Archive for août 2017

Au Texas, Houston sous les eaux

30 août 2017

Le sud du Texas est en train de connaître une des pires inondations de son histoire récente. En cause, l’ouragan Harvey, né à la mi-août d’une onde tropicale en Afrique de l’Ouest, et dont les météorologues ont suivi l’évolution à travers tout l’Océan atlantique jusqu’aux côtes vénézuéliennes.


L’ouragan Harvey a tout balayé sur son passage dans les zones côtières (photo © Gabe Hernandez / AP)

Arrivé sur le golfe du Mexique, l’ouragan s’est brusquement intensifié au-dessus des eaux chaudes et a abordé la côte texane vendredi 25 août, classé en catégorie 4 avant de se transformer en simple tempête tropicale à partir du samedi après-midi. Depuis, du fait de l’absence de vent en altitude, la tempête Harvey fait quasiment du sur-place et se déplace très lentement vers l’Est tout en se rechargeant en permanence avec les eaux chaudes du Golfe du Mexique tout proche.

Carte de situation publiée dans Le Monde (source NOAA, New York Times), montrant les cumuls de précipitation et la trajectoire de la tempête au 30 août 2017

Le résultat est assez effrayant puisque on comptabilise désormais en 5 jours un cumul de précipitations tout à fait inhabituel qui pourrait atteindre localement, d’ici jeudi, 1270 mm, bien davantage que ce qui peut tomber sur Marseille en une année entière ! La ville littorale de Corpus Christi, qui compte 300 000 habitants, a été une des premières dévastées par l’ouragan Harvey avec des vents soufflant en pointe à 215 km/h, et à partir du dimanche 27 août c’est la ville de Houston, quatrième plus grande ville des Etats-Unis avec 2,3 millions d’habitants, qui a été à son tour noyée sous des trombes d’eau continues.

Maisons d’habitation ravagées par l’ouragan Harvey à Rockport (photo © Mark Ralston / AFP)

De nombreux axes routiers ont été inondés parfois sous plusieurs mètres d’eau et on a vu des habitants attraper à main nue des poissons passant devant leur porte tandis que les épaves de voitures partent à la dérive dans une eau boueuse qui envahit peu à peu toute la ville.

Au moins 10 personnes ont déjà trouvé la mort depuis le déclenchement de ces inondations, dont une personne qui est décédée dans l’incendie de sa maison à Rockport tandis qu’une femme s’est noyée à Houston en sortant de sa voiture dans une zone où la vitesse d’écoulement était rapide. L’état de catastrophe naturelle a été déclaré dès vendredi et la population est invitée à rester confinée chez elle pour limiter les risques de noyades dans des rues totalement submergées par les eaux.

A Corpus Christi comme en plusieurs autres endroits, des consignes d’évacuation volontaires ont été données, tandis que 4500 prisonniers du centre de détention de la ville de Rosharon, au sud de Houston, ont dû être évacués en catastrophe. Au moins 230 000 foyers étaient privés d’électricité dès dimanche et la situation ne fait qu’empirer depuis. Quant aux deux aéroports de Houston dont les pistes étaient sous les eaux, ils ont dû fermer l’un après l’autre.

Autoroute submergée à Houston dimanche 27 août 2017 (photo © Richard Carson / Reuters)

Le niveau de la mer s’est élevé de près de 4 m au plus fort de la tempête, alors même que la côte texane accueille près d’un tiers des capacités de raffinerie de pétrole des Etats-Unis et le Golfe du Mexique 20 % de la production américaine. Au moins 112 plateformes ont été évacuées, représentant environ un quart de la production quotidienne de brut et de gaz, et de nombreuses installations à terre ont fermé. Il est encore trop tôt pour évaluer le coût de cette catastrophe d’autant que la tempête se déplace désormais vers la Louisiane voisine, encore sous le traumatisme du cyclone Katrina qui avait provoqué en 2005 la rupture de plusieurs digues, ravageant des quartiers entiers de La Nouvelle Orléans, provoquant plus de 1800 morts et laissant une ardoise estimée à 118 milliards de dollars. A ce jour, les estimations pour la tempête Harvey font état d’un bilan qui pourrait néanmoins s’élever autour de 42 milliards de dollars, ce qui est tout à fait considérable et s’explique largement par l’importance économique du Texas dont le PIB dépasse celui d’un pays comme le Canada.

Le Bayou Buffalo en crue dans la traversée de Houston (photo © Carole Enarn / Reuters)

Le président Donald Trump ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Contrairement à son prédécesseur Georges W. Bush qui avait été accusé d’indifférence en ne se rendant que tardivement à la Nouvelle Orléans où il s’était contenté d’un rapide survol en hélicoptère, le Président s’est rendu dès mardi 29 août sur place, accompagné de son épouse dont les talons aiguilles n’étaient pas des plus adaptés pour une telle visite de terrain…

A Houston, le maire a décrété le couvre-feu dès mardi pour tenter de sauvegarder la ville des risques de pillage car beaucoup d’habitants ont fui pour se mettre à l’abri, et le gouverneur du Texas a fini par mobiliser l’ensemble des 12 000 soldats de la Garde nationale texane. Mardi, 10 000 habitants étaient déjà hébergés dans le Centre des conventions de Houston et le flux de réfugiés continuait à enfler. Les autorités les dirigeaient alors vers d’autres villes de l’intérieur, moins exposées, dont Dallas, située à 400 km de là et dont les 3 centres d’accueil ont été rapidement saturés.

Evacuation de sinistrés à Houston (photo © Texas Military Department)

A Houston, une des plus grosses inquiétudes a trait à l’état de deux vastes réservoirs endigués construits dans les années 1930 à l’ouest de la ville, précisément pour la protéger contre les inondations, et qui approchent depuis mardi de leur niveau de saturation. Dès la création de la ville en 1836, à la confluence entre deux rivières, le bayou Buffalo et le bayou du Chêne blanc, il est apparu en effet que le site était particulièrement vulnérable au risque d’inondation. En un siècle, la ville a connu 16 inondations majeures, avec parfois jusqu’à 12 m d’eau dans les points bas de la ville !

Après la crue de 1935, particulièrement dévastatrice et qui avait fait 7 morts, une structure spécifique a été mise en place pour développer la prévention du risque inondation, ce qui n’empêche pas qu’on dénombre 30 crues importantes depuis, dont celle liée au passage de la tempête tropicale Allison, le 5 juin 2001, qui a causé 22 victimes et endommagé 95 000 véhicules et 73 000 habitations dans cette région texane.

Les deux réservoirs Addicks et Barker, dont l’état inquiète au plus haut point les ingénieurs de l’US Army Corps of Engineers en charge de leur exploitation, ont été mis en service en 1938 et font l’objet d’un programme de confortement entamé en 2014 mais dont l’achèvement n’est prévu qu’en 2019. Ces vastes cuvettes, dont la capacité de stockage cumulée atteint 510 millions de m3, soit près de la moitié du barrage de Serre-Ponçon, sont fermées par des digues en terre dont la hauteur maximale atteint respectivement 34 et 37 m. Ils interceptent plusieurs affluents en amont du bassin versant du Bayou Buffalo qui ensuite traverse toute l’agglomération de Houston. Ces cuvettes, aménagées en parcs urbains et espaces verts récréatifs, ne servent à retenir l’eau qu’en cas de crue, afin de protéger les zones urbanisées en aval.

Zones résidentielles inondées par les lâchers d’eau du réservoir Addicks, mardi 29 août 2017 (photo © David J. Phillip)

Mais les deux vastes réservoirs ont atteint leur cote maximale autorisée de remplissage dès le lundi 28 août au matin. Il a donc fallu alors commencé à délester avant que le niveau de l’eau ne monte trop haut et ne menace la stabilité des digues elles-mêmes. C’est en effet le point faible de ce type d’ouvrage qui, en cas de submersion peut se rompre, provoquant alors une onde qui se propage très rapidement en aval, dévastant tout sur son passage. C’est donc pour éviter ce risque que les autorités ont préféré ouvrir les vannes, inondant de ce fait l’ensemble des quartiers situés en contrebas, et venant rappeler à tous qu’une protection contre les inondations est toujours dimensionnée pour un niveau de crue donné : au-delà, il faut bien que l’eau s’écoule et reprenne son chemin naturel, en l’occurrence la vaste plaine alluviale dans laquelle les hommes ont choisi, peut-être un peu imprudemment, de bâtir une ville de 2,3 millions d’habitants !

