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Que va devenir la Villa Méditerranée ?

21 janvier 2017

La Villa Méditerranée, c’est ce bâtiment bizarre, pourvu d’un immense porte-à-faux surmontant de 19 m un bassin en eau de 2000 m³, et qui trône sur l’esplanade du J4, juste à côté du MUCEM, sur le port de la Joliette à Marseille. C’est Michel Vauzelle, l’ancien président du Conseil régional PACA, qui a initié ce projet architectural destiné à abriter des conférences, des réunions et des expositions afin de « donner à tous des clés de compréhension sur la Méditerranée contemporaine ».blog383_phvillamediterranee

Le concours de maîtrise d’œuvre pour l’édification de ce bâtiment hors-norme a été remporté par l’architecte milanais Stefano Boeri et le chantier a débuté en 2010, pour un coût total évalué à 70 millions d’euros, financé par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le bâtiment, inauguré en juin 2013, ne manque ni d’audace ni d’originalité avec une partie en sous-sol située à plus de 2 m sous le niveau de la mer, qui contient une vaste agora destinée aux expositions, un amphithéâtre de 400 places et deux salles de réunion, Le rez-de-chaussée propose quant à lui un atrium de 350 m2 où peuvent être projetées des images sur un mur de 25 mètres de long, ainsi qu’un café. Enfin, le niveau supérieur, qui avance en porte-à-faux au dessus du bassin et qui serait le plus long porte-à-faux (40 m) habité au monde, contient un plateau d’expositions de 760 m2 ainsi qu’un belvédère.

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Reste que ce bâtiment exceptionnel de par sa conception, n’a jamais vraiment prouvé son utilité en dehors de l’accueil d’événements ponctuels tels que conférences, débats, spectacles vivant, cinéma, assortis de rencontres avec des artistes et des experts de l’espace méditerranéen. Or l’entretien d’un tel paquebot, même ancré à terre, coûte cher à la collectivité : pas moins de 4,4 M€ par an, en comptant la rémunération des 40 salariés qui lui sont affectés de manière permanente.

Ce point a d’ailleurs été largement exploité lors de la dernière campagne électorale pour les régionales fin 2015 au cours de laquelle le nouveau président élu, Christian Estrosi, s’est engagé à se débarraser au plus vite de cet encombrant héritage. Las, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, qui avait imaginé un temps transformer le bâtiment en casino, a finalement renoncé et refuse de reprendre la patate chaude.

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Le majestueux escalier intérieur de la Villa Méditerranée

Michel Vauzelle, de son côté, ne se résout pas à ce que ce fleuron architectural érigé en symbole de la coopération méditerranéenne, se transforme en vulgaire temple de la consommation et du jeu. Il se trouve que l’ancien chef de l’exécutif régional est toujours président de la délégation française auprès du Parlement de la Méditerranée et il a donc proposé tout naturellement à ce dernier de venir y installer son siège, basé pour l’instant sur l’île de Malte.

Il faut vraiment être initié pour connaître l’existence de cet obscure Assemblée parlementaire de la Méditerranée, une organisation interétatique régionale, bénéficiant du statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Créée en 2005 à l’occasion de la 4ème Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée et réunie pour la première fois en 2006 à Amman, en Jordanie, cette assemblée qui se réunit une fois par an rassemble des représentants des parlements de 25 pays riverains ou proches de la Méditerranée, dans le but de favoriser le dialogue et d’assurer la stabilité politique entre états méditerranéens. C’est l’un des uniques lieux où l’on débat régulièrement de la situation humanitaire en Syrie, du conflit isarélo-palestinien et du sort des migrants transméditerranéens, avec le succès que chacun peut constater…

blog383_logopamInterrogé récemment par Marsactu, son secrétaire général, Sergio Piazzi, a effectivement confirmé que la France avait proposé en décembre dernier que la Villa Méditerranée puisse accueillir le siège de cette institution. Cette proposition a été acceptée à l’unanimité par le bureau de l’Assemblée parlementaire de la Méditerranée, mais doit maintenant être précisée dans le cadre d’un accord de siège, en cours de préparation par le ministère français des affaires étrangères, afin de préciser les conditions de mise à disposition du bâtiment.

Le deal est en effet très clair : ce sera à l’État français de prendre totalement à sa charge les coûts d’entretien du bâtiment, sans compter bien entendu ceux qui s’y ajouteront pour assurer la sécurité des diplomates. Bon prince, le Parlement de la Méditerranée accepte de prendre à sa charge les frais de chauffage et l’abonnement internet… Ceci dit, c’est le 23 février seulement que l’assemblée générale de l’institution se prononcera sur cette proposition.

Christian Estrosi, manifestement peu intéressé par cette solution à laquelle il affirme ne pas croire, a néanmoins accepté de laisser jusqu’à cette date à Michel Vauzelle pour tenter de faire aboutir cette piste qui permettrait à Marseille de s’affirmer comme un site majeur de la coopération avec les autres pays méditerranéens. Il faut dire qu’il a en tête un tout autre usage pour tenter de valoriser ce bâtiment, ainsi qu’il l’a annoncé début décembre. Après avoir imaginé successivement de le transformer non seulement en casino, mais aussi en cité du vin, en musée des séries voire en centre commercial (un de plus !), le président de la Région souhaite maintenant y implanter une réplique grandeur nature de la Grotte Cosquer !

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Henri Cosquer dans la grotte du même nom

Découverte en 1985 près du cap Morgiou par le plongeur professionnel cassidain Henry Cosquer, mais déclarée en 1991 seulement, cette grotte dont l’entrée se situe désormais à 37 m sous le niveau de la mer, contient plus de 200 peintures rupestres datées de 27 000 ans pour les plus anciennes d’entre elles (des empreintes de main pour l’essentiel) et d’environ 19 000 ans pour les autres qui représentent un fabuleux bestiaire de chevaux, bouquetins, cervidés, bisons et aurochs, mais aussi pingouins, poissons et phoques.

Classée monument historique depuis 1992, cette grotte est bien entendu interdite d’accès et la tentation est grande d’en faire une reproduction pour en montrer la richesse aux visiteurs, comme cela a été fait pour la grotte de Lascaux en Dordogne ou la grotte Chauvet en Ardèche. C’est semble t-il l’architecte marseillais André Stern qui travaille depuis quelques années déjà à ce projet d’une réplique de la grotte Cosquer et qui a convaincu le président de la Région PACA d’utiliser le sous-sol de la Villa Méditerranée comme écrin à une telle réplique, tandis que le belvédère en porte-à-faux servirait d’espace muséal.

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Réplique de la grotte Chauvet (photo S. Gayet / SYCPA)

Il faut dire que la réplique de la grotte Chauvet, ouverte au public en avril 2015 près de Vallon Pont d’Arc, connaît un beau succès avec 590 000 visiteurs dès la première année, là où ses concepteurs en attendaient 300 000 seulement. « Si on arrive à attirer autant de monde au fin fond de l’Ardèche, on ne devrait pas faire moins dans une grande métropole touristique comme la ville phocéenne » affirme Christian Estrosi et pour une fois il paraît difficile de lui donner tort ! Reste que le projet coûterait quand même la bagatelle de 20 millions d’euros, pris en charge à parts égales par la Région et par un partenaire privé chargé de l’exploitation commerciale de l’équipement.

Alors, quid de l’avenir de la Villa Méditerranée : futur siège d’une organisation diplomatique oeuvrant au rapprochement politique entre pays riverains de la Méditerranée ou futur réplique d’une grotte ornée par nos lointains ancêtres du Paléolithique ? Réponse probablement d’ici fin février. Les deux projets ne manquent pas de panache ni d’intérêt et au moins l’édifice devrait-il ainsi échapper à sa transformation en abri pour bandits manchots et autres machines à sous…

L.V.  lutinvert1small

Un « branleur » à la tête de la région PACA ?

