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La mer Morte est-elle menacée de mort ?

4 août 2022

Cléopâtre et la reine de Saba déjà l’avaient remarqué en leur temps : la mer Morte est particulièrement riche en sels minéraux et notamment en potassium, si bien que les boues issues de ses rives étaient déjà réputées pour leurs bienfaits thérapeutiques et cosmétiques dès l’Antiquité. Une tradition qui perdure et qui continue à drainer des milliers de touristes venus faire des cures thermales et surtout flotter comme un bouchon en faisant la planche tout en lisant le journal. Une capacité portante exceptionnelle liée à cette forte teneur en sels qui peut atteindre jusqu’à 340 g/l alors que celle de la Méditerranée ne dépasse pas 38 à 40 g/l et que celle de la mer Rouge atteint tout au plus 50 à 58 g/l. Aucun animal marin ni même les algues ne peuvent survivre dans un tel milieu, ce qui lui vaut d’ailleurs son nom de mer Morte…

Les eaux turquoise de la mer Morte, tellement salées qu’on y flotte sans peine (source © Get your guide)

Sauf que rien n’est totalement immuable et que la reine de Saba ne reconnaîtrait pas les rives de la mer Morte si d’aventure elle devait repasser par là… En l’espace de 50 ans, cette mer fermée a perdu un tiers de sa superficie, tout comme la mer d’Aral ou le lac Tchad, et son niveau baisse en moyenne de 70 cm par an, une baisse qui s’est encore accélérée depuis et peut atteindre jusqu’à 1,45 m par an ! En 1900, la surface de l’eau était à – 390 m sous le niveau des mers et elle se trouve désormais à – 426 m, soit une baisse de près de 40 m depuis…

Le lac de Tibériade et ses berges verdoyantes (photo © AFP / i24)

Bien entendu, le réchauffement climatique n’améliore pas la situation en augmentant les périodes de forte chaleur qui accentuent l’évaporation, la mer Morte n’étant que l’exutoire ultime du Jourdain, ce fleuve biblique issu du lac de Tibériade et dont les eaux viennent se perdre dans la mer Morte où elles s’évaporent naturellement. Mais la cause de cet assèchement brutal est principalement liée à l’activité humaine. Dans les années 1960, l’État d’Israël, en plein expansion a eu besoin d’énormes quantités d’eau pour alimenter ses colonies de peuplement et assurer la mise en culture du désert du Néguev. Un barrage a alors été construit au sud du lac de Tibériade et plus des trois-quarts de son débit est depuis purement et simplement détourné pour les besoins des Israéliens, ne laissant plus qu’un débit qui ne dépasse pas celui de la Seine à Paris !

Vue aérienne de la mer Morte en voie d’assèchement, avec à gauche la partie sud exploitée en bassins de décantation pour extraire la potasse (source © France TV Info)

Depuis lors, les apports du Jourdain ne suffisent plus à compenser l’évaporation de la mer Morte qui s’assèche à vue d’œil. En parallèle, Israéliens et Jordaniens se sont mis à exploiter la potasse contenue dans les eaux de la mer Morte pour en faire des engrais agricoles. Toute la partie sud de la mer Morte a été transformée en gigantesques bassins de décantation pour extraire le précieux minerai, ce qui accentue fortement la vitesse de réduction du plan d’eau qui rétrécit comme peau de chagrin.

En se retirant, la mer laisse des dépôts souterrains de sols riches en sels. Le ruissellement sur les rives vient dissoudre peu à peu ces poches souterraines de sels et on assiste depuis des années à d’innombrables effondrements qui viennent miner les berges : plus de 6000 cratères d’effondrement, dont certains atteignent plusieurs kilomètres de diamètre, se sont ainsi formés, transformant les abords de la mer Morte, en de nombreux endroits, en un paysage lunaire traversé de multiples crevasses, routes et infrastructures étant peu à peu englouties au fur et à mesure que la mer se retire et que les berges s’effondrent.

Cratères d’effondrement et recul du rivage sur les berges de la mer Morte (source © Pour la science)

Pour pallier cette situation catastrophique, personne n’envisage de réduire les prélèvements en eau dans une région qui en manque déjà cruellement. En 2006, sous l’égide de la Banque Mondiale, c’est un autre projet pharaonique qui a vu le jour, consistant à construire une immense usine de dessalement d’eau de mer sur les rives de la mer Rouge, puis à creuser un gigantesque canal à travers le désert pour conduire vers la mer Morte les saumures issues du traitement, espérant que ces eaux permettraient de réalimenter suffisamment le plan d’eau en cours d’assèchement.

Les bords de la mer Morte devenue un haut lieu du tourisme également fort gourmand en eau potable (photo © You matter)

Les études ont néanmoins permis de cerner les coûts pharamineux d’un tel projet estimé à près de 10 milliards de dollars, et surtout les risques écologiques majeurs induits. Il aurait fallu pomper l’eau à plus de 120 m de profondeur pour ne pas aspirer toute la vie organique excessivement riche associée aux récifs coralliens de la mer Rouge, et sans garantie que les saumures déversées dans la mer Morte ne viennent rapidement faire virer au blanc (du fait de précipités de gypse) ou au rouge (par suite du développement de micro-algues associées aux milieux lagunaires sursaturés) les eaux de la mer Morte réputées pour leur belle couleur turquoise… Par ailleurs, la canalisation souterraine de 180 km de long envisagée pour transporter les saumures vers la mer Morte risquait fort de se rompre en cas de séisme, fréquent dans la région, au risque de rendre définitivement impropre à tout usage la nappe souterraine exploitée le long de son tracé !

La ville israélienne d’Eilat et sa voisine jordanienne d’Aqaba, au bord de la mer Rouge (photo © Hadas Parush / Flash 90 / Times of Israel)

En juin 2021, les apprentis sorciers ont finalement renoncé au projet mais la Jordanie a alors annoncé officiellement qu’elle lançait le projet de construction d’une usine de dessalement sur les rives de la mer Rouge, dans le golfe d’Aqaba, afin de fournir au pays 250 à 300 millions de m³ d’eau potable par an d’ici 2026. Un projet chiffré à 1 milliard de dollars en comptant tout le réseau de distribution d’eau à réaliser, la ville d’Aqaba étant situé à l’extrémité sud du pays, à plus de 300 km de la capitale Amman… En parallèle, la Jordanie va tenter de limiter l’urbanisation sur les zones côtières et Israël envisage de taxer les industries minières pour freiner l’extraction de la potasse.

Reste à mettre en point le dispositif pour développer une usine de dessalement d’une telle ampleur en essayant de privilégier le recours à l’énergie solaire car les conditions d’ensoleillement sont idéales pour cela en Jordanie qui par ailleurs manque de ressources énergétiques propres et produit déjà 20 % de ses besoins énergétiques à base de renouvelable. A défaut de freiner l’évaporation des eaux de la mer Morte, le soleil contribuera du moins à favoriser l’approvisionnement des Jordaniens en eau potable…

L. V.

Le sorcier de Christchurch, victime d’un coup du sort

20 octobre 2021

La cité de Christchurch, troisième plus grande ville de Nouvelle-Zélande, vient de nouveau de faire parler d’elle. Elle avait déjà été au centre de l’actualité mondiale lorsque, le 15 mars 2019, un terroriste d’extrême droite, Brenton Tarrant, y avait commis une série d’attentats meurtriers contre deux mosquées de la ville, faisant pas moins de 51 morts et 49 blessés. Pour ce pays paisible qui compte huit fois plus de moutons que d’habitants et qui présente l’un des taux d’homicide les plus faibles de la planète, cette tuerie de masse perpétrée par un suprématiste blanc de 28 ans, d’origine australienne, avait fait l’effet d’un vrai traumatisme.

Recueillement après la tuerie de Christchurch en mars 2019 (photo © Carl Court / Getty Image / Radio Canada)

Dans le manifeste intitulé The Great Replacement, qu’il avait diffusé avant de passer à l’acte, le tueur faisait d’ailleurs explicitement référence, parmi les raisons de sa radicalisation, à des théories identitaires voire xénophobes, popularisées par l’extrême droite française, allant même jusqu’à laisser entendre que la défaite de Marine Le Pen, à l’élection présidentielle de 2017, avait contribué à sa volonté de passer à l’acte, à l’exemple d’Anders Behring Breivik, autre militant d’extrême droite qui avait décleché lui aussi, et pour les mêmes raisons idéologiques, une tuerie de masse causant 77 morts à Oslo et sur l’île norvégienne d’Utøya.

Mais c’est à une autre forme de remplacement que la ville de Christchurch, fondée en 1850 par un groupe de pèlerins anglais, pétris de l’esprit pionnier de l’époque, doit de défrayer de nouveau la chronique. La municipalité de Christchurch a en effet purement et simplement décidé de licencier son sorcier !

Ian Brackenbury Channel au jardin botanique de Christchurch le 21 mars 2019, juste après les attentats terroristes qui avaient fait 51 victimes (photo © William West / AFP / BFM TV)

L’affaire pourrait prêter à sourire, d’autant que le sorcier en question, âgé de 88 ans, toujours vêtu d’une longue robe noire et arborant un chapeau pointu de carnaval sur une longue chevelure hirsute et une barbe interminable tout aussi ébouriffée, fait plutôt penser à un charlatan dont le seul rôle était d’amuser les touristes et de faire parler de lui… Ian Breckenbury Channell, d’origine britannique, n’a d’ailleurs atterri à Christchurch qu’en 1974 après des études de psychologie et de sociologie à l’université de Leeds, et un début de carrière comme pilote d’avion à la Royal Air Force.

Rien ne le prédestinait donc à cette balle carrière de sorcier sinon sans doute un goût immodéré pour se montrer en spectacle, n’hésitant pas à haranguer les foules devant la cathédrale de Christchurch, dans ce qui tenait lieu, jusqu’en 2013 de Speaker’s corner, à l’instar de celui de Hyde Park à Londres. A ses débuts, le personnage était tellement allumé que le conseil municipal avait carrément demandé son arrestation, voire son internement.

La cathédrale anglicane de Christchurch, menacée d’effondrement après le séisme de février 2011 (source © Structurae)

Mais le sorcier a acquis au fil du temps une belle popularité, ne se contentant pas de fustiger les responsables politiques et leurs idées loufoques comme celle de vouloir repeindre en bleu les antiques cabines téléphoniques rouges qui font la fierté des vestiges de l’empire britannique. N’hésitant pas à effectuer la danse de la pluie quand il le fallait ou à jeter des sorts pour influer sur le résultat des grands matchs de rugby qui passionnent les Néozélandais, le personnage est devenu tellement indispensable que dans les années 1980 c’est le conseil municipal de Christchurch qui l’a même supplié de rester alors que le sorcier fantasque menaçait de se retirer, soumis à certaines critiques parce que le sortilège qu’il avait lancé en faveur de l’équipe locale de rugby n’avait pas eu l’effet escompté.

Bien que pas vraiment infaillible, Ian Brackenbury Channel, était donc devenu au fil du temps, une des attractions de la ville de Christchurch. En 1990, le premier ministre Mike Moore n’avait d’ailleurs pas hésité à le nommer officiellement « Magicien de Nouvelle-Zélande ». Et depuis 1998, il était officiellement rémunéré par la municipalité de Christchurch qui lui versait une rente d’un peu moins de 10 000 euros par an pour exercer ses talents de sorcier et, accessoirement, attirer les visiteurs curieux de rencontrer ce personnage quelque peu excentrique.

Le sorcier de Christchurch était dévenu une véritable attraction touristique (photo © William West / AFP / Slate)

Seulement voilà, le conseil municipal de Christchurch a brutalement décidé de mettre fin au contrat du sorcier, estimant que la magie noire ne correspondait plus vraiment à l’image de ville dynamique, diverse et moderne dont la grande métropole néozélandaise souhaitait se prévaloir. Une simple évolution donc de la politique de communication de la municipalité actuelle, dont le vieux sorcier fait les frais, selon un schéma classique qui touche toute les institutions du monde, lorsqu’un nouveau responsable du marketing décide d’imprimer sa marque.

L’adjointe en charge du dossier au sein du conseil municipal, a d’ailleurs annoncé l’affaire en recourant à la langue de bois la plus classique en usage dans ce cas de figure, déclarant mielleusement : « C’est une décision difficile de mettre fin à ce contrat. Le conseil lui est reconnaissant pour sa contribution précieuse et spéciale à la vie culturelle de notre ville et il fera à jamais partie de notre histoire ». De profundis…

Ian Brackenbury Channel, le sorcier passé de mode à Christchurch (photo © Mark Baker / AP / SIPA / 20 minutes)

Evidemment, le Gandalf de Christchurch n’a guère apprécié et il n’a pas caché sa fureur à l’issue de cette décision irrévocable de la municipalité, déclarant à qui voulait l’entendre : « C’est une bande de bureaucrates qui n’ont aucune imagination. Ils ne pensent pas aux moyens de promouvoir Christchurch à l’étranger ». Voilà une nouvelle preuve en tout cas que la chasse aux sorcières (et aux sorciers) est plus que jamais d’actualité, même dans le monde policé et tout ouvert à la diversité culturelle que se veut être la Nouvelle-Zélande. Espérons néanmoins que le sorcier éconduit ne jettera pas un mauvais sort aux conseillers municipaux de Christchurch qui ne doivent pas dormir très tranquillement ces derniers temps…

L. V.

Après le pass sanitaire, le pass calanques ?

28 juillet 2021

Les Calanques de Marseille sont victimes de leur succès ! En 8 ans, le nombre de visiteurs a triplé, atteignant désormais les 2 500 personnes par jour pendant la saison estivale, avec même des pointes à 3 500 personnes. L’an dernier, près de 3 millions de touristes ont été dénombrés sur le territoire marseillais pour les seuls mois de juillet et août 2020 : un record d’affluence qui se traduit par une surfréquentation dramatique sur les sites naturels vulnérables qui constituent le massif des Calanques.

Les sols fragiles à la végétation clairsemée sont piétinés sans vergogne par des bataillons de vacanciers, tongs aux pieds et glacière à la main, croyant se rendre à la plage et souvent mal équipés pour arpenter les chemins caillouteux et escarpés qui conduisent aux calanques. Attirés par des images de criques paradisiaques où l’eau est couleur turquoise, ils s’engagent parfois imprudemment sur des sentiers de montagne exposés aux chutes de pierres et au soleil qui cogne, jetant négligemment leurs papiers gras derrière les buissons de cistes, faute de poubelles installées le long des chemins.

La calanque d’En-Vau, prise d’assaut en période estivale (photo © Z. Bruyas / Parc national des Calanques)

Une surfréquentation qui se traduit aussi par des embouteillages sur les rares routes d’accès, des batailles homériques pour la moindre place de parking et de nombreux accidents qui obligent à mobiliser les services de secours au-delà du raisonnable. Bref, tout le monde en est conscient : il est temps de réguler un minimum l’accès à ce milieu naturel préservé mais particulièrement exposé, pour ne pas voir ce patrimoine magnifique se dégrader inexorablement. Les responsables du Parc national des Calanques le clament haut et fort depuis plusieurs années déjà et son président, Didier Réault, affirme que les calanques « ne pourront pas supporter longtemps une telle surfréquentation ».

Un avis que la Ville de Marseille partage désormais. Le 21 avril 2021, l’adjoint en charge du tourisme durable, Laurent Lhardit, a ainsi estimé qu’il « faut amplifier les moyens dévolus à l’accueil des touristes et réduire ceux dévolus à la promotion de la ville ». Une position qui va clairement à l’encontre de celle de l’Office métropolitain du tourisme, aux mains de la Métropole, qui a prévu pour 2021 un budget de plus d’un million d’euros pour des actions de communication destinées à attirer encore davantage de touristes… Au contraire, le site officiel du Parc national des Calanques affiche la couleur et cherche à dissuader le chaland, photos à l’appui, en dépeignant d’entrée les calanques comme un « massif montagneux en bord de mer qui offre peu de plages. Situées au creux des criques, dénuées d’équipements, elles sont souvent difficiles d’accès, exiguës et prises d’assaut pendant la période estivale »…

Surfréquentation en été dans la calanque de Sugiton (photo © Valérie Vrel / La Provence)

Mais les messages de prévention sont manifestement insuffisants pour dissuader l’afflux de visiteurs qui a doublé à En-Vau et Sormiou au cours de l’été 2020 et qui n’en finit pas de croître. Depuis le mois de mai 2021, le mouillage des embarcations dans les calanques d’En-Vau et de Port Pin est dorénavant interdit. Et le 13 juillet 2021, le Parc national des Calanques a annoncé que, dès 2022, il sera désormais nécessaire de réserver sa place pour pouvoir accéder au massif, via une application en ligne qui permettra de limiter à tout moment la jauge de fréquentation entre 400 et 500 personnes.

