Archive for the ‘Formation’ Category

Au Laos, les cochons touchés par la peste porcine

1 mai 2020

Agronomes et Vétérinaires Sans Frontière (AVSF) tire la sonnette d’alarme. Au Laos, les petits paysans ont développé l’élevage porcin pour améliorer leurs conditions de vie précaires. Cet élevage est une source de revenu importante pour les familles. Or, le virus de la Peste porcine africaine, apparu sur le continent depuis 2018, met en danger la pérennité de ces élevages, jugés peu sûrs sur le plan sanitaire.

Élevage familial au Laos (source © AVSF)

D’après l’OIE (Organisation Mondiale de la santé animale), depuis la première apparition de la Peste porcine africaine (PPA) au Laos le 20 juin, 141 foyers ont été signalés dans dix-sept divisions administratives différentes. Toutes les flambées sont toujours en cours. Il s’agit d’une maladie virale hémorragique qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers et n’est pas contagieuse pour l’Homme. Elle n’est pas apparente chez les suidés sauvages africains (potamochères et phacochères), mais elle présente un taux de mortalité élevé dans les élevages. La maladie se transmet par contact direct d’un animal malade à un animal sain ou par contact d’un animal sain avec un aliment ou un environnement contaminé par le virus. Ce virus est très résistant dans les sécrétions, les excrétions et les produits issus des porcs contaminés. La persistance du virus dans la viande est en général à l’origine de contaminations à distance par distribution aux animaux de déchets de cuisine.

Les élevages industriels sont réputés plus à même de mettre en place les mesures qui s’imposent. Ce sont pourtant dans ces élevages que des campagnes d’abattages massifs ont lieu lorsque le virus s’y introduit.

Les principaux foyers de peste porcine en Asie (source © OIE)

Les élevages paysans doivent aussi pouvoir bénéficier de l’assistance technique nécessaire pour se protéger contre la diffusion de la maladie. C’est ce que AVSF tente de faire avec les petits paysans du Laos. C’est un enjeu important car, comme le dit l’association, c’est toute une activité économique qui est en jeu et par là même les conditions des familles rurales qui en dépendent.

– L’élevage est une source de revenu pour les familles afin d’acheter de la nourriture et prendre en charge les autres dépenses. Cet élevage vient en complément de la culture du riz qui ne suffit pas à elle seule à assurer l’autosuffisance alimentaire des familles.

– L’élevage familial évite aux familles de devoir acheter les protéines animales consommées et les rend ainsi moins dépendantes des variations de cours de la viande. En période de pénurie, les prix montent et les familles ont du mal à acheter de la viande. Avoir un élevage propre est donc la garantie de pouvoir mieux s’alimenter.

– L’élevage s’insère dans le système d’exploitation des paysans. Il apporte les fertilisants nécessaires et évite ainsi l’achat d’engrais.

Cochon noir dans une ferme au Laos (source © Freepick)

AVSF propose ainsi de développer plusieurs axes d’intervention afin d’aider les paysans à préserver un système de production plus à même d’assurer leur autosuffisance alimentaire. Selon elle, les actions importantes à mener sont les suivantes :

– la formation d’auxiliaires vétérinaires afin de détecter la maladie le plus rapidement possible,

– l’information des paysans grâce au développement des échanges d’expériences,

– la protection des races locales de porcs, car ce sont les mieux à même à résister dans cet l’environnement,

la mise en place d’abattoirs sécurisés,

– la fourniture d’équipements de protection pour les éleveurs et de produits de désinfection,

A l’heure où la pandémie du Coronavirus dévoile un peu plus les dangers d’une économie mondialisée, il est urgent de soutenir l’agriculture paysanne. Elle permet à chaque famille de subvenir à ses besoins tout en assurant le maintien de circuits d’approvisionnement de proximité. Cela est vrai en France comme dans tous les pays, et notamment dans les pays pauvres dont la majeure partie de la population vit de l’agriculture.

E. S. 

Amundsen au pôle Sud : petite leçon de management…

28 avril 2020

Tirer parti de l’expérience des Grands Hommes de l’Histoire, la démarche n’est pas nouvelle. Les Anciens déjà avaient à cœur de relater les faits politiques des grands stratèges du passé en partant du principe que les leçons du passé pouvaient servir à se guider dans l’avenir ou tout du moins à ne pas renouveler les même erreurs. Et voilà que de nos jours, les coachs en management qui fleurissent sur la planète et se pressent pour proposer leurs services aux plus grandes entreprises, se plaisent à leur tour à faire resurgir du passé certains faits historiques illustres pour conseiller leurs clients.

L’un de ces épisodes dont les experts en management raffolent est celui qui vit s’affronter, peu avant la première guerre mondiale, deux équipages d’explorateurs déterminés à être les premiers à mettre le pied au pôle Sud. Une âpre compétition de vitesse entre deux équipes de nationalité différente cherchant à atteindre un même objectif que beaucoup jugeaient alors impossible, dans un milieu particulièrement hostile, sans aucune aide possible de l’extérieur et où chacun ne peut compter que sur ses propres forces.

Robert Falcon Scott en habit d’officier de la Royal Navy (source © J.R. Freeman & Co. Ltd / British Museum / Encyclopaedia Britannica)

En l’occurrence, les Britanniques emmenés par le capitaine Robert Falcon Scott, officier de la Royal Navy, sont les favoris lorsqu’ils embarquent à bord du Terra Nova, le 15 juillet 1910. L’expédition a tout pour réussir, composée d’une équipe pléthorique et expérimentée et dotée d’un équipement ultra-moderne et parfaitement étudié, bénéficiant en outre de l’expertise acquise deux ans auparavant par un compatriote, Ernest Shackleton qui avait réussi à reconnaître le parcours sur 80 % de l’itinéraire.

Ils sont d’autant plus convaincus de réussir l’exploit d’être les premiers hommes à fouler du pied ce lieu mythique qu’est le pôle Sud géographique, qu’ils ignorent même avoir un concurrent. C’est deux jours seulement après leur départ qu’ils apprennent par un télégramme qu’un autre équipage, norvégien celui-là, est également en route vers l’Antarctique, dans le même objectif qu’eux. A sa tête se trouve un fils d’armateur, Roald Amundsen, sportif accompli et skieur émérite, qui s’est fait connaître en parvenant, à l’issue de trois longues années d’exploration, à reconnaître le fameux passage du Nord-ouest, un tracé mythique recherché depuis des siècles par plus d’un navigateur et qui permet de relier à travers les glaces, au nord du continent américain, l’Océan Atlantique au Pacifique.

Roald Amundsen (source © Wikimedia Commons)

Fort de cette expérience, qui lui a permis d’apprendre, au contact des Inuits, les meilleurs techniques de survie en milieu polaire hostile, l’objectif d’Amundsen est d’atteindre le pôle Nord. Mais on apprend en 1909 que c’est déjà chose faite, même si la querelle entre les deux Américains qui s’en attribuent l’exploit, Robert Peary et Frederick Cook, est pour le moins confuse, chacun accusant l’autre de mensonge… Du coup, Amundsen change d’objectif à la dernière minute et fait cap vers l’Antarctique, à bord du Fram, sans même en avertir son propre gouvernement !

Arrivé le 14 janvier 1911 dans la Baie des Baleines, le Fram débarque son équipage qui y installe son camp de base. Il y est rejoint en février par le Terra Nova qui fait escale après avoir déposé l’expédition de Scott début janvier aux abords du détroit de Mc Murdo. Les navires repartent pour poursuivre leur programme d’exploration polaire et aller recherche du ravitaillement : rendez-vous est pris pour début 1912… Après des mois de préparation, visant notamment à installer les dépôts de vivres le long de l’itinéraire, suivi par un long hivernage éprouvant et un faux départ prématuré qui faillit être fatal, l’expédition menée par Amundsen s’ébranla finalement le 19 octobre 1911 et le 14 décembre 1911 elle atteignait son but, le pôle Sud où elle s’attarda plusieurs jours, le temps de faire les relevés nécessaires et y laisser les preuves irréfutables de son passage. Le retour se fait à bride abattue et le 25 janvier 1912 l’expédition est de retour au camp de base après avoir parcouru 3440 km en 99 jours !

Roald Amundsen et ses compagnons au pôle Sud le 16 décembre 1911 (photo © Olav Bjaaland / archives)

Le 30 janvier, Amundsen embarque immédiatement pour Hobart, en Tasmanie, où il arrive le 7 mars et envoie le télégramme qui annonce sa victoire, alors même que l’on n’a aucune nouvelle de l’expédition menée par Scott. C’est en février 1913 seulement, un an plus tard, qu’il apprit que Scott et quatre de ses compagnons avaient atteint à leur tour le pôle Sud le 17 janvier 1912 mais ils étaient morts le 29 mars lors du voyage de retour. Leurs corps avaient été retrouvés en novembre 1912 après la fin de l’hiver antarctique, avec, dans la poche du capitaine Scott, la lettre qu’Amundsen avait laissée au pôle pour certifier son exploit…

Si cette expédition a été si souvent décrite et analysée dans le détail, outre son caractère tragique à souhait, c’est qu’elle illustre deux approches assez radicalement différentes en matière l’organisation et de management. Le Norvégien avait délibérément fait le choix d’une équipe très réduite. L’équipage embarqué à bord du Fram était limité à 19 personnes, toutes choisies personnellement par Amundsen, dont 9 seulement restèrent sur place. Seuls 5 d’entre eux sont retenus pour s’élancer en octobre à l’assaut du pôle, accompagnés de 4 traîneaux et pas moins de 52 chiens, sur les 116 apportés sur place.

