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Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 2) : un peu d’histoire…

15 septembre 2017

Voici quelques repères portant sur une durée de plus d’un siècle qui nous éclairent sur l’évolution de l’organisation du temps scolaire.  Ils sont issus d’une recherche de l’académie de Grenoble et pour partie, ils sont aussi mentionnés dans un rapport de l’Académie de Médecine.

Les journées de classe

  • Avant 1882, les élèves assistaient à la classe tous les jours sauf le dimanche.
  • En 1882, l’école primaire devient officiellement gratuite, obligatoire et laïque. Le jeudi alors est libéré « afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».
  • En 1969, la durée hebdomadaire est fixée à 27 heures, à l’occasion de la libération du samedi après-midi. Les trois heures dégagées doivent permettre « aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent ».
  • En 1972, c’est la journée libre hebdomadaire qui est décalée du jeudi au mercredi.
  • 2008 : La réforme entreprise par Xavier Darcos établit une semaine de quatre jours.

Les vacances scolaires

  • 1882 : les vacances se limitent à six semaines de pause estivale.
  • 1922 : les vacances d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles.
  • 1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
  • 1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
  • 1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
  • 1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).

Le temps d’enseignement

Avant 1969, pour une scolarité de cinq années à l’école élémentaire avec une semaine de 5 jours (soient 30 heures), l’élève bénéficie de 5 400 heures de classe (récréations comprises). Avec la semaine de quatre jours décrétée par le ministre Darcos en 2008, l’élève ne bénéficie plus que de 24 heures de classe ce qui, calculé sur 5 années, représente 4 320 heures. Au total, la diminution du nombre d’heures et de jours de classe entre 1969 et 2008 équivaut à 1 080 heures soit une année scolaire en moins !

Au vu de l’évolution constatée sur plus d’un siècle qui met en évidence la diminution du nombre d’heures d’enseignement, tentons d’analyser les motifs des choix qui aboutissent à cet état de fait. Pour nous aider, nous nous réfèrerons aux travaux de quelques chercheurs dont ceux de Georges Fotinos, enseignant à l’Université de Tours.

En 1882, avec l’instauration de la troisième République, l’école primaire qui constitue un vecteur crucial dans une France plus démocratique est gratuite, laïque et obligatoire. Les enfants ont classe du lundi matin au samedi après-midi, le jeudi étant libéré, et les vacances ne durent qu’un mois l’été selon un calendrier départemental fixé par les préfets.  Rappelons qu’à cette époque, il n’existe pas de congés payés pour les ouvriers ou les employés et que le repos dominical ne sera acquis qu’en 1906 ! L’objectif est d’instruire tous les élèves.

Après la Première guerre mondiale (1914-1918), la France qui a besoin de bras pour reconstruire et cultiver mobilise aussi les enfants. Ainsi, à partir de 1922, les vacances d’été sont rallongées de quinze jours pour leur permettre de travailler aux champs de mi-juillet jusqu’à fin août. Avec l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 et l’adoption des congés payés (deux semaines), les vacances sont prolongées jusqu’à fin octobre. Il faut attendre le début des années 1960 pour diminuer la durée des congés d’été après que l’on ait constaté le caractère néfaste de cette coupure qui renforçait le décrochage. Notons qu’entre 1922 et 1938, apparaissent temporairement de courtes vacances hors période estivale.

L’objectif est toujours d’instruire tous les élèves en veillant à favoriser la construction des acquis des élèves et cela tout en leur permettant de contribuer à la vie économique du pays.

C’est en 1961 (et cela a perduré jusqu’à nos jours) que l’économie touristique fait son intrusion dans la construction de l’année scolaire. « Pour la première fois en 1961, le calendrier des vacances [désormais arrêté au niveau national] est fixé avec l’accord du ministre du Tourisme », indique Georges Fotinos.  Nous sommes en pleine période des « Trente glorieuses » et le niveau de vie des Français a considérablement augmenté. La division de la France en zones scolaires est mise en place pour faciliter la circulation sur les routes et dans les transports ferroviaires. L’horaire hebdomadaire de classe est réduit de 3 heures avec la suppression du samedi après-midi et la pause hebdomadaire du jeudi est avancée au mercredi.

