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A Ollioules, la future maison du patrimoine

19 septembre 2019

Comme chaque année, les Français se presseront sans doute nombreux cette semaine à partir du 20 septembre 2019 pour les Journées européennes du Patrimoine, qui permettent à tout un chacun de découvrir certaines merveilles de notre patrimoine architectural ou industriel parfois méconnues. Le Var ne fait pas exception à la règle puisque de très nombreux sites y sont ouverts.

Dans les gorges d’Ollioules, carte postale ancienne (source © Archives départementales du Var)

Ce n’est cependant pas le cas d’Ollioules, petite ville située à quelques kilomètres de Toulon, au débouché des gorges de la Reppe que Victor Hugo, qui les visita en 1839, décrivit en ces termes : « On est dans les entrailles d’une montagne, ouvertes comme d’un coup de hache, et brûlées d’un soleil de plomb. À mesure qu’on avance, toute végétation disparaît. Des bouches des cavernes, la plupart inaccessibles, sont béantes à toutes les hauteurs et de tous les côtés ».

Façade de la Maison du Patrimoine à Ollioules, en cours de restauration

Pourtant la ville d’Ollioules recèle quelques vestiges historiques dignes d’intérêt, dont la fameuse Maison des têtes, désormais reconvertie en « Maison du Patrimoine d’Ollioules » et qu’il ne faut pas confondre avec celle de Toulon, sur la Place aux Huiles, reconstruite en 1996 après avoir été entièrement détruite le 15 février 1989 par une violente explosion, attribuée officiellement à une fuite de gaz, mais pour laquelle les familles des victimes soupçonnent plutôt l’impact d’un missile tiré par erreur dans le cadre d’opérations militaires franco-américaines alors en cours…

Seulement voilà, à Ollioules, les travaux de restauration sont en cours et il faudra sans doute attendre la fin de l’année pour découvrir ce bâtiment qui devrait mériter le détour. Transféré en 2007 à la communauté d’agglomération devenue métropole, Toulon Provence Méditerranée, c’est désormais cette collectivité qui pilote les travaux de restauration dont le coût devrait atteindre 5,4 millions d’euros. Il a fallu d’abord procéder à des études de maîtrise d’œuvre puis à des travaux de confortement qui se sont terminés début 2017. Et depuis le 14 septembre 2018, les travaux de restauration et de réagencement intérieur sont en cours ainsi que l’élaboration de la scénographie qui permettra de mettre en valeur ce patrimoine vraiment singulier.

L’escalier à balustres, en cours de restauration (source © Ouest-Var.net)

Cet ancien hôtel particulier datant du XVIIe siècle se situe en plein cœur du centre historique d’Ollioules, traversant entre les rues Gambetta et Berthelot. Il s’agit d’un bâtiment de 5 étages avec un escalier monumental à balustres agencé autour d’un puits de lumière, et dont les murs sont ornés de magnifiques décorations et sculptures en plâtre datées de 1620. Ces ornements sont une spécialité locale désignée sous le nom de gypseries. Elles témoignent d’un art ancien, quelque peu tombé en désuétude, mais qui s’est beaucoup développé dans la région du fait de l’abondance de ce matériau naturel qu’est le gypse. La façade quant à elle date de 1870, ainsi que plusieurs peintures murales.

Détail de gypseries en cours de restauration (source © Fréquence-sud)

Le couloir, la cour intérieure, les galeries et l’escalier sont classés au titre des monuments historiques et la maison elle-même est inscrite depuis 1998 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Outre le travail de restauration en cours depuis maintenant un an, le projet vise à ouvrir au public ce lieu si particulier et utilisant cet écrin exceptionnel de 477 m2 comme décor pour un espace scénographique qui permettra de faire revivre les habitants et le contexte historique dans lequel il a évolué.

Exemple de sculptures en gypse dans la Maison des têtes d’Ollioules (source © TPM)

Grâce aux outils modernes de la réalité augmentée, le visiteur armé d’une tablette nommée Gaspard pourra s’immerger dans un scénario original illustré à partir de milliers d’images d’œuvres d’art numérisées qui fera revivre l’art précieux de la gypserie, expliquera l’origine et la signification des médaillons et autres sculptures mais évoquera aussi les grandes épopées qui ont agité la région depuis l’Antiquité jusqu’à Napoléon 1er alors simple capitaine Bonaparte qui, à Ollioules, prit le commandement de l’artillerie et contribua au siège victorieux de Toulon en 1793.

Une visite interactive : maquette de la salle n° 3 consacrée aux personnages marquants du territoire (source © TPM)

Il y sera aussi question de la géologie locale, des Cabinets de curiosités, des fastes de la Belle Époque, des activités portuaires de Toulon, ou encore du patrimoine agricole et floristique puisque dès le XVIe siècle on cultivait à Ollioules, outre l’olivier, le câprier et les agrumes, le safran et bien d’autres fleurs. Au XIXe siècle, la ville était réputée pour sa production d’immortelles et la production horticole s’y est fortement développée avec l’arrivée du chemin de fer en 1859 qui a permis d’expédier à travers toute l’Europe les fleurs coupées produites sur place. Ollioules fut d’ailleurs la première ville du var à organiser un corso fleuri

Un beau lieu assurément pour découvrir en famille des pans du patrimoine historique et naturel local, mais pour lequel il convient de patienter encore quelques mois avant l’ouverture au public…

L. V.

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Serre-Ponçon, le barrage qui attire les convoitises

6 août 2019

Vue aérienne du barrage de Serre-Ponçon (photo © Christophe Ben / L’Energeek)

Achevé en 1959 et mis en eau jusqu’en 1961, le barrage de Serre-Ponçon, édifié en travers du lit de la Durance, un peu en aval de sa confluence avec l’Ubaye, constitue le plus important plan d’eau artificiel en France, en volume du moins, avec une capacité de près de 1,3 milliard de m3, sinon en étendue puisque sa superficie (28 km2) est très inférieure à celle du lac du Der, situé en Champagne.

Il faut dire que le site se prête admirablement à la réalisation d’un barrage, envisagé dès 1897 mais pour lequel il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle avant de disposer des compétences techniques nécessaires à sa construction. Mesurant 630 m de longueur pour 124 m de hauteur, l’ouvrage est un mastodonte dont le volume représente 14 millions de m3 de remblais, soit l’équivalent de plus de 5 fois la pyramide de Khéops.

Pendant la construction du barrage, le ballet des camions (source © L’Ubaye en cartes)

Certes, les engins de terrassement dans les années 1950 ont fortement gagné en capacité depuis l’Ancienne Égypte. Mais il a fallu pour la conception de cet ouvrage hors normes par les ingénieurs d’EDF et de Coyne et Bellier maîtriser parfaitement les techniques d’injections pour assurer l’étanchéité des fondations et des ancrages, mais aussi celles de la construction de grands ouvrages en terre compactée, sur la base de l’expérience acquise notamment aux États-Unis.

Situé à la limite des deux départements voisins des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, le lac de retenue a noyé les villages d’Ubaye et de Savines, reconstruit plus en hauteur. A l’origine, cet ouvrage a été conçu pour remplir trois objectifs complémentaires : maîtriser le risque de crues qui peuvent être catastrophiques comme l’avaient notamment montré les grandes inondations de 1843 et 1856, produire de l’hydroélectricité et développer l’irrigation.

Vue du canal EDF de la Durance (source © EDF)

Soixante ans après sa réalisation, force est de constater que l’ouvrage a parfaitement rempli sa mission et continue à offrir ses services à toute la région. Outre son effet régulateur sur les crues de la Durance, le barrage de Serre-Ponçon constitue la tête de pont de toute une chaine Durance-Verdon constituée de 23 barrages et 33 usines hydroélectriques, le long du canal EDF qui court sur 250 km entre Serre-Ponçon et l’étang de Berre. Ce canal permet d’irriguer de l’ordre de 120 000 hectares et d’alimenter en eau potable plus de 3 millions d’habitants dont toute l’agglomération marseillaise, fournissant 27 % de l’eau potable consommée dans toute la région PACA. Les 15 centrales hydroélectriques situées directement le long du canal totalisent une puissance de 2000 MW (dont 360 MW pour la seule centrale de Serre-Ponçon), soit l’équivalent de deux tranches de centrales nucléaires et produisent chaque année environ 6 milliards de kWh, ce qui représente 10 % de la production hydroélectrique française.

Plage au bord du lac à Savines (source © SMADESEP)

Mais au-delà de ces objectifs qui ont justifié la construction de telles infrastructures, le lac de Serre-Ponçon est surtout devenu un haut-lieu du tourisme local. Sous l’impulsion du Syndicat mixte d’aménagement et de développement de Serre-Ponçon, créé en 1997, les berges ont été aménagées sur plus de 11 km avec 9 plages publiques et 10 ports et pontons publics, à tel point que près de 40 % de l’activité touristique des Hautes-Alpes est désormais concentrée autour du lac.

Des activités économiques connexes se sont même développées en bénéficiant de cet écosystème artificiel si particulier. Il en est ainsi de l’exploitation des sédiments qui s’accumulent dans la cuvette. Chaque année un carrier local, La Routière du Midi, extrait les alluvions dont les gros éléments, de bonne qualité car issus du Massif des Ecrins, servent à l’empierrement des chaussées. Quant aux sédiments les plus fins, dont on extrait chaque année de l’ordre de 1 million de m3, ils sont mélangés avec des déchets verts pour obtenir un compost très recherché comme support de culture et terreau de jardin.

Face à un tel succès et alors que le changement climatique en cours trace des perspectives de plus en plus alarmantes quant au risque de raréfaction des ressources en eau, on conçoit que le devenir de cet aménagement hydraulique suscite moult réflexions. Alors que la concession accordée à EDF pour l’exploitation du barrage court encore pour une bonne quinzaine d’années, se pose d’ores et déjà la question de son renouvellement, l’Union Européenne poussant la France à ouvrir à la concurrence l’exploitation de ses quelques 150 gros barrages hydroélectriques.

Dans la cuvette du lac, des lieux insolites : ancien viaduc de chemin de fer construit en 1903 (photo © Sylvie Damagnez)

Du coup, les collectivités territoriales s’intéressent de très près au sujet. C’est le cas notamment du Conseil départemental des Hautes-Alpes qui vient d’adopter à l’unanimité, vendredi 12 juillet 2019, une délibération appelant le Département à se porter candidat à la gestion des barrages hydroélectriques situés sur son territoire. Serre-Ponçon est bien entendu en ligne de mire mais d’autres sites également, y compris le barrage du Sautet, pourtant situé dans l’Isère mais qui empiète sur le territoire de 3 communes des Hautes-Alpes.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte, permet en effet désormais aux collectivités locales de prendre des participations dans des Sociétés d’économie mixte (SEM) hydroélectriques créées spécifiquement avec des entreprises privées spécialisées pour exploiter les barrages. Une voie que le Département des Hautes-Alpes souhaiterait mettre en œuvre comme il l’affiche ostensiblement et un exemple qui pourrait d’ailleurs bien être suivi par d’autres collectivités, y compris peut-être la Région PACA elle-même, elle qui s’enorgueillit d’avoir « une COP d’avance », sans que personne ne sache très bien ce que peut bien vouloir signifier un tel slogan publicitaire…

Les élus départementaux des Hautes-Alpes ont en tout cas parfaitement perçu toute l’importance que devraient prendre demain des ouvrages hydrauliques comme le barrage de Serre-Ponçon, dans un monde où les ressources en eau deviennent rares alors qu’elles n’ont jamais été aussi précieuses pour le développement économique, agricole, touristique mais aussi comme source d’énergie renouvelable. Un bon pari sur l’avenir sans aucun doute !

L. V.

Drapeau violet et alerte rouge sur les plages de Marseille

25 juin 2019

La Ville de Marseille revendique pas moins de 21 sites de baignade en mer dont 15 plages surveillées. Contrairement à sa voisine Cassis qui arbore sans discontinuer le Pavillon bleu depuis 2009, Marseille n’a pas souhaité demander ce label qui atteste de la bonne qualité des eaux de baignade. Officiellement, c’est pour ne pas attirer davantage de touristes sur ses plages déjà bien chargées l’été. Mais en réalité, c’est surtout pour masquer les réelles difficultés de la ville pour arriver à maintenir tout au long de l’été une qualité d’eau de baignade correcte.

La plage de Pointe Rouge, un exemple de plage marseillaise en milieu urbain (photo © Getty / Elle)

A sa décharge, l’exercice n’est pas facile pour des plages souvent exiguës, situées en site très urbanisé et exutoires naturels de toutes les déjections et détritus qui jonchent le sol et qui sont facilement lessivés en cas de fortes précipitations. A chaque orage, c’est le même scénario : les réseaux d’eaux usées saturent, sous l’effet des très nombreux branchements illicites des eaux pluviales, et les déversoirs d’orage rejettent dans le milieu des eaux brutes tandis que le lessivage des sols charrie en mer tout ce qui s’est accumulé sur la chaussée. Quand ce ne sont pas des canalisations d’eau usée qui se rompent, voire des particuliers et parfois des industriels qui rejettent discrètement dans les avaloirs du réseau pluvial des produits polluants qui se retrouvent directement en mer.

La calanque de Sormiou, une des belles plages de Marseille (source © Marseille Tourisme)

Certes de gros efforts ont été faits depuis des décennies pour améliorer le traitement des effluents et mieux gérer les eaux pluviales, y compris dans le cadre du Contrat de baie lancé en 2015 pour 6 ans et qui concerne tout le littoral de Martigues à La Ciotat. Mais la tâche est ardue et les résultats encore bien peu satisfaisants : en 2018, les plages marseillaises ont ainsi fait l’objet de 153 interdictions de baignade du fait de la qualité insuffisante des eaux de baignade.