6 novembre 2016

Chacun sans doute se souvient que c’est Nicolas Sarkozy en personne, alors à la tête du parti qui ne s’appelait pas encore Les Républicains, qui avait demandé en avril 2015 à Christian Estrosi, ancien pilote motocycliste devenu député-maire de Nice et (éphémère) ministre de l’Industrie, de conduire la liste UMP aux élections régionales. Une élection remportée haut la main après que son adversaire malheureux de gauche, Christophe Castaner, ait préféré jeter l’éponge entre les deux tours pour ne pas laisser le Front National en position de gouverner la Région.

Depuis, le nouveau président de la Région PACA a largement oublié qu’il avait été élu avec de nombreuses voix de gauche et s’est surtout distingué par ses invectives contre le gouvernement (et la SNCF), et sa surenchère permanente sur le terrain sécuritaire. On le croyait en tout cas toujours très proche de Nicolas Sarkozy dont il soutient ouvertement la candidature aux primaires de la Droite (inutile désormais de rajouter « et du Centre », puisque ce courant de la Droite n’est même pas représenté parmi les candidats et considéré avec beaucoup de suspicion par plusieurs d’entre eux…).

Nicolas Sarkozy en extase lors de son meeting de campagne à Marseille (photo O. Monge / MYOP pour Libération)

Nicolas Sarkozy en extase lors de son meeting de campagne à Marseille (photo O. Monge / MYOP pour Libération)

Et pourtant, Christian Estrosi était curieusement absent lors du grand raout qui a rassemblé plus de 3000 personnes dans la salle Vallier à Marseille, le 27 octobre dernier, pour soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy. Un meeting qui se tenait à la même heure que celui du candidat Alain Juppé, lequel avait préféré se délocaliser à La Garde, près de Toulon, d’où il se permettait de se gausser de la propreté des rues marseillaises en énonçant finement : « Quand un Bordelais se plaint de la saleté, je lui dis d’aller voir à Marseille ». Une analyse qui lui a valu une réplique de Cacou formulée avec tout autant de finesse et d’ouverture d’esprit par un Renaud Muselier en pleine forme : « On ne nous critique pas nous les Marseillais. On nous aime ou on s’en va ». Décidément la campagne présidentielle est bien lancée et on voit que le niveau du débat est particulièrement élevé…

Plus de 3000 participants selon E. Ciotti…

Plus de 3000 participants selon E. Ciotti…

En tout cas, pour soutenir le candidat Sarkozy à Marseille, tous les ténors de la Droite locale, de Jean-Claude Gaudin à Renaud Muselier en passant par Eric Ciotti et Maryse Joissains étaient bien présents, « entre amis » comme l’a lourdement souligné le maire de Marseille, tous, mais pas le président de la Région PACA…

Le candidat Sarkozy s’en est lui-même ému, quelques minutes avant d’entrer en scène, interrogeant à la ronde, avec sa discrétion légendaire et son phrasé distingué qui le caractérisent : « il est où, Estrosi ? ». C’est le Canard enchaîné qui rapporte la scène, largement reprise par de nombreux médias (sauf curieusement La Provence, on se demande bien pourquoi…).

Et pendant ce temps là, Christian Estrosi se baigne...

Et pendant ce temps là, Christian Estrosi se baigne…

Face au silence gêné qui l’entoure, l’ex Chef de l’État répète sa question : « il est où ? Il vient pas ? ». Un des organisateurs du meeting finit par se dévouer et lui répond : « Non, il a pris quelques jours ». « Il est malade ? » interroge Nicolas Sarkozy. « Non, il est fatigué ». « Moi aussi, je suis fatigué » lâche le candidat en campagne. Alors, son interlocuteur, de guerre lasse, finit par lâcher le morceau : « Il a pris quelques jours à l’ïle Maurice », ce qui déclenche de la part du patron des Républicains cette réplique cinglante : « A l’ïle Maurice ! Quel branleur ! ».

Espérons en tout cas que Christian Estrosi aura bien profité de ses vacances. Toujours est-il qu’il ne devrait pas craindre le choc thermique au retour de l’Océan Indien, car le voila habillé pour l’hiver…

L.V.  LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Le Nord de la France prend de la hauteur…

26 mars 2016

Au nombre de 27 jusqu’en 2015, dont 22 en France métropolitaine, les régions administrative françaises ont vu leur nombre se réduire significativement à l’occasion de la récente réforme territoriale adoptée fin 2014 et qui est entrée en vigueur au 1er janvier 2016. Certaines régions comme PACA ont conservé leur périmètre initial mais plusieurs d’entre elles se sont regroupées, si bien que leur nombre est désormais passé à 13 pour la seule France métropolitaine.

Les nouvelles régions métropolitaines et leur nom provisoire

Les nouvelles régions métropolitaines et leur nom provisoire

Se pose du coup la question de la future appellation de ces régions dans le cadre du nouveau découpage. La loi a certes fixé des noms provisoires en accolant les noms des anciennes régions qui ont fusionné, à l’exception notable de la nouvelle Normandie qui résulte de la réunification tant attendue de la basse et de la haute Normandie. Pour les autres, le moins que l’on puisse dire est que les noms provisoires ne seront pas très faciles à retenir et ne paraissent guère vendeurs pour l’attraction touristique avec leur liste à rallonge d’anciennes provinces historiques désormais accolés tel que Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente ou encore Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

On se souvient des efforts qu’avait fait Michel Vauzelle il y a quelques années pour tenter de trouver un nouveau nom plus sexy afin de remplacer l’acronyme PACA qu’il détestait plus que tout. Un appel au peuple avait alors été lancé pour essayer de faire émerger une appellation qui marie avec bonheur le soleil de la Provence, l’air pur des cimes alpines et le bleu de la Côte d’Azur. Mais il avait été contraint de renoncer devant l’éparpillement des solutions proposées et l’absence totale de consensus pour un nom magique. PACA restera donc PACA de même que Georges Frêche avait dû renoncer à faire débaptiser le Languedoc-Roussillon au profit de la Septimanie dont il se rêvait en nouvel empereur.

Il n’empêche : il va bien falloir trouver des noms aux régions nouvellement créées et la loi le prévoit d’ailleurs expressément qui fixe au 1er octobre 2016 la date limite pour sélectionner ces appellations qui remplaceront celles provisoirement en vigueur. Chacun est donc invité à faire preuve d’imagination pour trouver un nouveau nom de région qui présente une forte identité territoriale, qui ne froisse personne et qui sonne de manière suffisamment attractive, y compris pour des oreilles étrangères : un sacré challenge en perspective…

Dans l’ACAL du Grand Est où Alsaciens et Lorrains se regardent en chiens de faïence tandis que leurs voisins ardennais ou champennois sont vent debout contre cette fusion qui prévoit d’emblée que la nouvelle capitale régionale sera basée à Strasbourg, on mesure l’ampleur de la tâche ! Du coup pas moins de 360 noms ont été proposés et une première sélection a permis d’en sélectionner trois qui sont les suivants (on est prié de ne pas rire) : Acalie, Rhin-Champagne et Nouvelle Austrasie… Chacun est invité à s’exprimer sur sa préférence et ce sont les 169 conseillers régionaux qui choisiront en dernier ressort. On imagine d’avance la profondeur des débats qui animeront ce choix…

Blog288_DessinApoilDans le nouveau grand Sud-Ouest qui s’étend de Limoges à la côte atlantique, près de 5000 internautes ont participé à une consultation initiée par le journal Sud-Ouest et les propositions qui ont fusé ne seront sans doute pas toutes retenues… Un consensus semble néanmoins se dégager sur le terme historique d’Aquitaine puisque cette province s’étendait, à certaines périodes, très au-delà de son acception actuelle et englobait déjà du temps d’Aliénor d’Aquitaine le Limousin et Poitou-Charente.

Dans la nouvelle région du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le processus est encore plus avancé puisque l’assemblée délibérante a déjà retenu son choix dès le 14 mars, après consultation des lycéens et des apprentis de la région. Le nom retenu ne laisse pas d’étonner puisque, sauf avis contraire du Gouvernement, blocage de la part du Conseil d’État, ou encore mauvaise volonté des naturistes nordistes qui se sont déjà approprié ce terme depuis plus de 20 ans, le nouvelle région qui s’étend désormais des portes de l’Ile-de-France jusqu’à la frontière belge, s’appellera dorénavant « Hauts-de-France ».

