour un maire qui vient de fêter ses 78 ans et qui a déjà annoncé qu’il ne se représentera pas en 2020, la solution des PPP ne présente que des avantages : bien sûr elle coûtera plus cher à la collectivité et bloquera pour longtemps toute capacité future d’investissement, mais elle permet d’inaugurer rapidement des chantiers tout en permettant de remplir les poches des entreprises privées amies. Et tant pis pour les générations futures qui auront à payer lourdement et longtemps les impérities de ce maire désinvolte…

L.V.  

Glyphosate, ou comment s’en débarrasser ?

7 octobre 2017

Le glyphosate est sur la sellette : d’ici la fin de l’année, et du fait de ses tergiversations antérieures, l’Union européenne va devoir prendre la décision difficile de prolonger ou non de 10 ans l’autorisation d’utiliser cette molécule qui est le désherbant le plus vendu dans le monde. Pour les tenants de l’agriculture intensive, FNSEA en tête, il n’y a pas le moindre doute à avoir : sans cette molécule magique, il n’y a plus d’agriculture possible et aucun espoir d’arriver à nourrir durablement les habitants de la planète.

Face à des arguments aussi tranchés, et comme pour d’autres sujets similaires dont celui des insecticides à base de néonicotinoïdes, le débat n’est pas aisé, d’autant que l’on s’étripe également sur la dangerosité réelle ou supposée du produit. Le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé cancérigène, sur la base de ses propres études scientifiques, à rebours des différents avis abondamment rendus jusque là mais dont on sait maintenant, via les fuites des fameux Monsanto papers, qu’ils étaient en réalité téléguidés par la propagande de la firme Monsanto elle-même, rachetée en 2016 par Bayer.

Epandage de pesticides sur un champ en mai 2016 près de Lille (photo Denis Charlet AFP)

Mise sur le marché en 1974 sous le nom de Roundup, la molécule de glyphosate a fait la fortune de Monsanto qui en a exploité le brevet jusqu’en 2000 et continue à engranger 5 milliards de dollars par an avec ce seul produit. Tombé depuis dans le domaine public, il entre désormais dans la fabrication de pas moins de 750 produits commerciaux diffusés dans le monde par de nombreuses firmes dont d’autres géants de l’agrochimie comme Syngenta, Bayer ou Dow Chemical. Plus de 800 000 tonnes de glyphosate sont ainsi produites chaque année, dont 10 000 t vendues rien qu’en France. Une véritable manne commerciale qui va de pair avec le développement incroyable des OGM qui s’est fait en parallèle, 83 % du soja produit dans le monde étant maintenant issu de variétés OGM.

Si le glyphosate connaît un tel succès, c’est qu’il présente de nombreux atouts : faible coût, forte efficacité et grande souplesse d’utilisation. Ce désherbant agit sur les feuilles des plantes qu’il fait mourir de manière très sélective, surtout lorsqu’il est associé à des semences OGM porteuses d’un gène résistant. Il se dégrade rapidement dans le sol et n’a donc pas d’impact sur la culture suivante, ce qui autorise des rotations rapides. Une application au pied des arbres fruitiers permet de détruire toutes les adventices sans dommage pour la culture principale. Bien servies par une politique commerciale agressive, ces qualités expliquent que le glyphosate soit devenu en quelques années l’herbicide le plus utilisé dans le monde, à la fois pour le désherbage agricole et pour l’entretien des espaces urbains et industriels, même si en France, l’usage de produits phytosanitaires est désormais en voie d’interdiction pour les collectivités d’ici le 1er janvier 2020.

Les effets induits indésirables des produits phytosanitaires en général et du Roundup en particulier sont pourtant parfaitement identifiés. Outre le risque sanitaire liés à sa manipulation et même si son effet cancérigène reste controversé par certains, nul ne peut nier que l’utilisation massive de tels produits dans l’agriculture s’est traduite par de nombreux impacts négatifs : appauvrissement des sols, destruction de nombreuses espèces animales utiles, pollution durable des cours d’eau et des nappes phréatiques, généralisation des phénomènes de résistance des parasites aux traitements chimiques, accumulation de résidus de pesticides dans les aliments, etc. A cela s’ajoute le constat d’une dépendance croissante des agriculteurs envers les firmes chimiques qui les approvisionnent en produits de traitement et en semences, et envers les conseillers agricoles devenus indispensables pour prescrire les modalités optimales d’utilisation de ces produits.

Dans ces conditions, on peut légitimement se demander, comme l’a fait récemment Franck Aggeri, professeur de management à Mines ParisTech, dans un article publié dans Alternatives économiques, si l’agriculture mondiale est en mesure de se passer des produits phytosanitaires. L’échec patent du programme Ecophyto, instauré à la suite du Grenelle de l’Environnement illustre bien la difficulté : alors que les agriculteurs français s’étaient engagés à diviser par deux l’utilisation des pesticides entre 2008 et 2018, un bilan à mi-parcours avait montré que les quantités utilisés avaient en réalité augmenté de 5 % et même de 9,2 % entre 2012 et 2013 ! Les tenants de l’agriculture intensive chimique affirment qu’il n’y a pas d’autres alternatives et que l’agriculture biologique n’est pas en mesure de fournir des rendements suffisants pour répondre à la demande mondiale.

Bruno Parmentier (photo © Jérôme Chatin)

Pourtant, comme le rappelle Franck Aggeri, de nombreuses solutions existent comme cela a été démontré encore récemment à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu en janvier 2017 à l’initiative de l’Association internationale pour une agriculture écologiquement intensive et intitulé : « Comment produire avec moins ou sans herbicides, en particulier glyphosates ? ». Il s’agit, comme l’explique notamment Bruno Parmentier, ingénieur des Mines et ancien directeur de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers, dans une publication très documentée, de mettre en œuvre une variété de stratégies complémentaires : rotation des cultures, utilisation de techniques sous couvert végétal pour étouffer les mauvaises herbes, utilisation de bio-invaseurs, reconstitution des haies, désherbage mécanique sélectif, etc.

Semailles et labours au pied du Château de Lusignan (source : enluminure des Frères de Limbourg vers 1440 – Les très riches heures du Duc de Berry)

La « mauvaise herbe » a toujours été l’ennemie du paysan. Depuis le Néolithique, on a tout essayé pour s’en débarrasser. Le brûlis après la récolte est une arme relativement efficace car elle permet de les détruire au moins momentanément, mais la méthode présente de nombreux inconvénients et est d’ailleurs désormais interdite en Europe car elle diminue la fertilité des sols en entraînant des pertes de carbone et d’azote, provoque une pollution atmosphérique et l’émission de gaz à effet de serre, tout en aggravant le risque d’incendie. Une autre approche consiste à enfouir les adventices via le labour, une technique très largement développée, surtout depuis la mécanisation de l’agriculture. Mais on constate de plus en plus que le labour profond autorisé par des tracteurs de plus en plus puissants, non seulement n’empêche pas les repousses, mais il détruit les vers de terre qui sont pourtant de très efficaces auxilliaires de l’agriculteur, fait remonter les cailloux en surface, tasse la terre en profondeur et augmente les phénomènes d’érosion et de battance des sols. Comme toujours, le mieux est l’ennemi de bien et l’on dépense ainsi beaucoup d’énergie fossile pour faire tourner des engins agricoles avec des effets induits potentiellement négatifs.

C’est dire donc si le développement des herbicides chimiques a été accueilli comme une véritable révolution par les agriculteurs, puisqu’il permet de détruire les adventices de manière simple et rapide. Mais comme toujours, les incidences négatives sont apparues à l’usage, la plus importante, aux yeux de la profession agricole, étant peut-être une perte progressive d’efficacité au fur et à mesure que les végétaux développent des résistance aux produits phytosanitaires utilisés… Quelles alternatives alors peut-on envisager ?

Synergie entre colza et couvert de légumineuse, permettant de réduire les doses d’azote et de maîtriser les adventices (photo © Terre-net Média)

La bonne nouvelle, contrairement à ce que prétendent les tenants du productivisme à tout crin, c’est qu’il existe de très nombreuses solutions pour gérer les adventices même sans Roundup ! On peut jouer sur les calendriers de culture en faisant se succéder des plantes à cycles de vie variés, avec par exemple certaines qui seront récoltées avant la montée des graines des adventices ou d’autres qui, au contraire vont se développer rapidement et étouffent les concurrentes. On peut aussi bloquer le développement des mauvaises herbes en les empêchant de croître, soit par du paillage, végétal ou minéral, soit par la mise en place de plantes de couverture ou de cultures dérobées. On peut également exploiter les propriétés de certaines plantes qui résistent à la concurrence en produisant naturellement des molécules toxiques, voire exploiter certains herbicides naturels à base de géranium, de vinaigre blanc, d’huile de lin ou d’autres produits biologiques qui émergent peu à peu maintenant que les chercheurs commencent à s’y intéresser.

Canards dans une rizière au Japon

Certains comme en Chine ont même développé des moyens de lutte ancestraux très efficaces comme les canards qu’on lâche dans les rizières pour les désherber car ils mangent tout sauf les pousses de riz… Des rotations plus espacées entre cultures et prairies s’avèrent également très efficaces car le pâturage réalisé entre deux cultures céréalières, sur des durées de 4 à 5 ans, permet de fertiliser le sol mais aussi de le débarrasser des adventices les plus gênantes. De nombreuses autres solutions sont envisageables, sans oublier les techniques de désherbage mécanique, thermique, ou via des robots : moyennant un peu d’imagination et beaucoup d’expérience, tout est possible pourvu qu’on ne se bride pas…

La mauvaise nouvelle pour les technocrates de la FNSEA et de la plupart des Chambres d’agriculture, qui se sont persuadés depuis des années que l’agriculture n’était qu’une activité industrielle comme une autre où l’essentiel est de concentrer les terres, les capitaux et les investissements entre les mains de quelques uns, c’est que cette nouvelle agriculture du futur sera plus complexe, plus variée et plus morcelée. Chacun devra se forger sa propre expertise pour adapter les solutions techniques à son terroir et à son mode de production, comme des générations de paysans l’ont toujours fait, sans se contenter d’appliquer les recettes du technicien de l’industrie agrochimique. C’est donc bien d’une véritable révolution culturelle dont il s’agit, qui demande d’être accompagnée par toute la société et qui ne pourra réussir que si les consommateurs eux-mêmes se mobilisent pour susciter une volonté politique forte : ce n’est pas gagné d’avance, mais ça vaut le coup d’essayer…

L.V.  

Les îles Poubelles, une nouvelle nation émergente ?

1 octobre 2017

Que retiendra t-on de la 72ème assemblée générale des Nations-Unies qui vient de se tenir à New-York, du 12 au 25 septembre 2017 ? Le discours belliciste de Donald Trump, menaçant de rayer de la carte la Corée du Nord et de déchirer l’accord obtenu sur le nucléaire iranien, après 12 ans d’âpres négociations ? Celui de son homologue Emmanuel Macron, chantre du multilatéralisme, héraut de la lutte contre le réchauffement climatique et porte-parole des sans-voix et des opprimés ?

Source Plastic Oceans Foundation

Ou peut-être la campagne médiatique qui a beaucoup fait jaser dans les couloirs et qui vise la reconnaissance officielle d’un 196e État baptisé Trash Isles, autrement dit, Les îles Poubelles ? Une pétition toujours en ligne et qui a déjà recueilli plus de 125 000 signatures a en effet été remise au nouveau secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres. Elle cherche, de manière quelque peu symbolique, à faire reconnaître comme un nouvel État, le gigantesque amas de déchets flottants, grand comme la France, qui s’étend au centre du Pacifique Nord.

La campagne est pilotée par le site américain LADbible soutenu par l’ONG Plastic Oceans Foundation. L’idée qu’ils mettent en avant paraît saugrenue mais ne manque pas de panache. On connaît depuis 1997, et leur découverte fortuite par le navigateur Charles Moore, l’existence de ces vastes amas de déchets qui dérivent dans tous les océans de la planète mais dont les principaux se regroupent sous forme d’immenses vortex concentrés par les courants marins circulaires dans le Pacifique nord mais aussi dans le Pacifique sud, l’Atlantique nord et sud et bien sûr l’Océan indien. La Méditerranée elle-même n’est pas épargnée par le phénomène, comme toutes les étendues marines bordées de zone densément urbanisées.

Situation des principales plaques de déchets flottants (infographie © Le Monde)

Les expéditions scientifiques se sont multipliées ces 15 dernières années pour explorer ce que certains ont dénommé « Le septème continent ». En décembre 2014, une vaste étude internationale, parue dans la revue PLOS ONE, à l’issue de 24 campagnes effectuées entre 2007 et 2013, non seulement sur les cinq grands gyres océaniques, mais aussi près des côtes australiennes, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée, avait ainsi estimé à 269 000 tonnes la quantité de détritus flottant sur les mers du globe. On a plus récemment évalué à environ 8 millions de tonnes la quantité de déchets plastiques qui auraient été rejetés directement en mer au cours de la seule année 2010.

Des miliiers de déchets plastiques flottant (photo © Christophe Launay / Race for Water)

Nous avons tous en tête ces images de milliers de déchets flottants de toutes sortes qui s’amassent sur les plages et près des côtes, que certains essaient tant bien que mal de récupérer et de valoriser. Mais les études montrent que les vortex de déchets qui dérivent au milieu des océans ressemblent en réalité plutôt à une soupe compacte constituée de milliards de microdéchets de polyéthylène, de polypropylène et de polyéthylène téréphtalate (PET) dont la taille ne dépasse guère quelques millimètres et qui ne sont pas détruits par les micro-organismes..

Les gros éléments en plastique ont tendance en effet à se fragmenter sous l’action des vagues et du rayonnement solaire, mais aussi parce qu’ils rencontrent de nombreux oiseaux et mammifères marins qui les croient comestibles et qui en meurent bien souvent comme en attestent leurs cadavres. En revanche, ces minuscules fragments de plastique eux ne disparaissent pas et continuent de flotter entre deux eaux pendant des siècles, constituant d’immenses radeaux de la taille d’un pays européen voire bien davantage, et dont on a encore du mal à évaluer l’ampleur du volume immergé. On commence en revanche à mieux identifier les nombreux effets néfastes de ces micro-résidus non seulement sur la faune marine mais aussi comme vecteurs de la prolifération de certaines espèces invasives.

C’est pour tenter d’attirer l’attention sur cette situation inacceptable que certains ont eu l’idée de faire reconnaître comme un nouveau pays le plus vaste de ces continents de déchets, celui que l’on surnomme le « Great Pacific Garbage Patch » (la grande poubelle du Pacifique). L’ancien candidat aux élections présidentielles américaines, Al Gore, fait ainsi partie des tous premiers signataires de cette pétition et aspire à devenir citoyen de ce nouvel État en voie d’émergence qui possède déjà son drapeau, son passeport et même sa monnaie, le « débris », bien entendu…

Un billet du futur Etat en gestation ? (photo © Mario Kerkstra)

Pour pouvoir être reconnu comme nation, il faut en effet disposer d’un territoire, former un gouvernement, avoir une population permanente et être capable d’interagir avec les autres nations. D’où l’idée de cette pétition qui vise à recenser tous les volontaires désireux de devenir citoyen de ce futur État. 