L’accès restera gratuit (pour le moment !) et la réservation sera possible jusqu’à 4 semaines à l’avance mais c’est quand même un rude coup porté à la liberté des amoureux de ce massif naturel et l’on entend déjà les commentaires outrés hurlant à l’atteinte intolérable contre les libertés individuelles fondamentales et se déchaînant contre les oukases des ayatollahs de l’environnement qui prendraient prétexte de la nécessité de préserver le patrimoine naturel pour en interdire l’accès de manière abusive…

Ballade dans le massif des Calanques (photo © Sylvain Paret / Trekking et voyage)

Les adeptes des ballades dans ce milieu naturel exceptionnel qu’est le massif des Calanques ne pourront bien évidemment que regretter qu’il faille passer par des mesures de régulation aussi draconiennes pour endiguer l’afflux de visiteurs. Mais il faut raison garder et admettre que la préservation de cet espace fragile mérite bien quelques contraintes individuelles. A force de déclamer que « le client est roi », que chacun doit pouvoir « jouir sans entrave » et que le respect des libertés personnelles est la première des valeurs, notre monde consumériste et libéral nous ferait presque oublier que la vie en société exige aussi que l’on respecte certaines règles communes qui peuvent être perçues comme des contraintes mais qui sont nécessaires pour assurer le bien être de tous et la survie de notre environnement que nous léguons aux générations futures…

Une évidence que la plupart des sociétés humaines, souvent dépeintes comme primitives, avaient pourtant parfaitement intégrée mais que certains d’entre nous ont parfois tendance à oublier. Accepter ce qui est perçu comme une contrainte individuelle parce que cela participe de l’intérêt général ne va plus de soi pour tout le monde…

Manifestation à Marseille contre le pass sanitaire le 24 juillet 2021 (photo © Clément Mahoudeau / AFP / Info TV5 Monde)

Il en est d’ailleurs de même dans le domaine sanitaire. Malgré la pandémie de Covid-19 et ses conséquences dramatiques pourtant largement mises en avant par les médias, certains individus continuent à vouloir privilégier leur confort individuel en s’opposant à toute contrainte imposée par l’État, depuis le port du masque et le respect des gestes barrières jusqu’à la vaccination qui est par essence une mesure de prophylaxie collective et ne peut être efficace que si elle est pratiquée à grande échelle et non pas soumis aux caprices et aux croyances personnelles.

Garder son libre arbitre et faire preuve d’esprit critique face aux décisions politiques qui peuvent relever d’un certain arbitraire, voila qui est tout à l’honneur d’un citoyen éclairé et vigilant. Attention cependant à ne pas tomber dans l’excès inverse en perdant de vue le sens de l’intérêt général à force de vouloir trop mettre en avant sa propre liberté individuelle !

L. V.

Posidonies : le poumon vert de la Méditerranée ?

30 mars 2021

Les posidonies, ce sont ces accumulations de rubans brunâtres qui s’entassent sur les plages de Bandol ou de Cassis à la suite des grandes tempêtes d’hiver, ces « largades », qui poussent dans les moindre crique de nombreux débris flottants ou arrachés aux fonds marins par les courants violents. Ces masses peu ragoutantes qui s’entassent sur les plages et dans lesquelles on s’enfonce et on se prend les pieds, ne font pas bon effet pour les touristes qui se pressent sur les rivages méditerranéens dès les beaux jours revenus, faisant même craindre à certains un risque d’intoxication.

Présence de posidonies sur une plage de Sanary-sur-Mer (photo © Sophie Glotin / Radio-France)

Et pourtant, rien à voir avec les algues vertes qui se décomposent sur les rivages bretons ou ceux de l’étang de Berre, dont la croissance est stimulée par les afflux de nitrate issus de l’agriculture intensive et des rejets d’eaux usées, et dont la décomposition à l’air libre provoque des accumulations d’hydrogène sulfuré potentiellement mortel. Rien à voir non plus avec les algues bleues, ces cyanobactéries, capables de se développer soudainement dans certains plans d’eau douce lorsque les conditions climatiques et les apports de nutriments sont favorables, mais qui peuvent contenir des cyanotoxines très dangereuses également.

Herbier de posidonies (photo © Mimichaps / GoMet)

D’ailleurs ces longs rubans verts qui ondulent au fond de l’eau le long des rivages méditerranéens et qui brunissent lorsqu’ils sont rejetés sur les plages, ne sont pas des algues mais bien des plantes à fleurs aquatiques ! La Posidonie de Méditerranée (Posidonia oceanica de son petit nom latin) est en réalité une angiosperme monocotylédone (tout comme les orchidées ou les graminées) mais sous-marine. A ce titre, elle présente une racine, une tige sous forme de rhizome et de longues feuilles rubanées pouvant mesurer jusqu’à 1 m de long et disposées en touffes de 6 ou 7. Cette plante verte, endémique des bords de la Méditerranée fleurit à l’automne et donne au printemps des fruits qui flottent et que les Italiens nomment joliment olive di mare

Formant de vastes herbiers qui peuvent s’étendre jusqu’à 40 m de fond, les posidonies constituent de fait l’écosystème majeur des côtes méditerranéennes. C’est en leur sein que s’abritent et se nourrissent la plupart des organismes marins qui font la richesse des rivages de Méditerranée. L’enchevêtrement des racines et des rhizomes peu putrescibles forme un épais matelas dénomme « matte », plus ou moins colmaté par les sédiments piégés et dont l’accumulation au fil des ans peut atteindre plusieurs mètres d’épaisseur.

Banquette de posidonies sur une plage (source © Mémoire de fin d’étude Alizée Martin)

Ces accumulations protègent les rivages de l’érosion, y compris sur les plages et dans les criques. C’est pourquoi, les communes qui, comme Bandol, nettoient consciencieusement leurs plages de tout fragment à l’approche de l’été pour que les touristes puissent trouver un sable nickel, conforme à leur fantasme, stockent ces amas et les remettent en place à l’automne afin d’éviter l’érosion marine.

Raclage des posidonies sur une plage de La Seyne-sur-Mer à l’approche de l’été (photo © P. F. / Var Matin)

Mais l’on sait désormais que ces herbiers à posidonies jouent aussi un rôle majeur dans l’oxygénation de l’eau de mer et dans la fixation du gaz carbonique. Des études scientifiques, menées notamment depuis plusieurs années par l’équipe Écosystèmes littoraux de l’université de Corse, ont bien mis en évidence cette importante capacité de stockage du carbone au sein des mattes de posidonies. Selon Gérard Pergent, l’un des responsables de ce programme scientifique, « les herbiers fixent 10 à 15 % du carbone océanique. Les mattes de Méditerranée fixent 4 à 5 fois plus de carbone que les autres espèces d’herbiers ». Sachant que le littoral corse est entouré de 53 000 ha d’herbiers à posidonies, certains estiment même que le bilan carbone de l’île serait positif, du seul fait de l’existence de ces herbiers !

La plage de Santa Severa, à Luri, dans le Cap Corse, recouverte de posidonies (photo © Angèle Chavasas / Corse Matin)

C’est peut-être aller un peu vite en besogne, d’autant que ces herbiers sont particulièrement menacés, non seulement pas l’élévation de la température, la pollution, l’augmentation de la turbidité de l’eau, la compétition avec certaines espèces invasives, mais aussi par les ravages que font les ancres des bateaux de plaisance et surtout la pratique du chalutage. Dès les années 1970, le pêcheur Georges Cooper avait mis en point une technique pour tenter de reconstituer, par bouturage, des herbiers menacés entre Hyères et Gien, dans le Var.

Dans le Parc national des Calanques, on estime à plus de 100 000 ha la superficie de fonds marins recouverts d’herbiers de posidonies. Mais, depuis 1960, on considère que entre 13 et 38 % de leur surface aurait disparu sous l’effet de différents facteurs, dont le développement de la navigation côtière. Le 18 mars 2021, le Parc a donc lancé un nouveau programme de protection des herbiers de posidonies, financé dans le cadre d’un projet pilote de compensation carbone. Intitulé Prométhée-Med, et mené en partenariat avec la société EcoAct, ce programme est principalement financé par le groupe Schneider Electric et la société néerlandaise Interxion, tous deux gros émetteurs de gaz à effets de serre du fait de leurs activités industrielles, et qui trouvent ainsi un moyen de se racheter une conscience écologique.

Ces fonds vont permettre de positionner des bouées d’amarrage permettant de limiter le dégât des ancres de bateaux, ainsi que des balises pour délimiter des zones où le mouillage est strictement interdit. Cette démarche pilote, qui s’inscrit dans le cadre du Label bas-carbone créé par le Ministère de la transition écologique, pourra peut-être servir d’exemple sur d’autres territoires impactés. Sachant qu’un hectare d’herbier à posidonies est capable de stocker pas moins de 1500 tonnes de CO2, soit 7 fois plus qu’une forêt de feuillus française et 3 à 5 fois davantage qu’une forêt tropicale, voilà en effet une piste à suivre pour lutter contre les émissions toujours croissantes de gaz à effet de serre. Parmi toutes les options à l’étude pour tenter de séquestrer de grandes quantités de gaz carbonique, celle du développement des herbiers à Posidonies de Méditerranée paraît prometteuse : de quoi donner des idées au milliardaire Elon Musk qui promet 100 millions de dollars à qui trouvera le moyen de stocker 10 milliards de tonnes de dioxyde de carbone d’ici 2050…

L. V.

Cassis : lessivage et bétonnage au Bestouan

9 mars 2021

A Cassis, la plage du Bestouan, située en contrebas de la route en allant vers la Presqu’île fait partie des spots balnéaires noirs de monde dès que les beaux jours arrivent. Des cartes postales anciennes assemblées sur l’excellent site « Le Gabian déchaîné » montrent d’ailleurs qu’il en était déjà de même au tout début du siècle dernier. A croire que tout le monde a oublié que c’est sur les hauteurs de cette même plage, à l’endroit où se dresse depuis l’hôtel de charme « Le jardin d’Émile », qu’ont été enterrées les 214 victimes cassidennes de la peste de 1720, juste au dessus du vallat des Brayes qui longe le parking du Bestouan et dont la plage constitue le cône de déjection naturel.

La plage du Bestouan à Cassis vers 1900 (carte postale ancienne source © Le Gabian déchaîné)

Un parking qui, certains l’auront sans doute constaté, est actuellement inaccessible car recouvert d’étranges bâches noires gonflées tout à fait incongrues dans ce paysage balnéaire… Ces deux immenses outres en géotextile noir servent en fait au ressuyage des sédiments qui sont en cours de dragage dans le port de Cassis. Une opération de nettoyage qui n’avait pas été entreprise depuis les années 1960 alors que le port de Cassis est l’exutoire naturel de tous les ruissellements pluviaux souvent très chargés qui dévalent des rues au moindre orage et qui charrient dans les eaux du port tout ce qui traîne au sol.

Vue du port de Cassis (source © My PACA)

Ces apports de matériaux s’accumulent dans le fond du port au rythme de 10 cm tous les 4 ans en moyenne, ce qui, à la longue, réduit considérablement le tirant d’eau et conduit à l’envasement inéluctable. Ces opérations de dragage sont donc indispensables. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir le sort des anciens ports antiques de Fréjus ou de Marseille, depuis longtemps enfouis au milieu des terres. A Cassis, c’est le Conseil départemental qui est gestionnaire du port et comme Martine Vassal ne peut rien refuser à la maire de Cassis, Danièle Milon, par ailleurs 2e vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, l’affaire était dans le sac. Après une rapide enquête publique menée au pas de charge l’été dernier, les travaux ont commencé cet hiver et sont en voie d’achèvement, pour la modique somme de 1,75 millions d’euros payée par le Département.

Les matériaux du port ont été aspirés par une drague sur une épaisseur variant selon les endroits entre 65 cm et 1,50 m. Le mélange d’eau et de sédiments est refoulé par une conduite qui court au fond de la mer jusqu’à la plage du Bestouan sur une longueur de 650 m. La conduite traverse la route par la buse du vallat des Brayes et vient se déverser dans les deux gros géotubes où le mélange reçoit au passage une poudre de perlimpinpin qui facilite la floculation. Le ressuyage se fait naturellement à travers les mailles du géotextile et l’eau qui filtre est recueillie et décantée puis renvoyée par une autre conduite au fond du port. A l’issue de la phase de décantation, les outres seront éventrées et les sédiments seront chargés dans des camions bennes pour être évacués en décharge car, bien évidemment, leur taux de pollution est tel qu’aucune valorisation de ces déchets n’est envisageable.

Schéma des installations de traitement des sédiments sur la parking du Bestouan à Cassis (source © Conseil départemental des Bouches-du-Rhône)

Malgré les belles images de cartes postales, le fond du port de Cassis n’est en effet jamais qu’un cloaque immonde, même si la Ville n’apprécie guère ce type de constat, au point d’intenter, comme l’avait rapporté Marsactu, un procès en diffamation contre France Télévision qui avait eu l’outrecuidance, en juillet 2017, de diffuser un reportage évoquant diverses sources de pollution des calanques, dont les rejets de la station d’épuration de Cassis, pourtant récemment rénovée !

De fait, la municipalité de Cassis ne cache pas son ambition de faire de Cassis un site de villégiature pour une clientèle fortunée et veille à son image tout en n’hésitant pas à attribuer à tour de bras des permis de construire pour des villas de plus en plus luxueuses sur tout le littoral où l’on voit fleurir des grues jusqu’au bord même des espaces naturels encore préservés. A Cassis, la maire déplore qu’il n’y ait aucun espace disponible, du fait des multiples contraintes environnementales et réglementaires, pour construire les logements sociaux qui font tant défaut. Le taux de logement sociaux ne dépasse d’ailleurs pas 8,7 %, ce qui handicape fortement la population active qui travaille en particulier dans la restauration et l’hôtellerie locale, souvent dans des conditions très précaires.

Vue aérienne du site du Bestouan à Cassis (source © Géoportail)

En revanche, la Ville trouve toujours une petite place pour autoriser la construction d’équipements hôteliers et de résidences luxueuses, sans doute plus faciles à insérer dans le paysage local. C’est le cas pour le projet emblématique envisagé justement sur les hauteurs du Bestouan, sur le carreau d’une ancienne carrière à ciel ouvert, au dessus des anciennes installations industrielles connues sous le nom de « l’usine à fer ». Un vestige de ce qui s’apparente à une tentative de sidérurgie sur l’eau, bien avant celle de Fos-sur-mer puisque initiée sous le Second Empire, en 1856. Le projet était ambitieux puisqu’il s’agissait de construire 3 hauts-fourneaux pour traiter du minerai de fer extrait dans une concession minière située près d’Alméria, en Andalousie, et transportée jusque-là par bateau. Ce fut un fiasco et l’usine n’a jamais été mise en service. La charpente métallique des bâtiments a même été démontée pour être récupérée et il subsiste juste quelques murs et une haute cheminée de 33 m de hauteur en pierres et en briques.

Vestiges de l’usine à fer du Bestouan (source © PLUi Aix-Marseille-Povence Métropole)

Malgré ce vestige industriel quelque peu incongru dans le paysage, la carrière située plus haut constitue une belle plateforme remarquablement située au dessus de la plage et face au cap Canaille, un emplacement qui ne peut qu’attirer le regard des investisseurs. Ses propriétaires actuels, Jean-Jacques Garella et Alexandre Besoian, projettent depuis des années d’y construire un vaste complexe hôtelier 5 étoiles de 63 chambres, avec restaurant, spa et piscine, ainsi qu’une dizaine de villas, sur les 4,5 hectares considérés comme constructibles du site. Le Plan local d’urbanisme, adopté par la Métropole fin 2019, intègre d’ailleurs une Opération d’aménagement et de programmation spécifique sur ce secteur, qui prévoit explicitement le projet envisagé et en dresse l’esquisse. Le permis de construire a déjà été déposé par le promoteur immobilier Quartus.