Une appellation locale déjà utilisée...

Une appellation locale déjà utilisée…

Blog288_DessinBistrotIl faut dire, à la décharge des conseillers régionaux qui ont fait ce choix pour le moins surprenant que les alternatives proposées étaient Terres-du-Nord et Nord-de-France. Manifestement, ils n’ont pas souhaité insisté sur le fait que leur région se situait plutôt dans le nord de la France… Il n’en reste pas moins que le nom retenu risque d’être assez difficile à imposer et certains médias se sont quelque peu gaussé de cette appellation qui évoque plutôt celle d’un lotissement périphérique que d’une grande région française.

Blog288_DessinItalieLe Canard enchaîné en a fait ses choux gras dans son édition du 16 mars où il s’étonne de cette soudaine volonté de nos compatriotes nordistes de prendre de l’altitude alors que la région culmine à 271 m, et où il s’interroge quant à la nouvelle dénomination des habitants de la région, futurs Altofrançais ou Hautistes, voire Hautesses pour ces dames ?

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Les alternatives proposées par le Canard enchaîné ne manquent pas de sel ni de couleur locale, oscillant entre Chti’bérie et Biloutistan, et d’autres appellations telles que Fritonésie ou Mouldavie, davantage en lien avec les traditions gastronomiques locales qui ont faite la réputation de la région… Avec du recul, on se dit que les habitants de Provence-Alpes-Côte d’Azur l’ont finalement échappé belle en renonçant jusqu’à présent à changer le nom de la région PACA…

L.V.  LutinVertPetit

Le député Deflesselles, organisateur de jeux de hasard ?

25 février 2016

Mais à quoi joue donc notre député Bernard Deflesselles ? La réponse réside dans une invitation qu’il a diffusée très largement par messagerie électronique : au loto ! Une invitation qui laisse même penser qu’il serait l’organisateur de ce super loto qui se tiendra demain soir, 26 février 2016, à Aubagne.

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L’événement est d’ailleurs repris en première page du site internet qu’alimente le député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône pour rendre compte de ses moindres faits et gestes, avec toutefois une date manifestement erronée qui renvoie au 14 février. Comme notre député, par ailleurs désormais vice-président de la région PACA, accompagnait à cette date Christian Estrosi en Israël pour y étudier les meilleurs moyens de lutter contre le terrorisme, il est probable que le Grand loto du député ait dû être décalé…

Blog280_PhBandeauSiteBlog280_PhExtraitSiteUn député organisateur de jeux de hasard ? Certes, quand on voit que même la paroisse de Carnoux se lance dans l’organisation de son super loto, pourquoi un député n’en ferait-il pas autant ? D’autant que ce n’est manifestement pas la première fois puisque le quotidien La Provence relatait déjà l’édition précédente qui s’était tenue au même endroit le 18 février 2015 et qui avait rassemblée plus de 500 personnes. A 15 € le carton, voila qui relève déjà d’un beau business…Blog280_PhProvence

Une manifestation présentée comme traditionnelle par notre député et qui semble en effet se renouveler d’année en année puisqu’on retrouve sur le net des invitations pour des éditions précédentes en 2009 ou 2011, organisées cette fois à La Ciotat. C’est donc manifestement une affaire qui marche et qui assure à notre politicien local un beau succès auprès de la population.

Certains esprits chagrins pourraient certes s’interroger sur le sens moral d’une telle opération promotionnelle, même si elle relève ici manifestement d’une activité ludique traditionnelle qui renforce le lien social et permet à Monsieur le député de renforcer sa popularité à bon compte. Il est vrai qu’il existe bien un texte de loi, daté du 21 mai 1836 et modifié par une loi plus récente du 9 mars 2004, qui interdit purement et simplement les lotos et les loteries en dehors d’un cadre soigneusement délimité, à savoir lorsqu’ils sont organisés par une association « dans un cercle restreint et uniquement dans un but social, culturel, scientifique, éducatif, sportif ou d’animation sociale » et se caractérisent par des mises de faible valeur, inférieures à 20 euros.

Un autre député UMP, Philippe Gosselin, avait d’ailleurs interrogé en 2009 le ministre du budget pour se faire préciser les limites fixées par ces lois qui visent à lutter contre la criminalité et les risques de dérives commerciales de ces pratiques traditionnelles que sont les lotos. Dans sa réponse, il est bien précisé que les lotos, pour rentrer dans le cadre légal, doivent se limiter à un cercle restreint et ne peuvent en aucun cas attrirer plusieurs centaines de personnes ni drainer les habitants de plusieurs communes, de même qu’il ne peut s’agir d’une activité pratiquée de manière répétée.

L’objet d’un loto étant de financer une structure associative, les buts que poursuit son organisation sont eux-mêmes définis de manière très restrictive par la loi et ne peuvent sortir de la liste limitative qui figure dans les textes. Le ministère précise même que la notion d’animation sociale, qui pourrait être interprétée assez largement, se limite en réalité à « une cause moralement légitime (but social d’intérêt général tel que des oeuvres caritatives), soit l’organisation d’un loto dans une maison de retraite ou une salle des fêtes ».

Notre député Bernard Deflesselles qui siège pourtant à l’Assemblée nationale depuis 1999 après avoir été élu à la Région (déjà !) en 1992, il y a plus de 20 ans, ne peut évidemment ignorer la loi. On supposera donc que le fait qu’il se présente comme organisateur régulier et depuis au moins 2009 de super lotos qui attirent plus de 500 personnes pour une cause dont le but n’est pas clairement défini traduit une défaut manifeste de communication de la part de son équipe parlementaire qui alimente son site internet, et des médias locaux qui exagèrenent sans doute l’affluence à de telles manifestations tout en oubliant d’en préciser le contexte. Mais attendons le prochain compte-rendu que La Provence ne manquera sans doute pas de publier à l’issue de l’édition 2016…

L.V.  LutinVertPetit

Devinette : qui a dit ?

14 décembre 2015

« Les musulmans ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique en France »

Développons un peu la pensée du personnage inconnu qui affirme avec vigueur ce positionnement destructeur et déstructurant, et qui place la croyance comme étant un critère objectif pour hiérarchiser les Français, pour définir le traitement que la République pourtant déclarée Une et Indivisible doit accorder à ses citoyens : « Il faut accepter de définir et de revendiquer quel est notre héritage et quelle est notre identité. Ça passe par l’affirmation de notre héritage gréco-romain et chrétien. Il faut dire que la France est une terre culturellement et très longtemps spirituellement chrétienne ».

« Et dans ces conditions, si des Français peuvent être musulmans et exercer leur foi, il faut qu’ils acceptent de le faire sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique .

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« Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam », poursuit cette catholique pratiquante, qui a été cinq ans élève à l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud.

« Il n’y a aucun phénomène d’islamophobie en France », juge encore ce personnage demandant à ce qu’on « sorte de la culture de l’excuse ».

Blog258_PhPresentCes affirmations tranchées sont prononcées par la petite-fille de Jean-Marie Le Pen dans un entretien au quotidien de l’extrême droite catholique Présent, paru le samedi 21 novembre. La députée de Vaucluse, récente tête de liste du Front national aux régionales en Paca, estime que les musulmans « ne peuvent avoir exactement le même rang que la religion catholique » en France.

Lindignation ne suffit pas, il faut comprendre le message subliminal de Marion Maréchal – Le Pen. En réalité, elle ne subordonne pas seulement les musulmans aux prescriptions de la religion catholique (en tout cas à l’idée qu’elle s’en fait) mais l’ensemble de la société, y compris la République elle-même. C’est en cela que la distinction qu’elle opère dépasse le débat religieux. La vision partagée dans le journal cité, et confirmée pour l’essentiel sur RTL, s’inscrivent dans une continuité, notamment au regard d’une longue interview, publiée il y a quelques semaines et passée inaperçue.