Vue aérienne du réservoir d’Addicts lors d’une inondation récente (photo © US Army Corps of Engineers)

L’histoire n’est certes pas terminée et l’heure des comptes n’est pas encore arrivée. Après le passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans, ce sont environ 1 million d’habitants qui ont dû faire appel aux services sociaux de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence et on estime déjà que ce nombre pourrait avoisiner les 450 000 après le passage de la tempête Harvey, de nombreux Américains n’étant pas assurés contre ce type de risque naturel. La seule bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que les assureurs ne sont pas inquiets puisque leur secteur dégage un bénéfice confortable évalué actuellement à 700 milliards de dollars, de quoi largement voir venir…

L.V. 

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Un nouveau château en Espagne

28 août 2017

L’architecte américano-canadien Franck Gehry fait assurément partie de ces starchitectes dont l’oeuvre ne laisse pas indifférent. Concepteur notamment du musée Guggenheim à Bilbao, de la Fondation Louis Vuitton à Paris, de la maison dansante à Prague ou encore de la tour de la fondation Luma en cours de construction à Arles, ses œuvres sont tout sauf classiques. Défiant les lois de la pesanteur, les bâtiments qu’il conçoit, parfois en s’inspirant simplement d’une boule de papier froissé, semblent totalement déstructurés, déformés, bancals et pour tout dire complètement loufoques, bousculant tous les principes architecturaux les plus solidement établis.

Vue d’ensemble de la Bodega Marqués de Riscal (source : Hotel Marqués de Riscal)

Parmi ces chantiers, il en est un qui retient particulièrement l’attention. C’est celui de l’hôtel de luxe édifié en 2006 sur une propriété viticole espagnole, Marqués de Riscal. Située à proximité de la ville médiévale d’Elciego, dans la vallée de l’Ebre, à mi-chemin entre Burgos et Pampelune, ce vignoble est aussi ancien que réputé. Fondée en 1860 par Camilo Hurtado de Amézaga, marquis de Riscal, un aristocrate acquis aux idées libérales et empreint de culture française, la maison Herederos del marqués de Riscal est désormais à la tête d’un domaine qui s’étend sur pas moins de 1500 ha avec des vignes en terrasses cultivées de manière extensive et surplombant la vallée de l’Ebre.

La bodega et les vignobles à proximité du village d’Elciego

Une partie des 180000 bouteilles stockées dans les chais

Une partie des caves date de 1858 et leur extension a été réalisée en 1883. Depuis, la marque est devenue un géant du vin espagnol de la Rioja, avec plus de 5 millions de bouteilles vendues annuellement, dont 70 % à l’export, et a même racheté, en 2010, 350 ha de vignobles à l’un de ses concurrents, le Français Pernod Ricard. Ici, on n’est plus dans le monde artisanal des vignerons à l’ancienne…

Mais le génie commercial de cette véritable entreprise viticole qu’est devenu le domaine Marqués de Riscal réside dans l’investissement hôtelier très haut de gamme conçu il y a maintenant plus de 10 ans pour attirer sur la propriété une clientèle aisée autour d’une véritable Cité du vin, vaste lieu d’accueil thématique de quelque 100 000 m2 consacré à l’élaboration, au soin et à l’étude du vin, entouré d’un complexe hôtelier luxueux assorti de salles de réception et de réunions.

Et c’est là que la patte de l’architecte Franck Gehry a su donner toute l’originalité qu’il fallait pour que cet immense complexe hôtelier et touristique perdu au milieu des vignes, dans un cadre enchanteur avec le village médiéval d’Elciego en arrière plan, devienne un site d’attaction proprement extraordinaire du fait de sa conception pour le moins originale. Il faut dire que si le projet date de 1998, il a fallu du temps, et de nombreuses dégustations de Rioja, pour convaincre l’architecte Franck Gehry, de s’engager dans la conception de cette bodega atypique, mais le résultat vaut le détour !

Les rubans en titane (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Le bâtiment lui-même évoque vaguement une forme de cep de vigne avec ses piliers évasés vers le ciel qui supportent des éléments de forme cubiques disposés de manière apparemment très anarchique, avec de grandes ouvertures d’orientation variée. Le tout est enveloppé et surmonté de volutes enrubannées métalliques servant de pare-soleil, en acier inoxydable et titane, dans les tons rose, or et argent, sensé évoquer les teintes du vin, des capsules et de la maille dorée qui orne les bouteilles de la propriété. Vu de loin et en fonction des reflets de la lumière, l’effet est saisissant de voir ces rubans métalliques émerger au dessus des rangées de vignes, tels un paquet cadeau abandonné au milieu des ceps…

Des façades qui se marient avec celles des bâtiments anciens (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Les façades sont en pierre, taillées dans le grès local, ce qui leur donne une certaine parenté avec celles des bâtiments historiques tout proches. Quant à l’aménagement intérieur, il est à l’avenant, de nombreux éléments ayant été dessinés par l’architecte lui-même. On y compte 43 chambres et suites luxueuses, accessibles pour la somme modique de 310 € la nuit pour les plus modestes d’entre elles, jusqu’à 800 € pour ceux qui ne comptent pas bouder leur plaisir en regardant à la dépense…

Une des 43 chambres de l’établissement (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Le lieu, qui accueille désormais 70 000 visiteurs chaque année, dispose de surcroît de deux restaurants dont l’un tenu par un chef étoilé, de nombreuses salles de réunion et de réception, y compris pour ceux qui veulent s’y marier en grandes pompes, et bien entendu d’un spa luxueux où l’on pratique notamment la vinothérapie qui consiste en un bain dans une barrique en bois remplie d’un mélange à base de marc de raisin…

Le spa de l’hôtel (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Destiné manifestement à une clientèle huppée et capable de dépenser sans compter, ce type d’établissement ne laisse cependant pas indifférent du fait de son architecture pour le moins originale, dont la conception a nécessité des études numériques poussées en trois dimensions et même des essais en soufflerie pour vérifier que les volutes en titane n’allaient pas s’envoler à la moindre brise. Quant à la réalisation d’une construction aussi biscornue, dont le coût reste tenu secret, on n’ose même pas imaginer le dialogue au jour le jour entre son concepteur et les entreprises en charge de concrétiser sur le chantier un projet aussi audacieux…

L.V.  

Le mur de glace se referme à Fukushima

26 août 2017

Et voilà que l’on reparle de Fukushima… Six ans après ce qui restera dans l’histoire comme l’un des accidents technologiques majeurs de l’industrie nucléaire, classé au niveau 7, le plus élevé sur l’échelle internationale des événements nucléaires, au même titre que l’explosion de Tchernobyl survenue en 1986, les suites de la catastrophe sont toujours loin d’être réglées…

Petit retour en arrière… Le 11 mars 2011, en début d’après-midi, a lieu un énorme séisme à 130 km au large des côtes de Sendaï, chef-lieu de préfecture située à 300 km au nord de Tokyo. Ce tremblement de terre de magnitude 9 fera cependant relativement peu de victimes grâce à la qualité des constructions japonaises et à l’excellence du niveau de préparation locale face à ce type de risque naturel.

Malheureusement, il est suivi 50 mn plus tard par un redoutable tsunami, provoqué par la propagation en mer de l’onde sismique. C’est cette vague gigantesque qui a atteint plus de 15 m de hauteur, avec même des pics à 39 m, ravageant près de 600 km de côtes, qui a causé l’essentiel des dégâts avec un bilan très lourd évalué à plus de 18 000 morts et disparus, pour un montant de dommages estimé à 210 milliards de dollars.

Quatre centrales nucléaires situées sur cette côte nord-est de l’île principale de Honshu, toutes conçues sous forme de réacteurs à eau bouillante, se sont automatiquement arrêtées lors du déclenchement du séisme et ont basculé leur alimentation électrique sur les groupes électrogènes de secours comme le prévoit la procédure. Celle de Fukushima Daiichi, équipée de 6 réacteurs, est exploitée par l’opérateur privé TEPCO, tout comme d’ailleurs sa voisine dénommée Fukushima Daini, laquelle comporte 4 réacteurs.