Le passeport du futur pays ? (photo © Mario Kerkstra)

Si d’aventure le processus arrivait à son terme, ce radeau flottant de déchets serait en mesure de solliciter l’application de la charte de l’environnement édictée par les Nations-Unies et qui postule : « tous les membres doivent coopérer dans un esprit de partenariat global pour conserver, protéger et restaurer la santé et l’intégrité de l’écosystème planétaire ». Autrement dit, cela obligerait les autres nations à s’engager à venir nettoyer ce continent de déchets.

Une démarche pour le moins originale donc, qui, bien évidemment, n’a aucune chance d’aboutir, mais qui ne manque pas d’interpeller. Voilà que des dizaines de milliers de citoyens du monde, Américains pour beaucoup, se revendiquent citoyens d’un nouvel État en voie d’émergence et s’échinent à le faire reconnaître par les autres nations non pas pour le coloniser mais tout simplement pour le faire disparaître. A côté d’un tel casse-tête juridique, la crise de la Corée du Nord ressemble à de la petite bière…

L.V.  

Scandale sanitaire : des cochonneries dans le jambon

26 septembre 2017

L’information ne date pas d’hier puisque c’est en octobre 2015 que le Centre international de recherche sur le cancer, basé à Lyon et dépendant de l’Organisation mondiale de la santé, l’a confirmé urbi et orbi : les charcuteries sont cancérigènes, directement responsables du cancer colo-rectal, le plus fréquent chez les hommes après ceux du poumon et de la prostate, et chez les femmes après le cancer du sein. Pour cette même année 2015, selon les chiffres de l’Institut national du cancer, on dénombrait en France 43 000 nouveaux cas de cancer du colo-rectum déclarés et près de 18 000 décès du fait de cette maladie : moins que le cancer du poumon qui a tué cette année-là plus de 30 000 Français (hommage aux industriels du tabac !), mais bien davantage que les accidents de la route qui n’ont fait « que » moins de 3 500 morts durant cette même période.

Certes, la chacuterie n’est assurément pas la seule responsable de tous ces cancers mais il semble néanmoins qu’elle en porte une large part. Surtout, tout laisse à penser que l’on se trouve dans un cas de figure très comparable à ce que l’on a observé pour de précédents scandales sanitaires comme celui de l’amiante, du tabac ou de la vache folle pour ne prendre que quelques exemples : d’un côté une perception de plus en plus précise du risque sanitaire, régulièrement dénoncé par l’ensemble des acteurs de la santé publique, et de l’autre une propagande menée sans vergogne par les industriels de l’agro-alimentaire pour enfumer les consommateurs en semant le doute…

Un récent ouvrage, publié il y a quelques semaines sous le titre provocateur « Cochonneries – Comment la charcuterie est devenue un poison » par Guillaume Coudray, formé à Sciences Po et réalisateur de films documentaires, vient mettre bruyamment les pieds dans le plat. Après cinq années d’enquête minutieuse menée dans les archives administratives et médicales, l’auteur y décortique de manière implacable ce qui a conduit à une telle situation.

Pour bien comprendre le problème, il faut remonter en arrière, aux origines de la salaison, qui ne date pas d’hier. Pendant des siècles, l’homme a pris l’habitude de conserver la viande en y ajoutant du sel et des épices. On retrouve ainsi dans les archives un règlement parisien datant de 1476 et détaillant la liste des ingrédients autorisés pour la fabrication de saucisses. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, dans toute l’Europe, seul le sel intervient dans la conservation de la charcuterie, tandis que d’autres épices telles que le poivre, le fenouil et de nombreuses herbes aromatique servent de réhausseurs de goût. La coloration rose est quant à elle assurée par l’ajout de colorants naturels comme le safran pour la mortadelle italienne.

Salaison d’oiseaux dans l’Egypte ancienne (source INRAP)

Comme dans bien d’autres domaines, l’innovation est venue des États-Unis où sont nés, dès la fin du XVIIIème siècle, dans le Massachussetts, les premiers charcutiers industriels, les « packers » qui se mettent à conditionner la viande salée dans des tonneaux ou des caisses destinées notamment aux marins au long-cours. L’activité se déplace peu à peu vers l’ouest et la ville de Cincinnati, dans l’Ohio, prend en 1835 le surnom officiel de « Porkopolis » après être devenue le principal centre de production de porcs du pays et sans doute du monde !

Abattoirs de l’usine Armour à Chicago en 1893 (croquis Octave Uzanne)

A l’époque, la saison d’abattage est strictement limitée entre novembre et mars. Comme en Europe où il est d’usage dans les campagnes de faire les cochonnailles pour Noël, c’est en effet pendant l’hiver, lorsque la température ambiante est suffisamment fraîche, que l’on peut en toute sécurité abattre les bêtes et saler la viande, dans une véritable course contre la montre.

Mais on n’arrête pas la course au profit et bientôt cette activité décline au profit de la ville de Chicago qui s’impose en quelques années comme la capitale mondiale de la viande et notamment de la charcuterie. Sauf qu’entre temps les techniques ont évolué : les charcuteries américaines industrielles sont désormais traitées systématiquement à base de salpêtre (nitrate de potassium), puis de nitrate de sodium, un produit extrait d’immenses gisements situés au pied de la Cordillère des Andes. Après la première guerre mondiale, on se met à utiliser le nitrite de sodium, un produit chimique développé pour l’industrie de l’armement et devenu bon marché. Bien que mortel à partir de 2 g/kg, il est rapidement autorisé dans l’industrie alimentaire à faibles doses car ses propriétés intéressent fortement les charcutiers industriels.

L’intérêt de ces sels, par rapport au chlorure de sodium classique, est en effet multiple : il atténue le goût de salé, donne au jambon une belle coloration rose carmin durable, prolonge la durée de conservation des aliments et surtout il accélère considérablement la maturation de la viande, ce qui permet de formidables gains de productivité.

D’ailleurs, l’effet économique est foudroyant. Dès 1874, la France tente vainement de se protéger contre les importations massives de charcuteries américaines traiées au salpêtre. Mais face aux menaces de rétorsions concernant ses exportations de pinard, les industriels français s’adaptent et tout le monde se met à bourrer la charcuterie de nitrates, borates et autres sulfites : vive la modernité !

Ce n’est qu’au milieu des années 1950 que des chercheurs se rendent compte que les produits nitrés utilisés désormais dans toutes les salaisons provoquent la formation de nitrosamines, dont la diméthylnitrosamine (ou N-nitrosodiméthylamine, qu’on appellera par son petit nom NDMA) considérée comme cancérigène. On sait depuis longtemps que les nitrites sont toxiques à haute dose et les autorités sanitaires ont fixé des limites au dosage en additifs nitrés. Mais l’on découvre à cette date que leur combinaison avec les protéines carnées conduit à la formation de cette NDMA qui provoque des tumeurs cancéreuses.

Un article retentissant paru en 1968 dans le journal médical The Lancet, met en garde contre ce mécanisme. Mais les autorités sanitaires et notamment l’Autorité européenne de sécurité des aliments, empêtrée dans de multiples conflits d’intérêt avec le milieu agro-industriel, se contente de baisser symboliquement les seuils acceptés de nitrites sans prendre nullement en compte ce risque liés à la formation de NDMA. Au contraire, elle relaie vigoureusement les arguments de la filière industrielle qui prétend que, sans les ajouts d’additifs nitrés, les consommateurs seraient exposés au risque de botulisme, liés à l’apparition de la bactérie toxique Clostridium botulinum.

Le jambon de Parme, garanti sans nitrites (source l’Observatoire des aliments)

Or cette affirmation est parfaitement erronée puisque de très nombreuses charcuteries traditionnelles ont toujours été et sont encore produites sans additifs nitrés. C’est notamment le cas du jambon de Parme, qui bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée et d’un cahier des charges interdisant strictement tout ajout d’additif nitré, et ceci depuis 1993 : en 25 ans, les 9 millions de jambons produits n’ont jamais causé un seul cas de botulisme….

C’était aussi le cas du jambon de Bayonne jusque dans les années 1960, mais ces temps sont désormais révolus… Les besoins de l’industrialisation agro-alimentaire passent aujourd’hui avant les préoccupations de santé publique : bon appétit quand même !

L.V. 

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 1) : l’actualité…

13 septembre 2017

Jean-Michel Blanquer à l’Elysée, le 18 mai 2017 (photo © AFP/Archambault)

Suite aux récentes orientations décidées par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et à la possibilité offerte aux communes de revenir, dès la rentrée scolaire 2017, à la semaine de quatre jours pour les écoles maternelles et primaires, un tiers des communes a choisi ce retour aux quatre jours, dont notre ville de Carnoux-en-Provence.

Le choix d’une semaine de quatre jours et demi avait été décidé puis mis en place en 2014 afin de réduire la journée de classe et ainsi optimiser la concentration des élèves sur les apprentissages. Les études scientifiques qui sous-tendaient cette mesure, analysées dans un rapport publié en 2010, montraient en effet que la concentration des élèves était meilleure le matin et de 14 h (ou 14 h 30 pour les plus jeunes) jusqu’à 16 h.

Il revenait alors aux communes de proposer, sur les plages ainsi libérées, des activités de découverte, scientifiques, artistiques, sportives ou autres, animées par des personnels recrutés pour leurs compétences dans les domaines concernés.

La mise en place de cette mesure a été délicate, voire volontairement freinée comme ce fut le cas à Marseille. Elle a nécessité le recrutement d’animateurs, la mise sur pied d’une organisation favorisant l’accès sécurisé des élèves aux activités (locaux, matériels…) ainsi que la mobilisation de moyens financiers, en partie assurée par l’Etat.

Malgré cela, des communes ont décidé de mettre un terme à ce dispositif qui, dès son instauration, a soulevé de multiples critiques.

Ce sont d’abord les enseignants qui ont manifesté leurs doutes sur le bien-fondé de la mesure, même s’ils adhéraient aux bilans des scientifiques qui, rappelons-le, les avaient fait réagir quand en 2008 le ministre Darcos avait instauré la semaine de quatre jours avec suppression des cours du samedi matin !

Il faut aussi savoir que les instituteurs, n’étant plus logés sur place, habitent souvent loin de l’endroit où ils enseignent et qu’ils se voient ainsi contraints d’effectuer des déplacements supplémentaires. S’ajoute surtout, et contrairement aux ambitions du projet, qu’ils ne perçoivent pas l’allègement espéré de la journée de classe puisque les activités proposées étaient souvent regroupées sur une demi-journée, le mardi ou le vendredi après-midi.  Rares en effet sont les villes qui ont été en mesure de proposer des ateliers chaque journée de la semaine hormis le mercredi. Enfin, un nombre infime d’écoles a adopté le principe de cinq journées discontinues avec classe lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi matin.

Ce sont ensuite les parents qui ont argué de la fatigue des élèves qui devaient se lever tôt cinq jours consécutifs (du lundi au vendredi) ainsi que de la modestie des ambitions de certaines activités proposées, sans parler des coûts imputés par plusieurs communes (mais pas à Carnoux). S’ajoutent à cela des questions d’organisation familiale, particulièrement au sein de familles séparées ou monoparentales pour qui la semaine de quatre jours avec un week-end de deux jours est plus adaptée. Il y a alors débat entre l’intérêt de l’enfant et celui de l’élève.

Les réticences viennent enfin des élus qui ont eu à mettre en place le dispositif et à en assurer le fonctionnement.

Issu d’un constat auquel une large majorité de pédagogues adhérait, le dispositif instauré en 2014 semble condamné à disparaître sans qu’une évaluation nationale rigoureuse ait été réalisée. Une fois de plus l’opinion et le confort budgétaire prévalent. Ce mal français qui consiste à abandonner une disposition en cours de route et avant la fin de contrats qui avaient été signés (ici pour deux ou trois ans) ne contribue pas à renforcer la crédibilité de l’Etat s’agissant ici d’une question première : la réussite de la formation des élèves, les citoyens de demain.

M.M.

Déchets d’Alteo : un nouveau front judiciaire

7 septembre 2017

Benoît Hamon et Manuel Valls lors du débat des Primaires, le 25 janvier 2017 (photo © Bertrand Guay / AFP)

A Gardanne, l’usine Alteo de production d’alumine n’en finit pas de jouer les vedettes et d’alimenter les polémiques. Elle a même été source de débat entre les deux finalistes de la Primaire socialiste en vue des dernières élections présidentielle, à l’occasion de leur débat télévisé le 25 janvier 2017. Ce jour-là, Benoît Hamon accusait ouvertement l’ex Premier ministre Manuel Valls d’avoir cédé au poids des lobbies industriels en ordonnant au Préfet des Bouches-du-Rhône d’accorder à l’usine Alteo une dérogation pour poursuivre pendant 6 ans supplémentaires le rejet en mer de déchets industriels toxiques, chargés en métaux lourds, arsenic, soude et alumine, très au-delà des normes acceptables.

A l’époque, l’affaire avait fait du bruit car la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, était fermement opposée à cette dérogation qui permettait à l’usine de Gardanne de continuer à déverser ses déchets liquides en mer au large de Cassis, au mépris des conventions internationales. Ségolène Royal avait alors dû avaler son chapeau face à un Manuel Valls déclarant péremptoire : « Je gouverne, je décide, chacun doit être à sa tâche avec l’esprit et le sens du collectif ». Circulez, il n’y rien à voir…

Olivier Dubuquoy, fondateur de Nation Océan

Sauf que tout le monde ne se contente pas de cet acte d’autorité d’un Premier ministre imposant ses décisions à un ministre dans un domaine qui ne relève pas de sa compétence. L’association ZEA / Nation Océan, présidée par Olivier Dubuquoy, a ainsi tenté d’obtenir le compte-rendu de la fameuse réunion interministérielle du 13 novembre 2015 au cours de laquelle Manuel Valls a imposé sa décision.

Mais les services de Matignon ont fait la sourde oreille et il a fallu une injonction de la Commission d’accès aux documents administratifs, le 31 mars 2016, pour qu’il reçoive enfin un extrait à moitié caviardé du fameux compte-rendu, comme s’il s’agissait d’un dossier classé confidentiel défense. La Canard enchaîné s’est empressé de publier le torchon en question, duquel il manquait l’essentiel, à savoir les arguments ayant conduit à prendre une telle décision en totale contradiction avec les engagements de la France pour la protection de la Méditerranée et les nombreuses études alarmistes démontrant l’impact des rejets sur le milieu naturel et la santé humaine.