Une vision du monde inquiétante

En octobre dernier, Marion Maréchal-Le Pen a été l’invitée d’une émission diffusée sur Radio Courtoisie (en partenariat avec le site ultra catholique Le Salon beige). Dans ce « libre journal de la Résistance » (sic) la nièce de Marine Le Pen a pu, durant près d’une heure et demie, livrer le fond de sa pensée politique.

En territoire médiatique ami, les masques tombent, et face à des interviewers complaisants, dans le cadre d’une conversation entre gens du même bord, la députée de Vaucluse s’est alors totalement dévoilée, révélant une pensée politique et une vision du monde pour le moins inquiétante. De ce long entretien, trois moments sont les plus politiquement révélateurs. Marion Maréchal-Le Pen dans le texte, c’est tout à la fois effrayant et accablant.

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Marion Marechal-Le Pen au micro de France-Culture (AFP)

Premier temps fort de l’entretien, le mariage civil, qu’il faudrait démolir. « Pourquoi garder le faux mariage et le PACS ? », commence par demander Grégoire Boucher à Marion Maréchal-Le Pen. Réponse : « Y a une aberration qui est un héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement. A quel titre ? Je ne sais pas. Je trouve ça scandaleux, après tout on pourrait recevoir un sacrement sans devoir demander l’autorisation à la République française ». Et d’ajouter: « Je vous signale qu’un certain nombre de musulmans n’ont pas ces complexes sans que la République en soit choquée… (…) Le complexe c’est pas leur truc… En revanche, c’est vrai qu’il y a énormément de mariages musulmans qui sont fêtés et qui ne sont pas passés par la mairie civile en amont sans que la République n’y trouve rien à redire ou s’en donne les moyens… Et peut-être que les catholiques ne devraient plus se laisser faire et réagir afin de forcer le débat à ce sujet-là ».

Deuxième temps fort, la suprématie de la religion catholique sur la République et les Droits de l’Homme. « On a des gens qui iront mourir contre nous pour Allah, a-t-on en face envie de mourir pour la République ou pour la laïcité (noter l’interviewer qui ajoute ‘Pas moi’) quand on voit comment ces termes ont été vidés de leur sens ? »…

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d'Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Marion Marechal-Le Pen le 29 août 2015 à Plan-d’Aups-Sainte-Baume (© B. Langlois / AFP)

Le débat ainsi posé, Marion Maréchal-Le Pen s’en prend à l’Église catholique, notamment à la Conférence des évêques de France, au motif qu’elle aurait renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions : « Au prétexte d’un relativisme que moi je combats, y compris en politique, pas seulement dans le domaine spirituel, qui voudrait qu’il n’y ait pas de vérité que finalement tout se vaut (…) et que finalement croire le Coran, la Torah ou la Bible serait équivalent à partir du moment où l’on croit. Je ne crois pas que Jésus Christ soit venu mourir sur terre pour porter un message qui aurait été remplacé quelques siècles plus tard par le prophète Mahomet ». Et de conclure : « La grande erreur de l’Église catholique c’est de tout mettre sur le même plan, parce que dans ces conditions, il n’y a pas de vérité, s’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien, pas de mal, donc plus rien n’a de sens ».

Blog258_DessinMariageQuelle laïcité ?

Enfin, dernier temps fort de l’entretien, la question de la fonction et de l’utilisation de la laïcité républicaine, que la députée frontiste évoque de manière surprenante : « La laïcité est un outil utile contre la propagation (…) des revendications de certains musulmans. En revanche, il ne faut pas tomber dans le laïcisme, c’est-à-dire la religion de la laïcité, qui voudrait que l’on rejette la religion de toute sphère publique. La France est un pays chrétien, d’identité chrétienne, de racines chrétiennes, qu’elle a ce titre un héritage, des traditions, à connotation religieuse, en particulier catholique, et que la laïcité ne doit s’en prendre à cela ».

Conclusion logique, une fois encore : « Je combats la laïcité vue par la gauche parce que c’est une laïcité aseptisée, on supprime tout ce qui peut avoir une référence à nos racines catholiques dans le cadre de la sphère privée ! (ne voulait-elle pas dire publique ? S’agit-il d’un lapsus ?) C’est le débat que l’on a eu sur les crèches dans les mairies ».

Que retenir de ce pot-pourri?

La pensée dévoilée de Marion Maréchal-Le Pen est d’essence contre-révolutionnaire. Elle est celle que portent, depuis 1789, tous les courants politiques extrémistes antirépublicains, qui ont tenté, par tous les moyens, notamment sous le régime de Vichy, de restaurer une France catholique au-dessus de tout, y compris et surtout au-dessus de la République bâtie sur la Déclaration des Droits et l’Homme et du Citoyen.

Blog258_PhLePenTerrible passage que celui où Marion Maréchal-Le Pen, encouragée par son interviewer, juge qu’il n’y a pas de raison de mourir pour la République et la laïcité. La certaine idée de la France que se fait la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (entre Charles Maurras et son ami Jacques de Guillebon, intellectuel catholique ultra qui serait devenu son inspirateur) est encore plus réactionnaire que celle de l’ancêtre fondateur du Front national qui lui, n’avait jamais subordonné son action à une vision intégriste du catholicisme français appliquée à la sphère publique.

Au-delà de la manifestation de la tradition ultra-catholique, l’entretien est aussi instructif en ce qu’il acte une formidable opération de préemption des concepts et droits républicains.

Une position catholique intégriste

D’abord en ce que Marion Maréchal-Le Pen ne reconnaît pas le mariage civil et républicain, n’accordant de valeur qu’au seul mariage muni des sacrements de l’Église catholique. Le mariage républicain, facteur de cohésion civile, serait par nature impur d’un point de vue catholique. D’où l’appel lancé, de manière assez subtile, à une certaine forme de désobéissance civile, en invitant les catholiques de son bord à imiter certains musulmans afin de « forcer le débat ».

Manifestation à Paris de l'extrême-droite catholique en décembre 2011

Manifestation à Paris de l’extrême-droite catholique en décembre 2011

Nous sommes donc clairement en présence de la manifestation d’une position catholique intégriste, désireuse d’imposer à l’ensemble de la société, à rebours de toute considération de la liberté absolue de conscience, une vision de « la vérité » en politique qui ne se discute pas. Le tout au nom des « racines catholiques de la France » (notion encore plus étroite que « racines chrétiennes » puisqu’elle exclut de facto les protestants.

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Marion Marechal-Le Pen en 2013 (photo MAXPPP)

Il en est de même pour la laïcité, que Marion Maréchal-Le Pen détourne de son but pour en faire une arme de destruction massive identitaire. A l’entendre, la laïcité serait désormais le moyen pour les gens de son bord d’imposer un champ politique qui serait régi par les prescriptions d’un catholicisme intégral, seul qualifié pour être porteur de cette « vérité » qui permet de distinguer le bien et le mal, attendu que le Coran et la Torah (protégés qu’ils sont par le relativisme auquel aurait succombé, selon la députée frontiste, la Conférence des évêques de France) ne sont pas cette vérité. La laïcité de Marion Maréchal-Le Pen, c’est donc un outil identitaire dont on doit user contre tous ceux qui ne croient pas au seul Dieu catholique porteur de « vérité », sinon, comme elle le dit, « pourquoi Jésus serait-il venu mourir sur terre ? ». Tout se tient.

Ces éléments relatifs à la pauvre et simplette pensée politique de Marion Maréchal-Le Pen, aussi inquiétante qu’accablante, sont-ils de nature à éclairer les électeurs de PACA avant de passer dans les isoloirs ? Les résultats des élections régionales du dimanche 13 décembre 2015 ne le disent pas. Bien d’autres raisons ont pu écarter la prétention du FN d’accéder à la tête de la Région. Aurait-on pu imaginer vivre dans une région gouvernée par une présidente qui pense que l’idée qu’elle se fait de son Dieu est au-dessus de tout, y compris la République et ses lois ? Ce n’était vraiment pas une expérience à tenter cette fois-ci, mais la menace demeure pour les scrutins à venir !

S.J.