Prélèvements effectuées pour la Ville de Marseille, à 5 m du rivage et à 30 cm de profondeur (photo © Sophie Pironnet / Made in Marseille)

Et la saison estivale qui débute tout juste a bien mal commencé comme le relevait 20 minutes le 20 juin dernier, avec déjà 15 fermetures de plages, une information largement reprise par la presse, de Marsactu jusqu’à Libération. Outre les analyses réalisées par l’Agence régionale de la santé (ARS) et dont les résultats ne sont connus que dans un délai de 48 à 72 heures, la Ville de Marseille a missionné le SERAMM (Service d’assainissement Marseille Métropole, délégué à l’entreprise Suez) pour procéder sur ses plages à des prélèvements quotidiens dès poltron minet, suivis d’analyses accélérées qui permettent de savoir dans un délai de 3 heures si la présence de bactéries fécales de type Escherichia coli et autres entérocoques sont en nombre suffisant pour justifier une fermeture préventive du site. Grâce à cette forte réactivité, il est ainsi possible de gérer au jour le jour fermeture et réouverture des plages sans être soumis au diktat de l’ARS qui pourrait sinon être amenée à interdire durablement l’accès à certaines plages trop souvent contaminées.

La plage du Prophète à Marseille (source © Made in Marseille)

Une réactivité plutôt rassurante donc pour le baigneur marseillais intrépide. Mais la fréquence de ces drapeaux violets qui alertent sur la pollution des plages et interdisent la baignade ne manque pas d’interroger malgré tout. En particulier sur la plage du Prophète qui a déjà été fermée pendant 5 jours depuis le 1er juin ! Un record peu enviable, d’autant que les taux de colibacilles y ont parfois atteint des sommets, comme ce 12 juin 2019 où il a été mesuré pour Escherichia coli le chiffre faramineux de 15 199 UFC (unités formant colonies) pour 100 ml d’eau, soit 150 fois plus que la norme pour définir une eau de bonne qualité. Quant à la concentration d’entérocoques, un autre marqueur de la présence de déjections humaines et animales, elle y a été évaluée à 5 198 UFC/100 ml, ce qui correspond à 370 fois la valeur tolérée pour une eau de baignade. Des valeurs qui sont du même ordre de grandeur de ce qu’on peut mesurer à la sortie de l’émissaire de Cortiou : autant se baigner dans une fosse septique !

Arrêté d’interdiction de baignade sur la plage de l’Huveaune à Marseille (photo © Laurence Mildonian / La Provence)

Et les valeurs mesurées le même jour sur la plage de l’Huveaune, malicieusement surnommée « Epluchures beach » par certains mauvais plaisants, ne sont guère plus rassurantes avec, pour E. coli, une valeur de 1642 UFC/100 ml. Bien que ponctuelles et vraisemblablement liées à des déversements accidentels d’eaux usées non traitées, ces valeurs sont néanmoins révélatrices d’une situation qui se dégrade. Comme le souligne La Provence, 8 des 21 plages marseillaise ont vu leur qualité déclassée en 2018, seules 12 d’entre elles pouvant être considérées comme d’excellente qualité, alors qu’elles étaient entre 17 et 18 à pouvoir se targuer d’une telle qualification les années précédentes. La plupart d’entre elles restent classées comme « bonnes » mais celle de Borely est désormais passée dans la catégorie inférieure et celle de l’Huveaune, décidément mise à l‘index, est désormais considérée, depuis 2017, comme de qualité « insuffisante ».

Monique Daubet, conseillère municipale de Marseille, déléguée à l’hygiène (source : Ville de Marseille)

De quoi attiser les échanges entre élus locaux puisque, selon Libération, le sujet s’est invité à la table du Conseil municipal de ce mois de juin 2019, provoquant de belles passes d’armes entre l’élue socialiste Samia Ghali, regrettant « la situation catastrophique de nos plages » et la conseillère municipale LR déléguée à l’hygiène, Monique Daubet, qui suspecte le déversement malencontreux d’une piscine et insinue qu’il s’agit peut-être même de celle de sa collègue d’opposition, ambiance !.

Les internautes quant à eux se déchaînent sur le site de 20 minutes où il est question d’un système de traitement des eaux usées « aussi vétuste que Gaudin » et d’une recommandation à tous les Marseillais de « ne plus tirer la chasse durant l’été » tandis que d’autre évoquent « Marseille, capitale européenne de la culture 2013 et capitale mondiale de la pollution des eaux 2019 ». Des galéjades bien entendu, qui pourraient même prêter à sourire, mais qui confirment en tout cas, qu’il reste du pain sur la planche avant de retrouver sur le littoral marseillais une eau de baignade irréprochable : un beau défi en perspective…

L. V.

La France déverse ses déchets plastiques dans la mer…

13 juin 2019

En ce 7 juin 2019, veille de la journée mondiale de l’océan, le Fonds mondial pour la nature, plus connu sous son acronyme anglo-saxon WWF, a jeté un nouveau pavé dans la mare, en l’occurrence mare nostrum, la mer Méditerranée de nos lointains ancêtres les Romains. « La mer Méditerranée sombre sous un torrent de plastique » écrit le WWF. Ce n’est pas vraiment un scoop et il faudrait débarquer inopinément d’une autre planète pour ne pas s’en douter…

Ce rapport, qui n’est pas le premier sur le sujet, loin s’en faut, rappelle que les 22 pays qui bordent cette mer intérieure quasi fermée génèrent chaque année 24 millions de tonnes de plastique dont 16 % seulement sont recyclés. Une bonne partie est enfouie ou incinérée. Mais il en reste quand même 600 000 tonnes qui finissent directement dans la mer, intoxiquant progressivement toute la faune marine qui ingère ces déchets plastiques plus ou moins déchiquetés avec le temps.

Déchets sur une plage méditerranéenne (photo archives / Ouest France)

Et la France est loin de faire figure de bon élève. Le WWF lui a même consacré un rapport spécifique intitulé « Guide à destination des décideurs français pour sauver la Méditerranée », rien de moins ! Car selon les analyses du WWF, la France est tout simplement le plus gros contributeurs de tous ces déchets plastiques qui envahissent la Méditerranée. Triste record particulièrement honteux pour un pays qui s’enorgueillit de posséder des systèmes performants de collecte et de traitement des ordures ménagères…

De fait, la France recycle plutôt plus que la moyenne de ses voisins méditerranéens avec un taux de 22 %, mais c’est aussi le plus gros producteur de déchets plastiques avec 4,5 millions de tonnes chaque année à elle seule, de telle sorte que 80 000 tonnes de déchets plastiques, non collectés, sont déversés directement dans la nature. Sur ce stock, on estime que ce sont chaque année pas moins de 11 200 tonnes de plastiques qui finissent ainsi directement dans la mer Méditerranée !

Déchets plastiques accumulés en bord de mer (photo Greece 2F © Milos Bicanski / Go Met)

L’essentiel de ces plastiques qui finissent à la baille proviennent directement des côtes littorales, soit du fait d’une gestion défaillante des dispositifs de collecte, soit du fait des activités de tourisme et de loisir balnéaire fortement génératrices de déchets sur les plages. Le reste est charrié en mer par les fleuves côtiers dont le Rhône qui est le principal exutoire en Méditerranée de tous ces déchets. Les activités nautiques enfin, dont la pêche et le transport maritime, participent au processus : ordures jetées par-dessus bord, débris de filets, casiers à crustacés et autres conteneurs tombés à la mer font partie de ce qu’on peut observer couramment, flottant entre deux eaux ou sédimentant sur les fonds marins.

Plus de 20 % de ces déchets plastiques revient d’ailleurs s’échouer sur les côtes françaises, même si ces dernières sont loin d’être les plus exposées, du fait des courants marins qui poussent plutôt ces éléments indésirables vers d’autres rivages. Cela n’empêche pas que de véritables concentrations de plastiques se retrouvent dans certains secteurs particulièrement exposés dont le delta du Rhône et les baies très urbanisées de Nice et de Marseille où la concentration de plastique dans l’eau de mer peut atteindre 20 g/m3.

Oubliés sur la plage… (photo © Milos Bicanski / Getty images / Huffington Post)

L’impact de cette pollution n’est pas négligeable, y compris paradoxalement sur le tourisme qui en est pourtant largement responsable : qui a envie de se baigner dans une mer où flottent sacs plastiques, gobelets usagés et barquettes en voie de décomposition ? La pêche et le commerce maritime sont aussi impactés avec des filets qui contiennent parfois plus de déchets que de poissons, des hélices qui se bloquent au contact de macro-détritus et des prises d’eau des systèmes de refroidissement qui sont obstruées par les accumulations de matières plastiques. Mêmes les consommateurs de fruits de mer s’en détournent, de crainte d’avoir à ingérer des micro-débris de plastiques…

Déchets de plastiques dérivant au large de la Corse en mai 2019 (photo © WWF.fr / France Bleu)

En mai dernier, France Bleu signalait ainsi une accumulation temporaire de plusieurs milliers de tonnes de plastiques dérivant sur des dizaines de km entre la Corse et l’île d’Elbe, un phénomène observé de manière récurrente dans ce secteur du fait de la disposition des courants marins locaux.

Et le nettoyage de tous ces déchets coûte cher à la collectivité : 1 300 € en moyenne, d’une rive à l’autre de la Méditerranée, la tonne de déchets plastiques ramassée et évacuée. Lorsque le nettoyage des plages est confié à des bénévoles, les coûts baissent, mais peut-on compter éternellement sur la bonne volonté d’une poignée de citoyens militants pour faire le ménage ?

Campagne de sensibilisation contre les déchets en mer, organisée par le Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur dans le cadre de son Plan climat régional

Le WWF ne se contente pas de dénoncer cette situation qui s’aggrave d’année en année, il propose aussi des solutions concrètes qui supposent davantage de volontarisme et des politiques publiques plus rigoureuses : réduire la production de plastique vierge, étendre le recyclage des produits plastiques usagés, généraliser l’interdiction des articles plastiques à usage unique, développer les dispositifs de responsabilité élargie aux producteurs pour renforcer les filières de recyclage, identifier et résorber les décharges illégales à ciel ouvert, inciter les pêcheurs et plaisanciers à rapporter à terre leurs déchets, etc. Ce ne sont pas les idées qui manquent, la volonté politique peut-être ?

L. V.

Transport aérien : faut-il taxer le kérosène ?

24 mai 2019

Voilà un vieux serpent de mer qui a refait surface à la faveur du mouvement des gilets jaunes, largement initié, rappelons-le, par les protestations contre le renchérissement du coût des carburants à la pompe. Car l’essence, comme maintenant le gas oil font partie des produits les plus taxés malgré leur utilisation des plus courantes…

La Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TIPCE), qui a remplacé en 2014 la TIPP pour intégrer le fait qu’elle porte aussi sur les biocarburants d’origine non pétrolière, une taxe qui est désormais régionalisée depuis 2005, correspond en moyenne à environ 65 centimes pour un litre de gas oil et près de 70 centimes pour un litre d’essence sans plomb. L’écart de taxation entre les deux types de carburants s’est fortement resserré ces dernières années alors que le gazole routier reste sensiblement moins taxé. Et n’oublions pas que se rajoute à cette TIPCE la TVA de 20 % qui est calculée non seulement sur le coût du carburant lui-même, mais s’applique de surcroît à la TIPCE : une taxe sur la taxe, il fallait y penser…

Ravitaillement en kérosène (photo © AFP)

Et pendant ce temps-là, curieusement, le kérosène qui est le carburant utilisé dans l’aviation, reste le seul produit pétrolier totalement détaxé. Voilà en effet qui ne peut qu’interpeller le commun des mortels ! Pourquoi donc accorder une telle faveur au transport aérien dont les usagers sont pourtant majoritairement plutôt issus des classes les plus aisées et qui participe fortement aux émissions de gaz à effet de serre ? Selon les calculs de l’ADEME, un déplacement en avion émet deux fois plus de gaz à effet de serre, par personne transportée et par kilomètre parcouru, qu’un trajet en voiture et 40 fois plus qu’un déplacement en TGV, selon un rapport de l’association Réseau Action Climat.

Certes, à l’échelle de la planète, le transport aérien ne serait responsable que de 3 à 4 % des émissions de gaz à effet de serre, mais le trafic est en plein essor et cette part devrait fortement augmenter dans les années à venir. En France, le nombre de passagers transportés s’est accru de 5 % en 2017 et, dans le monde, on table sur un doublement du trafic qui devrait passer de 4,1 milliards de passagers en 2017 à 8,2 milliards d’ici 2037. L’ONG belge Transport & Environnement estime ainsi que les émissions de CO2 liés au secteur aérien en Europe auraient augmenté de 26,3 % depuis 2013 et note que la compagnie low cost irlandaise Ryanair fait désormais partie des 10 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en Europe, derrière quelques grandes compagnies qui exploitent des centrales électriques à charbon en Allemagne ou en Pologne.

Avion de Ryanair décollant de l’aéroport de Marseille-Provence (photo © Camille Moirenc / AMP / Air Journal)

L’impact environnemental d’une telle activité est donc loin d’être négligeable et il paraîtrait assez logique de la taxer plus durement afin de tenter d’en limiter la croissance en réorientant ces flux de voyageurs vers d’autres modes des déplacement plus vertueux.

Une étude commandée par la Direction générale des transports de la Commission européenne en avril 2017 et que le Monde vient de se procurer, propose d’ailleurs l’instauration au sein de l’Union européenne d’une taxe sur le kérosène à hauteur de 33 centimes par litre, estimant que ce surcoût (qui, au passage, devrait rapporter de l’ordre de 3,5 milliards d’euros au budget français…), répercuté sur le prix du billet devrait permettre de réduire de 10 % le trafic aérien, limitant du même ordre les émissions de CO2 ainsi que les nuisances sonores près des aéroports.

