Archive for décembre 2015

Rejets d’Alteo : une potion amère pour Ségolène Royal…

30 décembre 2015
L'usine Alteo à Gardanne (photo P. Magnein - 20 minutes)

L’usine Alteo à Gardanne (photo P. Magnein – 20 minutes)

Après l’enquête publique qui s’était déroulée cet été et qui avait abouti à un avis favorable de la part des commissaires enquêteurs, le sort des rejets en mer de l’usine Alteo de Gardanne semblait scellé. Les associations de défense de l’environnement ont bien essayé de lancer une ultime campagne de mobilisation et le président des pêcheurs professionnels de La Ciotat, Gérard Carrodano, a bien tenté d’interpeller par courrier, dès le 9 novembre 2015, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, elle qui avait vivement réagi face à la décision surprenante du Parc national des Calanques et avait clairement exprimé son souhait d’un arrêt total des rejets industriels en mer, en plein coeur d’une aire marine protégée, conformément aux stipulations de la convention de Barcelone.

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Pour tous ceux qui se sont penchés un tant soit peu sur les arcanes de ce dossier, il semble en effet incontestable que la composition des effluents liquides que l’industriel se propose de continuer à déverser en mer après avoir filtré la phase solide qui constitue les boues rouges actuelles n’a rien de très ragoûtant. Chargés en soude mais aussi en fer, arsenic et métaux lourds divers, ces effluents dépassent allègrement les normes pour au moins 7 paramètres distincts, ce qui nécessitait donc une procédure dérogatoire pour continuer à autoriser la poursuite de ces déversements directs en mer, surtout en plein coeur d’un Parc national, dans un secteur à forts enjeux, non seulement du fait de sa richesse en biodiversité mais aussi du fait de sa forte fréquentation tant par les touristes, plaisanciers et plongeurs que par les pêcheurs traditionnels.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Mais l’économie a ses raisons que l’écologie ne connaît pas. Le 4 décembre dernier, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), présidé par le préfet de Région Stéphane Bouillon, a, à son tour, rendu un avis favorable pour la poursuite des rejets de ces effluents liquides en mer par 14 voix pour et seulement 2 contre. Le maire communiste de Gardanne, Roger Meï qui, selon La Marseillaise, assistait à la séance, s’est d’ailleurs dit soulagé de cette décision, de même qu’un grand nombre d’élus locaux, de la maire d’Aix-en-Provence Maryse Joissains au député ex-EELV François-Michel Lambert, tous engagés aux côtés du fonds de pension anglo-saxon propriétaire du site, avec en ligne de mire la sauvegarde des emplois concernés.

Extrait du courrier adressé le 30 novembre 2015 aux membres du CODERST par G. Carrodano

Extrait du courrier adressé le 30 novembre 2015 aux membres du CODERST par G. Carrodano

Pourtant, là encore, le premier Prud’homme de pêche de La Ciotat avait fait l’effort d’adresser un courrier aux membres du CODERST pour les alerter, photos à l’appui, de l’état de dégradation plus qu’inquiétant de la conduite qui court sur 7 km au large de Cassis pour permettre le déversement de ces rejets dans le canyon de la Cassidaigne déjà partiellement comblé par les boues rouges accumulées depuis 1963. Mais manifestement, ses arguments n’ont pas convaincu…

Invité à s’exprimer pendant 10 mn seulement en réunion de CODERST, en compagnie du professeur Henry Augier, président de l’Union Calanques Littoral, porte-parole des associations environnementales et universitaire spécialiste de pollution marine et de toxicologie, qui a souligné la dangerosité des produits contenus dans les effluents d’Alteo pour la flore et la faune marines ainsi que pour les consommateurs des produits de la mer, leur discours n’a pas suffi à contrebalancer les arguments économiques mis en avant par la délégation d’Alteo, ainsi que le rapporte Michel Mazzolini dans son blog très documenté sur le sujet.

Du coup, dès le 18 décembre 2015, comme le rapporte La Provence, le préfet Stéphane Bouillon, s’est dit favorable à accorder à l’industriel la dérogation tant attendue pour permettre de poursuivre ses rejets en mer au-delà de la date fatidique du 31 décembre. Il attendait pour cela un dernier avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT). Ce dernier, qui regroupe des représentants de l’État, des industriels, des syndicats et des associations de consommateurs et de défense de l’environnement, s’est réuni le 22 décembre et a également statué dans le même sens.

Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône (photo C. Sollier - La Provence)

Stéphane Bouillon, préfet des Bouches-du-Rhône (photo C. Sollier – La Provence)

Selon les représentants de France Nature Environnement qui siègent au sein de cette commission, les discussions ont été assez longues et la décision finale préconise de réduire à 6 ans la période dérogatoire de rejets alors que le projet d’arrêté préfectoral avait fixé cette durée à 10 ans. La création d’une commission de suivi des sites de Gardanne et de Mange-Garri est par ailleurs préconisée, ainsi que la réalisation de bilans intermédiaires en 2017 et 2019. Une petite victoire donc pour les opposants et une pression supplémentaire pour l’industriel qui devra se montrer plus réactif qu’il ne l’a été au cours des 50 dernières années au cours desquelles il a clairement joué la montre sans trop se soucier des conséquences de ses déversements de boues rouges en mer ! La décision finale du CSPRT n’a d’ailleurs été prise qu’avec une majorité toute relative avec 16 voix pour et 7 contre pour 13 abstentions.

Toujours est-il que le préfet a annoncé sur la base de ces différents avis concordant, le 29 décembre 2015, sa décision d’accorder à Alteo cette autorisation de rejet pour une durée de 6 ans, ce qui suppose donc que ce dernier s’efforce d’ici fin 2021 de mettre au point des procédés de traitement plus efficaces pour réduire la nocivité des effluents ainsi déversés.

Ségolène Royal et Manuel Valls à l'Assemblée nationale (photo F. Guillot / AFP)

Ségolène Royal et Manuel Valls à l’Assemblée nationale (photo F. Guillot / AFP)

Une décision que la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a désapprouvé dès le lendemain, expliquant au passage que ce choix avait été dicté par le premier ministre lui-même et indiquant qu’elle-même n’avait pas changé d’avis sur le sujet, ainsi que le rapporte La Provence, considérant qu’il s’agit « d’une mauvaise décision essentiellement suscitée par le chantage à l’emploi » et estimant « qu’il aurait fallu avoir le courage d’imposer à l’entreprise une mutation du site et une dépollution ». Pas de quoi émouvoir Manuel Valls dont les services ont fait aussitôt savoir que cela n’est « qu’un cas relativement classique de désaccord entre deux cabinets ministériels, ceux de l’économie et de l’écologie ». On se doutait en effet que, quoi qu’en disent les tenants du fameux et fumeux « développement durable » les deux approches ne sont pas si facilement conciliables qu’on veut bien le dire…

L.V.  LutinVertPetit

Joyeux Noël 2015 en dessins…

25 décembre 2015

L’année 2015 qui s’achève dans quelques jours fut à bien des égards morose et riche en événements tragiques ou inquiétants. Mais en cette période traditionnelle de fêtes où il est d’usage de pratiquer la « trève des confiseurs », laissons de côté ces moments noirs et laissons-nous porter par un peu d’humour pour nous souhaiter aux uns et aux autres, et avec le sourire, un « Joyeux Noël » ! Puisse ce blog contribuer à détendre l’atmosphère et à envisager le cours des choses avec espoir et optimisme… Bonnes fêtes de fin d’année à tous nos lecteurs !

L.V.  LutinVertPetit

Blog261_Dessin1Dessin publié par Pastel 51 : c’est la crise…

VAR23Q961_DELIGNE_CRECHE.jpgDessin de Deligne : la culture religieuse se perd…

Blog261_Dessin4Dessin de Chimulus : esprit mercantile, quand tu nous tiens…

Blog261_Dessin3Un dessin de Chaunu publié par Génération Top 50 : le pouvoir d’achat est en berne…

Blog261_Dessin2Dessin de presse de Tartrais : l’urgence du réchauffement climatique

La métropole Aix-Marseille a de nouveau du plomb dans l’aile !