Le carreau de l’ancienne carrière où est prévue la construction d’un complexe hôtelier (photo © Anne Jaujard / Marsactu)

Certes, un avis de l’autorité environnementale, publié le 25 janvier 2021 par la DREAL PACA, émet quelques réserves sur ce projet dans une zone aussi sensible et réclame une étude d’impact. La création d’une nouvelle route est rendue nécessaire pour permettre l’accès au site, y compris pour les moyens de secours et de lutte contre l’incendie, dans un secteur déjà bien engorgé l’été et dépourvu de tout transports en commun.

Insertion paysagère du projet selon l’esquisse figurant dans le PLUi

Mais cela ne devrait guère freiner le projet sur lequel planche le cabinet d’architectes 331 Corniche et qui provoque l’enthousiasme communicatif de la maire de Cassis, laquelle déclare à Marsactu : « J’ai pu voir un premier plan, il s’agit d’une très belle réalisation qui s’intégrera bien dans le paysage ». Une pure merveille en effet, en plein cœur du Parc National des Calanques qui n’en est plus à ça près…

L. V.

La grotte Cosquer prépare sa réplique

20 janvier 2021

A Marseille tout le monde se demande depuis des années, en réalité depuis sa construction, à quoi allait bien pouvoir servir cette Villa Méditerranée bizarrement conçue avec son immense porte-à-faux en forme d’équerre juste à côté du Mucem. Après bien des tergiversations, il semble bien cette fois que les dés soient jetés et que la Région, propriétaire du bâtiment, ne reviendra pas sur son projet d’en faire un centre d’interprétation de la Grotte Cosquer.

Le futur centre d’interprétation de la Grotte Cosquer à la Villa Méditerranée (extrait vidéo Région PACA)

Découverte en 1985 par le plongeur cassidain Henri Cosquer, cette grotte sous-marine dont l’entrée s’ouvre par 37 m de fond, à proximité du Cap Morgiou, dans la calanque de la Triperie, est un long boyau noyé de 175 m de long qui remonte progressivement jusqu’à déboucher dans des salles hors d’eau où le plongeur avait eu la surprise, lors de ses premières explorations en solitaire, de découvrir des empreintes de main et des silhouettes d’animaux peints sur les parois.

Officiellement déclarée en 1991 seulement, après que trois plongeurs y aient trouvé accidentellement la mort, et classée dès lors comme monument historique, la grotte est depuis 1992 totalement inaccessible en dehors des besoins de recherche scientifique.

Des traces de main sur une paroi ornée de draperies dans la grotte Cosquer (
photo © Michel Olive / DRAC / Archéologie.culture.fr)

Une quarantaine de datations au carbone 14 ont été effectuées sur des fragments de charbon de bois retrouvés sur place. Il en ressort que le site semble avoir connu deux périodes successives de fréquentation humaine. La première qui date d’il y a plus de 27 000 ans a laissé un grand nombre d’empreintes de mains dont les contours apparaissent en noir ou en ocre selon la technique du pochoir. La seconde, plus récente, datée d’environ 19 000 ans, comporte surtout des gravures et peintures figuratives représentant principalement des animaux : un bestiaire exceptionnellement riche puisqu’on y a dénombré au moins 177 figures issues de 11 espèces différentes, principalement des chevaux, des bouquetins, des cerfs, des chamois, des bisons, des aurochs, des mégaceros, mais aussi des phoques, des grands pingouins, des méduses ou encore des cétacés.

A l’époque préhistorique, les hommes qui fréquentaient le site n’y habitaient pas mais semblaient l’utiliser plutôt comme un sanctuaire. Le climat était alors périglaciaire, ce qui explique la présence de nombreuses espèces aujourd’hui disparues mais plutôt typiques des régions froides. Surtout, le niveau de la mer Méditerranée se trouvait au moins 120 m plus bas et le rivage était donc à plusieurs kilomètres de l’entrée par laquelle on pénétrait à pied sec. La remontée du niveau de la mer à l’issue de la dernière glaciation, il y a environ 10 000 ans a noyé une bonne partie du réseau et fait perdre sans doute les quatre cinquièmes des représentations pariétales qui se sont définitivement effacées sous les dépôts algaires et les encroûtements.

Des peintures menacées par la montée des eaux… (photo © Michel Olive / DRAC / Marsactu)

Malgré ces vicissitudes, la grotte Cosquer reste l’une des principales grottes ornées de France, au même titre que Lascaux (en Dordogne) ou la grotte Chauvet (en Ardèche). Totalement inaccessible au public et inéluctablement vouée à disparaître sous l’effet de la pollution et de la montée des eaux (évaluée à 3 mm par an en moyenne dans le secteur mais qui peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres lors de certains épisodes atmosphériques), la grotte fait l’objet de campagnes périodiques de fouilles et va surtout être l’objet de l’établissement d’une réplique, comme ses deux homologues, réplique qui sera donc visible dans les sous-sols de la Villa Méditerranée à partir de 2022.

C’est d’ailleurs la société Kléber Rossillon, qui exploite, parmi une douzaine de sites touristiques, la réplique de la grotte Chauvet à Vallon-Pont d’Arc, qui a obtenu le contrat de concession du futur centre d’interprétation de la grotte Cosquer. L’investissement projeté est colossal puisqu’il s’élève à 23 millions d’euros dont 9 millions apportés par la Région PACA. Le site espère recevoir 500 000 visiteurs par an, ce qui paraît ambitieux mais pas irréaliste, comparé aux 350 000 qui se pressent chaque année pour visiter la réplique de la grotte Chauvet.

Vue du futur hall d’entrée du centre d’interprétation de la grotte Cosquer avec son ponton dans le hall de la Villa Méditerranée (source © Kléber Rossillon)

Les futurs visiteurs traverseront sur un ponton le bassin d’eau de mer qui occupe le hall du bâtiment avant de s’immerger dans l’ambiance du club de plongée d’Henri Cosquer à Cassis puis d’embarquer, casque audio sur les oreilles, à bord de petits véhicules électriques guidés qui les feront cheminer en 40 minutes à travers les parties reconstituées de la grotte Cosquer pour admirer ses ornements pariétaux mais aussi ses gours d’eau limpide et ses stalactites somptueuses, avant de déambuler dans des salles du centre d’interprétation archéologique consacré à l’art pariétal préhistorique et à la montée du niveau de la mer.

Une reconstitution totalement artificielle bien entendu, qui est en cours de réalisation, dispersées dans trois ateliers distincts, à partir d’un relevé numérique complet de la grotte. A Montignac, près de la grotte de Lascaux, la société créée par le plasticien Alain Dalis et joliment nommée Arc&Os fabrique des panneau de polystyrène armé de résine pour reconstituer fidèlement les différentes parties de la grotte avec une précision de l’ordre du dixième de millimètre. Les représentations pariétales sont dessinées en partie dans l’atelier d’Arc&Os et en partie par la société Déco Diffusion, située à l’Union, au nord de Toulouse. Dans les deux cas, il s’agit de reproduire à l’identique des dessins réalisés par nos ancêtres en retrouvant la même dynamique des tracés et du rendu, ce qui demande parfois plusieurs tentatives.

L’archéologue et préhistorien Gilles Tosello en train de reproduire des peintures de la grotte Cosquer sur un panneau de la future réplique, dans l’atelier de la société toulousaine Déco Diffusion (photo © Corentin Belard / FranceTélévision)

Les éléments de coques ainsi décorés seront ensuite assemblés les uns et autres et accrochés à une armature en béton destinée à reconstituer l’ouvrage. Pour restituer l’ambiance générale de la grotte, il reste à reproduire les stalactites, stalagmites, et autres spéléothèmes de la galerie souterraine. C’est l’œuvre de Stéphane Gérard, installé dans l’ancienne friche industrielle des Frigos, dans le 13e arrondissement de Paris. Ancien sculpteur du musée Grévin, lui aussi s’est fait la main pendant 4 ans sur la réplique de la grotte Chauvet et il a mis au point ses recettes personnelles à base de polymères et de composés organiques pour rendre l’éclat particulier d’une paroi rocheuse mouillée ou d’une concrétion de calcite.

Chacun pourra constater de visu, à partir de juin 2022 si le calendrier prévisionnel est respecté, le résultat de cette œuvre titanesque et minutieuse. Nul doute en tout cas que cette réplique de la grotte Cosquer devrait attirer les curieux et permettre de justifier, enfin, l’édification de cette Villa Méditerranée qui intrigue tant.

L. V.

Le Costa Rica, pionnier de la transition énergétique ?

26 août 2020

Le Costa Rica fait partie de ces pays que bien peu de gens, en dehors de ceux qui ont voyagé en Amérique Centrale, savent placer correctement sur un planisphère… Coincé entre le Nicaragua, au nord, et le Panama au sud, cette mince bande de terre de 200 km seulement de largeur en moyenne qui sépare la mer des Caraïbes de l’océan Pacifique, se caractérise par plus de 1200 km de littoral, cette fameuse « côte riche » telle que Christophe Colomb lui-même l’a appelée lorsqu’il en a abordé le rivage en 1502.

Rivage du Costa Rica, sur la côte Pacifique, parc national marin Ballena (source © Yonder)

Mais les richesses naturelles de ce pays de 5 millions d’habitants, dont la superficie dépasse de peu celle de la Suisse ou des Pays-Bas, ne se sont pas révélées à la hauteur des espoirs de l’explorateur génois. Il a fallu attendre les années 1830 pour que, grâce à la production de café, le pays connaisse une certaine prospérité qui lui a permis d’accéder à l’indépendance effective en 1848.

José Figueres Ferrer, qui rétablit la république au Costa Rica en 1948 et présidé le pays à trois reprises jusqu’en 1974 (source © Sol de Medianoche)

Un siècle plus tard, alors que le pays a été durement touché par les effets de la crise économique de 1929 et que les élections de 1948 ont dû être annulées après qu’un incendie a malencontreusement détruit le bâtiment où étaient entreposés les bulletins de vote, une guerre civile éclate. José Figueres Ferrer, à la tête des Forces armées de libération nationale, prend le pouvoir, fait adopter une constitution démocratique, lutte contre la corruption, accorde au passage le droit de vote aux femmes et aux noirs, et supprime purement et simplement l’armée, tout en conservant une force de maintien de l’ordre d’environ 100 000 hommes.

Surnommé depuis lors « la Suisse de l’Amérique centrale », le Costa Rica a connu depuis cette période une relative stabilité politique, tout en traversant, dans les années 1980, une grave crise économique avec un très fort taux d’endettement. Son économie dépend beaucoup du tourisme, de l’exportation de produits agricoles, dont le café mais aussi la banane, le sucre, le cacao, l’ananas et les fleurs. Elle est boostée depuis une trentaine d’années par l’implantation, dans des zones franches, de multinationales de services et de haute technologie, qui profitent du bon niveau de formation de la population.

Exploitation de café au Costa Rica, Hacienda Espíritu Santo à Naranjo (source © Mandaley)

Les marges budgétaires dégagées par l’absence de forces armées ont permis d’investir massivement dans l’électrification du pays et le développement des aménagements hydrauliques, mais aussi de lancer une politique très volontariste en matière de préservation des ressources naturelles et de production d’énergie renouvelable. Plus de 25 % du territoire national est ainsi occupé par des réserves naturelles et des parcs nationaux, dans un pays qui concentre sur une territoire minuscule 6 % de la biodiversité mondiale et où l’on découvre quelques 160 nouvelles espèces chaque année en moyenne…

Forêt tropicale dans le parc national de Piedras Blancas au Costa Rica (source © Costa Rica Découverte)

Alors que l’élevage avait entraîné une forte déforestation du pays, le Costa Rica s’est lancé, à la fin des années 1980, dans une politique très ambitieuse de reboisement qui a permis de doubler en quelques années les superficies forestières, profitant largement, pour financer une telle stratégie, des mécanismes dits de « compensation carbone » mis en place par l’ONU. Le principe est simple : un opérateur qui reforeste permet d’absorber des gaz à effet de serre émis par un producteur d’énergie fossile et le second verse donc au premier une compensation financière pour rémunérer ce service. Selon Planète Énergie, dès 1996, le Costa Rica a ainsi vendu à des producteurs d’énergie norvégiens pour 200 000 tonnes de réduction d’émissions assurées par ses opérations de reboisement : une aubaine !

Barrage sur le lac de Cachi (source © Les ptits curieux globetrotter)

Mais le Costa Rica se distingue surtout par sa politique ambitieuse en matière de développement des énergies renouvelables. Situé dans un contexte tropical avec des reliefs escarpés, de nombreux cours d‘eau et une pluviométrie abondante, le Costa Rica exploite à fond son potentiel hydroélectrique. Le premier barrage y a été mis en service dès 1966 sur le lac de Cachi, dans la province de Cartago et sa capacité initiale de 32 MW a été portée depuis à 102 MW, en attendant un nouveau projet d’extension. Grâce à une politique très ambitieuse d’aménagements hydroélectriques, le pays couvrait, dès 1990, 97,5 % de ses besoins en électricité grâce à l’énergie hydraulique.

Depuis, les aménagements se sont très largement poursuivis puisque la production hydro-électrique du Costa Rica est passée de 3 382 GWh en 1990 à 8 026 en 2016. Un bond en avant remarquable qui a permis en quelques années d’atteindre un niveau de production comparable à celui de la région PACA, l’une des mieux équipée de France et qui, selon EDF, a produit 7 912 GWh en 2017, soit 15 % de la production hydro-électrique française, production qui stagne en France depuis des années.

Centrale géothermique au pied du volcan Miravalles (source © Coucou du Costa Rica)

Mais au Costa Rica, les besoins en électricité ont fortement augmenté et atteignent désormais de l’ordre de 11 000 GWh par an selon une analyse du site Les Smart Grids. Mais qu’à cela ne tienne, le Costa Rica a d’autres ressources et valorise depuis 1990 son formidable potentiel géothermique, estimé selon L’instituto Costarricense de Electricidad, l’opérateur public national d’électricité, à 850 MW. Cinq centrales géothermiques ont ainsi été installées sur les flancs du volcan Miravalles où 25 puits ont été forés pour aller capter la chaleur à 1600 m de profondeur. Une nouvelle centrale a encore été mise en service fin juillet 2019 sur le volcan Rincon de la Vieja, dans le nord-ouest du pays, et de nouveaux projets sont programmés dans les années à venir, ce qui devrait porter la puissance installée à 330 MW d’ici une dizaine d’années.

Quant à l’énergie éolienne, le Costa Rica s’y est lancé plus récemment, au début des années 2000, mais le terrain est également favorable, du moins sur les hauteurs du pays où les vents sont vigoureux et réguliers. En janvier 2019, le Costa Rica comptait ainsi déjà 18 fermes éoliennes pour une puissance totale installée de 414 MW. Cela paraît peu par comparaison avec les 13 600 MW installées en 2017 en France (dont 50 MW seulement pour la région PACA qui n’est guère en pointe dans ce domaine), mais c’est néanmoins la quatrième puissance éolienne de toute l’Amérique latine !

Éoliennes de Santa Ana au Costa Rica (source © Français du Monde)

Avec un tel mix énergétique, le Costa Rica s’approche désormais de la barre symbolique des 100 % de la production électrique grâce aux énergies renouvelables. En mai 2019, cette barre a été frôlée puisque 99,9 % de l’électricité produite était d’origine renouvelable (dont 80 % d’hydro-électricité, 13 % de géothermie et 7 % d’éolien, sans compter un peu de biomasse et de solaire) : qui dit mieux ? Le pays a ainsi pu arrêter ses importations de pétrole destinées à alimenter son unique centrale thermique active et s’apprête désormais à revendre à ses voisins une partie de l’électricité produite.