Le réacteur 3 de Fukushima Daiichi après l’accident du 11 mars 2011 (source © Reuters / Tepco)

Au moment du séisme, 3 des 6 réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi étaient à l’arrêt pour cause de maintenance. Les 12 groupes électrogènes de secours, destinés à préserver l’alimentation électrique des pompes de refroidissement, se sont enclenchés normalement mais ont été mis hors service par l’arrivée du tsunami qui a partiellement noyé les installations et totalement endommagé les prises d’eau en mer du circuit de refroidissement. Dès lors, dépourvu de toute possibilité de refroidissement, le combustible s’est mis à chauffer et le coeur de chacun des 3 réacteurs en activité a progressivement fondu, entraînant le percement de leurs cuves.

Parallèlement, la fonte des gaines de combustibles, constituées d’un alliage à base de zirconium, dégage de l’hydrogène qui s’accumule en partie supérieure de l’enceinte de confinement. Malgré plusieurs opérations de dépressurisation, l’augmentation de la pression à l’intérieur des réacteurs a fini par provoquer leur explosion. Le 12 mars, une forte explosion fait voler en éclats le toit du bâtiment du réacteur 1, sans toutefois endommager la cuve elle-même du réacteur. Deux jours plus tard, c’est le tour du réacteur 3 qui voit lui aussi le toit de son bâtiment soufflé par une formidable explosion, suivi le lendemain par une nouvelle explosion, cette fois au niveau du tore de condensation du réacteur 2. A partir de là, des rejets massifs et répétés de produits radioactifs vont se produire, dans l’atmosphère comme dans la mer. Le phénomène sera encore aggravé par la surchauffe du combustible entreposé dans les piscines des réacteurs 1 et 4, lesquelles ne sont plus refroidies, provoquant des émanations supplémentaires de substances radioactives et même l’incendie de la piscine du réacteur 4 !

Vue de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi le 14 mars 2011 (source © Digital Globe Imagery)

L’arrosage des installations pour tenter d’en diminuer la température s’est rapidement traduit par des rejets successifs en mer d’eau contaminée, mais surtout par l’accumulation de quantités énormes d’eau chargée en éléments radioactifs. En septembre 2013, ce sont ainsi plus de 600 000 m³ d’eau contaminées qui sont stockées et ce volume augmente de 300 m³ chaque jour ! Rapidement, sur l’insistance du gouvernement japonais, TEPCO est sommé de rechercher des solutions pour décontaminer l’eau sur place et limiter les rejets dans l’océan. Une première usine de traitement, développée par Areva et Veolia, est installée près du réacteur 4 puis une deuxième pour réduire la radioactivité des 15 000 m³ d’eau contaminée issues de l’unité 2 et les 45 000 provenant des salles des machines des réacteurs 1 et 3. En parallèle, de nouveaux espaces de stockage sont construits à la va-vite pour entreposer toute cette eau contaminée. En septembre 2013, ce sont ainsi 1000 réservoirs métalliques supplémentaires de 1000 m³ chacun qui sont installés.

Quelques-une des cuves de stockage d’eau contaminée sur le site

Mais se pose rapidement un nouveau problème : à partir de juillet 2013, l’exploitant constate des teneurs élevées en strontium 90 dans la nappe phréatique au droit du site, lequel est construit sur des grès plus ou moins fracturés et situé à 200 m seulement du rivage. Il y a des fuites, provenant pour certaines des différents réservoirs de stockage d’eau radioactive mais surtout des produits de fusion du coeur des réacteurs, au travers des radiers en béton qui les supportent. On estime alors que 300 m³ d’eau contaminée se déversent chaque jour directement dans l’océan par l’intermédiaire de ces circulations d’eau souterraines.

Agents de Tepco sur le site de la centrale

Pour réduire l’écoulement en mer de ces effluents liquides, TEPCO a commencé dès 2011 la construction d’un mur en acier et en béton entre les bâtiments des réacteurs et le Pacifique. Début avril 2011, une première opération est menée en urgence, qui consiste à injecter dans le sol du silicate de sodium pour colmater une importante fuite. En présence d’un durcisseur, le silicat de sodium forme en effet un gel qui comble de manière plus ou moins durable la porosité de la roche et diminue fortement sa perméabilité.

En juillet 2013, une barrière étanche de 16 m de profondeur est ainsi réalisée, toujours par injection, afin de contenir les eaux souterraines qui s’écoulent naturellement sous le site vers la mer, en provenance des reliefs environnants. Mais, pour des raisons techniques, cette barrière étanche ne commence qu’à une profondeur de 1,80 m sous le niveau du sol. Or sa mise en place fait remonter le niveau de la nappe qui finit par s’écouler au dessus ! La barrière a permis de freiner les écoulements mais sans les empêcher.

Schéma de situation des mesures de lutte contre les rejets d’eau contaminée (infographie © Nippon.com)

Des puits de pompage ont aussi été forés en amont du site pour faire baisser le niveau de la nappe et limiter les écoulements sous la centrale, mais cela s’avère insuffisant. En juin 2014, TEPCO propose donc d’aller plus loin et entame la construction autour des bâtiments de la centrale d’un « mur de glace », une barrière cryogénique souterraine de 1,5 km de long, réalisée par circulation de fluide frigorigène dans des tuyaux enterrés. Le coût d’un tel projet est estimé à 270 millions d’euro, mais cela devrait permettre de limiter les échanges d’eau contaminée sous le site accidenté avec celles de la nappe environnante.

Travaux de congélation du sol autour de la centrale en 2015 (source © TEPCO)

La technique de congélation des sols est employée de longue date en matière de travaux souterrains, mais rarement à une telle échelle puisque le mur est prévu pour descendre à 27 m sur une épaisseur d’environ 3  m, et TEPCO s’est rapidement heurté à de réelles difficultés de mise en œuvre. En juillet 2015, les communiqués de l’opérateur indiquaient qu’il se trouvait dans l’incapacité de descendre la température du sol en dessous de 10 °C. En juin 2016, TEPCO entreprend en parallèle l’injection de coulis à base de ciment destinés à freiner la vitesse d’écoulement des eaux souterraines afin de renforcer l’action de la congélation.

Un autre mur de glace bien connu…

On vient tout juste d’apprendre, le 22 août dernier, que TEPCO lançait la réalisation du dernier tronçon de 7 m laissé ouvert pour tester le comportement du dispositif, l’ensemble devant être totalement opérationnel d’ici le printemps prochain. Certains ironisent sur ce « retour à l’âge de glace » ou l’édification de cette nouvelle « barrière de glace » qui rappelle furieusement certains épisodes de la série culte Games of throne. Il n’en reste pas moins que cela confirme que la circulation des eaux souterraines sous des installations industrielles à risque, souvent insuffisamment prise en compte, peut constituer un véritable casse-tête, techniquement très difficile à résoudre de manière satisfaisante, surtout dans l’urgence…

L.V.  

Quand sort la recluse et que se mélangent réalité et fiction…

24 août 2017

Les amateurs de Fred Vargas se sont naturellement tous précipités sur son dernier roman, au titre énigmatique, publié par les éditions Flammarion et intitulé « Quand sort la recluse ». Le commissaire Adamsberg s’y trouve confronté à une histoire bien étrange et dont il est bien entendu hors de question de révéler le moindre indice pour ne pas gâcher par avance le plaisir du lecteur. Qu’il sache cependant que cette notion de « recluse » est à double sens comme souvent dans les romans foisonnants de celle qui fit jadis sa thèse de doctorat en histoire sur la peste au Moyen-Age mais qui fut aussi employée par le CNRS comme spécialiste en archéozoologie.

Fred Vargas (photo © Visual)

On ne sera donc pas étonné qu’il soit notamment question dans cette histoire de ces femmes pénitentes qui se faisaient enfermer autrefois jusqu’à ce que mort s’ensuive dans un reclusoir, minuscule cellule dont l’entrée était définitivement murée et qui survivaient tant bien que mal grâce aux quelques aumônes de nourriture que les passants leur déposaient via la fenestrelle, petit orifice souvent placé très en hauteur et seul lien avec le reste du monde.

Mais l’on y apprend aussi que la recluse est une petite araignée très discrète, qui ne tisse pas de toile, mais se tapit au fond d’une anfractuosité pour y guetter sa proie. On ne l’aperçoit que très rarement, et pourtant tout le roman est bâti autour d’elle et de ses morsures redoutables, susceptibles de provoquer de terribles nécroses.