L’équipe britannique au pôle Sud le 18 janvier 1912 avec Robert Falcon Scott debut au centre (photo © Henry Robertson Bowers / Wikimedia Commons / Ça m’intéresse)

A l’inverse, le Britannique Scott a recruté un véritable bataillon de 65 hommes, choisis parmi 8 000 candidats, dont 50 militaires. Il a surtout misé sur du matériel plus moderne, dont 3 véhicules à chenilles, 45 traîneaux ainsi que 19 poneys de Sibérie, supposés bien résister au froid polaire, et seulement 34 chiens. Il avait également fait développer spécifiquement pour son expédition du matériel et des vêtements très innovants, à la pointe de la technologie, alors que les Norvégiens misaient eux sur des équipements beaucoup plus traditionnels en fourrure de phoque, nettement moins seyants mais parfaitement adaptés aux conditions locales car issus d’une très longue tradition transmise par les Inuits.

En réalité, ce sont surtout les choix stratégiques de Scott qui ont conduit à son échec. Les véhicules autotractés se sont vite révélés inutilisables alors qu’il avait tout misé sur leur forte capacité de transport et leur rapidité. Les poneys avaient semble-t-il été mal choisis et se sont révélés beaucoup trop fragiles, obligeant les hommes à s’épuiser en tirant eux-mêmes les lourds traîneaux. Au fur et et mesure de l’expédition, Scott s’est rendu compte par lui-même que les chiens étaient nettement plus efficaces et c’est sans conteste ce qui a assuré le succès d’Amundsen, lequel a pu, grâce à la meute de chiens qu’il avait prévus, assurer une utilisation optimale des traîneaux tout en fournissant des vivres puisque seuls 11 chiens ont été ramenés vivants, les autres ayant été tués et mangés en chemin.

Sur la route du pôle Sud, cliché de l’expédition Amundsen (source © The History Press)

Mais la méthode de management adoptée était aussi très différente. Pour Amundsen, l’objectif était pour les 9 hommes engagées dans l’expédition, de « revenir en Norvège après avoir planté notre drapeau au pôle », là où les Britanniques recevaient chacun des tâches plus morcelées et un objectif moins valorisant puisque la plupart d’entre eux devaient simplement patienter dans un camp en attendant que les 5 hommes finalement choisis puissent accomplir le trajet final vers le pôle. L’ennui, l’attente et la routine ont fragilisé le collectif chez les Britanniques, là où Amundsen avait réussi à créer des rituels pour renforcer le lien entre les hommes, n’ayant pas hésité à emporter des jeux, de l’alcool pour fêter les anniversaires et même un cigare à fumer le 24 décembre… D’un côté, une organisation très hiérarchisée, militaire et déresponsabilisante, et de l’autre un petit clan très soudé où chacun avait un rôle parfaitement identifié avec un chef très investi, même dans les tâches les plus ingrates.

Comme quoi, il ne suffit pas de bien planifier un projet pour le réussir. Tous les facteurs sont à prendre en compte pour le mener, non seulement les méthodes et les outils, mais aussi la manière de constituer l’équipe et de se comporter au sein de celle-ci : des évidences qui ne sont pas seulement utiles pour aller au pôle Sud mais qui peuvent aussi servir dans bien des circonstances…

L. V.

Kapital : un Marx et ça repart !

19 février 2020

Le marxisme n’est plus trop à la mode… Il faut dire que la manière dont il a été mise en œuvre par différents régimes à tendance totalitaire, dans l’ex Union soviétique ou ailleurs, n’a guère contribué à le rendre populaire. Et pourtant, l’analyse marxiste selon laquelle il revient aux travailleurs eux-mêmes de s’organiser par une action collective pour faire évoluer l’organisation politique, sociale et économique de la société, ne manque pas totalement d’actualité.

Peut-être n’est pas un hasard si le livre publié par Thomas Piketty en 2013 et intitulé Le capital au XXIe siècle, comme en écho au best seller de son prédécesseur, le célèbre Das Kapital, a eu autant de succès, de même d’ailleurs que le dernier ouvrage qu’il vient de publier sous le nom de Capital et idéologie. Le capitalisme en tout cas se porte toujours aussi bien, sinon même de mieux en mieux, au point de prendre progressivement le pas sur le politique et de renvoyer aux oubliettes de l’Histoire l’analyse marxiste et la fameuse lutte des classes.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (source © Socialter)

Mais la cause a encore des défenseurs, parmi lesquels le couple de sociologues, Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui examinent à la loupe, depuis des années, le mode de vie des classes dominantes aisées en France. Malgré leur aversion du capitalisme et de ses excès mercantiles, les deux pourfendeurs du pouvoir des riches, sont passés maîtres dans l’exploitation des produits dérivés de leur sujet de prédilection. Surfant sur la vague des serious games, ces outils pédagogiques destinés à se former de manière ludique sur les sujets les plus austères, nos deux sociologues ont conçu un nouveau jeu de l’oie sur les rapports de classe et l’ont bien entendu appelé Kapital !

Kapital, un jeu de sociologie politique (photo © Mathieu Dejean / Les Inrocks)

Illustré par Étienne Lécroart, un peu à la manière d’une bande dessiné, il s’agit d’un jeu de plateau, édité par La Ville brûle et mis en vente pour 35 € un peu avant les fêtes de Noël 2019. Le jeu, testé par de multiples rédactions, dont celle des Inroks ou celle de Libération, a connu un tel succès qu’il est déjà en cours de réédition, deux mois seulement après sa sortie. Comme quoi, Karl Marx est encore capable de faire recette !

Il faut dire que les Pinçon-Charlot ont bien fait leur affaire en imaginant ce parcours semé d’embûches qui en 82 cases (autant que d’années à vivre, si l’on se réfère à l’espérance de vie moyenne des Français), même tout droit du berceau (sur lequel se penche une fée bienveillante) jusqu’au paradis (fiscal ou autre). Mais la parcours n’est pas le même pour tout le monde dans ce jeu où, comme dans la vraie vie, tout est politique. Sur les cinq joueurs (maximum), un seul fait partie du monde des dominants et c’est le hasard (du lancer de dés) qui en décide : selon que l’on naît à Neuilly ou à Saint-Denis, on est puissant ou misérable, c’est bien connu…

Plateau de jeu Kapital (source © La Ville brûle)

Le dominant reçoit d’emblée une belle dotation en billets qui constituent son capital financier, mais aussi social, culturel et même symbolique. Les autres se contenteront des miettes, l’objectif étant bien entendu d’arriver au paradis en ayant amassé le capital le plus élevé. Mais à chaque arrêt sur une case, les deux catégories ne piochent pas dans le même tas de cartes action. Le gouvernement privatise ou réduit les allocations chômage, c’est autant d’argent que les dominés devront reverser au dominant qui en bénéficie. Pour le dominant, selon l’endroit où il fait son premier stage et sa capacité à citer au moins trois niches fiscales, ce sera autant d’occasions de s’enrichir encore davantage…

Des cartes actions subversives et pédagogiques à la fois… (source © Infos.net)

Les instructions dressent un rapport de force entre le dominant et les dominés qui incitent ces derniers à se liguer, créant ainsi une solidarité de classe. Car le jeu se veut avant tout pédagogique. Chaque carte contient ainsi des explications (en rouge, bien évidemment) qui replacent les choses dans leur contexte et détaillent les mécanismes à l’œuvre dans une société foncièrement inégalitaire. Une véritable leçon de sociologie critique, mais présentée de manière autrement plus ludique que dans un livre de Bourdieu !

Curieusement, quand un dominé tombe sur la case prison, il doit passer son tour alors que le dominant se contente de payer et peut continuer son chemin comme si de rien n’était : toute ressemblance avec une situation réelle serait bien entendu totalement fortuite… Et l’on ne manque pas de s’y amuser comme lorsqu’il s’agit d’imaginer un slogan contre la privatisation de tel service public ou un argumentaire pour faire comprendre aux riches l’urgence climatique. Un peu moins quand on se retrouve à sec, dépouillé en quelques tours par une série de privatisation et de nouvelles taxes. Mal à l’aise parfois pour le dominant qui voit ses richesse s’accumuler au détriment de ses voisins.

Mais les gilets jaunes ne sont jamais bien loin et voilà que la case Révolution vient bouleverser le cours du jeu : « Tous les billets de Kapitaux des joueurs sont mis au centre, comptés et redistribués équitablement entre les joueurs ». De quoi tenter une expérience improvisée de collectivisation, qui redonne d’un coup plein d’enthousiasme aux dominés et fait quelque peu grincer des dents le dominant qui voit fondre son capital accumulé !

