Archive for mars 2015

Boues rouges de Gardanne : le retour !

28 mars 2015

Déjà largement évoqué sur ce blog, le dossier des résidus de traitement de la bauxite, les fameuses boues rouges qui continuent d’être produites en quantité par l’usine Alteo de Gardanne, n’en finit pas de faire parler de lui. On se souvient de la décision surprenante prise le 8 septembre dernier à Cassis par le conseil d’administration du Parc national des Calanques, autorisant Alteo à poursuivre pendant encore 30 ans ses rejets en mer sous forme d’effluents liquides alors que l’application de la Convention de Barcelone conduisait à stopper définitivement ces rejets au 31 décembre 2015.

On se souvient aussi que la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, avait annoncé quelques jours plus tard, le 19 septembre 2014, qu’elle s’opposait à cette décision et qu’elle confiait à l’un de ses établissements publics (le BRGM, service géologique national) une expertise indépendante pour évaluer l’impact de ces effluents riches en soude, arsenic et métaux lourds sur les fonds marins du Parc national des Calanques.

Répartition des taux de titane au large de Cassis

Répartition des taux de titane au large de Cassis

A la différence des boues épaisses déversées depuis 1966 au large de Cassis et qui se déposent à 320 m de profondeur dans le canyon de la Cassidaigne, ces effluents liquides issus notamment de la valorisation des résidus d’exploitation via les fameux filtre-presse en cours d’installation grâce à de plantureuses subventions de l’Agence de l’Eau, selon la formule classique du « pollueur-payé », pourraient en effet s’avérer beaucoup plus dommageables pour le milieu naturel en se dispersant au gré des courants du fait de leur plus faible densité. Deux autres expertises ont été commandées simultanément par le ministère pour y voir plus clair, l’une auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et l’autre auprès de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer).

Le site de stockage des boues rouges à Mange-Garri (XDR La Marseillaise)

Le site de stockage des boues rouges à Mange-Garri (XDR La Marseillaise)

Le rapport du BRGM devait être remis deux mois plus tard et tout indique qu’il a bien été rendu dans les délais puisque l’industriel Alteo reconnait l’avoir en main, même si le ministère de l’écologie refuse jusqu’à présent de le rendre public malgré les demandes pressantes de plusieurs associations de défense de l’environnement. Dans le même temps, la procédure enclenchée par la décision du Parc national des Calanques se poursuit puisque cette décision est conforme à l’avis de l’autorité environnementale émis par la DREAL PACA (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) le 1er août 2014.

Elle se traduit par une enquête publique qui doit s’ouvrit prochainement, fin avril 2015, le commissaire enquêteur étant déjà nommé en la personne de Serges Solages, ancien directeur du BRGM à Marseille (on reste en famille…). L’étude d’impact sur laquelle se base cet avis concerne les deux volets du dossier, d’une part l’autorisation de rejets en mer d’effluents en dérogation avec les seuils autorisés pour plusieurs paramètres (pH, teneurs en fer, arsenic et aluminium en particulier) et d’autre part la poursuite de l’autorisation d’occupation temporaire du domaine public maritime pour la canalisation de 7 km qui sert à ces rejets (et qui appartient toujours à Péchiney).

Le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (photo S. Mercier parue dans La Provence du 21 février 2015)

Le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (photo S. Mercier parue dans La Provence du 21 février 2015)

Dans cet avis, les principales réserves de la DREAL concernent finalement les taux d’émission de poussières sur le site même de l’usine et à proximité du bassin de décantation de Mange-Garri, sur la commune de Bouc-Bel-Air, où seront installés deux des filtres-presses. Il faut dire que ce vaste espace de stockage à l’air libre qui s’étend sur 23 ha en zone classée « naturelle », n’est pas spécialement sécurisé. Il n’a pas encore occasionné de véritable catastrophe comme cela a pu être observé en 2010 et a failli l’être en 2013 sur des sites comparables en Hongrie, mais les riverains commencent à s’inquiéter sérieusement pour leur santé, surtout après la fuite constatée début 2015.

Coulée de boues rouges toxiques en Hongrie (octobre 2010)

Coulée de boues rouges toxiques en Hongrie (octobre 2010)

Une résurgence d’eau polluée a en effet été observée fin janvier en aval du site, obligeant le maire de Bouc-Bel-Air à prendre un arrêté municipal interdisant aux riverains l’utilisation de leurs puits et forages, et confiant au bureau d’étude ANTEA une analyse pour déceler l’origine et l’impact de cette fuite. Cette étude a bien confirmé le lien avec les bassins de décantation de Mange-Garri qui ne sont donc pas étanches et des travaux ont dû être réalisés en urgence par Alteo pour drainer ces fuites intempestives sans qu’on sache trop bien quel est l’impact de ces pollutions sur la nappe souterraine…

L. V. PetitLutinVert

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Réserve parlementaire 2014 : notre député ratisse large…

25 mars 2015

La répartition de la manne financière que constitue la réserve parlementaire est longtemps restée un secret bien gardé, réservé aux seuls initiés, proches de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Il a fallu l’obstination d’un simple citoyen, Hervé Lebreton, professeur de mathématiques dans le Lot-et-Garonne, pour que l’Assemblée nationale commence à rendre publique la manière dont se répartissent ces subventions attribuées de manière discrétionnaire par certains députés et encore considérées il y a peu par la Cour des Comptes comme une pratique largement clientéliste.

Hémicycle de l'Assemblée nationale le 3 février 2015 (Photo Citizenside/J. Seddiki)

Hémicycle de l’Assemblée nationale le 3 février 2015 (Photo Citizenside/J. Seddiki)

Rendue partiellement publiques pour les années 2011 et 2012, ces aides avaient pour la première fois fait l’objet d’une publication exhaustive début 2014 pour l’exercice 2013. Cette année, pour la deuxième fois donc, la liste des subventions attribuées pour l’exercice 2014 est désormais accessible sur le site de l’Assemblée nationale depuis le 12 février 2015.

Une fois de plus et même si l’octroi de ces subventions est de mieux en mieux encadré et de plus en plus équitable (une avancée démocratique qu’il faut bien attribuer au président actuel de l’Assemblée, le socialiste Claude Bartolone), la liste réserve toujours son petit lot de perles savoureuses confirmant que nombre de nos élus ont encore bien du mal à dépasser le stade du soupoudrage local à visée électorale…

Le montant global distribué atteint, pour l’exercice 2014, la coquette somme de 80,2 millions d’euros. C’est un peu moins qu’en 2013, rigueur oblige, mais cela représente encore plus de 130 000 € par député, sans compter ceux qui sont un peu mieux servi que les autres, au premier rang desquels le président de l’Assemblée nationale qui dispose de 520 000 euros tandis que les vice-présidents, les questeurs, les présidents de groupe et les présidents de commissions ont droit à 260 000 euros chacun. Il existe aussi une «réserve institutionnelle» dont le montant a été fixé en 2014 à 5,5 millions d’euros. Grosso modo, un peu plus de la moitié de cette manne financière sert à financer des investissements dans des communes (parmi lesquelles beaucoup de réfection d’églises ou de murs de cimetières), le reste servant à financer le fonctionnement d’inombrables associations locales.

La députée du Calvados, Isabelle Attard

La députée du Calvados, Isabelle Attard

Comme chaque année, certains se font épingler pour avoir concentré massivement leurs aides sur la commune dont ils sont le maire. Les spécialistes sont en la matière les députés UMP Gilles Carrez (le Perreux-sur-Marne), Christian Jacob (à Provins), Jean Leonetti (Antibes) ou encore Georges Ginesta (Saint-Raphaël). Rares sont les vertueux qui, comme la députée Nouvelle-Donne du Calvados, Isabelle Attard, apparentée aux écologistes, a choisi depuis son élection en 2012 de confier la répartition à des électeurs de sa circonscription tirés au sort pour constituer un jury populaire muni de critères transparents.

Mais les motivations de la plupart de nos élus de la république semblent encore bien loin d’une telle approche, à l’aune du député socialiste du Val-d’Oise, François Pupponi, maire de Sarcelles, qui n’a pas hésité à attribuer 10 000 euros à une association de pétanque située à Zonza, en Corse-du-Sud, d’où il est originaire… Il n’est d’ailleurs pas le seul à soutenir ce sport puisque François Fillon a de son côté accordé 2 500 euros à l’Amicale bouliste des Arènes de Lutèce… Passons sur la vingtaine de tracteurs et sur les multiples caméras de vidéo-surveillance financés grâce à la générosité des députés : les habitants de Cuges-les-Pins pourront ainsi désormais se rassurer à bon compte grâce aux 30 000 € versés à leur commune par notre député Bernard Deflesselles (ReserveDeflesselles).