22 décembre 2015

Décidément, la mise en place de la future métropole Aix-Marseille-Provence est tout sauf un long fleuve tranquille. La loi adoptée en janvier 2014, il y a maintenant près de 2 ans, prévoyait pourtant explicitement sa création au 1er janvier 2016, mais c’était sans compter l’obstination de certains élus locaux qui depuis n’ont de cesse de chercher par tous les moyens à torpiller ce projet, ou du moins à en retarder autant que possible sa réalisation.

Jean-Claude Gaudin lors de son élection à la présidence de la métropole le 9 novembre 2015

Jean-Claude Gaudin lors de son élection à la présidence de la métropole le 9 novembre 2015

L’élection de Jean-Claude Gaudin à la présidence de la future assemblée le 9 novembre dernier, avait tourné à la farce rocambolesque comme nous l’avions déjà évoqué ici-même et il s’en est fallu d’un cheveu pour qu’elle n’ait jamais lieu, d’abord faute d’élu pour convoquer l’assemblée puis faute de consensus quant à la manière d’interpréter la situation juridique inextricable causée par les recours en justice de certains.

On pensait alors être tiré d’affaire à la suite de cette élection qui avait finalement eu lieu avant même celle du président de la métropole du futur Grand Paris, prévue pour le 22 janvier 2016, alors que les deux structures devaient voir le jour simultanément au 1er janvier 2016. Comme quoi les choses ne sont pas forcément plus simples en région parisienne que dans l’agglomération marseillaise…

Une nouvelle grand-messe a donc été organisée avec tambour et fanfare pour célébrer, après trois épisodes précédents, la quatrième conférence métropolitaine qui s’est déroulée le 17 décembre 2015 au parc Chanot, en présence de l’inoxydable ministre de la décentralisation Marylise Lebranchu qui aura donc jusqu’au bout mouillé la chemise pour faire aboutir ce projet. A cette occasion ont été présentées en public les propositions des trois équipes d’urbanistes qui planchent depuis des mois sur le devenir de cette aire métropolitaine en construction.

Marylise Lebranchu lors de la 4ème conférence métropolitaine le 17 décembre 2015

Marylise Lebranchu lors de la 4ème conférence métropolitaine le 17 décembre 2015

Jean-Claude Gaudin, le nouveau président, jubilait de pouvoir confirmer devant plus de 2000 invités que les aides de l’État atteindraient finalement 70 voire 80 millions d’euros, soit davantage que ce qui avait été initialement promis. Extension des lignes de tramway à Marseille comme dans la vallée de l’Huveaune, navettes maritimes sur l’étang de Berre, harmonisation des titres de transport, voie de bus express sur l’autoroute, renouvellement des rames de métro, et même projet de téléphérique entre Marignane et le plateau de l’Arbois, les idées fusent pour s’attaquer enfin au casse-tête des transports dans l’aire métropolitaine…

Mais voilà que, patatras, tout est remis en cause une nouvelle fois car certains élus locaux continuent à s’acharner pour gripper la machine. Le maire de Pertuis est en effet revenu à la charge devant le Conseil d’État estimant injuste l’arrêté préfectoral qui fixe la répartition des 240 sièges entre les communes membres de la future métropole et le Conseil d’État a saisi le Conseil Constitutionnel. Tout est donc désormais suspendu en attendant la décision de ce dernier. La première réunion du tout nouveau conseil métropolitain qui était prévue le 11 janvier a été annulée car les décisions prises pourraient être entachées d’irrégularité et donc annulées si devait être remise en cause la composition même de cette assemblée. Un véritable casse-tête juridique qui impose de lever le pied en attendant que la situation s’éclaircisse.

Maryse Joissains demande le report de la métropole jusqu'en 2017...au moins (photo R. Poulain)

Maryse Joissains demande le report de la métropole jusqu’en 2017…au moins (photo R. Poulain)

La métropole sera donc désormais dans l’incapacité de fonctionner au 1er janvier comme prévu et les six intercommunalités qui devaient disparaître fin décembre verront donc leur existence prolongée le temps nécessaire. Du coup certains se prennent déjà à rêver d’un sursis qui permettrait de fonctionner pendant une année encore dans le cadre institutionnel actuel, voire davantage en espérant bloquer les choses jusqu’en 2017, date à laquelle un changement de majorité pourrait permettre de tout remettre en cause… C’est en tout cas ce que réclame sans détour Maryse Joissains, la maire d’Aix-en-Provence, toujours aussi farouchement opposée à la constitution de la métropole et qui se dit prête à tout pour torpiller ce projet, sans trop se soucier de l’intérêt général des habitants du territoire. Qui a dit que le comportement de nos responsables politiques allait devoir changer après le coup de semonce des élections régionales ?

L.V.  LutinVertPetit

A la recherche de mécènes pour le Glacier Blanc

19 décembre 2015

Le mécénat d’entreprise s’est jusqu’à présent surtout distingué dans le domaine sportif où l’on s’est habitué depuis longtemps à voir fleurir les noms de marques commerciales sur les maillots des athlètes et dans les tribunes des stades. Verra t-on un jour cette pratique se développer pour investir d’autres champs comme la solidarité internationale où la protection de l’environnement ? De nombreuses initiatives ont été tentées dans ce sens mais avec un succès pour l’instant très relatif, surtout dans notre pays à forte tradition étatiste où ces domaines relèvent classiquement plutôt de l’engagement national via le financement d’organismes publics.

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Le Glacier Blanc dans le massif des Ecrins

Mais en ces temps où l’argent public se fait rare, certaines initiatives méritent d’être relayées ! Alors que le musée du Louvre lance des souscriptions citoyennes pour l’acquisition d’œuvres d’art, le Réseau régional des espaces naturels (RREN PACA) anime, quant à lui, une démarche visant à promouvoir le mécénat d’entreprises en faveur des espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur : financer des projets visant à préserver la biodiversité dans des sites naturels d’exception, voilà un bel investissement fédérateur et valorisant pour une entreprise citoyenne soucieuse de son intégration sociale !

Blog259_PhMecenatCe réseau, créé en 1985 et animé par l’Agence régionale pour l’environnement et l’écodéveloppement (ARPE), regroupe 28 membres, tous gestionnaires d’espaces naturels en région PACA, parmi lesquels 4 parcs nationaux (ceux des Calanques, des Écrins, du Mercantour et de Port-Cros), 7 parcs naturels régionaux, 6 départements (gestionnaires de leurs espaces naturels sensibles), 2 conservatoires botaniques nationaux, mais aussi le Conservatoire du littoral ou la Réserve nationale de Camargue. La troisième rencontre Entreprises et Espaces naturels, consacrée à ce mécénat d’entreprises en faveur de la biodiversité, s’était d’ailleurs tenue en juin 2015 à Forcalquier, avec l’appui de la Chambre régionale de commerce et d’industrie, afin de mobiliser les acteurs impliqués dans la démarche.

Une liste de 35 projets en recherche de mécènes est ainsi disponible sur le site de l’ARPE, à l’attention des entreprises désireuses de s’investir. Parmi ces projets, citons celui du Glacier Blanc, un site emblématique du Parc national des Écrins. Premier massif glaciaire français avec 120 km2 de glaciers (plus que le versant français du massif du Mont-Blanc), le massif des Écrins est menacé par le réchauffement climatique global et un programme de suivi a été mis en place en partenariat entre le Parc, l’IRSTEA (Institut national de la recherche en sciences et technologie de l’environnement et de l’agriculture) et un laboratoire universitaire de Grenoble, le LGGE (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement).Blog259_PhGlacier

Un bilan de masse est effectué chaque année depuis 2004 pour suivre l’évolution du volume de neige et de glace qui s’accumule chaque hiver puis fond en été tandis que le front glaciaire recule sous l’effet d’un réchauffement climatique inexorable. On constate ainsi que le Glacier Blanc a déjà perdu un quart de sa superficie en 30 ans et que son épaisseur a diminué de 9,30 m au cours des 12 dernières années ! Ces mesures systématiques et rigoureuses, effectuées selon un protocole très précis et sur plusieurs années, permettent d’accumuler des données très précieuses pour mieux comprendre les évolutions des écosystèmes montagnards en lien avec le changement climatique.