Le site d’Alteo à Gardanne, en septembre 2016 (photo © Boris Horvat / AFP)

L’association poursuit donc sa quête et a déposé, via son avocate, une requête auprès du Conseil d’Etat pour tenter d’accéder au document si jalousement protégé. De leur côté, plusieurs associations environnementales, parmi lesquelles Surfrider Foundation, France Nature Environnement, Sea Shepherd et la Ligue de protection des oiseaux, ont déposé un recours contre l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015 qui autorise Alteo à poursuivre jusqu’en 2021 le rejet en mer de ses effluents liquides.

Et ce n’est pas tout puisqu’un autre recours a été déposé le 19 juin dernier devant le Tribunal administratif de Marseille par des habitants de Bouc-Bel-Air, riverains du site de Mange-Garri où Alteo entrepose ses résidus industriels. Le site servait déjà de lieu de stockage des boues rouges avant que l’usine, alors aux mains de Péchiney, décide en 1966 de s’en débarrasser en les expédiant directement en mer via une canalisation de 50 km de long.

La zone de stockage de Mange-Garri, à Bouc-Bel-Air, en septembre 2016 (photo © Boris Horvat / AFP)

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et, bien sûr, on ne produit pas d’alumine, si utile pour la construction de téléphone portables ou de batteries de voitures électriques, sans produire des déchets. Pour obtenir une tonne de la précieuse poudre blanche qui se négocie à 3 000 €, il faut compter deux tonnes de bauxite, un minerai désormais importé de Guinée, quatre tonnes de charbon et une tonne d’eau. Et, comme rien ne se perd, il y a forcément du déchet : les fameuses boues rouges…

Pour limiter les volumes déversés en mer, l’industriel a bien été obligé de rechercher des solutions, sous forme de filtres-presse, largement subventionnés par des fonds publics, qui permettent de concentrer les déchets liquides, toujours expédiés dans la Méditerranée, en les séparant des résidus solides qui du coup sont entreposés à l’air libre sur le site de Mange-Garri.

Vue aérienne du site de stockage de Mange-Garri (source © Reporterre)

Mais ces dépôts ne sont pas sans causer des nuisances voire un risque sanitaire pour le voisinage, comme l’a confirmé une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire en janvier 2017. En effet, les poussières rouges chargées d’arsenic et faiblement radioactives qui s’envolent du site se révèlent toxiques pour le voisinage tandis que des cas de pollutions de la nappe phréatique sous-jacente ont obligé les autorités à prendre des mesures de restriction d’usage dans les forages voisins.

Voilà qui n’est pas très rassurant pour les riverains, lesquels demandent donc à Alteo de protéger davantage cette aire de stockage des boues rouges en goudronnant les accès et en limitant l’envol des poussières, tout en essayant de végétaliser les zones de dépôts en fin d’exploitation, si tant est que des espèces végétales puissent pousser sur un sol riche en métaux lourds et en arsenic…

Nicolas Hulot, interpellé sur le dossier des boues rouges… (source Made in Marseille)

Ces différents recours sont plutôt embarrassant pour le nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, un certain Nicolas Hulot qui, pas plus tard qu’en 2012, signait des deux mains une pétition virulente exigeant l’arrêt immédiat des rejets de boues rouges dans le Parc national des Calanques alors en cours de création.

Maintenant qu’il est au gouvernement, sa position s’est fortement nuancée et il se montre beaucoup plus attentif au sort des 400 salariés du site d’Alteo, à l’image de l’inamovible maire communiste de Gardanne, Roger Meï, qui à 81 ans se définit désormais dans Libération comme « écococologiste » – comprenne qui pourra – et qui se réjouit en contemplant avec gourmandise les 40 hectares du site industriel d’Alteo : « Tant que ça fume, cela veut dire qu’il y a du boulot ».

Tant pis pour les dépôts de mercure et d’arsenic qui continuent de s’entasser sur les fonds marins des calanques de Cassis : les générations suivantes se débrouilleront avec…

L.V. 

Quand sort la recluse et que se mélangent réalité et fiction…

24 août 2017

Les amateurs de Fred Vargas se sont naturellement tous précipités sur son dernier roman, au titre énigmatique, publié par les éditions Flammarion et intitulé « Quand sort la recluse ». Le commissaire Adamsberg s’y trouve confronté à une histoire bien étrange et dont il est bien entendu hors de question de révéler le moindre indice pour ne pas gâcher par avance le plaisir du lecteur. Qu’il sache cependant que cette notion de « recluse » est à double sens comme souvent dans les romans foisonnants de celle qui fit jadis sa thèse de doctorat en histoire sur la peste au Moyen-Age mais qui fut aussi employée par le CNRS comme spécialiste en archéozoologie.

Fred Vargas (photo © Visual)

On ne sera donc pas étonné qu’il soit notamment question dans cette histoire de ces femmes pénitentes qui se faisaient enfermer autrefois jusqu’à ce que mort s’ensuive dans un reclusoir, minuscule cellule dont l’entrée était définitivement murée et qui survivaient tant bien que mal grâce aux quelques aumônes de nourriture que les passants leur déposaient via la fenestrelle, petit orifice souvent placé très en hauteur et seul lien avec le reste du monde.

Mais l’on y apprend aussi que la recluse est une petite araignée très discrète, qui ne tisse pas de toile, mais se tapit au fond d’une anfractuosité pour y guetter sa proie. On ne l’aperçoit que très rarement, et pourtant tout le roman est bâti autour d’elle et de ses morsures redoutables, susceptibles de provoquer de terribles nécroses.

L’araignée violon Loxosceles rufescens (photo © 2011 Mark Fox)

De son vrai nom Loxosceles rufescens ou araignée violoniste à cause de la forme de son céphalothorax, cette minuscule araignée brune de la famille des Sicariidae et que l’on trouve notamment dans le sud de la France, a été décrite dès 1820. Sa taille ne dépasse guère 1 cm et elle n’est absolument pas agressive pour l’homme mais elle peut néanmoins piquer lorsqu’elle se retrouve malencontreusement prisonnière d’un vêtement, après s’être cachée au fond d’un placard à l’abri de la lumière.

La quantité de venin qu’elle injecte est faible et sa morsure est donc infiniment moins redoutable que celle de sa cousine américaine Loxosceles reclusa, l’authentique recluse, dont la morsure provoque des nécroses cutanées parfois spectaculaires conduisant dans certains cas jusqu’à la mort.

La cousine américaine Loxosceles reclusa

Or régulièrement les médias se font échos de patients atteints par des morsures de ce type dans le sud de la France alors que la présence de la recluse américaine n’est pas attestée sur le territoire national. On trouve ainsi sur internet la trace d’un reportage de France 3, paru en juillet 2015, qui évoque les cas de trois personnes hospitalisées à Nîmes et à Montpellier en quelques mois, trois patientes qui ont dû subir des interventions chirurgicales après avoir développé des nécroses spectaculaires à la cuisse et au bras suite à des morsures attribuées à la fameuse araignée violon Loxosceles rufescens.

Un médecin du Centre anti-poison de Marseille indique d’ailleurs avoir déjà eu connaissance de deux autres cas sévères du même type survenus à Nîmes en 2009 et pense que la toxicité exceptionnelle du venin de la petite araignée s’expliquerait par les fortes chaleurs.

Exemple de nécrose sur une plaie

Un autre article de La Dépêche, daté de la même période, fait lui état de deux femmes habitant respectivement dans l’Hérault et dans le Gard et cite leur témoignage, toutes les deux ayant été piquées alors qu’elles enfilaient leur pantalon. Dans les deux cas il a fallu recourir à des opérations de chirurgie esthétique pour supprimer les parties nécrosées qui s’étendaient sur une large surface d’une dizaine de cm malgré un traitement antibiotique administré très rapidement. Mais contrairement au précédent article, les morsures sont attribuées non pas à Loxosceles rufescens mais à sa cousine américaine, la recluse qui, selon certaines sources, serait présente en France depuis le début des années 2000.

Ceux qui liront le dernier opus de Fred Vargas retrouveront dans ces quelques faits divers une matière qui a manifestement inspiré la romancière : polémique qui enfle sur la toile suite à plusieurs cas graves de morsures attribuées à l’araignée violon en début de période estivale précisément dans le Gard, débats sans fin sur l’hypothèse selon laquelle le venin de l’araignée deviendrait plus virulent en période de forte chaleur, supputations sur l’influence du changement climatique comme facteur déclenchant, etc. Nul doute que l’archéozoologue à l’imagination fertile a puisé dans ces dépêches d’agence et dans les forums de discussion qu’elles suscitent inévitablement de quoi alimenter son histoire.

Mais le plus cocasse est que l’histoire se répète. Alors que le livre de Fred Vargas a été édité en mai 2017, voilà que l’on voit fleurir de nouvelles alertes rendues publiques initialement par France Bleu Roussillon puis reprises par de nombreux médias, sans curieusement qu’il y soit fait allusion au roman qui vient de paraître… Il s’agirait cette fois d’au moins quatre cas de patients traités à la clinique Saint-Pierre de Perpignan. Tous se plaignent de fortes brûlures et de démangeaisons accompagnées dans certains cas de fièvre suite à des piqûres d’insectes qui se sont infectées, avec parfois une plaque nécrosée noire au centre de la rougeur.

La magnifique araignée-paon, nettement moins discrète que la recluse

A Perpignan, les médecins ont conclu à des morsures de la cousine américaine Loxosceles reclusa. Mais les arachnologues restent sceptiques, eux qui affirment n’avoir encore jamais repéré la recluse sur le territoire national, alors qu’il existe 44 000 espèces d’araignées connues et que l’on en découvre fréquemment de nouvelles, la plus insolite étant peut-être la très exotique araignée-paon, une espèce endémique d’Australie..

Une chose est sûre, le sujet n’a certainement pas fini de faire gamberger. Pour peu que le roman policier de Fred Vargas ait autant de succès que ses ouvrages précédents, les habitants du sud-est de la France n’ont pas fini d’incriminer, à chaque piqûre d’insecte, la petite araignée violon, que manifestement bien peu peuvent se vanter d’avoir jamais vu mais qui pourrait bien faire le buzz sur la toile…

L.V.

Feu de brousse au Groenland : où va t-on ?

16 août 2017

Décidément, les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus manifestes, n’en déplaise aux climato-sceptiques et autres responsables politiques attardés. Une des conséquences attendues du réchauffement climatique global est l’augmentation du risque de feux de forêt, et de ce point de vue, le cru 2017 fait honneur aux prévisions…

Canadair en action sur un feu de forêt

Alors que plus de 11 000 hectares de forêts ont déjà brûlé en France depuis le début de l’été 2017, notamment dans le Var et en Haute-Corse, chiffres malheureusement encore très provisoires, issus de la base de données Prométhée, et que déjà 360 000 hectares sont partis en fumée sur l’ensemble de l’Europe, principalement autour du bassin méditerranéen, selon EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêts, voila maintenant que l’on signale des feux de brousse au Groenland !

En matière de lutte contre le changement climatique, il n’y a pas le feu au lac, comme persistent à s’en convaincre les plus sceptiques. Certes, mais il y a quand même déjà le feu à la calotte glaciaire…

Rattaché administrativement au Danemark, le Groenland est la deuxième plus grande île du monde, avec une superficie totale de plus de 2 millions de km², soit quatre fois l’étendue du territoire métropolitain français. Situé entre le Canada et l’Islande et bordé au nord par l’Océan glacial arctique, le pays est recouvert à 80 % par une calotte glaciaire, un vaste inlandsis dont l’épaisseur de glace dépasse localement 3 km. Seules les bordures ouest et sud du territoire sont recouvertes de végétation, une toundra constituée de mousses, de lichens et de plantes herbeuses, ainsi que de bouleaux nains ne dépassant pas quelques dizaines de centimètres de hauteur.

Paysage de toundra au Groenland

On est donc loin de la végétation du maquis corse et de celle de la garrigue méditerranéenne avec ses pins d’Alep qui s’enflamment comme des torches à la moindre étincelle. Et pourtant, même dans ce paysage semi-glaciaire où la température peut descendre jusqu’à -66 °C et où le cumul annuel de précipitation peut atteindre 2,5 m dans le sud, voila que l’on signale des feux de brousse récurrents…

Le phénomène était considéré comme extrêmement rare à ces latitudes jusqu’à présent, car les conditions de climat et de végétation sont beaucoup moins propices que dans le nord-ouest canadien, davantage boisé, où le risque tend à se multiplier, comme on l’a vu en mai 2016, lorsqu’un gigantesque incendie avait ravagé plus de 100 000 hectares de forêt autour de Fort-Murray au Canada, nécessitant l’évacuation préventive de 80 000 personnes.

Carte de la zone touchée (infographie © Audrey Dufour / La Croix)

En 2015 et 2016, plusieurs incendies avaient déjà été signalés sur les rivages du Groenland, mais dans le sud du pays. Cette année, le phénomène s’est déclenché dans une zone cotière située dans l’ouest, plutôt en altitude, dans un secteur habituellement recouvert de neige. Le départ de feu a été repéré par un survol aérien le 31 juillet 2017, à environ 150 kilomètres au nord-est de Sisimiut, une localité de 5 500 habitants (soit un dixième de la population totale de tout le Groenland !), et confirmé ensuite par plusieurs images satellites, début août, qui donnent une idée de l’extension du phénomène. On estime à environ 15 km², soit 1500 ha, la surface de toundra ainsi partie en fumée en quelques jours, dans un pays qui n’est pas équipé pour lutter contre ce type de risque naturel. Et un deuxième foyer d’incendie a été repéré quelques jours plus tard, plus au sud, confirmant la réalité de ce risque alors que la température estivale est exceptionnellement élevée avec des pointes dépassant allègrement les 20 °C…

Image satellite de l’incendie le 3 août 2017 obtenue par le satellite Copernicus et retraitée par Pierre Markuse

Ces observations sont particulièrement inquiétantes aux yeux des climatologues car les régions polaires sont les plus affectées par le réchauffement climatique, avec une augmentation moyenne de la température qui y est deux à trois fois plus élevée que sur le reste du globe. A leurs yeux, ces incendies inédits, quelle qu’en soit leur cause (qui n’est pas connue à ce jour), sont la conséquence directe du recul de la calotte glaciaire qui met à jour des étendues végétalisées de plus en plus vaste, dont le sol tourbeux est riche en matière organique, sujet à une combustion lente mais très difficile à combattre.

Vue satellite du feu le 3 août 2017 (photo Landsat USGS © NASA)

Ces incendies sont d’autant plus dangereux que leurs effets indirects contribuent largement à accélérer le réchauffement climatique lui-même. La combustion provoque naturellement de fortes émissions de gaz carbonique, mais aussi de méthane, contenu en quantité dans les sols tourbeux habituellement gelés, deux gaz à effet de serre ainsi libérés en grande quantité dans l’atmosphère. De plus, la suie issue de la combustion se dépose sur les étendues enneigées aux alentours, limitant fortement le pouvoir réflecteur de cette dernière et accélérant ainsi sa fonte.