En réalité, on ne voit guère que des avantages à une telle taxation du kérosène et on a un peu de mal à comprendre pourquoi ce carburant est le seul à n’être soumis à aucune taxe, sans compter les subventions publiques qui continuent à être attribuées à ce secteur. Historiquement, cette volonté de favoriser le transport aérien en le soustrayant à toute taxation, résulte d’un accord international, la convention de Chicago, adoptée en 1944, à une époque où les vols commerciaux étaient considérées comme un atout à encourager pour favoriser le commerce mondial, et alors que personne n’imaginait les impacts environnementaux qui pourraient un jour résulter de tels choix.

 

Avions décollant de l’aéroport de Los Angeles (photomontage © Mike Kelley)

Une telle interdiction de taxer les vols internationaux est désormais difficile à contourner car il faudrait, pour y revenir, l’accord des 191 pays membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Mais rien n’empêche des accords spécifiques entre certains pays membres et l’Europe pourrait très bien être en pointe dans ce domaine. Surtout, rien n’interdit à un pays de taxer les carburants pour ses vols intérieurs. Plusieurs l’ont déjà fait, dont les États-Unis, le Japon, le Brésil ou la Suisse. En France, les vols intérieurs sont d’ailleurs déjà soumis à un taux de TVA mais qui est bizarrement réduit à 10 % sans véritable raison…

En 2010, l’actuel ministre de la Transition écologique, François de Rugy, alors membre d’Europe Écologie Les Verts, dénonçait un régime de faveur « particulièrement choquant d’un point de vue écologique et d’un point de vue social » et dénonçait « une injustice majeure ». Des phrases fortes et sans ambiguïté, mais qu’on ne l’a pas entendu répéter alors que son nouveau collègue, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, évoquait une idée « sympathique sur le papier » mais qu’il serait bien imprudent d’adopter, sauf peut-être en cas d’unanimité des pays membres de l’Union européenne : ce sera peut-être le cas à l’issue des élections européenne du 26 mai 2019, on peut toujours rêver…

L. V.

Une géode géante bientôt visitable

30 avril 2019

La ville espagnole de Pulpi, avec ses 9000 habitants, située dans la province d’Almeria, en Andalousie, ne constitue pas, loin s’en faut, une destination touristique mondialement connue. Et pourtant, les choses pourraient bien changer car cet été les visiteurs qui viennent ici plutôt pour la qualité des plages de sable fin vont pouvoir découvrir une véritable merveille naturelle : la plus grosse géode visitable du monde !

La géode de Pulpi (source © Ayuntamiento de Pulpí / Traveler)

Cette géode fabuleuse, sans doute celle qui est la mieux préservée au monde, est une immense cavité en forme d’entonnoir, de 8 m de longueur et 1,70 m de hauteur, formant un vaste volume creux de plus de 10 m3, entièrement tapissé de cristaux géants de gypse, dont certains atteignent 2 m de longueur.

Cristaux de gypse en fer de lance du Bassin parisien (source © Infraordinaire)

Découvert en 1999 dans l’ancienne mine de fer et de plomb de Pilar de Jaravia, creusée à partir du milieu du XIXème siècle dans les flancs de la Sierra del Aguilὸn, à 60 m de profondeur et à 3 km du littoral, cette géode a été classée comme monument naturel. Le gypse, un sulfate de calcium, est un matériau relativement banal qui est exploité pour la fabrication du plâtre. Les cristaux de gypse sont donc très fréquents à la surface de la terre et on en trouve de très beaux, en fer de lance, dans les Marnes à gypse du Bassin parisien notamment où d’anciennes carrières souterraines ont été exploitées jusque récemment, en particulier dans le secteur de Belleville et des Buttes Chaumont, au nord de Paris.

Ce sont des circulations d’eaux chaudes hydrothermales chargées en sulfate de calcium qui ont percolé à travers les fissures de la roche et qui, en se refroidissant, ont formé lentement ces cristallisations magnifiques que l’on observe actuellement. La mine elle-même a fermé dans les années 1970 et il a donc fallu près de 30 ans ensuite pour que des membres du Groupe minéralogiste de Madrid découvrent en décembre 1999 cette immense cavité de sidérite tapissée d’énormes cristaux de gypse dans la mine abandonnée. A la recherche de minéraux, le groupe a débouché une sorte de couvercle qui dissimulait l’accès à la grotte magique ! Dedans, les cristaux affleurent des murs, du sol, du plafond et leur pureté permet d’observer les gouttes d’eau prisonnières à l’intérieur depuis des milliers d’années !

La géode de Pulpi (source © Ayuntamiento de Pulpí / Traveler)

Vingt ans exactement après cette découverte exceptionnelle, la Géode géante ouvrira donc au public et l’on pourra l’observer de visu. Jusque-là en effet, l’unique manière de visiter la grotte souterraine était virtuelle, grâce à l’utilisation de lunettes de réalité augmentée qui permettent de s’immerger en trois dimensions dans un univers virtuel.

En fait, cette géode géante n’est pas la plus grande connue au monde puisqu’elle est largement surpassée par une autre curiosité de la nature qui se situe dans l’État de Chihuahua au Mexique. Là aussi, cette géode fabuleuse a été découverte à l’occasion de travaux miniers dans la mine de Naica exploitée pour le plomb, le zinc et l’argent, dans des conditions particulièrement extrêmes puisqu’on y observe des circulations d’eau souterraines dont la température monte jusqu’à 58 °C. Les mineurs, qui travaillent ici dans un taux d’humidité de 100 % et exposés à de tels températures sont obligés de porter des équipements spéciaux et doivent se relayer toutes les 2 heures !

La grotte aux épées accessible aux visiteurs (source © Voyageurs du Net)

C’est en 1910 qu’a été découverte dans cette mine une très belle cavité tapissée de cristaux de sélénite d’une très grande beauté, baptisée la grotte des épées.

Mais il a fallu attendre l’an 2000 pour que deux mineurs, les frères Delgado, occupés à creuser un nouveau tunnel d’aération, découvrent la plus fabuleuse des géodes, à une profondeur de 290 m et dans un environnement fort peu hospitalier caractérisé par des températures de 45 °C et un taux d’hygrométrie de 95 %. Des conditions tellement extrêmes qu’il est impossible d’y rester plus de 10 minutes d’affilée !

Cristaux géants de gypse dans la grotte de Naica (source © Voyageurs du Net)

En 2006 toutefois, un physicien a l’idée de créer un vêtement de protection spécifique contenant des tubes d’eau réfrigérée et muni d’un système respiratoire qui permet d’explorer enfin cette immense géode en donnant aux scientifiques la possibilité de rester une petite heure sur place. Et le spectacle en vaut la peine puisque la géode contient des cristaux de gypse dont le plus gros atteint 13 m de longueur et 2 m de diamètre !

Vue de la grotte aux cristaux dans la mine de Naica (extrait vidéo de Romain Tea Time)

Les conditions très particulières de ce milieu extrême ne permettront cependant jamais d’ouvrir cette grotte aux visiteurs et d’ailleurs l’accès même à cette géode fabuleuse est très probablement voué à disparaître lorsque la mine de Naica fermera ses portes et que les hommes arrêteront de pomper les eaux pour permettre son exploitation actuelle. Un tel spectacle, aussi extraordinaire soit-il, est donc destiné à devenir un jour totalement inaccessible…

L. V.

La Ciotat, plus belle baie du monde, après celle d’Ha Long…

28 avril 2019

La baie d’Ha Long, située dans le nord du Vietnam est connue mondialement pour ses milliers d’iles karstiques au relief déchiqueté baignant dans des eaux turquoises, formant un écosystème tropical d’une grande richesse et créant un paysage fabuleux qui attire des millions de touristes chaque année. Inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1994, le site a aussi été sélectionné en 2011 comme l’une des sept merveilles de la nature, au même titre que les chutes d’Iguazu, à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, ou la Montage de la Table, qui domine la ville du Cap en Afrique du Sud.

La baie d’Ha Long au Vietnam

Cette baie fabuleuse fait également partie du club très select des Plus belles baies du Monde aux côtés notamment de la baie de San Francisco en Californie, celle des Saintes en Guadeloupe, le golfe de Girolata en Corse, ou encore la baie de Diego-Suarez à Madagascar ou celle du Siné Saloum au Sénégal.

Créée en mars 1997 à Berlin, cette association internationale, qui est aussi une marque déposée, regroupe actuellement 41 membres issus de 27 pays et qui, tous, se caractérisent par des golfes marins constituant des écosystèmes remarquables, abritant une faune et une flore d’une grande richesse faisant l’objet de mesures de protection spécifiques, considérés comme emblématiques sur le plan local et national, tout en disposant d’un potentiel économique certain. Des critères multiples qui ont permis d’intégrer déjà plusieurs sites métropolitains tels que la baie de Somme, le Golfe du Morbihan ou encore la Baie du Mont Saint-Michel. Le siège de l’association est d’ailleurs situé à Vannes, dans le Golfe du Morbihan même si la présidente est la Portugaise Maria das Dores Meira.

Et voilà donc que la baie de La Ciotat vient de rejoindre officiellement ce club très fermé des plus belles baies du Monde. Une décision annoncée le 27 mars 2019, à l’issue de la visite sur place début mars de Daniel Robo, maire de Vanne et vice-président Europe de l’association, et de Guy Rousset, représentant de la baie de Tadoussac au Québec et ancien président de la structure.

Vue aérienne de la baie de La Ciotat (source © Ville de La Ciotat)

C’est le directeur de l‘office de tourisme de La Ciotat, Jean-Jacques Rodriguez, qui avait monté le dossier de candidature et a soutenu le projet en mettant en avant les principaux atouts de cette baie que certains appellent localement le Golfe d’Amour : son environnement naturel bien entendu avec notamment l’ïle Verte, située à quelques encablures de la côte et relativement préservée, mais aussi ses calanques ocres de Figuerolles et du Mugel, ces reliefs abrupts et déchiquetés du Bec de l’Aigle ou encore les somptueuses falaises de Soubeyranes, parmi les plus hautes d’Europe et qui s’intègrent au cœur du Parc National des Calanques.

Vue aérienne de l’ïle verte et du Bec de l’Aigle (source © Géo)

Le dossier insistait aussi sur l’histoire de cette baie au passé historique très riche, marqué notamment par une activité nautique très intense, centrée pendant longtemps autour des chantiers navals mais qui a su rebondir vers d’autres activités économiques liées en particulier au yatching de luxe, et bien sûr sa fréquentation touristique intense avec ses plages interdites aux fumeurs.

Voilà en tout cas une bonne nouvelle pour le tourisme ciotaden qui se porte déjà plutôt bien. Une nouvelle que le maire de La Ciotat, Patrick Boré, a salué avec toute la finesse qui le caractérise en déclarant aux journalistes de La Provence : « On est vachement fier. Touristiquement, c’est une reconnaissance internationale et une excellente vitrine pour les investisseurs et pour les entreprises ». Pas besoin d’être grand devin pour pressentir que l’argument figurera en bonne place dans sa prochaine campagne pour les municipales dans un an : voila qui ne pouvait pas mieux tomber !

L. V.

Marseille : cure de jouvence pour la corniche Kennedy

26 avril 2019

A Marseille, la route de la corniche, qui longe le bord de mer, de la plage des Catalans jusqu’à celles du Prado, reliant les quartiers d’Endoume et du Roucas Blanc, a fait l’objet de gros travaux d’élargissement entre 1954 et 1968, sous la mandature de Gaston Deferre. Une promenade piétonne a alors été réalisée en encorbellement, surplombant la mer d’une dizaine de mètres et la corniche a été dénommée en hommage au président américain John Fitzgerald Kennedy, assassiné à Dallas en 1963 alors que le chantier était en cours.

Tronçon de la corniche Kennedy (source © AMP métropole)

Serpentant sur 3 km en bordure de la Méditerranée et offrant une vue imprenable sur le large et l’archipel du Frioul, cette promenade est constituée de deux trottoirs dénivelés séparés par un immense banc, réputé pour être le plus long du monde en bord de mer. Ce banc avait fait l’objet d’un premier ravalement effectué en 2009 au dessus de la plage du Prophète, mais 50 ans d’exposition aux embruns marins avaient fortement corrodé certaines des armatures pourtant indispensables pour assurer la stabilité des plaques en béton armé formant encorbellement et garantir la sécurité des milliers de promeneurs et de joggers qui empruntent quotidiennement cette promenade.

La Corniche Kennedy vue depuis la mer (photo © Diades)

Il était temps de réagir et la Direction des Infrastructures de la Métropole Aix-Marseille-Provence, désormais en charge de la gestion de cet ouvrage, a fait appel depuis 2016 à un groupement de maîtrise d’œuvre piloté par le bureau d’études Setec et mobilisant notamment sa filiale Diadès basée à Vitrolles, ainsi que l’architecte marseillais André Mascarelli. Il s’agit de rénover totalement la promenade entre le Marégraphe, près du pont de la Fausse Monnaie, et l’hôtel Palm Beach situé à l’entrée des plages du Prado. Le montant de l’opération n’est pas anodin puisqu’il devrait s’élever à 28 millions d’euros TTC pour ce lifting peu commun.

Les travaux sont programmés en deux tranches sur une durée totale de 5 ans, l’objectif étant que tout soit terminé avant les Jeux olympiques de 2024 dont certaines épreuves devraient se dérouler dans la rade de Marseille. La première tranche de travaux, dont le montant est d’un peu plus de 13 millions d’euros, a débuté en octobre 2018 et concerne un premier tronçon de 670 m entre le marégraphe et le Club des Dauphins. Elle se déroulera en 2 ans jusqu’en mai 2020, les travaux étant interrompus durant la saison estivale entre mai et septembre pour ne pas trop impacter l’activité touristique. Les parties d’ouvrage les plus gravement endommagées sont entièrement remplacées et les autres font l’objet d’un simple ragréage.

