Archive for juin 2016

Du cognac produit en Arménie par Pernod Ricard ?

27 juin 2016

La diaspora arménienne est particulièrement implantée dans les Bouches-du-Rhône où elle compterait de l’ordre de 80 000 à 150 000 ressortissants ayant des origines en Arménie. La plupart se sont réfugiés ici après le génocide de 1915, mais certains commerçants s’étaient implantés à Marseille dès le XVe siècle, au point que Colbert leur octroya en 1669 un statut spécifique de port franc.

Rencontre de Martine Vassal avec le Catholicos Karékine II à Erevan, le 20 juin 2016 (©La Marseillaise)

Rencontre de Martine Vassal avec le Catholicos Karékine II à Erevan, le 20 juin 2016 (©La Marseillaise)

Martine Vassal, présidente du Conseil départementale des Bouches-du-Rhône et dont la mère est d’origine arménienne, ne pouvait rester insensible au poids électoral d’une telle communauté, fortement implantée dans son canton de Mazargues. C’est donc tout naturellement qu’elle vient de se rendre en Arménie pour une visite de trois jours, à la tête d’une délégation d’une trentaine de personnes, dont de nombreux élus, des chefs d’entreprises et des responsables associatifs, ainsi que l’a rapporté La Marseillaise.

Photo publiée dans La Provence le 22 juin 2016

Photo publiée dans La Provence le 22 juin 2016

A l’occasion de cette visite, le journal La Provence a évoqué avec admiration l’implantation réussie du groupe Pernod Ricard, dont le siège est à Marseille et qui produit depuis 1998 du cognac en Arménie. Avec un certain succès puisque le groupe se targue d’être celui qui paye actuellement le plus d’impôts dans cette petite république du Caucase… Plus de succès en tout cas que l’opérateur de téléphonie Orange qui vient justement de quitter l’Arménie où il cherchait à se développer depuis 2009 sans avoir réussi à atteindre la rentabilité espérée. A croire que les Arméniens sont plus gros consommateurs d’alcool que de téléphones mobiles !

Vignoble au pied du monastère de Khor Virap en Arménie

Vignoble au pied du monastère de Khor Virap en Arménie

Mais quand même… Produire du cognac en Arménie, alors même que les viticulteurs français sont vent debout contre les appellations usurpées de champagne californien… Pernod Ricard se serait-il lancé à son tour dans l’industrie de la contrefaçon bien que le cognac fasse l’objet d’une appellation d’origine contrôlée dont l’aire de production est délimitée depuis 1909 ? Il est vrai que le cognac en question est exporté pour l’essentiel en Russie (à 85 %), en Ukraine et en Biélorussie, mais de là à faire croire aux Charentais que l’on peut sans problème produire du cognac sur les pentes du mont Ararat…

Site préhistorique de vinification à Areni-1

Site préhistorique de vinification à Areni-1

Il faut dire pour être honnête que les Arméniens ont une longue expérience viticole. On considère même désormais que c’est dans cette région et dans la Georgie voisine qu’a été inventée la viticulture en transformant la vigne sauvage vinis vinifera sylvestris en vigne cultivée. En 2007, une campagne archéologique américano-arménienne a d’ailleurs retrouvé, près du site d’Areni, un vase contenant des pépins de raisins datant de plus de 6000 ans. De nouvelles fouilles réalisées en 2010 ont mis à jour les vestiges d’un fouloir préhistorique du Chalcolithique et confirmé l’existence de pratiques de vinifications datant de 6100 ans avant notre ère. De quoi donner de la consistance au récit biblique qui situe justement sur les pentes du mont Ararat, à la frontière entre la Turquie et l’Arménie orientale, le lieu où le patriarche Noé aurait planté des vignes à la fin du Déluge et aurait pris ensuite la première cuite dont l’Histoire a conservé la trace.

Siège de la société YBC en Arménie

Siège de la société YBC en Arménie

Quant au « Cognac d’Arménie », qui aurait effectivement bénéficié d’une telle appellation en 1900, il ne s’agit bien sûr pas d’un vrai cognac et d’ailleurs la filiale de Pernod Ricard qui le produit et le commercialise, se garde bien d’employer ce terme sur son site ! Sa dénomination officielle est « brandy » et la société en question s’appelle la Yerevan Brandy Company (YBC), ou pour reprendre son petit nom arménien « Երևանի Կոնյակի Գործարան », ce qui signifie, comme chacun l’aura compris, « Société des brandies d’Erevan »).

Cette société YBC, rachetée en 1998 par Pernod Ricard pour la modique somme de 30 millions de dollars, est l’entreprise principale en Arménie pour les boissons alcoolisées. Fondée en 1887, elle s’est distinguée lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris, où son brandy a reçu un grand-prix et le droit d’être appelé « cognac », une appellation qui n’est plus légale désormais et qui a été remplacé par celle de « brandy arménien », strictement réglementée depuis 1999. A partir de 1953, la société YBC détient le monopole de la production de brandy arménien et commercialise du brandy ordinaire mais aussi des produits plus sophistiqués dont le brandy Ararat de 30 ans d’âge. La richesse des flacons du brandy Ararat, baptisé du nom d’Erebuni (l’ancien nom de l’actuelle capitale Erevan), montre bien d’ailleurs que le marché visé est plutôt celui des produits de luxe…Blog317_PhFlacon

Sur son site, auquel il faut montrer patte blanche pour accéder, Pernod Ricard met en avant les efforts déployés au travers de sa filiale YBC pour aider les vignerons de la région de Tavush à renouveler leurs plantations et à s’équiper en vue d’augmenter leur productivité. Les viticulteurs en question ont été structurés en coopérative et reçoivent le soutien de Planet Finance pour bénéficier d’un accès au micro-crédit, mais aussi à des formations. Un véritable conte de fées pour développer le commerce équitable en Arménie, à en croire les communicants de Pernod Ricard, deuxième groupe mondial de vins et spiritueux, qui se plait manifestement à mettre en avant sa fibre philanthropique, y compris lorsqu’il s’agit de produire en Arménie du faux congac pour le marché russe. Vive la mondialisation heureuse !

L.V.  LutinVert1Small

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Brexit : un passager clandestin de l’Europe saute à la mer…

25 juin 2016

L’événement aura marqué profondément les esprits en pleine confrontation sportive de l’Euro 2016 : le Royaume-Uni vient de décider à une large majorité de près de 52 % de quitter l’Union européenne. C’est une grande première depuis les tout débuts de la construction européenne et son élargissement tous azimuths, le début de la fin pour le radeau européen qui tangue de plus en plus fort ?Blog316_PhRadeau

Il faut reconnaître que, depuis des décennies, les rapports entre le Royaume-Uni et les autres pays de l’Union européenne ne sont pas si simples, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron avait traité le royaume britannique de « passager clandestin de l’Europe », quelques jours seulement avant la tenue du référendum. Déjà au début des années 1950, lorsqu’il avait été question de créer la Communauté économique du charbon et de l’acier, amorce de la construction européenne, les Britanniques ont refusé d’y participer et ont aussitôt lancé leur projet concurrent de zone de libre échange, l’AELE, avec 6 autres pays dont la Suisse et la Norvège qui n’ont toujours pas rejoint l’Union européenne à ce jour.

Margaret Thatcher

Margaret Thatcher

Après l’échec de cette construction opportuniste et sans lendemain, c’est Charles de Gaulle qui par deux fois, en 1961 et 1967, a mis son véto à l’entrée du Royaume-Uni dans CEE. Il a donc fallu attendre 1973 pour que ce pays intègre enfin la construction européenne mais avec la ferme volonté d’y servir d’abord ses propres intérêts comme l’exprima crûment Margaret Thatcher en 1979 avec son célèbre « I want my money back ».

On a connu position plus altruiste… Mais les Britanniques finiront par obtenir gain de cause en 1984, obtenant des arrangements pour contribuer de manière allégée au budget de la Politique agricole commune. Depuis le début de la construction européenne, il semble en fait que le Royaume Uni ait toujours eu pour principale préoccupation de vouloir empêcher cette construction de se développer et ait pour cela longtemps hésité entre la détruire de l’intérieur ou de l’extérieur. Depuis que ce pays a mis le pied dans l’édifice, il a donc tout fait pour essayer d’en contourner les règles et d’affaiblir autant que possible toute construction sociale ou politique de cet espace communautaire.