Car un glacier est un milieu en évolution permanente qui, outre sa valeur patrimoniale et paysagère, joue un rôle important comme réserve d’eau douce et comme source d’alimentation des cours d’eau. Suivre son évolution à long terme permet certes de disposer d’un bon indicateur naturel des changements climatiques globaux mais donne aussi de précieuses indications pour la gestion des ressources en eau, voire pour la prévention des risques naturels.

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

Gravure illustrant la lave torrentielle de 1892 à Saint-Gervais (© EN COUTÈRE)

La formation de poches d’eau sous-glaciaires peut en effet être à l’origine de mouvements de terrain dévastateurs comme celui qu’ont connu en Haute-Savoie les communes de Saint-Gervais et Le Fayet en 1892, dévastées par une lave torrentielle de 800 000 m3 suite à la rupture d’une poche d’eau sous-glaciaire au niveau du glacier de la Tête-Rousse, à 3 200 m d’altitude, sur la voie normale d’accès au Mont-Blanc, faisant pas moins de 175 morts. En 2010, l’histoire a d’ailleurs failli se renouveler lorsque les glaciologues du CNRS de Grenoble se sont aperçus de l’existence d’une énorme poche d’eau de 60 000 m3 sous pression à l’intérieur de ce même glacier, menaçant cette fois plus de 3 000 personnes. Un système de pompage a alors été mis en place et actionné en 2010 puis à nouveau en 2011 afin de diminuer fortement le volume de cette eau emprisonnée sous la glace et réduire ainsi les risques de rupture soudaine.

Le sémaphore de Callelongue

Le sémaphore de Callelongue

L’enjeu de la surveillance de ces glaciers alpins en voie de disparition sous l’effet du changement climatique global dépasse donc le seul intérêt scientifique et mérite largement la mobilisation de l’ensemble de la société, y compris des entreprises mécènes dont la générosité est également sollicitée sur bien d’autres projets allant de la remise en état de zones humides jusqu’à la mise en valeur de patrimoines bâtis dont le sémaphore de Callelongue dans les Calanques, en passant par des actions d’éradication de plantes envahissantes. Espérons que les entreprises seront sensibles à ces arguments en cette période de vache maigre budgétaire et de crise économique…

L.V.  LutinVertPetit

Devinette : qui a dit ?

14 décembre 2015

« Les musulmans ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique en France »

Développons un peu la pensée du personnage inconnu qui affirme avec vigueur ce positionnement destructeur et déstructurant, et qui place la croyance comme étant un critère objectif pour hiérarchiser les Français, pour définir le traitement que la République pourtant déclarée Une et Indivisible doit accorder à ses citoyens : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne ».

« Et dans ces conditions, si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique .

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« Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam », poursuit cette catholique pratiquante, qui a été cinq ans élève à l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud.

« Il n’y a aucun phénomène d’islamophobie en France », juge encore ce personnage demandant à ce qu’on « sorte de la culture de l’excuse ».

Blog258_PhPresentCes affirmations tranchées sont prononcées par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen dans un entretien au quotidien de l’extrême droite catholique Présent, paru le samedi 21 novembre. La députée de Vaucluse, récente tête de liste du Front national aux régionales en Paca, estime que les musulmans « ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique » en France.

Lindignation ne suffit pas, il faut comprendre le message subliminal de Marion Maréchal – Le Pen. En réalité, elle ne subordonne pas seulement les musulmans aux prescriptions de la religion catholique (en tout cas à l’idée qu’elle s’en fait) mais l’ensemble de la société, y compris la République elle-même. C’est en cela que la distinction qu’elle opère dépasse le débat religieux. La vision partagée dans le journal cité, et confirmée pour l’essentiel sur RTL, s’inscrivent dans une continuité, notamment au regard d’une longue interview, publiée il y a quelques semaines et passée inaperçue.

Une vision du monde inquiétante

En octobre dernier, Marion Maréchal-Le Pen a été l’invitée d’une émission diffusée sur Radio Courtoisie (en partenariat avec le site ultra catholique Le Salon beige). Dans ce « libre journal de la Résistance » (sic) la nièce de Marine Le Pen a pu, durant près d’une heure et demie, livrer le fond de sa pensée politique.

En territoire médiatique ami, les masques tombent, et face à des interviewers complaisants, dans le cadre d’une conversation entre gens du même bord, la députée de Vaucluse s’est alors totalement dévoilée, révélant une pensée politique et une vision du monde pour le moins inquiétante. De ce long entretien, trois moments sont les plus politiquement révélateurs. Marion Maréchal-Le Pen dans le texte, c’est tout à la fois effrayant et accablant.

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Premier temps fort de l’entretien, le mariage civil, qu’il faudrait démolir. « Pourquoi garder le faux mariage et le PACS ? », commence par demander Grégoire Boucher à Marion Maréchal-Le Pen. Réponse : « Y a une aberration qui est un héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement. A quel titre ? Je ne sais pas. Je trouve ça scandaleux, après tout on pourrait recevoir un sacrement sans devoir demander l’autorisation à la République française ». Et d’ajouter: « Je vous signale qu’un certain nombre de musulmans n’ont pas ces complexes sans que la République en soit choquée… (…) Le complexe c’est pas leur truc… En revanche, c’est vrai qu’il y a énormément de mariages musulmans qui sont fêtés et qui ne sont pas passés par la mairie civile en amont sans que la République n’y trouve rien à redire ou s’en donne les moyens… Et peut-être que les catholiques ne devraient plus se laisser faire et réagir afin de forcer le débat à ce sujet-là ».

Deuxième temps fort, la suprématie de la religion catholique sur la République et les Droits de l’Homme. « On a des gens qui iront mourir contre nous pour Allah, a-t-on en face envie de mourir pour la République ou pour la laïcité (noter l’interviewer qui ajoute ‘Pas moi’) quand on voit comment ces termes ont été vidés de leur sens ? »…

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d'Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Le débat ainsi posé, Marion Maréchal-Le Pen s’en prend à l’Église catholique, notamment à la Conférence des évêques de France, au motif qu’elle aurait renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions : « Au prétexte d’un relativisme que moi je combats, y compris en politique, pas seulement dans le domaine spirituel, qui voudrait qu’il n’y ait pas de vérité que finalement tout se vaut (…) et que finalement croire le Coran, la Torah ou la Bible serait équivalent à partir du moment où l’on croit. Je ne crois pas que Jésus Christ soit venu mourir sur terre pour porter un message qui aurait été remplacé quelques siècles plus tard par le prophète Mahomet ». Et de conclure : « La grande erreur de l’Église catholique c’est de tout mettre sur le même plan, parce que dans ces conditions, il n’y a pas de vérité, s’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien, pas de mal, donc plus rien n’a de sens ».

Blog258_DessinMariageQuelle laïcité ?

Enfin, dernier temps fort de l’entretien, la question de la fonction et de l’utilisation de la laïcité républicaine, que la députée frontiste évoque de manière surprenante : « La laïcité est un outil utile contre la propagation (…) des revendications de certains musulmans. En revanche, il ne faut pas tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire la religion de la laïcité, qui voudrait que l’on rejette la religion de toute sphère publique. La France est un pays chrétien, d’identité chrétienne, de racines chrétiennes, qu’elle a ce titre un héritage, des traditions, à connotation religieuse, en particulier catholique, et que la laïcité ne doit s’en prendre à cela ».

Conclusion logique, une fois encore : « Je combats la laïcité vue par la gauche parce que c’est une laïcité aseptisée, on supprime tout ce qui peut avoir une référence à nos racines catholiques dans le cadre de la sphère privée ! (ne voulait-elle pas dire publique ? S’agit-il d’un lapsus ?) C’est le débat que l’on a eu sur les crèches dans les mairies ».

Que retenir de ce pot-pourri?

La pensée dévoilée de Marion Maréchal-Le Pen est d’essence contre-révolutionnaire. Elle est celle que portent, depuis 1789, tous les courants politiques extrémistes antirépublicains, qui ont tenté, par tous les moyens, notamment sous le régime de Vichy, de restaurer une France catholique au-dessus de tout, y compris et surtout au-dessus de la République bâtie sur la Déclaration des Droits et l’Homme et du Citoyen.