Dérèglement climato-politique sévère…

10 décembre 2015

Blog256_DessinPingouinQui pourra désormais affirmer que le dérèglement climatique est une vue de l’esprit après l’incompréhensible et dévastateur « tsunami » qui dimanche soir 6 décembre a plongé le Nord-est de la France dans un froid « extrême » comparable à celui qui sévit dans les régions polaires, tandis que le Sud-est subissait au même instant une vague de chaleur inédite, tout aussi « extrême », et dont les températures rivalisent avec celles des zones les plus désertiques de notre si belle planète.

Face à un tel accablement, aucune solution satisfaisante ne semble pouvoir enrayer ce phénomène inquiétant.

Blog256_DessinUrnePour autant, faut-il se résigner à en subir toutes les conséquences ? Si tel n’est pas le cas, alors il me semble que même si cela est déjà douloureux à formuler (et peut être impossible à accepter ?), seul un sursaut républicain digne de ce nom paraît susceptible de réparer un tel désordre.

Souvenons nous du passé lorsqu’une telle décision avait permis d’éviter sans doute le pire. Il s’agissait alors de contrer le père. Voilà maintenant que cela concerne la fille et la petite-fille…

Blog256_DessinPesteUn tel engagement verrait sa récompense dans le fait d’apporter un peu plus de douceur au nord et un peu plus de fraîcheur au sud. Et ceci, avec l’ultime espoir de rendre à nouveau fréquentables ces deux magnifiques régions sans plus avoir peur ni d’y grelotter de froid, ni d’y suffoquer de chaud !

Cela dépend de nous tous. Après, il sera trop tard. Et, il ne faut surtout pas perdre de vue que les cycles climatiques ne se renouvellent qu’après de très longues périodes d’alternance. Une raison de plus pour ne pas les perturber davantage par des erreurs de jugements irréversibles .

G.R.

Régionales 2015 : la Gauche existe-t-elle encore en PACA ?

8 décembre 2015
Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a fait l’effet d’une douche froide pour plus d’un électeur de gauche en région PACA comme dans le Nord-Picardie. Dans ces deux régions en effet où le Front National est arrivé largement en tête à l’issue du premier tour, voilà que les listes de gauche dont les scores ne sont pourtant pas ridicules, décident contre toute attente de se saborder et de se retirer avant même le deuxième tour, ne laissant à leurs électeurs d’autre choix qu’entre la peste et le choléra, voter pour le Front National ou pour la Droite soi disant républicaine mais dont le discours politique est à bien des égards aussi clivant et ultra-sécuritaire, le positionnement social largement aussi conservateur, et le programme économique beaucoup plus libéral que celui de l’extrême-Droite…

En région PACA, il est vrai que la stratégie de la Gauche était pour le moins périlleuse. La majorité sortante s’était offert le luxe de se présenter désunie alors que socialistes, écologistes et communistes travaillaient main dans la main depuis des années aux destinées du Conseil régional. Dans le cadre d’une élection au scrutin proportionnel à deux tours où il suffisait de recueillir 10 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, le raisonnement n’était pas absurde.

Vu le contexte politique général, les résultats ne sont guère brillants pour les candidats de gauche, mais pas non plus catastrophiques. En 2010, la liste socialiste conduite par Michel Vauzelle avait obtenu 25,8 % des suffrages au premier tour contre seulement 16,4 % à celle de Christophe Castaner en 2015. Mais ce sont surtout leurs alliés qui ont beaucoup perdu : en 2010, les écologistes avaient fait un score très honorable de près de 11 % tandis que le Front de Gauche dépassait les 6 %, alors que leur liste unie en 2015 a péniblement atteint 6,4 %, à peine davantage que la liste OVNI de l’Alliance écologiste indépendante…

Et pourtant, malgré ce score globalement décevant mais pas ridicule de la Gauche, force est de constater que la Droite n’a guère de raison de pavoiser : le score de la liste LR-UDI conduite par Christian Estrosi en 2015 est rigoureusement identique à celui de son prédécesseur Thierry Mariani en 2010 : 26,55 % des suffrages exprimés pour le premier contre 26,60 % pour le second !

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Le grand vainqueur de ces élections est donc bien sans contexte le Front National qui remporte 40,7 % des suffrages dès le premier tour, sans même compter les quelques voix grappillées par l’Union des Droites de Jacques Bompard. En 2015, ce sont près de 700 000 électeurs de la région PACA qui ont voté dès le premier tour pour la jeune Marion Maréchal-Le Pen alors que son grand-père en 2010 n’avait recueilli, malgré sa notoriété et son expérience politique incontestables, que moins de 300 000 voix… La poussée du Front National peut difficilement être niée ! Sur la commune de Carnoux-en-Provence, le nombre d’électeurs du Front National a doublé entre 2010 et 2015, atteignant désormais 47,5 % des suffrages exprimés.

Face à une telle percée, il paraît désormais bien difficile de refuser à une telle majorité d’électeurs la possibilité d’exercer le pouvoir dans un régime démocratique. C’est pourtant ce à quoi s’emploie toute la classe politique, au point que le Parti socialiste a exigé de ses candidats qu’ils se désistent en faveur de la Droite dont ils combattent pourtant les idées, et ceci dans les trois régions où le FN est arrivé en tête au premier tour. Manuel Valls avait déjà annoncé la couleur avant même les élections mais il est pour le moins surprenant qu’il ait été suivi aussi docilement par les têtes de liste au moins dans le Nord-Picardie et en PACA où Christophe Castaner a appelé sans le moindre état d’âme à voter pour la liste de Christian Estrosi.

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour... (photo B. Langlois / AFP)

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour… (photo B. Langlois / AFP)

Une telle attitude de la part du PS est proprement stupéfiante tant elle apporte de l’eau au moulin du Front National qui répète à l’envie depuis des années que le PS et l’ex-UMP sont des alliés indéfectibles qui appliquent exactement les mêmes politiques et sont prêts à tout pour se partager le pouvoir au détriment des candidats extérieurs au « système ». Venant d’un premier ministre qui applique depuis qu’il est au pouvoir le programme et les idées de la Droite, une telle décision n’est pas vraiment surprenante, mais il est quand même étonnant que sa majorité l’ait suivi sans rechigner dans un tel renoncement.

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Reste à savoir si les électeurs de gauche accepteront aussi facilement d’aller voter sur commande pour des candidats comme Christian Estrosi ou Xavier Bertrand qui annoncent clairement qu’ils n’ont pas la moindre intention d’infléchir pour autant leur programme politique. Sur un département comme les Bouches-du-Rhône où la Gauche a obtenu nettement plus de voix que la Droite, la pilule est amère pour les électeurs de gauche qui se voient ainsi privés de toute représentation politique au Conseil Régional pour les six ans à venir !

Dans une démocratie représentative, il est d’abord attendu des responsables politiques qu’ils représentent les idées de leurs électeurs et en défendent les intérêts de manière globale. Décider de manière unilatérale de ne pas se présenter au second tour alors qu’ils en avaient la possibilité revient à trahir totalement la confiance que leur avaient fait les milliers d’électeurs qui leur ont accordé leur suffrage. Pas sûr que cela contribuera à redonner envie de voter aux millions de Français, plus d’un sur deux, qui ont renoncé à aller voter dimanche dernier…

L.V.  LutinVertPetit

Régionales 2015 en PACA : 10 listes en lice

15 novembre 2015

Dans moins d’un mois aura lieu le premier tour des élections régionales, prévu le 6 décembre 2015 et, pour l’instant, l’attention est plutôt focalisée sur d’autres sujets, à quelques semaines de l’organisation de la COP 21 et en ce triste lendemain d’attentats meurtriers à Paris, revendiqués par des combattants de l’organisation islamiste Daech. Déjà, lors du précédent scrutin en mars 2010, le taux d’abstention avait dépassé les 55 % en région PACA au premier tour, et tout indique que la participation cette année ne sera pas exceptionnelle non plus…

La nouvelle carte des 13 régions administratives de métropole

La nouvelle carte des 13 régions administratives de métropole

Pourtant ces élections régionales sont importantes dans un pays désormais largement décentralisé, surtout après la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République adoptée en juillet 2015 qui donne encore davantage de compétences aux Régions, dont le nombre a été réduit de 22 à 13 en métropole, même si PACA fait partie de celles dont les contours n’ont pas évolué. Peu à peu et malgré les fortes réticences des élus locaux qui s’arque-boutent sur leurs prérogatives, les niveaux intermédiaires du mille-feuilles territorial commencent à perdre de leur influence au profit des deux principaux niveaux d’organisation que la construction européenne cherche à privilégier dans un souci louable de rationalisation : l’intercommunalité et la région.