Pour cela, il a constamment cherché à négocier des dérogations, sous forme d’opting out, qui sont des dispenses de participation à l’espace Schengen, à l’espace de liberté, de sécurité et de justice, à la charte des droits fondamentaux et surtout à la zone euro. A chaque fois, les Britanniques ont tenté d’imposer leur point de vue ultralibéral et, quant ils n’y ont pas pleinement réussi, ils ont négocié une dérogation pour ne pas être soumis aux règles communes…

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

Dans ces conditions, le résultat du référendum du 23 juin est assez logique même s’il constitue un véritable camouflet pour celui qui l’avait organisé, le premier ministre David Cameron. Ce dernier avait voulu surfer sur les sentiments europhobes de son électorat conservateur en tapant du poing sur la table à Bruxelles pour négocier des conditions encore plus avantageuses pour son pays. Mais il ne pensait pas que la plaisanterie irait aussi loin et se retrouve désormais obligé d’annoncer sa propre démission à la suite d’un tel résultat. A force de critiquer l’Europe, il a fini par convaincre son propre électorat de la nécessité d’en sortir, au grand regret des milieux d’affaire londoniens qui, eux, avaient bien compris tout l’intérêt de se maintenir dans l’Union européenne…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Dans cette affaire, les caricatures n’ont pas manqué de part et d’autre. L’ancien maire de Londres, l’opportuniste Boris Johnson, s’y est distingué en se moquant allègrement de « ces eurocrates qui nous gouvernent et qui nous pourrissent la vie », les accusant de se concentrer sur la normalisation de la courbure des bananes plus que sur les priorités du peuple britannique. La campagne a avivé les pires sentiments xénophobes et nationalistes, culminant avec l’assassinat en pleine rue de la député travailliste Jo Cox une semaine avant le scrutin. Elle a aussi mis en évidence les contradictions du camp conservateur au point que pas moins du tiers des membres du gouvernement ont fait campagne pour le Brexit, à l’inverse du chef du gouvernement…

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l'UE (© Getty)

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l’UE (© Getty)

Les travaillistes eux-mêmes, pourtant traditionnellement pro-européens, se sont montrés assez partagés dans cette campagne. Leur nouveau leader, Jeremy Corbyn, a timidement prôné le maintien dans l’Union européenne dont il critique pourtant à longueur de temps les dérives néolibérales, reconnaissant que la situation serait encore bien pire si le Royaume-Uni était livré à lui-même et à ses propres démons, mais laissant à Tony Blair ou au nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, le soin de porter le discours anti Brexit.

Bien malin qui pourrait dire désormais quelles vont être les conséquences de ce vote. Les plus immédiates se sont traduites par un net fléchissement des marchés boursiers, celui de la City ayant paradoxalement moins réagi car les transactions qui y sont opérées touchent finalement assez peu le marché européen lui-même. La livre devrait voir son cours baisser par rapport à celui de l’euro et la Banque centrale d’Angleterre a déjà annoncé son intention d’injecter pas moins de 326 milliards d’euros pour en stabiliser le cours : la note est pour le moins salée !

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

En Ecosse, qui a voté à 62 % pour le maintien dans l’Union européenne, les conséquences risquent d’être un peu rudes, même s’il est trop tôt pour savoir si cela pourrait accélérer une nouvelle velléité d’indépendance après le référendum perdu de 2014. Gibraltar, qui a voté à 95 % contre le Brexit, pourrait aussi remettre sur le tapis la question de son éventuel rapprochement avec l’Espagne, tandis que l’Irlande pourrait voir une nouvelle frontière physique s’établir entre le Nord et le Sud, ce qui constituerait un formidable retour en arrière pour ce pays encore meurtri par des décennies de guerre civile…

Une véritable onde de choc donc que ce référendum, d’autant que chacun perçoit bien que, s’il avait eu lieu dans les mêmes termes, dans un autre pays européen dont la France, le résultat n’aurait peut-être pas été très différent…

L.V.  LutinVert1Small

La Société générale au banc des accusés ?

22 juin 2016

Décidément, les banques n’arrêtent pas de faire parler d’elles. On se souvient de la quasi faillite du Crédit Lyonnais dans les années 1990, après moult scandales et de lourds contentieux judiciaires, conduisant finalement au rachat de la vénérable institution par son concurrent du Crédit agricole et son changement de dénomination commerciale pour devenir LCL en 2005. On a encore en tête l’affaire de la banque HSBC accusée en 2014 d’avoir favorisé l’évasion fiscale à grande échelle, y compris pour plus de 3000 conribuables français, créant un manque à gagner de plus de 4 milliards d’euros pour l’État.

Blog315_PhLogoEn la matière malheureusement, les révélations se suivent et se ressemblent beaucoup. Lors de l’affaire dite des Panama Papers, c’est la Société générale qui s’est retrouvée particulièrement exposée car identifiée comme l’une des cinq banques mondiales à avoir le plus ouvert de comptes off shore dans les paradis fiscaux dont celui de Panama et mise en accusation pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». Cette affaire, révélée par de nombreux médias à partir d’avril 2016, est basée sur l’exploitation de fichiers de données issus du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca et portant sur la création de plus de 210 000 sociétés-écran enregistrées dans ce pays entre 1970 et 2015.

Déjà l’affaire Kerviel en 2008 avait révélé à quel point la Société générale jouait au casino en dehors de toute mesure, provoquant pour la banque une perte sèche de 4,9 milliards d’euros (compensée quand même à hauteur de 1 miliard d’euros par le contribuable français dont la générosité n’est jamais en défaut), et permettant au passage à Frédéric Oudéa d’accéder au fauteuil de directeur général tandis que son prédécesseur, Daniel Bouton, se contentait de rester président du groupe…

Action des intermittents du spectacle devant une agence de la Société générale à Caen le 24 avril 2016 (photo Ouest France)

Action des intermittents du spectacle devant une agence de la Société générale à Caen le 24 avril 2016 (photo Ouest France)

Histoire de renflouer la banque, l’État lui avait alors accordé généreusement un prêt de 3,4 milliards d’euros, une somme remboursée intégralement dès l’année suivante par la banque qui n’en avait manifestement pas vraiment besoin et qui tenait à le faire savoir ! Pour bien confirmer l’excellente profitabilité de la Société générale, ses principaux dirigeants, dont l’ancien PDG Daniel Bouton et le nouveau directeur Frédéric Oudéa, s’octroyaient dès 2009 de très généreuses stock-option, un geste jugé pour le moins provocateur par l’ensemble de la classe politique de l’époque, Nicolas Sarkozy en tête…

La Société générale avait de nouveau fait parler d’elle en 2011 en présentant son fameux « plan de sauvegarde de l’emploi » qui, comme son nom ne l’indique pas, se traduisait par la suppression annoncée de 1200 emplois dont 880 en France. Ce qui ne l’a pas empêché d’annoncer, en mars 2016, la suppression de 550 emplois supplémentaires sur 5 ans. Quant on gère l’argent, il n’y a pas de petites économies…

Des militants d'Attac protestent devant le siège de la Société générale le 7 avril 2016 (photo F. Mori / AFP)

Des militants d’Attac protestent devant le siège de la Société générale le 7 avril 2016 (photo F. Mori / AFP)

Toujours est-il que le scandale des Panama Papers n’a pas amélioré l’image de marque du groupe bancaire. Il faut dire qu’après la crise financière de 2008, les banques avaient toutes affirmé, la main sur le coeur, avoir définitivement mis fin à toute activité opaque ou risquée pour se recentrer sur le financement de l’économie réelle. Le 17 avril 2012, Frédéric Oudéa déclarait notamment sous serment devant une commission d’enquête du Sénat que « la Société générale a fermé ses implantations dans les pays qui figuraient sur cette liste grise [des paradis fiscaux identifiés par l’OCDE], mais aussi dans ceux que désignait la liste des États non coopératifs, c’est-à-dire en pratique, pour nous, à Panama ».

Frédéric Oudéa lors de son audition devant le Commission des Finances du Sénat en 2102 (photo Hamilton / REA)

Frédéric Oudéa lors de son audition devant la Commission des Finances du Sénat en 2102 (photo Hamilton / REA)

Il avait manifestement parlé un peu vite. Mais quand le 7 avril 2016, Jean-Luc Mélenchon d’une part, puis Jérôme Kerviel et son avocat Me David Koubbi, ont osé traiter Frédéric Oudéa de menteur, la Société générale a immédiatement porté plainte contre ces derniers, jugeant de tels propos calomnieux et relevant de la diffamation. On peut comprendre qu’il n’est jamais agréable de passer pour des escrocs aux yeux de l’opinion publique, même quant on a participé depuis des années à favoriser l’évasion fiscale à grande échelle, celle-ci représentant désormais selon certaines estimations de l’ordre de 30 % du PIB mondial !

Ceci dit, on reste quand même soufflé par un tel culot qui consiste à poursuivre en justice ceux qui ont le courage de dénoncer une telle situation, plutôt que de reconnaître ses torts. Le cas de figure n’est d’ailleurs pas isolé et le sort réservé à tous les lanceurs d’alerte qui ont soulevé les affaires de collusion du système bancaire dans les questions d’évasion fiscale est rarement très enviable.