Les éléments d’ouvrage qui sont conservés seront désormais protégés de la corrosion marine par un dispositif de protection cathodique par courant imposé. Le fameux banc et le parapet seront refaits en béton fibré à hautes performances, le parapet ayant fait l’objet d’un travail architectural spécifique permettant de le mettre aux normes de sécurité actuelles sans le rehausser, ce qui aurait gêné la vue sur la mer, pour qui s’assoit sur le banc.

Dispositif provisoire de circulation sur la corniche pendant les travaux (source © AMP métropole / Info travaux octobre 2018)

La circulation automobile, qui se fait habituellement à 2 x 2 voies, a été réduite à 2 x 1 voies depuis le mois d’octobre, ce qui n’est pas sans susciter un certain agacement de la part des riverains. Un cheminement piéton a néanmoins été conservé, protégé par des palissades transparentes afin de préserver la vue sur la mer et sur le déroulement du chantier.

La piste cyclable en projet sur la corniche Kennedy (source © AMP métropole / Made in Marseille)

En parallèle a débuté en janvier 2019 un autre chantier consistant à créer une piste cyclable sur la voirie qui sera donc amputée d’une voie de circulation côté mer. Une bonne nouvelle pour les cyclistes et en particulier les porte-paroles du Collectif Vélos en ville qui se félicitent de ce nouveau projet sur lequel Martine Vassal s’était engagée. C’est néanmoins bien sûr une source de récrimination pour les habitants qui voient surtout les nuisances liées au chantier et les embouteillages qui en résultent. De quoi déclencher la fureur du président de la fédération des CIQ du 7ème arrondissement qui s’est plaint de la situation auprès du maire de secteur et s’est épanché au micro de France Bleu, estimant que « tout est fait à l’envers ! Nous avions proposé d’étudier le projet de piste cyclable une fois le Boulevard Urbain Sud ouvert et censé désengorger la corniche, c’est à dire dans 2 ou 3 ans et d’une offre de transports en communs supplémentaire ». Manifestement, pour certains Marseillais, la place du vélo en ville même sur une promenade aussi emblématique, ne fait pas partie des priorités…

Banc recouvert de céramique sur la corniche Kennedy (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le banc de la corniche Kennedy fait aussi l’objet d’un projet artistique des plus originaux, initié par l’art-thérapeuthe Paola Cervoni, qui dirige l’association Viv’arthe, et dont l’objectif est de recouvrir de mosaïque 77 portions du fameux banc. Il lui a fallu beaucoup de ténacité et 7 ans de patience selon le site Made in Marseille, pour obtenir les autorisations nécessaires pour cela. Mais le résultat est magnifique bien qu’engagé avec de bien faibles moyens en 2017 comme l’explique l’artiste : « Le concept est artistique et citoyen car les mosaïques sont réalisées dans des écoles, des centres sociaux, et une maison de retraite. Environ 900 élèves ont participé ainsi que trois mamies. J’avais besoin de cet aspect partage et transmission pour mon projet ». Un projet qui est d’ailleurs en train de prendre de l’ampleur puisqu’une entreprise marseillaise L’esprit Céramique, sensible à la démarche citoyenne et marseillaise du projet, soutient désormais l’idée en offrant à l’association Viv’arthe tout le carrelage nécessaire pour les 77 bancs. Sur la corniche de Marseille, les petits carreaux font les grands ouvrages…

L. V. 

Trains en retard : record battu par la SNCF en 2018 !

20 avril 2019

« Deux choses sont infinies » avait coutume de dire malicieusement le physicien Albert Einstein, « l’univers et la bêtise humaine, mais pour ce qui est de l’univers, je n’en ai pas la certitude absolue ». Le théoricien de la relativité générale avait de fait combattu cette notion d’expansion de l’Univers à laquelle sa théorie a pourtant permis d’apporter une explication physique satisfaisante.

Et on observe depuis que ce phénomène d’expansion inéluctable ne concerne pas que l’univers. Année après année, force est de constater que le changement climatique global qui affecte notre planète sous l’effet des actions humaines subit également un mouvement d’expansion comparable, même si l’on a depuis longtemps identifié quelles seraient les mesures à prendre pour enrayer enfin ce phénomène et revenir progressivement à un équilibre plus durable pour la survie de l’humanité.

Curieusement, bien d’autres phénomènes semblent, comme ce dernier, échapper à toute volonté humaine et s’aggraver d’année en année. Il en est ainsi des écarts de revenus entre riches et pauvres, mais cela semble aussi concerner… les retards de train à la SNCF !

L’année 2018 n’a pas échappé à la règle et la publication du rapport annuel de l’Autorité de la qualité de service dans les transports (AQST) est venu, s’il en était besoin, confirmer ce que tous les usagers réguliers des transports ferroviaires français avaient pu constater par eux-même et bien malgré eux, à savoir, comme l’a elle-même reconnue la SNCF selon Le Monde : « 2018 a été, sans conteste, une année particulièrement difficile pour les clients du train ».

On ne saurait mieux dire en effet… Selon l’AQST, dont l’objectif est de contribuer à améliorer la qualité de transport des voyageurs terrestres, maritimes et aériens en France, 2018 a été la plus mauvaise année en tout cas depuis la création de cette Autorité en 2012… On y a noté en particulier une forte augmentation du taux d’annulation des TGV : 7,8 % d’entre eux ont été supprimés alors que ce taux était jusque là très faible : 0,3 % en 2016 et 1 % en 2017. Leur niveau de ponctualité s’est également fortement dégradé puisque 17,8 % des TGV en 2018 ont accusé un retard alors que cette proportion était respectivement de 11,5 % et de 14,5 % les deux années précédentes, ce qui traduit là aussi une incontestable dégradation continue de la qualité du service, en particulier sur les nœuds ferroviaires les plus sollicités tels que la Gare de Lyon à Paris, ou encore celle de la Part-Dieu à Lyon et bien évidemment la gare Saint-Charles à Marseille.

Un dessin signé Boutant

Mais ce n’est pas mieux pour les autres catégories de train et en particulier les Intercités qui sont vraiment à la peine. Leur trafic est en net repli, du fait de la suppression de nombre de lignes : il ne reste plus que 46 liaisons Intercités en 2018 contre 67 en 2017 ! Et malgré ce recentrage, le taux de retard s’envole à 17,2 % (contre 14,6 % l’année précédente) tandis que le taux d’annulation augmente de plus de 60 % en passant de 1,1 % à 1,8 %.

Curieusement, seuls les TER (Trains express régionaux) s’en tirent plutôt bien, même s’ils accusent eux aussi une légère augmentation du taux d’annulation (passé en un an de 1,9 à 2,1 %) et surtout du taux de retard qui a augmenté de 9,1 à 9,6 % entre 2017 et 2018. Mais les disparités régionales sont très importantes en la matière et l’usager quotidien de la ligne sinistrée Marseille-Aubagne ne sera pas surpris d’apprendre que la région PACA est précisément celle de France où la situation est la plus catastrophique avec un taux d’annulation de 4,2 % (soit près d’un TER sur 20 qui est purement et simplement supprimé) et un taux de retard de 13,4 % : plus d’un train régional sur 10 en région PACA arrive en retard !

Taux d’annulation des TER par région (hors Ile-de-France) en 2018 (source © rapport annuel AQST)

Les plus optimistes noteront que ce taux s’est néanmoins légèrement amélioré depuis 2017, contrairement à l’Occitanie où il s’est dégradé au point de prendre désormais la tête du peloton… Quant aux banlieusards parisiens, ils seront ravis d’apprendre que la situation s’est améliorée sur le RER A, mais qu’en 2018 aucune des lignes du RER ni du réseau Transilien n’a réussi à atteindre les objectifs de ponctualité fixés par Ile-de-France Mobilité dans le contrat qui le lie aux opérateurs…

Dessin signé Goubelle, publié dans La Charente Libre

Les raisons invoquées pour expliquer un tel fiasco général sont nombreuses, depuis les impacts de la grève perlée qui a largement paralysé le réseau ferroviaire national entre le 3 avril et le 28 juin jusqu’à la panne électrique colossale qui a rendu la gare Montparnasse totalement inopérante le 27 juillet et a gravement perturbé le trafic ferroviaire dans l’Ouest de la France pendant 3 jours consécutifs. Et ceci sans parler des intempéries climatiques telles que les crues de la Seine et de la Marne en janvier 2018, mais surtout les effets de la canicule qui a sévi fin juillet-début août, et la tempête sévère qui a balayé une partie du territoire métropolitain en octobre-novembre.

Toujours est-il que l’année 2018 a connu une baisse significative du flux de voyageurs dans le trafic ferroviaire, ce qui est assez inédit et ne va guère dans le sens d’un report accru des déplacements vers les transports en commun les moins polluants ! Cette baisse du trafic a atteint 3 % pour le TGV et est peu significative pour les TER mais elle a été de 23,6 % pour les liaisons intercités, sans doute au bénéfice de la voiture et des cars Macron

Un dessin signé Olivero

On pourrait certes se consoler en constatant que dans les transports aériens la situation n’est guère plus enviable et que la SNCF n’est pas la seule à avoir du mal avec la ponctualité. Pour ce qui est des vols intérieurs du moins, la qualité s’est là aussi dégradée en 2018 avec un retard moyen qui est passé de 42 à 46 mn, un taux d’annulation qui a augmenté de 1,1 à 1,4 % depuis 2017 et une proportion de vols arrivant en retard qui est passée en un an de 17 à 18,2 %. Des chiffres qui ne sont donc guère plus reluisant que ceux de la SNCF mais qui n’ont pourtant pas empêché le trafic aérien d’augmenter encore de 5,1 % en France durant l’année 2018 : encore une raison de désespérer pour les défenseurs de la cause ferroviaire…

L. V.

Les sources de l’Huveaune prises d’assaut…

13 avril 2019

Comme chacun sait, la ville de Carnoux se situe dans le bassin versant de l’Huveaune même si la commune a toujours refusé d’adhérer au Syndicat intercommunal de l’Huveaune dont la création remonte pourtant à 1963 et qui est chargé notamment de l’entretien des berges de ce cours d’eau. Le syndicat porte pourtant depuis 2015 un contrat de rivière destiné à fédérer différents acteurs en vue d’une meilleure gestion globale du bassin versant de l’Huveaune, tant il est vrai que la qualité de l’eau d’une rivière dépend beaucoup de la manière dont les riverains situées tout au long de ses affluents gèrent leurs eaux pluviales et leurs eaux usées.

Les contours du bassin versant de l’Huveaune (source © Syndicat du bassin versant de l’Huveaune)

Le syndicat, dont les membres sont désormais la Métropole Aix-Marseille-Provence et la Communauté d’agglomération Provence verte,  est aussi chargé de la prévention des inondations qui peuvent être redoutables du fait de l’urbanisation qui s’est développée dans toute la vallée. Certains ont encore en mémoire la crue dévastatrice de 1935 et celle de 1978 au cours de laquelle le fleuve côtier a très largement débordé sur l’autoroute Aubagne-Marseille, construite il est vrai dans le lit majeur de la rivière.

L’Huveaune en crue à l’entrée d’Aubagne en 2008 (source © photothèque SIBVH)

Toujours est-il que l’Huveaune n’est pas seulement ce fleuve dont les eaux en crue viennent déverser sur les plages du Prado tous les détritus amassés au long de son cours, de la bouteille en plastique à la batterie usagée en passant par le canapé deux places légèrement défraichi, négligemment déposé sur les berges pour éviter d’avoir à faire le détour à la déchetterie. C’est aussi un cours d’eau méditerranéen dont certains tronçons ont été admirablement préservés malgré l’urbanisation et les usages industriels développés sur ses berges.

L’Huveaune prend sa source dans le département du Var, sur la commune de Nans-les-Pins, à 590 m d’altitude, dans le Vallon de la Castelette, rattaché au massif de la Sainte-Baume. Les sources du cours d’eau constituent un lieu de ballade très prisé localement. Un des accès les plus aisés pour s’y rendre part justement de la commune de Nans-les-Pins et permet, à l’issue d’une ballade très agréable en sous-bois, de rejoindre les vasques d’eau laiteuse d’une couleur bleu lagon qui se succèdent en cascade dans le cours supérieur de l’Huveaune.

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Formées de travertin, c’est-à-dire de concrétions qui se déposent lorsque l’eau souterraine, qui s’est chargée en calcium dissous lors de sa traversée du massif calcaire, débouche à l’air libre, ces vasques sont une pure merveille et la ballade attire forcément de nombreux amoureux de la nature.

Cette année cependant, pour les deux derniers week-end du mois de mars, sous l’effet d’un temps printanier et d’un post très abondamment commenté publié sur Facebook par le site Bienvenue à Marseille, le site a connu une affluence totalement inhabituelle qui a mis en émoi les habitants de la petite commune de Nans-les-Pins et dont les médias se sont largement fait l’écho puisque même  FR3 en a tiré un reportage télévisé !