L’araignée violon Loxosceles rufescens (photo © 2011 Mark Fox)

De son vrai nom Loxosceles rufescens ou araignée violoniste à cause de la forme de son céphalothorax, cette minuscule araignée brune de la famille des Sicariidae et que l’on trouve notamment dans le sud de la France, a été décrite dès 1820. Sa taille ne dépasse guère 1 cm et elle n’est absolument pas agressive pour l’homme mais elle peut néanmoins piquer lorsqu’elle se retrouve malencontreusement prisonnière d’un vêtement, après s’être cachée au fond d’un placard à l’abri de la lumière.

La quantité de venin qu’elle injecte est faible et sa morsure est donc infiniment moins redoutable que celle de sa cousine américaine Loxosceles reclusa, l’authentique recluse, dont la morsure provoque des nécroses cutanées parfois spectaculaires conduisant dans certains cas jusqu’à la mort.

La cousine américaine Loxosceles reclusa

Or régulièrement les médias se font échos de patients atteints par des morsures de ce type dans le sud de la France alors que la présence de la recluse américaine n’est pas attestée sur le territoire national. On trouve ainsi sur internet la trace d’un reportage de France 3, paru en juillet 2015, qui évoque les cas de trois personnes hospitalisées à Nîmes et à Montpellier en quelques mois, trois patientes qui ont dû subir des interventions chirurgicales après avoir développé des nécroses spectaculaires à la cuisse et au bras suite à des morsures attribuées à la fameuse araignée violon Loxosceles rufescens.

Un médecin du Centre anti-poison de Marseille indique d’ailleurs avoir déjà eu connaissance de deux autres cas sévères du même type survenus à Nîmes en 2009 et pense que la toxicité exceptionnelle du venin de la petite araignée s’expliquerait par les fortes chaleurs.

Exemple de nécrose sur une plaie

Un autre article de La Dépêche, daté de la même période, fait lui état de deux femmes habitant respectivement dans l’Hérault et dans le Gard et cite leur témoignage, toutes les deux ayant été piquées alors qu’elles enfilaient leur pantalon. Dans les deux cas il a fallu recourir à des opérations de chirurgie esthétique pour supprimer les parties nécrosées qui s’étendaient sur une large surface d’une dizaine de cm malgré un traitement antibiotique administré très rapidement. Mais contrairement au précédent article, les morsures sont attribuées non pas à Loxosceles rufescens mais à sa cousine américaine, la recluse qui, selon certaines sources, serait présente en France depuis le début des années 2000.

Ceux qui liront le dernier opus de Fred Vargas retrouveront dans ces quelques faits divers une matière qui a manifestement inspiré la romancière : polémique qui enfle sur la toile suite à plusieurs cas graves de morsures attribuées à l’araignée violon en début de période estivale précisément dans le Gard, débats sans fin sur l’hypothèse selon laquelle le venin de l’araignée deviendrait plus virulent en période de forte chaleur, supputations sur l’influence du changement climatique comme facteur déclenchant, etc. Nul doute que l’archéozoologue à l’imagination fertile a puisé dans ces dépêches d’agence et dans les forums de discussion qu’elles suscitent inévitablement de quoi alimenter son histoire.

Mais le plus cocasse est que l’histoire se répète. Alors que le livre de Fred Vargas a été édité en mai 2017, voilà que l’on voit fleurir de nouvelles alertes rendues publiques initialement par France Bleu Roussillon puis reprises par de nombreux médias, sans curieusement qu’il y soit fait allusion au roman qui vient de paraître… Il s’agirait cette fois d’au moins quatre cas de patients traités à la clinique Saint-Pierre de Perpignan. Tous se plaignent de fortes brûlures et de démangeaisons accompagnées dans certains cas de fièvre suite à des piqûres d’insectes qui se sont infectées, avec parfois une plaque nécrosée noire au centre de la rougeur.

La magnifique araignée-paon, nettement moins discrète que la recluse

A Perpignan, les médecins ont conclu à des morsures de la cousine américaine Loxosceles reclusa. Mais les arachnologues restent sceptiques, eux qui affirment n’avoir encore jamais repéré la recluse sur le territoire national, alors qu’il existe 44 000 espèces d’araignées connues et que l’on en découvre fréquemment de nouvelles, la plus insolite étant peut-être la très exotique araignée-paon, une espèce endémique d’Australie..

Une chose est sûre, le sujet n’a certainement pas fini de faire gamberger. Pour peu que le roman policier de Fred Vargas ait autant de succès que ses ouvrages précédents, les habitants du sud-est de la France n’ont pas fini d’incriminer, à chaque piqûre d’insecte, la petite araignée violon, que manifestement bien peu peuvent se vanter d’avoir jamais vu mais qui pourrait bien faire le buzz sur la toile…

L.V.

Gardanne valorise ses friches minières

22 août 2017

La ville de Gardanne fait partie de ces terroirs durablement marqués par l’extraction minière. Dès le 18e siècle, de nombreux habitants de la région s’adonnaient à l’exploitation du charbon de terre pour pallier la rareté du bois de chauffage. Au début du 19e siècle, on compte ainsi déjà plus de 80 puits de mines en activité et sans doute 200 déjà abandonnés.

L’arrivée du chemin de fer accélère le mouvement et les années 1880-90 voient à la fois le creusement du premier puits de mine moderne au coeur de la cité minière de Biver, et l’installation de l’usine Péchiney d’alumine, qui profite du lignite de Gardanne et de la bauxite extraite dans le bassin minier varois tout proche. C’est cette même usine qui sera à l’origine des rejets en mer de boues rouges dans les années 1960 et qui défraie toujours la chronique sous son nouveau nom d’Alteo. Après la deuxième guerre mondiale, enfin, est édifiée la centrale thermique de Meyreuil, alimentée par le lignite dont l’extraction bat alors son plein à Gardanne.

Mais tout cycle minier a une fin. L’exploitation du lignite de Gardanne stagne à partir des années 1960. Soutenue artificiellement pour des raisons politiques, la production s’effondre à partir des années 1990 et le dernier puits ferme en 2003. Alors que l’industrie minière employait jusqu’à 6500 personnes au début des années 1950, à une période où le site attirait une forte population de travailleurs immigrés, et encore autour de 2000 après la relance de l’activité impulsée en 1981, il ne restait plus que 600 à 700 mineurs encore employés au moment de la fermeture du dernier site.

Depuis, la ville de Gardanne s’efforce de retrouver un nouveau souffle, à l’image du bassin d’emploi voisin, qui s’étend sur les communes de Peynier, Fuveau et Rousset, où s’est développée depuis les années 1960 une activité industrielle florissante axée sur la micro-électronique. L’histoire de cette zone d’activité est d’ailleurs très intéressante car liée étroitement au déclin de l’extraction minière comme l’a bien analysé Olivier Lambert, professeur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de l’histoire industrielle locale.

Zone industrielle de Peynier-Rousset vue d’avion (source : Pays d’Aix développement)

Cette zone industrielle de Peynier-Rousset, créée en 1961, est en effet située dans le même bassin minier que Gardanne, situé à une quinzaine de km seulement. Les premiers puits pour l’exploitation du lignite y ont été creusés à partir de 1912 et une usine de production d’alumine y est construite à partir de 1917 par les Norvégiens de la Norsk Aluminium Company qui ont bien repéré l’intérêt des lieux, situés à proximité des futures mines de lignite en cours d’aménagement, de la vallée de l’Arc, source d’eau abondante, et de la voie ferrée Carnoules-Gardanne, pourvoyeuse de la bauxite varoise.

Mais en décembre 1918, alors que le creusement des puits atteint 425 m de profondeur, l’eau de la nappe s’engouffre brusquement dans les travaux miniers et ruine définitivement toute velléité d’exploitation houillère. Echaudés par cet échec industriel, les Norvégiens se retirent également. De nouveaux projets industriels sont bien relancés dans les années 1940 pour valoriser l’usine d’alumine en vue de produire des carburants de synthèse puis du gaz de ville, mais sans succès et en 1949, l’ensemble des terrains et des bâtiments est racheté par les Houillères du bassin de Provence, issues de la nationalisation des mines de charbon décidée à la Libération.