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L'acteur Ticky Holgado, idole de notre député Bernard Deflesselles

L’acteur Ticky Holgado, idole de notre député Bernard Deflesselles

Ce dernier figure d’ailleurs en bonne place au palmarès des subventions les plus farfelues grâce aux 147 000 euros distribués à une bonne vingtaine d’associations locales, dont une association d’imitation du chant des oiseaux qui a beaucoup intrigué la presse nationale, mais avec également 7 000 euros versés au Fan club de Ticky Holgado, l’acteur de cinéma décédé en 2004 ! La liste des associations financées par notre député confirme d’ailleurs qu’il ratisse très large, du handball au futsall en passant par le vélo, la natation et la course à pied, sans oublier bien sûr la pétanque ! Quant aux associations ancrées de longue date dans le paysage local, de Carnoux Racines au Souvenir Français en passant par le Club de l’appel du 18 juin, elles restent toujours des valeurs sûres pour la distribution des largesses de notre député…

D’autres députés cependant n’ont pas hésité à faire dans l’originalité, subventionnant qui une fête du cochon, qui une amicale de chasseurs de sangliers. La fête des cucurbitacées a aussi trouvé son mécène en la personne d’un député du Maine-et-Loire. Quant aux adeptes du Brie, force est de constater que la confrérie du Brie de Montereau, subventionnée à hauteur de 2 000 euros par Yves Jégo, a pris l’avantage sur celle du Brie de Meaux soutenue à hauteur de 1 000 euros seulement par Jean-François Copé : guerre de terroirs ou expression des déchirements internes au sein de l’UMP ?

L. V.  PetitLutinVert

Le tour du Monde en 114 jours : 18ème escale

23 mars 2015

Nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde contournent l’Australie : après Sydney puis Melbourne, les voici désormais à Perth, sur la côte Ouest…

Dimanche 22 mars, Perth

L’escale de Perth, sur la côte ouest de l’Australie a été un peu spéciale pour nous puisqu’elle nous a permis de revoir un couple de Mandurah (un peu plus au sud sur la côte) avec lequel nous avons fait plusieurs échanges de maisons et qui sont devenus des amis. Nous les retrouvons à la descente du bateau et allons prendre un bain sur la belle plage de sable blanc de Cottesloe.

Plage de Cottesloe (près de Fremantle)

Plage de Cottesloe (près de Fremantle)

La plage est noire de monde. C’est dimanche et, de plus, une exposition internationale de sculptures, intitulée « sculptures on the beach », présente 70 œuvres toutes très originales, en acier, plastique, bois, bronze… ; des œuvres parfois dérangeantes, surprenantes ou amusantes que les touristes ne se lassent pas de photographier !

Les restaurants en plein air sont bondés en ce dimanche d'automne !

Les restaurants en plein air sont bondés en ce dimanche d’automne !

Un repas de fruits de mer et de poisson sur la terrasse d’un petit port de pêche un peu plus loin nous permet de gouter les délicieuses huitres de Tasmanie, petites, creuses, charnues et fortement iodées. Dans la rue centrale de Fremantle (c’est le port de Perth où le bateau s’est amarré), nous faisons une pause café en regardant la foule qui entre et sort des magasins et des cafés. Tout est bien entendu ouvert et les commerces font de bonnes affaires. Une fois encore nous sommes frappes par la vitalité, l’allant, la gaité de ce peuple jeune où les Asiatiques sont nombreux…

Petit décalage de saison par rapport à la France...

Petit décalage de saison par rapport à la France…

Soirée tranquille sur le bateau qui appareille vers 22h15. Il y a eu de nombreux appels de passagers qui, certainement, n’avaient pas rejoint le bord à temps !

Nous sommes maintenant partis pour 7 jours de mer sans escale, qui nous mèneront jusqu’à l’île Maurice le 30 mars… J’en profiterai pour répondre à certaines questions qui nous ont été posées sur la vie à bord…

Annie Monville

KATULU ? n° 42

21 mars 2015

Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les lecteurs de Katulu ? dans le numéro 42 de janvier 2015 dont le texte intégrable est téléchargeable (Katulu42).

La couleur du lait

Nell Leyshon

Ph1_CouleurLaitC’est un roman très court, de toute beauté, qui se situe entre 1830 et 1831 dans la campagne anglaise. Un livre poignant, écrit sans ponctuation ni majuscules avec des mots simples, qui se déroule au fil des saisons : les paysans ne sachant ni lire ni écrire se repéraient aux changements de temps.

Nell Leyshon

Nell Leyshon

A 15 ans, Mary est la plus jeune d’une fratrie de quatre filles « mes cheveux ont la couleur du lait », petite paysanne vive, pipelette, considérée par sa famille comme un fardeau supplémentaire à cause de sa jambe boiteuse. Toute la famille passe ses journées à travailler jusqu’à l’épuisement. Aussi quand le pasteur Graham propose de la prendre à son service, le père accepte sans hésiter d’échanger sa fille contre de l’argent. Grâce à la femme du pasteur, elle réalise son rêve d’accéder à l’alphabet « J’écris ces mots de ma main et j’en suis fière » mais elle va payer cher ce péché d’orgueil dans l’Angleterre puritaine et conservatrice des années 1830. Seule sans soutien elle va subir les humiliations et les assauts sexuels du pasteur jusqu’au dénouement tragique

C’est un peu comme un thriller : ça débute comme une petite histoire gentillette et petit à petit devient d’une intensité insoutenable…et d’une grande poésie. A noter la remarquable traduction de K. Lalechere.

Suzanne

Le collier rouge

Jean-Christophe Rufin

Ph3_CollierRougeCe roman évoque la guerre 14-18 mais, si celle-ci en est le fond historique, le thème essentiel est la fidélité d’un chien pour son maître. A travers cela, c’est la double assimilation de l’homme-soldat de la guerre 14-18, en animal : il est devenu une bête ! Et celle du chien en être humain : ce chien ne représente-t-il pas l’ennemi que l’on a en face de soi et avec qui on ne parle pas alors qu’il souffre autant que nous ?

Un chien aboie sans arrêt, des hurlements insupportables qui « rendaient fous ! En fait ce chien souffre, son maître est privé de liberté, emprisonné ». Pourquoi ? C’est l’énigme du livre. Ce roman devient une intrigue que le lecteur doit déchiffrer, à travers l’enquête du juge militaire commis dans cette affaire et cela le tient en haleine, apprenant au fur et à mesure des informations sur le prisonnier mais sans comprendre le fin mot de l’histoire. Le chien fait toujours partie de l’interrogatoire : « c’était le chien du régiment ? », nommé Guillaume, « à cause du kaiser ».

Jean-Christophe Ruffin

Jean-Christophe Ruffin

Ce livre est le livre du silence : silence du prisonnier vis à vis de son chien, du juge, de la femme qu’il a aimée ! L’enfermement de celui qui a vécu la guerre et les horreurs du front. Et si la légion d’honneur lui a été attribuée, il a fini par considérer que son chien méritait plus que lui cette décoration ?« c’était lui le héros ».

Tiré d’un fait divers réel, un livre de réflexion sur les conséquences de la guerre, tout en nuance, d’une écriture magnifique.

Josette J.

LE PIANISTE

Wladyslaw Szpilman

Wladyslaw Szpilman en 1948

Wladyslaw Szpilman en 1948

« Le Pianiste », dont le titre original était « Une ville meurt », est un livre autobiographique écrit juste à la fin de la guerre par W. Szpilman, un pianiste fort connu à Varsovie où il résidait avec sa famille. Rédigé en polonais, le livre sera « oublié » durant un demi siècle et ne sera traduit en français qu’en 1998. C’est en 2002 que Roman Polanski en tire un film éponyme qui obtient d’emblée plusieurs prix dont la palme d’or à Cannes.

Il raconte la vie de ce pianiste qui erre seul, complètement seul, dans Varsovie écrasée sous les bombes et désertée par sa population de 1942 à 1945. L’histoire vous tient en haleine mais ce qui surprend c’est le style, clair, je dirais même élégant, de ce texte, pourtant écrit dans l’urgence par un rescapé qui a tout perdu : son travail, son pays, sa famille……

Précédé d’une préface écrite par le fils de Wladyslaw, Andrzej, le récit est suivi d’une post face due à un de ses amis, Wolf Bierman. Enfin, peut être le plus émouvant, des extraits du journal de Wilm Hosenfeld terminent l’ouvrage. Wilm Hosenfeld est cet officier allemand qui lui sauve la vie en lui donnant du pain un jour qu’il le découvre par hasard dans une maison à moitié en ruines. Cet homme, qui n’était pas nazi et que Wladyslaw essaiera de retrouver sans succès, mourra dans un camp de prisonniers six ans plus tard.

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Une belle histoire. On aurait voulu que, comme dans les contes de fées, tous les bons s’en sortent, mais nous ne sommes pas ici, dans un conte de fées… Hélas !