Extrait du journal Var Matin, édition du lundi 1er avril 2019 (source © post Facebook Axelle Delgove)

Le dernier week-end de mars, la mairie de Nans a recensé plus de 1500 visiteurs sur un site qui n’en accueille d’habitude que quelques centaines. La situation sur place est devenue intenable sous l’effet de centaines de véhicules qui débarquent dès le matin, se garent comme ils peuvent, entravant même les passage des véhicules de secours. Certains n’hésitent pas à arracher les barrières dans ce site qui fait pourtant désormais partie du Parc naturel régional de la Sainte-Baume, afin de pouvoir se rapprocher des départs de sentiers. Le site n’étant pas équipé de poubelles, dans le but d’inciter les randonneurs à repartir avec leurs déchets, nombre de touristes ne craignent pas de laisser leurs tas de détritus sur place…

Les sources de l’Huveaune (photo © Lionel Duval / Bienvenue à Marseille)

Face à un tel afflux dans un site aussi vulnérable, classé Natura 2000, la maire de Nans-les-Pins, Pierrette Lopez, a dû prendre un arrêté municipal pour interdire l’accès en véhicule au chemin communal destiné aux interventions des secours et le Préfet a été interpellé afin de trouver les moyens de réguler ce flux incontrôlable de visiteurs.

De quoi confirmer, s’il en était encore besoin, que tourisme de masse et respect des milieux naturels fragiles ne font jamais très bon ménage !

L.V.

Un musée sous-marin bientôt à Marseille ?

25 février 2019

Récif artificiel immergé dans le Parc marin de la Côte Bleue (photo © Laurent Piechegut / BIOS / PMCB)

A Marseille, on adore immerger toutes sortes de structures au fond de la mer. Les premières expériences datent de 1983 sur la Côte Bleue, même si l’idée n’est pas nouvelle : les Romains déjà immergeaient des amphores au fond de la mer pour y attirer le poulpe et les Japonais se sont fait une grande spécialité de cette approche qui consiste à mettre en place, sur les fonds marins, des structures immergées durables destinées à favoriser le développement et la fixation de nombreuses espèces animales et végétale qui s’en servent de support et d’abris.

Entre 1986 et 1990, ce sont ainsi 183 structures artificielles en béton qui ont été immergées au large de Carry-le-Rouet et Sausset-les-Pins pour y recréer un habitat favorable au développement de certaines espèces halieutiques. Puis, à l’automne 2007, ce sont pas moins de 401 récifs artificiels de toutes formes et de toutes tailles qui ont été déposés par la Ville de Marseille à 25 m de profondeur entre la Corniche et les Iles du Frioul, afin d’essayer de redonner un peu de vie aux fonds marins totalement ravagés par la construction de la plage du Prado dans les années 1970 et par des années de déversements de toutes sortes. Plus de 10 millions d’euros ont ainsi été investis pour construire et mettre en place près de 30 000 m3 de récifs artificiels sur 220 ha, mais aussi pour assurer un suivi scientifique afin d’étudier l’impact d’un projet aussi ambitieux.

Récifs artificiels immergés au large du Prado dans la rade de Marseille (photo © DR / Made in Marseille)

Dix ans plus tard, la Ville de Marseille a fêté bruyamment la réussite d’un tel pari qui, malgré de nombreuses critiques, a permis de faire revenir de nombreuses espèces qui avaient déserté ces fonds marins et d’augmenter la biodiversité de ce secteur, le nombre d’espèces de poissons ayant été multiplié par trois en 10 ans. Une réussite qui tient sans doute aussi en grande partie au fait que la zone en question est désormais protégée par arrêté préfectoral, interdisant toute pêche, plongée, ou même simple mouillage.

Des plongeurs déposent des récifs artificiels « hôtel à poissons » d’une dizaine de tonnes à 30 mètres de profondeur au large des calanques de Marseille, le 30 janvier 2018 (photo © Boris Horvat / AFP)

C’est en tout cas fort de ce succès que la Ville de Marseille s’est lancée l’an dernier dans l’immersion de nouveaux récifs artificiels, cette fois dans les Calanques, au niveau de l’exutoire de Cortiou qui rejette en mer les eaux issues de la station d’épuration de toute l’agglomération marseillaise, Carnoux y compris. Un secteur où la qualité des eaux reste très médiocre avec des concentrations en métaux lourds, mais aussi en résidus médicamenteux ou en fragments de plastiques qui n’incitent guère à la baignade, comme l’évoque Sciences et Avenir. Une situation qui explique d’ailleurs les critiques soulevées par de nombreux défenseurs de l’environnement, craignant que le fait d’attirer artificiellement la faune aquatique à se fixer dans ce secteur, ne se traduise en réalité par une fragilisation de ces espèces soumises à un environnement très pollué.

Mais cela n’a pas empêché l’immersion en février 2018 de 300 t de récifs artificiels sous forme de blocs de béton déposés par 20 m de fond, sous le pilotage de la start-up montpelliéraine Seaboost et pour un budget de 1 million d’euros. Là aussi, un programme de suivi scientifique est prévu et l’avenir dira si les résultats sont à la hauteur des espérances malgré le contexte a priori guère favorable.

Plan de situation du futur musée sous-marin de la plage des Catalans (source : enquête publique / Made in Marseille)

En tout cas, immerger des objets en béton au fond de la mer est devenue une habitude bien ancrée dans la cité phocéenne puisqu’on y étudie également la faisabilité de créer un musée sous-marin au large de la plage des Catalans, un projet qui devait voir le jour dès le printemps 2017, mais qui a été retardé le temps de recevoir toutes les autorisations réglementaires nécessaires. C’est désormais chose faite puisque le Préfet a finalement donné son accord à l’issue de l’enquête publique qui s’était déroulée entre mai et juin 2018.

En l’occurrence, il s’agit d’immerger par 5 m de fond, à une centaine de mètres du rivage, une dizaine de statues entre lesquelles les visiteurs munis de palmes et de tubas pourront librement se promener, des statues qui serviront elles-aussi de récifs artificiels puisque la faune et le flore sous-marines pourront les coloniser.

Musée subaquatique d’art de Cancun

L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle puisqu’un musée de ce type est ouvert depuis 2009 près de Cancún, sur la presqu’île du Yucatán au Mexique. L’artiste britannique Jason de Caires Taylor y a réalisé 400 sculptures dont certaines particulièrement spectaculaires que l’on peut découvrir au gré de ses plongées. Toutes réalisées avec du ciment alcalin, de la fibre de verre et différentes substances résistantes et écologiques, ces œuvres d’art ont été transportées sur des plateformes flottantes et immergées avec précision dans différents endroits, près de récifs naturels de manière à créer des salles de différentes thématiques.

Et ce n’est pas le seul site de ce genre puisque le même artiste, qui avait déjà créé un premier projet de ce type en 2006 sur l’île de la Grenade dans les Caraïbes, a récidivé cette fois au large de Lanzarote, dans les Canaries, où le Museo Atlántico a ouvert ses portes sous-marines début 2017 après 3 ans de travaux nécessaires pour installer ses 250 sculptures par 12 m de fond.

Lampedusa, une œuvre immergée de l’artiste Jason de Caires Taylor au Museo Atlántico de Lanzarote (photo © Jacon DeCaires Taylor / Underwater sculpture)

Le résultat est saisissant d’autant que les effigies réalisées dans un béton spécifiquement adapté ont été moulées directement sur des habitants de l’île. Certaines sculptures représentent les migrants de Lampedusa venus s’échouer sur les plages des îles Canaries : « Ce travail ne se veut pas un hommage ou un mémorial aux nombreuses vies perdues, mais un rappel brutal de notre responsabilité collective. » explique d’ailleurs l’artiste. L’installation principale, appelée Rubicon, est constituée d’un groupe de 35 personnes marchant vers une porte, un point de non-retour, qui fait référence aux menaces pesant sur les océans de la planète.

Rubicon, œuvre magistrale de l’artiste Jason de Caires Taylor au Museo Atlántico de Lanzarote (photo © Jacon DeCaires Taylor / Underwater sculpture)

Reste que le futur musée sous-marin de la plage des Catalans ne sera probablement pas constitué d’œuvres de Jason de Caires Taylor car l’artiste anglais a semble-t-il perdu patience en attendant la fameuse autorisation préfectorale que l’association des “Amis du musée subaquatique de Marseille” a finalement reçue fin novembre 2018 seulement, comme l’indique Made in Marseille, et ceci pour une durée de 15 ans. L’association qui porte le projet est donc désormais à la recherche d’un nouvel artiste pour meubler les fonds de ce qui sera le premier musée sous-marin en Méditerranée : avis aux amateurs…

L. V. 

A Marseille, la métamorphose du J1

30 janvier 2019

Le port de Marseille n’a pas fini sa mue ébouriffante. Après la rénovation des Docks, l’édification du MuCEM, la transformation du Silo en salle de spectacle, la rénovation des voûtes de la Major ou encore l’aménagement des Terrasses du port, et en attendant la reconstitution de la grotte Cosquer dans la Villa Méditerranée, c’est maintenant le hangar maritime J1 qui est sur la sellette et devrait bénéficier prochainement d’une belle cure de jouvence.

La façade du J1 côté ville avant la construction du viaduc autoroutier (photo © DR / Go Met)

Construite à la fin des années 1920, cette immense halle de 25 000 m2 a été conçue par l’architecte marseillais Gaston Castel, formé dans la toute nouvelle Ecole régionale d’architecture de Marseille ouverte en 1905 puis à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Alors architecte en chef de la Ville de Marseille, poste qu’il occupera jusqu’en 1941, c’est lui qui dessine les 5 bâtiments en béton armé qui constituent le gigantesque complexe formant la gare maritime de la Joliette. Le J1 (J pour Joliette, évidemment) est l’un des deux vestiges encore debout de cette construction, le seul à être pourvu de 2 étages, couvert d’une immense charpente métallique.

Surplombant 2 postes à quais, le hangar qui représente donc 3 niveaux de 8 500 m2 chacun, a servi longtemps au conditionnement des fruits et légumes transitant par le port de Marseille puis au transport des passagers embarquant pour la Corse et le Maghreb. Partiellement rénové en 2013 à l’occasion des manifestations de Marseille capitale européenne de la culture, les étages supérieurs du vaste hangar ont alors servi de hall d’exposition alors que le rez-de-chaussée continuait de recevoir les passagers des ferries en transit. Le site avait alors connu des records d’affluence, provoquant un engouement totalement inédit pour ses expositions gratuites déployées au dernier étage avec vue sur le port.

Exposition Le Corbusier dans le J1 pendant les manifestations de Marseille-Provence 2013 (photo © Philippe Houssin)

C’est le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) qui est toujours propriétaire de ce bâtiment imposant, offrant une vue imprenable sur la mer et les îles du Frioul, et dont une partie est encore utilisée pour l’embarquement des passagers vers la Tunisie et l’Algérie. Le site a été quelque peu laissé en jachère pendant plusieurs années au cours desquelles différents projets de transformation ont successivement avorté, puis a été repris en main à partir de 2017 par l’association MJ1, missionnée par la Ville de Marseille pour faire de ce lieu hors-normes un espace de happening, « au service du rayonnement et de l’attractivité de la Métropole ». Le J1 a ainsi accueilli en octobre 2017 une exposition intitulée « Le Monde tel qu’il va », issue des Rencontres de la photographie d’Arles, suivi de nombreux autres événements, dont un salon international d’art contemporain du Sud de la France…

Le hangar du J1 dans son état actuel (photo © GPMM / L’Antenne)

En parallèle, un appel à projet « Osez le J1 » a été lancé en juin 2017 en vue de « faire émerger un projet de prestige, innovant et pluriel pour la valorisation immobilière durable de la halle J1, l’aménagement de ses abords et la diversification des usages sur les postes à quais qu’elle surplombe ». A l’horizon 2020, l’ensemble du transit des passagers vers le Maghreb pourra en effet être transféré vers le terminal du Cap Janet, libérant la totalité de l’espace du J1 et le moment était donc venu de valoriser ce patrimoine potentiellement attractif et servant de trait d’union entre la ville et le port.

Après 2 ans de consultation, le GPMM a finalement dévoilé, le 11 janvier dernier, à l’occasion de la présentation de son bilan 2018, le nom du lauréat retenu parmi les 4 projets soumis, tous portés par des architectes de renom. Le groupement retenu par le jury allie Adim Immobilier Provence, la Caisse des Dépôts, le constructeur Vinci et le cabinet d’architectes Reichen & Robert et associés, lequel s’est fait une solide réputation sur les chantiers précédents de la Grande Halle de la Villette à Paris ou encore des Grands Moulins de Pantin en Seine-Saint-Denis.

La maquette du projet proposé par les lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt (photo © Reichen & Robert / La Tribune)

Le parti pris architectural retenu est relativement simple puisqu’il conservera l’essentiel de la structure existantes avec ses immenses verrières. Un nouveau fronton sera reconstitué côté ville pour rappeler celui qui avait été rasé en 1971 pour laisser la place à l’immense autopont édifié au ras du bâtiment. La grande place triangulaire latérale mise à disposition du projet ne sera pas construite mais abritée par une vaste ombrière accrochée à 10 m de hauteur, dont une partie sera aménagée en « jardin du retour », en souvenir des plantes exotiques que marins et botanistes rapportaient de leurs expéditions lointaines du temps de la splendeur du port de Marseille.

Maquette du projet avec le parvis et son jardin tropical surmontés d’une ombrière, ainsi que le quai nord pouvant accueillir des yachts de grande plaisance (photo © Reichen & Robert / La Provence)

Le groupement, qui devrait investir au moins 100 millions d’euros dans ce projet de « pôle multifonction » dont l’achèvement est prévu en 2023, bénéficiera ensuite pendant 70 ans du droit de l’exploiter. Les détails restent encore à affiner mais il est prévu a priori une piscine côté sud, des restaurants, un hôtel de 130 chambres, mais aussi 8000 m2 de bureaux et un espace de coworking dédié à des activités en lien avec le monde maritime. Les bateaux pourront d’ailleurs continuer à accoster sur le quai attenant, confirmant le rôle de lien entre la ville et le port.