Stéphanie Gibaud avec le ministre des Finances, Michel Sapin, sur le plateau de l'émission Cash investigation

Stéphanie Gibaud avec le ministre des Finances, Michel Sapin, sur le plateau de l’émission Cash investigation

Il en est ainsi de l’ancienne employée de la banque suisse UBS, Stéphanie Gibaud, qui avait mis au jour un vaste système d’évasion fiscale. Licenciée en 2012 et backlistée par toute la profession bancaire, elle n’a jamais retrouvé d’emploi depuis et n’a reçu aucune aide de la part de l’État français alors que son action devrait permettre à ce dernier de recouvrer pas moins de 12 milliards de recette supplémentaire ! Et le prochain texte de loi contre la corruption en préparation au ministère des Finances, s’il évoque bien la protection des lanceurs d’alerte signalant des faits de corruption, ne prévoit rien pour ceux qui mettent au jour les affaires d’évasion fiscale : un bien curieux signal envoyé aux banques qui continuent à couvrir voire à favoriser de tels agissements au détriment de l’équilibre de nos finances publiques…

L.V. LutinVert1Small

Philippe Echaroux, messager de l’éphémère

19 juin 2016

Blog314_PhLaCiotatLe Bec de l’Aigle, c’est ce cap aux formes déchiquetées qui borde à l’ouest la baie de La Ciotat au dessus de la calanque du Mugel et des anciens chantiers naval. Une masse rocheuse imposante taillée dans des dépôts géologiques déposés à l’estuaire d’un ancien fleuve qui drainait la bordure nord d’un continent aujourd’hui disparu, en dehors de quelques vestiges parsemés des Pyrénées à l’Esterel en passant par la Corse et la Sardaigne !

Le site naturel est remarquable et le choc est grand en voyant dans La Provence du 14 juin 2016 une photo de ce massif recouvert d’un tag géant à l’entrée de la calanque du Mugel… La lecture de l’article rassure un peu, sinon sur les connaissances géographiques de la journaliste (qui attribue généreusement l’altitude de 1700 m au Bec de l’Aigle, le confondant de toute évidence avec son homonyme du Cantal ! ), du moins sur la nature de ce grafiti qui n’en est pas un…

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

Article paru dans La Provence du 14 juin 3016

La mise en garde « Ne grandis pas trop vite, tu vas de cogner au plafond », qui se détache en énormes lettres capitales sur le poudingue orangé du Bec de l’Aigle n’a pas été tracée à la peinture blanche mais résulte d’une projection réalisée par le photographe Philippe Echaroux dans le cadre de son projet artistique Painting with ligths : tout un programme !

Blog314_PhHopeEducateur spécialisé de formation, mais photographe de mode depuis 2008, le Marseillais Philippe Echaroux s’est lancé depuis 2014 dans une nouvelle discipline artistique : le street art 2.0. Armé de son vidéoprojecteur, il projette sur des éléments de paysage urbain des images ou des textes de sa composition et les photographie pour en conserver la trace. Une approche très originale, qui ne laisse pas de trace sinon sous forme d’archives visuelles, mais dont le résultat est totalement bluffant, d’autant que l’artiste s’intéresse avant tout à la réaction des passants qui découvrent son œuvre éphémère et réagissent en direct.

Blog314_PhTourEiffel

Marseille fait partie des terrains de prédilection de Philippe Echaroux même si ses pérégrinations l’ont conduit aussi à s’intéresser à bien d’autre terrains de jeu, de Cannes à Val d’Isère en passant par Barcelone, Paris ou Cuba où ses slogans libertaires projetés sur les façades de La Havane ont fait sensation et ont été largement rapportés par le Figaro

Blog314_PhValIsere

Certains se souviennent ainsi de ce mystérieux portait de Zinédine Zidane apparu un soir de 2014 sur une façade aveugle de la Corniche, celle-là même où avait été apposée un portrait géant du footballeur marseillais en hommage à la victoire de l’équipe de France lors du Mondial de 1998. C’était l’oeuvre de Philipe Echaroux dont les photographies et les vidéos prises sur la place Paul Ricard ont alors fait le tour du monde.

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Portrait de Zidane par Philippe Echaroux, projeté à Marseille en 2014

Au début de cette année, l’artiste a lancé une autre initiative qui a connu aussi un large échos dans les médias, dont 20 minutes qui en diffuse la video. La scène se passe dans une rue mal éclairée de Marseille, devant une place de parking réservée aux personnes à mobilité réduite. La rue est déserte et les automobilistes pressés n’hésitent pas à emprunter la place de parking, ni vu ni connu. Pas de chance, ils sont filmés et quand ils sortent de leur voiture, ils voient s’afficher sur le mur en immenses lettres le slogan vaguement ironique : « L’incivilité est-elle un handicap ? ».

Blog314_PhIncivilité

Certains, pris de honte, remontent au volant pour disparaître tandis que d’autres, peu gênés, s’abritent derrière le classique « J’en ai pour 5 minutes .. ». L’objectif de l’ex éducateur spécialisé au travers de ce « handicap happening » est d’ailleurs avant tout pédagogique, une sorte de sensibilisation éphémère destinée à faire comprendre sans être agressif, comme l’explique l’artiste : « Le but n’est pas de dire « t’es un connard » aux automobilistes. Je suis dans une démarche pédagogique ».

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Philippe Echaroux et son matériel de videoprojection

Une bien belle initiative citoyenne en tout cas, filmée par le complice vidéaste de Philippe Echaroux, Jean-Claude Piéri, indispensable alter ego du photographe, qui permet de fixer pour l’éternité les réactions du public à ces projections éphémères qui interpellent. Des artistes de talent dont les réalisations méritent d’être encouragées !

L.V.  LutinVert1Small

Les nouvelles énergies à portée de chacun

17 juin 2016

AfficheConfEnerCoop_A4coulLa question climatique et l’épuisement des ressources fossiles sont au cœur des préoccupations, notamment depuis la COP21. Changer nos modes de production et de consommation de l’énergie s’impose. L’objectif de la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien le 9 juin 2016, intitulée Partageons les nouvelles énergies, était de fournir une information pratique sur ce qu’il est possible de faire pour donner corps à la transition énergétique, avec l’aide d’acteurs qui se situent au cœur de cette question cruciale. Question qui n’est plus seulement théorique !

C’est tout d’abord sous la forme originale d’un quizz qu’Arno Foulon, le premier intervenant, animateur d’Energie Partagée, a fait entrer la trentaine de personnes présentes au cœur du sujet. En quoi consiste la transition énergétique par et pour les citoyens ? Comment décrire aujourd’hui les actions relevant des énergies renouvelables et leur gestion sous forme collective ? Qu’est-ce qu’un projet citoyen ?

L’idée clef : le projet citoyenBlog273_PhPlateforme

Voici d’abord un exemple de projet citoyen qui s’est réalisé. C’est l’histoire de trois organisations bretonnes engagées dans la transition citoyenne, qui souhaitaient concrétiser leur partenariat et agir ensemble. Lorsque Biocoop agrandit sa plateforme logistique à Melesse, au Nord de Rennes, Enercoop et Énergie Partagée saisissent l’opportunité pour y installer une centrale photovoltaïque citoyenne, avec une particularité : une vente en circuit court. D’une surface de 2 000 m2, l’équipement en panneaux solaires permet de couvrir une partie de la consommation du site, plus importante en été qu’en hiver du fait des besoins des chambres froides, le nouveau bâtiment accueillant notamment des produits frais. L’électricité produite est vendue à Biocoop : directement du producteur au consommateur ! Les besoins restants sont couverts par l’électricité 100 % renouvelable d’Enercoop. Biocoop en profite pour travailler aussi sur la maîtrise de sa consommation d’énergie.

Le système actuel de soutien à l’énergie photovoltaïque incite à vendre la production à ERDF et injecter l’électricité dans le réseau. S’il a permis de faire progresser la filière, ce système de soutien néglige les fournisseurs alternatifs comme Enercoop, et son électricité 100 % renouvelable, en ne permettant pas au producteur de consommer sa propre énergie. Par ailleurs, cela implique des coûts d’injection réseau et de la perte de production. Dans ce projet, les électrons solaires seront consommés directement par la Biocoop. Moins de perte, moins de coûts d’installation : le bon-sens du circuit court !

Vous êtes clients de Biocoop ? Habitant du Pays de Rennes ? Ou tout simplement Breton souhaitant contribuer au développement des énergies renouvelables dans la région ? Vous pouvez participer à ce projet cohérent en investissant dans la SAS Soleil du Grand Ouest via Énergie Partagée Investissement, et ainsi devenir co-producteur d’une énergie de bon sens.