L’objectif reste l’instruction de tous les élèves  (notons que c’est dès 1932 que le nom du ministère de l’Instruction publique est devenu celui de l’Education nationale) mais aussi la facilitation de la vie familiale avec  les départs en week-end qui n’excluent pas les classes populaires.

En 1980, dans un rapport qui pointe la France comme le pays où la durée des vacances scolaires est la plus longue et la journée scolaire la plus chargée, le Conseil économique et social nous alerte. Parallèlement, les pédiatres et les chronobiologistes attirent notre attention sur la fatigue des enfants, en particulier en octobre-novembre et février-mars et insistent sur la nécessité d’au-moins 10 jours de vacances à ces périodes. En 1985, un nouveau calendrier scolaire instaure l’alternance entre sept semaines de temps de travail et deux semaines de congé. En 1986, le gouvernement met en place le calendrier sur trois zones. En 1988, Lionel Jospin, ministre de l’Education, retente les deux zones puis revoit sa copie un an plus tard, sous la pression des lobbies.

L’objectif premier demeure avec la prise en compte de l’optimisation des périodes d’apprentissage pour les élèves. Notons que c’est en 1981 que sont créées les zones d’éducation prioritaires (ZEP), devenues depuis les réseaux d’éducation prioritaires (REP), pour « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Dessin de Miss Lilou

C’est en 1998, en lien avec les collectivités locales, que sont créés les contrats éducatifs locaux (CEL) qui proposent aux élèves des activités périscolaires sportives ou culturelles le midi et/ou le soir. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, décide d’abord de ramener l’horaire scolaire sur quatre jours et parallèlement d’affecter ce temps en partie au soutien pédagogique, avec des aides personnalisées pendant la semaine mais aussi pendant les vacances.  En 2013, le ministre Vincent Peillon lance une étude sur les rythmes scolaires qui débouchera en 2015 sur le retour à la semaine de quatre jours et demi de classe et la mise en place de temps d’activités périscolaires. Mais vous savez ce qu’il en advient ….

Si l’objectif est bien d’atteindre pour tous les élèves un niveau de maîtrise des savoirs, constituant le socle commun de connaissances et de compétences, attendu au terme de l’enseignement obligatoire (fin de 3ème de collège), des priorités budgétaires et financières, sans parler des batailles idéologiques et des enjeux sociétaux, contrarient l’objectif de formation de l’élève et du citoyen.

 

Conclusion temporaire

Emploi du temps, vacances et rythmes scolaires sont-ils vraiment au service de la formation des élèves ?

Comme le montre le rappel historique qui précède, nous constatons que l’organisation de l’année, des périodes de classe, de la semaine et de la journée scolaires évoluent en intégrant des facteurs parfois très éloignés de l’objectif premier : la réussite scolaire de tous les élèves, gage de leur avenir.

Comment dès-lors atteindre l’objectif visé, avec d’une part une quantité sans cesse croissante de savoirs et compétences à maîtriser, quand d’autre part les obstacles sociétaux et organisationnels, les contraintes financières perturbent, complexifient, ou réduisent la qualité comme la durée du temps nécessaire à la construction des apprentissages !

Extrait d’un cahier de CM2 des années 1930

Quand on retrouve des cahiers d’élèves des années 1920, on est étonné du niveau des maîtrises en français (orthographe et grammaire), calcul, histoire et géographie, sciences. La mémorisation tenait une place importante, pour preuve le nombre de poésies apprises et toujours maîtrisées. Mais cependant il faut constater que l’étendue des contenus abordés était bien plus modeste que celle que nous connaissons. Comparaison n’est pas raison ! Ce n’était pas mieux avant mais ce qui était appris était su !

Les enseignants font de leur mieux dans un contexte professionnel en changement permanent qui voit les réformes et les réorientations se succéder sans que l’on tire les enseignements des mesures prises précédemment. Tout cela sans compter qu’on leur demande d’assurer une part d’éducation sans cesse croissante.