Inlandsis du Goenland (photo © Halorache / expédition A Carré 2009)

Voilà en tout cas un nouveau facteur aggravant dont nous n’avions pas vraiment besoin et qui risque d’accélérer encore les impacts négatifs du réchauffement climatique dans une des régions qui y est le plus vulnérable. On savait déjà que la fonte de l’ensemble de la calotte glaciaire du Groenland pouvait se traduire par une élévation totale de 7 m du niveau de la mer, avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour de très nombreuses régions côtières. On avait aussi estimé que un tiers de l’élévation actuelle du niveau des océans (qui est depuis plusieurs années déjà de l’ordre de 3 mm/an en moyenne) était d’ores et déjà due au recul de cette calotte glaciaire et à l’augmentation de débit des cours d’eau côtiers issus de cette fonte.

Mais voila que l’on commence à apercevoir d’autres risques liés à ces pertubations climatiques dans les zones arctiques. Les feux de brousse en sont un de ces aspects inédits. La fonte du permafrost, sol gelé en permanence en profondeur et qui s’étend sur des millions de km², dans le nord de l’Europe, le Canada et la Sibérie, pourrait constituer un autre facteur aggravant particulièrement explosif. Les conséquences déjà observées ne se limitent en effet pas aux seuls impacts sur les fondations des infrastructures édifiées sur ce type de sol !

La fonte du pergélisol libère des quantités énormes de carbone organique que les bactéries peuvent transformer en gaz carbonique et en méthane, ce qui rique d’accélérer considérablement l’impact du réchauffement climatique, avec un effet d’emballement incontrôlable. Une véritable bombe climatique en perspective !

Inspection vétérinaire d’un troupeau de rennes dans la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord russe (photo © AFP / publiée dans Science et avenir)

Et ne parlons pas des risques sanitaires que certains redoutent. En 2016, sur la péninsule de Yamal, à 2500 km au nord-est de Moscou, un enfant est décédé et 23 personnes ont été infectées par l’anthrax, la redoutable maladie du charbon, transmise par un virus, disparu de la région depuis au moins 75 ans mais qui se trouvait à l’état de latence dans un cadavre de renne qui avait dégelé suite aux températures exceptionnellement chaudes (jusqu’à 35 °C !) de l’été 2016. On craint désormais que ce type de risque se multiplie, réveillant d’autres virus dont celui de la variole, officiellement éradiquée et contre laquelle on ne se protège plus, avec même des scénarios catastrophes impliquant certains virus géants et totalement inconnus repérés dans des cadavres de mamouths congelés. Bienvenu dans le nouveau monde du réchauffement climatique…

L.V.  

La santé a t-elle un prix ?

12 août 2017

Hôpital d’Aubagne (photo © Frédérique Gros / La Provence)

Le sort de l’hôpital public Edmond Garcin d’Aubagne est une nouvelle fois sur la sellette. Soumis à un premier plan de redressement en 2008, qui avait occasionné une forte mobilisation en vue de maintenir opérationnel cet établissement, c’est maintenant son service de réanimation qui est voué à être transféré à la clinique privée de la Casamance selon les conclusions d’un cabinet d’audit, mandaté par l’Agence régionale de santé (ARS).

L’inauguration d’Argilla, organisée tous les deux ans à Aubagne, en a fait les frais le 5 août dernier, perturbée par une centaine de manifestants venus protester contre cette décision fortement orientée puisque le cabinet d’audit Nordmann reconnaît bien volontiers que son diagnostic avait été établi en vue de démontrer qu’un transfert au privé était la meilleure solution, comme le demandait l’ARS.

Banderolle devant l’hôpital d’Aubagne (source : Matin 9)

Face à une attitude aussi partisane, les médecins réanimateurs de l’hôpital d’Abagne ont décisé de relever le gant et de mener leur propre étude d’impact quant aux conséquences qu’aurait, sur le fonctionnement de l’établissement et surtout sur l’offre de soin proposée à la population, le transfert de son service de réanimation et sa transformation en Unité de soins continus come le préconise l’ARS. Leur conclusion est sans appel et radicalement opposée aux hypothèses initiales de l’ARS puisqu’ils considèrent qu’un tel transfert se traduirait par une aggravation du déficit de l’établissement hospitalier et par une dégradation de la qualité de l’offre de soin dont profitent des patients venant non seulement du bassin proche estimé à 180 000 habitants mais parfois aussi du Var.

Cette lutte incessante et fortement idéologique entre public et privé pour l’organisation des soins de santé va bien au-delà du seul cas de l’hôpital d’Aubagne. Elle agite fortement nos amis canadiens fermement attachés à une offre de soin publique et qui constatent avec effarement la dérive du système américain, largement aux mains du privé et qui se révèle être l’un des plus mauvais du monde en termes d’efficience. Alors que des pays comme la France ou le Canada consacrent grosso modo 10 % de leur richesse nationale à la santé, ce taux grimpe à plus de 17 % aux Etats-Unis alors que la proportion de ceux qui n’ont pas accès aux soins y atteint des sommets…

Dessin de Lardon

Alors que ce pays se déchire autour de l’avenir de la loi santé et du dispositif Medicaid mis en place par la volonté de Barak Obama et que son successeur, Donald Trump, fait tout pour renvoyer dans les oubliettes de l’histoire, un livre fort intéressant, intitulé « An American sickness », vient mettre en évidence le point faible du système sanitaire américain : son coût totalement exorbitant !

Elisabeth Rosenthal, auteur de An American sickness

L’auteur de cette étude, l’ex-médecin devenue journaliste, Elisabeth Rosenthal, dresse en effet un tableau assez effrayant d’un système de santé entièrement privatisé où les décisions ne sont plus prises par le personnel médical en fonction de règles d’éthique et en vue de favoriser le bien-être des patients, mais par des gestionnaires qui répondent avant tout aux intérets de leurs actionnaires en cherchant à maximiser les profits à court terme et le retour sur investissement.

Exactement le modèle que cherchent à imposer les fonds d’investissement qui détiennent désormais une part importante des plus de 1000 établissements hospitaliers privés actuellement opérationnels en France, lesquels accueillent environ un tiers des 45 millions de personnes hospitalisés annuellement dans ce pays.

Un domaine en pleine concentration dans lequel les fonds d’investissement rachètent à tour de bras des établissements aux médecins qui les ont créés, pour les restructurer, pressurer le personnel et maximiser les profits en externalisant nombre de fonctions annexes et souvent en revendant les murs pour fluidifier le capital investi. Le leader actuel est ainsi le groupe australien Ramsay Health Care qui a racheté en 2014 la Générale de Santé et détient désormais quelques 125 cliniques privées en France.

Aux USA, ce qui ressort de l’analyse de la journaliste c’est une formidable dérive des coûts d’hospitatlisation avec une surenchère liée au marketing médical. On choisit désormais son établissement hospitalier en fonction de la qualité architecturale des chambres et parce que le café est offert à l’accueil, ce qui explique que la journée d’hospitalisation peut être facturée 5000 $ ! Une opération de l’appendicite coûte jusqu’à 40 000 $ aux USA et le prix moyen d’un accouchement y dépasse 30 000 $…

Dessin de Schwartz paru dans le livre « La santé publique en questions de Laurent Chambaud en 2017 (source Luc Perino)

Le salaire des médecins y est en augmentation constante et un chirurgien orthopédique américain gagne en moyenne deux fois plus qu’un confrère allemand. Une dérive dont est largement responsable le réseau d’assurances privées puisque c’est lui qui finance l’essentiel du secteur, au détriment du patient dont l’accès aux soins devient de plus en plus difficile.

Face à un tell constat, Elisabeth Rosenthal critique l’acharnement de certains, dont la majorité des élus républicains, à considérer que la santé doit obéir aux seules règles du marché. On ne choisit pas d’être malade et le patient n’est pas seulement un consommateur qui pourrait choisir en toute connaissance de cause tel ou tel traitement. L’exemple américain est de ce point de vue assez instructif quant aux dérives dans lesquelles peut nous mener une conception aussi mercantile de la santé publique telle que souhaitent la pratiquer les cliniques privées françaises, avec parfois la complicité des responsable politiques. A chacun d’être vigilant car nous sommes tous concernés !

L.V.  

Marseille : les chercheurs à la plage…

18 juillet 2017

C’est l’été et tout le monde se retrouve à la plage. Même les chercheurs du CNRS qui, comme l’a révélé La Provence, profitent de la saison touristique pour venir enquêter au milieu des parasols et des serviettes de plage !

Plage de la Pointe-Rouge

Du 10 au 17 juillet, c’est une dizaine de scientifiques du CNRS, issus des laboratoires de recherche ESPACE (pour « Etude des structures, des processus d’adaptation et des changements de l’espace », ça ne s’invente pas !), Hydroscience Montpellier et le CEREGE basé à Aix-en-Provence qui ont ainsi passé leurs journées à sillonner les plages marseillaises de pointe-Rouge, du Prophète et de La Lave.

Cette opération se déroule dans le cadre des travaux de l’Observatoire Hommes-Milieux « littoral méditerranéen », un dispositif de recherche pluridisciplinaire qui vise à étudier l’effet de l’urbanisation et de l’anthropisation côtière en Méditerranée. Vaste programme qui exige donc de la part de ces scientifiques de sacrifier leurs plus belles journées de juillet pour aller se promener sur la plage, enduits de crème solaire, sur des terrains d’enquête particulièrement hostiles puisque l’étude concerne, outre le littoral marseillais, le Golfe d’Aigues-Morte et les rivages corses de Balagne et du Sud de Bastia.

L’objectif d’une telle plongée en immersion au milieu des baigneurs ? Mieux caractériser la fréquentation, les pratiques et les usages sur ces plages très fréquentées du littoral méditerranéen et en évaluer l’impact sur la qualité des eaux de baignade.

La plage du Prophète sous la Corniche

Pour cela, il s’agit d’abord de connaitre à tout moment de la journée le nombre de personnes présentes sur la plage, ce qui suppose de compter en permanence les arrivées et les départs : pas question donc de se laisser distraire par une petite sieste à l’ombre du parasol tout en lorgnant les jolies baigneuses. Pour être sûr de leurs chiffres, les chercheurs procèdent en parallèle et toutes les heures à des prises de vue de la plage depuis un point haut, de quoi occuper des armadas de stagiaires qui seront ensuite chargés de décompter les personnes présentes sur la plage et d’ajuster les observations de terrain.

En même temps, des prélèvements d’eau de mer sont effectués, toutes les heures également, pour être analysés afin de mesurer la densité de bactéries de type entérocoques, mais aussi d’évaluer la quantité de résidus de crème solaire qui agrémentent l’eau de baignade. Contre toute attente, les premiers résultats de ces analyses indiquent d’ailleurs que plus la fréquentation de la plage augmente, plus la qualité de l’eau de baignade se détériore ! Un résultat qui ne fait bien entendu que confirmer ce que chacun présentait, mais ce qui va sans dire va parfois mieux en le disant…

Et les chercheurs ne s’arrêtent pas là puisqu’ils prennent aussi le temps d’aller à l’encontre des vacanciers, questionnaires en main, pour mieux connaitre leurs us et coutumes. Une enquête sociologique très poussée qui a d’ores et déjà permis de mettre en évidence un fait troublant : à la plage, on se méfie des toilettes publiques pourtant présentes et plutôt bien entretenues de l’avis de nos anthropologues baroudeurs. Chacun préfère aller faire ses besoins dans la mer, ni vu ni connu. Un procédé qui n’est peut-être pas totalement étranger à la corrélation qui semble exister entre la densité de baigneurs et celle des bactéries dans l’eau de mer…

Qualité des eaux de baignade sur la plage du Prophète (source : site Eaux de baignade)

Mais bien entendu, comme dans tout protocole de recherche scientifique, il faut se méfier des conclusions hâtives et ne surtout pas se hasarder à vouloir anticiper sur les résultats de ce vaste programme d’études tant que toutes les analyses n’ont pas été recoupées avec toute la rigueur nécessaire. Il faudra sans doute patienter encore un peu pour que soient enfin disponibles les résultats de ces recherches passionnantes qui feront sans doute l’objet de publications scientifiques de premier plan, voire d’un colloque international, pourquoi pas sur une plage de Balagne ?

Ceci dit, et sans vouloir présager des conclusions de cette étude, il est à craindre qu’elle n’ait été entachée d’un petit biais expérimental. Le même journal de La Provence nous apprenait en effet que le jeudi 13 juillet, alors que la campagne d’observation scientifique battait son plein, trois plages marseillaises dont celle de Pointe-Rouge qui faisait l’objet de toutes les attentions des équipes de chercheurs, avaient dû être fermées au public toute la matinée du fait de la mauvaise qualité des eaux de baignade, tandis que les deux plages du Prado nord et sud étaient quant à elles toujours fermées en attendant les résultats de nouveaux test.

Plage de l’Huveaune à la fin des années 1960 (photo Jean Pagano / La Provence)

Ces mêmes plages du Prado dont on fête actuellement les 40 ans puisqu’elles ont été ouvertes au public le 18 juillet 1977, après qu’on eut déversé à l’embouchure de l’Huveaune des millions de m3 de déblais issus des travaux de creusement du métro, de quoi gagner 20 hectares supplémentaires sur la mer et permettre d’augmenter ainsi considérablement la quantité de baigneurs qui peuvent venir s’y prélasser : une fréquentation estimée à 3,5 millions de personnes chaque année. On comprend, sans forcément se livrer à des enquêtes sociologiques approfondies, qu’avec une telle pression humaine la qualité de l’eau du littoral puisse en être quelque peu altérée…

L.V. 

Insecticides tueurs d’abeille : Hulot a failli avaler de travers

2 juillet 2017

Lors de l’annonce du premier gouvernement d’Edouard Philippe le 17 mai dernier, peu après l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, nombreux étaient ceux qui pariaient que le nouveau ministre d’État à la transition écologique et solidaire, l’ex animateur de télé Nicolas Hulot, peu connu pour ses qualités diplomatiques et son art du compromis, ne ferait pas de vieux os à ce poste. Beaucoup se demandaient même s’il arriverait à battre le record de longévité d’Alain Bombard, resté secrétaire d’État pendant 32 jours avant d’être débarqué pour ses déclarations à l’emporte pièce sur la chasse à courre, voire celui de Léon Schwartzenberg, éphémère ministre de la santé de Michel Rocard, éjecté 9 jours après sa nomination pour avoir tenu des propos peu consensuels sur l’euthanasie.