Les Pinçon-Charlot se prennent au jeu…Illustration d’Étienne Lécroart (source © L’Ardennais)

Ce n’est qu’un jeu, bien sûr, mais aussi pertinent que pédagogique, où l’on ne s’ennuie jamais et qui ne manque pas de faire réfléchir aux mécanismes effectivement à l’œuvre dans nos sociétés capitalistes fondamentalement inégalitaires : Karl Marx aurait certainement adoré…

L. V.

Intelligence artificielle : les robots jouent à cache-cache…

29 octobre 2019

En matière d’intelligence artificielle, la recherche avance à grands pas. Depuis que l’ordinateur est devenu capable de battre n’importe quel humain d’abord aux échecs puis au jeu de go, infiniment plus complexe, on ne compte plus les applications qui mobilisent l’intelligence artificielle dans tous les domaines.

Victoire du logiciel Alphago face au joueur coréen Lee Sedol en 2016 (source : capture vidéo © DeepMind)

Mais il s’agit généralement de tâches bien précises pour lesquels l’ordinateur a été programmé et dans lesquelles il progresse en apprenant, sans pour autant être en capacité d’utiliser cette intelligence dans un autre domaine : un robot capable de piloter une voiture ne sera pas en mesure d’interpréter un scanner médical ou de jouer au poker, contrairement à certains humains qui s’adonnent (avec plus ou moins de bonheur et pas forcément simultanément) à ces différentes activités…

C’est donc tout l’enjeu de l’intelligence artificielle générale, pour laquelle le milliardaire visionnaire Elon Musk, fondateur de Tesla et initiateur de l’Hyperloop a investi en créant en 2015 la société Open AI en coopération avec l’investisseur Sam Altman. Une entreprise présentée comme un laboratoire à but non lucratif et dans laquelle Microsoft a également décidé d’investir par moins d’un milliard de dollars comme l’indiquait récemment Le Figaro.

Jusqu’à présent, cette société qui suscite la curiosité de la Silicon Valley, n’avait guère montré de résultats face à la concurrence de Google, en pointe dans le secteur de l’intelligence artificielle après avoir racheté Deep Mind, créateur de la machine championne du jeu de go. Mais Open AI vient de frapper un grand coup en apprenant à de petits robots comment jouer à cache-cache !

Trouvé ! Les petits androïdes jouent à cache-cache… (source © Open AI)

L’affaire paraît bien anodine et ferait se gausser n’importe quel élève de maternelle tant le jeu de cache-cache est à la portée du premier garnement venu. Compter jusqu’à 10 pendant que ses petits copains se planquent et fureter ensuite dans tous les recoins pour les débusquer, voilà qui ne fait pas appel à une stratégie très complexe à première vue.

En l’occurrence, comme l’explique notamment Sciences & Avenir, l’expérience d’Open AI ressemble à un jeu de plateau avec de petits agents dotés d’intelligence artificielle, propulsés par un système informatique constitué de 5 réseaux de neurones artificiels indépendants : les robots qui évoluent au milieu de cloisons et de différents objets, sont en capacité de prendre des décisions de façon autonome et apprennent de leurs erreurs afin de développer de nouveaux comportements.

Vu ! Au début, les bleus se font repérer comme des bleus… (source © Open AI)

L’équipe bleue doit se cacher et les rouges se mettent à leur recherche. Les consignes données aux 2 équipes, constituées chacune de 1 à 3 joueurs, sont assez sommaires : tout joueur bleu qui se retrouve dans le champ de vision à 135 ° d’un joueur rouge est considéré comme repéré et son équipe a perdu la partie.

Au début, les bleus font une prestation pitoyable : ils courent dans tous les sens et tentent vainement de s’abriter derrière une cloison mais il suffit que leurs alter-ego rouges contournent la cloison en question pour les dénicher : pas très futés les petits bonshommes bleus…

Les portes sont bloquées : les bleus sont à l’abri… (source © Open AI)

Mais après 25 millions de parties, le déclic se fait : les bleus à force de perdre comprennent qu’ils peuvent tirer parti des objets qui les entourent. Ils se mettent à pousser les caisses pour bloquer les portes et se constituent un fortin où les rouges ne peuvent pénétrer. Il leur faut pour cela collaborer ensemble puisque tout joueur détecté fait perdre son équipe : avec ce type de règle, la solidarité est naturelle, même en intelligence artificielle !

Dès lors, les rouges sont à la peine et il leur faut 75 millions de parties supplémentaires avant de trouver la parade : ils se mettent alors à utiliser les objets en forme de rampes pour grimper dessus et venir débusquer les bleus retranchés dans leur fortin.

Les rouges ont trouvé la parade en utilisant des rampes… (source © Open AI)

L’espoir a changé de camp mais la guerre n’est pas perdue pour autant… Encore quelques millions de parties et les bleus finissent par mettre au point une nouvelle stratégie : pendant que les rouges comptent, ils leur piquent tous les objets susceptibles de servir de tremplin et viennent les cacher dans le fortin où ils se retranchent avant d’en fermer tous les accès par des blocs.

Les bleus reprennent l’avantage en stockant les rampes dans leur camp retranché (source © Open AI)

Les chercheurs pensaient qu’à ce stade le jeu était terminé et que les bleus, bien rodés, étaient désormais en capacité de se mettre systématiquement à l’abri du regard de leurs poursuivants en toutes circonstances, même avec des objets de formes différentes. Mais c’était sans compter sur l’ingéniosité des petits humanoïdes rouges qui, après 380 millions de parties, ont fini par détecter un bug auquel les développeurs n’avaient pas pensé et qui se sont mis à faire du surf en grimpant sur des boîtes. Cet expédient leur a redonné une supériorité irrépressible pour repérer leurs adversaires, même bien planqués dans leur fortin inexpugnable, jusqu’à ce que ces derniers, à leur tour, viennent verrouiller chaque objet à sa place avant de se mettre à l’abri : à toute stratégie se développe une contre-stratégie adaptée…

Les rouges trouvent la solution en surfant sur les boîtes mobiles (source © Open AI)

Une belle leçon en tout cas qui montre que de petits robots dotés d’intelligence artificielle apprennent plus vite qu’on ne l’imagine et s’avèrent capable d’élaborer en groupe des stratégies guerrières redoutables. De quoi donner des sueurs froides à tous les amateurs de science-fiction qui s’interrogent sur ce qu’il adviendra de l’humanité le jour où les robots androïdes dotés d’intelligence artificielle décideront de s’émanciper du contrôle des humains. Ce jour-là, inutile de se cacher pour tenter de leur échapper : le jeu de cache-cache est justement leur passe-temps favori et sachez qu’ils y sont imbattables…

L. V.

SMMM : une entreprise qui sait recevoir

21 août 2019

On dit le patronat français plutôt frileux pour embaucher des jeunes et encore plus pour les former. L’apprentissage qui a pourtant longtemps été la règle, en particulier dans les métiers manuels où le savoir-faire s’acquiert par la pratique et la transmission de l’expérience des aînés, n’est plus à la mode, contrairement à d’autres pays dont l’Allemagne.

La couverture du Moniteur du 16 août 2019 : un patron de PME à l’honneur

Heureusement, il y a de multiples exceptions et de nombreux chefs d’entreprises qui restent prêts à s’investir dans la formation de jeunes professionnels pour les aider à s’insérer dans le monde du travail et à gagner peu à peu en expertise. Michel Barthélémy en fait partie, lui qui a racheté en 2007 la Société méridionale de menuiserie métallique, une société créée en 1978 et implantée à Plan de Campagne, sur la commune de Cabriès, dans les Bouches-du-Rhône.

Cette PME de second œuvre, qui compte 26 salariés et génère un chiffre d’affaire de 4,2 millions d’euros, est réputée localement pour avoir un patron à la fibre sociale, ce qui lui vaut une présentation très élogieuse, mais méritée, dans Le Moniteur du 16 août 2019. C’est aussi ce qui lui a valu d’être démarchée l’été dernier par l’Association Saint-Michel, basée à Aix-en-Provence et spécialisée dans l’accueil de jeunes migrants, des mineurs non accompagnés, qu’elle héberge dans son foyer de 50 places, et qu’elle tente d’accompagner dans l’insertion avec l’appui de l’Aide sociale à l’enfance, un service du Département des Bouches-du-Rhône.

L’Association Saint-Michel, établissement social accueillant des enfants et leur famille en difficulté ainsi que de jeunes migrants, mineurs non accompagnés

Pour pouvoir déposer une demande de titre de séjour, un jeune migrant isolé doit en effet pouvoir faire la preuve d’au moins 6 mois d’apprentissage, une exigence qu’il n’est pas aisé de remplir quand on connaît la difficulté pour un jeune scolarisé dans une filière en alternance à trouver une entreprise qui veuille bien l’accueillir dans ce cadre.

Mais Michel Barthélémy, le patron de la SMMM a des convictions et considère que les entreprises n’ont pas seulement pour fonction de gagner de l’argent à tout prix, mais doivent le faire dans le respect de leur environnement. SMMM a d’ailleurs été la première entreprise française à mettre en œuvre des profilés constitués à 75 % d’aluminium recyclé, et ceci sur le chantier pilote d’un groupe scolaire. De même, la gestion des ressources humaines y accorde une large part à l’accompagnement des salariés avec, en 2018, 12 % des effectifs en apprentissage, 4 % en contrat de professionnalisation et autant en contrat de génération.