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Un projet citoyen est donc un projet à la fois d’économie et de production d’énergie. Pour caractériser cette volonté, il doit réunir quatre critères d’authentification. Tout d’abord l’ancrage local : la maîtrise du projet reste aux mains des collectivités et habitants du territoire. Ensuite une gouvernance ouverte : toutes les décisions au sein de la société de projet sont prises de façon démocratique et transparente. La démarche du projet est non spéculative : les bénéfices réalisés sont réinvestis dans de nouveaux projets et des actions de sensibilisation. On y trouve enfin l’exigence écologique : le projet de production s’inscrit durablement dans une démarche de respect de l’environnement et de réduction des consommations d’énergie

La philosophie de l’association Energie partagée

Partout en France, des habitants, collectivités et acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Energie partagée accompagne et finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable. Pour cela il s’organise en deux structures complémentaires : une association de promotion et d’animation et un outil d’investissement citoyen. L’association a pour but de sensibiliser à l’énergie citoyenne et d’en fédérer les acteurs et porteurs de projets à l’échelle nationale

Les projets citoyens soutenus par Energie Partagée s’inscrivent dans la démarche négaWatt qui prône prioritairement des actions de sobriété (ex : extinction des lumières inutiles) et d’efficacité énergétique (ex : isolation des bâtiments). Puis une fois parvenus à une consommation réduite au strict minimum, il reste à développer massivement les énergies renouvelables, pour couvrir efficacement nos besoins, et nos besoins seulement

Les éoliennes citoyennes de Beganne

Les éoliennes citoyennes de Béganne

Parmi les réalisations, on trouve aussi la société Begawatts qui réunit 1 000 personnes lesquelles ont investi des sommes allant de 50 € à 60 000 € avec une moyenne de 2 000 €. Les 1 800 000 € ainsi récoltés ont ensuite permis d’emprunter la somme de 12 millions €, nécessaire pour la construction de quatre éoliennes d’une puissance de 2 MW chacune. La production annuelle estimée est de 20 000 Mégawattheure, soit l’équivalent de la consommation électrique hors chauffage de 6 250 foyers. Au-delà de produire une énergie propre et renouvelable, le parc éolien de Béganne est ainsi devenu le premier parc éolien 100 % citoyen de France! Les premiers kilowattheure « tests » ont été produits fin mai 2014, et l’inauguration du parc, le 14 juin 2014, a réuni des centaines de particuliers ayant investi dans ce projet.

On le voit, le projet citoyen fait appel à des acteurs locaux. De plus les habitants sont consultés et peuvent s’exprimer avant la phase des choix définitifs du projet permettant ainsi d’éviter les réactions d’hostilité et les recours. L’énergie produite et les bénéfices sont distribués aux actionnaires locaux, ce qui bénéficie à l’économie locale, contrairement au cas des projets privés plus classiques d’éoliennes.

Pour réussir un projet citoyen, il faut une mobilisation locale, mais il s’agit aussi de pouvoir convaincre le partenaire industriel dont la compétence technique est incontournable. La charte d’Energie partagée priorise les retombées économiques pour le territoire et la gouvernance ouverte, dans une démarche non spéculative avec une exigence écologique. Elle compte aujourd’hui une vingtaine de projets en construction, dans l’éolien, le solaire, la méthanisation et l’hydraulique.

Energie partagée les projets 2Le projet PEP2A

La conférence était à double voix. Alain Messin, Président du Pôle Energ’Ethique des Préalpes d’Azur (PEP2A), est le second conférencier. Il a, quant à lui, procédé à la description d’un projet en cours de réalisation, et permis une réflexion sur la méthode d’élaboration d’un projet citoyen. PEP2A est une coopérative de projet d’énergie renouvelable dans le département des Alpes Maritimes. L’intervention a permis d’entrer dans un projet précis d’installation de 6 toitures en panneaux photovoltaïques.

Pourquoi l’énergie solaire ? Cette énergie commence à être bien connue. Sa production a peu d’impact sur l’environnement et nous sommes dans le midi de la France. A partir d’un cadastre solaire du département établi par un étudiant de l’Ecole des Mines de Paris, on a pu cibler 2 400 bâtiments susceptibles de porter des panneaux solaires dans le département. L’association a été créée en juin 2015 et est actuellement en phase de développement, avec la nécessité d’une mobilisation des citoyens par des réunions publiques et des démarches auprès des partenaires pour trouver des investisseurs au plus près des installations. Il s’agit de produire de l’énergie avec une nécessité d’efficacité et de sobriété énergétique en créant des liens sociaux. L’électricité produite par les panneaux solaires sera revendue à ERDF dont les tarifs sont très attractifs.

Mais Alain Messin a aussi montré que la coopérative est aussi un lieu permettant la synergie de ceux qui cherchent des dispositifs de stockage de l’énergie : caler les consommations aux heures de production, innover dans les sources d’alimentation des voitures électriques, inventer de nouveaux volants d’inertie, développer les autres sources d’énergie renouvelable (biomasse, récupération de la chaleur des eaux d’écoulement, installation de petite centrale de méthanisation, etc.).

Les questions qui ont suivi l’exposé ont montré l’attachement de l’auditoire à ces problématiques qui n’attendent que des réponses. Certaines sont encourageantes, d’autres sont balbutiantes. Mais la prise en compte de ces questions est devenue incontournable aux yeux des citoyens responsables de l’avenir. C’est le cas de l’évaluation du coût énergétique pour fabriquer panneaux solaires, mais aussi pour leur recyclage.

En bref

Il semble que notre mode de vie nous conduise à sous-traiter nos vies en abandonnant nos besoins énergétiques à de grandes sociétés qui ont d’autres objectifs que ceux développés au cours de la conférence. De nombreuses questions restent ouvertes, et chaque citoyen est convié à préparer l’avenir énergétique avec lucidité.

DessinHumourEn région PACA, de plus en plus d’habitants souhaitent ne plus rester de passifs consommateurs et prennent conscience de leur pouvoir d’agir localement pour la transition énergétique. Il existe des aides pour s’organiser afin d’exploiter ensemble les énergies renouvelables du territoire, et dans l’intérêt du territoire.

Les tentatives et réalisations en cours ne reçoivent probablement pas l’écho qu’elles méritent. Leur existence doit être plus largement connue afin de donner naissance à de nouvelles initiatives. Conscientes des retombées économiques locales, les communes ne peuvent pas être en reste. Certaines prennent elles-mêmes des initiatives : installation de panneaux solaires sur le toit des écoles, par exemple. C’est ainsi qu’est né en PACA un réseau des énergies citoyennes.

Partout en France, des habitants et des acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Les collectivités locales (communauté urbaine, commune) sont évidemment concernées par cet effort collectif. L’engagement de la commune de Carnoux pourrait ainsi devenir un puissant moteur pour entreprendre et proposer des aménagements satisfaisant la philosophie mise en valeur par nos deux conférenciers.

Cécile et Jacques Tonnelle

De nouvelles noisettes pour les maires…

13 juin 2016

Blog313_PhLogoL’Association des maires de France (AMF), vieille institution fondée en 1907, regroupe près de 34 500 maires, soit la quasi totalité d’entre eux, toutes étiquettes politiques confondues. Le président actuel en est François Baroin, sénateur de l’Aube et maire de Troyes (encore un cumulard), professionnel de la politique depuis son plus jeune âge, élu à 24 ans et resté député pendant près de 20 ans avant de se faire élire au Sénat. Chiraquien pur sucre, porte parole du gouvernement Juppé en 1995 alors que la moitié de la France était dans la rue pour manifester contre sa politique, il soutient Fillon en 2012 mais vient de se rallier à Nicolas Sarkozy dont il espère devenir premier ministre en 2017. Tout sauf un opportuniste donc.

François Baroin au 99e Congrès annuel des Maires de France

François Baroin au 99e Congrès annuel des Maires de France

Chaque année, le Congrès des Maires de France permet à nos élus de se retrouver, pas seulement pour se raconter des histoires de maires, mais d’abord et avant tout pour faire front commun contre l’État, généralement accusé de tous les maux et dont nos édiles ont un peu tendance à oublier qu’ils en sont le premier représentant local, agent de l’État en charge notamment de fonctions de police, de sécurité civile ou liées à l’état civil.

En novembre 1995, le 99ème Congrès des Maires de France avait dû être annulé pour cause d’attentat à Paris et il vient donc de se dérouler avec quelques mois de retard début juin 2016. Comme à l’accoutumé, les maires présents et leur président en tête étaient remontés comme une pendule contre l’État vampire qui depuis quelque temps, pour tenter de revenir à un certain équilibre budgétaire, diminue la dotation globale de fonctionnement accordée chaque année aux collectivités locales sur le budget de la Nation.

Il est toujours spectaculaire de constater l’extrême souplesse idéologique dont sont capables les élus de droite qui, à l’instar de François Baroin, reprochent au gouvernement d’être incapable de réduire davantage ses dépenses tout en l’attaquant chaque fois qu’il cherche à les restreindre… Rappelons en effet que le programme des Républicains prévoit de diminuer de 100 voire 200 milliards d’euros les dépenses de l’État. Le gouvernement de Manuel Valls a réussi péniblement à les baisser de 50 milliards depuis 2014 mais déjà les élus de droite (comme de gauche) sont vent debout contre toute baisse de la dotation qui est consacrée à la dépense publique dans leur fief électoral. Bonjour la cohérence !