Blog258_PhLePenTerrible passage que celui où Marion Maréchal-Le Pen, encouragée par son interviewer, juge qu’il n’y a pas de raison de mourir pour la République et la laïcité. La certaine idée de la France que se fait la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (entre Charles Maurras et son ami Jacques de Guillebon, intellectuel catholique ultra qui serait devenu son inspirateur) est encore plus réactionnaire que celle de l’ancêtre fondateur du Front national qui lui, n’avait jamais subordonné son action à une vision intégriste du catholicisme français appliquée à la sphère publique.

Au-delà de la manifestation de la tradition ultra-catholique, l’entretien est aussi instructif en ce qu’il acte une formidable opération de préemption des concepts et droits républicains.

Une position catholique intégriste

D’abord en ce que Marion Maréchal-Le Pen ne reconnaît pas le mariage civil et républicain, n’accordant de valeur qu’au seul mariage muni des sacrements de l’Église catholique. Le mariage républicain, facteur de cohésion civile, serait par nature impur d’un point de vue catholique. D’où l’appel lancé, de manière assez subtile, à une certaine forme de désobéissance civile, en invitant les catholiques de son bord à imiter certains musulmans afin de « forcer le débat ».

Manifestation à Paris de l'extrême-droite catholique en décembre 2011

Manifestation à Paris de l’extrême-droite catholique en décembre 2011

Nous sommes donc clairement en présence de la manifestation d’une position catholique intégriste, désireuse d’imposer à l’ensemble de la société, à rebours de toute considération de la liberté absolue de conscience, une vision de « la vérité » en politique qui ne se discute pas. Le tout au nom des « racines catholiques de la France » (notion encore plus étroite que « racines chrétiennes » puisqu’elle exclut de facto les protestants.

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Il en est de même pour la laïcité, que Marion Maréchal-Le Pen détourne de son but pour en faire une arme de destruction massive identitaire. A l’entendre, la laïcité serait désormais le moyen pour les gens de son bord d’imposer un champ politique qui serait régi par les prescriptions d’un catholicisme intégral, seul qualifié pour être porteur de cette « vérité » qui permet de distinguer le bien et le mal, attendu que le Coran et la Torah (protégés qu’ils sont par le relativisme auquel aurait succombé, selon la députée frontiste, la Conférence des évêques de France) ne sont pas cette vérité. La laïcité de Marion Maréchal-Le Pen, c’est donc un outil identitaire dont on doit user contre tous ceux qui ne croient pas au seul Dieu catholique porteur de « vérité », sinon, comme elle le dit, « pourquoi Jésus serait-il venu mourir sur terre ? ». Tout se tient.

Ces éléments relatifs à la pauvre et simplette pensée politique de Marion Maréchal-Le Pen, aussi inquiétante qu’accablante, sont-ils de nature à éclairer les électeurs de PACA avant de passer dans les isoloirs ? Les résultats des élections régionales du dimanche 13 décembre 2015 ne le disent pas. Bien d’autres raisons ont pu écarter la prétention du FN d’accéder à la tête de la Région. Aurait-on pu imaginer vivre dans une région gouvernée par une présidente qui pense que l’idée qu’elle se fait de son Dieu est au-dessus de tout, y compris la République et ses lois ? Ce n’était vraiment pas une expérience à tenter cette fois-ci, mais la menace demeure pour les scrutins à venir !

S.J.

En direct de la COP 21 : un accord se profile…

12 décembre 2015

Blog257_DessinResultatAprès deux semaines d’intenses tractations, la 21ème conférence des parties sur le changement climatique devait se terminer vendredi 11 décembre mais il a fallu jouer les prolongations. Un projet d’accord a circulé dans la nuit auprès des délégations des 195 pays représentés mais il a fallu attendre 13h30, ce samedi 12 décembre 2015, pour qu’il soit enfin traduit dans les 6 langues officielles de l’ONU. Au cours d’une nouvelle réunion plénière qui s’est tenue aujourd’hui même en fin de matinée, le président de la COP 21, le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, les yeux cernés et la voix cassée, a exposé les grandes lignes de ce projet d’accord dont le texte a ensuite été distribué dans la foulée aux représentants des parties, dans sa version officielle. Mais le marathon n’est pas terminé puisqu’une ultime réunion plénière doit encore se tenir cette après-midi à 15h45 en vue de l’adoption finale du texte. Le suspens se poursuit donc…

Sans préjuger de ce qu’il ressortira finalement de l’accord officiel, force est de constater que le projet présenté ce matin est plus ambitieux que ce que l’on craignait, au moins dans sa formulation… Selon les termes utilisés par Laurent Fabius lui-même, il fixe un « objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2 °C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 °C ». On le voit, tout est dans la nuance ! Malgré tous les efforts déployés par les lobbys industriels et relayés par les climato-sceptiques, on retrouve bien l’objectif ambitieux de rester en dessous des 1,5 °C qui avait été affiché comme le cap à tenir par François Hollande lors de son discours d’ouverture, mais on comprend bien que jusqu’à 2 °C, on reste dans les clous et qu’on ne pouvait manifestement pas espérer mieux, sachant que dépasser cette ligne rouge des 2 °C signifiait reconnaître l’échec de la conférence…

Blog257_DessinParadis

Au demeurant, cet objectif est somme toute assez théorique, même s’il est sensé découler des engagements pris par l’ensemble des parties. Heureusement pour les négociateurs, les modélisations disponibles présentent de fortes incertitudes, ce qui permet une certaine dose de souplesse dans l’interprétation ! Il n’en reste pas moins que, selon toute vraisemblance, les engagements actuels pris par les différents pays conduisent de fait à un réchauffement qui sera plutôt de 3 °C, en supposant que ces engagements soient tenus, ce qui restera à vérifier…

ABlog257_DessinAllegreu delà de cette limite (de taille !), l’intérêt de l’accord est qu’il fixe bel et bien un objectif chiffré à atteindre et qu’il prévoit une actualisation des contributions nationales tous les 5 ans. Exactement le genre de contrainte dont les États-Unis ne voulaient initialement pas entendre parler ! En revanche, la question du fonds vert pour aider les pays les moins avancés à faire face aux changements climatiques à venir, ne semble pas aussi bien engagée qu’on pourrait le souhaiter. L’objectif des 100 milliards prévus pour 2020 est bien affiché et même considéré comme un minimum qui devra être revu en 2025, mais il se murmure dans les couloirs de la COP 21 que cette question épineuse pourrait être retranchée du texte de l’accord lui-même, histoire de ne pas trop se lier les mains…

Laurent Fabius a convenu que chaque pays ne pouvait repartir entièrement satisfait mais qu’il s’agissait du « meilleur équilibre possible » et il a exhorté l’assemblée à adopter le texte en l’état, estimant que « cet accord aidera les états insulaires à se protéger de l’avancée des mers, il mettra à disposition de l’Afrique des moyens financiers et technologiques pour se développer durablement et accompagnera les pays pétroliers dans la diversification de leur énergie ».

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

Aux côtés du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, le président français François Hollande a également tenu à saluer un accord qu’il juge « à la fois ambitieux et réaliste », invitant chacun à « ne pas s’arrêter sur un mot de l’accord, mais à le juger dans son ensemble », de la même façon que « l’on ne sera pas jugé sur un jour mais sur un siècle ». On retrouve là l’homme du compromis, rompu à l’exercice de synthèse entre motions après une longue pratique des congrès socialistes… Son discours s’est terminé par de belles paroles à la hauteur d’un événement historique : « La France vous demande, vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre histoire. Il est rare d’avoir l’occasion dans une vie de changer le monde. Vous l’avez. Saisissez-la ! Pour que vivent la planète, l’humanité et la vie ! ».

Blog257_DessinLobbyQue dire de plus, sinon que les réactions de diverses organisations écologistes, recueillies par Le Monde, saluent en effet dans ce projet d’accord une avancée incontestable. Ainsi, Thomas Spencer, directeur du programme climat de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) estime que « c’est un accord décisif, qui va bien plus loin que le plus petit dénominateur commun ». De même, Jennifer Morgan (World Resources Institute) considère que « cet accord pourrait marquer un vrai tournant dans les efforts globaux contre le changement climatique. Le texte reflète à la fois une forte ambition et les voix des plus vulnérables. Il accélère la transition énergétique qui est déjà en bonne voie ».