Le rôle des communes est de plus en plus limité, quasiment réduit à la gestion des écoles primaires, même si cet échelon reste primordial pour l’animation de la démocratie de proximité et si le maire continue à jouer un rôle majeur, mais la quasi totalité des services publics de proximité est désormais confiée à l’intercommunalité. Pour l’instant, l’outil reste en construction sur l’aire marseillaise avec la future métropole qui peine à se mettre en place, mais c’est désormais à cette échelle que devront être gérés l’urbanisme, la voirie, les espaces verts, les déchets, l’eau, l’assainissement, …, bref la plupart des services du quotidien qui demandent à être pris en charge de manière cohérente, à une échelle suffisante et avec un niveau minimum de technicité pour agir avec cohérence et efficacité.

PACA_000333Les Départements quant à eux conservent une partie de leurs compétences mais se recentrent fortement sur le social tandis que la Région est désormais clairement fléchée sur le développement économique et l’aménagement du territoire, avec notamment l’organisation du transport ferroviaire régional et désormais des liaisons interurbaines, mais aussi en matière de formation professionnelle et d’éducation (lycées). L’organisation territoriale reste néanmoins complexe et la plupart des citoyens ont bien du mal à s’y retrouver dans cette répartition des compétences, surtout lorsque de nombreux élus s’obstinent à empiler les casquettes comme c’est le cas depuis les dernières élections départementales

En tout cas, ce n’est pas l’offre politique qui manquera lors des prochaines régionales, et l’électeur aura largement le choix pour le premier tour puisque ce sont pas moins de 10 listes qui devraient se présenter à ses suffrages en région PACA ! A l’extrême droite, il aura ainsi le choix entre la liste Front National conduite par la députée Marion Maréchal-Le Pen et celle de l’Union des Droites pilotée par le maire d’Orange Jacques Bompart.

Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen (photo SIPA parue dans metronews)

Christian Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen (photo SIPA parue dans metronews)

A droite, la liste pilotée par le cumulard Christian Estrosi, député, maire de Nice et président de la métropole Nice-Côte d’Azur, rassemble ex UMP, UDI et MODEM. Dans les Bouches-du-Rhône, elle sera pilotée par le député européen Renaud Muselier, la sénatrice Sophie Joissains et le député Bernard Deflesselle. Mais elle sera concurrencée par une liste présentée au nom du parti Debout la France ainsi que par une liste UPR (Union populaire républicaine) qui prône ni plus ni moins que le retrait de la France de l’Otan et de l’Union européenne ! Citons également la liste de l ‘Alliance écologiste indépendante qui devrait être conduite par un de ses secrétaires nationaux qui, lors de l’élection présidentielle de 2012, appelait de ses vœux une candidature de Brigitte Bardot, tout un programme…

Sophie Camard et Jean-Marc Coppola lors d'une conférence de presse commune en septembre 2015

Sophie Camard et Jean-Marc Coppola lors d’une conférence de presse commune en septembre 2015

A gauche, Lutte ouvrière et Nouvelle Donne devraient chacun présenter une liste, avec un risque très élevé de ne pas atteindre la barre de 5 % des suffrages exprimés leur permettant de bénéficier du remboursement de leurs frais de campagne. Quant aux trois partenaires qui constituent la majorité sortante et qui se présentaient sur trois listes séparées lors du premier tour en 2010, ils se sont rassemblés pour le scrutin du 6 décembre 2015 en deux pôles distincts. D’un côté, une liste dénommée La Région coopérative sociale, écologiste et citoyenne, rassemble Front de Gauche et écologistes de EELV et est conduite par le tandem constitué par deux conseillers régionaux sortants, Sophie Camard et Jean-Marc Coppola.

De l’autre, une liste conduite par le député-maire de Forcalquier, social-démocrate assumé et récent rapporteur de la loi Macron, Christophe Castaner,

Chrstophe Castaner, tête de liste socialiste pour les régionales (photo A. Rancoule / 20 Minutes)

Chrstophe Castaner, tête de liste socialiste pour les régionales (photo A. Rancoule / 20 Minutes)

s’est constituée autour du Parti socialiste, du PRG et de la toute nouvelle Union des démocrates et écologistes. Une liste qui, dans les Bouches-du-Rhône, sera conduite par Christophe Madrolle, passé par différents partis de Génération écologie jusqu’au MODEM via Les Verts.

Les premiers sondages indiquent que les listes du Front National et de la Droite devraient se retrouver en tête, au coude à coude à l’issue du premier tour, ce qui pourrait conduire à une triangulaire au second tour, le 13 décembre, après fusion des deux listes de gauche, dont les équipes dirigent ensemble la Région depuis 1998 sous la houlette de Michel Vauzelle et qui ne devraient donc pas avoir de mal à présenter un programme unique. Reste que le contexte national n’est guère favorable à la gauche et que les niveaux d’abstention seront très probablement élevés, ce qui laisse la porte ouverte à beaucoup d’incertitudes…

L.V.  LutinVertPetit

Les aventures d’un écologiste qui rachète le littoral provençal…

25 octobre 2015
Christian Desplats

Christian Desplats

C’est une saga peu commune que raconte le livre intitulé « Batailles en bord de mer », sous-titré « Les défis de la protection du littoral ». Son auteur : Christian Desplats, actuel co-président du groupe Europe écologie – les Verts au Conseil Régional PACA où il ne se représentera pas pour les prochaines élections. Entré en politique comme adjoint au maire de Rougiers, petite commune de la Sainte-Baume, il a été entre 1989 et 2010 délégué du Conservatoire du Littoral, d’abord pour le Var puis pour toute la région Provence-Alpes Côte d’Azur, avant d’être élu président de l’ARPE, l’agence régionale pour l’environnement, de 2010 à 2013.

Blog240_PhLivreCe livre de souvenirs, accessible sur demande pour 15 € (contact@batailles-en-bord-de-mer.com), se lit comme un roman. Il relate 12 négociations menées par l’auteur pour le compte du Conservatoire du Littoral, afin d’arracher des griffes de la spéculation immobilière, des espaces littoraux remarquables, souvent menacés d’urbanisation ou par des projets d’aménagement touristiques. Pendant 20 ans, Christian Desplats a sillonné le littoral de la Provence et de la Côte d’Azur, avec son air souriant et débonnaire qui cache une ténacité redoutable et un talent remarquable de négociateur. Son objectif : racheter des terrains en bord de mer pour les soustraire à l’urbanisation, permettre leur protection définitive et les ouvrir au public.