Blog227_PhTractAMFDéjà en septembre dernier, en prévision justement de la tenue du congrès de l’AMF, cette dernière avait orchestré une vaste opération de propagande nationale assortie d’une pétition sur le thème fédérateur « Touche-pas à ma commune ». Notre maire, Jean-Pierre Giorgi, avait d’ailleurs été un des fidèles relais de cette campagne, alors même que le budget de Carnoux-en-Provence est très largement excédentaire depuis des années, bénéficiant à plein non seulement des largesses de la Nation mais aussi de celles de la Région et surtout du Département qui subventionne sans compter le moindre investissement communal.

Une bonne part de ce récent congrès de l’AMF a donc tourné autour de cette question. Les maires s’estiment en effet victimes d’une véritable spoliation orchestrée par le gouvernement. Depuis 2014, les lois de finance prévoient de fait une diminution progressive de leur dotation budgétaire pour tenter de réguler le déficit budgétaire qui se creuse et dans lequel les collectivités locales participent de manière croissante.

Pour l’ensemble des collectivités locales, le montant de la dotation globale de fonctionnement versée par l’État s’élevait en 2012 à 41,5 milliards d’euros dont 13,5 destinés aux seules communes. En 2014, la loi de finance a décidé une première diminution de 1,5 milliard d’euros de cette dotation et a programmé de poursuivre cette baisse au rythme d’une diminution annuelle de 3,67 milliards d’euros suplémentaires chaque année jusqu’en 2017.

Les maires au congrès de l'AMF (photo S. de Sakutin / AFP)

Les maires au congrès de l’AMF (photo S. de Sakutin / AFP)

D’où la colère des élus locaux qui voient diminuer une partie de leurs recettes et donc de leurs capacités de dépense publique car, bien entendu, ils se sont tous engagés, la main sur le coeur à ne pas augmenter les impôts locaux ! Il n’est pas question en effet de donner aux concitoyens électeurs l’impression qu’ils devront contribuer davantage pour rénover l’école ou refaire la voirie. Mieux vaut pour cela laisser faire l’État qui se chargera de taxer les mêmes concitoyens mais via l’imposition nationale, ce qui permet à l’élu local de hurler avec les loups contre l’impéritie du gouvernement (de gauche en plus !) qui est incapable de saine gestion et accable le pays de taxes iniques…

François Hollande au 99e Congrès annuel des Maires de France le 2 juin 2016 à Paris (photo C. Petit-Tesson / AFP)

François Hollande au 99e Congrès annuel des Maires de France le 2 juin 2016 à Paris (photo C. Petit-Tesson / AFP)

Le jeu a parfaitement fonctionné lors du récent Congrès des Maires de France, à l’issue duquel François Hollande a bien été obligé de venir faire amende honorable devant les élus locaux déchaînés en lâchant un petit cadeau aux maires qui verront donc la diminution de leur dotation pour 2017 divisée par deux, soit un milliard supplémentaire ainsi accordé aux communes et intercommunalités françaises. Une petite lâcheté qui creusera un peu plus le déficit du budget national dont le fardeau pèse déjà sur les épaules des futures générations de Français. Cette nouvelle entorse à la rigueur budgétaire s’accompagne par ailleurs d’une décision nettement plus justifiée qui vise à reconduire en 2017 le fonds exceptionnel pour l’investissement des communes, qui sera porté à 1,2 milliard d’euros, soit 200 millions de plus qu’en 2016.

François Baroin avec François Hollande au congrès des maires (photo S. Gauthier / La Gazette)

François Baroin avec François Hollande au congrès des maires (photo S. Gauthier / La Gazette)

Les maires repartent donc du congrès satisfaits de voir que leur stratégie a payé puisqu’ils ont obtenu de nouveaux subsides de l’État à force de pleurer misère. Pourtant, dans le même temps, on apprenait par la Gazette des communes et Libération que les maires, soi disant aux abois, sont en réalité en train de se constituer une belle cagnotte ! En 2014, ils avaient mis en dépôt auprès du Trésor public, un montant de 30,6 milliards d’euros, ce qui représente quand même plus de deux années de dotation globale de fonctionnement, soit un magot conséquent. Mais en 2015, alors même que les maires se disaient étranglés par la baisse des dotations de l’État et incapables de faire face à leurs engagements budgétaires, le montant de cette cagnotte mise en dépôt a encore augmenté jusqu’à atteindre la somme colossale de 35,1 milliards d’euros !

Plutôt que de cagnotte, le président de l’AMF, en bon communicant, préfère parler de simples « noisettes ». Des réserves qui représentent tout de même 4,5 milliards d’euros supplémentaires épargnés durant l’exercice 2015 alors que les mêmes élus locaux tendaient leur sébile à l’État au prétexte qu’ils étaient dans l’incapacité de faire face à leurs engagements : comprenne qui pourra…

Blog313_DessinManif

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas puisque La Croix fait état d’un sondage réalisé par Odoxa et diffusé avant le congrès des maires qui révèle que 80 % des Français considèrent que leurs maires font encore trop de dépenses inutiles et une majorité (55 %) estime qu’ils pourront très bien faire face aux baisses de dotations. Mais à quoi bon se refréner quand il suffit de crier pour obtenir toujours davantage ?

L.V. LutinVertPetit

Industrie automobile : les voitures ne se cachent plus pour mourir…

11 juin 2016

Décidément, certains canulars ont la vie dure ! Sans doute parce qu’ils sont tellement vraisemblables qu’on finit par y croire vraiment… Voilà que circulent de nouveau des messages qui véhiculent une information datant de deux ans et qui à l’époque avait déjà fait du buzz mais qui relèvent néanmoins plus du fantasme et de l’intoxication que de l’information objective, même si le sujet soulève de bien légitimes interrogations quant aux excès de notre société de consommation…Blog312_PhParkingVert

C’est un blog américain Zero Hedge, spécialisé dans le traitement des circuits financiers, qui avait lancé la pseudo information en mai 2014, très vite (trop vite peut-être) reprise et traduite en français sur le site Réseau international. Photos aériennes à l’appui, montrant d’immenses parkings en plein air où sont parquées des millions de voitures neuves, l’auteur affirme que les constructeurs automobiles à travers la planète, confrontés à la crise économique et au déclin des ventes de véhicules, stockent leur production d’invendus tout en continuant à produire pour faire tourner leurs usines comme si de rien n’était.

Ces immenses parkings repérés en de multiples lieux de la planète, au Royaume-Uni comme aux Etats-Unis, mais aussi en Espagne et même près de Saint-Petersburg en Russie, seraient la preuve que l’industrie automobile serait devenue incapable d’écouler sa production mais préférerait la stocker dans d’immenses cimetières en plein air, laissant les voitures rouiller inexorablement plutôt que de baisser leur prix de vente. La morale est évidente : le capitalisme est devenu fou et la logique productiviste poussée à son paroxysme n’est plus sous contrôle…

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Stock de voitures neuves à Sheerness, au Royaume Uni

Une telle appréciation ne manque certes pas de crédibilité venant d’un milieu qui défraie régulièrement la chronique avec les augmentations de salaire délirantes que s’octroient les grands patrons du secteur, de Carlos Ghôn (PDG de Renault, 9ème patron le mieux payé de la planète avec plus de 3 millions d’euros en 2014) à Carlos Tavares (PDG de PSA qui vient tout juste de doubler son salaire sous les applaudissements du MEDEF, avec une rémunération globale qui a dépassé 5 millions d’euros pour l’année 2015).

Stockage de voitures neuves en Espagne

Stockage de voitures neuves en Espagne

Il n’en reste pas moins que cette interprétation de ces vastes « cimetières où vont mourir les voitures invendues » est pour le moins erronée même si elle repose comme toujours sur une part de réalité. La plupart des photos aériennes accessibles en 2014 via Google Earth datait encore des années 2008-2009, période au cours de laquelle les courbes de vente des véhicules neufs avait effectivement subi un sérieux coup d’arrêt suite à la crise économique mondiale. Des constructeurs comme Chrysler ou Land Rover ont effectivement dû stocker, parfois sur des périodes de 2 voire 3 ans, des milliers de véhicules neufs trouvant difficilement preneurs.

Véhicules neufs entreposés sur une piste d'aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Véhicules neufs entreposés sur une piste d’aéroport près de Saint-Petersbourg en Russie

Mais in fine, ces voitures ont bel et bien été vendues, même si parfois cela s’est fait par des circuits parallèles à des prix bradés. Et l’on peut faire confiance aux stratèges de l’industrie automobile mondialisée pour ajuster au plus près leurs cadences de production afin de limiter autant que possible leur stock qui coûte cher, ainsi que tout manager l’apprend dans les écoles de commerce… De plus en plus et grâce à la robotisation des unités de production, la construction d’une voiture ne débute qu’à partir du moment où elle est commandée, précisément dans le but de limiter ces coûts de stockage !