Carlos Alvarodo, actuel président du Costa Rica (source © El Mundo)

Une politique énergétique qui est au centre des préoccupations du pays puisque son Président, Carlos Alvarodo a déclaré lors de son élection en mai 2018 : « nous avons la tâche titanesque et magnifique de supprimer l’utilisation des énergies fossiles dans notre économie pour laisser la place à l’utilisation d’énergies propres et renouvelables ». Une ambition dont la France pourrait aussi s’inspirer, même si la vérité oblige à dire que le Costa Rica est encore très loin de la neutralité carbone… Si son électricité est remarquablement propre, elle ne représente que 22 % de l’énergie totale consommée dans le pays et le bilan est nettement moins glorieux pour les autres domaines, en particulier celui des transports qui sont largement responsables de la part importante (62 %) des produits pétroliers dans cette consommation énergétique globale, laquelle a doublé entre 1990 et 2016 : il reste un (gros) effort à faire…

L. V.

La balançoire bat des records

24 août 2020

Quoi de plus innocent qu’une balançoire ? Une planche attachée par deux cordes à une branche d’arbre, et il suffit de s’élancer ! Ce jeu, qui agrémente de nombreux jardins publics pour le grand bonheur des plus petits,n’est pas récent puisque la tradition le fait remonter à la plus haute antiquité grecque, du temps d’Œbalus, roi de Laconie et père de Pénélope (l’épouse d’Ulysse, pas celle de Fillon, bien entendu).

Satyre poussant la balançoire, dessin figurant sur un vase trouvé en 1816 à Chiusi et conservé au musée de Berlin (source © Enkidoublog)

Les jeux icariens lancèrent alors l’usage de l’escarpolette, une simple corde attachée entre deux arbres et sur laquelle on se balance. Une tradition largement reprise par les Romains lors des fêtes des vendanges, et dont l’objectif semble être de permettre une purification par l’air lors du balancement.

Au XVIIIe siècle, l’escarpolette avait perdu cette signification bacchique mais restait néanmoins un jeu empreint de frivolité comme en attestent les tableaux de Fragonard qui a représenté plusieurs situations de badinage amoureux, liées à ce qui n’était alors qu’un divertissement. Son célèbre tableau où l’on voit une jeune femme mutine, poussée par ce que l’on suppose être son mari, plus ou moins masqué par l’ombre des arbres et tirant sur les cordes pour donner de l’élan au mécanisme, s’élever jusqu’à envoyer élégamment valser sa mule, tandis que son amant, rouge d’excitation, ne perd rien du spectacle des jambes de la belle, affalé dans les buissons au pied de la balançoire.

Détail du tableau de Jean-Honoré Fragonard, « Les Hasards heureux de l’escarpolette », vers 1767 – huile sur toile, Wallace Collection, Londres (source © Wikimédia Commons)

« Jeune fille à la balançoire », huile sur bois peintre en 1845 par Paul Delaroche – Nantes, Musée d’Arts (source © Réunion des Musées Nationaux)

 

Une légèreté et un sentiment de liberté que l’on retrouve dans nombre d’œuvres artistiques représentant des enfants ou des jeunes filles se balançant nonchalamment, comme celle représentée par le peintre Paul Delaroche vers 1845, simplement suspendue sur un morceau d’étoffe attachée à la branche d’un arbre, le dispositif le plus simple qui puisse exister.

Krishna enfant sur une balançoire, miniature indienne datée vers 1755

Et l’Occident n’est pas le seul à avoir trouver de l’attrait à ce jeu de balancement. On connaît ainsi, dans la tradition indienne, de multiples représentation de Krishna enfant ou adulte, profitant des joies de la balançoire, seul ou accompagné de sa bonne amie Radha. Quel que soit le contexte culturel, il semble bien que le fait de se balancer, assis sur une planche ou sur une simple corde, ne soit jamais totalement dénué d’une certaine sensualité…

Mais les jeux de l’amour et du hasard associés à l’escarpolette d’antan ont bien souvent laissé place à une volonté de griserie et de frisson.

Balançoire russe, mieux que la roulette… (source © Circus concept)

Le cirque s’est emparé de la balançoire pour en faire un outil de propulsion permettant de faire de la voltige aérienne. La balançoire russe permet ce type d’acrobatie comme le montrent de nombreuses videos sur internet. Et chacun voudrait aller toujours plus haut, toujours plus vite. Sur une balançoire comme dans de nombreux domaines, le jeu et le divertissement badin s’effacent progressivement devant le geste sportif, la volonté de dépassement de soi, la recherche du record…

Sur la balançoire du bout du monde, à 2600 m d’altitude, face au volcan Tungurahua (photo © Mike Theiss / National Geographic / Amusing Planet)

On a ainsi aménagé des balançoires dans les lieux les plus improbables pour les amateurs de sensations fortes. L’une d’elles est la Casa del Arbol, perchée à 2600 m d’altitude au bord d’une falaise qui surplombe un canyon, près de la petite ville de Baños, en Equateur, à 180 km de la capitale Quito. Cette région volcanique très escarpée et proche de la forêt amazonienne est un haut lieu du tourisme sportif avec de nombreuses activités telles que le rafting ou le canyoning, mais la « balançoire du bout du monde » fait partie des attractions locales qui ne laissent pas indifférent. Attachées à une cabane, elle même perchée sur un arbre au bord du vide, les balançoires s’élancent directement au dessus du vide et donnent l’impression de voler en plein ciel, sans aucune sécurité spécifique : ce n’est pas le moment de lâcher les cordes !

Une balançoire dans le Wansheng Ordovician Park, près de Chongqing, pour ceux qui ont le coeur bien accroché (source © French China)

Un art de l’extrême que les Chinois semblent cultiver eux aussi puisque les visiteurs du Wansheng Ordovician Park, un site touristique près de Chongqing, dans le comté de Yunyang, au sud-ouest de la Chine, propose de son côté des balançoires accrochées à un portique de 21 m de hauteur, lui-même perché au sommet d’une falaise de plusieurs centaine de mètres de dénivelée. Une expérience qui met les nerfs à rude épreuve, au point qu’il est désormais proposé une « pilule du regret » pour ceux qui se rendent compte, mais un peu tard, alors que la balançoire est à son plus haut point au dessus du vide, que ce n’est décidément pas fait pour eux et qu’ils auraient mieux fait de faire gentiment la queue devant le stand de barbe à papa plutôt que de vouloir faire les malins en s’asseyant sur cette planche vraiment peu sécurisée…

Quoi qu’il en soit, les Chinois semblent apprécier l’exercice puisque d’autres balançoires du même type ont été installées fin 2018 au bord d’une autre falaise de 198 m de hauteur, près du mont Tianzishan à Qingyuan, dans la province du Guangdong, toujours au sud-ouest de la Chine. Après une période d’essai qui a quand même duré quatre mois, selon le média French China, les balançoires ont été ouvertes au public pour le plus grand bonheur des amateurs de sensations fortes.

La plus haute balançoire du monde, récement inaugurée en Chine (source © Euronews)

Et voilà que les Chinois, qui cherchent toujours à se démarquer pour impressionner la Terre entière, viennent de mettre en service, en juillet 2020, la plus haute balançoire du monde, homologuée par le Livre Guiness des Records. L’installation n’a, à première vue, rien d’une balançoire. C’est en réalité un immense arc de 100 m de hauteur formé d’un assemblage de tubes métalliques peints aux couleurs de l’arc en ciel et qui est perché au sommet d’une falaise. Un mât métallique peint en jaune et culminant à 108 m a été implanté à quelque distance.

Prêts pour le départ ? Et c’est parti pour un vol plané en plein ciel… (source © Euronews)

Les amateurs de sensations fortes se hissent dans la tour de lancement jusqu’à la plateforme de départ située à 88 m de hauteur. Là ils sont harnachés par groupe de trois, en position allongée, et ils sont propulsés au bout d’un câble attaché au sommet de l’arche, ce qui leur permet d’atteindre la vitesse maximale de 130 km/h et d’avoir l’impression de voler en plein ciel au dessus du vide ! On est loin de l’escarpolette de Fragonard ou de l’éléphant de la comptine enfantine « qui se balançait sur une toile d’araignée » ! Foin de la poésie et de la badinerie, la balançoire n’est plus un jeu d’enfant ni un divertissement d’amoureux, mais rentre dans le registre des sports de l’extrême : on aura tout vu…

L. V.

Erdogan, adepte de la provocation religieuse ?

22 août 2020

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (photo © Attila Kisbenedek / AFP / DNA)

A quoi joue donc le président turc, Recep Tayyip Edogan ? Nommé Premier ministre en mars 2003 puis élu à la Présidence de la République en août 2014, cet ancien maire d’Istanbul (de 1994 à 1998) et fondateur en 2001 du parti nationaliste et conservateur AKP, semble entraîner son pays dans une dérive impérialiste et islamiste de plus en plus décomplexée.

La tentative de coup d’état à laquelle il a dû faire face en 2016 a de fait considérablement renforcé sa position, lui donnant prétexte à procéder à plus de 50 000 arrestations dont de nombreux députés d’opposition et à licencier plus de 100 000 employés du secteur public : une véritable purge qui lui a permis d’avoir les mains libres pour instaurer de nombreuses réformes sécuritaires et verrouiller son pouvoir. Réélu à l’issue des présidentielles de 2018, après un référendum constitutionnel qui lui a permis de mettre en place un régime présidentiel, il est désormais le maître incontesté du pays, même si son parti a perdu les villes d’Istanbul et d’Ankara à l’occasion des dernières municipales.

Offensive turque en Syrie contre les milices kurdes en 2019 (photo © Delil Souleiman / AFP / Le Parisien)

Une position de force qui conduit Erdogan à infléchir radicalement la position géostratégique de la Turquie, laquelle se positionne, jour après jour, dans une logique de reconstitution de l’empire ottoman, démantelé à l’issue de la Première guerre mondiale. Cela se traduit concrètement par une multiplication des partenariats avec les pays arabes voisins, des démonstrations de force tant vis-à-vis de ses voisins européens qu’envers les Russes et les Américains, une intervention militaire directe en Libye, mais aussi par une politique très engagée en Syrie où la Turquie a largement soutenu les rebelles djihadistes et profité du conflit pour affaiblir les mouvements kurdes via des incursions militaires sanglantes au-delà de ses frontières.

La récente découverte d’un important gisement de gaz naturel en Mer Noire, annoncée cette semaine à grands renforts de tambours et trompettes par Erdogan en personne, vient conforter cette position de la Turquie qui se positionne en « roi du pétrole » au sein de la région. Cela ne fait que renforcer le sentiment de toute puissance de la Turquie qui multiplie ces derniers mois les incursions agressives en Méditerranée, n’hésitant pas à envoyer ses navires d’exploration pétrolière dans les eaux territoriales grecques, lourdement escortés par des navires de guerre de la marine turque. Cette situation crée de fortes tensions en Méditerranée orientale où la Grèce a appelé l’Union européenne à organiser un sommet d’urgence tandis que la France annonçait, début août, le déploiement de forces militaires navales et aériennes en soutien de la Grèce, s’attirant aussitôt les foudres d’Erdogan, accusant la France, selon les Échos, de « dépasser les bornes » et de « chercher la guerre », et la sommant de « ne pas se croire plus grand qu’il n’est ».

Le navire de prospection pétrolière Oruc Reis, escorté par des bateaux de guerre de la marine turque, le 10 août 2020 dans les eaux territoriales grecques (source © Ministère de la Défense de la Turquie / L’Humanité)

Des menaces dont Erdogan est coutumier, lui qui n’avait pas hésité en 2008, à l’occasion d’une visite officielle en Allemagne à affirmer avec force devant des milliers de ses compatriotes immigrés dans ce pays que « l’assimilation est un crime contre l’humanité », et qui avait traité en 2017 les Pays-Bas de « pays nazi » et les dirigeants néerlandais de « fascistes » parce qu’ils s’inquiétaient de la campagne électorale agressive que menait le gouvernement turc sur son propre sol auprès des communautés turques immigrées, à l’occasion du référendum constitutionnel de 2017.

Une politique qui prend de plus en plus des allures de guerre de religion, comme si Erdogan cherchait à effacer à tout prix le virage courageux vers la laïcité que Mustafa Kemal Atatürk, premier Président de la Réublique de Turquie de 1923 à 1938, avait tenté de faire prendre à son pays. C’est sous son gouvernement que Sainte-Sophie avait perdu en 1934 son statut de lieu de culte musulman pour devenir un musée. Une décision symbolique mais lourde de sens pour cet édifice religieux, construit au VIe siècle à l’initiative de l’empereur byzantin de Constantinople, Justinien, à l’emplacement d’une précédente basilique chrétienne, incendiée en première fois en 404 puis de nouveau détruite en 532 après une nouvelle émeute qui embrasa la ville pendant 6 jours. Consacrée le 23 décembre 562, la nouvelle basilique Haghía Sophía, qui signifie « sagesse de Dieu » en grec, devint alors le siège du patriarche orthodoxe de Constantinople.

Intérieur de Sainte-Sophie (photo © Leemage / La Croix)

Gravement endommagée à plusieurs reprises par des incendies et des séismes, pillée par les croisés lors du sac de Constantinople en 1204, la basilique chrétienne fut immédiatement convertie en mosquée lors de la prise de la ville par les Ottomans en 1453. Les fresques murales ont été recouvertes de voiles puis badigeonnées d’un lait de chaux pour les masquer. L’édifice a bénéficié depuis de nombreux travaux de confortement et restaurations qui se poursuivent d’ailleurs jusqu’à ce jour. Les grands panneaux circulaires portant les noms d’Allah, de Mahomet et des califes, qui avaient été déposés par Atatürc en 1934 avaient été remis en place dès 1951, mais c’est donc Erdogan qui a franchi le pas en publiant, le 10 juillet 2020, un décret transformant Sainte-Sophie en mosquée, malgré les protestations des autorités religieuses de l’Église orthodoxe grecque et russe et les condamnations de l’UNESCO, qui l’avait classée au Patrimoine mondial de l’Humanité, des États-Unis, de la Russie et de l’Union européenne.

Le 24 juillet de cette année a donc eu lieu la première prière musulmane depuis bien longtemps dans cette ancienne basilique orthodoxe redevenue mosquée, l’accès des visiteurs y étant désormais limité. Dix jours plus tard, le 2 août 2020, le muezzin bénévole qui se chargeait de l’appel à la prière du haut du minaret de la nouvelle mosquée, un certain Osman Aslan selon le Greek City Times, décédait brutalement d’une attaque cardiaque en plein office, marquant lourdement les fidèles prompts à y voir un signe divin défavorable.

Mosaïques de l’église Saint-Sauveur in Chora à Istanboul (source © Toutistanbul)

Mais pas de quoi refroidir les ardeurs islamistes du Président Erdogan qui a ordonné par décret présidentiel, le 21 août 2020, la reconversion en mosquée d’une autre église byzantine emblématique, Saint-Sauveur in Chora. Édifiée au Ve siècle, à l’époque en dehors des murs de la ville, délimitée alors par les fameux remparts de Constantin, cette église a en réalité été largement reconstruite à la fin du XIe siècle et ornée entre 1315 et 1321 de magnifiques mosaïques qui en font un lieu tout à fait exceptionnel qui attire de très nombreux visiteurs depuis sa conversion en musée, ouvert au public depuis 1948.

Cette nouvelle transformation en mosquée d’un édifice religieux, initialement chrétien puis laïcisé depuis de nombreuses années, apparaît comme une véritable provocation qui rappelle les temps qu’on croyait révolus de la Reconquista espagnole, lorsque le roi Ferdinand de Castille consacra comme église en 1236 la grande mosquée de Cordoue édifiée en 786 à l’initiative d’Abd al-Rahman 1er, le fondateur omeyyade de l’émirat Al-Andalus.