Le Salin des Pesquiers sur la presqu'île de Gien à Hyères, 564 ha acquis et protégés depuis 2006 par le Conservatoire du Littoral

Le Salin des Pesquiers sur la presqu’île de Gien à Hyères, 564 ha acquis et protégés depuis 2006 par le Conservatoire du Littoral

Pendant toutes ces années, il s’est acharné à convaincre propriétaires, aménageurs, promoteurs et investisseurs que leur seule issue était de vendre au Conservatoire du Littoral des terrains, souvent d’une grande beauté paysagère et toujours d’une richesse écologique remarquable, destinés initialement à la spéculation immobilière mais devenus inconstructibles du fait de la loi Littoral.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la tâche n’était pas de tout repos comme le raconte Christian Desplats dans son libre-témoignage où il tient son lecteur en haleine. Certains propriétaires aux abois ne demandent pas mieux que de négocier avec le Conservatoire du Littoral qui, au terme de ses 40 ans d’existence, détient désormais près de 160 000 hectares de littoral soustrait à la folie spéculatrice. Mais ce n’est pas le cas de tous les interlocuteurs avec qui Christian Desplats a eu affaire. On y croise ainsi de redoutables affairistes dont l’homme d’affaire Vincent Bolloré, à la hauteur de sa réputation et dont on constate qu’il vaut mieux ne pas trop se fier à sa parole…

Plage des Brouis près du Cap Lardier, à La Croix-Valmer

Plage des Brouis près du Cap Lardier, à La Croix-Valmer

On y retrouve de nombreuses affaires qui ont défrayé la chronique dont celle du domaine de la Bastide blanche et ses 55 hectares au dessus du Cap Lardier à deux pas de Saint-Tropez. Le Conservatoire du Littoral a échoué à racheter cette propriété qui suscitait bien des convoitises, mais s’est rattrapé en négociant discrètement avec un vieil architecte allemand le rachat de la propriété voisine de la Vieille Bastide avec sa villa atypique semi-enterrée surnommée Octopus et construite sans la moindre autorisation ! On y découvre aussi les démêlés qui ont opposé pendant des années le Conservatoire du Littoral aux Salins du Midi dans une perpétuelle partie de poker menteur agrémentée de multiples recours en justice. Au point qu’il a été question à un moment de se porter directement acquéreur de l’entreprise et de ses 30 000 hectares de marais salants littoraux, quitte à laisser à un industriel la partie encore exploitée…

La Plaine des Maures

La Plaine des Maures

On y apprend aussi comment, en 1993, pour contrer l’implantation par le groupe Michelin d’un centre d’essai de pneumatiques en plein cœur de la Plaine des Maures, un vaste espace naturel préservé, aux allures de savane africaine, situé en centre Var et qui abrite la fameuse tortue d’Hermann, Christian Desplats a suggéré au ministère de l’environnement d’y étendre le champ d’action du Conservatoire du Littoral à plus de 25 km de la mer. Même Théodore Monod se met de la partie et vient plaider la cause de la sauvegarde de ce fabuleux paysage menacé, tandis que les élus varois se déchainent contre ces velléités écologistes. Il a fallu, pour calmer les protestations de Michelin, lui racheter les presque 900 ha déjà acquis et surtout lui trouver un autre site de substitution, finalement déniché à proximité de Vins-sur-Caramy. Beaucoup d’argent public dépensé, pour un projet que Michelin n’a en réalité jamais mené à terme, mais qui a été un des éléments déclencheurs pour parachever la protection de la Plaine des Maures devenue depuis Réserve naturelle.

Blog240_PhLogoPeu à peu, au gré de ces négociations au long cours et malgré les tentatives d’intimidations voire les assassinats qui émaillent le parcours de ces marchandages en terrain miné, le Conservatoire du Littoral grignote, hectare après hectare, des espaces naturels désormais signés de son fameux chardon bleu, une plante robuste et particulièrement bien adaptée aux terrains difficiles.

L’objectif affiché d’acquérir progressivement un tiers du littoral français afin de le mettre définitivement à l’abri de la spéculation immobilière n’est pas encore en vue et le mitage des espaces naturels côtiers se poursuit, mais on doit à la ténacité de Christian Desplats et de ses collègues du Conservatoire du Littoral quelques belles victoires comme les milliers d’hectares du massif des Agriates dans le nord de la Corse.

Embouchure de l'Ostriconi, dans le massif des Agriates en Haute-Corse

Embouchure de l’Ostriconi, dans le massif des Agriates en Haute-Corse

On ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage, qui se lit comme un roman policier, à toux ceux qui se préoccupent de l’avenir de nos rivages menacés par la perte de biodiversité et par le bétonnage à outrance…

L.V.  LutinVertPetit

Élections régionales 2015 : quelles perspectives ?

7 septembre 2015

Dans trois mois aura lieu le premier tour des prochaines élections régionales, le 6 décembre 2015, et bien malin qui pourrait dire ce qu’il en ressortira… Une chose est sûre néanmoins : la Gauche qui dirige, depuis 2010 et souvent depuis bien plus longtemps, 21 des 25 Conseils régionaux actuels (à l’exception de l’Alsace, de la Guyane et de la Réunion) risque fort de devoir céder du terrain, dans la droite ligne des élections municipales, départementales, sénatoriales, et européennes qui se sont toutes soldées par des défaites relativement sévères…

La nouvelle carte des 13 régions métropolitaines

La nouvelle carte des 13 régions métropolitaines

Le contexte de ces élections qui se profilent est toutefois assez particulier. Depuis le dernier scrutin, qui remonte à mars 2010, le paysage a bien changé. Le territoire métropolitain sera désormais divisé en 13 régions à partir du 1er janvier 2016, en lieu et place des 22 qui préexistaient et la fusion s’est bien souvent faite dans la douleur…

La compétence des régions s’est renforcé également à l’occasion de la loi récente de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles adoptée en janvier 2014, puis de celle portant sur la nouvelle organisation territoriale de la république et qui vient tout juste d’être votée. La Région est désormais clairement identifiée comme chef de file sur de multiples compétences dont le développement économique, la formation professionnelle, la gestion des lycées, les transports ferroviaires régionaux, mais aussi la gestion de nombreux schémas d’aménagement du territoire et le développement des grandes infrastructures, au travers notamment des contrats de plan État-Région. Un rôle qui s’accroît au détriment de celui des départements, la région et l’intercommunalité sortant nettement renforcées des récentes évolutions législatives en matière d’organisation territoriale.

Christophe Castaner, député-maire de Forcalquier (photo © J. Matheron / AFP)

Christophe Castaner, député-maire de Forcalquier (photo © J. Matheron / AFP)

La Région PACA fait partie des rares régions métropolitaines dont les contours restent inchangés. Mais il n’en sera très probablement pas de même quant à son mode de gouvernance. Présidé depuis 1998 par le socialiste Michel Vauzelle qui a été réélu sans difficulté en 2004 et en 2010, le Conseil régional changera forcément de président puisque l’ancien maire d’Arles et éphémère ministre de la Justice de François Mitterrand ne se représente pas. C’est l’actuel député des Alpes de Haute-Provence et maire de Forcalquier, vice-président du Conseil régional délégué à l’emploi et à l’économie jusqu’en 2012, qui devrait mener la liste socialiste lors des prochaines élections.

L’assemblée sortante, élue en mars 2010 et qui compte 123 membres, comporte une large majorité de gauche qui s’appuie sur 41 élus socialiste ou radicaux, 20 écologistes et 11 représentants du Front de Gauche. L’opposition actuelle se partage entre 30 élus de Droite et 21 du Front National. Mais le contexte politique actuel ne paraît guère favorable à la Gauche. Face à la liste conduite par Christophe Castaner, c’est le maire de Nice, Christian Estrosi qui mènera le combat, à la tête d’une liste rassemblant Les Républicains (ex-UMP) et l’UDI, et dont le chef de file dans les Bouches-du-Rhône sera le revenant Renaud Muselier, déjà député européen. A entendre les discours ultra-réactionnaires et xénophobes de M. Estrosi depuis son entrée en campagne, on comprend d’ailleurs que son principal adversaire dans cette campagne ne sera pas la liste socialiste mais plutôt celle du Front National, dirigée par la petite fille de Jean-Marie Le Pen, la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen qui entend bien confirmer lors de ces prochaines élections les bons scores récents de ce parti dans plusieurs des départements de PACA.