Les parents ont aussi des difficultés pour se tenir informés des évolutions de l’Ecole et accompagner aux mieux leurs enfants.

Ecoliers sud-coréens (photo © Malte E. Kollenberg / Der Spiegel)

Même si le slogan « placer l’élève au centre du système éducatif » qui figure dans la Loi organique sur l’Ecole de 1988 a été moqué, le constat qui émerge de cet article c’est que l’on demande toujours plus et mieux aux élèves alors que le temps consacré aux apprentissages et à la constitution des acquis est en permanente diminution, à l’école comme à la maison. Pour information, un acquis est un savoir permanent qui pourra être mobilisé quel que soit le contexte, scolaire, professionnel ou personnel.

Il n’est pas question de plagier l’exemple des pays asiatiques où les enfants après l’école fréquentent des lieux de formation payants afin de consolider la formation dispensée en classe, voire de l’enrichir. Le souhait du ministre de voir les devoirs faits et les leçons apprises à l’école constitue un objectif louable car démocratique.

Ecole et démocratie…. Un beau sujet de réflexion ?

Pour l’heure, il serait bon pour tous les acteurs de l’école de disposer de la stabilité et du temps pour exercer sereinement leur métier ou leur mission. Il en va de la réussite et de la satisfaction de tous, enfants, enseignants et parents.

M.M.

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Rappel : conférence sur la vaccination !

5 octobre 2016

C’est demain soir, jeudi 6 octobre à 18h30, que se tiendra la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien sur le thème suivant : Vaccinations : agression ou protection ?

Compte tenu de l’importance de ce sujet à un moment où l’absence de vaccination engendre des conséquences en matière de santé publique, et alors que certains s’interrogent sur les éventuels effets secondaires des vaccinations, ce sera l’occasion de dialoguer avec les deux intervenantes, Annick Guimezanes, immunologiste et chercheuse honoraire INSERM, et Marion Mathieu, formatrice scientifique, qui tenteront de répondre à toutes les questions que chacun se pose.
afficheconfvaccination
Alors venez nous rejoindre pour cette conférence gratuite à 18H30 dans la salle du clos Blancheton à Carnoux !

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L.V.  LutinVertPetit

Recherche universitaire : vers la désexcellence ?

7 février 2015

Blog153_PhExcellence« Au royaume des slogans de l’époque, voici la nouvelle tromperie : il faut être excellent. Pour réussir dans tous les secteurs de la vie, pour briller en société, un seul objectif : devenir le meilleur. On est en pleine héroïsation de l’individu. De tous ? Mais parvenir au rang de « héros » en reconnaissance de services rendus est forcément réservé à quelques uns : les gagnants, les astucieux, les débrouillards. Ce principe fallacieux s’applique déjà à la recherche, l’enseignement, l’administration et aux services publics. Sous quelles formes ? Avec quels bénéfices ? Que signifie pour la dignité humaine de ne pas être excellent ? Et tous les secteurs de notre vie sont potentiellement visés par la charge déshumanisante de la course effrénée à la performance. »

Décrire et dénoncer les risques de l’« excellence » qui « exprime le dépassement de soi et des autres, l’accroissement continu des performances, la réussite dans un monde où seuls les plus forts seraient appelés à survivre », tel est l’ambition de cette charte de la désexcellence que viennent de publier une série d’enseignants-chercheurs de l’université libre de Bruxelles (CharteDesexcellence).

L'Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l'Excellence ?

L’Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l’Excellence ?

L’initiative est intéressante qui met en garde contre les excès de ce mantra incantatoire mis en avant par la pensée néolibérale et les pratiques managériales depuis les années 1980 : la recherche à tout prix de l’excellence a certes des vertus en matière d’émulation et d’amélioration de la productivité, mais ses effets pervers ne doivent pas être non plus sous-estimés, liées à l’hyper-compétition, à la dévalorisation de certains savoirs, au primat de l’évaluation selon des critères strictement économiques et au triomphe de la communication et du faire savoir sur le savoir-être et le savoir-faire.