Ce sont donc les Houillères qui seront à l’origine de la création de la zone industrielle de Peynier-Rousset, la première des Bouches-du-Rhône, en 1961, déjà dans une perspective de reconversion pour pallier la baisse d’activité inéluctable de l’extraction du lignite de Gardanne. Fortement aidée à coup de subventions publiques et malgré certaines implantations durables comme celle de Volvic qui y produit son jus de fruit Oasis avec l’eau du puits de l’Arc, la zone industrielle vivote pendant une vingtaine d’années, tenue à bout de bras par les Houillères.

En 1979, la zone industrielle prend enfin son essor avec l’arrivée d’Eurotechnique, issu d’une association entre les Américains de National Semiconductor et le Français Saint-Gobain. La première usine de fabrication de puces électroniques au silicium est construite à Rousset. Elle passera en 1983 dans le giron de Thomson avant de rejoindre en 1987 SGS-Thomson, une nouvelle société franco-italienne de semi-conducteurs qui prendra plus tard son nom actuel de STMicroelectronics.

Effectifs des Houillères et de la zone industrielle de Rousset entre 1945 et 2010 (source : O. Lambert / revue Rives, 2013)

Depuis, ce site est devenu un pôle d’activités prospère tourné vers la microélectronique et les nouvelles technologies, qui employait en 2013 de l’ordre de 7000 personnes, soit davantage que l’industrie minière de Gardanne à son apogée, sans pour autant qu’il s’agisse d’une véritable reconversion industrielle même si le contexte politico-économique mis en place par l’action des Houillères et les nombreuses aides publiques à la reconversion de cet ex-bassin minier ont fortement contribué à ce succès.

Centre Georges Charpak à Gardanne (source : Ville de Gardanne)

Nul doute en tout cas que la ville de Gardanne souhaite manifestement s’inspirer de cet exemple pour assurer l’avenir de ses propres friches minières. L’inauguration en 2008 du centre de microélectronique Georges Charpak, rattaché à l’école des mines de Saint-Étienne, sur un campus de 6 ha, partie prenante du pôle de compétitivité « Solutions communicantes innovantes », illustre bien cette volonté de s’inscrire dans un environnement technologique en pleine évolution.

Centrale thermique de Meyreuil

En parallèle, la centrale thermique à charbon de Meyreuil, d’abord détenue par une filiale de Charbonnage de France, et désormais dans les mains de l’énergéticien allemand Uniper, tente une conversion difficile d’une des deux unités vers une centrale à biomasse. Le projet, lancé en 2103 et pour lequel ont déjà été investis 250 millions d’euros, devrait permettre à terme de brûler 850 000 t de bois chaque année, issus pour moitié de déchets et pour moitié de coupes de bois. C’est cependant ce dernier point qui inquiète fortement les associations locales de défense de l’environnement puisque cela reviendrait à prélever un tiers du gisement forestier disponible dans un rayon de 250 km… Le Tribunal administratif de Marseille a d’ailleurs annulé, le 8 juin dernier, l’autorisation d’exploitation accordée à la centrale !

Quant aux anciennes installations minières elles-mêmes, la ville tente de les valoriser après avoir racheté en 2006 les emprises du puits Morandat et du puits Z. Les puits ont été au préalable mis en sécurité et obturés en tête par des dalles en béton armé très épaisses pour éviter tout risque d’effondrement. La SEMAG (Société mixte d’aménagement de Gardanne) est ainsi à l’oeuvre pour réaménager les 14 ha de la future zone d’activité qui sera développée autour du puits Morandat, avec pour objectif l’implantations d’entreprises innovantes et de PME axées vers l’économie sociale et solidaire, permettant de générer près d’un millier d’emplois selon les prévisions les plus optimistes.

L’ancien hall des mineurs accueille d’ores et déjà une pépinière d’entreprises tandis que le bâtiment du Parc héberge l’unité territoriale après-mine créée par le BRGM et Charbonages de France pour gérer la mise en sécurité des anciennes mines dans le tiers sud-est de la France.

Le chevalement de l’ancien puits Morandat (source : Ville de Gardanne)

Les travaux de viabilisation ont déjà été lancés en vue d »aménager les premières tranches destinées à l’accueil d’entreprises. Il est notamment prévu la fourniture de chaleur via un réseau qui exploite le gisement géothermique des anciennes galeries minières désormais ennoyées. Une société spécifique, dénommée Énergie solidaire, a été créée pour cela, via une association entre la SEMAG et Dalkia EDF. Elle prévoit un investissement de 4 millions d’euros, la moitié de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner la station de pompage étant issue de panneaux photovoltaïques.

Le chevalement du puits Morandat pourrait, quant à lui, être reconverti en un restaurant panoramique tandis que l’ancien vestiaire des mineurs devrait accueillir d’ici 2022 un centre de culture scientifique et technique imaginé dans l’esprit de la Cité des sciences de la Villette à Paris. Bref, les projets ne manquent pas à Gardanne pour valoriser ces anciennes friches minières, sans totalement tourner le dos à un passé dont la ville continue à s’enorgueillir.

L.V.  

Carnoux-en-Provence de nouveau menacé par les flammes

20 août 2017

Carnoux envahi par les fumées de l’incendie, samedi 19 août 2017 vers 19h

La ville de Carnoux, entourée de massifs forestiers dont celui de la Marcouline, fait partie de ces communes provençales particulièrement exposées au risque de feu de forêt. Prescrit en 2011, le plan de prévention des risques liés aux feux de forêts (PPRIF) a été approuvé par arrêté préfectoral en date du 28 janvier 2014 et impose certaines obligations liées en particulier au débroussaillement mais aussi aux constructions et activités dans les secteurs les plus exposés. Il recense plus de 50 départs de feu qui ont impacté le territoire communal depuis 1973, date de création de la base de données Prométhée, le dernier en date étant celui du 4 août 2005.

Ce jour-là, deux foyers avaient été allumés dont l’un près du cimetière des Fenestrelles à Aubagne, et ils avaient consummé près de 200 ha en direction de Carnoux, menaçant fortement les habitations situées en limite nord de Carnoux et nécessitant l’évacuation du centre de vacances alors dénommé Shangri-La. Les deux lignes haute tension les plus menacées avaient été coupées à titre préventif, privant momentanément d’électricité plus de 15 000 foyers, tandis que le trafic ferroviaire était totalement interrompu entre Aubagne et Cassis à partir du début de l’après-midi et jusqu’après minuit. Trois pompiers avaient même été légèrement blessés dans le tunnel ferroviaire sous la colline de Carnoux.

A l’époque, plus de 600 pompiers avaient été engagés pour sauver les habitations de Carnoux d’une destruction sinon inévitable. Les moyens aériens mobilisés avaient été également importants, malgré l’impossibilité de faire voler les Canadairs alors cloués au sol dans l’attente d’une enquête suite à l’accident survenu quelques jours avant en Corse.

Hier, la commune de Carnoux a connu un nouvel épisode très comparable et qui a de nouveau menacé le même secteur qu’en 2005, ce qui vient confirmer pour ceux qui auraient tendance à l’oublier la réalité de cette menace saisonnière. Alors que la végétation était particulièrement sèche après l’épisode de canicule survenu fin juillet et que le mistral soufflait en moyenne à 45 km/h avec des rafales à 70 voire 80 km/h, plusieurs départs de feu se seraient produits vers 17h30 dans le quartier de la Pérusonne à Aubagne, une zone résidentielle de villas à proximité de la clinique de la Casamance.

Vue de l’incendie sur l’avenue Jean Bart samedi 19 août 2017 vers 19h

Attisé par le vent, l’incendie s’est rapidement propagé vers le sud et est arrivé jusqu’en bordure de l’avenue Jean Bart à Carnoux où il menaçait les premières maisons vers 18h30. Comme en 2005 et pour les mêmes raisons, les deux lignes à haute tension RTE 17 et 19 ont été coupées, le trafic ferroviaire entre Aubagne et Cassis a été interrompu dès 19h, l’accès à Carnoux depuis l’autoroute A50 a été fermé et la circulation sur la RD 41 a été arrêtée.

La mobilisation des services de lutte contre l’incendie a été remarquable, comme en 2005, avec plus de 600 pompiers mobilisés très rapidement, aidés par d’importants moyens aériens : deux hélicoptères bombardiers d’eau, deux tracker, quatre Canadair et un Dash ! Les moyens engagés au sol ont également été considérables, y compris avec un bulldozer permettant de frayer un chemin à travers le massif boisé.