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire (crédit photo Villard / SIPA)

Et pourtant, contre toute attente, Nicolas Hulot non seulement a été confirmé dans ses fonctions lors de la formation du second gouvernement Philippe, mais il est toujours à son poste un mois et demi plus tard, alors que d’autres poids-lourds de cet attelage, dont François Bayrou, Richard Ferrand ou encore Marielle de Sarnez ont déjà mordu la poussière… Pour quelqu’un qui déclarait voilà peu à propose de sa toute nouvelle charge ministérielle « j’espère que ce ne sera pas qu’un job d’été », c’est plutôt encourageant…

Et voilà même qu’il vient d’engranger la satisfaction de voir arbitrer en sa faveur un désaccord majeur avec le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, l’ex député socialiste de la Manche, Stéphane Travert. Par comparaison avec les énormes couleuvres avalées par ses prédécesseurs à ce poste ingrat, dont Ségolène Royal qui avait dû laisser Manuel Valls lui imposer de laisser Alteo continuer de déverser en plein Parc national des Calanques ses eaux industrielles riches en métaux lourds et fortement alcalines, c’est donc plutôt un bon début.

Rappelons pour mémoire que les députés avaient adopté en mars 2016, à l’occasion de l’examen en deuxième lecture à l’Assemblée nationale de la loi Biodiversité, un amendement prévoyant d’interdire l’usage des insecticides à base de néonicoticoïdes, dont il a été largement prouvé la nocivité sur le système nerveux des abeilles. Un pas en avant que tous les défenseurs de l’environnement et surtout les apiculteurs attendaient depuis des années en observant année après année l’effondrement des colonies d’abeilles et autres pollinisateurs (bourdons et papillons notamment) : la production de miel qui était d’environ 30 000 tonnes par an il y a 20 ans, a péniblement atteint 15 000 tonnes en 2015…

Des ruches françaises de moins en moins productives (infographie AFP)

La particularité de ces substances actives (clothianidine et imidaclopride, produites par Bayer, et thiaméthoxame synthétisé par la firme Syngenta), commercialisées notamment sous les noms de Gaucho et Cruiser, est qu’elles ont un effet systémique, c’est à dire qu’elles envahissent tout le système de la plante, de la sève au pollen. Il suffit donc d’en enrober les graines pour contaminer toute la plante durant toute sa croissance, ce qui évite à l’agriculteur d’avoir ensuite à traiter ces cultures par des aspersions répétées comme avec d’autres produits.

Le gain de temps et les économies qui en résultent expliquent pourquoi ces insecticides ont été autant plébiscités jusqu’à constituer désormais un tiers des insecticides utilisés dans le monde. On l’utilise en particulier pour protéger les cultures de blé, d’orge ou de betterave contre les attaques de pucerons verts. Le hic, c’est que les pollinisateurs qui viennent butiner sur ces champs absorbent ces substances qui ont une action nocive puissante sur leur système nerveux et les désorientent, leur empêchant de rejoindre leur colonie, d’où la perte constatée de plus de 300 000 ruches chaque année, une véritable hécatombe qui ne se limite bien évidemment pas aux seules abeilles domestiques mais touche tous les insectes pollinisateurs.

En 2013 déjà, la Commission européenne avait décidé de limiter l’utilisation professionnelle de produits phytosanitaires contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes sur certaines cultures et également d’interdire la mise sur le marché de semences traitées ainsi que les utilisations non-professionnelles. Il lui avait bien fallu en effet tenir compte de l’avis de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (AESA) qui avait constaté, au vu des inombrables études scientifiques concordantes sur le sujet, l’effet désastreux de ces substances sur les populations d’abeilles.

A l’époque, ces restrictions d’usage, entrées en vigueur au 1er décembre 2013, portaient sur 75 cultures différentes dont notamment des cultures fruitières (abricots, poires, pommes, pêche et nectarines, prunes), des cultures de fruits à coque (noix, noisettes amandes) ou des cultures de fruits rouges (fraises, myrtilles), jugées particulièrement attractives pour les abeilles. Mais il ne s’agissait que d’un moratoire temporaire car de nombreux pays, dont le Royaume-Uni en pointe sur ce dossier, s’étaient alors battus bec et ongles pour empêcher toute mesure d’interdiction définitive.

C’est donc en attendant que l’Europe se mette d’accord sur des mesures plus fermes sur le sujet que la France a débattu de la question à l’occasion du vote de la loi Biodiversité, d’autant que ce moratoire na manifestement pas eu les effets escomptés puisque les ventes d’insecticides néonicotinoïdes ont bondi en France, passant de 387 tonnes en 2013 à 508 en 2014, soit un gain de 31 % en un an !

Le débat a été houleux en 2016, avec même une intervention du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, fortement aiguillé par les principales fédérations professionnelles agricoles des producteurs de blé, de maïs, d’oléagineux et de betteraves incitant par courrier les députés à ne surtout pas décider d’interdiction brutale de ces produits jugés indispensables pour garantir la compétitivité des filières. Il s’était finalement soldé par une interdiction à compter du 1er septembre 2018 sur l’ensemble des cultures mais avec possibilité d’accorder des dérogations jusqu’en 2020, histoire de laisser du temps à chacun de s’adapter, et éventuellement aux changements de majorité de revenir en arrière…

Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation crée le buzz en annonçant vouloir revenir sur l’interdiction prochaine des néonicotinoïdes (crédit photo BFMTV)

C’est bien d’ailleurs ce qui a failli se passer puisque dès sa nomination au ministère de l’agriculture et poussé par les lobbies agricoles et de l’agrochimie, Stéphane Travert est aussitôt monté au créneau en déclarant le 26 juin 2017, moins d’une semaine après son entrée en fonction, vouloir revenir sur cette interdiction prochaine des néonicotinoïdes, qu’il juge excessive par rapport aux obligations européennes et surtout gênante pour les intérêts de la profession.

Cette déclaration a aussitôt fait bondir son collègue Nicolas Hulot qui a immédiatement tweeté qu’il n’était pas question de revenir sur les engagements votés il y a un an, et déclarant : « Nous ne reviendrons pas sur ces acquis. Je veux être le garant de ce qu’ont fait mes prédécesseurs ». Sur un tel sujet, on ne l »imaginait pas en effet se déjuger lui qui avait toujours été en pointe dans ce combat contre les insecticides tueurs d’abeilles. En revanche, la position du chef du gouvernement, Edouard Philippe, était plus attendu. Cet ancien directeur des affaires publiques d’AREVA est en effet réputé peu sensible aux questions environnementales, au point d’avoir voté contre la loi Biodiversité en 2016, et contre la loi sur la Transition énergétique.

Et pourtant, ce même Edouard Philippe a signifié le jour même à son ministre de l’agriculture que le débat avait déjà été tranché et qu’il n’était pas question de revenir en arrière sur cette interdiction prochaine des insecticides néonicotinoïdes. Première victoire donc pour le nouveau ministre Nicolas Hulot, mais nul doute que le combat ne fait que commencer et qu’il aura d’autres occasions de monter au créneau pour éviter d’avaler trop de couleuvres sur les nombreux chantiers qui s’ouvrent devant lui… Pas de vacances donc pour Monsieur Hulot !

L. V.  

U-864 : une bombe à retardement ?

27 juin 2017

Michel L’Hour, directeur du DRASSM

L’affaire a été de nouveau évoquée à l’occasion d’un colloque sur le trafic d’antiquités en eaux profondes, organisée tout récemment pour célébrer la création du tout nouveau tribunal maritime de Marseille qui couvre désormais 26 départements de la façade sud du pays. Michel L’Hour, directeur du DRASSM, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service de l’État créé par André Malraux et basé à l’Estaque, y a notamment rappelé que le trafic d’antiquités, actuellement en pleine expansion, est désormais le troisième au monde en importance, derrière celui des stupéfiants et celui des armes.

Et les antiquités présentes dans les nombreuses épaves qui jonchent les fonds marins sont de plus en plus exposées à ces pilleurs modernes redoutablement équipés. Comme l’a évoqué Michel L’Hour, « l’archéologue aux pieds palmés », ainsi qu’il aime se définir lui-même, « la mer est le plus grand musée du monde, ouvert jour et nuit, mais sans aucune sécurité ni vitrines protégées », d’où cette grande vulnérabilité aux pilleurs d’épaves.

Mais Michel L’Hour a aussi évoqué un autre danger qui guette les fonds marins du fait de ces multiples épaves coulées au fil de l’Histoire : le risque de pollution. Des centaines de milliers d’épaves de navires engloutis jouchent les fonds marins : on en recense 9000 uniquement sur les côtes Sud et Est de l’Angleterre ! Plus de 70 % des épaves qui se trouvent dans les eaux européennes datent de la première et seconde Guerre mondiale. Or, la corrosion, menace de libérer leurs contenus : dans la mer, le métal se corrode inéxorablement, perdant chaque année de l’ordre de un dizième de mm d’épaisseur…

Caisses de munitions jetées en mer au large de Singapour après la 2ème guerre mondiale (photo d’archive, Imperial War Museums)

Le pétrole qui se trouve encore dans ces épaves n’est pas le pire des composants qu’ils contiennent. Les anciennes munitions et certains produits chimiques sont autrement plus inquiétant. C’est le cas notamment du fameux gaz moutarde, l’ypérite, largement utilisé lors de la Première guerre mondiale et dont on s’est souvent débarrassé des stocks devenus inutiles en les immergeant en mer. Dans l’eau, ce produit se transforme en une pâte jaunâtre ingérée par les poissons et qui entre ainsi dans notre chaîne alimentaire…

Et parmi ces bombes à retardement qui hantent nos côtes, citons le cas du sous-marin allemand U-864 et de sa cargaison de mercure qui se déverse lentement au large des côtes scandinaves depuis meintant plus d’un demi-siècle…

Torpillé devant Bergen, en Norvège, par les Britanniques le 9 février 1945, avec à bord 73 hommes d’équipage, alors qu’il partait pour le Japon avec les moteurs et les plans du Messerschmitt 262, premier avion à réaction, ce sous-marin allemand transportait aussi à son bord 67 tonnes de mercure conditionné dans des bouteilles en acier de 37 kg. Parti le 5 décembre 1944 de Kiel, il était chargé d’une mission secrète, baptisée « Opération Caesar », destinée à apportée aux alliés japonais les technologies nécessaires pour augmenter leur effort de guerre en cette période décisive. Mais lors d’une escale technique à Bergen, il subit un bombardement car les Britanniques ont percé le code Enigma et identifié l’enjeu de cette mission. Lorsqu’il peut enfin reprendre la mer, une nouvelle avarie machine le contraint à rebrousser chemin vers Bergen et c’est là qu’il est pris en chasse par un sous-marin britannique, le HMS Venturer, qui l’envoie par le fond, au large de l’ïle de Fedge.

L’épave de l’U-864 au fond de la mer (photo © Van Oord)

Au début des années 2000, un pêcheur norvégien remonte dans un de ses filets une pièce de U-Boot et la Marine norvégienne entreprend des recherches qui lui permettent de retrouver, le 22 février 2003, l’épave du sous-marin, coupé en deux, reposant par 150 m de fond, à quelques km des côtes de la petite île norvégienne. Dès lors se pose la question de l’avenir des 1857 flasques en acier contenant les 67 tonnes de mercure liquide, destiné à la fabrication d’amorces de munitions (à base de fulminate de mercure) et désormais éparpillé au fond de l’eau.

En 2005, on observe ainsi qu’une de ces bouteilles s’est ouverte sous l’effet de la corrosion et que tout le mercure s’en est échappé. On en retrouve sur une surface estimée à 3 ha ! Les Norvégiens commencent à redouter une nouvelle catastrophe sanitaire à l’égal de ce qui s’était produit dans la baie de Minamata au Japon, où les rejets de métaux lourds issus de l’industrie pétrochimique avaient occasionné plus de 900 décès entre 1949 et 1965. Des prélèvements sont effectués et on constate que l’acier des flasque, dont l’épaisseur initiale atteignait 5 mm, ne faisait plus qu’1 mm par endroit, du fait de la lente corrosion…

Une des 1857 flasques remplies de mercure et désormais fuyardes

Les études s’enchaînent à partir de 2006, pour tester différentes solutions techniques. Les autorités privilégient plutôt le recouvrement de l’épave par un sarcophage tandis que les populations riveraines, dont les 561 habitants de l’île de Fedge, préfèrent une solution plus durable mais plus coûteuse et techniquement complexe qui consiste à renflouer l’épave. Un bras de fer s’engage et finalement en 2009, le gouvernement norvégien accepte d’engager les travaux de renflouement pour un montant estimé à un milliard de couronnes norvégiennes, mais estime nécessaire d’engager au préalable des études complémentaires…

Quatre ans plus tard, en janvier 2013, Lisbeth Berg-Hansen, ministre des Pêches et Affaires côtières, indique devant le Parlement que les études sont toujours en cours et qu’il n’existe toujours pas de calendrier prévisionnel pour les travaux. D’ailleurs, en mai 2014, un nouveau rapport est publié, préconisant une fois de plus la solution du recouvrement par un sarcophage jugée plus raisonnable. Il a fallu finalement attendre le printemps 2016 pour que les travaux de recouvrement de l’épave soient enfin réalisés, confiés au spécialiste néerlandais du dragage et des opérations offshore Van Oord. Une couche de sable a été déposée sur l’ensemble de l’espace contaminé et l’épave, au moyen d’un diffuseur crée spécialement pour cet usage et été installé sur le robot télé-opéré (ROV) du navire de pose de flexibles Stornes. En tout, près de 30.000 tonnes ont été déposées, formant une couche de 50 cm d’épaisseur. Celle-ci a ensuite été recouverte par 160.000 tonnes de rochers. Pourvu que ça dure…

L.V.  

Comment lutter contre les moustiques ?

17 juin 2017

Le moustique tigre, Aedes albopictus

Avec le retour des beaux jours et l’arrivée des cigales, ce sont aussi les moustiques qui s’en donnent à coeur joie, et parmi eux le redoutable moustique tigre, Aedes albopictus, potentiel vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika ! Arrivé en France en 2004, en provenance de l’Asie du sud-est, le moustique tigre est désormais implanté durablement dans une trentaine de départements français et son expansion se poursuit grâce à son excellente adaptation aux milieux urbains et à la capacité de ses œufs à résister aux périodes de froid hivernal.

Pour autant, le moustique tigre n’est que l’une des 3500 espèces de moustiques recensées dans le monde, dont 64 en France métropolitaine (et 238 en Guyane !). Seules environ 200 de ces espèces s’attaquent à l’homme, parmi lesquelles le moustique ordinaire, Culex pipiens, encore très répandu en France mais qui commence à se faire rare à Carnoux où il a été largement supplanté par son cousin asiatique nettement mieux adapté à l’environnement local.