Michel Barthélémy avec ses deux apprentis Youssouf et Fareed (photo © Stéphanie Tetu / Le Moniteur)

Michel Barthélémy n’a donc pas hésité à accueillir dans ses ateliers de Plan de Campagne deux jeunes migrants hébergés et encadrés par l’Association Saint-Michel. Youssouf se forme ainsi à la menuiserie métallique tandis que Fareed se perfectionne en serrurerie métallique, accompagné chacun par un tuteur technique expérimenté. Le chef d’entreprise lui-même, veille avec soin à l’intégration de ses jeunes recrues et n’a pas hésité à les accompagner en personne au Centre de formation des apprentis du BTP d’Aix-en-Provence, pour leur rentrée en septembre 2018. Il surveille avec soin leur carnet de notes tout comme leur comportement au sein de son entreprise, et dialogue régulièrement avec leur éducateur qui les suit auprès de l’Association tutrice.

Un dispositif gagnant-gagnant, qui permet à ces deux jeunes mineurs loin de leur famille de s’intégrer et de gagner en autonomie, tout en apportant à l’entreprise la possibilité de former à sa main de futurs professionnels en voie de qualification. A se demander même pourquoi cet exemple ne fait pas davantage d’émules au sein du patronat français…

L. V.

A l’école, le serment de la souris

16 juin 2019

Notre société est abreuvée d’information. Grâce aux outils numériques et aux nouvelles technologies de l’information, jamais nous n’avons eu accès à autant de données. Et ceci sans même avoir à se déplacer : un simple ordinateur portable relié à internet ou un smartphone donnent accès à une masse d’informations à laquelle les érudits les plus assidus des plus grandes bibliothèques du monde n’auraient jamais pu imaginer pouvoir un jour accéder.

Un enfant de 8 ans surfant sur internet (photo © Rex Features REX/ SIPA / 20 minutes)

Sauf que toutes ces données ne se valent pas ! Rumeurs, canulars, fausses informations, opinions délictueuses pullulent sur la toile et jamais sans doute nous n’avons été autant exposés à toutes ces « fake news » et autres « hoax » qu’il est parfois bien difficile d’identifier. Accéder à tout ce savoir sans se faire manipuler, voilà un enjeu majeur pour nos sociétés démocratiques…

Et cela commence dès l’école, car les plus jeunes sont aussi parmi les plus gros consommateurs de ces circuits de diffusion de l’information. Ainsi, selon une étude publiée en avril 2019 par l’HADOPI (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet), les trois-quarts des adolescents de 14 ans utilisent régulièrement un ordinateur, tout comme la moitié des enfants de 8 à 10 ans. Avant même d’entrer au collège, 83 % des jeunes internautes d’une dizaine d’années se connectent pour regarder des vidéos, 59 % pour faire des recherches sur Internet, 19 % pour envoyer des messages et 11 % pour échanger des courriels. Certains d’entre eux (3 à 5 %), ont même déjà pris l’habitude de commenter des blogs, participer à des forums, ou publier des images en ligne.

Un dessin signé Manuel Lapert (source © caricatures.fr)

C’est pour cette raison que l’Éducation nationale est de plus en plus vigilante pour inculquer dès l’école primaire l’esprit critique nécessaire pour consulter avec profit toutes ces données si aisément accessibles mais aussi potentiellement dangereuses si l’on n’est pas en mesure d’en mesurer la fiabilité. Être capable de discerner un fait d’une simple rumeur voire d’une manipulation délibérée s’apprend dès le plus jeune âge. Depuis maintenant 30 ans est ainsi organisée une « semaine de la presse et des médias dans l’école », justement pour inciter les élèves, de la maternelle jusqu’en classes préparatoires, à s’intéresser aux médias avec un œil critique et développer leur esprit d’investigation. Lors de la dernière session, qui s’est déroulée du 18 au 23 mars 2019 et qui avait pour thème « l’information sans frontières », près de 4 millions d’élèves répartis dans plus de 18 000 établissements scolaires français se sont ainsi mobilisés pour mieux comprendre le fonctionnement des médias, développer leur goût pour l’actualité mais aussi leur jugement critique et ainsi forger leur identité de citoyen.

 

Une démarche pour laquelle de nombreux enseignants sont particulièrement attentifs car elle se situe au cœur des apprentissages. L’une de ces institutrices, ancienne journaliste, enseignant en Haute-Savoie en classe de CM2, Rose-Marie Farinella, a ainsi été mise à l’honneur récemment par la MAIF qui évoque sa méthode pédagogique dans sa dernière lettre d’information.

Un programme ambitieux puisqu’il s’articule en 16 séances de trois-quarts d’heure chacune. La première étape consiste à comprendre ce qu’est une information et à la caractériser : un simple slogan publicitaire relevant d’une vague promesse diffère d’une véritable information fiable et vérifiable… Les élèves consultent différents médias et interrogent des journalistes pour se familiariser avec les 5 questions-clés qui permettent classiquement au chroniqueur de synthétiser les faits : qui ?, quoi ?, où ?, quand ? et pourquoi ?

Rose-Marie Farinella intervenant dans une classe (extrait vidéo © Hygiène mentale)

Puis les élèves apprennent à analyser et décortiquer des informations, ce qui suppose de se renseigner sur l’auteur de l’article, sur la date de publication, sur la date à laquelle l’événement s’est déroulé, mais aussi sur le média qui publie l’article et ses règles déontologiques, autant d’éléments que l’on a parfois tendance à zapper lorsqu’on surfe sur internet, au risque de prendre pour argent comptant ce qui ne sont que des fake news pourtant déjà identifiées comme telles.

Pour appréhender tous ces concepts, l’enseignante incite les élèves à s’exercer via des jeux de rôle. Nos journalistes en herbe apprennent à couvrir des faits divers, comme un accident de la route par exemple, mais aussi des sujets plus clivant, tels qu’une manifestation contre la chasse : certains élèves jouent le rôle des chasseurs, d’autres celui des écologistes, et les apprentis journalistes tentent de rapporter leurs différents points de vue sans prendre parti. Un bon moyen de comprendre que tous les témoignages ne se valent pas : certains évoquent des faits, tandis que d’autres relèvent d’une opinion. Or, rester objectif dans le traitement de l’information n’est pas si simple qu’il n’y paraît lorsqu’on a soi-même des convictions et des valeurs !

Les Hoaxbusters, chasseurs de canulars (extrait vidéo © Hygiène mentale)

L’apprentissage concerne aussi le traitement de l’image. Rose-Marie Farinella encourage donc ses élèves à recontextualiser l’image et à se poser la question du cadrage en se demandant ce qui peut se trouver « hors champ ». Pour cela, rien ne vaut la mise en pratique. Les élèves sont envoyés en reportage photo dans les rues voisines de l’école, avec pour mission de montrer ce qui est le plus esthétique ou le plus laid. Ils manipulent également le logiciel Photoshop, pour se rendre compte de la facilité avec laquelle on peut truquer une image. Puis vient le temps de la réflexion sur les intentions de ceux qui produisent de fausses informations : veulent-elles nous faire rire, nous convaincre, simplement générer de l’audience, ou cherchent-elles délibérément à nuire ?

Une partie de ces cours a été filmée par l’enseignante et on peut les visionner sur la chaîne Youtube Hygiène mentale, animée par Christophe Michel de l’Observatoire zététique, une association qui s’intéresse aux phénomènes paranormaux et qui veille donc précisément à démêler le vrai du faux dans les nombreuses informations qui circulent à ce sujet sur la toile. On y voit notamment les investigateurs en herbe au travail dans leur salle de classe, affublés de masques qu’ils ont eux-mêmes confectionnés avec des coupures de presse, des masques de « hoaxbusters » ou chasseurs de canulars en bon français.

On les voit aussi, à la fin du cycle de formation, prononcer solennellement le « serment de la souris » : « Je jure sur la souris de mon ordinateur qu’avant d’utiliser ou de retransmettre une information, toujours je la vérifierai ! ». Presque aussi classe que le serment d’Hippocrate, et en tout cas bien utile pour garantir un esprit critique à ces futurs citoyens…

L. V.

Carnoux : une conférence où on se dit tout…

1 mai 2019

Comme à l’habitude, c’est la salle du Clos Blancheton qui accueillait le public ce dernier vendredi d’avril, pour assister à la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien intitulée « On nous cache tout on nous dit rien… », sur le thème de l’influence des réseaux sociaux et de la communication de fausses informations.

Notre conférencier du jour était Alain Ghiglia, qui fut présenté conjointement par le président du Cercle Michel Motré, et par Christian Bonardo, ami personnel de l’intervenant et lui aussi ancien professionnel de santé. Alain Ghiglia est docteur en pharmacie de formation et a exercé en officine, à l’hôpital et pour des laboratoires. Sa carrière a pris ensuite diverses orientations et il occupe actuellement un poste de chef de projet en santé publique à la ville de Marseille où il intervient notamment dans les secteurs de la petite enfance, des addictions et de la vaccination.

Présentation du conférencier par Christian Bonardo (à gauche) et Michel Motré (à droite) (photo © CPC)

Il explique ainsi comment il en est venu à s’impliquer dans une démarche citoyenne pour s’opposer à l’attitude de plus en plus réfractaire de la population, influencée par des campagnes de désinformation développant des théories complotistes et parfois orchestrées par des groupes sectaires, en particulier sur la remise en cause du bénéfice de la vaccination.