Canadair en train de larguer le long de l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Les rotations des Canadairs ont été particulièrement nombreuses hier en fin d’après-midi et à nouveau ce matin dès 6h30 pour assurer l’absence de tout risque de reprise, alors que les bordures de la zone calcinées fumaient encore de manière sporadique. Les pompiers ont lutté toute la nuit contre l’incendie mais dès 23 h il était considéré comme maîtrisé. Les habitants des zones les plus exposées ont été d’abord confinées chez elles, ainsi que les pensionnaires de la maison de retraite située en contrebas. En revanche, il a fallu, comme en 2005, procéder à l’évacuation des vacanciers du centre de vacance Odalys, particulièrement exposés, mais aussi à une partie des chiens du chenil en lisière de forêt, et finalement de certains des habitants dont les maisons ont été léchées par le feu. La superficie dévorée par les flammes est évaluée à environ 250 hectares selon les dernières estimations.

Vue de l’incendie depuis l’avenue Jean Bart, samedi 19 août 2017 vers 19h

Le gymnase du Mont-Fleuri a été mis à disposition pour l’accueil des vacanciers d’Odalyse et une cinquantaine d’entre eux a préféré y passer toute la nuit plutôt que de regagner le centre lorsqu’ils ont eu la possibilité de le faire, à partir de 23 h, une fois le plus gros du danger enfin écarté. Les voyageurs des trains circulant entre Marseille et Nice ont eu moins de chance et près de 4000 d’entre eux ont dû passer la nuit à bord des trains ou dans les gares de Nice, Toulon ou Marseille. Ce n’est qu’aujourd’hui dans la matinée que le trafic a pu commencer à reprendre, mais il reste encore fortement perturbé…

Au sud de l’avenue Jean Bart, certaines maisons ont été léchées par les flammes

L’action des pompiers a été particulièrement efficace sur ce nouvel incendie dont les conséquences auraient pu être dramatiques pour la petite ville de Carnoux, où l’habitat est très dense et la végétation de pins et de thuyas est très développée, facilitant à outrance la propagation du feu d’un jardin à un autre. Seuls des arbres ont effectivement brûlé au sud de l’avenue Jean Bart, endommageant au passage quelques cabanons de jardin, mais toutes les maisons ont pu être épargnées et aucune victime n’est à déplorer.

Forêt calcinée le long de l’avenue Jean Bart

Il n’en demeure pas moins que le spectacle de désolation qu’offrent les pinèdes calcinées en bordure de l’avenue Jean Bart, entre le centre de vacance d’Odalys et le petit bassin de rétention d’eau à l’entrée du chemin forestier, vient rappeler une fois encore et pour de longues années, à quel point notre commune, nichée dans un écrin de forêt méridionnale, est exposée à ce risque de feu de forêt…

L.V.  

Chine – Inde : vers une guerre imminente ?

18 août 2017

Dessin de Lounis

Va-t-on assister à un nouveau conflit armé entre ces deux géants mondiaux que sont l’Inde et la Chine ? Alors que tous les yeux sont rivés sur la Corée du Nord et les menaces fantasques de son dirigeant Kim Jong-un, un autre conflit frontalier probablement autrement dangereux est en train de se développer dans la région himalayenne, entre le monstre économique et militaire chinois et son voisin indien, dirigé par l’ultra-nationaliste Narendra Modi.

Le contexte est d’autant plus tendu que tout laisse penser que l’Inde affiche désormais un taux de croissance économique supérieur à celui de la Chine, tandis que sa population, désormais estimée à 1,32 milliards d’habitants aurait, selon les derniers chiffres disponibles, d’ores et déjà dépassé celle de son redoutable voisin chinois, probablement plus proche de 1,28 milliards malgré les affirmations de la propagande officielle. Cette rivalité démographique n’est d’ailleurs sans doute pas pour rien dans le revirement idéologique affiché récemment par les autorités chinoises qui, après avoir longtemps imposé une politique familiale répressive de l’enfant unique, encouragent maintenant ouvertement la natalité.

Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping à Tachkent en juin 2016 (Photo PTI)

Les échanges économiques entre les deux pays restent fortement déséquilibrés puisque les exportations chinoises vers l’Inde représentent plus de 60 milliards de dollars par an, six fois plus que celles des Indiens vers la Chine. Mais la Chine développe fortement ses échanges avec le Pakistan, ennemi héréditaire de l’Inde, dans le cadre de la politique très offensive menée par Xi Jinping, à la tête de la deuxième puissance économique mondiale, tandis que l’Inde s’est sentie poussée des ailes suite au rapprochement opéré depuis une quinzaine d’années avec les États-Unis.

Toujours est-il que la tension monte entre les deux géants. La raison de cette discorde ? De vieux conflits frontaliers jamais réglés et qui ont déjà occasionné une guerre en 1962, qui a fait plus de 3000 morts côté indien et près de 900 côté chinois. A l’époque, la Chine conquérante de Mao Zedong, après avoir purement et simplement annexé le Tibet en 1951, pénètre au Ladakh en 1959.

L’armée chinoise en manœuvre au Tibet

L’armée populaire de libération engage alors la construction d’une route permettant de relier une partie de ce territoire himalayen indien, l’Aksai Chin, à la province chinoise du Sinkiang. La guerre est déclenchée par la Chine en octobre 1962 et la plupart des soldats indiens qui défendent ces territoires montagneux sont massacrés ou faits prisonniers. Un mois plus tard, l’armée chinoise, sous la pression américaine mais aussi soviétique, se retire des territoires occupés, à l’exception de l’Aksai Chin qu’elle conserve. Depuis, le climat entre les deux voisins reste tendu avec de multiples conflits frontaliers sporadiques, qui dégénèrent parfois en combats à l’artillerie comme en 1967.

Et voilà qu’en juin de cette année, l’armée chinoise se met en tête de construire une nouvelle route militaire sur le plateau de Doklam situé aux confins du Bouthan, un petit royaume inféodé à son voisin indien et qui fait office d’État tampon entre les deux grandes puissances. Pour l’Inde, la menace est évidente car une telle route militaire permettrait d’amener à pied d’œuvre blindés et combattants chinois à proximité de son point faible, connu localement sous le doux nom de « cou de poulet ».

Carte de la zone frontalière (infographie : source blog de Philippe Fabry – Historionomie)

Cet étranglement de 20 km de largeur que constitue le corridor de Siliguri, coincé entre les frontières du Népal et du Bengladesh, est en effet hautement stratégique pour l’Inde puisqu’il permet de relier au reste du pays l’ensemble des territoires du Nord-Est, totalement enclavés par ailleurs, y compris ceux de l’Arunal-Pradesh qui avaient été déjà envahis par la Chine en 1962 et que les Chinois continuent de revendiquer ouvertement. L’invasion de ce corridor signifierait pour l’Inde la perte quasi inéluctable de ces vastes territoires s’étendant au nord-est du Bengladesh.

Il va donc de soi que l’armée indienne ne pouvait rester indifférente à une telle incursion et s’est donc immédiatement déployée sur ce plateau de Doklam. Depuis, les deux armées se font face, dans un contexte particulièrement tendu où la moindre étincelle menace de mettre le feu aux poudres.

Soldats chinois et indien gardant le poste frontière de Nathu, au nord-ouest de l’Etat du Sikkim, en Inde (photo © Diptendu Dutta / AFP)

La guerre des communiqués fait rage, chacun intimant à l’autre l’injonction de se retirer immédiatement du territoire litigieux. « Il est plus aisé d’ébranler une montagne que de faire reculer notre armée » a ainsi affirmé le porte-parole de l’armée chinoise sur un ton martial. Le paisible Bouthan, théâtre malgré lui de ces gesticulations nationalistes, prend quant à lui l’affaire avec philosophie, à l’image de ce député de l’opposition qui déclare : « En cas de guerre entre l’Inde et la Chine, nous serions la viande dans le sandwich… »

Il est bien difficile à ce stade de deviner jusqu’où se poursuivra cette escalade, d’autant que l’on signale en parallèle d’autres escarmouches entre les armées indiennes et chinoises, survenues cette semaine près du lac Pangong, à la frontière entre le Ladakh et le Tibet. L’intransigeance chinoise fait cependant craindre le pire, l’armée de libération populaire semblant en effet prête à en découdre, convaincu de sa suprématie militaire. La guerre du Bouthan aura-t-elle lieu ?