Annie

PAS PLEURER

Lydie Salvayre (Prix Goncourt 2014)

Ph7_PasPleurerLe sujet du livre est la guerre civile d’Espagne en 1936 : « une tâche de sang qu’une mer d’eau bénite ne pourra effacer ». Le titre « PAS PLEURER » sonne donc comme une litanie, une incantation : « Pas pleurer pour ne pas s’effondrer, pour témoigner, pour défendre la pureté, la beauté, la Liberté, pour agir, réagir, pour lutter contre l’obscurantisme, le fanatisme, pour combattre la mort abjecte, l’assassinat tranquille, banal au bord d’un fossé, au bord de la nuit, mort anonyme, froide au nom d’une idéologie fanatique ».

Pas pleurer, c’est donc une fresque macabre qui pourtant déborde de vie. Ce roman est le portrait d’une Espagne, celle des années 1936-37, bruyante, chantante, enthousiasmante. La force de ce livre je l’ai trouvée dans sa pudeur extrême. Humilité devant l’ombre de Bernanos et de toutes les voix héroïques qui ont osé dénoncer la barbarie déguisée et auréolée de foi chrétienne, celle du franquisme, de toutes ces voix qui ont deviné si tôt le grand scandale du siècle le nazisme.

Lydie Salvayre

Lydie Salvayre

La narratrice nous rapporte les souvenirs de sa mère : « j’écoute ma mère ». Le style alors se colore. Fraîcheur, légèreté, grossièreté. Mélange des langues Espagnol, Français : glissement de sens, racines mêlées d’idiomes et de phonétiques et les phrases parfois restent en suspens comme dans la vie. L’Espagne de 36 revit avec ses traditions de deuil qui durent toute une vie, avec ses hommes qui giflent sans vergogne leurs épouses indociles, qui jouent à la jota ou aux dominos tandis que les femmes sont à l’église ou derrière leurs fourneaux à cuisiner des« mantecados ».

L’Espagne est présentée dans sa division, au cœur d’une république discréditée par ses « scandales financiers, ses fraudes, ses vols, ses ruses manœuvrières, son impuissance politique, sa déconsidération ». L. Salayre peut glorifier ceux qui ont porté une voix libre dans un monde qui ne l’était pas et qui ont risqué leur vie pour elle et un idéal de liberté.

Ce livre est sans doute un hommage émouvant à cette mère qui a pensé toute sa vie : « no es una vida » (ce n’est pas une vie). Elle n’avait que 17ans en arrivant à Argelès, une petite fille dans ses bras et surtout l’héritage d’une lignée de pauvres avec « l’empreinte sur sa gueule, dans sa chair, une empreinte laissée par les acceptations sans gloire, les renoncements sans prestige, les révoltes sans cris ».

Nicole

L’AMOUR ET LES FORÊTS

Eric Reinhardt

Ce roman a été inspiré à l’auteur par un fait réel. Il avait rencontré par hasard une lectrice qui voulait lui parler de son dernier livre qu’elle avait aimé.

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C’est donc l’histoire d’une lectrice, Bénédicte Ombredanne, appréciant son écriture qui se rapproche de lui pour converser au sujet de ses romans. Elle lui écrit pour le rencontrer ! « cette lettre était comme une urgente échappatoire » et l’auteur sent confusément que cette personne «n’allait pas très bien », elle attendait des livres « qu’il vienne la sauver ». Pour elle le romancier aide le lecteur à voir clair en lui-même, à s’accepter comme personne unique tiraillée entre plusieurs facettes ; grâce au livre, elle avait compris « le fait qu’il soit possible d’inventer sa propre vie et qu’elle soit belle ! ».

En fait cette femme, voulait sortir de son quotidien insipide par la lecture de Reinhardt pour « retrouver son propre éclat. Elle lui dit aimer aller vers l’obscurité, régions inconnues aux confins du réel… où peuvent s’entendre les échos de nos rêves », « je préfère le profond (…) ce en quoi il est envisageable de s’engloutir, de se dissimuler : l’Amour et les forêts ».

C’est le portrait d’une femme humiliée, harcelée par son mari, entravée par la vie de famille et incapable de créer la rupture, de se libérer de ses chaînes. Elle ne croit qu’au pouvoir salvateur des mots, la sublimation par la littérature. Le style du livre est très riche, bien que la forme soit parfois trop compacte où même les dialogues ne sont pas mis en évidence. Il renferme beaucoup de détails, des narrations de longues tranches de vie, ou bien on plonge dans le monde de l’internet, celui de l’expression libre, de tous les fantasmes. On y trouve aussi beaucoup de romantisme… et un certain suspens qui tient le lecteur en haleine jusqu’à une fin que l’on attend pas !

Josette J.

Le torrent et la digue

Alger, du 13 mai aux barricades

Général Jacques Massu

Ph10_TorrentDigue« Le rôle que les événements m’ont fait jouer en Algérie en 1958 et 1959 m’autorise à livrer ce nouveau témoignage (…) Je souhaite apporter ainsi ma contribution à la sauvegarde du capital spirituel et moral de l’armée toute entière… ». Ainsi le Général Massu présente en avant-propos cet ouvrage publié en 1972, 10 ans après l’indépendance de l’Algérie.

Un livre qui passionne. La lecture en est aisée, aussi bien par le style de l’écriture, même si de nombreuses citations, discours et articles de presse sont insérés pour éclairer le débat, que par l’histoire racontée, cette « Histoire » que toute une génération a vécue avec déchirement et souffrances pour beaucoup.

Ce livre apporte une certaine connaissance des événements, de la politique suivie par le Général De Gaulle et surtout de l’homme qu’était le Général Massu. Un homme sans concession qui supporte mal l’accommodement du politique ; il n’est pas dans la justification : il a une mission, l’armée la remplit, il exécute.

Le général Jacques Massu

Le général Jacques Massu

Au soir de sa vie, dans un entretien au journal Le Monde, le 22 juin 2000, il déclara « Non la torture n’est pas indispensable en temps de guerre, on pourrait très bien s’en passer. Quand je repense à l’Algérie, cela me désole, car cela faisait partie d’une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment ».

Massu se révèle comme un homme passionné, attentif et émotif, émouvant dans sa foi dans les hommes, dans ce qu’il espérait être la société algérienne future où l’égalité entre les communautés européennes et musulmanes triompherait. « Je me sentais dans l’obligation de témoigner de cette croyance et c’est pourquoi j’accueillis sans hésiter l’occasion qui me fut donnée par deux fois en 1958 et 1959, d’introduire dans ma famille des enfants de souche arabe et de les élever comme si j’étais leur père ».

Quant au titre du livre, il reprend tout simplement les mots de De Gaulle à Massu évoquant le 13 mai et la constitution des Comités de Salut Public : « Vous avez été le torrent et la digue ».

Marie-Antoinette

Cherchez la femme

Alice Ferney

Ph14_AliceFerneyL’auteur, née en 1961, est une femme engagée. Avec 54 autres femmes elle a signé un manifeste contre le projet de loi sur la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui.

Ce roman est l’histoire d’un homme Serge Korol depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Alice Ferney s’applique à démontrer l’influence de l’éducation, de l’environnement familial sur l’enfant que nous avons été et les conséquences affectives sur l’adulte que nous devenons.

A sa naissance, Mina a été prise en charge par sa grand-mère, elle a été l’otage de l’amour de sa mère qui lui a manqué, et celle de son mari qui l’a enfermée, puis de ses enfants qui l’ont occupée. Mère à 17 ans « elle était incapable de calmer l’angoisse enfantine de Serge étant elle-même la source de sa terreur ».

L’auteur évoque aussi les causes sociales et culturelles : Serge a été idolâtré par ses parents, une mère trop jeune, un père en admiration devant ce fils, qui est devenu complètement narcissique et n’a pu s’intéresser aux autres qu’au regard de lui-même. Est-ce que on devient un génie parce que les parents le souhaitent ?Ph13_Cherchezfemme

Les mères ont le premier rôle dans cette histoire : comment faire pour donner à ses enfants le maximum de chance de devenir des adultes construits, heureux, qui vont pouvoir faire face aux aléas de la vie. Là est toute la question, trop d’amour ou pas assez, quelle tâche difficile !

J’ai beaucoup aimé l’histoire de cette famille bien que beaucoup de détails rendent le récit parfois un peu brouillon, mais cette analyse profonde des méandres de l’âme humaine fait vraiment réfléchir et permet de retrouver ses propres émotions devant certains événements qui nous rappellent des situations vécues.

Suzanne

Patrick Modiano

A l’annonce de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Patrick Modiano et après la lecture de son dernier livre « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier », j’ai recherché une biographie pour mieux connaître l’homme. C’est ainsi que j’ai découvert un livre-CD, édité par « Cultures France » dans la collection « Auteurs ».