Blog153_PhRechercheLongtemps abrité de cette épidémie qui a d’abord contaminé le monde de l’entreprise, le milieu universitaire de l’enseignement supérieur et de la recherche se retrouve confronté à cette nouvelle doxa, dans la foulée des accords de Bologne, qui ont consacré la mise en compétition des universités européennes. Du coup les impératifs de recherche et de formation tendent à devenir secondaires face à d’autres préoccupations qui consistent à «  soigner son image de marque, transformer son institution en machine de guerre capable d’absorber les meilleurs crédits, les meilleurs enseignants-chercheurs, le plus grand nombre d’étudiants, et renforcer son positionnement sur les scènes nationales et internationales ».

Blog153_DessinChercheurC’est ce que dénoncent avec beaucoup de conviction ces enseignants-chercheurs qui constatent que ces « indicateurs d’excellence » qui se sont multipliés masquent en réalité une baisse de la qualité du travail universitaire, qui se traduit par un « formatage des champs et des objets de recherche, la multiplication des résultats invalides et des fraudes, un manque de recul et d’esprit critique, la construction d’une relation marchande à l’apprentissage, la substitution des savoirs instrumentaux aux connaissances et à la réflexion, etc ».

Cette réflexion les amène à appeler, non sans ironie, à la « désexcellence » ! Il s’agit ni plus ni moins que de s’opposer « au dévoiement actuel des universités » en invitant à se préoccuper de la qualité effective du travail comme le ferait un artisan soucieux de donner un sens à ce qu’il conçoit ou fabrique. Cette démarche met aussi en avant un recentrage sur des valeurs telles que le partage, le désintéressement, l’honnêteté intellectuelle, la solidarité, des notions qui paraissent souvent bien éloigné du monde actuel de la recherche universitaire où chacun piétine allégrement son voisin et la déontologie pour essayer d’émerger dans ce qui ressemble de plus en plus à une jungle où tous les coups semblent permis.Blog153_DessinShadock

Les auteurs de la charte en ont d’ailleurs tellement conscience qu’ils conseillent un usage très prudent de leur propre manifeste pour tendre vers « une université de service public, démocratique et accessible » : seuls les professionnels disposant d’une réelle marge de manœuvre sont invités à s’emparer de cette charte, ce qui en dit long sur la précarité d’une grande partie des chercheurs actuels !

S.J.

Si l’homme ne change pas, le monde ne changera pas…

4 septembre 2014

Nous sommes entrés dans l’ère de l’accélération globalisée. Vitesse et court terme sont devenus la norme de la société. Mis sous tension par l’accélération financière et technologique, nous tentons encore de suivre un rythme qui nous mène pourtant vers des catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées. Mais certains d’entre nous ont décidé de ne pas céder à l’injonction d’’immédiateté, en expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre ». Chaque jour partout dans le monde, en Europe, en Amérique Latine, aux États-Unis ou en même en Inde, ils travaillent à redonner du sens au temps. À la marge du modèle dominant, ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain. Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.

En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, le réalisateur Philippe Borrel est allé à la découverte d’initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. Le film passionnant qu’il en a tiré est actuellement visible sur Arte (jusqu’au 9 septembre 2014).

Bunker Roy

Bunker Roy

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire. En Europe, les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques. À Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Urgence_Ph1L’ « Université aux pieds nus » du Rajasthan, est un exemple éclairant. Après ses études à Delhi, Bunker Roy décide de s’installer à Tilona pour venir en aide aux populations défavorisées de la région. Il souhaite agir concrètement de façon à ce que les villageois puissent accéder aux savoirs techniques et médicaux et gagner ainsi leur indépendance. Inspiré par les préceptes du Mahatma Gandhi, qui prône la simplicité en toute chose, il fonde en 1972, avec sa femme Aruna, le Barefoot-college, littéralement l’Université aux pieds nus. Il part du principe qu’avec un minimum de compétences et de savoirs concrets, les villageois ont la possibilité de se prendre en main et d’aider eux même leur communauté.