L.V.

Feu de brousse au Groenland : où va t-on ?

16 août 2017

Décidément, les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus manifestes, n’en déplaise aux climato-sceptiques et autres responsables politiques attardés. Une des conséquences attendues du réchauffement climatique global est l’augmentation du risque de feux de forêt, et de ce point de vue, le cru 2017 fait honneur aux prévisions…

Canadair en action sur un feu de forêt

Alors que plus de 11 000 hectares de forêts ont déjà brûlé en France depuis le début de l’été 2017, notamment dans le Var et en Haute-Corse, chiffres malheureusement encore très provisoires, issus de la base de données Prométhée, et que déjà 360 000 hectares sont partis en fumée sur l’ensemble de l’Europe, principalement autour du bassin méditerranéen, selon EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêts, voila maintenant que l’on signale des feux de brousse au Groenland !

En matière de lutte contre le changement climatique, il n’y a pas le feu au lac, comme persistent à s’en convaincre les plus sceptiques. Certes, mais il y a quand même déjà le feu à la calotte glaciaire…

Rattaché administrativement au Danemark, le Groenland est la deuxième plus grande île du monde, avec une superficie totale de plus de 2 millions de km², soit quatre fois l’étendue du territoire métropolitain français. Situé entre le Canada et l’Islande et bordé au nord par l’Océan glacial arctique, le pays est recouvert à 80 % par une calotte glaciaire, un vaste inlandsis dont l’épaisseur de glace dépasse localement 3 km. Seules les bordures ouest et sud du territoire sont recouvertes de végétation, une toundra constituée de mousses, de lichens et de plantes herbeuses, ainsi que de bouleaux nains ne dépassant pas quelques dizaines de centimètres de hauteur.

Paysage de toundra au Groenland

On est donc loin de la végétation du maquis corse et de celle de la garrigue méditerranéenne avec ses pins d’Alep qui s’enflamment comme des torches à la moindre étincelle. Et pourtant, même dans ce paysage semi-glaciaire où la température peut descendre jusqu’à -66 °C et où le cumul annuel de précipitation peut atteindre 2,5 m dans le sud, voila que l’on signale des feux de brousse récurrents…

Le phénomène était considéré comme extrêmement rare à ces latitudes jusqu’à présent, car les conditions de climat et de végétation sont beaucoup moins propices que dans le nord-ouest canadien, davantage boisé, où le risque tend à se multiplier, comme on l’a vu en mai 2016, lorsqu’un gigantesque incendie avait ravagé plus de 100 000 hectares de forêt autour de Fort-Murray au Canada, nécessitant l’évacuation préventive de 80 000 personnes.

Carte de la zone touchée (infographie © Audrey Dufour / La Croix)

En 2015 et 2016, plusieurs incendies avaient déjà été signalés sur les rivages du Groenland, mais dans le sud du pays. Cette année, le phénomène s’est déclenché dans une zone cotière située dans l’ouest, plutôt en altitude, dans un secteur habituellement recouvert de neige. Le départ de feu a été repéré par un survol aérien le 31 juillet 2017, à environ 150 kilomètres au nord-est de Sisimiut, une localité de 5 500 habitants (soit un dixième de la population totale de tout le Groenland !), et confirmé ensuite par plusieurs images satellites, début août, qui donnent une idée de l’extension du phénomène. On estime à environ 15 km², soit 1500 ha, la surface de toundra ainsi partie en fumée en quelques jours, dans un pays qui n’est pas équipé pour lutter contre ce type de risque naturel. Et un deuxième foyer d’incendie a été repéré quelques jours plus tard, plus au sud, confirmant la réalité de ce risque alors que la température estivale est exceptionnellement élevée avec des pointes dépassant allègrement les 20 °C…

Image satellite de l’incendie le 3 août 2017 obtenue par le satellite Copernicus et retraitée par Pierre Markuse

Ces observations sont particulièrement inquiétantes aux yeux des climatologues car les régions polaires sont les plus affectées par le réchauffement climatique, avec une augmentation moyenne de la température qui y est deux à trois fois plus élevée que sur le reste du globe. A leurs yeux, ces incendies inédits, quelle qu’en soit leur cause (qui n’est pas connue à ce jour), sont la conséquence directe du recul de la calotte glaciaire qui met à jour des étendues végétalisées de plus en plus vaste, dont le sol tourbeux est riche en matière organique, sujet à une combustion lente mais très difficile à combattre.

Vue satellite du feu le 3 août 2017 (photo Landsat USGS © NASA)

Ces incendies sont d’autant plus dangereux que leurs effets indirects contribuent largement à accélérer le réchauffement climatique lui-même. La combustion provoque naturellement de fortes émissions de gaz carbonique, mais aussi de méthane, contenu en quantité dans les sols tourbeux habituellement gelés, deux gaz à effet de serre ainsi libérés en grande quantité dans l’atmosphère. De plus, la suie issue de la combustion se dépose sur les étendues enneigées aux alentours, limitant fortement le pouvoir réflecteur de cette dernière et accélérant ainsi sa fonte.

Inlandsis du Goenland (photo © Halorache / expédition A Carré 2009)

Voilà en tout cas un nouveau facteur aggravant dont nous n’avions pas vraiment besoin et qui risque d’accélérer encore les impacts négatifs du réchauffement climatique dans une des régions qui y est le plus vulnérable. On savait déjà que la fonte de l’ensemble de la calotte glaciaire du Groenland pouvait se traduire par une élévation totale de 7 m du niveau de la mer, avec les conséquences catastrophiques qui en résultent pour de très nombreuses régions côtières. On avait aussi estimé que un tiers de l’élévation actuelle du niveau des océans (qui est depuis plusieurs années déjà de l’ordre de 3 mm/an en moyenne) était d’ores et déjà due au recul de cette calotte glaciaire et à l’augmentation de débit des cours d’eau côtiers issus de cette fonte.

Mais voila que l’on commence à apercevoir d’autres risques liés à ces pertubations climatiques dans les zones arctiques. Les feux de brousse en sont un de ces aspects inédits. La fonte du permafrost, sol gelé en permanence en profondeur et qui s’étend sur des millions de km², dans le nord de l’Europe, le Canada et la Sibérie, pourrait constituer un autre facteur aggravant particulièrement explosif. Les conséquences déjà observées ne se limitent en effet pas aux seuls impacts sur les fondations des infrastructures édifiées sur ce type de sol !

La fonte du pergélisol libère des quantités énormes de carbone organique que les bactéries peuvent transformer en gaz carbonique et en méthane, ce qui rique d’accélérer considérablement l’impact du réchauffement climatique, avec un effet d’emballement incontrôlable. Une véritable bombe climatique en perspective !

Inspection vétérinaire d’un troupeau de rennes dans la péninsule de Yamal, dans le Grand Nord russe (photo © AFP / publiée dans Science et avenir)

Et ne parlons pas des risques sanitaires que certains redoutent. En 2016, sur la péninsule de Yamal, à 2500 km au nord-est de Moscou, un enfant est décédé et 23 personnes ont été infectées par l’anthrax, la redoutable maladie du charbon, transmise par un virus, disparu de la région depuis au moins 75 ans mais qui se trouvait à l’état de latence dans un cadavre de renne qui avait dégelé suite aux températures exceptionnellement chaudes (jusqu’à 35 °C !) de l’été 2016. On craint désormais que ce type de risque se multiplie, réveillant d’autres virus dont celui de la variole, officiellement éradiquée et contre laquelle on ne se protège plus, avec même des scénarios catastrophes impliquant certains virus géants et totalement inconnus repérés dans des cadavres de mamouths congelés. Bienvenu dans le nouveau monde du réchauffement climatique…

L.V.  

Chantier de la L2 : bientôt la fin du tunnel ?

14 août 2017

Initié en 1930, le projet de contournement urbain de la L2, A507 de son petit nom, est sensé relier l’autoroute A7 au niveau de l’échangeur des Arnavaux, à l’autoroute A50 (échangeur Florian), permettant ainsi à la fois le contournement nord de Marseille sous forme d’une rocade de 2 x 3 voies sur une longueur de 9,7 km, et une meilleure desserte des différentes voies urbaines au nord de la ville.