Alain Ghiglia en conférence à Carnoux le 29 avril 2019 (photo © CPC)

C’est un comportement de « lanceur d’alertes » qu’il adopte afin de développer les positions rationnelles qui guident son action. Il en est venu ainsi naturellement à s’interroger sur les motifs qui poussent ces groupes de populations à croire et à suivre des propos sans fondements scientifiques, voire totalement irrationnels.

C’est avec les connaissances fournies par les études de la sociologie cognitive qu’il a construit ses propres raisonnements pour disséquer et analyser ces phénomènes. La sociologie cognitive consiste à analyser comment les individus perçoivent la réalité dans laquelle ils sont plongés (dépendant de leur culture, de leur niveau de connaissance, de leur environnement).

Alain Ghiglia a notamment expliqué comment les différentes théories du complot circulent facilement, grâce aux outils modernes de communication de masse que sont internet et les réseaux sociaux, et trouvent des oreilles réceptives pour ensuite propager ces informations non fondées voire fabriquées à des fins souvent malveillantes.

Sa grande connaissance de l’Histoire, de l’Antiquité à nos jours, lui permet de prouver que la théorie du complot n’est pas récente, depuis la guerre de Troie jusqu’aux manœuvres des services secrets de nos pays modernes, en passant par les conjurations dans l’empire Romain ou à la cour des Médicis. Pour autant, ces théories prennent actuellement une proportion qui devient incontrôlable dans des domaines touchant le grand public. Dans un passé encore récent, les autorités n’accordaient qu’une attention toute relative aux théories fantaisistes diffusées par des personnes ou groupes qualifiés d’illuminés.

Or, l’absence de prise en compte par les pouvoirs publics de ce phénomène provoque des effets mortifères. Ainsi, l’hésitation vaccinale se développant de façon exponentielle au sein du public à travers les réseaux sociaux aboutit actuellement à une dramatique épidémie de rougeole dans plusieurs pays.

Un dessin de presse signé Rodho

Comment cette influence peut-elle se propager aussi rapidement et sans discernement ? Alain Ghiglia constate que c’est depuis le début des années 2000, avec la création d’internet puis des réseaux sociaux grâce auxquels chaque individu de la société est devenu potentiellement diffuseur d’informations en toutes directions et sur la planète à la vitesse de la lumière. Par exemple, la France compterait 35 millions de compte Facebook…

Certes, depuis des siècles, la diffusion de nouvelles par l’écrit est un fait qui n’est pas nouveau, mais les proportions ont changé considérablement. Alain Ghiglia explique ainsi que chaque jour est édité sur internet en format pdf l’équivalent en volume de tout ce que l’humanité a publié depuis l’invention de l’imprimerie. Bien entendu, une telle masse d’informations dépasse largement nos capacités de compréhension et notre aptitude à les discriminer et à les vérifier.

Le conférencier s’appuie notamment sur les études de Gérald Brommer, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg et membre de l’Institut Universitaire de France. Ses domaines de recherche recouvrent en particulier l’analyse des croyances. Ainsi il explique que nos émotions guident notre perception et que la part de l’affect étant importante on privilégie ce qui nous plaît le plus, et ce qui nous coûte le moins en réflexion.

Il cite aussi le philosophe des sciences, Karl Popper (anglais d’origine autrichienne) : « toute science repose sur des sables mouvants » constatant que l’on peut prouver scientifiquement, par exemple, que le vaccin contre la rougeole est efficace, mais pas que les licornes n’existent pas ! Ces théories mettant l’accent sur la « réfutabilité » par l’expérimentation pour différencier la science de la pseudo-science.

Dans les ruines d’Hiroshima après l’explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945 (photo © AP/SIPA)

Alain Ghiglia donne une explication sociologique à l’évolution de nos modes de pensée concernant les sciences et la rationalité, rappelant qu’au XIXème siècle, le progrès, incarné par le développement des sciences et des techniques, avait une image très positive parmi la population. Mais le XXème siècle a mis un frein à cet engouement car la science y a été associée à des atrocités inacceptables telles que les exterminations de masse nazies ou les bombardements atomiques américains au Japon.

A partir de la fin du XXème siècle l’irrationnel a refait irruption dans nos sociétés, comme mode de pensée s’opposant à la raison, l’irrationnel proposant des « vérités alternatives » et niant les bénéfices du progrès. Une tendance fortement amplifiée par le développement de l’individualisme, chacun se sentant autorisé à dire ce qu’il pense, et par l’amplification rendue possible via le développement d’internet où chacun peut, sous couvert d’anonymat, diffuser très largement des informations erronées, voire des inepties.

Des informations qui sont souvent reprises, sans discernement, par un public manquant de références culturelles, d’autant que l’omnipotence de l’image, dans ces messages, vient marquer les esprits, bloquant toute réflexion où questionnement et leurs donnant un caractère de véracité apparente.

Ce sont les techniques modernes mises au service de la propagande et de la désinformation, largement utilisées au profit d’organisations politiques ou religieuses et de sectes. Alain Guiglia cite un exemple de technique de création d’une théorie du complot qui, pour être efficace en étant largement reprise sur internet doit associer des éléments violents et touchant l’affect, l’émotivité.

Post Facebook relayant le canular sur les Minions et les Nazis (source © 20 minutes)

Il s’agit en l’occurrence d’un canular créé de toute pièce par un jeune Chilien pour démontrer la crédulité des internautes et insinuant un lien entre les Minions popularisés par le film Moi, moche et méchant (Minions en anglais) paru en 2010, et des enfants qui auraient fait l’objet d’expériences nazies, le tout en s’appuyant sur une photo d’archive de la marine britannique montrant un équipage équipé de scaphandres. L’association de mots à forte charge émotionnelle, tels que « enfants » et « expérimentation nazie » ainsi que le lien avec une référence culturelle mondialement connue produite par Illumination Entertainment (et non pas par Disney Pixar comme le suggère le post initial) ont permis à cette intox de connaitre un succès foudroyant malgré les très nombreux démentis publiés rapidement. Un bel exemple pour attester de la crédulité d’une grande partie des utilisateurs des réseaux sociaux.

Un dessin d’actualité signé Wingz

Ce fait est aussi la conséquence de l’individualisation des comportements qui favorisent la diffusion d’informations, fruits d’un égocentrisme affirmé, l’internet ayant l’avantage de donner une égalité de parole à chacun et permettant de promouvoir des savoirs approximatifs, d’exprimer que son seul avis est incontestable, que sa conception de la loi est unique et doit être appliquée sans réserve.

Avant de donner la parole au public pour des questions-réponses, Alain Ghiglia a aussi fait un parallèle entre la diffusion sur internet de fausses nouvelles et la parution de nombreuses publications livresques diffusant eux aussi des théories farfelues mais qui enrichissent leurs auteurs. Durant les échanges avec le public, il est abordé le besoin de faire supprimer l’anonymat sur les réseaux sociaux : il suffirait pour cela d’interdire les pseudonymes et d’obliger à enregistrer son identité officielle lors de la création d’un compte.

Un dessin d’actualité signé Cerbère

Pour limiter la diffusion de « fake news » notre conférencier conseille de ne pas « partager » sans avoir pris le temps de bien décortiquer le sens du message, de repérer les mots clés d’une information, et d’en vérifier l’origine autant que possible. Il reconnaît qu’il est difficile d’être aujourd’hui en dehors du « tunnel informatif » utilisé dans notre société contemporaine, et qu’il n’est pas aisé d’éduquer les masses comme le montre l’exemple de l’hésitation vaccinale. Il fait remarquer que l’homme, depuis toujours, a besoin d’histoires et que dans le cadre complexe qui est le nôtre, ces théories du complot aident aussi à « réenchanter le monde ».

Plus rationnellement il déplore que les quelques mesures prises par l’Education Nationale pour aborder ce sujet auprès des jeunes ne soient pas portées par les bons intervenants, ni toujours avec les bonnes méthodes. Un débat qui s’est poursuivi par un apéritif dinatoire, offert par le Cercle, réunissant le public et le conférencier.

C. M.

Emplois du temps et rythmes scolaires (partie 2) : un peu d’histoire…

15 septembre 2017

Voici quelques repères portant sur une durée de plus d’un siècle qui nous éclairent sur l’évolution de l’organisation du temps scolaire.  Ils sont issus d’une recherche de l’académie de Grenoble et pour partie, ils sont aussi mentionnés dans un rapport de l’Académie de Médecine.

Les journées de classe

  • Avant 1882, les élèves assistaient à la classe tous les jours sauf le dimanche.
  • En 1882, l’école primaire devient officiellement gratuite, obligatoire et laïque. Le jeudi alors est libéré « afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse en dehors des édifices scolaires ».
  • En 1969, la durée hebdomadaire est fixée à 27 heures, à l’occasion de la libération du samedi après-midi. Les trois heures dégagées doivent permettre « aux maîtres de consacrer à leur perfectionnement pédagogique un temps équivalent ».
  • En 1972, c’est la journée libre hebdomadaire qui est décalée du jeudi au mercredi.
  • 2008 : La réforme entreprise par Xavier Darcos établit une semaine de quatre jours.