Sa première action concrète, il la réalise en installant des pompes à eau, essentielles dans une région où l’eau est rare et porteuse de maladies, puis il apprend aux villageois à les installer et les réparer. L’opération est un succès car non seulement elle permet aux habitants d’accéder à une eau saine, mais également donne la chance à une communauté d’Intouchables, qui se sont cotisés pour acquérir une pompe, d’accéder à leur indépendance et de dépasser leur condition sociale, fait rare en Inde. Ce succès encourage Bunker Roy, et de nouveaux enseignements sont organisés.

Ici, l’enseignement délivré est dépouillé de toute théorie « inutile ». Aucun diplôme n’est délivré pour que les bénéficiaires ne soient pas tentés de les marchander ou de quitter le village. Dans cet enseignement basé sur l’observation, la répétition des gestes, les ateliers pratiques, avec de nombreux spécialistes du monde entier, médecins ou ingénieurs, qui viennent transmettre bénévolement leur savoir aux élèves. Ceux-ci rentrés chez eux les transmettront à d’autres étudiants ou à d’autres personnes bien souvent illettrées dans leur village.  Plus qu’un campus, c’est une communauté, un engagement participatif ou l’on apprend non pas pour soi, mais pour servir les autres, dans un respect des traditions et avec « une vision durable ». Les programmes évoluent en permanence, en fonction des propositions et des besoins.

Urgence_Ph2Parmi les programmes les plus ambitieux pour former des personnes dans les pays en voie de développement : la maitrise de l’énergie solaire. Pour recruter les stagiaires, un comité du Barefoot Collège « énergie et environnement »  visita plusieurs villages, détermina avec leurs habitants une cotisation mensuelle à verser pour le projet et deux personnes furent désignées, de préférence des femmes dans la quarantaine, jugées plus réceptives aux enseignements et fidèles à leur communauté. Elles furent ensuite envoyées 6 mois en formation sur le campus où des spécialistes en énergie solaire leur inculquèrent les savoirs nécessaires pour manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs, installer des panneaux solaires correctement, être capable de les entretenir, et construire des lampes solaires.

La plupart étant illettrées, et ne parlant pas forcément la langue de la région, elles apprirent par mimétisme, grâce à des dessins, à des photos ou encore lors d’ateliers de montage. A l’issue de leur formation et de retour chez elles, elles mirent en place les installations électriques, établissant ensuite un atelier électronique de maintenance du matériel, et formant à leur tour d’autres villageois à l’énergie solaire. Chaque habitant qui bénéficiait de ces infrastructures devait reverser ensuite une certaine somme à la communauté, dont le total serait utilisé pour étendre le réseau. Le projet était ainsi complètement autofinancé…

Ce programme fut dès le départ un succès, qui a depuis changé la vie de nombreux villages, permettant notamment, grâce aux lanternes électrique, la mise en place de cours du soir ou les commerces nocturnes. Mais il a également permis à de nombreuses femmes, les « chasseuses de soleil » (elles composent 80 % des élèves formés), de s’émanciper et d’accéder à un statut qu’elles n’auraient jamais imaginé avoir. En tout ce sont plus de 800 écoles et 315 villages dans le pays qui ont tiré parti de ce programme.

Urgence_Ph3En observant cette réussite, de nombreux pays s’y sont intéressés. Ainsi, depuis 2004 le Barefoot College exporte son enseignement vers d’autres pays émergents avec notamment l’aide du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Ce programme a ainsi permis à des femmes d’installer des panneaux photovoltaïques dans des villages d’Ethiopie, d’Afghanistan, du Bénin, de Bolivie, du Bhoutan, du Cameroun, de Gambie, du Malawi, du Mali, de Mauritanie, du Rwanda, de la Sierra Léone, de la Tanzanie et plus récemment au Sénégal, à Djibouti et au Soudan.