Il n’en reste pas moins que les véhicules sortant des chaînes et destinés parfois à un marché plus ou moins lointain doivent être parqués, souvent à proximité des plateformes logistiques et des installations portuaires et bien évidemment à ciel ouvert pour en limiter le coût, le temps d’organiser leur acheminement. Ce sont ces aires de stockage qui apparaissent sur les photos illustrant l’article publié dans Zero Hedge.

Blog312_PhVoituresNeuves

Une source relayée par France Info faisait état en 2014 de 9 millions de véhicules neufs en stock à l’échelle mondiale. Ce chiffre paraît même sous-évalué si l’on en croit les données diffusées par Auto Plus dans un article datant de fin 2013 et qui indiquait que ce stock pour la seule Europe s’approchait des 5 millions après avoir atteint le chiffre record de 5,5 millions de véhicules au plus fort de la crise de 2008.

Depuis cette date, le marché de l’automobile est bien reparti avec, pour la France, 2,3 millions de voitures neuves vendues annuellement et une hausse de 13 % des ventes au cours de l’année 2015. Dans le même temps ont été vendues en Chine 24,5 millions de véhicules neufs au cours de la seule année 2015 et 18 millions sur l’ensemble des pays européens : manifestement la culture de la bagnole a encore de beaux jours devant elle malgré le réchauffement climatique de la planète…

L.V.  LutinVertPetit

Energies nouvelles au programme !

7 juin 2016

Ce jeudi 9 juin 2016 se tiendra à Carnoux la prochaine conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien. Elle portera sur les possibilités de développement d’une production locale d’énergie 100% renouvelable et sera assurée par Alain Messin, ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur. Ce fournisseur d’énergie Enercoop, dont nous avons déjà évoqué certains projets ici, présente la particularité de promouvoir la participation citoyenne à l’élaboration de ses projets de production d’énergie renouvelable.

Le financement participatif de ces projets grâce à la mobilisation de réseaux d’initiative locale portés par de simples citoyens permet de favoriser le développement de ces unités de production d’énergie renouvelable. C’est là qu’intervient le second partenaire, comme l’expliquera Arno Foulon, animateur de l’antenne régionale en Provence-Alpes-Côte d’Azur de l’association Energie Partagée. Un véritable partenariat complémentaire qui déborde d’énergie et s’efforce de contribuer à sa manière à la transition énergétique que tout le monde sait nécessaire mais pour laquelle les réticences et les freins restent nombreux…

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Si l’avenir de la planète vous intéresse un tant soit peu et que vous souhaitez vous engager dans la démarche pour devenir acteur citoyen de cette transition énergétique à l’échelle locale, c’est l’occasion d’en savoir davantage sur les outils proposés par Enercoop et Energie Partagée en venant assister à cette conférence, d’accès libre et gratuit, qui se tiendra jeudi à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie de Carnoux et l’hostellerie de la Crémaillère.

Les Paluds : une zone inondable qui a du mal à l’admettre…

5 juin 2016

Le nom des lieux-dits est souvent révélateur de la réalité de leur configuration naturelle. Le mot « palud », qui dérive en ligne droite du vocable latin palus, -udis désignant un marais est répertorié dès le XIIIe siècle pour désigner une plaine inondable marécageuse et a donné lieu à une riche toponymie un peu partout en France, avec son corollaire bien connu de « paludisme » qui désigne la maladie (également dénommée malaria) transmise par les moustiques qui s’y développent habituellement.

Zone d'activité des Paluds à Aubagne

Zone d’activité des Paluds à Aubagne

A Aubagne, la zone d’activité des Paluds qui regroupe plus de 600 entreprises sur une superficie d’environ 120 hectares est la parfaite illustration de ces zones industrielles et commerciales qui ont poussé comme des champignons dans les années 1970-80 en périphérie des zones urbaines et à proximité des grands axes de communication mais au mépris total de leur environnement naturel.

Petit retour en arrière : en 1437, la baronnie d’Aubagne, alors rattachée au Comté de Provence, fut vendue par le Roi René à son ami Charles de Castillon, histoire de renflouer ses caisses (déjà à l’époque, les barons locaux devaient faire face à ce problème récurrent de déficit public mais pouvaient compter sur leur réseau de relations pour y faire face…). A partir de 1454 et sous l’impulsion du nouveau seigneur local, on entreprend donc d’assécher la plaine marécageuse des Paluds en creusant de multiples fossés, les filholos en patois provençal local, fossés qui convergent vers un axe de drainage central, la Maïre, laquelle conduit les eaux vers l’Huveaune.

Extrait du cadastre napoléonien à l'est d'Aubagne (début du XIXe siècle)

Extrait du cadastre napoléonien à l’est d’Aubagne (début du XIXe siècle)

Selon des éléments recueillis par Sandra Rouqueirol, archiviste communale aubagnaise, deux membre du conseil municipal, les « obriers de la Palun » étaient alors chargés de veiller à ce que ces canaux soient entretenus et curés régulièrement. Dès 1472, les terres nouvellement drainées sont attribuées en fermage et 10 ans plus tard les premières vignes commencent à produire tandis que les travaux de drainage s’étendent progressivement aux marais voisins de Cuges et de Gémenos. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, la ville d’Aubagne connaît un essor économique notable grâce en partie à la production agricole issue de ces terres particulièrement riches de la vallée de l’Huveaune où l’on cultive la vigne mais aussi câpres, abricots et fraises. Jusque dans les années 1950, toute la plaine située à l’Est d’Aubagne est une zone agricole exploitée de manière très intensive qui contribue fortement à l’approvisionnement de l’agglomération marseillaise et au-delà.

Carte du réseau hydrographique autour d'Aubagne

Carte du réseau hydrographique autour d’Aubagne

Mais dans les années 1960, la société a d’autres préoccupations et les paysans d’Aubagne vendent en masse leurs terres pour permettre la réalisation à partir de 1967 d’une immense zone industrielle et commerciale sur le site des Paluds. Pourquoi s’échiner à cultiver des fraises et des salades, même sur des terres extrêmement fertiles et bien irriguées, alors que l’on peut s’enrichir facilement en revendant à prix d’or ce foncier pour y installer hypermarchés et magasins de revente qui permettent d’approvisionner toute la région avec des produits fabriqués à l’autre bout du monde pour un coût dérisoire ?

Il n’en reste pas moins que cette ancienne plaine alluviale marécageuse, désormais drainée, reste très vulnérable aux crues de l’Huveaune. Ce petit fleuve côtier qui prend sa source dans le massif de la Sainte-Baume et se jette dans la mer à Marseille après un parcours de 48 km est, comme tous les cours d’eau méditerranéens, sujet à des crues violentes dont la plus ancienne connue par les archives date de 1518.

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Inondations à Marseille (Le Provençal, 18 janvier 1978)

Depuis le XVe siècle, on a gardé la mémoire d’une vingtaine de crues largement débordantes, la plus importante semblant être celle d’octobre 1892. Durant le XXe siècle, quatre épisodes majeurs ont été enregistrés, en 1907, 1935, 1960 et 1978 (sans compter l’orage du 26 août 1986 qui avait fait une victime sur un de ses affluents entre La Bédoule et Carnoux). En 1978, le débit de l’Huveaune à Aubagne n’a toutefois pas dépassé 90 m³/s alors qu’il avait atteint plus du double de cette valeur en 1935. D’autres inondations ont été observées en 2000, 2003 et 2008, mais avec des débordements très limités.

L'Huveaune à l'entrée d'Aubagne en 2008

L’Huveaune à l’entrée d’Aubagne en 2008

Cette période assez longue sans crue majeure de l’Huveaune a sans aucun doute facilité la transformation de sa plaine alluviale en une vaste zone largement urbanisée, segmentée par plusieurs talus autoroutiers et couverte en partie par les immenses hangars et bâtiments industriels de la zone des Paluds, sans compter les parkings et voiries imperméabilisées.

Autant d’éléments qui augmentent le risque car ils accélèrent les ruissellements et rendent le secteur très vulnérable en cas d’inondation. Les inondations récentes sur d’autres bassins versants montrent en effet que les zones industrielles et commerciales concentrent à elles seules souvent plus de la moitié des dommages matériels en cas d’inondation. Lors des inondations de l’Argens le 15 juin 2010, les dégâts observés sur la seule zone d’activité de La Palud (encore un homonyme…) à Fréjus avaient été évalués à plus de 100 millions d’euros, une zone d’activité déjà inondée en 2006 et qui a connu de nouvelles inondations en 2011 et deux fois en 2014 !

La zone d'activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

La zone d’activité de La Palud à Fréjus fortement inondée en 2010 et 2011

Pour mieux gérer le risque inondation sur le bassin de l’Huveaune jugé particulièrement vulnérable, les services de l’État ont engagé des études hydrauliques à partir de 2012 et prescrit en 2015 la réalisation d’un plan de prévention du risque inondation (PPRI) actuellement en phase de concertation depuis le 12 avril 2016, l’ouverture de l’enquête publique étant envisagée pour septembre prochain.