Les vacances scolaires

  • 1882 : les vacances se limitent à six semaines de pause estivale.
  • 1922 : les vacances d’été sont allongées. Elles durent 8 semaines pour permettre la participation des enfants aux travaux agricoles.
  • 1939 : les vacances d’été sont à nouveau allongées. Elles durent désormais 2,5 mois. Un calendrier scolaire est fixé avec les vacances intermédiaires de Noël et de Pâques.
  • 1959 : l’année scolaire est aménagée en 3 trimestres (soit 37 semaines de scolarité).
  • 1968 : deux zones géographiques sont créées pour les vacances scolaires.
  • 1969 : en primaire, l’horaire hebdomadaire passe de 30 à 27 heures (fermeture des écoles le samedi après-midi).

Le temps d’enseignement

Avant 1969, pour une scolarité de cinq années à l’école élémentaire avec une semaine de 5 jours (soient 30 heures), l’élève bénéficie de 5 400 heures de classe (récréations comprises). Avec la semaine de quatre jours décrétée par le ministre Darcos en 2008, l’élève ne bénéficie plus que de 24 heures de classe ce qui, calculé sur 5 années, représente 4 320 heures. Au total, la diminution du nombre d’heures et de jours de classe entre 1969 et 2008 équivaut à 1 080 heures soit une année scolaire en moins !

Au vu de l’évolution constatée sur plus d’un siècle qui met en évidence la diminution du nombre d’heures d’enseignement, tentons d’analyser les motifs des choix qui aboutissent à cet état de fait. Pour nous aider, nous nous réfèrerons aux travaux de quelques chercheurs dont ceux de Georges Fotinos, enseignant à l’Université de Tours.

En 1882, avec l’instauration de la troisième République, l’école primaire qui constitue un vecteur crucial dans une France plus démocratique est gratuite, laïque et obligatoire. Les enfants ont classe du lundi matin au samedi après-midi, le jeudi étant libéré, et les vacances ne durent qu’un mois l’été selon un calendrier départemental fixé par les préfets.  Rappelons qu’à cette époque, il n’existe pas de congés payés pour les ouvriers ou les employés et que le repos dominical ne sera acquis qu’en 1906 ! L’objectif est d’instruire tous les élèves.

Après la Première guerre mondiale (1914-1918), la France qui a besoin de bras pour reconstruire et cultiver mobilise aussi les enfants. Ainsi, à partir de 1922, les vacances d’été sont rallongées de quinze jours pour leur permettre de travailler aux champs de mi-juillet jusqu’à fin août. Avec l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 et l’adoption des congés payés (deux semaines), les vacances sont prolongées jusqu’à fin octobre. Il faut attendre le début des années 1960 pour diminuer la durée des congés d’été après que l’on ait constaté le caractère néfaste de cette coupure qui renforçait le décrochage. Notons qu’entre 1922 et 1938, apparaissent temporairement de courtes vacances hors période estivale.

L’objectif est toujours d’instruire tous les élèves en veillant à favoriser la construction des acquis des élèves et cela tout en leur permettant de contribuer à la vie économique du pays.

C’est en 1961 (et cela a perduré jusqu’à nos jours) que l’économie touristique fait son intrusion dans la construction de l’année scolaire. « Pour la première fois en 1961, le calendrier des vacances [désormais arrêté au niveau national] est fixé avec l’accord du ministre du Tourisme », indique Georges Fotinos.  Nous sommes en pleine période des « Trente glorieuses » et le niveau de vie des Français a considérablement augmenté. La division de la France en zones scolaires est mise en place pour faciliter la circulation sur les routes et dans les transports ferroviaires. L’horaire hebdomadaire de classe est réduit de 3 heures avec la suppression du samedi après-midi et la pause hebdomadaire du jeudi est avancée au mercredi.

L’objectif reste l’instruction de tous les élèves  (notons que c’est dès 1932 que le nom du ministère de l’Instruction publique est devenu celui de l’Education nationale) mais aussi la facilitation de la vie familiale avec  les départs en week-end qui n’excluent pas les classes populaires.

En 1980, dans un rapport qui pointe la France comme le pays où la durée des vacances scolaires est la plus longue et la journée scolaire la plus chargée, le Conseil économique et social nous alerte. Parallèlement, les pédiatres et les chronobiologistes attirent notre attention sur la fatigue des enfants, en particulier en octobre-novembre et février-mars et insistent sur la nécessité d’au-moins 10 jours de vacances à ces périodes. En 1985, un nouveau calendrier scolaire instaure l’alternance entre sept semaines de temps de travail et deux semaines de congé. En 1986, le gouvernement met en place le calendrier sur trois zones. En 1988, Lionel Jospin, ministre de l’Education, retente les deux zones puis revoit sa copie un an plus tard, sous la pression des lobbies.

L’objectif premier demeure avec la prise en compte de l’optimisation des périodes d’apprentissage pour les élèves. Notons que c’est en 1981 que sont créées les zones d’éducation prioritaires (ZEP), devenues depuis les réseaux d’éducation prioritaires (REP), pour « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Dessin de Miss Lilou

C’est en 1998, en lien avec les collectivités locales, que sont créés les contrats éducatifs locaux (CEL) qui proposent aux élèves des activités périscolaires sportives ou culturelles le midi et/ou le soir. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, décide d’abord de ramener l’horaire scolaire sur quatre jours et parallèlement d’affecter ce temps en partie au soutien pédagogique, avec des aides personnalisées pendant la semaine mais aussi pendant les vacances.  En 2013, le ministre Vincent Peillon lance une étude sur les rythmes scolaires qui débouchera en 2015 sur le retour à la semaine de quatre jours et demi de classe et la mise en place de temps d’activités périscolaires. Mais vous savez ce qu’il en advient ….

Si l’objectif est bien d’atteindre pour tous les élèves un niveau de maîtrise des savoirs, constituant le socle commun de connaissances et de compétences, attendu au terme de l’enseignement obligatoire (fin de 3ème de collège), des priorités budgétaires et financières, sans parler des batailles idéologiques et des enjeux sociétaux, contrarient l’objectif de formation de l’élève et du citoyen.

 

Conclusion temporaire

Emploi du temps, vacances et rythmes scolaires sont-ils vraiment au service de la formation des élèves ?

Comme le montre le rappel historique qui précède, nous constatons que l’organisation de l’année, des périodes de classe, de la semaine et de la journée scolaires évoluent en intégrant des facteurs parfois très éloignés de l’objectif premier : la réussite scolaire de tous les élèves, gage de leur avenir.

Comment dès-lors atteindre l’objectif visé, avec d’une part une quantité sans cesse croissante de savoirs et compétences à maîtriser, quand d’autre part les obstacles sociétaux et organisationnels, les contraintes financières perturbent, complexifient, ou réduisent la qualité comme la durée du temps nécessaire à la construction des apprentissages !

Extrait d’un cahier de CM2 des années 1930

Quand on retrouve des cahiers d’élèves des années 1920, on est étonné du niveau des maîtrises en français (orthographe et grammaire), calcul, histoire et géographie, sciences. La mémorisation tenait une place importante, pour preuve le nombre de poésies apprises et toujours maîtrisées. Mais cependant il faut constater que l’étendue des contenus abordés était bien plus modeste que celle que nous connaissons. Comparaison n’est pas raison ! Ce n’était pas mieux avant mais ce qui était appris était su !

Les enseignants font de leur mieux dans un contexte professionnel en changement permanent qui voit les réformes et les réorientations se succéder sans que l’on tire les enseignements des mesures prises précédemment. Tout cela sans compter qu’on leur demande d’assurer une part d’éducation sans cesse croissante.

Les parents ont aussi des difficultés pour se tenir informés des évolutions de l’Ecole et accompagner aux mieux leurs enfants.

Ecoliers sud-coréens (photo © Malte E. Kollenberg / Der Spiegel)

Même si le slogan « placer l’élève au centre du système éducatif » qui figure dans la Loi organique sur l’Ecole de 1988 a été moqué, le constat qui émerge de cet article c’est que l’on demande toujours plus et mieux aux élèves alors que le temps consacré aux apprentissages et à la constitution des acquis est en permanente diminution, à l’école comme à la maison. Pour information, un acquis est un savoir permanent qui pourra être mobilisé quel que soit le contexte, scolaire, professionnel ou personnel.

Il n’est pas question de plagier l’exemple des pays asiatiques où les enfants après l’école fréquentent des lieux de formation payants afin de consolider la formation dispensée en classe, voire de l’enrichir. Le souhait du ministre de voir les devoirs faits et les leçons apprises à l’école constitue un objectif louable car démocratique.

Ecole et démocratie…. Un beau sujet de réflexion ?

Pour l’heure, il serait bon pour tous les acteurs de l’école de disposer de la stabilité et du temps pour exercer sereinement leur métier ou leur mission. Il en va de la réussite et de la satisfaction de tous, enfants, enseignants et parents.

M.M.

Rappel : conférence sur la vaccination !

5 octobre 2016

C’est demain soir, jeudi 6 octobre à 18h30, que se tiendra la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien sur le thème suivant : Vaccinations : agression ou protection ?

Compte tenu de l’importance de ce sujet à un moment où l’absence de vaccination engendre des conséquences en matière de santé publique, et alors que certains s’interrogent sur les éventuels effets secondaires des vaccinations, ce sera l’occasion de dialoguer avec les deux intervenantes, Annick Guimezanes, immunologiste et chercheuse honoraire INSERM, et Marion Mathieu, formatrice scientifique, qui tenteront de répondre à toutes les questions que chacun se pose.
afficheconfvaccination
Alors venez nous rejoindre pour cette conférence gratuite à 18H30 dans la salle du clos Blancheton à Carnoux !