La romancière turque Asli Erdogan, ici en 2018 à Francfort, qui était accusée de soutien au mouvement kurde du PKK, acquittée en février 2020 (photo © Daniel Roland / AFP / RTS)

Transformer églises en mosquée ou vice versa était alors pratique courante, de même que les anciens temples greco-romains avaient régulièrement servi de base à l’édifice d’église lors du développement du christianisme. Mais dans le contexte actuel de forte tension avec les voisins grecs, ces décisions successives du président turc, présentée selon Le Monde comme « la touche finale d’une conquête » et destinées à montrer à son électorat islamo-conservateur qu’il est prêt à reprendre le flambeau de l’ancien empire ottoman, apparaissent aux yeux de la romancière Asli Erdogan comme « une gifle délibérée au visage de ceux qui croient encore que la Turquie est un pays séculier ». Pas très rassurant pour l’avenir…

L. V.

La Villa Valmer fait des vagues…

2 août 2020

Destruction à l’explosif des vieux quartiers de Marseille en 1943 (photo © Wolfgang Vennemann / Archives fédérales allemandes / France Culture)

Le patrimoine architectural de Marseille n’est pas franchement exceptionnel par rapport à bien d’autres villes historiques pourtant fondées plus récemment. Les vestiges accumulés en 2600 ans et qui ont résisté à l’épreuve du temps ne sont pas si nombreux. Certes, les Allemands n’ont pas fait dans la dentelle durant l’occupation en détruisant à l’explosif, en février 1943, environ 1500 immeubles situés en contrebas du Panier, sur la rive nord du Vieux port, dans ce qui constitue le centre historique de la ville mais que les Nazis considéraient alors comme « la verrue de l’Europe ».

L’hôtel de Cabre, maison Renaissance, déplacée pour faciliter la reconstruction du quartier rasé en 1943 (source : Made in Marseille)

Deux bâtiments datant de la Renaissance, la « Maison diamantée » et l’Hôtel de Cabre, avaient alors miraculeusement échappé à la destruction. Ce dernier, dont la construction remonterait à 1535, a été carrément déplacé en bloc de 15 m et tourné de 90 degrés pour respecter les projets d’urbanisme lors de la reconstruction du quartier en 1954…

Mais leurs successeurs n’ont pas été beaucoup plus respectueux de l’Histoire en érigeant un Centre commercial en lieu et place des anciens quais du port phocéen. Ce quartier vétuste s’étendant en arrière du Palais de la Bourse avait commencé à être rasé dès 1912 et ressemblait à un immense terrain vague en 1953, lorsque Gaston Defferre décide d’y implanter des tours d’habitation, un immense parking souterrain et un centre commercial. Les excavations ont rapidement mis à jour les anciennes fortifications grecques du 6e siècle avant J.C., des enclos funéraires et un bateau romain en bon état de conservation. De quoi déclencher moult pétitions pour tenter de sauvegarder un tel héritage archéologique de premier plan. Mais il a fallu attendre un arrêté pris en octobre 1967 par André Malraux, alors ministre de la Culture, pour stopper enfin le chantier et essayer de conserver les éléments les plus significatifs.

Vue aérienne du chantier du Centre Bourse avec les vestiges des anciennes fortifications phocéennes et du port antique (archives DR / Made in Marseille)

Quant à Jean-Claude Gaudin, bien que professeur d’histoire de formation, on ne peut pas dire qu’il ait fait preuve de beaucoup d’égards pour le riche passé historique de la commune dont il a été maire pendant plus de 25 ans, n’hésitant pas à remblayer purement et simplement l’ancien oppidum celto-ligure de Verduron et à laisser les promoteurs immobiliers saccager l’ancienne carrière antique de la Corderie, ouverte au 5e siècle avant notre ère.

Vue de l’Hôtel-Dieu de Marseille transformé en hôtel 5 étoiles (source IHG)

On pourrait citer aussi l’Hôtel-Dieu de Marseille dont la construction a débuté en 1753 et qui fut ensuite réaménagé à partir de 1860 avant de devenir propriété de la Ville de Marseille en 2003. Cette dernière y fit quelques travaux de restauration mais préféra finalement livrer l’édifice, pourtant inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, au groupe hôtelier britannique Intercontinental Hotels group, dans le cadre d’un bail de 99 ans. Depuis 2013, l’ancien hôpital historique de la ville sert donc de lieu de villégiature pour touristes fortunés : un bel exemple de privatisation au profit des plus aisés d’un patrimoine historique pourtant en principe inaliénable et commun à tous.

Façade de la Villa Valmer (photo © Stéphane Stasi / L’hôtellerie restauration)

Et la municipalité compte bien poursuivre sur sa lancée en privatisant de la même manière la Villa Valmer. Construite en 1865 sur la corniche du Président JF Kennedy, cette demeure luxueuse de style Renaissance, dont le nom actuel est une déformation de son appellation initiale « Vague de mer », servait initialement de résidence d’été pour le fabricant d’huiles Charles Gounelle avant d’abriter jusqu’en 1967 l’École nationale de la marine marchande. Propriété de la Ville de Marseille, celle-ci y installe jusqu’en 2002 ses services de l’urbanisme avant de la louer à différentes organisations internationales.

Vue aérienne du site, extrait de l’avant-projet sommaire édité par 331 Corniche Architectes en réponse à l’appel d’offres de la Ville de Marseille, clôturé en février 2017 (source : Marsactu)

En 2016, la ville lançait un appel à projet pour tenter de valoriser ce site exceptionnel constitué de la bastide originelle, d’un bâtiment moderne attenant et surtout d’une immense parc arboré surplombant la corniche et descendant jusqu’à la mer. En novembre 2017, La Provence révélait le projet retenu par la Ville à l’issue de cette mise en concurrence : un nouvel hôtel de grand luxe avec 31 chambres dont 26 situées dans l’ancienne bâtisse historique, mais aussi un immense bar, un restaurant gastronomique de 60 couverts, un spa en sous-sol, une piscine extérieure, un parking souterrain et, pourquoi se gêner, une plage privée aménagée dans la petite crique en contrebas, d’où les clients privilégiés pourront même embarquer pour une petite balade en mer

Ce projet d’hôtel 5 étoiles, porté par le promoteur Pierre Mozziconacci et le cabinet d’architecture 331 Corniche, soulève immédiatement de nombreuses interrogations de la part des riverains et du collectif Sentinelles qui avaient déjà lancé une pétition pour tenter de conserver le caractère public du jardin de la Villa Valmer et qui s’étranglent en découvrant ce projet de privatisation du littoral, à proximité, qui plus est, d’un jardin d’enfants. Hervé Menchon, alors conseiller municipal d’opposition écologiste dénonce à grands cris ce projet conçu en catimini, sans le moindre débat public, et qui va priver les Marseillais de l’accès à la partie haute du parc où les jeunes mariés ont pris l’habitude de venir se faire photographier tant la vue y est splendide.

Plan de masse du projet, extrait de l’avant-projet sommaire édité par 331 Corniche Architectes en réponse à l’appel d’offres de la Ville de Marseille, clôturé en février 2017 (source : Marsactu)

Adopté en l’état par le Conseil municipal le 8 octobre 2018 malgré les protestations de l’opposition, le projet fait désormais l’objet d’un permis de construire signé le 25 juin 2019, trois jours avant le deuxième tour des élections municipales, alors même que le président du groupe socialiste de la Ville, Benoît Payan, avait déposé un recours contre le projet en mai 2019, devant le Tribunal administratif. Selon Marsactu, ce dernier se plaignait en effet d’avoir reçu une information insuffisante quant aux incidences financières du projet lors de son adoption en Conseil municipal. Le montant annuel du bail accordé par la Ville au promoteur s’élèverait en effet à 330 000 € par an, deux fois moins que ce que la Ville perçoit actuellement de la location des lieux à différentes organisations internationales, parmi lesquelles le Conseil mondial de l’Eau, l’Organisation des Nations-Unies pour le développement industriel, l’Office de coopération économique pour la Méditerranée et l’Orient ou encore le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée, administré par la Banque mondiale, institutions qui ont désormais quitté les lieux pour la Tour La Marseillaise. Le bail prévoit bien une clause de rémunération complémentaire en fonction du chiffre d’affaire, mais conçue de telle manière qu’elle ne sera vraisemblablement pas activée.

Hervé Menchon, nouvel adjoint en charge de la mer et opposant au projet de privatisation de la Villa Valmer (source : DeboutMarseilleEcologisteCitoyenne2020)

Désormais, Benoît Payan, chef de file des opposants à ce projet de privatisation douteux, est devenu premier adjoint au maire de Marseille et Hervé Menchon est adjoint en charge de la mer, du littoral, de la biodiversité marine et des plages. De quoi reconsidérer quelque peu le projet, comme l’ont laissé entendre La Provence et Marsactu, même si la renégociation avec le promoteur ne s’annonce pas des plus aisées, maintenant que les accords ont été signés et le permis de construire accordé par l’ancienne municipalité. Encore un cadeau empoisonné que l’équipe de Jean-Claude Gaudin a laissé à ses successeurs…

L. V.

Venise : le Conseil Régional prend l’eau…

21 novembre 2019

A Venise, les inondations sont monnaie courante. Celle que la Cité des Doges a subi en novembre 2019 restera cependant dans les mémoires comme un des pires phénomènes de ces dernières années, une « acqua alta » historique. Mardi 12 novembre, le niveau de l’eau au plus fort de la marée haute a atteint la cote remarquable de 1,87 m, pas très loin du record de 1,94 m enregistré en 1966, l’année ou la ville toscane de Florence subissait les inondations dévastatrices de l’Arno, causant une centaine de morts et détruisant irrémédiablement nombre de chefs d’œuvres de la Renaissance.

Traversée périlleuse sur la place Saint-Marc, samedi 17 novembre 2019 (photo © Luca Bruno / AP)

Cette semaine de novembre 2019 a été particulièrement éprouvante pour les habitants de Venise pris au piège de ces eaux qui envahissent toute la ville à la faveur des marées, la dernière en date atteignant encore 1,50 m, dimanche 17 novembre. Depuis, l’eau a cessé de monter et les habitants se mobilisent pour tout nettoyer et remettre de l’ordre dans la cinquantaine d’églises, dont la basilique Saint-Marc, qui ont subi l’assaut des flots. Ils essayent de ne pas céder au découragement, à l’instar de leur maire, Luigi Brugnaro, qui s’est laissé aller à tweeter « les Vénitiens ne sont à genoux que lorsqu’ils prient. Venise va repartir… »

Ballade en kayak dans les rues de Venise inondée le 15 novembre 2019 (photo © Manuel Silvestri / AFP / France TV Info)

Car des inondations de ce type, il y en aura d’autres dans une ville construite sur la lagune en creusant des canaux pour drainer les eaux et en édifiant des remblais sur pilotis. On en dénombre 118 îles et îlots, pour beaucoup artificiels et reliés les uns aux autres. Mais au fil des ans, la ville s’enfonce inexorablement, d’au moins 26 cm déjà depuis 1870, tandis que le niveau de la mer s’élève peu à peu sous l’effet du changement climatique et que les immenses bateaux de croisière contribuent à l’érosion des berges.

A Venise, les marchands de bottes ont fait fortune… (photo © Manuel Silvestri / Reuters / Business Insider)

Entre les flots de la mer et le flot des 36 millions de touristes qui déferlent chaque année à Venise, les 50 000 habitants de la ville ne savent plus où donner de la tête. Quelques-uns espèrent encore que le fameux projet MOSE viendra sauver la ville des eaux tel Moïse ouvrant les flots de la Mer Rouge. Ce « module expérimental électromécanique », constitué de 78 éléments de digues flottantes qui se relèveront pour barrer les trois passes donnant sur la rade, est à l’étude depuis 1984 et les travaux de construction sont en cours depuis 2003.

Essai de soulèvement des digues flottantes du projet MOSE en mai 2016 (source © site du projet)

Ils devaient se terminer en 2016 mais on parle désormais plutôt de 2021 et le budget prévisionnel, initialement arrêté à 2 milliards d’euros, devrait atteindre au moins le triple de cette somme. Difficultés techniques, malfaçons et malversations en tout genre se cumulent pour expliquer un tel retard et pareille dérive financière. Précisons au passage que toute ressemblance avec le projet de l’EPR de Flamanville serait bien entendu purement fortuite…

Nul ne sait encore si le dispositif pourra bel et bien fonctionner un jour et empêcher des phénomènes tels que celui vécu ces dernières semaines. Ce qu’on commence à entrevoir en revanche, et qu’ont souligné les océanographes Carlos Amos et Georg Umgiesser dans The Conversation, c’est qu’avec l’élévation attendue du niveau de la mer, qui pourrait atteindre 50 cm dans les prochaines décennies, le dispositif devra quasiment se fermer à chaque marée pour protéger Venise du naufrage.

Or, les eaux usées non traitées qui s’évacuent quotidiennement via les canaux dans la lagune et vont ensuite rejoindre la mer, seront alors bloquées. L’afflux de nutriments qui en résultera provoquera une eutrophisation de la lagune et sa détérioration irréversible. Sans compter que le dispositif ne pourra éviter les remontées phréatiques d’eau salée qui rongent peu à peu les monuments de la Sérénissime.

Un véritable casse-tête donc pour les autorités locales. Réunis dans la salle de délibération du Conseil Régional de Vénétie, les élus régionaux débattaient justement des effets du changement climatique à l’occasion du vote du budget 2020 ce mardi 12 novembre en soirée. Situé en bordure du Grand Canal, le palais Ferro Fini qui abrite le Conseil Régional n’avait jusque-là jamais été inondé.

Salle de réunion du Conseil Régional envahie par les eaux mardi 12 novembre 2019 (photo © Andrea Zanoni / CNN)

Mais ce mardi vers 22 h, les élus ont dû évacuer en catastrophe les locaux face à l’arrivée des eaux comme l’a longuement raconté le conseiller du Parti démocrate, Andrea Zanoni, vice-président du comité de l’environnement, dans un message publié sur Facebook et repris par CNN. Selon lui, « ironiquement, la chambre a été inondée deux minutes après que la Ligue, Forza Italia et Fratelli d’Italia aient rejeté nos amendements visant à lutter contre le changement climatique ». Faut-il y voir un avertissement du ciel pour inciter les responsables politiques locaux à prendre un peu plus au sérieux les menaces réelles du changement climatique ?

L. V.

A Ollioules, la future maison du patrimoine

19 septembre 2019

Comme chaque année, les Français se presseront sans doute nombreux cette semaine à partir du 20 septembre 2019 pour les Journées européennes du Patrimoine, qui permettent à tout un chacun de découvrir certaines merveilles de notre patrimoine architectural ou industriel parfois méconnues. Le Var ne fait pas exception à la règle puisque de très nombreux sites y sont ouverts.

Dans les gorges d’Ollioules, carte postale ancienne (source © Archives départementales du Var)

Ce n’est cependant pas le cas d’Ollioules, petite ville située à quelques kilomètres de Toulon, au débouché des gorges de la Reppe que Victor Hugo, qui les visita en 1839, décrivit en ces termes : « On est dans les entrailles d’une montagne, ouvertes comme d’un coup de hache, et brûlées d’un soleil de plomb. À mesure qu’on avance, toute végétation disparaît. Des bouches des cavernes, la plupart inaccessibles, sont béantes à toutes les hauteurs et de tous les côtés ».

Façade de la Maison du Patrimoine à Ollioules, en cours de restauration

Pourtant la ville d’Ollioules recèle quelques vestiges historiques dignes d’intérêt, dont la fameuse Maison des têtes, désormais reconvertie en « Maison du Patrimoine d’Ollioules » et qu’il ne faut pas confondre avec celle de Toulon, sur la Place aux Huiles, reconstruite en 1996 après avoir été entièrement détruite le 15 février 1989 par une violente explosion, attribuée officiellement à une fuite de gaz, mais pour laquelle les familles des victimes soupçonnent plutôt l’impact d’un missile tiré par erreur dans le cadre d’opérations militaires franco-américaines alors en cours…

Seulement voilà, à Ollioules, les travaux de restauration sont en cours et il faudra sans doute attendre la fin de l’année pour découvrir ce bâtiment qui devrait mériter le détour. Transféré en 2007 à la communauté d’agglomération devenue métropole, Toulon Provence Méditerranée, c’est désormais cette collectivité qui pilote les travaux de restauration dont le coût devrait atteindre 5,4 millions d’euros. Il a fallu d’abord procéder à des études de maîtrise d’œuvre puis à des travaux de confortement qui se sont terminés début 2017. Et depuis le 14 septembre 2018, les travaux de restauration et de réagencement intérieur sont en cours ainsi que l’élaboration de la scénographie qui permettra de mettre en valeur ce patrimoine vraiment singulier.