Les ruraux montrent par là leur capacité à résoudre leurs propres problèmes et à s’émanciper, grâce à un enseignement adéquat. Le Barefoot College démontre ainsi que l’accès à l’apprentissage n’est plus inaccessible pour une certaine couche de la population. Bien plus qu’un centre de formation, Le Barefoot College est une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins indiens ou étrangers cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.

Nous ne vivons pas en Inde, mais ne devrait-on pas s’inspirer de cette réalisation de mise en commun des compétences et travailler à inventer un avenir meilleur par des initiatives semblables ? Faudrait-il se résoudre à dépendre de la seule « bonne volonté » des hommes politiques ? Le lobbying du peuple est-il possible ?

C. G.

Bientôt une université régionale des métiers à Marseille

12 juillet 2014

Blog87_Ph1On déplore souvent qu’en France, contrairement à l’Allemagne, l’apprentissage ne soit pas assez développé. Il semble bien en effet que les entreprises françaises soient plus réticentes que leurs concurrentes d’Outre-Rhin à s’engager dans la formation de leurs jeunes recrues. Le sujet a d’ailleurs été largement abordé lors de la récente conférence sociale où il a été constaté une chute dramatique des contrats d’apprentissage et de professionnalisation dont le nombre a baissé de 14 % lors du premier trimestre 2014 ! De nouvelles mesures financières ont d’ailleurs été annoncées par le gouvernement pour favoriser le recrutement d’apprentis par les entreprises avec un objectif affiché d’atteindre le chiffre de 500 000 apprentis à la rentrée 2017 (contre 435 000 actuellement et 1,5 millions en Allemagne…).

cognitif-humourD’autres initiatives se développent aussi à l’initiative des collectivités territoriales et notamment des régions qui sont en première ligne en matière d’aide au développement économique. Saluons à cet égard l’initiative de la Région PACA qui vient de signer, le 13 juin dernier, un protocole d’engagement avec la Chambre régionale des métiers, l’État et la Caisse des dépôts et consignations en vue de lancer la création d’une future Université régionale des métiers qui devrait ouvrir ses portes à Marseille en 2019.

Ce futur  » campus des artisans  » sera construit dans le secteur d’Arenc, au cœur du périmètre d’Euroméditerranée. Le coût de l’investissement est évalué à 105,5 millions d’euros, payé pour l’essentiel (69,3 M€) par la Région PACA et par l’État pour 15,9 M€ via les crédits du Programme des investissements d’avenir (l’ex Grand emprunt). Ce dernier injecte au total près de 330 M€ dans la réalisation d’une soixantaine de projets visant à promouvoir ainsi l’apprentissage. Le solde du montage financier pour l’université régionale des métiers sera pris en charge par la communauté urbaine MPM, les chambres des métiers et Erilia (réseau Habitat en région des Caisses d’épargne, société chargée de réaliser une unité d’hébergement de 150 chambres pour l’accueil des stagiaires).

Blog87_Ph3Le chantier de ce vaste projet devrait débuter en 2016 sur deux parcelles situées juste derrière le Dock des Suds. Le complexe ainsi créé regroupera trois centres de formation existants (dont le CFA des Compagnons du devoir), l’Institut régional de formation à l’environnement et au développement durable (actuellement à l’Arbois) mais aussi plusieurs centres de ressources dont l’Observatoire régional des métiers ainsi que le siège des organisations professionnelles de l’artisanat.

Blog87_Ph2Au total, ce sont 1 200 apprentis qui pourront être accueillis sur cette nouvelle structure, soit 341 places supplémentaires par rapport à l’état actuel. Sept filières professionnelles seront concernées : bâtiment et écoconstruction, santé (optique et dentaire), services administratifs, tertiaire (commerce, tourisme, vente), électricité/électronique/électrotechnique, métiers d’art, recyclage. Un beau projet, idéalement situé, qui devrait largement contribuer à redonner de l’attractivité aux filiales de formation professionnelle par l’apprentissage et favoriser ainsi l’accès à l’emploi de nombreux jeunes de la région.

L. V. LutinVertPetit