Ph15_ModianoLe livre, écrit par Nadia Buteau, est une analyse de l’œuvre de Modiano, du contenu et de son style. Elle met en exergue différentes thématiques et les illustrent par de longues citations des différents ouvrages de l’auteur. Un livre d « étude », d’une belle écriture qui demande à être lu et relu. Il a aussi l’intérêt de vous donner envie de lire l’écrivain.

C’est ainsi que j’ai lu « Pedigree », que l’on peut qualifier d’autobiographie. Modiano y dévoile son enfance et son adolescence et par là même donne la clef de tous ses livres. Dans son discours de remise du Prix Nobel, il y fait allusion : « …je crois que certains épisodes de mon enfance ont servi de matrice à mes livres […] Cette volonté de résoudre des énigmes sans y réussir vraiment […] m’a donné l’envie d’écrire, comme si l’écriture et l’imaginaire pourraient m’aider à résoudre enfin ces énigmes et ces mystères ».

Le CD est l’interview de Jacques Chancel, dans le cadre de son émission Radioscopie. Patrick Modiano a 27 ans et vient de recevoir le grand prix de l’Académie Française (1972) suite à la parution « Les boulevards de ceinture ». L’écoute de cet enregistrement est passionnant, étonnant. A cet âge-là P. Modiano s’exprime beaucoup plus facilement que des années plus tard quand il participera à des émissions comme Apostrophes de B. Pivot.

Il dit être intéressé par le style et définit le roman « comme devant transmettre une émotion, et cela se fait par le style. La phrase est une petite musique émotionnelle ». Aux questions de J. Chancel, il évoque son père, l’occupation, l’atmosphère de mystère de ces années de guerre… tout ce que seront ses futurs livres.

Marie-Antoinette

Expression interdite à la médiathèque municipale de Carnoux

20 mars 2015

Carnoux-en-Provence a la chance de bénéficier d’une superbe médiathèque municipale, bien gérée et très agréable à fréquenter. Le groupe de lecture KATULU ?, créé à Carnoux en 2008 et désormais rattaché au Cercle progressiste carnussien, compte bien entendu parmi ses membres des usagers très assidus de ce haut-lieu de la culture et du plaisir de lire. C’est donc tout naturellement qu’ils ont proposé depuis déjà quelques années aux responsables de la médiathèque municipale d’y déposer quelques exemplaires gratuits de leurs notes de lecture que l’association édite régulièrement (et dont des extraits sont d’ailleurs régulièrement publiés sur ce même blog), afin de faire partager ses impressions et ses coups de cœur au gré de ses lectures.

La médiathèque de Carnoux

La médiathèque de Carnoux

Aucune intention mercantile ni le moindre prosélytisme ne se cachent derrière cette démarche purement altruiste qui consiste simplement à partager avec d’autres le plaisir (ou pas…) pris à la lecture d’un roman ou d’un essai passionnant, envoûtant, bouleversant, ou franchement déconcertant… Il ne s’agit pas de convaincre pour faire vendre du papier et encore moins d’orienter les choix d’un autre lecteur mais simplement de faire part des émotions et des réflexions éprouvées à la lecture d’un livre. La plupart des médiathèques en France, et celle d’Aubagne toute proche de chez nous en est un bon exemple, laissent volontiers un espace d’expression pour leur club de lecture local, car qui peut le mieux parler d’un livre que celui qui vient de le lire ?

Panneau d'affichage du club de lecture à la médiathèque d'Aubagne

Panneau d’affichage du club de lecture à la médiathèque d’Aubagne

A Carnoux cependant, les choses sont toujours plus compliquées et la proposition n’a pas été accueillie avec un grand enthousiasme ! Audience a donc été demandée au premier magistrat de la commune qui nous a reçu le 27 août dernier et à qui la représentante du groupe de lecture a donc exposé sa requête. Monsieur le Maire, dans sa grande sagesse, a répondu qu’il réfléchirait à la question.

Plusieurs mois ont passé, confirmant à quel point la réflexion sur un sujet aussi grave était nécessaire. Ne voyant rien venir, nous nous sommes permis d’interroger de nouveau Monsieur le Maire qui nous a répondu qu’après réflexion il n’accéderait pas à notre demande. Nous attendons depuis lors qu’ils nous en explique la raison mais nous commençons à désespérer de la recevoir un jour. Au vu de ses explications orales, il semblerait d’ailleurs qu’il n’y ait pas grand chose à justifier sinon qu’il s’agit d’une décision arbitraire de sa part et que cela ne se discute pas. Et si on insiste un peu, il finit par lâcher que certains membres de Katulu  voteraient à gauche, ce qui suffit à les rendre suspects à ses yeux.

Blog167_PhMediatheque2Il existe malheureusement de nombreux pays de par le monde où la liberté d’expression n’existe pas. Ce n’est bien évidemment pas le cas à Carnoux où nous avons la chance de vivre dans un état de droit, qui plus est démocratique, et nous nous en réjouissons. Il n’en reste pas moins que nous nous inquiétons de cette dérive de certains de nos élus locaux qui, sous prétexte qu’ils ont été désignés à une large majorité, s’estiment en droit d’imposer leur point de vue et de décider seuls de la manière de disposer des biens publics qu’ils gèrent provisoirement au nom de la collectivité. Y aurait-il donc un tel risque politique à laisser quelques citoyens écrire librement ce qu’ils ont pensé du dernier roman de David Foenkinos ?…

L.V. PetitLutinVert

Les abeilles : une nouvelle conférence du CPC

19 mars 2015

Une nouvelle conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien aura lieu à Carnoux-en-Provence, lundi 20 avril 2014, à 18h30 en salle Tony Garnier. Ce sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement des abeilles et le rôle capital qu’elles jouent pour nous aider à préserver la production et la variété de notre agriculture, sur une planète en pleine transformation.

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Qui sont les abeilles ? Comment vivent-elles ? Pourquoi parle-t-on si souvent des abeilles dans les médias ? Que mangerions nous si elles n’étaient pas là ? Pourquoi sont elles si importantes pour nous, pour notre avenir et celui de l’agriculture ? Autant de questions que chacun se pose et dont les réponses vous surprendront…

abeille_fleur_chardon-redCette conférence sera animée par Claude Gadbin-Henry, maître de conférence et spécialiste de ces insectes à l’université d’Aix-Marseille. Elle nous fera découvrir le mode de vie des abeilles, leur organisation sociale et leur comportement, qui sont les garants de la variété des plantes sauvages et cultivées. Elle nous expliquera le rôle de la « reine » et de la gelée royale, mais aussi comment elles arrivent à se repérer sans GPS, comment elles ont inventé bien avant nous les économies d’énergie et une certaine forme de démocratie.

Rendez-vous donc à Carnoux lundi 20 avril à 18h30 pour en apprendre davantage sur les abeilles, ces précieux auxiliaires de notre agriculture, dont nous oublions parfois la grande vulnérabilité…

Le tour du Monde en 114 jours : 17ème escale

18 mars 2015

La croisière autour du Monde de nos deux globe-trotters se poursuit : après Sydney, sur la côté orientale de l’Australie, voici maintenant Melbourne, sur la côte sud.

Mercredi 18 mars, Melbourne

Melbourne, qui porte le nom d’un premier ministre de la reine Victoria, est une grosse ville de 4 300 000 habitants, située à l’embouchure du fleuve Yarra où se trouve le grand port de commerce. C’est une agglomération assez verte, parsemée de nombreux parcs avec de très beaux arbres, mais sans beaucoup de grâce surtout quand on y arrive après la magie de Sydney !

Sur les rives du fleuve Yarra

Sur les rives du fleuve Yarra

Nous y avons fait une balade sur le fleuve, un tour de ville et une visite éclair au grand musée. On y trouve des pirogues polynésiennes, une mini forêt pour découvrir les diverses espèces d’eucalyptus ou de fougères arborescentes, des peintures naïves, des souvenirs de Phar Lan un cheval exceptionnel qui, dans les années 30, a eu une carrière courte mais riche en succès de toutes sortes. Un grand et beau musée que nous n’avons pu que survoler, comme trop souvent dans ces excursions organisées !

Les armes de l'Australie

Les armes de l’Australie

A 17 heures nous reprenons notre circumnavigation de l’Australie, vers Perth sur la côte ouest, que nous atteindrons dimanche matin. Nous sommes dans la queue du cyclone Pam qui vient de dévaster le Vanuatou, ce qui nous donne des ciels plombés et des températures plutôt fraîches.

Annie Monville

PS : nous aimerions bien des questions sur cette world cruise afin de satisfaire la curiosité de ceux qui nous lisent…

Le tour du Monde en 114 jours : 16ème escale

16 mars 2015

Après la Nouvelle-Zélande, nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde sont arrivés en Australie

Lundi 16 mars, Sydney

Sydney est une ville que mon mari et moi adorons. On ne peut pas, je pense, rester indifférent devant cette baie magnifique, devant ces immeubles ultra modernes qui se dressent sur fond de ciel bleu, tous différents mais dégageant une harmonie dont on ne se lasse pas. C’est à Sydney que l’on sent que l’Australie est un pays jeune et, comme tout être jeune, plein de fougue et d’allant !