Un beau projet en perspective qui devrait contribuer à renforcer encore l’attractivité de cette partie du port de la Joliette redevenu en quelques années un nouveau pôle d’attraction touristique.

L. V.

Des dunes de sable dans l’Arctique : rêve ou réalité ?

3 janvier 2019

Parmi les risques liés au changement climatique en cours, celui lié à la montée du niveau des océans est sans doute celui qui a été le mieux intégré et auquel on se réfère souvent en premier, mais on ne pense pas toujours à celui de l’ensablement, qui progresse avec l’avancée des zones désertiques et qui menace bien des populations. Et pas seulement celles qui vivent en zone subtropicale, en bordure des zones désertiques déjà bien développées et en voie d’extension.

Maison enfouie sous le sable à Shoyna (photo © Sergey Ponomarev / New York Times)

Carte de situation de Shoyna au nord de la Russie (source © Wikipedia)

Il n’y a pas qu’à Tombouctou qu’on risque de se réveiller un matin dans l’incapacité de sortir de sa maison parce qu’une dune de sable s’est accumulée dans la nuit sous l’effet du vent, bloquant toutes les issues. Le risque existe aussi au niveau du cercle polaire arctique, dans le petit village de pêcheurs de Shoyna, situé à l’extrême nord de la Russie, sur la presqu’île de Kanin qui borde la Mer Blanche, au sud de la Mer de Barents.

Ce village qui abrite désormais moins de 300 habitants, les seuls quasiment à vivre à demeure sur cette péninsule peu hospitalière où la mer est couverte de glace de novembre à avril et où l’été ne dure que quelques mois, a été fondé en 1930.

 

Vue aérienne du village de Shoyna (photo © Sergey Ponomarev / New York Times)

Il a connu son apogée dans les années 1950, comptant jusqu’à 1500 habitants et une flotte de 70 bateaux de pêche qui écumaient les fonds poissonneux de la Mer Blanche. Les chalutiers ayant rapidement raclé toutes les espèces vivantes présentes dans cet écosystème particulièrement fragile, la pêcherie a dû fermer ses portes et les carcasses des bateaux finissent de pourrir sur le rivage, à demi ensevelis sous les dunes de sable qui progressent.

Epave de bateau de pêche abandonnée sur le rivage (photo © Sergey Maximishim et Dimitry Leltschuk / Moya-planeta)

Dans les années1950, les anciens du village se souviennent des pâturages qui s’étendaient encore autour du village. Mais l’écosystème a changé sous l’effet de la disparition des algues qui fixaient les fonds marins et le rivage, sous l’effet aussi sans doute de la déforestation alentours et peut-être même du détournement du cours de la rivière locale. Toujours est-il qu’une vingtaine de maisons a déjà été ensevelie sous le sable et qu’il faut recourir fréquemment au bulldozer pour dégager portes et fenêtres menacées de blocage.

Un gigantesque bac à sable pour les enfants… (photo © Sergey Maximishim et Dimitry Leltschuk / Moya-planeta)

Ce gigantesque bac à sable dans lequel le village se débat fait certes le bonheur des enfants qui y trouvent un superbe terrain de jeu. Mais lorsque le vent souffle et met en suspension les grains de sable qui alimentent le déplacement des dunes, alors chacun doit se calfeutrer en essayant d’empêcher le sable omniprésent de pénétrer à l’intérieur des maisons et en espérant que la porte d’entrée ne sera pas définitivement bloquée à la fin de la tempête. Un avant-goût du monde qui nous attend demain ?

L. V.

Le mirage de la mer à boire…

14 mai 2018

Dessaler l’eau de mer pour satisfaire nos besoins en eau douce : la solution technique paraît séduisante pour faire face à la raréfaction des ressources en eau douce, menacées par les épisodes de sécheresse et contaminées par les pollutions. Sachant que les océans recouvrent 70 % de la surface du globe terrestre, l’eau de mer apparaît pour beaucoup comme une ressource inépuisable. La transformer en eau potable après élimination de ses sels minéraux pourrait donc constituer, aux yeux de nombreux responsables politiques, une solution d’avenir à généraliser.

Usine de dessalement de l’eau de mer de Fujairah aux Émirats arabes unis (source © Suez)

En apparence, la solution technique n’est pas compliquée et les marins grecs la mettaient déjà en œuvre dans l’Antiquité en appliquant une recette concoctée par Aristote et qui consiste simplement à chauffer l’eau et à récupérer par condensation la vapeur ainsi émise. C’est le principe de la distillation, utilisé dans la marine de manière industrielle dès le XIXème siècle.

Depuis, il a fait naturellement l’objet de multiples améliorations techniques, avec notamment le développement de la vaporisation multi-flash qui consiste à faire passer l’eau, initialement chauffée sous pression, dans des enceintes à pression de plus en plus réduite qui entraînent sa vaporisation quasi instantanée. C’est ce type de procédé qui est notamment employé à grande échelle dans les pays du Golfe où l’énergie à base d’hydrocarbures ne coûte pas très cher.

Vue de la plus grande usine de dessalement de l’eau de mer fonctionnant en Europe, près de Barcelone

Car – est-il besoin de le préciser ? – l’opération est particulièrement gourmande en énergie. Certes, dans nombre de pays, comme le Qatar, qui recourt massivement au dessalement de l’eau de mer pour son approvisionnement en eau potable, l’eau est distribuée gratuitement et son prix de revient n’est donc pas considéré comme un problème. Ce qui explique d’ailleurs qu’un Qatari consomme en moyenne 1200 litres d’eau par jour, là où un Allemand n’en utilise que 95 litres !

L’usine de dessalement de l’eau de mer construite en 2010 à Hadera, au nord de Tel-Aviv en Israël

Heureusement, la technique a fait de nombreux progrès en la matière et on a de plus en plus recours à d’autres procédés nettement moins énergivores comme celui de l’osmose inverse. Là encore, le principe est simple puisqu’il consiste en une ultrafiltration sous pression à travers une membrane poreuse semi-perméable qui retient les sels. C’est cette technique qui est notamment utilisée couramment en Israël où près de 70 % de l’eau consommée par les particuliers provient du dessalement de l’eau de mer.

Pour autant, même avec ce type de procédé, dessaler l’eau de mer consomme encore cinq fois plus d’énergie que les usines de traitement d’eau douce classiques. Certes, on développe désormais de plus en plus d’installations de dessalement alimentées par des énergies renouvelables, comme c’est le cas par exemple sur l’île d’El Hierro aux Canaries, où trois usines fonctionnent grâce à l’énergie éolienne ou hydraulique et on commence à exploiter, pour l’instant à titre expérimental, des systèmes de distillation à four solaire.

Principe de fonctionnement de l’alimentation électrique d’une station de dessalement d’eau de mer sur l’île El Hierro, aux Canaries (source © Futura Sciences)

Mais tout cela ne résout pas le problème majeur qui est celui des rejets : la saumure concentrée et les produits destinés à limiter l’entartrage des installations, sont purement et simplement rejetés en mer où ils s’avèrent particulièrement néfastes pour le milieu naturel, surtout dans une mer fermée comme l’est la Méditerranée. Poussé à l’extrême, le principe consiste à augmenter sans cesse la salinité de l’eau laissée en mer, alors que cette salinité, qui est en moyenne de 35 g/l dans les océans atteint déjà 39 à 40 g/l en Méditerranée, 42 g/l dans le Golfe Persique et dépasse 50 g/l dans la Mer Rouge.

Sans aller jusqu’à prétendre, bien évidemment, que c’est à cause des usines de dessalement que l’eau de mer est salée, il n’en reste pas moins que les impacts environnementaux des rejets de ces installations apparaissent comme des plus préoccupants, en particulier sur les fonds marins où la saumure se dépose et perturbe non seulement la vie benthique mais aussi les courants marins.

Là aussi, les ingénieurs ne manquent pas d’imagination pour rechercher des solutions techniques. C’est ainsi qu’un cabinet canadien a imaginé, dans le cadre d’un appel à projet pour la production d’eau potable à Santa Monica, en Californie, une construction en forme de gros cigare posé à quelques encablures de la côte et qui devrait permettre de produire, grâce à l’énergie solaire, 4,5 millions de m3 d’eau potable par an tout en rejetant les saumures dans un bassin central à usage thermal : de quoi faire d’une pierre deux coups…

Maquette du projet The Pipe destiné à dessaler l’eau de mer près de Santa Monica en Californie (source © Khalili Engineers – Land Art Generator Initiative Design)

Mais l’on se rend compte aussi que l’alimentation en eau potable à partir d’eau de mer dessalée peut être à l’origine de carences graves en magnésium et en iode, comme c’est déjà le cas en Israël. Il faut donc rajouter ces éléments dans l’eau douce après s’être évertué à les enlever de l’eau de mer, ce qui du coup rend le procédé encore moins économique.

Globalement, le dessalement de l’eau de mer reste en tout cas un procédé coûteux qui n’est envisagé que faute d’alternative plus simple permettant d’exploiter les eaux de surface ou les nappes souterraines. Pourtant, on constate que certains pays n’hésitent pas à utiliser de l’eau dessalée y compris pour l’irrigation agricole. C’est le cas désormais en Espagne où, dès 2006, 40 % de l’eau produite par dessalement était en fait destinée à la production de tomates sous serres, en particulier dans la région d’Alméria.

Serres de cultures intensives près d’Alméria, alimentée à l’eau de mer dessalée (source © Ecotoxicologie)

Une telle situation paraît aberrante mais répond à une logique purement économique : cette production d’eau douce est indispensable pour répondre à l’afflux saisonnier de touristes dans une région où l’aridité du climat rend les ressources en eau douce trop rares, et le meilleur moyen de rentabiliser de tels investissements est de les faire fonctionner toute l’année en approvisionnant les agriculteurs pour la production maraîchère de contre-saison qui permet d’inonder tout le marché européen à bas coût.

Pas sûr que cette démarche soit la plus rationnelle en termes d’exploitation raisonnée et durable des ressources naturelles, mais dans le domaine de l’alimentation en eau, comme dans beaucoup d’autres, ce sont bien souvent d’autres critères qui dictent les investisseurs économiques…

L.V. 

Al-Ula, la future Mecque du tourisme ?

19 avril 2018

Emmanuel Macron avec le prince Mohammed ben Salman à Paris le 10 avril 2018 (photo © Yoan Valat / AFP)

On en a beaucoup parlé à l’occasion de la toute récente visite en France de Mohammed ben Salman, prince héritier du Royaume d’Arabie saoudite, cet immense pays islamique qui couvre plus de 80 % de la péninsule arabique, le plus vaste État du Moyen-Orient : non pas du droit des femmes, placée dès leur naissance sous la tutelle d’un homme, en application stricte de la charia et qui n’ont le droit que depuis 2016 d’obtenir copie de leur contrat de mariage « pour en prendre connaissance ».

Pas plus d’ailleurs du respect des libertés individuelles et des droits d’expression qui sont des plus limités dans cette monarchie absolue de droit islamique aux mains de la famille régnante Al Saoud depuis sa création en 1932, qui ne s’encombre même pas d’une constitution et qui cherche, année après année, à battre son propre record du nombre de lapidations et décapitations au sabre, avec, rien qu’en 2015, pas moins de 153 exécutions connues.

Après un bombardement à Sanaa le 25 août 2017, une petite fille seule survivante de sa famille (photo © Khaled Abdullah / Reuters)

Il n’y a guère été question non plus de la guerre civile qui fait rage depuis 2004 au Yémen et dans laquelle l’armée saoudienne, conduite justement par le prince Salman, nommé ministre de la Défense en janvier 2015, s’efforce d’écraser la rébellion houthiste, au prétexte qu’elle serait soutenue par son ennemi héréditaire : l’Iran. Les bombardements de populations civiles depuis 2004 sont tels que l’Arabie saoudite avait été inscrite en octobre 2017 par les Nations-Unies sur la liste noire des pays qui ne respectent pas les lois internationales visant à protéger les enfants, après qu’il a été dénombré au moins 638 enfants victimes en 2016 des bombardements saoudiens sur des écoles et des hôpitaux.

Mais tout ceci n’est que broutilles et n’a bien entendu pas sa place dans une rencontre au sommet entre deux pays amis entre lesquels il est surtout question de commercer en bonne intelligence. En matière de diplomatie comme ailleurs, les affaires sont les affaires !

Dessin de Jiho publié dans Marianne le 13 avril 2018

Certes, le marché de l’armement y tient une place privilégiée, l’Arabie saoudite étant de longue date un client fidèle de la France qui s’est hissé récemment à la troisième place mondiale des vendeurs d’armes. Mais le sujet est plus sensible qu’il n’y paraît car lorsqu’un pays achète des armes à un autre, il achète d’abord une garantie stratégique, celle d’un soutien sans faille en cas de conflit. Et de ce point de vue, l’Arabie saoudite préfère de loin faire son marché aux États-Unis où le prince Salman vient d’ailleurs de passer trois semaines (contre 3 jours en France…) et où il a signé des contrats mirifiques avec Donald Trump, sans doute pour des dizaines de milliards de dollars.