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

Modélisation de la zone inondable pour une crue centennale (établi par Egis Eau pour la DDTM 13)

A cette occasion a été modélisé l’impact d’une crue centennale, c’est à dire un événement qui a une chance sur cent de se produire chaque année, très supérieure donc à la dernière crue encore dans les mémoires, celle de 1978, qui était relativement modeste. Le résultat est spectaculaire (voir la video) et confirme que la zone des Paluds serait très largement sous les eaux, ce qui incite les services de l’État à proposer, dans le futur PPRI de réglementer de manière très stricte les constructions dans ce secteur. Une partie importante de la zone d’activité actuelle se trouverait ainsi en zone rouge, ce qui rend quasiment impossible toute nouvelle construction en dehors de certaines extensions d’ampleur limitée.

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Extrait du plan de zonage réglementaire issu du projet de PPRI en cours de consultation

Depuis que ces résultats ont été portés à connaissance de la commune et de l’agglomération du Pays d’Aubagne, début 2014 (après les élections pour ne pas perturber le jeu électoral…), les élus locaux ne décolèrent pas et tentent par tous les moyens de freiner le processus. Le dernier épisode en date a eu lieu la semaine dernière à l’occasion de l’assemblée générale des propriétaires de la zone d’activité réunis en assemblée syndicale libre, une sorte de syndic de copropriété. Comme l’a abondamment rapporté La Provence, on y a vu à la tribune trois élus locaux de poids, Bernard Deflesselles (député et 1er vice-président de la Région), Gérard Gazay (maire d’Aubagne et vice-président du Département mais aussi de la Métropole) et Sylvia Barthélémy (président du Territoire et vice-présidente de la Métropole et du Département), tous soutenant fermement la lutte des chefs d’entreprises contre toute tentative de l’État de vouloir imposer des mesures contraignantes du fait du risque d’inondation.

Les responsables de l'ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Les responsables de l’ASL des Paluds avec les élus locaux lors de leur assemblée générale (photo DR – La Provence du 30 mai 2016)

Une telle mesure serait, à les entendre, de nature à provoquer ni plus ni moins que « la disparition de la ZI des Paluds à court terme ». Les chefs d’entreprises soutenus par nos élus sont donc prêts à tout pour obtenir « l’assouplissement des contraintes imposées par le PPRI » et ont d’ores et déjà sollicité une rencontre avec le préfet pour négocier de tels arrangements. La question n’est pas de savoir si les activités industrielles et commerciales sont effectivement menacées en cas de forte inondation et comment mieux se préparer pour limiter autant que possible les dommages comme les y invite le PPRI.

Non, l’important est d’éviter à tout prix que l’État puisse afficher ce risque et imposer toute contrainte réglementaire qui en découlerait. La politique de l’autruche a fait ses preuves et il sera toujours temps, en cas de grosse catastrophe, de se retourner vers les assurances et la solidarité nationale pour se faire indemniser, tandis que les mêmes élus locaux se répandront en imprécations devant les médias complaisants, pour reprocher à l’État son incapacité à avoir su prévenir le risque…

Zone d'activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Zone d’activité de Charmy (Yonne) le 31 mai 2016 (photo E. Bezin, FR3 Bourgogne)

Une telle attitude peut paraître étonnante alors même que le sud de la région parisienne connaît une de ses plus fortes crues depuis 30 ans et que les médias passent en boucle des images de zones d’activité régulièrement sous les eaux du fait d’une sous-estimation du risque d’inondation lors de leur aménagement.

Une attitude qui rappelle étrangement celle du maire de La Faute-sur-Mer qui s’était opposé avec obstination (et succès!) pendant des années aux efforts des services de l’État pour tenter d’imposer sur sa commune un PPRI de nature à en réglementer l’urbanisation. Son obstination avait largement contribué à la situation catastrophique qu’a connue sa commune lors du passage de la tempête Xynthia avec 29 morts à déplorer. Mais il est vrai que son procès en appel s’est conclu, contre toute attente, par un verdict des plus cléments, l’élu ayant échappé à toute peine de prison. Manifestement, le message a été entendu cinq sur cinq par nos propres élus locaux…

L.V.  LutinVertPetit

Loi travail : opération décryptage…

4 juin 2016
La ministre du Travail, Myriam El Khomri (photo © R.Meigneux / Sipa)

La ministre du Travail, Myriam El Khomri (photo © R.Meigneux / Sipa)

Alors que le débat fait rage depuis des semaines autour du projet de loi sur le travail, défendue par la ministre Myriam El Khomri, les commentaires médiatiques et politiques nous abreuvent de considérations absconses sur une obscure question d’ « inversion de la hiérarchie des normes »… Une expression qui fleure bon le jargon technocratique et qui nécessite une petit « décryptage » pour rester dans le registre des expressions dont raffolent nos médias préférés…

Qu’est-ce que « la hiérarchie des normes » ?

Pour l’histoire du « jargon », on doit ce concept à un juriste austro-américain, Hans Kelsen. L’auteur de la Théorie pure du droit (1959) explique que des normes valent plus que d’autres et que toute norme inférieure doit respecter celle qui se situe au-dessus d’elle. Exemples : une loi doit être conforme à la Constitution et, de même, un accord entre deux parties (entre partenaires sociaux ou bien un contrat de travail entre un salarié et sa direction) doit être conforme à la loi. D’où ce qu’on appelle le « principe de faveur » : une norme inférieure (le contrat) ne peut déroger à une norme supérieure (la loi) que si, et seulement si, elle lui est plus favorable.Blog309_DessinLasserpe

Que dit le projet de loi Travail ?

La loi indique clairement dès ses premières lignes son objectif : « une refondation du Code du travail ». L’article 2 (le plus controversé) réécrit ainsi les dispositions du Code portant sur la durée du travail, l’aménagement et la répartition des horaires, le repos quotidien, les jours fériés et les congés payés.

Le nouveau principe (effectivement appelé « inversion de la hiérarchie des normes ») est que des accords d’entreprises peuvent déroger aux règles de branche, voire, pour certain points, au cadre national. Prenons un exemple précis tiré du projet de loi adapté en première lecture sans débat (par application de l’article 49.3 de la Constitution) par l’Assemblée Nationale le 12 mai dernier : le paiement des heures supplémentaires.

« Art. L. 3121-32. – I. – Une convention ou un accord collectif d’entreprise ou d’établissement ou, à défaut, une convention ou un accord de branche […] prévoit le ou les taux de majoration des heures supplémentaires accomplies au delà de la durée légale ou de la durée considérée comme équivalente. Ce taux ne peut être inférieur à 10 % »

« Art. L. 3121-35. – À défaut d’accord, les heures supplémentaires accomplies au delà de la durée légale hebdomadaire fixée à l’article L. 3121-26 ou de la durée considérée comme équivalente donnent lieu à une majoration de salaire de 25 % pour chacune des huit premières heures supplémentaires. Les heures suivantes donnent lieu à une majoration de 50 % ».

Ainsi le nouveau cadre général permettrait de déroger, dans le cadre d’un accord d’entreprise, à la règle commune de majoration de 25 à 50 % du paiement des heures supplémentaires pour autoriser un taux de 10%.

Blog309_DessinMacronQuelles en seraient les conséquences ?

Dans le cas ci-dessus, le paiement des heures supplémentaires varierait donc d’une entreprise à l’autre. Même si, bien sûr, un accord d’entreprise pourrait prévoir une majoration (100 %, 200 % ?), il est vraisemblable que la majorité des accords se fera au rabais. Les interventions de la ministre et du premier ministre insistent d’ailleurs sur le fait que l’objectif premier de la loi est d’abord d’améliorer la compétitivité des entreprises.

Blog309_DessinRing

La conséquence la plus immédiate, notamment pour notre exemple des heures supplémentaires, serait, dans les entreprises où les employés refuseraient de réduire les majorations d’heures supplémentaires, un chantage progressif à l’emploi au nom de la concurrence (c’est ce qui a motivé les routiers). A terme, l’alignement pour tous sur 10 % et le nivellement de fait par le bas…

Blog309_DessinLicenciementAutre conséquence, un affaiblissement encore plus grand des syndicats. Privés de négociations globales ou de branches, l’activité syndicale, organisée autour des accords d’entreprises, relèverait plus d’un comité local, voire d’une amicale. Car le système syndical français ne bénéficierait pas, bien évidemment, de la cotisation syndicale obligatoire des pays germains ou nordiques, ni de l’exclusivité de représentation par entreprises américaine.

Blog309_DessinEntretienUn dernier point, plus éloigné, mais qui me semble essentiel dans l’esprit républicain : si, dans notre pays, l’accord privé est reconnu, il ne permet cependant jamais de déroger aux règles communes. Le consommateur, l’emprunteur, l’employé, le malade hospitalisé, le citoyen, sont ainsi protégés des dérives qui établiraient des inégalités dans ses droits fondamentaux. De ce point de vue, « l’inversion de la hiérarchie des normes » ne me semble pas acceptable.