Blog169_PhSydneyOpera

Nous venons d’y passer trois jours pleins, denses, entre Circular quay, Darling harbour, le Royal botanic garden, ses ibis à tête noire et ses roussettes suspendues tête en bas, au sommet des arbres centenaires. L’opéra bien entendu et son architecture novatrice en forme d’éventails a moitié ouverts, œuvre d’un architecte danois et qui a su, en quelques décennies, devenir l’emblème même de la cité.

Blog169_PhSydneyPort

Notre bateau, amarré juste en face du centre ville, nous a permis de longues contemplations du ballet des bateaux dans le port, petits et grands voiliers, bateaux-bus verts et jaunes qui joignent les différents quartiers de la ville, tels des vaporetti vénitiens, et que nous empruntons sans mesure durant ces trois journées. Il me semble qu’ici on peut peut-être se passer de voiture car les transports publics sont très performants, mais on ne saurait se passer de bateau, pour le loisir, la pêche ou la baignade…Blog169_PhSydneyVoilier

Évoquons enfin cette soirée à l’opéra ou la musique française se taille la part du lion avec de larges extraits de Carmen, et les pêcheurs de perles ou encore Lakme, mais où nous avons pu entendre aussi la Bohème de Puccini interprétée magistralement par de jeunes chanteurs australiens. Une acoustique sans faille, un entracte pour siroter une flûte de Champagne sur la terrasse face à la baie et enfin, le retour vers le bateau dans les chaloupes du Costa.

Le soleil descend vers l’ouest. Dans quelques minutes nous quitterons ce séjour enchanteur pour, après une journée de mer, rejoindre Melbourne sur la côte sud de l’Australie.

Annie Monville

A Saillans, la démocratie revitalisée !

15 mars 2015

En cette période électorale, à quelques jours des prochaines élections départementales qui ne provoquent que dégoût et désintérêt de la part de nombreux électeurs, et qui promettent un taux d’abstention record, les raisons de se réconcilier avec la vie politique sont rares. Ce qui s’est passé lors des dernières élections municipales dans la commune de Saillans, gros village de 1200 habitants située dans la Drôme, au sud du Vercors, entre Crest et Die, fait partie de ces belles aventures qui méritent d’être contées.

Vue de Saillans (photo F. Morin)

Vue de Saillans (photo F. Morin)

L’affaire a été déjà largement rapportée par les médias qui ont suivi l’aventure, de Rue 89 à La Croix en passant par Le Monde, mais tout a commencé par un projet de supérette. Le maire d’alors, François Pégon, élu MoDem depuis 2008 et également conseiller général du canton après avoir été maire pendant deux mandats dans une commune voisine, a tout du notable local assis sur ses certitudes et qui n’a pas l’habitude de demander l’avis de ses concitoyens entre deux échéances électorales.

Lorsqu’il a décidé en 2010 d’implanter un supermarché à l’entrée du village, accessible uniquement en voiture, certains ont commencer à se rebeller. Des habitants se sont réunis pour discuter du projet. Un collectif est créé, les réunions se multiplient, tout le village se mobilise pour s’opposer à ce projet qui porterait un coup fatal aux commerces du centre, et le projet est finalement abandonné. Mais la mobilisation se poursuit car certains ont pris goût à cette mobilisation collective en faveur de l’avenir de la commune. Des groupes de réflexion se constituent et chacun se prend à rêver sur la manière dont il voudrait voir la commune évoluer. Tout y passe, depuis la gestion des crottes de chiens jusqu’à celle des rythmes scolaires et les idées fusent.

Une réunion du groupe action-projet « Protection de la rivière Drôme » (photo B. Brillard)

Une réunion du groupe action-projet « Protection de la rivière Drôme » (photo B. Brillard)

Arrivent les échéances des municipales de mars 2014. La tentation est grande de valoriser toute cette réflexion collective pour la mettre en œuvre concrètement. L’idée de monter une liste collégiale et participative se fait jour peu à peu. Le groupe n’a aucune étiquette politique et n’aura même pendant longtemps pas de tête de liste mais la mobilisation est énorme et les réunions rassemblent jusqu’à 250 personnes pour discuter des projets qui fourmillent. Le 23 mars 2014, la liste collégiale arrive très largement en tête et est élue dès le premier tour avec 56,8 % des voix. Le maire sortant ne conserve que trois représentants dans le nouveau conseil municipal.

Et depuis, tout a changé à Seillans ! Chacun s’implique désormais dans la vie publique du village contrairement à ce qui se passait avant où les décisions étaient prises dans un cercle très fermé, sans la moindre consultation de la population, ce qui entraînait une désaffection totale pour la vie politique locale et un comportement purement consumériste voire clientéliste de beaucoup, un peu comme à Carnoux…

Conformément à la charte qui avait été élaborée lors de la campagne, des commissions participatives ont été créées et des groupes d’action-projet se sont mis en place qui alimentent la réflexion et facilitent la prise de décision par les élus, lesquels travaillent en binôme après s’être réparti les compétences… et les indemnités car il n’y a pas de hiérarchie et chacun a à cœur de s’impliquer réellement dans la vie communale. Depuis le 23 mars, « tous les habitants sont un peu maire », explique Sabine Girard, jeune mère de famille de trois enfants, désormais chargée de l’environnement : « il suffit de faire un peu confiance aux gens et d’excellentes idées émergent ! ».

Schéma du fonctionnement collégial et participatif de la commune de Saillans

Schéma du fonctionnement collégial et participatif de la commune de Saillans

L’avenir dira sans doute jusqu’où pourra conduire cette belle expérience. Elle a du moins le mérite de prouver concrètement à quel point la population est capable de se mobiliser pour la chose publique lorsqu’on lui en donne la possibilité. Elle confirme en tout cas que l’abstention aux élections et la méfiance envers les élus politiques ne sont pas forcément une fatalité, pourvu que l’on accepte de modifier la manière de gérer les collectivités. A l’heure où les citoyens sont de mieux en mieux formés et informés, il est logique que la démocratie participative se développe enfin. Reste quand même à convaincre nos élus locaux de cette évolution…

L. V.  PetitLutinVert

Le tour du Monde en 114 jours : 15ème escale

13 mars 2015

Des nouvelles de nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde qui, après la Polynésie sont désormais à Auckland, en Nouvelle-Zélande

Mardi 10 mars, Auckland

Après tant d’îles paradisiaques, c’est drôle de se retrouver dans un pays moderne avec circulation automobile, bus, avions et odeurs d’essence !

Une architecture ultra moderne avec des bâtiments du XIXe siècle : un mélange surprenant mais non dénué de charme

Une architecture ultra moderne avec des bâtiments du XIXe siècle : un mélange surprenant mais non dénué de charme

Auckland est la plus grande ville (1 500 000 habitants) mais n’est pas la capitale du pays. C’est Wellington, au sud de l’île du Nord, qui joue ce rôle. Auckland est une ville qui a été troisième dans le classement des villes les plus agréables à vivre au monde, derrière Vienne et Zurich (Paris est 28ème…). Très aérée, avec beaucoup de parcs et jardins, des collines volcaniques, une baie et des plages de sable, très peu d’immeubles mais de jolies villas avec jardins, voici Auckland !

Encore une preuve de l'influence britannique ici : ce menu pourrait être celui d'un pub londonien...

Encore une preuve de l’influence britannique ici : ce menu pourrait être celui d’un pub londonien…

Nous y flânons dans Queen street, faisons une excursion au Domaine, un grand parc avec un superbe musée sur les arts maoris et des serres contenant des plantes provenant des cinq continents. En cette belle journée d’automne, un arrêt sur la belle plage de Devenport nous fait découvrir des petits restaurants, des bouquinistes, des terrasses animées.

Angela, notre guide, est parisienne mais elle vit ici depuis dix ans. Elle nous annonce que dans quelques mois le pays votera pour, peut-être, changer le drapeau qui ne comporterait plus l’Union Jack dans le coin supérieur gauche comme c’est le cas depuis toujours… C’est peut-être anecdotique mais j’y vois une mini révolution dans ce pays qui reste très attaché à l’Angleterre et à la famille royale ! De nombreux monuments aux morts rappellent que les néo zélandais ont participé aux deux guerres mondiales au cours desquelles Britanniques et Maoris ont laissé de nombreux morts…

Le port d'Auckland

Le port d’Auckland

Les Maoris : je ne vous en ai pas encore parlé. Ils représentent un peu plus de 10 % de la population. On en voit peu dans le centre de la ville sinon dans des emplois subalternes de serveurs, chauffeurs… On nous dit que tout va bien entre les deux communautés mais on apprend, incidemment, que des activistes ont arraché un arbre commémoratif en  l’an 2000… L’autre communauté importante, ce sont les Asiatiques qui constituent plus de 15 % de la population. Ils tiennent des restaurants ou travaillent dans des bureaux le plus souvent.