Du coup, Macron et Salman ont préféré parler tourisme et culture ! Un sujet pour le moins saugrenu avec la monarchie wahhabite qui jusqu’en 2017 ne délivrait même pas de visa de tourisme, se contentant de gérer, de manière très encadrée, les flux de pèlerins (2 millions par an tout de même !) se rendant sur les lieux saints de l’Islam, principalement à La Mecque. Mais les temps changent et le prince Salman, voyant décliner ses réserves pétrolières, cherche à diversifier les sources de revenus du royaume, pourquoi pas dans le tourisme qui permet en même temps d’atténuer un peu l’image ultra-conservatrice du pays…

Un des vestiges de la région d’Al-Ula (photo © Nadine Epstain – Radio France)

Or il se trouve que la région d’Al-Ula, localité de 40 000 habitants située au nord-ouest de Médine, à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau des côtes de la Mer Rouge, se trouve près du site archéologique antique d’Al-Hijr, connu des Européens au moins depuis 1907, où s’étendent sur environ 500 hectares de désert les ruines de la cité antique d’Hégra, premier site du pays à être inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité en 2008 et qui fait l’objet depuis cette date de campagnes de fouilles archéologiques franco-saoudiennes : une destination de choix pour y développer un tourisme féru de découverte culturelle et de dépaysement, dans un secteur désertique et peu peuplé, même si un groupe d’expatriés français y a été attaqué le 26 février 2007 par des combattants d’Al-Quaida qui ont abattu 4 des membres du groupe.

Tombes nabatéennes sur le site archéologique de Madâin Sâlih (photo © Kazuyoshi Nomachi / Getty Images)

Jusque-là, l’Arabie saoudite avait toujours exprimé un souverain mépris pour ces ruines préislamiques, vestiges d’une cité antique édifiée il y a plus de 2000 ans (bien avant l’Hégire donc !) par les Nabatéens, sur une piste reliant Pétra (actuellement en Jordanie) au Hedjaz, l’ancien royaume bordant les côtes arabiques de la Mer Rouge. Comme à Pétra, les Nabatéens ont creusé dans la roche des centaines de tombeaux rupestres monumentaux, sculptés de haut en bas, la plateforme de travail étant progressivement détruite au fur et à mesure de la progression.

Des paysages d’oasis au milieu du désert, de quoi attirer le touriste en mal d’exotisme…

Et comme Pétra est devenue le principal centre d’attraction touristique de la Jordanie avec pas moins de 600 000 visiteurs par an, forcément cela donne des idées au prince Salman… D’autant que la zone, située à seulement 1h30 d’avion de Riyad, compte, outre les fameuses ruines nabatéennes d’Hégra, à Madâin Sâlih, mais aussi celles de Dadab à Al-Khuraybah, des paysages d’une grande variété, avec des parois de grès noir et des canyons ocre rouge, des étendues de sable blanc et des palmeraies, de quoi fasciner le touriste occidental en mal d’exotisme.

Campagne de fouilles archéologiques à Madâin Sâlih (photo © Mission archéologique de Madâin Sâlih)

Pour mettre en valeur une telle destination, une commission royale a donc été créée mi-2017, présidée par le prince Bader Ben Abdullah Ben Mohammed, celui-là même qui, selon le New York Times se serait porté acquéreur du tableau Salvator Mundi, attribué à Léonard de Vinci et destiné à enrichir la collection du Louvre des sables d’Abu Dhabi, pour lequel la France avait justement fait preuve de tout son savoir-faire en matière d’aménagement de site culturel. Et c’est donc naturellement vers la France, « référence internationale incontestée de la culture et du bon goût », selon les termes d’un diplomate saoudien, que l’Arabie saoudite s’est tournée pour mettre en place ce projet qui vise ni plus ni moins qu’à transformer la ville actuellement sinistre d’Al-Ula en une destination touristique de premier plan à l’exemple de Marrakech.

Gérard Mestrallet, le PDG d’Engie, à la manœuvre (photon © Pascal Guittet)

En 2017, Emmanuel Macron a missionné à cette fin, pour négocier un accord, Gérard Mestrallet, président du conseil d’administration d’Engie (ex GDF-Suez) et familier de l’Arabie saoudite où son groupe produit entre 10 et 15 % de l’électricité du pays. Le bon Mestrallet a donc invité ses homologues saoudiens à visiter Gordes, dans le Luberon, ainsi que le site des Baux-de-Provence où la société Cultures espaces (une filiale d’Engie, cela tombe bien) exploite les Carrières de lumière, de quoi en mettre plein la vue à ses invités et vanter la maestria française en matière de sons et lumière.

On ne connaît pas dans le détails le calendrier et le budget qui sera dévolu à ce projet, même si l’on évoque un investissement de l’ordre de 50 à 100 milliards de dollars à mettre en œuvre dans les 10 ans à venir, avec pour les entreprises françaises une part du gâteau qui pourrait s’avérer appétissante, plus juteuse même que les 12 milliards d’euros engrangés sur le marché des ventes d’armes à l’Arabie saoudite entre 2007 et 2016, et un tantinet plus flatteur pour l’égo national qui se targue de rayonnement culturel et de soutien au patrimoine historique antique du Moyen-Orient. On parle déjà d’ouvrir un musée, présentant l’histoire des tombes nabatéennes et les inscriptions visibles à Al-Ula, mais aussi de programmes de recherche universitaire et aussi du développement de l’agro-tourisme et des activités sportives de plein air dont des balades à cheval, arabe bien entendu…

L.V.

Sainte-Baume : le PNR nouveau est né !

17 février 2018

Rencontre le 21 décembre 2017 entre le premier ministre Edouard Philippe et le président du PNR Sainte-Baume en présence du président de la Région PACA, Renaud Muselier (source © PNR Sainte-Baume)

Ce n’est pas vraiment une surprise mais plutôt l’aboutissement d’un long et patient processus d’élaboration concertée qui a permis d’aboutir, le 20 décembre 2017 à la naissance officielle, via un décret signé par le premier ministre Edouard Philippe, du parc naturel régional (PNR) de la Sainte-Baume, le 52ème parc ainsi créé en France. Cinquante ans après la création du concept de « parc naturel régional » en 1967 par le Général de Gaulle, ces 52 PNR couvrent désormais 15 % du territoire national et 6 % de la population française y habite.

En effet, contrairement aux parc nationaux qui existent en France depuis 1963 mais qui ont plutôt vocation à protéger des espaces naturels peu habités, les PNR ont été créés sous l’impulsion de la DATAR dans une perspective d’aménagement d’espaces ruraux dans des secteurs qui présentent non seulement un patrimoine environnemental remarquable mais aussi un patrimoine culturel voire un cadre de vie et d’activités qu’il importe de préserver en vue de favoriser le développement économique et touristique local.

La région PACA possède désormais 8 parc naturels régionaux dont le plus emblématique est sans doute celui de Camargue, mais parmi lesquels on peut citer aussi ceux du Queyras, du Luberon, du Verdon ou encore des Alpilles. Autant de lieux d’une grande richesse écologique et qui présentent des paysages hors du commun, mais qui sont avant tout des espaces de vie structurés autour d’une charte qui traduit un véritable projet de développement territorial.

Pour ce qui concerne le PNR de la Sainte-Baume, le projet était en gestation depuis une dizaine d’années, même si certains pionniers en soutenaient l’idée depuis les années 1970, et a fait l’objet ces derniers temps d’une intense concertation entre les collectivités locales, les services de l’État, les partenaires associatifs et les acteurs économiques. Présidé par Michel Gros, par ailleurs maire de La Roquebrussane, le nouveau PNR couvre une superficie de 810 km² et s’étend sur le territoire de 26 communes du Var et des Bouches-du-Rhône. 80 % de ce territoire est constitué d’espaces naturels mais 58 500 habitants y vivent, avec des activités économiques variées.

Limites du périmètre du PNR Sainte-Baume

Le parc est situé aux portes de Carnoux puisque la commune tout proche de Cuges-les-Pins est entièrement située dans le périmètre du nouveau PNR qui s’étend au nord jusqu’à Saint-Maximin et à l’est jusqu’à Brignoles. L’inauguration du nouveau parc n’est pas encore fixée mais devrait avoir lieu au cours du premier trimestre 2018.

En attendant, le syndicat mixte du PNR anime déjà depuis un an les deux sites Natura 2000 partiellement juxtaposés au cœur du parc : Massif de la Sainte-Baume (zone spéciale de conservation, définie au titre de la directive européenne Habitats) et Sainte-Baume occidentale (zone de protection spéciale, définie au titre de la directive européenne Oiseaux). Des inventaires biologiques et une étude socio-économique ont déjà été conduits en 2017 dans ce cadre, en vue de définir les enjeux et les objectifs de conservation. Une fois ce diagnostic posé, un programme d’action sera élaboré d’ici 2019, afin de définir les axes d’intervention pour préserver ce patrimoine naturel remarquable qui contient notamment la fameuse hêtraie historique de la Sainte-Baume ainsi que des sources pétrifiantes spectaculaires dans des formations de travertins, et qui abrite de nombreuses espèces animales et végétales rares.

Entablements de travertins à la source de l’Huveaune (source © Les balades de Gecko)

Le processus de concertation engagé depuis des années avec de nombreux acteurs du territoire en vue de l’émergence de ce nouveau PNR est détaillé sur le site du nouveau syndicat mixte. On y retrouve, outre de nombreux éléments de présentation du projet, dont un film grand public qui met en avant les atouts et caractéristiques de ce territoire, un rappel de la genèse de cette aventure qui s’est concrétisée en 2012 par la création d’un syndicat de préfiguration du futur PNR. L’année suivante a été mis sur pied un Conseil de développement, rassemblant de nombreux acteurs locaux fédérés autour du projet, et a été lancée la concertation en vue d’élaborer un diagnostic partagé et de dessiner les grandes lignes de la future charte du parc.

Un document de synthèse qui présente les grandes lignes de la charte

Il a fallu ensuite attendre 2015 pour que soit finalisée cette charte destinée à fixer pour les 15 ans à venir les grandes orientation du nouveau PNR. L’année 2016 a été mise à profit pour lancer la consultation auprès du Conseil national de protection de la nature et auprès des habitants (enquête publique), ainsi que pour permettre aux collectivités concernées de délibérer pour exprimer leur volonté d’adhésion. Et c’est donc en 2017 seulement que le syndicat mixte de préfiguration s’est transformé en syndicat mixte du parc tandis que le décret ministériel de labellisation du nouveau PNR était signé officiellement le 20 décembre dernier.

C’est donc à l’issue d’un long processus de co-construction que voit le jour cette nouvelle structure qui est désormais destinée à protéger et valoriser le patrimoine naturel, culturel et humain de ce vaste espace remarquable, via la mise en œuvre d’une politique cohérente d’aménagement et de développement économique, social et culturel, respectueuse de l’environnement.

La grotte de Ste Marie Madeleine à Plans d’Aups, un des sites emblématique du nouveau PNR (source © Provence verte)

Tout un programme qui va demander beaucoup de diplomatie et de pédagogie pour arriver à concilier les impératifs de préservation d’un écosystème fragile avec les ambitions légitimes des acteurs locaux en matière de développement économique et touristique, où comment marier en bonne intelligence les exploitations de carrières avec la préservation durable des ressources en eau du massif, les nuisances sonores du circuit automobile du Castellet avec le maintien d’une faune d’aigles de Bonelli et de chauve-souris endémiques, l’afflux de touristes avec les nécessités de recueillement autour de la grotte de Sainte Marie-Madeleine, les soucis de préservation du paysage avec le souhait de développer des sites de production d’électricité par centrales photovoltaïques, ou encore l’extension de la viticulture avec le développement d’une agriculture biologique adepte des circuits courts ?

Autant de défis passionnants auxquels le nouveau PNR de la Sainte-Baume va se trouver confronté au jour le jour et qui donnent un aperçu des difficultés de la tâche qui l’attend !

L.V.  

Au Cameroun, des bouteilles à la mer…

28 septembre 2017

Alors que tous les médias sont focalisés sur les inondations récentes qui se sont produites dans le sud des États-Unis et aux Antilles suite au passage des derniers cyclones Harvey puis Irma, on aurait presque tendance à oublier que bien d’autres régions du monde ont été meurtries récemment par des événements climatiques tout aussi spectaculaires. Fin août 2017, on estime ainsi que plus de 1500 personnes ont péri du fait des inondations consécutives à la mousson en Asie du Sud-Est, principalement en Inde, au Népal, au Bengladesh et au Pakistan.

Inondations à Freetown, Sierra Leone, en août 2017 (photo © Jamie Hitchen / Twitter)

Mais l’Afrique est aussi régulièrement touchée par les inondations. Cet été, c’est notamment le Sierra Leone qui a été cruellement frappé par de terribles inondations qui ont dévasté plusieurs quartiers de la capitale Freetown où un bilan provisoire établi par la Croix-Rouge faisait état, mi-août, d’au moins 312 victimes recensées tandis que de spectaculaires coulées de boues ravageaient tout sur leur passage, éventrant de nombreuses maisons et ensevelissant des dizaines de personnes.

Le Cameroun fait partie de ces pays de l’Afrique subtropicale régulièrement touché par les fortes pluies qui s’abattent en été. Le 14 septembre dernier, le site Cameroon-info, faisait ainsi état de graves inondations qui paralysent la capitale Douala après trois jours de pluies particulièrement intenses tombant sans discontinuer, tandis que le 11 septembre, la ville de Yaoundé avait déjà essuyé des inondations dévastatrices.

C’est à l’occasion d’un tel déluge qu’un jeune étudiant camerounais avait constaté, en 2011, que son quartier pouvait être envahi en moins de 30 minutes, non seulement par des eaux plus ou moins chargées, mais surtout par une véritable marée de bouteilles en plastique ! Jetées partout dans les rues et sur les dépotoirs, les bouteilles en plastique sont en effet remobilisées dès que les flots se déversent dans la ville et viennent s’accumuler dans les points bas.

Face à une telle invasion, le jeune Ismaël Essome s’est lancé le défi de trouver des débouchés à toutes ces bouteilles en plastique indésirables. Une fois obtenu son diplôme d’ingénieur en gestion environnementale, et alors qu’il travaille pour une ONG internationale à la mise en valeur du littoral camerounais, il se met en tête d’essayer de construire des pirogues en assemblant des centaines de bouteilles en plastique.