L’escalier à balustres, en cours de restauration (source © Ouest-Var.net)

Cet ancien hôtel particulier datant du XVIIe siècle se situe en plein cœur du centre historique d’Ollioules, traversant entre les rues Gambetta et Berthelot. Il s’agit d’un bâtiment de 5 étages avec un escalier monumental à balustres agencé autour d’un puits de lumière, et dont les murs sont ornés de magnifiques décorations et sculptures en plâtre datées de 1620. Ces ornements sont une spécialité locale désignée sous le nom de gypseries. Elles témoignent d’un art ancien, quelque peu tombé en désuétude, mais qui s’est beaucoup développé dans la région du fait de l’abondance de ce matériau naturel qu’est le gypse. La façade quant à elle date de 1870, ainsi que plusieurs peintures murales.

Détail de gypseries en cours de restauration (source © Fréquence-sud)

Le couloir, la cour intérieure, les galeries et l’escalier sont classés au titre des monuments historiques et la maison elle-même est inscrite depuis 1998 à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Outre le travail de restauration en cours depuis maintenant un an, le projet vise à ouvrir au public ce lieu si particulier et utilisant cet écrin exceptionnel de 477 m2 comme décor pour un espace scénographique qui permettra de faire revivre les habitants et le contexte historique dans lequel il a évolué.

Exemple de sculptures en gypse dans la Maison des têtes d’Ollioules (source © TPM)

Grâce aux outils modernes de la réalité augmentée, le visiteur armé d’une tablette nommée Gaspard pourra s’immerger dans un scénario original illustré à partir de milliers d’images d’œuvres d’art numérisées qui fera revivre l’art précieux de la gypserie, expliquera l’origine et la signification des médaillons et autres sculptures mais évoquera aussi les grandes épopées qui ont agité la région depuis l’Antiquité jusqu’à Napoléon 1er alors simple capitaine Bonaparte qui, à Ollioules, prit le commandement de l’artillerie et contribua au siège victorieux de Toulon en 1793.

Une visite interactive : maquette de la salle n° 3 consacrée aux personnages marquants du territoire (source © TPM)

Il y sera aussi question de la géologie locale, des Cabinets de curiosités, des fastes de la Belle Époque, des activités portuaires de Toulon, ou encore du patrimoine agricole et floristique puisque dès le XVIe siècle on cultivait à Ollioules, outre l’olivier, le câprier et les agrumes, le safran et bien d’autres fleurs. Au XIXe siècle, la ville était réputée pour sa production d’immortelles et la production horticole s’y est fortement développée avec l’arrivée du chemin de fer en 1859 qui a permis d’expédier à travers toute l’Europe les fleurs coupées produites sur place. Ollioules fut d’ailleurs la première ville du var à organiser un corso fleuri

Un beau lieu assurément pour découvrir en famille des pans du patrimoine historique et naturel local, mais pour lequel il convient de patienter encore quelques mois avant l’ouverture au public…

L. V.

Serre-Ponçon, le barrage qui attire les convoitises

6 août 2019

Vue aérienne du barrage de Serre-Ponçon (photo © Christophe Ben / L’Energeek)

Achevé en 1959 et mis en eau jusqu’en 1961, le barrage de Serre-Ponçon, édifié en travers du lit de la Durance, un peu en aval de sa confluence avec l’Ubaye, constitue le plus important plan d’eau artificiel en France, en volume du moins, avec une capacité de près de 1,3 milliard de m3, sinon en étendue puisque sa superficie (28 km2) est très inférieure à celle du lac du Der, situé en Champagne.

Il faut dire que le site se prête admirablement à la réalisation d’un barrage, envisagé dès 1897 mais pour lequel il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle avant de disposer des compétences techniques nécessaires à sa construction. Mesurant 630 m de longueur pour 124 m de hauteur, l’ouvrage est un mastodonte dont le volume représente 14 millions de m3 de remblais, soit l’équivalent de plus de 5 fois la pyramide de Khéops.

Pendant la construction du barrage, le ballet des camions (source © L’Ubaye en cartes)

Certes, les engins de terrassement dans les années 1950 ont fortement gagné en capacité depuis l’Ancienne Égypte. Mais il a fallu pour la conception de cet ouvrage hors normes par les ingénieurs d’EDF et de Coyne et Bellier maîtriser parfaitement les techniques d’injections pour assurer l’étanchéité des fondations et des ancrages, mais aussi celles de la construction de grands ouvrages en terre compactée, sur la base de l’expérience acquise notamment aux États-Unis.

Situé à la limite des deux départements voisins des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, le lac de retenue a noyé les villages d’Ubaye et de Savines, reconstruit plus en hauteur. A l’origine, cet ouvrage a été conçu pour remplir trois objectifs complémentaires : maîtriser le risque de crues qui peuvent être catastrophiques comme l’avaient notamment montré les grandes inondations de 1843 et 1856, produire de l’hydroélectricité et développer l’irrigation.

Vue du canal EDF de la Durance (source © EDF)

Soixante ans après sa réalisation, force est de constater que l’ouvrage a parfaitement rempli sa mission et continue à offrir ses services à toute la région. Outre son effet régulateur sur les crues de la Durance, le barrage de Serre-Ponçon constitue la tête de pont de toute une chaine Durance-Verdon constituée de 23 barrages et 33 usines hydroélectriques, le long du canal EDF qui court sur 250 km entre Serre-Ponçon et l’étang de Berre. Ce canal permet d’irriguer de l’ordre de 120 000 hectares et d’alimenter en eau potable plus de 3 millions d’habitants dont toute l’agglomération marseillaise, fournissant 27 % de l’eau potable consommée dans toute la région PACA. Les 15 centrales hydroélectriques situées directement le long du canal totalisent une puissance de 2000 MW (dont 360 MW pour la seule centrale de Serre-Ponçon), soit l’équivalent de deux tranches de centrales nucléaires et produisent chaque année environ 6 milliards de kWh, ce qui représente 10 % de la production hydroélectrique française.

Plage au bord du lac à Savines (source © SMADESEP)

Mais au-delà de ces objectifs qui ont justifié la construction de telles infrastructures, le lac de Serre-Ponçon est surtout devenu un haut-lieu du tourisme local. Sous l’impulsion du Syndicat mixte d’aménagement et de développement de Serre-Ponçon, créé en 1997, les berges ont été aménagées sur plus de 11 km avec 9 plages publiques et 10 ports et pontons publics, à tel point que près de 40 % de l’activité touristique des Hautes-Alpes est désormais concentrée autour du lac.

Des activités économiques connexes se sont même développées en bénéficiant de cet écosystème artificiel si particulier. Il en est ainsi de l’exploitation des sédiments qui s’accumulent dans la cuvette. Chaque année un carrier local, La Routière du Midi, extrait les alluvions dont les gros éléments, de bonne qualité car issus du Massif des Ecrins, servent à l’empierrement des chaussées. Quant aux sédiments les plus fins, dont on extrait chaque année de l’ordre de 1 million de m3, ils sont mélangés avec des déchets verts pour obtenir un compost très recherché comme support de culture et terreau de jardin.

Face à un tel succès et alors que le changement climatique en cours trace des perspectives de plus en plus alarmantes quant au risque de raréfaction des ressources en eau, on conçoit que le devenir de cet aménagement hydraulique suscite moult réflexions. Alors que la concession accordée à EDF pour l’exploitation du barrage court encore pour une bonne quinzaine d’années, se pose d’ores et déjà la question de son renouvellement, l’Union Européenne poussant la France à ouvrir à la concurrence l’exploitation de ses quelques 150 gros barrages hydroélectriques.

Dans la cuvette du lac, des lieux insolites : ancien viaduc de chemin de fer construit en 1903 (photo © Sylvie Damagnez)

Du coup, les collectivités territoriales s’intéressent de très près au sujet. C’est le cas notamment du Conseil départemental des Hautes-Alpes qui vient d’adopter à l’unanimité, vendredi 12 juillet 2019, une délibération appelant le Département à se porter candidat à la gestion des barrages hydroélectriques situés sur son territoire. Serre-Ponçon est bien entendu en ligne de mire mais d’autres sites également, y compris le barrage du Sautet, pourtant situé dans l’Isère mais qui empiète sur le territoire de 3 communes des Hautes-Alpes.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte, permet en effet désormais aux collectivités locales de prendre des participations dans des Sociétés d’économie mixte (SEM) hydroélectriques créées spécifiquement avec des entreprises privées spécialisées pour exploiter les barrages. Une voie que le Département des Hautes-Alpes souhaiterait mettre en œuvre comme il l’affiche ostensiblement et un exemple qui pourrait d’ailleurs bien être suivi par d’autres collectivités, y compris peut-être la Région PACA elle-même, elle qui s’enorgueillit d’avoir « une COP d’avance », sans que personne ne sache très bien ce que peut bien vouloir signifier un tel slogan publicitaire…

Les élus départementaux des Hautes-Alpes ont en tout cas parfaitement perçu toute l’importance que devraient prendre demain des ouvrages hydrauliques comme le barrage de Serre-Ponçon, dans un monde où les ressources en eau deviennent rares alors qu’elles n’ont jamais été aussi précieuses pour le développement économique, agricole, touristique mais aussi comme source d’énergie renouvelable. Un bon pari sur l’avenir sans aucun doute !

L. V.

Drapeau violet et alerte rouge sur les plages de Marseille

25 juin 2019

La Ville de Marseille revendique pas moins de 21 sites de baignade en mer dont 15 plages surveillées. Contrairement à sa voisine Cassis qui arbore sans discontinuer le Pavillon bleu depuis 2009, Marseille n’a pas souhaité demander ce label qui atteste de la bonne qualité des eaux de baignade. Officiellement, c’est pour ne pas attirer davantage de touristes sur ses plages déjà bien chargées l’été. Mais en réalité, c’est surtout pour masquer les réelles difficultés de la ville pour arriver à maintenir tout au long de l’été une qualité d’eau de baignade correcte.

La plage de Pointe Rouge, un exemple de plage marseillaise en milieu urbain (photo © Getty / Elle)

A sa décharge, l’exercice n’est pas facile pour des plages souvent exiguës, situées en site très urbanisé et exutoires naturels de toutes les déjections et détritus qui jonchent le sol et qui sont facilement lessivés en cas de fortes précipitations. A chaque orage, c’est le même scénario : les réseaux d’eaux usées saturent, sous l’effet des très nombreux branchements illicites des eaux pluviales, et les déversoirs d’orage rejettent dans le milieu des eaux brutes tandis que le lessivage des sols charrie en mer tout ce qui s’est accumulé sur la chaussée. Quand ce ne sont pas des canalisations d’eau usée qui se rompent, voire des particuliers et parfois des industriels qui rejettent discrètement dans les avaloirs du réseau pluvial des produits polluants qui se retrouvent directement en mer.

La calanque de Sormiou, une des belles plages de Marseille (source © Marseille Tourisme)

Certes de gros efforts ont été faits depuis des décennies pour améliorer le traitement des effluents et mieux gérer les eaux pluviales, y compris dans le cadre du Contrat de baie lancé en 2015 pour 6 ans et qui concerne tout le littoral de Martigues à La Ciotat. Mais la tâche est ardue et les résultats encore bien peu satisfaisants : en 2018, les plages marseillaises ont ainsi fait l’objet de 153 interdictions de baignade du fait de la qualité insuffisante des eaux de baignade.

Prélèvements effectuées pour la Ville de Marseille, à 5 m du rivage et à 30 cm de profondeur (photo © Sophie Pironnet / Made in Marseille)

Et la saison estivale qui débute tout juste a bien mal commencé comme le relevait 20 minutes le 20 juin dernier, avec déjà 15 fermetures de plages, une information largement reprise par la presse, de Marsactu jusqu’à Libération. Outre les analyses réalisées par l’Agence régionale de la santé (ARS) et dont les résultats ne sont connus que dans un délai de 48 à 72 heures, la Ville de Marseille a missionné le SERAMM (Service d’assainissement Marseille Métropole, délégué à l’entreprise Suez) pour procéder sur ses plages à des prélèvements quotidiens dès poltron minet, suivis d’analyses accélérées qui permettent de savoir dans un délai de 3 heures si la présence de bactéries fécales de type Escherichia coli et autres entérocoques sont en nombre suffisant pour justifier une fermeture préventive du site. Grâce à cette forte réactivité, il est ainsi possible de gérer au jour le jour fermeture et réouverture des plages sans être soumis au diktat de l’ARS qui pourrait sinon être amenée à interdire durablement l’accès à certaines plages trop souvent contaminées.

La plage du Prophète à Marseille (source © Made in Marseille)

Une réactivité plutôt rassurante donc pour le baigneur marseillais intrépide. Mais la fréquence de ces drapeaux violets qui alertent sur la pollution des plages et interdisent la baignade ne manque pas d’interroger malgré tout. En particulier sur la plage du Prophète qui a déjà été fermée pendant 5 jours depuis le 1er juin ! Un record peu enviable, d’autant que les taux de colibacilles y ont parfois atteint des sommets, comme ce 12 juin 2019 où il a été mesuré pour Escherichia coli le chiffre faramineux de 15 199 UFC (unités formant colonies) pour 100 ml d’eau, soit 150 fois plus que la norme pour définir une eau de bonne qualité. Quant à la concentration d’entérocoques, un autre marqueur de la présence de déjections humaines et animales, elle y a été évaluée à 5 198 UFC/100 ml, ce qui correspond à 370 fois la valeur tolérée pour une eau de baignade. Des valeurs qui sont du même ordre de grandeur de ce qu’on peut mesurer à la sortie de l’émissaire de Cortiou : autant se baigner dans une fosse septique !

Arrêté d’interdiction de baignade sur la plage de l’Huveaune à Marseille (photo © Laurence Mildonian / La Provence)

Et les valeurs mesurées le même jour sur la plage de l’Huveaune, malicieusement surnommée « Epluchures beach » par certains mauvais plaisants, ne sont guère plus rassurantes avec, pour E. coli, une valeur de 1642 UFC/100 ml. Bien que ponctuelles et vraisemblablement liées à des déversements accidentels d’eaux usées non traitées, ces valeurs sont néanmoins révélatrices d’une situation qui se dégrade. Comme le souligne La Provence, 8 des 21 plages marseillaise ont vu leur qualité déclassée en 2018, seules 12 d’entre elles pouvant être considérées comme d’excellente qualité, alors qu’elles étaient entre 17 et 18 à pouvoir se targuer d’une telle qualification les années précédentes. La plupart d’entre elles restent classées comme « bonnes » mais celle de Borely est désormais passée dans la catégorie inférieure et celle de l’Huveaune, décidément mise à l‘index, est désormais considérée, depuis 2017, comme de qualité « insuffisante ».

Monique Daubet, conseillère municipale de Marseille, déléguée à l’hygiène (source : Ville de Marseille)

De quoi attiser les échanges entre élus locaux puisque, selon Libération, le sujet s’est invité à la table du Conseil municipal de ce mois de juin 2019, provoquant de belles passes d’armes entre l’élue socialiste Samia Ghali, regrettant « la situation catastrophique de nos plages » et la conseillère municipale LR déléguée à l’hygiène, Monique Daubet, qui suspecte le déversement malencontreux d’une piscine et insinue qu’il s’agit peut-être même de celle de sa collègue d’opposition, ambiance !.

Les internautes quant à eux se déchaînent sur le site de 20 minutes où il est question d’un système de traitement des eaux usées « aussi vétuste que Gaudin » et d’une recommandation à tous les Marseillais de « ne plus tirer la chasse durant l’été » tandis que d’autre évoquent « Marseille, capitale européenne de la culture 2013 et capitale mondiale de la pollution des eaux 2019 ». Des galéjades bien entendu, qui pourraient même prêter à sourire, mais qui confirment en tout cas, qu’il reste du pain sur la planche avant de retrouver sur le littoral marseillais une eau de baignade irréprochable : un beau défi en perspective…

L. V.

La France déverse ses déchets plastiques dans la mer…

13 juin 2019

En ce 7 juin 2019, veille de la journée mondiale de l’océan, le Fonds mondial pour la nature, plus connu sous son acronyme anglo-saxon WWF, a jeté un nouveau pavé dans la mare, en l’occurrence mare nostrum, la mer Méditerranée de nos lointains ancêtres les Romains. « La mer Méditerranée sombre sous un torrent de plastique » écrit le WWF. Ce n’est pas vraiment un scoop et il faudrait débarquer inopinément d’une autre planète pour ne pas s’en douter…

Ce rapport, qui n’est pas le premier sur le sujet, loin s’en faut, rappelle que les 22 pays qui bordent cette mer intérieure quasi fermée génèrent chaque année 24 millions de tonnes de plastique dont 16 % seulement sont recyclés. Une bonne partie est enfouie ou incinérée. Mais il en reste quand même 600 000 tonnes qui finissent directement dans la mer, intoxiquant progressivement toute la faune marine qui ingère ces déchets plastiques plus ou moins déchiquetés avec le temps.