Annie Monville

Mathématiques électorales : abstentionnistes, attention !

11 mars 2015

Blog168_PhUrne

Les élections départementale se profilent dans un horizon très proche, avec un premier tour le 22 mars. En dépit du contexte national peu réjouissant et de chicaneries locales peu encourageantes, un petit calcul élémentaire nous invite à nous méfier de la tentation de l’abstention…

Alors, même si cela chagrine le citoyen convaincu qui souhaiterait d’autres procédures pour faire vivre une démocratie plus convaincante, n’oublions-pas d’aller voter les 22 et 29 mars…

Comment faire gagner le Font National, ou l’influence de l’abstention sur les résultats en pourcentage…

Prenons l’exemple d’un bureau de vote de 2.000 électeurs : sur 2.000 électeurs, 1.000 s’abstiennent ou votent blanc et 1.000 s’expriment. Sur la base des résultats des dernières élections européennes du 25 mai 2014, la répartition nationale des suffrages exprimés serait alors la suivante :

Gauche social-démocrate : 14 % 140 suffrages

Ecologistes EELV 6 % 60 suffrages

Front de gauche : 4 % 40 suffrages

Nouvelle donne : 3 % 30 suffrages

Total gauche : 27 % 270 suffrages 27 %

Droite UMP : 20 % 200 suffrages

Ecologistes de droite : 3 % 30 suffrages

Total droite : 23 % 230 suffrages 23 %

Centre : 7 % 70 suffrages 7 %

Divers : 18 % 180 suffrages 18 %

Front national : 25 % 250 suffrages 25 %

Les électeurs du Front national, dégoûtés de l’action des politiques, veulent envoyer un message de rejet global de la classe politique. On peut donc supposer que ce sont les plus motivés et donc ceux qui votent le plus. Le Front national fait, à peu de votants près, le plein de ses suffrages. Pour définir le mandat donné par le peuple, ce qui compte, ce n’est pas le taux de participation, mais le pourcentage des suffrages exprimés. Dans ces pourcentages, puisque ce sont surtout les électeurs des partis de gouvernement qui s’abstiennent, le Front national est sur-représenté par rapport à son poids réel dans l’opinion.

Blog168_DessinDeligne

Cela est-il impossible à changer ? Non.

Si la participation augmente : si 100 électeurs de gauche supplémentaires (5 % des 2.000 inscrits) se décident à voter, le nombre de suffrages exprimés est alors de 1.100, parmi lesquels 370 se prononcent pour la gauche. Le pourcentage de gauche passe à 370/1100 soit 33,6 %. Le Front national, avec le même nombre de suffrages, n’obtient plus que 250/1100 soit 22,7 %.

De même, si 100 électeurs de droite supplémentaires (5 % des inscrits) se décident à voter, la participation à droite est de 330 au lieu de 230. Le pourcentage de droite passe alors à 30 %. Le Front national, avec le même nombre de suffrages, n’obtient que 22,7 %.

Si 200 électeurs supplémentaires, 100 de gauche et 100 de droite, décident de voter, le pourcentage de gauche passe à 30,8 % et celui de la droite à 27,5 %. Le Front national descend à 20,8 %. Il est largement distancé, et perd le titre de premier parti de France, expression qui ne signifie rien dans un pays où les élections majeures sont toutes au scrutin majoritaires à deux tours, donc, où, pour gagner, il faut une coalition. Rappelons d’ailleurs après d’autres que le pic de suffrages obtenu jusqu’à présent à une élection nationale par le Front National n’est jamais que de 6,4 millions de voix (obtenues par Marine le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, soit nettement davantage que son père qui avait été qualifié pour le second tour en 2002 avec 5,5 millions de voix), ce qui est à rapporter aux 46 millions de citoyens français inscrits sur les listes électorales…

Blog168_DessinAbstention

Si la participation diminue : si 100 électeurs de gauche supplémentaires (5 % des inscrits) s’abstiennent, l’inverse se produit : le pourcentage de gauche passe à 170/1100 soit 18,8 %, et celui du Front national à 27,7 %. De même, si 100 électeurs de droite supplémentaires (5 % des inscrits) s’abstiennent, le pourcentage de droite passe à 11,8 %, et celui du Front national passe à 27,7 %.

Si 200 électeurs supplémentaires (10 % des inscrits), 100 de gauche et 100 de droite, décident de ne pas voter, la gauche passe à 21,25 % et la droite à 16,25 %. Le Front national pèse alors 31,25 %, c’est-à-dire 83,3% de l’ensemble gauche-droite. Il est en position hégémonique.

Blog168_PhSloganEn cas d’une augmentation de participation, en même temps, du Front national de 5 % :

Avec 1 250 votants, l’ordre d’arrivée est, encore inversé.

Gauche : 370 voix, soit 29,6 %

Droite : 330 voix, soit 26,4 %

Front national : 300 voix, soit 24 %.

Conclusion : s’abstenir, c’est faire progresser le Front national. Un nombre relativement peu important, en plus ou en plus, change l’orientation de l’élection. Motiver des électeurs à aller voter, c’est faire reculer (en pourcentage des suffrages exprimés, la seule chose qui compte réellement) le Front national.

Jeandenim

Sécurité routière : aux grands maux, les grands mots…

9 mars 2015
Photo Darius F. - Le Bien Public

Photo Darius F. – Le Bien Public

A Bretenière, petit village de 781 habitants situé en Côte d’Or, à une quinzaine de kilomètres au sud de Dijon, le maire en avait assez de voir ses administrés traverser à toute vitesse le bourg qui s’étend de part et d’autre d’une belle ligne droite. La vitesse est pourtant limitée à 30 km/h devant l’école, mais la tentation était trop grande d’appuyer un peu sur le champignon. Tout a été essayé pour tenter de limiter la vitesse des automobilistes : ralentisseurs, mini ronds-points, priorités à droite… Mais peine perdue !

Du coup, le nouveau maire élu en 2014, Hervé Bruyère, a convaincu le conseil municipal de faire apposer le long de la route un panneau au contenu pour le moins décalé : « Il reste encore des enfants à écraser : vous pouvez accélérer »… Posé en octobre 2014, le panneau pousse-au-crime, à prendre au second degré bien évidemment, fait jaser depuis que l’information a été diffusée dans le journal local Le Bien Public.

Le panneau de Bretenière - photo Le Bien Public

Le panneau de Bretenière – photo Le Bien Public

C’est d’ailleurs bien l’objectif du maire qui peut donc se réjouir d’avoir parfaitement atteint sa cible même s’il doit bien reconnaître que la plupart des automobilistes n’ont pas vraiment levé le pied pour autant… « On a cherché un slogan choc » reconnaît-il, estimant que ce panneau avait malgré tout permis de faire prendre conscience du risque à certains de ses administrés, davantage en tout cas que la signalétique classique « Attention à nos enfants » qui trônait depuis des années devant l’école et à laquelle plus personne ne prêtait plus la moindre attention…

Certes, le message est sans doute un peu excessif, d’autant qu’il n’y a jamais eu d’accident mortel dans la grande rue de Bretenière, mais en la matière la prévention est toujours préférable et on ne peut que saluer l’esprit d’à-propos de cet élu et son sens de la communication… On pourrait peut-être s’en inspirer à Carnoux en apposant par exemple devant les passages piétons du centre-ville le message suivant à l’attention des automobilistes locaux, toujours un peu joueurs : « Attendez qu’un piéton s’engage sur la chaussée avant d’accélérer, c’est beaucoup plus drôle »…

L.V. PetitLutinVert

Le tour du Monde en 114 jours : 14ème escale

8 mars 2015

Nos deux globe-trotters en croisière nous écrivent de Polynésie après une halte dans les îles Tonga

Samedi 8 mars, les îles Tonga

Les Tonga ce sont des îles perdues en plein Pacifique : 140 îles réparties en 3 groupes de 40 à 50. Elles sont très plates et le moindre réchauffement climatique les mettra à mal, c’est sûr !

Le palais royal

Le palais royal

Colonies britanniques jusqu’en 1977, elles sont maintenant indépendantes sous la tutelle d’un roi et pourvues d’une constitution. Le nouveau roi est monté sur le trône en 2012 ; il se nomme  Tupou 6.

On y pratique un peu d’élevage (poulets, vaches), de l’agriculture vivrière (manioc, taro, bananes, un peu de canne à sucre, noix de coco)… On y trouve une capitale de 17 000 habitants, Nukualofa, et aussi une baie de Cook (mais où ce diable d’homme n’est-il pas allé dans ces mers ?) et également une porte ancienne, leur Stonehenge en somme…

Une porte monumentale qui remonterait au 12e siècle de notre ère

Une porte monumentale qui remonterait au 12e siècle de notre ère

Le petit commerce ne perd pas ses droits, même par une chaleur terrible !