Martine Vassal serait-elle fâchée avec les chiffres ?

12 mai 2016

Blog301_PhVassalOn savait déjà que, du temps où elle n’était qu’adjointe au maire de Marseille et déléguée à la Communauté urbaine MPM, Martine Vassal avait été épinglée par la Justice, après qu’un contrôle de la Chambre régionale des comptes avait décelé de lourdes irrégularités dans l’attribution à la Société des eaux de Marseille du nouveau marché de distribution d’eau potable. Suite à une enquête ouverte le 12 janvier 2015 par le Parquet national financier pour favoritisme et prise illégale d’intérêt, complicité et recel de ces délits, son bureau et son domicile avaient fait l’objet, le 10 novembre 2015, d’une double perquisition menée par la Division économique et financière de la Police judiciaire.

Mais à la lecture du dernier numéro de la revue Accents de Provence, généreusement diffusée dans toutes les boîtes aux lettres du département par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, que Martine Vassal préside désormais, tout en étant également première vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille et toujours adjointe au maire de Marseille, on se demande si notre élue n’est pas aussi un peu fâchée avec les mathématiques… Sans doute était-elle encore perturbée, au moment de signer cette tribune, par sa récente rencontre avec son mentor Nicolas Sarkozy en personne venue prêcher la bonne parole républicaine à Marseille le 28 avril dernier ?

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Martine Vassal, secrétaire de la Fédération départementale des Républicains, aux côtés de Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin le 28 avril 2016 (photo ©Les Républicains)

Toujours est-il qu’elle annonce fièrement dans une longue interview de 2 pages que le Département des Bouches-du-Rhône vient de se lancer, sous son impulsion, dans l’ère du « collège 100 % numérique » et que « d’ici la prochaine rentrée, les élèves de 5° seront dotés d’une tablette numérique livrée dans la moitié de nos établissements ».

Blog301_PhAccentsOn y apprend du même coup que les collèges des Bouches-du-Rhône sont désormais également en mode « 100 % sécurité ». Par quel miracle ? « grâce à la mise en place de portails ». Eh oui, c’est tout simple mais encore fallait-il y penser. On se demande même comment on a pu fonctionner si longtemps sans avoir prévu de portail à l’entrée de nos collèges… A quoi réfléchissaient donc les 1386 agents territoriaux rattachés à la Direction des collèges du département avant l’arrivée de Martine Vassal à leur tête ? Franchement, on se le demande…

Jusqu’en 2014 en tout cas et depuis maintenant une dizaine d’années, le Département des Bouches-du-Rhône avait pris l’habitude de distribuer un ordinateur portable à chaque élève entrant en classe de quatrième, dans le but de « développer l’équipement des établissements et lutter contre la fracture numérique ». Le dispositif était certes coûteux mais a permis une véritable appropriation de l’outil numérique par la majorité des jeunes du département (et par leurs parents).Blog301_PhLogo

Martine Vassal avait annoncé la couleur dès la campagne pour les élections départementales en estimant que ce dispositif coûtait trop cher et serait supprimé par mesure d’économie. De fait les tablettes numériques qui ne sont jamais que des ordinateurs au rabais avec des performances moindres coûtent 20 % moins cher. On peut donc comprendre un tel choix mais on a plus de mal à concevoir en quoi cela pourrait s’apparenter à une révolution qui ferait entrer nos collèges dans le « 100 % numérique »… Sans doute un miracle de la communication politique ?

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

Visite organisée de Martine Vassal au collège de la Belle de Mai le 15 mars 2016

D’autant que l’on apprend, dans le même document mais en page 29, qu’en réalité seuls 9 des 189 collèges que compte le département des Bouches-du-Rhône ont vu leurs élèves de cinquième équipés de tablettes numériques à la rentrée 2015. On est donc très loin du 100 % numérique… Au passage, on apprend également qu’en fait ce dispositif s’inscrit dans le Plan numérique mis en place par l’Education nationale et que la moitié de son coût a été pris en charge par cette dernière. La collectivité dirigée par Martine Vassal ne fait donc qu’accompagner un investissement national largement financé par le budget de l’État, celui-là même que la Droite accuse sans arrêt de ne pas maîtriser ses dépenses publiques, mais passons !

Certes, la situation devrait s’améliorer lors de la prochaine rentrée 2016 puisqu’il est annoncé que ce seront alors 40 % des classes de cinquième qui bénéficieront du dispositif, sans compter qu’à cette date la moitié des collèges du département devraient être raccordés au Très haut débit pour faciliter l’utilisation des tablettes dans les classes. Quant à la généralisation du dispositif à l’ensemble des collèges du département, elle s’étalera jusqu’en 2018. On voit donc que ce beau slogan du 100 % numérique, dont notre élue multicartes est si fière, relève pour l’instant davantage de la promesse et de l’anticipation que de la réalité. Il vaudrait mieux parler à ce jour de 5 % mais reconnaissons que cela sonne un peu moins bien en matière de communication politique, justement un domaine où excelle Martine Vassal, formée à l’École supérieure de commerce de Marseille…

L. V.  

Recherche universitaire : vers la désexcellence ?

7 février 2015

Blog153_PhExcellence« Au royaume des slogans de l’époque, voici la nouvelle tromperie : il faut être excellent. Pour réussir dans tous les secteurs de la vie, pour briller en société, un seul objectif : devenir le meilleur. On est en pleine héroïsation de l’individu. De tous ? Mais parvenir au rang de « héros » en reconnaissance de services rendus est forcément réservé à quelques uns : les gagnants, les astucieux, les débrouillards. Ce principe fallacieux s’applique déjà à la recherche, l’enseignement, l’administration et aux services publics. Sous quelles formes ? Avec quels bénéfices ? Que signifie pour la dignité humaine de ne pas être excellent ? Et tous les secteurs de notre vie sont potentiellement visés par la charge déshumanisante de la course effrénée à la performance. »

Décrire et dénoncer les risques de l’« excellence » qui « exprime le dépassement de soi et des autres, l’accroissement continu des performances, la réussite dans un monde où seuls les plus forts seraient appelés à survivre », tel est l’ambition de cette charte de la désexcellence que viennent de publier une série d’enseignants-chercheurs de l’université libre de Bruxelles (CharteDesexcellence).

L'Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l'Excellence ?

L’Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l’Excellence ?

L’initiative est intéressante qui met en garde contre les excès de ce mantra incantatoire mis en avant par la pensée néolibérale et les pratiques managériales depuis les années 1980 : la recherche à tout prix de l’excellence a certes des vertus en matière d’émulation et d’amélioration de la productivité, mais ses effets pervers ne doivent pas être non plus sous-estimés, liées à l’hyper-compétition, à la dévalorisation de certains savoirs, au primat de l’évaluation selon des critères strictement économiques et au triomphe de la communication et du faire savoir sur le savoir-être et le savoir-faire.

Blog153_PhRechercheLongtemps abrité de cette épidémie qui a d’abord contaminé le monde de l’entreprise, le milieu universitaire de l’enseignement supérieur et de la recherche se retrouve confronté à cette nouvelle doxa, dans la foulée des accords de Bologne, qui ont consacré la mise en compétition des universités européennes. Du coup les impératifs de recherche et de formation tendent à devenir secondaires face à d’autres préoccupations qui consistent à «  soigner son image de marque, transformer son institution en machine de guerre capable d’absorber les meilleurs crédits, les meilleurs enseignants-chercheurs, le plus grand nombre d’étudiants, et renforcer son positionnement sur les scènes nationales et internationales ».

Blog153_DessinChercheurC’est ce que dénoncent avec beaucoup de conviction ces enseignants-chercheurs qui constatent que ces « indicateurs d’excellence » qui se sont multipliés masquent en réalité une baisse de la qualité du travail universitaire, qui se traduit par un « formatage des champs et des objets de recherche, la multiplication des résultats invalides et des fraudes, un manque de recul et d’esprit critique, la construction d’une relation marchande à l’apprentissage, la substitution des savoirs instrumentaux aux connaissances et à la réflexion, etc ».

Cette réflexion les amène à appeler, non sans ironie, à la « désexcellence » ! Il s’agit ni plus ni moins que de s’opposer « au dévoiement actuel des universités » en invitant à se préoccuper de la qualité effective du travail comme le ferait un artisan soucieux de donner un sens à ce qu’il conçoit ou fabrique. Cette démarche met aussi en avant un recentrage sur des valeurs telles que le partage, le désintéressement, l’honnêteté intellectuelle, la solidarité, des notions qui paraissent souvent bien éloigné du monde actuel de la recherche universitaire où chacun piétine allégrement son voisin et la déontologie pour essayer d’émerger dans ce qui ressemble de plus en plus à une jungle où tous les coups semblent permis.Blog153_DessinShadock

Les auteurs de la charte en ont d’ailleurs tellement conscience qu’ils conseillent un usage très prudent de leur propre manifeste pour tendre vers « une université de service public, démocratique et accessible » : seuls les professionnels disposant d’une réelle marge de manœuvre sont invités à s’emparer de cette charte, ce qui en dit long sur la précarité d’une grande partie des chercheurs actuels !

S.J.