Déchets sur une plage méditerranéenne (photo archives / Ouest France)

Et la France est loin de faire figure de bon élève. Le WWF lui a même consacré un rapport spécifique intitulé « Guide à destination des décideurs français pour sauver la Méditerranée », rien de moins ! Car selon les analyses du WWF, la France est tout simplement le plus gros contributeurs de tous ces déchets plastiques qui envahissent la Méditerranée. Triste record particulièrement honteux pour un pays qui s’enorgueillit de posséder des systèmes performants de collecte et de traitement des ordures ménagères…

De fait, la France recycle plutôt plus que la moyenne de ses voisins méditerranéens avec un taux de 22 %, mais c’est aussi le plus gros producteur de déchets plastiques avec 4,5 millions de tonnes chaque année à elle seule, de telle sorte que 80 000 tonnes de déchets plastiques, non collectés, sont déversés directement dans la nature. Sur ce stock, on estime que ce sont chaque année pas moins de 11 200 tonnes de plastiques qui finissent ainsi directement dans la mer Méditerranée !

Déchets plastiques accumulés en bord de mer (photo Greece 2F © Milos Bicanski / Go Met)

L’essentiel de ces plastiques qui finissent à la baille proviennent directement des côtes littorales, soit du fait d’une gestion défaillante des dispositifs de collecte, soit du fait des activités de tourisme et de loisir balnéaire fortement génératrices de déchets sur les plages. Le reste est charrié en mer par les fleuves côtiers dont le Rhône qui est le principal exutoire en Méditerranée de tous ces déchets. Les activités nautiques enfin, dont la pêche et le transport maritime, participent au processus : ordures jetées par-dessus bord, débris de filets, casiers à crustacés et autres conteneurs tombés à la mer font partie de ce qu’on peut observer couramment, flottant entre deux eaux ou sédimentant sur les fonds marins.

Plus de 20 % de ces déchets plastiques revient d’ailleurs s’échouer sur les côtes françaises, même si ces dernières sont loin d’être les plus exposées, du fait des courants marins qui poussent plutôt ces éléments indésirables vers d’autres rivages. Cela n’empêche pas que de véritables concentrations de plastiques se retrouvent dans certains secteurs particulièrement exposés dont le delta du Rhône et les baies très urbanisées de Nice et de Marseille où la concentration de plastique dans l’eau de mer peut atteindre 20 g/m3.

Oubliés sur la plage… (photo © Milos Bicanski / Getty images / Huffington Post)

L’impact de cette pollution n’est pas négligeable, y compris paradoxalement sur le tourisme qui en est pourtant largement responsable : qui a envie de se baigner dans une mer où flottent sacs plastiques, gobelets usagés et barquettes en voie de décomposition ? La pêche et le commerce maritime sont aussi impactés avec des filets qui contiennent parfois plus de déchets que de poissons, des hélices qui se bloquent au contact de macro-détritus et des prises d’eau des systèmes de refroidissement qui sont obstruées par les accumulations de matières plastiques. Mêmes les consommateurs de fruits de mer s’en détournent, de crainte d’avoir à ingérer des micro-débris de plastiques…

Déchets de plastiques dérivant au large de la Corse en mai 2019 (photo © WWF.fr / France Bleu)

En mai dernier, France Bleu signalait ainsi une accumulation temporaire de plusieurs milliers de tonnes de plastiques dérivant sur des dizaines de km entre la Corse et l’île d’Elbe, un phénomène observé de manière récurrente dans ce secteur du fait de la disposition des courants marins locaux.

Et le nettoyage de tous ces déchets coûte cher à la collectivité : 1 300 € en moyenne, d’une rive à l’autre de la Méditerranée, la tonne de déchets plastiques ramassée et évacuée. Lorsque le nettoyage des plages est confié à des bénévoles, les coûts baissent, mais peut-on compter éternellement sur la bonne volonté d’une poignée de citoyens militants pour faire le ménage ?

Campagne de sensibilisation contre les déchets en mer, organisée par le Conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur dans le cadre de son Plan climat régional

Le WWF ne se contente pas de dénoncer cette situation qui s’aggrave d’année en année, il propose aussi des solutions concrètes qui supposent davantage de volontarisme et des politiques publiques plus rigoureuses : réduire la production de plastique vierge, étendre le recyclage des produits plastiques usagés, généraliser l’interdiction des articles plastiques à usage unique, développer les dispositifs de responsabilité élargie aux producteurs pour renforcer les filières de recyclage, identifier et résorber les décharges illégales à ciel ouvert, inciter les pêcheurs et plaisanciers à rapporter à terre leurs déchets, etc. Ce ne sont pas les idées qui manquent, la volonté politique peut-être ?

L. V.

Transport aérien : faut-il taxer le kérosène ?

24 mai 2019

Voilà un vieux serpent de mer qui a refait surface à la faveur du mouvement des gilets jaunes, largement initié, rappelons-le, par les protestations contre le renchérissement du coût des carburants à la pompe. Car l’essence, comme maintenant le gas oil font partie des produits les plus taxés malgré leur utilisation des plus courantes…

La Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TIPCE), qui a remplacé en 2014 la TIPP pour intégrer le fait qu’elle porte aussi sur les biocarburants d’origine non pétrolière, une taxe qui est désormais régionalisée depuis 2005, correspond en moyenne à environ 65 centimes pour un litre de gas oil et près de 70 centimes pour un litre d’essence sans plomb. L’écart de taxation entre les deux types de carburants s’est fortement resserré ces dernières années alors que le gazole routier reste sensiblement moins taxé. Et n’oublions pas que se rajoute à cette TIPCE la TVA de 20 % qui est calculée non seulement sur le coût du carburant lui-même, mais s’applique de surcroît à la TIPCE : une taxe sur la taxe, il fallait y penser…

Ravitaillement en kérosène (photo © AFP)

Et pendant ce temps-là, curieusement, le kérosène qui est le carburant utilisé dans l’aviation, reste le seul produit pétrolier totalement détaxé. Voilà en effet qui ne peut qu’interpeller le commun des mortels ! Pourquoi donc accorder une telle faveur au transport aérien dont les usagers sont pourtant majoritairement plutôt issus des classes les plus aisées et qui participe fortement aux émissions de gaz à effet de serre ? Selon les calculs de l’ADEME, un déplacement en avion émet deux fois plus de gaz à effet de serre, par personne transportée et par kilomètre parcouru, qu’un trajet en voiture et 40 fois plus qu’un déplacement en TGV, selon un rapport de l’association Réseau Action Climat.

Certes, à l’échelle de la planète, le transport aérien ne serait responsable que de 3 à 4 % des émissions de gaz à effet de serre, mais le trafic est en plein essor et cette part devrait fortement augmenter dans les années à venir. En France, le nombre de passagers transportés s’est accru de 5 % en 2017 et, dans le monde, on table sur un doublement du trafic qui devrait passer de 4,1 milliards de passagers en 2017 à 8,2 milliards d’ici 2037. L’ONG belge Transport & Environnement estime ainsi que les émissions de CO2 liés au secteur aérien en Europe auraient augmenté de 26,3 % depuis 2013 et note que la compagnie low cost irlandaise Ryanair fait désormais partie des 10 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en Europe, derrière quelques grandes compagnies qui exploitent des centrales électriques à charbon en Allemagne ou en Pologne.

Avion de Ryanair décollant de l’aéroport de Marseille-Provence (photo © Camille Moirenc / AMP / Air Journal)

L’impact environnemental d’une telle activité est donc loin d’être négligeable et il paraîtrait assez logique de la taxer plus durement afin de tenter d’en limiter la croissance en réorientant ces flux de voyageurs vers d’autres modes des déplacement plus vertueux.

Une étude commandée par la Direction générale des transports de la Commission européenne en avril 2017 et que le Monde vient de se procurer, propose d’ailleurs l’instauration au sein de l’Union européenne d’une taxe sur le kérosène à hauteur de 33 centimes par litre, estimant que ce surcoût (qui, au passage, devrait rapporter de l’ordre de 3,5 milliards d’euros au budget français…), répercuté sur le prix du billet devrait permettre de réduire de 10 % le trafic aérien, limitant du même ordre les émissions de CO2 ainsi que les nuisances sonores près des aéroports.

En réalité, on ne voit guère que des avantages à une telle taxation du kérosène et on a un peu de mal à comprendre pourquoi ce carburant est le seul à n’être soumis à aucune taxe, sans compter les subventions publiques qui continuent à être attribuées à ce secteur. Historiquement, cette volonté de favoriser le transport aérien en le soustrayant à toute taxation, résulte d’un accord international, la convention de Chicago, adoptée en 1944, à une époque où les vols commerciaux étaient considérées comme un atout à encourager pour favoriser le commerce mondial, et alors que personne n’imaginait les impacts environnementaux qui pourraient un jour résulter de tels choix.

 

Avions décollant de l’aéroport de Los Angeles (photomontage © Mike Kelley)

Une telle interdiction de taxer les vols internationaux est désormais difficile à contourner car il faudrait, pour y revenir, l’accord des 191 pays membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Mais rien n’empêche des accords spécifiques entre certains pays membres et l’Europe pourrait très bien être en pointe dans ce domaine. Surtout, rien n’interdit à un pays de taxer les carburants pour ses vols intérieurs. Plusieurs l’ont déjà fait, dont les États-Unis, le Japon, le Brésil ou la Suisse. En France, les vols intérieurs sont d’ailleurs déjà soumis à un taux de TVA mais qui est bizarrement réduit à 10 % sans véritable raison…

En 2010, l’actuel ministre de la Transition écologique, François de Rugy, alors membre d’Europe Écologie Les Verts, dénonçait un régime de faveur « particulièrement choquant d’un point de vue écologique et d’un point de vue social » et dénonçait « une injustice majeure ». Des phrases fortes et sans ambiguïté, mais qu’on ne l’a pas entendu répéter alors que son nouveau collègue, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, évoquait une idée « sympathique sur le papier » mais qu’il serait bien imprudent d’adopter, sauf peut-être en cas d’unanimité des pays membres de l’Union européenne : ce sera peut-être le cas à l’issue des élections européenne du 26 mai 2019, on peut toujours rêver…

L. V.

Une géode géante bientôt visitable

30 avril 2019

La ville espagnole de Pulpi, avec ses 9000 habitants, située dans la province d’Almeria, en Andalousie, ne constitue pas, loin s’en faut, une destination touristique mondialement connue. Et pourtant, les choses pourraient bien changer car cet été les visiteurs qui viennent ici plutôt pour la qualité des plages de sable fin vont pouvoir découvrir une véritable merveille naturelle : la plus grosse géode visitable du monde !

La géode de Pulpi (source © Ayuntamiento de Pulpí / Traveler)

Cette géode fabuleuse, sans doute celle qui est la mieux préservée au monde, est une immense cavité en forme d’entonnoir, de 8 m de longueur et 1,70 m de hauteur, formant un vaste volume creux de plus de 10 m3, entièrement tapissé de cristaux géants de gypse, dont certains atteignent 2 m de longueur.

Cristaux de gypse en fer de lance du Bassin parisien (source © Infraordinaire)

Découvert en 1999 dans l’ancienne mine de fer et de plomb de Pilar de Jaravia, creusée à partir du milieu du XIXème siècle dans les flancs de la Sierra del Aguilὸn, à 60 m de profondeur et à 3 km du littoral, cette géode a été classée comme monument naturel. Le gypse, un sulfate de calcium, est un matériau relativement banal qui est exploité pour la fabrication du plâtre. Les cristaux de gypse sont donc très fréquents à la surface de la terre et on en trouve de très beaux, en fer de lance, dans les Marnes à gypse du Bassin parisien notamment où d’anciennes carrières souterraines ont été exploitées jusque récemment, en particulier dans le secteur de Belleville et des Buttes Chaumont, au nord de Paris.

Ce sont des circulations d’eaux chaudes hydrothermales chargées en sulfate de calcium qui ont percolé à travers les fissures de la roche et qui, en se refroidissant, ont formé lentement ces cristallisations magnifiques que l’on observe actuellement. La mine elle-même a fermé dans les années 1970 et il a donc fallu près de 30 ans ensuite pour que des membres du Groupe minéralogiste de Madrid découvrent en décembre 1999 cette immense cavité de sidérite tapissée d’énormes cristaux de gypse dans la mine abandonnée. A la recherche de minéraux, le groupe a débouché une sorte de couvercle qui dissimulait l’accès à la grotte magique ! Dedans, les cristaux affleurent des murs, du sol, du plafond et leur pureté permet d’observer les gouttes d’eau prisonnières à l’intérieur depuis des milliers d’années !

La géode de Pulpi (source © Ayuntamiento de Pulpí / Traveler)

Vingt ans exactement après cette découverte exceptionnelle, la Géode géante ouvrira donc au public et l’on pourra l’observer de visu. Jusque-là en effet, l’unique manière de visiter la grotte souterraine était virtuelle, grâce à l’utilisation de lunettes de réalité augmentée qui permettent de s’immerger en trois dimensions dans un univers virtuel.

En fait, cette géode géante n’est pas la plus grande connue au monde puisqu’elle est largement surpassée par une autre curiosité de la nature qui se situe dans l’État de Chihuahua au Mexique. Là aussi, cette géode fabuleuse a été découverte à l’occasion de travaux miniers dans la mine de Naica exploitée pour le plomb, le zinc et l’argent, dans des conditions particulièrement extrêmes puisqu’on y observe des circulations d’eau souterraines dont la température monte jusqu’à 58 °C. Les mineurs, qui travaillent ici dans un taux d’humidité de 100 % et exposés à de tels températures sont obligés de porter des équipements spéciaux et doivent se relayer toutes les 2 heures !

La grotte aux épées accessible aux visiteurs (source © Voyageurs du Net)

C’est en 1910 qu’a été découverte dans cette mine une très belle cavité tapissée de cristaux de sélénite d’une très grande beauté, baptisée la grotte des épées.

Mais il a fallu attendre l’an 2000 pour que deux mineurs, les frères Delgado, occupés à creuser un nouveau tunnel d’aération, découvrent la plus fabuleuse des géodes, à une profondeur de 290 m et dans un environnement fort peu hospitalier caractérisé par des températures de 45 °C et un taux d’hygrométrie de 95 %. Des conditions tellement extrêmes qu’il est impossible d’y rester plus de 10 minutes d’affilée !

Cristaux géants de gypse dans la grotte de Naica (source © Voyageurs du Net)

En 2006 toutefois, un physicien a l’idée de créer un vêtement de protection spécifique contenant des tubes d’eau réfrigérée et muni d’un système respiratoire qui permet d’explorer enfin cette immense géode en donnant aux scientifiques la possibilité de rester une petite heure sur place. Et le spectacle en vaut la peine puisque la géode contient des cristaux de gypse dont le plus gros atteint 13 m de longueur et 2 m de diamètre !

Vue de la grotte aux cristaux dans la mine de Naica (extrait vidéo de Romain Tea Time)

Les conditions très particulières de ce milieu extrême ne permettront cependant jamais d’ouvrir cette grotte aux visiteurs et d’ailleurs l’accès même à cette géode fabuleuse est très probablement voué à disparaître lorsque la mine de Naica fermera ses portes et que les hommes arrêteront de pomper les eaux pour permettre son exploitation actuelle. Un tel spectacle, aussi extraordinaire soit-il, est donc destiné à devenir un jour totalement inaccessible…

L. V.

La Ciotat, plus belle baie du monde, après celle d’Ha Long…

28 avril 2019

La baie d’Ha Long, située dans le nord du Vietnam est connue mondialement pour ses milliers d’iles karstiques au relief déchiqueté baignant dans des eaux turquoises, formant un écosystème tropical d’une grande richesse et créant un paysage fabuleux qui attire des millions de touristes chaque année. Inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1994, le site a aussi été sélectionné en 2011 comme l’une des sept merveilles de la nature, au même titre que les chutes d’Iguazu, à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, ou la Montage de la Table, qui domine la ville du Cap en Afrique du Sud.