Le petit commerce ne perd pas ses droits, même par une chaleur terrible !

Après une excursion assez décevante (chaleur terrible dans un bus scolaire non climatisé), nous découvrons une plage paradisiaque avec des « baignoires » naturelles peuplées de petits poissons bleu fluo ; un bon bain puis un pique nique à l’ombre nous redonnent quelque tonus.

Aujourd’hui nous sommes en plein océan, en route vers Auckland ou nous arriverons le 10 mars, pour un séjour de 2 jours.

Annie Monville

Les riches toujours plus riches et de moins en moins solidaires…

5 mars 2015

« Les richesses dans le monde se concentrent de plus en plus aux mains d’une petite élite fortunée ». Tel est le constat amer que dressait l’association Oxfam dans son rapport annuel publié en janvier 2015 et largement commenté dans la presse. Les chiffres sur lesquels s’appuient Oxfam sont ceux du Crédit Suisse et ils montrent que depuis 2008, la concentration des richesses s’est encore accrue puisque désormais 1 % de la population la plus riche détient plus de 48 % des richesses planétaires alors que cette proportion était descendue à 44 % au plus fort de la crise financière.

Dessin de Tignous paru dans Marianne n° 920 (décembre 2014)

Dessin de Tignous paru dans Marianne n° 920 (décembre 2014)

EBlog150_PhColuchencore un petit effort et les 1 % les plus riches disposeront bientôt de plus de biens que les 99 % restants ! Comme le disait le regretté Coluche, « Il parait que la crise ça rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Moi je vois pas en quoi c’est une crise, ça a toujours été comme ça »…

A ce jour, 80 % de la population mondiale se partage à peine plus de 5 % des richesses existantes. Quant aux plus riches, ils sont de plus en plus riches, même si l’ordre de classement des plus grosses fortunes subit quelques changements d’une année sur l’autre. Selon Forbes, le patrimoine des 80 personnes les plus riches de la planète a quasiment doublé entre 2009 et 2014, tandis que celui des 50 % les plus pauvres au contraire diminuait, pour arriver sensiblement à la même valeur ! Autrement dit, 3,5 milliards d’individus disposent à ce jour pour vivre des mêmes ressources que les 80 individus les plus riches… En 2010, il fallait ajouter la fortune de 388 milliardaires pour atteindre l’équivalent des richesses que se partageait le reste de l’humanité. Jamais sans doute la répartition mondiale des richesses n’a été aussi inégalitaire.

Blog150_DessinCriseLe rapport Oxfam pointe aussi du doigt le fait qu’une part importante des milliardaires recensés en 2014 doit sa fortune à des activités liées à la finance et à l’assurance : voilà donc les secteurs porteurs pour qui veut s’enrichir ! Mais l’industrie pharmaceutique et la santé sont aussi des domaines d’activité juteux pour bon nombre de ces nouveaux Crésus qui ont vu leur fortune s’accroitre considérablement ces dernières années (+ 47 % durant la seule année 2013 selon Forbes).

Et comme par hasard, il se trouve que ce sont précisément ces secteurs de la finance et de l’industrie pharmaceutique qui sont en tête pour les dépenses effectuées en matière de lobbying et de financement des campagnes électorales, en particulier aux États-Unis, mais aussi en Europe où les groupes de pression issus du secteur de la finance dépensent chaque année quelque 150 millions de dollars à destination des institutions de l’Union européenne. Une heureuse coïncidence sans doute qui fait que les activités les plus lucratives sont aussi les plus actives pour influer sur les décisions de nos responsables politiques, en faveur de l’intérêt général cela va sans dire.

Blog150_DessinHSBC

En réalité, pas tout à fait… Force est de le reconnaître, cette coûteuse activité de lobbying n’est pas totalement désintéressée et a pour principal objectif de fournir aux multinationales et à leurs dirigeants un cadre législatif et fiscal le plus favorable possible pour leur permettre de s’enrichir toujours davantage. Comme le scandale récent de la filiale suisse de la banque HSBC vient encore de le confirmer, la préoccupation principale des plus riches est de soustraire leur fortune à l’effort commun de solidarité et ils trouvent dans cette activité de fraude fiscale une grande sollicitude de la part des plus grandes banques mais aussi une grande mansuétude de la part des États et de leur administration fiscale, voire de la Justice lorsqu’ils sont pris la main dans le sac…

Blog150_DessinSwissleaksLes États perdraient ainsi plus de 3000 milliards de dollars chaque année du fait de la fraude fiscale massive des plus riches et des entreprises, largement de quoi éradiquer totalement la pauvreté dans le monde ! Les plus riches sont souvent à l’origine de crises financières dévastatrices, via la spéculation sauvage, et sont renfloués par l’argent des contribuables. Il est peut-être temps de sortir enfin de cette spirale infernale et d’œuvrer pour un peu plus d’équité. Des pétitions circulent sur le net pour exiger des poursuites judiciaires plus sévères contre cette évasion fiscale pratiquée à grande échelle. Ce ne sera probablement pas suffisant pour faire évoluer les choses mais l’opinion publique a certainement un rôle à jouer pour réclamer des règles un peu plus équitables et une société plus solidaire, en attendant un éventuel Grand Soir !

L. V.  PetitLutinVert

Le tour du Monde en 114 jours : 13ème escale

4 mars 2015

Le tour du Monde austral de nos deux globe-trotters se poursuit, avec une nouvelle escale en Polynésie

Lundi 2 mars, Bora Bora

Bora Bora (pour être branché, dîtes plutôt Bora) est un atoll en plein Pacifique, de 30 km de circonférence, qui abrite 20 000 habitants et parmi les plus beaux palaces du monde : Saint-Régis, four Seasons, Intercontinental, Sofitel, Mercure… Tous ont les fameux bungalows sur pilotis avec escalier pour descendre dans l’eau. La nuit dans les plus chères de ces petites merveilles pour nantis coûte entre 2500 et 5000 euros…

Un hôtel à Bora Bora

Un hôtel à Bora Bora

Nous avons fait à Bora la plus belle excursion du voyage, une balade de quatre heures dans le lagon et aussi en dehors de la passe, pour observer et nager parmi les poissons les plus colorés du monde : poisson chirurgien, poisson aiguille, poisson lune, poisson clowns… Nous avons vu un jardin de corail où des bénitiers ouvraient grand leur coquille dentelée et colorée en bleu nuit ou violet.

Balade dans le lagon à Bora Bora

Ballade dans le lagon à Bora Bora

Nous avons nagé au milieu de raies énormes qui vous frôlent de leur peau soyeuse et parfois aussi vous cinglent d’un coup de queue ! Enfin nous nous sommes mêlés aux requins : requin de récif, effilé et jaune avec une nageoire dorsale à la pointe noire, et requin citron, plus gros, plus massif et, bizarrement, compte tenu de son nom, de couleur uniforme gris perle.

Petit en-cas sur le bateau

Petit en-cas sur le bateau

Et les couleurs de l’eau ! Suivant la profondeur et la nature des fonds, elles vont du turquoise le plus pâle à l’outre-mer le plus profond. C’est presque irréel !

Cette journée à Bora fut un grand moment dont nous garderons longtemps le souvenir. En route maintenant vers les Tonga !

Annie Monville

Le tour du Monde en 114 jours : 12ème escale

3 mars 2015

Des nouvelles de nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde qui, après le Chili, se trouvent désormais en Polynésie

Jeudi 26 février, Pitcairn

A mi-chemin entre l’île de Pâques et Tahiti, il y a une île massive, volcanique, au sol rouge, boisée… Ce n’est rien d’autre que l’île où se réfugièrent les marins du « Bounty » en 1790 après avoir abandonné leur capitaine Bligh dans une chaloupe avec laquelle il réussira miraculeusement à joindre Timor puis l’Angleterre. Leurs têtes mises à prix, les marins mutins, quelques Polynésiens et une dizaine de Tahitiennes se réfugièrent sur cet îlot perdu dont la position exacte n’avait jamais été répertoriée sur les cartes. A ce jour, l’île fait toujours partie du Commonwealth. Elle abrite une soixantaine de sujets de sa gracieuse majesté, descendants directs des marins du Bounty !

L'île de Pitcairn

L’île de Pitcairn

Une chaloupe aborde notre navire

Une chaloupe aborde notre navire

Ce matin donc, vers 7 heures, nous avons aperçu l’île plein ouest et le capitaine nous a fait une surprise : il a mouillé en face et a autorisé une délégation d’îliens à monter à bord. Le commerce ne perdant jamais ses droits, une quinzaine d’entre eux ont installé des stands autour de la piscine et nous ont proposé timbres de collection, tee shirts (venant du Honduras ou du Vietnam), bois sculpté dont la fabrication sur l’île me paraît plus que douteuse…? Une fièvre acheteuse s’est alors emparée du bateau !