Le classique, Culex pipiens (photo Stephen Doggett, NSW Health Pathology)

La lutte contre les moustiques s’est développée au tout début du XXème siècle, après que le médecin militaire Alphonse Laveran, alors en poste à Alger, a découvert en 1880 que le paludisme était provoqué par un hématozoaire, Plasmodium falciparum, puis a compris le rôle des moustiques de type anophèles dans la transmission de ce parasite. Jusque là, on se contentait de lutter contre la malaria en tentant d’assécher les zones humides. A partir de cette période, les actions sont devenues plus ciblées, et moins impactantes pour ces zones humides qui jouent par ailleurs un rôle majeur pour la biodiversité mais également pour la régulation du cycle de l’eau : diffusion des moustiquaires, introduction massive de gambusies, poissons dont les larves se nourrissent de moustiques et qui se sont révélés particulièrement invasifs, mais aussi campagnes de désinsectisation à coup de produits chimiques peu ragoûtants…

Epandage de DDT sur une plage dans les années 1950

C’est ainsi que dès 1943 et avec l’aide des troupes américaines de débarquement, des campagnes s’organisent pour pulvériser, à l’intérieur même des habitations de certains régions de Corse, un mélange à base de pétrole et de DDT… Dans les années 1960, ce sont les zones côtières du Languedoc qui sont aspergées de DDT par voie aérienne pour les assainir avant d’y développer le tourisme de masse.

La mise en évidence des risques liés à l’utilisation massive de cet insecticide, révélés notamment par le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Printemps silencieux, publié en 1962, mettra progressivement un terme à de telles pratiques. En 1976, la découverte du Bti, Bacillus thuringiensis israelensis, insecticide biologique très sélectif et peu toxique pour les autres espèces, permet de lancer la démoustication dans des zones comme la Camargue qui jusque là avaient été relativement épargnées par ces campagnes du fait de son statut de zone naturelle protégée, et ceci bien qu’elle ait été le théâtre de la dernière épidémie de paludisme connue sur le territoire métropolitain en 1943.

En Camargue, comme sur toute la frange littorale des Pyrénées-Orientales jusqu’aux Bouches-du-Rhône, c’est un établissement public créé en 1958, l’Entente interdépartementale pour la démoustication (IED) qui est chargé de la lutte contre la prolifération des moustiques et principalement des espèces les plus nuisibles pour l’homme que sont Aedes caspius et Aedes detrius, dont les larves se développent en milieu humide. La stratégie adoptée depuis août 2006 en Camargue consiste à identifier les gîtes larvaires qui font l’objet d’une surveillance permettant de déclencher à bon escient les traitements (principalement par voie aérienne) à base du larvicide Bti, qui n’est toxique (par ingestion) que pour les larves de nématodes (dont font partie les moustiques) mais pas pour les autres organismes aquatiques.

Epandage de Bti en Camargue (source Actu environnement)

Ces pratiques sont fortement encadrées et accompagnées d’une démarche de suivi environnemental pour évaluer l’impact de ces interventions sur le milieu naturel. Le Parc naturel de Camargue impose en effet que 10 % de l’enveloppe consacrée à la démoustication soit affectée à un suivi de son impact écologique et sociologique. Or ces études ont mis en évidence que l’effet de ces traitements est loin d’être négligeable et se répercute sur toute la chaîne alimentaire : la destruction des larves de moustiques et de chironomes provoque une diminution de moitié des populations d’odonates (libellules et autres agrions) et de 60 % des araignées, ce qui se traduit déjà par une diminution d’un tiers des passereaux, confirmant s’il en était encore besoin, que tout équilibre écologique est par nature fragile…

Du coup, les recherches s’orientent désormais vers la mise en œuvre de stratégies encore plus ciblées qui visent à réguler les populations de moustiques uniquement là où elles constituent une véritable gêne pour les populations, donc dans les lieux habités. Il s’agit pour cela de mettre en place des pièges à moustiques pour constituer des barrières autour des zones urbanisées.

Schéma de principe d’un piège à moustique artisanal (source : espacebuzz)

L’idée du piège à moustique individuelle est vieille comme le monde et il suffit de regarder sur internet d’excellentes vidéo qui expliquent en détail comment constituer un piège à moustique en coupant en deux une bouteille en plastique au fond de laquelle on dispose un mélange de sucre roux, d’eau et de levure de boulanger, avant de refermer le récipient avec la partie conique renversée : les moustiques attirés par le produit sucré rentrent dans la bouteille mais n’arrivent plus à en ressortir. Le système est efficace mais doit être renouvelé régulièrement.

Les inventeurs de la borne anti-moustiques (source : Qista)

Pour être utilisé à une échelle plus industrielle, d’autres dispositifs existent dont un breveté en 2013 et désormais produit par la société Qista, basée à Aix-en-Provence. Ces BAM, ou bornes anti-moustiques, attirent les moustiques en reproduisant la respiration humaine au repos (par expirations saccadées de gaz carbonique) et en diffusant des composés chimiques à base d’acide lactique proches de la sueur humaine. Les moustiques sont aspirés par un ventilateur dès qu’ils s’approchent du piège et sont retenus dans un filet. Le dispositif a été testé dans un hameau d’Arles en 2015 et s’est avéré particulièrement efficace pour un coût relativement modique tout en se montrant particulièrement sélectif : sur plus de 250 000 insectes capturés, 99,7 % appartiennent à 9 espèces de moustiques ciblées ! En 2016, 15 pièges de ce type ont été mis en place et l’expérience pourrait encore s’étendre.

Piège contre le moustique tigre développé par l’IED (source © France3 Languedoc-Roussillon)

Vis à vis du moustique tigre, des démarches similaires se développent également. La particularité de cette espèce est que les femelles pratiquent une ponte fractionnée en répartissant leurs œufs dans différents endroits jugés propices mais dispersés et peu aisés à détecter. L’idée consiste donc à les attirer dans des gîtes très attractifs mais rendus inaccessibles par une moustiquaire munie d’une chambre de contamination où le moustique s’enduit les pattes d’un peu d’insecticide. Ne réussissant pas à y déposer ses œufs, la femelle ira pondre ailleurs mais en disséminant l’insecticide sur tous ses lieux successifs de ponte, ce qui le rend du coup très opérant sur les futures larves.

Bref, l’ingéniosité humaine dans la lutte contre son ennemi séculaire, le moustique, n’a pas de limite…

L.V.  

La plupart des informations de cet article sont issues du n° 92-93 de l’excellente revue Zones Humides infos publiée par la SNPN (Société nationale de protection de la nature)

Croisière autour du monde : 21ème escale

22 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters sont de retour à Kobe au Japon où ils étaient déjà passés lors d’une étape précédente.

Lundi 20 mars :

Aller au Japon sans voir Kyoto, c’est impardonnable !

Gare de Kobe, en partance pour Kyoto

Nous avons donc bravement pris les moyens de transport publics et sommes allés visiter cette ville ou l’on retrouve encore un peu du Japon traditionnel : temples innombrables, femmes en kimono et obi, petites rues avec maisons en bois, boutique au rez-de-chaussée et habitation au dessus.

On nous a aidés très gentiment à prendre les billets de métro puis de train, car il n’y a pas de guichets, juste des machines toutes en japonais! Mais les gens sont vraiment serviables. On a une petite chance de se faire comprendre en anglais avec les jeunes (j’ai bien dit une petite chance, ne rêvons pas…).

Une rue dans le vieux Kyoto

Enfin, après environ 1 h de trajet, nous arrivons à Kyoto par une très belle journée ensoleillée. La ville donne une impression d’entassement. Les maisons sont serrées avec parfois à peine 1 mètre entre deux voisins. On sent le manque d’espace vital, d’autant que la plaine côtière est étroite et laisse vite place à la montagne souvent escarpée…

La gare est un chef d’œuvre d’architecture moderne et c’est d’autant plus remarquable que le quartier aux alentours est plutôt ancien.

Temple de Hongwanji à Kyoto

Nous nous dirigeons vers le temple Hongwanji, un immense complexe de salles de prière et de salles de réunion. Il y a même une école et une clinique !

Intérieur du temple

Juste en face, un musée nous attire. Il est en fait associé au temple et se définit comme
« musée bouddhiste par excellence ». Nous y prenons un petit repas fort sympathique avant de nous lancer dans la visite. Nous y voyons une exposition de peintures sur soie, certaines datant du 15e siècle, ainsi que des rouleaux de papier de riz avec calligraphie au pinceau. Les photos sont interdites. Nous arrivons cependant à en faire 1 ou 2 que vous verrez donc !

Au sortir du musée, dans une salle contiguë, de jeunes peintres (élèves de seconde peut être ?) et leur professeur présentent leurs œuvres. Du talent chez certains d entre eux ! Ces jeunes japonais sont plutôt timides, surtout les jeunes filles, ils sourient beaucoup, font des courbettes et semblent tellement ravis de rencontrer des étrangers !

Vue par hasard, une exposition de jeunes étudiants en peinture

A noter que, lorsqu’ils signent leurs tableaux c’est toujours avec l’alphabet latin ! D ailleurs dans les rues les enseignes, les affiches, jonglent avec 4 alphabets différents : le latin (préféré pour tout ce qui est publicité), le chinois (que tout le monde ne sait pas lire toutefois), le japonais classique et le japonais phonétique plus simple. Seuls ces 2 derniers sont enseignés à l’école. Ça paraît bien compliqué mais ils s’y retrouvent !

Nous avons marché toute la journée et n’avons pas vu le dixième de ce qu’il y a voir à Kyoto ! Une ville immensément riche en palais, temples et autels shintô… Il faudrait y revenir, on va y penser !

Nous partons maintenant pour la Chine et le Vietnam. Pas sûr que les connections soient super. Nous ferons de notre mieux !

Mardi 21 mars :

Je vous avais promis de vous parler des toilettes au Japon. Voici donc.

Toilettes à la Japonaise

Il y a au Japon deux sortes de toilettes (voyez les photos). La toilette japonaise qui n’est qu’une toilette à la turque et la toilette qu’ils appellent « western », autrement dit occidentale, et que vous trouverez dans les grands hôtels (alors que l’hôtel à la japonaise en est dépourvu et que vous y dormirez par terre sur un futon).

Toilettes à l’Occidentale : remarquez la barrette couverte de boutons, c’est ça qui fait la différence

Revenons à cette « western ». Vous vous asseyez. La partie en contact avec vos fesses est tiède, ce qui est plutôt agréable ! Vous faites ce que les Anglais appellent votre « business ». Si ça fait du bruit (désolé, mais j’ai promis de tout expliquer !)  vous avez un bouton appelé « flush » qui va imiter le bruit de la chasse d’eau afin de couvrir tout autre bruit inconvenant… Quand vous avez terminé, vous avez deux boutons à votre disposition : un « bidet » et un « jet ». Chacun va humecter d’eau tiède un endroit différent de votre anatomie (là, je vous laisse imaginer…). Enfin le bouton situé le plus en avant et de couleur différente stoppe l’eau.
Vous sortez de là bien propre mais je trouve personnellement que le papier cul est un peu insuffisant pour essuyer tout ça !

Voilà vous savez tout sur les toilettes de ce pays décidément pas comme les autres !

Annie

La croisière s’enfume !

5 mars 2017

Alors que nos deux globe-trotters parcourent le monde depuis début janvier à bord du luxueux navire de croisière Queen Elisabeth, voila qu’en France, certains se mettent à tousser au vu de l’impact environnemental de cette industrie touristique en plein essor. C’est ainsi que l’émission Thalassa, dans son édition du 20 janvier 2017, s’efforçait de dévoiler « le prix du rêve » des bateaux de croisière.

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Un petit pavé dans la mare de l’industrie touristique des croisières de luxe à bord de véritables immeubles flottants, alors que cette activité florissante et lucrative est en plein essor. En 2016, ce sont plus de 25 millions de passagers qui ont ainsi sillonné les mers du globe à bord de ces gigantesques usines à touristes, un chiffre qui a doublé en 10 ans et qui ne cesse d’augmenter !

L'épave du Costa Concordia, le 22 janvier 2012 (photo © P. P. Cito  /SIPA/ AP)

L’épave du Costa Concordia, le 22 janvier 2012 (photo © P. P. Cito /SIPA/ AP)

Pourtant, l’envers du décor incite à la réflexion comme le dénonce, non seulement ce documentaire de Thalassa, mais bien d’autres, qui pointent une industrie sans scrupule profitant largement de la captivité de sa clientèle et offrant à son personnel des conditions de travail parfois peu enviables. Même le panache de l’équipage en a pris un coup depuis l’épopée peu glorieuse du capitaine du Costa Concordia qui s’était ridiculisé devant le monde entier après avoir non seulement échoué son paquebot géant le long du littoral toscan mais ensuite pris la fuite alors même que l’évacuation des passagers venait tout juste de commencer, un naufrage spectaculaire qui avait fait 32 morts et fortement terni l’image de la compagnie Costa Croisières.

Mais les critiques les plus vives envers l’industrie des croisières de luxe portent surtout sur leur impact environnemental. Ces énormes usines flottantes chargées de milliers de touristes provoquent en effet sur certains lieux fragiles du globe, et en particulier des archipels isolés et relativement préservés, une pression fortement préjudiciable. Et c’est aussi la pollution atmosphérique provoquée par ces immenses paquebots dans leurs ports d’escale qui est de plus en plus pointée du doigt.blog404_phmarseille

On a vu notamment la journaliste de Thalassa, Sophie Rolland, s’intéresser à la qualité de l’air de Marseille, premier port de croisière en France qui accueille désormais chaque année 500 paquebots et 1,7 millions de croisiériste : une manne pour le commerce local et une source non négligeable de pollution en particules fines. Sur le quai où sont amarés les bateaux de croisière qui laisent tourner en permanence leurs moteurs pour assurer la climatisation à bord, les reporters de Thalassa mesurent ainsi plus de 100 000 particules fines par cm³ d’air, cinq fois plus que devant la gare Saint-Charles qui n’est pourtant pas réputée pour être un havre d’air pur !

blog404_phfootingSur le pont supérieur du navire, là où les passagers restés à bord font leur footing quotidien, la teneur en particules fines s’avère même encore 3 à 4 fois supérieure à celle mesurée sur le quai…

L’affaire n’est pas nouvelle, comme le rappelle un article de Marsactu qui évoque l’alerte lancée en 2015 par l’association France Nature Environnement, affirmant qu’un bateau de croisière pollue autant l’atmosphère qu’un million de voitures ! De fait, une étude menée de 2010 à 2013 sur cinq villes méditerranéennes dont Marseille, dans le cadre du projet européen APICE, avait permis de mieux quantifier l’impact de ces bateaux de croisière sur la qualité de l’air de ces villes. A Marseille, l’organisme en charge de la surveillance de la qualité de l’air, Airpaca, estime que cette contribution est globalement de l’ordre de 5 % mais elle est bien évidemment très supérieure à proximité des installations portuaires.