Il y a dans cette affaire, à mon sens, une grande hypocrisie de la part du gouvernement et du patronat. A la limite, la diminution légale à 10 % de la majoration des heures supplémentaires pour tous respecterait au moins les principes. Mais justifier à terme une telle évolution par le besoin de « négociation collective », comme indiqué dans la Loi, n’est intellectuellement pas honnête.

Jbx

Dom Helder Camara : paroles de sagesse

1 juin 2016

Disparu en 1999 à 90 ans, l’évêque brésilien Dom Helder Camara a fortement marqué l’Église de son temps et fut dans les années 60 à 80 une figure marquante de la Théologie de la Libération et plus largement des efforts d’émancipation des populations du Tiers-Monde. Proposé quatre ans de suite pour recevoir le Prix Nobel de la Paix, Dom Helder Camara fut aussi en butte à l’hostilité des factions les plus réactionnaires de l’Église catholique. Et pourtant, son procès en béatification ouvert en juillet 2013 est en bonne voie, sous l’impulsion de l’actuel pape François, le Saint-Siège ayant fait savoir début 2015 que « rien ne s’oppose » à l’ouverture de l’enquête en béatification qui est donc en cours.

Blog308_PhLivreAlors que l’on reparle ainsi de « l’évêque des pauvres », voici que vient de paraître aux éditions Bayard un livre passionnant qui propose une sélection de lettres écrites par Dom Helder Camara en 1964 et 1965, alors qu’il vient tout juste d’être nommé archevêque d’Olinda et de Recife et qu’il prend ses fonctions dans un contexte très particulier puisque survenant juste après le coup d’état militaire de l’armée brésilienne et en pleine préparation du Concile Vatican II.

Ces missives, traduites par le journaliste José de Broucker et soigneusement sélectionnées par Sophie Gallé-Soas, sont dites « interconciliaires » car rédigées entre deux sessions du concile, avec d’ailleurs une interruption en milieu de période, alors que l’évêque se rend à Rome pour la troisième session du concile entre le 10 septembre et le 23 novembre 1964. Rédigées de nuit, ces lettres qui reflètent l’activité et les réflexions du nouvel évèque, traduisant au jour le jour ses espoirs et ses doutes, constituent un extraordinaire témoignage d’une période d’intense engagement de sa part.

Issu d’une famile brésilienne de 13 enfants, Dom Helder Camara avait été ordonné prêtre en 1931 à Fortaleza, puis consacré en 1952 évêque de Rio de Janeiro où il s’emploie à défendre les droits des habitants les plus pauvres des favelas tout en concourrant à la création du Conseil épiscopal d’Amérique latine et à la préparation du futur concile Vatican II, ouvert en 1962 par le pape Jean XXIII et clôturé en 1965 par son successeur Paul VI dont Helder Camara était assez proche.

Dom Helder Camara en 1974

Dom Helder Camara en 1974

Violemment attaqué par certains milieux conservateurs de l’Église brésilienne, Helder Camara est écarté de Rio et nommé archevêque de Recife, la capitale du Pernambouc un des états les plus pauvre du nord-est brésilien. A 55 ans, il prend ses nouvelles fonctions en avril 1964, une dizaine de jours seulement après le coup d’état militaire qui sonne le glas de la démocratie brésilienne. Il restera à ce poste jusqu’en 1985, ce qui coîncide précisément avec la fin de la dictature militaire et l’élection du président Tancredo Neves…

Ses relations avec la junte militaire au pouvoir sont d’ailleurs parfois tendues, lui que certains n’hésitaient pas à surnommer « l’évêque rouge » et qui s’en étonnait en ces termes : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste ». Dans ses premières lettres retraçant son arrivée à Recife, il évoque d’ailleurs ses démêlés avec les militaires qui pénètrent en armes jusque dans le palais épiscopal pour venir arrêter des suspects, ce dont il proteste officiellement auprès du cabinet du général.

Avec même un certain succès, au point de conclure modestement : « l’incident m’a rapproché du véritable commandant de la révolution ici ». Il relate ainsi un entretien de 2 heures avec le général de la place à qui il n’hésite pas à dire ; « Général : celui qui vous parle est votre évêque […]. Acceptez cet avis fraternel […] : la sincérité de l’anticommunisme de beaucoup de militaires a été amplifiée par l’anticommunisme d’hommes d’affaires qui voulaient seulement défendre leurs propres intérêts… ».

Favela actuelle à Recife

Favela actuelle à Recife

Les relations avec les autorités locales de la junte militaire ne seront pas toujours aussi cordiales, d’autant que l’évêque dès les premiers jours de son arrivée part à la rencontre des pauvres dans leurs baraquements des favelas locales, pataugeant dans la boue des alagados, au milieu des marécages inondables… Et l’évêque se fait géographe pour analyser : « Des 146 km² du territoire de Recife, 97 sont occupés par des bidonvilles… Seulement 9 % des taudis sont la propriété des occupants, les autres sont loués ».

Face à cet océan de misère, Dom Helder Camara s’efforce de réduire le train de vie de son Église. Il se déplace en autobus et décide d’ouvrir le palais épiscopal à la foule des fidèles, laissant les enfants des rues gambader dans les jardins, quand il ne joue pas avec eux, leur proposant des parties de billes et de lancer de fléchettes… Mais il se retrousse les manches et se coltine aux dures réalités économiques qui entretiennent la pauvreté. Il se bat pour que son diocèse accepte de libérer une partie de son patrimoine foncier afin que les plus pauvres aient accès à la terre : « Nous allons parler sérieusement des terres de l’archidiocèse. Nous avons des arguments très forts et pressants pour nous défaire d’elles : la réforme agraire a été décrétée et le geste du pape exige une réponse immédiate ».

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d'un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d’un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

On découvre à travers de ces pages non seulement un homme de coeur, un théologien épris de justice et de charité, mais d’abord un homme d’action, un organisateur qui jongle avec les projets, s’inquiète de trouver des débouchés aux briques ou aux sandales qu’il fait fabriquer et encourage ses séminaristes à la menuiserie ou au maraîchage aux côtés des salariés. Car le rôle d’un évêque n’est pas seulement de guider spirituellement ses ouailles : « Dans mon esprit, l’évêque d’une région sous-développée a l’obligation chrétienne et apostolique d’aider son peuple à s’arracher au sous-développement, dans lequel la vie humaine est impossible, et donc aussi, sauf miracle, la vie chrétienne ». On l’entend ainsi disserter sur les limites de l’aide au développement apportée notamment par la France, regrettant que celle-ci ne représente qu’une infime part de son PNB et estimant que « la France doit susciter de nouvelles modalités de relations économiques plus favorables au développement ».Blog308_PhCamara1964

Une analyse politique lucide qui lui vaut bien des critiques mais qu’il n’hésite pas à défendre devant ses interlocuteurs y compris étrangers et à la télévision. Car Dom Helder Camara est un homme de communication qui a saisi tout l’intérêt des médias pour diffuser ses messages. Cela lui est d’ailleurs vertement reproché par les autorités ecclésiastiques, au même titre que ses efforts oecuméniques en vue d’un rapprochement avec les églises réformées. Mais il ne se laisse pas démonter : « accuser l’évêque d’une grande ville, en plein 1964, de participer à une émission de télévision, c’est ignorer que la télévision nous porte au coeur des foyers, dans l’intimité des familles, nous permettant d’avoir partout une audience inimaginable pour qui ne la voit pas ».

Blog308_PhFemmeIndigeneTout au long de ces témoignages au ton enjoué, on découvre un homme chaleureux et épris de liberté, qui ne déteste rien de plus que de voir un oiseau en cage : « C’est ainsi que j’aime les oiseaux : lâchés, totalement libres, jouant dans les branches des arbres. Aussi grande soit-elle, aucune volière ne me paraît raisonnable ». Il y a du Saint-François d’Assises derrière le Dom… Il n’hésite pas à rendre visite aux prisonniers et va jusqu’à remettre en cause les plans proposés par ses architectes pour la construction du futur séminaire : « J’ai horreur de peiner qui que ce soit. Mais comment permettre que mes séminaristes grandissent avec l’impression d’être cloîtrés et même en prison !? ».

Un livre magnifique en tout cas qui permet de faire connaissance avec un être hors du commun, un homme visionnaire et engagé qui avait dès son intronisation en avril 1964 prononcé un véritable discours programme dans lequel il se présentait « comme un Nordestin qui s’adresse aux Nordestins avec les yeux rivés sur le Brésil, sur l’Amérique latine et sur le monde. Un être humain qui se considère frère de faiblesse et de pêché des homes de tous les coins du monde. Un évêque de l’Église catholique qui, à l’image du Christ, ne vient pas pour être servi mais pour servir ». Plus que le « Journal d’un évêque prophétique », une véritable leçon de sagesse, de détermination et d’humilité…

L.V.  LutinVertPetit