Un digne descendant des mutinés du Bounty

Un digne descendant des mutinés du Bounty

Après cet intermède, nous sommes maintenant revenus à notre routine croisiériste et filons vers Tahiti que nous atteindrons vendredi matin.

Samedi 28 février, Tahiti

Depuis hier, nous voici à Tahiti ! C’est la saison des pluies et il fait chaud et très humide. La ville de Papeete (mot qui signifie « la corbeille d’eau » en Tahitien) est assez charmante mais avec une circulation automobile incessante et des embouteillages à chaque carrefour.

La cathédrale de Papeete

La cathédrale de Papeete

Nous y passons deux jours dont un en voiture de location pour un tour complet de l’île : 110 km de routes excellentes, toujours au bord de mer, dans une végétation luxuriante où alternent arbres à pain, manguiers, palmiers, bananiers, raisins de mer… et des fleurs ! Une débauche de couleurs dont on ne peut se lasser.

Nous goûtons au poisson cru au lait de coco (un délice !) au Mahi Mahi (la daurade coryphène), au barbecue local, à la cuisine chinoise…

Une plage de Tahiti

Une plage de Tahiti

Un bain merveilleux sur une plage quasi déserte, des cascades, des points de vue sur l’île voisine de Moorea que nous atteindrons demain… Bref, l’île nous laisse un très joli souvenir malgré la fréquence des averses qui vous douchent en quelques minutes. Nous sommes en saison humide et on nous apprend que la meilleure saison ici ce sont les mois de juillet à septembre. A retenir !

Dimanche 1er mars, Moorea

Après Tahiti assez urbanisé et moderne, le bateau a parcouru a peine 15 km pour arriver à l’île « sœur » Moorea. Des falaises verticales couvertes d’une végétation tropicale et quasiment sans maisons visibles, c’est ainsi que l’île nous est apparue à travers le hublot de notre cabine, au petit matin.

La baie de Cook sur l'île de Moorea

La baie de Cook sur l’île de Moorea

Une grande balade dans l’intérieur nous a ensuite fait découvrir le charme de cette petite île aux routes sinueuses grimpant jusqu’à des points de vue époustouflants, cernés par des pics rocheux aigus. Peu ou pas de circulation (il est vrai que nous sommes dimanche), peu ou pas de bars ou de restaurants… La politique, très visiblement, est de laisser à l’île son aspect naturel, sauvage sans trop d’infrastructures touristiques.

Plage à Pao Pao

Plage à Pao Pao

Nous avons, on s’en doute, été d’emblée séduits ! Par contre, les plages sont un peu décevantes avec quelques centimètres d’eau à peine, même en marchant loin vers le large. C’est un lagon et les eaux profondes sont très loin de la côte.

Plage à Moorea

Plage à Moorea

Demain lundi nous serons à Bora Bora, encore une escale très attendue. Ensuite nous filerons vers les Tonga. Une information rigolote à présent : le 6 mars sera rayé du calendrier du bateau car nous passerons ce jour là la ligne de changement de date ! En ce moment nous sommes à moins 11 heures par rapport à l’heure de France.

Annie Monville

Sur le pont d’Avignon… en 3D

1 mars 2015
Dessin du pont Saint Bénézet par le père Martelange (17ème siècle)

Dessin du pont Saint Bénézet par le père Martelange (17ème siècle)

Depuis tout petit, nous savons que « sur le pont d’Avignon, on y danse tous en rond ». En réalité, on y dansait plutôt dessous, dans les nombreuses guinguettes qui ont fleuri au XIXe siècle sur l’île de la Barthelasse sur laquelle prend appui le fameux pont, et il est même très probable que la célèbre chanson fasse plutôt allusion au pont construit en bois un peu plus loin en 1811, à l’emplacement de l’actuel pont Édouard Daladier… Toujours est-il qu’on en sait désormais beaucoup plus sur ce fameux pont Saint-Bénézet, dont les travaux ont commencé en 1177, probablement à l’emplacement d’un ancien pont romain ruiné. Selon la légende, l’initiative en revient à un certain Petit-Benoît dit Bénézet, simple berger du Vivarais, qui sut, semble t-il, convaincre les notables de la cité de récolter les fonds nécessaire à la construction d’un ouvrage aussi monumental.

A l’époque, le Rhône marque la frontière entre le royaume de France, l’empire germanique et le comtat venaissin, propriété des papes. Construit initialement en bois et achevé dès 1185, le pont est détruite lors du siège de la ville par Louis VIII en 1226, mais il sera reconstruit, en maçonnerie cette fois, dès 1234. L’ouvrage, de style roman, est alors le seul pont en pierres au dessus du Rhône entre Lyon et la mer ! Il mesure pas moins de 920 m de long et comporte 22 arches, traversant les deux bras du Rhône pour relier le Palais des Papes à la tour Philippe Le Bel, située dans la bourgade de Saint-André, rebaptisée rapidement Villeneuve. Point de passage obligé pour de nombreux marchands et voyageurs, il sera une source de profit important pour la ville d’Avignon grâce au péage perçu…

Extrait du plan aux personnages (16ème siècle - bibliothèque municipale d'Avignon)

Extrait du plan aux personnages (16ème siècle – bibliothèque municipale d’Avignon)

Fréquemment endommagé par les crues du Rhône, le pont fait l’objet de plusieurs réparations dont une importante suite à la crue de 1479 qui emporte deux arches. En 1603, une nouvelle arche s’effondre, suivie de deux autres en 1605, remplacées par de simples passerelles en bois. En 1628, les arches sont reconstruites mais deux d’entre elles sont emportées dès 1633. C’est l’époque du petit âge glaciaire et les crues du Rhône sont particulièrement violentes. En 1669, le pont est tellement endommagé que la décision est prise de déplacer les reliques de Saint Bénézet de la chapelle Saint Nicolas vers l’église des Célestins, et de laisser le pont ruiné sensiblement dans son état actuel, avec seulement 4 arches résiduelles. Le pont fait l’objet de travaux de restauration à partir de 1825 mais ne sera jamais reconstruit.

Blog136_PhPontAvignon

C’est en 2010 qu’a été lancé sur cet ouvrage emblématique un vaste projet de recherches scientifiques qui a mobilisé pendant 4 ans une quinzaine de chercheurs issus de quatre laboratoires rattachés respectivement au CNRS (Modèle et simulation pour l’architecture, l’urbanisme et le paysage), à l’Université Aix-Marseille (Laboratoire d’archéologie médiévale moderne en Méditerranée et Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement) et à l’université d’Avignon (Centre inter-universitaire d’histoire et d’archéologie médiévale). Soutenu financièrement par de nombreux partenaires dont le Grand Avignon et les villes d’Avignon et de Villeneuve-lez-Avignon, ainsi que par l’Agence nationale de la recherche, la Région PACA, la Compagnie nationale du Rhône et l’Union européenne, ce projet particulièrement ambitieux a permis de réaliser plusieurs forages carottés qui ont permis de mieux comprendre l’évolution du lit du Rhône et la manière dont l’ouvrage avait été conçu.

Reconstitution du pont en 3D (Source CNRS)

Reconstitution du pont en 3D (Source CNRS)

Au total, plus de 6 milliards de prises de vues ont été réalisées, ce qui a permis de réaliser une reconstitution complète de l’ouvrage en 3 dimensions qui restitue dans leur état initial les 18 arches désormais disparues ainsi que les ouvrages de défense annexes du pont, mais qui permet aussi de faire revivre un paysage fluvial qui a subi des évolutions morphologiques majeures depuis le Moyen-Age.

La tour Philippe le Bel avec son pont édifié en 1293 et que le roi Soleil traversa en 1660 (Source CNRS)

La tour Philippe le Bel avec son pont édifié en 1293 et que le roi Soleil traversa en 1660 (Source CNRS)

Reste maintenant à capitaliser ce travail scientifique remarquable pour favoriser le développement touristique du site. Une maquette 3D du site va être construite et installée dans un centre d’interprétation tandis que des installations de réalité augmentée seront mises en place sur des points hauts, en particulier sur la terrasse de la tour Philippe Le Bel et au Fort Saint-André en rive droite, mais aussi du côté d’Avignon en rive gauche. En 2013, 380 000 visiteurs sont venu découvrir le pont d’Avignon et ils seront très certainement encore bien plus nombreux dans les années futures pour essayer de s’imaginer à quoi ressemblait cet ouvrage d’art exceptionnel au temps de sa splendeur passée. Un beau projet en tout cas, qui a eu les honneurs des médias (FR3 et Midi Libre notamment) et qui montre à quel point la recherche scientifique peut aider à valoriser un patrimoine culturel emblématique de notre territoire !

L. V.  PetitLutinVert