Système d'alimentation électrique des navires de la Méridionale, quai d'Arenc (photo © : E. Bonibi)

Système d’alimentation électrique des navires de la Méridionale, quai d’Arenc (photo © : E. Bonibi)

Une amélioration importante a pourtant été apportée en 2016 grâce à l’installation de bornes électriques permettant d’alimenter à quai les trois navires de la Compagnie méridionale de navigation lors de leurs quelque 500 escales annuelles en provenance de Corse. Le système est encore en phase de test et il faudra attendre cet été pour vérifier qu’il suffit à assurer les besoins en climatisation pendant la durée des escales…Il ne pourrait en tout cas pas être étendu aux immenses paquebots de croisière tant la consommation de ces derniers est considérable.

D’autant que l‘investissement n’est pas négligeable puisqu’il s’élève à 4,4 millions d’euros dont 1,5 apporté par le Grand port maritime de Marseille et 1,7 millions par des subventions publiques de l’État, de la Région, de l’ADEME et du FEDER. Mais cela devrait permettre d’éviter une pollution atmosphérique équivalente, pour chacun des trois navires, à 3 000 véhicules chaque jour pour ce qui est des particules fines et 65 000 véhicules/jour pour les oxydes d’azote. On respire déjà mieux !

L'Harmony of the seas en escale à Marseille (photo © D. Leriche pour Nice Matin)

L’Harmony of the seas en escale à Marseille (photo © D. Leriche pour Nice Matin)

Il n’en demeure pas moins que les autres navires de croisière monumentaux qui fréquentent quotidiennement le port de Marseille restent de gros pollueurs. Le mastodonte « Harmony of the seas », avec ses 362 m de long et ses 72 m de hauteur (l’équivalent d’un immeuble de 20 étages) brûle ainsi à lui-seul 250 000 litres de fuel lourd chaque jour !

Certaines compagnies commencent déjà à équiper leurs navires de « scrubbers » qui permettent de débarrasser les fumées de leurs émissions sulfurées les plus nocives (oxydes de soufre), ne serait-ce que pour respecter la réglementation européenne qui vient de se durcir, mais il s’agirait d’aller plus loin en s’attaquant également aux particules fines, aux oxydes d’azote et au gaz carbonique émis. En attendant, le port de Marseille lance une étude de faisabilité concernant l’installation éventuelle de « scrubbers mobiles », des sortes de gigantesques hottes aspirantes montées sur barges flottante et qui viendraient se positionner le long des navires à quai pour retraiter leurs fumées et retenir les éléments les plus polluants.

Système mobile de traitement des fumées à Los Angeles (photo © D. R.)

Système mobile de traitement des fumées à Los Angeles (photo © D. R.)

De tels systèmes mobiles sont d’ores et déjà déployés dans le port de Los Angeles et pourraient servir d’exemple. A terme, la solution la plus raisonnable serait cependant que l’ensemble des navires de croisière s’équipent pour fonctionner au gaz naturel liquéfié nettement moins polluant. Cette technologie permet en effet d’éliminer presque entièrement les rejets d’oxydes de soufre et d’azote, tout en réduisant de moitié les émissions de particules fines et d’un tiers celles de CO2. Certaines compagnies commencent à mettre en chantier de tels navires et Marseille se prépare déjà à les accueillir en aménageant une plateforme d’avitaillement grâce au terminal méthanier de Fos-sur-Mer.

Tout indique donc que le port phocéen s’installe durablement comme escale de ces usines flottantes à touristes, même si beaucoup préféreraient envisager un mode de développement un peu moins artificiel. Espérons du moins que la technologie de ces mastodontes des mers évoluera assez vite avant que l’air de la Cannebière ne devienne définitivement irrespirable…

L.V.  lutinvert1small

A Carnoux, les poissons sentent l’huile de friture…

25 février 2017

Tout le monde a tendance à l’oublier, mais le vallon dans lequel s’est établie la ville de Carnoux-en-Provence est le siège d’un oued, un vallat sec qui rejoint, en contrebas de l’autoroute, le Merlançon (issu de La Bédoule), lequel va ensuite se jeter dans l’Huveaune à Aubagne. Comme tout oued, il lui arrive de subir des crues, parfois meurtrières comme cela avait été le cas pour le Merlançon le 26 août 1986. La ville de Carnoux est d’ailleurs sujette au risque inondation, principalement du fait des nombreux dysfonctionnements de son système de gestion des eaux pluviales globalement sous-dimensionné par suite du développement anarchique de la ville depuis les années 1960.

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Le ruisseau de Carnoux en contrebas de la RD 41E (photo prise le 10 novembre 2012)

Tout laisse penser néanmoins qu’avant l’urbanisation de ce vallon, l’oued ne devait être en eau que pour de courtes périodes consécutives aux épisodes pluvieux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et la partie visible du cours d’eau, qui sert de fossé pluvial bétonné en contrebas de la route départementale RD 41E, entre le rond-point des Barles et la limite Est de la commune, coule désormais quasiment toute l’année, en dehors de quelques rares périodes sèches. Car le ruisseau a été transformé en exutoire pluvial de la ville de Carnoux : toutes les eaux plus ou moins souillées qui s’épandent sur la chaussée, y compris au niveau de la zone industrielle, mais aussi les vidanges de piscines et les pompages permanents d’exhaure finissent tous dans le ruisseau, sans le moindre traitement !

Sortie à l'air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Sortie à l’air libre du ruisseau de Carnoux en aval du rond-point des Barles

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

Le ruisseau de Carnoux bizarrement orangé le 6 octobre 2014

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le cours d’eau, dans la partie où il s’écoule à l’air libre, à partir du rond-point des Barles, ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à un ruisseau, avec des eaux qui passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au gré des produits qui y ont été déversés par les habitants et les entreprises de Carnoux…

Durant toute la traversée de la ville le ruisseau est en effet purement et simplement busé, ce qui est bien commode pour éviter d’avoir à se poser trop de questions existentielles quant à ce qu’on y rejette. On voit ainsi, au gré du parcours du ruisseau, des huiles de vidange et des solvants qui sont versés directement par les « bouches d’égout » installées le long des bordures de trottoirs, mais qui en réalité communiquent directement dans le ruisseau.

Regard sur le réseau d'eaux pluviales le long de la place du marché

Regard sur le réseau d’eaux pluviales le long de la place du marché

Des travaux ont pourtant été fait tout récemment en vue du réaménagement du centre-ville et on pourrait penser que l’esplanade où se tient le marché de Carnoux deux fois par semaine est au minimum muni d’une bouche d’évacuation reliées au réseau qui permet d’évacuer les eaux usées vers la station de traitement (située à Marseille près du stade Vélodrome). Mais il semble bien que rien de tel n’ait été prévu et on peut voir les commerçants déverser leurs huiles de friture usagées directement dans le réseau d’eau pluvial via les regards protégés par les grilles en fonte le long de la rue, autrement dit directement dans le ruisseau qui coule en dessous !

blog400_phruisseauC’est bien dommage pour la qualité de l’eau du Merlançon et de l’Huveaune en aval, pour lequel sept communes se sont pourtant regroupées au sein du Syndicat intercommunal du bassin versant de l’Huveaune qui pilote depuis 2015 un contrat de rivière doté d’un budget global de 18 millions d’euros en vue d’améliorer la qualité de ce milieu aquatique remarquable et d’en protéger les abords contre le risque d’inondation. La cohérence aurait voulu que la commune de Carnoux adhère au syndicat et participe à ce contrat de rivière dans une logique bien comprise de solidarité amont-aval.

Mais, comme à l’acoutumée, la municipalité a préféré joué les égoïstes et se soucie comme d’une guigne de ce qui se passe en aval de son territoire. Plutôt que de chercher à retenir autant que possible les eaux de ruissellement en amont et favoriser leur infiltration, elle bétonne à outrance, imperméabilise le moindre espace et élargit les tuyaux d’évacuation afin d’accélérer encore les flux qui iront inonder nos voisins en aval. Quant à la qualité des eaux qui alimentent l’Huveaune via le ruisseau de Carnoux, mieux vaut ne pas regarder de trop près ce qu’elles contiennent : assurément, les huiles de fritures que le vendeur de paëlla et ses collègues forains y déversent deux fois par semaine ne sont certainement pas les produits les plus nocifs qui s’y retrouvent ! Avis aux pêcheurs qui taquinent le goujon sur les berges de l’Huveaune : si le poisson sent un peu l’huile de friture, c’est qu’il baigne dans des eaux qui ont transité par le très buccolique vallon de Carnoux…

L.V.  lutinvert1small

A Flint, mieux vaut ne pas boire pas l’eau du robinet…

4 janvier 2017

La ville de Flint, située au nord des États-Unis, dans l’État du Michigan, fait partie, comme sa voisine Detroit, située à quelques 120 km de là, de ces cités américaines qui ont fondé leur prospérité sur l’essor de l’industrie automobile et qui ont subi de plein fouet le déclin de cette dernière. La société Buick y a été fondée en 1908 et General Motors en 1911, fournissant de l’emploi à foison pour toute la région.

Chaîne de montage de l’usine Buick à Flint

Chaîne de montage de l’usine Buick à Flint

Durant près d’un siècle, toute la ville ou presque a vécu de l’industrie automobile, jusque dans les années 1990, lorsque les usines General Motors ont fermé et ont même été entièrement rasées, laissant place à de vastes friches industrielles entourées de clôtures grillagées en plein centre ville. En 25 ans, la ville a perdu un tiers de sa population qui dépasse désormais péniblement les 100 000 habitants. Plus de la moitié de la population y est noire et 42 % vit en dessous du seuil de pauvreté, tandis que le taux de criminalité y atteint des records. Maisons, écoles, supermarchés et casernes de pompiers, devenus inutiles, y sont détruits les uns après les autres tandis que la ville se meurt à petit feu.

En 2011, la ville, surendettée, est au bord de la faillite, au point que la municipalité est placée sous tutelle d’un administrateur d’urgence, nommé par le gouverneur républicain du Michigan, Rick Snyder. Les élus démocrates, qui sont à la tête de la ville depuis des décennies, sont accusés de clientélisme et de gabegie. Une cure d’austérité s’impose donc et les nouveaux responsables se lancent dans une chasse effrénée aux économies.

La rivière de Flint, nouvelle ressource en eau supposée potable (photo B. Pugliano / Getty)

La rivière de Flint, nouvelle ressource en eau supposée potable (photo B. Pugliano / Getty)

En avril 2014, c’est l’alimentation en eau potable qui est passée au crible de l’audit financier. Traditionnellement, la ville de Flint achète son eau à Detroit mais le coût de cet approvisionnement est jugé excessif par les ardents défenseurs de la rigueur budgétaire. Qu’à cela ne tienne, on décide du coup de pomper directement l’eau dans la Flint River qui traverse la ville, au moins pour quelques années, en attendant un hypothétique projet privé d’approvisionnement depuis le lac Huron, à la frontière canadienne.

Usine de traitement de l’eau à Flint (photo B. Carlsen / AFP)

Usine de traitement de l’eau à Flint (photo B. Carlsen / AFP)

La petite station de potabilisation vétuste est sommairement réhabilitée et pendant un an et demi, la ville va ainsi être alimentée par une eau fortement polluée, riche en métaux lourds et en germes pathogènes, et surtout fortement corrosive, au point d’attaquer sérieusement les conduites en plomb constituant l’essentiel du réseau de distribution d’eau supposée potable.

Très rapidement, la population se met à souffrir de vomissements et les pathologies s’accumulent. Depuis juin 2014, 87 cas de légionellose sont recensés, dont 10 s’avèrent mortels. Les autorités recommandent de faire bouillir l’eau et font appel à l’expertise de certaines sociétés dont Véolia qui préconisent des traitements chimiques mais ces derniers ne font qu’aggraver la corrosion des canalisations. Les cas de saturnisme se multiplient et General Motors, qui avait conservé sur place une usine de poids-lourds, finit par rétablir à ses frais, dès octobre 2014, une canalisation d’adduction d’eau depuis Detroit pour mettre fin aux graves problèmes de corrosion qui menacent ses propres installations industrielles !

Manifestation à Flint le 25 avril 2015 (photo J. May /Flint Journal)

Manifestation à Flint le 25 avril 2015 (photo J. May /Flint Journal)

Face à l’inertie des autorités, la population s’organise et plusieurs associations se créent, dont Flint Rising, pour dénoncer ce scandale et réclamer des solutions à la hauteur du problème. En octobre 2015, sous la menace de plusieurs recours en justice, les autorités finissent par rétablir l’alimentation par le réseau de Detroit. Mais il faut encore attendre le 8 janvier 2016 pour que le gouverneur décide enfin de déclarer l’état d’urgence sanitaire. Le 16, Barack Obama a même placé Flint en état d’urgence fédérale, afin d’accélérer la distribution d’eau en bouteille et de filtres, avec ces mots : « si j’étais en charge d’une famille là-bas, je serai hors de moi à l’idée que la santé de mes enfants puisse être en danger ».

Depuis, la situation s’améliore lentement mais les distributions d’eau potable se poursuivent en attendant que les canalisations de plomb, désormais gravement corrodées, puissent être progressivement changées afin qu’elles ne continuent plus à empoisonner la population, lentement mais sûrement. Plus de 27 000 enfants seraient ainsi menacés par une intoxication irréversible au plomb…

Distribution d’eau en bouteille à Flint en mai 2016 (photo AFP)

Distribution d’eau en bouteille à Flint en mai 2016 (photo AFP)

Dans un tel contexte, chacun règle ses comptes et les attaques en justice se multiplient. Même Véolia, qui n’est pourtant intervenu dans cette affaire que pour une expertise ponctuelle courant 2015, est attaqué par le procureur général depuis juin 2016 et va devoir s’expliquer devant la justice américaine, au même titre qu’un de ses concurrents, la société Lockwood, Andrews & Newnam.blog376_pheaupolluee

Beaucoup accusent les autorités d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable dans une ville dont la population, majoritairement noire et pauvre, était considérée comme suffisamment passive pour supporter une telle situation et ne méritant pas d’investir plus que le strict minimum pour renouveler les infrastructures publiques. De ce point de vue, les reportages de Frédéric Autran, pour Libération, ou de Yves Eudes, paru dans le Monde, sont tout à fait instructifs…

On sait désormais, depuis le procès de Christine Lagarde, que pour les responsables politiques d’un certain niveau, la négligence en matière de gestion des affaires publiques, n’est qu’une faute vénielle qui ne mérite même pas d’être condamnée. Puisse néanmoins cet exemple amener nos élus à réfléchir aux conséquences des décisions qui sont prises sous le seul angle des économies à court terme, même si, à de multiples égards, la gestion de l’alimentation de l’eau en France n’est pas soumise à autant de risques de dérives qu’aux États-Unis, jusqu’à présent du moins…

L.V.  lutinvert1small

Pic de pollution : enfin une prise de conscience ?