Si l’homme ne change pas, le monde ne changera pas…

4 septembre 2014

Nous sommes entrés dans l’ère de l’accélération globalisée. Vitesse et court terme sont devenus la norme de la société. Mis sous tension par l’accélération financière et technologique, nous tentons encore de suivre un rythme qui nous mène pourtant vers des catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées. Mais certains d’entre nous ont décidé de ne pas céder à l’injonction d’’immédiateté, en expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre ». Chaque jour partout dans le monde, en Europe, en Amérique Latine, aux États-Unis ou en même en Inde, ils travaillent à redonner du sens au temps. À la marge du modèle dominant, ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain. Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.

En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, le réalisateur Philippe Borrel est allé à la découverte d’initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. Le film passionnant qu’il en a tiré est actuellement visible sur Arte (jusqu’au 9 septembre 2014).

Bunker Roy

Bunker Roy

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire. En Europe, les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques. À Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Urgence_Ph1L’ « Université aux pieds nus » du Rajasthan, est un exemple éclairant. Après ses études à Delhi, Bunker Roy décide de s’installer à Tilona pour venir en aide aux populations défavorisées de la région. Il souhaite agir concrètement de façon à ce que les villageois puissent accéder aux savoirs techniques et médicaux et gagner ainsi leur indépendance. Inspiré par les préceptes du Mahatma Gandhi, qui prône la simplicité en toute chose, il fonde en 1972, avec sa femme Aruna, le Barefoot-college, littéralement l’Université aux pieds nus. Il part du principe qu’avec un minimum de compétences et de savoirs concrets, les villageois ont la possibilité de se prendre en main et d’aider eux même leur communauté.

Sa première action concrète, il la réalise en installant des pompes à eau, essentielles dans une région où l’eau est rare et porteuse de maladies, puis il apprend aux villageois à les installer et les réparer. L’opération est un succès car non seulement elle permet aux habitants d’accéder à une eau saine, mais également donne la chance à une communauté d’Intouchables, qui se sont cotisés pour acquérir une pompe, d’accéder à leur indépendance et de dépasser leur condition sociale, fait rare en Inde. Ce succès encourage Bunker Roy, et de nouveaux enseignements sont organisés.

Ici, l’enseignement délivré est dépouillé de toute théorie « inutile ». Aucun diplôme n’est délivré pour que les bénéficiaires ne soient pas tentés de les marchander ou de quitter le village. Dans cet enseignement basé sur l’observation, la répétition des gestes, les ateliers pratiques, avec de nombreux spécialistes du monde entier, médecins ou ingénieurs, qui viennent transmettre bénévolement leur savoir aux élèves. Ceux-ci rentrés chez eux les transmettront à d’autres étudiants ou à d’autres personnes bien souvent illettrées dans leur village.  Plus qu’un campus, c’est une communauté, un engagement participatif ou l’on apprend non pas pour soi, mais pour servir les autres, dans un respect des traditions et avec « une vision durable ». Les programmes évoluent en permanence, en fonction des propositions et des besoins.

Urgence_Ph2Parmi les programmes les plus ambitieux pour former des personnes dans les pays en voie de développement : la maitrise de l’énergie solaire. Pour recruter les stagiaires, un comité du Barefoot Collège « énergie et environnement »  visita plusieurs villages, détermina avec leurs habitants une cotisation mensuelle à verser pour le projet et deux personnes furent désignées, de préférence des femmes dans la quarantaine, jugées plus réceptives aux enseignements et fidèles à leur communauté. Elles furent ensuite envoyées 6 mois en formation sur le campus où des spécialistes en énergie solaire leur inculquèrent les savoirs nécessaires pour manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs, installer des panneaux solaires correctement, être capable de les entretenir, et construire des lampes solaires.

La plupart étant illettrées, et ne parlant pas forcément la langue de la région, elles apprirent par mimétisme, grâce à des dessins, à des photos ou encore lors d’ateliers de montage. A l’issue de leur formation et de retour chez elles, elles mirent en place les installations électriques, établissant ensuite un atelier électronique de maintenance du matériel, et formant à leur tour d’autres villageois à l’énergie solaire. Chaque habitant qui bénéficiait de ces infrastructures devait reverser ensuite une certaine somme à la communauté, dont le total serait utilisé pour étendre le réseau. Le projet était ainsi complètement autofinancé…

Ce programme fut dès le départ un succès, qui a depuis changé la vie de nombreux villages, permettant notamment, grâce aux lanternes électrique, la mise en place de cours du soir ou les commerces nocturnes. Mais il a également permis à de nombreuses femmes, les « chasseuses de soleil » (elles composent 80 % des élèves formés), de s’émanciper et d’accéder à un statut qu’elles n’auraient jamais imaginé avoir. En tout ce sont plus de 800 écoles et 315 villages dans le pays qui ont tiré parti de ce programme.

Urgence_Ph3En observant cette réussite, de nombreux pays s’y sont intéressés. Ainsi, depuis 2004 le Barefoot College exporte son enseignement vers d’autres pays émergents avec notamment l’aide du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Ce programme a ainsi permis à des femmes d’installer des panneaux photovoltaïques dans des villages d’Ethiopie, d’Afghanistan, du Bénin, de Bolivie, du Bhoutan, du Cameroun, de Gambie, du Malawi, du Mali, de Mauritanie, du Rwanda, de la Sierra Léone, de la Tanzanie et plus récemment au Sénégal, à Djibouti et au Soudan.

Les ruraux montrent par là leur capacité à résoudre leurs propres problèmes et à s’émanciper, grâce à un enseignement adéquat. Le Barefoot College démontre ainsi que l’accès à l’apprentissage n’est plus inaccessible pour une certaine couche de la population. Bien plus qu’un centre de formation, Le Barefoot College est une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins indiens ou étrangers cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.

Nous ne vivons pas en Inde, mais ne devrait-on pas s’inspirer de cette réalisation de mise en commun des compétences et travailler à inventer un avenir meilleur par des initiatives semblables ? Faudrait-il se résoudre à dépendre de la seule « bonne volonté » des hommes politiques ? Le lobbying du peuple est-il possible ?

C. G.

Bientôt une université régionale des métiers à Marseille

12 juillet 2014

Blog87_Ph1On déplore souvent qu’en France, contrairement à l’Allemagne, l’apprentissage ne soit pas assez développé. Il semble bien en effet que les entreprises françaises soient plus réticentes que leurs concurrentes d’Outre-Rhin à s’engager dans la formation de leurs jeunes recrues. Le sujet a d’ailleurs été largement abordé lors de la récente conférence sociale où il a été constaté une chute dramatique des contrats d’apprentissage et de professionnalisation dont le nombre a baissé de 14 % lors du premier trimestre 2014 ! De nouvelles mesures financières ont d’ailleurs été annoncées par le gouvernement pour favoriser le recrutement d’apprentis par les entreprises avec un objectif affiché d’atteindre le chiffre de 500 000 apprentis à la rentrée 2017 (contre 435 000 actuellement et 1,5 millions en Allemagne…).

cognitif-humourD’autres initiatives se développent aussi à l’initiative des collectivités territoriales et notamment des régions qui sont en première ligne en matière d’aide au développement économique. Saluons à cet égard l’initiative de la Région PACA qui vient de signer, le 13 juin dernier, un protocole d’engagement avec la Chambre régionale des métiers, l’État et la Caisse des dépôts et consignations en vue de lancer la création d’une future Université régionale des métiers qui devrait ouvrir ses portes à Marseille en 2019.

Ce futur  » campus des artisans  » sera construit dans le secteur d’Arenc, au cœur du périmètre d’Euroméditerranée. Le coût de l’investissement est évalué à 105,5 millions d’euros, payé pour l’essentiel (69,3 M€) par la Région PACA et par l’État pour 15,9 M€ via les crédits du Programme des investissements d’avenir (l’ex Grand emprunt). Ce dernier injecte au total près de 330 M€ dans la réalisation d’une soixantaine de projets visant à promouvoir ainsi l’apprentissage. Le solde du montage financier pour l’université régionale des métiers sera pris en charge par la communauté urbaine MPM, les chambres des métiers et Erilia (réseau Habitat en région des Caisses d’épargne, société chargée de réaliser une unité d’hébergement de 150 chambres pour l’accueil des stagiaires).

Blog87_Ph3Le chantier de ce vaste projet devrait débuter en 2016 sur deux parcelles situées juste derrière le Dock des Suds. Le complexe ainsi créé regroupera trois centres de formation existants (dont le CFA des Compagnons du devoir), l’Institut régional de formation à l’environnement et au développement durable (actuellement à l’Arbois) mais aussi plusieurs centres de ressources dont l’Observatoire régional des métiers ainsi que le siège des organisations professionnelles de l’artisanat.

Blog87_Ph2Au total, ce sont 1 200 apprentis qui pourront être accueillis sur cette nouvelle structure, soit 341 places supplémentaires par rapport à l’état actuel. Sept filières professionnelles seront concernées : bâtiment et écoconstruction, santé (optique et dentaire), services administratifs, tertiaire (commerce, tourisme, vente), électricité/électronique/électrotechnique, métiers d’art, recyclage. Un beau projet, idéalement situé, qui devrait largement contribuer à redonner de l’attractivité aux filiales de formation professionnelle par l’apprentissage et favoriser ainsi l’accès à l’emploi de nombreux jeunes de la région.

L. V. LutinVertPetit