Tous ne sont cependant pas aussi enthousiastes. Ainsi, le directeur de Greenpeace International, Kaomi Naidoo, juge que ce texte est « loin d’être satisfaisant » car « les pays à l’origine du problème ont promis trop peu d’aide pour les populations sur les lignes de front du dérèglement climatique, qui sont déjà en train de perdre leurs moyens de subsistance et la vie ». Une analyse partagée par Tim Gore (Oxfam) qui regrette en particulier l’absence de garantie quant à la pérennité au delà de 2025, des financements pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique, et l’absence de fonds pour faire face aux pertes et dommages résultants de ces évolutions climatiques.

Il reste donc encore bien du chemin à parcourir en vue d’une mobilisation unanime pour enclencher une véritable transition énergétique et faire face de manière responsable aux changements climatiques déjà amorcés. Mais, si le projet d’accord est bel et bien adopté dans la journée, nul doute que la France aura gagné son pari de faire de cette Cop 21, souvent présentée comme la conférence de la dernière chance, une étape importante en vue d’une prise de conscience planétaire à la hauteur des enjeux…

L.V.  LutinVertPetit

Dérèglement climato-politique sévère…

10 décembre 2015

Blog256_DessinPingouinQui pourra désormais affirmer que le dérèglement climatique est une vue de l’esprit après l’incompréhensible et dévastateur « tsunami » qui dimanche soir 6 décembre a plongé le Nord-est de la France dans un froid « extrême » comparable à celui qui sévit dans les régions polaires, tandis que le Sud-est subissait au même instant une vague de chaleur inédite, tout aussi « extrême », et dont les températures rivalisent avec celles des zones les plus désertiques de notre si belle planète.

Face à un tel accablement, aucune solution satisfaisante ne semble pouvoir enrayer ce phénomène inquiétant.

Blog256_DessinUrnePour autant, faut-il se résigner à en subir toutes les conséquences ? Si tel n’est pas le cas, alors il me semble que même si cela est déjà douloureux à formuler (et peut être impossible à accepter ?), seul un sursaut républicain digne de ce nom paraît susceptible de réparer un tel désordre.

Souvenons nous du passé lorsqu’une telle décision avait permis d’éviter sans doute le pire. Il s’agissait alors de contrer le père. Voilà maintenant que cela concerne la fille et la petite-fille…

Blog256_DessinPesteUn tel engagement verrait sa récompense dans le fait d’apporter un peu plus de douceur au nord et un peu plus de fraîcheur au sud. Et ceci, avec l’ultime espoir de rendre à nouveau fréquentables ces deux magnifiques régions sans plus avoir peur ni d’y grelotter de froid, ni d’y suffoquer de chaud !

Cela dépend de nous tous. Après, il sera trop tard. Et, il ne faut surtout pas perdre de vue que les cycles climatiques ne se renouvellent qu’après de très longues périodes d’alternance. Une raison de plus pour ne pas les perturber davantage par des erreurs de jugements irréversibles .

G.R.

Régionales 2015 : la Gauche existe-t-elle encore en PACA ?

8 décembre 2015
Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a fait l’effet d’une douche froide pour plus d’un électeur de gauche en région PACA comme dans le Nord-Picardie. Dans ces deux régions en effet où le Front National est arrivé largement en tête à l’issue du premier tour, voilà que les listes de gauche dont les scores ne sont pourtant pas ridicules, décident contre toute attente de se saborder et de se retirer avant même le deuxième tour, ne laissant à leurs électeurs d’autre choix qu’entre la peste et le choléra, voter pour le Front National ou pour la Droite soi disant républicaine mais dont le discours politique est à bien des égards aussi clivant et ultra-sécuritaire, le positionnement social largement aussi conservateur, et le programme économique beaucoup plus libéral que celui de l’extrême-Droite…

En région PACA, il est vrai que la stratégie de la Gauche était pour le moins périlleuse. La majorité sortante s’était offert le luxe de se présenter désunie alors que socialistes, écologistes et communistes travaillaient main dans la main depuis des années aux destinées du Conseil régional. Dans le cadre d’une élection au scrutin proportionnel à deux tours où il suffisait de recueillir 10 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, le raisonnement n’était pas absurde.

Vu le contexte politique général, les résultats ne sont guère brillants pour les candidats de gauche, mais pas non plus catastrophiques. En 2010, la liste socialiste conduite par Michel Vauzelle avait obtenu 25,8 % des suffrages au premier tour contre seulement 16,4 % à celle de Christophe Castaner en 2015. Mais ce sont surtout leurs alliés qui ont beaucoup perdu : en 2010, les écologistes avaient fait un score très honorable de près de 11 % tandis que le Front de Gauche dépassait les 6 %, alors que leur liste unie en 2015 a péniblement atteint 6,4 %, à peine davantage que la liste OVNI de l’Alliance écologiste indépendante…

Et pourtant, malgré ce score globalement décevant mais pas ridicule de la Gauche, force est de constater que la Droite n’a guère de raison de pavoiser : le score de la liste LR-UDI conduite par Christian Estrosi en 2015 est rigoureusement identique à celui de son prédécesseur Thierry Mariani en 2010 : 26,55 % des suffrages exprimés pour le premier contre 26,60 % pour le second !

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Le grand vainqueur de ces élections est donc bien sans contexte le Front National qui remporte 40,7 % des suffrages dès le premier tour, sans même compter les quelques voix grappillées par l’Union des Droites de Jacques Bompard. En 2015, ce sont près de 700 000 électeurs de la région PACA qui ont voté dès le premier tour pour la jeune Marion Maréchal-Le Pen alors que son grand-père en 2010 n’avait recueilli, malgré sa notoriété et son expérience politique incontestables, que moins de 300 000 voix… La poussée du Front National peut difficilement être niée ! Sur la commune de Carnoux-en-Provence, le nombre d’électeurs du Front National a doublé entre 2010 et 2015, atteignant désormais 47,5 % des suffrages exprimés.

Face à une telle percée, il paraît désormais bien difficile de refuser à une telle majorité d’électeurs la possibilité d’exercer le pouvoir dans un régime démocratique. C’est pourtant ce à quoi s’emploie toute la classe politique, au point que le Parti socialiste a exigé de ses candidats qu’ils se désistent en faveur de la Droite dont ils combattent pourtant les idées, et ceci dans les trois régions où le FN est arrivé en tête au premier tour. Manuel Valls avait déjà annoncé la couleur avant même les élections mais il est pour le moins surprenant qu’il ait été suivi aussi docilement par les têtes de liste au moins dans le Nord-Picardie et en PACA où Christophe Castaner a appelé sans le moindre état d’âme à voter pour la liste de Christian Estrosi.

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour... (photo B. Langlois / AFP)

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour… (photo B. Langlois / AFP)

Une telle attitude de la part du PS est proprement stupéfiante tant elle apporte de l’eau au moulin du Front National qui répète à l’envie depuis des années que le PS et l’ex-UMP sont des alliés indéfectibles qui appliquent exactement les mêmes politiques et sont prêts à tout pour se partager le pouvoir au détriment des candidats extérieurs au « système ». Venant d’un premier ministre qui applique depuis qu’il est au pouvoir le programme et les idées de la Droite, une telle décision n’est pas vraiment surprenante, mais il est quand même étonnant que sa majorité l’ait suivi sans rechigner dans un tel renoncement.

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Reste à savoir si les électeurs de gauche accepteront aussi facilement d’aller voter sur commande pour des candidats comme Christian Estrosi ou Xavier Bertrand qui annoncent clairement qu’ils n’ont pas la moindre intention d’infléchir pour autant leur programme politique. Sur un département comme les Bouches-du-Rhône où la Gauche a obtenu nettement plus de voix que la Droite, la pilule est amère pour les électeurs de gauche qui se voient ainsi privés de toute représentation politique au Conseil Régional pour les six ans à venir !