Marion Maréchal-Le Pen et Christian Estrosi (photos © B. Horvat et V. Hache / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen et Christian Estrosi (photos © B. Horvat et V. Hache / AFP)

Les débats entre ces deux listes promettent d’être assez nauséeux, avec un vrai risque de surenchère autour de politiques de repli sécuritaire. Mais curieusement, la Gauche préfère aborder ces élections de manière désunie. Les écologistes, dont la tête de liste devrait être la Marseillaise Sophie Camard, présidente du groupe EELV à la Région, ont en effet refusé de s’associer à leurs alliés socialistes et feront donc liste à part au premier tour, sauf peut-être à s’allier au Front de Gauche, mais rien n’est encore décidé de ce côté. Une chose est sûre, les communistes et le Parti de Gauche, emmenés par Jean-Marc Coppola, vice-président du Conseil régional en charge des lycées et du patrimoine, refusent également de faire liste commune avec les socialistes. Une stratégie qui globalement arrange bien leurs adversaires de Droite et d’Extrême-Droite…

Jean-Marc Coppola et Sophie Camard

Jean-Marc Coppola et Sophie Camard

Que ressortira t-il de ce joyeux pastis dans lequel chacun semble chercher à tirer la couverture à lui sans guère se préoccuper pour l’instant de bâtir un quelconque programme ? L’avenir le dira. Les règles du scrutin sont certes plutôt favorables à un émiettement des candidatures au premier tour puisqu’il suffit de 5 % des suffrages exprimés pour pouvoir fusionner avec une autre liste et 10 % pour se maintenir au second tour. Mais cela reste un suffrage majoritaire, contrairement à celui qui prévalait en 1986, à l’époque où Jean-Claude Gaudin dirigeait sans aucun état d’âme la Région PACA avec ses alliés du Front National. Désormais, la liste arrivée en tête du 2ème tour obtient d’emblée 25 % des sièges et le reste se partage à la proportionnelle, de telle sorte que la liste majoritaire, même avec 33 % des suffrages obtient la majorité absolue des sièges.

Reste à voir si la stratégie de division de la Gauche au premier tour de ces élections est la meilleure pour espérer arriver en tête du second tour face à des listes de Droite et d’Extrême-Droite emmenées par des ténors très médiatisés et qui se présentent soudés face à leurs électeurs ?

L.V.  LutinVertPetit

Maud Fontenoy, la meilleure ennemie de l’environnement

3 juillet 2015

La nouvelle déléguée à l’environnement du parti de Nicolas Sarkozy, Les Républicains, s’est mise au diapason de son nouveau patron qui n’avait pas hésité à affirmer le fond de sa pensée en déclarant en 2011 lors d’une table ronde devant un parterre d’agriculteurs : « l’environnement, ça commence à bien faire ».

BloG202_PhTraverséeL’ex-navigatrice Maud Fontenoy, plus connue pour son fameux coup de rame qui lui avait permis de traverser l’Atlantique Nord en 2003, puis une partie du Pacifique, vient en effet de rejoindre la commission exécutive de l’ex-UMP après avoir figuré déjà en 2004 sur la liste UMP conduite alors par Jean-François Copé lors des élections régionales en Ile-de-France. Elle figure d’ailleurs en bonne place dans l’équipe de campagne de Christian Estrosi pour les prochaines Régionales fin 2015, cette fois en PACA.

Habituée à naviguer « à contre-courant », Maud Fontenoy avait d’ailleurs clairement annoncé la couleur dans le titre de son précédent livre paru en 2013 et intitulé « Ras le bol des écolos ». Pour quelqu’un qui a construit toute sa notoriété sur la défense de l’écologie et qui se présente comme porte-parole de l’UNESCO pour la défense des océans, la formule est pour le moins provocatrice. Mais elle va beaucoup plus loin dans son dernier ouvrage qui vient de paraître sous le titre de « Les raisons d’y croire » et qui défend les thèses les plus réactionnaires en matière environnementale, au point d’avoir conduit le magazine Elle à la traiter d’ « abbé Pierre militant en faveur de l’optimisation fiscale ».Blog202_PhLivreRaisonsCroire

Il faut dire qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuillère, n’hésitant pas à qualifier le recours aux gaz de schiste d’ « atout écologique ». Elle estime en effet que les méthodes d’extraction utilisées au Canada n’ont finalement qu’un impact limité sur la pollution des milieux naturels et en particulier des nappes souterraines, ce qui rend ce type d’exploitation tout à fait acceptable. Pourquoi en effet se casser la tête à développer les énergies renouvelables alors qu’il reste encore un peu d’huile et de gaz de schiste à exploiter sous nos pieds et que les compagnies pétrolières piaffent d’impatience pour développer l’exploration dans nos contrées après avoir ravagé le sous-sol américain ? Avec ce genre de raisonnement, l’homme en serait sans doute resté à l’âge de la pierre car après tout, ce n’est pas la matière première qui manque, n’est-ce pas ? Oublié en tout cas l’impact catastrophique des énergies fossiles sur le changement climatique global : il est vrai que lorsqu’on flotte sur les océans, on se moque bien de l’élévation de leur niveau…

Exploitation de gaz de schiste (photo circle of blue)

Exploitation de gaz de schiste (photo circle of blue)

Pas d’état d’âme non plus vis-à-vis des OGM dont elle ne voit absolument pas pour quelle raison on se montrerait méfiant quant à leur généralisation. Le fait que ce développement se fasse pour le grand profit des multinationales comme Monsanto et au détriment des petits agriculteurs, contraints d’acheter chaque année des semences stériles et les produits de traitement qui vont avec, ne semble pas le moins du monde gêner la navigatrice très à l’aise avec le grand patronat, au point d’avoir installé le milliardaire François Pinault en bonne place de sa fondation comme cela lui a été parfois reproché.

Blog202_PhRoundupCe coup de pouce en faveur des multinationales de l’agro-chimie va même bien plus loin puisque Maud Fontenoy n’hésite pas à plaider dans son dernier livre en faveur du Roundup, le produit phare de Monsanto, injustement attaqué par la vindicte populaire. Et pour cela, les approximations les plus grossière et les mensonges les plus éhontés ne lui font pas peur ! Comme l’indique la revue Politis, elle explique tranquillement que l’étude du Centre International sur le Cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation Mondiale pour la Santé, n’apporte aucune preuve pour classer le principal composant de ce désherbant, le fameux glyphosate que l’on retrouve désormais dans la majorité de nos cours d’eau, comme « probablement cancérigène ». Elle réclame, posture classique de la Droite qui relaie les demandes des industriels et de la FNSEA, de nouvelles études « pour réfléchir ». Manifestement, la leçon de l’amiante et celle du sang contaminé se semblent pas avoir été retenues par tous…

Même posture sur la question des modes de transports. A Paris, Maud Fontenoy ne craint pas d’affirmer que les vélos commencent à prendre beaucoup trop de place et qu’il est temps de réaffecter les voies sur berge à la circulation automobile : même sa concurrente Nathalie Kosciusko-Morizet s’en étrangle d’étonnement ! Quant au diesel, qui émet certes un peu moins de CO2 qu’un moteur à essence, mais dégage davantage d’oxydes d’azote, encore plus impactant pour notre environnement, et surtout des particules fines très nocives pour la santé humaine, l’ex-navigatrice ne voit aucune raison d’en limiter progressivement l’usage comme le souhaite Anne Hidalgo à Paris. A l’entendre, « il y a des filtres à particules fines qui existent, il y a des diesel qui ne polluent pas ». La solution est donc simple : il suffit de subventionner l’achat de nouveaux véhicules diesel et les industriels ne s’en porteront que mieux…

Maud Fontenoy et Nicolas Sarkozy à l'hôtel Bristol le 4 juin 2015 : une grande proximité ! (photo ©Bestimage)

Maud Fontenoy et Nicolas Sarkozy à l’hôtel Bristol le 4 juin 2015 : une grande proximité ! (photo ©Bestimage)

Avec de tels défenseurs de l’environnement, au moins la Droite ne prend pas le risque d’inquiéter ses électeurs quant à l’ampleur des défis environnementaux qui nous attendent. On est bien loin du discours que tenait en 2008 un certain Nicolas Sarkozy à l’occasion des discussions du Grenelle de l’environnement, lorsqu’il affirmait tout feu tout flamme : «  La France considère avoir une impérieuse obligation de résultat en matière de préservation de l’environnement. On n’est plus dans l’incantation, on est dans la décision ». Une erreur de jeunesse sans doute, bien vite oubliée par lui et par ceux qui le soutiennent, et tant pis pour l’avenir de notre planète et des futures générations…

L.V. LutinVertPetit