Lancé effectivement en 1993, le chantier a pris beaucoup de retard et il a fallu que l’État se décide à recourir, vingt ans plus tard, à un partenariat public-privé, pour un montant de 650 millions d’euros, dans le cadre d’un contrat signé le 7 octobre 2013 avec un groupement d’intérêt économique créé pour l’occasion par les géants du BTP Bouygues, Colas et Spie Batignoles, pour que le calendrier d’achèvement de ce chantier commence enfin à se préciser.

Inauguration de la L2 Est le 8 décembre 2016 (photo © Laurent Carte / SRL2)

La première section située à l’Est, qui s’étend sur 5,2 km entre l’A50 et Frais Vallon, sous forme de tranchées couvertes avec de multiples aménagements urbains et même des jardins collectifs au droit de Montolivet, a été achevée en 2016, mise en service le 29 novembre de la même année et inaugurée quelques jours plus tard, le 8 décembre 2016 en présence de François Hollande, encore Président de la République. Depuis, elle enregistre un trafic évalué en moyenne à 65 000 véhicules chaque jour dans les deux sens de circulation, ce qui reste néanmoins inférieur aux prévisions de 1000 000 véhicules/jour pour lequel ce projet a été dimensionné.

Réalisation de la chaussée sous le centre commercial du Merlan (photo © Romain Truchet / Made in Marseille)

Reste encore à achever le tronçon nord de la L2 qui s’étend sur 4,5 km entre le Marché d’intérêt national des Arnavaux et Frais Vallon. Sur ce secteur, le chantier a débuté en août 2014 et bat encore son plein avec 400 à 500 personnes mobilisées en permanence, sur ce qui constitue un des plus gros chantiers d’infrastructure urbaine actuellement en cours en France.

Finalisation de la tranchée couverte au niveau de Saint-Jérôme (photo © SRL2 / Devisubox)

Le gros œuvre est désormais pour l’essentiel réalisé mais il reste encore de gros travaux en cours pour finaliser la jonction entre l’autoroute A7 et la L2 au niveau du nouvel échangeur des Arnavaux, ainsi qu’au droit de l’échangeur de Saint-Jérôme, terminus de l’A7, où des travaux d’aménagement sont en cours pour permettre au bus rapide, dit « à haut niveau de service » de relier l’université. A Sainte-Marthe, un bassin de rétention de 3000 m³ est aussi en cours de réalisation afin de gérer les eaux pluviales concentrées par la future voirie et qui devront trouver un nouvel exutoire en cas d’orage.

Le bassin de rétention en construction sous l’échangeur des Arnavaux en juin 2017 (source Made in Marseille)

Un chantier encore en pleine activité donc, mais qui devrait s’achever en avril 2018, date désormais avancée pour la mise en service complète de la future L2 : la fin d’une longue histoire enfin en ligne de mire ?

L.V.  

La santé a t-elle un prix ?

12 août 2017

Hôpital d’Aubagne (photo © Frédérique Gros / La Provence)

Le sort de l’hôpital public Edmond Garcin d’Aubagne est une nouvelle fois sur la sellette. Soumis à un premier plan de redressement en 2008, qui avait occasionné une forte mobilisation en vue de maintenir opérationnel cet établissement, c’est maintenant son service de réanimation qui est voué à être transféré à la clinique privée de la Casamance selon les conclusions d’un cabinet d’audit, mandaté par l’Agence régionale de santé (ARS).

L’inauguration d’Argilla, organisée tous les deux ans à Aubagne, en a fait les frais le 5 août dernier, perturbée par une centaine de manifestants venus protester contre cette décision fortement orientée puisque le cabinet d’audit Nordmann reconnaît bien volontiers que son diagnostic avait été établi en vue de démontrer qu’un transfert au privé était la meilleure solution, comme le demandait l’ARS.

Banderolle devant l’hôpital d’Aubagne (source : Matin 9)

Face à une attitude aussi partisane, les médecins réanimateurs de l’hôpital d’Abagne ont décisé de relever le gant et de mener leur propre étude d’impact quant aux conséquences qu’aurait, sur le fonctionnement de l’établissement et surtout sur l’offre de soin proposée à la population, le transfert de son service de réanimation et sa transformation en Unité de soins continus come le préconise l’ARS. Leur conclusion est sans appel et radicalement opposée aux hypothèses initiales de l’ARS puisqu’ils considèrent qu’un tel transfert se traduirait par une aggravation du déficit de l’établissement hospitalier et par une dégradation de la qualité de l’offre de soin dont profitent des patients venant non seulement du bassin proche estimé à 180 000 habitants mais parfois aussi du Var.

Cette lutte incessante et fortement idéologique entre public et privé pour l’organisation des soins de santé va bien au-delà du seul cas de l’hôpital d’Aubagne. Elle agite fortement nos amis canadiens fermement attachés à une offre de soin publique et qui constatent avec effarement la dérive du système américain, largement aux mains du privé et qui se révèle être l’un des plus mauvais du monde en termes d’efficience. Alors que des pays comme la France ou le Canada consacrent grosso modo 10 % de leur richesse nationale à la santé, ce taux grimpe à plus de 17 % aux Etats-Unis alors que la proportion de ceux qui n’ont pas accès aux soins y atteint des sommets…

Dessin de Lardon

Alors que ce pays se déchire autour de l’avenir de la loi santé et du dispositif Medicaid mis en place par la volonté de Barak Obama et que son successeur, Donald Trump, fait tout pour renvoyer dans les oubliettes de l’histoire, un livre fort intéressant, intitulé « An American sickness », vient mettre en évidence le point faible du système sanitaire américain : son coût totalement exorbitant !

Elisabeth Rosenthal, auteur de An American sickness

L’auteur de cette étude, l’ex-médecin devenue journaliste, Elisabeth Rosenthal, dresse en effet un tableau assez effrayant d’un système de santé entièrement privatisé où les décisions ne sont plus prises par le personnel médical en fonction de règles d’éthique et en vue de favoriser le bien-être des patients, mais par des gestionnaires qui répondent avant tout aux intérets de leurs actionnaires en cherchant à maximiser les profits à court terme et le retour sur investissement.

Exactement le modèle que cherchent à imposer les fonds d’investissement qui détiennent désormais une part importante des plus de 1000 établissements hospitaliers privés actuellement opérationnels en France, lesquels accueillent environ un tiers des 45 millions de personnes hospitalisés annuellement dans ce pays.

Un domaine en pleine concentration dans lequel les fonds d’investissement rachètent à tour de bras des établissements aux médecins qui les ont créés, pour les restructurer, pressurer le personnel et maximiser les profits en externalisant nombre de fonctions annexes et souvent en revendant les murs pour fluidifier le capital investi. Le leader actuel est ainsi le groupe australien Ramsay Health Care qui a racheté en 2014 la Générale de Santé et détient désormais quelques 125 cliniques privées en France.

Aux USA, ce qui ressort de l’analyse de la journaliste c’est une formidable dérive des coûts d’hospitatlisation avec une surenchère liée au marketing médical. On choisit désormais son établissement hospitalier en fonction de la qualité architecturale des chambres et parce que le café est offert à l’accueil, ce qui explique que la journée d’hospitalisation peut être facturée 5000 $ ! Une opération de l’appendicite coûte jusqu’à 40 000 $ aux USA et le prix moyen d’un accouchement y dépasse 30 000 $…

Dessin de Schwartz paru dans le livre « La santé publique en questions de Laurent Chambaud en 2017 (source Luc Perino)

Le salaire des médecins y est en augmentation constante et un chirurgien orthopédique américain gagne en moyenne deux fois plus qu’un confrère allemand. Une dérive dont est largement responsable le réseau d’assurances privées puisque c’est lui qui finance l’essentiel du secteur, au détriment du patient dont l’accès aux soins devient de plus en plus difficile.

Face à un tell constat, Elisabeth Rosenthal critique l’acharnement de certains, dont la majorité des élus républicains, à considérer que la santé doit obéir aux seules règles du marché. On ne choisit pas d’être malade et le patient n’est pas seulement un consommateur qui pourrait choisir en toute connaissance de cause tel ou tel traitement. L’exemple américain est de ce point de vue assez instructif quant aux dérives dans lesquelles peut nous mener une conception aussi mercantile de la santé publique telle que souhaitent la pratiquer les cliniques privées françaises, avec parfois la complicité des responsable politiques. A chacun d’être vigilant car nous sommes tous concernés !

L.V.