Dans une démocratie représentative, il est d’abord attendu des responsables politiques qu’ils représentent les idées de leurs électeurs et en défendent les intérêts de manière globale. Décider de manière unilatérale de ne pas se présenter au second tour alors qu’ils en avaient la possibilité revient à trahir totalement la confiance que leur avaient fait les milliers d’électeurs qui leur ont accordé leur suffrage. Pas sûr que cela contribuera à redonner envie de voter aux millions de Français, plus d’un sur deux, qui ont renoncé à aller voter dimanche dernier…

L.V.  LutinVertPetit

Centrales thermiques au charbon : cherchez l’erreur…

6 décembre 2015
Exploitation de sables bitumineux en Alberta (photo J. Rezac / Greenpeace)

Exploitation de sables bitumineux en Alberta (photo J. Rezac / Greenpeace)

Alors que les négociations battent leur plein dans les coulisses de la COP 21, pour tenter de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir à un niveau acceptable le réchauffement climatique dans les années à venir, certains s’interrogent sur notre capacité collective à réorienter nos modalités de développement économique pour consommer moins d’énergies fossiles. Le sujet est d’autant plus délicat que le prix du baril de pétrole a rarement été aussi bas et que les exploitations de sables et de schistes bitumineux à bas coût se développent rapidement malgré leurs ravages écologiques.

Blog254_PhOxfamQuelques semaines avant le lancement de cette réunion au sommet, les ONG Oxfam France et Les amis de la Terre avaient publié à grand fracas les résultats d’un projet de recherche intitulé Fair Finance qui mettait clairement en évidence le peu de cas que faisait la finance mondiale des nécessités d’une transition énergétique en faveur des énergies renouvelables. Il ressort de cette étude, largement reprise par La Tribune, que depuis 2009 – date du dernier sommet de la Terre à Copenhague – ce sont au moins 847 milliards d’euros que les 25 plus grandes banques mondiales ont investi dans des projets destinés à développer l’emploi d’énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), contre seulement 89 milliards pour financer le développement des énergies renouvelables !

Les banques françaises sur ce plan ne se distinguent guère du lot. Ainsi, sur cette même période entre 2009 et 2014, les cinq plus gros établissements bancaires français (BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole, le Groupe Banque populaire-Caisse d’épargne et le Crédit mutuel) ont financé les énergies fossiles à hauteur de 129 milliards d’euros et les énergies renouvelables à concurrence de 18 milliards seulement. Soit un rapport de un à sept en faveur des premières. A ce rythme, il paraît évident que l’on n’est pas prêt de basculer dans une économie véritablement décarbonée…

Graphique issu de l'étude Fair Finance

Graphique issu de l’étude Fair Finance

Et les ONG ne sont pas les seules à faire ce type de constat. En septembre 2015 déjà, un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) avait publié une étude qui analysait la principales subventions accordées aux énergies fossiles au sein des 34 pays membres de l’organisation et dans 6 pays émergents du G 20 (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Russie, Afrique du Sud), 40 pays au total qui représentent à eux seuls plus de 80 % de la demande mondiale d’énergie. Les aides ainsi recensées, destinées soit à réduire les prix à la consommation soit à diminuer les coût d’exploitation des entreprises, représentent pas moins de 160 à 200 milliards de dollars chaque année en faveur principalement du pétrole (pour 82 % du total) et, dans une moindre mesure, du gaz et du charbon.

Centrale thermique en Bulgarie (photo D. Dilkoff / AFP)

Centrale thermique en Bulgarie (photo D. Dilkoff / AFP)

Ces chiffres, bien que colossaux, sont pourtant très en deçà de la réalité comme l’ont montré d’autres études plus complètes diffusées par le FMI ou l’Agence Internationale de l’Énergie qui ont comptabilisé en sus les très nombreuses aides transnationales. Ils prouvent en tout cas de manière évidente que l’objectif de dégager annuellement 100 milliards de dollars pour abonder le fameux Fonds vert dont on parle tant dans les couloirs de la COP 21 et qui est destiné à faciliter l’adoption par les pays les moins avancés de technologies moins émettrices de gaz à effets de serre, cet objectif n’a rien de démesuré. Il suffirait en effet de réduire de moitié ces aides parfaitement néfastes et de réaffecter les ressources ainsi économisées dans une direction plus conforme aux objectifs affichés !

Alors, certes, on note ces derniers temps des évolutions positives. Le Mexique et l’Inde par exemple, ont fortement réduit ces dernières années leurs subventions aux énergies fossiles. Quant aux banques, et même s’il convient de se méfier des effets d’annonce de ces établissements spécialisés dans la communication et le greenwashing, plusieurs ont fait part d’une volonté de réorienter leurs investissements vers des projets plus responsables. Ainsi, en avril 2015, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit Agricole ont renoncé à participer au financement de très importants projets charbonniers en Australie, sous la pression, il est vrai, d’ONG, qui redoutaient les conséquences de ces projets pour la Grande barrière de corail, classée au patrimoine mondial de l’humanité…

Blog254_AfficheAmisTerre

Le Crédit agricole est même allé plus loin encore, en annonçant le 30 septembre 2015, qu’il ne financerait plus de nouvelles centrales au charbon dans les pays à hauts revenus où des alternatives existent. De même, la banque américaine Citi assurait le 5 novembre dernier, que ses crédits aux mines de charbon avaient déjà diminué « de manière significative » depuis 2011, et que cette tendance allait se poursuivre. Dix jours plus tard, Natixis, la banque de financement et d’investissement du groupe BCPE, s’engageait à son tour à ne plus financer de centrales électriques au charbon, et ce, dans le monde entier, « en l’état actuel des technologies ».

Blog254_PhForagePétroleEn réalité, ces décisions ne sont pas motivées par une brusque philanthropie ni guidées par un quelconque souci pour l’avenir de la planète, mais par un raisonnement beaucoup plus pragmatique. Limiter à 2 °C le réchauffement climatique d’ici à 2050, ce qui est l’objectif affiché de la COP 21, nécessite en effet de ne consommer que 20 % des réserves mondiales de carbone fossile actuellement connues, comme l’a mis en évidence une étude publiée en 2011 par l’ONG Carbon Tracker Initiative. Autrement dit, 80 % des réserves d’énergies fossiles dans le monde seraient appelées à perdre leur valeur, ce qui constitue un argument puissant pour expliquer le revirement de certaines banques qui hésitent désormais davantage à investir dans des projets d’exploitation liées à ce type d’énergie…

Bien évidemment, cette nouvelle prudence a ses limites. Si la Société générale et BNP Paribas ont annoncé leur intention de ne plus financer les projets de centrales thermiques à charbon dans les pays de l’OCDE à revenus élevés, elles continuent de financer les centrales à charbon dans les pays émergents comme la Russie, la Chine, l’Inde, ou l’Afrique du Sud…

Centrale thermique au charbon (photo B. Rodrigues)

Centrale thermique au charbon (photo B. Rodrigues)

C’est ainsi que le Times vient tout juste de révéler que, selon une étude menée par plusieurs organismes dont la société Ecofys et l’Institut de Postdam, plus de 2 400 centrales thermiques à charbon sont actuellement en cours de construction ou à l’état de projet à travers le monde. Rien qu’en Chine, 368 sont en chantier et 803 sont prévues à terme tandis que l’Inde en construit actuellement 297 et en prévoit 149 supplémentaires dans les années à venir. Même le Japon, quelque peu refroidi quant à l’intérêt du nucléaire suite à l’accident de Fukushima, édifie en ce moment 5 centrales thermiques à charbon et en prévoit 40 nouvelles dans la foulée.

Projet de centrale thermique de Safi

Projet de centrale thermique de Safi

Citons aussi le Maroc où est en train de s’édifier une centrale gigantesque à Safi qui devrait produire, lors de son entrée en service en 2018, 1386 MW soit le quart des besoins en électricité du pays. Le coût du projet est de 2,6 milliards de dollars, financé en grande partie par des banques internationales. La construction est assurée par l’équipementier sud-coréen Daewoo Engineering & Construction Co et l’exploitation sera confiée à Safi Energy Company, un consortium constitué par le holding royal SNI, le britannique International Power, le japonais Mitsui & Co et la société française Engie, le nouveau nom de GDF-Suez… Engie communique à l’envie sur la fameuse technologie dite « supra ultra-critique » qui permettra à cette centrale un rendement supérieur de 10 % par rapport aux procédés classiques. Il n’en reste pas moins que ce futur mastodonte qui consommera quelque 10 000 tonnes de charbon chaque jour, va empoisonner encore davantage la vie des habitants de Safi déjà exposés aux émanations d’un complexe chimique particulièrement nauséabond.