En 2014, le gouvernement camerounais a pourtant pris la décision courageuse d’interdire les emballages non biodégradables sur l’ensemble du territoire : dorénavant, les producteurs et distributeurs de liquides vendus dans des bouteilles en plastique doivent assurer leur recyclage après usage. Pourtant, force est de constater que, trois ans plus tard, des millions de bouteilles encombrent toujours les villes du pays et s’amassent dans tous les cours d’eau et fossés de drainage.

Démonstration de navigation avec une pirogue (crédit photo © Madiba et Nature)

En août 2016, comme le raconte Le Monde Afrique, et après moult essais, Ismaël Essome réussit à construire une première pirogue constituée d’un millier de bouteilles en plastique de récupération, soigneusement rebouchées, et attachées entre elles par un lien en nylon. Deux planches forment l’ossature de la pirogue et vogue la galère…

Pour piloter ce projet un peu fou, Ismaël a fondé sa propre association, dénommée Madiba et Nature, destinée à promouvoir de manière très pragmatique la préservation de l’environnement et l’économie circulaire. Aidé de son neveu, il sillonne les rues pour collecter les bouteilles usagées et améliore sans cesse la structure de ses pirogues en plastique qu’il teste sur les plages pour démontrer aux pêcheurs professionnels leur efficacité.

Une pirogue ainsi assemblée peut transporter jusqu’à trois personnes et une charge de 90 kg. Elle est plus stable qu’une pirogue en bois traditionnelle, coûte deux à trois fois moins cher et s’avère plus durable car, contrairement au bois, le plastique met très longtemps à se dégrader. Sans compter que leur construction, non seulement ne contribue pas à la déforestation du pays mais participe au contraire à assainir l’environnement de ces déchets qui l’encombrent.

Une fois son prototype au point, le jeune Camerounais a formé une équipe de cinq personnes et fait appel à des volontaires, ce qui lui a permis de construire six pirogues en un an, qu’il utilise pour faire des démonstrations et convaincre les acheteurs potentiels. Il a déjà enregistré une cinquantaine de commandes destinées à la pêche artisanale et à l’écotourisme.

Les pirogues écologiques d’Ismaël Essome sur la plage de Londji, au Cameroun (crédit photo © Josiane Kouagheu)

Ainsi, à Londji, petit village de pêcheurs situé près de Kribi, dans une zone côtière touristique du Sud-Cameroun réputée pour ses plages de sable fin et ses mangroves, le président de la coopérative tente de monter, avec l’aide d’Ismaël Essome, un projet de centre d’accueil pour le moins original : les touristes y seront hébergés dans des cases construites à l’aide de bouteilles en plastique recyclées et ils pourront déguster du poisson pêché avec les pirogues conçues par Madiba et Nature : une vraie success story à la Camerounaise…

L.V. 

Un nouveau château en Espagne

28 août 2017

L’architecte américano-canadien Franck Gehry fait assurément partie de ces starchitectes dont l’oeuvre ne laisse pas indifférent. Concepteur notamment du musée Guggenheim à Bilbao, de la Fondation Louis Vuitton à Paris, de la maison dansante à Prague ou encore de la tour de la fondation Luma en cours de construction à Arles, ses œuvres sont tout sauf classiques. Défiant les lois de la pesanteur, les bâtiments qu’il conçoit, parfois en s’inspirant simplement d’une boule de papier froissé, semblent totalement déstructurés, déformés, bancals et pour tout dire complètement loufoques, bousculant tous les principes architecturaux les plus solidement établis.

Vue d’ensemble de la Bodega Marqués de Riscal (source : Hotel Marqués de Riscal)

Parmi ces chantiers, il en est un qui retient particulièrement l’attention. C’est celui de l’hôtel de luxe édifié en 2006 sur une propriété viticole espagnole, Marqués de Riscal. Située à proximité de la ville médiévale d’Elciego, dans la vallée de l’Ebre, à mi-chemin entre Burgos et Pampelune, ce vignoble est aussi ancien que réputé. Fondée en 1860 par Camilo Hurtado de Amézaga, marquis de Riscal, un aristocrate acquis aux idées libérales et empreint de culture française, la maison Herederos del marqués de Riscal est désormais à la tête d’un domaine qui s’étend sur pas moins de 1500 ha avec des vignes en terrasses cultivées de manière extensive et surplombant la vallée de l’Ebre.

La bodega et les vignobles à proximité du village d’Elciego

Une partie des 180000 bouteilles stockées dans les chais

Une partie des caves date de 1858 et leur extension a été réalisée en 1883. Depuis, la marque est devenue un géant du vin espagnol de la Rioja, avec plus de 5 millions de bouteilles vendues annuellement, dont 70 % à l’export, et a même racheté, en 2010, 350 ha de vignobles à l’un de ses concurrents, le Français Pernod Ricard. Ici, on n’est plus dans le monde artisanal des vignerons à l’ancienne…

Mais le génie commercial de cette véritable entreprise viticole qu’est devenu le domaine Marqués de Riscal réside dans l’investissement hôtelier très haut de gamme conçu il y a maintenant plus de 10 ans pour attirer sur la propriété une clientèle aisée autour d’une véritable Cité du vin, vaste lieu d’accueil thématique de quelque 100 000 m2 consacré à l’élaboration, au soin et à l’étude du vin, entouré d’un complexe hôtelier luxueux assorti de salles de réception et de réunions.

Et c’est là que la patte de l’architecte Franck Gehry a su donner toute l’originalité qu’il fallait pour que cet immense complexe hôtelier et touristique perdu au milieu des vignes, dans un cadre enchanteur avec le village médiéval d’Elciego en arrière plan, devienne un site d’attaction proprement extraordinaire du fait de sa conception pour le moins originale. Il faut dire que si le projet date de 1998, il a fallu du temps, et de nombreuses dégustations de Rioja, pour convaincre l’architecte Franck Gehry, de s’engager dans la conception de cette bodega atypique, mais le résultat vaut le détour !

Les rubans en titane (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Le bâtiment lui-même évoque vaguement une forme de cep de vigne avec ses piliers évasés vers le ciel qui supportent des éléments de forme cubiques disposés de manière apparemment très anarchique, avec de grandes ouvertures d’orientation variée. Le tout est enveloppé et surmonté de volutes enrubannées métalliques servant de pare-soleil, en acier inoxydable et titane, dans les tons rose, or et argent, sensé évoquer les teintes du vin, des capsules et de la maille dorée qui orne les bouteilles de la propriété. Vu de loin et en fonction des reflets de la lumière, l’effet est saisissant de voir ces rubans métalliques émerger au dessus des rangées de vignes, tels un paquet cadeau abandonné au milieu des ceps…

Des façades qui se marient avec celles des bâtiments anciens (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Les façades sont en pierre, taillées dans le grès local, ce qui leur donne une certaine parenté avec celles des bâtiments historiques tout proches. Quant à l’aménagement intérieur, il est à l’avenant, de nombreux éléments ayant été dessinés par l’architecte lui-même. On y compte 43 chambres et suites luxueuses, accessibles pour la somme modique de 310 € la nuit pour les plus modestes d’entre elles, jusqu’à 800 € pour ceux qui ne comptent pas bouder leur plaisir en regardant à la dépense…

Une des 43 chambres de l’établissement (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Le lieu, qui accueille désormais 70 000 visiteurs chaque année, dispose de surcroît de deux restaurants dont l’un tenu par un chef étoilé, de nombreuses salles de réunion et de réception, y compris pour ceux qui veulent s’y marier en grandes pompes, et bien entendu d’un spa luxueux où l’on pratique notamment la vinothérapie qui consiste en un bain dans une barrique en bois remplie d’un mélange à base de marc de raisin…

Le spa de l’hôtel (source : Hôtel Marqués de Riscal)

Destiné manifestement à une clientèle huppée et capable de dépenser sans compter, ce type d’établissement ne laisse cependant pas indifférent du fait de son architecture pour le moins originale, dont la conception a nécessité des études numériques poussées en trois dimensions et même des essais en soufflerie pour vérifier que les volutes en titane n’allaient pas s’envoler à la moindre brise. Quant à la réalisation d’une construction aussi biscornue, dont le coût reste tenu secret, on n’ose même pas imaginer le dialogue au jour le jour entre son concepteur et les entreprises en charge de concrétiser sur le chantier un projet aussi audacieux…

L.V.  

Croisière autour du monde : dernière escale

4 avril 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux reporters ont terminé leur tour du monde partiel après une dernière escale au Vietnam.

Vendredi 31 mars :

Ce matin vers 11 heures, nous avons quitté le Queen Elisabeth 2 avec un petit pincement au cœur. Depuis 3 mois c’était devenu un peu notre maison…

Singapour vu ce matin depuis le pont 10

Les gratte-ciel de Singapour

À Singapour, la chaleur et l’humidité sont accablantes. Nous prenons un taxi pour rejoindre notre hôtel, le Mandarin, dans Orchard Road. C’est un quartier voué au shopping. Les centres commerciaux se suivent avec les mêmes marques de luxe : Cartier, Prada, Chanel… Moi, ce n’est pas trop mon truc !

Un centre commercial de grand luxe juste en face de chez nous

La vue de notre chambre d’hôtel au 27e étage de l’hôtel Mandarin

La ville est neuve, ultra moderne, livrée au gigantisme. Notre hôtel a 1000 chambres et ce n’est pas le plus grand !

Nous quitterons dimanche Singapour et rentrerons à la maison….

Ce fut un beau, un très beau voyage, mais maintenant je crois que nous avons envie de nous retrouver chez nous !

J’espère que vous avez aimé nos photos et nos petits textes qui vous ont permis, du moins je l’espère, de voyager un peu par personne interposée.

Bien à vous tous et à très bientôt à Carnoux!

Annie

Croisière autour du monde : 24ème escale

29 mars 2017

Nos deux globe-trotters à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une escale à Hong Kong, ils viennent d’arriver sur les côtes vietnamiennes.

Mardi 28 mars :

On nous avait présenté Nha Trang comme un lieu de villégiature de luxe… Bof ! Ce que nous avons trouvé, ce sont quelques hôtels d’extrême grand luxe, c’est vrai, mais où on ne voit pas un Vietnamien (sauf les employés bien sûr). A qui sont-ils réservés ? A de riches Chinois ? Aux Américains nostalgiques du pays ?

Vue depuis le bateau ce matin

Ce n’est pas après quelques heures en ville qu’on peut répondre à ces questions ! Partout ailleurs ce sont des boutiques minables et sales, des trottoirs défoncés, des pousse-pousse qui vous environnent pour vous emmener ici ou là… La plage, en revanche est belle.

Le marché de Nha Trang

L’institut Pasteur demeure un des plus beaux bâtiments de la ville. C’est ici que Yelsin, un Suisse collaborateur de Pasteur, découvrit le bacille de la lèpre. Un petit musée nous permet de voir le cabinet de travail du chercheur qui a été pieusement conservé. La rue principale se nomme d’ailleurs rue Pasteur…

La rue Pasteur

La chaleur ! Je n’en ai pas encore parlé… Elle est écrasante. Les ordures dans les rues émettent des senteurs dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont puissantes !

Un carrefour entre taxis et pousse-pousse

Nous avions fait un premier voyage au Vietnam il y a environ 15 ans. Pour nous, le pays a peu changé. On continue à manger dans la rue (et à laver la vaisselle dans le caniveau), assis sur des tabourets d’enfants en plastique de toutes les couleurs !

Bref, depuis notre départ cela a été l’escale la plus décevante, d’autant qu’on nous en avait dit beaucoup de bien !

 

Les beaux militaires sont montés à bord

Mercredi 29 mars :

Alors là ! On a battu les records ! Cette escale (qui, pour nous qui nous arrêtons à Singapour, sera la dernière de notre périple) s’appelait au départ Hô Chi Minh Ville, soit Saigon. Puis, peu à peu, il n’a plus été question de ça et on nous a parlé de Phu My. Je suis allée m’informer et on m’a répondu que c’était le port de Saigon. Bon.

Nous sommes dans le delta du Mékong

La veille de l’arrivée, nous avons appris que Saigon était à 90 km ! Donc cher et long si on choisit le taxi… En fait, cela n’a même pas été possible, Phu My N étant qu’une zone industrielle loin de tout, dans un paysage dévasté par l’homme : ordures de toutes sortes jonchant les bords de route, les petits champs couverts de fragments de plastique etc…

La ville de Ba Ria et ses vendeurs de rue

On nous a alors proposé une navette pour nous rendre à une ville d’une certaine importance, Ba Ria.
Nous avons fait 40 minutes de bus (heureusement, c’était climatisé et propre) pour atteindre cette ville qui est très étalée et dont nous n’avons même pas aperçu le centre, si toutefois il y en a un !

Le bus nous a déposés devant un « marché ». En fait, c’était un vilain supermarché flanqué de quelques boutiques de chaussures, livres, fleurs artificielles, Kentucky fried chicken…, tout cela fort laid ! Nous y avons passé un quart d’heure et avons illico repris le bus pour le bateau.

Il est midi et demi, j’en ai profité pour vous raconter cette piteuse journée et je me propose de faire part de notre mécontentement à Cunard en leur demandant de supprimer cette escale sans aucun intérêt de leurs prochains voyages !

Le supermarché où le bus nous a arrêtés

C’est vraiment décevant de terminer un si beau voyage sur une note si discordante !
Demain nous sommes en mer et vendredi nous arriverons à Singapour (en anglais, ça s’écrit Singapore). Nous y avons réservé deux nuits d’hôtel dans un bel établissement d’Orchard Road, une rue très centrale. Nous avons hâte de découvrir cette ville dont on nous a dit le plus grand bien… Bien entendu, vous serez les premiers informés !

Annie