La baie d’Ha Long au Vietnam

Cette baie fabuleuse fait également partie du club très select des Plus belles baies du Monde aux côtés notamment de la baie de San Francisco en Californie, celle des Saintes en Guadeloupe, le golfe de Girolata en Corse, ou encore la baie de Diego-Suarez à Madagascar ou celle du Siné Saloum au Sénégal.

Créée en mars 1997 à Berlin, cette association internationale, qui est aussi une marque déposée, regroupe actuellement 41 membres issus de 27 pays et qui, tous, se caractérisent par des golfes marins constituant des écosystèmes remarquables, abritant une faune et une flore d’une grande richesse faisant l’objet de mesures de protection spécifiques, considérés comme emblématiques sur le plan local et national, tout en disposant d’un potentiel économique certain. Des critères multiples qui ont permis d’intégrer déjà plusieurs sites métropolitains tels que la baie de Somme, le Golfe du Morbihan ou encore la Baie du Mont Saint-Michel. Le siège de l’association est d’ailleurs situé à Vannes, dans le Golfe du Morbihan même si la présidente est la Portugaise Maria das Dores Meira.

Et voilà donc que la baie de La Ciotat vient de rejoindre officiellement ce club très fermé des plus belles baies du Monde. Une décision annoncée le 27 mars 2019, à l’issue de la visite sur place début mars de Daniel Robo, maire de Vanne et vice-président Europe de l’association, et de Guy Rousset, représentant de la baie de Tadoussac au Québec et ancien président de la structure.

Vue aérienne de la baie de La Ciotat (source © Ville de La Ciotat)

C’est le directeur de l‘office de tourisme de La Ciotat, Jean-Jacques Rodriguez, qui avait monté le dossier de candidature et a soutenu le projet en mettant en avant les principaux atouts de cette baie que certains appellent localement le Golfe d’Amour : son environnement naturel bien entendu avec notamment l’ïle Verte, située à quelques encablures de la côte et relativement préservée, mais aussi ses calanques ocres de Figuerolles et du Mugel, ces reliefs abrupts et déchiquetés du Bec de l’Aigle ou encore les somptueuses falaises de Soubeyranes, parmi les plus hautes d’Europe et qui s’intègrent au cœur du Parc National des Calanques.

Vue aérienne de l’ïle verte et du Bec de l’Aigle (source © Géo)

Le dossier insistait aussi sur l’histoire de cette baie au passé historique très riche, marqué notamment par une activité nautique très intense, centrée pendant longtemps autour des chantiers navals mais qui a su rebondir vers d’autres activités économiques liées en particulier au yatching de luxe, et bien sûr sa fréquentation touristique intense avec ses plages interdites aux fumeurs.

Voilà en tout cas une bonne nouvelle pour le tourisme ciotaden qui se porte déjà plutôt bien. Une nouvelle que le maire de La Ciotat, Patrick Boré, a salué avec toute la finesse qui le caractérise en déclarant aux journalistes de La Provence : « On est vachement fier. Touristiquement, c’est une reconnaissance internationale et une excellente vitrine pour les investisseurs et pour les entreprises ». Pas besoin d’être grand devin pour pressentir que l’argument figurera en bonne place dans sa prochaine campagne pour les municipales dans un an : voila qui ne pouvait pas mieux tomber !

L. V.

Marseille : cure de jouvence pour la corniche Kennedy

26 avril 2019

A Marseille, la route de la corniche, qui longe le bord de mer, de la plage des Catalans jusqu’à celles du Prado, reliant les quartiers d’Endoume et du Roucas Blanc, a fait l’objet de gros travaux d’élargissement entre 1954 et 1968, sous la mandature de Gaston Deferre. Une promenade piétonne a alors été réalisée en encorbellement, surplombant la mer d’une dizaine de mètres et la corniche a été dénommée en hommage au président américain John Fitzgerald Kennedy, assassiné à Dallas en 1963 alors que le chantier était en cours.

Tronçon de la corniche Kennedy (source © AMP métropole)

Serpentant sur 3 km en bordure de la Méditerranée et offrant une vue imprenable sur le large et l’archipel du Frioul, cette promenade est constituée de deux trottoirs dénivelés séparés par un immense banc, réputé pour être le plus long du monde en bord de mer. Ce banc avait fait l’objet d’un premier ravalement effectué en 2009 au dessus de la plage du Prophète, mais 50 ans d’exposition aux embruns marins avaient fortement corrodé certaines des armatures pourtant indispensables pour assurer la stabilité des plaques en béton armé formant encorbellement et garantir la sécurité des milliers de promeneurs et de joggers qui empruntent quotidiennement cette promenade.

La Corniche Kennedy vue depuis la mer (photo © Diades)

Il était temps de réagir et la Direction des Infrastructures de la Métropole Aix-Marseille-Provence, désormais en charge de la gestion de cet ouvrage, a fait appel depuis 2016 à un groupement de maîtrise d’œuvre piloté par le bureau d’études Setec et mobilisant notamment sa filiale Diadès basée à Vitrolles, ainsi que l’architecte marseillais André Mascarelli. Il s’agit de rénover totalement la promenade entre le Marégraphe, près du pont de la Fausse Monnaie, et l’hôtel Palm Beach situé à l’entrée des plages du Prado. Le montant de l’opération n’est pas anodin puisqu’il devrait s’élever à 28 millions d’euros TTC pour ce lifting peu commun.

Les travaux sont programmés en deux tranches sur une durée totale de 5 ans, l’objectif étant que tout soit terminé avant les Jeux olympiques de 2024 dont certaines épreuves devraient se dérouler dans la rade de Marseille. La première tranche de travaux, dont le montant est d’un peu plus de 13 millions d’euros, a débuté en octobre 2018 et concerne un premier tronçon de 670 m entre le marégraphe et le Club des Dauphins. Elle se déroulera en 2 ans jusqu’en mai 2020, les travaux étant interrompus durant la saison estivale entre mai et septembre pour ne pas trop impacter l’activité touristique. Les parties d’ouvrage les plus gravement endommagées sont entièrement remplacées et les autres font l’objet d’un simple ragréage.

Les éléments d’ouvrage qui sont conservés seront désormais protégés de la corrosion marine par un dispositif de protection cathodique par courant imposé. Le fameux banc et le parapet seront refaits en béton fibré à hautes performances, le parapet ayant fait l’objet d’un travail architectural spécifique permettant de le mettre aux normes de sécurité actuelles sans le rehausser, ce qui aurait gêné la vue sur la mer, pour qui s’assoit sur le banc.

Dispositif provisoire de circulation sur la corniche pendant les travaux (source © AMP métropole / Info travaux octobre 2018)

La circulation automobile, qui se fait habituellement à 2 x 2 voies, a été réduite à 2 x 1 voies depuis le mois d’octobre, ce qui n’est pas sans susciter un certain agacement de la part des riverains. Un cheminement piéton a néanmoins été conservé, protégé par des palissades transparentes afin de préserver la vue sur la mer et sur le déroulement du chantier.

La piste cyclable en projet sur la corniche Kennedy (source © AMP métropole / Made in Marseille)

En parallèle a débuté en janvier 2019 un autre chantier consistant à créer une piste cyclable sur la voirie qui sera donc amputée d’une voie de circulation côté mer. Une bonne nouvelle pour les cyclistes et en particulier les porte-paroles du Collectif Vélos en ville qui se félicitent de ce nouveau projet sur lequel Martine Vassal s’était engagée. C’est néanmoins bien sûr une source de récrimination pour les habitants qui voient surtout les nuisances liées au chantier et les embouteillages qui en résultent. De quoi déclencher la fureur du président de la fédération des CIQ du 7ème arrondissement qui s’est plaint de la situation auprès du maire de secteur et s’est épanché au micro de France Bleu, estimant que « tout est fait à l’envers ! Nous avions proposé d’étudier le projet de piste cyclable une fois le Boulevard Urbain Sud ouvert et censé désengorger la corniche, c’est à dire dans 2 ou 3 ans et d’une offre de transports en communs supplémentaire ». Manifestement, pour certains Marseillais, la place du vélo en ville même sur une promenade aussi emblématique, ne fait pas partie des priorités…

Banc recouvert de céramique sur la corniche Kennedy (source © Made in Marseille)

Et ce n’est pas tout car le banc de la corniche Kennedy fait aussi l’objet d’un projet artistique des plus originaux, initié par l’art-thérapeuthe Paola Cervoni, qui dirige l’association Viv’arthe, et dont l’objectif est de recouvrir de mosaïque 77 portions du fameux banc. Il lui a fallu beaucoup de ténacité et 7 ans de patience selon le site Made in Marseille, pour obtenir les autorisations nécessaires pour cela. Mais le résultat est magnifique bien qu’engagé avec de bien faibles moyens en 2017 comme l’explique l’artiste : « Le concept est artistique et citoyen car les mosaïques sont réalisées dans des écoles, des centres sociaux, et une maison de retraite. Environ 900 élèves ont participé ainsi que trois mamies. J’avais besoin de cet aspect partage et transmission pour mon projet ». Un projet qui est d’ailleurs en train de prendre de l’ampleur puisqu’une entreprise marseillaise L’esprit Céramique, sensible à la démarche citoyenne et marseillaise du projet, soutient désormais l’idée en offrant à l’association Viv’arthe tout le carrelage nécessaire pour les 77 bancs. Sur la corniche de Marseille, les petits carreaux font les grands ouvrages…

L. V. 

Trains en retard : record battu par la SNCF en 2018 !

20 avril 2019

« Deux choses sont infinies » avait coutume de dire malicieusement le physicien Albert Einstein, « l’univers et la bêtise humaine, mais pour ce qui est de l’univers, je n’en ai pas la certitude absolue ». Le théoricien de la relativité générale avait de fait combattu cette notion d’expansion de l’Univers à laquelle sa théorie a pourtant permis d’apporter une explication physique satisfaisante.

Et on observe depuis que ce phénomène d’expansion inéluctable ne concerne pas que l’univers. Année après année, force est de constater que le changement climatique global qui affecte notre planète sous l’effet des actions humaines subit également un mouvement d’expansion comparable, même si l’on a depuis longtemps identifié quelles seraient les mesures à prendre pour enrayer enfin ce phénomène et revenir progressivement à un équilibre plus durable pour la survie de l’humanité.

Curieusement, bien d’autres phénomènes semblent, comme ce dernier, échapper à toute volonté humaine et s’aggraver d’année en année. Il en est ainsi des écarts de revenus entre riches et pauvres, mais cela semble aussi concerner… les retards de train à la SNCF !

L’année 2018 n’a pas échappé à la règle et la publication du rapport annuel de l’Autorité de la qualité de service dans les transports (AQST) est venu, s’il en était besoin, confirmer ce que tous les usagers réguliers des transports ferroviaires français avaient pu constater par eux-même et bien malgré eux, à savoir, comme l’a elle-même reconnue la SNCF selon Le Monde : « 2018 a été, sans conteste, une année particulièrement difficile pour les clients du train ».

On ne saurait mieux dire en effet… Selon l’AQST, dont l’objectif est de contribuer à améliorer la qualité de transport des voyageurs terrestres, maritimes et aériens en France, 2018 a été la plus mauvaise année en tout cas depuis la création de cette Autorité en 2012… On y a noté en particulier une forte augmentation du taux d’annulation des TGV : 7,8 % d’entre eux ont été supprimés alors que ce taux était jusque là très faible : 0,3 % en 2016 et 1 % en 2017. Leur niveau de ponctualité s’est également fortement dégradé puisque 17,8 % des TGV en 2018 ont accusé un retard alors que cette proportion était respectivement de 11,5 % et de 14,5 % les deux années précédentes, ce qui traduit là aussi une incontestable dégradation continue de la qualité du service, en particulier sur les nœuds ferroviaires les plus sollicités tels que la Gare de Lyon à Paris, ou encore celle de la Part-Dieu à Lyon et bien évidemment la gare Saint-Charles à Marseille.

Un dessin signé Boutant

Mais ce n’est pas mieux pour les autres catégories de train et en particulier les Intercités qui sont vraiment à la peine. Leur trafic est en net repli, du fait de la suppression de nombre de lignes : il ne reste plus que 46 liaisons Intercités en 2018 contre 67 en 2017 ! Et malgré ce recentrage, le taux de retard s’envole à 17,2 % (contre 14,6 % l’année précédente) tandis que le taux d’annulation augmente de plus de 60 % en passant de 1,1 % à 1,8 %.

Curieusement, seuls les TER (Trains express régionaux) s’en tirent plutôt bien, même s’ils accusent eux aussi une légère augmentation du taux d’annulation (passé en un an de 1,9 à 2,1 %) et surtout du taux de retard qui a augmenté de 9,1 à 9,6 % entre 2017 et 2018. Mais les disparités régionales sont très importantes en la matière et l’usager quotidien de la ligne sinistrée Marseille-Aubagne ne sera pas surpris d’apprendre que la région PACA est précisément celle de France où la situation est la plus catastrophique avec un taux d’annulation de 4,2 % (soit près d’un TER sur 20 qui est purement et simplement supprimé) et un taux de retard de 13,4 % : plus d’un train régional sur 10 en région PACA arrive en retard !

Taux d’annulation des TER par région (hors Ile-de-France) en 2018 (source © rapport annuel AQST)

Les plus optimistes noteront que ce taux s’est néanmoins légèrement amélioré depuis 2017, contrairement à l’Occitanie où il s’est dégradé au point de prendre désormais la tête du peloton… Quant aux banlieusards parisiens, ils seront ravis d’apprendre que la situation s’est améliorée sur le RER A, mais qu’en 2018 aucune des lignes du RER ni du réseau Transilien n’a réussi à atteindre les objectifs de ponctualité fixés par Ile-de-France Mobilité dans le contrat qui le lie aux opérateurs…

Dessin signé Goubelle, publié dans La Charente Libre

Les raisons invoquées pour expliquer un tel fiasco général sont nombreuses, depuis les impacts de la grève perlée qui a largement paralysé le réseau ferroviaire national entre le 3 avril et le 28 juin jusqu’à la panne électrique colossale qui a rendu la gare Montparnasse totalement inopérante le 27 juillet et a gravement perturbé le trafic ferroviaire dans l’Ouest de la France pendant 3 jours consécutifs. Et ceci sans parler des intempéries climatiques telles que les crues de la Seine et de la Marne en janvier 2018, mais surtout les effets de la canicule qui a sévi fin juillet-début août, et la tempête sévère qui a balayé une partie du territoire métropolitain en octobre-novembre.

Toujours est-il que l’année 2018 a connu une baisse significative du flux de voyageurs dans le trafic ferroviaire, ce qui est assez inédit et ne va guère dans le sens d’un report accru des déplacements vers les transports en commun les moins polluants ! Cette baisse du trafic a atteint 3 % pour le TGV et est peu significative pour les TER mais elle a été de 23,6 % pour les liaisons intercités, sans doute au bénéfice de la voiture et des cars Macron

Un dessin signé Olivero

On pourrait certes se consoler en constatant que dans les transports aériens la situation n’est guère plus enviable et que la SNCF n’est pas la seule à avoir du mal avec la ponctualité. Pour ce qui est des vols intérieurs du moins, la qualité s’est là aussi dégradée en 2018 avec un retard moyen qui est passé de 42 à 46 mn, un taux d’annulation qui a augmenté de 1,1 à 1,4 % depuis 2017 et une proportion de vols arrivant en retard qui est passée en un an de 17 à 18,2 %. Des chiffres qui ne sont donc guère plus reluisant que ceux de la SNCF mais qui n’ont pourtant pas empêché le trafic aérien d’augmenter encore de 5,1 % en France durant l’année 2018 : encore une raison de désespérer pour les défenseurs de la cause ferroviaire…

L. V.