En tout cas, et toujours selon les chiffres du Times, ces futures centrales à charbon en chantier ou en projet, devraient produire à elles seules 6,5 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires par an, alors que les engagements des pays pour la COP 21 présentent déjà un excédent de 10 milliards de tonnes pour espérer ne pas dépasser le seuil fatidique de 2 °C de réchauffement climatique : cherchez l’erreur…

L.V.  LutinVertPetit

KATULU ? n° 46

4 décembre 2015

De nouvelles analyses de la part du groupe de lecture Katulu ? pour sa réunion de septembre-octobre 2015. Retrouvez l’intégralité des articles dans le compte-rendu complet (Katulu46).

Amour, Colère et Folie

Marie Vieux-Chauvet

Ph1_LivreVieuxChauvetTrois récits réunis, trois personnages en Haïti, à l’époque de la dictature de Duvallier et qui évoquent des thèmes universels et éternels :

AMOUR : portrait de la jalousie et de la haine. La violence s’exercera jusqu’au crime. Tragédie de la disgrâce, du célibat, de la misère sentimentale, de la solitude.

COLERE : a la couleur de la haine. Il porte la rage de l’uniforme noir, ici « la terre comme les corps tout se prend ».

FOLIE : nous entraîne jusqu’à la mort après un combat inégal entre les poètes aux mains nues et les diables armés, la milice de Duvalier.

Marie Vieux-Chauvet

Marie Vieux-Chauvet

L’auteur dénonce les méthodes honteuses du tyran, les fantasmes du pouvoir, du Vaudou. Elle peint sans concession le portrait de l’individu haïtien. Ces trois récits se complètent et se relient par un thème commun : celui de l’injustice, de la cruauté. La vie est vécue comme une passion violente et douloureuse.

Ce livre brûlot précis violent froid sur le visage de la dictature est aussi un témoignage coup de poing sur l’homme, sa lâcheté, ses compromissions, ses corruptions, ses mensonges mais une ode à son imagination qui est aussi sa force. Dans Colère, les poètes sont maltraités et battus, traités comme des fous mais finalement sont la part essentielle de l’homme : sa dignité. Dans la tourmente des cyclones, des tremblements de terre, des révolutions ,des guerres , à l’ombre des maisons coloniales, de la poussière des villes affamées, Marie Vieux-Chauvet réveille nos consciences.

Nicole

Au nom de la mère

Erri De Luca

Ph3_LivreDeLuccaCe tout petit livre reprend l’épisode très connu de Marie ou Myriam, jeune fille fiancée à Joseph, qui se retrouve enceinte « par le vent ».

Dès qu’elle a vu « l’ange » qui lui dit qu’elle porte un enfant dieu, elle en parle à Joseph qui est complètement abasourdi. La loi est simple : s’ils ont « fauté tous les deux » on va les lapider, si seule la femme a fauté, c’est le fiancé qui va devoir lancer la première pierre.

Erri De Lucca

Erri De Lucca

Ils sont tout contents d’être obligés de partir se faire recenser à Bethléem, le pays de Joseph alors qu’elle doit accoucher. Elle devra accoucher seule, mais sa mère lui a tout expliqué : il suffit que Joseph lui donne un couteau bien aiguisé, elle est complètement sereine. Après l’accouchement elle va passer la nuit seule avec son enfant, l’ânesse et le bœuf, tandis que Joseph a dû rester dehors. Elle veut tout pour son enfant, sauf qu’il se distingue des autres enfants ou hommes. Ce n’est pas sûr qu’elle ait été exaucée !!!

Un livre plein de tendresse, de sensibilité et de poésie : un petit bijou qui fait du bien.

Cécile

Dans la mer il y a des crocodiles

Fabio Geda

Wet Eye GlassesIl s’agit de l’histoire d’un petit garçon afghan Enaiatollah, de l’ethnie les Hazaras (chiites) persécuté par les Talibans et les Pachtounes (sunnites). Son père, quelques années avant, est mort assassiné dans son camion qui a été volé avec toutes les marchandises, commandées et achetées pour les Pachtounes en Iran. Ces derniers le recherchent pour lui faire payer la dette du père en le réduisant en esclave. Aussi, à son insu, sa mère le conduit et l’abandonne au Pakistan, pour qu’il puisse vivre libre, après lui avoir imposé 3 promesses : ne jamais prendre de drogues, ne jamais utiliser d’armes, ne jamais voler.

Fabio Geda

Fabio Geda

C’est le récit de 5 années d’errance : 1 an au Pakistan, 3 ans en Iran et une année pour rejoindre l’Italie en passant par la Turquie. Un livre de la vie d’un garçon dont l’enfance se termine à 10 ans, le jour où il n’a plus de mère pour le guider, où il faut qu’il prenne des décisions pour lui. C’est un récit sur la peur de mourir, très souvent, la peur d’être pris par la police et d’être torturé : il ne le sera pas, mais il connaîtra les postes de police.

Soumis à la volonté des passeurs, il fait route avec d’autres jeunes Afghans comme lui mais la plupart du temps il est seul. Être seul est parfois payant, permet plus facilement la bienveillance de l’autre. C’est enfin la chance immense de trouver une famille italienne qui va l’héberger, lui permettre de faire des études et d’obtenir un permis de séjour.

Un récit vivant, sans rancune, la survie avant tout, la peur mais la prise en main de soi. « Comment on trouve un endroit pour grandir, Enaiat ?  Tu le reconnais parce que tu n’as plus envie de t’en aller. Bien sur il n’est pas parfait. Ça n’existe pas un endroit parfait. Mais il existe des endroits où, au moins personne ne cherche à te faire du mal ». « Un jour j’ai lu que le choix d’émigrer naît du besoin de respirer ».

Cécile

SCARLETT

Alexandra Ripley

Ph9_LivreScarlettAprès avoir remporté un concours organisé par les héritiers de Margaret Mitchell, Alexandra Ripley, en 1991, donne une suite à « Autant en emporte le vent. »

Avec un style assez plat (mais qui est peut être imputable à la traductrice Caroline Auchard ?) elle va promener Scarlett d’Atlanta à Charleston puis à Savannah pour lui faire enfin traverser l’Atlantique et découvrir l’Irlande et la maison qui a donné son nom à la plantation de son père, Tara. Elle fait de Scarlett une véritable mégère qui menace ses serviteurs (pourtant libres) de « les fouetter jusqu’au sang » ou « de leur arracher la peau du dos » à la moindre peccadille ! Elle n’a en tête que l’argent.

Alexandra Ripley

Alexandra Ripley

En Irlande elle va se trouver dans un pays en pleines luttes pour la liberté face aux occupants britanniques et, comme d’habitude, elle va se mêler de tout et manquer se faire écharper !! Des rencontres épisodiques avec le beau Rhett ont lieu, assez torrides et racontées avec une verdeur tellement peu en accord avec la retenue que les gens du XIX° siècle avaient en ce qui concerne les histoires de sexe.

Un bouquin indigeste, les dialogues sont trop contemporains, les personnages n’ont plus rien de victoriens et on voit l’auteure qui « allonge la sauce » en faisant intervenir de nombreux personnages nouveaux, le grand père Robillard, ex soldat de Napoléon, les cousins O’Hara, les tantes Robillard, plus une cohorte d’irlandais qui lui sont apparentés et qu’elle rencontre en Europe, les Kennedy, les Fitzpatrick…Et bien entendu, ils tombent tous en admiration devant sa bravoure, sa liberté d’allure et de ton, bien américaines !