10 décembre 2016

Les conditions météorologiques anticycloniques qui depuis plusieurs jours bloquent au niveau du sol de nos villes les polluants émis par les différentes activités humaines, ont au moins le mérite d’attirer l’attention sur un phénomène chronique de pollution qui nous empoisonne à petites doses. Sans atteindre les niveaux de pollution records que subissent certaines métropoles asiatiques, la situation en France n’est pas des plus rassurantes et les pics de pollution permettent de faire resurgir périodiquement un sujet que chacun s’évertue à glisser discrètement sous le tapis.

Pic de pollution sur Paris (photo M. Astar / SIPA)

Pic de pollution sur Paris (photo M. Astar / SIPA)

Rappelons que, selon un rapport publié par le Sénat en juillet 2016, le coût de la pollution de l’air en France est évalué à plus de 100 milliards d’euros par an ! Soit le montant total que le candidat de la Droite François Fillon prétend faire économiser en 5 ans au budget de la Nation en s’attaquant à la réduction des dépenses publiques en en supprimant des postes de fonctionnaires…

Peut-être que quelqu’un devrait lui souffler qu’il y a d’autres urgences et d’autres priorités auxquelles s’attaquer qui permettraient au pays d’économiser bien davantage tout en améliorant le bien-être des Français ? La pollution de l’air par les particules fines tue chaque année 48 000 personnes en France, soit autant que l’alcool, selon un rapport de Santé publique France publié en juin 2016, sans compter tous ceux qui souffrent d’asthme chronique ou d’insuffisance respiratoire. N’oublions-pas d’ailleurs que, bien plus que les pics de pollution, c’est la pollution chronique de tous les jours qui, par son accumulation, est à l’origine de la plupart de ces décès prématurés.

blog367_phvoituresOn a beaucoup parlé de la mise en place de la circulation alternée cette semaine à Paris et en proche banlieue, comme cela se pratique depuis 1988 à Mexico ou depuis 2008 à Pékin notamment. Mais de nombreux autres agglomérations françaises ont été confrontées au même problème, y compris certains territoires pourtant urbanisés mais soumis à des activités industrielles polluantes et à des conditions topographiques défavorables, comme c’est le cas dans la vallée de l’Arve en Haute-Savoie par exemple.

Les causes de ces émissions polluantes sont parfaitement connues, liées en partie à certaines activités économiques, dont les rejets industriels et les épandages agricoles, mais principalement au chauffage urbain et surtout au trafic routier. De ce point de vue, la mise en place prochaine des certificats de qualité de l’air des véhicules « Crit’Air » permettra peut-être d’améliorer la lutte contre la pollution de l’air. Elle devrait en particulier conduire la ville de Paris à bannir progressivement les voitures et deux-roues polluants, et à prolonger son action très volontaire sur le sujet, avec notamment l’interdiction des véhicules diesel polluants annoncée en juillet dernier.

Plus largement, comme l’indique La Gazette des Communes, ce sont les territoires couverts par un plan de protection de l’atmosphère (PPA) qui pourront mettre en place des zones de restriction de circulation en s’appuyant sur ces certificats. La métropole de Grenoble qui poursuit également une politique très volontariste en la matière, devrait s’en emparer après avoir déjà réduit la vitesse maximale en ville à 30 km/h depuis le 1er janvier 2016.

Mais ces politiques restrictives quant à l’usage en ville des véhicules les plus polluants ne sont efficaces et acceptées que si l’on développe en parallèle des programmes ambitieux de développement des modes doux de déplacement urbain et des transports publics performants. De ce point de vue, l’aire urbaine marseillaise, l’une de celle où l’air est de loin le plus pollué, a accumulé un très grand retard depuis des années.

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Embouteillage à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Depuis que la métropole est enfin en place, les choses commencent doucement à avancer mais le chemin est encore long ! Après 6 mois de débat interne, la métropole Aix-Marseille-Provence vient en effet tout juste d’accoucher de son « agenda de la mobilité » qui sera soumis au vote des élus le 15 décembre 2016 mais qui a déjà été présenté en avant-première au ministre des transports Alain Vidalies le 29 novembre dernier par Jean-Claude Gaudin et le vice-président de la Métropole en charge des transports, Jean-Pierre Serrus, par ailleurs maire de La Roque-d’Anthéron, avant même d’être présenté aux élus locaux le 2 décembre.

L’objectif affiché dans ce plan est ambitieux puisqu’il s’agit d’ici 2025 ni plus ni moins que de « doubler l’usage des transports en commun d’échelle métropolitaine et augmenter de 50 % celui des transports locaux ». Pour cela, l’accent est mis sur la constitution d’un réseau principal de lignes métropolitaines : dix par autocar (merci Macron!), trois par train et une via le tram-train ainsi qu’un téléphérique pour relier le Vieux-Port à Notre-Dame de La Garde, avec en parallèle la constitution de nouveaux pôles d’échange et l’aménagement de voies dédiées le long des grands axes, ce qui nécessitera d’importants travaux d’infrastructures dont le coût a été évalué à 3,45 milliards d’euros d’ici 2025 et 9,8 milliards d’ici 2035 en intégrant la gare souterraine de Saint-Charles et la nouvelle ligne ferroviaire PACA.

Le futur réseau structurant de la métropole marseillaise

Le futur réseau structurant de la métropole marseillaise

Dans l’immédiat, l’agenda met aussi l’accent sur les mesures de simplification et de mise en cohérence de la tarification et de la billetique, ce qui ne sera pas un luxe dans un paysage pour l’instant très éclaté où l’usager se perd totalement. Le calendrier prévoit d’ailleurs que la première étape du projet consiste à trouver un nom au futur réseau de transport métropolitain, une étape cruciale qui devrait susciter d’âpres débats…

Calendrier du futur Agenda de la mobilités

Calendrier du futur Agenda de la mobilités

Reste bien entendu à financer un plan d’une telle ampleur, sachant que la Métropole, totalement engluée dans les nombreux projets déjà engagés que lui ont légués de force lors de sa création les intercommunalités du périmètre, est bien incapable d’investir dans ce domaine plus d’une centaine de millions d’euros par an, alors qu’il en faudrait trois fois plus pour mettre en œuvre cet agenda. Sans compter que la Métropole ne dispose évidemment pas des ressources humaines nécessaires pour suivre la conception et la réalisation d’un tel programme d’investissement. Comme d’habitude, les collectivités locales comptent donc sur l’État pour les accompagner dans cette voie, avec la mise en place d’une structure dédiée, sur le modèle de la Société du Grand Paris, chargée de la maîtrise d’ouvrage de l’extension du réseau de transports publics dans la métropole parisienne.

Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports

Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports

Sauf qu’à la différence des élus parisiens, leurs homologues marseillais n’ont pas la moindre intention de passer par la phase préalable du débat public pour consulter sur le projet pour lequel ils se sont laborieusement mis d’accord. Pas question en effet de perdre du temps en consultant les usagers comme l’exprime crûment l’élu en charge du dossier, Jean-Pierre Serrus, qui balaye l’argument d’un revers de main : « nous avons, nous les élus, la légitimité du suffrage universel pour pouvoir prendre en main dès la première année de la construction métropolitaine ce sujet qui empoisonne la vie des habitants : on assume ».

Voilà au moins qui a le mérite de la clarté et qui devrait redonner espoir aux habitants de l’aire métropolitaine coincés matin et soir dans les embouteillages ou attendant désespérément un train ou un bus retardé ou annulé : leurs élus, même s’ils n’ont jusqu’à présent pas fait grand-chose pour améliorer la situation, savent parfaitement ce qu’il convient de faire pour y remédier dans les moindres délais. Nous voilà complètement rassurés !

L.V.  lutinvert1small

Alors, la vaccination, est-ce bien utile ?

26 octobre 2016

afficheconfvaccination« Vaccination : agression ou protection » tel était le titre de la conférence donnée par Annick Guimezanes et Marion Mathieu, invitées par le Cercle Progressiste Carnussien le jeudi 6 octobre 2016 au Clos Blancheton à Carnoux devant une trentaine de personnes.

Annick Guimezanes est chercheuse émérite à l’Inserm, plus précisément au Centre d’Immunologie à Marseille Luminy. Elle participe depuis 2009 à des formations en immunologie auprès d’associations de malades. Marion Mathieu est docteur en biologie, formatrice dans « Tous chercheurs », association qui s’est donnée pour mission d’initier le public à la démarche scientifique et au milieu de la recherche, sur des thèmes très variés tels que la vaccination, les essais cliniques, les tests génétiques, etc.

Les deux conférencières à Carnoux le 6 octobre 2016

Les deux conférencières à Carnoux le 6 octobre 2016

Si le principe de la vaccination reste constant, les vaccins, eux, ont beaucoup évolué et se sont diversifiés depuis les débuts. Dans le même temps la perception de la population vis-à-vis de la vaccination est passée d’un accueil positif à une solide implantation. Face à cette reconnaissance, on assiste depuis quelques années à la montée de réticences tant vis-à-vis des produits que du principe même de la vaccination généralisée.

phpasteurSi la première vaccination contre la variole, avec la vaccine des vaches par E. Jenner remonte à 1796, ce n’est que dans les années 1860-1870 avec L. Pasteur en France et R. Koch en Allemagne que l’on prend conscience qu’un microbe est responsable de la maladie (bactérie ou virus) et qu’on commence à mettre au point des vaccins grâce à l’injection de la maladie atténuée.

Un rappel du mécanisme de la réponse immunitaire a permis aux intervenantes de mieux faire comprendre la vaccination. La réponse immunitaire à une infection, se fait en deux temps  une réponse innée rapide mais peu spécifique puis une réponse adaptative, plus spécifique et qui garde la mémoire de cette première rencontre avec le microbe. Cette mémoire permettra de répondre beaucoup plus vite lors d’un nouveau contact avec le même microbe. Le principe de la vaccination utilise cette mémoire immunitaire et permet de s’immuniser avec un microbe atténué, pour répondre très vite et sans être malade si l’on est un jour en contact avec le vrai microbe (voir le schéma).

schemareponseimmunitaire

Il existe deux grands types de vaccins :

– les vaccins vivants atténués. Le microbe a été rendu moins virulent, pour créer chez la personne vaccinée, une infection avec peu ou pas de symptômes. C’est le cas en France pour plusieurs vaccins dirigés contre des virus : poliomyélite (vaccin oral), rougeole-oreillons-rubéole (ROR), varicelle… et une bactérie, la tuberculose ou bacille de Calmette et Guérin : BCG

– les vaccins non vivants ou inactivés. Ils peuvent contenir le microbe entier tué, des fragments de microbe ou la toxine produite par le microbe, qui est alors inactivée. Pour obtenir une meilleure réponse protectrice, depuis la fin des années 1920 des adjuvants ont été utilisés avec les vaccins non vivants qui constituent la plupart des vaccins.

livre-vaccinationBeaucoup de critiques et de méfiance proviennent de l’utilisation des adjuvants. Ces derniers sont nécessaires et on ne sait pas toujours comment ils interviennent. Les sels d’aluminium sont les plus anciens adjuvants utilisés depuis 1926. On sait depuis peu (2009) qu’ils stimulent la réponse du système immunitaire inné, en jouant le rôle du signal de danger. On les soupçonne aujourd’hui d’être, tout comme les déodorants à aluminium, plus ou moins associés à la myofasciite à macrophages, une maladie très rare caractérisée par des lésions musculaires infiltrées par des macrophages.  L’aluminium qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années reste l’adjuvant le plus utilisé, mais de nombreux autres adjuvants sont testés aujourd’hui, pour trouver la « perle rare » qui n’aurait pas d’effets secondaires.

Comment imaginer la couverture vaccinale : la notion d’immunité de groupe

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Ce tableau nous permet d’apprécier que dans une population vaccinée les risques de propagation d’une épidémie sont faibles, les non vaccinés étant protégés par les vaccinés. A cela il faut cependant ajouter que l’immunité n’est pas pérenne, il y a nécessité de faire des rappels. Aujourd’hui avec le recul on s’aperçoit que l’efficacité des vaccins est plus longue que prévue, et pour les rappels, on parle d’âges de vaccination après l’enfance : à 25, 45 et 65 ans.

dessinterrorismeDans la législation française, la confusion existe entre l’obligation et la recommandation des vaccins. C’est une opposition historique qui n’a aucune relation avec la gravité des maladies dont ils nous protègent. Les vaccins les plus anciens (diphtérie, tétanos et poliomyélite) sont obligatoires et exigés pour l’inscription des enfants à l’école, et les autres sont recommandés mais tout aussi importants. Le vaccin est un médicament tout à fait particulier. On a en effet le sentiment de prendre des risques alors qu’on n’est pas malade. On voit beaucoup moins clairement le rapport bénéfice/risque que pour un médicament classique.dessinrats

Dans ce climat de défiance on a fait ainsi la relation entre la vaccination de l’hépatite B et la sclérose en plaque (SEP). La campagne de vaccination qui ne devait concerner que les nourrissons et les enfants de 10/11 ans, a été étendue à un grand nombre de personnes. On a constaté un nombre de cas de SEP qui a paru anormalement élevé parmi les personnes vaccinées.

Depuis, de nombreuses études rétrospectives ont été menées sur cette relation possible. Le consensus actuel dans la communauté scientifique est une absence de causalité : si on compare une population importante de gens vaccinés et non vaccinés on trouve la même proportion de cas de SEP dans les deux populations (environ 1 personne sur 10 000). Quant à la relation entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole et l’autisme, il s’agissait d’une fraude scientifique. La publication relative à ce prétendu lien a été retirée et son auteur a été radié de l’ordre de médecins. Dans un cas comme dans l’autre, la première « information scandale » circule vite tandis que le résultat des études qui contredisent ces informations ne fait plus l’objet de l’attention du public !dessingrippea

Pour d’autres raisons, l’épisode de la grippe H1N1 particulièrement mal géré en France a contribué aussi à la perte de confiance dans la vaccination. La couverture vaccinale des personnes âgées, à risque pour la grippe est passée de 65% en 2008 à 50% en 2013. Alors que 90 % des français se déclaraient favorables à la vaccination en 2000, ils n’étaient plus que 60 % en 2010. Ne rejoint-on pas un comportement général essentiellement individualiste qui ne perçoit plus l’intérêt que l’on prenne un peu de risque pour une protection individuelle et collective ?

On a pu ainsi apprécier combien il était important d’avoir une remise à jour des informations sur des notions parfois trop rapidement mises à mal par des désinformations qui circulent souvent sur internet. Merci vraiment à nos deux conférencières

Après la réponse aux nombreuses questions du public, le verre de l’amitié nous a permis de poursuivre des échanges sur cette question et sur bien d’autres, naturellement !!!

Cécile Tonnelle