Annie

Un amour impossible

Christine Angot

Ph11_LivreAngotEn 1958 à Châteauroux, Pierre Angot rencontre Rachel Schwartz. Il est traducteur à la base militaire, elle travaille à la Sécurité Sociale. Elle est d’une famille modeste, lui est issu d’un milieu bourgeois. Dès le début de leur relation, Pierre signifie à Rachel qu’il ne l’épousera jamais car ce serait une mésalliance et en plus elle est juive !. Lorsque Rachel attend un enfant, il quitte la ville. A la naissance de Christine, il donne quelques nouvelles épisodiquement. Rachel élève sa fille seule mais ne renonce pas à la faire reconnaître, ce qui se fera lorsqu’elle aura 14 ans. La jeune fille voit alors régulièrement son père.

Christine Angot

Christine Angot

L’univers familial entre la mère et la fille sera fusionnel et joyeux jusqu’à l’adolescence puis c’est la rupture. Le mot maman disparaît pour réapparaître à la fin du roman. Entre le père et la fille c’est un amour absent puis déviant. La fin du roman, au moment où le viol de la fille pendant des années par le père est révélé à la mère, surprend mais se fait de façon assez apaisée.

L’auteur écrit que ce roman lui a donné beaucoup de peine, qu’elle ne pensait jamais y arriver : « on peut penser que l’amour maternel est intouchable, mais il n’est pas protégé de la brutalité sociale, ce qui se passe autour peut abîmer cette relation ». Elle a fait jaillir la vérité d’une histoire familiale très longue qui commence avant sa naissance avec ses grands-parents maternels et qui s’achève par un très long dialogue d’explication entre elle et sa mère : « il n’y a pas de pardon car il n’y a pas d’accusation, elle a fait ce qu’elle a pu en fonction d’où elle venait ».

Suzanne

Check-point

Jean Christophe Rufin

Ph5_LivreRuffinL’histoire d’un groupe de 5 personnes, 4 hommes et une jeune fille, qui pour le compte d’une ONG doivent apporter vivres et médicaments dans un coin reculé de Bosnie pendant la guerre, dans deux camions de 15 tonnes.

La jeune fille, Maud, tout juste passé 20 ans, s’est engagée dans cette aventure par idéal, pour donner un sens à sa vie, se montrer ce dont elle est capable. Dans cet environnement machiste, elle va peu à peu découvrir que chacun de ses 4 compagnons est venu pour des raisons différentes, en accord ou plutôt en réaction avec son passé. En effet parmi les 4 hommes, Lionel le responsable de cette mission « fume » pour se sentir bien ; Marc et Alex se connaissent depuis longtemps, ils étaient militaires engagés dans des conflits armés ; Vauthier, ancien des services secrets, est le mécanicien de cette mission et les motifs de sa présence sont des plus obscurs.

Christophe Ruffin

Christophe Ruffin

Dès le début de ce périple, l’ambiance est lourde : beaucoup de méfiance réciproque entre les ex-militaires et Vauthier. l’incapacité du responsable de se faire respecter. La situation de Maud, à la limite de la naïveté, va lui permettre de se retrouver la confidente de chacun…

A travers ce thriller admirablement écrit on se pose la question de ce qu’est d’aide humanitaire aujourd’hui. Sont mis en question la générosité, l’aide à des personnes en détresse lors de conflits armés. Rien n’est vraiment très transparent : aide humanitaire ou trafic d’armes ? Comment rester indépendant des enjeux politiques ?

Jean Christophe Rufin, médecin, a passé plusieurs années à MSF, il a un œil particulièrement éclairé sur l’ambiguïté de la place des ONG aujourd’hui…

Josette J.

Création d’une milice à Béziers ?

2 décembre 2015
Affiches placardées dans les rues de Béziers

Affiches placardées dans les rues de Béziers

Une fois de plus, le maire de Béziers, l’ancien journaliste Robert Ménard, élu en 2014 avec le soutien du Front National, vient de faire parler de lui. Après s’être distingué pour avoir fait installer ostensiblement une crèche dans la mairie en 2014, en contradiction complète avec la tradition républicaine laïque, après avoir instauré le couvre-feu pour les mineurs dans certains quartiers de la ville, tenu le compte des élèves musulmans dans les écoles et interdit d’étendre du linge aux balcons, il avait fait placarder dans les rues de la ville en février dernier d’immenses affiches vantant l’armement de sa police municipale et s’était attiré les foudres du Préfet cet été, à l’occasion de la remise d’un drapeau au commandant de sa police municipale, en accusant l’État de « lâcheté », d’ « impuissance » et de « soumission », rien de moins !

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On doit en tout cas reconnaître à Robert Ménard une certaine suite dans les idées. Persuadé que la nation française est en pleine « décadence » et qu’il est le dernier rempart contre l’invasion de hordes barbares, il se dote en toute logique de sa propre armée sous forme d’une police municipale forte et bien équipée, dont les effectifs ont été doublés depuis 2014 et qu’il présente comme une « avant-garde » en vue d’ « un sursaut, une réaction », qu’il appelle de ses vœux, sous la forme d’une révolution nationale avec des accents qui rappellent furieusement les discours du maréchal Pétain ou de Pierre Laval dans les années 1940.

Conférence de presse de Robert Ménard le 1er décembre 2015 (capture écran YouTube)

Conférence de presse de Robert Ménard le 1er décembre 2015 (capture écran YouTube)

La conférence de presse que le maire de Béziers vient de donner mardi 1er décembre en compagnie de son adjoint à la sécurité, l’ancien colonel de gendarmerie Dominique Garcia, s’inscrit parfaitement dans cette logique. La prestation, relayée notamment par Midi Libre et le Huffington Post, fortement teintée d’une bonne dose de provocation, est visible sur YouTube et vaut le détour. On y voit Robert Ménard à côté de son adjoint muet mais au visage martial, sous l’œil impassible d’une Marianne en plâtre, expliquant benoîtement et après moult détours vouloir constituer une armée de supplétifs qui viendront épauler sa police municipale en quadrillant les rues de la ville en uniforme, au moins le temps que durera l’état d’urgence décrété après les attentats du 13 novembre, et pourquoi pas au delà si l’idée plaît…

Robert Ménard et son adjoint à la sécurité présentant leur affiche à la Presse (photo P. Saliba)

Robert Ménard et son adjoint à la sécurité présentant leur affiche à la Presse (photo P. Saliba)

On sent le coup médiatique mûrement préparé et les journalistes présents sont invités à s’emparer de magnifiques affiches en couleur fraîchement imprimées, que le maire annonce vouloir coller dans les rues de la ville « dès jeudi ». L’objectif : recruter ces nouveaux miliciens qui devront être nécessairement d’anciens professionnels de la sécurité, autrement dit d’anciens gendarmes, policiers ou pompiers retraités, car bien évidemment on ne s’improvise pas agent de sécurité.

Ces agents supplétifs sont présentés comme des volontaires, des « citoyens du cru », mais qui auront le statut de « collaborateurs occasionnels du service public » (décidément , toujours ces références à la période trouble du régime de Vichy et à la Collaboration…). En d’autres termes et même si le maire de Béziers les présente comme des bénévoles, ces agents seront rémunérés. Nul doute que les volontaires ne devraient pas manquer, même si le rôle de cette nouvelle « Garde biterroise » reste assez flou et semble devoir se limiter à se montrer sur la voie publique et à la sortie des écoles pour rassurer la population et téléphoner à la police en cas de besoin.

Avis aux amateurs...

Avis aux amateurs…

Bien évidemment, le Préfet n’a pas manqué de réagir à cette nouvelle provocation du maire de Béziers. Selon le Midi Libre, il a rappelé dans un communiqué que « les missions de sécurité publique assurées par les maires sont encadrées par des dispositions législatives et réglementaires, qui prévoient que les personnels intervenants doivent être des fonctionnaires territoriaux agréées par le représentant de l’État et le procureur de la République. » Dénonçant l’absence totale de concertation préalable avec les services de l’État et l’absence de délibération en conseil municipal qui entache d’illégalité une telle décision, il demande au maire de renoncer à ce dispositif et dissuade d’éventuels volontaires de se porter candidats pour une mission aussi mal définie.

Pas sûr qu’une telle mise en garde suffira à convaincre Robert Ménard de renoncer à son projet… Pour ce genre d’individu, passé les bornes, il n’y a plus de frontière !

L.V.  LutinVertPetit